LE JOUR ET LA NUIT
. de Co* exhalé -<j-„, (■ repos ou travail très-léger
Oo ib ,y>. . 1111
daller et venir.
2"o ,5. . . . sommeil partiel.
'2' observation.
645e', 3. . . . travail fatigant. 900 ,6. . . . tonimeil
( Total en 24 heures. . 954 ,5. . 955
Dans les vingt-quatre heures, l'iiomme exhale donc toujours, sous forme d'acitle carbonique, moins d'oxygène qu'il n'en absorbe : — pendant le jour , même avec le travail le plus léger possible, l'exhalation de l'oxygène l'emporte sur son absorption; — pendant la nuit au contraire, lorsque l'homme est en repos complet, l'absorption de l'oxygène est très-notablement supérieuie à son exhalation.
Les résultats de la seconde observation sont particulièi'cment instructifs : — pendant une journée de travail, l'homme exhale, sous forme d'acide carbonique, environ frois fois plus d'oxygène qu'il n'en absorbe; — pendant la nuit suivante, l'absorption s'exagère comme pour réparer la perte éprouvée par l'économie, et la quantité d'oxygène introduite est sensiblement triple de celle que représente l'acide carbonique exhalé.
Du reste, dans les deux observations, les rapports des quantités d'oxygène absorbées et exhalées le jour et la nuit sont renversés et restent sensiblement les mêmes.
Il demeure donc établi que, pendant le repos de la nuit, l'homme emmagasine dans l'économie ime quantité considérable d'oxygène qu'il exhale pendant la simple activité ou le travail de la journée. Cette accumulation d'oxygène ne se fait pas évidemment dans le sang; elle s'opère nécessairement dans les tissus de l'économie et là aussi s'effectuent toutes les réactions chimiques de nutrition, toutes ces transformations intermédiaires que subissent les éléments organiques, avant de revêtir les formes sous lesquelles ils sont rejetés hors de l'économie par les surfaces respiratoires, la peau et les diverses voies d'excrétion.
La chaleur développée par les animaux, résultat direct des réactions chimiques de nutrition, est donc, du moins pour la majeure partie, pioduite par des combustions lentes, complètes ou incomplètes, effectuées dans l'intimité des tissus, en dehors du torrent circulatoire.
Cela posé, il est facile de comprendre comment et pourquoi les variations de la circulation locale exercent une si puissante influence sur la production de la chaleur. Plus la circulation locale est accélérée, plus les conditions du milieu dans lequel s'exerce l'activité des éléments organiques sont maintenues favorables aux échanges nutritifs et aux réactions chimiques qui en sont la conséquence : d'une part, les produits de la dénutrition sont plus rapidement et plus complètement entraînés ; — d'autre part, le sang incessamment renouvelé fournit en plus grande abondance les matériaux de la nutrition et maintient les éléments organiques en contact avec de l'hémoglobine toute fraîche qui leur cède plus facilement de l'oxygène. — Une circulation locale plus active détermine donc un mouvement nutritif plus énergique et, par suite, des réactions chimiques et des phénomènes thermiques plus intenses. — Au contraire, un allanguissement de la circulation locale exerce nécessairement une influence de sens inverse.
Les belles recherches de M. C. Bernard ont démontré l'existence de deuxordres DICT. EiNC. 4' s. IIL 21)
450 FORCES (physiologie).
de filets nerveux vaso-moteurs, dont l'action s'exerce sur les petits vaisseaux de toutes les parties de l'économie. — Les vaso-moteurs du premier ordre sont fournis par le grand sympathique et constituent un appareil de resserrement des petits vaisseaux ; leur paralysie s'accompagne constamment d'une dilatation et leur excitation d'une diminution du calibre des vaisseaux capillaires. Le mécanisme de leui' action se comprend, d'ailleurs, très-facilement; soumis à l'influence d'une excitation quelconque, ils déterminent la contraction des couches musculaires à fibres transversales des parois des petits vaisseaux auxquelles ils se distribuent. — Les voso-moteurs du second ordre sont dilatateurs ; leur excitation s'accompagne d'une augmentation du calibre des petits vaisseaux; ils appartiennent au système nerveux cérébro-spinal. Le mécanisme d'une dilatation active des petits vaisseaux est difficile à comprendre ; mais quelles que soient les obscurités qui régnent dans la question du mode d'action de ces nerfs vasomoteurs dilatateurs, leur existence n'en ait pas moins définitivement démontrée.
— Dans les conditions physiologiques, la circulation est donc soumise à deux ordres d'influences, l'une centrale, l'autre périphérique :
L'influence centrale est une impulsion motrice ; elle a pour agent le muscle cardiaque et son intensité varie avec l'énergie de la contraction des parois du cœur.
L'influence périphérique est une résistance au cours du sang; son intensité est évidemment réglée pnr le calibre des vaisseaux capillaires et, par suite, se trouve commandée par l'action des deux systèmes de nerfs vaso-moteurs.
De ces faits et de ces considération-s, il résulte que, dans toutes les parties du corps, la circulation locale est réglée parles vaso-moteurs : — active quand l'action des dilatateurs prédomine; — languissante âU conirahe quand, sous l'influence des vaso-moteurs constricteurs fournis par le grand sympathique, le calibre des capillaires diminue. Mais nous venons de voir que l'intensité du mouvement nutritif dépend de l'état de la circulation locale, c'est donc en définitive l'action des nerfs vaso-moteurs qui, par l'intermédiaire de la circulation et dans une partie quelconque de l'économie, commande l'énergie des réactions chimiques de nutrition et de la production de chaleur qui en est la conséquence directe.
— « Les phénomènes de calorification, dit M. G. Bernard [Loc. cit., p. 279), sont de deux ordres : création de chaleur; répartition méthodique de la chaleur créée. Ce dernier rôle de répartition, d'équilibration des températures appartient évidemment au système de la circulation générale. Le passage du sang à travers tous^les orc ânes égalise leur situation thermique; sa révolution rapide atténue les différences que beaucoup de conditions, entre autres les conditions extérieures, tendraient à créer dans divers départements de l'organisme. Du reste, le cours du sang étant très-rapide dans les vaisseaux généraux, subit cependant des variations de vitesse. Le système nerveux commande ces variations par certains moyens et pour un certain but.
« Les moyens, nous les avons exposés dans les leçons précédentes : ils consistent en un mécanisme régulateur des résistances placé dans les vaisseaux périphériques, et en un mécanisme régulateur des impulsion^; placé dans l'organe central. Le signal qui met ces mécanismes en mouvement est donné par les organes eux-mêmes suivant le§ besoins et les nécessités du moment, c'est l'excitation nerveuse réflexe.
« Quant au but, ou pour mieux dire aux résultats de ces actions, c'est de contrebalancer et combattre les perturbations qui, aux cours des événements,
FORGES (physiologie). 451
pourraient altérer l'état d'équililibre thermique dont l'organisation ne doit pas s'écarter et qui seul est compatible avec un fonctionnement régulier de la machine vivante.
« Mais, pour la création même du calorique, des faits d'un autre ordre interviennent. . . La création de chaleur dans le sang seul est insignifiante : c'est dans l'intimité des tissus, dans la profondeur des organes au contact du sang et des éléments anatomiques que la chaleur est engendrée ; le fait est acquis. Voilà pourquoi la circulation locale a une influence très-notable sur la production du calorique : elle crée des conditions qui favoinsent les échanges nutritifs avec toutes leurs conséquences chimiques et thermiques : elle crée un milieu favorable à la nutrition, et de plus en plus actif à mesure qu'elle s'accroit davan-
tage » .
M. C. Bernard fait observer que le rôle du système nerveux dans la calorifîcation n'est pas seulement celui d'un régulateur de la circulation générale et de la circulation locale ; ce système exerce sur le mouvement nutritif une influence d'un tout autre ordre.
Sans doute la section du grand sympathique s'accompagne à la fois d'un élargissement des capillaires, d'une accélération de la circulation locale et d'une élévation notable de la température des parties correspondantes. Incontestablement, il y a une relation de cause à effet entre ces deux phénomènes : plus grande rapidité du cours du sang, et production plus considérable de chaleur. ~ Cependant l'observation démontre que, très-fréquemment quelques jours après la section, la congestion locale des premiers instants diminue, disparaît même complètement et que pourtant, malgré ce retour de la vascularisation à son état antérieur, les régions animées par le nerf sectionné conservent un excès appréciable de température. — M. C. Bernard a commencé par lie)- les principales veines de l'oreille d'un lapin, puis il a coupé le lilet cervical sympathique du même côté. Evidemment la circulation était maintenue moins active dans l'oreille ainsi préparée que dans l'oreille restée intacte ; la section du sympathique n'en a pas moins été suivie d'une élévation de la température du côté lésé. — Ces faits ne permettent pas de considérer les phénomènes thermiques déterminés par la section du grand sympathique comme résultant exclusivement d'une accélération de la circulation locale; l'action nerveuse intervient à un autre titre dans la production de chaleur.
L'excitation du grand symphatique s'accompagne constamment d'une cons- Iriction des vaisseaux et d'une réfrigération des parties ; ces deux phénomènes <;aractérisent la fonction du ce nerf. Le grand sympathique est donc à la fois un nerf constricteur des capillaires et un nerf frigorifique. Le mécanisme du resserrement des vaisseaux est bien connu, comment faut-il comprendre cette action frigorifique du grand sympathique? faut-il, avec Brodie et Ghossat, douei* le système nerveux de la faculté mystérieuse de produire directement du chaud ou du froid dans l'économie ? faut-il admettre une influence directe et non moins mystérieuse du système nerveux sur les propriétés chimiques del'oxigène, de l'hémoglobine ou du carbone et de l'hydrogène des matières organiques? de semblables hypothèses sont en contradiction flagrante avec les données les plus positives de la science. — L'aclion frigorifique du grand sym])athique a été bien caractérisée par M. C. Bernard [loco citato p. 290-291). « Le système nerveux, dit-il, joue, par rapport à l'activité des organes, le rôle d'un véritable frein de la machine vivante quand je coupe le sympathique du cou et que
452 FORCES (physiologie).
la colorification s'accroît dans toute la moitié correspondante de la tête, je pense que les éléments contiactiles des tissus se trouvant relâchés ou paralysés, les mutations élémentaires qui résultent des réactions chimiques se trouvent accrues ainsi que les phénomènes thermiques. — Quand je galvanise le bout périphérique du grand sympathique, j'admets que les éléments contractiles des tissus, entrant en activité, modifient en sens inverse les contacts moléculaires dans les tissus, abaissent les mutations chimiques ainsi que les phénomènes thermiques. »
Une vive douleur produit une excitation réflexe du grand sympathique ; ce nerf entre en action, resserre les vaisseaux, ralentit à la fois la circulation locale et le mouvement nutritif, abaisse du même coup l'intensité des réactions chimiques et des manifestations thermiques. Ainsi s'explique l'action réfrlgérente, aujourd'hui bien démontrée, de la douleur. M. Mantegazza a constaté que, sous l'influence de la douleur, la proportion d'acide carbonique diminue dans l'air expiré ; de son côté, M. C. Bernard a vu la quantité d'oxygène diminuer dans le sang des animaux soumis à des opérations douloureuses.
Si le grand sympathique est à la fois constricteur des capillaires et frigorifique, nous avons établi précédemment que le système cérébro-spinal fournit des filets dilatateurs des petits vaisseaux, dontl'action s'accompagne toujours d'une élévation de température, et qui, à ce dernier titre, méritent la dénomination de vaso-moteurs calorifiques. Dans la glande sous-maxillaire, en particulier, le nerf à la fois dilatateur et calorifique est la corde du tympan. Il n'est pas besoin de recourir à des actions mystérieuses pour se rendre compte de l'action des vaso-moteurs de cet orde. Ce n'est pas en produisant directement de la chaleur, mais seulement, en modifiant les rapports de contact des éléments organiques entre eux et avec le milieu la ambiant, que ces nerfs dilatateurs exaltent les réactions chimiques de nutrition et les manifestations thermiques qui en résultent.
Les influences des agents cosmiques s'excercent directement sur le système nerveux et, par son intermédiaire, retentissent sur les organes intérieurs. En rapports constants avec le monde extérieur, la machine vivante doit être munie d'un appareil spécialement destiné à régler les activités individuelles de ses diverses parties, de manière à maintenir l'économie dans des conditions favorables à l'accomplissement de ses fonctions. Le système nerveux remplit ce rôle de régulateur physiologique ; au point de vue particulier qui nous préoccupe, il accélère ou ralentit le cours du sang et le mouvement nutritif, il exalte ou déprime les réactions chimiques accomplies dans la profondeur des tissus et la production de chaleur, suivant les besoins créés par les conditions du milieu dans lequel se meut l'être vivant. De cette action régulatrice résulte cette unité du fonctionnement de la machine vivante, sur laquelle les diverses écoles vitalistes ont tant insisté et qu'elles ont, à tort, si souvent invoquée pour justifier l'intervention d'une force spéciale indépendante, dominant et commandant tous les actes de l'économie.
A quelque époque de son développement qu'on le prenne, l'animal emprunte constamment de l'oxygène au milieu ambiant, brûle les matériaux organiques de ses tissus, produit de l'acide carbonique, de l'eau et de la chaleur. La quantité d'oxygène consommé varie sans doute avec les conditions de travail et de repos, de veille et de sommeil, avec l'abondance et la nature de l'alimentation, avec la saison et les climats; mais au fond les relations de l'animal avec le milieu ambiant restent toujours de même nature.
FORGES (physiologie). 455
Nous avons vu qu'en pleine activité, le végétal rend de l'oxygène à l'atmosphère et joue en définitive le rôle d'un appareil réducteur, nous avons à rechercher si cette fonction de réduction représente la totalité dutravail accompli dans l'intérieur de la plante, si les rapports du végétal avec le milieu ambiant restent les mêmes à toutes les périodes de son développement et se maintiennent indépendantes des conditions extérieures auxquelles il est soumis.
Toutes les observations s'accordent pour démontrer que, sous l'influence de l'insolation directe ou même de la lumière diffuse, le végétal, par ses feuilles et ses parties vertes, absorbe de l'acide carbonique, le décompose, s'assimile le carbone et rend à l'atmosphère un volume égal d'oxygène. D'ailleurs, l'intensité de cette action réductrice est beaucoup plus considérable lorsque la plante est directement frappée par la radiation solaire que lorsque, maintenue à l'ombre, elle est soumise à l'influence de la lumière diffuse ; des expériences comparatives de M. Boussingault, il résulte que, par décimètre carré et par heure, une feuille décompose moyennement 7", 17 d'acide carbonique au soleil et seulement S*^', i à l'ombre. Mais on sait aujourd'hui que cette action réductrice de l'acide carbonique est une fonction de nutrition, résulte de l'activité de la chlorophylle et ne représente pas la totalité des rapports de la plante avecl'atmosphère. En effet^ à l'ombre comme en plein soleil, de nuit comme de jour, le végétal emprunte constamment de l'oxygène au milieu ambiant, et exhale une quantité correspondante d'acide carbonique formé aux dépens des matériaux organiques de ses tissus. — Les rapports de la plante avec l'atmosphère sont donc représentés par deux fonctions bien distinctes :
i" Une fonctio7i de mitritioii, dévolue à la chlorophylle, caractérisée par une réduction de l'acide carbonique et qui s'exceree seulement sous l'influence de l'insolation directe ou de la lumière diffuse. Cette fonction varie nécessairement d'intensité aux diverses heures de la journée et avec la transparence de l'atmosphère ; elle est nécessairement intermittente et reste complètement suspendue pendant la nuit.
2" Une respiration identique à celle des animaux, continue et caractérisée par la combustion des matériaux organiques du tissu végétal.
« Une plante, dit M. Boussingault, est donc réellement soumise à deux forces tendant, l'une à lui soustraire, l'autre à lui fournir de la matière, et selon que l'une de ces forces dominera l'autre, le poids de la plante diminuera ou augmentera. — L'indice de la supériorité de la force assimilatrice est, de la part du végétal, une émission d'oxygène, quoiqu'il n'y ait pas seulement du carbone assimilé ; — l'indice de la supériorité de la force éliminatrice est une émission d'acide carbonique, bien qu'il n'y ait pas uniquement du carbone éliminé. — Suivant le rapport existant entre les forces que je viens de mentionner, rapport évidemment déterminé par l'intensité de la lumière et de la température, une plante produira de l'oxygène ou de l'acide carbonique en proportions fortvariables, ou bien n'émettra ni l'un ni l'autre de ces deux gaz. C'estainsi qu'il peut arriver que l'organisme d'un végétal placé dans un lieu faiblement éclairé reste en quelque sorte stationnaire pendant des mois entiers, commej'ai eu l'occasion de l'observer. »
Les observations déjà ancieimes de M.Théodore de Saussure ont établi que les fleurs absorbent constamment de l'oxygène, exhalent un volume sensiblement égal d'acide carbonique et sont, comme les animaux, des appareils de combustion. L'intensité de cette consommation d'oxygène varie beaucoup avec l'espèce végé-
454 FORCES (physiologie) .
taie à laquelle appartient la fleur obscrve'e ; tandis que, en vingt-quatre heures, une fleur entière de Lis blanc n'absorbe que cinq fois son volume d'oxygène, une fleur entière d'Arum maculatum en absorbe trente fois son volume dans le même temps. La fleur fournit constamment de la chaleur comme l'animal et la quantité de chaleur développée suit la même loi que la quantité d'oxygène consommé. D'ailleurs, quand on prend son volume pour unité de mesure, une même fleur absorbe toujours plus d'oxygène à l'état d'épanouissement complet qu'à l'état de bouton. — Dans une fleur complète, les organes sexuels consomment plus d'oxygène que la corolle et les organes nid/es plus que les organes /ewe//es. — Enfin, dans les plantes monoïques, les fleurs mâles consomment toujours plus d'oxygène que les fleurs femelles.
L'oxygène est indispensable à la ^e/'mmai/on ; dans l'azote, l'hydrogène ou l'acide carbonique, la graine ne se développe pas. Lorsque, sous l'influence combinée de la chaleur, de l'humidité etde l'oxygène, la germination commence, la graine absorbe de l'oxygène et exhale de l'acide carbonique. M. Boussingault a fait germer, dans une assiette de porcelaine, sous l'influence de l'eau distillée et de l'air, des graines de Trèfle et de Froment. II a d'abord déterminé les quantités de carbone, d'hydrogène, d'oxygène et d'azote contenus dans un poids donné de graines sèches avant la germination ; puis il a mesuré les quantités des mêmes éléments qui restaient dans ces graines desséchées au moment où la germination avait atteint sa dernière période et oir la végétation allait commencer pour les jeunes plantes. Il a ainsi trouvé que :
Carbone Hydrogène Oxygène Azote
1 gramme de graine sèche de trèfle
contenant avant la germination. . Os'',508 OssOBO 0s'',560 Os^OVS
Après la germination, ne pèse plus
que Osr,8ôô,et ne contient plus que 0 ,594 0 ,OoO 0 ,317 0, 072
Pertes 0 ,1U 0 ,010 0 ,043 Ô '
Carbone Hydrogène Oxygène Azote
i gramme de graine sèche de Froment, contenant avant la germination 0ss466 06^058 0s'-,441 06^03o
Après la germination, ne pèse plus que 08',841 et ne contient pins que 0 .597 0 .051 0 ,557 0 ,036
Pertes 0 ,069 0 ,007 0 ,084 0 ,001
Pendant la germination, au lieu de produire de la matière organique, les graines détruisent donc une partie de celle dont elles sont composées. Les graines de Trèfle ont perdu les 0,167 et les graines de Froment les 0,159 de leur poids. Cette perte porte exclusivement et inégalement sur le carbone, l'hydrogène et l'oxygène. La quantité d'azote ne varie pas ; la légère différence trouvée dans les graines de Froment avant et après la germination, rentre dans les erreurs possibles d'analyse et doit être négligée.
La perte de carbone, dans les deux cas, et surtout pour le Trèfle, est telle que, conformément aux expériences de de Saussure, la graine doit emprunter de l'oxygène à Fair pour faire de l'acide carbonique. Mais il est remarquable de voir que l'oxygène et l'hydrogène perdus ne sont pas dans les proportions nécessaires pour faire de l'eau. Pour les graines de trèfle, l'oxygène éliminé n'est pas en quantité suffisante pour brûler l'hydrogène, c'est le contraire pour les graines de Froment.
Dans l'acte de la germination, tout ne se borne pas, comme le pensait de Saussure, à une élimination d'acide carbonique et d'eau. Les phénomènes chi-
FORCES (rnvsiOLOGiE). 455
miques dénutrition du végétal accomplis dans cette première période de son existence sont plus complexes. Les analyses de M. BoussingauU démontrent qu'une partie du carbone, de l'hydrogène et de l'oxygène perdus est éliminée en partie sous forme d'une combinaison ternaire non gazeuse. M. BoussingauU, ayant constaté une réaction acide en faisant germer des graines sur du papier de tournesol, pense que le corps ternaire ainsi formé est un acide qui s'échappe sous forme de vapeur, lorsqu'on dessèche la graine germée avant d'en faire l'analyse.
Dans un travail sur la germination, M. Th. de Saussure a démontré que les graines oléagineuses brûlent une partie de leurs matières grasses. Dans ce cas, le volume de l'oxygène absorbé l'emporte notablement sur celui de l'acide carbonique exhalé. La graine oléagineuse, pendant la germination, brûle évidemment du carbone et de l'hydrogène comme un animal.
Tout démontre donc que, pendant la germination, la graine emprunte à l'air une certaine quantité d'oxygène et brûle une partie de ses matières organiques constituantes. Cette réaction est la véritable source de la chaleur que dégagent les graines réunies en masses plus ou moins considérables dans les germoirs, et rend compte de l'excès de température qu'elles acquièrent.
La faculté de former de la matière organique de toutes pièces avec des éléments minéraux appartient donc exclusivement aux surfaces vertes des plantes ; et encore cette fonction de nutrition, dévolue à la chlorophylle, n'entre-t-elle en activité que sous rinduencc delà lumière solaire directe ou diffuse. C'est seulement pendant le jour que les surfaces vertes empruntent de l'acide carbonique au milieu ambiant, le décomposent, assimilent le carbone et rendent l'oxygène à l'atmosphère ; véritables appareils de réduction, elles utilisent la force vive, de la radiation solaire pour effectuer ce travail intérieur, et emmagasinent de la force en produisant des matières org3Lm([ues combustibles . Mais, en même temps, la plante dans son entier est le siège d'une autre fonction dont l'activité est continue; elle respire comme un animal, emprunte de l'oxygène au milieu ambiant, brûle une partie de ses tissus et produit de la chaleur.
Les expériences de M. Boussingault démontrent l'existence d'une solidarité bien remarquable entre ces deux fonctions, l'une de nutrition et de production, l'autre de respiration et de destruction, la première intermittente, la seconde continue. Elles prouvent même que, pour la plante comme pour l'animal, si la fonction chlorophylienne de nutrition commande le développement, la consommation d'oxygène, la respiration, est indispensable à l'entretien de la vie du sujet. Les feuilles, en effet, peuvent être conservées, longtemps séquestrées dans Vobscurité et dans un milieu contenant de Voxygène, sans perdre la faculté de décomposer l'acide carbonique sous l 'influence de la lumière. Mais quand on les conserve un certain temps dans Vobscurité et dans de l'hydrogène, de lazote, de l'hydrogène proto-carboné, ou même de \ acide carbonique, elles éprouvent une véritable asphyxie : cette trop longue suspension de la fonction respiratoire leur enlève complètement la faculté de réduire l'acide carbonique. Pour se nourrir, se développer, produire, sous rinfluence de la lumière, de la matière organique aux dépens des éléments minéraux du milieu ambiant, la plante doit donc, même par ses parties vertes, respirer comme un animal, c'est-à-dire absorber de l'oxygène et brûler une partie de sespropres tissus.
Dans un mémoire intitulé : Recherches sur la composition chimique et les fonctions des feuilles de végétaux [Ann. de ch. et de phys. 5^ série, t. XIV,
456 FORCES (physiologie).
p. 118), M. Corenwinder a soumis à une nouvelle étude les rapports des feuilles des végétaux et de l'atmosphère, il résulte de ses recherches que :
« Les feuilles des végétaux, dans leurs rapports avec l'air atmosphérique, sont le siège de deux fonctions distinctes :
« Par leur protoplnsmn, elles absorbent l'oxygène et elles produisent conslamment de l'iicide catbonique, c'est-à-dire qu'elles respirent.
« Parleur chlorophylle, elles inspirent, au contraire, pendant le jour seulement, du gaz acide carbonique, et elles expirent de l'oxygène.
rt Dans le premier âge, le protoplasma prédomine dans les cellules, la chlorophylle y est |)eu abondante; aussi, pendant toute cette période, la fonction respiratoire l'emporte-t-elle sur la fonction chlorophyllienne, et conséquemment les feuilles exhalent de l'acide carbonique sans interruption.
« A mesure que les feuilles grandissent, le protoplasma diminue, la chlorophylle augmente; aussi voit-on s'atténuer rapidement chez elles, la capacité d'émettre pendant le jour du gaz acide carbonique; bientôt elles ne dégagent plus que l'oxygène. Ce n'est désormais qu'en les plaçant dans l'obscurité, ou au moins en atténuant l'éclat de la lumière, c'est-à-dire eu suspendant plus ou moins l'action de la chlorophylle, qu'on peut mettre en évidence l'effet de la respiration, n
Ces recherches de M. Corenwinder complètent, d'une manière très-heureuse, le travail de M. Carreau, de Lille, sur les fonctions des feuilles des plantes, qui remonte à une trentaine d'aunées.
Pourcompléterl'histoiredes rapports du végétal avec le milieu ambiant, nous devons chercher à déterminer par quel mécanisme et aux dépens desquels éléments s'opère le développement de la jeune plante lorsqu'elle est constamment maintenue dans l'obscurité. M. Boussingault a traité celte importante question, avec sa supériorité habituelle, dans un très-remarquable travail de physique végétale.
Indépendamment de l'embryon, véritable plante en miniature, organe d'un très-petit volume qui fournira plus tard la racine, la tige et les feuilles, la graine contient un dépôt de substances amylacées, grasses et albuminoïdes, accumulées dans le périsperme ou dans les cotylédons ; c'est là une véritable réserve pour la nutrition de l'embryon. Tant que dure la germination propre ment dite, l'embryon respire comme un animal, absorbe l'oxygène de l'air, modifie les éléments organiques du périsperme ou des cotylédons et les utilise pour former ses propres tissus. Cette évolution du germe s'accompagne constamment d'un développement de chaleur et d'une exhalation d'acide carbonique, résultats des réactions chimiques de nutiition accomplies dans les profondeurs de la graine. Bientôt la tige porte des feuilles épanouies ; la végétation commence ; à la fonction respiratoire qui s'exerce d'une nia.mère continue, da.ns l'appareil folliacé comme dans les racines, les fleurs et l'embryon, s'ajoute une nouvelle fonction intermittente de réduction et de nutrition. Sous l'influence de la réaction solaire, les parties vertes absorbent et décomposent Tacide carbonique; la plante laisse échapper l'oxygène, retient le carbone et se l'assimile, forme ses propres tissus aux dépens des éléments minéraux du monde ambiant et augmente de poids.
Mais qu'adviendrait-il si l'on condamnait l'embryon de la graine à se développer dans l'obscurité, c'est-à-dire dans des conditions telles que, les feuilles ne pouvant jamais décomposer l'acide carbonique de l'air, la respiration, fonc-
tion éliminatrice, persistât seule ? Nous devons nous contenter d'analyser l'expérience de M. Boussingault, relative à la végétation du Maïs ; les autres graines soumises simultanément aux mêmes conditions ont fourni des résultats identiques.
M. Boussingault a semé 22 graines de Maïs dans un sol de pierre-ponce humectée avec de l'eau distillée et les a laissées se développer dans une chambre obscure. Au bout de 20 jours, chaque plant portait trois feuilles d'un jaune pâle dont les plus grandes avaient 50 centimètres et les plus courtes 8 centimètres de longueur ; les tiges avaient de 8 à 10 centimètres <le hauteur sur 5 à 4 millimètres de diamètre. Les racines, d'un blanc mat, étaient très-déliées, contournées; quelques-unes de ces fibrilles mesuraient 28 centimètres.
Les 22 graines, au moment de l'ensencement, contenaient l^'', 202 d'eau et S^"", 636 de matières sèches.
Les 22 plants récoltés contenaient 68 «% 731 d'eau et seulement 4^% 529 de matières sèches.
Pendant leur développement, ces 22 plants avaient donc emprunté au sol et fixé 67^% 529 d'eau; en même temps, près de la moitié des matières sèches des graines, 4s% 107, avait été détruite. Poussant plus loin l'analyse, M. Boussingault a montré que les plants récoltés contenaient exactement la même quantité de matières minérales et de substances albuminoïdes que les graines au moment de leur ensemencement; la perte avait donc exclusivement porté sur les matières grasses et amylacées. Il s'est enfin assuré que, pendant la végétation, une certaine quantité d'amidon, transformée en glucose et en cellulose, avait été assimilée par les plants.
Lorsque la végétation s'opère dans l'obscurité et sur un sol dépourvu de toute espèce d'engrais, la plante n'emprunte donc rien au milieu ambiant et forme les parties solides de ses tissus aux dépens des matériaux organiques de la graine. Mais comme, dans ces conditions, la respiration, caractérisée par l'absorption d'oxygène, la combustion des matières organiques et l'exhalation d'acide carbonique, s'exerce seule, il en résulte qu'après dessiccation, la plante parvenue à son maximum de développement pèse en réalité moins que la graine qui lui a donné naissance. Ces expériences établissent nettement que, dans l'obscurité, une plante développée, ayant tige, feuilles et racines, se comporte comme un animal, absorbe de l'oxygène, biùle les matières grasses et amylacées déposées dans la graine à côté de l'ambryon, exhale de l'acide carbonique et produit de la chaleur. Comme, d'ailleurs, la fonction réductrice de nutrition est supprimée, les réserves alimentaires ne peuvent pas être renouvelées, la durée de l'existence de la plante est nécessairement limitée et dépend de la quantité de nourriture que la graine elle-même peut lui fournir.
L'analogie entre le travail intérieur de la plante et celui de l'animal ne s'arrête pas là; on peut dire qu'elle est complète. Si l'animal modifie, par voie de combustion, une pariie de la matière albuminoïde de ses aliments et la transforme en un composé azoté cristallin, ïurée, que l'on rencontre dans ses excrétions, la plante de son côté, dépourvue d'agents excréteurs, fait subir à l'albumine de la graine une modification de même nature et la transforme en asparacjine, principe azoté cristallin, qui s'accumule dans les sucs dont ses cellules sont remplies.
En résumé, par toutes ses parties constituantes et à toutes les périodes de son développement, la plante respire [comme un animal, absorbe de l'oxygène.
458 FORCES (physiologie).
exhale de l'acide carbonique, modifie et brûle une partie des matériaux organiques ternaires et quaternaires de ses tissus, il n'est donc pas possible d'accepter dans toute sa rigueur, l'antagonisme entre le règne végétal et le règne anima tel que le définit la formule suivante de MM. Dumas et Boussingault.
LE VEGETAL
Produit des matières sucrées, grasses,
alburtiinoïdes.
Réduit, avec décagemenl d'oxygène, CD* HO
AZU^O Absorbe de la cliulcur.
Est immobile.
Consomme des matières grasses, sucrées
alljuminoïdes.
Produit, avec ahsorptioii d'oxygène,
HO
AZfl^O Dégage de la chaleur.
Se meut.
Mais il n'en subsiste pas moins un antagonisme réel et fondamental entre la fonction du végétal et la fonction de l'animal.
Le végétal se?//, sous l'influence delà radiation solaire, se nourrit avec des matières minérales ; seul, il jouit de la faculté d'utiliser la force vive de la radiation solaire, pour transformer la matière minérale à affinités chimiques satisfaites, en matières organiques douées de puissantes affinités chimiques.
L'animal se nourrit avec des matières organiques ; il modifie ces matières organiques, mais il n'en produit pas de toutes pièces avec des matières minérales ; il brûle, minéralisé une partie des matériaux organiques de ses tissus et produit une force vive, la chaleur.
Conclusion — En résumé, la somme des réactions chimiques de nutrition, effectuées dans la profondeur des tissus, au contact du sang et des éléments organiques, constitue l'unique source de la chaleur produite par l'animal dans l'état physiologique. Mais ces réactions chimiques ne sont elles-mêmes que des mutations, des dédoublements et des combustions complètes ou incomplètes des principes alimentaires empruntés au règne végétal. En consommant l'oxygène du milieu ambiant pour ramener ces principes alimentaires à leur forme minérale primitive ou à l'état de produits de composition simplifiée, l'animal ne peutdonc rendre disponible, ne peut utiliser, pour la satisfaction de ses besoins, qu'une quantité de chaleur équivalente à la force vive empruntée par la plante à la radiation solaire pour son propre développement, pour fabriquer de la matière organique avec des éléments de nature minérale.
B. Contractilité musculaire. Sous l'influence d'une excitation de nature quelconque, la fibre musculaire se raccourcit. La contractilité est l'énergie essentielle, l'activité propre du muscle ; elle se manifeste encore quelque temps après la mort, et la durée de sa persistance est d'autant plus longue que l'animal est plus bas placé dans l'échelle zoologique. A mesure que l'organisation se perfectionne, les diverses parties de l'être vivant contractent des liens de solidarité plus étroite, et leurs activités spéciales survivent moins longtemps à ^'activité de l'ensemble. Chez les poissons et les reptiles, surtout en hiver, la contraction des muscles a pu être déterminée, quelques jours et même une semaine après la mort ; chez les mammifères et les oiseaux, quelques heures suffisent pour faire disparaître toute trace appréciable de contractilité. Dans ses expériences sur des cadavres de décapités, INysten a montré que, chez l'homme,
la persistance de la contractilité n'a pas la même dm^e'e dans tous les muscles de l'économie. D'après cet habile observateur, les contractions provoquées par l'excitation électrique disparaissent au bout de 45 minutes dans les parois du ventricule gauche, persistent seulement une heure dans celles du ventricule droit du cœur, tandis qu'on les observe encore après sept heures dans les muscles des membres, et même après seize heures dans les fibres musculaires des oreillettes du cœur.
Quelle que soit la nature physique, chimique ou mécanique, de l'agent employé, l'excitation, d'abord communiquée au nerf dont les ramifications se distribuent à un muscle, est transmise aux fibres de ce muscle et détermine une contraction. Mais l'intervention -du système nerveux est-elle une condition nécessaire de la mise en jeu de la contractilité? Une excitation portée directement sur la fibre musculaire ne peut-elle pas aussi provoquer une contraction? Telle est la question très-importante qui, depuis Haller, divisait profondément les physiologistes et dont la solution a été donnée par les recherches modernes.
Sur des chiens vivants, M. Longet, après avoir coupé en travers tantôt le nerf sciatique, tantôt le nerf facial, a étudié la distribution de l'excitabilité dans les branches nerveuses terminales et, en même temps, la contractilité des masses musculaires dans lesquelles ces branches se ramifient. Au bout de quatre jours, toute trace appréciable d'excitabilité avait disparu dans les ramuscules nerveux les plus ténus et les plus profonds, tandis que trois mois après, le plus faible stimulant directement appliqué aux muscles déterminait encore de fortes contractions. Ces expériences démontrent que la contractilité est une activité propre de la fibre musculaire. Lorsque les nerfs moteurs interviennent dans la contraction, ils ne font que transmettre aux muscles des excitations externes ou internes.
Plus tard, M. C. Bernard a obtenu les mêmes résultats par une méthode expérimentale différente. Les sauvages d'Amérique savent préparer un poison végétal très-énergique, le curare, dont ils enduisent leurs armes, quand ils partent pour la guerre ou pour la chasse. Ce poison jouit de la propriété, bien remarquable et aujourd'hui bien établie, de soustraire complètement le système musculaire à l'influence du système nerveux, sans du reste altérer les propriétés fondamentales des libres nerveuses et musculaires. M. C. Bernard a montré que, chez les animaux empoisonnés par le curare, les masses musculaires ne sont plus influencées par les excitations les plus énergiques du système nerveux, et qu'elles continuent à se contracter fortement quand on les soumet à l'action directe d'un excitant quelconque.
Après avoir établi que la contractilité musculaire est indépendante de l'action du système nerveux, M. Longet a étudié les rapports de l'énergie du muscle et de la circulation sanguine. Depuis les expériences de Swammerdam et de Sténon sur les chiens, on savait que les mouvements volontaires des membres postérieurs sont abolis à la suite de la ligature de l'aorte descendante et reparaissent, avec leur énergie première, dès que le cours du sang artériel est rétabli. M. Longet s'est posé une question bien différente ; il s'est proposé de déterminer si un muscle privé de son sang artériel conserve encore la propriété de se contracter quand on le soumet à une excitation directe. De ses nombreuses expériences sur les animaux, il résulte que toute trace d'excitabilité disparaît, en deux heures, dans un muscle qui ne reçoit plus de sang artériel, et qu'il suffit de permettre de nouveau l'afflux de ce sang artériel pour que, en
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quelques minutes, le muscle recouvre la propriété de se contracter sous l'inlluence d'une excitation directe ou indirecte. Mais le sang artériel contient : — d'une part, les matériaux de réparation préparés par la digestion ; — d'autre part, tout l'oxygène cédé dans le poumon par l'atmosphère. Ce liquide est en réalité l'agent de toute nutrition. De son côté, M. Becquerel a démontré que la température d'un muscle s'abaisse sensiblement quand on comprime son artère nourricière. ÎVoiis sommes donc autorisé à affirmer que la solidarité la plus étroite existe entre la contractilité et les réactions chimiques dénutrition accomplies dans la profondeur du tissu musculaire.
A l'article Chaleur animale, (l""^ série, t., XV, p. 72) nous avons montré que la contractilité est un mode de manifestation du mouvement nutritif du système musculaire. Nous devons éviter toute répétition inutile; nous nous contenterons de formuler ici quelques propositions qui résument l'état de la science sur cette question de physiologie générale.
La contraction musculaire est constamment caractérisée par l'exaltation de la circulation locale, de la consommation d'oxygène, du travail cliimique intérieur, de la production d'acide carbonique, du développement de chaleur, et de la température locale.
Quand l'animal est au repos, les réactions chimiques de nutrition se règlent de manière à satisfaire aux besoins de la calorification ; d'une part, les pertes de chaleur que le rayonnement, l'évaporation et le contact du milieu ambiant font éprouver à l'économie, et d'autre part, la quantité d'oxygène consommé, sont telles que les réactions chimiques sont tout entières utilisées pour produire ■de la chaleur sensible. En est.il de même dans tous les cas oii le système musculaire entre en contraction ?
En réalité, dans quelques conditions qu'elle s'exécute, à une contraction musculaire d'intensité déterminée correspondent un travail chimique interne et «ne production de chaleur d'intensités également déterminées ; mais l'utilisation ■de cette chaleur ne s'opère pas toujours de la même manière. — Si le muscle contracté exerce une simple pression ou une pure traction, aucun travail extérieur nest effectué, la chaleur produite reste finalement tout entière à l'état de chaleur sensible et la masse musculaire éprouve une élévation de température qui représente en entier l'énergie des réactions chimiques accomplies dans la trame de ses tissus. — Si, au contraire, le muscle soulève un poids, lance un projectile, produit un travail extérieur, une quantité de chaleur équivalente à ce travail extérieur effectué est à jamais perdue comme chaleur sensible. — Que le muscle exerce une simple pression, ou soulève un poids, que sa contraction soit statique ou dynamique, la dépense supportée par l'économie est donc la même ; il n'y a de différence que dans la manière dont cette dépense est utilisée. Dans le premier cas, le travail chimique intérieur est tout entier représenté par de la chaleur sensible ; dans le second cas, ce travail intérieur a pour équivalent une certaine quantité de chaleur sensible et un travail mécanique réalisé. Mais, dans l'un comme dans l'autre cas, la manifestation extérieure purement calorifique ou à la fois calorifique et mécanique, est l'équivalent du travail intérieur de nutrition.
Au point de vue mécanique, la contractilité joue dans le muscle le môme rôle que l élasticité de la vapeur dans une machine à feu ; elles sont l'une et l'autre de vrais agents de transformation de la chaleur en travail. De là découle
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naturellement, fatalement, l'ordre de succession des phénomènes accomplis dans les masses musculaires. L'action productrice de la chose transformée étant évidemment antérieure à l'intervention de l'agent de transformation, le travail chimique de nutrition précède nécessairement la mise en jeu de la contractililé. L'action chimique s'effectue la première et produit de la chaleur ; puis la contractilité entre en jeu et la fibre musculaire absorbe, consomme une portion de cette chaleur pour devenir active; enfin, suivant qu'il produit une simple pression ou un soulèvement de poids, le muscle rend au monde extérieur, sous forme de chaleur sensible seulement ou à la fois de chaleur sensible et de travail mécanique, toute la chaleur qu'au début et pour se contracter, il a empruntée au travail chimique intérieur. Comme l'élasticité de la vapeur, l'activité propre du muscle prend son origine dans le conflit de l'oxygène et d'une masse combustible. La contractilité est nécessairement une activité de même ordre que l'affinité chimique d'où elle dérive et le travail thermique et mécanique auquel elle aboutit ; ce qu'elle a de spécial, elle le doit à la spécialité de nature, de texture et de composition du siège de sa manifestation, de la fibre musculaire. La contractilité musculaire nous apparaît en définitive, comme une modalité dynamique soumise aux mêmes lois que toutes les autres et rattachée, par le principe de la transformation équivalente, aux grands agents du monde extérieur.
Les frottements dont l'économie est le siège ne créent réellement pas de la chaleur ; ils ne peuvent servir qu'à la distribution de la chaleur déjà produite. Ces frottements, en effet, détruisent des mouvements communiqués par la contraction des masses musculaires ; la chaleur développée sur les surfacesfrottantes est Véqinvalent du travail musculaire correspondant dont les effets sont détruits, et ce travail musculaire lui-même est Véquivalent de la chaleur empruntée au travail chimique de nutrition et transformée en contractilité. — Fixons notre attention sur les frottements du sang contre les parois des vaisseaux ,^ auquels les intro-mécaniciens ont fait jouer un si grand rôle dans la théorie de la chaleur animale. Le sang chemine dans les vaisseaux sous l'influence de l'impulsion communiquée par les contractions du muscle cardiaque. Mais la force mécanique développée par le cœur pendant la contraction de ses fibres musculaires et employée à communiquer de la vitesse à la masse sanguine, dérive de la chaleur produite par les réactions chimiques de nutrition; les frottements, en délridsant cette vitesse, ne font donc que rendre à l'économie, sous forme de chaleur sensible, la quantité de chaleur absorbée, transformée en force motrice par les fibres contractiles de cœur.
Dans une machine en action, la force motrice n'est pas tout entière employée à produire le travail que l'on se propose de réaliser. Les ébranlements des supports, les frottements et l'usure des surfaces des pièces mobiles, etc., etc., constituent autant de résistances passives qu'il faut vaincre et qui consomment, en pure perte, une partie de la force motrice. Il en résulte que le coefficient économique, c'est-à-dire le rapport du travail utile effectué au travail moteur dépensé, est toujours inférieur à l'unité. Dans la machine vivante, la force motrice subit aussi des pertes inévitables, dues au mode de fonctionnement des organes. Pendant le travail, les contractions musculaires impriment à la tête, aux bras, aux jambes, au tronc, des balancements, des déplacements qui consomment nécessairement une quantité de chaleur, difficile à apprécier, mais complètement perdue pour le travail utile. En second lieu, pendant le travail.
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la circulation s'accélère, les mouvements des parois thoraciques deviennent plufre'quents et plus amples, des frottements sont produits sur les surfaces articulaires ; ce travail intérieur consomme aussi de la chaleur, évidemment perdue pour le travail utile. Finalement rendue à l'économie sous forme de chaleur sensible, celte dernière quantité de chaleur sert, d'une part, à élever la température du corps; d'autre part, elle est emportée au dehors parle rayonnement, par le contact de l'air avec la peau et la muqueuse des voies respiratoires, par l'évaporatioii respiratoire et cutanée considérablement augmentée. La machine vivante ne peut donc pas transformer en travail utile la totalité de la chaleur produite par le travail de nutrition, son coefficient économique est, comme celui de toute machine, inférieur à l'unité. Il est intéressant de comparer le coefficient économique de la machine vivante à celui des machines à feu les plus perfectionnées employées par l'industrie.
Il résulte des expériences de M. Hirn, de Colmar, que l'homme produit en réalité 445 unités de chaleur pour réaliser un travail utile équivalent de 78 unités de chaleur ; le coefficient économique de son système musculaire employé comme machine motrice est donc sensiblement dix-huit centièmes. Cette estimation s'accorde avec celle de M. Helmholtz ; les recherches de ce physiologiste tendent, en effet, à établir que l'homme peut utiliser, en travail extérieur, un cinquième de la chaleur produite par les réactions chimiques de nutrition ; le coefficient économique du système musculaire de l'hommes'élèverait donc à vingt centièmes .
Or les recherches de M. Hirn démontrent que, malgré leur volume et leur poids si considérables, les machines à vapeur les plus perfectionnées utilisent seulement les douze centièmes de la chaleur communiquée à la chaudière. Considéré comme machine motrice, le système musculaire de l'homme a donc une très -grande supériorité sur les appareils les mieux construils qu'il ait été donné à l'industrie et à la science de réaliser. Le coefficient économique du système musculaire est à celui de la machine à vapeur comme 3 est à 2 d'après M. Hirn, comme 5 est à 5 d'après M. Helmholtz. — Dans certains muscles, considérés isolément, cette supériorité est encore bien plus prononcée. En tenant compte de la pression du sang dans les artères, U. Helmholtz a trouve qu'en une heure, le cœur utilisant en force motrice l'énergie avec laquelle il presse le sang, élèverait son propre poids à 6 670 mètres de hauteur. Or, les locomotives les plus puissantes, celles par exemple, qui servent à gravir les fortes pentes du Tyrol, ne peuvent, en une heure, élever leur propre poids qu'à une hauteur de 825 mètres; elles n'ont donc, comme automoteurs, que le huitième de la puissance d'un appareil musculaire tel que le cœur.
« Le corps des animaux, dit M. Helmholtz, diffère d'une machine à vapeur, non point par le procédé qui donne naissance à la chaleur et au travail, mais bien par la manière d'approprier cette force à son but spécial. »
Ainsi se trouvent pleinement justifiées les paroles par lesquelles M. Dumas terminait, le 20 août 1841, sa leçon sur la Statistique chimique des êtres organisés. Après avoir comparé la puissance des moteurs animés à celle d'une machine à vapeur, il ajoutait :
« Une dernière réllexion. Pour monter au sommet du Mont Blanc, un homme emploie deux journées de 12 heures. Pendant ce temps, il brûle en moyenne 500 grammes de carbone ou l'équivalent d'hydrogène. Si une machine à vapeur s'était chargée de l'y porter, elle en aurait brûlé 1 000 à 1 200 pour faire le même service.
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« Ainsi, comme machine empruntant toute la force au charbon qu'il brûle, l'homme est une machine trois à quatre fois plus parfaite que la plus parfaite machine à vapeur.
« Nos ingénieurs ont donc encore beaucoup à faire, et pourtant ces nombres sont de nature à prouver qu'il y a communauté de principes entre la machine vivante et l'autre; car si l'on tient compte de toutes les pertes inévitables dans les machines à feu et si soigneusement évitées dans la machine humaine, Videntité de principe est évidente aux yeux. »
En résumé, quelque perfectionnée que soit son organisation, quelque élevée que soit sa place dans réchelle zoologique, l'animal puise, dans la chaleur produite par les réactions chimiques de nutrition effectuées dans la trame de ses organes et de ses tissus, toute la force dont il dispose ; il peut, selon ses besoins et les conditions ambiantes, employer cette force sous deux formes. — Utilisée directement sous forme de chaleur sensible, cette force lui sert à lutter contre les causes extérieures de refroidissement ; — transformée en contractilité, elle lui fournit toute la puissance mécanique développée par son système musculaire dans les travaux extérieurs qu'il accomplit.
C. Activités du srjstème nerveux. Les nerfs jouent, dans l'économie, le rôle de cordons conducteurs destinés à maintenir en communicalion constante les centres nerveux et les diverses parties du corps. Les uns transmettent aux centres nerveux les excitations de toute nature des organes auxquels ils se distribuent et provoquent les réactions de ces centres ; les autres recueillent et transmettent aux muscles les excitations motrices développées dans les centres nerveux sous l'influence d'une cause quelconque. L'observation nous apprend d'ailleui's que, quelle que soit la fonction d'un nerf, les tubes et fibres élémentaires qui les constituent sont composés au fond des mêmes éléments histologiques, disposés de la même manière. Depiiis son origine jusqu'à sa terminaison, la fibre nerveuse est continue ; elle s'accole aux fibres voisines mais garde toujours son identité. Elle ne reste pas simple dans tout son trajet; elle se divise plusieurs fois à mesure qu'elle approche de la périphérie, et fournit plusieurs subdivisions terminales. La terminaison des fibres nerveuses se fait par des extrémités libres, sans anses, ni arcades, ni réseaux véritablement terminaux. Les appareils terminaux des nerfs moteurs et des nerls scnsitifs ne sont pas complètement identiques; mais, sauf cette différence, on peut dire que la terminaison des fibres est partout sensiblement la même; c'est, dans tous les cas, le cylindér-axis qui persiste seul et qui seul entre en rapport avec les organes terminaux.
Considérés dans leurs rapports physiologiques avec les centres d'oij ils émanent et les organes périphériques auxquels ils se distribuent, les nerfs nous apparaissent comme des appareils excitables, conducteurs des excitations internes et externes auxquelles ils sont soumis, excitateurs des organes auxquels ils transmettent les excitations reçues et, par cela même, capables de mettre en jeu V activité propre, les uns des centres nerveux, les autres de la fibre musculaire.
Les nerfs qui établissent la communication entre la peau et les centres nerveux transmettent, à la moelle cpinière et au cerveau les excitations périphériques et déterminent, soit des manifestations de douleur, soit des actions excita-motrices, tandis que les nerfs qui se rendent des centres nerveux aux
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muscles ne provoquent, sous l'influence d'une excitation, que des contractions musculaires. Dans le premier cas, la transmission est centripète; elle est centrifuge dans le second ; les manifestations provoquées par ces deux ordres . de nerfs, sous l'influence d'un même mode d'excitation, sont complètement différentes. Que faut-il conclure de cette spécialité des manifestations provoquées par les nerfs à transmission centripète et par les nerfs à transmission centrifuge? doit-on admettre qu'entre les propriétés fondamentales de ces deux ordres de nerfs il existe une différence que ni leur composition chimique, ni leur texture histologique ne permettent de soupçonner? IV'est-il pas, au contraire, plus rationnel d'admettre que les propriétés fondamentales de ces deux oi'dres de nerfs sont les mêmes, et que la différence des effets produits provient uniquement d'une différence dans les activités propres des organes auxquels les Impressions reçues sont transmises. Nous n'hésitons pas à adopter sans restriction cette dernière interprétation, dont les recherches d'éminents physiologistes de notre époque nous paraissent avoir démontré la parfaite exactitude.
La fibre nerveuse est douée d'une activité pivpi^e , de nature encore inconnue, qu'avec MM. Lewes et Vulpian, nous appellerons neurilité et qui, une fois mise en jeu par une excitation quelconque, est transmise dans tous les sens. — . Dans les nerfs dits sensitifs, la neurilité transmise dans le sens périphérique ne peut produire aucune manifestation du côté de la peau; transmise vers les centres, elle met en jeu l'activité propre de la substance grise et, par son intermédiaire, elle détermine des manifestations de douleur ou d'excito-motricité. — Dans les nerfs dits moteurs, les phénomènes sont inverses ; du côté central, la neurilité n'exerce aucune action sur la substance grise et ne produit aucune manifestation; mais, du côté périphérique, elle aboutit aux masses musculaires dont elle met en jeu l'activité propre, la contractilité. — Du moment où les organes, excitables eux-mêmes par l'action de la neurilité, jouissent d'activités propres distinctes, il n'y a nulle difficulté à comprendre que les phénomènes déterminés par l'excitation des nerfs sensitifs et des nerfs moteurs soient très-différents, bien que l'activité propre de ces deux ordres de nerfs, la neurilité, soit absolument la même. — Les centres nerveux et les muscles sont deux réactifs différents, traduisant chacun à sa manière l'action de la neurilité. C'est ainsi que, suivant la nature et l'arrangement des supports soumis à son action, on obtient avec un même agent, le courant électrique, de la chaleur, de la lumière, la déviation d'une aiguille aimantée, l'aimantation du fer doux et de l'acier, un transport de liquide, une décomposition chimique, un courant d'induction, le soulèvement d'un poids, une sensation de douleur et de lumière, ou une contraction musculaire.
D'abord, il est facile de démontrer que, malgré ses connexions avec les centres nerveux, la fibre nerveuse ne leur emprunte pas son principe d'action: en d'autres termes que la neurilité est une activité mdépendante, autonome et appartient en propre à cette fibre. — Lorsqu'un nerf mixte, le sciatique, par exemple, est sectionné en travers, l'excitabilité du bout périphérique persiste quelque temps et s'affaiblit graduellement de la surface sectionnée à la périphérie. M. le professeur Longet a démontré qu'après quatre jours, toute trace d'excitabilité est éteinte dans toute la longueur de ce bout périphérique; il est alors impossible d'obtenir une contraction musculaire, même en portant l'excitation sur les extrémités terminales du nerf. Les observations microscopiques
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démontrent que cette abolition de l'excitabilité est le résultat de l'altération graduellement croissante de la texture de la fibre élémentaire; au bout de deux ou trois mois, la désorganisation est complète, la substance médullaire a disparu; cependant le cylinder-axis peut être toujours parfaitement reconnaissable, quoique sans doute assez altéré pour avoir perdu ses propriétés physiologiques. Cette dégénérescence affecte d'ailleurs toutes les fibres élémentaires, aussi bien celles qui proviennent des racines postérieures que celles qui sont fournies par les racines antérieures.
Mais que devient ce bout périphérique parvenu au plus haut degré de dégénérescence atrophique? Que le nerf ait été simplement divisé ou qu'on en ait excisé une longueur, même considérable, la réunion peut se faire, entre le bout périphérique et le bout central resté intact, au moyen de fibres nerveuses de nouvelle formation qui se développent dans l'intervalle des deux segments et les soudent l'un à l'autre. En même temps, s'opère une restauration de toutes les fibres (sensitives et motrices) du bout périphérique dont toutes les propriétés et toutes les fonctions se rétablissent.
Les expériences des physiologistes montrent que le bout périphérique devient ie siège de pliénomènes de même ordre alors même que, pour une cause quelconque, il ne se réunit pas au bout central. Il s'opère, dans ce bout périphérique à jamais séparé des centres nerveux et soustrait à leur influence, une régénération le plus souvent partielle et quelquefois si complète que tous les tubes nerveux reprennent leur état normal. Cette régénération autogénique s'effectue avec lenteur ; suivant l'âge de l'animal en expérience, il faut attendre de trois h douze mois pour voir des fibres restaurées, mais la restauration s'opère toujours. Dans ce bout périphérique restauré et complètement indépendant des centres nerveux, l'expérience démontre que les fibres élémentaires, du moins les motrices, recouvrent toutes leurs propriétés ; il suffit, en effet, de soumettre ce bout périphérique à une excitation quelconque, mécanique, physique ou chimique, pour déterminer la contraction des muscles auxquels il se distribue.
La restauration autogénique s'effectue aussi dans le bout périphérique d'un nerf exclusivement moteur ou exclusivement sensitif maintenu séparé des centres nerveux. Dans le cas d'un nerf sensitif, il est évidemment impossible de prouver expérimentalement que les tubes i^égénérés ont recouvré leurs propriétés sensitives, mais l'analogie permet d'affirmer que la restauration est à la fois physiologique et anatomique, comme dans le cas où la soudure s'effectue entre les deux segments séparés par la section.
La conclusion à tirer de ces faits est évidente : La neurilité est l'attribut physiologique distinct, indépendant, fondamental des fibres nerveuses; Texislence de cette activité propre dépend uniquement de l'intégrité de la structure et de la nutrition des éléments histologiques des fibres elles-mêmes.
Nous ne voulons pas entrer dans les détails des recherches si intéressantes de M. Flourens et de MM. Vulpian et Philippeaux sur les résultats de la soudure d'un bout périphérique et d'un bout central appartenant à deux nerfs différents; il nous suffit de rappeler deux faits de la plus haute importance mis hors de toute contestation possible par les expériences de ces physiologistes.
1° Lorsqu'un segment central de nerf sensitif est soudé à un segment périphérique de norf moteur, la transmission de l'excitation s'effectue, à travers la surface de jonction, du nerf sensitif au nerf moteur et réciproquement.
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2° Les nerfs sensitifs, aussi bien que les nerfs moteurs, transmettent à la fois vers les centres et vers la périphérie, une excitation portée sur un point quelconque de leur trajet.
Quelques mots nous suffiront pour compléter la démonstration de l'identité des propriétés fondamentales, essentielles des fibres nerveuses. Les recherches d'électro-physiologie ont pi^ouvé que tous les nerfs ont des propriétés électro-motrices identiques et modifiées de la même manière par l'état d'excitation. Les mêmes agents mécaniques, physiques et chimiques mettent en jeu l'activité de tous les nerfs: l'irritation produite se propage dans les nei'^s sensitifs et dans les nerfs moteurs, avec une même vitesse de transmission ae '28 à 30 mètres par seconde.
Les deux éléments histologiques fondamentaux du système nerveux sont : la fibre et la celhde qui ont partout, au fond, même composition et même texture. — Les fibres, groupées en faisceaux plus ou moins volumineux, constituent les nerfs et la substance blanche des centres. — Les cellules existent exclusivement dans la substance grise qu'elles caractérisent. — La neurilité est l'activité propre de la fibre nerveuse, la même partout, dans les cordons sensitifs et moteurs aussi bien que dans les faisceaux fibreux de l'encéphale, et de la moelle ; elle ne dépend que de l'intégrité de la fibre nerveuse dont elle est l'attribut essentiel. — La cellule a aussi une activité propre, la même partout, spéciale comme son organisation et distincte de la neurilité de la fibre nerveuse. Nous venons de dire que l'activité propre de la fibre et celle de la cellule nerveuse ne peuvent pas être confondues; il demeure, en effet, établi que :
1° La fibre nerveuse est expérimentalement excitable; la neurilité mise en jeu par une excitation mécanique, physique ou chimique est propagée par les nerfs dans tous les sens. La cellule nerveuse peut aussi exercer une action directe sur la fibre et mettre en jeu son activité propre.
2° Les excitations extérieures mécaniques, physiques ou chimiques n'exercent aucune action sur la cellule, dont l'activité entre en jeu sous l'influence de l'action directe de la fibre nerveuse.
Partout, dans les cordons nerveux de divers ordres, comme dans les diverses régions des centres nerveux, les activités propres de la fibi'e et de la cellule nerveuse restent les mêmes au fond ; mais les manifestations sensibles de ces activités, les fonctions de la substance blanche et de la substance grise des centres, des cordons et des filets nerveux, varient d'une région à l'autre, suivant les connexions de la fibre et de la cellule enti'e elles et avec les organes de l'économie. — Pour se rendre compte des fonctions si nombreuses, si variées et si importantes du système nerveux, il n'est pas nécessaire de recourir à l'intervention d'une force indépendante de la matière organisée. Ces fonctions sont les résultats de la mise en jeu des activités propres de la fibre et de la cellule nerveuses dont ces deux activités sont les attributs fondamentaux, essentiels, au même titre que la contractilité est l'attribut incontestable, et aujourd'hui incontesté, de toute fibre musculaire.
Les activités propres de la fibre et de la cellule nerveuses ne doivent pas plus être confondues avec les manifestations électriques constatées dans le système nerveux, que la contractilité ne doit être assimilée au courant musculaire. Ces deux activités sont des modalités dynamiques spéciales, comme
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sont spéciales la texture et la composition de la fibre et de la cellule nerveuses dont elles sont les attributs ; il nous reste à déterminer leurs rapports avec les agents du monde extérieur.
Le degré d'activité du système nerveux varie avec l'âge de l'animal, avec le rang qu'il occupe dans la série zoologique, avec une foule de conditions internes et externes dont il n'est pas de notre sujet de chercher à dévoiler le mode d'action. Xous devons nous contenter de rappeler les faits suivants: — La durée de la persistance de l'excitabilité des nerfs après la mort est d'autant plus longue que l'animal est plus bas placé dans l'échelle zoologique ; , — il suffit de refroidir un animal supérieur avant de le sacrifier, pour que ses nerfs conservent leur excitabilité aussi longtemps que ceux des animaux inférieurs.
La vitesse de propagation d'une excitation dans les nerfs est aussi profondément influencée par la température de l'animal; M. Helmholtz a constaté que, chez les grenouilles, cette vitesse de propagation, dans un nerf refroidi à zéro, n'est plus que la dixième partie de ce qu'elle est dans le même nerf dont la température est maintenue de 15 à 20 degrés; M. Dubois-Reymond à observé des faits de même nature. — Cela posé, hàtons-nous de fixer notre attention sur les réactions chimiques de nutrition et sur la circulation considérées comme modificateurs de l'excitabilité des nerfs et des centres nerveux eux-mêmes.
Pendant les belles journées de printemps, alors que leur circulation est très-active et qu'ils consomment beaucoup d'oxygène, les animaux inférieurs, à température variable, sont vifs, alertes, répondent avec beaucoup d'énergie aux excitations extérieures. Mais, à l'approche de la saison froide, la respiration et la circulation s'allanguissent graduellement chez ces animaux, dont les mouvements deviennent plus lents et plus difficiles, en même temps que l'excitabilité s'émousse et devient obscure; finalement ces animaux tombent dans cet engourdissement profond où ils passent l'hiver tout entier, état pendant lequel, par suite de la torpeur du système nerveux, les manifestations vitales les plus fondamentales, les plus essentielles, sont à peine perceptibles.
C'est surtout chez les mammifères hibernants, que les rapports de l'activité de la circulation et des réactions chimiques de nutrition avec l'excitabilité du système nerveux ont pu être bien étudiés. — Pendant le sommeil hibernal, la circulation continue, mais éprouve un ralentissement trèsconsidérable. Il résulte des nombreuses observations de Saissy qu'en été, les pulsations du cœur s'élèvent chez la marmotte, à 90 par minute, et tombent à 9 ou 10 pendant l'engourdissement. En même temps, le nombre des inspirations s'abaisse de 30 à 7 ou 8 par minute, et les réactions chimiques de nutrition subissent une dépression très-considérable. En effet, les expériences de M. V. Piegnault montrent qu'une marmotte consommait, par kilogramme et par heure, 986 milligrammes d'oxigène dans l'état dé veille et seulement 44 milligrammes dans l'état à' engourdissement. — D'autre part, tous les observateurs s'accordent pour dire que, pendant le sommeil hibernal, l'animal est presque complètement insensible à toutes les excitations extérieures : on peut, sans l'éveiller, sans même qu'il exécute aucun mouvement, le transporter d'un lieu dans un autre, le rouler dans les mains et contre terre, le laisseï tomber d'un ou deux mètres de hauteur. — Mangili raconte qu'un coup de fusil, tiré dans une grotte, n'interrompt pas le sommeil hibernal des chauves-
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souris accrochées à la voûte. — L'excitabilité de ces animaux est réduite au minimum, mais n'est pas éteinte. Prunelle a réveillé une marmotte engourdie en lui faisant respirer de l'ammoniaque ; Saissy et Mangili ont obtenu des signes évidents de sensibilité en employant des excitants mécaniques et chimiques. — L'irritabilité musculaire peut aussi être directement mise en jeu : il suffit de dénuder un muscle et de l'exciter avec la pointe d'un scalpel pour le voir se contracter. De tous les moyens de réveiller l'irritabilité musculaire, l'électricité est le plus puissant ; ajoutons enfin qu'en faisant passer un courant électrique intense à travers un neif mixte, on peut obtenir à la fois des signes de douleur et des contractions musculaires.
Les phénomènes sont encore plus prononcés chez les hibernants qui, sous l'influence d'un froid trop intense et trop prolongé, sont tombés dans un état de léthargie. — Bien qu'ils puissent, quand on les réchauffe, reprendre leur activité habituelle, ces animaux, tant que dure la léthargie par le froid, ressemblent à des cadavres; toutes les fonctions sont complètement et momentanément suspendues, il n'y a plus, chez eux, trace de respiration ni de circulation. En même temps, le système nerveux a perdu toute excitabilité ; les excitants mécaniques, physiques, chimiques, les plus énergiques, l'électricité elle-même, sont impuissants pour mettre en jeu l'activité propre des nerfs. — Dans cet état de mort apparente, l'irritabilité musculaire seule survit, comme elle persiste encore quelque temps après la mort réelle.
Quelle que soit l'importance de ces observations, la science possède des preuves bien plus directes et plus démonstratives de l'influence de la circulation sur l'activité du système nerveux. L'expérience démontre, en effet, que, chez tous les animaux, les centres nerveux, comme les muscles, perdent toute leur excitabilité du moment oii ils cessent de recevoir du sang artériel, — Si, à l'exemple de Sténon, on interrompt la circulation dans le train postérieur et dans la partie postérieure de la moelle épinière d'un chien, en liant l'aorte en avant des artères rénales, l'animal se tient d'abord dans une attitude normale, marche en se servant des quatre membres : mais bientôt le train postérieur est complètement paralysé du sentiment et du mouvement ; l'animal marche avec ses membres antérieurs seulement, et trame après lui ses membres postérieurs inertes ; l'irritation de la queue et des extrémités digitales ne produit plus ni douleur ni mouvements réflexes. Dans la région où elle a cessé de recevoir du sang artériel, la substance grise de la moelle a donc perdu son excitabilité. 11 suffit alors d'enlever la ligature de l'aorte pour rendre, en quelques minutes, aux nerfs et aux muscles des membres postérieurs, leur excitabilité et leur contractilité volontaire. La substance grise de la moelle recouvre donc toutes ses propriétés fondamentales du moment où l'afflux du sang artériel recommence.
En injectant de la poudre de Lycopode dans les artères crurales de la périphérie vers le cœur, M. Flourens est parvenu à intercepter complètement le coui's du sang dans la partie postérieure de la moelle épinière d'un chien. A la suite de cette opération, le mauvement volontaire disparaît dans les membres postérieurs ; l'excitation du nerf sciatique ne cause aucune douleur, mais détermine la contraction des muscles auxquels le nerf se distribue. La moelle qui a cessé de recevoir du sang artériel perd son excitabilité, mais le nerf moteur et les muscles, dont la circulation est restée intacte, ont conservé leurs propriétés fondamentales.
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M. BroAYii-Séquard a procédé autrement; il a expérimenté sur le train postérieur d'un mammifère complètement séparé du train antérieur. Il a attendu l'extinction complète de l'excitabilité de la moelle épinière, puis il a injecté dans l'aorte du sang défibriné et oxygéné. Sous l'influence de cette irrigation sanguine suffisamment prolongée, la substance grise de la moelle a repris toutes ses propriétés, l'irritation de la peau a provoqué des mouvements réflexes des membres postérieurs.
Le même mode d'expérimentation a été appliqué à l'étude de l'influence de la circulation sur les fonctions des masses encéphaliques. — Sur les lapins, Astley Gooper liait les deux carotides, puis il suspendait complètement l'afflux du sang artériel vers le cerveau en comprimant les artères vertébrales, l'animal tombait dans un état de profonde stupeur et de coma; presque aussitôt la respiration s'arrêtait. Cet état de mort apparente disparaissait rapidement et les fonctions cérébrales se rétablissaient dans leur intégrité, qnand l'expérimentateur cessait de comprimer les artères vertébrales. — Après avoir lié les artères carotides et vertébrales, l'animal étant dans un état de mort apparente, M. Brown-Séquard a pu pratiquer, pendant rfij:-se/;f minutes, la respiration artificielle et voir toutes les fonctions de l'économie se rétablir successivement et graduellement, quand les quatre ligatures furent enlevées. — Dans une expérience de ce genre, tentée sur un lapin, M. Vulpian a vu la compression des artères carotides et vertébrales déterminer la suspension des fonctions cérébrales. « Mais chose bien remarquable, ajoutc-t-il, la respiration spontanée continuait, la bulbe rachidien ayant échappé plus ou moins complètement à l'anémie encéphalique. Les mouvements spontanés et réflexes avaient complètement disparu dans la face et les yeux ; le tronc de Vanimal vivait encore en supportant une tête physiologiquement morte. » Au bout de deux ou trois minutes, tous les moyens de compression furent enlevés, la circulation se rétablit dans l'encéphale, les mouvements volontaires reparurent dans la la tète, l'animal recommença à marcher et reprit aussitôt son état normal.
M. Yulpian a obtenu des résultats fort intéressants en opérant sur des grenouilles. Il a complètement suspendu la circulation artérielle en liant le cœur à l'origine des vaisseaux. Après une opération de ce genre, le cœur continue à battre, bien qu'il ne lance plus de sang artériel dans les vaisseaux; i excitabilité de la moelle épinière se maintient un certain temps et ne disparaît qu'au bout de deux ou trois heures, suivant la saison et la force de l'animal. La grenouille apparaît alors comme un animal mort, dont le cœur, séparé du corps par une ligature, exécute encore de faibles mouvements ; elle peut être conservée dans cet état trois ou quatre heures encore, après que la moelle a perdu toute son excitabilité. Si alors on enlève la ligature, le cœur continuant à battre, la circulation se rétablit; mais l'état d'inactivité complète persiste encore quelque temps dans le reste de l'écomie. Au bout d'une demi -heure, les mouvements respiratoires spontanés se montrent d'abord rares, irrèguliers, puis plus fréquents et avec leur rytlmie normal. C'est seulement environ deux heures après, que la moelle épinière recouvre son excitabilité et que l'irritation de la peau provoque des mouvements réflexes ; enfin les mouvements volontaires se rétablissent et, graduellement, l'animal recouvre la plénitude de ses fonctions.
Dans son beau mémoire sur le Principe de la vie, Legallois, dès 1812, avait parfaitement compris et démontré expérimentalement cette influence de la circula-
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tion sur les fonctions des centres nerveux et en particulier de la moelle e'pinière. — 11 rend compte d'une expérience fort remarquable dans laquelle, tous les vaisseaux du cou, l'aorte abdominale et la veine cave inférieure étant liés, il avait retranché la tète et tout le train postérieur, de manière à conserver la poitrine séparée du reste du corps ; il lui avait suffi alors de pratiquer méthodiquement l'insufflation pulmonaiie pour prolonger quelque temps la vie dans ce tronçon thoracique isolé. « La poitrine, dit-il, donne des signes de vie. Les plus apparents de ces signes sont les mouvements et la sensibilité que conservent les pattes antérieures, et les petits mouvements de torsion que fait le thorax quand on pince fortement la peau, et surtout quand on touche l'extrémité postérieure de la moelle dorsale. » — Cet habile expérimentateur résume alors, avec une grande netteté, les conséquences de ses propres recherches, indique, avec une précision bien remarquable, les résultats de la ligature des artères du cerveau tentée vingt ans plus tard par A. Cooper ; il trace enlin le programme et prévoit, avec une merveilleuse certitude, l'issue d'une belle expérience réalisée, dans ces derniers temps, par M. Brown-Séquard.
(( Il est hors de doute, dit-il, que si les poumons Vît le cœur pouvaient continuer leurs fonctions avec tout autre tronçon, comme ils le font avec celui de la poitrine, on pourrait de même y entretenir la vie. Il est donc démontré, par une expérience directe, que la moelle épinière d'un tronçon quelconque peut à la fois animer toutes les parties de ce tronçon, et donner au cœur les forces dont il a besoin pour entretenir la circulation, et que si l'on ne peut pas prolonger la vie dans un tronçon pris à volonté, c'est uniquement la disposition anatomique des organes qui s'y oppose. Mais si l'on pouvait suppléer au cœur par une sorte d'injection, et si en même temps on avait pour fournir à l'injection d'une manière continue, une provision de sang artériel, on parviendrait sans peine à entretenir la vie indéfiniment dans quelque tronçon que ce soit, et par conséquent, après la décapitation, on V entretiendrait dans la tête ellemême avec toutes les fonctions qui sont propres au cerveau. Non-seulement on pourrait entretenir la vie de cette manière, soit dans la tête, soit dans toute autre partie isolée du corps d'un animal, mais on pourrait l'y i^appeler après son entière extinction. » — Il rappelle alors l'expérience de Sténon mentionnée précédemment et il ajoute : « De même, en liant toutes les artères qui vont à la tête on réduirait cette partie à Vétat de mort; et toutes les fonctions intellectuelles de l'animal, sujet de l'expérience, seraient non pas seulement affaiblies, troublées ou suspendues comme dans l'asphyxie ou la syncope, mais totalement anéanties, pendant que le reste du corps serait bien vivant. Ces mêmes fonctions renaîtraient ensuite après qu'on aurait délié les artères. On voit assez, sans que je m'arrête davantage sur cette matière, pourquoi ces résurrections partielles sont les seules qui soient au pouvoir du physiologiste. »
Si A. Cooper a vérifié les prévisions de Legallois au sujet de la ligature des artères du cerveau, M. Brown-Séquard a réalisé de son côté l'expérience indiquée par Legallois sur la tête après décollation.
Sur un chien, M. Brown-Séquard sépare la tête du tronc; il attend huit ou dix minutes, jusqu'à ce que, depuis quelques instants, la bulbe rachidien et le reste de l'encéphale aient bien évidemment perdu toute trace appréciable d'excitabilité; puis il pratique des injections réitérées de sang défibriné et oxygéné à la fois dans les artères carotides et dans les vertébrales. Quelques
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mouvements désordonnés apparaissent au bout de deux ou trois minutes, puis les muscles des yeux et de la face exécutent des mouvements coordonnés, véritables manifestations de la vie, qui tendent à faire admettre que les fonctions cérébrales se sont rétablies dans cette tête complètement séparée du tronc. — Dans une expérience de cette nature pratiquée sur un chien familier, élevé dans son laboratoire, M. Brown-Séquard a observé un fait de la plus haute importance. Au moment où l'injection du sang défibriné et oxygéné avait nettement rétabli les manifestalions de la vie, il appela le chien par son nom et les yeux de cette tète séparée du tronc se tournèrent vers lui... comme si la voix du maître avait été entendue et reconnue.
Comme les muscles, les glandes et tous les organes de l'économie, le système nerveux est le siège d'un travail incessant d'assimilation et de désassimilation ; il se nourrit aux dépends du liquide sanguin qui lui fournit les matériaux nécessaires à son développement, au maintien de son état statique et aux dépenses de son état dynamique. Sans doute la^ science n'est pas encore parvenue à saisir la série des réactions chimiques accomplies dans l'intimité du tissu nerveux. Mais nous savons que, séparée du corps, la substance nerveuse respire avec une énergie comparable à celle du tissu musculaire, absorbe des quantités considérables d'oxygène et exhale de l'acide carbonique ; d'ailleurs, le sang artériel pénètre, rutilant et chargé d'oxygène, dans le système nerveux, et le sang veineux en sort noirâtre et chargé d'acide carbonique. Ces faits prouvent d'une manière incontestable, qu'à l'état de repos, le mouvement nutritif s'accompagne, dans les cordons et les centres nerveux, des mêmes réactions chimiques, que dans tous les autres tissus de l'économie.
Lorsque le système nerveux entre en action, l'observation démontre que les réactions chimiques de nutrition acquièrent un plus haut degré d'intensité. — A l'état de repos, la réaction chimique des nerfs est neutre; les expériences de 0. Funke ont établi que, dans un nerf fortement excité, cette réaction change de nature et devient manifestement acide. — Sous l'empire d'une forte excitation nerveuse longtemps soutenue, l'exhalation d'acide carbonique augmente et, d'après Davy et Bœrensbrung, la température du corps éprouve une élévation appréciable ; ces deux faits sont la preuve incontestable d'une exagération des combustions internes. Et, du moment où la dépense organique est ainsi exagérée, on comprend facilement pourquoi, dans ces circonstances, le sentiment de la faim, traduction d'un besoin impérieux de réparation, se prononce en même temps qu'une véritable fatigue comparable à celle que détermine l'exercice musculaire. — « La chaleur, dit Burdach, augmente par l'effet de l'espérance, de la joie, de la colère et de toutes les passions excitantes. Martin a vu la température monter de 35°, 5 à 57", 5 dans un violent accès de colère.»
Dans ces derniers temps, M. Byasson a repris l'étude de cette question de physiologie générale dans un travail intéressant sur les rapports qui existent entre l'activité du système nerveux et la composition des urines. Pendant 7ieufiour5, il s'est soumis lui-même à un régime alimentaire régulier et déterminé ; en même temps, il a soigneusement recueilli et analysé ses urines. Ces neuf jours d'expérimentation se divisent en trois périodes d'égale durée, trois jours pour chacune.
Pendant la première période, il s'est abstenu, autant que possible, de tout travail musculaire et cérébral ; c'est la période de repos.
472 FORCES (physiologie).
Pendant la seconde période, ou période de travail musculaire, il a évité toute contention d'esprit et a exercé fortement son système musculaire.
Enfin, pendant la troisième période, ou période de travail cérébral, en même temps qu'il prenait le moins d'exercice possible, il s'est livré, avec ardeur et d'une manière soutenue, à l'étude de questions difficiles de pbysiologie et de matbéma tiques.
Ces analyses de M. Byasson montrent que, le régime alimentaire restant identique en nature et en quantité, la moyenne du poids de l'urée rendue en vingt-quatre heures a variée ainsi qu'il suit :
Pendant la période de repos 20 s'. 46
Pcntlanl la période de travail musculaire 22 90
Pendant la période de travail cérébral 23 88
L'excitation soutenue et prolongée du système nerveux rend donc la production d'urée plus abondante; elle exerce sur les combustions internes le même genre d'influence que l'exercice musculaire.
Les résultats de ce travail de chimie biologique de M. Byasson déposent en faveur de l'exactitude des observations de M. le docteur J.-P. Lombard. Ce physiologiste s'est assuré que, indépendamment de toute modification de la circulation, sous l'influence d'un travail cérébral intense, d'une forte émotion et en général de toute cause attirant fortement l'attention, la température des masses encéphaliques s'élève. M. Lombard, dont le travail ne nous est connu que par un extrait très-succinct, a employé un appareil thermo-électrique d'une extrême sensibilité; la variation de température, mesurée sur le cuir chevelu, était particulièrement sensible sur l'occipital et ne dépassait pas un vingtième de degré centigrade.
Dans ces dernières années, M. Oscar Liebreich a fixé spécialement son attention sur le protagon, matière azotée et phosphorée dont il a signalé l'existence dans la substances blanche des centres nerveux et dans les nerfs. Il a montré par des expériences directes sur les animaux que, pendant l'activité du système nerveux, la consommation du protagon est plus considérable que dans l'état de repos. A cet effet, il a expérimenté sur des chiens. Après avoir coupé toutes les racines nerveuses rachidiennes d'un côté, il a soumis ces animaux à des excitations assez énergiques et asse^ prolongées pour les faire mourir de douleur. L'analyse comparative lui a démontré que du côté où les racines nerveuses rachidiennes étaient restées intactes, c'est-à-dire du côté où le système nerveux avait réellement fonctionné pendant l'opération, les nerfs contenaient toujours heaucoup moins de protagon que du côté opposé. 51. 0. Liebreich a conclu, avec raison, de ses expériences que, dans le système nerveux comme dans le système musculaire, l'activité physiologique et l'intensité des réactions chimiques de nutrition se maintiennent dans des rapports d'une étroite solidarité. — D'après les recherches de M. Gobley, le protagon ne serait pas une substance définie, mais un mélange en proportions assez constantes de cérébrine, principe azoté, et de lécithine, principe phosphore et non azoté. La lécithine existe en grande quantité dans le jaune d'oeuf; M. Gobley l'a retrouvée dans les matières grasses du sang, du cerveau, des nerfs et de la bile, etc. Sous l'influence des acides, des alcalis et de la putréfaction, la lécithine se dédouble tz'ès-facileraent en acides oléique, margarique et pliospho-glycérique. Le travail de M. Gobley fixe sans doute d'une manière très-heureuse la constitution du protagon ; mais
POBCES (physiologie), ^'^'^
il n'infirme en rien l'importance et la signification physiologique des recherches de 31. 0. Liebreich.
Dès 1848, M. Helmholtz chercha à déterminer l'influence de l'excitation des nerfs sur leur température. Dans ses expériences, très-rigoureusement et très-ingénieusement instituées d'ailleurs, il opéra sur des nerfs de grenouille et prit toutes les précautions nécessaires pour se mettre à l'abri des perturbations causées par les variations d'activité de la circulation; les résultats furent négatifs ou du moins très-peu probants. — Plus tard, des recherches de même nature ont été entreprises par M. Œhl et par M. Valentin. D'une série d'expériences tentées sur des nerfs d'animaux supérieurs dont les connexions musculaires avaient été maintenues, M. Œhl conclut que l'excitation produit constamment une élévation de la température du nerf, mais il ne s'est pas entouré d'assez de précautions pour mettre ses résultats à l'abri de toute contestation sérieuse. Il n'en est pas ainsi de M. Valentin. Cet habile physiologiste a opéré, comme M. Helmholtz, sur des nerfs de grenouille et, comme lui, il a su éliminer toutes les causes d'erreur. Ses expériences montrent bien nettement que la température d'un nerf soumis à une excitation quelconque est supérieure à celle du même nerf à l'état de repos.
Postérieurement à ces travaux, M. le professeur Schiff a publié une série trèsimportante d'expériences de même nature tentées sur des nerfs de mammifères (rats blancs, lapins et chats). Ce n'est pas ici le lieu de décrire les procédés employés par cet habile physiologiste ; son mémoire fournit les indications nécessaires pour prouver qu'il a su éviter toutes les causes d'erreur si nombreuses dans des recherches aussi délicates. — La différence de température était appréciée au moyeu d'une petite pile thermo-électrique composée d'un barreau de bismuth replié en arc et soudé, par ses extrémités, à deux petits barreaux d'antimoine ; le sens et l'intensité du courant électrique développé dans l'appareil étaient déterminés au moyen d'un galvanomètre à miroir. — L'excitation des nerfs était produite tantôt par des courants d'induction, tantôt par des courants interrompus, tantôt par des moyens mécaniques ; dans tous les cas, les effets de l'excitation ont été les mêmes.
Après avoir tué l'animal, M. Schiff enlevait le nerf sciatique et le plaçait sur les pôles de la pile thermo-électrique. S'il eut procédé ainsi, sans précautions préalables, évidemment toute observation aurait été impossible. Ce nerf, pris à une température assez élevée au moment de la mort de l'animal, aurait, en se refroidissant, produit dans le circuit thermo-électrique des courants irréguliers d'une assez grande intensité pour déterminer des déviations et des oscillations considérables de l'aiguille du galvanomètre. Ajoutons que le nerf aurait perdu toute excitabilité avant que, suffisamment refroidi par le rayonnement, il eub pris une température uniforme et que l'aiguille aimantée fut revenue et maintenue fixe au zéro de la graduation de l'appareil.
M. Schiff a très-simplement et très-habilement tourné cette difficulté, en refroidissant les animaux, avant leur mort, au degré ou à un degré très-voisin de la température ambiante. Dans ce but, il rasait les animaux, les recouvrait d'un vernis et attendait le moment de l'agonie pour les sacrifier par la section du bulbe rachidien. — Dans quelques cas, et surtout chez les lapins, il liait les animaux sur le dos, les membres étendus, et attendait le refroidissement complet. — 11 a aussi obtenu le refroidissement en injectant de fortes doses d'alcool
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sous la peau et dans la cavité péritonéale. A la suite de l'injection, les animaux tombaient dans le coma, se refroidissaient graduellement et, en été, si l'opération était convenablement pratiquée, leur température s'abaissait presque à celle du milieu ambiant. — L'injection sous la peau de doses modérées de curare ou de conicine, combinée avec la respiration artificielle, lui a donné aussi de très-bons résultats.
Les nerfs pris chez des mammifères, ainsi refroidis artificiellement avant la mort, ont un double avantage : — D'une part, leur température diffère peu de celle du milieu ambiant, le galvanomètre n'éprouve que de faibles perturbations quand on les dépose sur les pôles de la pile et l'aiguille revient assez promptement au zéro de la graduation; — d'autre part, ils conservent très-longtemps leur excitabilité et se prêtent merveilleusement à des expériences qui, en raison même de leur délicatesse, exigent un certain temps.
L'animal étant refroidi et sacrifié, M. Schiff excise une portion aussi longue que possible du sciatique, pratique sur sa continuité une ligature ou un écrasement linéaire pour arrêter la propagation de l'excitation, et place le nerf ainsi préparé sur la pile thermo-électrique de manière à comprendre la ligature ou l'écrasement entre les deux soudures polaires ; il attend que les perturbations produites dans le galvanomètre disparaissent et que l'aiguille aimantée reprenne sa position fixe sur \q. zéro de la graduation. Il excite alors une des extrémités du cordon nerveux ; immédiatement l'aiguille du galvanomètre éprouve une déviation qui accuse un excès de température du côté de la soudure la plus rapprochée de l'extrémité excitée. Lorsque les oscillations de l'aiguille sont éteintes €t qu'une nouvelle observation devient possible, il excite de nouveau une des extrémités du nerf et le résultat est le même, la température s'élève du côté de la soudure la plus rapprochée de l'extrémité excitée. — Mais si l'on place une seconde ligature entre la pile et l'extrémité excitée, le mouvement d'excitation ne peut plus se propager jusqu'à la portion du nerf qui repose sur la soudure polaire, et l'excitation la plus violente ne produit plus aucun effet ; l'aiguille aimantée reste immobile ce qui prouve que les deux soudures de la pile conservent la même température.
Dans une autre série d'expériences, M. Schiff a excisé les deux nerfs sciatiques sur le même animal. L'un des deux nerfs, complètement séparé des muscles, est préparé comme précédemment et placé sur la pile tliermo-éleclrique ; l'autre, dont les connexions musculaires sont conservées, est déposé sur un support voisin. Cela fait, il excite en même temps les deux nerfs. D'un côté, l'aiguille du galvanomètre éprouve une déviation qui accuse une élévation de température dans la portion du du nerf excitée ; de l'autre côté, l'excitation du nerf détermine une contraction musculaire. L'amplitude de l'oscillation de l'aiguille aimantée et l'intensité de la contraction musculaire s'affaiblissent l'une et l'autre à mesure qu'on s'éloigne du moment de l'excision des deux cordons nerveux. Enfin il arrive un moment où, l'excitabilité du nerf étant éteinte, lé muscle ne se contracte plus ; si alors on répète l'excitation sur le nerf de la pile, l'aiguille aimantée n'est nullement influencée, les deux soudures ont et conservent la même température.
Il demeure donc établi que :
1° L'excitation de l'extrémité d'un nerf sur lequel on a pratiqué une ligature ou un écrasement, détermine une différence de température entre les deux portions du cordon; la portion située entre la ligature ou l'écrasement et l'extrémité excitée s'échauffe, tandis que l'autre portion, protégée contre l'invasion de l'excitation, conserve sa température normale.
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2° Ces effets durent tant que le nerf conserve son excitabilité et disparaissent en même temps que l'excitabilité du cordon nerveux.
Et puisque l'excitation ne peut, en aucun cas, se propager au delà du point soumis à la ligature ou à l'écrasement, les expériences de M. Scbiff démontrent que : Lorsque Vactivité propre d'un cordon nerveux est mise en jeu par une excitation quelconque, la propagation de cette excitation s'accompagne d'une élévation de température sur le trajet du nerf.
Il résulte en outre des observations de M. Scliiff que l'élévation de température dont s'accompagne la propagation de l'excitation, l'excitabilité du nerf en expérience et l'intensité de l'excitation produite varient simultanément et dans le même sens.
INous avons précédemment vu qu'une excitation portée sur un point quelconque d'un nerf se propage à la fois vers les centres et vers la périphérie; d'accord avec ces observations, les expériences de M. Scbiff montrent que, quelle que soit la nature motrice ou sensitive d'un nerf, l'élévation de température caractéristique de la propagation de l'excitation reste indépendante de l'extrémité du nerf soumise à l'action de l'agent excitateur.
Dans une troisième série d'expériences, M. Scbiff a agi sur des nerfs de grenouilles dont l'extrémité péripnérique restait unie aux muscles. 11 a employé dans ce cas, une pile tbermo-électrique de douze éléments, bismutb, antimoine complètement noyée dans un bloc de cire. Un sillon pratiqué dans dans la cire met à nu les douze soudures supérieures sur lesquelles le nerf est placé. — Quand l'égalité de température existe entre les soudures supérieures et inférieures, l'aiguille du galvanomètre est fixe au zéro de la graduation, et M. Scbiff excite l'extrémité centrale du cordon nerveux; immédiatement les muscles se contractent et la déviation de l'aiguille aimantée accuse une élévation de la température du nerf dans lequel se propage l'excitation. Mais, au bout d'un certain temps, le nerf perd toute son excitabilité et l'excitation de son extrémité libre ne s'accompagne plus d'une contraction musculaire; à partir de ce moment, l'excitation du nerf, quelque puissante qu'elle soit, ne détermine plus aucune variation de température sur le trajet du nerf et l'aiguille du galvanomètre reste fixe sur le zéro de la graduation.
M. Scbiff à étendu ses recbercbes aux hémisphères cérébraux. Nous n'avons pas à entrer ici dans le détail des précautions dont il s'est entouré pour éliminer toutes les actions perturbatrices, ni à décrire les procédés opératoires employés. Il résulte de ses expériences que le cerveau éprouve une élévation appréciable de température toutes les fois qu'une excitation lui est transmise. L'effet thermique est indépendant du point de l'économie soumis à l'action de l'agent excitateur; l'élévation de la température du cerveau a été constatée à la suite des excitations de la peau et des excitations de l'œil ou de oreille.
Les expériences de M. Scbiff s'accordent avec celles de M. Valentin, les complètent, en étendent la portée; elles démontrent que l'activité du système nerveux est traduite par un signe extérieur saisissable, l'élévation de température. Comme la fibre musculaire qui se contracte, la fibre nerveuse soumise à une excitation directe s'échauffe, d'une manière appréciable, sur tout le trajet de la propagation de l'excitation communiquée. Du côté du système nerveux, comme du côté du système musculaire, cet effet thermique momentané ne peut être et n'est en effet que le résultat d'un accroissement, momentané aussi, des réactions chimiques de nutrition. Ces observations montrent en outre que l'action locale
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de l'agent excitateur restant la même : — d'une part, l'élévation de température s'arrête là où la propagation de l'excitation est elle-même arrêtée par une ligature ou un écrasement : — d'autre part, toute élévation de température cesse lorsque le nerf a perdu son excitabilité. — En présence de ces faits gositifs, comment ne pas reconnaître que les activités propres du système nerveux et la contractilité musculaire ont avec la chaleur des rapports du même ordre?
Les observations de M. Byasson et de U.'fi. Liebreicli prouvent jusqu'à l'évidence que l'activité du système nerveux et l'intensité des réactions chimiques de nutrition suivent une marche parallèle, augmentent et diminuent ensemble. De leur côté, M. Valentin, M. Lombard et surtout M. Schiff ont expérimentalement démontré que, dans le système nerveux, comme dans le système musculaire, toute augmentation d'activité s'accompagne de la production d'une certaine quantité de chaleur. Enfin l'étude des animaux inférieurs et des hibernants et surtout les expériences si remarquables deSténon, de Legallois, d'Astley Cooper,. de FJourens, de iM. Yulpian et de M. Brown-Séquard démontrent qu'il suffit de ralentir ou d'arrêter, par un moyen quelconque, l'afflux du sang artériel, pour affaiblir ou même éteindre l'excitabilité du système nerveux. — Sans doute la fibre et la cellule nerveuses, dont la composition et la texture sont spéciales, sont douées d'activités spéciales, autonomes, distinctes par la forme des autres activités de la matière organique et de la matière inorganique. Mais les résultats de l'observation et de l'expérience nous autorisent à conclure que les activités propres de ces deux éléments histologiques fondamentaux du système nerveux et les réactions chimiques de nutrition accomplies dans la profondeur des tissus se maintiennent toujours dans des rapports de solidarité très-étroite.
En réalité, les rapports des activités du système nerveux et du système musculaire avec le mouvement nutritif sont les mêmes. Mais il existe, entre les manifestations de ces activités, une différence essentielle, fondamentale. — Tandis que l'action des muscles est toute extérieure, se réduit à une pression, une traction, un soulèvement de poids ou une communicalion de vitesse, l'action du système nerveux ne se traduit par aucun phénomène extérieur, s'épuise toute entière à Vintérieiir de l'économie, se réduit à une intervention dans le jeu des fonctions des organes qu'il anime. D'où la nécessité, après avoir considéré le système nerveux en lui-même, de l'étudier dans ses rapports avec l'économie tout entière.
Cliez les animaux supérieurs, l'action nerveuse joue un rôle important dans l'accomplissement de toutes les fonctions. Évidemment, ce n'est pas le système nerveux qui sécrète la bile dans le foie, le suc gastrique dans l'estomac, le lait dans la glande mammaire, l'urine dans le rein, qui détermine, dans les voies digestives, le passage des principes alimentaires élaborés à travers la muqueuse intestinale, qui accomplit, dans la profondeur des tissus, les réactions chimiques de nutrition, etc., etc. Nulle part il n'exerce une action directe sur les matériaux de l'économie ; mais son influence est partout nécessaire, indispensable, au jeu normal et régulier des diverses fonctions.
Dans un organe dont toutes les communications avec les centres nerveux sont supprimées, le mouvement nutritif s'allanguit et les réactions chimiques qui le caractérisent éprouvent une notable dépression, mais en définitive la partie ainsi soustraite à l'action nerveuse ne meurt pas. C'est qu'en réalité, les phénomènes de nutrition sont de même ordre dans toute l'étendue du monde organique.
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chez les animaux et les végétaux ; par cela même, ils sont, au fond, indépendants du système nerveux. Dans le mouvement nutritif, le système nerveux, dont l'inlluence est considérable et incontestable, n'intervient pas à titre de modificateur direct des principes constituants du sang, des tissus ou des organes de Técoiiomie ; mais, en même temps qu'il agit comme régulateur de toutes les circulations locales, il crée, dans la trame des tissus, des conditions favorables aux dédoublements et transformations de matières organiques, aux réactions chimiques sans lesquelles il n'y a pas de nutrition possible.
L'observation de tous les jours démontre que la vue d'aliments savoureux et l'action d'une substance sapidesur les nerfs de la langue suffisent pour activer la sécrétion salivaire. Les recherches des physiologistes, surtout celles de M. C. Bernard, prouvent qu'en agissant directement sur le système nerveux, on peut à volonté augmenter ou diminuer la quantité de salive excrétée dans un temps donné. En blessant un point déterminé de la moelle allongée, M. C. Bernard est parvenu à modifier la sécrétion urinaire et à produire artificiellement le diabète. Le système nerveux exerce donc une profonde influence sur les fonctions des organes sécréteurs. Cependant, l'observation ne permet aucun doute à ce sujet, il s'opère des sécrétions chez des animaux qui, comme les Polypes d'eau douce et les Rhizopodes, sont dépourvus de système nerveux; d'autre part, les organes sécréteurs des végétaux ont une grande ressemblance avec ceux des animaux. En réalité, toute sécrétion nous apparaît comme un acte de nutrition. Nous devons enfin considérer les propriétés des éléments actifs des glandes comme indépendantes, au fond, du système nerveux dont le rôle se borne à modifier les conditions au milieu desquelles fonctionnent les éléments glandulaires, de manière à favoriser ou à contrarier leur action sur le liquide sanguin.
Nous avons déjà établi que la contractilité est l'activité propre de la fibre musculaire, complètement indépendante de l'action nerveuse. Quand ils interviennent dans la contraction musculaire, les nerfs jouent donc le rôle de simples tiansmetteurs des excitations internes ou externes ; nous devons nous demander si l'influence de la fibre nerveuse sur la fibre musculaire est directe ou indirecte.
La texture du système musculaire a été étudiée par des observateurs d'une très-grande autorité ; leurs recherches ont établi un fait d'histologie d'une haute importance. On a vu à l'aide du microscope, et l'exactitude de cette observation a été vérifiée par M. Vulpian, des fibres musculaires se contracter bien qu'elles ne fussent en rapport avec aucune fibre nerveuse. De son côté, M. Rouget a constaté que toutes les fibres musculaires ne reçoivent pas des fibres nerveuses. Ajoutons enfin que les fibres musculaires, en rapport immédiat avec des tubes nerveux par l'intermédiaire des plaques motrices terminales, ne sont réellement en connexion avec ces plaques que par une faible étendue de leur longueur. Si l'influence du système nerveux était directe, il serait bien difficile de comprendre comment, à propos de l'excitation d'un tronc nerveux, la contractilité peut être mise en jeu dans les fibres dépourvues de tout tube nerveux et dans les parties des fibres placées en dehors des plaques motrices terminales.
Après avoir constaté que le système nerveux est excité par des flux d'électricité trop faibles pour agir sur un galvanomètre ordinaire, M. Matteucci a déterminé avec soin la durée minimum du passage du courant électrique à travers un nerf moteur, nécessaire pour faire contracter le muscle correspondant. Le muscle fraîchement détaché étant fixé à un dynamomètre, il a soumis son nerf à l'action du courant électrique réduit au minimum suffisant d'intensité et de durée, et
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il a mesuré le travail mécanique réalisé par la contraction musculaire. — D'une part, la dissolution du zinc dans le couple voltaïque pendant le passage du courant lui permettait d'évaluer, en unités de chaleur, la force dépensée pour mettre en jeu l'action nerveuse; — d'autre part, le travail mécanique réalisé par la contraction musculaire, transformé en unités de chaleur, fournissait l'évaluation de la force développée par le muscle sous l'influence de l'action nerveuse. — Or évidemment, si l'action du système nerveux sur les muscles était directe, le nerf ne pouvant en idéalité transmettre à la fibre musculaire que la force fournie par le courant voltaïque excitateur, et la force développée par le muscle ne pourvant, en aucun cas, être supérieure à celle que le nerf lui aurait directement transmise, il devrait y avoir équivalence entre le travail mécanique accusé par le dynanomètre et le travail chimique consommé dans le couple pendant le passage du courant électrique à travers le nerf, entre le travail produit et le travail moteur. Or, les mesures de M. Matteucci montrent que le travail mécanique effectué par le muscle en contraction est égal à 30000 fois le travail chimique dépensé pour produire l'excitation du nerf.
Le résultat des recherches électro-physiologiques s'accorde donc avec les indications de l'histologie pour établir que, dans les muscles, comme dans les glandes, comme dans tous les tissus, le système nerveux n'exerce sur les éléments anatomiques qu'une action indirecte. Dans le muscle en particulie-r, l'excitation nerveuse, au lieu de se transmettre directement à la fibre contractile, modifie les conditions ambiantes de manière à accélérer le mouvement nutritif; et c'est en définitive la chaleur développée par les réactions chimiques exagérées que le muscle utilise pour opérer sa contraction. Suivant l'expression de M. Matteucci, l'action nerveuse joue le rôle d'une petite étincelle tombant sur une masse de matière inflammable ; elle donne seulement l'impulsion aux réactions chimiques qui, une fois commencées, sont entretenues par le conflit de l'oxygène et des matériaux organiques du sang et des tissus ; c'est ainsi que les effets pro" duits sont hors de proportion avec la dépense de force impulsive. — L'étude du sang des veines des muscles fournit des preuves décisives en faveur de cette interprétation du rôle du système nerveux dans l'acte de la contraction musculaire. Supposons, en effet, que l'on supprime l'action nerveuse dans un muscle, en divisant le tronc du nerf mixte ou moteur qui s'y distribue; immédiatement les réactions chimiques de nutrition s'allanguissent, le sang veineux perd sa couleur caractéristique, devient rougeâtre et ne contient plus qu'une très-fiiible proportion d'acide carbonique. Mais du moment où l'on rétablit l'action nerveuse dans le muscle en excitant, par un moyen quelconque, le bout périphérique du nerf divisé, le sang veineux reprend sa couleur, la proportion d'acide carbonique augmente, les combustions intei'nes d'assimilation et de désassimilation reprennent toute leur intensité.
En résumé, le système nerveux intervient d'une manière évidente dans tous les actes de l'économie ; les sécrétions, les contractions musculaires, le travail de nutrition, tout s'accomplit sous son influence; mais partout et toujours son influence est indirecte, les activités propres des éléments histologiques sont, au fond, indépendantes de son action. Pour remplir ce rôle important de régulateur, pour coordonner tous les actes de l'économie vers un môme but, la nutrition, le développement de l'être et la conservation de l'espèce^il ne s'adressepas directement aux activités propres des éléments histologiques ; il se contente de modifier les conditions du milieu intérieur dans lequel et sur lequel travaillent ces activités.
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Précédée par un travail physico-chimique accompli dans Li trame des centres et des cordons nerveux, aboutissant à une modification de conditions physico-chimiques et, par suite, à un travail d'ordre physico-chimique, l'activité nerveuse nous apparaît comme une propriété spéciale d'éléments histologiques spéciaux eux-mêmes par leur composition et leur texture.
Mais cette activité spéciale des éléments nerveux dérive évidemment de la réaction physico-chimique qui la précède. Dans les organes dont il règle le fonctionnement, le nerf ne fait qu'utiliser la force que lui fournit cette réaction physico-chimique, l'activité nerveuse n'est qu'un agent de transformation ; par son intermédiaire, le travail des réactions chimiques de nutrition accomplies dans la trame du tissu nerveux est transformé en cet autre travail, physicochimique aussi, au moyen duquel les nerfs interviennent, par leurs extrémités terminales, ici dans les sécrétions, là dans les contractions musculaires, partout dans les actes de nutrition.
Considéré comme moteur, le système musculaire a été comparé à unemachine à feu; une analogie du même ordre peut être signalée entre un réseau télégraphique et le système nerveux. — Dans le réseau télégraphique, le travail chimique effectué dans la pile du poste expéditeur, transformé en électricité et recueilli sur les fils conducteurs, se propage de proche en proche et va à l'autre extrémité de la ligne animer un électro-aimant, dévier une aiguille aimantée, produire une action chimique, mettre enjeu les appareils récepteurs quelle que soit leur nature. — Dans le système nerveux, le travail chimique de nutrition des centres se transforme en neurilité; les divers cordons nerveux recueillent cette neurilité, la propagent dans tous les sens et vont exalter l'activité des divers organes de l'économie.
Ainsi se trouve pleinement justifiée une des vues physiologiques les plus profondes introduites dans la science par le génie de Lavoisier. Après avoir mesuré l'intensité des combustions du travail nutritif dans des conditions déterminées, chez l'homme à jeun et pendant la digestion, dans l'état de repos et pendant un travail musculaire considérable, etc., etc., le créateur de la chimie s'exprime ainsi dans son beau mémoire de 1789, sur la respiration des animaux.
« Ce genre d'observation conduit à comparer des emplois de force entre lesquels il semble n'exister aucun rapport. On peut connaître, par exemple, à combien de livres 'n poids, répondent les efforts d'un homme qui récite un discours, d'un musicien qui joue d'un instrument. On pourrait même évaluer ce qu'il y a de mécanique dans le travail du philosophe qui réfléchit, de [l'homme de lettres qui écrit, du musicien qui compose. Ces efforts, considérés comme purement moraux, ont quelque chose de physique et de matériel qui permet, sous ce rapport, de les comparer à ceux que fait l'homme de peine. Ce n'est donc pas sans quelque justesse que la langue française a confondu sous la dénomination commune de travail, les efforts de l'esprit comme ceux du corps; le travail du cabinet et le travail du mercenaire. »
Conclusions générales. — Nous avons reconnu, dans l'animal, l'existence de trois grandes manifestations dynamiques : la production de chaleur, la contraction musculaire, l'action nerveuse. Sans sortir un instant du cercle de l'observation la plus rigoureuse, sans invoquer d'autre appui que celui des faits sévèrement contrôlés et définitivement acquis à la science, nous avons établi que ces
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trois grandes modalités dynamiques, attributs essentiels de l'animalité, dérivent directement des réactions cliimiques du travail nutritif, du conflit de l'oxygène de l'air avec les matériaux organiques du sang et des tissus. La contractilité de la fibre musculaire, les activités propres de la fibre et de la celluls nerveuses, sont évidemment des modalités dynamiques, spéciales, autonomes , qu'il n'est permis de confondre ni avec l'électricité, ni avec la chaleur, ni avec la lumière etc. Mais, ne l'oublions jamais, ces activités sont des propriétés des fibres musculaires, des cellules et des fibres nerveuses, tirent leur spécialité de la spécialité de composition et de texture des éléments histologiques, siège et tliéàtre de leurs manifestations, différent seulement, par la forme, des modalités dynamiques du monde extérieur, des agents cosmiques dont elles dérivent par la grande loi de la transformation équivalente des forces.
Ces piincipes déduits de l'étude du système musculaire et du système nerveux sont généraux et applicables à tous les tissus de l'économie. Le fait n'est ■pas contestable, chaque élément histologique vit d'une vie propre et jusqu'à un certain point indépendante, se nourrit et se développe aux dépens des matériaux du sang. Tout élément histologique de composition et de texture spéciales est nécessairement doué d'une activité propre, spéciale aussi, qui dérive des combustions internes de nutrition au même titre que les activités de la fibre musculaire, de la cellule et de la fibre nerveuses. Dans le monde inorganique, il nous a suffi de changer la nature et la disposition des pièces du support pour voir une même action chimique. Je travail de dissolution du zinc dans l'acide sulfurique étendu, se transformer tour à tour en électricité, en chaleur, en lumière, en magnétisme, en travail chimique, en ti'avail mécanique, et conserver intégralement sous ces formes diverses, son énergie première. Il n'y a donc pas lieu de s'étonner que, dans l'agrégat organisé, les éléments histologiques, si différents par leur composition et par leur texture, tirent leurs activités spéciales <l'une seule et même source, les réactions chimiques du travail nutritif accompli dans les profondeurs de tous les tissus de l'économie.
Par l'observation et par l'expérience, par l'étude assidue de l'animal dans l'état de santé et de maladie, le physiologiste, armé de tous les moyens d'investigation dont la science s'enrichit chaque jour, doit chercher à déterminer les lois de manifestation de ces activités spéciales, les effets produits par leur action isolée, les résultats de leur conflit et de leur association, en même temps que leurs rapports de filiation avec les réactions physico-chimiques accomplies •dans l'intérieur de l'économie. Ainsi seulement il peut s'élever à la connaissance des fonctions qui ne sont, en réalité, que les résultantes des activités propres des éléments histologiques des organes. De ce point de vue le seul vrai, le seul acceptable, la physiologie ne nous apparaît plus comme une science isolée et devant tout tirer de son propre fonds ; sans rien perdre de son incontestable autonomie, elle contracte avec les autres sciences des rapports d'intime sodilarité.
Les réactions chimiques, si nombreuses et si variées, incessamment effectuées dans l'intimité de l'économie constituent donc la seule source de force dont ranimai puisse disposer. Pour accomplir tout le travail intérieur et extérieur nécessaire à la nutrition et au développement de l'individu, à la propagation de l'espèce et à son action sur le monde extérieur , l'animal puise la force dépensée dans le conflit de l'oxygène emprunté h l'air et des éléments de ses lissus dérivés eux-mêmes de substances alimentaires fournies par le règne
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végétal. Mais, en reprenant leurs formes minérales primitives sous l'influence (le l'action comburante de l'oxygène, ces principes alimentaires ne peuvent reproduire et mettre à la disposition de l'animal que la quantité de force empruntée par la plante à la radiation solaire pour faire passer la matière minérale à l'état de matière organique. C'est uniquement la force empruntée par le végétal à la radiation solaire, emmagasinée, sous forme d'affinité, dans la matière organique, et rendue libre par les combustions du travail nutritif, que l'animal utilise pour se mouvoir à la surface du sol, pour suivre sa proie, échapper aux atteintes de son ennemi, creuser la terre, résister aux causes extérieures de refroidissement, soulever ou traîner un fardeau, etc., etc.
Si nous embrassons le règne organisé dans une vue d'ensemble, nous acquérons la conviction que, d'un bout à l'autre de l'échelle, tout se tient, tout s'enchaine, tout est solidaire. Au biologiste placé au point de vue de la nutrition et du développement de l'être, la Vie à la surface du globe apparaît caractérisée par une double circulation incessante : circulation de matière, circulation de force.
Là terre et l'air constituent un vaste l'éservoir de matière, dans lequel la plante puise incessamment par ses racines et par ses feuilles. Saisie, absorbée à l'état minéral, la matière se modifie dans le végétal, contracte de nouvelles combinaisons et passe à l'état organique. A leur tour, ces substances organiques, fabriquées de toutes pièces par la plante, deviennent des aliments pour l'animal qui s'en empare, les modifie, les absorbe, se les assimile, les brûle dans la trame de ses capillaires et de ses tissus, et finalement les restitue en totalité au monde extérieur sous leurs formes minérales primitives.
Dans notre système planétaire, le soleil joue le rôle d'un immense réservoii de force. A la surface de la terre, ses rayons n'interviennent pas seulement comme source de chaleur, ils agissent aussi par leurs propriétés chimiques. La plante emprunte à la radiation solaire toute la force nécessaire pour accomplir le travail intérieur de transformation de la matière minérale en matière organique. Cette force vive utilisée par le végétal n'est pas détruite; transformée en affinité chimique, elle rend la matière organique apte à se combiner avec l'oxygène avec dégagement de chaleur. — Le voyageur emporté sur les voies ferrées avec une vitesse de quinze lieues à l'heure, l'armateur dont les paquebots à vapeur sillonnent les mers, l'ingénieur dont la puissante tarière creuse, à travers les flancs du mont Cenis et du Saint-Gothard, une communication directe et facile entre la France et l'Italie, l'industriel placé à la tète d'une grande usine, doivent toujours se rappeler qu'en brûlant de la houille sous la chaudière de la machine à feu, le chauffeur ne fait que transformer en chaleur et, par l'intermédiaire de la vapeur en force mécanique disponible, la force vive empruntée au soleil par les immenses forêts dont , aux époques préhistoriques, la surface du globe était recouverte. — De mèrne, le physiologiste ne doit jamais perdre de vue que la chaleur dégagée par les combustions du travail nutritif est l'équivalent de la force vive emmagasinée par la plante dans les substances alimentaires ; cette chaleur, transformée elle-même, communique aux éléments histologiques des organes de l'économie leurs activités spéciales et devient ainsi la source de toute la force dont l'animal peut disposer. Dans son action sur le monde extérieur, l'animal restitue cette force tout entière au milieu ambiant, soit sous forme de chaleur sensible, soit sous forme de travail accompli.
Dans le cycle qu'il parcourt de sa naissance à sa mort, l'être organisé ne produit
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rien, ne détruit rien; matière et force, tout lui vient de la terre, de l'air et du soleil ; il restitue tout au monde extérieur.
J. Gavarret.
g II. Pathologie. La notion de force au sens physique et dans ses applications à la physiologie vient d'être étudiée dans le précédent article. C'est à l'étude particulière de Vétat des forces que doit être consacré celui-ci ; à l'étude de l'état des forces considéré comme élément clinique des maladies, comme source importante d'indications thérapeutiques.
Il ne nous appartient pas de revenir sur le grave sujet traité par notre éminent collaborateur. Nous n'avons pas non plus à nous prononcer doctrinalement su r la question de savoir jusqu'à quel point on peut espérer de voir se réaliser un jour le rêve des physiologistes et des philosophes qui serait de faire rentrer tous les phénomènes physiologiques et tous les phénomènes psychologiques dans cette grande théorie de l'unité des forces physiques qui vient d'être magistralement exposée. Cette question reviendra d'ailleurs au mot Vitalisme. Qu'on nous permette seulement de réserver à cet égard notre opinion personnelle, que nous avons du reste exposée ailleurs. En tout état de cause, les trois ordres de phénomènes que nous venons d'indiquer (physiques, physiologiques et psychiques) peuvent et doivent être, même sous la loi de l'unité fondamentale, considérés comme l'expression de modes d'activité distincts et rester conséquemment dans le domaine comme dans la langue de la science.
I. De l'état des forces en gÉiNÉral. 1. Quand on parle de l'état des forces, on entend toujours parler de l'ensemble de toutes les foixes vitales de l'économie, de ce que Bar liiez appelle le système entier des forces du principe vital, la force vitale, en un mot, avec ses multiples manifestations.
Il faut donc avoir une idée nette de l'unité de la vie et de la solidarité des organes pour comprendre la notion clinique de l'état des forces.
La force particulière d'un organe ou d'un appareil, quoiqu'il soit, ne peut donc pas être prise pour mesure de l'état des forces. 11 n'y a pas de signe qui, pris à part et isolément, puisse indiquer l'état des forces.
C'est ce que Chomel exprime excellemment dans le passage suivant : « Il est beaucoup de médecins qui jugent de l'état des forces uniquement d'après le pouls : est-il plein et résistant? les forces, suivant eux, sont nécessairement en excès. Les partisans de la doctrine de l'irritation avaient été plus loin encore : la fréquence du pouls, qui, dans les maladies aiguës, augmente avec la foiblesse, et n'est jamais plus grande que dans l'agonie, était à leurs yeux un signe que les forces étaient en excès, ou, ce qui revient au même, une indication pour employer e traitement antiphlogistique. D'autres ont adopté pour mesure la force desmouiements musculaires, ou la coloration de la face, ou la constitution robuste ou débile des sujets; quelques-uns, la couleur pâle ou foncée de l'urine; plusieurs, l'état de la chaleur 'générale; d'autres enfin, l'énergie avec laquelle le cœur se contracte. Plusieurs de ces signes, sans doute, sont d'une grande importance dans l'évaluation des forces, aucun d'eux n'est à négliger; mais nul doute aussi que chacun d'eux ne soit insuffisant quand il est isolé des autres. S'il fallait des exemples pour le prouver, nous citerions la petitesse du pouls dans quelques inflammations accompagnées d'une douleur vive; le froid général au début des pblegmasies les plus aiguës, la violence des mouvements convulsifs à la suite d'hémorrhagies abondantes. Mais il est inutile d'insister sur un point de doc-
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trine sur lequel tous les esprits sages sont d'accord : c'est d'après le degré d'énergie de tous les organes que les forces doivent être estimées. »
Nous irons même plus loin que ne va Chomel : non-seulement l'état des forces ne peut être mesuré par la force particulière d'aucun organe pris à part, mais même il ne peut pas être mesuré par la somme des forces de chaque organe.
En réunissant les forces de tous les organes, l'énergie manifestée par tous les appareils, on n'aurait pas encore l'expression complète de la force vitale tout entière ; on n'aurait que les forces agissayites : il manquerait encore une partie bien importante de la force vitale, les forces cachées, les forces en réserve, les forces radicales. Ce n'est qu'en réunissant les forces agissantes elles forces radicales que l'on a le système entier des forces vitales.
Cette distinction de Barthez est capitale : c'est à la physiologie d'expliquer le fait, et elle Ta déjà essayé précisément à l'aide de la théorie de la transmutation des forces (Gubler). Pour nous, nous nous servons de ce mot de forces radicales uniquement parce que nous ne connaissons pas d'autre expression qui puisse mieux exprimer les phénomènes dont il s'agit.
Toutle monde connaît, en effet, ces hommes qui ont toutes les apparences de la constitution la plus robuste ; chaque fonction paraît s'accomplir avec une énergie extrême ; à en juger par les forces agissantes, le capital de cet homme serait considérable. Eh bien! au contraire, la moindre maladie, la moindre hémorrhagie l'abattra profondément. C'est que toutes ses forces étaient en étalage ; il les dépensait toutes au fur et à mesure qu'il les acquérait : il n'en mettait point en réserve ; il avait de brillantes forces agissantes et de pitoyables forces radicales.
Que de femmes, qui, grêles, minces, d'un tempérament nerveux, semblent vivre de rien ; leiir existence semble attachée à un fil et elles seraient broyées cent fois par l'homme de tout à l'heure. Les forces agissantes sont mesqumes, réduites ; mais les provisions sont énormes. Ces femmes-là supporteront la diète, l'insomnie, les privations de tout genre, avec une facilité qui étonnera le vulgaire, elles ont de puissantes forces radicales.
Les forces actives des organes ne représentent donc pas toutes les forces d'un individu; elles ne sont même pas proportionnelles à l'ensemble des forces. Pour avoir une idée complète de l'état des forces il faut toujours considérer à la fois les forces agissantes et les forces radicales.
Cette importante considération de Barthez est l'analogue de l'antique distinction d'Aristote : in passe et in actu ; et delà moderne distinction des physiciens : forces vives et forces de tension.
2. Il est d'une importance capitale pour le praticien de déterminer soigneusement l'état des forces du malade ; il en tirera toujours quelques indications et souvent des indications majeures. « L'évaluation des forces chez l'homme malade forme, sans contredit, un des points les plus importants de la médecine pratique, » a dit Chomel.
Cette évaluation présente de grandes difficultés, surtout quand il s'agit d'apprécier l'état des forces radicales.
Pour les forces agissantes l'étude attentive des divers grands appareils donne des renseignements en général suffisants. Nous indiquerons la marche à sui\re en parlant tout à l'heure des diverses altérations de l'état des forces.
Mais les forces radicales sont celles qui ne se manifestent pas actuellement : on ne peut donc pas les étudier dans le tableau symptomatique présenté par le
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malade. Pour apprécier les forces radicales d'un sujet, il faut beaucoup plus se rapporter aux antécédents qu'à l'état actuel. 11 faut chercher dans les anamnestiques les éléments qui sont de nature à doter l'individu de forces radicales puissantes ou faibles.
Pour faire cette appréciation nécessaire dans chaque cas particulier, au lit du malade, il est indispensable de bien connaître les différentes conditions qui influent sur l'état des forces radicales.
En tète de ces conditions, il faut placer la nature de la maladie elle-même; il y a des maladies qui, comme la fièvre typhoïde, la plupart des affections infectieuses, dépriment très-rapidement les forces radicales : le sujet est très-promptement abattu, prostré ; l'état typhique est, à proprement parler, caractérisé par la disparition des forces vitales et la prédominance des forces extérieures physiques ; la vie est tellement frappée dans son essence même, qu'elle perd, pour ainsi dire, toute spontanéité.
L'hystérie, au contraire, qui modifie si complètement et si étrangement les forces agissantes, laisse à peu près intactes les forces radicales ; il est extraordinaire de voir la force de résistance que présente une hystérique à la diète prolongée, à des troubles sécrétoires profonds, etc.
La connaissance de la nature de la maladie est donc le premier élément qui influe sur l'état des forces. Ce n'est pas le seul.
L'âge du sujet, son tempérament, ses maladies antérieures, etc., influent sur les i'orces radicales, d'une manière qu'il n'est pas besoin de faire ressortir. La vie antérieure de l'individu, d'une façon générale, doit être scrutée de la manière la plus scrupuleuse. C'est ainsi que des excès antérieurs, la nostalgie, un état moral déprimé, rendront adynamique chez un sujet une maladie qui, au même moment, sera inflammatoire chez un autre individu présentant des conditions différentes.
Il m'est impossible d'insister sur chacun de ces^éléments ; il suffit d'avoir indiqué la source générale à laquelle il faudra puiser pour se faire une idée de l'état des forces radicales chez un sujet donné.
Il est indispensable de poser en principe que l'état des forces dans un cas donné ne dépend pas uniquement de la nature de la maladie ; il ne dépend exclusivement d'aucun élément pris à part. C'est une résultante de toutes les conditions tirées de la maladie et de l'individu considéré dans son présent et dans son passé.
3. Cela posé, voyons comment l'état des forces peut être altéré chez l'homme malade.
Nous n'avons pas à examiner ici la question de l'altération de qualité. C'est une question de pathologie générale étrangère à notre sujet. Nous n'avons à étudier que les altérations quantitatives de l'état des forces.
A ce point de vue, on classe sous quatre grands chefs les altérations dont l'état des forces est susceptible dans les diverses maladies ; ce sont : V augmentation, la diminution, Voppression et la perversion des forces ; on verra en quel sens nous entendons la perversion des forces, n'impliquant qu'une modification quantitative.
Nous allons passer en revue ces divers éléments et indiquer rapidement pour chacun : les causes qui l'amènent, les signes auxquels on le reconnaît et le traitement qu'il exige.
Il De l'augmematioin des forces. Causes, signes et traitement. L'impor-
FORCES ^rATiioLOGiE) . 4*^5
tance de cet élément morbide a été très-diversement appréciée par les médecins. Méconnue par Brown, elle est exagérée par Rasori et Broussais, qui se placent encore chacun à un point de vue différent.
11 est bon, avant d'aller plus loin, de caractériser l'erreur dans laquelle sont tombés ces grands médecins, ne fût-ce que pour éviter les exagérations de leurs systèmes.
Brown a une idée nette de l'ensemble des forces vitales et de leur unité ; il appelle cette force vitale : incitabilité. La maladie est la modification do cette incitabilité. Seulement, et c'est ici l'erreur, cette force vitale n'est susceptible que de modifications quantitatives. Elle ne peut qu'être augmentée ou diminuée. Toutes les maladies générales, toutes les diathèses, comme il les appelle, se réduisent h deux, la sthénie et l'asthénie. Et encore, quand il en vient à l'observation clinique des faits, il trouve que la sthénie est infinimentrare par rapport à l'asthénie. Il en arrive à ne plus voir partout qu'une maladie, l'asthénie, et qu'une espèce de remèdes, les toniques et les excitants.
Rasori doit être mis tout à fait à côté de Brown : ce sont les mêmes principes. C'est l'altération des forces qui constitue le fond des maladies ; les forces ne peuvent être altérées que quantitativement; elles pèchent par excès ou par défaut. De là, comme pour Brown, deux seules diathèses : la diathèse de stimulus et la diathèse de contro-stimulus. Seulement, quand il observe les faits, Rasori conclut, à l'inverse de Brown, que les maladies asthéniques sont infiniment rares par rapport aux sthéniques, et qu'il n'y a par suite qu'une espèce de médicaments, les contre-stimulants.
C'est ainsi qu'avec des principes absolument identiques, Brown et Rasori arrivent à des conclusions diamétralement opposées. Comme on l'a très-bien dit, lecontro-stimulisme de Rasori n'est que le Brownisme retourné.
Broussais arrive à des conclusions cliniques analogues à celles de Rasori, mais en partant de principes entièrement différents. Broussais méconnaît l'unité des forces vitales: il n'est pas vitaliste, il est organicien. La vie réside dans les organes. La maladie n'est donc plus une modification de la force vitale : c'est une lésion de tissu, d'organe. Quand il envisage les forces, Broussais ne considère que les forces des organes ; la maladie est une altération de ces forces organiques. Voilà son principe entièrement oppose à celui de Brown et de Rasori ; mais, ce principe une fois posé, il se rapproche de ces deux médecins en n'admettant que des altérations quantitatives (par excès ou par défaut) des forces des organes ; et il se rattache enfin tout à fait à Rasori en admettant que le plus souvent la force des organes est augmentée: de là le règne de l'irritation et des antiphlogistiques.
Contre Broussais, nous admettons avec Brown et Rasori que les forces doivent être envisagées non dans tel ou tel organe, ni dans tous les organes pris isolément, mais dans l'ensemble de l'économie ; que les forces doivent être envisagées dans leur système entier et que la maladie est, non l'altération d'un organe particulier, mais l'altération de la vie tout entière, prise dans son ensemble et dans son unité.
Contre ces trois médecins, nous admettons encore que les modifications quantitatives des forces ne sont pas d'une seule espèce, que les forces ne sont pas toujours diminuées (Brown), ni toujours augmentées (Rasori, Broussais), que cela dépend des cas; que, par suite, il est très-important de connaître les signes qui caractérisent ces divers éléments, afin de pouvoir, dans chaque cas donné, leur opposer le traitement approprié.
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Après ce préambule nécessaire, nous allons aborder l'étude plus particulière de l'augmentation des forces.
Quand on parle d'augmentation ou d'exaltation des forces, on ne parle naturellement que des forces agissantes. Il n'y a pas de maladie qui augmente les forces radicales. C'est ainsi qu'on voit souvent l'exaltation des forces agissantes coïncider avec la diminution, des forces radicales. C'est donc par l'état actuel des organes, par l'état du fonctionnement organique, que l'on jugera de l'exaltation des forces.
11 y a deux grands appareils qui reflètent plus particulièrement l'état de l'organisme, parce qu'ils ont une grande influence sur toutes les autres parties du corps, parce qu'ils sont comme le trait d'union matériel des diverses régions de l'économie : l'appareil circulatoire et le système nerveux. C'est par l'état de ces appareils que l'on jugera surtout de l'exaltation des forces agissantes. Cet élément est particulièrement constitué par ce que l'on appelle l'éréthisme circulatoire et l'éréthisme nerveux. Dans beaucoup de cas, ces deux éréthismes coexistent, et c'est leur intrication qui constitue l'élément morbide ; mais le plus souvent cependant l'état de l'un des deux appareils prime l'autre, domine la scène morbide et lui donne son cachet particulier.
De là deux formes cliniques de l'exaltation des forces : 1° exaltation des forces avec érétbisme circulatoire: c'est l'état inflammatoire auquel correspondent les antiphlogistiques et les contro- stimulants ; 2° exaltation des foixes avec érétbisme nerveux : c'est l'état nerveux auquel correspondent les sédatifs et les antispasmodiques.
1° Exaltation des forces avec éréthisme circulatoire. « L'augmentation des forces, dit Chomel, est caractérisée par la couleur rouge et vermeille de la peau, par la rougeur et l'intumescence de la face, par la régularité et l'assurance des mouvements, par la grandeur de la respiration, la force du pouls, l'élévation de la chaleur, la fermeté des chairs, la diminution notable dans la quantité des matières excrétées, de l'urine et des matières fécales spécialement, par l'amendement qui survient dans les symptômes après les hémorrbagies spontanées ou les saignées, par la richesse du sang qui s'est écoulé. »
C'est ce que les anciens appelaient l'élément inflammatoire. Il faut se garder dé confondre l'état inflammatoire avec l'inflammation, surtout telle que nous la concevons aujourd'hui. L'inflammation est un processus anatomique, une prolifération qui peut être torpide dans sa marche, sans réaction, comme certaines scléroses. L'état inflammatoire est, au contraire, toujours ce déploiement considérable de forces agissantes avec prédominance de l'éréthisme circulatoire, que l'on rencontre, par exemple, dans la pneumonie franche de l'adulte.
Cet état inflammatoire ne doit être confondu avec aucune maladie. Un trèsgrand nombre de maladies peuvent présenter cet élément et aucune ne le présente dans tous les cas. Les phlegmasies elles-mêmes ne sont pas toujours inflammatoires, quoique cela puisse paraître paradoxal. Il y a des pneumonies asthéniques dans lesquelles, par conséquent, il n'y a pas trace d'état inflammatoire, dans lesquelles les forces sont déprimées et nullement augmentées.
Quelles sont les causes qui entraînent l'exaltation des forces ? Elles viennent du sujet et de l'extérieur.
Pour le sujet, c'est le tempérament sanguin qui dispose à réaliser cet élément morbide. Notez que c'est plutôt le tempérament que la constitution qui influe ici. On voit quelquefois une maladie avec état inflammatoire chez un individu
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qui, au fond, n'a pas grande résislance. C'est ce qu'avait observé F. Bérard quand il disait : « Le tempérament sanguin est celui qui se lie le plus aisément à l'inflammation, surtout lorsquil est associé à une constitution délicate et faible, car les sanguins forts et robustes expriment, il est vrai, l'inflammation par des symptômes très-marqués, quand ils en sont affectés ; mais la stabilité d'énergie de leur force tonique semble armer leurs organes contre l'action des divers stimulus étrangers. »
On peut dire, du reste, d'une manière générale, que la constitution exprime surtout l'état des forces radicales du sujet, tandis que le tempérament est plus en rapport avec la quantité et la direction des forces agissantes. On comprend donc que l'augmentation des forces, qui ne porte que sur les forces agissantes, soit plus en rapport avec le tempérament de l'individu qu'avec sa constitution.
L'homme réalise plus souvent que la femme l'état inflammatoire; et c'est dans la jeunesse et l'âge adulte qu'on l'observe spécialement.
Comme cause extérieure, nous noterons d'abord l'influence des saisons; c'est en hiver, avec le froid sec et intense, que s'observe surtout l'état inflammatoire: de là la constitution inflammatoire admise pour l'hiver par bien des médecins.
« L'usage abusif des épiceries, un régime animal exclusif, l'excès des boissons alcooliques, le travail du corps ou de l'esprit, trop violent ou trop pro-longé; les veilles répétées, les passions systaltiques trop impétueuses prédisposent encore à cet état. » (F. Bérard.)
Enfin, parmi les maladies, ce sont surtout les maladies aiguës ou les poussées aiguës dans les maladies chroniques ; et, parmi les maladies aiguës, ce sont les phlegmasies et les pyrexies qui présentent le plus facilement cet élément.
Deux grandes médications peuvent être opposées à cet élément morbide : la médication antiphlogistique et la médication contro-stimulante.
Notons, en passant, que c'est là, à mon sens, la véritable manière d'envisager une médication. Sauf un petit nombre de médications qui s'adressent spécifiquement aune maladie complète, la plupart des médications ne s'adressent pas à des maladies, mais à des éléments morbides. On pose mal le pi^oblème quand on recherche, en thérapeutique, quelles sont les maladies qu'il faut traiter par les antiphlogistiques. 11 n'y a pas de maladie qu'il faille toujours traiter par ces agents, et il n'y a pas de maladie dans laquelle on ne doive pas les employer quelquefois. C'est que l'indication des antiphlogistiques ou des contro-stimulants ne vient pas de l'existence de telle ou telle maladie, mais de l'existence dans la maladie de l'élément inflammatoire, auquel ces médications s'adressent spécialement.
Cela posé, les deux médications antiphlogistique et contro-stimulante ne sont pas synonymes ; il importe de dire, en peu de mots, à laquelle des deux médications il faut avoir recours quand on est en présence d'un cas donné d'exaltation des forces.
Les différences capitales de ces deux médications me paraissent concentrées dans deux éléments principaux : la rapidité et la continuité d'action ; le degré de la spoliation. Les antiphlogistiques agissent plus vite que les contro-stimulants ; leur action est moins continue que celle de ces derniers. Au début d'une pneumonie, quand l'état inflammatoire est violent, la douleur très-vive, la fièvre intense, et que cet élément est par son intensité un sujet actuel et pressant d'indication, parce que sa persistance troublerait la marche naturelle de ]a
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maladie, dans ce cas, les émissions sanguines sont parfaitement indiquées. Elles agissent rapidement et font tomber cet orgasme circulatoire du début. Si, au contraire, une poussée aiguë avec état inflammatoire assez prononcé survient au début d'une tuberculose, qu'il faille réprimer cette poussée à cause de ses fâcheuses conséquences sur le sujet diathésique , il s'agit non pas de faire tomber tout de suite et pour un jour l'éréthisme circulatoii-e du début, il faut lutter pendant plusieurs jours contre le déploiement exagéré de forces agissantes que fait un individu appauvri en forces radicales; dans ce cas, le tartre stibié à haute dose sera bien mieux indiqué que les émissions sanguines.
Ainsi les antiphlogistiques (émissions sanguines) ont une action plus rapide, mais qui tient moins ; les contro-stimulants, au contraire (tartre stibié à haute dose), ont une action moins rapide, mais qu'on peut prolonger plus longtemps.
C'est cette persistance de l'action, si utile dans certains cas, que les médecins comme Broussais et Bouillaud cherchaient à obtenir, en répétant les émissions sanguines, par les saignées coup sur coup ; mais alors se présente l'inconvénient du second élément que nous allons maintenant envisager : le degré de la spoliation produite.
Les deux médications que nous comparons diffèrent, en effet, aussi sur ce second point ; les émissions sanguines spolient beaucoup plus l'économie que les contro-stimulants. Certainement, le tartre stibié a sur l'économie une certaine action spoliatrice. Mais cette action est distincte de l'action contro-stimulante ; ces deux actions peuvent se séparer l'une de l'autre et l'on peut s'arranger, ar les doses notamment, de manière à obtenir les effets contro-stimulants sans avoir les effets évacuants. C'est ainsi que dans l'administration du tartre stibié à iiaate dose on cherche à obtenir ce qu'on appelle la tolérance, c'est-à-dire à n'avoir, autant que possible, ni vomissements, ni diarrhée. Pour cela, il faut dépasser le plus vite possible les doses moyennes et arriver rapidement aux doses élevées ; ce que l'on obtient en rapprochant les cuillerées de la potion quand les premières prises déterminent des évacuations.
On parvient ainsi, dans les cas favorables, à obtenir les effets contro-stimulants du tartre stibié sans avoir l'action spoliatrice intense des évacuations. Ce qui montre bien que, comme Trousseau l'a établi, la dépression des
forces n'est pas produite par les pertes qu'entraînent les vomissements et la diarrhée.
Je n'admets pas cependant qu'à haute dose le tartre stibié acquière de nouvelles propriétés spécialement dirigées contre la diathèse de stimulus. J'ai montré ailleurs que les diverses actions thérapeutiques des agents, comme le tartre stibié, sont multiples, et qu'il y en a un certain nombre d'irréductibles les unes aux autres. L'action sur les forces est de ce nombre. Seulement, suivant la dose employée, on obtient plus facilement telle ou telle action.
Ainsi, à faible dose, c'est l'action hypercrinique qui domine ; à dose moyenne, c'est l'action vomitive ; à haute dose, c'est l'action contro-stimulante.
De plus, ces différentes actions ne sont pas développées avec la même intensité par les différents vomitifs ; ce qui montre que la contre-stimulation n'est pas l'effet direct de la nausée et de l'état nauséeux. Le tartre stibié possède ces propriétés contro-stimulantes à un degré incomparablement plus élevé que l'ipéca.
D après tout cela, on voit qu'avec les contro-stimulants on peut obtenir des eftets beaucoup moins spoliateurs qu'avec les émissions sanguines. Car on ne
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peut continuer l'action de ces derniers moyens qu'en prolongeant et en augmentant la perte de sang, c'est-à-dire la spoliation.
Ces quelques remarques me paraissent suffire à caractériser les deux médications antiphlogistique et contro-stimulante et indiquer d'une manière générale les règles de leur emploi respectif.
Quand l'exaltation des forces est restreinte, qu'il y a un état inflammatoire réduit et limité, par exemple, à un appareil, on peut employer la médication émolliente qui est comme une réduction de la médication antiphlogistique.
Ainsi, dans les fièvres graves, où l'on ne veut pas déprimer les forces nécessaires à la suite de la maladie, quand il y a cependant un léger état inflammatoire, on emploiera les émollients iiiUis et extra, par exemple, au début de la fièvre typhoïde. De même encore au début d'un embarras gastrique la langue est rouge, il y a ce que l'on appelle de l'irritation du tube digestif. C'est une réduction de l'état inflammatoire. Il faut les émollients; on délaie, comme disaient les anciens. Les émollients doivent précéder même les évacuants et sont indispensables à l'action ultérieure de ces derniers agents.
Ainsi, en présence de l'exaltation des forces agissantes avec éréthisme circulatoire, en présence de l'état inflammatoire à ses divers degrés, le médecin a à sa disposition trois médications : les émollients, les contro-stimulants et les antiphlogistiques, qu'il emploiera séparément, suivant l'état du malade, le degré et la durée probables de la maladie.
2" Exaltation des forces avec éréthisme nerveux. Cette forme clinique de l'augmentation des forces n'est pas habituellement décrite; on se contente de donner le type de l'érélhisme circulatoire comme représentant seul cet élément morbide tout entier. Nous croyons cependant utile de déci^ire l'exaltation des forces avec éréthisme nerveux, parce que c'est une forme clinique aussi importante que la précédente et qui donne lieu à des indications thérapeutiques majeures.
M. Fonssagrives définit l'éréthisme nerveux, cette manière d'être du système nerveux qui consiste à la fois dans un mélange d'excitation et de mobilité se dépensant sans but. C'est, en définitive, un déploiement inusité, exagéré, de forces agissantes se manifestant particulièrement sur le système nerveux, c'est bien de l'exaltation des forces avec prédominance des phénomènes nerveux, comme la forme précédente était de l'exaltation des forces avec prédominance des phénomènes circulatoires.
Le principal caractère auquel on reconnaît cet élément morbide dans une maladie donnée est l'exagération des phénomènes nerveux habituels à cette maladie ou l'apparition de phénomènes nerveux surajoutés, anormaux. Tout le monde a vu ces pneumonies dans lesquelles la douleur prend une intensité telle qu'elle arrache des cris au malade, le jette dans une agitation continuelle, l'empêche de dormir, de tousser, de cracher, entrave la marche naturelle de la maladie, et devient par suite un sujet d'indication urgente. On connaît également ces personnes, des femmes le plus souvent, qui ont du délire pour la moindre des indispositions, pour une indigestion ou une fièvre catarrhale. Dans tous ces cas-là, il y a un déploiement anoimal de forces agissantes qui se manifestent par des phénomènes d'irritation nerveuse : délire, convulsions, douleur.
A côté de ces caractères dominants de l'éréthisme nerveux, nous en signalerons quelques autres, qui en sont comme les corollaires et que F. Bérard a bien mis en lumière. « Le malade a une susceptibilité insolite que la moindre cause
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met en jeu, et quî re'agit sans aucune proportion contre des impressions trèsle'gères. » Le moral participe à cet état d'impressionnabilité excessive, et le malade présente une grande exaltation des facultés intellectuelles.
De cette susceptibilité même résulte une très-grande mobilité dans le tableau symptomatique; on voit souvent les symptômes apparaître ou disparaîti'e, sans qu'on puisse se rendre compte de leur cause : aussi faut-il être réservé pour le pronostic, et savoir que ces états sont souvent plus effrayants que dangereux, et que les tempêtes les plus bruyantes peuvent tout d'un coup se calmer comme par enchantement.
Enfin, il faut noter une susceptibilité très-grande et très-bizarre aux médicaments. « Les moyens très-légers peuvent guérir quelquefois; et dans d'autres cas, des substances d'une action ordinairement faible l'augmentent ou l'aggravent sensiblement. Quand on observe qu'un médicament n'a pas ses effets accoutumés et produit des phénomènes insolites, il faut soupçonner l'existence cachée de l'éréthisme nerveux » (Pomme).
Tels sont les caractères assignés par F. Bérard à l'éréthisme nerveux; ils spécifient bien cet élément morbide, sauf le dernier, qui appartient autant et peutêtre plus à l'ataxie des forces qu'à leur exaltation.
Quelles sont les causes de cet état ?
On peut reproduire pour cette forme clinique, avec encore plus de raison que pour la première, ce que nous avons dit de l'influence de la constitution. De ce qu'il y a exagération des forces agissantes, il faut se garder de conclure à une augmentation des forces radicales. Tout au contraire, la constitution faible, sans résistance, s'observe souvent derrière cet étalage violent et factice, et les toniques doivent être souvent combinés aux sédatifs et aux antispasmodiques.
C'est naturellement le tempérament nerveux qui prédispose, le plus à cet élément ; la femme le réalise plus souvent que l'homme ; l'enfant plus facilement que l'adulte ou le vieillard. L'abus des aliments, des boissons irritantes, qui surexcitent le système nerveux; les émotions morales vives ou prolongées; les études de l'esprit prématurées ou excessives, l'abus des plaisirs vénériens, facilitent le développement de cet élément. M, Dupau a signalé toutes les circonstances qui rendent cet état plus fréquent, selon les progrès de la civilisation (F. Bérard).
Quant aux maladies elles-mêmes, ce sont celles qui atteignent le système nerveux qui présentent le plus souvent cet élément; ce principe n'est cependant pas aussi vrai qu'on pourrait le croire d'abord, et toute maladie chez un sujet nerveux peut facilement présenter l'élément dont nous parlons.
Les médications qu'indique cet élément sont les médications sédative et antispasmodique, la médication stupéfiante dans son ensemble. M. Fonssagrives divise les stupéfiants en stupéfiants diffusibles et stupéfiants fixes. Les premiers sont les antispasmodiques que rapprochent leur odoréité et surtout leur volatilité. Les seconds sont les sédatifs, les narcotiques. Ces deux ordres de médicaments sont indiqués contre l'élément nerveux dont nous parlons, mais ils ne doivent pas être prescrits indifféremment. Quoique très-voisines, ces deux médications ont des indications différentes.
Les stupéfiants diffusibles ont une action plus rapide, plus étendue et moins persistante que les stupéfiants fixes. Les premiers sont indiqués quand il y a des accidents nerveux mobiles, peu intenses, de peu de durée, répandus sur un grand nombre de points du corps : convulsions, spasmes, vapeurs. Les seconds,
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au contraire, sont indiqués quand il y a un phénomène local, intense et durable, comme une douleur, qui tient tout le reste sous sa dépendance. Ainsi le début d'une pneumonie s'accompagne chez une femme hystérique de convulsions variables, de spasmes divers, d'agitation, de phénomènes mobiles ayant plus d'étendue que de profondeur: les antispasmodiques sont parfaitement indiqués, et quelques gouttes d'éther pouiTont faire tout rentrer dans l'ordre. Si au contraire la pneumonie se développe chez un jeune militaire et s'accompagne de cette douleur très-vive dont nous avons déjà parlé, de ce point de côté atroce qui entrauie l'insomnie, l'agitation et presque le délire, ce sont les stupéfiants fixes qui sont indiqués. Et l'opium fera merveille comme entre les mains de Sarcone. Telles sont les idées qui guideront d'une manière générale, dans le choix de la médication à opposer à cet élément morbide important : l'exaltation des forces avec éréthisme nerveux.
III. De la diminution des forces. Causes, signes et traitement. Quand on parle de la diminution des forces, on veut parler de la diminution du système entier des forces : forces radicales et forces agissantes. Les unes et les autres sont diminuées.
« La diminution des forces, dit Chomel, est marquée par la pâleur de la peau, l'abattement des traits, la langueur dans l'attitude et les mouvements, les défaillances, la fréquence et la petitesse de la respiration, la faiblesse du pouls, la diminution de la chaleur, la sensibilité au froid, la mollesse des chairs, l'abondance et la ténuité des matières excrétées. Si les hémorrhagies ont lieu dans ces circonstances, elles rendent les autres signes plus manifestes encore et le sang lui-même est sans consistance et sans couleur. » Tels sont les caractères généraux de la diminution des forces ; mais il faut ensuite distinguer un grand nombre de types cliniques différents d'après le degré de la perte des forces et la rapidité du développement de cet état. Ainsi, depuis cet état de faiblesse légère et passagère qu'entraîne un jour de diète ou une courte maladie, jusqu'à la débilitation extrême qu'entrauie la fièvre typhoïde, par exemple, parmi les maladies aiguës, et la phthisie pulmonaire, parmi les chroniques, il y a une infinité de degrés qui constituent des types distincts, mais que tous les cliniciens connaissent assez bien pour qu'il ne soit pas nécessaire d'insister. .
La plus ou moins grande rapidité d'invasion distingue aussi nettement les divers types. Ainsi il y a des maladies qui sidèrent presque instantanément tout le système des forces; les poisons comme l'acide cyanhydrique, par exemple, montrent bien cette action qui peut pousser l'anéantissement subit des forces jusqu'à la mort, et la mort en peu d'instants. Il y a au contraire bien des cas où cette atonie générale ne se développe que peu à peu, progressivement; c'est ce qui arrive dans les maladies à longue portée, les maladies chroniques notamment. Il est très-important de distinguer ces différents types cliniques, parce •qu'ils correspondent à des indications différentes, à des médications distinctes.
Il faut se rappeler encore que dans certains cas la diminution réelle des forces radicales est masquée, dissimulée par la conservation ou une fausse augmentation des forces agissantes. Dans ce cas, il faut savoir séparer les deux choses et reconnaître ce qui appartient à chaque élément.
D'une manière générale, dans ces cas-là, les signes de la diminution des forces apparaissent nets et dégagés, soit dans l'intervalle des paroxysmes, pendant le cours même de la maladie, soit surtout à la fin de la maladie, quand la convalescence commence. On est souvent tout surpris de voir à ce moment tomber
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brusquement le tableau bruyant qui faisait croire à une augmentation des forces, et de voir se développer à la place le tableau tout inverse qui indique la diminution des forces.
Il y a enfin toute une catégorie de cas dans lesquels la diminution des forces porte spécialement sur tel ou tel organe. C'est, par exemple, l'atonie des voies digestives chez les anémiques, l'asystolie chez les cardiaques, certaines asphyxies chez les poitrinaires, etc. Les forces manquent à l'ensemble de l'individu, mais elles manquent tout particulièrement dans tel ou tel appareil donné de l'économie.
Ces formes spéciales ont aussi des indications particulières.
Les causes qui diminuent les forces sont bien connues et faciles à prévoir. Toutes les maladies, quelles qu'elles soient, diminuent les forces (le système entier pris dans son ensemble). De là, dans toutes les maladies, l'indication de soutenir les forces, qui se présente du reste avec plus ou moins de gravité et d'urgence, suivant les cas. Toutes choses égales d'ailleurs, la durée de la maladie influe beaucoup sur cette diminution des forces, parce que la maladie est un état dans lequel l'organisme dépense beaucoup et reçoit peu. Plus cet état se prolonge, plus il doit atteindre sérieusement les forces du sujet. La nature de la maladie est ensuite un élément de premier ordre dans cette action. Nous avons vu qu'il y a des poisons qui prostrent toutfspécialement le système nerveux. Il y a des maladies qui dépriment rapidement tout le système des forces. Telles sont la fièvre typhoïde, toutes les maladies typhiques, les maladies infectieuses, etc.
Il y a des épidémies, des époques de l'année, des circonstances particulières, dont on ne connaît pas les conditions pathogéniques, dans lesquelles toutes les maladies revêtent facilement le caractère typhique, dépriment profondément les forces. Il y a même des constitutions stationnaires, c'est-à-dire des séries d'années, pendant lesquelles la diminution des forces est également dominante, de même qu'à d'autres époques c'est l'augmentation des forces qui accompagne toutes les maladies. C'est là l'explication des faits contradictoires qui, exagérés ensuite et généralisés outre mesure, expliquent les oscillations de la médecine pratique de BroAvn à Broussais.
Mais les conditions individuelles sont encore plus puissantes dans la détermination de cet élément morbide. Ici (comme il s'agit de forces radicales) la constitution du sujet influe beaucoup plus que le tempérament, les fatigues, les privations, les exercices corporels exagérés ou précoces, les influences morales, les passions tristes, la nostalgie. P. Bérard énumère les causes suivantes : « constitution faible, native ou acquise; tempérament lymphatique; sexe féminin; enfance, vieillesse; séjour dans les pays bas et marécageux; température froide et humide; chaleurs fortes et soutenues; aliments aqueux, peu nourrissants; diète végétale exclusive, abstémie ; abils des boissons aqueuses tièdes ; oisiveté ou travaux excessifs du corps et de l'esprit; veilles; coït immodéré, dans un âge prématuré ou avancé; onanisme; tristesse, ennui, chagrins profonds; évacuations considérables de sang, de crachats, d'urine, de pus, etc. ; abus des narcotiques, des saignées, des émollients et des délayants, dans le traitement des maladies même sthéniques, ainsi qu'abus des toniques, des stimulants même dans les maladies asthéniques. »
Les médications à opposer à cet élément morbide sont de deux sortes : la médication stimulante et la médication tonique.
Pour établir les indications respectives de ces deux médications, on peut
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poser des principes analogues à ceux, que nous avons développés pour dislinguer les médications antiphlogistiqueet conlro-stimulante et les médications antispasmodique et sédative. Les stimulants ont une action plus rapide, plus énergique et de plus courte durée; les toniques, au contraire, ont une action plus lente et plus soutenue. Toutes les fois que la diminution des forces se développe trèsrapidement et atteint un degré considérable, qui nécessite une intet-vention immédiate, on perdrait un teaips précieux à prescrire, par exemple, du quinquina, tandis que le café, l'alcool, l'acétate d'ammoniaque pourront produire d'excellents et rapides effets. Quand au contraii'e une maladie développe progressivement et par le fait même de son évolution une diminution graduelle des forces, qui ne s'établit que lentement et n'atteint que peu à peu une intensité notable, c'est l'indication souveraine des toniques. Cette indication se présente même à un léger degré dans toutes les maladies ; il faut toujours songer à soutenir les forces, et c'est avec une alimentation appropriée que l'on remplit cette indication. Le régime est un des plus puissants moyens de relever les forces d'un malade; il faut toujours y penser, même quand on prescrit en même temps des médicaments comme le quinquina, le fer, etc.
On saisira mieux l'indication comparée de ces deux médications par l'exemple suivant. Dans le cours d'une fièvre typhoïde, s'il survient une hcmorrhagie intestinale, par exemple, ou toute antre cause qui entraîne un collapsus, une chute rapide et considérable des forces, il faut immédiatement prescrire les stimulants. Si, au contraire, cette même fièvre typhoïde évolue sans accident, elle développe progressivement chez le sujet un état de faiblesse, qui devient le principal et souvent l'unique sujet d'indication dans la deuxième période de la maladie; il faut alors prescrire les toniques.
Je crois cette distinction entre les toniques et les stimulants plus exacte que celle qui veut que les stimulants s'adressent aux forces agissantes et les toniques aux forces radicales. Quand un individu est rapidement sidéré par un poison violent, toutes les forces sont déprimées, les radicales comme les agissantes. Et cependant ce sont les stimulants qu'il lui faut: avant que les toniques eussent le temps d'agir, le malade aurait succombé.
En délinilive, les anliphlogistiques, les antispasmodiques et les stimulants ont une action rapide, superficielle et transitoire ; les conti'o-stimulants, les sédatifs et les toniques ont une action plus lente, plus profonde et de plus longue durée.
IV. De l'oppression des forces. Causes, signes et traitement. Dans l'oppression des forces, les forces agissantes sont seules diminuées, mais elles sont pour ainsi dire emmagasinées ; les forces radicales sont par là même augmentées : en somme, le système entier des forces est augmenté et non diminué, comme il semble au premier abord. En d'autres termes, c'est un état dans lequel les forces sont dissimulées, mais en réalité augmentées. Je ne saurais mieux faire que de reproduire ici le passage entier que Chomel a consacré à décrire cet élément morbide, passage que M. Chauffard recommande à la méditation de tous les médecins, comme un des morceaux les plus sages écrits par Chomel : « L'oppression des forces est cet état dans lequel il n'y a qu'une apparence de faiblesse avec laquelle il sei'ait bien dangereux de le confondre ; l'erreur est d'autant plus facile, que l'oppression des forces se montre sous des traits à peu près semblables à ceux qui caractérisent leur diminution, tels que l'abattement de la physionomie, la couleur pâle ou livide du visage, la difficulté des mouvements,
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l'eno^ourdissement des sens et des facultés intellectuelles, la petitesse, quelquefois même l'inégalité du pouls, le froid des extrémités, etc. Il faut alors, pour apprécier le véritable degré des forces, remonter aux circonstances qui ont précédé. La faiblesse réelle est presque toujours due à des causes manifestes ; elle existe chez des sujets naturellement débiles, ou débilités par des fatigues excessives du corps ou de l'esprit, par des chagrins prolongés, par la privation d'aliments, on par l'usage d'aliments peu nutritifs, par des veilles, par l'abus des jouissances. L'oppression des forces, au contraire, a lieu particulièrement chez des sujets bien constitués, dans la force de l'âge, adonnés à la bonne chère et à l'oisiveté : elle a lieu subitement, dès l'invasion, ou du moins dans la pi'emière période des maladies, tandis que la véritable faiblesse ne se montre, en général, que d'une manière progressive et communément à une époque plus avancée des affections aiguës. Un autre moyen très-propre à éclairer sur l'état des forces est l'observation des changements survenus dans l'intensité de la maladie, soit par l'effet des premiers remèdes, soit par quelques autres circonstances. Si les moyens débilitants, et particulièrement la saignée, ont produit du soulagement, si des hémorrhagies ou des évacuations alvines spontanées ont paru diminuer la faiblesse, nul doute qu'il n'y ait oppression des forces. Si, au contraire, les évacuations spontanées ou provoquées sont nuisibles, si le vin et les cordiaux ont modéré l'intensité du mal, la diminution des forces n'est pas seulement apparente, on doit la regarder comme réelle, et agir en conséquence. »
On voit que la caractéristique de cet élément morbide est que par son fond et par son essence il tient à l'augmentation des forces, tandis que par les apparences il se rapproche de la diminution ; en d'autres termes, il a la symptomatologie de la diminution des forces et présente les indications thérapeutiques de l'augmentation.
Le traitement de cet état est donc celui de l'augmentation des forces. On le commence par une saignée que l'on appelle classiquement une saignée explorative.
On pratique la saignée et on tient le doigt appliqué sur l'artère radiale pendant que le sang coule. Si, sous l'influence de l'iiémorrhagie, on sent le pouls se relever, si on voit la force revenir, les phénomènes de dépression s'atténuer, on continuera et on laisse couler largement. Si, au contraire, on voit les accidents s'aggraver et la faiblesse augmenter, on s'est trompé : il s'agissait d'une véritable diminution et non d'une oppression des forces.
Un fait clinique important à noter c'est que très-souvent l'oppression des forces est produite par l'existence d'une complication. Quand la maladie principale entraîne l'augmentation des forces, mais que, d'autre part, elle est compliquée d'une autre maladie ou seulement d'un élément morbide étranger, l'état des forces vrai sera dissimulé, larvé par la complication ; il y aura oppression des forces. L'indication capitale dans ces cas-là est de débarrasser la maladie principale de cette complication qui en fausse le tableau symptomatique et la marche. Ainsi un état saburral, bilieux, un élément intermittent peuvent, en s'ajoutant à une maladie inflammatoire, en modifier complètement l'expression et faire croire à une diminution, quand il n'y a qu'oppression de forces. Dans ce cas, un vomitif où la quinine jouerait le rôle de la saignée exploratrice et ferait apparaître la maladie avec ses caractères véritables et propres.
V. De la perversion des forces. Causes, signes et traitement. Ainsi que nous l avons dit plus haut, nous ne voulons nullement parler d'une modifica-
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tion qualitative quelconque des forces vitales : nous disons qu'il y a perversion , quand les diverses manifestations de la force vitale, quand les diverses forces agissantes sont irrégulièrement et inégalement modifiées. Dans l'exaltation ou dans la diminution des forces, le système entier est modifié dans le même sens et de la même manière ; la synergie, l'harmonie généi'ale est conservée; elle n'est qu'élevée ou abaissée de quelques tons. Dans la perversion, il n'en est plus ainsi : il y a exaltation d'un côté, diminution de l'autre, associations bizarres, distribution irrégulière des phénomènes, ataxie. C'est ce qu'exprime Cliomel dans le passage suivant : « La perversion des forces est marquée par un désordre plus ou moins manifeste dans l'ensemble ou la succession des phénomènes, que l'on regarde comme propres à en donner la mesure : c'est tantôt l'existence simultanée des symptômes qui généralement ne se montrent pas ensemble, tantôt une succession rapide de phénomènes opposés les uns aux autres, tantôt enfin un trouble sympathique dans les fonctions du système nerveux et particulièrement dans l'intelligence, les sensatious, l'expression du visage, les gestes et les mouvements. Du reste, la perversion des forces peut exister avec leur augmentation et leur diminution, comme elle peut n'être jointe ni à l'une ni à l'autre. De là la difficulté extrême de saisir les indications dans ces cas épineux et la dissidence des auteurs et des praticiens sur ce point important de la thérapeutique. »
Cet élément se rencontre tout spécialement dans les maladies qui portent une atteinte profonde sur le système nerveux : ainsi la fièvre typhoïde qui impressionne à un si haut degré cet appareil, présente souvent cet état ataxique, qui est distinct de l'adynamie, et répond spécialement h la perversion des forces. D'une manière générale, quand on voit dans ces maladies-là un symptôme s'amender brusquement, tandis que d'autres habituellement parallèles restent stationnaires ou même s'aggravent, c'est un signe de perversion des forces. C'est ce qui arrive, par exemple, quand la température s'abaisse rapidement, tandis que le pouls devient plus fréquent ; il faut se garder dans ce cas de croire à une amélioration, à une défervescence : c'est de l'ataxie, de la perversion de forces.
Ce tableau caractérise tous ces états que l'on peut appeler des fausses crises. Quand, dans le cours d'une pneumonie, une évacuation survient, une sueur abondante ou une diarrhée, et qu'il n'y a pas en même temps cette amélioration générale qui caractérise la crise, il y a fausse crise ; il y a ataxie et, au lieu d'être un bon signe, c'est un signe fâcheux. Signa judicatoria non judicantia malum. Ce sont des exemples connus de tous et qui montrent nettement l'importance clinique de cet élément.
Les causes qui facilitent ou provoquent la perversion des forces peuvent, comme toujours, tenir à l'individu ou venir de l'extérieur. Toutes les conditions antérieures qui atteignent le système nerveux et l'affaiblissent, à force de surexcitations répétées, prédisposent au développement de cet élément. Ainsi les fatigues physiques, les excès de travail, les peines morales, le tempérament nerveux, les maladies nerveuses antérieures, la nostalgie, les passions tristes, etc., sont dans ce cas. Les conditions extérieures régnent souvent en quelque sorte épidémiquement. Ainsi il y a des époques où toutes les maladies revêtent un caractère anormal, malin ; leur marche est irrégulière, ataxique. Sans qu'on pénètre la raison de la chose, on voit se multiplier les états typhiques même dans des maladies qui ne présentent pas habituellement cette complication.
.'M FORCES (tatiiologie).
Les grands fléaux, les grandes privations, les calamités publiques, etc., constituent d'excellentes conditions pour le développement de cet élément.
On voit, sans qu'il soit nécessaire d'insister davantage, que d'une manière générale les causes de la perversion des forces sont, en défaiitive, analogues aux causes de la dépression des forces. En réalité, malgré les apparences, l'ataxie se rapproche toujours beaucoup plus de la faiblesse que de l'excès de force. Quand il y a étalage bruyant de forces agissantes, il ne faut pas se laisser prendre à cet aspect extérieur et l'on découvrira toujours par derrière un fond adynamique prononcé.
Celte considération est capitale pour régler la thérapeutique de cet élément.
Nous avons dit que la forme extérieure de cet élément peut représenter tantôt l'exaltation des forces, tantôt leur diminution ; elle indiquera par suite, soit les antispasmodiques, soit les stimulants. En tout cas, comme il ne s'agit là que de la forme, il ne faut pas recourir aux moyens violents employés contre l'augmentation des forces ; les anliphlogistiques n'ont, je crois, que très-raremen leur indication ; les sédatifs eux-mêmes sont peu indiqués. Mais les antispasmodiques conviennent souvent très-bien, parce qu'ils tendent à régulariser l'action nerveuse, en même temps qu'ils la calment.
Quelle que soit, du reste, la forme présentée par cet élément, il faut, en général, associer les toniques ou les stimulants aux autres moyens. Les stimulants et les antispasmodiques ne sont pas antagonistes, comme on pourrait le croire au premier abord, les antispasmodiques calmant les forces agissantes du système nerveux exagérées, les stimulants cherchant à relever le système entier des forces et notamment les forces radicales. La liqueur d'Hoffmann, pour ne citer qu'un exemple, est à la fois stimulante et antispasmodique.
En un mot, la perversion des forces indique toujours ou presque toujours la médication tonique ou stimulante à cause de son fond adynamique. On associe les antispasmodiques à cette médication si la forme est à éréthisme; on n'ajoute rien si la forme est aussi adynamique que le fond.
Un agent qui remplit assez bien toutes ces indications et qui est, à mon sens, le véritable remède de l'ataxie, est l'eau froide. L'hydrothérapie est un moyen dont on fait ce qu'on veut, avec lequel on peut remplir les indications les plus contradictoires. Les bains tièdes prolongés constituent un des meilleurs sédatifs connus. Les affusions froides sont à la fois antispasmodiques et stimulantes ; elles ont une puissante action régulatrice sur les fonctions du système nerveux.
Quand la fièvre typhoïde, par exemple, revêt un caractère ataxique, ataxoadynamique prononcé, on peut avoir de véritables résurrections avec les affusions froides. Je ne parle pas du tout ici des bains froids et de leur action antipyrétique, c'est une action toute différente.
Quand il n'y a pas, d'autre part, de contre-indication, les affusions froides sont, pour nous, le véritable traitement de l'élément perversion des forces.
En résumé, l'état des forces est susceptible de quatre grandes modifications :
1° L'exaltation des forces (forces agissantes) peut se présenter sous deux types principaux : avec éréthisme circulatoire ou avec éréthisme nerveux. Au premier type correspondent les médications antiphlogistique et contro-stimulante, au se. coud les médications antispasmodique et sédative (stupéfiants diffusibles et fixes).
2" La diminution des forces (forces radicales et agissantes), qui indique le médications stimulante et tonique.
FORCEPS (histoire). 4'^
Les médications antiphlogistique, antispasmodique et stimulante, diffèrent respectivement des médications contro-stiniulante, sédative et tonique, en ce qu'elles ont une action plus rapide, plus superficielle et de moins longue durée.
5° L'oppression des forces (augmentation du système entier des forces avec diminution des forces agissantes), qui présente des indications initiales qui varient suivant la complication qui opprime les forces, et des indications ultérieures qui reproduisent celles de l'augmentation des forces.
4° La perversion des forces, qui, pour la forme, peut, suivant les cas, représenter l'exaltation ou la diminution des forces, mais dont le fond est presque toujours constitué par l'adjnamie. J. Grasset.
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FORCEPS. § I. Historique. H y a tout lieu de croire que le mot Forceps est dérivé de formus, chaud, et de capere, prendre (instrument propre à saisir les corps chauds). Virgile (Géorg., liv, IV, 175) met sur la scène les cyclopes, qui versant tenaci forcipe ferrum. Ovide (Métam. xii, 277) a le [errum qiiod ciirva forcipe faher eduxil. Festus emploie même le mol formucapes, comme synonyme de forcipes.
Quoi qu'il en soit, notre intention dans cette étude historique est de réserver rigoureusement le nom de Forceps à ces instruments obstétricaux, très-variables dans leur construction, dans leur figure, mais toujours disposés en forme de pinces à deux branches séparables, et constamment imaginés et mis en pratique, non-seulement pour délivrer les femmes en mal d'enfant, mais encore, quand cela se peut, pour sauver la vie du fœtus.
Limité à cette définition, le Forceps est d'une date assez récente. C'est à sa découverte si tardive, comme le fait justement remarquer le D'' Cari Schroder, qu'il faut rapporter la cause des conditions défavorables dans lesquelles s'est trouvée l'obstétrique, qui demeura si longtemps abandonnée aux mains des femmes, le secours des médecins n'étant réclamé ordinairement que dans les cas désespérés, alors que l'enfant était déjà mort ou tenu pour tel.
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Ilippocrate parle d'un compresseur, d'un écraseur, ou même d'un instrument, appelé machaire, pour arracher un foetus du sein de la mère.
Soranus d'Éphèse, qui semble avoir été contemporain de Galien, ne signale pas moins de sept instruments servant à l'embryotomie : EuSpovcu/xoç, crochet recourbé mousse; Elèpomoi^oç, scalpel pour ouvrir la tête; "oSor^-apyo., forceps denté; 'OtTrapya, forceps à briser les os, m'^apyoc, instrument pour extraire les fragments d'os ; holoKopLOLyMtpiov, couteau pointu pour perforer le ci^âue et le vider; •nocSiov crTzolvmy.ov, scalpel pour disséquer la tête.
Chose fort remarquable, Soranus se servait de deux crochets mousses simultanément, afin que la traction s'exerçât droit et non obliquement [voy. J. Pinoiï, Artis ohstetricice Sorani Ephesii doctrina... Vratislaviœ, 1841, in-8«).
Celse ( édit. de M. A. Vedrènes, Paris, 1876. in-8", lib. YII, cap. xxix) établit les préceptes pour, soit au moyen de la version cépbalique ou podalique, soit à l'aide d'un crochet, uncus, produire ce même arrachement; ce crochet était implanté dans un œil, dans une oreille, ou dans la bouche de l'enfant. On a même trouvé à Pompeï un de ces crochets que M. Yedrènes a représenté par la gravure (pL XI, fig. 5).
Aetius et Paul d'Égine (édit. de 1565, in-fol, t. II, p. 582, 790, etc.), se servaient, dans les mêmes occasions, de deux crochets, unchii cttlractorii, introduits séparément dans les organes génitaux de la femme, et qui saisissaient fortement la tête fœtale sur deux points opposés : idée première de deux mains factices auxquelles il ne manquait que l'articulation pour représenter tant bien que mal le forceps d'aujourd'hui. Ces deux auteurs parlent aussi d'un Forceps dentarium mit ossariiim, pour pratiquer l'embryotomie.
Avicenne, au xi^ siècle, dans un chapitre relatif à la manière de gouverner les parturientes qui ne peuvent pas accoucher à cause de la grosseur du fœtus, recommande, en dernière ressource, le Forceps. Il faut citer le passage tout entier : « Oportet, dit-il, ut inveniat obstetrix possibilitatem hujusmodi « fœtus, quare subtilietur in extractione ejus paulatim ; tune si valet illud in « eo bene est; et si non, liget eum cum margine panni, et trahat eum subti- (C liter valde cum quibusdam attractionibus. Quid, si illud non confert, (( administrentur Forcipes, et attrahatur cum eis; si vero non confert illud, « extrahatur cum incisione secundum quod facile sit, et regatur regimine fœtus « mortui » (Avicenne, édit. de 1608, in-fol., t. 1*^% p. 942). Il semble acquis par ce passage très-remarquable que le Forceps d'Avicenne pouvait faire obtenir un enfant vivant, puisque le médecin arabe suppose le cas où ce résultat n'a pu être obtenu, et qu'il conseille alors l'extraction en déchirant le fœtus considéré alors comme mort.
Cent ans après Avicenne, Albucasis (lib. I, cap. lxxvii) décrivait et représentait même plusieurs instruments obstétricaux : un petit foi^ceps, qu'il appelait misdach, un autre, plus grand, désigné sous le nom de almisdach; mais il est facile de voir que, si ces instruments pouvaient arracher un fœtus, ce n'était que grâce à la destruction de ce dernier (Albucasis, édit. de 1541 , in-fol., lib. 11, <iap. Lxxvn).
En 1552, Euchar. Rhodion {De partu hominis, in-12, fol. o8, v«) conseille toute espèce de drogues dans les accouchements difficiles ; ces drogues manquant leur effet, il faut, dit-il, pour arracher violemment un enfant mort, avoir recours aux crochets, aux forcipes, aux forpices, et à tout autre instrument fabriqué
fORGEPS (iiisToir.E). /tfll)
dans ce but ; ces instruments doivent être enfoncés dans un œil, dans le palais, sous le menton, sous les aisselles, etc., du fœtus.
Quelques années plus tard, A. Paré, dans sa Collection de l administration anatomique (1549, in-8°), fait graver trois crochets, dont un est une espèce de fourchetle à deux longues dents aiguës et repliées dans leur milieu ; les deux autres sont mousses, recourbes, et d'une certaine largeur. Ces trois crochets étaient destinés à retirer un enfant mort resté au passage.
Il faut arriver jusqu'à l'année 1554 pour trouver mentionné un tracteur fœtal au moyen duquel l'enfant ne soit pas nécessairement sacrifié. A cette époque, un chirurgien de Zurich, Jacques Rueff, publie son ouvrage, De conceptii et generatione hominis (Francof., 1554, in-8°; 1580, in^"), et il consacre tout un chapitre (le sixième du troisième livre) à résoudre cette question : Quomodo et quibus instrumentis impediti et morlui infantes prodiœendi. Après avoir indiqué les moyens de dilater la matrice soit avec la main, soit avec un spéculum matricis et un apertorium, qui sont représentés dans l'ouvrage, Rueff, devant l'impossibilité d'extraire le fœtus par ces simples manœuvres, propose deux instruments qu'il nomme, l'un, rostrum anatis, l'autre, Forceps longa et versa. Son rostrum anatis (bec de canne) n'est pas autre chose que cette longue pince <à mors fortement dentelés, employée autrefois dans l'opération de la taille pour saisir le calcul dans la vessie : il ne pouvait donc être employé dans les accouchements qu'à la condition de sacrifier l'enfant qu'il devait nécessairement déchirer. Mais Rueff ne perdait point de vue la possibilité d'arracher vivant un enfant enclavé, et pour cela il conseille d'employer soit le même bec de canne, dont les dents seraient enlevées, soit son Forceps longa et versa, que nous représentons ici comme étant certainement l'expression de la première idée d'un Forceps iiioffensif pour la mère et pour l'enfant. Il est malheureux que Rueff n'indique pas les dimensions réelles de l'instrument, qui n'a dans la figure qu'il en donne que 14 centimètres de longueur en tout, 7 centimètres Forceps de r.ueff (iSji). pour les cuillers, et 7 pour les manches, dimensions Réduction de moiiic de la évidemment insuffisantes pour la pratique.
Nous mentionnons aussi, comme contemporaines, les tentatives d'un chirurgien de Turrières, en Provence, nommé Pierre Franco, lequel dans son Traité des hernies (Lyon, 1561, in-8°) a représenté et expliqué dans tous ses détails ce qu'il appelle un spéculum matricis, mais qui, à le bien considérer, peut devenir un véritable tire-tête. Cet instrument représentait assez bien, sauf les dimensions, notre spéculum à trois valves d'aujourd'hui ; ces trois valves, qui avaient une longueur de dix à douze épaisseurs de doigt, pouvaient facilement s'écarter et se rapprocher les unes des autres au moyen d'une manivelle située au bas de la poignée. L'instrument, étant resserré sur lui-même, était introduit dansle vagin, jusqu'au niveau de la tête fœtale, et même dans le col utérin si la tête n'avait pas franchi cette partie ; on faisait alors agir la manivelle les valves s'écartaient considérablement, assez même pour que l'opérateur put glisser dans cet énorme écartement sa main et son avant-bras. Il tâchait alors
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avec cette main, d'amener la tête entre les valves ; la manivelle jouait, les valves se resserraient, saisissaient la tète. On exerçait des tractions sur la jioignée, et l'on s'efforçait ainsi d'amener l'enfant. Les écrivains qui se sont occupés de l'Iiistoire du Forceps n'ont pas assez insisté sur ce qu'il y avait d'ingénieux dans ce spéculum matricis de Pierre Franco ; ils n'ont vu qu'un spéculum là où il y avait un tracteur. Justice devait être rendue au chirurgien de Turrières.
Après Franco, nouveau temps d'arrêt dans l'histoire du Forceps, arrêt qui dure une centaine d'années. La version podalique fait heaucoup de progrès, mais l'on n'invente aucun tracteur destiné à retirer des enfants vivants. I)ans les cas urgents, c'est toujours aux crochets qu'on a recours, crochets qui tuent nécessairement le fœtus, et dont Yoigt a publié un curieux catalogue en 1743 ; on va même jusqu'à employer une vulgaire cuiller à pot, ou, comme cela avait lieu surtout en Franche-Comté, le crochet d'une romaine, ou peson, pour enlever une tête foetale arrachée du tronc et laissée dans la matrice (Louise Bourgeois, Observations, 1606, p. 45 ; Paul Portai, La pratique des accouchements, p. 101). Plusieurs accoucheurs, J. Fontaine, Gosme Viardel, etc., s'élèvent avec vigueur contre l'usage « horrible, exécrable, cruel, » des crochets, mais, en dehors de la main, de ce roi des instruments, comme ils disent, ils ne proposent aucun autre moyen de délivrer les malheureuses femmes. F. Rosset, dans un ouvrage devenu célèbre {Cœsarei partus assertio historiologica, 1590, in-8*),se fait, en désespoir de cause, le champion de l'hystérotomie ; Mauriceau [Malad. des femmes, 1668, in-4°), D. Fournier (L'accoMc/ieMr méthodique, 1677, in-12), Peu {La pratique des accouch., 1694, in-8°), n'ont encore pour les cas d'enclavement de la tête que des crochets de diverses formes ; le second de ces trois accoucheurs invente même une horrible tenette dentelée comme la mâchoire d'un requin, pour retirer une tête laissée dans l'utérus. Le tire-tête de Mauriceau ne se compose encore que de deux plaques rondes montées sur une lige ; lorsque l'une de ces plaques est entrée dans l'ouverture faite au crâne fœtal, on approche la seconde plaque de la première au moyen d'une vis; on saisit aussi solidement que possible toutes les parties comprises entre les deux plaques, et en tirant à soi on termine l'opération, mais c'est toujours en sacrifiant la vie de l'enfant. Mauriceau, plus tard imité par Amand, propose encore une bande de linge fendue dans son milieu, que l'on fait glisser sur la tête de l'enfant qui se présente dans les cas où les douleurs ne peuvent le pousser dehors. A"a-t-on pas vu Saviard, en 1702, ouvrir la tête d'un enfant qui se présentait au passage, le croyant mort, terminer l'accouchement avec le crochet, et avoir la douleur d'entendre crier le petit être, tout blessé qu'il était, et quoiqu'il fût sorti plus gros qu'un œuf de la pulpe cérébrale ? (Saviard, Observations, p. 367.) Dionis, en 1718 {Traité cjén. des accouch., in-8°, liv. III, chap. 14, 26), déclare que la science ne possède que trois moyens de tirer un enfant de force : le crochet, l'extraction de la pulpe cérébrale du fœtus, le tire-tête ; il donne aussi le dessin de ces insti'uments, mais il ne mentionne même pas quelque chose qui ressemble à un forceps.
Quant à des moyens mécaniques propres à sauvegarder à la fois la mère et l'enfant, on n'en rencontre à peu près point à ces époques où, cependant, la science de l'obstétrique faisait parler d'elle. La perforation du crâne, l'extraction de reniant avec des crochets ou avec des tenailles, forcipes, forpices, généralement armées de dents aiguës, voilà, à part deux ou trois tentatives plus
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ingénieuses, plus clignes de respect que réellement utiles, les seules ressources auxquelles, jusqu'à la fin du \\f siècle on eut recours pour arracher un enfant, mort ou vivant, dont la tète était enclavée entre les os du bassin.
C'est ici que nous devons placer l'histoire des Chamberlen, histoire peu recommandable pour ceux qui en furent les héros, et dans laquelle ou voit avec un sentiment de dégoût des médecins possesseurs certainement d'une raélhodo profitable à l'humanité tenir en secret cette méthode, laquelle devient alors le sujet d'un trafic honteux comparable à celui d'un marchand de suit et d'épiceries.
Les Chamberlen, Anglais, ont été de père en fils et en petits-fils des chirur giens-accoucheurs, comme la lignée française des Colot a été litholomiste. Le premier, Pierre Chamberlen, qui naquit le 8 mai 1601 et mourut le 20 décembre 1683, était docteur de Padoue, d'Oxford et de Cambridge, médecin ordinaire de trois rois et reines d'Angleterre. Il fut, dit-on, ingénieux, inconstant, original, et fit beaucoup parler de lui. 11 sollicita et obtint l'autorisation d'établir une école particulière de sages-femmes, et projeta un établissement de bains publics. Il obtint des brevets pour avoir fait aux vaisseaux des voiles pouvant servir même avec les vents contraires, pour avoir perfectionné des voitures, des bains et des étuves, pour avoir amélioré l'écriture et la peinture, pour avoir représenté mieux qu'on ne l'avait fait les organes de la vue et de l'ouïe. Ce serait ce Pierre Chamberlen qui serait l'inventeur du forceps dont il aurait transmis la connaissance à trois de ses fils, liugh, Paul et Francers, qui se livrèrent pareillement à la pratique des accouchements.
Ce Ilugh Chamberlen va nous fournir des détails intéressants. Nous le voyons en 1670 à Paris, oi^i il était venu de Londres dans l'espérance d'y faire fortune, faisant courir le bruit qu'il avait un secret. Le hasard voulut que Mauriceau, alors dans toute la plénitude de sa réputation, eut sous ses soins une femme de trente-huit ans, qui était en mal d'enfant depuis huit jours, et qu'il fut obligé d'abandonner, ne voulant pas la soumettre à l'opération césarienne. L'accoucheur anglais se fit fort de délivrer la malheureuse en un demi-quart d'heure, quelque difficulté qu'il put rencontrer. « Pour quoi faire il se mit aussitôt en besogne, et au lieu d'un demi-quart d'heure il y travailla durant plus de trois heures sans discontinuer que pour reprendre haleine. Mais ayant épuisé inutilement toutes ses forces, aussi bien que toute son industrie, et voyant que la pauvre femme était prête d'expirer entre ses mains, il fut contraint d'y renoncer... Elle mourut avec son enfant dans le ventre vingt-quatre heures après, la matrice ayant été toute déchirée et percée en plusieurs endroits par les instruments dont ce médecin s'était servi aveuglément sans la conduite de la main... Néanmoins ce médecin était venu d'Angleterre à Paris depuis six mois dans l'espérance d'y faire fortune,, i 11 avait même proposé à M. le premier médecin du roi que, si on voulait lui donner 10 000 écus de récompense, il communiquerait son prétendu secret. Mais la seule expérience de ce fâcheux accouchement le dégoûta tellement de ce pays-ci, qu'il s'en relourna peu de jours ensuite en Angleterre. Mais avant que de partir pour Londres il me rendit visite chez moi pour me faire compliment sur le livre des accouchements que j'avais donné au public depuis deux ans. 11 s'en retourna dès le lendemain, emportant ua evemphure de mon livre qu'il traduisit eu 1672... L'extraordinaire difficulté qui se rencontra en cet accouchement m'a fait inventer un instrument auquel j'ai donné le nom de tlrelesle, lour son usage, qui est incompa-
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rablement plus commode que celui des crochets... » (Mauriceau, Observations sur la grossesse. Paris, 1694, in4°, observ. xxvi, p. 25). De retour à Londres, Hu"li Chamberlen donna en effet au public sa traduction du livre de Mai^riceau, sous ce titre : The diseuses of ivomen with child and in child-hed. Lond., 1672, in-S". Il y a dans la préface du traducteur un passage qu'il faut, à notre tour, rendre en français :
« Dans le xvii« chapitre, mon auteur (Mauriceau) justifie la pratique qui consiste à saisir avec des crochets la tète d'un enfant lorsque sous l'influence de quelque difficulté ou disproportion cet enfant ne peut passer : pratique que j'avoue être celle des plus expérimentés accoucheurs, non-seulement de l'Angleterre, mais encore de toute l'Europe... De là ce proverbe que « sur un homme qui vient au monde il y en- a un ou deux qui meurent nécessairement » . De là aussi la nécessité d'attendre que l'enfant soit mort ou que la mort soit imminente. Mais je ne peux approuver ni cette pratique ni ces délais, parce que mon père, mes frères et moi-même (et pas autre, à ce que je sache, en Europe), avons, par la grâce de Dieu, et par notre industrie, imaginé et longtemps mis en pratique une manière (a ivay) de délivrer les femmes dans ce cas, sans préjudice pour elles ou pour leurs enfants, les autres accoucheurs étant obligés, ne possédant pas un tel expédient, d'employer la manière ordinaire, c'est-à-dire de mettre en danger, sinon de détruire, la mère et l'enfant avec les crochets. Au moyen de cette opération manuelle [manual opération) un travail peut être terminé (sans la moindre difficulté) avec peu de douleurs, plus vite, avec grand avantage, et sans danger pour l'enfant et pour la mère... Dans le xv« chapitre, mon auteur pi^opose, pour extraire une tête, d'introduire dans la matrice un instrument piquant, opération dangereuse, et qui peut être beaucoup mieux faite avec notre précédé [Art) sus-mentionné... Que l'on me permette maintenant de dire pourquoi je ne fais pas connaître le procédé que nous avons d'extraire les enfants sans crochets, là oii les autres accoucheurs les emploient. En effet, mon père et mes deux frères étant encore vivants, je ne peux estimer cette pratique et cet art comme m 'appartenant, ni en disposer ni les publier sans leur faire tort. Je pense n'avoir pas été sans utilité à mes concitoyens en les avertissant seulement que les trois personnes sus-mentionnées de ma famille et moi-même pouvons les aider dans ces extrémités avec une plus grande sûreté que d'autres. »
De ma maison d'Essex Buildings,
Hugh Chamberlen.
En l'année 1695, nous trouvons Hugh Chamberlen, toujours inconstant, toujours nomade, à Amsterdam, s'y lier d'amitié avec un accoucheur fameux de l'endroit, Roger Roonhuysen, et communiquer à ce dernier son fameux secret, « son opération manuelle... «
Mais avant de raconter les choses singulières qui se passèrent à Amsterdam, il paraît nécessaire, pour la clarté de l'exposition, de nous maintenir un instant en Angleterre, et de dire ce qu'était ce secret si âprement tenu par Chamberlen.
Dévoilons tout d'abord une trouvaille inattendue, remarquable, faite en 1818, dans une vieille 'maison de Woodham Mortimer-Ilall, près de Malden (comté d'Essex), maison qui avait été achetée par Pierre Chamberlen, peu de temps avant l'année 1633, qui, depuis cette époque jusqu'en 1715, avait toujours été occupée par cette famille d'accoucheurs, mais qui, à cette heure, appartenait à un mar-
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cliand de vin. Donc, en 1818, le docteur H. H. Cansardine découvrit dans cette maison, au fond d'une armoire, et avec plusieurs lettres adressées aux Chamlierlen, des instruments obstétricaux qu'il assure avoir été ceux de Pierre Chamberlen; il y avait là des crochets, des filets, des leviers, et quatre modèles de forceps"' (voir : Medico-chirurgic. Transactions, t. IX, 1818, p. 181). Tous cesforceps avaient leurs cuillers fenêtrées, et la jonction des branches était semblable à celle de vulgaires ciseaux; l'un d'eux n'avait pas moins de 12 pouces de longueur-, un autre était un forceps qu'on reconnaissait bien n'avoir pas été terminé par l'ouvrier, quel qu'il fût, qui s'en était charge ; un troisième était un curieux échantillon d'entreprise faite pour trouver un mode de jonction telle qu'on put à volonté séparer les deux branches l'une de l'autre. Quinze ans après ces mêmes instruments, qui étaient devenus une des curiosités du musée de la Société médico-chn^uriiicale de Londres, étaient de nouveau étudiés par Rigby, qui les faisait dessiner, et qui soutenait, lui aussi, que c'étaient bien là les instruments obstétricaux inventés et mis en usage par les Chamberlen [Tlié Edinh. Med. and Surg. Journal, t. XL, 1835, p. 559). Kilian, en 1856, n'a pas hésité non plus à leur donner cette origine, et dans son Armamentarium Lucince il a représenté trois modèles de forceps chamberleniens. En voici un :
Quelles que soient les allures quelque peu romanesques de cette trouvaille, il faut reconnaître que cette dernière, signée de deux hommes comme Cansardine et Rigby, mérite toute créance. D'ailleurs les faits qu'elle dévoile se trouvent corroborés par des documents d' une grande valeur et qui prouvent sans conteste, à notre sens, que les Chamberlen, ennemis jurés des crochets aigus, et de toute autre espèce d'instruments détruisant nécessairement l'enfant, ont eu les premiers l'idée d'employer concurremment deux crochets mousses, crochets qu'ils ont ensuite modifiés, qu'ils ont réunis par une charnière, de manière à en former un instrument en forme de pince, un véritable forceps. Car, il faut bien le remarquer, le forceps proprement dit a pour père le crochet ; ce crochet fut d'abord aigu et tranchant, il était destiné à arracher violemment l'enfant, et n'était qu'un instrument d'embryotomie ; puis, des accoucheurs, dans l'espérance de pouvoir, avec ces mêmes crochets, obtenir un enfant vivant, les ont rendus mousses et obtus, ils leur ont souvent donné la forme d'une large spatule ; ils ont même fini par fenêtrer la partie élargie de cette spatule; mais, voyant bien qu'avec un seul crochet ils ne pouvaient attirer la tête fœtale, qu'ils ne faisaient que repousser sur les côtés, ils en ont employé deux concurremment; ils les ont plus tard assujettis au moyen d'un ruban enroulé autour des manches; enfin, ils ont inventé plusieurs modes de jonction des deux crochets, jonction primitivement fixe, plus tard mobile, afin de pouvoir introduire chaque crochet séparément, pour les articuler ensuite lorsqu'ils étaient en [)lace. Il est à croire que voilà la série des tentatives par lesquelles sont passés les Chamberlen avant de parvenir aux modèles les plus parfaits qu'on a trouvés dans la maison de Woodham. Leur [secret, tant bien gardé qu'il eût été, n'a pas manqué de transpirer au dehors ; ils avaient le soin, il est vrai, d'opérer loin de tout œil médical; mais il y avait les assistants, les parents, la patiente ellemême, qui ont dû saisir quelque chose du moyen employé pour la délivrance, et qui n'ont pas manqué d'en dire quelque chose aux voisins, et peut-être à
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des médecins que la réputation colossale que les Cliamberlen s'étaient acquise rendaient jaloux, et qui étaient avides de connaître ce fameux secret d'accoucher.
Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'à l'époque même où vivaient les Cliamberlen, d'autres praticiens faisaient aussi usage du forceps. Tel est un accoucheur anglais, du nom de Drinkwater, qui exerçait dans la ville de Brentford en 1G68, et qui mourut en 1728. Johnson {A new System of Midwlfertj, Lond., 1769, in- 4°) déclare avoir en sa possession un forceps ayant appartenu à ce même Dj inkwater, forceps fort analogue à ceux de Cliapman et de Giffard, sauf que les crochets des branches étaient tournés en dehors, au lieu de l'être en dedans. Tel est encore Corneille vanSolingen, chirurgien à La Haye, que Daller (B/fc/. chir., t. I, p. 412) nous représente comme fabricant lui-même ses instruments de chirurgie, et ([ui dans son œuvi'e, Embryulcia, publié en 1673, parle de forceps pour extraire le fœtus, sans donner ici la forme ni les usages de l'instrument. Tel est, enlln, J. Adrien Slevogt, professeur à léna, et qui mentionne (1709) un forceps dont il se servait [Slevogt. De instrumentis Hippocratis chirurgicis hodle ùjnoratis) . ie sais bien que plusieurs écrivains, même parmi les modernes, ont nié que les Chamberlen fussent les véritables inventeurs du forceps, et nous verrons tout à l'heure que les Hollandais ont revendiqué cette gloire au profit d'un de leurs compatriotes. Exton, en 1752 [A new and gênerai System of Midwifery, în-8°), va jusqu'à prétendre que la méthode, « l'opération manuelle» des Chamberlen, ne consistait que dans une manière particulière de faire la version, opération assez peu répandue en Angleterre au xvii'^ siècle; mais cette interprétation tombe d'elle-même lorsqu'on se reporte au xvii^ chapitre de la traduction que fit, en 1672, Hugh Chamberlen, du traité des accouchements de Mauriceau. Ce chapitre est intitulé : De la manière de tirer un enfant, lorsquil est trop volumineux ou que les passages nesontpcis suffisamment larges; et là, sous forme de note, le traducteur écrit ceci : « Ce chapitre pourrait bien être omis, si tous les praticiens possédaient l'art, auquel le traducteur a fait allusion dans sa préface, de tirer l'enfant sans crochets ni version » [ivitliout Hooks or Turning it). Donc sa méthode n'était pas la version. D'un autre côté, Groenevelt {Tutus caniharidarum in medicina nsus internus, 2* cdit., Lond., 1705, in-12. Historia nona, p. 128) assure que, le 17 septembre 1697, Hugh Chamberlen se servit, pour extraire un enfant, de son spéculum matricis; le spéculum matricis, c'était évidemment le forceps.
On peut dire qu'à cette époque la question d'un tracteur propre à délivrer les malheureuses femmes était, en quelque sorte, dans l'air, et qu'elle préoccupait tous les esprits. Nous allons la suivre en Hollande. Jean Palfyn en fut le plus digne interprète. Né à Courtrai, le 28 novembre 1650, et mort à Gand, le 21 avril 1730, cet habile chirurgien-accoucheur fit, vers l'année 1716, ce qu'avait fait Hugh Chamberlen cinquante ans auparavant : il vint à Paris, non-seulement pour y faire imprimer un ouvrage de sa composition, mais encore pour soumettre à l'examen de l'Académie des sciences un forceps de son invention. La I\k)tte raconte le fait en ces termes : « Je rendray un bon et fidèle compte du secours des tenettes, si par malheur l'occasion se présente de mettre cet instrument en pratique, ce que je crains autant queje le souhaite peu, par la raison que je suis loin de me faire un secret de ces instruments, de la manière que fit un certain chirurgien de Gand, qui vint il y a quelques années à Paris proposer au chef de l'Académie des sciences certain instrument de fer, au moyen duquel
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il se vantait d'accoucher toutes les femmes auxquelles la tête de leur enfant serait avrèlée, prise ou enclavée au passage, sans leur causer aucun préjudice. L'un deMiM. les maîtres chirurgiens, qui avait été chargé d'examiner cet instrument afin de donner son avis, me fit l'honneur de me demander ce que j'en pensais, sans me dire autre chose sur l'instrument, parce que c'était à condition qu'il ne donnerait à personne la connaissance de sa structure ; je ne balancay pas à assurer cet ami que la chose proposée à l'égard d'un instrument de quelque structure qu'il put être était autant impossible que celle de faire passer un câble par le trou d'une aiguille » (La Motte, Traité complet des accouchements, 17!2i, in-4°,p. 885).
Dieu merci ! la condamnation absolue prononcée par La Motte contre toute espèce de tracteur obstétrical ne devait pas être ratifiée par la postérité.
Vingt-six ans plus tard, Levret [Observât, sur la cause et les accidents de plusieurs accouch. laborieux; Pains, 1747, in-8°, p. 81) rappelait, lui aussi, le voyage de Palfyn à Paris, et il pouvait examiner l'instrument proposé par ce dernier. 11 fuit très-bien remarquer que Pallyn avait pu puiser l'idée de son invention dans la figure des crochets mousses à large prise, dans le crochet ou cuiller d'Amb. Paré, mais qu'une seule cuiller étant insuffisante pour attirer une tête enclavée, l'accoucheur de Gand a eu le talent de voir qu'il fallait se servir de deux cuillers, afin que la seconde fût un point d'appui à la première, et celle-ci réciproquement à celle-là. Enfin Levret ajoute qu'un chirurgien d'Ypres, nommé Gilles Ledoux, après avoir introduit les deux cuillers de Palfyn l'une après l'autre dans la matrice, aux deux côtés de la tète de l'enfant, en assujettissait les manches avec un ruban pour tirer la tête ; puis que « quelqu'un » imagina un petit crocbet mobile qui était enfilé transversalement à une de ses extrémités, par la tige d'une des deux cuillers, pour qu'après les avoir introduites toutes deux séparément et après les avoir rapprochées l'une de l'autre on pût, par ce moyen, les joindre ensemble, pour avoir une sorte de point d'appui plus solide, quoique par une jonction ambulante, puisque par le mouvement de ce crochet elles pouvaient se trouver à différents points.
11 est certain que Levret, en attribuant à Ledoux le raban qui enroulait les manches des mains de Palfyn et en désignant sous cette qualification « quelqu'un » celui qui imagina le crochet mobile destiné à bien maintenir les deux branches ensemble, n'avait pas lu Ileister, car autrement il eût rendu à ce grand chirurgien la justice à laquelle il a droit.
Ce fut, en effet, Laurent Heister, professeur à Altdorf et à Helmstadt, qui eut cette lumineuse idée. On en jugera par l'extrait suivant de ses Institutions de chirurgie, dont la première édition en langue allemande est de l'année 1718, et la première édition latine de 1759. Je n'ai pas pu voir l'édition allemande, dans laquelle très-probablement se trouve aussi consigné ce que nous allons rapporter, et qu'on trouve dans l'édition latine. 11 serait bien à désirer que la comparaison pCit être faite, car dans une question historique de cette importance une différence de vingt et un ans n'est pas à dédaigner. Quoi qu'il en soit, voici ce qu'écrit Heister ; nous choisissons la traduction qu'en a donnée Paul en 1770 (Avignon, in-^"):
« L'inutilité de tous les moyens qu'on a mis en usage pour favoriser l'accouchement... est sans doute ce qui a engagé Palfyn, célèbre chirurgien de Gand, avec qui j'ai vécu autrefois amicalement en Hollande, à imaginer une espèce d'instrument à deux branches, dont chacune est terminée par une espèce de cuiller
506 FORCEPS (uistoire).
lisse et évase'e, lesquelles branches, e'tant appliquées à chaque côté de la tète de l'enfant, peuvent servir à le tirer sans qu'on ait à craindre de le déchirer ou de lui causer quelque dommage considérable. Du reste, Palfyn, ainsi que me l'a rapporté l'ami de qui je tiens l'instrument, car celui-ci n'a rien imprimé, que je sache, sur cette matière, veut qu'on en fasse principalement usage lorsque l'enfant est encore en vie, ou qu'on n'a pas, du moins, une certitude entière de sa mort... Je me suis servi dans ces occasions du forceps de Palfyn, mais c'a été sans succès; si on ne comprime que doucement la tête avec cet instrument, l'enfant qu'on a faiblement saisi n'obéit pas aux efforts qu'on fait pour le tirer ; et si on le presse avec plus de force, il esta craindre qu'on ne l'écrase... Instruit de cela par l'expérience, je tâchai de corriger V instrument en unissant les deux branches par une virole mobile, afin quil pût embrasser plus efficacement la tête de l" enfant; mais, malgré cette correction, je n'ai pas mieux réussi : on n'a donc souvent d'autre parti à prendre dans cette fâcheuse circonstance que l'opération césarienne, ou de tirer l'enfant, mort ou vivant, pour sauver la mère, avec les crochets tranchants... Du reste, il y a longtemps, comme je viens de le dire, que j'ai conseillé d'unir les deux branches par le moyen d'un axe mobile, ou en les liant fortement ensemble, afin qu'elles puissent embrasser et retenir plus solidement la tète de part et d'autre, et être moins exposées à glisser. Je vois que mon avis a été du goût de bien des gens, puisqu'il a été suivi par plusieurs accoucheurs, qui, en joignant les deux crochets obtus à l'aide d'un axe ou d'un lien, leur ont donné la forme d'un forceps ou d'une pince avec laquelle ils sont parvenus à tirer non-seulement des entants morts, dont la tête était étroitement enclavée dans le bassin, mais encore des enfants vivants, comme l'attestent Chapman, Giffard, Boelimer et les Essais d'Edimbourg » (L. Heister, Institut, de chirurgie; iraà. de Paul, Avignon, 1770, in4°, t. 11, p. 450 et 449). Il résulte de cet extrait : 1° que L. Heister, en 1759, ne connaissait pas les instruments des Ghamberlen, il n'y fait pas allusion une seule fois, tandis qu'il parle des forceps de Chapman, de Boehmer, qui sont très-postérieurs aux premiers de ces accoucheurs; 2° qu'il attribue la gloire à Palfyn d'avoir eu l'idée de l'emploi simultané de deux crochets à large prise (cuillers) ; 5° que c'est lui, Heister, qui a imaginé ou de ficeler solidement ces deux cuillers, ou de les réunir au moyen d'une virole mobile.
Heister enrichit même son ouvrage du dessin de l'une des cuillers de Palfyn (pl.XXXllI, fig. 16), en déclarant que la figure qu'il en donne est la réduction de la moitié de l'instrument, ce qui porterait la longueur réelle de ce dernier à 28,4 centimètres. A notre tour, nous donnons ici la figure, non plus d'une cuiller isolée de Palfyn, mais de deux cuillers rapprochées l'une de l'autre, et telles que les employait l'accoucheur de Gand. Puis en regard nous mettons ces mêmes cuillers, cette fois attachées avec un hen, ou réunies au moyen d'une virole mobile, telles, enfin, que Heister dit les avoir imaginées et employées... en vain.
Mais revenons à Ilugh Ghamberlen, qui était, comme nous l'avons déjà dit, en 1695 à Amsterdam, s'y liant d'amitié avec Roger Roonhuysen, et communiquant à ce dernier son secret. Cette histoire du forceps en Hollande est fort embrouillée, et a donné lieu à bien des commentaires. Une chose reste certaine, c'est que Pioger Roonhuysen, une fois dépositaire de la méthode, quelle qu'elle fût, de Ghamberlen, pour faciliter les accouchements laborieux, la tint aussi soigneusement cachée, « opérant sous la couverture, » et en fit le sujet de conventions
FORCEPS (histoire). 507
fort régulières dans le fond, mais peu avouables dans leur esprit, organisant sur elle comme une maison de commerce, laquelle fat tenue successivement et pendant soixante ans : 1° de 1695 à 1709, par Roonhuysen, Fréd. Piuysch, que l'on regrette de voir dans cette déplorable alliance, et Corn. Boelkman; 2" du
Cuillers de Palfyn.
1" mode de jonction (Heister). 2" mode de jonction (Heister).
21 mars 1709 à 1720, par André Boelkman, Jean de Bruin et Pierre Plaatman ; o" de 1721 à 1735, par Albert Titsing, Régnier Boom, Pierre Plaatman jeune, Barthélémy de Moor, médecin à Gand, et T. Trochin, inspecteur du Collège de médecine de cette dernière ville; 4° de 1755 à 1753, par Jacques Van Dieden, chirurgien d'Utrecht, Abraham Porjeere, d'Amsterdam, Paul de Wind, médecin à Magdebourg, et Gérard de Wind, qui exerçait à Amsterdam.
L'impudence de ces associations était telle, que par l'influence des membres qui les composaient une loi fut promulguée à Amsterdam (21 janvier 1747), qui défendait la pratique des accouchements à quiconque n'y aurait pas été spécialement autorisé par un examen préalable fait en présence de ces Roonhuysiens, et n'aurait pas acheté de ces derniers le fameux secret.
C'est dans ces. conditions-là que vint s'établir à Amsterdam un chirurgien accoucheur nommé Pierre Rathlav^, lequel, pour pouvoir pratiquer sans entraves, dut se soumettre à la loi et subir un examen: mais il en fut impitoyablement rejeté, n'ayant pas voulu subir la condition imposée à tout récipiendaire, savoir l'achat du secret, considétant comme absolument ridicule qu'on eût refusé de le recevoir sous un prétexte de cette nature, et jugeant impossible d'établir un instrument dont l'usage fut si certain, si général et si nécessaire, que personne ne put être accoucheur sans en avoir la connaissance. Rathlaw, du reste, pouvait, paraît-il, fort bien s'éviter cette dépense, car non-seulement il avait inventé un merveilleux tracteur qu'il avait fait fabriquer à Paris, en 1752, mais, de plus, une heureuse circonstance lui avait fait découvrir le secret de Roonhuysen. Voici comment :
Un jour que Rathlaw était plongé dans les sombres réflexions sur la situation que lui avaient faite les chirurgiens d'Amsterdam en le refusant à la Licence, il écrivit à son ami Velsen, médecin à La Haye, et lui conta ses peines. Velsen répondit à son perplexe correspondant, lui insinuant que lui, Velsen, connaissait le secret de Roonhuysen ; ce secret, il le tenait d'un certain Van der Swam, qui demeurait en 1697 chez Roger Pioonhuysen, et qui, en qualité de son plus
FORCEPS (histoire;
ancien disciple, était si avant dans ses bonnes grâces, qu'il lui avait promis de lui enseigner l'art d'accoucher ; mais Roonhuysen n'en fit rien, et Yan der Swara en fut réduit à la douleur d'entendre partout parler de l'instrument de son maître et de constater que ce dernier, pour dépister les curieux, avait le soin de ne jamais opérer que sous la couverture les femmes en mal d'enfant. Enfin, un jour, jour trois fois heureux, Roonhuysen revenait d'aider une femme de son ministère, lorsqu'un bourgmestre d'Amsterdam vint pour lui parler; fort embarrassé, l'accoucheur, qui tenait' encore à la main l'étui qui renfermait ses instruments, alla bien vite cacher ce dernier dans une autre partie de sa maison. Aussitôt notre curieux Van der Swam se glisse vers le précieux étui, il l'ouvre, et trouve l'objet tant désiré, dont il s'empresse de prendre le dessin. Et Ralhlaw de nous donner et ce forceps de Roonhuysen et le forceps que lui-même avait fait fabriquer à Paris en 1752.
Tire-tèle de Ratlilaw, fabriqué à Paris en 1752.
Tire- tête que Ratlilaw assure être celui dont se servait Roonliuysen.
Ces détails sont puisés dans une brochure que Rathlaw publia l'année même de son exclusion par les Roonhuysiens d'Amsterdam, et qui porte ce titre : Bet herugt gehehn in de Vroedkimde van Rogier Roonhuysen ontdekl en nitgegeven of hooge order. Door Jeau-Pieter Ralhlawo. (Le fameux secret dans les accouchements, de Roger Roonhuysen, découvert et publié par ordre souverain. Par Jean-Pierre Rathlaw.) Amsterdam, 1747, in-S".
On devine l'irritation, la colère des accoucheurs d'Amsterdam, qui se disaient les gardiens du secret de Roonhuysen, et qui prétendirent que l'instrument décrit par Rathlaw n'était point du tout celui de Roonhuysen. Ils répondirent à leur antagoniste par cette publication :
Klaare bewyzen dat het geheim in de Vroedkunde van Roger Roonhuysen ontdekl en uitgegeven door J.-P. Rathlaw, volstrekt vais en het instrument daar in afgeheelt, in ordinaire gevallen absolut onnut, en in de moegelyksfte Raringen ten nitersten gevaarlyk voor de moeder en doodehjk voors kind is. (Claire démonstration que le secret de Roger Roonhuysen, découvert et publié par J.-P. Rathlaw, est complètement faux, et que l'instrumenl tel qu'il l'a
FOUCEPS (histoire). 509
figuré est pour l'ordinaire absolument inutile, pernicieux dans les couches pénibles, tant pour la mère que pour l'enfant.) Amsterdam, 1747, in-8".
Réplique de Rathlaw, qui s'efforce de démontrer que l'instrument si opinément découvert par Van der Swam est bien celui de Roonhuysen : Rejjlicq dat is ontwyfelbaare egfheid en veilig beil van het geheim van R. Roonhuysen, op liooge order doorJ. P. Rathlaw, tegen het lasters chnft van de vyf Heeren Vroedmeesters geintituleert, klaare bewyzen. (Réponse par laquelle on prouve, d'une manière non douteuse, l'exactitude du secret de R. Roonhuysen, tel qu'il a été rendu public, par ordre^supérieur, par J.-P. Rathlaw, contre la pièce intitulée : Claire démonstration, etc.) Amsterdam, 1747, in-S».
Silence, alors, de part et d'autre.
Mais voici que Jean de Bruin, qui avait été l'élève de Roonhuysen et qui avait fait partie de la deuxième société d'exploitation, confie, en mourant (23 janvier 1755), ce qu'il appelle le secret de son ancien maître, à sa fdle Gertrude de Bruin, qui avait été mariée à Thomas de lleide, également accoucheur; et les deux époux s'empressent, moyennant finances, de le céder à Jacques de Visscher et à Hugues Yan de Poil, médecins d'Amsterdam. On devine l'impa-
Levier attribué à Roonhuysen.
Levier de Boom.
Levier de Titsing.
tience de ces derniers à fouiller dans V Armamentarium Lucinœ de Jean de Bruin; ils ouvrent fiévreusement les étuis qui cachaient à tous les regards le fameux secret, et parmi un certain nombre d'instruments obstétricaux ils en trouvent quatre à peu près semblables, dont Jean de Bruin se servait pour désenclaver une tête fœtale; ils en dessinent d'abord un, et le font connaître par la voie de la presse ; puis, l'année suivante, ils en font autant à l'égard de deux autres ; le premier, en le désignant comme ayant été l'instrument primitif de Roonhuysen, les deux autres comme ayant été ceux de Régnier Boom et de Titsing, qui avaient fait partie, on se le rappelle, delà troisième association. Or, les trois instruments signalés comme Roonhuysiens ne sont pas du tout le forceps désigné par Rathlaw comme étant l'instrument primitif de Roonhuysen; ce n'était mcme pas un forceps proprement dit, c'est-à-dire une sorte de pince, mais tout simplement, soit un levier en fer, de 15 centimètres 1/2 de long, lai'ge de 2 centimètres environ, droit au milieu, mais se courbant insensiblement vers les extrémités, et garni de cuir; soit une espèce de spatule non fenêtrée.
510 FORCEPS (iustoire).
Nous ne savons au juste comment se termina cette guerre, ce figulinum hélium, comme l'appelle Rœderer, qui mit en émoi toute la Hollande médicale. Ce qu"il y a de sur, c'est que Ralhlaw repassait en France vers l'année 178o, et profitait de ce séjour à Paris pour présenter à de Breteuil, alors ministre, son forceps, qu'il dit être sa propre découverte, et pour la divulgation duquel il demande la bagatelle de trois cent mille livres. Ce n'était pas chose facile à un étran<Ter de rédiger en bon français une requête à un ministre. Aussi chargeat-il de ce soin un sieur Duderé la Borde, ancien sous-lieutenant au corps des grenadiers de France. La demande fut, comme bien on le pense, rejetée, et Ratblaw mourut quelque temps après, laissant son secret audit Duderé la Borde, qui prend le parti de l'exploiter. On a de ce personnage une pétition imprimée qu'il adressait le 20 décembre 1791 à l'Assemblée législative, offrant à cette dernière de foire connaître, moyennant récompense, l'instrument de Ratblaw, instrument ou parturateur, dit-il, qui n'est point en fer, qui ne ressemble point au morceau de fer, au levier de Jean de Bruin, et qu'on peut employer dans tous les cas où le forceps est mis en usage pour désenclaver la tête. Ce parturateur pouvait bien, en effet, passer aux yeux des profanes pour n'être point en fer, puisque le fer, qui en formait l'élément essentiel, était soigneusement recouvert d'une chemise de cuir (voy. ; Pétition du citoyen L. P. Duderé la Borde, ancien sous-lieutenant au corps des grenadiers de France, à la Convention nationale, sur la nécessité de substituer à Vusage du fer, dans le plus grand nombre des accouchements difficiles, une méthode particulière d'accoucher, qui nest nullement meurtrière. Paris, 1792, in-8^ de 8 pages).
Ajoutons que l'année même où Ratblaw faisait tant de bruit en dévoilant ce qu'il appelait le forceps de Roonhuysen, son compatriote, Jean-Daniel Scblichting, donnait, dans son Embryulcia détecta, publié à Amsterdam (1747, in-S"), le dessin d'un instrument à peu près semblable a celui de Ratblaw, et qu'il avait vu chez Guillaume Utevens, lequel le tenait lui-même de Bréderade,' élève de Frédéric Piuvscb. Ce forceps, ainsi dévoilé par Scblichting, Heister a eu le soin d'en donner la figure dans sa seconde édition latine (174f7, in-4°, pi. XL), en déclarant que Scblichting est le premier qui ait fait part de cet instrument, dont jusqu'ici on avait fait mystère. Heister ne connaissait pas alors les publications de Ratblaw, qui datent cependant de la même année.
Telle est exposée rapidement l'histoire du forceps en Hollande, histoire qui paraît être empruntée à un roman, et qui est pourtant de la plus scrupuleuse exactitude. On se demande alors :
Si la barre de fer produite en 1755 comme le levier de Roonhuysen est bien le même instrument que ce dernier reçut de Chamberlen en 1693.
Si cette même barre est l'instrument que de Bruin reçut de Roonhuysen, et qu'il fit connaître en mourant à sa fille Gertrude, laquelle en vendit le secret à de Visscher et à Van de Poil.
On a dit que Chamberlen, pour mieux cacher son secret, avait donné un instrument différent à chacun des médecins allemands, Roonhuysen, Ruysch et Bokelman, qui constituèrent la première association. Mais cette supposition n'est guère admissible, puisque nous voyons Scblichting publier la description d'un instrument qu'il avait reçu d'un élève de Ruysch, et qui correspond presque exactement au forceps que Ratblaw reçut d'un élève de Roonhuysen, de sorte, évidemment, que Ruysch et Roonhuysen out dû posséder un même instrument,
FORCKPS (histoire). 511
un véritable forceps. D'un autre côté, Titsing, dont le nom fut donné à la spatule ou levier, assure (d'après Haller) que Uoonliuysen faisait usage de deux cuillers en corne qu'il appliquait de chaque côté de la tète. II est clair alors que, toutes les fois que nous trouvons l'instrument décrit comme celui actuellement en possession de Roonliuyscn, cet instrument est une espèce de forceps, et il est probable que les cuillers en corne mentionnées par Titsing n'étaient rien autre chose qu'une tentative faite par Roonhuysen d'améliorer un instrument que lui avait confié ou vendu Chamberlen. Pour nous résumer, nous croyons :
1° Que les instruments obstétricaux trouvés en 1818 à Woodham, dans le vieux manoir des Chamberlen, sont ceux que ces accoucheurs ont imaginés et mis en pratique ;
2° Que ce sont ces mêmes instruments que Hugh Chamberlen a cherché à vendre à Pans, en 1672, qu'il a transportés en 1695 à Amsterdam, et qu'il a fait connaître à Roonhuysen ;
5° Que le levier dit de Roonhuysen n'est pas de cet accoucheur, mais bien de Jacques de Bruin son élève.
Nous allons maintenant suivre le forceps dans les principales modifications qu'il a subies. Jamais peut-être le génie inventif ne s'est exercé avec autant d'activité; chacun a voulu, en quelque sorte, avoir son forceps à soi; si certains modèles présentent une réelle utilité, il en est d'autres dont l'idée et l'application sont défectueuses. Déjà, presque immédiatement après que le forceps fut connu, les accoucheurs ont dirigé leur attention vers son perfectionnement, si bien que Stcin l'aîné, en 1767, disait déjà qu'il n'y avait pas d'instruments de chirurgie qui eussent subi autant de modifications que le forceps, et que Mulder, en 1794, en pouvait dessiner quarante-sept modèles, sans compter de nombreux leviers. Et depuis Mulder, on en a donné encore tant d'autres, que Kilian, en 1840, en connaissait déjà cent trente, et qu'aujourd'hui le nombre dépasse deux cents. L'année 1853 est particulièrement signalée par une exubérance inventive : elle a vu naître à elle seule quinze nouveaux forceps.
Au reste, le lecteur a déjà du eu faire la remarque : les instruments des Cliamberlen, découverts à "Woodham, se signalent par un degré de perfection qu'on est étonné de trouver à cette époque ; et comme ces accoucheurs les ont tenus secrets un grand nombre d'années, que ce système abominable a été poursuivi par ceux qui, à partir de l'année 1693, en sont devenus les dépositaires, il n'est pas surprenant que le progrès ait été arrêté, et que vers l'année 1750 les praticiens se soient vus forcés de reprendre la question ab ovo, cherchant en vain à découvrir le fameux instrument anglais, n'y parvenant pas, et se décidant, guidés seulement par quelques indices, par quelques divulgations, à faire appel à leur propre intuition et à leur inspiration.
1733. Diisée. Premier mode sérieux d'articulation. Nous avons vu Palfyn inventer ses cuillers séparées; Heister recommander de les assujettir, soit au moyen d'un ruban, soit, et mieux encore, à l'aide d'une espèce de virole enfilante, les manches pouvant se déplacer de bas en haut et de haut en bas, empêchant bien les deux pièces de se disjoindre sur les côtés, mais n'opposant aucun obstacle sérieux à leur déplacement longitudinal. Ce que Dusée, accoucheur habile, ayant aperçu, il apporta au tire-tête une des plus remarquables modifications, celle-ci portant sur un élément essentiel du forceps, le mode d'articulation des branches. Dusée fit faire au corps de chaque branche, à la
FORCEPS (histoire;
Forceps de Dusée.
racine de la courbure des cuillers, une entablure à mi-fer pour joindre les pièces à volonté par le moyen d'une vis à large prise, Dusée fit plus : les manches des cuillers de Pallyn étaient droits, il les termina en forme de crochets tournés en dehors, de manière que l'accoucheur put les saisir plus fortement; il augmenta aussi la courbure des branches, afin que les tempes du fœtus ne soient pas déraisonnablement comprimées. Alexandre Bulter avait bien compris l'importance du nouveau forceps de Dusée, lorsqu'il le fit dessiner dans les Med. Essays and Observât. d'Edimbourg (t. III, année 1735, art. 20, et pi. V, fig. 4). C'était, en effet, la première tentative d'un mode sérieux d'articulation, qui depuis a préoccupé tant de praticiens.
1734. Giffard et Chapman. Fenestration des cuillers. En cette année 1734, Edouard Ilody, ayant fait impi^imer les observations de William Giffard {Cases in Midivifevy, Lond., 1754, in-8°), y fit graver, non-seulement le forceps employé par Giffard, qui est, croyons-nous, le premier instrument de ce genre (après ceux des Chamberlen) avec branches fenètrées, mais encore le même forceps modifié par Freke, chirurgien à l'hôpital Saint-Barthélémy. Les branches en sont réunies par mode d'entablure et d'entre-croisement, et par le secours d'une pointe qui p^^ut pénétrer dans un trou correspondant. Giffard rapporte plusieurs cas dans lesquels son extracteur réussit au delà de toute espérance, d'autres dans lesquels, au contraire, il glissa, « ne prit pas » sur la tète de l'enfant, que l'on fut obligé d'extraire par l'cmbryotomie.
L'observation xin, p. 4 (28 juin 1728), donne à l'accoucheur anglais l'occasion de cette réflexion : « Ce cas prouve qu'un enfant enclavé dans le passage peut être (je ne prétends pas dire toujours) amené vivant sans employer les crochets, sans aplatir la tète, contrairement à l'opinion des plus habiles auteurs. « Il parait, pourtant, que le forceps de Giffard n'était pas d'une solidité à toute épreuve, car dans l'observation xxviii (p. 57) nous le voyons se briser, et l'accoucheur obligé d'en envoyer chercher un autre.
Edmond Chapman suit de près Giffard. Egalement ennemi convaincu de l'emploi des crochets, il vante, avec un sentiment qui n'est pas sans orgueil, le forceps dont il usait habituellement. Ce forceps ne diffère guère de celui de son contemporain que par son mode d'articulation, dépourvue d'écrou, et déterminée uniquement par l'application l'une sur l'autre des deux branches munies de mortaises. Chapman raconte que d'abord il avait adopté l'écrou mobile comme moyen de jonction, mais qu'ayant un jour, pendant la manoeuvre, perdu cet écrou dans les draps de la malade, il fut obligé de continuer l'opération sans ce même écrou.
L'éloge que Chnpman fait du forceps en général mérite aussi d'être retenu ici. « Dans mon opinion, écrit-il, l'usage des crochets et de quelques autres instruments qui détruisent des enfants vivants se présentant par la tête, alors qu'ils pourraient être facilement extraits en quelques minutes, au moyen du filet ou du forceps, est une pratique des plus cruelles et des moins pardoi> nables. Quelque inhumaine qu'elle soit, elle est pourtant mise encore en usage de nos jours... Combien il devient nécessaire que les hommes qui pratiquent
Forceps de Giffard.
FORCEPS (histoire). M5
l'art des accouchements connaissent bien le maniement soit du forceps, soit du iilet... Je préfère le forceps, parce qu'on peut l'introduire plus aise'ment dans les parties de la femme, et que par suite de la compression qu'il exerce il fait glisser les os de la tête du fœtus les uns sur les autres, et la réduit ainsi à un plus petit volume. J'ajouterai que le forceps me donne une plus forte prise sur l'enfant, et me permet de le tirer avec plus de facilité et de sécurité. Mais il faut observer qu'il y a plusieurs sortes de forceps, et que tous sont loin d'être également propres. Il faut faire grandement attention à leur forme. J'en ai vu un d'un notable fabricant d'instruments que je considérais comme très-mal conçu; un de mes confrères m'en a montré un autre qui ne pouvait être mis en usage, ni heureusement, ni avantageusement, le diamètre des courbures en était trop étendu, les branches trop courtes » {Chapman. A Treatise of the Improvement of Mldwifery. Lond., 1755, 2^ édit. in-8°). Le forceps de l'auteur est représenté p. 28 de son ouvrage; dans Mulder, pi. 1, fig. H et 12, et dans Kilian, pi. XIV,
fîg- ^1;
1756. Premier modèle d'articulation par encochure ou ginglyme. Cependant le mode trop peu solide de jonction recommandé par Giffard et Chapman ne fut pas adopté par tous leurs confrères, et des hommes habiles dirigèi'ent toute leur attention pour obtenir une articulation plus stable. On a de cette année, d'après Mulder (pi. Il, fig. 4 et 5), un forceps imaginé par un inconnu, dont les cuillers sont fenètrées et à bords arrondis ; mais, ce qui le caiaclérise de toute espèce de tracteur employé jusquelà, c'est son mode d'articulation, mode qui sera repris plus tard, et qui formera l'élément essentiel, le caractère particulier du forceps de Smellie. Il n'y a, en effet, au niveau du croisement des branches, ni entablure à mi-fer, ni vis, ni écrou ; ces branches se glissent l'une dans l'autre, à la manière de l'articulation dite ginglyme, au moyen d'une simple échancrure ou encoche ménagée sur le côté de l'une d'elles, et cela d'une manièi'e assez ferme pour qu'elles se prêtent mutuellement appui; ces mêmes branches sont arrondies et terminées par un crochet tourné en dehors.
1741. Mesnard. Dans le Journal de Verdun (avril 1741, t. XLIX, p. 265), on lit ceci, signé de Jacques Mesnard, chirurgien de Rouen :
« L'instrument que j'ai inventé peut être dit un anticrochet; je fais des espèces de miracles avec lui; par son moyen, je tire très-facilement du péril un enfant dont la tête se trouve fortement enclavée dans le détroit du bassin. Par ma méthode, je ne suis point exposé à demander à un père, à un mari, et à des assistants, comme il arrive aux sectateurs des crochets, lequel de la mère ou de l'enfant je dois faire périr. Ma machine est très-simple : elle est formée des règles d'ime géométrie, tirée de la ligure de l'espace des os du bassin, et de celle de la tète des enfants qui doivent y passer. »
Mesnard ne se contenta pas de celte pompeuse annonce; deux ans après, il publiait son Guide des accoucheurs (Paris, 1743, in-4°), et il y faisait représenter sa tenetle à cuillers, destinée à sauver la vie d'une femme et celle de son enfant.
Comme on le voit, la tenelte de Mesnard se compose de deux branches fenètrées et un peu iuQécliies à leurs extrémités ; elles sont réunies par deux côtés opposés, au moyen d'une vis fixée à la branche mâle, laquelle vis va pénétrer
DICT. EiNC, 4^ S. III. 55
FORCEPS (nisToiiiE'
Forceps de Mesnard.
dans une ouverture pratiquée sur la branche femelle, et est retenue par un écrou.
1 746. Après Mesnard, Grégoire, chirurgien de Paris, tenta aussi d'amender le forceps; il n'en donna aucune description, mais P. -A. Boehmer combla la lacune en prenant ce soin dans l'édition de ÏArs obstetriciœ de Rich. Manningham, qu'il donna en 1746; Mulder (pi. II, fig. 7 à 13) et Kilian (pi. XIV, fig. 5) ont aussi reproduit le tire-tête de Grégoire, dont les cuillers sont fenêtrées et aplaties sur les bords ; elles se joignent en croix, grâce à une certaine disposition assez compliquée.
1747. Levret imagine une seconde courbure aux cuillers. André Levret, né à Paris en 1705, mort le 22 janvier 1780, est cerlainejuent celui des accoucheurs qui a apporté au tire-tête le perfectionnement le plus important. Ce fut le 7 janvier 1747 qu'il fit part à l'Académie des sciences de son invention. Avant lui, le forceps étant droit, il arrivait que,
lorsqu'on croyait saisir la tête dans l'un de ses diamètres, on ne tenait qu'une portion de sa circonférence près du col; souvent elle échappait, quelquefois il était impossible de la tirer, ou bien on lésait le périnée dans le refoulement forcé qu'on était obligé de faire subir à celui-ci. Levret, en donnant aux forceps une coiu'bure sur les bords des cuillers, c'est-à-dire dans le sens que la tête doit parcourir, apporta un perfectionnement si capital^ que tous les savants étrangers et nationaux se sont empressés de lui accorder la prééminence sur tous les auteurs qui ont traité de l'art obstétrical. Jusqu'à Levret, le forceps avait une courbure en faveur de l'enfant, il en eut une en faveur de la mère. C'est encore à Levret que l'on doit l'évidement donné aux cuillers, de manière que l'instrument s'applique plus intimement sur les parties latérales de la tète de l'enfant, et que la prise soit plus solide. La figure ci-jointe représente la branche mâle du forceps de Levret, avec l'indication, par lignes ponctuées, du degré de la seconde courbure.
1750. Jean Gottfried Janck donne la description et le dessin d'un forceps inventé par Biîig, chirurgien de Copenhague {Janck. Commentatio de forcipe ac forfice , ferramentis à Bingio inventis. Lipsiœ, 1750, in-4". Voir aussi : Mulder, pi. iij, fig. 8 et 9; Kilian, pi. XV, fig. 1 et 2). Ce forceps n'est pas fenêtre, ses poignées peuvent être séparées ; l'évasement des cuillers ressemble beaucoup à celui des mains de Palfrn.
1751. Jean Burton, accoucheur de Londres {Sijst.nouv. et complet de l'art des accouch., trad. par Le Moine, Paris, 1761, t. I, p. 576), propose un forceps d'une construction absolument différente de tout ce qu'on avait vu jusqu'alors. Il n'y a qu'un seul manche, mais ce manche est canaliculé et
Forceps de Burton. renferme une tige au bout de ]a(|uelle sont unies à charnière deux cuillers, lesquelles sont mobiles et peuvent, par conséquent, se
FORCEPS (histoire). 515
i^approcher ou s'écarter suivant le mouvement opéré sur la tige par la main de l'opérateur. On ne peut mieux comparer le mécanisme de cet instrument qu'à celui de ces éventails à bas prix dont les lames peuvent être toutes renfermées dans une gaîne à coulisse (Mulder, pi. iij, fig. 6 à 10; Kilian, pi. XV, fig. 4 et 5).
1752. En celte année-là, Guill. Sniellie, qui faisait pour l'Angleterre ce que Levret faisait pour la France, et qui, comme ce dernier, systématisait les principes de la science, et précisait les règles de l'art des accouchements, démontre à ses élèves le mécanisme d'un forceps de son invention, et deux ans après, il le fait connaître dans un livre (Se^ of Anatomical Tables, with Explanations and an Abridgment of the Practice of Midwifery. Lond., 1754, in-foL). L'instrument est formé de deux branches en acier, à cuillers fenêtrées, possédant la seconde courbure de Levret, et à bords aplatis. Le mode de jonction, imité de celui que nous avons vu en 1752 inventé par Dusée, est fort ingénieux, car les deux branches sont simplement taillées en encochure à leur partie moyenne ; elles se reçoivent mutuellement. Cette disposition est beaucoup plus commode que la jonction par l'entablure à mi-fer. Smellie avait le soin de recouvrir les cuillers d'un cuir souple et de maintenir les poignées, qui étaient en bois, fixes au moyen d'un simple lien retenu par une encoche pratiquée sur chacune de ces poignées. Levret, qui est le premier en France qui ait fait connaître le forceps de Smellie dans sa Suite des observations (p. 510), rend hommage à l'accoucheur anglais sur l'ingéniosité du mode de jonction des deux branches de son forceps, et il n'hésite pas à reconnaître que cette articulation est beaucoup plus commode que celle par entablure. Les hommes de talent se rendent toujours mutuellement justice. Le forceps de Smellie a été figuré par Mulder, pi. iij, fig. 15, 14, 15, 16, et par Kilian, pi. XYI, fig. 4.
1754. Benjamin Pugh, chirurgien accoucheur de Chelmsford, fait connaître [Ty^eatise of Midwifery. Lond., 1754, in-8°) plusieurs forceps qu'il emploie, dit-il, depuis quatorze ans, mais ces instruments, qu'on peut voir dans Mulder, pi. iij, fig. 17, 18, et dans Kilian, pi. XVI, fig. 1, ressemblent tellement à ceux de Levret et de Smellie, que l'on se demande si Pugh en est véritablement l'inventeur, ou si, plutôt, il n'en aurait pas eu l'idée par quelques modèles que lui auraient communiqués ses élèves.
1769. Dans son fiew System of Midwifery (Lond. , 1 769 , in-4°) , Robert- Wallace Johnson vante beaucoup et figure un forceps de son invention. Elève de Smellie, il avait remarqué que dans l'emploi de l'instrument de ce dernier il arrivait assez souvent qu'après avoir introduit et bien placé la première branche, celleci glissait dans l'excavation du bassin, et ne pouvait être remise en place. Pour obvier à ce grave inconvénient, Johnson non-seulement donna à ses cuillers fenêtrées la courbure de Levret, mais, de plus, il leur ménagea une autre courbure en sens contraire. De plus il aplanit, comme du reste Levret l'avait fait, les bords des fenêtres que Smellie avait arrondies, mais il les aplanit sans évidement. Le mode de jonction est celui de Smellie; l'encoche est seulement plus protonde. Johnson recouvrait tout son instrument de cuir de Russie (Mulder, pi. IV, fig. 5, 4; Kilian, pi. XYI, fig. 5).
1 774. Leake etJ.-L. Petit. Jean Leake, médecin de l'hôpital de Westminster, propose, lui, un forceps à trois branches, c'est-à-dire qu'il combine le levier avec le forceps ordinaire {Lecture Introductory ta the Theory and Practice of Midwifery. Lond., 1774, in-S". Mulder, pi. IV, fig. 5 à 8; Kiliaa, pi. XVII,
516 FORCEPS (iiistouie).
fig, 12). Les cuillers, tant du forceps proprement dit que du levier, sont lenêtrées; elles ont la courbure de Levret, et sont aplaties sur les bords, f.e mode de jonction est fort analogue à celui adopté par Chapman et par Smellie.
C'est en cette même année que Jean-Louis Petit iît connaître son forceps, lequel ne diffère guère de celui de Grégoire que par une espèce d'onglet pointu fixé en dedans de l'une des poignées, lequel onglet, jouissant d'une certaine mobilité de bas en haut et de haut en bas, peut aller s'implanter dans les dents d'une sorte de crémaillère adaptée sur l'autre branche. Ce petit mécanisme était destiné à modérer à volonté, pendant l'extraclion, la compression de la tête fœtale (.l.-L. Petit, édit. de Lesné; Mulder, pi. IV, fig. 9; Kilian, pi. XVII, fig. 3)-
1777. Le forceps de Arnould Van de Laar a ses cuillers fenêtrées, munies de la courbure de Levret, et d'une seconde courbure à angle presque droit, placée près de la jonction ; celle-ci est faite sur le modèle Smellie ; les marges des fenêtres sont percées d'une ouverture oblongue, peut-être pour pouvoir, au besoin, y passer un lien (De Laar shets der geheele verloskunde , geschiks om derzelver grondbeginzels volkomen te leeren , 1777, in-8°. Mulder, pi. IV, fig. 10, 11; Kilian, pi. XVII, fig. 4).
En cette même année 1777, nous trouvons dans le Journal de Paris (6 déc, n« 5-40), une lettre de Catalaii, dans laquelle il est question d'un accouchement laborieux, où Coutoidy, le fils, avait réussi à éviter l'opération césarienne, grâce à une modification apportée par lui au forceps (Mulder, pi. X, fig. 1,2; Kilian, pi. XVII, fig. 5). Plus tard, le même Coutouly imagina un forceps qui est représenté dans Mulder, pi. X, fig. 3, 4, 5; dans le Dict. des se. méd. en 60 vol., art. Forceps, et dans Kilian, pi. XIX, fig. 3, 4, et qui se distingue en ce que les poignées sont réunies côte à côte, sans entre-croisement par conséquent, au moyen d'une grande vis, et que ces mêmes poignées présentent tout à fait à leur extrémité une traverse en bois, qui permet à l'accoucheur d'exercer toute la force d'attraction qu'il voudra; un de ces forceps a ses cuillers parsemées, autour des fenêtres, de pointes qui permettent de s'en servir dans le cas de mort certaine de l'enfant.
1781. Peau. C'est à Baudelocque que l'on doit la connaissance du forceps de Péan, lequel forceps est plus long de 5 centimètres que celui de Levret, la longueur portant non-seulement sur les cuillers, mais encore sur les branches. L'articulation est la même que celle de Levret (Mulder, pi. Vil, fig. 18).
1783. Un forceps construit par P.-W. Sieurs, chirurgien militaire (Mulder, pi. IV, fig. 12, 15), a ses cuillers fenêtrées, très-longues comparativement aux manches; la courbure correspond à celle de l'instrument de Johnson, les fenêtres sont plus courtes et ont leurs bords aplatis, mais sans l'évidement de Levret.
1784. Dans ses Principles of Midwifery {Lond., 1784, in-S"), Aitkin, chirurgien accoucheur d'Edimbourg, décrit quatre espèces de forceps de son invention (Mulder, pi. V, fig. !), 10, 11; Kilian, pi. XXI, fig. 4, 5). Ils ne se distinguent guère d'autres modèles que par l'adjonction, tout à fait à l'extrémité des poignées, d'une vis graduée qui permet de s'assurer constamment du degré d'écartement des cuillers lorsque l'instrument est introduit dans les parties de la femme. Le mode de jonction imaginé par Aitkin mérite aussi d'être signalé, car il est. très-ingénieux ; la jonction se fait tout simplement par l'entre-croisement de dents ménagées de chaque côté interne des poignées, et tout à fait à l'origine de ces dernières.
FOKCEPS (uistoike). 517
1785. Dobner, dans son ouvrage De instnanentorum applicandonim necessitate (lence, 1785, in-4°) , fait connaître le forceps dont se servait son maître C. J. C. Starke, professeur à léna... L'instrument a ses cuillers fenêtrées, et leurs mai'ges ne sont point excavées ; la courbure diffère de celle de Levret en ce qu'elle commence plus loin du point de jonction, laquelle est, du reste, analogue à celle de Smellie (Mulder, pi. VI, fig. 1, 2 ; Kilian, pi. XIX, fig. 1, 2).
1791. Mathias Saxtorph donne au public un forceps composé de deux branches semblables à celles de Levret et de Smellie, c'est-à-dire que les cuillers sont celles de Levret, et le mode de jonction ainsi que les poignées sont empruntés à Smellie. Il y a cependant dans l'instrument de Saxtorph une disposition particulière, à savoir que les manches peuvent se replier sur les cuillers, de manière à donner au forceps moins de volume et à le rendre plus aisément transportable dans la poche (Mulder, pi. VI, hg. 5, 4; Kilian, pi. XXII,
fig. 4).
Nous passons sous silence les forceps (ÏOsborn, 1792 (Mulder, pi. VI, fig. 5 ; Kilian, pi. XiX, fig. 5, 6), de Demnan (Mulder, pl. VI, fig. 7, 8 ; Rilian, pi. XX, tig. 1), de TJujnne (Mulder, pl. VI, iîg. 9, 10), qui ne présentent rien de particulier, et qui ressemblent singulièrement à l'instrument de Smellie, pour arriver à Antoine Dubois, dont le forceps (Mulder, pl. VII, fig. 20 à 27 ; Kilian, pl.XX, fig. 3) a ses branches réunies par entablure simple, et au moyen d'une vis mobile sur son axe et facile à faire tourner sur elle-même à l'aide d'une clef ad hoc. De plus, le tracteur de Dubois offre cette particularité que ses poignées, qui sont, comme le reste, en acier trempé, sont recouvertes d'un manchon de bois qu'on peut retirer à volonté, et qui, étant ôté, met à découvert, à l'extrémité de la branche mâle, un crochet pointu que l'accoucheur a toujours à sa disposition pour accrocher, si besoin est, la tête d'un enfant mort.
1794. Cette année-là voit enfanter deux nouveaux forceps : celui de Santarelli, accoucheur viennois , dont la seule modification sérieuse consiste en ce qu'une des poignées se termine infcrieuremcnt par un levier fenêtre, et l'autre par un crochet mousse qui en recouvre un autre qui est tranchant , et celui de Georges Klees, médecin allemand (Bemerkungen ilher aine neue Geburtszange (Francf., 1794, in-8''), qui se fait remarquer par des dimensions insolites (Kilian, pl. XX, fig. 4).
1798. Busch, professeur à Marbourg, propose un forceps dont les branches sont plus longues que celles adoptées par Smellie ; les poignées sont garnies de bois à l'extérieur; un labimètre est adapté à leur extrémité inférieure; les crochets, au lieu déterminer inférieurement l'instrument, se trouvent au-dessous de la jonction {Starcks neues Arch. 2 ter B., erstes Stiick. S. 109; Kilian, pl.XX, fig. 5).
1799. Osiander, professeur à Gottingue, a deux forceps de son invention. Ils ne diffèrent entre eux que par leur longueur; l'un est destiné à aller chercher la tète du fœtus au-dessus du détroit supérieur ; la nouvelle courbure est un peu plus forte à ce dernier. Les cuillers de ces deux instruments sont sans fenêtres. La jonction se fait par entablure avec un pivot immobile qu'une plaque fixée à la branche inférieure ou mâle, au-dessous de la jonction, recouvre à volonté, empêchant ainsi la branche femelle ou supérieure d'abandonner le pivot. Les poignées sont garnies à leur extrémité inférieure d'une espèce de labimètre propre à mesurer l'écartement des cuillers. Outre les deux crochets qui terminent l'instrument, il s'en trouve encore deux placés à
FORCEPS (uistoire).
10,2 centimètres au-dessus, de manière que ceux-ci servent de point d'appui à la main placée au-dessous de la jonction pendant l'extraction (Kilian, pi. XXIII, fig. 2, 5).
1800. Eckarcl. Son forceps est remarquable; il est en effet disposé de manière que la courbure qui s'adapte à la tête peut varier suivant qu'on avance ou qu'on recule, au moyen d'un ressort, des morceaux de bois en forme de coins qui sont fixés à la face interne des manches (Topp. Dissert, sistens novœ forcipis ohstetriciœ descriptionem. lense, in-4"; Kilian, pi. XXI, fig. 3).
1800. Le forceps du professeur Mursinna, de Berlin, est presque semblable à celui de Péan ; il n'en diffère que par l'articulation, qui est celle d'Osiander {^eues Journal fur die Chirurgie... und Geburtshiilfe ; Kilian, pi. XXIV, fig. 1, 2). Celui de J. Ch. Stark, imaginé dans la même année, a l'articulation de Smellie (Kilian, pi. XIX, fig. 1,2).
1801. Jean Simon Thenance, membre du collège de cliiriirgie de Lyon, se signale par l'invention d'un forceps, qu'on appelle le forceps de Lyon, et qui est encore aujourd'hui en grand usage. II remplit, en effet, une condition bien désirable dans beaucoup de cas, à savoir, la juxtaposition, sans entre-croisement ou encochure, au point ordinaire de l'intersection. Il y a là une ouverture assez large, traversant les deux branches, et destinée à recevoir l'angle d'une serviette, au moyen de laquelle on serre autant qu'on veut les deux cuillers ; avec le restant de la serviette on enveloppe la partie inférieure ou poignée de l'instrument, jusqu'aux crochets; — l'angle de la serviette opposé à celui qui a servi à
serrer les cuillers peut rester en excédant au delà des crochets, et favoriser l'action d'un second aide, en cas de besoin. La jonction réelle métallique des branches est placée à la partie la plus inférieure, là où commence la courbure des crochets, et elle se fait à l'aide de deux petites charnières s'emboîtant l'une dans l'autre, et retenues l'une à l'autre par une clef. De plus, Thenance a donné à son instrument plus de longueur qu'à celui de Levret, les cuillers sont plus étendues en tous sens; l'axe transversal du sinus curviligne qu'elles laissent entre elles est un peu moindre que celui du forceps de Levret (Thenance, Nouveau forceps non croisé, ou forceps du célèbre Levret perfectionné en 1781. Lyon, brumaire an X, in-S", pL; Kilian, pi. XXUL fig. 5).
1802. Presque en même temps que le chirurgien de Lyon dotait la pratique d'un tracteur aussi remarquable, Brilnninghausen, chirurgien à Wurtzbourg, s'inspirant tout à la fois des idées de Levret et de Smellie, apportait au mode d'articulation (par encochure) adopté par ce dernier une modification importante qui devait être reprise après lui, et acceptée par presque tous les accoucheurs allemands. Il voulut, en effet, que cette articulation, par encochure ou emboîtement simple, fût rendue fixe et stable: pour cela, il garnit simplement la branche inférieure d'un pivot mobile surmonté d'une tête aplatie, de la largeur d'une pièce de vingt sous, sous forme de boulon, et la bi-anche supérieure d'une échancrure disposée de manière à recevoir le collet du bouton. Brûnninghausen crut aussi devoir faire les fenêtres très-courtes, et évider fortement les cuillers en dedans {Ueber eine neue von ihm erfundene Geburtszange. 1802, in-8''; Kilian, pi. XXIII, fig. 4).
1805, Dans les Aniiales de la Soc. de méd. prat. de Montp., Delpech men-
Forceps de Thenance.
Forceps de Wi^and.
Forceps de Veil Karl.
FORCEPS (histoire). 519
lionne un forceps inventé par un sieur Lacroix, coutelier à Toulouse. L'instrument n'est pas croisé; l'articulation est fort simple, elle se fait à l'aide d'une vis de pression qui traverse l'une des branches, et qui vient appuyer sur l'autre (Kilian, pi. XXIV. fig. 6. 7).
1812. Le mode d'articulation adopté par Wigand nous a paru ingénieux : aussi en donnons-nous la figure {Drey den medicinischen Facultàten zu Paris und Berlin zur Priifung iibergehene gebiirtshiilfliche Abhandlungen. Hamb., J812, in-^"; Kilian. pi. XXV, fig. 5).
Le forceps de Veit Karl (Kilian, pi. XXV, fig- 4) est fondé sur des données nouvelles. Les cuillers sont à deux fenêtres; la courbure sur le bord est beaucoup plus prononcée que dans le lirH!-tête de Lcvret. Le maintien des manches se fait au moyen d'un mécanisme qui n'a pas eu, croyons-nous, d'imitateurs, mais qui ne manque pas cependant d'originalité.
1817. Le 6 septembre 1817, Brulatour, professeur de médecine opératoire à Bordeaux, donnait connaissance à l'Ecole de médecine de cette ville d'un nouveau forceps qu'il venait d'imaginer; il était malheureusement bien compliqué, l'auteur avant eu surtout en vue de le rendre applicable aux divers cas qui se présenteraient. Son instrument est articulé à peu près comme celui de Levret, mais, pour le rendre encore plus ferme, les poignées sont retenues et serrées au moyen d'un lacs passé dans une ouverture ménagée à cet eltet. et même d'une vis., de pression. Il y a tout au bas, près des crochets, une échelle de proportion permettant de connaître exactement le degré d'écartement des cuillers; ces dernières ne sont pas elles-mêmes uniques; Brulatour en a trois de rechange qui s'adaptent aisément sur les poignées uniques, au moyen d'une queue d'aronde,
1825. Henry, fabricant d'instruments de chirurgie, vante beaucoup, dans son Précis descriptif siir les instr. de chir. 1825, 111-8°, la jonction nouvelle imaginée par Guillon, médecin à Paris [voy. Kilian, pi. XXVIl, fig. 8).
1855. Forceps aide-mémoire ou indicateur d'Audibert, de Vins. Ce médecin a eu la singulière idée de faire graver sur les manches de son forceps des ovales, dans l'intérieur desquels se trouvent représentés, en petit, la forme des deux détroits, les diamètres de chacun d'eux, leurs dimensions,
la forme de latète, ses principaux diamètres avec leur valeur. la direction des sutures, etc. [Description du forceps indicateur jyrésentant sur ses branches, dune manière claire et précise, un petit manuel d'accouchement normal, par Audibert, de Vins (Var). Paris, 1855, in-8" de 56 pages, pi.).
1856. Forcei'S assemblé, c'est-à-dire un forceps permettant l'introduction simultanée des deux branches, et faisant alors disparaître les inconvénients de l'introduction successive et les difficultés, souvent fort grandes, de l'articulation. C'est Camille Bernard, médecin de l'Ilôtel-Dieu d'Apt, qui est l'auteur de ce système, présenté à l'Académie de médecine
(15 décembre 1836), détaillé dans la Gazette des hôpitaux (t. X, p. 596),
Forceps assemblé.
520 FORCEPS (histoire).
figuré par Kilian (pi. XXX, fig. 7, 8), et qui a donné lieu à cette publication : Du forceps assemblé, ou nouveaux principes de construction et d" application du forceps réunis aux principes en vigueur (Montpellier et Paris, i855, in-S", 2«éclit.).
1843 à 18o5. Cette période de dix ans est surtout caractérisée par les efforts que font les accoucheurs pour éviter le décroisement des branches. Nous trouvons, mus par cette pensée :
1° Thureau, de la Nouvelle-Orléans, qui fait fabriquer un forceps à double entablure, composé de deux branches pour ainsi dire hermaphrodites, c'est-àdire offrant chacune un pivot et une mortaise, mais avec cette différence que ce pivot et cette mortaise sont alternativement en avant et en arrière dans les deux branches. Avec cet instrument, quelle que soit la branche qu'on introduise la première, sa mortaise sera toujours au-dessus ou au niveau du pivot de Tautre {Acad. de méd., 20 juin 1845).
2° Tarsitani. Chaque branche de son forceps, à l'endroit où a lieu le croisement, est évidée à la partie supérieure et dans la moitié de son épaisseur, afin qu'en faisant passer la branche qui est inférieure sur la supérieure, et vice versa, les cuillers se correspondent parfaitement {Acad. de méd., 14nov. 1845, et 16 avril 1844).
3" Sauvé de la Rochelle, dont le forceps a l'avantage de s'articuler à volonté dessus et dessous (Acad. de méd., 1" fév. 1855).
4° Cazeaux, qui place la mortaise de l'une des branches, non plus sur le centre, mais sur le côté de l'instrument.
5" Nœgele {Lehrbuch der Geburtshûlfe. Mainz, 1853, in-8°). Le forceps de ce célèbre accoucheur est un de ceux qui ont eu le plus de succès ; il est généralement employé en Allemagne; ses éléments constituants sont empruntés aux instruments de Brunninghausen (1802), de Pries, de Mende et de Kilian. Nous en donnons ici la figure :
1853. Le nouveau tracteur obstétrical que M. Matteï présente à l'Acad. de méd. (24 juin 1855; Gazette des hôpitaux, 1856, p. 300), et qu'il nomme léniceps (forceps doux), par opposition au forceps ordinaire (qu'il fait venir de forte, fortement, capere, saisir), se compose de deux bran- ;r;rsN ches qu'on introduit d'abord, puis qu'on articule d'une manière -\v\ \, £xg gj- symétrique dans une barre de bois tiansversale qui a des mortaises destinées à les recevoir.
1856. Kilian, dans son Armamentarimn Lucime (pi. XXYilI, fig. 5, et pi. XXXIi, fig. 1,2), représente deux forceps de son invention. Le premier ne diffère de celui de Naegele que par l'adjonction d'un labimètre. Le second a quatre cuillers fenétrées.
1857. M. Valette, chirurgien en chef de la Charité de Lyon, modifie le forceps de Thenance : à la place de la serviette destinée à maintenir les branches, il se sert d'une espèce d'anneau à coulisse, ou bien d'une articulation, dite articulation à baïonnette
[Acad. de méd., 14 juillet 1857).
Forceps de Nœgele.
Mode d'articulation du forceps de Naegele.
FORCEPS (nisToïKE). 521
1861 (26 févr.). Apparition à l'Acad. de niéd. du forceps à traction soutenue et à pi^ession progressive, de M. Chassagny, de Lyon. L'inventeur a voulu obtenir deux choses : une pression lente, régulière, sur la tète fœtale, pression s'exerçant presque tout entière sur la voûte du crâne, et ménageant la base; un mode de traction permanente, régulière, qui pût remplacer celle de la main. Pour arriver à ces deux l'ésultats, M. Chassagny donne aux branches de son forceps tout à la fois une longueur inusitée et une notable flexibilité, et use d'une petite manivelle, laquelle met en jeu une vis sans fin, qui à son tour communique un mouvement de rotation à un treuil placé à la partie moyenne d'un arc prenant son point d'appui sur les genoux de la malade ; une corde de boyaux saisit le forceps aussi près que possible de la tète et le relie au treuil. On peut alors exercer des tractions sans secousse, sans violence, et avec une lenteur dont on peut se faire une idée en disant que chaque tour de manivelle fait enrouler un millimètre de corde. Grâce à la ilexibilité, à l'élasticité des branches, élasticité telle qu'on peut faire disparaître une grande partie de la courbure sur le plat, la voûte du crâne peut être applatie, attirée vers la partie postérieure des cuillei's, allongée comme le fait la nature, tandis que cette réduction de la tète s'opère sans qu'il soit possible, quelque force que l'on emploie, de transmettre à la base du crâne une pression plus considérable que celle qui résulte de l'élasticité des branches. Le mécanisme du forceps Chassagny représente assez bien celui de ces instruments avec lesquels nous cassons les fruits secs.
1864. M. le docteur Rouch renouvelle la tentative essayée plusieurs fois de limiter les pressions exercées sur la tète du fœtus pendant le temps d'extraction. Pour cela, il place sur chaque branche de son forceps une tige montée à vis, et terminée par une tête d'une largeur de 1 cent. 1/2 de diamètre. Lorsque la tête du fœtus est saisie, les vis de rappel sont tournées de façon que leur saillie empêche le rapprochement des branches du forceps, et, par conséquent, les pressions des cuillers sur la tête du fœtus. A ce forceps est ajoutée une tige graduée comme celle du pelvimètre, et qui, placée dans l'écartement des branches, permet de mesurer la tète du fœtus.
1867. Rétroceps de M. Hamon. Tandis que tous les forceps proposés jusque-là saisissent invariablement la tète suivant Tune et l'autre extrémités de l'un quelconque de ses diamètres, le rétroceps [rétro, eu arrière, capere, saisir) saisit la tète par derrière, quelle que soit la portion circonférentielle sur laquelle il s'applique; ses deux cuillers se placent toujours derrière la tête qu'elles saisissent un peu comme le ferait une main qui serait introduite à plat le long du plancher inférieur du vagin, et en pénétrant en avant de la lèvre postérieure du col utérin. Le rétroceps est un instrument de douceur ; il ne doit être considéré que comme auxiliaire de la main ; le placement des cuillers s'effectue avec une extrême légèreté de main; il faut qu'elles pénètrent en quelque sorte spontanément, comme par le simple contrepoids des tiges. On voit de suite la différence essentielle, capitale, qui existe entre le forceps de 31. Ilamon et l'ancien forceps de Chamberlen, ce dernier étant un diamélroceps symétrique, tandis que le premier est un rétroceps asymétrique, s'appliquant au-dessous et en arrière de la sphère fœtale {Bull, de VAcad. de méd., [6 févr. 1867).
1860. Dans un mémoire publié en 1860 (iNote sur l'équilibi'e du forceps et du levier, Mém. de l'Acad. roy. de Belgique, 1860), un accoucheur dont le monde
522 FORCEPS (histoire).
scientifique déplore la perte récente, L.-J. Hubert (de Louvain), après avoir mathématiquement démontré les inconvénients graves qui résultent de ce que le forceps ordinaire n'est pas fait pour tirer dans l'axe du bassin, lorsque cet instrument est appliqué au détroit supérieur, propose un nouveau forceps destiné à parer à cet inconvénient.
Comme on le voit, le forceps de Hubert se compose d'un forceps ordinaire
sur lequel on adapte, quand on le veut, une longue tige d'acier en forme de clou, dont la tête s'engage entre les deux manches de l'instrument auxquels on le fixe par deux goupilles. En appliquant la main sur l'extrémité de la tige, au point même où celle-ci est croisée par une ligne représentant l'axe du détroit supérieur, on peut tirer exactement
Forceps de L.-J. Hubert. ^^^^^^^^^ ^^^^ ^^^^ ^^ ^^^^ p^ff^^^^ ^^
ployé tend à abaisser la tête foetale dans l'excavation pelvienne.
18G8. Forceps à trois courbures, de M. José Morales {Journ. de niéd., de Bruxelles, t. LU, 187), p. 110). Cet instrument n'est autre que le forceps Hatin, avec la modification d'une troisième courbure en avant et très-près de l'articulation; la direction de la poignée est en ligne droite avec l'axe des cuillers.
1877. Le 23 janvier 1877, M. S. Tarnier, chirurgien en chef de la Maternité de Paris, présentait à l'Académie de médecine un nouveau forceps, inspiré un peu par celui de M. Morales, mais modifié considérablement, et remplissant ces irois desiderata : traction constante, facile, suivant l'axe de la filière pelvienne; possibilité de laisser à la tête une mobilité presque aussi grande que dans l'accouchement naturel ; aiguille indicatrice qui montre constamment si l'opérateur tire bien suivant la direction voulue.
Nous n'avons pas à décrire ce nouveau forceps ; il le sera amplement par notre
confrère, M. Pinard, dans l'article suivant consacré à l'étude du forceps considéré au point de vue pratique.
^.^-^ >v..^ — ^^ Nous ne pouvons cependant omettre
' - ' d'indiquer brièvement les avantages
considérables qu'offre cet instrument, que son inventeur a déjà employé
Forceps de Morales
Forceps de M. Tarnier.
dans un grand nombre d'opérations, et qui, nous le savons, a été, de la part de plusieurs accoucheurs, le sujet d'éloges vivement exprimés :
1° Possibilité de toujours faire des tractions directes suivant l'axe du bassin, même au détroit supérieur, ce qui est impossible avec le forceps ordinaire;
2» En admettant que l'opérateur ne tire pas suivant l'axe du bassin, et qu'il dirige ses efforts tantôt trop haut, tantôt trop bas, la pression exercée par la tête de l'enfant ou par les cuillers de l'instrument sur les parties molles qui tapissent les parois du petit bassin est relativement inoffensive, car la traction agit avec un bras de levier très-court, par conséquent très-foible , tandis qu'avec
FORCEPS (histoire, bibliographie). 525
le forceps ordinaire on agit avec un bras de levier considérable, dont l'action est dangereuse pour l'intégrité des parties molles ;
5" Avec le nouveau forceps, la tète de l'enfant suit la courbure antéro-postérieure du bassin avec une liberté qu'elle n'a pas lorsqu'on se sert du forceps ordinaire ;
A° Réalisation d'une aiguille indicatrice de la direction à donner aux tractions pour qu'elles soient irréprochables, cette aiguille étant constituée par les manches du forceps proprement dit ;
5° Pression constante de la tête fœtale au moyen d'une vis, cette pression étant moins nuisible que celle que l'on produit avec le forceps ordinaire ;
6° Liberté pour la tète fœtale de pivoter autour de l'axe fictif de l'excavation, grâce à la mobilité d'une poignée, qui tourne dans tous les sens {voy. Description de deux nouveaux forceps, par S. Tarnier. Paris, 1877, in-4°, 55 p.,fig.— Le Progrès médical, 16 mars 1878, p. 198 ; 6 juill. 1878, p. 517).
Il serait facile de mentionner un grand nombre d'autres forceps plus ou moins bien conçus, plus ou moins ingénieux. 11 y aurait à faire connaître encore ceux d'Assalini, Boer, Campbell, Carus, Conquest, Davis, Delattre, Dugès, Evans, Finizio, Fries, Froriep, Ilorn, Hùter, .loerg, Kùbn, Lowder, Mayer, Maygrier, Mende, Mulder , G. Salomon, Schweighaeuser, Schollcr, Simpson, Stein, Stoltz, Trélat, Uhthoff, Wegelin, Wcissbrod, Weisse, Wrisberg, Young , etc. Mais cela dépasserait les limites imposées à cette notice. Devant cette multitude de tentatives, de projets et de modèles, les esprits enclins à la malice et à la moquerie peuvent sourire à leur aise. Celui qui écrit ces lignes , et qui, dans ses recherches et dans ses études, a été témoin d'aussi généreux efforts, ne peut trouver qu'un sentiment : le respect mêlé d'admiration. A. Ghereau.
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524 FORCEPS (instkuments).
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§ II. Instriinients. ReVUE CRITIQCE DE l'hiSTORIQUE DES FORCEPS. Ailisi
qu'on a pu s'en convaincre en lisant Je chapitre historique qui précède, l'idée de suppléer ou de remplacer la nature en appliquant les mains ou des instruments sur la tête fœtale encore contenue dans les parties maternelles existe depuis les temps les plus reculés.
Il est intéressant à plus d'un titre d'esquisser rapidement l'évolution qu'a dû accomplir l'instrument primitivement représenté par les mains de l'accoucheur pour arriver à cet état de perfection relative qu'il possède à l'heure actuelle.
L'idée du Père de la médecine, consistant à appliquer les deux mains sur la
FORCEPS (instruments). 525
tête du fœtus cucore retenu dans les parties maternelles, était certainement ingénieuse, mais difficile, on peut même dire impossible, à mettre eu pratique.
Dès lors, les accoucheurs, ayant reconnu l'impossibilité d'introduire les mains entre la tète et les parois du bassin, inventèrent des instruments de formes diverses, et dont l'introduction plus ou moins facile était tout au moins possible dans la pluralité des cas.
C'est alors qu'apparurent les crochets simples d'abord, puis bientôt accouplés et agissant des deux côtés de la tète- Mais, il faut le reconnaître, le but de l'opérateur, le but unique, consistait à délivrer la femme, en extrayant le fœtus en totalité ou en partie.
Dans tous les cas, on n'amenait au dehors qu'un cadavre, soit que le fœtus fût mort déjà au moment de l'intervention, soit qu'il eût succombé en raison des violences dues aux intruments employés pendant l'extraction.
Comme le fliit justement remarquer M. Chércau, Avicenne, un des premiers, sinon le premier, recommande l'emploi d'un instrument permettant d'extraire le fœtus sans nécessairement le sacrifier.
Jacob Rueff, en 1554 [voy. p. 499), décrit un instrument qui permet également d'obtenir un enfant vivant.
Pourquoi ces idées si belles, pouvant être si facilement fécondées, furent-elles abandonnées si longtemps? Pourquoi ces hommes qui cependant avaient entrevu la vérité n'eurent-ils point d'imitateurs pendant plus d'un siècle ? Ceci reste inexplicable, si l'on admet que les accoucheurs de l'époque aient eu connaissance de ces faits.
Quoi qu'il en soit, ce fut pendant le dix-septième siècle que fut imaginé, construit et employé le premier forceps permettant de délivrer la femme et de sauver l'enfant.
Mais l'instrument de Chamberlen, aussi bien que celui de Palfyn, ne pouvait posséder qu'un champ restreint d'applications et n'était pas toujours sans danger pour les organes maternels.
En effet, le forceps d'alors, quoique composé de deux branches s'introduisant successivement et s'articulant ensuite, bien que possédant la courbe céphalique, était impuissant à aller saisir la tète encore élevée, les branches droites ne pouvant être introduites profondément dans le canal courbe, représenté par la lilièi'e pelvienne. C'est ce que comprirent bientôt Levret et Smellie.
Peut-être ne furent-ils pas guidés par la même idée, en imprimant au forceps à quelques années d'intervalle la même modification.
Levret a eu surtout en vue, en dotant le forceps de sa courbure pelvienne ou grande courbure, d'obvier aux lésions du périnée. Mais ce ne fut point là son unique préoccupation, ainsi qu'il le dit lui-même. « Ce n'est cependant pas le seul but que je me suis proposé, car, tous les bons praticiens convenant aujourd'hui du peu d'effet du forceps droit ou ordinaire pour la tête enclavée au passage lorsque la face est en dessus, la forme nouvelle que je lui ai donnée le rend alors très-utile, puisque au moyen de sa courbure il saisit la tête avec toute l'efficacité qui se trouve dans l'usage du forceps ordinaire dans la disposition la plus avantageuse où la tête puisse être, lorsqu'on est obligé de s'en servir » (Levret, in Observations sur les causes et les accidents de plusieurs accouchements laborieux, 4*^ édition, 1770, p. 105). Et ailleurs: « Le premier cas où l'on peut se servir très-utilement du forceps dans une femme bien conformée est essentiellement lorsque la base du crâne est encore placée au-dessus
526 FORCEPS (instruments).
du détroit supérieur des os du bassin, pendant que le casque osseux est dans le va^in, et que le museau de la matrice est comme effacé à force d'être dilaté )> (Levret, l'Art des accoucheurs, Il QQ, p. 115). Ainsi Levret recommande son instrument quand la tète du fœtus est déjà engagée à travers l'orifice externe, mais il se défend de l'employer quand l'enfant est encore contenu tout entier dans l'utérus : « Des personnes fort habiles, dit-il, ont bien voulu me prêter une opinion que je n"ai point eue à l'égard du forceps courbe ; elles pensent que je le crois capable d'aller prendre la tète de l'enfant dans la matrice, lorsqu'elle n'est point eno^a'^ée dans l'orifice ; je ne conseille néanmoins son usage que dans les cas où l'on se sert de l'autre, et il a sur lui des avantages essentiels que l'expérience fera reconnaître, en dissipant les préjugés qu'on voudrait peut-être établir à ce sujet» (Levret, Observations, 1770, p. 168).
Smellie au contraire dit qu'il a fait courber son forceps afin de pouvoir aller saisir la tête non engagée. « Dans les bassins étroits, dit-il, j'ai quelquefois trouvé la tête de l'enfant tellement déjetée en avant par-dessus les os du pubis, à cause de la saillie de l'os sacrum et de la dernière vertèbre des lombes, qu'il ne m'était pas possible de porter les manches des forceps assez en arrière pour saisir entre leurs tiges la tête dans sa grosseur, et pour obvier à cet inconvénient j'ai fait faire une paire de forceps plus longue, courbe d'un côté et convexe de l'autre, mais on ne doit jamais s'en servir, excepté lorsque la tète est petite » (Smellie, Traité de la pratique et de la théorie des accouchements, i loi, trad. de Prévelle, p. 273). Depuis cette époque mémorable, le forceps possédant une courbure en faveur de la mère et une en faveur de l'enfant fut universellement employé, et malgré les modifications si nombreuses, si variées, et si inutiles souvent, que tant d'accoucheurs lui firent subir, M. Tarnier se trouvait parfaitement autorisé à dire dans son magistral article Forceps (in Dictionnaire de Médecine et de chirurgie pratique) que le type du forceps de Levret se trouvait entre les mains de tous les accoucheurs à l'époque où il écrivait son article.
C est qu'en effet Levret et Smellie, en modifiant le forceps, avaient eu en vue et la forme de la tète foetale sur laquelle il doit être appliqué et la courbe du bassin dans lequel il doit être introduit.
Certes, l'instrument fut rendu plus léger, et par conséquent plus facile à manier, le mode d'articulation, depuis Heister, subit de profondes transformations pour arriver à celui de Tbenance, de Brûnninghausen, de Siebold et de Simpson, les manches prirent toutes les formes, les cuillers furent plus ou moins courbées sur le plat ou sur les bords, mais jusque dans ces dernières années les principes sur lesquels reposait la construction des forceps de Levret restaient inébranlés. Et quoi qu'en dise Schrôder, les accoucheurs allemaud^ n'ont pas apporté au forceps des perfectionnements très-importants ; quelquesuns l'ont défiguré, d'autres lui ont donné un aspect plus agréable, mais eu somme le forceps de Nsegele n'est que le forceps de Levret, et il en est de même de ceux de Siebold, de Simpson et de Stoltz.
Mais dans ces derniers temps, l'étude du mécanisme de l'accouchement devenant plus complète, la connaissance exacte des mouvements exécutés par la tête du fœtus pour sortir du bassin devenant plus parfaite, quelques accoacheurs recherchèrent si, à l'aide du forceps de Levret, il était possible de faire accomplir artificiellement à la tête les mouvements qu'elle exécute dans l'accouchement spontané, et s'il était possible de l'entraîner suivant l'axe de tous les segments du canal pelvien.
FORCEPS (INSTRDMEXTS). 527
Ces questions graves de conséquences, et aussi de controverses, une fois soulevées, furent bientôt discutées et étudiées ; si quelques points, et des plus importants, sont ou paraissent définitivement résolus et acquis à la science, d'autres nécessitent de nouvelles recherches, ainsi qu'on le verra en lisant le paragraphe relatif au mode d'action du forceps. C'est là que nous exposerons les idées et les travavix de Johnson, de Herrmann, d'Hubert, de Morales et de Tarnier.
De même qvie l'auscultation obstétricale a rendu plus fréquentes et plus précises les indications des applications des forceps, de même la connaissance des phénomènes intimes de l'accouchement, progressant sans cesse, a fatalement eu pour conséquence de modifier l'instrument. Cherchant à remplacer la nature là où elle fait défaut, à se rapprocher d'elle autant que possible, les accoucheurs n'arriveront à la perfection, si jamais ils y parviennent, que le jour oii aucun point du mécanisme de l'accouchement ne sera inconnu. Jusque-là chaque progrès enregistré et acquis entraînera des modifications plus ou moins profondes, portant aussi bien sur le manuel opératoire que sur les instruments.
Ce qui prouve que tout homme, même armé du meilleur forceps, ne pourra jamais intervenir utilement, s'il ne connaît pas à fond l'étude des phénomènes naturels de l'accouchement.
Description des principaux forceps. Tous les forceps que nous aurons à décrire se composent de deux branches, et chaque branche présente à considérer trois parties : la cuiller, le mode d'articulation ou de jonction, et le manche.
Des deux branches du forceps l'une s'appelle branche mâle, hranche à pivot, branche gauche, l'autre, hranche femelle, branche à mortaise, branche droite.
Maintenant que le langage obstétrical tend chaque jour à devenir plus scientifique, il serait désirable de faire disparaître ces dénominations multiples dont quelques-unes n'ont aucune signification utile.
Aussi appellerons-nous, avec le professeur Pajot, la branche qui toujours doit être introduite à gauche du bassin, branche gauche, celle qui doit toujours être introduite à droite, branche droite.
De cette façon ces dénominations rappellent un précepte fondamental qui ne changera jamais, tandis que le pivot et la mortaise peuvent se trouver indifféremment sur l'une ou l'autre branche, ou ne pas exister du tout comme dans les forceps à branches parallèles. Madame Lachapelle avait déjà, « afin de donner des idées plus nettes et plus essentielles à la pratique », proposé de nommer les branches du forceps : droite et gauche, d'après la position des cuillers entre les mains de l'accoucheur. La branche mâle, dit-elle, représente la main droite de l'accoucheur, donc elle doit s'appeler branche droite ; la femelle représente la main gauche, donc branche gauche ; ainsi pour elle notre branche gauche était la droite, et notre droite la gauche.
Heureusement ces dénominations n'ont point prévalu, et le professeur Pajot a pu en une seule et courte phase graver plusieurs préceptes dans l'esprit des élèves en disant : branche gauche, tenue de la main gauche, et introduite à gauche; tout doit être gauche, excepté V accoucheur .
La cuiller seule est destinée à être introduite dans les parties maternelles pour embrasser la tète de l'enfant; large et aplatie elle présente deux faces, dont l'externe, convexe, est destinée à se mettre en rapport avec la concavité des parois de l'excavation, et l'interne, concave, en rapport avec la convexité de la tête fœtale. Chaque cuiller présente une ouverture centrale appelée fenêtre, qui rend l'instrument plus léger et par conséquent plus facile à manier, et qui
528 FORCEPS (instruments).
permet de plus aux bosses paziétales, quand la tête est régulièrement saisie, de s'insinuer dans le vide de la cuiller.
Enfin chaque cuiller présente depuis Levret une autre courbure sur les bords qu'on appelle courbure pelvienne , par opposition à la courbure suivant les faces et qu'on appelle courbure céphalique.
Nous arrêtons là cette description générale de l'instrument, car les cuillers de tous les forceps présentent ces dispositions fondamentales et que nous verrons peu varier en décrivant les forceps des principaux auteurs, tandis que l'articulation et les manches diffèrent complètement.
Forceps de Levret. Levret modifia à trois reprises différentes le forceps. Son premier instrument, dont il publia la description dans les Observations, etc., p. 92, est droit; il a 48G millimètres de longueur, dont 175 pour les manches; les cuillers sont penchées et la face interne de leur bord est creusée en gouttière. Au point de jonction des deux branches, chacune d'elles présente un entablement, qui est percé de trois trous situés à des distances égales. La jonction s'opère par un axe mobile et des plaques en coulisse (jonction à axe ambulant).
Fig. 1. — Forceps ordinaire (vu par sa face antérieure). Fig. 2. — Forceps ordinaire (vu de profil).
Les manches sont en métal et se terminent par des crochets mousses recourbés en dehors. La courbure céphalique est modérément forte ; le sinus formé par les cuillers mesure 61 millimètres à sa plus grande largeur, les extrémités des cuillers sont distantes de 7 millimètres.
La fameuse correction de ce forceps a été publiée dans les Observations, p. 165, 1751. L'instrument possède la nouvelle courbure ou courbure pelvienne : les extrémités des cuillers s'élèvent de 87 millimètres au-dessus de la ligne horizontale quand le forceps est couché; sa longueur est de 483 milli-
FORCEPS (INSTRDMENTS). 529
mètres dont 182 pour les branches; la plus grande largeur du sinus des cuillers mesure 67 millimètres. L'articulation se fait au moyen d'un axe fixe situé dans l'entablement de la branche inférieure, qui cori"espond à une ouverture placée dans l'entablement de la branche supérieure et à une plaque en coulisse adaptée sur ce point.
La dernière modification imprimée par Levret à son forceps en 1760 fut publiée par son élève Stein. L'instrument ne mesure que 418 millimètres de longueur; sa courbure pelvienne n'est que de 61 millimètres; le plus grand écartement des cuillers n'est que de 54 millimètres ; leurs extrémités sont presque en contact. Les fenêtres sont prolongées dans la direction de l'articulation, afin qu'on puisse y passer un ruban. La jonction se fait par un axe tournant et une plaque en coulisse; on fait pivoter l'axe au moyeu d'une clef (Nsegele et Grenser).
Forceps français, forceps de Pajot. Le forceps généralement employé en France n'est autre que celui de Levret légèrement modifié. Dans la fabrication du forceps, la substitution de l'acier au fer, ainsi que le fait justement remarquer M. Chassagny, a permis de diminuer considérablement l'épaisseur de l'instrument. Ceux fabriqués actuellement sont plus légers et ont une forme plus gracieuse que ceux de la fin du siècle dernier. Leur longueur totale, la courbure suivant les faces et suivant les bords, la largeur des cuillers, varient un peu suivant qu'ils sortent de telle ou telle maison, mais en somme la moyenne de la longueur totale est de 45 centimètres, celle de la longueur de l'extrémité des cuillers au pivol est de 24 centimètres, celle de l'articulation à l'extrémité des manches 21 centimètres.
L'instrument reposant sur un plan horizontal, le point le plus élevé des cuillers s'élève à 8 centimètres.
La plus grande largeur des cuillers se trouve à 4 centimètres environ de l'extrémité et mesure 5 centimètres. La largeur de la fenêtre est de 3 centimètres. L'instrument étant articulé, l'écartement des deux extrémités des cuillers est de 1 centimètre ; l'écartement maximum des branches est de 7 centimètres. Le poids total est d'environ 800 grammes. L'articulation n'est plus celle de Levret, c'est-à-dire représentée par une mortaise centrale et un pivot, mais celle de Siebold. La mortaise, au lieu d'être percée au centre de la branche femelle, est creusée, sur le côté et l'articulation se fait non plus en soulevant la branche femelle pour faire pénétrer le pivot dans la mortaise, mais simplement en rapprochant les deux branches jusqu'à ce que le pivot entre dans la mortaise à fraisure, où on le fixe en le faisant descendre comme une vis qui entrerait dans un écrou.
Les manches en fer sont recourbés à leur extrémité en forme de crochet mousse. L'un des manches porte à son extrémité une olive creuse qui se divise en laissant à nu un crochet aigu. L'autre manche se démonte au milieu de sa longueur de manière à laisser voir une pointe acérée qui peut servir de percecrâne. De telle sorte que sur le même instrument on trouve réunis le forceps, les crochets mousses, un crochet aigu et un perforateur.
Mais le perforateur droit est le plus détestable des perce-crânes, de plus il arrive qu'en voulant imprimer à l'instrument un mouvement de rotation, la main appuyant sur l'extrémité recourbée dévisse cette extrémité qui devient mobile et n'offre plus alors aucune prise, ce qui est extrêmement gênant. Enfin le crochet à pointe acérée a vécu depuis l'exécution du céphalotribe, et aucun DICT. ENC. 4° s. IIL ôi
530 FORCEPS (instruments).
accoucheur un peu prudent n'oserait s'en servir actuellement. C'est en raison de ces considérations que le professeur Pajot, dans ses leçons, après avoir ainsi décrit l'olive creuse, le crochet aigu et le perforateur droit, ajoute toujours : « Ces choses existent pour vous indiquer que vous ne devez jamais vous en servir ! « Aussi depuis quelques années Raoul Mathieu, d'après nos indications, fabrique-t-il des forceps présentant tout simplement des manches à extrémité recourbée sans olive creuse ni vis d'aucune sorte.
Le professeur Pajot, reconnaissant combien le forceps en raison de sa longueur était peu portatif, chercha à le rendre moins embarrassant. Pour résoudre le problème, il fit briser les branches de Finstrument. D'autres auteurs avaient déjà eu la même idée, mais sans succès, car l'instrument n'offrait
Fig. 5. — Forceps ordinaire à mortaise latérale (ariiculation de Siebold).
A, articulation ; B, olive cachant un crochet aigu ; D, crochet mousse dont la hase contient un perforateur.
Fig. 4. — Forceps de Pajot à branches brisées.
plus la même solidité, tandis que Charrière, d'après les indications du docteur Pajot, arriva à briser le forceps sans rien lui faire perdre de ses qualités. Le tenon autour duquel on fait tourner une moitié des branches sur l'autre et les queues d'aronde qui, avec les petits ressorts, relient fmalement le manche à la cuiller, ne laissent rien à désirer au point de vue de la solidité [voij. fig. 4). En outre M. Pajot a fait fabriquer un petit forceps pour les cas où la tète fœtale est au détroit inférieur. Ce petit forceps n'a que 52 centimètres de longueur {voy . fig. 5).
Forceps de Briinmnghausen modifié par P. C. Nœgele. Cet instrument pèse
FORCEPS (instruments). 531
652 grammes; sa longuem- est de l)'",o79 d'après Seanzoni; de 405 d'après Naîgele et Grenser. La longuem- des cuillers est de 0'n,205 d'après Seanzoni et de 250 d'après Nœgele et Greuser ; leur plus grande largeur, non loin des extrémités, est de Al millimètres, et de là jusqu'à leur portion articulaire la largeur va en diminuant. Quand le forceps est fermé, les cuillers s'écartent immédiatement au-dessus du point de jonction en faisant un angle de 59 degrés ; fermées, elles ne se touchent pas, mais restent espacées par une distance de 0'",007 d'après Seanzoni, de 0'",Oil d'après Naigele et Grenser. La plus grande largeur du sinus formé par les cuillers se trouve à 67 millimètres de leurs extrémités et mesure éuulement 67 millimètres. Les cuillers sont fenètrées ; les bords de la face interne des cuillers sont faiblement arrondis; leur largeur est
f ig^ 2. Forceps de Pajot à clou latéral, pour Fig. 6. — Forceps de Briinninn^liausoi), modifié
le détroit inférieur, par P.-G. Najgèle.
de O'^jOO?, leur épaisseur de 0'^,005. A partir de l'articulation les cuillers sont courbées sur leur bord jusqu'à la pointe, qui s'élève de 0™, 094 millimètres au-dessus du plan horizontal sur lequel l'instrument repose.
Les manches de l'instrument sont en métal, avec une garniture de bois. Inférieurement ils se terminent par deux saillies arrondies au-dessus desquelles se trouve une profonde rainure, qui donne lors des tractions un point d'appui commode à la main placée vers cette extrémité. jVers leur extrémité supérieure, à environ 20 millimètres du point de jonction, les manches présentent chacun une saillie latérale, recourbée en forme de croissant, à concavité supérieure, qui facilite l'articulation des branches et les tractions.
Le point de jonction est construit de telle îaçon qu'il permet d'unir et de séparer facilement les branches ; la branche gauche porte un pivot surmonté
FORCEPS (INSTRL-MEIVTS).
d'une tète aplatie. Ce dernier s'adapte à une encochure que présente la branche femelle, et qui est recouverte après la jonction des branches parla tète à pivot. Le mécanisme de l'articulation est notablement facilité par la présence de plusieurs plans inclinés, dont les points les plus élevés aboutissent tous au pivot. Forceps de Simpson. Le forceps de Simpson présente une longueur totale de 35 centimètres. La longueur du manche, y compris l'articulation, est de 13 centimètres; celle de la branche, depuis l'articulation jusqu'au commencement de la courbure de la cuiller, est de 6 centimètres ; la cuiller courbée mesure 16 centimètres. La plus grande largeur de la cuiller se trouve à 12 millimètres delà pointe et mesure /(-ô millimètres. La fenêtre ail cent. 2 millimètres, sa plus grande largeur est de 25 millimètres ; la largeur de l'entaille articu-
Fig. 7 . — Foixeps de Simpson
Fig. 8. — Forceps de Stoltz.
A, forceps articulé ; B, crochets mobiles abaissés; C, bianciie gauche.
laire est de 9 nnilimètres. Le forceps étant articulé, le plus grand écartement des cuillers, qui se trouve à 75 millimètres de l'extrémité, mesure 75 millimètres. La distance entre les deux extrémités des cuillers articulées est de 25 millimètres. Ainsi qu'on le voit dans la figure 47, l'instrument de Simpson présente, entre le point où commencent l'axe et l'articulation, une portion^droite parallèle à celle du côté opposé. L'articulation est celle de Smellie, avec des saillies audessus, de façon à empêcher les cuillers de se désarticuler aisément. Le manche est celui du forceps de Ncegele.
Forceps de Stoltz, d'après la description d'Aubenas [Traite' pratique de l'art des accouchements, de Naegele et Grenser, traduit par Aubenas).
Le forceps dont se sert le professeur Stoltz depuis 1 839 est un peu moins long
FORCEPS (instruments). 553
que les forceps français en usage à Paris et un peu plus que ceux ge'neralement usités en Allemagne. Il a 42 centimètres de longueur. Il mesure, des points de jonction à l'extrémité des cuillers, 22 centimètres, et du point de jonction à l'extrémité des manches, 20 centimètres.
Les cuillers sont fcnêtrées dans l'étendue de 13 cent. 5 millimètres. La plus grande largeur des fenêtres existe à la jonction du tiers supérieur avec le tiers moven ; elle est de 2 centimètres ; le bord ou encadrement a 12 millimètres de largeur. Le plus grand écartement des cuillers qui se trouve au tiers supérieur de l'ellipsoïde est de 7 centimètres. Cet écartement ne commence qu'à -4 centimètres du point de jonction, et l'ellipsoïde ne commence qu'à 10 centimètres do ce point.
A leur extrémité, les cuillers laissent un intervalle d'un centimètre. Ce n'esl qu'à partir de l'endroit où se forme l'ellipsoïde que commence la courbure sur le bord. Les cuillers sont concaves et présentent un coup de meule à vif; la surface externe est convexe, la plus grande épaisseur de l'encadrement (la plus grande force des cuillers) se trouve au bord interne ; l'externe est mousse. 11 résulte de cette conformation et de cette disposition des cuillers :
1° Qu'elles sont plus larges qu'on ne les rencontrée d'ordinaire sur les autres forceps ;
2° Que les fenêtres sont plus ouvertes ;
5° Que la courbure sur le plat est plus prononcée ;
4" Que leur écartement le plus grand dépasse celui de la plupart des forceps connus ;
5° Que l'ellipsoïde est rapproché de l'extrémité des cuillers.
Le mode de jonction est celui à encochure et pivot mobile. Les deux branches, aplaties horizontalement à l'endroit de leur réunion, reposent l'une sur l'autre. L'inférieure présente un écrou à tète placé transversalement et à forme ellipsoïde ; la supérieure est munie d'une encochure par laquelle le pivot est exactement embrassé. En serrant l'écrou, on fixe solidement une branche sur l'autre. Immédiatement au-dessus des points de jonction, dans la partie qui se transforme insensiblement en cuiller, la branche présente le plus de force de résistance. Les manches sont garnis de bois rayé, qui forme iuférieurement deux saillies latérales, précédées d'une profonde rainure. Cette disposition donne un point d'appui à la main, placée à la partie inférieure du manche, permet, au besoin, d'appliquer un lien d'une manière solide, et enfin contribue à l'élégance de l'instrument.
Ayant eu l'occasion de regretter, enopéz'ant avec le forceps, de n'avoir pas de point d'appui à l'extrémité supérieure des manches, Stoitz a voulu profiter de la disposition des manches du forceps de Busch, qui présente des appendices aux saillies en crochet, pour y appliquer l'index et le doigt du milieu ou l'annulaire pendant l'extraction. Mais, s'apercevant que ces saillies gênent pendant l'introduction des branches et nuisent même à l'élégance de l'instrument, il a songé à les rendre mobiles, de manière à pouvoir être couchées contre les branches et à former une légère saillie qui continuât celle de la garniture en bois.
Charrière, qui a fabriqué le premier forceps de Stoitz, a parfaitement compris l'intention dû praticien. Deux oreilles ou crochets mobiles sont réunis à la partie supérieure des manches par une charnière solide et de manière que les crochets relevés forment la continuation des manches abaissés ; ils présentent deux saiirtcs larges et légèrement concaves, à bords très-arrondis, sur les-
FORCEPS (instruments-).
quels peuvent reposer les doigts d'une des mains et exercer non-seulement une grande force de traction, mais encore imprimer facilement une direction convenable à l'instrument et à la tête sans fatiguer la main.
Forceps de Thenance. Le forceps de Tlienance [Nouveau forceps non croisé ou forceps du célèbre Levret perfectionné en 1781, avec la manière de s'en servir, par Jean-Simon Thenance. Lyon, brumaire an X) est un forceps à branches parallèles dont l'articulation ne se fait qu'à l'extrémité des manches, à l'aide d'une charnière avec goupille. Les deux branches sont en outre perce'es sur leur milieu d'une ouverture ovalaire, destinée à recevoir un lacs qui complète l'articulation en assujettissant plus solidement ces deux branches l'une
Fig.9. — Forceps de Thenance à branches parallèles. Fig. 10. — Forceps de Valette à branches parallèles.
contre l'autre. Les branches de l'instrument possèdent une longueur telle, dit Thenance, qu'aucun forceps connu n'en présente de semblable.
La construction des forceps d'Assalini, de Martin le jeune, de Lazarewitch, de Valette, repose sur les mêmes principes.
Forceps de Uytterhoeven. Au commencement de ce siècle, en 1805, Uytterhoeven père, chirurgien en chef à l'hôpital Snint-Jean de Bruxelles, imagina de donner au forceps une courbure telle que les cuillers pussent être appliquée? l'une directement en avant, l'autre directement en arrière.
Baumers, de Lyon, en fît construire un semblable en 1849. Destiné à être appliqué au niveau ou au-dessus du détroit supérieur, il est très-long, et de plus la branche qui doit être placée en arrière est sensiblement plus longue que l'autre. Elles n'ont ni l'une ni l'autre de courbure serrant les bords, mais l'intérieure en offre deux sur le plat, l'une en haut pour s'appliquer sur la tête, l'aiitre en bas pour s'adapter à k symphyse.
FORCEPS (instruments). 535
Forceps de Tarnier. Dans un pli cacheté déposé à l'Académie de médecine de Paris en 1875, Tarnier décrivait un forceps permettant à l'accouclieur de tirer suivant l'axe de la filière pelvienne, laissant à la tète une mobilité presque aussi grande que dans l'accouchement naturel, et présentant une aiguille indicatrice servant à diriger les tractions. Ce forceps, présenté à la même Académie le 23 janvier 1877, a été décrit par Tarnier dans un mémoire publié en 1877, et qui eut un si grand retentissement {Description de deux nouveaux forceps, par Tarnier. Paris, 1877). Nous emprunterons tout d'abord la description de l'instrument à l'auteur lui-même, nous réservant de revenir plus loin sur ce mémoire si important.
Fig. II. — Forceps de Tarnier. — Branche de préhension et tige de traction du forceps de Tarnier
(vues séparément).
AAA, branches de préhension ; BBB, tiges de traction; C, coupe de la poignée dans laquelle s'implantent les liges de Iraclion ; G, oreille analogue à celle du forceps de Hall, pouvant s'abuisser à volonté; V, vis de pression; Z, partie arliculaire de la branche de préhension destinée à recevoir le crochet de la tige de traction ; Z', crochet de la tige de traction destiné à s'articuler avec la branche de préhension.
Le forceps de Tarnier se compose de deux branches de préhension AA, et de
(lig. 11). Celles-ci s'implantent dans une poignée
deux tiges de traction
BB
Fig. 12. — Forceps de Tarnier (vu de profil). Tiges de traction articulées au point Z avec les branches de préhension.
transversale dont la coupe est leprésenlée en G. Chacune des branches de préhension AA et des tiges de traction BB présente une partie articulaire ZZ.
Dans la fig. 12, les branches de préhension SS sont réunies aux tiges des traction II par une articulation Z, mobile dans tous les sens. On remarquera que les branches de préhension SS sont croisées et articulées entre elles enP comme le forceps ordinaire, tandis que les tiges de traction II sont parallèles comme dans le forceps de Thenance.
556 FORCEPS (i>'struments).
La fig. 15 représente le même forceps vu de trois quarts ; mais les branches de préhension y ont été écartées des tiges de traction pour mieux faire voir la disposition respective de ces tiges et de ces branches.
Quand on veut appliquer ce forceps, on commence par accoupler chacune des branches de préhension avec la tige correspondante de traction, ce qui se fait avec une très-grande facilité au moyen d'un simple crochet. On procède ensuite à l'introduction des branches de l'instrument, d'après les règles ordinaires du Manuel opératoire ; seulement, la main qui a saisi l'instrument tient en même temps une branche de préhension et sa tige de traction, tandis que l'autre main guide la cuiller dans l'intérieur des parties maternelles. Dans ce temps de l'opération, la branche de préhension est si bien accolée à la tige de traction que l'introduction de l'instrument est aussi facile qu'avec le forceps ordinaire.
Fig. 13. — Forceps de Tarnier (vu de trois quarts).
Les branches de préhension S sont à dessein écartées des tiges de traction 1 pour mieux faire voir la disposition de l'instrument; P, manche transversal, articulé avec les tiges de traction.
Une fois l'instrument introduit, on croise les branches et les tiges correspondantes ; mais avant d'articuler les branches de préhension entre elles on saisit avec la main gauche la tige droite de traction, et on la fait passer de gauche à droite par-dessus le pivot, puis on l'abandonne à elle-même. Cette tige de traction tombe alors par son propre poids.
L'articulation est alors faite d'après les règles ordinaires; si on éprouve quelques difficultés, la main pour les surmonter prend un point d'appui sur les oreilles 0 (fig. 13) ; ces oreilles peuvent être relevées ou abaissées à volonté et ressemblent beaucoup à celles que le professeur Stoltz a fait ajouter à son forceps. Lorsque l'instrument est articulé, les branches de préhension se trouvent croisées, tandis que les tiges de traction sont parallèles. Pour donner aux cuillers une prise solide sur la tête, il faut à ce moment rapprocher avec les mains les extrémités des branches de préhension et exercer sur elles une pression modérée. Une vis, allant d'une branche de préhension à l'autre, maintient les cuillers serrées sur la tète ; mais il suffit de faire tourner l'écrou de cette vis jusqu'à ce qu'il soit en contact avec la branche de l'instrument contre laquelle il vient buter, sans chercher à la serrer avec force, ce qui serait au