‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.39Chapitre 71 sur 89 · L. Un · texte numérisé non relu

L. Un

FORTIS ( l'abbé Jean-Baptiste , dit Albert). Célèbre naturaliste italien, naquit à Padoue en août 1741. Élevé au séminaire de Padoue, il entra dans l'ordre de Saint-Augustin dès l'âge de seize ans ; ses dispositions remarquables pour l'étude et son zèle infatigable lui valurent la protection spéciale de ses supérieurs, qui l'envoyèrent à Rome pour continuer ses études. Mais, ennuyé de la vie monastique, il demanda et obtint la permission de voyager, et commença par l'île de Cherso-ed-Osero, puis, de 1771 à 1774, parcourut la Dalmatie ; c'est dans ce voyage qu'il recueillit les matériaux de l'excellent ouvrage que par la suite il publia sur ce pays, et où l'histoire naturelle avait une part au moins aussi large que l'archéologie. Dans les autres voyages qu'il entreprit ensuite, il se montra non moins habile et sagace observateur, et par ses publications acquit une réputation méritée. « Tour à tour naturaliste, poëte, journaliste, bibliographe, érudit, il passait rapidement d'un sujet à l'autre. Il était très-aimable en société; mais ses idées, un peu hardies pour son temps et son pays, lui avaient fait des ennemis. 11 quitta l'Italie pendant les troubles qu'y fit naître la Révolution française, et il n'y rentra qu'après la bataille de 3Iarengo. » C'est alors qu'il fut nommé membre de l'Institut national d'Italie et préfet de la riche bibliothèque de Bologne. Fortis est mort dans cette ville le 21 octobre 1805, laissant :

I. Saggio d'Osseivazioiii sopra l'isola diCherso-ed-Osero.'Seneùa,Vil\, in-i". — W.Viaggio in Dalmazia. Venezia, 1774, 2 vol. in-8». — III. Ddla valle vulcanico-marina di Rama. Venezia, 1778, in-i". — IV. Lettere gcogiafico-fisiche sulla Calahria e sulla Puglia. Napoli, 1784. — V. Délie ossa di clefanti... de monti di liomagnano, nel Veroiiese. Vicenza, 1786,

in-8°. — VI. Del nitro minérale, 1787, in-8''. — VII. Tre Lett intorno aile produzioni

fossili dci monti Euganei. Cesena, 1791. — VIII. Délia torba que trovassi appiè de' colli Euganei. Venezia, 1795, in-8°. — IX. Mém. pour servir à l'histoire naturelle de l'Italie. Paris, 1802, 2 vol. in-8°. — X. Mémoires et articles dans divers recueils français et italiens, t.. Hk.

FOiSBROKE (John). Né à Cheltenham en 1798, fit ses études médicales à Londres, puis alla se fixer à Berkeley et plus tard à Cheltenham, pour se livrer à la pratique. Il fut nommé médecin au Ross Dispensary. Fosbroke fut un des rédacteurs du London Médical Reposilonj et de la Lancet. Il est mort en 1826, Nous connaissons de lui :

I. Practical Observations on Certain Pathological P,elations ivhich exist belween the Kidncijs, and other Organs of the Hunian Body, Especially Ihe Brain, Miicoiis Membranes

672 FOSSATI.

and Liver. Londres, 1825, in-8°. — II. Contributions lowards Ihe Médical Ilistory of the Waters and Médical Topograpinj of Cheltenham, Conlaining Directions for Drinking Ihe Waters. Cheltenham, 18'26, in-12.— III, Some Bemarks upon D'' Copland' s Paper on Chronic Inflammation of the Peritonœum. In London Médical Bepositortj. Vol. XY, 1821, n» 95. — lY. A Case of lnflam7nalion of the Mucous Membranes of the Intestinal Canal, successfuUy treated with Cuhehs, Oyde of Bismuth, and the Exlernal Application of the Tariras Anlimonii. Ibid., t. XVII, 1822, w" 102. — V. On Inflammation of the Mucous Coat of the Small Intestines. Ibid., t. XVIII, 1822, n" 103.— YI. Observations on Erythema, Occurring a fier Vaccination; with a Statemeni of D^ Jenner's Method of treating siich Cases, luith Beference to a fatal Instance of the Affection reported in the Niimber of the Repositoi-y for June. Ibid., n° 105. — YII. Bemarks on the Utility of Cubebs in Chronic Inflammations of Mucous Surfaces. Ibid., n" 108. — YIII. Lilerary and Zootomical Besearches Concerning the Origin and Consécutive Changes of Hydatiform Bodies. ILid., t. XXI, 1824, n" 122. — IX. On the Utility of the Early Opening of Suppurative Turnours. Ibid., t. XXII, 182.4, n" 128. — X. On the Use of Cubebs in ihe Treatment of Affections of the Mucous Membranes in Différent Parts of the Human Body; with Cases. Ibid., n°' 131, 152. — XI. On the Use of the Dilute Sulphuric Acid ùi Cutaneous Affections. In Edinburg Med. and Surgical Journal, t. XYIII, 1822. — XII. A Description of a Singular State of Structural Disease of the Lower Extremities of a Boy at Arundel (Sussex). Ibid., n" 73. — XIII. On Cold Af fusion in Small-Pox and on Morbus Mucosus in Connexion wUh Diabètes Insipidus. In Lancet, n" 9, 1825, n» 115. A. D.

FOSCO (Placido), de son nom latinisé Fusais. Le peu que l'on sait sur ce savant médecin italien est emprunté à l'épitaphe inscrite sur le magnifique mausolée que lui fît élever son fils dans l'église Saint-Grégoire de Rome, où il est enterré. On trouvera cette épitaphe repi^oduite in extenso dans Éloy.

Fosco naquit en 1 509 à Montefiori , près de Rimini , et mourut à Rome le i 8 mars 1574:. On ne sait dans quelle université il fit ses études médicales ; il est certain qu'il exerça l'art de guérir à Malte et dans plusieurs villes de la Sicile; sa réputation dut être très-grande : Ob admirahilem prœdicendi facultatem prognostes vocatus est, dit son épitaphe. Pie V le fit appeler à Rome et le prit pour son médecin. C'est alors qu'il composa son ouvrage : De usu et abusu astrologue in arte medica, dédié au pape, et dont l'existence ne nous est connue que par le témoignage de Manget, qui lui-même ne le connaissait que par une notice de son ami Gaudence Robert, savant religieux de l'ordre des Carmes,

Fosco avait un frèz^e, Lactance, savant philologue, chanoine de Rimini, mort en 1559. L. Hn,

FOSSATI (Jean-Antoine-Laurent). Né à Novare, petite ville de la Lombardie,.le 50 avril 1786, mort à Paris, le 20 décembre 1874, ce médecin, qui a joui à Paris d'une assez grande réputation, et qui avait pu exercer sa profession sous le bénéfice d'une autorisation ministérielle, était élève de l'Université de Pavie. Il y fut reçu docteur en chirurgie, par Scarpa, en 1807, et l'année suivante, docteur en médecine. Son arrivée à Paris date de 1820, Gall était alors dans la plénitude de sa réputation ; la phrénologie, on peut le dire, faisait tourner toutes les têtes. Fossati l'adopta avec passion. Le maître et l'élève se lièrent d'une étroite amitié; et lorsque Gall mourut (1825), ce fut Fossati qui ouvrit son corps, ce fut lui qui pesa son cerveau, et qui conserva religieusement cette curiosité anatomique dans un bocal. Aussi, presque tous les travaux du médecin italien roulent-ils sur cette science, dont les miroitages enchanteurs n'ont pas donné tout ce qu'elle avait promis. Ces travaux portent ces titres :

I. DelV epilepsia (dans les Opuscoli scientiflci di Bologna, 1826). — II. De la 7iécessité d'étudier une nouvelle doctrine avant de la juger; applicatioti de ce principe à la physiologie intellectuelle. Paris, 1827. — III. De l'influence de la physiologie sur les sciences, la littérature et les arts. Paris, 1828. — IV. De la 7nission du philosophe au dix-neuvième siècle. Paris, 1835, — V, Nouveau manuel de phrénologie par George Combe. Traduit de Tan-

FOSSES D'âISâNCES. 673

glais par FossATi. Paris, 183G, in-18. — VI. Manuel pratique de phrénologie, ou Physiologie du cerveau d'après les doctrines de Galt, de Spurziieim, et autres phrénologisles. Paris, 1845, in-18, avec 36 portraits et 0 ligures d'anatomie. — VII. Dans [' Encyclopédie d>i Didot, les articles Folie, Encéphale, Organologie. — YIII. Dans le Dictionnaire de la conversation, un grand nombre d'articles. — IX. Questions philosophiques, sociales et politiques, traitées d'après les principes de la physiologie du cerveau, Paris, 1869, in-8°.

FOSSE ILIAQUE. Voij. Iliaque (Fosse) et Bassin.

FOSSE JVASilLE. Voij. Nez.

FOSSE XAl'lCULAIRE. VoiJ. UrÈTHRE.

FOSSES D'AISAXXES ET LATRI\ES (Hygiène). I. Sous le nom de latrines, les anciens désignaient à la fois les bassins portatifs qui recevaient les excrétions el les lieux où l'on se retirait pour satisfaire au besoin d'excréter. Dans les maisons particulières, on faisait surtout usage de bassins, de chaises percées ou meubles analogues dont, tous les matins, on déposait le contenu dans la rue, en même temps que les ordures ménagères. Dans les maisons qui étaient pourvues de latrines, celles-ci s'ouvraient ordinairement dans les cuisines ; c'est du moins ce qui semble résulter des documents fournis par les ruines de Pompeï et d'Herculanum.

11 y avait à Rome des latrines publiques ou slerquilinia affermées à des titulaires appelés « foricarii », auxquels ceux qui entraient payaient une redevance. Les édifices publics en étaient le plus ordinairement pourvus.

Dans les latrines particulières, ou se servait de sièges, presque toujours en marbre dans les demeures des gens riches et dans les palais, au-dessous desquels, sans doute, se trouvaient situés les réceptacles portatifs.

Toutefois, dans les latrines publiques : il est permis de supposer qu'il n'y avait pas de siège, et que la lunette était percée au ras du sol. Cette disposition serait clairement indiquée dans les ruines de l'amphithéâtre de Nîmes et dans d'autres vestiges de monuments d'Italie (Liger). Dans ce cas, il est probable que les latrines communiquaient avec les égouts qui aboutissaient eux-mêmes dans la cloaca maxima ou grand égout collecteur dans lequel les eaux courantes, dont la ville de Rome était si largement dotée, entramaient toutes les matières : celles qu'on jetait aux ruisseaux comme celles qui étaient déposées dans les latrines ouvertes au public.

Le nettoyage de ces dernières se faisait au moyen d'une éponge fixée au bout d'un bâton.

Tout porte à croire "qu'à Rome il n'existait pas de fosses d'aisances ; mais, comme le fait remarquer Liger, dans son excellent ouvrage, toutes les villes ne se trouvaient pas situées sur le bord d'un fleuve ni pourvues d'égouts ; et l'on doit se demander comment s'opérait alors la vidange. On a découvert à Pompeï, dans quelques maisons particulières, certains petits caveaux étroits qui pouvaient bien être destinés à recevoir des récipients mobiles contenant les matières ■ fécales. Celles-ci, en admettant l'opinion de quelques auteurs spéciaux, étaient ensuite transportées dans un dépotoir situé loin de la ville.

Outre le sterquilinium, il y avait encore dans les rues et aux carrefours des villes romaines des amphores destinées à recueillir l'urine des passants. DiCT. ENC. r s. m. -45

Était-ce dans l'intérêt de la salubrité ou de l'agriculture ? C'est ce qu'on ne saurait dire.

Durant la période gallo-romaine, les choses restent en cet état. Au neuvième siècle, les monastères et les abbayes carlovingiens étaient pourvus de latrines, généralement placées dans des bâtiments particuliers et isolés (appelés : necessaria), avec lesquels on communiquait par des passages couverts. Quant à ce qui regarde les fosses : on ne trouve aucunes données sur elles jusqu'au onzième siècle.

A cette époque, la disposition des latrines est la même qu'au neuvième siècle ; et les matières excrémentitielles sont, le plus souvent, jetées sur la voie publique. Mais les fouilles de la Cité, à Paris, ont permis de reconnaître qu'il existait déjà dans l'intérieur de quelques propriétés, mais toujours en dehors du corps de logis, des trous murés à fonds perdu qui, sans aucun doute, étaient affectés à recevoir les matière fécales (Liger : Lettres sur les fouilles de la Cité).

Dans les siècles suivants, les châteaux féodaux, les monastères, les abbayes sont pourvus de latrines : tantôt placées dans des bâtiments isolés où l'on se rendait par des galeries ; tantôt disposées en encorbellement dans les angles rentrants formés par les tours et les courtines, comme cela a lieu de nos jours sur les anciennes fortifications des villes ; et dans ce cas, les matières tombaient dans le fossé extérieur. Dans quelques châteaux, il existait aussi des fosses situées au-dessous du sol, ainsi que cela se voit au château de Marcoussis (Seinc-et-Oise) qui date du troisième siècle, et à celui de Pierrefonds, où l'on trouve encore ime fosse d'aisance très-bien construite. Ces fosses étaient garnies d'une banquette €n pierre, établie, sans doute, en vue de faciliter l'opération de la vidange.

Au quatorzième siècle, les fosses d'aisances existaient à Paris dans les maisons d'une certaine importance. Elles étaient presque toujours placées près de la descente de l'escalier sous le sol des caves , et connues sous le nom de chambres aisées, fosses coises, fosses à privés, fosses de cuisine, fosses à retrait. Mais l'habitude de déposer les matières fécales dans la rue avec les immondices persiste toujours ; et les dépôts ainsi formés sont le plus souvent jetés à la rivière.

En 1533, un arrêt du Parlement « enjoint à tous les propriétaires des maisons où il n'y a point encore de fosses à retrait, d'y en faire en toute diligence et sans aucun retardement, à peine de saisie de loyers, pour en être les deniers employés à faire les dites fosses ». Cet arrêt fut repris dans le remarquable édit de François l" de 1559, dont nous croyons devoir reproduire ici les articles suivants, à cause de l'intérêt qu'ils présentent.

Art. 21 . — Enjoignons à tous propriétaires des maisons, hôtels et demeures, où il n'y a aucunes fosses à retraits, qu'incontinent, sans delay et à toutes diligences ils en lacent taire.

Art. 22. — Et enjoignons au dit prévost de Paris, et son dit lieutenant criminel, de faire exécuter récemment et défait, le contenu en ce présent article, sur les peines que dessus, dedans six mois, à compter du temps de la publication de ces dites présentes.

Art. 23. — Et à cette tin, voulons et ordonnons que les quarteniers, dixiniers et cinquaateniers soient tenus, chacun en son égard, d'apporter et mettre par escript par devers notre prévost de Paris ou son lieutenant criminel, dedans quinze jours après ladite publication, toutes les maisons de chaque quartier où il n'y a aucune fosse de retraits ; et que dedans huit jours après, soit enjoint aux

seigneurs et propriétaires desdites maisons, ou aux concierges et locatifs, pour leur faire sçavoir qu'ils ayent dedans trois mois après ladite injonction, dont sera fait registre, à faire lesdites fosses et retraits, sous peine de confiscation desdites maisons, et si elles sont aux églises et mains-mortes sous peine de privation des pensions et louages desdites maisons, pour le temps de dix ans.

Art. 24. — Et voulons qu'incontinent ledit temps à eux préfix passé, où les dits seigneurs et propriétaires n'aui^ont satisfait aux dites injonctions, lesdites maisons, toutes excuses cessantes, soient mises en notre main comme à nous -acquises et confisquées, et sans autre déclaration, fors celles des mains-mortes qui seront saisies aux lins que dessus.

Art. 25. — Et qu'incontinent sur les premiers deniers qui procéderont des loyers desdites maisons, soient en toute diligence faites lesdites fosses et retraits ainsy qu'il est ci-dessus ordonné ; le tout nonobstant oppositions ou appellations quelconques, et sans préjudice d'icelles, dont nous avons retenu la connaissance à nous et à notre conseil, sans qu'autres en puissent entreprendre aucune connaissance, que nous leur avons interdite, deffendue, interdisons et déffendons par ces présentes.

Art. 26. — Et si déffendons à tous de curer lesdits retraits, de les curer et nettoyer dorénavant sans congé de justice, sur peine de prison et d'amende

arbitraire

La coutume de Paris, en 1580, porte la même injonction ; et cette mesure devient générale dans le royaume, car on la trouve prescrite par les diverses coutumes de France : coutumes de Mantes, art. 207 ; d'Etampes, art. 87 ; du JVivernais, art. 15, chap. x; du Bourbonnais, art. 515; de Calais, art. 179; de Tournai, art. 5, titre XVII ; de Melun, art. 209.

Au seizième siècle, les fosses d'aisances étaient généralement placées, dans les maisons de ville, contre l'escalier, le plus souvent sans communication avec l'air extérieur.

Ce fut au dix-septième siècle que l'on édicta pour la première fois certaines règles relatives à la construction des fosses d'aisances, notamment en ce qui concerne l'établissement des ventouses ou tuyaux qui n'avaient pas encore été exigés. Ordonnance de 1664 : — « et d'autantplus éviter l'infection et puanteur au dedans des dites maisons , enjoignons tant auxdits propriétaires qui feront lesdites latrines et privez qu'aux maçons qui les construiront, d'y faire un contre-mur suffisant le long des tuyaux d'icelles, depuis le plus haut siège jusqu'à la fosse, si mieux ils n'aiment isoler lesdits tuyaux et laisser un espace

vide de 3 pouces entre les murs mitoyens Comme aussi leur enjoignons de

taire des ventouses qui seront conduites jusqu'au-dessus des combles. »

A cette époque encore, on avait déjà songé à rendre les fosses, sinon absolument étanches, du moins à prévenir les infiltrations dans les murs. Cette mesure importante au point de vue de l'hygiène de l'habitation, est un objet de préoccupation pour les architectes, qui ont surtout en vue la préservation du voisinage. « Les fosses d'aisances, dit Desgodets dans son traité sur les Lois du bâtiment (1748), ne doivent point être fondées jusqu'à l'eau, parce que l'eau, venant à croître et à baisser dans les terres, entraîne les matières et les urines des fosses et les fait communiquer avec l'eau des puits voisins, et les infecte.

« L'on doit paver à chaux et ciment le fond des fosses d'aisances pour y contenir les matières et urines, et empêcher qu'elles ne pénètrent au travers des terres jusqu'aux caves et puits des voisins ; et si le pavé ne suffit pas, l'on y doit

faire un massif de maçonnerie par le dessous, d'une épaisseur suffisante, ainsi qu'il est dit pour les murs, de mettre un lit de mortier sur le teri-ain ou moellon dans toute l'étendue de la fosse,

« Quelques experts font mettre un corroi de terre glaise dans le fond de la fosse, sous le pavé ; mais un massif de maçonnerie est meilleur, parce qu'il s'incorpore avec les murs et contre-murs du pourtour, étant d'une même qualité, comme aussi avec le ciment du pavé ; au lieu que le corroi de glaise ne peut faire aucune liaison avec la maçonnerie du mur et du contre-mur, en sorte que les urines et les eaux infectées se font un passage entre la glaise et les murs lorsque le ciment du pavé vient à se dégrader.

« Le moellon de pierres meulière maçonnée à bain de mortier de chaux et de ciment, est la meilleure construction que l'on puisse faire pour les murs, contremurs et massifs des fosses d'aisances. »

Vers la fin du dix-septième siècle, toutefois, les palais royaux étaient le plus ordinairement dépourvus de latrines, ainsi que les théâtres. Dans les premiers, l'usage des chaises percées était presque exclusivement adopté.

Au dix-huitième siècle, la question de salubrité des fosses d'aisances commence à préoccuper les esprits. On cherche à prendre des mesures efficaces pour empêcher l'écoulement des matières liquides dans le sol ; mais c'est toujours en vue de prévenir les dommages entre voisins. Bientôt, cependant, le sujet s'élargit : on songe à prévenir les inconvénients du méphitisme des fosses d'aisances et les dangers auxquels les ouvriers étaient exposés pendant l'opération de la vidange.

Les savants se livrent à des études et à des recherches nombreuses dans le but de désinfecter les matières. Tour à tour on propose la chaux (De Gardone, Parmentier, Cadet et Laborie) ; le feu (Lavoisier) ; le vinaigre (Combe, Blanche) ; l'acide chlorliydrique (Guyton de Morveau),

Mais déjà le moyen pratique qui prévaut, c'est la ventilation énergique.

Vers le milieu du dix-huitième siècle, il se forme une compagnie qui, sous le nom de ventilateur, entreprend de priver la vidange des fosses de l'infection qu'elle répand. Elle employait, à cet effet, un appareil consistant en une chambre de menuiserie, scellée sur l'ouverture de la fosse.

Dans cette chambre aboutissait le vent porté par plusieurs tuyères horizontales et verticales qui, soufflant de haut en bas, refoulait les gaz de la fosse vers l'ouverture où le siège d'aisance le plus voisin des toits ; tous les autres étant exactement bouchés. Au-dessus de cette ouverture, on établissait un grand entonnoir de fer-blanc servant de base à une enfilade de tuyaux qui se prolongeaient au dehors, et gagnaient le dessus de la maison.

Dans le but de rendre plus efficace le courant de ventilation des fosses d'aisances et de combattre les qualités méphitiques des gaz qui se répandaient au dehors, Laborie, Cadet et Parmentier proposèrent l'emploi d'un fourneau de terre qui se plaçait sur l'orifice supérieur du tuyau principal de la fosse d'aisances où les ouvriers du ventilateur établissaient leur entonnoir. Les gaz, en traversant la grille du fourneau, prenaient feu ; et les flammes étaient conduites au dehors par un tuyau adapté à la chape qui recouvrait le fourneau, et dont l'orifice supérieur surmontait le toit de la maison.

Outre ce fourneau, on en plaçait un second dans l'intérieur de la fosse même; et l'on établissait une communication par des tuyaux en tôle, entre ce dernier

fourneau et le conduit en poterie sur l'orifice duquel était situé le fourneau supérieur.

Ainsi amélioré, le système dit ventilateur fat officiellement prescrit pour la vidange des fosses d'aisances, non-seulement à Paris, mais aussi dans les autres villes de France. Un arrêt du parlement du 5 août 1786 ordonne « que les concessionnaii'es du système feront usage du ventilateur et des fourneaux, toutes les lois que les circonstances et la nature du travail indiqueront la nécessité de réunir les deux moyens, et que le local ne s'opposera pas à leur application. »

Vers le même temps, un architecte nommé Giraud (1786) propose l'emploi de tinettes portatives ; un autre architecte, Gourlier, parle pour la première fois de la séparation des matières liquides d'avec les matières solides (1788) ; enfin, Halle (1790) préconise l'emploi de la pompe pour la vidange des, fosses qui, jusque-là, se faisait avec le seau, à la main.

Sous l'influence de ce mouvement des esprits, si favorable à l'hygiène, toutes les maisons de Paris étaient, à la fin du dix-huitième siècle, pourvues de fosses ; et les palais qui n'en avaient point eu jusqu'alors en furent dotés.

Après avoir exposé, ainsi que nous venons do le faire, l'historique de la question des fosses d'aisances, nous devons, maintenant aborder son étude au point de vue des progrès accomplis de nos jours, et des bénéfices qui en résultent pour l'hygiène privée et la salubrité publique.

La disposition des latrines, la nature et le mode de construction de la fosse d'aisances concernent plus particulièrement l'hygiène de l'habitation ; le système de vidange employé peut être considéré à part, et étudié à la fois dans son influence sur les ouvriers vidangeurs, dans ses rapports avec l'hygiène publique et avec les intérêts de l'agriculture. C'est pourquoi nous nous occuperons spécialement, dans cet article, du premier côté de la question, c'est-à-dire des conditions d'insalubrités inhérentes à la situation des latrines et des fosses d'aisances au sein des habitations, et des moyens d'y remédier.

II. Jusqu'au dix-neuvième siècle, les fosses d'aisances étaient ordinairement à fonds perdu, c'est-à-dire perméables aux liquides excrémentitiels qui, s'infiltrant à travers les parois devenaient une cause d'inconvénients graves pour le voisinage, et une véritable source d'infection pour les eaux de la couche souterraine qui en alimentait les puits.

Bien que cet état de choses eût déjà attiré l'attention de bon nombre d'hygiénistes ; et que, au point de vue de l'intérêt des voisins, comme nous l'avons vu, on se fût même préoccupé de rendre les fosses imperméables ; ce n'est qu'en 1809 que l'administration, prenant l'initiative, prescrivit, pour la construction des fosses, des règles fixes auxquelles tous les propriétaires devaient se soumettre, €t rendit désormais obligatoires les fosses étanches. Les sages dispositions que contenait le décret de 1809 furent de nouveau prescrites par l'ordonnance royale du 17 septembre 1819, ordonnance, encore en vigueur aujourd'hui, bien que quelques-uns de ces articles aient été plus ou moins modifiés (voy. plus loin : législation des fosses d'aisances).

Ainsi, substitution de réservoirs étanches aux fosses d'aisances perméables ; et

par suite, assainissement du sol et préservation des eaux potables situées dans le

voisinage, telle fut l'importante mesure de salubrité créée par le décret de 1809.

Mais, il faut bien le reconnaître « l'établissement d'une fosse fixe étanche ne

comporte pas toujours l'imperméabilité parfaite; et l'on peut dire que, en fait,

cette dernière n'est presque jamais obtenue. La mauvaise qualité des matériaux employés, le manque de soin dans la construction, les trépidations du sol, les alternatives de pression et de dépression auxquelles sont soumises les maçonneries par suite de la réplétion et de la vidange des fosses, les chocs des outils des ouvriers contre les parois, la présence de liquides corrosifs parfois versés^ dans les latrines sont autant de causes qui déterminent, dans les murs, des fissures plus ou moins nombreuses, à travers lesquelles les matières se fravent un passage vers les terrains environnants. )) (De Frcycinet.)

D'un autre côté, avec les fosses étanches gardant à la fois les liquides et les solides, l'opération de la vidange est devenue plus fréquente; et les inconvésnie.nts qui en résultent font que dans beaucoup d'anciennes maisons on évite, autant que possible, d'en accélérer la réplétion ; de là une parcimonie des eaux de lavage qui favorise la malpropreté des sièges des latrines et des tuyaux de chute.

La fermentation des matières contenues dans les fosses couvertes donne lieu à un développement de gaz infects, d'autant jiliis considérable que la présence des liquides excrémentiels favorise cette fermentation ; de telle sorte que : si autrefois, l'opération de la vidange était plus dangereuse pour les ouvriers qui la pratiquaient à cause de l'absorption de ces gaz par les parois des fosses non étanches et leur dégagement au moment >oîi on les vidait, il y avait, en réalité, moins d'inconvénients pour la salubrité intérieure de l'habitation. Mais, avec les fosses étanches et couvertes, les gaz forcés de chercher une issue par l'orifice inférieur du tuyau de chute remontent, par ce tuyau, jusque dans les cabinets où ils pénètrent par les sièges béants ; et deviennent ainsi une cause permanente d'insalubrité pour les logements.

Voici quelle est la composition des gaz nuisibles qui s'échappent des fosses d'aisances. Erismann a trouvé qu'une fosse de 10 pieds carrés, remplie à la hauteur de 6 pieds avec des matières excrémentitielles, en tout 18 mètres cubes, laisse dégager en 24 heures : 5,67 mètres cubes d'acide carbonique, 2,67 mètres cubes d'ammoniaque, 0,02 mètres cubes d'hydrogène sulfuré et 10,45 mètres cubes de gaz carboné; ce qui fait en tout 18,79 mètres cubes de produits nuisibles. Calculant ensuite la quantité d'oxygène absorbée par ces mêmes matières en putréfaction, il a trouvé que les 18 mètres cubes de ces matières doivent eu absorber par jour : 13,85 kilogrammes.

Nous n'avons point à insister ici sur les accidents dus au méphitisme des fosses d'aisances pendant l'opération de la vidange ; nous réservant de traiter cette question dans un article spécial (voy. art. Yidaxgeurs). — Mais, en même temps que l'infection dépendant de la nature' même des gaz exhalés, nous devons signaler les dangei's sérieux que, dans certaines circonstances, de telles émanations peuvent entraîner au sein même des habitations. C'est ainsi qu'en temps d'épidémie, par exemple, des maladies telles que la dysenterie, le choléra ont pu se transmettre par leur intermédiaire.

On sait aussi ce qu'on a appelé l'origine fécale de la fièvre tyT;>ho'ide. C'est surtout dans les écoles, les hôpitaux, les casernes qu'une pareille origine a pu être invoquée, en dehors de toute transmission par l'usage comme boisson d'une eau souillée par les liquides excrémentitiels. On comprend combien, cette cause d'insalubrité doit prendre encore de l'importance quand il s'agit d'établissements spéciaux où, comme dans les asiles d'aliénés, dans les prisons, ceux qui y vivent enfermés sont condamnés à passer leur existence en présence même du siège qui doit emporter leurs déjections. On a signale' aussi les petits

enfants et surtout les nouveau-ne's, comme étant particulièrement susceptibles d'être influencés par les éraaliations de fosses d'aisances.

Mais si, d'une part, le dégagement des gaz dans les fosses couvertes et leur impossibilité de s'échapper par une autre issue que par le tuyau de chute est la cause principale de l'infection des logements ; on ne peut, d'un autre côté, s'empêcher de reconnaître que l'obstacle que l'échappement de ces gaz met à leur accumulation dans une fosse d'aisances parfaitement étanche et sans autre communication avec l'extérieur, devient une garantie contre les effets de leur propre force d'expansion. En pareil cas, en effet, on les a vus nonseulement compromettre la solidité de la fosse, mais encore parvenir à déplacer la pierre d'extraction, à la projeter même au loin, ou bien soulever et briser les sièges des cabinets en repoussant dans leur intérieur des amas de matières fécales. De tels accidents sont rares, sans doute ; mais ils ont été signalés un certain nombre de fois, le plus souvent, il est vrai, comme conséquence de l'inflammation des gaz accumulés au-dessus des matières dans la fosse. En dehors de ces cas de déflagration, il faut en rechercher la cause dans l'obstruction du tuyau de chute dont l'orilice inférieur plongeant trop bas dans la fosse d'aisances se trouve engorgé, à un moment donné, par le reflux des matières fécales elles-mêmes.

A. Chevallier a, le premier, appelé l'attention sur les accidents d'explosion l'ésultantde l'inflammation des gaz produits dans les fosses d'aisances ; accidents déjà signalés cependant dans le Journal de Paris, nov. 1778 et 1784, dans la Collection académique, t. XII, p. 53, et dans un Mémoire lu par M. Yié à la séance du 5 mars 1834 de la Société de pharmacie; mais c'est au docteur Perrin, membre de la commission des logements insalubres que l'on doit d'avoir le mieux recherché les circonstances dans lesquelles ces explosions se produisent généralement et fixé les conditions qui peuvent en rendre les conséquences plus graves.

Les gaz inflammables contenus dans les fosses sont l'hydrogène carboné et l'hydrogène sulfuré. Ces gaz brûlent au contact d'un corps enflammé, mais ne viennent à détoner que s'ils sont mélangés l'un ou l'autre, en proportion déterminée, avec l'air atmosphérique. — Pour bien se rendre compte de la nature des accidents qui surviennent en pareil cas, nous croyons utile de résumer ici quelques-unes des observations caractéristiques citées dans le mémoire de Perrin. a Observation V. Explosion survenue rue Saint-Martin : La pierre d'extraction, placée au rez-de-chaussée dans une guérite en menuiserie vitrée formant l'avant-corps de la loge, fut soulevée et complètement déplacée; en même temps qu'une flamme bleuâtre, accompagnée de fumée, s'échappa à travers le vitrage de la guérite, qui fut brisée. La pression des gaz à la surface des matières contenues dans la fosse détermina une projection violente de ces matières à travers la lunette du siège béant du deuxième étage jusqu'au plafond du cabinet, qui fut souillé dans une grande étendue. Cette fosse était sans tuyau d'évent et pleine aux deux tiers seulement. Il n'y avait de cabinets d'aisances qu'aux trois derniers étages ; le rez-de-chaussée et le premier en étaient dépourvus. Ces cabinets étaient tous à sièges béants, exposés au midi, directement aérés et éclairés sur la cour....

« Observ. YII. Explosion, rue Martel : L'accident survint le soir vers minuit, dans une fosse sans tuyau d'évent, qui ne se vidait guère que tous les cinq ou six ans, et desservant un seul cabinet d'aisances au rez-de-chaussée,

muni d'un siège hermétique en fonte dit à bascule; la porte de ce cabinet ouvre sur une petite cour. — Le visiteur qui venait de pénétrer dans le cabinet au moment de l'explosion fut jeté presque sans connaissance dans la cour. La porte d'entrée fut brisée ; ainsi que quelques vitres d'une croisée au deuxième étage. Le siège en fonte fut fortement endommagé. Quant à la pierre d'extraction formant le sol même du cabinet, elle fut soulevée au-dessus de son cadre pour retomber de champ et obliquement au-dessus de l'orifice. La détonation fut effroyable et mit en violent émoi tout le quartier, qui fut empesté pendant plusieurs heures.

« Observ. X. L'explosion eut lieu, rue de Tournon, dans une fosse sans ventilateur desservant un seul cabinet commun, à siège béant, situé au rez-dechaussée sur la cour. Au moment où la détonation se fit entendre, la personne placée sur le siège fut subitement enveloppée par la flamme et eut les cheveux brûlés. La pierre d'extraction fut soulevée et déplacée ainsi que plusieurs

pavés aux alentours Les gaz délétères, s'ècliappant en abondance de la fosse

violemment entr'ouverte, pénétrèrent dans une petite cuisine dont la porte d'entrée donnait précisément sous le hangar voisin dans lequel la pierre d'extraction était située; et de là, arrivèrent dans une chambre à coucher contiguë dans laquelle deux personnes, le mari et la femme, reposaient. Il était trois heures du malin, quand tout à coup ces deux personnes se réveillèrent suffoquées, étourdies, à demi asphyxiées; ce qu'elles attribuèrent, dans l'ignorance où elles étaient de l'explosion qui avait eu lieu vers minuit, à quelque fuite de gaz. — Mais bientôt, n'y pouvant tenir, elles durent se jeter liors du lit et se traîner en chancelant comme des gens ivres jusque dans la rue, où ils purent enfin respirer à l'aise et revenir peu à peu à elles-mêmes, après avoir éprouvé des nausées et des vomissements et reconnu le genre d'accident auquel elles venaient d'échapper. »

11 résulte de l'enquête faite à Paris par la commission des logements insalubres que la condition essentielle, à peu près exclusive, dans laquelle ces explosions se produisent : c'est le défaut constant de ventilation de la fosse, non pourvue de tuyau d'évent, comme le prescrit l'ordonnance du 24 septembre 1819 (voy. plus loin Législation des fosses d'aisances).

Dans le cas où l'explosion arrive dans une fosse pourvue de tuyau d'évent, c'est que ce dernier ne donnait lieu qu'à une ventilation insuffisante, soit par défaut d'élévation et de tirage, soit par obstruction plus ou moins complète de son orifice inférieur descendant trop bas au-dessous de la voûte, contrairement aux règlements.

On comprend aussi quelle condition aggravante entraîne la présence fâcheuse des pierres d'extraction dans des espaces clos et fermés, tels que le cabinet luimême, les cours couvertes, les remises, cuisines, magasins, ateliers, loges de concierge, etc. L'enquête démontre que c'est toujours dans l'un de ces cas que les plus graves accidents se manifestent, et qu'aux dangers de l'explosion peuvent s'ajouter ceux de l'incendie et de l'asphyxie.

En ce qui concerne la cause déterminante de l'explosion, un fait paraît acquis jusqu'ici, c'est que toutes les fois qu'on a pu se rendre compte des conditions dans lesquelles cet accident a eu lieu, on a constaté ou qu'une lumière avait été approchée du siège béant, ou qu'un corps enflammé (morceau de papier ou allumettes) y avait été projeté.

Il est des cas cependant où le fait n'a pu être établi. Faut-il alors admettre

l'inflammalioii spontanée des gaz que renferme la fosse d'aisances? Celte opinion, émise pour la première fois par Bartlioldi, partagée par quelques architectes, aurait besoin d'être justifiée.

m. En reconnaissant que la cause essentielle de tous les inconvénients que nous venons de signaler réside dans la production de gaz nuisibles, s'élaborant et s'accumulant dans les fosses d'aisances; il est évident que l'on devait songer tout d'abord, comme mesure de préservation, à créer une voie d'échappement à ces gaz ; en d'autres termes, à pratiquer dans la fosse une ouverture ou évent.

C'est en effet la raison qui fit prescrire vers le milieu du dix-septième siècle la création de ventouses ou tuyaux d'aérage. Tel est le point de départ de la ventilation des fosses d'aisances, qui n'a cessé, dès lors, d'être regardée comme le meilleur système de désinfection à mettre en pratique ; et que les progrès accomplis de nos jours permettent d'installer dans les conditions les plus favorables.

C'est l'étude de cette ventilation que nous devons présenter dans son ensemble, c'est-à-dire dans ses rapports : d'une part avec la fosse et le tuyau de chute, de l'autre avec les sièges et les cabinets d'aisances.

Il ne suffit pas qu'une fosse soit munie d'un tuyau d'évent ou d'aérage pour qu'il s'établisse un courant de ventilation convenable ; il faut encore que ce courant entraîne les gaz nuisibles à l'extérieur par le tuyau d'évent, et non dans l'intérieur des habitations par le tuyau de chute. Or, le sens du courant varie suivant certaines circonstances qui dépendent à la fois de la longueur des tuyaux d'évacuation, de leur direction, de leur prolongement au-dessus du sommet des maisons ; suivant le nombre, l'installation et la surface d'orifice des sièges ; suivant le degré d'ouverture ou de fermeture de ces sièges ; suivant l'emplacement et la disposition des cabinets d'aisances; suivant enfin des conditions déterminées de température extérieure, de pression atmosphérique et de direction favorable ou défavorable des vents régnants.

On doit à M. Hennezel, membre de la commission des logements insalubres, une remarquable étude sur les conditions de salubrité que réalise la présence du tuyau d'évent dans les fosses d'aisances. Il résulte des expériences faites à ce sujet que la communication que le tuyau d'évent établit entre la fosse et l'air extérieur, a pour principal effet d'amener l'équilibre de pression et l'uniformité de composition- entre les gaz de l'intérieur de la fosse et ceux de l'atmosphère. Ce résultat qui ne se produit que lentement, surtout quand le tuyau d'évent est très-long, suffit pourtant pour empêcher que les gaz délétères de la fosse ne s'accumulent et ne fassent une irruption brusque dans l'intérieur des habitations dès qu'ils peuvent trouver une issue de ce côté ; ou bien, dans le cas contraire, ne parviennent à soulever et à déplacer la pierre d'extraction. Il suffit encore pour éviter que ces gaz ne se retrouvent dans les proportions de mélange détonant, et pour prévenir ainsi les accidents d'explosion sur lesquels nous avons insisté. On ne connaît que fort peu d'exemples de fosses d'aisances poui'vues de tuyau d'évent où l'on ait eu à signaler des accidents de ce genre. On comprend, dès lors, combien il sera utile de donner une largeur convenable à ce tuyau, et d'empêcher, qu'en descendant trop bas dans la fosse, il ne vienne à être obstrué par les matières fécales.

On a fait cependant aux tuyaux d'évent le reproche de favoriser, par l'air qu'ils apportent, la fermentation des matières putrescibles de la fosse, et d'amener, par suite, une production plus abondante de gaz méphitiques, qui, rejetés dans l'atmosphère ambiante, porteraient atteinte à la santé publique en con-

tribuant à vicier l'air respirable. Il est incontestable aussi que, dans bien des circonstances, le tuyau d'évent donne lieu à un courant d'air venant du dehors et agissant en sens contraire de l'évacuation, de manière à favoriser le transport des gaz de la fosse dans l'intérieur des logements.

Ce sont là des objections auxquelles ont répondu à la fois les expériences et l'observation. M. Hennezel a été amené à conclure que: dans une fosse ventilée, le dégagement des gaz est peu considérable par suite du refroidissement de l'air de la fosse, refroidissement qui est loin d'être favorable au travail de fermentation. En ce qui concerne le courant d'évacuation, la principale condition à laquelle le tuyau d'évent doit satisfaire pour produire un bon effet, c'est que l'air y prenne une température qui soit supérieure à la température moyenne de la colonne d'air qui doit venir le remplacer dans la fosse.

D'Arcet est le premier qui spécifia cette condition essentielle du bon fonctionnement des tuyaux d'évent. Dans un rapport fait, en 1822, sur l'assainissement des fosses d'aisances et la construction des latrines publiques, il indiqua les moyens nécessaires pour arriver au meilleur résultat pratique. Établir un appel dans la cheminée d'évent en dilatant par la clialeur l'air qu'elle contient, tel fut le principe posé par ce savant hygiéniste.

Pour obtenir cela, il conseilla d'échauffer le tuyau d'évent en le faisant passer aussi près que possible du foyer de la cuisine principale ; puis le long des corps de cheminée dont il est facile d'utiliser la chaleur perdue. Pour le plus grand nombre de cas, celte indication est celle qui conduit certainement à la solution la plus pratique et la plus favorable.

Malheureusement, beaucoup de constructeurs ne voient dans l'établissement du tuyau d'évent qu'une prescription réglementaire à laquelle ils ont à satisfaire; et ne se préoccupent pas assez des conditions nécessaires pour que cette prescription soit utilement remplie. Le plus souvent, pour éviter les frais, tout en se conformant aux règlements, ils font monter ce tuyau le plus directement possible; il en résulte que ce tuyau est un tube inerte constituant, dans toute l'acception du mot, une simple route ouverte aux gaz, qui peuvent la parcourir dans tous les sens.

Il est un autre procédé d'application de la chaleur à la ventilation des fosses, dont le fonctionnement peut être assuré, de même que le précédent, par des dispositions adoptées lors de la construction primitive. C'est ainsi qu'on peut faire déboucher le tuyau d'évent dans une cheminée. Mais dans ce cas-là, il est indispensable que le foyer de cette cheminée soit presque constamment en activité ; car si l'aspiration ne saurait être continue, il faut, du moins, qu'elle soit assez répétée pour prévenir toute mauvaise odeur. A Lille, par exemple, cette mesure a été rendue obligatoire par la commission des logements insalubres. Les foyers de cuisine restent, en effet, allumés durant tout le jour et sont éteints la nuit seulement ; mais les tuyaux de cheminée ont été suffisamment échauffés pour conserver, de la veille au lendemain, une température favorable à l'aspiration des gaz.

Lorsque les dispositions locales ne permettent point de dilater de cette façon l'air du tuyau d'évent, il faut avoir recours à la combustion du gaz de l'éclairage pour en obtenir réchauffement.

Hennezel s'est livré à des recherches pour connaître, au juste, quelle était l'influence des becs de gaz que l'on fait brûler dans le tuyau d'évent dans le but de produire une aspiration utile. Il a trouvé que l'on pouvait arriver à

aspirer jusqu'à 1800 litres d'air par litre de gaz brûlé au moyen de becs de faible consommation (26 litres à l'heure).

Pour que le résultat obtenu soit le plus favorable, il est bon que le bec de gaz soit alimenté par l'air même qui circule dans le tuyau d'évent. Mais ce procédé, très-avantageux au point de vue du tirage, peut donner lieu à de graves inconvénients. Ainsi, par exemple, si le bec est laissé ouvert sans être allumé : le tuyau se remplira promptement d'un mélange explosif; si encore, une cause quelconque amenait le dégagement subit d'une grande quantité de gaz de la fosse : il y aurait à craindre que ces gaz ne vinssent à faire explosion au contact de la flamme. De semblables accidents, très-rares il est vrai, peuvent être prévenus en entourant le bec de gaz d'une enveloppe en toile métallique semblable à celle de la lampe de Davy ; ou bien encore en plaçant simplement au-dessous de lui un diaphragme de cette même toile métallique.

Dans quelques circonstances, on s'est servi, avec avantage, d'un réchaud plein de braise, introduit dans le tuyau d'évent. On pourrait encore diriger dans ce tuyau la fumée d'un foyer spécial ; et dans les maisons où le gaz existe, il sera toujours facile de faire concourir les becs à la ventilation, en recevant les gaz de la combustion dans une conduite débouchant dans le tuyau d'évent pourvu d'une toile métallique.

A côté de l'emploi de la chaleur comme procédé artificiel de ventilation des fosses d'aisances, nous devons placer les appareils mécaniques utilisant la force du vent.

On trouve dans le mémoire de Hennezel un certain nombre d'expériences favorables à l'emploi du ventilateur à force centrifuge pour la ventilation des fosses d'aisances. L'appareil expérimenté est l'appareil de Toussaint-Lemaistre. Cet appareil se compose de quatre palettes droites qui aspirent les gaz de la fosse et les refoulent vers l'orifice supérieur du tuyau d'évent. Le mouvement est le plus généralement imprimé au ventilateur par un mécanisme d'horlogerie dont le moteur est un poids ou un ressort. L'obligation oii l'on se trouve de remonter le mécanisme, soit tous les jours, soit même à des intervalles plus rapprochés, constitue un inconvénient grave à son emploi. Toutefois, il faut reconnaître que l'appareil fonctionne bien et enlève rapidement toute odeur lorsqu'il est l'objet d'une surveillance active de la part des intéressés ; et lorsque la prise d'air qui l'alimente est assez convenablement choisie, pour que la fosse entière soit balayée par les couches d'air ainsi renouvelées.

Le moyen le plus pratique de faire concourir l'action des courants atmosphériques à la ventilation des fosses d'aisances consiste à placer au sommet du tuyau d'évent des ajutages de formes diverses. Ces ajutages doivent recevoir le vent, quelle que soit sa direction, et transformer la direction généralement horizontale du courant d'air en une direction verticale de manière à produire une aspiration sur le |tuyau. Celui-ci doit s'élever assez haut pour que l'ajutage se trouve au-dessus du faite de la maison et de ceux des maisons voisines.

Nous citerons parmi les appareils les plus convenables : la girouette à gueule de loup; le bonnet de prêtre ; h mitre dite para fumée du système Gilles, qui se compose de plusieurs chapeaux superposés, l'aspirateur Noualhier ; le simple chapeau à forme de tronc de cône : ce dernier, très-obtus, est mobile en tous sens autour du sommet et s'appuie sur l'orifice du côté où souffle le vent, en laissant l'autre côté libre. (Voy. article Ventilation.)

Dans le système Flament, appelé appareil atmosphérique à évent, l'aspira-

teur ventilateur, placé sur le luyau d'évent,est muni de chambres circulaires où l'air vient exercer une pression sur un espace annulaire ménagé à l'intérieur. L'air du tuyau, rempli de miasmes, et déjà beaucoup plus léger que l'air extérieur, est soulevé par cette pression ; et les courants atmosphériques, fussent-ils renversés, favorisent la colonne ascendante.

Avec les divers procédés de ventilation que nous venons de passer en revue, on évite le plus souvent le renversement du courant d'air ; et en mettant ainsi obstacle au courant descendant, on prévient, en grande partie, l'infection des logements. Mais il est rare qu'ils suffisent à la ventilation parfaite d'une fosse quand celle-ci communique avec l'extcTieur par plusieurs sièges béants. Le plus souvent, l'aspiration alimentée par un orifice est contrariée par un autre ; de telle sorte que l'air entre dans la fosse par un cabinet, placé au rez-de-chaussée par exemple, tandis qu'une partie des gaz méphitiques s'échappent par les sièges des cabinets situés aux divers étages ; et vice versa.

On peut remédier à cet inconvénient, en ne laissant ouvert qu'un seul orifice et en obturant tous les autres sièges des cabinets d'aisances par des appareils hermétiques. Mais, ainsi que nous le verrons plus loin, il ne faut pas exagérer l'efficacité de ce moyen, au point de négliger la ventilation. Bien au contraire, doit-on encore mieux, dans ces cas là, maintenir le fonctionnement des tuyaux évacuateurs, afin qu'il y ait toujours un appel produit sur le siège au moment de l'ouverture des appareils.

Dans certaines circonstances, cependant, l'action ventiiatrice des foyers peut être assez énergique pour faire sentir son effet sur plusieurs sièges béants. C'est ainsi que, dans quelques établissements où la losse est mise en communication avec la cheminée des appareils à vapeur, l'aspiration qui se produit agit à la fois d'une façon efficace, sur plusieurs sièges béants situés à divers étages et fréquentés par un assez grand nombre de personnes. Il y a plus : le gaz de la fosse, se trouvant alors en contact avec les gaz provenant de la combustion de la houille, les matières organiques qu'ils renferment sont détruites ou transformées de manière à perdre toute action méphitique.

Avec les aspirateurs mécaniques, l'expérience démontre qu'on ne saurait, en aucun cas, sufhre à la ventilation de tous les sièges. C'est alors surtout qu'il importe qu'un rapport convenable soit établi dans la fosse, entre les orifices des tuyaux adducteurs et les orifices des tuyaux évacuateurs.

La surface des premiers ne doit pas dépasser deux ou trois fois la surface des seconds.

Par tuyau évacuateur, il faut entendre non-seulement le tuyau d'évent, mais aussi le tuyau de chute quand ce dernier est prolongé au-dessus du faite des maisons. On a reconnu, par expérience, qu'il y avait avantage à donner au tuyau de chute cette disposition, et même à y adapter un ajutage comme au tuyau d'évent, ou bien encore un simple couvercle surélevé qui prévient le refoulement du vent dans le tuyau. Il faut, en tout cas, que l'on puisse y déterminer un courant ascendant. Or, c'est ce qui arrive le plus souvent, parce que, se trouvant ordinairement engagé dans k construction intérieure, il est moins accessible au refroidissement que le tuyau d'évent.

11 convient donc, lorsque l'orifice de ce dernier sera reconnu insuffisant, de prolonger et d'ouvrir le tuyau de chute, qui devient ainsi à la fois un tuyau adducteur des matières et un tuyau d'évacuation pour les gaz méphitiques. D'ailleurs, comme le fait justement remarquer M. Potier, dans le cas où les

sièges sont munis d'appareils hermétiques fonctionnant bien, il est évident que la prolongation du tuyau de chute ne saurait offrir aucun inconvénient ; si, au contraire, les fermetures sont mal établies, et qu'il se fasse une aspiration des gaz de la fosse vers les cabinets, la prolongation du tuyau de chute offrant à ceux-ci un écoulement facile atténuera l'infection des cabinets ; et même pourra déterminer une ventilation des sièges, en établissant un appel ascendant dans ce tuyau.

lY. Les premiers appareils que l'on appliqua à la fermeture des orifices des lieux furent, sans aucun doute, les cuvettes à l'anglaise, « ainsi appelées, dit l'auteur de l'article Lieux du Dictionnaire de l'Encyclopédie, parce que c'est aux Anglais qu'on en doit l'invention ». Une valve ou soupape fermait l'orifice inférieur de ces cuvettes, qui étaient munies, pour la plupart, d'un petit réservoir d'eau destiné à en opérer la propreté.

Quelle que soit la manière dont fonctionnaient ces appareils, il est évident que l'on peut y retrouver le germe de tout ce qui a été fait depuis ; mais il y a loin de ce système primitif aux procédés actuels.

Leur usage fut longtemps à se répandre en France ; et Mérat, dans son article Latrines du Dictionnaire des sciences médicales, ne les cite que comme étant d'un emploi très-exceptionnel et ne donnant qu'un résultat fort médiocre comme moyen d'obturation.

Au commencement de ce siècle, on se servait généralement pour fermer l'ouverture du siège d'un tampon surmonté d'un anneau qui se plaçait sur la lunette et se relirait au moyen d'un crochet. En 1819, ainsi que le constate l'ordonnance publiée à cette époque sur la construction des fosses, la plupart des sièges étaient encore à bonde ou à trémie. Mais les bondes, tampons, trémies, étaient loin d'empêcher l'émanation et l'irruption des gaz; et l'on ne tarda pas, sous l'empire du mouvement qui poussait tant de bons esprits à s'occuper des intérêts de la salubrité publique, à songer aux moyens pratiques d'obtenir la fermeture hermétique des lunettes des lieux.

Divers moyens furent alors proposés, entre autres le calfeutrage des cuvettes et l'application de bourrelets à l'abattant du siège, mais on revint bientôt au système de soupape obturatrice; et un certain nombre d'appareils, conservant le nom de cuvettes à l'anglaise, furent successivement préconisés.

Nous ne saurions entrer ici dans la description particulière de chacun de ces appareils. Au point de vue pratique comme au point de vue hygiénique, on peut, selon nous, les diviser en trois classes.

Une première classe comprend tous les systèmes dans lesquels la valve ou soupape obturatrice est mise en mouvement par l'intermédiaire d'un levier servant de clef, ou d'une manivelle (fig. 1). Le plus simple de tous se compose d'une soupape creuse qu'on abaisse à volonté, à l'aide d'un levier qu'on tire à soi et qui remonte d'elle-même en obéissant à un contre-poids. Ce système a quelques inconvénients qui lui sont propres. Ainsi, le tirage de la tige n'étant point fait perpendiculairement, le mécanisme est sujet à se détraquer; ce qui fait que la fermeture hermétique n'est pas longtemps conservée. D'autre

P'ig. 1. —Cuvette à soupape.

part, le contre-poids en fonte de fer fixé à la valve par des rivets est susceptible de se détacher ; et en tombant dans les tuyaux de descente de les obstruer.

On a cherché à se mettre à l'abri de pareils inconvénients en modifiant le mécanisme de ces appareils.

Dans l'appareil Gaudinat, le contre-poids en fonte de fer est remplacé par un contre-poids en plomb fondu avec la tige même qui, par ce fait, permet un tirage perpendiculaire. Dans le système Guinier, la tige carrée, au lieu d'être ronde, est contenue dans un coulisseau qui lui sert de guide, de sorte que le tirage est toujours exactement perpendiculaire,

A côté des appareils à soupape se placent les appareils dits à couteau dans lesquels une plaque de métal que l'on fait jouer obliquement ferme exactement la cuvette. Nous citerons, parmi ces derniers, le système Leguay où l'on fait manœuvrer la tige d'arrière en avant.

Il n'est pas difficile de comprendre combien l'insouciance ou la maladresse de celui qui opère peuvent porter atteinte au mécanisme de ces appareils, et par suite à leur rôle hygiénique. Dans les appartements particuliers, où les intéressés exercent à leur sujet une surveillance des plus sérieuses, de tels appareils remplissent pendant encore assez longtemps leur office utile. 11 n'en est pas de même pour les sièges accessibles à un grand nombre de personnes. Aussi a-t-on cherché à les remplacer dans les latrines communes par un système qui ne demande pas le tirage à la main. Ce système est le système dit : à bascule qui caractérise la seconde classe des appareils hermétiques.

Ces appareils sont de deux sortes : dans les uns, le mécanisme est mis en mouvement par le poids de l'individu qui opère ; dans les autres, la valve obturatrice ne s'abaisse plus sous le poids des personnes, mais sous le poids même des matières excrétées.

Parmi les premiers, nous citerons l'appareil Havard sur lequel on opère accroupi, et qui est surtout destiné aux lieux communs. Cet appareil dont le mécanisme est excellent, a néanmoins l'inconvénient de tenir abaissée la soupape, pendant tout le temps que l'on reste sur le siège ; d'où il résulte que pendant ce temps plus ou moins long, les émanations de la fosse peuvent remonter et produire momentanément l'effet que l'on veut éviter.

L'appareil Havard s'applique au niveau du sol. Mais il est des sièges à bascule qui peuvent être placés dans tous les locaux et à tous les étages, et sur lesquels on peut opérer assis. Tels sont entre autres les systèmes Pion et Cazauhon dont le mécanisme est h. engrenage ; modification heureuse qui empêche les mouvements précipités qui détériorent les appareils, assure à son fonctionnement une grande régularité et diminue de beaucoup l'étendue du déplacement de la plaque mobile, ce qui est un avantage incontestable au point de vue de l'hygiène.

La seconde catégorie des appareils à bascule comprend les appareils Rogier- Mothes (fig. 2). Ces appareils, comme les précédents, s'appHquent aussi bien aux sièges d'appartement qu'aux sièges destinés aux latrines communes des rezde-chaussée. Dans le premier cas, l'appareil est placé au niveau du sol ; et audessus, se place une cuvette en hausse dans la hauteur du siège. Dans le second cas, l'appareil posé au ras du sol se trouve dans l'épaisseur de la voûte de la fosse ; ou ce qui est mieux, est disposé au bas do tuyau de chute de manière à fonctionner dans le vide de la fosse. Pour les sièges d'appartement, on peut, à la fois, garnir et la cuvette et l'extrémité inférieure du tuyau de chute de ce

même système. On intercepte ainsi le passage des gaz méphitiques qui s'élèvent de la fosse ; tandis que ceux qui s'exhalent dans le tuyau de chute vont chercher une issue par l'ouverture de ce dernier au-dessus des toits.

Fig. 2. — Système Rogier-Motbes.

A, appareil avec la valve au repos, avant le dépôt des matitres; B, appareil avec la valve abaissée.

Malgré les avantages que ces appareils présentent, on doit leur reprocher comme inconvénient sérieux de ne précipiter les matières dans le tuyau ou dans la fosse que lorsqu'elles ont un certain poids ; et par conséquent de les laisser séjourner sur la valve lorsqu'elles n'ont pas atteint le poids voulu. C'est là, on le comprend, une cause fréquente d'infection pour les sièges.

De tels inconvénients, toutefois, peuvent être palliés en donnant aux divers appareils que nous venons de passer en revue un effet d'eau; en d'autres termes, en leur adjoignant un réservoir d'eau qui se vide dans la cuvette, soit au moment même où la valve bascule sous le poids de la personne qui opère, perfectionnement des plus heureux au point de vue de l'hygiène; soit, à volonté, par l'intermédiaire d'une soupape mise en mouvement par un cordon que l'on tire, ou par une poignée tournante.

L'eau présente cet avantage incontestable d'entretenir la plus grande propreté dans les appareils et dans les tuyaux de chute ; mais la parcimonie à cet égard, est souvent exigée par les dimensions et la nature de la fosse fixe ou mobile à parois étanches, dont on craint de rendre la vidange trop fréquente. Avec les îbsses fixes ou mobiles, munies d'un système spécial qui permet la séparation des liquides et leur écoulement dans des réservoirs ou dans les égouts, pareille chose n'est point à craindre ; et l'insuffisance de lavages ne saurait être excusée dans ce cas, que par le manque d'eau nécessaire.

Lorsque l'appareil fonctionne assez bien pour permettre à une certaine quantité d'eau de séjourner dans la cuvette après l'expulsion des matières ; cette eau forme comme une soupape liquide qui empêche les mauvaises odeurs de pénétrer dans les appartements. Un pareil résultat, cependant, n'est guère obtenu avec les systèmes à tirage ou à bascule, par suite de l'intermittence de leur fonctionnement et des détériorations rapides que subit leur mécanisme.

Mais il est en tout autrement avec les cuvettes à siphon ou à fermeture hydraulique qui forment la troisième classe des appareils hermétiques.

C'est en Angleterre, surtout, que ces derniers appareils sont d'un usage trèsrépandu. Disons tout de suite que c'est grâce à la disposition des latrines, qui, à Londres comme dans la plupart des villes anglaises, communiquent directement avec les égouts ; et grâce aussi à la quantité prodigieuse d'eau mise à la disposition des habitants, que ce système de fermeture hydraulique doit d'être généralement employé.

Fig. 3. — Cuvelle à siphon.

Le plus ancien et le plus simple des appareils de celte classe est la cuvette à siphon simple constituée par une cuvette de fonte ou de poterie en forme d'entonnoir que termine un siphon recourbe', de telle sorte qu'un niveau

d'eau permanent peut y séjourner et en oblitérer l'extrémité inférieure (fig. 5). Cette nappe d'eau obturatrice n'est point assez souvent renouvelée dans cet appareil ; et bien qu'elle se laisse traverser facilement par les matières excrémentitielles solides ou liquides, elle n'en finit pas moins par être souillée et donner lieu à des émanations désagréables.

Avec la cuvette système Jennings cet inconvénient n'existe plus. Ce qui caractérise ce système : c'est d'offrir dans son mécanisme tous les avantages d'un double siphon dont l'eau du premier se renouvelle en entier, au grand bénéfice de l'hygiène, chaque fois que l'on vient d'opérer. La cuvette Jennings est en laïence blanche et présente la forme d'un cône recourbé. Son ouverture mesure 0'",40 de long sur 0",35 de large. Au-dessous, et faisant corps avec elle, est placé un siphon renversé aboutissant au tuyau de chute.

La communication entre la cuvette et le siphon peut être établie ou interceptée à volonté par la manœuvre d'un tampon, qu'on soulève à la main au moyen d'une tige ou d'un bouton.

La cuvette est maintenue à moitié pleine d'eau, de telle sorte que les matières tombent directement dans l'eau, et ne peuvent que très-rarement salir les parois. Aussi, la cuvette se conserve-t-elle toujours propre et blanche, sans^ nettoyage spécial. Lorsqu'on soulève le tampon, l'eau existant dans la cuvette se précipite dans le siphon ; et de là, dans le tuyau de chute, entraînant les matières, sans qu'il puisse s'établir, avec la fosse, de communication pouvant donner issue aux gaz.

Lorsque le tampon retombe sur son siège, la soupape d'admission s'ouvre d'elle-même et donne passage au Ilot d'eau qui vient de nouveau remplir la cuvette.

Ce système prévient donc d'une manière absolue l'arrivée des émanations insalubres ; mais il a le désavantage de nécessiter une consommation d'eau considérable , environ 7 à 8 litres par manœuvre ; et de plus il est assez fragile et d'une fabrication difficile, parce que la cuvette et le siphon sont en porcelaine et d'un seul morceau.

Afin de remédier à ces inconvénients, M. Dumuis a apporté dans la construction de la cuvette Jennings des modifications qui permettent au système de réunir toutes les conditions nécessaires de propreté et de salubrité, en même temps qu'elles le rendent d'un emploi plus facile. Dans l'appareil ainsi perfectionné, le tampon de fermeture qui se trouve dans un cylindre latéral à la cuvette a été remplacé par une valve qui vient s'appuyer sur la cuvette ellemême. Le volume d'eau est ainsi réduit à 3 ou 4 litres, et, de plus, le départ des matières devient plus facile (fig. 4). Quant à la cuvette et au siphon, qui.

clans l'appareil Jeiiniiigs, formaieat une seule pièce : ils sont remplacés par une cuvette en fonte émaillée, se'parée du siphon e'galement en fonte, ce qui rend à la fois l'appareil plus solide, et sa fabrication moins compliquée.

La grande dépense d'eau qui est nécessaire pour le fonctionnement des appareils à siphon leur donne à tous les points de vue une importance hygiénique incontestable. Mais ils ne sauraient guère être employés que concurremment avec la facilité de disposer d'une quantité d'eau suffisante, et qu'à la condition aussi de se débarrasser facilement des eaux de lavage. On comprend ainsi la généralisation de leur emploi à Londres, où toutes les latrines des maisons sont abondamment pourvues d'eau et communiquent par un système de canalisation souterraine avec les égouts coUecteuis.

Avec les fosses fixes et ctauches, qui sont encore plus nombreuses, il n'en saurait être de même, par suite de l'obligation où l'on est alors dé répéter fréquemment la vidange. Mais avec les fosses munies d'un séparateur des liquides, il y aura plus souvent avantage à se servir des appareils à siphon ; surtout pour les sièges d'appartement. Quant à leur adaptation aux sièges fréquentés par un grand nombre de personnes, il y a à craindre à la fois la détérioration rapide du mécanisme et le peu de ménagement pour l'eau, alors qu'il en faut déjà une quantité si considérable. Cependant ce système approprié à ce genre de sièges aurait, il faut le reconnaître, un avantage réel sur tous les appareils à simple bascule qui ont l'inconvénient d'être malpropres; et qui, bien que fermés aussi hermétiquement que possible, laissent encore échapper les mauvaises odeurs.

C'est ce que M. Dumuis a cherché à prévenir, en ajoutant à son système de fermeture hydraulique un mécanisme à bascule. Le siège commun est alors alimenté par un robinet automatique qui s'ouvre et laisse écouler l'eau de lavage, sous le poids du corps. Nous citerons encore comme susceptible d'application aux sièges des latrines communes l'appareil 7îe?ia2<x, qui est un simple siphon en fonte avec fermeture hydraulique permettant de limiter la dépense d'eau dans une proportion déterminée.

Dans certaines circonstances enfin, ainsi qu'on l'a fait avec le système Roirier- Mothes, on a adapté la fermeture hydraulique au bas du tuyau de chute; on se met ainsi tout à fait à l'abri des émanations provenant de la fosse.

Pour terminer tout ce qui a trait aux appareils hermétiques des siëges d'aisances, nous ajouterons que le mécanisme de la plupart de ces appareils est souvent mis hors de service, après un court espace de temps, par les émanations de la fosse ou l'action des liquides acides qui rongent et détériorent les pièces qui la composent. Aussi, quelques constructeurs ont-ils placé le mécanisme de leur appareil à l'extérieur ou dans une enveloppe protectrice. Tel est, par exemple l'appareil Havard-Loyer.

En somme: avec un système hermétique quel qu'il soit, on a toujours à DICT. ENC. 4° s. III. 44

Fig. 4. — Cuvelte système Dumuis.

690 FOSSES D'AIS-VNCES.

craindre la détérioration plus ou moins rapide du mécanisme, soit par usure, soit par manque de soins ou même par malveillance, alors surtout qu"il s'agit de cabinets communs ; de sorte que l'on peut conclure que : tout en reconnaissant la valeur des perfectionnements apportés aux nouveaux appareils, ils ne seront jamais, sous le rapport hygiénique, qu'un palliatif insuffisant qui ne saurait, en aucun cas, faire négliger l'établissement d'une bonne ventilation.

V. Cabinets d'aisances. Les causes d'insalubrité des cabinets d'aisances sont à la fois extrinsèques et intrinsèques. Les premières ne sont autres que les émanations qui proviennent de la fosse ou du tuyau de chute ; les secondes sont la conséquence de la mauvaise disposition et de la malpropreté des cabinets.

Nous avons passé en revue les moyens employés pour empêcher les gaz nuisibles de remonter dans les logements ; et c'est là, il faut le reconnaître, la partie importante de la question hygiénique. Nous n'avons donc pas à y revenir, du moins pour ce qui regarde la ventilation de la fosse et des tuyaux, ainsi que les procédés d'obturation des sièges.

Quant à l'emploi des désinfectants pour prévenir la formation ou amener la destruction des gaz infects, nous en ferons plus loin l'objet d'une appréciation générale. Mais avant de présenter les considérations d'hygiène spéciales aux cabinets d'aisances, nous devons dire un mot des conditions que doit remplir le tuyau de chute lui-même.

« Le mauvais état de ce tuyau, en effet, est souvent une cause d'infection ; il se fait quelquefois en poterie mal cuite, dont les joints ne sont pas ajustés exactement ; de plus, le moindre tassement dans la construction produit des fissures dont la réparation est coûteuse. Les plâtres qui entourent ces joints s'imprègnent alors d'une humidité fétide qui s'étend aux murs d'adossement ; ceux-ci se dégradent ; leur mortier , leur plâtre se décomposent ; les bois de charpente ou des cloisons pourrissent.

« Il faut remplacer ces tuyaux en poterie par des tuyaux en fonte, émaillés à l'intérieur, dont les joints sont bouchés avec du mastic. Ils doivent avoir un diamètre minimum de 25 centimètres. Pour plus de précaution, il faut entourer le tuyau par un coffre en plâtre libre dans toute la hauteur du bâtiment, ouvert en bas et au-dessus du toit seulement, de manière à laisser entre sa face interne et ce tuyau une couche d'air dont le courant entraîne les émanations. Il faut, autant que possible, supprimer les coudes ; et lui donner une direction qui le rapproche de la verticale. Quant aux tuyaux secondaires qui viennent s'embrancher sur lui : il est bon que leur direction soit aussi oblique que possible, par rapport à l'axe du tuyau principal, et que le point d'embranchement offre un renflement de volume. Enfin, pour éviter une cause assez fréquente de mauvaise odeur, il importe de veiller avec soin à l'exact emboîtement des tuyaux et à leur parfait raccord avec l'appareil hermétique ; car trop souvent, les joints mal faits donnent passage à des émanations de gaz et compromettent le succès d'une installation qui, sous les autres rapports, n'aurait rien laissé à désirer. »

Dans ce qu'on peut appeler l'hygiène intrinsèque des cabinets d'aisances, nous avons à considérer : l'emplacement, l'espace, le sol, les murs, les sièges, l'éclairage et l'aération.

L'emplacement varie suivant la destination du bâtiment. D'une manière génénérale, tout cabinet doit être d'un accès facile à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit ; qu'il soit destiné à un seul logement ou commun à plusieurs ; et situé à un étage, au rez-de-chaussée ou dans une cour.

FOSSES D'AISANCES. 69i

L'espace qu'il présente doit être suffisant pour permettre l'installation des sièges dans les conditions les plus favorables au maintien de leur propreté. 11 ne saurait avoir, quelles que soient les exigences du local, de dimensions moindres que 1'", 20 de long environ, sur 0'", 85 de large et 2'", 60 de haut.

Aucune latrine ne saurait être établie dans une cour fermée et couverte d'un vitrage, à moins que cette cour ne présente une superficie de plus de 4 mètres, et qu'elle ne soit munie d'une lanterne à jour.

Les soins de propreté comportent avant tout le nettoyage des sièges et du sol ; mais les conditions dans lesquelles ce nettoyage s'opère, diffèrent qnelque peu suivant la destination privée ou publique du cabinet d'aisances. Pour les cabinets d'appartement : le lavage doit être assuré par la présence d'un réservoir toujours alimenté d'eau ; et quel que soit, du reste, le système employé, on comprend que la surveillance des intéressés est ici la meilleure garautie d'hygiène. Toutefois, il est bon que les matériaux dont sont construits les sièges, que le p'ancherdu sol, que les murs eux-mêmes soient à l'abri de toute iznprégnation nuisible. L'absence de porosité est donc une condition à rechercher avant tout.

Ainsi : les sièges seront construits en chêne, et non en bois blanc qui ne résisterait pas longtemps à l'humidité. Le couvercle, fermoir ou abattant, doit être également en chêne ; le tout, bien poli et soigneusement ciré. Il en est de même pour les châssis mobiles dont l'usage ne saurait êti'e ti'op recommandé.

Rigoureusement parlant, le sol des cabinets doit être imperméable ; mais le parquet de chêne est acceptable, à la condition de le cirer et de l'enti-etenir dans un état de propreté irréprochable.

Les murs doivent être peints à l'huile ou soigneusement revêtus de stuc, au moins dans leur bas et jusqu'à la hauteur de 1 mètre, de façon à être lavés s'il est nécessaire et maintenus dans un état de siecité convenable.

Toutes ces conditions de salubrité, facilement réalisables dans les lieux privés,

ne le sont plus autant dans les cabinets fréquentés par un certain nombre de

personnes étrangères les unes aux autres : dans les hôpitaux, les casernes,

les écoles, les ateliers. Ici, le lavage doit être entretenu à grande eau, pour ainsi

dire ; et l'imperméabilité du sol comme des matériaux est absolument nécessaire.

Deux cas peuvent se présenter : ou bien ces lieux communs sont pourvus de

sièges; ou bien ils sont ce qu'on appelle « à la turque », c'est-à-dire que la

lunette est au ras du sol. Les premiers peuvent être facilement souillés par suite

de l'insouciance des visiteurs, et c'est là un inconvénient sérieux ; mais à cause

des conditions de salubrité auxquelles ils se prêtent toujours, on doit les

préférer aux seconds qu'il importe de réserver spécialement pour les latrines

situées au rez-de-chaussée des habitations ou sur la voie publique.

Dans ces dernières, le sol, imperméable, doit avoir une inclinaison suffisante du côté de la fosse; de façon à conduire les eaux à la lunette par un canal délûouchant au-dessous de la valve. L'imperméabilité du sol s'obtient, soit au moyen d'un dallage en pierres jointoyées et cimentées, soit par un massif en béton recouvert d'une chape en ciment, soit par le moyen d'un terrasson en asphalte, en plomb, en zinc.

Les murs, à l'intérieur, devront toujours être revêtus d'un enduit lisse dans toute leur hauteur ; dans tous les cas, le bas doit être enduit en ciment si ces murs sont en maçonnerie ordinaire, ou jointoyé en même matière s'ils sont en pierres, sur une hauteur de G'», 50 au-dessus du sol au moins.

Malgré la facilité avec laquelle ces sortes de latrines se prêtent aux lavages à grande eau ; malgré, bien entendu, la présence d'un appareil hermétique à bascule empêchant la communication permanente av<c la fosse, leur état de saleté, pour ainsi dire inévitable, résultant de la souillure du sol et des murs doit les faire condamner en principe.

Est-il rien de plus malpropre, en effet, que les latrines à la turque que l'on trouve dans la plupart des gares de chemins de fer, dans les hôpitaux, dans les casernes, etc.? Aussi, ne peut-on qu'applaudir à la mesure générale qui les a fiiit supprimer dans les hôpitaux de Paris, pour les remplacer par un siège muni d'un appareil à fermetui"e hydraulique.

Il est vrai que la mauvaise habitude de monter sur les sièges les expose à être fréquemment souilles. Mais, si l'on songe que cette habitude est le plus souvent contractée par la crainte même que l'on a de s'asseoir sur un siège malpropre, on comprendra que la surveillance active du bon entretien des latrines soit le meilleur moyen de la prévenir. Car, s'il est permis de le dire, rien n'est plus contagieux, quand il s'agit de lieux d'aisances, que l'exemple de hi propreté ou de la malpropreté.

On a proposé de surbaisser le dessus des sièges en les surmontant d'un obstacle quelconque pour forcer les visiteurs à s'asseoir ; mais c'est là un moyen peu pratique. Dans tous les cas, l'intervalle entre le mur et l'orifice doit être limité à 8 ou 10 centimètres au plus, pour des raisons de propreté qui se conçoivent.

Une mesure de salubrité incontestable, c'est l'établissement d'urinoirs à côté des sièges. 11 est très-difficile, en effet, d'uriner, étant debout, dans une cuvette placée assez bas, comme l'est celle d'un siège où l'on doit s'asseoir, sans être exposé à souiller ce dernier ; et, comme le besoin d'épancher les liquides est de beaucoup le plus fréquent, il est clair qUe la présence de cuvettes-urinoirs sera singulièrement favorable au maintien de la propreté. Dans les établissements publics, oii la place ne manque pas, il importe de disposer les urinoirs dans un compartiment spécial qui offrira d'ailleurs, comme installation de planchers et de cloisons, les mêmes garanties de salubrité que les cabinets. L'urine fraîchement excrétée n'a que très-peu d'odeur, si le vase qui la reçoit est souvent vidé et suffisamment lavé ; mais s'il en est autrement, les émanations qui résultent de la putréfaction s'échappent et infectent les locaux. La salubrité doit donc se proposer à la fois la propreté des récipients et l'écoulement rapide des liquides au dehors.

Les Anglais excellent principalement dans l'installation des urinoirs, où l'eau, qui est leur agent principal pour tout ce qui concerne la salubrité des lieux d'aisances, est employée en abondance. Ils ont imaginé un système automatique qui, par l'effet du poids du visiteur sur une grille de fond, fait jaillir l'eau qui nettoie la cuvette, à laquelle est adapté un tuyau qui conduit les liquides au réservoir qui leur est destiné, ou à l'égout. C'est suivant le principe préconisé par les Anglais, que M. Dumuis a disposé les urinoirs de l'hôpital Lariboisière. Nous en empruntons la description au travail que M. Husson a publié dans les Annales dliygiène publique, en 1870.

Chaque urinoir pour l'usage des hommes est formé d'un fond et de parois latéi'ales en ardoise. Une cuvette en faïence, de forme appropriée, est fixée sur le fond, à la hauteur convenable ; sur tout son pourtour, se trouve une espèce de

boudin creux, dans lequel l'eau arrive pour être projetée par de très-petits orifices sur les parois de la cuvette, et pour les laver.

L'arrivée de l'eau est re'glée automatiquement de la manière suivante : pour s'approcher de la cuvette, il faut monter sur une plaque en fonte placée au devant, et qui s'abaisse de 1 centimètre sous le poids du corps. Cette plaque est cannelée et prévient ainsi tout glissement ; elle peut être couverte d'un morceau de toile cirée pendant la saison chaude pour en rendre le lavage plus facile, et afin de prévenir l'odeur ammoniacale que pourrait y développer la chute de quelques gouttes d'urine. — Le mouvement d'abaissement que subit cette plaque sous le poids du corps suffit pour déterminer l'ouverture d'un robinet qui projette de l'eau dans la cuvette ; lorsqu'on se retire, la plaque se relève et l'eau cesse d'arriver. Il en résulte qu'il n'y a de consommation d'eau que pendant le temps où l'appareil est en service. A ce moment, l'eau coulant très-abondamment, entraîne l'urine ; et comme elle est en quantité de beaucoup plus considérable, celle-ci la colore à peine.

La dépense d'eau, toutefois, est moins grande que dans les urinoirs à écoulement d'eau continue ; et le résultat obtenu est cependant préférable, parce que le lavage est infiniment mieux fait.

Des feuilles de tôle galvanisée sont fixées sur les parois et sur le fond de l'urinoir ; elles sont inclinées vers la plaque et ramènent en avant les gouttes d'urine qui pourraient couler sur les ardoises. De cette manière, l'urine ne peut pénétrer derrière la caisse qui contient le mécanisme, ce qui a son importance ; car le nettoyage de cette partie de l'appareil étant peu facile, les mauvaisoe odeurs et la putréfaction s'y produiraient aisément sans cette précaution. Cet appareil, comme tous ceux où l'eau séjourne dans les conduits intérieurs, doit être tenu à l'abri de la gelée.

On ne saurait trop insister sur la nécessité d'éclairer largement les cabinets d'aisances et les locaux qui en dépendent. Au lieu de jours de souffrance dont on est trop souvent disposé à se contenter, il est indispensable d'établir de larges fenêtres plaçant les sièges des cabinets et les stalles d'urinoirs en pleine lumière ; en même temps qu'elles en assureront l'aération. Pour la nuit, il ne faut pas négliger d'y installer un éclairage puissant.

La lumière, est ici, une mesure hygiénique par excellence. L'obscurité, en effet, en laissant craindre que les sièges ne soient souillés, détermine beaucoup de visiteurs à y monter; ce qui rend impossible ou du moins très-difficile leur entretien dans un état parfait de propreté. La lumière, au contraire, qui met en relief la propreté absolue et fait naître le sentiment qui porte à la respecter, est un obstacle à la négligence de ceux qui seraient tentés de salir les sièges et les parois séparatives des cabinets ; elle rend, d'ailleurs, la surveillance plus facile et enlève un motif d'excuse aux gens de service chargés de leur entretien.

Mais quelle que soit la valeur des diverses mesures prises en vue d'assurer la salubrité des cabinets d'aisances, aucune d'elles ne saurait dispenser d'avoir recours à la ventilation, qui, ici, a pour but de prévenir l'action aspiratrice du cabinet lui-même sur les gaz de la fosse ou du tuyau de chute. Le plus souvent, en effet, soit par suite de l'exposition du cabinet, au midi par exemple, de sa situation dans le voisinage d'appartements ordinairement chauffés où les cheminées déterminent un fort tirage ; soit par suite de réchauffement de l'air qu'il renferme par les becs de gaz destinés à l'éclairer, il se produit dans l'intérieur

(ir4 FOSSES D'AISANCES.

du cabinet d'aisances une diminution de pression qui tend à agir par appel sur les gaz contenus dans la fosse ou dans le tuyau éjecteur.

Les procédés ordinaires de ventilation que nous avons vu appliquer au tuyau d'évent comme au tuyau de chute sont, le plus souvent alors, insuffisants à prévenir un pareil résultat. L'adaptation d'une cheminée de dégagement au plafond du cabinet, procédé d'aération qui a été conseillé et mis en pratique, a luimême l'inconvénient d'agir par aspiration sur les gaz de la cuvette et du tuyau d'évent. Il faut donc avoir recours à une ventilation spéciale des cabinets. C'est principalement dans les hôpitaux, dans les prisons et dans les gares importantes où une ventilation énergique est absolument nécessaire, que des dispositions particulières, éminemment favorables à cette ventilation, ont été prises.

Ainsi, par exemple, on a essayé dans certaines circonstances, d'établir un système de ventilation par injection. Au pavillon n" 4 de l'hôpital Beaujon, et à l'hôpital Necker, dans les bâtiments réservés aux hommes où fonctionne le système de ventilation mécanique de M. Farcot, l'air insufflé dans les salles arrive dans les cabinets d'aisances. A Beaujon, un simple couvercle de bois est placé sur le siège ; à Necker, le siège est libre. Cependant aucune odeur ne se manifeste, parce que l'atmosphère de ces cabinets, ayant toujours un excès de pression déterminée par l'air refoule des salles, les gaz de la fosse ne tendent pas à remonter.

Ce procédé a toutefois l'inconvénient de dépendre absolument de l'intégrité de l'appareil ventilateur ; et lorsque ce dernier est arrêté, les latrines ne tardent pas à être infectées.

Les dispositions qui consistent à produire un appel qui force l'air du cabinet à s'engouffrer dans le siège sont plus rationnelles.

Les unes ou les autres doivent avoir pour effet d'agir plus spécialement sur le tuyau de chute. Dans ce cas, l'extrémité inférieure de ce tuyau doit plonger dans un bassin ou cuvette toujours remplis d'eau de manière à procurer une fermeture hydraulique; ce qui empêche les gaz de la fosse située au-dessous de remonter par les tuyaux de descente.

Lorsqu'on met en usage la ventilation par injection, l'air du cabinet s' engouffrant par le siège refoule les gaz mèphiticjues qui se développent dans le tuyau de chute et les entraîne au dehors par l'ouverture supérieure de ce tuyau.

Lorsque c'est à l'aspiration que l'on a recours, ce qui est plus avantageux, il faut adopter la disposition suivante : entre la tablette du siège et le haut de la cuvette un espace libre est réservé, qui communique avec un petit conduit de ventilation qui va aboutir à une cheminée principale de ventilation, où se rendent les conduits correspondant à tous les sièges. Dans chacun de ces conduits se trouve placé un bec de gaz, ài™,50 au-dessus des sièges, L'échauffement produit par la combustion du gaz détermine un appel par l'ouverture du siège, en sorte que le courant qui s'établit assainit le cabinet et entraîne les émanations du tuyau de chute. On peut, à l'aide d'un vasistas vitré, faire servir le bec de gaz aspirateur à l'éclairage du cabinet.

Dans les habitations privées, chaque siège pourrait avoir son tuyau aspirateur débouchant au-dessus des toits, et muni d'un bec de gaz ; ou bien encore d'un ajutage mécanique. Ce système aurait pour avantage de renouveler souvent l'air du cabinet, en y faisant affluer celui des compartiments voisins, et en prévenant ainsi l'infection intérieure.

Mais c'est surtout dans les grands édifices qu'une pareille installation est

FOSSES D'AISAMCES. 695

ulile. On peut alors exercer l'appel dans la cheminée commune où débouchent tous les conduits de ventilation des sièges, à l'aide des tuyaux de circulation d'eau chaude qui servent au chauffage pendant l'hiver. C'est ce qui a été fait à la gare du chemin de fer du Nord, à Paris, dans les bâtiments d'administration de ce chemin de fer; à l'hôpital Lariboisière ; à l'hôpital de Yincennes, etc. En été, on dispose des becs de gaz dans chaque conduit. Ce procédé de ventilation des sièges est dû à M. L. Duvoir.

Dans les établissements industriels, la cheminée commune de ventilation des sièges pourrait être placée à côté d'un foyer de chaleur régulier, qui y déterminerait un appel suffisant.

Une disposition semblable peut être employé avec avantage pour la ventilation des stalles d' arinoirs. A la partie supérieure de la dalle verticale du fond que lave un jet d'eau continu, est ménagé, sur la largeur de la stalle, un espace vide au-dessus duquel s'avance une paroi inclinée pour recueillir les miasmes qui s'élèvent le long des dalles. Cette paroi contribue à former la base évasée d'une hotte qui aboutit à un conduit où brûle un bec de gaz. Ce bec de gaz placé derrière un châssis vitré sert aussi à l'éclairage de la pièce.

VI. Fosses mobiles. Fosses à séparateurs. Dans les considérations qui précèdent, nous avons eu surtout en vue les conditions spéciales d'insalubrité qui résultent de la présence des fosses fixes et étanches au sein des habitations. Cette sorte de fosse est, en effet, celle qui est le plus répandue. A Paris, ])ar exemple, on compte près de 86 000 fosses fixes pour environ 20 000 fosses mobiles et 10 000 appareils à séparation des liquides. Toutefois, les dispositions essentielles qui touchent à l'hygiène intérieure des logements, et sur lesquelles nous nous sommes longuement étendu, trouvent encore leur application quand il s'agit de caveaux où sont placés les récipients mobiles avec ou sans séparateur.

il est évident, en effet, que pour ce qui regarde les cabinets d'aisances, les sièges et le tuyau de chute, les mesures de salubrité sont les mèaies ; avec cette différence, cependant, que les conditions nouvelles dans lesquelles s'opère la vidange viennent influer ici sur la nature même des dispositions à prendre. Ainsi, par exemple, avec les fosses mobiles, on évite en grande partie les inconvénients si désagréables de la vidange; mais elles donnent lieu à un va-etvient d'appareils toujours rebutants ; et elles peuvent engendrer dans la maison plus d'odeurs que les fosses fixes, soit par l'imparfaite jonction du tuyau de chute avec l'appareil, soit par la présence de l'appareil lui-même au sein des cabinets.

On peut, en effet, diviser les appareils mobiles en deux catégories : dans la première, se rangent tous les appareils que l'on dispose à l'extrémité du tuyau de chute dans une cave spéciale ou bien dans une ancienne fosse fixe appropriée à ce sujet ; à la seconde, se rapportent tous les récipients qui se placent dans les cabinets eux-mêmes, immédiatement au-dessous des sièges.

C'est l'architecte Giraud qui préconisa, le premier, le système des fosses mobiles, qui ne devait pas tarder à devenir d'un usage général en France. Le but qu'il s'était proposé était de modifier avantageusement le mode de vidange qui jusque-là s'était effectuée avec le seau à la main; en même temps que l'on tenait compte des intérêts de l'agriculture.

Au point de vue de la salubrité des habitations, en dehors de ce qui concerne cette opération qui trouvera sa place dans un article spécial, nous avons surtout

à insisler sur la manière dont les fosses mobiles cinprisonnent les matières excrémentilielles et mettent obstacle au dégagement des émanations nuisibles. Or, tout dépend, pour les appareils qui se trouvent placés au-dessous du tuyau de chute, de la façon dont ils sont ajustés avec l'extrémité inférieure de ce tuyau.

La principale condition de salubrité consistera à établir un raccord hermétique entre l'appareil et le tuyau de descente des matières. On se sert en général, pour cela, de coulisseaux en tôle, semblables aux fourreaux à baïonnette, susceptibles d'allonger ou de raccourcir l'extrémité du tuyau. Au moment de la vidange, on ferme l'orifice inférieur de ce dernier, on lutte avec un couvercle l'ouverture du réceptacle, et l'on procède à l'enlèvement des matières ainsi renfermées.

On comprend facilement la nécessité de faire usage de récipients susceptibles de se maintenir parfaitement clos. A cet égard, les récipients en bois ont l'inconvénient de se dessécher et de laisser fuir les matières, lorsqu'ils sont placés dans des endroits secs, ou qu'ils sont trop longtemps à se remplir. Ceux en tôle galvanisée ou en zinc cerclés de fer aux deux bouts, sont le plus gcnéi\ilement employés. Ils doivent être peints à l'huile, goudronnes quand ils sont en bois (le chêne doit être préféré), vernis quand ils sont en zinc. Quant à leur volume, il doit être réglé à la fois sur le maniement facile de l'appareil et sur l'utilité d'éloigner les vidanges autant que possible. En général, leur contenance ne doit pas excéder un hectolitre.

La ventilation 'des caveaux qui renferment les fosses ou récipients mobiles doit être prescrite et effectuée, comme pour les fosses d'aisances fixes. 11 est indispensable d'y établir un tuyau d'évent ayant un foyer d'appel dans son intérieur. Mais les récipients eux-mêmes qui doivent être parfaitement clos ne sont pas, en général, ventilés. C'est là un inconvénient d'autant plus sérieux que dans les fosses mobiles conservant à la fois les solides et les liquides, la iermentation que produit ce mélange donne lieu à un abondant dégagement de gaz qui remontent forcément dans le tuyau de chute. C'est alors, surtout, qu'une bonne construction de ce tuyau qui s'élèvera jusqu'au-dessus des toits, que la présence d'un ventilateur ou ajutage mécanique à son orifice supérieur, et que l'adaptation d'appareils à fermeture hermétique aux sièges des cabinets, deviennent des conditions de salubrité indispensables.

Mais on peut, en outre, et cette mesure est excellente, adapter un tuyau ventilateur à la fosse mobile, comme cela a lieu dans le système Mercier. L'appareil mobile présente deux orifices que l'on raccorde au moyen de coulisses ou manchons avec le tuyau de chute, et avec un tuyau de ventilation qui conduit les gaz méphitiques à l'extérieur ou dans une cheminée.

Quant aux appareils que l'on place sous les sièges dans les cabinets, ils ne peuvent pas, comme les précédents, emprisonner les émanations ; car, par cela même qu'ils doivent être retirés librement, il n'y a pas de raccord hermétique possible avec les parois extérieures de la cuvette : les odeurs sont inévitablement destinées à se répandre sous le siège, et de là à s'échapper par les fentes de Ja boiserie, ou par le jeu qui existe toujours entre le bord supérieur de la cuvette et la table du siège. Ce système de fosses mobiles, encore employé dans un grand nombre de villes : en France, en Belgique, en Italie, entraîne toujours de graves inconvénients à peine compensés par l'isolement des latrines au fond d'une cour ou dans un jardin ; et l'insalubrité qui en résulte ne peut trouver

(.le remède que dans un judicieux emploi des substances désinfectantes qui préviennent les dégagemenls odorants.

Mais avant de passer en revue les divers réactifs dont on peut faire usage pour la désinfection des fosses d'aisances, nous devons dire un mot des appareils à système diviseur. La description de ces appareils, nous le répétons, sera. mieux placé à l'article Vidange de ce Dictionnaire. Pour ce qui concerne la salubrité des logements, il nous suffira ici d'insister sur ce point : que l'utilité des appareils diviseurs repose sur ce principe que la séparation des liquides et des solides fait que les matières excrémentitielles isolées sont beaucoup moins susceptibles d'entrer en putréfaction de sorte qu'on peut les garder plus longtemps dans les appareils sans développer des odeurs aussi préjudiciables à la santé ; et que les infiltrations des parties solides étant rendues plus difficiles, le sol avoisinant est en partie préservé de leur souillure. D'un autre côté, il est toujours possible, avec ces appareils, de consommer une grande quantité d'eau, ce qui permet des lavages fréquents et devient une garantie de salubrité pour les cabinets d'aisances.

11 n'en est pas de même avec les fosses mobiles sans séparateur qui obligent, au contraire, à la parcimonie des eaux de lavage ; ce qui n'est pas un de leurs moindres inconvénients.

Quant au mode de séparation : que celle-ci ait lieu sous le siège lui-même, dans une fosse fixe disposée à ce sujet, ou, ce qui se pratique le plus généralement, dans des appareils mobiles ; que les liquides se rendent dans un réservoir spécial, ou bien qu'ils soient évacués aux égouls soit à ciel ouvert, soit par des conduits souterrains ; le mode de séparation disons-nous, ne saurait dispenser, en aucune façon, de la ventilation de la fosse, du caveau, du réservoir qui reçoit les liquides ou du branchement particulier par lequel la vidange se fait à l'égout (Voy. Vidange). Il importe, en outre, de ne pas négliger l'emploi des désinfectants.

VII. Désinfectants. On distingue deux sortes de désinfectants, ceux par absorption et ceux par décomposition. Les premiers dessèchent les matières et en neutralisent les odeurs désagréables ; les seconds les décomposent et transfoi'ment les produits volatils odorants eu composés fixes et inodores.

Parmi les premiers, nous citerons la terre végétale; l'argile humide, sèche ou briîlée; les boues desséchées; la marne; la tourbe à l'état naturel ou carbonisée ; la vase sèche ; les cendres végétales, les cendres de houille, de charbon ; les cendres pyriteuses ; la paille des céréales ; la balle d'avoine ; les résidus du vannage, de magasins à paille et à fourrage; les mousses, varechs, goémons et feuilles de végétaux desséchés ; le marc de raisin ; les résidus de brasserie, de féculerie, de raffinei^ie ; le tan et déchets de tannerie; les bourres; les sciures de bois ; les déchets de filature ; le son ; le charbon végétal ; le noir animal ; la poudre d'os ; les chiffons de laine ; le guano ; les cendres de savon brûlées, etc.

Ces matières trouvent surtout leur emploi dans la désinfection des fosses fixes et mobiles sans séparateur. Le meilleur mode de procéder consiste à disposer tout d'abord, au fond du réceptacle, une certaine quantité de désinfectant, et à laisser ensuite les déjections s'accumuler jusqu'au point où l'absorption des gaz cesse d'être efficace. On peut alors ajouter de nouvelles couches de matière absorbante.

Il est indispensable, et toujours facile du reste, d'agir ainsi pour les récipients mobiles placés sous les sièges. Dans les pays industriels, en Angleterre,

en Belgique, on emploie surtout la cendre des foyers de houille. En Belgique. les bacs à cendre sont, en quelque sorte, le réceptacle national. Les émanations, dit Freycinet, sont si peu sensibles que la municipalité autorise la vidange de ces bacs dans des tombereaux qui font le transport en plein jour.

Avec les fosses mobiles placées au-dessous du tuyau de chute, le renouvellement des couches absorbantes n'est point une opération pratique ; il faut se contenter d'y déposer, après chaque vidange, une quantité suffisante de désinfectant. Mais dans ces cas, il y aura avantage à humecter la matière poreuse d'une solution de réactif agissant par décomposition; ainsi, par exemple, le charbon en poudre mêlé à une solution de sulfate de fer.

Le grand inconvénient des absorbants est d'exiger, pour arriver à un résultai efficace, un mélange toujours intime avec les matières excrémentitielles ; ce qui, avec les fosses telles qu'on les fait aujourd'hui, est souvent difficile; dans les grandes villes surtout, où les matières sont très-abondantes et agglomérées dans des réceptacles relativement exigus. Cependant, à la campagne, dans les habitations rurales, dans les usines, partout où l'espace et l'air ne manquent pas, les fosses fixes, ouvertes et non étanches trouvent elles-mêmes dans les dépôts successifs de débris de végétaux secs, de feuilles, de terreau de jardin, etc., que l'on a l'habitude d'y faire, des conditions de salubrité acceptables.

Les désinfectants qui agissent par décomposition ou réaction sont en assez grand nombre. Nous citerons, entre autres, les sels métalliques, sulfates de fer, de zinc, de cuivre ; les sulfates de baryte, d'alumine, de potasse et de soude ; les phosphates doubles de magnésie ; le phosphate de chaux ; la chaux, le chlorure de chaux; le sublime corrosif; l'acide phénique ; l'acide sulfurique; le sulfate de chaux cuit ou non ; les plâtras de démolition ; le savon ; le perchlorure de fer; les huiles empyreumatiques, etc.

Le choix de quelques-unes de ces substances dépend souvent des avantages ou des inconvénients consécutifs qui en résultent à un point de vue différent de celui de la salubrité. Ainsi, par exemple, l'acide phénique est peut-être le désinfectant le plus énergique ; mais il a pour inconvénient d'enlever aux matières presque tout leur pouvoir fertilisant, ce qui, dans bien des cas, le fait absolument proscrire; tandis que le perchloiure de fer, préconisé en Belgique et en Angleterre, a le grand avantage de fixer les principes utiles à l'agriculture.

Les désinfectants prescrits'à Paris par l'administration sont les sulfates de fer et de zinc. Pour désinfecter une fosse mobile de 1 hectolitre, il suffit de mettre au fond du récipient 200 ou 500 grammes de sulfate de fer en poudre, et d'en ajouter encore autant quand elle est aux trois quarts pleine. Le sulfate de fer a l'inconvénient de tacher en noir les matières et le récipient. Cela ne fait absolument rien quand il s'agit de le déposer simplement dans la fosse; mais, pour désinfecter les cuvettes des cabinets, les urinoirs publics, il est préférable d'employer le sulfate de zinc en poudre ou un mélange de sulfates bruis de zinc et de magnésie, parce qu'ils sont d'une manipulation moins désagréable; et qu'ils ne corrodent ni ne tachent comme le sulfate de fer.

Le chlorure de chaux est aussi employé à Paris pour la désinfection des urinoirs publics; mais cette substance a l'inconvénient de faciliter le dégagement de l'ammoniaque.

L'eau de chaux à l'état de dissolution concentrée peut-être employée comme

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eau de lavage ordinaire. Une certaine quantité de chaux éteinte introduite dans le réservoir des cabinets et agitée avec l'eau chaque fois qu'on le remplirait, permettrait de verser dans la cuvette, dans le tuyau de descente et dans la fosse la quantité de chaux nécessaire à la dépuration et à la précipitation des matières. Tout récemment, Erismauii s'est efforcé d'établir, par de longues et patientes recherches, la valeur respective des divers iigents de désinfection employés dans les fosses d'aisance. Il arrive à démontrer que : de tous les gaz produits par la fermentation des matières fécales, c'est l'hydrogène sulfuré qui cède le plus vite à l'influence de ces agents. Tous, sans exception, peuvent empêcher complètement sa production ; il n'en est pas de même pour l'ammoniaque qui ne disparaît que par l'action de quelques désinfectants chimiques; quant à l'acide carbonique, sa proportion est plus ou moins réduite par le plus grand nombre. Erismann conclut que de tous les désinfectants le meilleur sans contredit, c'està-dire celui qui diminue dans la plus forte proportion l'exhalation des gaz nuisibles c'est le sublimé-corrosif; mais son prix élevé i-end impossible son usage industriel. Après lui, viendrait l'acide sulfurique, déjà regardé par Hirsch comme préférable à l'acide phénique dans lu désinfection des matières excrénientitielles. Une solution étendue d'acide sulfurique, aurait, d'après Erismann l'avantage de très-bien désinfecter, de coûter fort peu cher; enfui, d'être tout h fait inoftènsive pour la végétation, dans le cas où les matières désinfectées doivent servir d'engrais. Quant aux diverses espèces de charbon : le charbon de bois, le chai bon animal, ce seraient de détestables agents de désinfection, puis qu'ils n'absorbent que l'hydrogène sulfuré, laissant s'exhaler, en toute liberté, la plus grande partie de l'ammoniaque et de l'acide carbonique.

La désinfection permanente, qui s'opère pendant tout le temps que la tosse met à se remplir, est celle que l'on doit évidemment se proposer comme objectif. A cet égard : le mélange par couches alternantes des matières stercorales et du désinfectant serait le meilleur moyen de procéder. Mais on comprend combien il doit être difficile de faire observer une pareille pratique pour tous les sièges qui desservent une même fosse. A défaut de mieux, dit Liger, on a conseillé de broncher un tuyau à la partie inférieure de la chute; et de conduire ce tuyau en un lieu accessible, comme dans l'escalier ou la cour. Au bout de ce tuyau serait un récipient contenant les liquides désinfectants que l'on y verserait de temps en temps.

Pour donner un exemple de la manière dont on doit agir, nous citerons le procédé de Blanchard et Château qui se servent de « phosphate acide double de magnésie et de fer. »

Aussitôt après la vidange, on lave le sol et les parois de la fosse avec du réactif étendu de dix fois son volume. Puis on éparpille sur le sol une matière poreuse quelconque, telle que tannée, tourbe, etc., imbibée de réactif étendu de deux à trois volumes d'eau. Des petits tas de cette matière sont disposés sous le tuyau de chute. On ferme alors la fosse, et l'on n'a plus qu'à entretenir le réactif par les cabinets d'aisances. Tous les quinze ou vingt jours, on l'introduit par l'une des cuvettes, à une dose qui doit représenter à peu près 1 p. 100 des matières excrémentitielles. Il n'est pas nécessaire de verser le réactif à la fois par tous les tuyaux; il suffit d'opérer tantôt par l'un, tantôt par l'autre, de façon à ce que la dose se trouve, au bout d'un certain temps, répartie aussi uniformément que possible. Ce système, appliqué à Paris dans un assez grand nombre de fosses, a donné dos résultats satisfaisants.

Nous signalerons encore les récentes expériences de L. Dusart sur la (lésiuleclion des fosses d'aisances. M. Dusart recommande pour arrêter la fermentation continue des liquides et des solides des fosses d'aisances, et satisfaire ainsi aux indications d'hygiène, si nécessaires, par exemple, en temps d'épidémie, les huiles lourdes provenant de la distillation du goudron. L'addition de 5 à 5 millièmes d'huile lourde au mélange des produits liquides et solides en empêche ou arrête la putréfaction. Des expériences ont été faites dans des réservoirs de la mairie du YIII® arrondissement et ont donné d'excellents résultats. Le meilleur procédé consiste à jeter l'huile lourde dans la fosse, immédiatement après la vidange, au lieu d'agir plus tard sur des produits déjà en pleine putréfaction. [Commujiication à VAcad. des Sciences, 27 juillet i874.)

Quoi qu'il en soit, on peut dire, d'une manière générale, que l'emploi des désinfectants prend, au point de vue de la salubrité des habitations, une importance d'autant plus grande que les procédés d'aération des fosses et latrines laissent plus à désirer. Ils peuvent, au contraire, devenir absolument inutiles, si toutes les dispositions favorables au dégagement à l'extérieur des gaz méphitiques sont prises.

La question, ainsi que nous le verrons, est tout autre, quand il s'agit de l'opération de la vidange et que les intérêts de l'agriculture interviennent pour demander la conservation de tous les principes fertilisateurs de l'engrais humain (Voy. Yidakges).

VIII. Législation. § 1. Coutume de Paris (1580). Article 195. — Tous propriétaires de maisons en la ville et faubourgs de Paris sont tenus à avoir latrines et privés suffisants en leurs maisons.

§ 2. Décret du 10 mars 1809 contenant règlement pour la construction des fosses d'aisances à Paris.

C'est le premier acte législatif déterminant un mode de construction pour les fosses. Il est reproduit presque textuellement et complété par l'ordonnance de 1819.

§ 5. Ordonnance royale du 24 septembre 1819 qui détermine le mode de construction des fosses d'aisances dans la ville de Paris.

Louis, etc.; etc., sur le rapport de notre ministre de l'intérieur, avons ordonné et ordonnons ce qui suit :

Section premifre : Pes constructions neuves.

Art. 1". — A l'avenir, dans aucun des bâtiments publics ou particuliers de notre bonne ville de Paris et de leurs dépendances, on ne pourra employer pour fosses d'aisances des puits, puisards, égouts, aqueducs ou carrières abandonnées sans y faire les constructions prescrites par le pi^ésent règlement.

Art. 2. — Lorsque les fosses seront placées sous le sol des caves, ces caves devront avoir une communication immédiate avec l'air extérieur.

Art. 5. — Les caves sous lesquelles seront construites les fosses d'aisances devront être assez spacieuses pour contenir quatre travailleurs et leurs ustensiles, et avoir au moins deux mètres de hauteur sous voiàfe.

Art. 4. — Les murs, la voûte et le fond des fosses seront entièrement construits en pierres meulières maçonnées avec du mortier de chaux maigre et de sable de livière bien lavé. Les parois des fosses seront enduites de pareil mortier, lissé à la truelle. On ne pourra donner moins de 30 à 55 centimètres d'épaisseur aux voiàtes, et moins de 45 ou 50 centimètres aux massifs et aux murs.

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Art. 5. — Il est défendu d'établir des compartiments ou divisions dans les fosses, d'y construire des piliers et d'y faire des chaînes ou des arcs en pierres apparentes-

Art. 6. — Le fond des fosses d'aisances sera fait en forme de cuvette concave. Tous les angles intérieurs seront effacés par des arrondissements de 25 centimètres de rayon.

Art. 7. — Autant que les localités le permettront, les fosses d'aisances seront construites sur un plan circulaire, elliptique ou rectangulaire. On ne permettra point la construction de fosses à angle rentrant, hors le seul cas où la surface de la fosse serait au moins de 4 mètres carrés de chaque côté de l'angle ; et alors il serait pratiqué, de l'un et de l'autre côté, une ouverture d'extraction.

Art. 8. — Les fosses, quelle que soit leur capacité, ne pourront avoir moins de 2 mètres de hauteur sous clef.

Art. 9. — Les fosses seront couvertes par une voûte en plein cintre, ou qui n'en différera que d'un tiers de rayon.

Art. 10. — L'ouverture d'extraction des matières sera placée au milieu de la voûte, autant que les localités le permettront. La cheminée de cette ouverture ne devra point excéder l'°,05 de hauteur, à moins que les localités n'exigent impérieusement une plus grande hauteur.

Art. 11. — L'ouverture d'extraction correspondant à une cheminée de \^,bO au plus de hauteur, ne pourra avoir moins de 1 mètre en longueur sur 65 cenmètres de largeur. Lorsque cette ouverture correspondra à une cheminée excérfânt l'",50 de hauteur, les dimensions ci-dessus spécifiées seront augmentées de manière que l'une de ces dimensions soit égale aux deux tiers de la hauteur de la cheminée.

Art. 12. — Il sera placé en outre, à la voûte, dans la partie la plus éloignée du tuyau de chute et de l'ouverture d'extraction, si elle n'est pas dans le milieu, un tampon mobile, dont le diamètre ne pourra être moindre de 50 centimètres. Ce tampon sera en pierre, encastré dans un châssis en pierre et garni dans son milieu d'un anneau de fer.

Art. 13. — Néanmoins, ce tampon ne sera pas exigible pour les fosses dont la vidange se fera au niveau du rez-de-chaussée et qui auront, sur ce même sol, des cabinets d'aisances avec trémie ou siège sans bonde, et pour celles qui auront une superficie moindre de 6 mètres dans le fond et dont l'ouverture d'extraction sera dans le milieu.

Art. 14. — Le tuyau de chute sera toujours dans le milieu. Son diamètre intérieur ne pourra avoir moins de 25 centimètres, s'il est en terre cuite, et de 20 centimètres, s'il est en fonte.

Art. 15. — Il sera étabh, parallèlement au tuyau de chute, un tuyau d'évent, lequel sera conduit jusqu'à la hauteur des souches des cheminées de la maison, ou de celles des maisons contiguës, si elles sont plus élevées. Le diamètre de ce tuyau d'évent sera de 25 centimètres au moins; s'il passe cette dimension, il dispensera du tampon mobile.

Art. 16. L'orifice intérieur des tuyaux de chute et d'évent ne pourra être descendu au-dessous dos points les plus élevés de l'intrados de la voûte.

Section deuxième : Des reco)^stnictions des fosses d'aisances dans les maisons existantes.

Art. 17. — Les fosses actuellement pratiquées dans des puits, puisards,

égouts anciens, aqueducs ou carrières abandonnées, seront comblées ot reconstruites à la première vidange.

Art. 18. — Les fosses situées sous le sol des caves qui n'auraient point communication immédiate avec l'air extérieur seront comblées à la première vidange, si l'on ne veut pas établir cette communication.

Art. 19. — Les fosses actuellement existantes, dont l'ouverture d'extraction, dans les deux cas déterminés par l'art. 1 1 , n'aurait pas et ne pourrait avoir les dimensions prescrites par le même article ; celles dont la vidange ne peut aAoir lieu que par des soupiraux ou des tuyaux, seront comblées à la première vidange.

Art. 20. — Les fosses à compartiments ou étranglements seront comblées ou reconstruites à la première vidange, si l'on ne peut pas faire disparaître ces étranglements ou compartiments, et qu'ils soient reconnus dangereux.

Art. 21. — Toutes les fosses des maisons existantes qui seront reconstruites, le seront suivant le mode prescrit par la première section du présent règlement. Néanmoins, le tuyau d'évent ne pourra être exigé que s'il y a lieu à reconstruire un des murs en élévation au-dessus de ceux de la fosse, ou si ce tuyau ne peut se placer intérieurement ou extérieurement, sans altérer la décoration des maisons.

Section troisième : Des réparations des fosses cVaisances. Art. 22. — Dans toutes les fosses existantes, et lors de la première vidange, l'ouverture d'extraction sera agrandie, si elle n'a pas les dimensions prescrites par l'art. 11 de la présente ordonnance.

Art. 23. — Dans toutes les fosses dont la voûte aura besoin de réparations, il sera établi un tampon mobile, à moins qu'elles ne se trouvent dans les cas d'exception prévus par l'art. 13.

Art. 24. — Les piliers isolés établis dans les fosses seront supprimés à la première vidange, ou l'intervalle entre les piliers et les murs sera rempli en maçonnerie, tontes les fois que le passage entre les piliers et les murs aura moins de 70 centimètres de largeur.

Art. 25. — Les étranglements existant dans les fosses, et qui ne laisseraient pas un passage de 70 centimètres de largeur, seront élargis à la première vidange, autant qu'il sera possible.

Art. 26. — Lorsque le tuyau de chute ne communiquera avec la fosse que par un couloir ayant moins de 1 mètre de largeur, le fond de ce couloir sera établi en glacis jusqu'au fond de la fosse, sous une inclinaison de 54 degrés au moins.

Art. 27. — Toute fosse qui laisserait tiltrer ses eaux par les murs ou par le fond sera réparée.

Art. 28. — Les réparations consistant à faire des rejointoiements, à élargir l'ouverture d'extraction, placer un tampon mobile, rétablir des tuyaux de chute ou d'évent, reprendre la voûte et les murs, boucher ou élargir des étranglements, réparer le fond des fosses, supprimer les piliers, pourront être faites suivant les procédés employés à la construction première de la fosse.

Art. 29. — ■ Les réparations consistant dans la reconstruction entière d'un mur de la voûte ou du massif du fond des fosses d'aisances ne pourront être faites que suivant le mode indiqué ci-dessus pour les constructions neuves.

Art. 30. — Les propriétaires des maisons dont les fosses seront supprimées en vertu de la présente ordonnance seront tenus d'en faire construire de nou-

velles, conformément aux dispositions prescrites par les articles de la première section.

Art. 31. — -Ne seront pas astreints aux constructions ci-dessus déterminées les propriétaires qui, en supprimant leurs anciennes fosses, y substitueront les appareils connus sous le nom de fosses mobiles inodores, ou tous autres appareils que l'administration publique aurait reconnus par suite pouvoir être employés concurremment avec ceux-ci.

Art. o2. — En cas de contravention aux dispositions de la présente ordonnance, ou d'opposition de la part des propriétaires aux mesures prescrites par l'administration, il sera procédé, dans les formes voulues, devant le tiibunal de police ou le tribunal civil, suivant la nature de l'affaire.

Art. 35. — Le décret du 10 mars 1809 concernant les fosses d'aisances de Paris est et demeure annulé.

§ 4. Extrait de V ordonnance de police du 5 juin 1834, concernant le.t fosses mobiles.

Art. 28. — Il ne pourra être établi dans Paris, en remplacement des fosses d'aisances en maçonnerie, ou pour en tenir lieu, que des appareils approuvés" par l'autorité compétente.

Art. 29. — Aucun appareil de fosse mobile ne pourra être placé dans toute fosse supprimée dans laquelle il reviendrait des eaux quelconques.

Art. 52. — Aucun appareil de fosse mobile ne pourra être placé dans Paris sans déclaration préalable à la préfecture de police par le propriétaire ou par l'entrepreneur. 11 sera joint à celte déclaration un plan de la localité où l'appareil devra être déposé et l'indication des moyens de ventilation.

Art. 55. — Les appareils devront être établis sur un sol rendu imperméable jusqu'à un mètre au moins au pourtour des appareils, autant que les localités le permettront, et disposé en forme de cuvette.

Art. 54. — Tout appareil plein devra être enlevé et remplacé avant que les matières ne débordent. Tout enlèvement d'appareil devra être précédé d'une déclaration qui sera faite la veille à la direction de la salubrité.

^ 5. Ordonnance de police du l^' avril 1842, concernant les urinoirs.

Titre IV. — Dans les voies publiques où des urinoirs sont établis, il est interdit d'uriner ailleurs que dans ces urinoirs. Les personnes qui auront été autorisées à établir des urinoirs sur la voie publique devront les entretenir en bon état, et en faire opérer le nettoiement et ie lavage assez fréquemment pour qu'ils soient constamment propres et qu'il ne s'en exhale aucune mauvaise odeur.

g 6. Ordonnance de -police du 25 février 1850, concernant les urinoirs.

Nous, préfet de police etc.; considérant que les urines répandues

contre les monuments publics et les propriétés particulières, et notamment contre les devantures de boutiques et sur les trottoirs, donnent lieu à des plaintes fréquentes et fondées; considérant que l'administration municipale a fait établir un grand nombre d'urinoirs qui sont principalement répartis dans les quartiers du centre et de grande circulation, sur les quais, sur les boulevards et aux abords des divers monuments; considérant enfin qu'il est du devoir de l'administration de prescrire toutes les mesures nécessaires à l'assainissement et à la propreté de la ville, et que les habitants, pour arriver à ce résultat d'intérêt général, doivent faire le sacrifice de mauvaises habitudes qu'ils ont pu

conlracler; vu les art. 25 et 24 de l'arrèié du 12 messidor an VllI ; ordonnons ce qui suit :

Art. 1". — Sur les voies publiques où des urinoirs sont établis, on ne pourra uriner ailleurs que dans ces urinoirs. Quant aux voies publiques où il n'existera pas d'urinoirs, il est interdit d'uriner sur les trottoirs, contre les monuments publics, contre les devantures de boutiques et contre les portes des habitations

g 7. Extrait de l' ordonnance du 25 octobre 1850, concernant les fosses d'aisances.

Art. l*^''. — Aucune fosse d'aisances ne pourra être construite, reconstruite ou réparée sans déclaration préalable à la préfecture de police

Art. 4. — Il est défendu de combler des fosses d'aisances ou de les convertir en caves, sans en avoir préalablement obtenu la permission du préfet de police.

Art. 10. — Toute fosse, avant d'être comblée, sera vidée et curée à fond.

Art. 14. — Les fosses neuves, reconstruites ou réparées ne pourront être mises en service et fermées qu'après qu'un architecte de la préfecture de police en aura fait la réception et aura délivré un permis de fermer.

Art. 16. — Tout propriétaire qui aura supprimé une ou plusieurs fosses d'aisances pour établir des appareils quelconques en tenant lieu, et qui, par suite, renoncerait à l'usage des dits appareils, sera tenu de l'endre à leur première deslinatioii les fosses d'aisances supprimées, ou d'en faire construire de nouvelles.

§ 8. Le décret du 10 mars 1852 porte que l'art. 5 de l'ordonnance de 1819, qui défend d'établir des compartiments ou des divisions dans les fosses, d'y construire des piliers et d'y faire des chaînes ou arcs en maçonnerie apparentes, n'est pas applicable aux séparations que le préfet de police peut prescrire de faire dans ces fosses, en vue de la salubrité.

§ 9. Ordonnance de police du 25 novembre 1852, concernant la salubrité des habitations.

Art. 4. — Les cabinets d'aisances seront disposés et ventilés de manière à ne pas donner d'odeur. Le sol devra être imperméable et tenu dans un état constant de propreté. Les tuyaux de chute seront maintenus en bon état et ne devront donner lieu à aucune fuite.

§ 10. Ordonnance de police du 16 mars 1857, concernant les salles de spectacle.

Art. 5. — Des urinoirs devront être établis aux abords des salles de spectacle, en conformité à l'arrêté de police du 7 mars 1859.

IX. Pour compléter tout ce qui, en fait de fosses d'aisances, se rattache au côté hygiénique de la question, nous emprunterons à l'excellent ouvrage de M. Liger les quelques données de jurisprudence qui intéressent particuHèrenient la salubrité publique.

« 1" L'autorité municipale est fondée à pi'endre des arrêtés relativement à rétablissement des fosses d'aisances, latrines et urinoirs, de même que pour l'enlèvement des vidanges. (Loi des 14-16 août 1790. Arrêt de la cour de cassation du 18 août 1861.)

« 2" La contravention à un arrêté de police, prescrivant l'établissement de fosses d'aisances d'un système déterminé, ne peut être excusée sur le motif que l'exécution de cet arrêté présenterait des difficultés dans la maison du prévenu ; ces difficultés ne sauraient être assimilées à un cas de force majeure, et leur appré-

FOSSES D'AISAÎnCES (bibliogp.aphie). 705

ciation rentre dans les attributions exclusives de l'autorité administrative, qui seule peut modifier son arrêté ou prendre les mesures nécessaires pour en faciliter l'application. (Cassation, 10 juillet 1868.)

5" En matière de fosses d'aisances et de tous leurs accessoires, les usages d'une localité ne peuvent autoriser une dérogation à la loi générale ni à un règlement légal s'appliquant h la localité. (Cassation, 50 mars 1861.)

4" Dans les villes, l'établissement de fosses d'aisances dans chaque maison est obligatoire, quand bien même aucun règlement local n'en prescrirait la construction. (Cassation, 18 avril 1860.)

5" Dans les théâtres, marchés, bals, et dans tous les établissements où il y a rassemblement d'hoaimes temporaire ou permanent, il est du devoir de l'autorité municipale d'exiger l'établissement de fosses et lieux d'aisances publics.

6" Les maires ne doivent pas souffrir que les fosses d'aisances s'étendent sous le sol des rues et places. (Cassation, 1" mars 1851.)

7" Un arrêté municipal ordonnant que, dans un délai déterminé, toutes les maisons de la ville devront être pourvues de fOsses d'aisances ne s'applique pas seulement aux maisons à édifier, mais aussi aux maisons existantes. (Cassation, 13 février 1857.)

8° Dans les bourgs et villages, l'autorité municipale peut, par arrêté, ordonner l'établissement d'une fosse d'aisances dans chacune des maisons de la commune; elle serait même fondée à prescrire le système suivant lequel ces fosses devraient être établies. (Cassation, 18 août 1860, 28 lévrier 1861.)

9" Les latrines et les urinoirs pouvant créer des causes d'insalubrité, leur établissement est subordonné aux prescriptions de l'autorité municipale ; c'est la loi. Toutefois, la même autorité ne peut procéder à la réglementation de ces objets qu'en prescrivant les conditions strictement nécessaires au point de vue de la salubrité, et sans que l'arrêté administratif soit motivé par des conditions de confortable ou d'embellissement.

10" Les lieux d'aisances mis à l'usage d'un locataire doivent être exempts de danger. Le propriétaire est responsable au point de vue pénal des dangers que peut présenter le système de .construction des latrines; par suite, le même propriétaire peut être poursuivi pour homicide par imprudence, en cas où le défaut de construction de ces latrines amènerait un accident suivi de décès; le juge pourrait toutefois modérer la peine s'il y avait imprudence des locataires, de la victime ou des personnes chargées de veiller sur elle. (Cour de Colmar, 9 février 1859.)

11» Le propriétaire de latrines insuffisamment aérées, dans le cas d'une explosion déterminée par le jet d'un papier enflammé dans ces latrines, est passible des dommages causés et de leur réparation. (Cour de Paris, 8 mars 1862.)

12" Les cuvettes de sièges d'aisances et d'appareils étant d'un usage quotidien, leur entretien est entièrement locatif. Dès lors, le preneur est tenu de toutes les dégradations qui pourraient y être faites pai maladresse ou par violence. Les réparations provenant de l'usure que produisent la rouille ou les oxydes et de

tous les défauts de fabrication incombent au propriétaire »

Alexandre Layet.

BiBLioaiuPHir:. — Halle. Recherches sur la nature et les effets du méphitisme des fosses d'aisances. Paris, 1785. — Goulet. Inconvénients des fosses d'aisances, possibilité de les supprimer, 1785. — Giradd (t\). Commodités portatives ou moyens de supprimer les fosses d'aisances et leurs inconvénients. Paris, 1786, in-8°. — Héricaut bk Tiiury, Dubois

DICT. ENC. 4° S. m. 43

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