OCCIDENTALE. ORIENTALE
Hiver 234 195 j
Printemps 1K3 234 ( ,,,,„, ,, , , .
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Automne 535 275 '
Nous verrons que ces distinctions sont par trop sommaires et qu'il y a urgence de les multiplier.
La quantité absolue de pluie varie considérablement d'un lieu à un autre, fût-ce dans une même région pluviométrique, et dépend soit de conditions générales, soit de circonstances locales ou même temporaires. Les vapeurs qui s'élèvent de l'Océan forment des nuages que le vent pousse vers les terres ; ces nuages commencent par déverser leur trop-plein sur la côte, grâce à la température plus froide du sol, qui détermine la précipitation des vapeurs. Devenus moins lourds, ils passent au-dessus des terres de l'intérieur et les arrosent de moins en moins, surtout si la température est assez élevée pour maintenir les vapeurs en suspension. Mais, dès que le sol se relève, les vapeurs refoulées dans la hauteur rencontrent des zones de plus en plus froides et se précipitent de nouveau.
En Fronce, par les vents d'O. et de S. 0., les nuages venus de l'Atlantique humectent presque sans interruption et assez généreusement toute la côte occidentale, parfois sous forme de larges ondées. C'est ce qui donne au Finistère « son humidité, ses pluies presque continuelles, ses étés sans chaleur, ses hivers sans froid rigoureux ; son ciel gris et sans lumière (Rochard), » et ce qui fait « le climat triste et doux de la Bretagne. » Cependant Dunkerque reçoit moins d'eau que la moyenne de la France, à peine un tiers de mètre par an, selon El. Reclus d'après Delesse (ce qui est une estimation beaucoup trop faible) ; on pense, et l'explication paraît légitime, que les nuages qui lui arrivent le plus habituellement se sont déjà dépouillés en passant sur l'Angleterre. Il arrive aussi que les nuages cheminent assez vite pour crever abondamment, non pas sur la localité tout à fait littorale, mais dans une autre située sur la même ligne plus avant dans les terres. L'intérieur, vers l'Est, est peu humecté, pourvu qu'il reste plaine. Le minimum moyen de pluie en France correspond à une région comprise entre Meaux, Vendôme, Troyes, Epernay, Compiègne, et enfermant Paris et toute la Beauce, laquelle est à la fois éloignée de la mer et des montagnes, peu accidentée et mal boisée. Ce minimum est aux environs de 40 centimètres, peut-être 50 à 60 centimètres, selon M. Renou. Ce n'est pas Ja craie, comme on l'a supposé, mais la situation et la configuration du pays, qui entraînent cette sécheresse relative ; Toulouse, au Midi, est sous ce rapport l'analogue de Paris ; c'est un des points les moins arrosés de cette zone (entre 60 et 70 centimètres). La vallée du Rhin, plus voisine des montagnes que la plaine parisienne, ne reçoit encore que de 56 à 58 centimètres de pluie annuelle (Ch. Grad : Hydrologie de Vlll), qu'il ftiut probablement porter à 60 ou 70 centimètres, pour les raisons précédemment alléguées.
L'influence la plus générale est celle de l'altitude. On a pu dire que la carte hyétologique delà France est, dans une certaine mesure, une carte orographique, et le fait ressort clairement de la carte dressée par A. Vuillemin, d'après Delesse (in Elisée Reclus, Géographie delà France). « Toutes les chaînes d^i montagnes, tous les massifs isolés, y sont indiqués par un excès de précipitation d'eau. Les Pyrénées, les Cévennes, les Alpes, le Plateau central, le 31orvan, le Jura, les Vosges, lesArdennes, les monts de Bretagne, ceux d'Alençon, arrêtent les nuées pluvieuses au passage et reçoivent une quantité d'eau plus grande que les plaines environnantes; en certaines régions montagneuses, les courbes d'égal niveau se confondent exactement avec les courbes indiquant l'accroissement des pluies. » Tandis qu'il ne tombe que 580 millimètres d'eau dans la vallée du Rhin, les Hautes Vosges reçoivent 1100 à 1200 millimètres. Selon Fournct, l'eau qui tombe annuellement sur la rive droite de la Saône est de 0"',696; elle augmente graduellement jusqu'aux murs parallèles du Jura. Sur le versant méridional des Cévennes où les vents soufflent avec fureur, la différence entre la plaine et la montagne est particulièrement accentuée. 11 est une région des Cévennes oti, suivant Delesse, la chute annuelle dépasse l'^jSOO. Dans trois stations montagneuses la tranche annuelle de pluie dépasse 2 mètres : ce sont les Pyrénées de Gavardie, « où tournoie une sorte de remous des vents pluvieux du golfe de Gascogne et oii les ruisseaux, déjà puissants près de leur source, tombent en admirables cascades ; » les montagnes du Tanargue, entre les sources de l'Ardèche et celles de la Loire ; la région des Alpes au Nord de Gap. Dans l'année météorologique 1871-1872, les stations suivantes du département de la Lozère ont reçu {Annuaire de V observatoire physique cenlral) :
FRANCE (climatologie). 453
Noire-Dame des Neiges 2",041 d'eau.
Pont-de-Monlvcrt 2,391
Villefûit 2,413
Vialas 2,600
Des exceptions à celte règle peuvent être produites par la configuration générale du sol, soit à l'intérieur de massifs élevés, soit au voisinage des côtes. M. le professeur Raulin a reconnu que les quantités d'eau sont le plus considérables sur la pente S. E. des Gévennes, du Mont-Pilat à Montpellier {2"%009 à Valleraugue) ; elles n'atteignent la moitié sur le reste du plateau central que dans la Creuse, à Bénévent (1"',082) et à Pontarion (l'»,Û19) ; dans le Uliône, àMonsol (l^jOGl), et dans la Loire, à Fortunières (l'",065). Elles sont également très-considérables dans les Pyrénées, car dans la partie occidentale elles atteignent J 01,836 à Peyranère et l'",655 à Aragori. Elles sont encore trèsgrandes sur la crête et dans les parties extérieures du massif des Alpes (Grand- Saint-Cernard, 1"',199; Cliambéry, l'",026), et en Provence (Régusse, l™,0o5).
La plaine de l'Aquitaine reçoit moins d'eau, surtout dans la vallée supéj'ieure de la Garonne, entre Toulouse et les Pyrénées (Royat, 0'",54l). La plaine de la Limagne et sa continuation par la haute vallée de l'Allier, dans l'intérieur du plateau central, reçoivent moins d'eau (Moulins, 0'",571 ; Saint-Flour, 0"\55!). 11 en est de même dans la plaine parallèle de Montbrisou (0"',570). Le bassin delà Durance ne reçoit pas non plus une très-grande quantité d'eau, surtout dans la partie supérieure, au cœur des Alpes (Barcelonnette, 0'",467). Le Delta du Hliône, d'Avignon à Marseille et Montpellier, reçoit aussi peu d'eau (Arles 0'",551). « Mais la partie où il a été recueilli le moins d'eau jusqu'à présent dans la France méridionale, et probablement dans la France entière, c'est le littoral des Pyrénées-Orientales, de l'Aune au cap Creus, plus particulièrement au Barcarès (0'",578) » (Victor Raulin : Observations pluviométriqxies faites dans la France méridionale de 1704 à 1870 et à Paris de \ 688 à 1870 ; Bordeaux et Pans, 1876).
La quantité d'eau pluviale, qui augmente si invariablement de l'Ouest à l'Est, s'accroît aussi du Nord au Sud pour la même raison, l'élévation progressive du sol. On a vu que la loi se confirme jusqu'au versant méridional des Gévennes inclusivement et jusqu'au massif des Pyrénées ; mais, entre le massif central et la Méditerranée, la chaleur permet à l'atmosphère du Midi de renfermer une plus grande quantité de vapeur d'eau ; survient-il un orage, ces nuages puissants éclatent en averses courtes, mais diluviales. En somme, les cotes de la Méditerranée S3nt moins bien et moins également arrosées que les côtes de l'Océan. Le vent de la mer intérieure contribue rarement à apporterdes vapeurs ■condensables aux terres du littoral ; les vents dominants sont ceux du nord-ouest, qui repoussent sur la mer ses propres vapeurs. Cette, Agde, Béziers, dans le Languedoc Méditerranéen, ne reçoivent que 50 à 60 centimètres de pluie; Arles, Marseille, encore moins; les chiffres se relèvent un peu vers Toulon et Nice.
Onésime Reclus [Géographie) résume en ces termes les données météorologiques qui expriment la pluviométrie de l'ensemble du territoire : « 898,000 hectares ne reçoivent annuellement que 40 centimètres de pluie (ou moins <;ncore), tous dans le bassin de la Seine, dans la Champagne, de Gompiègne à Troyes, d'Epernay à la banlieue de Paris. 8 millions et demi d'hectares reçoivent de 40 à 60 centimètres ; 27 millions, c'est-à-dire la moitié du pays, de 60 à 80 centimètres; 11 millions, de 80 à 100 ; 2,400,000, de 100 à 120; 1,500,000 de 120 à 140; 2,067,000 de 140 à 160; 110,000 de 160 à 180;
DICT. ENC. 4° S. IV. 28
434 FRANCE (climatologie).
520,500 au-dessus de 180. La chute annuelle est de 631 niillimèti-es dans le bassin de la Seine, de 691 millimètres dans celui de la Loire, 720 dans celui du Rhin ; de 823 dans celui de la Garonne, de 956 dans celui du Rhône. » Bien que ces moyennes aient plus d'un côte illusoire et que les résultats ne soient pas tous exacts, nous avons reproduit cette expression de l'ensemble parce qu'elle est intéressante et qu'il serait avantageux de pouvoir en présenter ainsi les traits, aussi rapprochés que possible de la vérité.
Les climatologistes ont aussi cru devoir risquer la moyenne udométrique de la France, tentative que nous ne pouvons nous empêcher de considérer comme sans utilité et, pour bien dire, comme puérile. Il est vrai que l'on est arrivé au désaccord le plus remarquable. Levasseur dit 605 millimètres ; Ch. Martins, 681 ; Vallès, 719; Delesse, 770; Fonssagrives, probablement plus près du vrai, 810 millimètres. Heureusement, il ne s'agit que d'une curiosité et d'une satisfaction de statisticien.
Le réel besoin est bien autre : c'est de connaître le mode, le régime pluvio-
métrique, c'est-à-dire de pénétrer dans les détails de ce grand phénomène et de
savoir en combien de fois, en combien de temps, la quantité d'eau indiquée est
fournie à chaque lieu, par an, par saison, par mois ; ce que M. Fonssagrives a
PI rendu par le rapport — ^ Or, c'est là une recherche extrêmement laborieuse
et que peu d'hommes sont capables de mener à bien ; d'autant que les observations particulières ne sont complètes, ni exactes, ainsi qu'on le voudrait, ni instituées sur un plan uniforme. Nous ne croyons pas pour cela que quelqu'un se résigne jamais à ajouter aux autres notations météorologiques, déjà si complexes, l'application des onze règles proposées par M. Fonssagrives ponr l'étude climatologique des pluies et qui ne seraient même que les plus urgentes. Jusqu'aujourd'hui, on trouve rarement noté le nombre de jours de pluie ^pav an, par saison, par mois ; la notation de la quantité d'eau tombée par averses, par heure, est une rareté et une sorte de raffinement que l'on obtient çà et là de la part d'observateurs particulièrement zélés et perspicaces. Fonssagrives lui-même ne fait intervenir que la moyenne annuelle de millimètres d'eau dans le tracé qu'il décrit de quelques lignes i^ydoméiriques (d'autres disent isoombres et nous paraissent avoir raison, malgré le peu d'euphonie du mot).
M. Victor Raulin (de Bordeaux) a accompli l'œuvre colossale de relever la pluviométrie de la France pour plusieurs centaines d'observatoires et pendant des séi'ies d'années qui ne sont jamais au-dessous de dix ans et remontent parfois au commencement du dix-huitième siècle. Il ne semble pas qu'il existe un plus beau travail de ce genre et, en le signalant aux lecteurs de ce Dictionnaire, nous les avertissons qu'ils doivent le trop court résumé qu'ils en trouveront ici à l'extrême obligeance avec laquelle M. Raulin a mis à la disposition de l'auteur sa grande expérience et ses vastes travaux, y compris des parties encore inédites.
Le savant professeur n'a pas manqué de reconnaître et de proclamer que ce qui est le plus important et le plus caractéristique dans la chute de la pluie à la surface d'une contrée, ce n'est pas la quantité absolue d'eau qui tombe sur le sol pendant l'année, mais sa répartition entre les saisons et surtout entre
PI représente en millimètres la quantité d'eau et N le nombre de jours entre lesquels elle se répartit {wy. Ci.iuat),
FRANCE (clim.vtologik). 435
chacun des mois. En effet, dit-il, alors que les quantités annuelles se trouvent être les mêmes, il y a, sous le rapport de la répartition mensuelle, opposition complète entre la région Méditerranéenne et l'Europe médiane et septentrionale et aussi tout le versant sibérien de l'Asie . Des côtes occidentales de France jusqu'au Kamtchatka, les pluies d'été ont une prépondérance d'autant plus marquée qu'on avance davantage à l'Est, tandis que dans la région méditerranéenne il y a absence presque complète de pluie pendant la même saison. Les conditions topographiques et orographiques, qui ont tant d'influence sur les quantités annuelles absolues, n'en ont au contraire que fort peu sur la répartition mensuelle et trimestrielle.
Les tableaux deM.Raulin publiés jusqu'aujourd'hui, et la cartequ'il a insérée dans y Atlas météorologique de l'Observatoire de Paris pour 1869-1871, concernent la FRAKCE MÉRIDIONALE, ct telle est la raison pour laquelle nous commençons également par envisager cette moitié, à laquelle M. Raulin donne pour limite nord à peu près le parallèle de 46^,50 de latitude, ou une ligne allant de Poitiers à Lausanne. Du reste, les distinctions de régimes pluviomètriques utilisées pour cette vaste zone seront applicables à la moitié septentrionale.
ft Au point de vue de la répartition de la pluie entre les moitiés froide et chaude de l'année, la plus grande quantité d'eau tombe, pendant la moitié chaude, sur la partie centrale, et pendant la moitié froide, sur les parties littorales tant de l'Atlantique que de la Méditerranée. »
La région centrale à pluies abondantes pendant la saison chaude s'étend du lac de Genève au confluent de la Vienne et de la Loire; elle est limitée à l'Ouest par une ligne sinueuse qui passe près de Chàteauroux, Limoges, Tulle, Bordeaux, Marmande, d'oîi par Néi'ac, Tarbes et Arreau, elle va atteindre les sommets des Pyrénées; au Sud, elle est limitée par une ligne droite passant au travers des Alpes françaises, au Sud de Briançon et de Privât, remontant au i\ord jusqu'au pied du Mont-Pilat, passant ensuite près de Florac, Alby et Garcassonne, d'où elle va atteindre la cime des Pyrénées.
Gomme pour prouver la nécessité de descendre jusqu'aux climats de localités, il y a dans cette grande région intérieure des îlots de régime inverse: celui des Monts-Dore et du Cantal, celui des montagnes du Beaujolais et celui du Morvan. Piéciproquement, on devrait ajouter au régime de la région centrale des points qui ne sont nullement dans celle-ci, tels que Sos, Lescar, les stations de la haute vallée du Gave de Pau, celles du pourtour du Canigou et de la Cerdagne.
« Au point de vue de la répartition IrimestrieUe de la pluie entre les saisons météorologiques, en tenant compte des diverses modifications que présente la France méridionale, on peut y reconnaître l'existence de six régimes pluviaux bien distincts :