CLASSIFICATION DES FONCTIONS D APRES BERARD
Digestion.
Absorption
, ,. .. . Respiration.
végétatives (pu.,,
" ^ Circulation.
.Nutrition.
,,,.,...; 1 Sécrétions,
del individu \ ;
Fonctions de sensations.
Entendement moral.
animales [ Innervation.
Motions (mouvements).
Expression.
i Ovulation et menstruation.
Gestation et accomheraent.
j „ , Allaitement,
de lespece ^
chez l'homme Sécrétion et excrétion du sperme.
chez les deuï sexes Copulation.
FONCTION
Nous avons déjà dit pourquoi l'absorption, la nutrition, les sécrétions ne doivent pas être considérées comme des fonctions. La fonction d'expression introduite dans la science par Adelon et admise par Bérard ne mérite pas mieux d'être conservée, car elle n'a pas d'appareil proprement dit. Elle résulte en effet du jeu des appareils de la phonation (voix, cris], de la locomotion (gestes, attitude) ou de la circulation (rougeur, pâleur de la face) ; ce dernier appareil étant lui-même sous la dépendance du système nerveux.
De même, l'ovulation, la menstruation, la gestation, l'accouchement forment une série d'actes accomplis par des parties différentes de l'appareil génital femelle, c'est-à-dire par des organes. Ce ne sont donc pas des fonctions : leur ensemble seul mérite ce nom.
La classification de Ch. Robin a fait justice de toutes ces incorrections. Il supprime beaucoup de prétendues fonctions et introduit dans le domaine scientifique une nouvelle et vraie fonction : Vurination. « Les organes urinaires, dit Robin, constituent un appareil aussi net et aussi distinct que l'appareil respiratoire qu'il faut placer sur le même rang, sur le même aussi que celui de la digestion et de la circulation. Par conséquent, il faut reconnaître qu'il existe une fonction correspondante : la fonction urinaire ou urination, dont l'histoire ne doit plus être confondue avec celle des sécrétions. Nul appareil n'a autant de glandes que l'appareil digestif, tant annexées au dehors que dans son épaisseur, et pourtant personne ne songerait à rattacher sa fonction aux sécrétions. Il en résulte que c'est une fonction de plus à joindre à celles dont on traite habituellement. »
Voici d'ailleurs le tableau de la classification de Ch. Robin :
CLASSIFICATION DES FONCTIONS d'aPIiÊS CH. ROBIN.
de nutrition.
Fonctions
végétatives
de reproduction .
animales
( du dehors
l au dedans.
de relation
1 du dedans
\ au dehors.
affectives
et
intellectuelles.
1° Digestion.
2° L'rinytion.
5' Respiration.
4° Circulation.
5° Fonction testiculaire ou spernia-
tique.
6' Fonction ovarique ou ovulaire.
1° Tact et toucher.
8° Vision.
9° Audition.
10° Olfaction.
11° Gustation.
( 12° Phonation.
( 15° Locomotion.
14° Fonction de l'action cérébrale.
Cependant l'usage s'est répandu de diviser les fonctions en trois gi'andes classes : celles de nutrition, celles de reproduction et celles de relation. En effet, les deux règnes de la vie sont assez mal séparés l'un de l'autre au point de vue des fonctions. Ainsi, la locomotion (fonction dite animale) se rencontre chez les Diatomées qui sont des végétaux à n'en pouvoir douter : au contraire, la digestion et l'urination (fonctions dites végétatives) n'existent pas chez les plantes. Il vaut donc mieux supprimer la division des fonctions en végétatives et animales. Les termes de fonction testiculaire ou spermatique et de fonction ovarique ou ovulaire ne représentent pas non plus très-bien l'ensemble complexe des actes remplis par les appaieils génitaux mâle et femelle. Les mots fonction génitale mâle et fonction génitale femelle nous semblent mieux représenter le rôle physiologique des appareils de reproduction mâle et femelle. Enfin
5ti8 FOiNDERlES.
le mot classique d'innervation résume assez bien les fonctions du système nerveux que l'on peut considérer comme un appareil et il doit trouver place dans le cadre des fonctions.
Nous dresserons donc le tableau suivant qui nous semble représenter assez bien les idées actuelles :
de nutrition.
1' Digestion.
2° CiiculJtion.' 5° Respiration.
4° Urination.
, . .. (5° Fonction sexuelle mâle,
de reproduction \ 6° Fonction sexuelle femelle.
Fonctions
Fonctions de mouvements
de relation.
( 7° Locomotion.
■ I 8* f'iionation.
Fonctions du système nerveux.. 9° Innervation.
[ 10° Tact et toucher.
' V 11' Vision.
Fonctions de sensations .... 12° Audition.
13' OU'aclion.
14' Gustation.
G. Carlet.
FOl\lDAî\lTS. Il n'y a pas, en thérapeutique, une famille particulière de médicaments à laquelle ce nom doive être appliqué. On fait fondre des engorgements internes ou externes par l'emploi, à l'intérieur ou à l'extérieur, de médicaments qui agissent tantôt comme émoUients, comme fluidifiants ou altérants , tantôt comme maturatifs , tantôt enfin comme stimulants et résolutifs (voy. tous ces mots).
Quelques mélanges médicamenteux ont porté plus spécialement le nom de fondants. Le fondant de Rotrou est le produit obtenu en portant au rouge un mélange de 1 partie de sulfate d'antimoine et de 2 parties de nitrate de potasse ; c'est un composé de sulfate et d'antimoniate de potasse. Le fondant de Ruhland est le nitre antimonié de Stahl. D.
FOIVDERIES. Hygièke professio.nnellb et industrielle. Dans la fonderie des métaux, nous devons distinguer les opérations qui ont pour but la fusion du métal de celles qui consistent à reproduire, avec le métal fondu, les formes et les ilimensions d'objets modelés ou sculptés. Un article spécial a été déjà consacré, dans ce Dictionnaire, à l'hygiène et à la pathologie professionnelles des mouleurs, et plus particulièrement des mouleurs en cuivre; à l'article Fer, nous avons traité de celles des forgerons, dont le travail présente de nombreux points de contact avec celui des fondeurs. Beaucoup moins exposés que les premiers à l'action des poussières nuisibles, les ouvriers fondeurs sont, plus que les seconds, appelés à subir les fâcheux effets des hautes températures sur l'organisme ; mais, si par de certains côtés leur profession présente à la fois les inconvénients de celle des mouleurs et des foi^gei^ons, il en est d'autres qui lui sont plus particuliers et qui dépendent surtout de l'influence des émanations qui s'échappent des fourneaux et du métal en fusion, telles que fumées, gaz et vapeurs métalliques.
Tous les métaux susceptibles de fondre sous l'action d'une forte chaleur peuvent être employés dans la fonderie.
La fonte de fer, qui domine dans toutes les applications industrielles, dans les grandes constructions, dans la fabrication de machines de toutes sortes, est plus particulièrement l'objet de l'exploitation d'importantes usines métallur-
t^ONDEKlES. 5b9
giques où s'opère alors la première fusion du métal, c'est-à-dire la labrication de la fonte elle-même.
Mais en dehors de ce cas, les fonderies sont généralement des fonderies dites en seconde fusion, où le métal, sous la forme de minerai, d'alliages ou de vieux métaux, est fondu dans le seul but d'être immédiatement employé à la reproduction de modèles.
Nous allons nous occuper successivement des fonderies de fer, des fonderies de cuivre et de bronze, des fonderies de zinc et de quelques industries ayant pour objet la fonte d'autres métaux ou d'alliages divers.
A. Fabrication de la fonte. Travail des hauts fourneaux. Deux catégories d'ouvriers sont spécialement attachés au service des hauts fourneaux : ceux au gueulard, qui chargent le lit de fusion et le combustible; et ceux au creuset, qui font écouler les laitiers et la fonte.
Nous n'avons point ici à entrer dans les détails de la description de ces grands appareils ; leur hauteur varie de 10 à 45 mètres, et va même au delà pour les hauts fourneaux au coke. Le chargement se fait au moyen de wagons qui arrivent de plain-pied au niveau de la plate-forme du gueulard dans les pays accidentés où l'on peut adosser le haut fourneau à une colline; dans les pays de plaines, on élève les charges soit à l'aide de plans inclinés, soit à l'aide de monte-charges.
On emploie souvent des femmes et des jeunes filles pour le remplissage des wagons. Ce travail expose à une grande fatigue musculaire et à des pseudo-paralysies consécutives au tiraillement ou à la rupture de quelques fibres. Ce ne sont là ((ue des inconvénients propres aux ouvriers chargeurs en général, et n'ayant rien de spécialement professionnel ; il faut y ajouter ici les conditions de malpropreté qu'entretiennent chez cette catégorie d'ouvriers la nature même des matériaux employés et l'absence de soin personnel. Diverses éruptions cutanées, les otites furonculeuses et les petits abcès glandulo-ciliaires en sont la conséquence habituelle.
Un travail des plus dangereux pour les ouvriers des hauts fourneaux, c'est le nettoyage de ces derniers et celui des tuyaux d'échappement des gaz. Les gaz qui se dégagent, en effet, des hauts fourneaux sont ou nuisibles à la respiration ou délétères. L'analyse y a fait reconnaître : de l'azote en très-grande quantité, de l'oxyde de carbone, de l'acide carbonique, des hydrogènes carbonés (gaz des marais, gaz oléifiant) et du cyanogène ; il faut y ajouter, pour les hauts fourneaux à houille, une notable quantité d'ammoniaque.
Ou comprend combien on doit éviter de s'approcher du gueulard au moment de son ouverture, avant que tout dégagement de gazait cessé de se produire. La plupart de ces gaz étant combustibles, la meilleure précaution à jirendre sera de les allumer et de les laisser brûler le temps convenable. Une mesure excellente d'ailleurs, au point de vue de l'économie industrielle comme au point de vue de l'hygiène, c'est l'utilisation de ces gaz combustibles pour le fonctionnement du haut fourneau. C'est ce qui a lieu aujourd'hui dans presque toutes les grandes usines. Au Creuzot, notamment, tous les générateurs de vapeur qui font aller les souffleries fonctionnent à l'aide des gaz recueillis dans les gueulards des fourneaux. On arrive ainsi à diminuer de beaucoup les inconvénients qu'un tel dégagement de fumée, de gaz et de poussières peut avoir pour les habitalions voisines et la végétation des environs : iticoavsnietits (jui, joints au biuit
DicT. ENc. 4* s. m. 24
570 FOADERIES.
des machines soufflantes et au danger d'incendie, ont fait ranger les hauts fourneaux dans la deuxième classe des établissements insalubres.
Les tuyaux d'écoulement de ces gaz s'oblitèrent souvent p;u' suite des amas de crasse qui se déposent sur leurs parois , et c'est dans leur nettoyage que les ouvriers courent de sérieux dangers. Guichard a publié dans le journal de VAnaomie et de la physiologie nonnaïes et •pathologiques, de Ch. Robin, sept. 1875, la curieuse observation d'un ouvrier chargé habituellement de ce travail, et qui avait acquis comme une sorte de mithridatisme à force de s'intoxiquer. 11 avait failli plusieurs fois être victime de son courage; une fois, entre autres, en allant chercher un de ses camarades asphyxié, pendant ce travail, p'ar l'oxyde de carbone. Dans une expérience commune, pendant laquelle Guichard avait éprouvé de la céphalalgie, des frissons, des nausées, sous l'influence des gaz qui se dégageaient du gueulard, cet ouvrier n'avait rien ressenti. « Jlais il avait l'apparence anémique ; il était d'une pâleur terne et livide, avec une sorte de fades abdominalis et un tremblement général ; on le surnommait souris à cause de son peu d'appétit; il passait pour ne jamais dormir; il ne fumait pas. Dans l'usine, il avait la réputation de pouvoir vivre impunément dans les gaz où tous les autres tombaient comme des mouches {sic). Les lèvres, les gencives, la langue même étaient pâles comme chez un exsangue. 11 faisait le même métier depuis de longues années, et semblait avoir la spécialité des tï'avaux dans l'oxyde de carbone. Plusieurs fois, il avait failli périr. Son état maladif avait augmenté, mais, en même temps, il paraissait supporter de mieux en mieux les effets des gaz délétères. Il avait peu de mémoire ; il était lent d'allures, mais très-énergique; parlant peu et difficilement. » (Guichard.)
Les ouvi'iers qui surveillent le creuset sont les fondeurs proprement dits. Ils dirigent l'écoulement des laitiers et procèdent à la coulée de la fonte. C'est un dur labeur, que celui qui consiste à maintenir toujours fluide, dans l'avantcreuset, le bain de laitier afin d'en permettre l'écoulement naturel ; et cela, devant un foyer ardent, armé, tantôt d'un long ringard en fer avec lequel il nettoie l'avant-creuset, tantôt d'une pelle ou d'un lourd crochet dont il se sert pour attirer à lui les parties de laitier restées visqueuses et adhérentes. Ce n'est point aussi une opération facile, que le déblayage rapide des laitiers. Les ouvriers dirigent dans un bain de sable cette lave incandescente qui vient se solidifier autour de crochets de fer placés sur son chemin ; à ces crochets, on fixe des chaînes, et, au moyen d'un treuil, on tire hors de l'atelier ces masses sans cesse renouvelées, que des wagons emportent pour servir de remblai. Ces opérations sont la source fréquente de brûlures graves et de chutes toujours dangereuses.
La manœuvre de la coulée varie suivant le but qu'on se propose. On peut couler, soit dans une rigole creusée dans le sol de l'usine, soit dans des moules ou lingotières placés dans ce sol. Dans cette opération, les ouvriers sont particulièrement exposés aux buées, souvent sulfureuses, qui s'élèvent en masse du métal en fusion, et aux projections de ce liquide incandescent. Quelle sûreté de coup d'oeil et quelle prudence ne faut-il point en pareil cas? Les exemples de pied surpris dans ime des rigoles destinées à la coulée, et emporté d'un coup par le courant de lave, ne sont pas rares. D'autres fois, les ouvriers font la coulée en venant tour à tour puiser la fonte dans l'avant-creuset avec d"énormes poches ou cuillers en fer. Ils se servent également de poches dans la coulée dite à la percée.
Le rapide exposé de ces diverses opérations professionnelles permet de se rcn-
tire compte de la violence et de la continuité avec les(iuellos le calorique rayonnant agit sur les ouvriers. C'est plus particulièrement chez les fondeurs employés aux hauts fourneaux que l'encéphalite a été signalée. Ce que nous avons dit sur les troubles de la vision et sur les tendances pathologiques des forgerons {voy. article Fer) peut se rapporter aux ouvriers fondeurs en général.
Il nous faut surtout insister sur l'absorption des gaz et des vapeurs nnisiblcs à laquelle ils sont exposés singulièrement. Ainsi, dans le coulage de la fonte dans des moules, les ouvriers qui plongent des tringles dans la masse li(juide ailn de faciliter la sortie des gaz contenus dans le métal, sont soumis à l'in- Uuence de l'oxyde de carbone et autres vapeurs délétères qui fort heureusement, en raison de leur combustibilité, peuvent être immédiatement allumés et briàlés. C'est ce que l'on a soin de faire avec des copeaux enflammés.
Dans les grandes usines métallurgiques oiî l'on fabrique le plus souvent le coke destiné à la fonte, cette nouvelle opération vient encore ajouter aux dangers que courent les ouvriers. C'est dans la manœuvre du défournement, alors qu'ils se trouvent en présence de vastes amas de coke embrasé, qu'il y a lieu de redouter, par-dessus tout, l'action du gaz oxyde de carbone qui se dégage. Au moment encore où l'on inonde d'eau pour l'éteindre toute la masse incandescente, il s'élève, au-dessus d'elle, d'épais nuages de vapeurs et de cendres qui peuvent donner lieu à des accidents de suffocation et d'asphyxie. Dans les usines du Creuzot, le défournement se fait par la partie inféiieure de fours Appolt. Dès qu'il a eu lieu, un homme couvert d'un large chapeau de l'er-blanc dans la visière duqiiel est ménagée une ouverture protégée par une toile métallique, s'avance sous le four, regarde s'il est en bon état et si rien n'est resté adhérent aux parois; alors, avec un long ringard, il peut faire tomber ce qui reste et refermer la porte inférieure. Les brûlures et les ophthalmies, telles sont les deux affections auxquelles expose principalement ce genre de travail.
D'une manière générale, les ouvriers fondeurs employés au service des hauts fourneaux présentent un état anémique plus ou moins prononcé, mais que caractérisent surtout des troubles nerveux variés tels que : sciatique, névralgies lombaires et intercostales, etc. Quelques auteurs ont signalé ce fait (Jordan, Marten, Hirt) sans en rechercher la cause véritable. Nous pensons, que les fréquentes occasions où les ouvriers sont à même d'absorber des gaz pernicieux, entre auties l'oxyde de carbone, doivent être incriminées plus encore que les grandes déperditions sudorales que provoquent les hautes températures auxquelles ils se trouvent soumis. Il y a, chez les plus exposés d'entre eux, comme une succession d'intoxications intermittentes fmissant par mettre obstacle au fonctionnement des globules sanguins, et agissant sur les centres nerveux dont la souffrance se manifeste par des troubles divers. Bourru cite le cas de trois ouvriers employés à la fonderie de la marine de Ruelle qui avaient été exposés, pendant quelques instants, aux vapeur^ d'un énorme foyer de coke embrasé. Deux d'entre eux furent pris de vertige et de céphalalgie ; mais le grand air suffit pour dissiper ce malaise. Le troisième eut des vomissements abondants et pénibles avec une forte dyspnée et une agitation notable : accidents qui furent conjurés par des inhalations d'oxygène. Mais après la disparition de ces premiers symptômes d'irritation pulmonaire et gastrique, cet ouvrier demeura longtemps pâle, affaibli, essoufflé, présentant pendant plusieurs mois des douleurs névralgiques variées, et plus particulièrement une sciatique violente et opiniâtre (iu Archives de mé(L navale, mars 1877).
572 FOi\DEKlES.
Il nous faut muinlenant dire un mot de quelques accidents qui arrivent aux hauts fourneaux, accidents des plus graves au point de vue du préjudice matériel qui en est la conséquence comme au point de vue des dangers auxquels ils exposent les ouvriers. La cause de ces accidents réside quelquefois dans l'imprévoyance des directeurs des fourneaux qui, en employant des charges excessives, finissent par surmener ces grands appareils.
L'un de ces accidents consiste dans la chute de l'appareil de chargement placé à la partie supérieure du fourneau. Lorsque le support portant le balancier auquel est suspendu le cône est placé trop près du bord de la coupe, tout le poids de la coupe et de la charge est appliqué sur une surface restreinte, et au i)oint précisément où la maçonnerie est peu épaisse. Cette épaisseur se trouvant trop f dble pour soutenir des chocs fréquents et supporter le poids considérable qui pèse sur elle, la chute de l'appareil de chargement a lieu. D'autres fois, l'accident est dû. à l'écroulement du briquetage qui supportait la coupe; et l'érosion de la paroi de la cuve, jiroduite par la chute répétée de la charge, en est la cause immédiate. Des ouvriers se trouvent ainsi entraînés avec l'appareil de cliargement, et sont tués ou blessés.
Il peut arriver aussi que, par suite de fuites au creuset, la fonte liquide pénètre jusque dans les galeries des fondations des hauts fourneaux. C'est à une semblable cause que doit être attribué le terrible accident qui eut lieu, il y a quelques années, à Châtillon et Commentry. Trois ouvriers furent grièvement blessés directement par la projection des matériaux, tandis que trois autres, tombant dans une galerie du fourneau dont le regard avait été déplacé par l'explosion, y trouvaient la mort.
Mais les accidents les plus fréquents sont les explosions des gaz dans les hauts fourneaux. La température extrêmement élevée dans l'ouvrage des hauts fourneaux, l'énorme masse de matière contenue, telles sont les raisons principales qui augmentent les chances d'explosion des gaz ; les grandes conduites de vent chaud de 40 centimètres et môme de 60 centimètres de diamètre qui vont de l'appareil à air chaud aux tuyères , facilitent la pénétration des gaz depuis le fourneau jusqu'au régulateur et à la machine où l'explosion a généralement lieu. Ces explosions sont le plus souvent le résultat d'une fuite de tuyère qui donne lieu à la pénétration, dans le fourneau, de l'eau qui circule autour de cette tuyère pour l'empêcher de brûler. Il se produit alors une énorme quantité de gaz qni, s'il ne trouve pas une issue suffisante par l'ouverture du gueulard, refoule par les conduites d'air et les tuyaux de la soufflerie jusqu'à la machine, où il fait explosion. D'autres fois le refoulement des gaz dans les conduites a lieu dans le cas où, le fourneau étant à gueulard fermé, en n'a pas eu soin d'ouvrir l'appareil de chargement avant d'arrêter le vent.
Une explosion, delà plus effrayante violence, eut lieu, en 1874, dans le haut fourneau de Dunbar, en Pennsylvanie, ébranlant tous les environs, comme l'eut fait un tremblement de terre. Le bruit de l'explosion fut distinctement entendu à une distance de 15 à 20 kilomètres. Dans l'usine, la force de cette explosion fut telle que le réservoir éclata en morceaux violemment tordus en tous sens ; des fragments furent lancés à plus de 400 mètres ; des portions de tuyaux arrachés furent violemment projetés au loin; le régulateur brisé, la machine mise hors de serrice. Un homme fut tué sur le coup, décapité par un morceau du régulateur ; sa tête fut retrouvée à 15 mètres de son corps. Deux autres furent blessés.
De semblables accidents ont été observés dans plusieurs hauts fourneaux de la même région métallurgique. Ils seraient plus susceptibles d'avoir lieu dans les fourneaux à l'anthracite.
Voici, selon le métallurgiste américain Acheson, les règles à suivre minutieusement pour éviter tout désastre :
1° Avoir de bons fondeurs, capables de reconnaître si de l'eau est introduite dans le fourneau (c'est chose facile à un bon fondeur), et d'en faire arrêter immédiatement l'écoulement;
2° Ne jamais manquer d'avoir un registre convenable, susceptible d'être facilement et rapidement manœuvré dans la conduite principale d'air chaud, tout près et avant le point où sont les tubulures qui conduisent le vent chaud aux tuyères; et toujours fei'mer ce registre juste au moment où on arrête le vent, afin d'empêcher le retour du gaz du fourneau dans les conduites de vent. Quelquefois on met un papillon à chaque tuyère , mais im seul placé dans la conduite principale remplit mieux le but, et est bien préférable pour fermer rapidement.
3° Ouvrir les regards des porte-vents, par lesquels on dégage les tuyères encombrées aussitôt après que Ton a arrêté le vent ; le plus sur moyen est même d'ouvrir ces regards avant l'arrêt du vent; aussitôt après on ferme le registre, et le gaz du fourneau a dès lors libre issue par les regards, tandis que le passage dans le tuyaux de vent chaud lui est interdit.
A" Si le fourneau est à gueulard fermé : toujours avoir soin d'ouvrir l'appareil de chargement lorsqu'on arrête le vent, et le laisser ainsi jusqu'à ce que l'on recommence à souffler. Pour avoir toute sécurité à cet égard, on doit avoir une sonnette au gueulard et placée de telle façon que le fondeur puisse avertir les chargeurs d'ouvrir le gueulard, au moment où le mécanicien arrête la machine, et où le vent cesse d'être introduit dans le fourneau (Cornuault, Communication d'une note sur les accidents de hauts fourneaux aux États-Unis In Ann. du génie civil, 1874).
B. Fonderies en seconde fusion. En dehors de la fabrication de la fonte, toutes les fonderies appartiennent à cette classe. Ici, la fusion est immédiatement suivie du moulage; et ces deux genres de travaux s'accomplissent le plus souvent dans les mêmes ateliers : ce qui a pu faire attribuer aux ouvriers des fonderies en général, des affections spéciales à une seule catégorie d'ouvriers. Nous n'avons point à revenir sur la maladie dite des mouleurs. Elle a déj<à été décrite dans ce Dictionnaire {voy. Anthracosis et Mouleurs) ; et nous aui'ons, en la rattachant au groupe des affections connues aujourd'hui sous le nom de pneumoconioses, affections essentiellement professionnelles, à insister de nouveau sur sa véritable pathogénie, dans l'article Professions.
Nous devons toutefois signaler, comme particulièrement soumis à l'action nocive des poussières siliceuses, les ouvriers employés à la préparation des sables destinés à la confection des moules. Dans un premier travail, publié en 1875, nous avions signalé chez eux la fréquence de l'emphysème pulmonaire et de la bronchorrhée, accompagnés le plus souvent de troubles dyspeptiques gastro-intestinaux. Dans une étude consciencieuse, en voie de publication [Arch, de niéd. navale) , sur l'hygiène de la fonderiede Ruelle, notre excellent collègue et ami le docteur Bourru insiste à son tour sur les propriétés pernicieuses de ces particules siliceuses et charbonneuses, à angles aigus, à bords tranchants et dentelés, pour les ouvriers qui les respirent. Chez les quatre ouvriers de Ruelle qui tra-
vaillent dans la sablerie : l'un âgé de trente et un ans, après un an de travail, présente du catarrhe bronchique et de l'emphysème pulmonaire; le second, âgé de trente-trois ans, après deux ans de travail : du catarrhe bronchique, des indurations pulmonaires au sommet et des hémoptysies; le troisième, âgé de trente-neuf ans, après trois ans de travail : du catarrhe bronchique et de l'emphysème; le quatrième, enfin, âgé de quarante-deux ans : après cinq ans de travail, de l'induration au sommet des poumons et un catarrhe laryngo-bronchique. Des observations aussi précises ont une valeur d'autant plus importante, que Bourru les compare à la presque innocuité du travail des mouleurs dans la confection des moules à canon. Cette innocuité dépend un peu de ce que le sable est tenu dans un état d'humidité légère qui lui donne plus de cohésion ; et beaucoup de la manière de procéder des ouvriers : « Une fois le moule confectionné, il est enduit de noir liquide, sorte de vernis fait de charbon de bois pulvérisé, délayé dans de l'eau, avec une petite proportion d'argile. Ce noir liquide, qui doit empêcher l'adhérence de la fonte au sable du moule, s'étend au pinceau : ce qui constitue pour l'hygiène un procédé bien préférable au poussier de (.liaibon et surtout au ponsif de sable qui ont tous les dangers des fines poussières. » Ce fait particulier nous a paru avoir assez d'intérêt pour être reproduit ici.
En dehors de l'affection broncho-pulmonaire, qui constitue la maladie des mouleurs, ces ouvriers- présentent presque toujours des troubles digestifs qui, à leur tour, portent atteinte d'une manière directe à la nutrition générale. Ils sont provoqués par une altération spéciale de la muqueuse digestive, qui consiste en une coloration noire due à la pénétration de particules fixes et irrégulières de charbon. Lancereaux a donné à cette altération le nom d'anthracose intestinale des fondeurs. Maisonneuve (de Rochefoit) parle aussi de maux d'estomac et de coliques qu'il attribue à la pénétration dans les voies digestives de particules de cuivre retenues au milieu du sable employé à la confection des moules destinés au coulage du bronze et du laiton. C'est surtout, dit-il, au moment oiî l'on brise les moules, pour en retirer le métal refroidi, que l'on voit sortir et se répandre au loin cette poussière de sable chaud métallifère, et cette fumée acre et infecte qui saisit la gorge et menace de suffocation.
Il est une autre catégorie d'ouvriers, dans les fonderies, singulièrement exposés aussi à l'action des poussières nocives : ce sont les ouvriers ébarbeurs. Les ébarbeurs sont employés à polir, à frotter, à débarrasser des barbes ou aspérités qui les recouvrent, les objets fondus qui sortent des moules. Ce travail se fait à la main ; l'ouvrier, penché sur son établi, est dans la position la plus favorable à l'absorption des poussières métalliques qui se dégagent sous l'action de la lime, du frottoir ou de la brosse. Cette opération est des plus dangereuses, non-seulement parce qu'il y a une action dii'ecte et mécanique des poussières absorbées sur les voies broncho-pulmonaires, mais, en outre, une influence spéciale tenant à la composition même de ces poussières, et qui, dans l'ébarbage des objets de bronze et de laiton, n'est autre que l'action toxique des sels de cuivre qui les recouvrent.
Dans les fonderies en seconde fusion, les fours sont des cubilots (fourneaux à la Wilkinson) soufflés par un ventilateur, ou des fours à réverbère à tirage naturel. Le cubilot se compose essentiellement d'un cylindre en fonte ou en tôle de 2 à 6 mètres de hauteur, sur 0,70 à 2,50 de diamètre, dont l'intérieur est garni en sable réfractaire ou en briques. Le métal et le combustible sont introduits à la nartie supérieure ; l'air soufflé entre par des tuyères latérales situées à diffé-
rentes hauteurs ; et le métal en fusion s'échappe à volonté par l'orifice inférieur que l'on bouche avec de la terre. Dans une grande fonderie, on a toujours au moins trois cubilots de dimensions différentes. Les fours à réverbère s'emploient surtout quand il n'y a pas de moteurs pour une soufflerie et lorsqu'on a de très-grosses pièces à refondre.
Le chargement des fours à réverbère est une manœuvre des plus fiitigantes. Pour ce travail, dit Bourru, l'ouvrier se tient accroupi dans le four; à genoux sur la sole, la tète inclinée par la voûte qui n'a que 90 centimètres de hauteur, il lui faut faire de grands efforts, mouvoir des masses pesantes. Ce travail, qui àiive une heure à une heure et demie, semble devoir prédisposer aux maladies à frigore contractées à la sortie du four, aux hernies acquises dans cette attitude accroupie, dans laquelle il faut encore déployer une grande force musculaire. Mais c'est surtout pendant le nettoyage de ces fours, après la coulée, pour les débarrasser des scories et en refaire la sole, que l'ouvrier souffre de cette attitude forcée, rendue plus pénible par la haute température qui règne dans le four : température telle qu'il lui est impossible de s'y tenir à genoux et d'y marcher sans galoches de bois. 11 est obligé à diverses reprises de sortir pour respirer ; et ces expositions répétées à l'air libre seraient inévitablement dangereuses, si, comme le fait remarquer Bourru, la prompte rentrée dans le foyer ne prévenait le danger du refroidissement et de la transpiration supprimée. Cet observateur signale néanmoins comme une conséquence fâcheuse de ce travail, et relativement fréquente, des maux de reins plus ou moins violents, accompagnés de douleurs s'irradiant d'ordinaire dans les membres inférieurs. Cette affection serait, pour lui, le signe d'une irritation de la moelle plutôt que des muscles lombaires; et l'attitude courbée, accroupie des ouvriers contribuerait, pour une plus large part que le refroidissement, à sa manifestation.
La mise en fusion et la conduite de l'opération exposent plus spécialement les ouvriers fondeurs à tous les inconvénients du calorique rayonnant et de l'éclat éblouissant du métal fondu ; surtout dans les fours à réverbère, où le chauffeur doit souvent, en s'approchant des regards, surveiller l'état de fusion de la fonte de fer, la déblayer à l'aide de loiu'des tringles de fer de la crasse qui retarderait sa fusion, soulever avec des pinces les gueuses qui tombent et s'attachent à la sole du four. Ces manœuvres provoquent chez tous une énorme fatigue, et chez un grand nombre une véritable fièvre avec frissons, céphalalgie et faiblesse musculaire ; quelquefois, il y a du tremblement prononcé de tous les membres, de l'anxiété précordiale, de la dyspnée; dans la nuit, il survient une transpiration abondante ; et le lendemain, il ne reste plus que de la courbature.
Indépendamment des fatigues du mouvement professionnel, des déperditions sudorales, faut-il faire intervenir ici l'action des gaz contenus dans le métal en fusion; et les vapeurs carbonées qui s'exhalent du bain de fusion de la fonte de fer et de l'acier, ont-elles une influence fâcheuse sur la santé des ouvriers? Nous sommes assez porté à l'admettre ; mais nous incriminons aussi les gaz produits par le combustible. L'ouvrier qui charge le cubilot à sa partie supérieure est plus sujet peut-être à présenter de tels symptômes.
Ces accidents, de peu de gravité chez les fondeurs en fer, offrent chez les ouvriers fondeurs en cuivre une physionomie spéciale qui a plus particulièrement attiré l'attention. Blandct a, le premier, signalé, en France, cette affection professionnelle. Il en a publié une observation des plus caraléristiques, qui fut
le ijoiat, lie déparl. ilc^s reclierchcs; nllérieures el que nous croyons utile de reproduire ici. « Un fondeur en cuivre, S..., peu accoutumé à ce travail, dirigea la fusion depuis quatre heures du matin jusqu'à neuf heures du soir, à un fourneau d'abord, puis successivement à quatre. Sa fonte était de cuivre mêlé à un dixième de zinc. S..., robuste et jeune, a travaillé jusqu'à rachèvcment de son œuvre. Il a d'abord ressenti les effets du coke: constriction à la gorge et toux, phénomènes peut-être dus au soufre que le coke retient toujours. A trois heures de lapiès-midi, commencement d'intoxication par le zinc, dont le début est : anorexie profonde, dégoût des aliments solides et liquides. A dix heures du soir, il alla se coucher, après avoir pris un peu d'eau sucrée. Parvenu dans sa chambre, il s'assied, puis il peut à peine se relever. 11 se couche : il ressent des douleurs déchirantes dans les épaules, les coudes et les poignets. Le tremblement et le frisson commencent à onze heures du soir et durent jusqu'à une heure du matin. Les dents claquent, la peau est froide, la respiration gênée. Les membres inférieurs sont douloureux comme les bras ; les articulations des orteils sont fortement fléchies et le malade ne peut les redresser. Crampes dans les jambes seulement. A onze heures et quart, vomissement de matières jaunes, puis vertes, anières. Ces vomissements persistent jusqu'à une heure du matin. La quantité de matières vomies égale 12 kilogrammes. A une heure, la scène change : des bouffées de chaleur surviennent ; le malade ne tremble plus ; la peau devient brûlante, la face est rouge ; le malade entend dans ses oreilles souffler le vent de ses fourneaux ; son corps lui semble allongé, puis il se voit assailli par des voleurs. 11 appelle du secours, il se débat. Cette fièvre chaude dure une beure; de la somnolence lui succède jusqu'au matin. S..., fatigué, las et courbaturé le lendemain de cette nuit douloureuse, put cependant dîner avec appétit. 11 eut encore de la céphalalgie et la racine des cheveux très-sensible, au point de ne pouvoir les toucher sans douleur. Dans la nuit, il éprouva des sueurs grasses et abondantes, et, le jour d'après, troisième jour, tout phénomène morbide avait disparu.
« S... avait fait travailler un fondeur avec lui, et cet homme paraît avoir éprouvé les mêmes phénomènes ; il a eu le transport et des bruits de marteau dans les oreilles. »
Blandet attribue la plus grande partie des symptômes décrits à l'influence du zinc qui entre dans la composition du cuivre jaune ou laiton. Guérard, qui cite l'observation de Blandet, rapporte le cas d'un fondeur en cuivre, traité par lui, et qui eut quelques accidents analogues développés à la suite du travail aux iours : mais il ne croit pas à l'action des vapeurs de zinc ; il accuse surtout la haute température à laquelle les ouvriers sont soumis et les excès de boisson auxquels ils sont portés. A. Tardieu, dans son Dictionnaire d'hygiène publique, se range complètement à cette opinion.
Reboulleau, dans une communication faite à l'Académie des sciences, 1847, émet la même opinion que Blandet, après avoir observé chez les fondeurs de laiton. C'est aux vapeurs d'oxyde de zinc qui s'échappent de l'alliage en fusion qu'il attribue le caractère particulier de ces accidents fébriles qu'il compare à dos accès de lièvre intermittente irrégulière. Suivant lui, après un certain nombre d'accès, la tolérance finit toujours par s'établir chez les ouvriers. Toutefois, il arrive que quelques-uns, découragés par l'apparition indéfinie de ces accès après chaque nouvelle journée de fonte, sont forcés de renoncer à ce genre de travail.
Plus lartl, Bouclait, recherchant quelle pouvait être rintluence professionnelle dans la fabrication du blanc de zinc, observa des phénomènes morbides analogues, chez les ouvriers employés à fondre le zinc dans les cornues. D'après lui, ces phénomènes n'ont point de gravité et ne les empêchent pas de reprendre leur travail du lendemain. Ils se développent moins par l'absorption de la poussière d'oxyde de zinc que par l'absorption des vapeurs invisibles du métal en complète fusion. En effet, ils ne se montrent presque exclusivement que chez les ouvriers qui travaillent au four. Ils ne se produisent que d'une manière intermittente, finissent même, avec le temps, par ne plus apparaître, et sont caractérisés par une courbature assez forte, prononcée surtout dans les cuisses, et accompagnée d'un peu de céphalalgie et de fièvre nocturne.
Eu 18t)2, Greenhow décrit, à son tour, dans un travail publié par le Médical Times and Gazette, les symptômes observés par lui chez les fondeurs de laiton, sons le nom de courbature ou fièvre des fondeurs. « L'attaque commence par du malaise, un sentiment de constriction, de resserrement à la poitrine, quelquefois suivi de nausées ; les symptômes se montrent vers la fin d'une journée passée dans un atelier de fonderie, et sont accompagnés le soir ou pendant la nuit de frissons, auxquels succède parfois un stade peu marqué de chaleur, mais toujours suivi de sueurs profuses; de la céphalalgie, des vomissements se montrent quelquefois, mais non toujours ; souvent l'ouvrier peut reprendre son travail le lendemain. » Greenhow attribue ces accidents à la volatilisation du zinc. Tout ce qui s'oppose au rapide entraînement des vapeurs nuisibles dans l'air atmosphérique : une mauvaise ventilation des ateliers, un temps brumeux, un vent violent qui rabat la fumée dans les salles de travail, un refroidissement, un écart de régime favorisent, selon lui, l'apparition de ces symptômes.
Ce serait donc un fait acquis, que les ouvriers fondeurs sont susceptibles, les jours de fonte, d'être atteints d'accidents particuliers pouvant être considérés comme le résultat d'une intoxication professionnelle. Mais pour savoir au juste si le zinc joue dans cette intoxication le rôle important qui lui a été dévolu par la plupart des observateurs, il y a lieu de rechercher si dans la fonte de quelque autre alliage de cuivre, dans celle du cuivre seul comme dans celle du zinc seul, des accidents se produisent pendant la fusion ; et si ces accidents diffèrent entre eux.
Le cuivre seul n'est, pour ainsi dire, jamais employé dans la fonderie; ce n'est que lorsqu'il est allié à une certaine quantité d'étain ou de zinc qu'il devient particulièrement propre au moulage.
Le bronze est un alliage de cuivre et d'étain. Il est employé dans les fonderies de bouches à feu, dans les fonderies de cloches et de divers objets d'art. Dans ces fonderies, les ouvriers éprouvent, les jours de fonte, les mêmes symptômes de fatigue et de fièvre que ceux signalés chez les ouvriers fondeurs en fer. Pendant la coulée, on voit s'élever au-dessus du métal fondu des flammes vertes, dénotant la présence de vapeurs d'oxyde de cuivre. Mais les ouvriers n'en ressentent aucun effet particulier, sans doute parce que tous les gaz nuisibles se trouvent brûlés. Bourru dit que tous les fondeurs interrogés par lui, lui ont répondu qu'ils n'étaient jamais incommodés par le bronze, mais que le laiton était très-pernicieux.
Dans les grands ateliers de chaudronnerie, oîi l'on se sert, pour l'ajutage des tuyaux et des pièces de cuivre, d'un alliage de cuivre fondu, comme soudure, j'ai observé quelquefois chez les ou\Tiers employés à ce travail, des acci-
dents caractérisés par de la sécheresse des voies buccales, une sensation de constriction à la gorge, des douleurs gastralgiques, parfois des nausées et des vomissements, de l'anxiété précordiale, de la fièvre et de la courbature.
Chevallier et Boys de Loury, dans leur mémoire sur les ouvriers qui travaillent le cuivre et ses alliages, disent que si les ouvriers chargés des creusets et de la fonte sont peu exposés à la colique de cuivre, ils sont néanmoins le plus souvent indisposés, par suite de la grande chaleur à laquelle ils sont soumis et du déploiement de forces qu'ils sont obligés de faire. Suivant eux, ce n'est pas tant à l'évaporation du zinc qu'à celle de la minime quantité d'arsenic que l'on rencontre dans les deux métaux, que seraient dus les accidents des fondeurs.
Mais c'est à Maisonneuve (de Rochefort) que Ton doit les observations les plus précises sur les accidents qu'éprouvent les fondeurs en cuivre. Après avoir décrit le travail professionnel de l'ouvrier chai'gé de la mise en fusion (travail que nous connaissons déjà), il remarque que ce sont les vapeurs qui s'élèvent au-dessus des scories, qui sont dangereuses ; alors surtout que l'on fait fondre du vieux cuivre oxyde. « Ces scoiies retirées encore brûlantes et enveloppées d'une flamme verdâtre laissent dégager une abondante fumée blanche qui donne au palais un goût douceâtre, nauséabond, et provoque un resserrement spasmodique du pharynx, de la toux et de la suffocation. Los ouvriers instruits, par l'expérience de son action désagréable, évitent de la respirer, retiennent leur inspiration tant qu'ils sont à sa portée, et redoutent beaucoup ses effets. Une partie de l'atelier est, pendant un certain temps, remplie d'un nuage formé par cette fumée qui s'élève jusqu'au plafond et laisse déposer, sur les pièces de la charpente, une poussière métallique. C'est là une des principales causes invoquées dans les usines pour expliquer la production des coliques, dont un certain nombre de fondeurs assurent être fréquemment atteints. » V' oyons maintenant ce qui se passe dans la fonte du zinc. Le zinc est fondu, en seconde fusion, dans les étabhssements où l'on fabrique ce qu'on appelle des faux bronzes. Dans ces fonderies, la coulée se fait le plus souvent au moule; et le métal est puisé dans le creuset avec une cuiller ou poche. Los quelques renseignements qui nous ont été fournis à ce sujet nous permettent d'assurer que les ouvriers fondeurs n'éprouvent aucun accident particulier à la suite de leur travail, si ce n'est, quelquefois, tous les symptômes d'une fièvre courbaturale.
11 y a une autre industrie où l'on fond du zinc, c'est le zingage des plaques de fer. Les ouvriers qui plongent ces plaques dans le bain de zinc fondu présentent à la fin d'une journée de trempe une succession de symptômes offrant lu plus grande analogie avec ceux observés chez les fondeurs en laiton. Maisonneuve, qui les a signalés le premier chez les zingueurs de l'arsenal maritime de Rochefort, n'hésite pas à en rapporter la cause à l'oxyde de zinc contenu dans les vapeurs et buées qui se dégagent de la cuve. Il accorde cependant un certain rôle à la fatigue et à l'excès de chaleur que ces ouvriers subissent. Brousmiche dit la même chose au sujet des ouvriers zingueurs de l'arsenal maritime de Brest. Dans les observations que nous avons faites à cet égard, dans l'atelier de zingage de l'arsenal de Toulon, nous avons constaté les mêmes phénomènes chez les ouvriers trompeurs, mais nous n'avons pas attribué à l'absorption de l'oxyde de zinc la raison de leur manifestation {voy. art. Étameurs de ce Dictionnaire). Pour la fabrication des faux bronzes comme pour le trempage dos plaques de fer, la température du bain de métal n'est jamais assez élevée, par la raison tonte simple que le zinc est promptement fusible et que l'on veut éviter
qu'il ne se vaporise ou ne s'enflamme. La production d'oxyde de zinc est donc plus que douteuse en pareil cas. C'est ce que Blandet avait déjà reconnu, du reste, lorsqu'il attribuait la formation d'oxyde de zinc, dans la fonte du laiton, à la plus grande élévation de température nécessaire pour faire entrer en fusion cet alliage.
Dans l'industrie du fer-blanc, les ouvriers qui trempent les lames de fer dans un bain d'étain fondu présentent, eux aussi, des accidents caractérisés par des symptômes analogues à tous ceux que nous avons décrits; mais dans cette opération, intervient, à son tour, comme cause nocive, le dégagement d'épaisses vapeurs provenant des couches de graisse ou de suif, dont sont enduites les feuilles métalliques avant d'être plongées dans le bain d'étain fondu.
Il résulte de tout ce qui précède qu'il existe bien réellement une « fièvre des fondeurs » ; mais cette affection signalée chez les fondeurs des diverses Ibnderies de métaux doit évidemment trouver dans des conditions de travail communes à tous, des causes communes. La chaleur excessive, les fatigues musculaires et la respiration des gaz provenant du combustible, tel est le faisceau étiologique auquel l'observation première ramène toujours. La nature du métal fondu et les vapeurs auxquelles il donne lieu interviennent dans chaque fonderie spéciale pour imprimer à l'affection professionnelle des caractères particuliers qui ne font qu'ajouter à sa physionomie générale, sans l'altérer. Il n'y a pas de doute, en effet, que dans les conditions mêmes oiî se trouve placé l'organisme, soumis ainsi à de hautes températures, il ne soit plus porté à subir l'action de vapeurs douées d'une activité spéciale, et qu'il n'en manifeste l'atteinte qu'il en reçoit par une irritation toute physiologique. Mais on ne peut pas dire, aussi bien pour le fondeur en laiton que pour le fondeur en fonte de fer, qu'il y ait là luie absorption sérieuse amenant à la longue une intoxication permanente. Le caractère principal de cette manifestation morbide, c'est d'être passagère comme un accès de fièvre intermittente et de se juger comme cette dernière, par des sueurs excessives auxquelles viennent s'ajouter, pour quelques-uns, une abondante émission d'urine et une expectoration active.
11 en est tout autrement pour les fondeurs en plomb. Dans cette catégorie d'ouvriers fondeurs, l'empoisonnement professionnel s'affirme par des symptômes caractéristiques ; car l'absorption des vapeurs toxiques est ici des plus dangereuses, favorisée qu'elle est par l'influence de la chaleur sur l'organisme {voy. art. Plomb). Nous signalerons, entre autres, les ouvriers fondeurs en caractères d'imprimerie et les affineurs de métaux au fourneau à coupelle.
L'affinage à la coupelle a pour but de séparer l'argent du plomb d'œuvre ou plomb argentifère. C'est une opération des plus nuisibles pour les ouvriers, à cause des fumées et des vapeurs produites pendant la fusion du plomb et des riUiages, surtout quand les ateliers ne sont pas suffisamment ventilés.
11 en est de même pour l'essayage de la garantie des matières d'or et d'argent, que l'on fond dans des coupelles avec une quantité de plomb d'autant plus grande qu'il y a plus de cuivre dans la matière à essayer. Les vapeurs plombeuses qui se dégagent sont très-épaisses; et plus d'une fois des accidents saturnins ont été signalés chez les essayeurs, à la Monnaie. Il est un accident particulier auquel ces deux sortes d'ouvriers sont exposés, ce sont des brûlures profondes occasionnées par la projection du métal fondu ; lorsque par le refroidissement il se forme une croûte superficielle que les couches liquides du fond tendent à soulever; cet accident est connu sous le nom de rochagg.
Clioz les fondeurs en car;iclères, les coliques saturnines ont été observées bon nombre de l'ois. Il faut ajouter qu'ils sont souvent atteints de brûlures à la main gauche. Nous avons observé, chez un ancien ouvrier, une véritable crampe professionnelle du pouce de la main droite, ce qui l'avait forcé à abandonner son métier. Cela n'est pas étonnant, quand on songe à la rapidité de succession de mouvements que le fondeur en caractères est obligé d'apporter dans son travail professionnel. « Autour des creusets, les ouvriers fondeurs se tiennent debout, leur moule d'une main, une petite cuiller de 1er de l'autre; ils prennent le métal eu fusion avec leur cuiller, le jettent dans le moule, donnent une petite secousse, jettent la lettre formée, referment le moule, le remplissent, le vident, et cela avec une rapidité telle qu'un bon ouvrier peut faire i 8 000 lettres dans une semaine : ce qui implique 5000 fois par jour les mouvements que nous venons de décrire. Des ouvriers habiles et très-laborieux arrivent même à 5000 lettres par dix heures. Or les bons ouvriers sont rares; c'est un dur métier qui a des chômages forcés par la fatigue même de ce travail à la chaleur d'un ardent foyer (Turgan, Grandes iisines).
Pour terminer tout ce qui se rapporte aux causes d'inconvénients professionnels dans les fonderies, nous signalerons le nettoyage des rigoles creusées dans le sol, immédiatement après la coulée, comme exposant tout particulièrement aux brûlures des membres inférieurs ; le nettoyage des étuvcs après l'enlèvement des moules, travail qui soumet les ouvriers à l'absorption de poussières et de fumées nuisibles; et, dans les fonderies de canon, l'opération du tubage, qui a pour but de dilater le canon de fonte pour y introduire un cylindre d'acier destiné à le renforcer. Bourru signale, dans ce cas, la fâcheuse influence des immenses brasiers de coke que l'on maintient en permanence dans l'atelier, et qui donnent lieu à un très-fort dégagement de gaz carbonés et sulfureux.
Dans le relevé que notre collègue a bien voulu nous communiquer des maladies observées pendant dix ans à la fonderie de Ruelle, on trouve que les fondeurs ont présenté un nombre moyen de malades (96,2 malades sur 100 fondeurs) supérieur à celui offert par tous les autres ouvriers (94 malades sur 100 ouvriers). Par compensation, la durée des maladies aurait été plus courte pour eux que pour l'ensemble des autres professions (ajusteurs, forgerons, foreurs, charpentiers, etc.); pour les fondeurs, 5,2 journées; pour l'ensemble des autres ouvriers, 6,6.
Le nombre moyen des blessés a été, par année : pour les fondeurs, 1 8 pour 100 hommes; pour les autres ouvriers, 10,4. La durée du traitement de ces blessures a été : pour les fondeurs, 11,3 journées; pour l'ensemble des autres professions, 9,8. Les fondeurs sont donc beaucoup plus exposés que les autres ouvriers et leurs blessures sont plus graves. Les brûlures sont les lésions les plus nombreuses.
Quant aux affections oculaires dépendantes du rayonnement des foyers, elles sont les mêmes que celles que nous avons décrites chez les forgerons [voy. art. Fer). Il nous paraît donc inutile de revenir sur ce sujet. Nous ne pouvons cependant nous empêcher de reproduire ici le tableau suivant, donné par M. Bourru, el dans lequel l'acuité de la vision est comparée entre les diverses catégories d'ouvriers employés dans la fonderie, par période décennale de 20 à 55 ans.
FOISDERIES.