FRAGOSO
C'est un médicament déjà ancien dans la thérapeutique. Hippocrate en parle sous le nom de avpTbt] âypia. ou myrte sauvage ; Dioscoride lui donne le même nom ; Théophrasle le désigne sous le terme de y.zvrpou.\)pi7bn- Virgile l'appelle Rusciis horridus, par allusion à ses rameaux piquants, qu'on utilise dans certaines parties de l'Italie pour envelopper les viandes et empêcher les souris d'approcher.
Les parties souterraines, qui sont plus particulièrement employées, sont composées d'un rhizome gros conmie le petit doigt, long, noueux, articulé, marqué d'anneaux très-rapprochés, d'une consistance assez dure, et de racines adventives blanches, pleines et ligneuses. Ces parties, lorsqu'elles sont sèches, ont une légère odeur téréhinthacée, une saveur à la fois douce et amère.
D'autres espèces étaient employées et peuvent servir aujourd'hui concurremment. Telles sont :
Le Ruscus Hypoglossiim h.,HypJoglosse ou BisUngua, dont les rameaux sont beaucoup plus grands, allongés, plissés, accompagnés de feuilles persistantes, et portent les fleurs et les fruits à l'aisselle d'une bractée foliacée également persistante. C'est ri7T7ro7)iW5-a-ov de Discoride.
Le Ruscus Hypophyllum L., dont les rameaux aplatis, grands, ovales-lancéolés, veinés, portent les fleurs à leur face inférieure, et dont les feuilles et les bractées sont caduques ; c'est le Laurier alexandrin, Sà.'fr/i oàiià.'j^oua. de Théophraste et de Dioscoride.
llippocRATE. Vie. 880. — Théophuaste. Ehtoria plant., I, 16, et III, M. — Yiiigile. Eglogue 7, vers 43. — Dioscoride. Materia medica, l, 165, et IV, 146. — Linné. Gênera, 1159, et Speries, 1174. — Grexieii et Godrov. Flore de France, III, 253. — Guidourt. Drogues simples 7» édit., m, 168. — Décaisse et Le Maout. Traité général de botanique, 594. Pl.
FRAGOSO (JaA.\). Célèbre médecin et chirurgien du seizième siècle. Certains auteurs, avec JN'icolas Antonio, le font naître à Tolède; il paraît démontré cependant qu'il naquit à Lisbonne. « 11 devint cliirurgien en chef de la reine doua Calharina, qui occupa la régence pendant la minorité de D. Sébastien, et ce fut lui antérieurement qui accompagna l'impératrice Isabelle lorsque, en IS'iô, elle alla épouser Charles-Quint » {Biogr. gén. de Didot). D'après la plupart de SCS biographes, il fut choisi plus tard par Philippe II, successeur de Charles-Quint en Espagne, à la fois pour son premier médecin et son premier chirurgien : il se donne, du reste, cette qualification à la suite du titre de plusieurs de ses ouvrages : Medico y ciriijano del Rey nuestro senor y de sus Altezas; il devait être alors assez avancé en âge, puisque Charles-Quint n'abdiqua qu'en 155G. Les biographes de Fragoso sont d'accord du reste pour dire qu'il fut très-habile médecin et chirurgien non moins adroit : Fue peritissimo en cirujia, en la que se le puede dar et tilido de insigne, dit Moreion. Cet auteur et Chinchilla font grand cas des ouvrages du savant Portugais ; on v trouve en effet un grand nombre de remarques et d'observations originales fort justes et très-intéressantes. Il a entre autres exposé d'une manière très-claire les signes de la mort et a rapporté un grand nombre de faits prouvant qu'on a enterré des personnes vivantes.
Voici les titres des ouvrages de Fragoso :
I. Erolemas quirûnjicos, en que se enseîia lo mas principal de la cirujia, con su glosa, Madrid, 1570, in-4°. — H. De suecedaneis mcdleamentis , cum animadversionibus- in quam plura medicamenta composita, quorum est usus in Hispanicis officinis. Madrid, 1575, 1583 in-S"; Sevilla, 1052, iii-8°. — III. De los medicamenlos compuestos. Madrid, 1575, in-4'>. ! IV. Calalugus simplicium medicamentorum quœ in inusilatis hujus temporis composiUo-
DICT. ENC. 4' s. IV. 14
210 FRAISIER (botanique).
nihus, prceserlim Mesucei el Nicolai, aliorum penuria , invicem sumuntur, tum ex Bioscoride, Galeno, Aetio, Paiilo, lum etiam el Arabibus Anliballomena Grœcis dicunlur, etc. [Compluti apudP. Robles et Villa»ova anno 15(30, in-8°). — V. I>e la ch'ujia, de las evacuaciones y antidotario. Madrid, 1581, in-fol. — \'I. Cirujia universal, ahora nuevamenle anadida cou todas las difficultades y cuestiones ])ertenecientes â las materias de que se Irata (nouvelle édition du précédent, accompagnée de plusieurs autres de ses ouvrages). Madrid, 1660, in-fol. — Vil. Très tratados de cirujia nuevamente emendados y ai'iadidos (sans lieu ni date). — VUI. Disciirso de las cosas aromaticas, aiboles, frutas // medicinas simples de la India Oriental, y sirven al uso de medicina. Madrid, 1572, in-S" ; traduit en latin par Israël Spach. Strasbourg, 1001, in -8°. — IX. De la naturaleza, calidades y grados de los medicamentos simples (sans lieu ni date). L. Hn.
FRAI. Le frai consiste en une aggloméi-ation d'œufs de poissons, de batraciens et d'autres animaux aquatiques ovipares. Ces œufs sont réunis entre eux par une certaine quantité de mucus, ce qui rend la masse douce au toucher. Le frai de La grenouille forme une masse d'aspect gélatineux, molle, transparente (avec des points noirs formés par les rudiments d'embryons), qui lui a valu autrefois d'être employé comme émollient. On préparait une eau distillée de frai de (irenouille qui servait surtout comme collyre, et une huile de frai de (grenouille, dont on enduisait les parties enflammées. L'abondance extrême de cette substance dans les eaux dormantes, à une certaine époque de l'année, abondance telle qu'on a pu quelquefois l'utiliser pour l'agriculture, la rendrait précieuse comme médicament, si elle avait des propriétés spéciales. D.
FRAISE (Botanique). Yoy. Fraisier.
FRAISE (Bromatologie). Voy. Fraisier.
FRAISE. Nom d'instruments destinés à pratiquer des perforations ou plutôt des excavations dans des parties dures, comme les os, les dents, les calculs urinaires. Ils se composent d'une tige métallique, terminée par une petite lame, tantôt ronde, tantôt triangulaire, tantôt en forme d'ongle, etc., suivant les indications à remplir. Qaelqucs-uns sont terminés par une petite cupule. D.
FRAISIER. § I. Rotanique [Fragaria T.). Genre de plantes de la famille des Rosacées, série des Fragariées, à laquelle il a donné son nom. 11 est caractérisé par des fleurs régulières, hermaphrodites ou plus rarement polygames, dont le réceptacle a la forme d'une coupe très-évasée, à rebord circulaire et à fond relevé en bosse. comme le cul d'une bouteille ordinaire. Cette saillie, qui répond au sommet organique du réceptacle, doiuie insertion au^^éléraents du gynécée, tandis que lepérianthe et l'androcée sont portés par les bords du réceptacle. Le calice est formé de cinq folioles, disposées dans le bouton en préfloraison valvaire, ou légèrement rédupliquée, ou rarement même un peu imbriquée. En dehors du calice se voient cinq folioles , alternes avec les sépales et représentant leurs stipules. Elles constituent ce qu'on a nommé ici le calicule, de façon que les pièces de celui-ci sont formées chacune de deux stipules appartenant à des sépales différents; mais exceptionnellement ces stipules peuvent redevenir indépendantes, soit en totalité, soit dans une étendue variable, et ces diverses anomalies ont servi à démontrer leur nature et leur origine. La corolle est rosacée, formée de cinq pétales qui alternent avec les sépales et ont un onglet court et un limbe obtus, imbriqué dans la préfloraison. Les étamines sont en nombre variable, multiple de cinq, et souvent de vingt. Dans ce cas, elles sont disposées sur trois verticilles. Celles d'un premier verticille, au nombre de cinq, sont insérées en dedans de la ligne médiane des sépales ; cinq autres, en face des pétales ; et les dix autres sont placées
FRilSlER (botanique). 2H
sur les côtés de ces cinq dernières. Chaque étamiiie est libre, formée d'un filet et d'une anthère biloculaire, introrse ou à déhiscence marginale. La surface des réceptacles s'épaissit en un disque glanduleux, plus ou moins visible dans l'étendue qui sépare l'insertion des étamines de celle des carpelles. Ceux-ci sont en nombre indéfini, libres, formés chacun d'un ovaire uniloculaire, surmonté d'un style inséré à une hauteur très-variable du bord ventral de l'ovaire et dilaté supérieurement en une extrémité sligmatifère. Dans l'angle interne de l'ovaire et eu un point variable s'insère un ovule descendant, incomplètement anatrope, à raphé ventral et à micropyle supérieur et extérieur. Le fruit ou Fiaise est multiple, formé d'un nombre indéfini d'achaines qui sont portés par la portion relevée du réceptacle, considérablement épaissie et devenue charnue, succulente, et garnie à sa base du calice et du calicule persistants. Chaque achaine renferme une graine dont l'embryon, charnu et dépourvu d'albumen, a la radicule supère et les cotylédons inférieurs plans-convexes.
Les Fraisiers sont herbacés, vivaces. Leur tige souterraine est un court sympode, et leurs feuilles sont alternes, Irifoliolées, digitées ou pennées, accompagnées de deux stipules latérales, pétiolaires, membraneuses. Souvent leurs rameaux aériens sont allongés en coulants, à feuilles écartées et dont les bourgeons axillaires s'enracinent au contact du sol. Leurs fleurs sont terminales, ou plus ordinairement réunies au sommet d'une hampe commune eu cymes alternes, souvent unipares, dont la réunion peut simuler une ombelle ou un corymbe. Les Fraisiers habitent les régions tempérées et alpines de l'hémisphère boréal dans les deux mondes, et les montagnes des îles Mascareigues et de l'Amérique du Sud. On en a décrit beaucoup d'espèces, mais ce ne sont souvent que des variétés ou des formes d'un nombre peu considérable de types spécifiques, ne dépassant probablement pas une demi-douzaine. Les principaux que nous ayons à mentionner au point de vue pratique sont les suivants.
I. Fraisier comestible [Fragaria vesca L., Spec, 705). Celte espèce, la plus connue de toutes et la plus usitée en médecine, se distingue par ses tiges le plus souvent stolonifères, les lobes de ses feuilles plissés, minces, poilus en dessous ses fruits pendants, son calice réfléchi après l'anthèse, et ses pédoncules floraux chargés de poils adpressés. On lui distingue beaucoup de variétés dont les principales sont le F. vesca syhestris L. (Fraise de bois), le Fraisier d'Angleterre ou à châssis (F. vesca minor Duch.), le F. fressant (F. vesca nortensis Dvch.), le F. des mois (F. semperflorens Dvch.), le F. de Versailles (F. monoplnjlla Duch.), dont les feuilles sont en effet simples, le F. buisson (F. effiagellis Duch.), dont les coulants sont courts ou nuls, le F. double (F. multiplex Duch.), dont les réceptacles sont petits et pâles; le F. couronne (F. botryformis Duch.) et le F. arbrisseau à fleurs vertes (F. muricata Ddch.), qui sont plutôt des monstruosilés l'une à fleurs prolifères, l'autre à sépales grands et foliacés et à corolle nulle ou très-réduile. Beaucoup de sous-variétés et de races sont issues de cette espèce et ne peuvent être étudiées ici. Le type croît en Europe, très-communémen.t dans les bois et sur les collines. C'est le Fraisier des bois ou F. sauvage. On a dit qu'il se trouvait aussi peut-être à l'état spontané dans certaines localités des Andes; ce qui est au moins fort douteux,
II. Fraisier BresUnge {Fragaria collinaEHhH. , Beitr., VllI, 26). Cette espèce, encore appelée Craquelin, a presque tous les caractères de la précédente ; mais ses stolons sont dépourvus d'écailles dans chacun des intervalles qui séparent les bouquets de feuilles, excepté dans l'inférieur, tandis que les coulants du
212 FRAISIER (botanique).
F. vesca sont pourvus de cette écaille. Déplus, le calice est appliqué sur le fruit du F. collina, tandis que celui du F. vesca est étalé ou rélléclii à la maturité. Cette espèce est assez rare aux environs de Paris ; elle est plus commune dans certaines localités delà Suisse et de l'Allemagne. Quelques auteurs l'ont considérée comme une simple variété du Fraisier commun.
III. Fraisier élevé [Fragaria magna Thuill., FI. par., 254. — F. elatior Ehrh., Beitr., VIII, 25). Cette espèce, qui passe pour être la souche des Fraisiers Caperonniers cultivés dans nos jardins, se distingue par des coulants munis d'unC' écaille semblable à celle des stolons du F. vesca; mais ces coulants manquent souvent. Les feuilles ont ordinairement de grandes folioles, chargées de poils blancs en dessous à l'âge adulte. Du milieu des feuilles s'élèvent une ou plusieurs hampes, quelquefois hautes d'un pied, nues ou portant une ou deux feuilles llorales et supportant les pédicelles floraux, groupés en fausses-ombelles et couverts de poils étoiles. Les fleurs sont plus grandes que celles du F. vesca, mais à l'état sauvage elles demeurent fréquemment stériles, les carpelles étant peu développés, tandis que les étamines le sont davantage. Le fruit, qui est ovoïde, est rétréci et dépourvu de carpelles à la base, du moins à l'état sauvage, de couleur rouge. Celte espèce n'est pas très-commune dans les environs de Paris. C'est elle que Linné nommait F. vesca, S pratensis. On dit qu'elle croît non-seulement en France et dan^ les pays voisins, mais encore en Bohême, en Chine (?) et en Amérique. Cultivée, elle devient généralement fertile. C'est à elle qu'on rapporte comme variétés le F. moschata Duch. (Fraisier de Bruxelles, Caperonnier roval) et le F. dioica Duch. (Fr. Framboise, Fr. Abricot), lesquels ont produit aussi beaucoup de variétés ou de formes cultivées à fruit comestible et souvent excellent.
IV. Fraisier à calice [Fragaria calycina Loisel.). A cette espèce beaucoup d'auteurs ont rattaché comme synonymes les F. grandiflora Thuill., Majaiifra Docu. et Breslingia Duch., c'est-à-dire les Fraisiers dits de France, de Champagne, etc. Cette espèce serait caractérisée par des feuilles à lobes plissés, subcoriaces, bien verts, chargés de poils assez longs et fermes, par des sépales allongés, dressés-adpressés après l'anthèse, des pétales d'un blanc jaunâtre et des carpelles gonflés. De Candolle y a rattaché comme formes et variétés les F. hispida (Fraisier ou Breslinge de Longchamp),/jen(/»/a (Fr. Marteau, Breslinge de Bourgogne), nigra (Breslinge d'Allemagne), abortiva (Fr. coucou, Fr. aveugle), pratensis (Fr. Brugnon, Breslinge de Suède), et viridis Duch. (Fr. vert, Breslinge d'Angleterre)'. Cette espèce croît en France et probablement dans divers autres pays de l'Europe.
V. Fraisier de Hagenbach [Fragaria Hagenbachiana Lang et Koch, in Flora (1842), 552). Beliée par plus d'un point avec la précédente, cette espèce a les écailles des coulants disposées comme celles du F. elatior. Les feuilles sont composées-pennées, les folioles étant pétiolulées, et les moyennes ordinairement plus longuement que les latérales. Elles ont une dent terminale généralement plus courte que les latérales. Le fruit, qui est organisé comme celui du F. elatior, est accompagné du calice, qui est appliqué sur lui. Cette plante croît en Allemagne, en Suisse, en France, sur les pelouses des coteaux arides et dans les clairières des bois ; elle est rare aux environs de Paris et se trouve cependant à Fontainebleau et à Saint-Germain.
VI. Fraisier du Chili [Fragaria chUensis Ehrh., Beitr.. VII, 26). Cette espèce est caractérisée par ses fleurs dioïques et ses fruits tardifs, ses feuilles glauques, coriaces, crénelées, garnies de poils des deux côtés, ses pédicelles épais,
FRAISIER (emploi médical). 213
son calice plus épais aussi que dans les espèces précédentes. Son fruit est rosé à la surface, blanchâtre en dedans. On lui a rapporté comme variétés le Fraisier Ananas {Fr. Ananassa Duch.) et les Fraisiers de Bath et de Devonshire {Fr. calycidata Duch. — Fr. carolinensis Duch.). Ce dernier a aussi été considéré comme nne espèce particulière. Le Fraisier Qitoimio de Cantorbéry a aussi été donné comme une variété [tincla) dont la chair intérieure et le suc sont rouges ; de même que le F . bonariensis Juss., récolté à Buenos-Ayres et à Montevideo.
YII. Fraisier de Virginie (Fragaria virginica Mill.). Cette espèce, dont bi véritable patrie est incertaine, est aussi dioïque et tardive. Ses feuilles sont coria ces et non plissées; ses pétales, ovales; ses styles, longs; ses fruits, pendants, gonflés, très-aromatiques. Elle a aussi passé pour avoir produit un grand nombre de sous-variétés et d'hybrides cultivés, à fruits recherchés pour leur grosseur, leur parfum et leur saveur.
Le Fraisier en arbre est l'Arbousier [Arbutus Unedo L.). H. BiS.
Bibliographie. — Tourîjefort, Instil., 295, t. CLII. — L. Gen.,n. 633; Fragavesca {Amœn., n" 160). — Fbenzel, Suav. Fragariœ fruct... (Witteberg, 1662). — Gruner, De febreurtic. ab cancr. et Fragar. vescœ... (lena, 1774). — Juss., Gen., 538. — G.ertn., De fruct. et sem., I, 350, t. 75. — Lamk, Dict. enc., II, 527; Suppl., II, 667 ; lll., t. CCCCXLH. — bvcH.,Hist. nat. des Fraisiers (Paris, 1766). — Nesti,., Potent., 17. — IIér. et Del., Dict. Mat. méd., III, 286. — Gi'iB., Drog. simpl., éd. 6, III, 303. — DC, Prodrom., II, 569. — Spach, Suit, à Buff'on, I, 462. — Endl., Gen., n. 6361. — Rosotii., Synojjs. plant, diaphor., 961. — Bënth. et Hook. Gen., I, 620. — H. Bâillon, Hist. des plantes, I, 305, 450, 465, lig. 413-419.
§ II. Emploi médical. Historique. Les anciens ont évidemment com}u le fraisier et son fruit délicieux; il croît spontanément en Grèce et en Italie : cette raison péremptoire peut dispenser ; de donner d'autres preuves , et cependant c'est à peine s'il est fait mention dans les auteurs grecs ou latins de cette plante utile autant qu'agréable. Ni les botanistes, ni les médecins, ni les agriculteurs, n'en parlent; Pline le nomme simplement, sans s'arrêter à le décrire ou à parler de ses propriétés, et parmi les poètes, seul, je crois, Virgile . cite son nom dans ces vers si connus :
Qui legitis flores, et liumis nascenlia traga, Frigidus, ô pueri, lugite hinc, latet aiiguis in herbà.
(Eglogue III, vei's 93-94.)
En somme, renseignements nuls ou à peu près, dans la littérature antique, sur ce végétal qui nous donne le premier fruit du printemps, l'un des plus savoureux que nous connaissions et vanté parfois pour ses vertus médicinales.
Un pareil oubli me semble inexplicable; en tout cas je pense qu'il est utile de le faire remarquer.
A la vérité, Rollin rapporte (citation de Stan. Martin), dans son Histoire du Bas-E^npii'e, que les Romains étaient passionnés pour les fraises et les faisaient venir à grands frais sur leur table en toute saison, mais il ne donne aucune preuve de son assertion.
Dioscoride ne parle pas non plus du fraisier; mais son habile commentateur, Matthiole, comble cette lacime. A l'époque où il écrivait, c'était un médicament que Ton employait grandement. On estimait ses fruits rafraîchissants, dessiccatifs ; les feuilles et les racines vulnéraires, anticatarrhales, antidysentériques, diurétiques, antiscorbutiques, et l'eau distillée utile dans les ophthalmies et non cosmétique.
Ces quelques lignes écrites par Matthiole résument très-bien les propriétés
FRAISIER (emploi mkdical).
attribuées généralement au fraisier par les auteurs modernes qui l'ont étudié au point de vue thérapeutique.
Toutes les parties de la plante ont été utilisées ; toutefois, le fruit et la racine ont été toujours le plus souvent usités.
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Fraise. Sa composition a été recherchée par Fresenius, en 1857, et par H. Buignet, en 1859. Si les chiffres donnés par ces chimistes diffèrent sensiblement, ce qui n'a pas lieu d'étonner, les résultats généraux sont les mêmes.
Buignet ne s'est pas borné à déterminer la composition d'une variété de fraise
FRAISIER (EMPtOI MÉDICAL). 215
il a étudié li vai'iélés de ce fruit dans son travail bien fait et considérable. Je ne puis, on le comprend, donner même le résumé des faits intéressants signalés par cet auteur, ce serait excéder de beaucoup les limites qui me sont assignées par cet article, et je me borne à reproduire ici les chiffres trouvés par Buignet, relatifs à la composition de deux variétés de fraises qu'on pourrait considérer comme officinales, les plus répandues d'ailleurs, les plus recherchées également, je veux parler de la fraise des bois et de la fraise des Alpes.
Le tableau ci-dessus renferme la liste des composants qui entrent dans chacune de ces variétés et leurs proportions respectives. Le médecin se rappellera surtout qu'elles sont riches en acide malique et matières sucrées, principalement en sucre interverti.
Usages. Il n'est pas besoin, je pense, de parler bien longuement des usages bromatologiques de la fraise. Chacun connaît et apprécie ce fruit savourçux, l'un de nos meilleurs en Europe, qui joint à une saveur exquise un parfum délicieux, goûté par tous, et les formes les plus appétissantes. Aussi bien a-t-il ses passionnés amateurs.
On cite principalement l'illustre Fontcnelle, mort presque centenaire, lequel aimait beaucoup les fraises, en faisait un grand usage et leur attribuait la bonne santé dont il jouit pendant sa longue et brillante carrière.
Toutefois, l'exemple de Fontenelle ne pourrait malheureusement pas être suivi par tout le monde, car pour certains estomacs les fraises sont lourdes et indigestes. Il n'est pas rare, en effet, de voir des personnes incapables de supporter ce fruit, bien qu'elles l'aiment beaucoup. On rapporte même {Journ. de Leroux, t. XXXIIl, 1815) qu'une demoiselle ne pouvait voir un plat de fraises sans être atteinte d'urticaire. Elle les appréciait énormément cependant, mais en ayant un jour consommé un certain nombre, elle avait éprouvé cet accident, et celui-ci se reproduisait parfois au simple aspect du fruit coupable.
La fraise, riche en eau et en sucre, ne convient pas toujours aux dyspeptiques, aux obèses, aux diabétiques, et elle exige, comme nous venons de le voir, certaines aptitudes digestives pour être bien tolérée par l'estomac.
Les gourmets ont imaginé bien des méthodes d'accommoder les fraises ; ils les mélangent avec du sucre, du vin, diverses liqueurs et de la crème; ils les Immectent de jus d'orange, à l'exemple du comte de la Place, approuvé par le spirituel Brillât-Savarin ; ils en font des glaces, des beignets ; les amateurs se bornent à les manger en nature ou avec un peu de sucre. Mais je n'ai pas à insister siu ces fantaisies gastronomiques, et je passe outre pour indiquer ■<{uelques petits inconvénients des fraises.
Elles peuvent provoquer l'apparition de diverses éruptions cutanées, de l'urticaire particulièrement ; elles sont laxativcs quelquefois et dans certaines conditions un peu échauffantes, lorsque, par exemple, elles deviennent diurétiques.
Les applications médicales de la fraise ne sont pas dépourvues d'intérêt. On ■dit généralement qu'elle est humectante, rafraîchissante, diurétique, et de ces propriétés générales on fait dériver quelques usages thérapeutiques.
Ainsi, de ce qu'elle est diurétique, on a conclu qu'elle possède une action antigoutteuse, anticalculeuse même. C'est sous le couvert de la grande autorité de Linné que ce fruit fut rangé parmi les antigoutteux. Atteint de la goutte depuis plusieurs années, l'illustre naturaliste fut pris, à la fin de juin 1750, d'un accès d'une violence inusitée. Souffrant violemment, ayant perdu le sommeil et l'appétit, voyant ses forces décliner, il se résigna un jour à goûter à un pbt de
216 FRAISIER (emploi médical).
fraises qu'on lui apporta ; elles lui semblèrent bonnes et il en mangea beavicoup. A son ftrand étonnement et, il n'est pas besoin de dire, à sa pleine et entière satisfaction, il se sentit bientôt soulagé et put dormir.
L'expérience lui parut précise et suffisante, d'ailleurs, pour être poursuivie; il continua donc de manger chaque jour son plat de fraises et s'en trouva si bien qu'il put au bout de peu de temps se lever et marcher. L'accès disparut promptement et la santé générale devint bonne.
Les quatre années qui suivirent, les accès de goutte revinrent, moins forts du reste. Linné leur opposa le traitement qu'on connaît, et n'eut qu'à s'en louer encore. Aussi bien fit-il plus tard et toutes les années la cure préventive par les fraises avec un succès tel qu'il resta vingt ans sans éprouver la moindre attaque. Limié eut des imitateurs, comme bien on pense, mais ils furent peut-être moins favorisés que l'éminent botaniste, heureux promoteur de la méthode, ou du moins ils nous ont laissé ignorer les résultats de leurs cures. En effet, en dehors d'une observation favorable, citée par Sauquet, en 1840, je ne trouve aucune autre relation convaincante en faveur des vertus antigoutteuses de la fraise. De sorte que, sans refuser à celle-ci toute efficacité contre la goutte, je crois nécessaire de mettre les malheureux qui en sont affligés en garde contre les espérances trop grandes que ferait naître dans leur esprit l'observation de Linné, ■le considère comme \m excellent adjuvant ce fruit exquis dans le traitement de la goutte, mais j'engage vivement les goutteux à ne pas trop compter sur cette cure agréable pour se délivrer d'un accès de goutte ou supprimer sa cause première.
La cure de fraise peut être comparée jusqu'à un certain point à celle de raisin, que l'on rapproche avec juste raison de la cure aux Eaux alcalines. Comme ces deux dernières, en effet, elle provoque une diurèse salutaire, et introduit dans l'économie des carbonates alcalins par suite de la transformation des malates de chaux et de potasse en carbonates de ces bases.
Or la diurèse et les alcalins en général ont une action heureuse dans la goutte, car ils tavorisent singulièrement l'excrétion de l'acide urique, fabriqué en excès par les sujets affectés de cette maladie, ou même empêchent sa formation.
On conçoit toutefois que ladite cure ne peut être efficace qu'à la condition d'ingérer de grandes quantités de fraises.
La goutte et la gravelle sont deux soeurs jumelles, et ce qui agit contre l'une a chance de combattre avantageusement la seconde. Gesner et d'autres auteui's n'ont donc pas hésité à considérer ce fruit comme utile dans la gravelle, et Lobb a renchéri encore sur cette opinion en affirmant sa valeur contre le calcul vésical. La raison qu'il donne n'est pas sérieuse. Lobb a vu des concrétions pierreuses extraites de la vessie se ramollir après une longue macération dans le suc de fraises, d'où la conclusion que je viens d'énoncer, dénuée de toute valeur scientifique. Disons plus simplement, avec Chaumeton, que, si les fraises ont quelque utilité dans la gravelle, ceci résulte de leurs propriétés relâchantes, adoucissantes, qui peuvent dans une certaine mesure faire cesser les spasmes des uretères et du col vésical et faciliter ainsi l'expulsion d'un gravier. J'ajouterai qu'étant diurétiques et riches en malates alcalins, elles diminuent la formation de l'acide urique dans l'économie, ce qui n'est rien moins que favorable à la production de concrétions calculeuses diuis les voies urinaires. Je n'émets pas en ce moment d'hypothèse, car les analyses chimiques de Liebig ont montré que l'urine de sujets goutteux, examinée avant la cure, pendant et après, devenait
FRAISIER (emploi médical). 21'
de plus en plus pauvre en acide urique, au fur et à mesure que l'usage des fraises se prolongeait.
Parmi les auti-es applications attribuées à ce fruit, je puis citer encore celles qui dérivent de leur action rafraîchissante, humectante (Bartholin), d'oiî l'on induit facilement qu'elles sont utiles contre la constipation habituelle ou accidentelle. Mais faut-il croire que ces vertus laxatives ont pu couduiie à la guérison de la manie? Pas le moins du monde. C'est là une exagération qu'on s'étonne de voir rapportée p3r Yan Swieten.
Je doute fort également que les fraises possèdent des vertus ténicides, comme l'indique Gelùcke, de Stettin; à supposer que ces propriétés existent, elles ne sauraient être utilement mises à profit. Tout au plus peut-on admettre que l'usage des fraises avant l'administration d'un ténicide est une bonne manière de faciliter l'opération de ce médicament.
Schulze, Hoffmann et Gilibert, ont préconisé la fraise dans la phthisie pulmonaire, et citent des exemples de guérison de cette maladie. Il y a dans ces faits de simples coïncidences, des erreurs de diagnostic ou de grandes illusions.
Quelques vieux auteurs rapportent aussi que pour éviter les engelures il suffit, à la saison des fraises, de se frotter les mains avec le jus de ce fruit. Je crois superflu de dire que cette méthode prophylactique est aussi inefficace que ridiculement conçue.
Enfin, il y a bien longtemps qu'on a vanté l'eau distillée de fraise comme un excellent cosmétique propre à faire disparaître le hàle de la peau et les taches de rousseur. Cette application ne me paraît pas sérieuse: l'art d'embellir le visage dispose de ressources moins aléatoires. Egalement on a doté le bain de fraises du pouvoir de donner à la peau de la douceur, du velouté : vingt livres de fraises écrasées dans l'eau d'un bain accompliraient cette agréable transformation.
La belle madame Tallien, dit-on, usait de pareils bains. Je livre à la coquetterie raffinée ces recettes, qui ont au moins le mérite d'être inoffensives, sans me porter garant de leur mérite.
En terminant ce paragraphe, j'indiquerai une application assez inattendue de la fraise. Non content de l'abaisser au rang d'un vulgaire cosmétique, on a voulu en faire un purgatif, un diurétique, en arrosant le fraisier avec des solutions de sels purgatifs ou diurétiques. Je ne vois, pour, mon compte, aucun avantage à dénaturer cet excellent fruit, en le saturant de ces solutions médicamenteuses. Et si l'utilité de pareilles associations était démontrée, chose parfaitement improbable, ne serait-il pas plus simple de donner les substances purgatives ou diurétiques à prendre en même temps qu'un plat de fraises?
Racine. C'est à proprement parler le rhizome, plutôt que la racine, que l'on prescrit en général. Cette tige souterraine est noirâtre à l'extérieur, brun jaune à l'intérieur, sans odeur, mais d'une saveur uu peu astringente. Elle renferme, en effet, beaucoup de tannin, c'est même là son principe actif, et une substance colorante qui teint en rouge sa décoction.
L'acide tannique lui donne donc ses propriétés principales d'astringent, de diurétique et d'apéritil", qui ont fait recommander autrefois la racine de fraisier dans bon nombre d'affections des voies génito-urinaires : les irritations catarrhales subaiguës, les néphrites simples, principalement quand il y a dysurie. Sans lui attribuer de grandes vertus dans ces maladies, je puis dire qu'elle n"est pas absolument inerte; sa décoction modifie sûrement l'urine, qui devient rosée, preuve évidente de l'élimination de ses principes par les voies génito-urinaires.
218 FRAISIER (emploi médical).
L'astringence de cette racine indique encore son emploi possible dans les mêmes irritations catarrhales des voies digestives et les hémorrhagies passives en général, évidemment à titre d'adjuvant. La décoction exerce, à n'en pas douter, une action topique sur l'intestin, puisqu'elle rougit les excréments d'une façon toute spéciale, suivant la remarque de Geoffroy, faite dès la première moitié du dix-huitième siècle.
Mais, si l'on peut compter, jusqu'à un certain point, sur la racine de fraisier comme diurétique et astringent, il n'y a guère lieu de fonder grand espoir sur les qualités qu'on lui attribue, dans les anciennes pharmacopées, de substance fondante, stomachique ; c'est un amer fort peu puissant.
On conçoit mieux les propriétés vulnéraires de cette racine, à cause même de sa richesse en tannin, propriétés rapportées par Nobelius, et que l'on pourrait utiliser dans la pratique rurale, quand on est appelé à prescrire un remède utile ^t à bas prix.
Feuilles. On considérait anciennement les jeunes feuilles prises en infusion théiforme comme douées des mêmes vertus thérapeutiques que la racine. Mais plus récemment on a tenté de leur attribuer une importance qui serait considérable, si l'application nouvelle était justifiée, car il ne s'agit ni plus m moins que d'en faire un succédané du thé. L'idée est de Klekzinsky, de Vienne. Voici le mode de prépai'ation recommandé pour cet usage. On récolte les jeunes feuilles de fraisiers sauvages, immédiatement après la maturation des fruits, et on les fait sécher au soleil, ou bien on les torréfie légèrement sur des plaques chaudes pour rendre la chlorophylle insoluble.
Les feuilles ainsi préparées donnent une infusion brunâtre ou verdâtre, d'odeur agréable, de saveur astringente, analogue à l'infusion de thé, qui peut être prise avec du lait ou du rhum, absolument comme s'il s'agissait delà tasse de thé ordinaire. Elle est diurétique, diaphorétique, et moins somnifuge que le thé de Chine.
L'infusion de feuilles fraîches de fraisier a été beaucoup vantée comme excellent remède contre la diarrhée chronique, par un médecin américain, Blackburn {Southern Med. and Surcj. Journ.), qui recommande la formule . que voici :
Feuilles vertes 375 grammes.
Bonne eau-de-vie 1 litre lo.
On fait bouillir jusqu'à réduction de 55 centilitres, on filtre et on donne une cuillerée à soupe du liquide toutes les heures. En général, l'amélioration est manifeste à la dixième cuillerée.
En France, cette préparation a été expérimentée par Malgaigne, qui lui a dii un succès remarquable chez un sujet affecté de diarrhée chronique depuis plusieurs mois, anémié et profondément épuisé. En moins de quatre jours, la guérison était obtenue. L'alcool aurait peut-être autant que les feuilles de fraisier le droit de revendiquer sa bonne part dans les cures signalées par Blackburn et Malgaigne. *
Modes d'emploi et doses. Fraises. En écrasant des fraises dans de l'eau, on en fait une tisane rafraîchissante, tempérante, utile pour les fébrieitants.
On prépare encore avec les fraises une eau distillée, une huile essentielle, un sirop, usités en pharmacie.
Vhydrolat de fraise s'obtient en distillant le maceratum de fraise dans l'eau, additionné de quelques poignées de sel marin (Stan. Martin). C'est une eau
FRâMBŒSIA. 219
distillée, très-agréable au bout de six mois, parfumée et propre à aromatiser des sirops ou des pastilles.
Vhiiile essentielle de fraise s'obtient delà façon suivante, d'après Stan. Martin. On écrase des fraises, on sépare le jus et on le place dans un flacon avec de l'éther rectifié. Après deux jours de contact, on décante et on met l'éther en rapport avec du sucre pulvérisé. Celui-ci fixe l'huile essentielle et prend son odeur suave. Cette préparation n'a pas d'application médicale.
Pour obtenir le sirop de fraise, voici comment il fout procéder (St. Martin). On met dans un vase qui ne doit être ni en bois, ni en métal, des couches superposées de fraises et de sucre pulvérisé. « On dépose ce mélange à la cave ; le lendemain, on le jette sur un tamis de crin, au travers duquel le jus s'écoule. Ce jus est mis en bouteille, et chauffé d'après le procédé Appert. »
Le sirop ainsi obtenu est clair, de belle couleur, d'odeur agréable, d'une saveur qui rappelle celle de la fraise ; et il se conserve un an.
Autre formule :
Fraises des bois lOOO grammes.
Sirop de sucie blant 5000
Réduisez par cuisson le sirop à 2230 grammes, ajoutez les fraises et placez le tout dans un vase de porcelaine couvert. Après vingt-quatre heures, passez sur une étamine de laine, avec une légère expression.
Racine. On prépare avec la racine une infusion ou une décoction, d'après les proportions suivantes :
Racine iO grammes ou plus.
Eau 1000
Les feuilles, ainsi que je l'ai dit déjà, s'emploient en infusion théiforme, fraîches ou desséchées. Erxest Labbée.
Bibliographie. — Diderot et Dal., art. Fraise. Encyclop., 1757. — Macquart, Enajdop. méthodique. Médecine, 1793. — Lekodx. Journal de Méd., de Clnrurg. et Pharni, t. 53, 1815. — Gelhecke. Journ. de Hufeland, 1824. — Chaumeton. Flore Médicale, 1833. — Richard. Dict. en 30 vol., art. Fraise, 1836. — Sauquet. Jauni, de Chimie Méd., 1840. — Blackblrx. Journ. de Méd. et de Chirurgie jirat., t. 19, 1848. — Malgaigse. Revue tnédicochirurgicale, [M8. — Ki,ekzinsky, Wiener medizinische Wochenschrift, et Revue de tliérap. méd. chirurg, 1855. — Fresenids. Annalen der Chemie und Pharm. CL, 219, 1857. — H. BuiGNET. Journ. de pharm., 5° série, t. 36, p. 8), 1859. — Larousse. Dictionnaire, art. Fraise, 1872. — Bdignet. Dict. de Méd. et de Chirurgie prat., 1872. — Cazi.\. Plantes médicinales, ¥ édit., 1876. E. L.
FRAisiSE (Ch.^rles). Natif de Genève, docteur en médecine de la Faculté de Paiis (11 avril 1835), attaché en permanence à l'un des bureaux de secours organisés par la ville de Paris durant la terrible épidémie cholérique de 1852, envoyé enfin, en 1855, à Marseille, pour y étudier la même maladie et porter secours aux malheureux qui en étaient atteints, Charles Fraisse a publié les ouvrages suivants :
I. De la Nostalgie. Thèse inaugurale. Paris. 11 avril 1853, in-4"> de 52 p. — II. Répertoire complet et analyse des diverses méthodes de traitement appliquées au choléra-morbus en France et dans tes pays étrangers ; avec une description des symptômes de la maladie, des diverses formes de la maladie et des lésions cadavériques qu'elle laisse après elle. Paris, 1832, in-S° (en collaboration avec M. F. François), 256 p. — III. Du choléra-morbus de Marseille. Lyon, 1855, in-8 (en collaboration avec Boyron et Ramadieu). A. G.
FRAIS-YAI.LOX (EaOX JII.NÉRALES De). VoiJ. OÏOUN-SCKHAKHJNA.
FR4iTlB(ESlA. Définition. Maladie virulente caractérisée par l'éruption,
220 FRAMBŒSIA.
à la surface de la peau et des muqueuses voisines, de tubercules charnus (sarcomes) qui prennent, à une certaine période de leur évolution, l'apparence d'une framboise : d'où le nom de frambœsia introduit dans la littérature médicale par Sauvage {ISosol. méthod., d759, t. II).
Synonymie. Pour nous, cette espèce morbide comprend le pian des colonies françaises; Vyaws de la côte d'Afrique et des colonies anglaises; le buba (pron. houba) de l'Amérique espagnole, du Brésil et des colonies portugaises; \% patéh ou bouton d'Amboine ou des Moluqnes; le Tonga de la Mélancsie.
Comme on le voit, c'est une maladie de la zone intertropicale du globe : de là sans doute l'incertitude très-grande qui règne encore sur ses caractères et sur sa nature.
Historique. Cette maladie n'a été connue des médecins européens que postérieurement à l'introduction des nègres esclaves dans les colonies : d'où l'opinion généralement répandue qu'elle est originaire de la côte occidentale d'Afrique, où elle sévit encore avec intensité, non-seulement chez les nègres indigènes, mais même chez une race conquérante venue de l'est, et dont les principaux établissements sont dans le Soudan ; nous voulons parler des Peuhls ou Foullahs. Cette opinion, qui ne manque pas de probabilité, en ce qui concerne les terres du golfe du Mexique et le Brésil, ne saurait être invoquée pour l'Inde et les îles de rOcéanie, où elle existe également.
Comme la tradition des Peuhls, confirmée du reste par leurs caractères physiques et par le peu que nous savons de l'histoire des peuples africains, les fait venir de l'Orient, nous sommes porté à tourner nos regards de ce côté et à interroger les médecins arabes. Or Ali, fils d'Abbas, décrivit sous le nom de Safalh un mal contagieux qui fait éruption au cou et au visage et paraîtrait semblable à la grosse variole (variola magna), s'il se déclarait, comme elle, par une fièvre violente. « Cette maladie, dit-il, survient fréquemment en Ethiopie et dans les Indes, et s'accompagne de grandes douleurs dans les os. Elle produit aussi un abcès donnant un pus visqueux à la plante des pieds » (Kurt Sprengel, Beitràge, etc., c'est-à-dire : Mémoires pour servir à l'histoire de la médecine, p. 95). Cet auteur croit reconnaître dans le texte du médecin arabe Vyaws et le crabe-yaws.
Les textes analysés et commentés par le docte historien de la médecine ne permettent pas, il est vrai, d'affirmer que les Arabes ont connu la maladie que nous nommons frambœsia, pian ou yaws. Cependant, quand on les voit désigner l'Ethiopie et l'Inde comme le théâtre des ravages d'une maladie virulente, qu'ils distinguent du chancre, quand on voit celte même maladie sévir encore aujourd'hui sur la côte orientale de l'Inde et dans l'archipel indien, on est porté à chercher le centre originaire de rayonnement non plus à la côte occidentale d'Afrique, mais à l'est, du côté de l'Arabie, qui fut aussi le berceau de la lèpre, et l'on conçoit fort bien que le mal ait pu s'étendre jusqu'aux îles du Grand- Océan, pour y constituer l'un des principaux foyers du frambœsia sur le globe. Quoi qu'il en soit, nous allons maintenant passer rapidement en revue les premières notions certaines qu'on ait eues du frambœsia.
La plus ancienne a été apportée en Europe par Guillaume Pison, médecin de Leyde, qui avait accompagné le prince de Nassau au Brésil, et qui écrivait, en 1648 : « 11 existe (au Brésil) une maladie contagieuse qui se transmet nonseulement par la voie du coït et par celle de l'hérédité, mais encore par le plus léger contact; elle naît particulièrement de l'usage des aliments décomposés et
FiiAMBŒSlA. 221
salés, et des boissons altérées et corrompues. Elle règne non-seulement parmi les Africains et parmi les Indiens, mais encore parmi les Portugais et les Belges, et elle infecte tout le corps de tumeurs squivrheuses et d'ulcères virulents. Cette affection contagieuse est certainement endémique au Brésil : les Espagnols et les Portugais la connaissent sous le nom de bubas. Si elle se guérit plus promptement par les seuls remèdes indigènes, elle se communique aussi avec plus de facilité que cette autre maladie appelée mal français, qui est apportée ici nux habitants. N'étant pas dans l'intention d'entrer dans aucune discussion sur cette dernière maladie, je ne m'arrêterai qu'à la présente qui, dans quelques circonstances, offre de l'analogie avec elle, quoiqu'il existe cependant entre ces deux affections une grande différence, et dans les symptômes et dans le traitement » (Guii. Pisonis M. D. Lugd. Batav., De medicina Bresiliensi, 1648, lib. II, cap. XIX, fol. 35).
Voilà pour les bubas.
La plus ancienne relation médicale, après celle de Pison, concerne le bouton d" Amboine , et elle est de Bontius (1718). « Il s'est répandu à Amboine et dans les îles Moluques, dit-il, une maladie endémique qui par ses symptômes est semblable à la maladie vénérienne. Il y a cependant cette différence, que le mal en question peut naître et se transmettre en dehors de tout rapport sexuel. Dans cette maladie, il se fait à la face, aux bras, aux cuisses, des éruptions de tumeurs dures et comme squirrheuses, affectant toute la surface du corps, et aussi conlluentes que le sont chez nous certaines éruptions de clous et de verrues développées sur les mains et sur les pieds. S'il leur arrive de s'ouvrir, elles rendent une humeur gommeuse, acre et corrosive; et il en résulte des ulcères à bords calleux et relevés. C'est un mal hideux qui ne diffère du mal vénérien que parce qu'il ne s'accompagne pas de douleurs aussi vives et n'amène pas aussi facilement la carie des os, à moins qu'il ne soit négligé. Cette affection est causée par le climat et le régime des habitants.... Pour ce qui est du traitement, il est en général assez efficace lorsque la maladie est récente, mais beaucoup plus incertain quand elle est ancienne. Les remèdes les plus appropriés sont ceux qui conviennent aux maladies vénériennes » (J. Bontius, Medicina hidornim. Lugd. Batav., 1718, traduction, et cité par J.Bollet).
En 1742, Dazille donna la description de la maladie qu'il avait observée aux Antilles françaises, et qu'il nomme pian. Il la croit originaire de la Guinée et la considère comme une variété de la syphilis modifiée par le climat et propre à la race nègre.
En 1759, Hillary, médecin anglais, décrit le pian sous le nom à'yaws [Observations on the Change of the Air and the Concomitant Epidemical Diseases in the îsland ofBarbadoes), et s'en fait la même idée que Dazille.
Winterbottom et Schilling, qui observaient la même maladie, à peu près à la même époque, en son pays d'oi^igine et aux Antilles, ont grand soin de la distinguer de la syphilis. D'après eux, le « yaivs » apparaît sous forme d'excroissances rouges, papillaires, fendillées, présentant le volume et l'aspect d'une framboise, d'une fraise ou d'une mûre, qui surviennent sur le visage, dans les plis des articulations, sur les parties génitales. De ces excroissances coule un pus visqueux, d'odeur nauséabonde, qui se sèche en croûtes ; celles-ci sont extrêmement douloureuses à la pression (à la plante des pieds) ; leur durée varie de quelques mois à trois ans. Cette maladie ne se présente qu'une seule fois chez le même individu. Ordinairement, quand l'éruption est à son maximum, plu-
222 FRAMBŒSIA.
sieurs excroissances se réunissent et donnent naissance à une ulcération plus considérable. L'yaws est très-contagieux et peut se communiquer par le coït quand il a pour siège les parties génitales, auquel cas il est souvent pris à tort pour la syphilis. Pour ces auteurs, c'est une maladie tout à fait spéciale et endémique des pays chauds (Docteur Winterbottom, Account of the JSat. Africans of Sierra Leone, vol. 11*^. — Schilling, De morbo in Eiiropa pêne ignoto quem Americani vacant yaws, 1770. — Cités par Hébra, Mal. de la peau, t. II).
Beaucoup d'autres publications originales ou de seconde main ont été faites depuis lors sur le pian et l'yaws (deux mots empruntés aux dialectes des nègres d'Afrique pour désigner la même maladie) ; on trouvera la liste à la Bibliographie. Nous ne voulons ici qu'indiquer la chronologie des découvertes ou du moins des premières descriptions qui ont fait connaître à l'Europe chaque variété de frambœsia, et noter l'idée que s'en furent les premiers observateurs.
En 1860, l'auteur de cet article fit connaître le tonga de la Nouvelle-Calédonie et archipels circonvoisins ; « affection à laquelle n'échappent qu'un petit nombre d'indigènes et qui, dans ses manifestations extérieures, a plus d'un rapport avec la syphilis (sans se confondre avec elle, cependant) ».
Cette maladie, qui n'avait pas encore été signalée, est une espèce de frambœsia plus voisine de l'yaws que de toute autre forme, etc.. [Essai sur latopograp. hygién. et méd. de la Nouvelle-Calédonie, par Victor de Bochas. Paris, 1860).
Telles furent les impressions des premiers observateurs. Maintenant, si du domaine de l'observation nous passons à celui de la critique et de la théorie, nous rencontrons d'abord Peyrilhe, qui se fît, à Paris, une idée fort juste de la maladie sans l'avoir jamais vue. Dans son Précis théorique et pratique sur le pian et la maladie d'Amhoinc (in-18 de 68 pages, Paris, 1783), il la décrit brièvement, mais bien, et formule des règles de traitement dont l'expérience, jusqu'à ce jour, n'a fait que confirmer la sagesse.
Quant à la nature de la maladie, il repousse l'opinion de Sydenham, qui la croyait syphilitique, tout en admettant des distinctions produites par des influences de climat, et la considère comme étant sui generis.
K. Sprengel {Hist. de la méd. Traduct. Jourdan, 1815) fit du pian et de l'yaws deux maladies différentes, opinion qu'ont adoptée, mais non sans réserve, Monnèret et Fleury, dans le Compendium de médecine.
Ces auteurs ignoraient sans doute que dans les mêmes pays les uns appellent pian ce que d'autres appellent yaws, et ce que d'autres encore appellent huba.
Ainsi , dans les anciennes colonies françaises des Antilles passées sous la domination anglaise, le peuple continue d'appeler pian ce que les résidents anglais appellent yaws; mais nul dans ces pays n'ignore que c'est absolument la même chose. A Cuba, dans les plantations françaises, on appelle pian ce qui est appelé buba dans les plantations espagnoles.
Ces trois mots : pian, tjaws et buba, sortent de trois dialectes africains et ont tous trois la même signification; et chaque nation européenne a adopté celui qui lui a été apporté par ses premiers convois de nègres.
Alibert {Monographie des dermatoses ou précis des maladies de la peau, t. II, p. 415, Paris, 1852) fit de la maladie qui nous occupe la première espèce de son genre mycosis, « affection véroleuse, spécialement caractérisée par des excroissances fongueuses, ayant principalement pour siège la face, le cuir chevelu, les parties génitales. »
Ce genre comprend trois espèces :
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(( 1" Le mycosis framboise (frambœsioïdes) , caractérisé par des petits lobules granulés et qui attaque communément les nègres ; c'est le framhœsia de la plupart des nosologistes.
« 2" Le mycosis fongoïde {fungoïdes), caractérisé par des tumeurs fongueuses^ ovales, dont le tissu a beaucoup d'analogie avec celui des champignons, qui s'ouvrent comme des fruits putréliés et laissent échapper une matière ichoreuse, d'une odeur repoussante. C'est la vérole d'Amboine de Bontius, le pian des îles Moluques, le Iherminte des anciens. Bateman l'a décrite sous le nom de molluscum, par allusion aux excroissances qu'on voit se développer sur Técorce de certains arbres.
«.3° Le mycosis syphiloïde {syphiloïdes) , mal de Scherlievo, mal de Fiume, sihhens d'Ecosse, falcadiiie, qui présente les rapports les plus manifestes avec la syphilis; ses symptômes sont à peu près les mêmes, sa transmission d'un individu à l'autre est même plus rapide. »
Voilà donc le frambœsia rangé, bon gré mal gré, dans les dermatoses véroleuses, à côté du mycosis syphiloïde, qui est plus particulièrement véroleiix. Nous ne nous chargerons pas d'expliquer ces différences de quantité en matière de vérole, mais nous protesterons avec Bazin (art. Mycosis de ce Dictionnaire) contre l'assimilation du bouton d'Amboine avec le molluscum.
Nous montrerons, à la symptomatologie, que le bouton d'Amboine est tout aussi « framboise » que n'importe quel frambœsia, et qu'il n'a pas le moindre rapport avec « un truit putrélié qui s'ouvre », suivant la comparaison d'Alibert: que par conséquent il n'y avait pas lieu d'en faire une autre espèce que le frambœsia. Au reste, les dermatologistes s'entendent si bien entre eux sur ce sujet, que Bayer donne dans son Atlas des maladies de la peau (pi. VIII, fig. 4) pour type du « sycosis végétant » du cuir chevelu une figure qui n'est maniicstement qu'une coupe de celle qui, dans l'atlas d'Alibert, est destinée à représenter le «.pianruboide ou frambœsia «.(Cf. Descript. des malad. de lapeau observées à l'hôpital Saint-Louis, par Alibert, in-fol., p. 155.) Disons à ce propos que cette planche de l'atlas d'Alibert et la suivante destinée au « pian fongoïde » ne ressemblent pas le moins du monde au pian. Mais les fig. 5 et 6 de la pi. XI II de Bayer représentent assez bien les tubercules pleins et ulcérés de cette maladie. Hébra, de Vienne [Traité des maladies de lapeau, trad. Doyon, Paris, 1874, t. II, p. 163), nie tout uniment l'existence du frambœsia. Ce n'est, pour lui, qu'un accident des plaies, des ulcères chroniques, de scrofule, de syphilis, de lupus, etc. Aussi proposc-t-il de faire disparaître ce nom et de le l'emplacer par ce\n'ï àe papilloma ou plutôt par l'adjectif npapillaire on papillomateux, accolé à celui de la maladie fondamentale (syphilis, scrofule, etc.) qu'il caractérise. » Bollet, de Lyon, moins radical, admet bien l'existence du frambœsia, mais seulement comme ime manifestation de la syphilis constitutionnelle et épidémique [Recherches sur plusieurs maladies de la peau réputées rares ou exotiques, qu'il convient de rattacher à la syphilis,lSQ[). Cette théorie, qui a été exposée d'une façon séduisante par l'éminent syphiliographe, mérite d'être discutée aux paragraphes consacrés à l'éliologie et au diagnostic.
Avant de terminer cet exposé historique, nous devons dire un mot d'une affection encore- fort peu connue, le yang-mey-tchoang (ulcère en forme de framboise) des Chinois (Dabry, La Médecine chez les Chinois. Paris, 1863, p. 263); s'agit-il ici d'une des formes multiples du frambœsia vulgaire, dont le yangmey-ichoang a sensiblement le siège, la marche et les caractères physiques, ou
22i FRAMBŒSIA.
bien d'tzne syphilide papulo-squameiise, ulcéreuse, secondaire ou tertiaire ? Il est impossible de rien conclure de positif de la description imparfaite donnée par Dabry, et cet auteur, en affirmant la nature sypliilitique du yang-mey-tchoang, nous semble aller trop loin.
S^MPTOMATOLOGiE. Puisquc tout le monde s'accorde à considérer les mots yaws et frambœsia comme synonymes, parce qu'il est connu de tous que c'est à la maladie vulgairement dénommée yaws que le mot scientifique frambœsia a d'abord été appliqué, nous prendrons pour type du fiambœsia la description de l'yaws, telle qu'elle résulte de l'enquête officielle que le gouvernement anglais a fait opérer dans ses colonies des Antilles et de la Guyane en 1875 [Report on Leprosy and Yaws in the West-Indies, etc., by Govin Milroyd, M. D.).
L'yaws commence par une ou plusieurs petites taches blanchâtres ou jaunâtres chez le nègre, delà largeur d'une tète d'épingle. Graduellement elles s'élargissent et font saillie, conservant leur forme arrondie, de sorte qu'elles ressemblent à de petits globules de pus. L'épiderme ne se rompt ordinairement que quand ces boutons ont atteint le volume d'un petit pois. Alors ils présentent une surface jaunâtre et spongieuse, de laquelle exsude un fluide épais et fétide. Cependant, les petits corps spongieux continuent de s'élargir et d'augmenter de saillie; ils sont ordinairement de forme circulaire, et l'on peut en voir, à la fois, sur le même malade, à tous les degrés d'évolution, les uns gros comme une tête d'épingle, les autres larges de 2 à 5 centimètres, généralement séparés, mais quelquefois réunis en groupe. On en rencontre aussi de forme ovale et de forme irrégulière, serrés au point de ne présenter qu'une seule masse. Il arrive fréquemment qu'un de ces tubercules atteint de très-grandes dimensions : 3 à 4 centimètres de diamètre, et même plus. Comme les autres, il est couvert de croûtes jaunes ou présente une surface bourgeonnante et humide. Ce gros tubercule est appelé mother-yaws par les Anglais et mama-pian par les Français. Tous les autres boutons peuvent avoir disparu que celui-ci reste encore et, s'il est négligé, il dégénère en un ulcère rebelle, dévorant les tissus de proche en proche, causant de grandes pertes de substance et altérant la constitution au point d'amener l'émaciation du patient.
Les tubercules, grands ou petits, aussi longtemps qu'ils conservent leurs caractères, n'ont, contrairement aux ulcères ordinaires, que peu de sensibilité. Quand ils s'étendent ou pénètrent profondément, alors ils acquièrent plus de sensibilité. L'éruption des yaws est ordinairement bornée à la surface du corps et affecte de préférence certaines parties, qui sont la face et le cou, les membres, les parties génitales, le périnée, les hanches et le pourtour de l'anus. 11 est rare d'en voir sur le tronc et aucuir chevelu.
Quelquefois un tubercule se développe aux narines, au point de jonction de la muqueuse et de la peau, prend une forme allongée et pend jusque sur la lèvre- On peut voir aux sourcils un yaw de forme oblongue pendre jusque sur la paupière, et se détacher ensuite comme un fruit mùr, quand la maladie arrive à la guérison. Autour des lèvres, les boutons peuvent apparaître en tel nombre et si serrés qu'ils forment comme un anneau autour de la bouche, cas qui se rencontre particulièrement chez les enfants. 11 en est de même à l'anus, où les yaws peuvent former une bande circulaire large de plusieurs centimètres. Dans presque tous les cas où la maladie a parcouru ses phases ordinaires jusqu'à la guérison, ou s'est arrêtée dans son évolution sous l'influence du traitement ou de toute autre cause, il reste, à la place de chaque bouton, une tache de dimen-
FRAMBŒSIA. '225
slon correspondante et d'une teinte plus foncée que la couleur de la peau chez le nègre, et au contraire plus claire chez le mulâtre. Ces taches persistent plusieui's années, mais peuvent finir par disparaître. Quand l'éruption a été jusqu'à l'ulcération, il reste, au lieu de taches noires chez le nègre, blanches ou jaunes chez les mulâtres, une surface bigarrée, ou même une balafre, si l'ulcération a été profonde.
L'éruption d'\aw peut avoir plus ou moins d'intensité, être confluente ou se borner à un ou deux boutons. Si le patient est fort et de bonne constitution, les boutons seront ordinairement larges, mais peu nombreux; si le sujet est délicat ou de constitution mauvaise, les boutons seront petits, mais très-nombreux.
La maladie dure ordinairement de deux à quatre mois, mais elle peut persister des années, si elle est négligée ou mal traitée, disparaissant pour quelque temps peut-être, pour reparaître encore et former de larges ulcères, qui eux-mêmes se guériront et se rouvriront tour à tour.
Les conséquences de la négligence ou d'un traitement mal entendu sont fort graves. Si l'éruption a rétrocédé avant d'avoir passé par ses phases régulières, la santé générale en souffre, les forces s'affaiblissent, et des douleurs se font sentir dans toutes les parties du corps. Des ulcères rebelles s'ouvrent en divers endroits avec une grande tendance à s"élendre ; les jointures, spécialement les coudes et les poignets, s'enflent et deviennent douloureux avant d'être eux-mêmes le siège d'ulcérations plus ou moins graves. De tous ces accidents résulte l'émaciation du sujet qui, s'il est abandonné à lui-même, s'éteint dans la langueur ou est emporté par quelque maladie intercurrente, ordinairement une maladie d'entrailles. Si, plus heureux, il finit par recouvrer la santé, c'est jirobablement en restant défiguré ou estropié pour la vie; car les ulcérations ne restent pas toujours superficielles, mais quelquefois s'étendent en profondeur, en détruisant sucessivemeut la peau et les tissus sous-jacents et attaquant jusqu'aux os euxmêmes. C'est en ces cas de destruction étendue des tissus que l'odeur exhalée par le patient est intolérable.
Quoique l'yaws n'attaque ordinairement que la peau, la face et le front plus fréqueminent peut-être que le reste du corps, il arrive, mais rarement, que la gorge. Je palais et les fosses nasales, soient affectés.
Variétés. Tels sont les symptômes et la marche ordinaire du mal ; mais celui-ci peut se montrer sous deux autres formes. Soit un ulcère [mother-yaws, mama-pian) déjà existant : au lieu d'être accompagné ou suivi des tubercules ordinaires, ce sont des taches jaunâtres et ccailleuses qui se montrent comme si une poudre d'un blanc sale adhérait à la peau. Ces taches, quelquefois, prennent la place et la forme circulaire des yaws qui viennent de sécher, et occasionnellement s'étendent sur des espaces larges et irréguliers. C'est ce qu'on appelle, à la Domini([ue, le pian-dartre. Il est beaucoup plus rebelle et exige un traitement plus long que la forme ordinaire.
L'aune variété apparaît sous forme de petites vésicules peu saillantes et serrées les unes contre les autres. On l'appelle pian-gratelle. Il peut s'associer au pian-dartre et est aussi difficile à guérir. Le pian-gratelle est quelquefois la suite d'une éruption ordinaire d'yaw.
Enfin, quand les papules se forment à la plante des pieds ou à la paume des mains, l'épaisseur et la dureté de l'épiderme entravent le développement des tubercules, ou du moins leur sortie au dehors, ce qui cause beaucoup de souffrance locale et une irritation générale. Ordinairement, les tubercules de ces parties,
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22tî FRAMBŒSIA.
quand ils peuvent rompre la barrière de l'épiderme endurci, sont plus petits (jue dans les autres parties du corps et produisent un écoulement abondant de tiuide séreux, en outre de la sécrétion gommeuse et collante caractéristique de l'yaws. C'est là ce que les indigènes appellent le crabe {crabb-yaius). Quelquefois la paume des mains et la plante des pieds sont affectées différemment. Au lieu de tubercules distincts, c'est un empâtement inflammatoire et diffus que l'on remarque, et une quantité de Huide séro-purulent s'échappe à travers un grand nombre de petites perforations comme à travers un crible. En même temps, l'épiderme s'épaissit, s'accumule couche par couche autour des ouvertures et, s'il n'est pas ainsi perforé, il se gerce, et au fond de ces crevasses sont autant d'ulcères linéaires qui sécrètent le même fluide. C'est le crabe-courant [running-crabb).
Symptômes généraux. Quand la maladie n'est pas compliquée des grands ulcères dont il a été parlé, les symptômes généraux sont nuls. Tout au plus, au début, les malades éprouvent-ils de la courbature, des douleurs dans les membres, et occasionnellement une petite fièvre, comme symptômes précurseurs de l'éruption; rien ne les empêche de vaquer à leurs occupations habituelles, cai l'yaws n'est pas une maladie fébrile; toutefois, dans ses formes les plus graves, les accidents locaux peuvent déterminer ime réaction fébrile et, quoique le frambœsia ne soit pas en lui-même une maladie mortelle, il peut arriver qu'un patient mal soigné, mal nourri, de chélive constitution, succombe de langueur ou soit emporté par une maladie intercurrente, comme la dysenterie, à laquelle il est mal disposé à résister.
Deux observations succinctes, l'une pour la forme légère, l'autre pour la forme grave d'yaws, empruntées au mémoire du docteur Imray, de la Dominique, compléteront avantageusement la description générale.
1" Cas léger. « Une jeune négresse, grasse et en parfaite santé, fut mise à la geôle pour quelque faute. Le lendemain, une petite tache jaunâtre caractéristique de l'yaws apparaît sur son front. La négresse est immédiatement séparée des autres prisonniers et placée à l'hôpital ad hoc. Une autre tache jaune se montre sur le front, et les deux se développent régulièrement sous forme de deux tubercules d'yaws durant l'espace de trois mois, laissant après leur guérison les taches brunes habituelles. Il n'y avait pas d'autres boutons sur aucune partie du corps, et la santé générale ne fut pas le moins du monde altérée. »
2° Cas grave. « Un jeune nègre d'environ quinze ans a déjà eu une attaque d'yaws, il y a quatre ans, et en porte les stigmates sur les bras, les jambes et les hanches. Une des cicatrices occupe presque toute l'étendue du côté externe du bras gauche ; d'autres ne sont pas plus larges qu'une pièce de douze sous. Elles sont pour la plupart d'un blanc sale; quelques-unes ont une surface bigarrée, d'autres une surface brillante et réticulée. C'est quand ces indices d'une attaque antérieure d'yaws étaient évidents que le jeune garçon a été atteint d'une nouvelle éruption. Sur le coude gauche, il se forme un ulcère d'environ trois pouces de long et un pouce de large, faisant une saillie d'un quart de pouce sur la surface de la peau, et couvert d'une croûte brune. En d'autres parties du corps, il y a des yaws de forme régulièrement circulaire et de différentes grandeurs. La santé générale a souffert en proportion de ces accident* locaux multipliés ; le sujet est émacié et presque incapable de mouvements. Ce n'est qu'après une année de traitement et de soins hygiéniques que, les ulcères étant fermés et l'embonpoint restauré, il peut être remis au travail. »
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Passons maintenant à la description du pian d'après les auteurs français, el voyons si elle peut être rapportée à la même maladie. Le docteur Paulet, qui a traité le frambcesia à la Jamaïque, à Cuba et dans les Antilles françaises, nonroulement sur des indigènes, mais sur des nègres récemment importés de la côte d'Afrique, considère le yaws, le buba, le pian, comme identiques. Causes, symptômes, marcbe, terminaison, lésion anatomique, sont les mêmes, dit-il, de sorte que pour lui ces trois mots ne font qu'exprimer la même idée en des langues différentes.
Il distingue des symptômes prodromiques, qui consistent en un léger mouvement fébrile accompagné de douleurs vagues dans les articulations et dans les lombes, l'empâtement de la bouche et le trouble du sommeil. La peau du nègre perd de son éclat et devient furfuracée ; plusieurs parties du corps transpirent et se couvrent de taches d'un blanc mat ou d'un jaune clair. Ceci est l'affaire de deux à six jours. Dès lors ces taches, qui ne font sentir qu'une légère démangeaison, commencent à faire saillie. Elles sont sèches, arrondies, du volume d'une petite lentille, sans altération de la peau autour d'elles. Elles procurent au toucher la sensation d'un corps solide. Si Ton déchire l'épiderme au-dessus d'elles, il ne s'écoule ni sérosité, ni pus, mais seulement une gouttelette de sang. Discrètes ou confluentes, ces taches peuvent se rencontrer au front, aux joues, à l'arcade sourcilière, à la commissure des lèvres, au cou, aux aisselles, aux seins, au ventre, au piépuce, au scrotum, au pourtour de l'anus, de la vulve, des ongles, à la partie interne des cuisses et des bi'as, au cuir chevelu, au conduit auditif externe, à la partie antérieure des fosses nasales, à la voûte palatine et au voile du palais. On remarque bientôt que l'épiderme s'amincit au-dessus d'elles, devient humide, se ramollit, se divise et dispai\aît. Alors apparaissent de petites tumeurs qui grandissent, parcourent en l'espace de quinze à vingt jours leur période de progrès, et finissent par acquérir le volume d'une groseille, d'une framboise, d'une fraise. Cependant l'état général des malades n'est pas sensiblement modifié : la plupart conservent l'appétit et l'aptitude au travail, enfin toutes les apparences d'une bonne santé; mais quelques-uns maigrissent.
A ce degré de développement, les tumeurs commencent leur période de sécrétion, d'état ou de maturité, qui dure des mois et quelquefois des aimées. Elles sont alors peu douloureuses, oblongues ou irrégulièrement globuleuses. Elles sécrètent un fluide jaune clair, gluant, qui se concrète avec facilité, qui a l'aspect du sirop simple, et qui, pendant les premiers temps, est d'une virulence extrême. Ces petites tumeurs se couvrent d'une croûte d'un jaune soufre, rarement d'un rouge foncé. La surface convexe de ces croûtes est bosselée et humide; leur surface concave est remplie de petites anfractuosités moulées sur les élevures de la masse charnue qui est au-dessous. Cette masse, qui forme le corps des tumeurs, est d'un jaune clair, humide, marquée çà et là de petits points rouges foncés; elle conserve l'apparence granulée et fongueuse des papules dépouillées d'épiderme, dont elles ne sont qu'un plus grand développement.
Sur les blancs et les quarterons, ces tumeurs sont ordinairement sèches et sans croûte, d'un rouge foncé et d'un volume moyen ; elles ont la plus grande l'essemblance avec la framboise. En certaines circonstances, particulièrement chez les enflmts, elles sont blanches, baveuses, sans croûtes, moins granulées, et du volume d'une grosse fève.
Quand plusieurs tubercules se groupent et se confondent, ils peuvent former
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lies ulcères de 2 à 25 centimètres de diamètre, au nombre d'un ou de plusieurs sur le même sujet.
Pendant les premiers jours de la période de suppuration, leurs bords sont déprime's et irréguliers ; leur surface est convexe, mamelonnée, baveuse, grisâtre ou rouge foncé, avec ou sans croûtes. Plus tard ils changent : leurs bords deviennent proéminents, bosselés, irréguliers, livides; leur partie moyenne suppure énormément, se creuse, se couvre de bourgeons charnus de mauvaise nature; les tissus voisins se durcissent, et ces solutions de continuité entraînent dans quelques cas rares le gonflement et la carie des os sur lesquels elles reposent.
L'ulcération ne se produit pas toujours : il arrive assez souvent que les tubercules confluents ou discrets se flétrissent, se dessèchent, que leurs croûtes tombent, et qu'il reste à la place une marque rouge qui disparaît plus tard.
Quand, au contraire, les tubercules ont longtemps suppuré, il reste, à la place, une cicatrice gaufrée et indélébile.
Il arrive aussi qu'après des apparences de guérison spontanée la maladie revienne avec une malignité plus grande; que les sujets abandonnés à la nature soient épuisés par une excessive suppuration, qu'ils aient des selles coUiquatives, qu'ils tombent dans le marasme et qu'ils meurent. Le frambœsia a une marche lente et chronique, d'autant plus qu'il est souvent composé de poussées successives. Aussi rencontre-t-on sur le même sujet des tubercules à l'état d'éruption, de progrès, de suppuration et de desquamation.
La syphilis peut le compliquer, coexister avec lui^ sans altérer ni modifier aucun de ses caractères. Hors ces cas de complication, le docteur Paulet n'a rencontré ni nécrose, ni exostose, ni alopécie, ni douleurs nocturnes. II n'admet pas que le mama-pian soit la source du virus et son centre de rayonnement. « En effet, dit-il, les tubei'cules discrets ou confluents donnent indistinctement dans les premiers jours de leur période de sécrétion ou de maturité un fluide contagieux; ils se manifestent en grand nombre à la fois, d'une manière irrégulière, sans qu'il soit possible de reconnaître celui qui engendre de celui qui est engendré; enfin, sur beaucoup de sujets, on ne rencontre jamais cet ulcère si iri'égulièrement qualifié. Il est formé, comme nous l'avons dit, par un groupement de tubercules, et sa résistance au traitement n'est que proportionnelle à l'étendue des tissus qu'il intéresse. »
Les nègres appellent crabes des tumeurs, entourées de fistules et de crevasses. aux pieds et aux mains, soit paice qu'après l'ablation du terbercule qui forme le corps de ces tumeurs il reste un trou semblable à celui que produisent en fouillant dans la terre les crustacés du même nom, soit parce que les gerçures irrégulières qui partent du corps de la tumeur ont été compai'ées aux pattes de ces mêmes animaux. Ce n'est autre chose qu'un tubercule de pian qui accompagne et plus souvent suit à distance plus ou moins longue l'éruption générale. Le malade éprouve ime douleur vive dans un point limité de la plante ou du côté des pieds, ou dans la paume de la main. Au bout de quelques jours, l'épiderme blanchit circulairement en ce point sur un demi-centimètre de rayon, devient humide, finit par s'user, si on ne l'enlève, et laisse à nu le tubercule charnu, rosé, mou, spongieux, purulent et très-douloureux.
On voit plus rarement se développer au bout des doigts et des orteils de petites tumeurs que les colons français appellent guignes, par comparaison avec le fruit de ce nom. C'est encore un tubercule de pian.
Les nègres appellent saoïiaoua (mot qui vient évidemment de quelque idiome
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airicain) une tumeur avec hyperlropliie de l'épiderme plantaire ou palmaire, san>^ suintement, mais fort douloureuse. Dans les deux seuls cas observés par Puulet, il y avait entre l'épiderme et le derme des tubercules aplatis qui n'avaient pu rompre la couche épidermique qui les enfermait. Après guérison des tubercules, cette couche s'exfolia. Il est évident pour nous que le saouaoua est le crabe moins les crevasses.
Quant au crabe-coiwant, caractérisé par des gerçures irrégulières et douloureuses aux pieds, survenant chez des sujets qui n'ont jamais eu le pian, il pourrait bien être étranger à cette affection, et produit mécaniquement par la marche nu-pieds sur la terre humide et dans la fange, durant la saison d'hivernage.
Nous donnci'ons en abrégé deux observations tirées du mémoire de Paulet : l'une de pian bénin, l'autre de pian grave, pour qu'on les compare avec les deux observations d'yaws extraites du rapport médical anglais.
1° Pian bénin. Dolor est une négresse créole âgée de quinze ans, de bonne constitution, née de parents qui ont eu les pians, mais elle n'a jamais été malade jusqu'ici. Elle vit dans de bonnes conditions de nourriture, logement et propreté; mais elle a couché, le 27 novembre 1842, avec une amie affectée de pians.
Le 2 janvier 184-8, elle se présente à l'hôpital en se plaignant d'éprouver, depuis quatre jours, des douleurs dans les bras, les jambes, les articulations, les lombes, et un peu de fièvre.
La bouche est pâteuse ; sa peau a pâli ; elle est furfuracée et moite.
Le 3 janvier, les symptômes précurseurs se dissipent, et il se manifeste en même temps des taches confluentes d'un blanc mat ou d'un jaune clair au front, à la commissure des lèvres et aux aisselles ; des taches discrètes au cou, aux joues, au sein, au ventre et à la partie interne des cuisses. Le sujet n'accuse, du reste, aucune douleur, et n'a perdu ni l'appétit ni ses bonnes dispositions habituelles.
Du 7 au 2-i janvier, les taches parcourent leur période de progrès et arrivent à maturité. Dans les premiers jours, elles proéminent ; elles sont sèches, arrondies, dures ;iu toucher, du volume d'une lentille ; elles ne font éprouver qu'une faible démangeaison ; elles ne contiennent ni sérosité ni pus; la peau, dans leur voisinage, n'est point altérée. Peu à peu elles augmentent et forment de petites tumeurs grosses comme une groseille, une framboise, une fraise , d'un jaune clair, oblongues ou irrégulièrement globuleuses, humides, marquées çà et là de points rouges foncés ; elles sécrètent un liquide jaune clair, gluant, qui se concrète avec iacilité; elles sont granulées, fongueuses, recouvertes par des croûtes d'un jaune soufre dont la surface convexe est bombée. Ces tumeurs subissent des modifications : ainsi, dans une région elles sont sèches, sans croûtes, d'un rouge foncé, très-granulées, presque semblables au mamelon d'une jeune nourrice; dans une autre elles sont plus volumineuses, blanchâtres et baveuses, peu granulées et inondées de suppuration; ou bien elles sont peu élevées au-dessus de la surface de la peau et surmontées par une croûte sèche, jaune et trèsépaisse.
Le 14 et le 18 janvier, apparaissent de nouvelles taches qui suivent les mêmes évolutions.
Le 1 7 février, la malade sort parfaitement guérie, et est mise au travail.
Mais, le 1" octobre, elle revient à l'hôpital, montrant sur le gros orteil gauche une tumeur rosée, humide, lisse, très-douloureuse, qui s'est développée de-
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puis douze jours, et qui a Je volume d'une guigne. Sous le talon droit existent des gerçures irrégulières au milieu desquelles se trouve une masse charnue, rosée, molle, humide, spongieuse et très-douloureuse. C'est un crabe.
Du 1" au 15, on cautérise matin et soir la masse spongieuse, et on donne à la malade une nourriture abondante et réparatrice, avec la tisane de gaïac dans la journée.
Le 16, la guérison est complète.
2° Pian confluent et grave. Carmen est une mulâtresse très-négligée de sa personne, travaillant à la terre, âgée de vingt-cinq ans, et d'un tempérament lymphatico-sanguin , née de parents qui n'ont jamais eu le pian et dont la santé est bonne. Elle n'a jamais été affectée de syphilis.
Dans les premiers jours de sa vingt-cinquième année, quarante jours après avoir donné des soins à des enfants pianiques, elle a vu se développer sur plusieurs régions de sa peau des boutons discrets qui ont parcouru isolément leurs périodes d'évolution. Six mois plus tard, éruption confluente aux bras, à la face interne et postérieure des jambes, des cuisses, entre les fesses, sous les aisselles, sur le front, sur le ventre. Il se forme des ulcères de 6, 9, 12 centimètres de diamètre, convexes, mamelonnés, baveux. En l'espace de cinq mois, ces ulcères changent d'aspect : ils se creusent, suppurent énormément; leurs bords sont devenus irréguliers et livides; les tissus voisins se sont indurés; les os des jambes ont gonflé. C'est en cet état que, le l^"^ mars 184i5, la malade, qui était restée jusque-là sans soins intelligents et sans ressources, est portée à l'hôpital. Elle est d'une fliiblesse et d'une maigreur extrêmes, en proie depuis deux jours à la diarrhée. Son ventre est déprimé et douloureux; ses organes génitaux sont sains. Le pouls est petit, à 82 pulsations; la respiration normale; la langue est rosée et un peu sèche. La malade est avide de liquides et d'aliments. Sa peau, terne, sèche, écailleuse, laisse voir, çà et là, entre les ulcères, quelques pians discrets.
Soumise à un régime tonique et à la cautérisation des ulcères, la malade sortait de l'hôpital le 16 avril suivant, bien guérie en apparence.
Cependant, le !'='■ juin de la même année, elle y rentre de nouveau, avec des crabes à la paume des deux mains et sous le talon gauche.
Après des pansements appropriés, elle sort guérie, le 2 août suivant.
Le huha au Brésil. On distingue le bnba gras ou lardacé (buba athiicinhada) et le buba sec. Le premier est une plaque tuberculeuse de consistance et de couleur lardacées, arrondie, saillante de 2 à 5 millimètres sur un diamètre de 1 à 5 centimètres. Sa surface, qui se détache en relief, sécrète un fluide jaunâtre et est recouverte d'une croûte jaune, lisse, et adhérente seulement par sa circonférence. Le tissu cutané environnant, quelle que soit la couleur de l'individu, conserve sa coloration normale et est le siège d'un prurit caractéristique. Le buba sec, assez mal nommé, puisqu'il sécrète aussi, n'a pas la saillie charnue du précédent, et n'a que 4 à 8 millimètres de diamètre; sa croûte est moins épaisse et plus foncée. En un mot, c'est un buba sans fongus. Les bubas lardacés forment une éruption plus discrète et sont disposés en séries rectilignes; les bubas secs sont réunis en groupes.
Les caractères pathognomoniques dans les deux formes sont leur reproduction par contagion, leur disposition et leur couleur caractéristique.
Un grand nombre d'enfants sont atteints de bubas dès leur jeune âge, mais les adultes en sont aussi tributaires. Le développement des enfants en souffre :
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Huand ils sont atteints dans les premières années de la vie, on observe que les deuxième et troisième phalanges des doigts s'incurvent vers leur face postérieure, et leurs extrémités deviennent plus grosses.
Chez les adultes, il se forme quelquefois vers la fin des poussées boubatiques, des durillons aux pieds, connus sous le nom de cravos (crabes), qui gênent la marche et déterminent une sorte de claudication.
On rencontre les bubas dans toutes les provinces, depuis les Amazones jus- (|u'à Saint-Paul, et leurs caractères sont toujours les mêmes. Ils atteignent nonseulement les nègres, mais aussi les métis, et quelquefois les blancs eux-mêmes, ainsi que les Indiens, du moins les Indiens ralliés. Quant à ceux qui vivent à l'écart, dans leurs forêts vierges, il semble certain qu'ils en sont exempts.
Il semblerait donc que l'origine du buba est africaine, comme on le dit. Commun au Brésil et dans les pays où les nègres abondent, il a disparu de Montevideo et de Buenos-Ayres, où l'importation des esclaves a cessé depuis longtemps, et dont le climat tempéré n'est pas favorable au développement de la maladie.
D'après les chiffres officiels recueillis par le gouvernement, il y a eu, de 1821 à 1853, 8553 nègres importés au Brésil. Sur ce total, 386 étaient boubatiques, et il en mourut 92.
Le mot de buba (pour houha) aurait été introduit en même temps que la maladie par les nègres de la côte de Calabar (Afrique) , qui l'appellent pouba (Gama-Lobo, Mémoire sur les bubas, lu à l'Académie de médecine de Ilio-Janeiro, en 1867, et analysé par Bourel-Roncière ; in Arch. de mëd. nav., t.XYllI, p. 49 et suiv., 1872).
Le bouton d'Aniboine ou des Moluques patéh en langue malaise, est assimilé, par Van Leent, actuellement médecin en chef à Batavia, à l'yaws, au pian, au buba, bref, au frambœsia (du bouton des Moluques ou frambœsia, in Arch. méd. nav., t. XIII, p. 16).
« C'est, dit-il, une maladie de la peau et de quelques muqueuses, essentiellement contagieuse, à marche lente, mais progressive. Souvent elle dure des années entières (cinq ans et plus), quoiqu'on l'ait vue disparaître, guérir spontanément, au bout d'un, deux ou trois ans. Ce sont surtout les enfants indigènes qui, dès la naissance jusqu'à l'âge de dix ou douze ans, en sont atteints; mais chez les personnes adultes l'affection n'est pas rare. Les Européens sont quelquefois atteints; toutefois les races mixtes, et spécialement les races nègre et malaise, y sont beaucoup plus sujettes.
« Ce sont : la figure (le menton, les coins de la bouche, les lèvres, les joues, rarement les paupières et le nez), la paume des mains, l'aisselle, le cou, les aines, le prépuce, le scrotum, et chez les femmes les lèvres de la vulve, puis le périnée autour de l'anus, les faces dorsales des membres, enfin la plante des pieds, qui, séparément ou non, sont les lieux de prédilection des boutons. Pourtant les muqueuses du vagin, du conduit auditif externe, du conduit nasal et du palais, en sont atteints, quoique assez rarement. »
Les boutons débutent par de petites taches circonscrites, d'un rouge foncé (chez les blancs, les métis et les Malais), placées en groupes ; au centre de ces taches se montre bientôt un bouton gros comme la tête d'une épingle, qui atteint la grosseur d'un pois. Alors l'épiderme commence à se décoller sur le milieu, se détache tout à. fait, et laisse à découvert le bouton, qui se couvre d'une, sécrétion jaunâtre, ichoreuse. Les différents boutons voisins, tubercules dénudés, s'entre-touchent, s'aplatissent sur les côtés, s'unissent et se montrent
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comme de gros boulons roiigeàtres, granulés, fongueux, soit pointus, soit aplatis et larges. Ces tubercules offrent alors une parfaite ressemblance avec des framboises.
Après une durée inégale, mais assez longue, les tubercules fongueux deviennent mous, plastiques, secs, se ratatinent et finissent par se détacher, en laissant sur la peau des taches rongeâtres.
La même poussée se montre alors sur les parties voisines. Dans les régions palmaires et plantaires, les tubercules sont couverts d'un épiderme blanchâtre, rude et sec, comme couvert de farine, qui, se décollant également, laisse à nu les tubercules fongueux {crabb). C'est là que la poussée cause des douleurs souvent assez vives, par la dureté et l'épaisseur de la peau, souvent calleuse, qui couvre ces parties.
Les boutons atteignent parfois des dimensions assez considérables (œuf de pigeon), durent longtemps et donnent lieu à des ulcérations malignes. Autour de ces gros boutons [master-ijaxvs, mama-pian) se montrent des poussées de petits boulons, sans cesse desséchés et se reproduisant sans cesse.
A l'ordinaire, les boulons ne donnent lieu qu'à une assez forte démangeaison. Les douleurs, comme rhumatismales, avant-coureurs de la poussée, finissent aussitôt que celle-là est accomplie.
Les symptômes morbides généraux manquent le plus souvent. Dans les formes graves de la maladie, on observe parfois des ulcérations, larges et profondes, pouvant aller jusqu'aux os, d'où une débilité et une maigreur progressives, des bydropisies, la chlorose, et, à la lin, la fièvre hectique et la mort.
Si les formes à marche lente, mais d'un caractère plus bénin, les poussées isolées, guérissent souvent sans symptômes marqués, les formes plus sérieuses guérissent, ou du moins s'améliorent après certains symptômes critiques, notamment : une transpiration cutanée exagérée, des urines chargées de dépôts, ou des diarrhées. Les récidives ne sont pas rares. Cependant quelques médecins prétendent qu'une fois bien guéries les personnes jouissent d'une parfaite immunité contre la contagion.
I)u tonga de la Me'lanésie. Passons au tonga, que nous avons étudié nous-mème, pendant trois ans, sur un nombre considérable d'indigènes de la Nouvelle-Calédonie, dont bien peu peuvent se flatter d'y échapper dans le cours de leur existence. Il se développe, chez les enfants, dans toutes les parties du corps, mais de préférence au visage, et surtout aux lèvres, au pourtour de l'anus et aux parties génitales; moins fréquemment à la commissure des orteils et des doigts. La muqueuse interne des lèvres, le cuir chevelu, n'en sont point exempts. Chez l'adulte, il se développe rarement ailleurs qu'à la plante des pieds et aux mains. Souvent confluent chez l'enfant, je ne l'ai jamais vu tel chez l'adulte, qui y est beaucoup moins disposé.
L'invasion du mal est annoncée par des démangeaisons, du malaise, de la couibature ; puis apparaissent des élcvures luisantes, qui se dépouillent d'épiderme, comme se forment les pustules plates de la syphilis, avec lesquelles elles auront du reste longtemps une grande ressemblance.
D'abord ces élevures forment comme de larges papules, de la dimension d'une pièce de vingt centimes au plus, rondes ou ovalaires, peu saillantes, dépouillées d'épiderme, rouges, et laissant suinter un liquide séreux qui se concrète et forme une pellicule jaune, épaisse, analogue à une feuille de parchemin. Si l'on soulève cette pellicule, on trouve la surface d'un rouge vif, granulée ou comme
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spongieuse. Tout autour, la peau est. saine, non indurée; à peine voit-on une petite auréole rouge autour de la papule. Celle-ci s'étend en surface, soit d'ellemême, soit en se confondant avec une voisine, et peut aller jusqu'à la dimension d'une pièce de deux francs et même de cinq francs. En môme temps, elle augmente de hauteur; d'abord elle n'avait guère que 1 à 2 millimètres de saillie; elle arrive à 4 ou 5. Sa surface est plus granulée ou plus spongieuse ; elle est rouge, mais couverte d'une sanie grisâtre. Au lieu de s'étendre en surface autant que je viens de le dire, la papule croît, d'autres fois, en hauteur, jusqu'à 10 ou 15 centimètres, et représente alors une moitié de fraise, de mûre, de framboise ; c'est cette forme qu'elle affecte au pourtour de l'anus.
Ces plaques ou tubercules finissent assez souvent par s'ulcérer et se creuser. J'ai vu quelques enfants chez qui, les papules ayant été confluentes autour de la bouche, tout le sillon labial était creusé d'une rainure assez profonde. Les ulcérations ont toujours des bords en bourrelet et non taillés à pic; leur fond présente d'ailleurs l'aspect granuleux, sanieux et grisâtre déjà signalé pour les tubercules.
L'ulcération n'est pas le terme ordinaire de la maladie : quand elle n'a pas lieu, la guérison se fait sans cicatrice ou du moins colle-ci est tout à fait superficielle et finit par disparaître. Les ulcérations, au contraire, laissent, quand elles sont profondes, des cicatrices plus ou moins difformes, semblables à celles des brûlures profondes. Il en résulte souvent des adhérences vicieuses, comme celle de plusieurs orteils, ou, ce qui est plus malheureux, celle des deux fesses au voisinage de l'anus, d'où i-ésulte l'occlusion, rarement complète, il est vrai, de cet orifice. L'ulcération peut atteindre jusqu'aux os et aux cartilages, et déformer les poignets, comme je l'ai vu plusieurs fois.
Les plaques, ordinairement très-nombreuses et même confluentes chez les enfants, sont toujours très-discrètes chez l'adolescent et l'adulte, qui pour la plupart ont déjà subi une atteinte complète dans leur bas âge. Elles se développent le plus souvent à la plante des pieds au nombre de une, deux ou trois. L'individu qui en est atteint est averti de leur présence par une douleur vive qui l'empêche de porter le pied à plat sur le sol. Si l'on coupe alors la semelle épidermique sur le point douloureux, on arrive au tubercule, qui se présente avec ses caractères propres au fond d'un petit clapier. Si la papule se développe au pli ou à la commissure de l'orteil, là où l'épiderme qui ne porte pas sur le sol est peu épaissi, elle est superficielle et, en s'ulcérant, forme un sillon ovalaire; quand elle se développe près de l'ongle, elle glisse sous lui, ronge la matrice, et l'ongle disparaît au fur et à mesure.
La marche de l'affection est essentiellement chronique : au fur et à mesure que dos plaques guérissent d'un côté, il s'en développe d'autres ailleiu's. La durée du mal est ainsi indéterminée; elle va souvent au delà d'un an, comme elle peut se borner à deux ou trois mois. Quand il a donné lieu à de grandes ulcérations, celles-ci sont toujours très-difficiles à guérir, et récidivent avec facilité. L'affection passe pour contagieuse. Les indigènes ne lui opposent aucun traitement efficace ; les préparations mercurielles et arsenicales ont été essayées sur une très-petite échelle, mais avec un certain succès.
Observation. Un religieux de la mission de Puébo, le Père M..., ayant contracté le tonga pendant qu'il prodiguait des soins charitables aux malades, je lui avais prescrit deux doses de calomel de 1 gramme comme purgatif à prendre à quinze jours d'intervalle. Mais le sujet les prit par erreur à doses
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rclVactées, en l'espace de temps indiqué, ce qui lui réussit à merveille, eu apparence du moins, car. quand je le vis, quelques mois après, il était parfaitement guéri, et au bout d'un an le tonga n'avait pas encore récidivé. Il est vrai que le malade était en voie de guérison quand je le vis pour la première fois ; mais il lui restait encore une multitude de taches brunes sur les mains et sur la figure, stigmates des papules desséchées, et dans le dos une tumeur douloureuse et d'un rouge sombre, pour laquelle précisément j'avais prescrit des onctions mercurielles et les purgatifs. Cet homme, habitué à donner des soins aux malades, avait "pu observer convenablement son propre mal, et par conséquent la façon dont le tonga se comporte sur les blancs. Il me dit donc qu'après avoir éprouvé des démangeaisons accompagnées de courbature et d'inquiétudes dans les membres, il vit ses mains se couvrir de petites élevures cuisantes quelque peu analogues à celles de l'urticaire. Le front, la (ace, le cuir chevelu, en furent aussi atteints, mais en moins grande quantité. Ces papules se dépouillèrent d'épiderme sans formation préalable de cloches ni de vésicules : elles étaient rouges et s'élevèrent peu à peu en s'élargissant jusqu'à former de petits tubercules semblables à ceux déjà décrits, mais qui se desséchèrent au bout de trois mois sans avoir formé d'ulcérations. 11 s'était traité comme il traitait les indigènes, par la liqueur de Fowler à l'intérieur, et la pommade arsenicale aux endroits malades.
Cette observation méritait d'être rapportée, comme émanant du seul blanc qui, à ma connaissance, ait eu le tonga. Des missionnaires m'ont affirmé avoir eu la même maladie aux îles Wallis et Tonga-Tabou, et je l'ai observée moi-même aux îles Loyalty et Fidjis. Les deux premiers groupes d'îles sont peuplés par la race jaune polynésienne, et les deux autres par une population croisée de jaunes et denoii's mélanésiens.
Il est probable que toute la Mélanésie est sujette au tonga et que cette affection, qui me paraît être la même que le patéh des Malais ou bouton d'Aniboine. s'étend depuis l'archipel Indien jusqu'aux confins de la Polynésie.
Nous serions bien déçu, si les descriptions que nous venons de faire passer successivement sous les yeux du lecteur ne lui faisaient partager notre conviction que toutes ces affections n'en font qu'une, le frambœsia, avec quelques variétés d'un pays à l'autre, mais pas plus saillantes que celles qu'on peut trouver, dans le même lieu, d'un malade à l'autre, et surtout d'une race à l'autre. Ainsi les papules qui se présentent d'abord sous forme de petites taches jaunes sur la peau du nègre sont rouges sur celle du blanc, du quarteron et du Malais. La couleur des stigmates est différente aussi sur la peau des blancs, des jaunes et des noirs, comme nous l'avons dit. — Chez les nègres qui sont mal nourris et dont le tempérament est généralement lymphatique, l'ulcération est plus fréquente et s'étend plus facilement; le mama-pian, mama-jaws, existe ou fait défaut suivant les cas, dans l'une quelconque des formes du frambœsia. Mais rien de ces caractères contingents ou accidentels ne saurait constituer une différence de fond. — L'anatomie pathologique nous fournirait sans doute la preuve indiscutab le de l'identité de toutes ces lésions, observées dans des contrées , si distantes les unes des autres ; mais l'anatomie pathologique n'est pas facile à cultiver dans la plupart de ces pays.
Anatomie pathologique. Cependant Van Leenl et Paulet nous en fournissent un aperçu. D'après le premier de ces médecins, « le siège du processus pathologique se trouve sous l'épiderme, au niveau du corps papillaire. Ce n'est que
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dans une période très-avancée de la maladie que les tissus cutanés profonds et le tissu cellulaire sous-cutané sont atteints. Le caractère propre de la maladie est la formation de néoplasmes dans les parties indiquées de la peau, néoplasmes qui ont les qualités des tubercules.
« Sur la coupe, ils montrent une consistance graisseuse et une couleur jaunâtre : leur tissu est imbibé d'un liquide rose jaune, d'une odeur nauséabonde. La peau autour de ces tubercules est épaissie, durcie, calleuse. Les vaisseaux lymphatiques sont dilatés ; les glandes lymphatiques sont engorgées ; dans les cas graves, avancés, elles contiennent des abcès ou bien elles sont dégénérées, transformées en masses grisâtres, enkystées dans le tissu cellulaire. Dans le foie, la rate, les reins et les poumons, se montrent également des tubercules accumulés el formant des dépôts caséeux, désorganisant ces organes. Ces produits pathologiques se forment également dans les muscles, les ligaments, les cartilages et les os. Lacarie secondaire des os est causée par la nature même du changement pathologique de l'exsudat » (op. cit., p. 17-18).
Le docteur Paulet n'a pas fait d'autopsie, mais il a disséqué le tubercule du IVambœsia, et voici ce qu'il rapporte :
« Après avoir incisé en croix une des tumeurs, enlevé trois de ses parties, exercé des tractions méthodiques sous un courant continu d'eau sur celle qui reste, on observe, à la loupe, que la face profonde du derme n'éprouve aucune modification ; que sa face superficielle vers la couche papillaire au-dessous du corps muqueux seule est soulevée, qu'une végétation solide d'un jaune clair, granulée, spongieuse, molle sous le tranchant du bistouri et riche en vaisseaux, a été divisée par la coupe.
« La comparaison des caractères de cette lésion avec ceux que les pathologistes assignent aux tubercules cutanés démontre l'identité des premiers et des deuxièmes; en sorte que l'on est obligé de reconnaître que la forme de la lésion du frambœsia est un tubercule et non une pustule phlysaciée, comme l'écrivent encore un grand nombre de dermatologues. »
Diagnostic. Nous ne pensons pas qu'on puisse confondre le frambœsia avec la variole, quoique Campet le considère comme une forme de cette dernière. Mais les pustules ombiliquées de la variole ne ressemblent pas aux papules et aux tubercules granuleux du frambœsia. La variole est une fièvre éruplive ; le frambœsia est une éruption sans fièvre. — Enfin, la variole se développe chez les nègres avec les mêmes caractères que chez les blancs; de sorte qu'on ne peut pas non plus considérer le frambœsia comme une espèce de variole modifiée par le climat et la race.
On pourrait plutôt confondre la maladie en question avec le mycosis, puis- ([u'Alibert en France et Tilbury Fox en Angleterre l'ont fait. Mais le mycosis est caractérisé, dans sa période d'état, par des tumeurs que Bazin, après Alibert, a comparées, pour la forme, le volume et la couleur, à des tomates. — Elles ne ressemblent donc pas du tout à celles du frambœsia. — Dans la première phase de leur évolution, elles ont une surface lisse, polie, luisante; il semble qu'une force excentrique les distende jusqu'aux dernières limites d'élasticité de la peau, qui perd ses plis et ses poils ; elles sont dures et résistantes. Enfin, à leur période de maturité, elles sont aneslhétiques et on peut les traverser par une aiguille sans provoquer la moindre douleur. Par tous ces caractères elles se rapprochent bien plus des tubercules de la lèpre que de ceux du frambœsia. — Après avoir persisté dans cet état longtemps, elles rétrocèdent ou s'ulcèrent
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brusquement. Quand elles re'tiocèdent, c'est-à-dire lorsqu'elles disparaissent par absorption de leur masse en l'espace de quelques jours, elles ne laissent pas de traces. Quand elles s'ulcèrent, elles s'entr'ouvrent comme un fruit putréfié, suivant l'expiession d'Alibert, laissant échapper une matière ichoreuse ou puriforme. C'est alors, dit Bazin, qu'on a vu se former ces vastes ulcérations taillées à pic, à bords irréguliers et comme déchirées, à fond anfractueux. Rien de semblable ne se produit dans le frambœsia.
La terminaison peut avoir lieu, dans le frambœsia comme danslemycosis, par résorption ou par ulcération ; mais la résorption ne prend jamais dans le premier l'allure rapide qui étonne ceux qui l'observent ; dans le deuxième, l'ulcération n'a pas les mêmes caractères non plus.
Le siège des deux maladies est différent : nous connaissons les lieux d'élection du fiMmbœsia ; ceux du mycosis sont le tronc et le cuir chevelu.
Le développement du premier est beaucoup plus rapide que celui du deuxième, et sa durée généralement moins longue.
Le frambœsia est essentiellement contagieux, tandis qu'aucun fait n'a démontre jusqu'à ce jour que le mycosis le fût. Celui-là est une maladie sérieuse sans doute, mais curable; celui-ci se termine presque toujours par la mort. Enfin, l'étude histologique vient ajouter un nouveau trait distinctif à ce parallèle en montrant dans le frambœsia les éléments du sarcome et dans le mycosis ceux du lymphadénome d'après lîazin (voij. art. Mycosis du Dictionnaire encyclopédique). Le frambœsia s'écarte autant de la verruga, quoique M. Bazin les considère comme deux formes d'une même maladie, sur la foi de M. Dounon, qui a eu le mérite d'étudier la verruga au Pérou, mais qui ne paraît pas avoir vu aucune des variétés du frambœsia {Études sur la verruga, par P. -Y. Dounon, in Aixh. méd. nav., t. XVI). Le respect que nous devons à l'opinion d'un maître en dermatologie, même lorsqu'il n'a pu se former un jugement d'après sa propre observation, nous imposera l'obligation d'expliquer avec quelque étendue sur quoi nous basons notre diagnostic différentiel .
La première différence résulte de l'habitat, la verruga étant une affection propre aux hautes vallées des Andes péruviennes, celle de San-Ulaya à 1700 mètres d'altitude, celle de Cocachacra à 2000 mètres, et deux ou trois autres. Hors de celte sphère limitée, on n'observe que des cas transportés.
Le village de San-Ulaya est le foyer et passe pour avoir été le berceau de la maladie. On voit de suite quelle différence de conditions climatologiques résulte de cette situation, par rapport aux pays Où régnent les diverses variétés du frambœsia. On voit aussi que le foyer endémique de la verruga est restreint el n'a pas cette funeste puissance de rayonnement que l'on reconnaît au frambœsia, en quelque pays qu'il se montre.
Médecins et malades, au Pérou, ne croient pas la verruga contagieuse, et la considèrent comme le résultat de telle ou telle influence locale o\i de l'hérédité. Les blancs y sont plus exposés qu'aucune autre race; après eux viennent les Indiens. Quant aux nègres, encore nombreux au Pérou, ils en sont très-rarement atteints. C'est juste le contraire de ce qui se voit partout pour le frambœsia.
Le siège du processus pathologique n'est pas le même non plus. Il est dans les couches les plus profondes du derme et même dans le tissu cellulaire souscutané où les tubercules de la verruga conservent longtemps une mobilité qui les lait comparer à des ganglions lymphatiques engorgés. Quand ils font saillie
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en dehors, ils sont lisses, et affectent tantôt la foi-rae allonge'o cjui les fait comparer à de petits cigares, la forme pédiculée ou la forme sessile. Mais ce qui est plus important qu'une (|uestion de forme, c'est le mode de terminaison. Uarement la -verruga s'ulcère, mais toujours elle s'ouvre en donnant issue à une (luantité de sang qui peut dépasser 1 kilogramme, et à des débris de stroma. Puis elle se referme pour donner lieu plus tard à une autre hémorrhagie, ou hien elle tombe par gangrène de son pédicule, ou bien elle se résorbe, ou elle subit la transformation crustacée, ou enfin elle s'ulcère et présente une surface blafarde, couverte de bourgeons mous, indolents, saignant au moindre contact, sécrétant un pus granuleux et grisâtre.
La verruga a une marche relativement aiguë et fébrile : en huit mois au plus les malades sont morts ou guéris. Elle détermine des douleurs lérébrantes dans les os, les articulations et la tête, qui sont d'une violence extrême.
La mort survient souvent par hémorrhagie, après des convulsions tétaniques revenant par accès ou après une période comateuse entrecoupée d'accès coiivulsifs.
Est-ce bien une maladie semblable qui mérite le nom de pian hémorrhagique qu'a voulu lui imposer Dounon? Nous ne le croyons pas, malgré l'analogie de structure (sauf que la verruga est beaucoup plus vasculaire), qui a fait ranger l'une et l'autre affection dans la classe des sarcomes.
11 a régné autrefois en Ecosse une maladie à laquelle plusieurs auteurs recommandables ont reconnu une grande analogie avec l'yaws. Cependant, voici comment le docteur Imray, qui a décrit l'yaws dans l'enquête officielle déjà citée, donne le diagnostic différentiel des deux affections :
« Le sibhens se révélait d'abord par des ulcérations aux amygdales et à la luette, des éruptions aphtheuses à l'intérieur de la bouche. Le frambcesia ne commence jamais de cette manière. Sur les ulcérations de la bouche et du palais s'élevaient des excroissances semblables aux framboises. Ceci n'arrive jamais dans l'yaws, c'est-à-dire que les tubercules ne poussent pas sur des ulcérations. Après l'affection buccale, de petites pustules se montraient sur la peau ; elles s'ouvraient et puis se couvraient de croûtes; sous ces croûtes se formaient des ulcères semblables à des chancres. Dans l'yaws, la bouche et la gorge sont rarement affectés, et seulement après que la maladie a longtemps duré, sans qu'il se soit, d'ailleurs, jamais montré de chancres. »
Ainsi, la marche des deux maladies est inverse.
Nous croyons, avec M. Rollet (de Lyon), que le sibhens était la syphilis secondaire communiquée par la bouche au moyen des ustensiles de table ou autrement, et nous ajouterons que les affections analogues qu'il passe en revue dans son mémoire {Recherches sur plusieurs maladies de la peau réputées rares on erotiques qu'il convient de rattacher à la syphilis ; in Arch. de méd., janvier 1861, t. XVll de la 5^ série), le pian de Nérac, le scherliévo et autres qui ressemblent de loin au pian, étaient dans le même cas. Mais nous croyons aussi que ce maître en syphiliographie a été trop loin en rangeant sous la même bannière les boutons d'Amboine, pian, yaws ou frambcesia.
11 est vrai que le frambcesia, dans la première période de son évolution, offio une certaine ressemblance avec les pustules plates de la syphilis, mais il s'en distingue déjà par des caractères que nous allons passer en revue. Les pustules plates sont à l'anus, à la vulve, quelquefois à la bouche et à la gorge ; le pian affecte bien ces parties, mais encore plus la figure et les membres. Bref, comme
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le dit très-bien RoUet lui-même, il affecte plus [jarticulièrement la peau, tandis que la pustule plate affecte les muqucases^et les parties où une certaine humidité se joint au frottement. Les pustules plates provoquent l'engorgement indolent des ganglions lymphatiques voisins. Cette induration, ce chapelet ganglionnaire, signe caractéristique de l'infection syphilitique, suivant Rollet, n'accompagne point les tubercules du frambœsia.
Les pians provoquent du prurit ; c'est même un de leurs caractères les plus saillants, d'après le docteur Langard. Les éruptions syphilitiques n'excitent jamais ni douleur ni prurit (Langlebcrt). 11 y a pourtant des auteurs qui nous disent que les tubercules muqueux font exception (Follin). Passons donc sur ce caractère aussi bien que sur la couleur cuivrée des pustules et de l'auréole qui les entoure, sur la couleur même des croiites, vert-noirâtre dans les pustules plates, jaune dans le frambœsia ; bref, sur tous les caractères sujets à contestation. Mais enfin, pour M. RoUet, et surtout pour lui, qui a eu l'honneur de le démontrer, la lésion initiale de la vérole, même quand elle résulte de l'inoculation d'accidents secondaires, est le chancre. La pustule plate inoculée ne donne pas une pustule plate, mais un chancre; après celui-ci viendra la pustule plate ou toute autre syphilide, mais après seulement. De plus, le premier accident, le chancre, se développe toujours au point où a été déposé ou inséré le fluide virulent. Qu'on lise les expériences de Paulet, on verra que quatre fois sur quatorze rien ne s'est produit dans les points piqués, ce qui n'a pas empêché une éruption générale de pian de se produire ensuite.
« J'ai pratiqué, dit le docteur Paulet, à la partie interne de la cuisse de quatre nègres sains, avec une lancette à vaccine préalablement trempée dans du fluide pianique, plusieurs piqûres. Elles n'ont donné naissance à aucun symptôme dans le lieu où l'instrument avait agi; mais douze à vingt jours s'étaient à peine écoulés, que sur le front, le menton, les bras et le ventre, il s'était opéré une éruption semblable, sous tous les rapports, à celle du pian. Dans dix autres essais, l'affection a commencé à l'endroit piqué et s'est développée comme dans les cas précédents » {oip. cit.).
En 1867, le docteur Gama Lobo a pratiqué les mêmes expériences avec les bubas du Brésil, non-seulement sur un sujet sain, mais aussi sur un sujet déjà bubatique, ce qui est plus instructif au point de vue qui nous occupe.
Un nègre, âgé de dix-neuf ans, de tempérament sanguin et de forte constitution, présentait au côté droit du Ihorax, au bras et à l'avant-bras du même côté, et enfin au bas-ventre, cette forme de huhas appelés secs au Brésil : le bras et l'avant-bras gauches étaient sains. Le docteur Lobo y fit vingt-trois piqûres avec une lancette préalablement imprégnée de fluide emprunté aux bubas du même sujet. Quatre jours après, onze de ces piqûres donnèrent naissance à des papules qui parcoururent successivement les phases du développement ordinaire des bubas secs.
Ces expériences nous donnent le droit de dire que le frambœsia est une maladie éminemment contagieuse, produite par un virus sui generis inoculable d'un individu à l'autre et au sujet lui-même, avec des caractères toujours identiques. C'est là ce qui la distingue profondément de la syphilis, qui ne peut pas être inoculée à un sujet déjà en puissance de la diathèse, et qui, de plus, produit toujours un chancre comme phénomène initial, quel que soit l'accident, c'est-à-dire la forme du mal qui ait fourni le virus d'inoculation (Rollet). La pustule plate syphilitique est un accident secondaire ; celle d'yaws est essentiel-
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lemeut primaire ; elle ne peut pas être considérée comme le résultat d'une lésion préalable de forme différente , à l'instar de la pustule plate et comme le croit Rollet.
Nous croyons que ce qui a induit en erreur le savant syphiliograplie, ce sont les expériences d'inoculation de Thomson, où il est parlé d'ulcères comme succédant à la piqûre : d'oii l'analogie qu'il a pensé pouvoir établir entre eux et le chancre papuleux, fruit de l'inoculation de la pustule plate. M. Rollet en a conclu, à tort selon nous, que le tubercule pianique commençait toujours par une ulcération, un chancre. Mais cela n'est pas ; l'ulcération, qui n'est même pas le terme nécessaire du tubercule, comme nous l'avons dit et répété, succède toujours à la papule et ne la précède jamais ; elle n'est pas l'origine, mais la suite de celle-ci. On voit l'ulcère syphilitique primitif se transformer sur place en tubercule muqueux, tandis que c'est le tubercule pianique qui se transforme en ulcération. Celle-ci est consécutive, jamais primitive, du moins dans le développement naturel du pian. Nous disons le développement naturel , car il est possible que dans l'inoculation l'irritation au point piqué détermine quelquefois une petite solution de continuité, dont cependant il n'est point question dans les expériences de Paulet. En tout cas, ce n'est pas la marche natui'elle, normale, de la maladie, tandis que, pour la syphilis, que le virus soit inséré sous l'épiderme ou dépesé sur une muqueuse ; qu'il entre par imbibition ou par effraction; que la contagion soit accidentelle ou voulue, toujours et partout son premier acte sera de produire un chancre.
Un médecin qui a une très-grande expérience de Tyaws, le docteur Imray, de la Dominique, traçant le diagnostic différentiel des tubercules d'yaws et de ceux de la syphilis, dit : « L'yaws fait son apparition à la surface de la peau comme une petite tache jaune, qui s'élargit graduellement, s'éfève, fait éclater l'épiderme et se présente alors comme une petite masse spongieuse jaunâtre. 11 grandit, s'élargit, mais en aucun sens il ne peut être dit ulcéré : sa surface est humide, et il s'en écoule un fluide offensif, mais ce n'est pas du pus dans l'acception ordinaire du terme. Le tubercule atteint son apogée, puis il commence à diminuer de grosseur : sa sécrétion s'arrête, et il se forme une croûte jaune qui brunit au fur et à mesure qu'elle se dessèche. De jour en jour sa masse diminue, et finalement la croûte tombe, laissant à sa place une tache indélébile plus brune que la peau. Telle est la marche ordinaire de l'yaws, bien différente de celle des tubercules de la syphilis.
La syphilis et le frambœsia existent, côte à côte, dans tous les pays que nous avons cités : a-t-on jamais vu l'éruption caractéristique du deuxième succéder, comme l'effet à la cause, à l'ulcère primitif caractéristique de la première, le chancre induré? Si donc la syphilis et le frambœsia coexistent chez les mêmes peuples depuis des siècles sans se confondre, c'est qu'ils sont différents. S'ils étaient identiques de nature et d'origine, comment les médecins de nos colonies n'auraient-ils pas à citer des cas où l'un se serait présenté comme conséquence de l'autre? Les nègres souffrent de la syphilis comme nous, dans les mêmes formes que nous. De quel droit peut-on dire alors que le frambœsia est une forme de syphilis modifiée par le climat et la race, une vérole de nègres ? N'estce pas un l'ait remarquable que le pian, partout oîi on l'observe, n'a aucun rapport de fréquence avec le nombre des accidents vénériens primitifs? et j'entends par là le chancre induré. A la Martinique, celui-ci est resté, et le pian a disparu. A la Nouvelle-Calédonie, il est assez rare parmi les indigènes, et tous
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passent par le pian. Où trouverait-on une pareille disproportion des accidents primitifs et secondaires ?
Marche et durée. La marche du frambœsia est chronique; sa durée, qui n'est jamais moindre de deux mois environ, est en moyenne de cinq ou six, mais elle peut durer dix années.
« De toutes les maladies que je connaisse, dit le docteur Bowerbanck de la .lamaïque, il n'en est point qui soit si facilement ni si sérieusement affectée par les circonstances que l'yaws. Dans la première période, l'éruption est très-susceptible d'arrêt et de rétrocession sous l'influence d'un refroidissement, de l'exposition à la fraîcheur de la nuit, d'un bain froid, d'un purgatif inopportun, d'une maladie intercurrente et de l'usage prématuré du mercure.
« Chez les personnes prédisposées à la lèpre et à la scrofule, le cours de la maladie est souvent irrégulier et prolongé, comme si l'organisme était rendu incapable de réagir contre le mal et de s'en débarrasser. Le processus morbide se réveille après des temps d'arrêt et détermine ces vastes ulcères qui rongent la peau, attaquent et déforment les articulations, et finissent quelquefois par entraîner la mort du patient. »
Mais, si la maladie arrive à son terme par les efforts naturels de l'organisme ou par un traitement approprié, est-on du moins à l'abri de nouvelles récidives?
La croyance générale parmi le peuple, partagée par un grand nombre de médecins, est que la maladie une fois bien guérie ne récidive pas : aussi ceux qui en ont été une fois atteints se mèlent-ils sans crainte aux gens contaminés.
C'est cependant une question bien délicate à résoudre, puisque tout le monde convient que la maladie se développe assez fréquemment en une série de poussées successives plus ou moins écartées les unes des autres, et que des accidents consécutifs sous forme de tubercules, ulcères, dartres et crabes, apparaissent après des années ; ce qui leur a fait donner par les nègres anglais le nom de memba-yaws (pour remember-yaivs, souvenir de l'yaws). Nous ne nous étonnons pas que plusieurs des médecins entendus dans l'enquête aient cru pouvoir affirmer qu'une première attaque d'yaws ne préservait pas siàrement d'attaques ultérieures; que la maladie pouvait, après une sorte de prise de possession de la constitution, sommeiller et reparaître après un long intervalle de repos.
Peut-être le docteur Kealan a-t-il le mieux exprimé la vérité en cette obscure matière, en disant : « Je pense que, quand une personne est bien guérie d'une attaque d'yaws, elle est à l'abri d'une nouvelle atteinte au même degré qu'un sujet qui a été vacciné avec succès est à l'abri de la variole, ni plus ni moins » {op. cit., p. 62). Levacher, médecin français des Antilles, croit que le pian abandonné à lui-même peut récidiver pour ainsi dire indéfiniment, mais que, traité et bien guéri par une thérapeutique rationnelle, il laisse le sujet à l'abri de toute récidive.
Paulet appuie cette même thèse sur des expériences d'inoculation. « Il est incontestable, écrit-il, que l'yaws ne se reproduit que par exception sur le même individu à la suite d'un traitement régulier. En effet, j'ai vu des nourrices, qui avaient été méthodiquement soignées, élever impunément des négrillons dont la peau était parsemée de tubercules ; j'ai quinze fois, sans le moindre succès, tenté C inoculation sur des nègres guéris depuis longtemps. »
Terminaison. Pronostic. « 11 n'y a pas de doute, dit le docteur Bowerbanck, qu'un cas normal d'yaws chez une personne saine ne tende spontanément à la guéri son ; et pour une telle personne, la propreté, aidée, s'il en est besoin,
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d'unenourriture plus substantielle, est tout ce qu'il faut pour qu'elle se o-uérissc. )) Il est d'autant plus certain, à nos yeux, que le frambœsia est susceptible de guérison spontanée, que les indigènes de la Nouvelle-Calédonie se 'guérissent par milliers sans remèdes qui vaillent.
L'yaAYs en lui-même {per se) n'est pas une maladie très-grave, disent les médecins anglais ; mais, quand elle subit une métastase ou qu'elle survient chez des personnes prédisposées à la lèpre ou aux scrofules, elle devient souvent funeste. Les bubas, dit Bourel-Roncière , constitueut une maladie de longue durée, diflicile à guérir, mais qui n'entraîne que bien rarement la mort des sujets. Le pronostic du bouton d'Amboine, d'après le médecin hollandais YanLeent, est en général assez favorable quant à la mortalité; mais la durée est toujours longue et les récidives ne sont nullement rares. Enfin, nous avons écrit nous même du t07iga : « Presque jamais mortelle chez l'adulte, cette affection entraîne quelquefois la mort des enfants, qui succombent à l'épuisement et à la fièvre hectique, conséquence de la suppression de nombreuses plaques ulcérées. »
La statistique de l'hôpital du Morne-Bruce à la Dominique, l'île la plus éprouvée des Antilles, vient corroborer cette manière de voir.
Étiologie. S'il est un fait universellement admis dans les pays où rè^ne le frambœsia, c'est sa contagiosité. Tous les médecins anglais entendus dans l'enquête dirigée par le docteur Gavin-Milroy ont été unanimes sur ce point. Cette opinion n'est pas moins générale au Brésil, dans les Antilles françaises et espagnoles, et dans les colonies hollandaises de l'Inde. Seulement les uns n'admettent que la contagion immédiate, tandis que d'autres admettent aussi la contagion médiate, c'est-à-dire que l'application directe du lluide virulent sur la peau est nécessaire pour les uns, tandis que pour d'autres il suffirait de porter les vêtements d'un malade, de s'asseoir sur un siège qu'il vient de quitter etc Quelques-uns même semblent croire, avec le vulgaire, qu'il suffit d'habiter et même d'avoir de simples fréquentations avec des malades atteints de frambœsia pour contracter leur infirmité, sans qu'il soit besoin du contact, comme si l'air était le véhicule d'une effluve analogue à celle de la variole.
Autrefois, dit le docteur Bowerbank, de la Jamaïque, on avait le soin de ne préposer à la garde des infirmeries particulières réservées aux pianiques que des femmes ayant déjà subi la maladie, à cause de l'opinion générale où l'on est que le pian ne se contracte pas deux fois. Mais aujourd'hui on ne s'astreint plus à cette règle, et les infirmières ne se contagionnent pas davantage, en ayant le soin de se garder de toute excoriation aux mains et aux pieds. Cependant le docteur Paulet, avec beaucoup d'autres, croit que la maladie est transmissible « par tous les moyens médiats ou immédiats à l'aide desquels une quantité suffisante de virus peut être déposée sur la peau ou les muqueuses attenantes quil y ait ou pas de solution de continuité à la peau. » 11 a fait coucher de trèsjeunes filles saines avec des jeunes filles malades, et dix fois, dans l'espace de cinq semaines, il a obtenu des tubercules caractérisés. — Il a vu douze enfants infecter leurs nourrices. — Il a fait deux jours de suite, pendant quelques minutes, des frictions sur la partie interne des bras de trois jeunes filles de dixsept ans, en parfaite santé, avec un plumasseau imbibé du fluide, et au vingtième jour la transmission était manifeste. Ces expériences, que l'intérêt de îa science ne saurait excuser à nos yeux, ne prouvent pas absolument que le virus puisse se frayer une voie à travers l'épiderme intact : car qui nous dit que les
DICT. E.iiC. 4* s. IV. J^
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jeunes filles qui couchaient avec leurs compagnes malades n'avaient pas eu la moindre écorchure, les nourrices pas la moindre gerçure au mamelon et aux mains, les jeunes filles frottées de si bon cœur pas la moindre érosion? Quelque subtil que soit le virus, nous croyons que, comme celui de la syphilis, il a besoin de irouver une porte ouverte pour entrer. — Nous avons déjà dit qu'à la Nouvelle-Calédonie presque tous les enfants en subissent les atteintes entre l'âge de un à sept ans.
Faut-il attribuer cela à l'hérédité ou à la contagion? Tous ces enfants sont nus, passent dans les bras de leurs parents nus aussi, se roulent les uns contre les autres, couchent pèle-mèle sur des nattes souillées des impuretés que chacun y laisse. Les mêmes vases, les mêmes ustensiles de ménage sont communs aux bien portants et aux malades. Que de moyens de contagion, sans qu'il soit nécessaire pour expliquer le fait de recourir à l'hérédité ! Dans l'enquête anglaise, les médecins ont été divisés sur ce point, las uns l'affirmant, le plus grand nombre la niant. A Cuba, le docteur Paulet a cru pouvoir l'étiiblir par l'observation suivante : « J'ai renfermé dans un lieu que personne n'approchait 12 enfants nés de parents malades. Les nourrices n'avaient point eu de pian; leur santé était remarquablement belle ; et cependant, à trois, à quatre et à sept mois ces enfants ont eu le l'rambœsia, et quelques temps apiès, dans l'espace de six mois, les nourrices ont aussi été affectées « {op. ci7.,p. 592).
Le docteur Van Leent, médecin en chef à Batavia, est aussi affirmatif, mais sans fournir de preuves : « L'hérédité, dit-il, tient une place considérable dans l'étiologie de cette alfection » {Du bouton des Moluques ou frambœsia. op. cit., p. 592).
Au Brésil, certains médecins admettent l'hérédité et d'autres la nient résolument.
Si le buba attaque de préférence les enfants, la raison en est, dit le docteur G,. Lobo, dans certaines conditions de leur existence; on les laisse nus et sans chaussures, les noirs surtout, exposés à la piqûre de nuées d'insectes de forme, de grandeur et d'espèces variables. 11 en est qui sucent le pus sécrété par les bubas ; fi\és sur ces ulcères, il est curieux de voir leur abdomen grossir graduellement et prendre une couleur jaunâtre semblable à celle du pus bubatique ; une fois repus, ils prennent leur vol et peuvent aller se poser sur une plaie saine, qu'ils enveniment avec leur suçoir souillé de pus virulent. Le docteur Lobo raconte qu'il fut lui-même atteint de cette façon dans une fazenda des Amazones, dans sa jeunesse. Il lut blessé au pied droit entre le quatrième et le cinquième orteil en se baignant dans le fleuve. C'était à une époque où régnaient les bubas, et il se trouva dans les meilleures conditions pour les contracter par suite d'un contact habituel avec les enfants qui en étaient atteints. « Ma blessure, dit-il, dont la guérison était laissée aux soins de la nature, fut promptement contaminée par des insectes qui, des corps des bubatiques, venaient se reposer sur moi. J'avais à cette époque six frères et mes parents qui n'avaient jamais eu de bubas ; néanmoins cette blessure se transforma en buba lardacé que je conservai pendant huit ans, et dont la cicatrice ne s'est jamais eflacée. En peu de temps, les jambes, les genoux, les chevilles, les cuisses et Jes bras, tout était couvert de cette maladie qui, de mois en mois, se reproduisait par poussées successives. Ce n'est que dans la troisième année de mes études médicales que je m'en vis débarrassé. )>
Cette observation ne prouve pas que l'auteur ait été contaminé par les mou-
FRAMBŒSIA. 245
ches plutôt que par le contact direct avec les jeunes malades, ses compagnons de jeux.
Pour en revenir à l'hérédité, le médecin brésilien que nous venons de citer
continue de la sorte : u Les observations que j'ai faites jusqu'ici m'ont pi'ouvé
que les bubas ne passent des parents aux enfants que quand ils sont transmis
par contact; lorsque, par exemple, ils existent dans le vagin de la mère au
moment de la naissance, ou autour du mamelon pendant l'allaitement. Les
enfants, dans leur bas âge, ne souffrent pas du buba par le seul fait que leurs
parents eu ont été atteints. J'ai des enfants, dit le docteur Lobo, mais jusqu'ici
ils sont sans tache. » En dehors des observations recueillies chez les nègres, il
cite, parmi les blancs, un magisti-at qui, après avoir eu des bubas pendant
huit ans, s'en est guéri et a aujourd'hui des enfants de vingt-cinq ans qui n'ont
jamais eu de buba ni aucune maladie de la peau.
En résumé, l'hérédité est encore douteuse, tandis que la contagion du h'amboesia a été prouvée par expérience. Mais le mal ne pourrait-il pas naître encore sous des influences générales ou particulières de milieu ?
A cette question, tous les médecins, excepté deux, entendus dans l'enquête anglaise, ont répondu négativement. Pour eux, la contagion est la seule cause efficiente ; toutes les autres ne sont qu'adjuvantes ou prédisposantes : telles sont la race (noire), la jeunesse, le climat (chaud), la malpropreté, la mauvaise nourriture (poisson salé, vieux porc s^alé), les logements insalubres, l'encombrement.
L'expérience prouve que toutes les races qui vivent dans les colonies européennes, blancs, noirs et mulâtres, coolies indiens et chinois, sont passibles de l'yaws ; mais les nègres y sont le plus sujets ; les blancs le sont le moins; cet qui tient en partie, sans doute, à des idiosyncrasies ethniques, mais incontestablement aussi à des conditions d'hygiène sociale et individuelle. La crainte et le dégoût que l'yaws inspire aux blancs les pousse à se garder avec le plus grand soin des personnes et même des maisons infectées, et ainsi l'immunité pourrait être rapportée peut-être à l'éloignemeut des sources de contagion plus qu'à la résistance à son action.
L'yaws ou pian a diminué beaucoup dans les colonies anglaises depuis l'émancipation, et dans les colonies espagnoles, depuis qu'on a cessé d'y importer des nègres de la côte d'Afrique ; il a même disparu de nos petites colonies des Antilles. — On serait tenté d'en conclure que le pian était un 77ial de misère, comme disent les Anglais, entretenu par l'esclavage. Cette conclusion ne serait <}u'à moitié juste. Il n'y a pas d'esclaves à la Nouvelle-Calédonie et aux Moluques, et cependant le frambœsia y est endémique ; il n'y en a pas à la Dominique (Antille anglaise) depuis 1858; et cependant, en six mois, du 2 octobre 1871 au 25 mars 1872, le Board of health (conseil de santé) a enregistré 700 cas, ce qui est énorme pour une population de 30 000 âmes ; du reste les nè<Ti'es presque seuls ont fait les frais de cette statistique. Ilàtons-nous d'ajouter que la Dominique est la seule Antille où le mal soit resté aussi répandu. Sans doute l'esclavage est une cause aggravante, parce qu'il soumet les nègres à des travaux quelquefois excessifs, et qu'il fovorise les contacts par l'agglomération dans les ateliers, surtout parce qu'il sollicite la traite, qui va chercher le mal à sa source, à la côte d'Afrique. Depuis que cette source a été tarie pour les Antilles, le mal n'a cessé d'aller en diminuant à Cuba, quoique resclava-^e y soit resté, et il a disparu totalement des petites îles où la traite a cessé dej)uis plus longtemps, et où il était plus facile de poursuivre l'extinction
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du fléau par l'isolement des victimes. — Nous conclurons que la contagion est bien la seule cause efficiente du pian, et que ce mal indigène à la côte occidentale d'Afiique, depuis les rives du Sénégal jusqu'au cap Negro, avait été importé aux Antilles et y était entretenu par la traite. Mais il y a un autre foyer à la côte orientale d'Afrique, au Mozambique, d'où le mal s'est propagé à Madagascar et aux Comores, peut-être même jusqu'à la côte de Coromandel (Indes orientales), où il existe sûrement. Est-ce de là qu'il a rayonné vers les îles de la Sonde et de la Mélanésie avec les émigrations malaises ? ou a-t-il pris naissance spontanément parmi les populations misérables de ces contrées intertropicales, comme il l'a fait en Afrique? C'est ce qu'on ne saurait dire.
Traitement. Levacher, dans son Guide médical des Antilles, p. 304, préconise le suivant : Boissons délayantes et légèrement diaphorétiques, suivies de sudorifiques plus énergiques et de la liqueur de Van Swieten. On place les malades dans des lieux bien secs, tenus très-proprement, et exposés de telle sorte que la température y soit aussi uniforme que possible. On leur procure une nourriture douce, composée de viandes fraîches et de légumes cuits. On supprime toute boisson excitante, mais on accorde avec avantage une petite quantité de vin mêlé d'eau, aux repas, et dans le courant du jour, une tisane d'orge et de chiendent miellée. — Le traitement et les soins hygiéniques doivent être prolongés, en toute circonstance, un mois encoi^e après la guérison apparente ; mais on remplace la liqueur mercurielle par des bols composés avec l'extrait de gaïac et de salsepareille unis au soufre, et par quelques purgations.
Voici du reste la composition de la tisane sudorifique et des bols de Levacher:
TISANE SUnORIFIQLE.
Racines de Salsepareille 1
Squine | âa 16 grammes.
Gaïac râpé )
Faites bouillir dans 4 verres d'eau qu'on laisse réduire à 3 ; passez et édulcorez avec du sii'op simple. On peut ajouter en infusion après avoir retiré du feu :
Sassafras 8 grammes.
BOLS rOUR LE TRAITEMENT DU PIAN.
Extrait de gaïac.
iâ 0,60
de salsepareille
Fleurs de soufre 1,20
F. s. a. 4 bols, à prendre 2 le matin à jeun et 2 le soir. Boire par-dessus une tasse de tisane de salsepareille.
Les ulcères, ci'abes et mama-pian exigent des pansements réguliers avec des plumasseaux de charpie enduits de la pommade suivante :
Mêlez : Styrax 8 grammes.
Axonge ou cérat blanc 52 —
Laudanum de Sydenham 1,50 —
Alcool camphré 2,40 —
On bassine les ulcérations avant le pansement avec la solution suivante :
Eau distillée 500 grammes.
Sublimé corrosif 1,30 à 2 grammes.
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On peut remplacer le sublimé corrosif :
Pai- le sulfate de cuivre 2 grammes.
ou le sulfate de fer i —
ou le chlorure de soude 16 —
ou l'alun 8 —
Ces substances peuvent aussi être déposées en poudre, particulièrement sur les fongus du crabe. — Sous l'impression de ces substances escharotiques ou simplement astringentes, celui-ci se mortifie ou se dessèche, et on en fait l'extraction avec une pince.
Paulet croit que « les mercuriaux n'ont point d'action réelle sur le pian. » 11 attache beaucoup moins d'importance au traitement général qu'au traitement local par les caustiques, aidé d'un bon régime et de précautions hygiéniques minutieuses. Il recommande un régime réparateur composé de viandes blanches et de légumes frais, un bain tiède tous les trois jours, et quelques verres de décoction de gaïac et de salsepareille dans h?s vingt-quatre heures. On y ajoute tous les deux jours, pendant la première et la deuxième semaine, 4 grammes d'acétate d'ammoniaque, jusqu'à ce que l'éruption soit complète. Quand les tubercules arriveront à la fin de leur période de progrès, on les touchera, matin et soir, avec un pinceau imbibé de nitrate acide de mercure. On en fera autant pour les ulcères ; et lorsqu'il y aura des croûtes qui, par leur épaisseur, pourraient nuire à l'action du caustique, on les enlèvera avant chaque pansement.
Après la cautérisation des larges ulcères, on appliquera des bandelettes de diachylum, pour favoriser la cicatrisation et empêcher le pus de séjourner sous les croûtes.
De temps à autre, pendant et quelquefois même encore après la période de dessiccation des tubercules, on prescrira 30 grammes de sulfate de soude, dans 500 grammes de limonade de citron, donnés le matin à jeun, ou tout autre laxatif. On donnera aussi quelques bains composés avec 200 litres d'eau tiède, 120 grammes de sulfure de potasse et 250 grammes de colle de Flandre; ou l'on fera au moins des lotions sur toute la peau avec un liquide de la même composition.
Aux très-jeunes enfants on fera prendre une grande cuillerée de sirop de gaïac et de salsepareille, matin et soir, dans du lait, et tous les deux jours, 5 gouttes d'acétate d'ammoniaque dans un verre d'eau sucrée. On les purge aussi avec de l'huile de ricin.
Pour les crabes, après avoir coupé l'épiderme corné qui les recouvre, on les saupoudre légèi'ement avec le sublimé corrosif, et l'on applique par-dessus un plumasseau enduit de cérat laudanisé. Si le lendemain on trouve la tumeur grise, ratatinée et séparée des tissus ambiants, on en fera l'extraction avec une pince; dans le cas contraire, on répétera le précédent pansement jusqu'à ce que le crabe se laisse enlever. II est souvent utile, quand il y a tuméfaction du pied, douleur aiguë, réaction fébrile, d'appliquer des cataplasmes émollients, qui ont le double avantage de combattre l'inflammation et de ramollir l'épiderme épais qui empêche le crabe de se développer au dehors et cause ainsi les douleurs aiguës et la fièvre.
Telle est la méthode de Paulet, dont la seule originalité est la cautérisation des tubercules. « Elle imprime, dit-il, à la; période de progrès des tubercules, une marche accélérée, arrête successivement pour chacun d'eux celle de suppuration; et très-promptement ils se dessèchent, se recouvrent de croûtes d'un
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rouge foncé qui deviennent de plus en plus compactes et tombent au dixième jour, au plus tard au trentième. Les tubercules qui n'ont pas acquis toute leur maturité, ceux dont la période de progrès n'est point accomplie, disparaissent aussi, mais ils repullulent à 1 centimètre de leur siège primitif; si, au contraire, cette période s'est parfaitement opérée, soit par le temps, soit par les moyens thérapeutiques, la guérison est prompte et durable. »
A notre avis, la critique la plus sévère ne pourrait pas mieux démontrer l'inanité, et même le danger des cautérisations répétées, prématurées surtout, que ces quelques lignes par lesquelles l'auteur entend les justifier.
Le traitement des bmbas, au Brésil, roule sur l'emploi des sudorifiques et des dépuratifs, principalement sur la teinture de salsepareille à la dose de 15 grammes, matin et soir. Si la maladie résiste, on administre la liqueur de Van Swieten. Ce traitement est complété par l'administration, chaque semaine, d'un pui'gatif de cabacinho. Voici les formules de la teinture et du purgatif :
i° Teinture :
'2(. Racines fraîches de salsepareille .... O'iSOO
Eau-de-vie 1 kilogramme.
La salsepareille, réduite en petits fragments, est laissée en macération dans le tafia, le rhum ou l'eau-de-vie, pendant vingt à trente jours;
2'^ Le purgatif se prépare avec le fruit du cabacinho [Momordica bûcha), cucurbitacée qui croît naturellement au Brésil. Le fruit, débarrassé de ses graines, est partagé en quatre ou six parties dont une suffit pour produire l'effet voulu. Pour cela on la fait macérer pendant douze heures dans la quantité d'eau nécessaire pour donner un lavement : on fouette le liquide jusqu'à production d'une écume que l'on sépare. On répète encore une fois la même opération, et le remède est préparé. On peut aussi faire infuser le cabacinho, mais il en faut moitié moins. Enfin on prépare une teinture avec quatre fruits dépouillés de leurs grains et laissés en macération dans une bouteille d'eau-de-vie pendant un ou deux jours. La dose de ce purgatif est de 5 à 4 onces (95 à 120 grammes). C'est un drastique violent, qui procure non-seulement des selles abondantes, mais des vomissements. Ce médicament exige beaucoup de prudence.
Les sudorifiques de toutes sortes : gaïac, squine, sassafras, bardane, sont employés en tisane, ainsi que la racine de japuanga, espèce de salsepareille {Herreria salsaparilha) .
Cependant les sudorifiques sont aussi employés sous forme pilulaire ; soit les bols de Levacher, dont nous avons déjà donné la formule, soit l'électuaire antibubatique brésilien, où entre aussi le mercure :
2C Poudre de feuilles de caroba .... 60 grammes.
— de racines de salsepareille. . 60 —
— de follicules de séné. ... 50 —
Calomélas. 1,80 —
Sirop simple q. s.
Le pansement des ulcères se fait avec le verdet ou le sulfate de cuivre dissous dans un blanc d'œuf, le citrate de fer obtenu en faisant bouillir de l'oxyde de fer dans du jus de citron, l'onguent rosé composé de :
Précipité rouge 0,70
Axonge 50 grammes.
On saupoudre aussi les ulcères avec le précipité rouge de mercure.
Au Brésil, comme ailleurs, on attache une très-grande importance aux moyens
FRAMBŒSIA. 24?
liygiéniques : alimenlntion, exercice, bains, hydrothérapie. Les toniques sous forme de vin de quinquina, de fer, sont administrés pour couronner le traitement (Bourel-Roncière, d'après le docteur Gama Lobo, in Arch. méd. nav., t. XVIII).
Aux Moluques, la cure du bouton d'Amboine repose sur les mêmes bases : altérants et sudorifiques, suivis des toniques et aidés d'un bon régime; mais le mercure est rarement employé.
Le quinquina, les préparations ferrugineuses, l'arsenic, l'iodure de potassium, l'antimoine (ce dernier médicament comme diaphorétique sans doute), ont été administrés avec plus ou moins de succès.
Les bains de sable chaud, d'eau de mer, de rivière, sont le complément efficace de cette thérapeutique qui doit être aidée de l'hygiène et d'une alimentation substantielle. Le traitement local consiste à couvrir les boutons ulcérés de feuilles mâchées de VHura crepitans (Euphorbiacée), ou dans l'application du sulfate de cuivre ou du nitrate d'argent. La poudre d'alun est moins efficace (Van Leent, op. cit., t. XIII, p. 19).
Nous terminerons par l'exposé du traitement anglais, qui nous semble trèsbien ordonné, et auquel nous donnons la préférence. La règle générale est d'attendre, pour commencer le traitement spécifique, que l'éruption soit bien développée. Les malades sont gardés dans une infirmerie bien aérée et préservés de toute cause de refroidissement. On leur donne un bain tiède quotidien, une nourri tnre substantielle; et pour boisson entre les repas la tisane de salsepareille, de gaïac ou de citronelle. Quand les boutons commencent à sécréter le fluide qui leur est propre, on ajoute le savon au bain quotidien oixiinaire, de façon à entretenir la peau dans une grande propreté. Jusqu'alors on avait fait usage, pour tout médicament, de bols de soufre uni au bitartrate de potasse; désormais on commence l'usage des remèdes réputés spécifiques : le mercure sous forme decalomel composé (pilules de Plummer) à la dose de Os^SO pour un adulte et par jour, donné en deux fois; ou bien l'iodure de potassium. Chose à considérer : les Anglais, si prodigues de la médication mercurielle et en particulier du calomélas dans leur thérapeutique, préfèrent aujourd'hui de beaucoup l'iodure de potassium dans le traitement de l'yaws. Ce médicament ne se montre pas à leur yeux moins efficace, et il a l'avantage, disent-ils, de calmer les douleurs et d'amener le sommeil mieux encore que l'opium. Cependant ils reconnaissent la supériorité du mercure dans les cas les plus graves, en particulier quand il s'agit d'arrêter la mai'che épuisante de vastes ulcérations. En même temps, on fait boire au malade ce qu'on appelle la décoction des bois, dont la salsepareille, le gaïac, le sassafras et le mézéréum sont les ingrédients ordinaires et dont on boit de grandes quantités. Chez les sujets débiles, émaciés, chez les enfants, il est souvent utile d'administrer concurremment quelque préparation ferrugineuse.
Dans le cours du traitement, on fait prendre au malade quelques purgatifs. Le tout est aidé d'une nourriture aussi substantielle que possible, composée de viande, de poisson frais et de légumes cuits.
Pour le traitement local, une propreté minutieuse est la première indication. On lave les ulcères avec des solutions de sulfate de cuivre, de sulfate de zinc, ou avec le jus de l'orange sûre; mais la plupart des médecins donnent aujourd'hui \à préférence à l'eau phéniquée. Quand il y a lieu de recourir à des escharotiques plus énergiques pour modifier les ulcères, on les touche avec l'acide phéniquepur, le nitrate d'argent, le nitrate acide de mercure. On les couvre avec
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de la charpie graissée d'onguent liydra-gyrique nitré, ou avec des cataplasmes préparés avec la farine de cassave délayée dans le jus d'orange sûre, pu mieux encore avec des feuilles du médicinier [Jatropha curcas) bouillies et écrasées.
Les remèdes simples sont bons à connaître pour les médecins qui peuvent être appelés à soulager de pauvres malades dans des pays où ils n'ont pas leurs ressources ordinaires sous la main. Le traitement du crabe consiste à ramollir l'épiderme durci qui l'emprisonne, par des bains de pied et des cataplasmes, à l'enlever ensuite couche par couche avec le bistouri, jusqu'à ce que le tubercule soit mis à nu, et à saupoudrer celui-ci avec de l'alun, qu'on préfère aujourd'hui au sublimé corrosif dont l'effet est beaucoup plus rapide, mais qui est extrêmement douloureux.
On a essayé, à rUe de laTrinidad, de traiter l'yaws par l'acide phénique intus et extra, et le docteur Murray auteur de celte innovation prétend en avoir retiré des avantages ; mais l'expérience n'en ayant pas été faite ailleurs, à notre connaissance, nous ne saurions recommander cette médication, et nous conseillons de s'en tenir au traitement anglais, sans oublier celte indication, dont l'expérience m'a fait reconnaître la valeur, que les préparations d'iode (iod. de potass., iod. de fer) peuvent être substituées, avec avantage, à celles de mercure dans la plupart des cas. Je ne voudrais même pas en employer d'autres chez les enfants. V. de Rochas.
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FRAMBOISIER, g I. Botanique. Espèce de Ronce {Rubiis), représentant seule en France la section Idœi de ce genre et ayant reçu de Linné (F/. siiec, éd. 2, 172) le nom de Rubiis idœus, c'est-à-dire Ronce du Mont Ida. Ce mot indique la patrie supposée de cet arbuste qui se rencontre en France dans
FRIMBROISIER (emploi médical). 219
presque tous les bois montagneux et se retrouve dans des conditions analogues dans presque toute l'Europe, l'Asie et l'Amérique du Nord, etc. C'est encore le R. frambœsianiis Lamk. Ses caractères génériques sont donc ceux du genre Riibus auquel nous renvoyons {voij. Ronce). Pour les caractères spécifiques, c'est un arbuste traçant, à tiges foliifères dressées , arquées au sommet, plus ou moins flexueuses, arrondies, glauques-pruineuses, chargées d'aiguillons, petits, droits , sétacés. Les feuilles caulinaii'es sont alternes, molles, plus ou moins plissées, blanches-tomenteuses en dessous, ou pennées, ou à o-5 folioles, dont la terminale est coudée à la base, ovale-acuminée. Ses rameaux florifères sont étalésdressés et portent souvent les inflorescences de la base au sommet ; ils sont généralement dépourvus d'aiguillons. Les fleurs, petites, blanches, sont axillaires, fasciculées ou solitaires. Leurs pédicelles sont d'abord dressés, finalement penchés. Les sépales sont lancéolés et longuement acuminés, verts, avec une bordure chargée d'un fin duvet blanchâtre, rétléchis lors de la maturité du fruit. Les pétales sont étroitement obovés, longuement atténués à leur base, planes et dressés. Le fruit, qu'on appelle la framboise, est un fruit multiple, accompagné à sa base du réceptacle floral et du calice persistants. 11 est, suivant les variétés trèsnombreuses cultivées aujourd'hui dans nos jardins, plus ou moins volumineux et plus ou moins odorant, rouge ou rose, ou blanc, ou jaune. 11 a la forme d'une sphère ou d'un court ovoïde et est formé d'un grand nombre de drupes rapprochées les unes des autres et plus ou moins adhérentes, qu'on appelle quelquefois les graines de la framboise. Un support commun, blanchâtre, coriace, conique, qu'on retire de la base de la framboise quand on l'épluche, représente le centre proéminant du réceptacle et n'est pas comestible. Chaque petite drupe supporte le reste plus ou moins complet, noir ou brunâtre, du style, et se compose d'un exocarpe cliarnu, sapide, acidulé, odorant et d'un noyau peu épais, ponctué ou strié, qu'il faut connaître parce que, trouvé dans les selles des personnes qui ont mangé des framboises, il a donné lieu à un nombre incroyable d'hypothèses plus ou moins absurdes. La graine comprend, sous de minces téguments, un embryon épais, charnu et oléagineux. Le Framboisier, cultivé presque partout, envahissant facilement les terrains dans lesquels on l'a placé, se reproduit très-facilement par les racines, les tiges et les graines.
Le Framboisier du Canada est le Rubus odoratns L. Le F. du pôle est le Rubus arcticus L., dont le fruit se mange en Scandinavie. Beaucou|j d'autres Rubus ont des fruits auxquels on donne le nom vulgaire de Framboises sauvages. II. Bn.
§ II. Emploi médical. Historique. Le framboisier était bien connu des Anciens, qui lui attribuaient diverses propriétés médicales plus ou moins authentiques. Nommé par Théophraste pà.xo; opQo'fvij; /.al v-hoç iy^u-j (llist. 5, 16), il reçut de Dioscoride celui de Bv-o; loala., ronce du mont Ida, du lieu où il poussait avec abondance, quoique selon Belon (Singularités, 58) il n'y aurait pas de framboisier au mont Ida. Dioscoride résume en quelques mots les propriétés thérapeutiques de cette plante... « Ccelerum flos cum melle oculorum coUectionibus illinitiir, ignem sacrum extinguit, stomachisque ex aqua bibendus datur... )) (Matthiolus, Commeniarii... Lugd. 1502, p. 550), et Matthiule, dans ses commentaires, n'y ajoute rien; Pline n'en dit guère davantage : « On se sert de la fleur avec du miel en topique pour les fluxions des yeux et l'érysipèlc; on la fait prendre dans l'eau pour les affections de l'estomac. » Cependant il ajoute :
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« Du reste, celle plante a les mêmes vertus que les espèces émimérées plus haut ». Il était question de diverses ronces et de quelques autres Rosacées.
Chose curieuse, les anciens ne parlent que des propriétés de la fleur, qui de nos jours n'est plus d'aucun usage ; cependant, selon Macquart, qui écrivait à la fin du dix-huitième siècle, les fleurs seraient sudorifiques comme celles du sureau, et il y aurait avantage, d'autre part, à en appliquer une infusion, avec les fleurs de sureau, en lotion sur les érysipèles.
Actuellement on n'emploie plus que les fruits et rarement les feuilles.
\° Framboises. Comme on le sait, la framboise est le fruit d'un arbuste qui croît naturellement dans toutes les forêts montueuses de l'Europe, du Nord de l'Asie, et dans celles de l'Amérique septentrionale ; elle est l'objet d'une culture très-répandue, et cette culture est d'autant plus aisée qu'elle ne réclame que fort peu de soins. Il existe un assez grand nombre de variétés de framboises, dont les principales sont : lu Framboise des bois ou des Alpes, dont le fruit rouge et petit est très-aromatique, la Framboise ordinaire à fruit rouge, que l'on cultive beaucoup aux environs de Paris, la Framboise Doiible-Bearing, dont le fruit gros et rouge est également très-estimé, la Framboise du Chili à gros fruit jaune, la Framboise du Chili à gros fruit rouge, la Framboise Falstaffh fruit rouge, etc.
Les Framboises constituent l'un des quatre fruits rouges de l'ancienne matière médicale, quoique dans certaines variétés la coulenr soit blanche ou jaune. Elles sont très-estimées pour leur parfum délicieux et leur saveur agréable, à la fois aromatique et acide ; cependant elles sont inférieures à la fraise à ce point de vue, à cause du duvet cotonneux qui les recouvre et qui produit sur l'organe du goût une sensation désagréable, une sorte d'impression d'aridité et de sécheresse. Mais par où elles sont inférieures, non-seulement aux fraises, mais encore à tous les autres fruits de l'Europe centrale, c'est par la facilité avec laquelle elles se corrompent ; elles ne conservent leur saveur agréable que quelques heures après avoir été cueillies ; de plus elles sont exposées aux attaques des insectes plus que tout autre fruit et par cela même très-souvent envahies par leurs larves. Ajoutons que les framboises mûres doivent être cueillies immédiatement, car elles tombent au moindre vent.
La composition chimique des framboises a été déterminée par Scheele, qui y a trouvé parties égales d'acide citrique et d'acide malique ; elles renferment en outre une huile essentielle, de la pectine, du sucre, une matière colorante généralement l'ouge, une substance azotée, et un principe aromatique fragrant, dont divers véhicules, l'eau, le vin, l'alcool, le vinaigre, sont susceptibles de s'emparer, soit par infusion, soit par distillation ; Bley en a extrait un camphre {Himbeeren-Campher) par le procédé suivant : on arrose d'eau une certaine quantité de framboises écrasées, on distille, puis on laisse séjourner ; des flocons blancs ne tardent pas à se rassembler à la surface du liquide ; on dissout ces flocons dans l'éther et par l'évaporation spontanée on obtient de petits feuillets cristallins, qui s'évaporent aisément à une faible chaleur, sont très-solubles à froid dans l'alcool et l'éther, et à chaud seulement dans l'eau , l'ammoniaque et une solution de potasse ; ces feuillets sont colorés en jaune par l'action de l'acide sulfurique froid concentré.
Les propriétés médicales des framboises sont semblables à celles des fraises, des groseilles, etc. ; comme ces fruits, elles sont analeptiques, humectantes, adoucissantes, rafraîchissantes et laxatives; par leur arôme particulier, elles exercent une certaine influence sur le système nerveux « ... Ob fragrantem
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odorem insuper nervos refichint », dit Murray. On s'en sert pour faire des boissons rafraîchissantes dans les maladies fébriles, les angines, dans les maladies où domine la diathèse hémorrhagique (scorbut, purpura, etc.). Neucranz les a beaucoup pre'conisées dans les éruptions pourprées, Peyrilhe les recommande contre les affections psoriques. Voici comment Chaumeton en apprécie l'action : « Leur pulpe succulente et parfumée, dit-il, dissoute dans l'eau, forme une boisson très-propre à éteindre la soif, à diminuer la chaleur fébrile, à favoriser la transpiration et le cours des urines dans les maladies aiguës, surtout dans le premier temps des aftections pyrétiques et dans tous les cas oiî il y a de l'irritation. Seulement, il est quelquefois nécessaire d'y ajouter du sucre ou du miel pour diminuer leur trop grande acidité. » En un mot, elles ont en partie les vertus des fraises, et ce qui a été dit à propos de celles-ci au point de vue de leur action diurétique, et de leur efficacité contre la goutte (Peyrilhe), peut jusqu'à un certain point s'appliquer ici {voy. Fraisier).
Grâce à leur saveur exquise, le? framboises figurent sur les meilleures tables; elles se mangent seules ou mêlées avec les fraises ou les groseilles. Ingérées en trop grande quantité, elles peuvent déterminer des coliques et de la diarrhée et même dans certains cas des éruptions cutanées, comme les fraises.
On en prépare, en les écrasant dans de l'eau, seules ou avec l'un des deux fruits ci-dessus, une boisson très-rafraîchissante. Quelques framboises infusées dans le vin lui communiquent un goût très-agréable. On s'en sert de même pour aromatiser les glaces et les sorbets. On en fait des conserves; dans ce but, on les cueille entières, avant leur maturité, et on les conserve dans des sirops, de l'alcool faible sucré ou par la méthode d'Appert. On prépare des confitures, des gelée?: de framboises; le ^ms de framboises se fait avec les fruits bien mûrs. On compose avec les framboises un ratafia; dans ce but, on prend : jus de framboises 000 grammes, jus de cerises 100 grammes, sucre 1 kilogramme, eau-de-vie 2 litres. On laisse reposer, et quand la liqueur est claire, on met en bouteilles. En outre on prépare encore un vin de framboises avec mûres 1 partie, framboises 5 partics, additionnées de sucre et d'esprit de vin en quantité suffisante ; l'opération se fait en deux temps, parce que les mûres sont plus tardives que les framboises. Après confection, on laisse mûrir la liqueur au moins pendant un an. Le vin de framboises s'améliore en vieillissant, mais le parfum des fruits disparaît après sept ou huit ans. En Pologne, on boit également une sorte de yin de framboises, préparé par simple fermentation de ces dernières, et qui, par distillation, donne une eau-de-vie très-forte. Eu Piussie et en Suède, on se sert d'un hydromel., obtenu en mettant dans de l'eau une certaine quantité de miel et de framboises.
2" Feuilles. Les feuilles du framboisier sont inodores et légèrement astringentes, comme celles de toutes les ronces ; elles peuvent servir dans les gargarismes comme ces dernières ; elles étaient jadis d'un usage très-commun comme dctersives; mais leur action n'est pas assez énergique pour que nous en recommandions l'usage habituel. — Quand elles sont jeunes et tendres, les feuilles du framboisier sont broutées avec avidité par les chèvres (Chaumeton).
Modes d'emploi et doses. Framboises. Les framboises fraîches écrasées dans l'eau donnent une tisane rafraîchissante; dans le Nord on appelle thé de framboises l'infusé de framboises sèches.
Vinaigre framboise. On prend :
Framboises récentes et mondées. ...«•.... 3000 p. Vinaigre blanc , 2U00 p.
252 FRAMBOISIER (emploi médical).
On fait macérer pendant dix jours, on passe sans expression et on filtre (Codex). Sert en pharmacie et dans la confiserie pour préparer un sirop de framboises. On le prescrit quelquefois en nature aux fébricitants ; il constitue, pris avec de l'eau sucrée, une boisson très-agréable.
Alcoolat de framboises ou Esprit de framboises. On prend :
Framboises mondées 3 p.
Alcool à 70° 1 p.
On verse l'alcool sur les framboises écrasées et, après vingt-quatre heures de contact, on distille une partie de liquide (Codex).
Suc de framboises. On fait séjourner les framboises écrasées pendant vingtquatre heures dans la cave, on exprime à travers un linge, on laisse séjourner le liquide jusqu'à clarification; on lui taitsubirun bouillon, on le filtre, puis on le verse dans des bouteilles, qu'on bouche avec soin, à la cire, et qu'on conserve en cave. Ce suc sert à la fabrication du sirop de framboises.
Sirop de framboises. On prend :
Suc (le framboises dépuré 1000 p.
Sucre 1750 p.
Froid il doit marquer i ,55 D. ou 56" B. (Codex).
La préparation se fait dans une bassine d'argent ou dans des vases de fer émaillé, ou encore au bain-marie dans un vase de verre ou de terre ; le cuivre a l'inconvénient de communiquer au sirop une saveur métallique désagréable. On chauffe jusqu'à ce que tout le sucre soit fondu, et quelquefois on donne encore un ou deux bouillons.
On substituera avec avantage au procédé du Codex le suivant; on prend :
Frambroiscs entières 6 kilogr.
Sucre grossièiement pulvérisé 6 kilo(;r.
On chauffe dans une bassine, en remuant constamment jusqu'à ce que le sirop bouillant marque 50" à l'aréomètre ; on passe au blanchet et on laisse le marc égoutter dessus.
On préfère quelquefois prendre 2/5 de framboises pour 1/3 de groseilles.
Sirop de vinaigre framboise. On prend :
Vinaigre framboise 8 p.
Sucre 13 p.
On fait dissoudre le sucre à chaud.
Ces deux sirops sont usités en pharmacie.
Les feuilles s'emploient en décoction, comme les feuilles de ronces, fraîches ou desséchées. L. 11ah>.
Bibliographie. — Théopiiraste. De hisforia plantarimi. Th. Gaza interp. Paris, 15'29. 2 vol. iii-8. — DioscoRiDE. Les six livres de la matière médicale... Lyon, 1559, p. 547 (iV' liv., cliap. xxx). — Mattiiiole (P. -A.). Comnientarii... in libros sex Pedacii Dioscoridis... de medica maleria. Lugduni, 1565, p. 556. — Pline. Histoire naturelle. Avec la traduction en français par Littré. Paris, 1«48-1850, 2 vol. gr. in-8° (t. I, p. 5!)5; t. II, p. 152). — Camekaiuus (Rod.-Jac). Pe rubo idœo. Dissert, inaug. (Resp. Th. 11. Surmay). Tubingse, 1721, in-4"'. -^ ScHCLZE (J.-H.). De rubo idœo officinali. Dissert, inaug. (Resp. Meyer). Halœ, 1744, in-4°. — Kalmids. Diss. om nijttan af Halloni Husliaallningen, p. 7. — Mcrray ^J.-A.). Apparatus medicaminiim... GoUingse, in-8°, t. III, p. 152, 1784.— Macquabt. krt. Framboisier. In Enajclopédie méthodique. Médecine, t. VI, p. 401,1793. — Peymlhe. Tabl. mi'th. d'un cours d'Itist. nat. mcd. ^'ouv. éd. Paris, 1804, p. 275. — Ratier. Art. Framboisier. In Dictionn. en 15 vol., t. YllI. — Chaumetox. Art. Framboisier. In Dictionn. en 60 vol., t. XYI, p. 675, 1816. — Spresgel. Geschichle der liotanik, Altenburg und Leipzig, 1817, t. I, p. 75. — Flore médicale, décrite par Chaumelon, etc., t. 111. Paris, 1850, gr. in-8°. — Mérat et de Le.ns.
FRiNGE (GÉoGRipnie). 255
Dictionnaire universel de matière, médicale. Poris, ISôi, t. VI, p. 151. — Bley. In Arch. de pharm., 2le R., Bd. CXXXII, p. 48. — I'rivat-Deschanelle et Yocihioy. Dictionnaire général des sciences. Paris, 1864, t. I, in-4°. — Belèze. Dictionnaire de la vie pratique , 5°édit. Paris, 1876, gr. in-8°. — Cazin. Plantes médic, 4» éd. Paris, 1876, gr. in-8». L. Un.
FRAHIBOISIÈRE (Nicolas-Abraham DE i\). On n'a que peu de de'tails biographiques sur ce médecin, qui occupa dans son temps une haute position, qui jouit d'une pratique fort étendue, et qui fut médecin du roi. On sait seulement qu'il était originaire de Guise, petite ville faisant partie aujourd'hui du département de l'Aisne, et que son père, Hector-Abraham Frambesarius, appartenait aussi à la profession et exerçait habilement la chirurgie. Guy-Patin cite le fils plusieurs fois avec honneur ; le témoignage du célèbre épislolier ne peut être suspecté de partialité, car il n'aimait guère les médecins issus d(^s universités provinciales, et La Framboisière avait été nourri dans le giron de l'école de Montpellier. De plus, il était de la secte chimique et usait immodérément de médicaments. Ce médecin mourut non loin de l'année 1640, laissant les ouvrages suivants, qu'on ne lit plus, qui ne sont pas recherchés, et qui ne sont que des compilations :
I. Opéra medica. Francofurti, 1629, in-4°. — II. Scholœ medicœ ad candilatorum examen, pro Laurcâ impetrandâ, subeundum. Parisiis, 1622, 1656, ia-12; Lugduiii Batavorum, 1628, iu-12. — III. Ambrosiopœa, in quel élégantes medicamentorum prœparationes ad morboriun curationem, cita, tuto et jucunde moUendam prœscribuntur. Parisiis, 1622, in-12 ; Lufrduni Batavorum, 1628, in-12. — IV. Canonum et consultationum medicinalium libri très. Parisiis, 1593, in-S" ; 1619, in-8°. — V. Description de la fontaine minérale depuis peu découverte au territoire de Rheims. Paris, 1600, in-8°. — VI. Ordonnance sur les pi-éparalions des médicaments, tant simples que composés, nouvellement réformées. Paris, 1815. in-4°. A. G.
FRAI\'CE. § I. Géographie. CHAPITRE PREMIER, ApERÇU GÉNÉRAL, COTES,
MERS. — Situation. La France est située dans l'hémisplière boréal, presque à l'ex- Irémité occidentale de l'ancien continent et de l'Europe ; elle a les pays germaniques au N. E. et à l'E., l'Italie au S.-E., les Iles Britanniques au N. 0. et l'Espagne au S. 0.
La France est limitée d'une part : Au N. E. par la Belgique, le Grand-Duché de Luxembourg, la Prusse et la Bavière rhénanes; à l'E. par le Grand-Duché de Bade (l'Alsace-Lorraine depuis la néfaste guerre impériale de 1870), la Suisse et l'Italie; au S. E. par la Méditerranée; d'autre part au N. 0. par la Manche; à rO. par l'Océan Atlantique, et au S. 0. par l'Espagne.
Forme et limites. La France, ainsi que nous l'avons dit en 1844 (Patria), a la forme d'un pentagone assez régulier; le côté méridional, le plus irrégulier de tous, considéré comme base, a ses deux extrémités à Nice et à Bayonne, à peu près sous le même parallèle. Les deux côtés latéraux situés à l'E. et à 10. présentent chacun une courbure rentrante, dont les points les plus rapprochés, à Genève et à La Rochelle, se trouvent à la même latitude; il en est de même pour leurs extrémités septentrionales, situées près de Strasbourg et de Brest. Les deux côtés septentrionaux regardent le N. E. et le N. 0., et se réunissent à Dunkerque, qui forme ainsi le sommet du pentagone; ce sommet, par suite de la régularité de celui-ci, se trouve à peu près sur le même méridien que Perpignan, qui est au milieu de la longueur de la base *.
1 M. E. Levasseur adopte pour la France la forme hexagone, en divisant en deux le côté méridional. M. Elisée Reclus lui attribue la forme octogone, en divisant en outre chacun des deux côtés latéraux, l'oriental à Genève et l'occidental à La Rochelle; chacun d'eux présente
254 FRANCE (géographie).
La nicritlienne de Paris (0'^), méridien d'origine pour la France, la sépare en deux moitiés symétriques à peu près égales : l'une orientale qui s'avance à 5" 11' 15" au pont Saint-Louis, près de Nice (à 5" 53' 58" à l'embouchure de la Lauter, au N.N. E. de Strasbourg) ; l'autre occidentale qui s'avance à 7° 7' 56" à la pointe de Corsen à l'O. de Brest (J'ile d'Ouessant s'avance jusqu'à 7" 28' 42" à la pointe de Pern).
Le quarante-septième parallèle boréal (47"), qui passe un peu au S. de Bourges, partage aussi la France en deux moitiés à peu près égales, mais non symétriques : Tune septentrionale qui monte jusqu'à 51° 5' 27" près de Dunkerque sur la plage de Ghyvelde (longitude 0" 11' 47" E.); l'autre méridionale, qui descend jusqu'à 42° 20' près de La Manère, à la Serre de la Bague de Bordeillat, sur la crête des Pyrénées-Orientales (longitude Û° H' 45" E.; altitude 1550 m.).
L'arrondissementdeSaint-Âmand-Montrond (Cher) occupe le centre de figure, et cette ville est située par 0" 10' 28" longitude E. et par 46° 45' 17" latitude N. (altitude 165 m. 5).
Dimensions et superficie. La plus grande longueur de la France du N, au S., de la plage de Ghyvelde à la Serre de la Bague de Bordeillat, est de 975 kilom. 300. La plus grande largeur de l'E. à l'O., de la crête des Vosges à l'E. de Lubine, près de Saint-Dié, au sémaphore de la pointe de Corsen, est de 888 kil. {elle est, à partir de l'embouchure delà Lauter, de 956 kil.). Deux diagonales tirées du confluent du Rhin et de la Lauter (longitude 5° 55' 58", lalitude48''58' 10") à l'extrémité de la vallée de Baigorry aux Aldudes (longitude 5° 46' 50" et latitude 45° 1' 15"), et de la pointe de Corsen (48° 24' 51") au pont Saint-Louis (45° 45' 45") au delà de Nice et de Menton, ont des longueurs plus grandes: 995 et 1082 kilomètres.
D'après M. Reclus, le développement des côtes, non compris les indentations moindres de 5 kil., est le suivant: Manche 1120'', Atlantique 1585'', Méditerranée 61 5''; total 5140''. Les limites continentales, non compris les courbes elles angles moindres de 5'', ont: Belgique 460'', Luxembourg 14'', Allemagne 320''. Suisse 596 Mtalie 41 OS Espagne 570 "; total 2580''. Circonférence totale de la France 5520''. — Le développement des côtes en ligne droite est : Manche 605'', Atlantique 605'', Méditerranée 590''; total 1600 ''. Les limites continentales en ligne droite ont: frontières du Nord-Est 440'', frontières de l'Est 525'', Espagne 420"; total 1585". Circonférence totale de la France 2985".
La superficie de la France est de 519,000 kil., et avec l'île de Corse de 528,573 kil. c. Avant la perte de l'Alsace-Lorraine, en 1871, elle était de 543,050 kil. c. ou 54,305,000 hectares. — Elle prend place au cinquième rang en Europe, après la Russie, la Suède-Norvége, l'Autriche-Hongrie et l'Empire d'Allemagne.
Division administrative. La France est divisée en 86 départements. Après la guerre d'Italie de 1859, l'annexion de la Savoie et du Comté de Nice en avait porté le nombre à 89; mais après la guerre avec l'Allemagne, en 1870, celui-ci a été ramené à 86 par le rapt de l'Alsace, moins Belfort, et du département dont Metz, ville si française, était le chef-lieu. Elle comprend aujourd'hui :
86 Départements. 362 Arrondissements. 2,865 Cantoks. 35,939 Communes.
alors lin angle rentrant dans son milieu, tandis que les autres angles sont saillanis. Ces deux points de vue ne changent rien à la remarquable symétrie que possédait la France eu 1870.
FRANCE (côtes, meus). 255
Côtes en général. Elles ont des directions très-variées et présentent, vues de la mer, des configurations diverses. Tantôt elles sont extrêmement sinueuses et découpées, comme en Bretagne et en Provence, et sur plusieurs points elles sont précédées par des iles plus ou moins rapprochées ([ui les garantissent en partie de l'action de la mer. Tantôt elles forment de grandes lignes droites ou courbes sans sinuosités prononcées, comme celles du golfe de Gascogne entre la Gironde et l'Adour, et aussi celles du golfe du Lion, entre le débouché oriental du Rhône et l'exlrémité des Pyrénées.
Elles sont formées tantôt par des coteaux dont les roches, à haute et quelquefois à basse mer, sont corrodées et minées par l'action des vagues, ce qui occasionne des éboulements plus ou moins considérables et fréquents : tantôt c'est par des plages basses sableuses d'atterrissemeut qui préservent des dégradai ions les coteaux qui sont alors plus ou moins éloignés; dans ce cas, il arrive souvent que l'action des vents dominants de la mer occasionne la ibrmation de cordons de dunes plus ou moins considérables, comme entre la frontière de Belgique et l'embouchure de la Somme, et sur la côte de l'Océan Atlantique à partir de l'embouchure de la Loire, surtout entre la Gironde et l'Adour.
Les côtes de France se divisent en côtes Atlantiques qui forment près de la moitié du périmètre total, au N. 0. et à l'O., et en côtes Méditerranéennes, qui forment moins d'un sixième de celui-ci au S.
Les côtes Atlantiques s'étendent depuis la frontière de Belgique, à l'E. de Dunkerquc, jusqu'à la frontière d'Espagne, à l'embouchure de la Bidassoa. Elles peuvent être divisées en quatre parties :
1° Celle, peu étendue, de la mer du Nord, ou golfe de la Meuse et de l'Escaut (et aussi de la Tamise), limitée par le Pas-de-Calais, et plus spécialement par le cap Gris-Nez.
2" Celles de la Manche, ou du golfe de la Seine, qui s'étendent jusqu'à l'extrémité de la Bretagne à la pointe de Corsen, et dont l'île d'Ouessant forme une avancée.
3<* Celles du golfe (très-peu excavé) de Bretagne ou de la Loire, qui arrivent jusqu'à la pointe de l'Aiguille, aux Sables-d'Olonne.
4" Celles du golfe de Gascogne, rectilignes de la Gironde à l'Adour et qui de là atteignent l'embouchure de la Bidassoa.
Les côtes Méditerranéennes s'étendent depuis la frontière d'Italie, au pont Saint-Louis, jusqu'à la frontière d'Espagne au cap Gerbera. Elles peuvent être divisées en deux parties :
5° Celles du golfe du Lion ou du Rhône, qui s'étendent depuis la frontière d'Espagne jusqu'au cap Sicié, au S. S. 0. de Toulon;
6" Celles du golfe de Gênes ou du Var, qui se poursuivent jusqu'à la frontière d'Italie.
1° Côte de la mer du Nord. Elle court de l'E. N. E. à l'O. S. 0 ; elle est droite et formée par une zone sableuse qui porte ordinairement un cordon de dunes peu élevées; en arrière se trouve la plaine basse d'alluvion de la Flandre, excepté au cap Blanc-Nez, formé par une colline crayeuse.
2° Côtes de la Manche. Celles-ci, orientées d'abord du N. au S., du cap Gris- Nez à l'embouchure de la Somme, prennent ensuite une direction un peu sinueuse du N. E. au S. 0., jusqu'à celle de la Seine. A partir du cap Blanc-Nez jusqu'au delà de Boulogne, elles sont formées par des coteaux de marnes et de calcaires jurassiques dont le pied est rongé parla n.er. Les dunes qui s'étaient
256 FRANCE (géographie).
déjà montrées autour de Wissant et d'Ambleteuse prennent un grand développement ensuite, au pied des coteaux crayeux; mais peu après l'embouchure de la Somme, à partir d'Ault, elles sent remplacées par les falaises crayeuses du pays de Caux, qui cessent seulement au cap de La Hève, près du Havre.
Entre les embouchures de la Seine et de la Vire, la côte est dirigée de l'E. à rO. avec diverses ondulations. Elle est souvent formée par des coteaux de marnes ou de calcaires appartenant aux différents étages du terrain jurassique ; ils sont rongés par la mer ou garantis contre elle par les rochers du Calvados. Les dunes ne s'y montrent guère que près de la Toucques, et entre la Dives et l'Orne.
Autour de la presqu'île du Cotentin, la côte court au N. un peu 0., de h Vire à la pointe de Barfleur, puis à l'O. de celle-ci à la pointe de la Ilague, enfin au S. un peu E., de celle-ci à l'embonchure du Couesnon. Les grandes plages sableuses de l'embouchure de la Vire, placées au devant de coteaux jurassiques, diminuent rapidement jusqu'à Saint-Waast où commencent les coteaux et les falaises d'abord primitives, mais bientôt formées par les schistes de transition, interrompus çà et là par quelques prairies et petites dunes, notamment sur la côte occidentale, à Vauville, etc. De la pointe de Carteret à celles de Granville et de CaroUe, toutes trois rongées par la mer, il y a une bande non interrompue de basses dunes qui viennent aboutir aux grandes plages et aux prairies de la Sélune et du Couesnon, au milieu desquelles se trouvent les collines isolées du mont Saint-i\lichel et de Tombelaine, et qui renferment les salines d'Ardavon et de Beauvoir. En avant de cette côte vei^ l'O. se trouvent les îles anglaises, Aurigny, Guernesey, Scrcq et Jersey, qui devraient appartenir à la France; plus au S. il V a le plateau des Minquiers et les îles Chaussey.
La côte septentrionale de la Bretagne, formée presque partout par les terrains primitifs, court de l'E. à l'O., du Couesnon à Saint-Brieuc, au N. 0. jusqu'à l'île de Brébat et enfin à l'O. S. 0. jusqu'à l'îlot d'Iock et l'île d'Ouess:int; elle offre diverses sinuosités dont les trois principales sont les baies de Cancale, de Saint- Brieuc et de LanuioM. Elle commence par les prairies de Dol qui s'avancent non loin de Cancale, puis devient très-sinueuse et formée par des coteaux plus ou moins élevés souvent corrodés par la mer, et au devant desquels souvent aussi se trouvent de petits îlots et des récifs sous-marins. A partir de l'île de Batz, il y a des coteaux à pentes plus douces, et des dunes précédées ou non de prairies, à l'O. de Saint-Pol de Léon, de Plouescat, et au N. E. de Ploudalmézeau.
3° Côtes du golfe de Bretagne. Formées presque partout parles terrains primitifs, elles sont très- sinueuses et ont une direction moyenne du N. N. E. au S. S. 0, de la pointe de Corsen et de l'île d'Ouessant à la pointe de Penmarcli, et du N. 0. au S. E., de celle-ci à la pointe de l'Aiguille, devant les Sablesd'Olonne. Les principales sinuosités sont: la baie de Douarnenez, prolongée au N. par les îles d'Ouessant et au S. par la chaussée de Seins, et qui a pour appendice intérieur la rade de Brest; la baie d'Audierne au S. de la chaussée de Seins; la baie de La Forest protégée par les îles de Glenans ; la baie de Quiberon, formée par la presqu'île de ce nom, protégée par Belle-Isle et les îles d'Houatet d'Hoédic, et qui a pour appendice intérieur le Morbihan ; l'embouchure de la Vilaine, en avant de laquelle se trouvent aussi les deux dernières îles ; enfin la baie de Bourgneuf protégée par l'île de Noirmoutiers, et dont l'embouchure delà Loire est un prolongement intérieur ; l'île d'Yen est située en avant, au S. E.
A partir de la pointe de Corsen, les coteaux se terminent par des falaises corrodées par la nier, mais autour de la pointe de Penmarch les pentes, devenues
FRANCE (côtes, mers). 257
douces, sont prolongées par des plages sableuses portant de basses dunes, comme aussi au fond de l'anse de BénoJet. Les coteaux à pentes douces se conlinuent jusqu'à la Vilùne, en présentant des dunes près de l'île Raguenès, de Port-Louis à la presqu'île de Quibcron, dont elles forment la côle occidentale. Entre la Vilaine et la Loire, la côte est presque toujours escarpée; mais entre la crête du Croisic et Guerrande il y a une plaine sal)leuse occupée par des salines et portant des dunes à ses deux extrémités.
De l'embouchure de la Loire à la pomte de l'Aiguille, la côte ne présente des escarperaculs qu'entre la pointe de S;iinl-Gildas et les Moi'tiers ; au N. il y a même des dunes jusqu'au fort Mindin. Au S. E. commencent les plages basses, avec marais salants de Bourgncuf, Bouin et Beauvoir. Les dunes qui forment la côte extérieure sud-ouest de Noirmoutiers se continuent à partir de la passe de Fromenline, presque sans interruptions; elles prennent quelquefois un grand développement, cotnme au S. E. de Saint-Jean-dc-Mont et au devant de l'Aiguilion-sur-Vie, où la bande prend 5 et 8 kil. de largeur, sans toutefois acquérir des hauteurs dépassant 28'". La côte nord-est iniérieure de l'île d'Yeu possède aussi des dunes peu élevées.
4° Côtes du golfe de Gascogne. De la pointe de l'Aiguille à l'embouchure de la Bidassoa, elles présentent deux parties essentiellement distinctes, séparées par la Gironde.
La partie septentrionale, dirigée du N. 0. au S. E. et formée par les diverses assises, souvent calcaires, des terrains jurassiques et crétacés, possède des contours extrêmement sinueux. Les deux grandes îles de Ré et d'Oleron, placées au devant, occasionnent deuv golfes appelés Pertuis-Breton et Pertuis-d'Antioche; ce dernier reçoit dans un prolongement méridional la Charente, entre les deux petites îles d'Aix cl Madame, puis la Seudre, après laquelle il communique avec l'Océan |jar la passe de Manmussou.
A partir de la pointe de l'Aiguille, les dunes forment une zone d'abord au pied des coteaux jusqu'à Saint-Vincent du Jard, puis en avant des grands marais du Lay et de la Sèvre-Niortaise, où elles occupent l;i pointe de la Boche et celle de l'Aiguillon-sur-Mer. En arrière de l'île de Ré, la côte est formée par des parties avancées corrodées par la mer, et des parties rentrantes au fond desquelles se trouvent des cordons de basses dunes, autour d'Angoulin. En arrière de l'île d'Oleron se trouvent quelques coteaux et les vastes marais de la Charente et de la Seudre, bordés de marais salants autour de Brouage et de Marenues, entre ces deux rivières.
Les îles de Ré et d'Oleron ont leur côte sud-ouest extérieure bordée par un cordon de basses dunes, adossé à de très-bas coteaux et à de grands marais salants aux deux extrémités. Les dunes, qui occupent en entier la pointe méridionale de l'île d'Oleron, forment entre la Seudre et l'entrée de la Gironde le massif considérable de la côte d'Arvert, dont le point culminant atteint 62 mètres à l'O. de la Tremblade. Celui-ci se prolonge jusque non loin de Royan. Au delà, sur la Gironde, la côte qui court généralement du N. 0. au S. E. présente une série de caps rocheux escarpés et d'anses [couches) basses et sableuses ; par suite de l'influence prolongée des vents d'ouest, l'angle S. E. de chacune de ces anses est occupé par un espace couvert de sable, d'autant plus étendu que l'anse est plus large. Ce sable est disposé en collines coniques amoncelées atteignant 51 mètres à Méchers.
La partie méridionale au S. de la Gironde, jusqu'à Biarritz, un peu au S. de DICT. ENC. 4' s. lY. 17
258 FRANCE (géographie).
l'Adour, est exclusivement formée par des dunes, les plus considérables des côtes de France et probablement de toute l'Europe, sur lesquelles quelques détails ne seront pas sans intérêt.
Sur les côtes des mers sujettes aux marées, lorsque la plage est faiblement inclinée, que le fond est de sable fin, que les vents dominants viennent du large, le sable se dessècbe a marée basse et peut être chassé dans l'inlérieur. il forme ainsi des collines appelées dunes, qui ont une pente douce faisant face au vent et une pente opposée plus rapide, et qui continuent à cheminer indéfiniment, si un tapis végétal, soit naturel, soit dû à la main de l'homme, ne vient leur donner de la fixité. Le vent agissant sur toutes les dunes à la fois, leur ensemble se trouve en peu de temps avancer d'une certaine quantité vers les terres, tandis qu'en avant il s'est formé de nouveaux monticules aux dépens des sables fraîchement apportés par la mer.
Si la côte est basse sur une grande longueur, comme le long du golfe de Gascogne, de l'embouchure de la Gironde jusqu'après celle de l'Adour, le sable est poussé avec facilité dans l'intérieur, et il se produit des dunes allongées parallèlement à la côte ; leur hauteur, qui varie habituellement de 6 à 20 mèh'es, atteint souvent de 60 à 80 mètres et même jusqu'à 87 mètres, comme près de la Teste-de-Buch.
Ces dîmes, disait Thore, il y a plus d'un demi-siècle, sont tantôt dispersées en chaînes suivies et régulières, tantôt elles forment des plateaux d'une grande étendue, tantôt enfin elles sont isolées les unes des autres, et laissent entre elles des vallons qui ont reçu le nom de lèdes et qui ont quelquefois de 6 à 8 kilomètres d'étendue sans interruption. Chaque année l'Océan dépose sur les côtes une quantité de sable que Brémontier évalue à 1,245,400 mètres cubes, pour toute la longueur de 255,500 mètres depuis la pointe de Grave jusqu'à l'embouchure de l'Adour.
Rarement, comme l'observe Brémontier, les dunes restent dans le même état pendant longtemps ; tantôt leur sommet s'élève, tantôt il s'abaisse, tantôt elles se réunissent, tantôt elles se séparent, et de nouveaux vallons se forment, tandis que d' iutrcs se remplissent, le tout au gré des vents d'ouest ou du nord-ouesl dont ailles semblent le jouet.
Toute cette masse énorme marche tout à la fois pendant un ouragan, et elle enterre insensiblement des champs cultivés, des établissements précieux, des villages, des forêts, enfin tout ce qu'elle trouve à sa rencontre, mais sans rien détruire, et pour ainsi dire sans rien offenser. Les feuilles mêmes des arbres ne sont pas changées de position. Il n'est rien de si commun, en effet, que de voir, à La Teste, Mimizan et Vielle, des pins dont les branches du sommet forment, au moment de disparaître pour toujours, une espèce de petite forêt naissante, tandis que le tronc est enfoncé de 20 à 50 mètres dans les sables.
Ces dunes, en avançant dans l'intérieur, forcent les eaux pluviales à former des étangs, le long de la plaine des landes, étangs qui envahissent aussi les villages, refoulés qu'ils sont eux-mêmes par les dunes. Sur quelques points, la marche des dunes atteint momentanément jusqu'à 25 mètres par année, mais c'est une exception, et la marche moyenne de la bande de dunes n'est guère de plus de 1 mètre par année. Sur presque tous les points déjà on est parvenu à les arrêter, à les fixer au moyen de semis de pins, genêts et gourbets, Psamma [Arundo) arenaria.
Malgré le peu de solidité et de stabilité apparente de la côte au S. de la
FRANCE (côtes, mers). 259
Gironde, nous pensons qu'à part l'accroissement dos dunes elle n'a pas subi, pendant les temps historiques, d'aussi grands changements qu'on est généralement porté à le croire. Pour s'en convaincre, il faut, dit E. de Beaumont, remarquer combien la ligne de la côte bordée par les dunes est peu ondulée ; elle s'étend entre deux points fixes. A l'extrémité septentrionale, près de la Pointede-Grave se trouve la tour de Cordouan, bâtie sur des l'ochers, et en face les falaises de Royan, formées de rochers rongés lentement par la mer. A l'extrémité méridionale se trouvent les falaises de Biarritz, dont le front n'éprouve luimême que peu de déplacements. La plage que bordent les dunes entre ces deux points invariables étant sensiblement rectiligne, et se trouvant à peu près sur la ligne d'intersection du plan prolongé de la surface des landes avec la surface de la mer, il est clair que ce doit être à peu près là sa disposition originaire. A la vérité, dans la partie septentrionale, oiî elle se recourbe vers la Pointe-de-Grave, la ligne de la plage a reculé, et elle est maintenant plus éloignée des rochers de la tour de Cordouan qu'elle ne l'était il y a quelques siècles ; mais ces observations ne s'appliquent pas à la totalité de la côte des landes. Les dunes qui bordent sont donc à peu près dans la position où le phénomène a dû commencer.
Sur une petite longueur, de Biarritz à la Bidassoa, la côte court au S. 0. et présente des falaises rapides, formées par les terrains nummulitiques et crétacés ; elles sont rongées à leur pied par la mer.
5" Côtes du golfe du Lion. D'abord dirigées au N. 0., elles sont formées par les dernières pentes du terrain primitif des Pyrénées et rongées par la mer, du cap Cerbère jusqu'au delà de ColliotU'e. Elles courent ensuite vers le N. jusqu'à la Nouvelle, et, avec quelques ondulations, à l'E. N. E. jusqu'à Aigues-Morfes. Devenant ensuite très-sinueuses, elles prennent une direction moyenne à l'E. S. E., jusqu'au cap Sicié.
Entre Collioure et la Nouvelle, la côte est formée par les plaines sableuses du Tech, du Têt et de l'Agly, comprenant à une faible distance l'étang de Canet et Saint-Nazaire, lequel est suivi par le grand étang de Leucate et de Salées, et celui plus petit de Lapalnie, près desquels se trouvent divers coteaux.
Après la Nouvelle et l'entrée de l'étang de Sigean et de Bages, que quelques collines séparent de celui de Gruissan, vient le petit massif montueux crétacé de la Clape qui atteint 214 mètres, et au devant duquel se trouve une simple plao-e sableuse qui est en continuité avec les plaines de l'Aude et de l'Orb, entre lesquels se trouve l'étang de Yendres. Après l'Hérault, la plaine renferme la colline volcanique d'Agde, qui atteint 115 mètres, puis le grand étang de Thau, qui est le commencement d'une chauie dont les anneaux sont ceux d'Ingril, de Vie de Peyreblanque, de l'Arnel, du Prévost, de Pérols, et enfin le grand étan^ de Mauguio ou de l'Or. Tous limités au N. 0. par des plaines d'alluvions et des coteaux jurassiques et tertiaires, ils sont séparés de la mer par une bande sableuse de 1/2 à 2 kilomètres de largeur, formée aux dépens des alluvions du Pdiône renfermant la colline jurassique de Cette, qui atteint 1 80 mètres, et portant des dunes de quelques mètres seulement près d'Agde et de Pérols.
Après le canal d'Aigues-Mortes viennent la plaine et l'île d'alluvion de la Camargue, dont la côte présente deux avancées aux débouchés des deux bras principaux du Bhône ; l'intérieur renferme un grand nombre d'étangs, dont le principal est celui de Valcarès, qui sont séparés de la mer par des langues sableuses portant çà et là de petits cordons de dunes. L'étang de Ferre est un vallon intérieur relié à la mer par le chenal des Martigues et du port de Bouc; il est entoui-é de
260 FRANCE (GÉoGP,ArniE).
collines de 100 à 200 mètres, le plus souvent tertiaires, qui viennent former le cap Couronne et le pied de la petite chaîne jurassique et crétacée de l'Estaque, jusqu'à la petite plaine de Marseille. Du cap Croisette, entouré par une demidouzaine d'îlots escarpés, la côte, jusqu'au cap Sicié, est formée par les pentes abruptes des basses montagnes, crétacées, jurassiques et enfin primitives, excepté au fond des petites baies de Cassis, de la Ciotat, de Bandol et de Saint-Nazaiie, cette dernière protégée par l'île d'En)bies.
6° Côtes du golfe de Gênes. Elles courent à l'E. N. E., du cap Sicié à la frontière d'Italie, et sent accidentées par un grand nombre de parties à pentes ordinairement rapides et escarpées, les unes saillantes, les autres rentrantes, formant des baies ou rades. Sur deux points se trouvent des groupes d'îles : celles d'Hyères, primitives, au nombre de (rois principales, couvrant la rade d'Hyères, et celles de Lérins, crétacées, qui abintent les golfes de la Napoule et Jouan, près de Cannes.
Le cap Sicié primitif est relié, vers l'E., par une plage sableuse, à la colline du capCépet,quiprotègela rade de Toulon, et qui est formée par le teirain triasique; la presqu'île de Giens,à l'E., est formée par une colline primitive (quatrième île d'Hyères], rattachée par deux plages sableuses enfermant entre elles l'étang du Pesquier, et dont l'une se continue jusqu'après l'étang des Salins. Les pentes "•ranitiqiies des Maures sont plus douces à Saint-Tropez et autour du golfe de Grimaud, jusqu'à la plaine sableuse de l'Argens. Les coteaux, surtout porphyriques, deviennent bas avant Cannes et se poursuivent ainsi jusqu'à Nice; mais les basses pentes des Alpes françaises, formées par les calcaires crétacés, sont escarpées autour de Yillefranche et de Monaco.
7" Côtes de la Corse. La côte occidentale est très-sinueuse et bordée par des montagnes abruptes, formées par les terrains primitifs. La côte orientale est moins sinueuse ; elle offre une plauie d'alluvions sableuses assez étroite, limitée par des collines le plus souvent crétacées ou tertiaires.
Mers en général. Le relief du fond, au moins jusqu'à une certaine distance des côtes, ne ressemble nullement à celui du sol découvert ; on n'y retrouve aucune de ces grandes vallées, aucun de ces vallons ou ravins débouchant les uns dans les autres, à pentes souvent assez rapides, qui sillonnent les plaines et les plateaux adjacents, et à plus iorte raison les montagnes. Le sol sousmarin n'offre que de grandes surfaces presque unies, descendant en pente extrêmement douce, de la côte vers l'intérieur de l'Océan, et présentant de "randes ondulations semblables à celles de la surface des terrains tertiaires, surtout lorsque, sans avon- éprouvé de bouleversements, ceux-ci ont été émergés par suite d'une élévation générale de tout le pays qui les contient, comme, par exemple, celui de la plaine adjacente des Landes, abstraction ûiite même des légers vallons qui la sillonnent ; les pentes vers la pleine mer sont comparables à celles de cette surface, et, comme elles, insensibles à l'œil même exercé, car beaucoup sont encore moins fortes que celles qui sont tolérées sur les chemins
de fer.
Les marins qui se meuvent à la surface de la mer avec autant de facilité que de rapidité sont généralement portés à s'exagérer beaucoup la rapidité des pentes du fond : aussi décorent-ils du nom de saut, qui semblerait indiquer des escarpements verticaux ou des pentes très-rapides, des parties qui, si elles étaient émergées, seraient considérées comme des pentes douces. En effet, leur inclinaison n'est pas égale souvent à celle qui est tolérée en
FRANCE (côtes, mers). 9,61
France sur les grandes roules de première classe, dans les pays non montagneux.
L'Europe occidentale, y compris les îles Britanniques, est bordée par une terrasse sous-marine, à pente très-douce vers le large, dont le bord est à environ 200 mètres de profondeur. Celui-ci part de la côte de Norvège, passe à une certaine distance de l'Ecosse, des îles Hébrides et de l'Irlande, forme une saillie considérable au devant du canal de Saint-Georges et de la Mancbe ; puis il se rapproche graduellement de la côte jusqu'au fond du golfe de Gascogne; la terrasse n'a plus qu'une faible largeur au devant de l'Espagne et du Portugal, jusqu'au devant du détroit de Gibraltar, où sa largeur augmente de nouveau.
Au devant des côtes de France, les allures de la terrasse sont les suivantes :
1° Mer du JSord. Le sol va ens'abaissant, de 51" de latitude, par une pente très-douce, de manière à n'atteindre 50 mètres de profondeur que par 54° sur le parallèle d'York, et 100 mètres que par 58" sur le parallèle de la côte méridionale de Norvège.
2° Manche. Le Pas-de-Calais a une profondeur de 50 mètres, qui est augmentée dans la partie médiane par une dépression allongée du N. N. E. au S. S. 0., et qui est accompagnée de divers bancs élevés ayant des directions analogues. A 75 kilomètres au S. 0. du détroit, la Manche éprouve un approfondissement qui, en prenant de la largeur, s'appi'oche beaucoup de l'extrémité du Cotentin, et, après avoir contourné les îles Anglaises, surtout de la côte de Bretagne, à l'O. de l'île de Brébat. La courbe de 100 mètres qui passe très-près de l'ile d'Ouessant pénètre peu dans la Manche, entre cette île et l'extrémité du Cornouailles. Au delà le sol s'abaisse si doucement que la courbe de 200 mètres ne se rencontre qu'à 6 degrés et demi plus à 10.
Dans le prolongement se trouvent, par 11 et 1 2" de longitude 0., les bancs de la Petite Sole, qui sont des protubérances du bord du plateau.
0" Océan Atlantique. Autour de nos côtes, le fond s'incline en pente trèsdouce, puis à une certaine distance on rencontre une chute brusque ; il existe une terrasse sous-marine qui s'étend à l'O de la France ; et la courbe horizontale qui est à la profondeur de 200 mètres en marque à peu près la limite. A 480 kilomètres d'Ouessant, elle s'allonge en formant un vaste cap sous-marin qui se trouve à la fois sur les prolongements du Finistère, du Cornouailles et de l'Irlande ; de là elle se continue vers le S. E. en restant presque parallèle à la côte de Bretagne et de Vendée dont elle est éloignée d'environ 1 50 kilomètres à partir de 45 degrés de latitude. Elle se rapproche rapidement du rivage lorsqu'on descend au S., de manière à en être très-voisine à la fosse de Capbrclon et dans le sud du golfe de Gascogne jusqu'au devant de la Bidassoa, api^ès laquelle elle est rapprochée encore davantage de la côte d'Espagne.
A 10. de la terrasse, la sonde accuse de suite de grandes profondeurs, car les pentes paraissent s'abaisser à plus de 4000 mètres de profondeur. Des bancs assez nombreux s'élèvent sur la terrasse elle-même ; les plus étendus se trouvent au N. 0. du Finistère et particulièrement autour de la Grande Sole. Il y en a aussi le long des côtes et autour des îles ; celui qu'on nomme le Pont-d'Yeu réunit sous l'Océan l'île d'Yen à la terre ferme.
Sur la carte lithologiqite des mers de France, par M. Delesse, la courbe de 200 mètres, suivie de près par toutes les autres jusqu'à 4,000 mètres, court parallèlement à la côte de Bretagne à 150 kilomètres de distance et se rapproche
262 FRANCE (géographie).
ensuite beaucoup plus de la côte d'Espagne. La courbe de 4,000 mètres est par rapport à ces dernières à 210 et à 110 kilomètres de la côte.
La côte du golfe de Gascogne, des Sables-d'Olonne à la trontière d'Espagne, se divise, au premier aperçu, en deux parties bien distinctes : l'une, au N. de la Gironde, dont le contour est très-sinueux, et au devant de laquelle le fond accidenté se relève pour former les deux îles de Ré et d'Oleron, et les deux îlots dits ïîle d'Aix et Yïle Madame ; l'autre, au S., qui est presque complètement rectiligne, à l'exception d'une sinuosité à ouverture très-étroite, le bassin d'Arcachon, et dont le fond, d'après les sondages inscrits sur les cartes marines, va ea s'abaissant continuellement, à partir de la côte, vers la pleine mer ; toutefois, dans la partie septentrionale, à une certaine distance de la côte, en dehors des îles, le fond se comporte de la même manière.
Au devant de la partie septentrionale, les îles de Ré et d'Oleron occasionnent deux golfes, désignés sous le nom de Pertuis, qui communiquent à leu*' fond, soit l'un avec l'autre, soit avec la grande mer, par suite de la direction suivant laquelle les îles sont allongées. Chacun de ces golfes ou pertuis présente les caractèi'es particuliers aux embouchures des fleuves : ce sont des dépressions séparées de la haute mer ou les unes des autres par des barrages élevés, de véritables barres, en un mot.
En avant de la côte du département de la Vendée, puis des Pertuis, et enfin de tout le reste de la côte, de la passe de Maumusson et l'embouchure de la Gironde jusqu'à celle de l'Adour, le fond de l'Atlantique est une surface très-légèrement ondulée et inclinée vers le large, limitée par une pente plus rapide, qui en forme ainsi une véritable terrasse, au delà de laquelle se trouvent des profondeurs encore insondées. Cette ten-asse sous-marine, d'une largeur de 160 kilomètres, à partir de la Vendée, jusque sous le parallèle de Cordouan, à l'embouchure de la Gironde, se rétrécit ensuite graduellement vers le S., de manière à n'avoir plus que 60 kilomètres sous le parallèle de la Teste-de-Buch, et moins de 50 seulement à partir de Capbreton, bien avant d'atteindre la chaîne des Pyrénées; sa pente devient en même temps moins douce. L'uniformité et la régularité de lu terrasse sous-rnarine sont cependant dérangées par deux accidents :
L'un est le Plateau de Roche-Bonne, situé sur le parallèle de l'Ile de Ré, à 70 kilomètres du phare des Baleines; le sol qui, dans les alentours, est recouvei-t par 48 à 54 m. d'eau, n'y est plus qu'à la profondeur de 45 et même de 35 mètres, et sur deux points il s'en élève des rochers qui ne sont qu'à 7 et 5 mètres du niveau moyen. Roche-Bonne est un des écueils les plus dangereux des côtes occidentales de France ; heureusement le plateau brise presque toujours quand la mer est grosse.
L'autre accident, très-extraordinaire, est désigné sous le nom de Fosse de Capbreton; c'est une dépression qui atteint la profondeur très-considérable de 577 mètres et qui est perpendiculaire à la côte, au débouché du ruisseau de Saint-Vincent et au point où celle-ci s'infléchit un peu plus vers l'Ouest. C'est aussi là que la large terrasse dont nous avons parlé se termine et est remplacée par une pente plus rapide et d'une largeur à peu près uniforme, jusque fort loin sur la côte d'Espagne. On n'aperçoit pas lamoindre indication de cette fosse sur la plage, même dans les plus basses marées ; mais elle commence non loin, car à 400 mètres elle a déjà 16 mètres; à 4800 mètres, où est son maximum de profondeur, elle a 577 mètres, la terrasse, tant au N. qu'au S., n'étant qu'à une profondeur de 40 à 45 mètres ; de là son fond se relève, et à 55 kil. de la côte,
FRANCE (orographie). 265
par une profondeur de 150 à 145 mètres, le fond de la mer n'en présente plus la moindre trace. Ce véritable chenal présente sur ses deux bords quelques roches, à une grande profondeur encore ; sa largeur n'est pas d'un kilomètre au point le plus profond, mais il va ensuite en s'élargissant assez rapidement. De la côte au point le plus profond, \a pente est égale aux pentes raaxima des grandes routes dans les Alpes. Quant aux pentes latérales, leur rapidité est comparable à celle des pentes terrestres, puisque, d'après la profondeur et Técartement supérieur des bords, elle est au moins de 54".
4° Mer Méditerranée. C'est une vaste dépression séparant l'Europe de l'Afrique et reliée à l'Océan par le détroit de Gibraltar, dont la profondeur maximum ne dépasse pas 596'". Le bassin occidental limité cà l'Est par la Sicile atteint sa plus grande profondeur, qui dépasse 2500 mètres, entre la Corse et la Sardaigne, les îles Baléares et la côte d'Algérie. L'approfondissement à partir de la côte de France est beaucoup plus rapide dans le golfe de Gènes que dans celui du Lion.
La courbe de 100 mètres, suivie de très-près par celle de 200 mètres, est Irèsrapprochée de la côte de Provence, excepté au devant des iles d'Hyères qu'elles enceignent ; mais à partir du cap Sicié elles s'écartent dans le golfe du Lion jusqu'à 55 et 75 kilomètres au devant de Cette, d'où elles vont en se rapprochant de la côte d'Espagne, de manière à n'en être plus éloignées que de 7 kilomètres au cap Creuss. La courbe de 1000 mètres qui est à 60 kilom. de la côte, sur le méridien de Nice, se rapprocbe à 20 kilom. des îles d'Hyères et à
50 kilom. du cap Sicié ; elle s'écarte à 100 kilom. au large de Cette, pour ne
plus se trouver qu'à 55 kilom. du cap Creuss. Elle court ainsi presque en
ligne droite, sans suivre les inflexions de la côte.
Corse. Devant la côte occidentale, le sol s'abaisse très-rapidement, excepté
entre le golfe de Valinco et les bouches de Boniflicio où la pente est plus douce,
comme sur une grande partie de la côte orientale.
Chapitre II. Orographie. 1" Régions naturelles. Aperçu général. A l'exception de la Russie et de la Scandinavie, aucune contrée étendue de l'Europe ne possède une grande uniformité au point de vue de la configuration du sol et de son élévation au-dessus du niveau de la mer, non plus que par rapport à la nature minérale de celui-ci; elle offre le plus souvent, au contraire, de grandes différences, suivant les points examinés.
La France, vue à vol d'oiseau, telle que la montrait dans la salle des États, à l'Exposition géographique internationale de 1875, et dans la galerie de l'École militaire, à l'Exposition universelle de 1878, l'assemblage des 274 feuilles de la carte de l'État-Major à 1/80, OOOs et telle que la fait voir avec beaucoup plus de perfection qu'aucune autre la carte en relief de M. E. Levasseur et de Mlle C. Kleinhans à 1/1,000,000". offre tout d'abord une surface inclinée de l'E. S. E. à rO. N. 0., c'est-à-dire de la cime des Alpes à l'extrémité de la Bretagne. Au S. E. d'une ligne assez perpendiculaire et un peu courbe, partant du confluent de la Lauter et du Rhin, passant par Lunéville, Cliaumont, Avallon, Confolens, et aboutissant à l'embouchure de la Bidassoa, se trouvent les parties élevées, jusqu'à plus de 4800 mètres, tandis qu'au N. 0. il n'y a pas une sommité atteignant 500 mètres.
Tous les points du sol français sont ainsi situés à des altitudes variant de 0 à 4810 mètres, altitude du Mont-Blanc, qui est aussi le point culminant de l'Eu-
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rope; et c'est au S. E. de la ligne précitée que se trouvent les vingt-sept villes
dont l'altitude est supérieure à 500 nièlres.
Platead central.
Ussel 6:^9,9
Mauriac 698,4
Aurillac 6-2.», 0
Saint-Flour 843,4
Marvéjols 640,0
Mende. .... ... 739,5
Florac 385,0
Rodez 633,4
Pyrénées.
Eagnères de-Bigorre.
Jdrà.
Baume-les Dames .
Pontarlier ....
Gex
Plateac central.
Châleau-Cliinon
Saint-Eiienue
Yssengeaux
Le Puy
Anibert
Murât
Alpes.
St-Jean-de-Maurienne. . 373,0
Briançon 1321,4
Emhrun 870,?
Gap 750,?
Barcelonnelte 1133,5
Castellano 725,0
Kigiie 618,0
Sisleron 577,9
Forcalquier 530, 3
Un examen plus détaillé fait voir que le système orographique de la France se compose d'un haut massif demi-circulaire, allongé du N. N. E. au S. S. 0., atteignant 4810 mètres, les Alpes, qui foraient l'angle S. E. ; elles se prolongent au S. 0. jusqu'à la mer Méditerranée en un plateau plus bas, très-accidenté, la Provence, dont le bord maritime est formé par le petit chaînon des Maures çX de VEsterel. Au nord des Alpes, s'y rattache une chaîne allongée du S. 0. au N. E., le Jura, dont la hauteur dépasse peu le tiers de celle des Alpes. Ces deux massifs séparent la France de l'Italie et de la Suisse.
En avant et au pied se trouve une suite de plaines basses qui isolent entièrement cet ensemble du reste des parties élevées de la France. Elle est successivement formée par l'Alsace, la trouée de Belfort, les basses collines de la Franche-Comté, \a. Bresse, et la plaine plus étroite du Rhône jusqu'à celles de ia Crau et de la Camargue, qui s'ouvrent largement à la Méditerranée. C'est un véritable fossé à double pente, dans lequel descendent, et par lequel s'écoulent les cours d'eau qui naissent surtout dans le groupe montagneux précédent : le Rhin vers le Nord par l'Alsace, le Doubs vers le S. 0. , la Saône et le Rhône vers le S., par la Bresse et la vallée du Rhône, qui s'élargit beaucoup, atteignent la Méditerranée. Les parties élevées de ce fossé, qui atteint 54-4 mètres d'altitude à Valdieu près de Belfort, renferment le canal du Rhône au Rhin. Ce fossé a ses parties les plus déclives aux altitudes suivantes :
Le Rhin au confluent de la Lauter 107°'
Le Rhin au pont de Kehl 138
L'III à Mulhouse 24')
Le Canal à VaMieu 54i
Le Doubs au bas de Montbéliard 317
Le Doubs à Besançon 240?
Le Doubs à Verdun (Saône) l'3°
La Saône à Lyon (Rliônr)
Le Uhône au confluent de l'Isère. . . . le Rhône au confluent de la Drôme . . Le Rhône au confluent de la Duiance. . Le Rhône à son embouchure
A l'Ouest se trouvent de nouveaux massifs montueux, mais d'une élévation moins grande ; au Nord une petite portion d'un plateau belge, VArdenne, au travers duquel la Meuse quitte la France; dans le N.-O. la chaîne des Vosges allongée du N. un peu E. au S. un peu 0., dont la hauteur n'atteint pas le tiers de celle des Alpes. Depuis 1871 elle limite la France du côté de l'Allemagne. C'est, on peut dire, le bord oriental et relevé d'un grand plateau formé par la Lorraine et la Bourgogne; celui-ci, qui déborde au N. jusqu'à l'Alsace, est traversé par la Moselle et la Meurthe dans leur descente au Rhin ; au S. E. le bord forme une terrasse qui limite la plaine de la Saône et qui, à partir des hautes Vosges, porte successivement les noms de monts F'aucilles, plateau de Langres et Côte-d'Or; elle se rattache à une avancée du Plateau central vers le
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N., le Morvan. C'est dans ce bord que naissent la Meuse, qui va rejoindre la plaine du Rhin, et les diverses rivières qui, entre l'Ornain et l'Yonne, se réunissent pour former la Seine.
Au S. 0. s'y rattache un grand massif de forme triangulaire, le Plateau central situé à rO. du massif alpin, portant dans la partie orientale divers petits groupes montagneux qui dépassent peu le tiers de la hauteur des Alpes ; il est moins élevé dans sa partie occidentale et se prolonge beaucoup par son extrémité méridionale. De ses parties orientale et septentrionale descendent la Loire et tous ses affluents jusqu'à la Vienne. Dans la partie S. 0. naissent tous les affluents de la Gironde, de l'Agout à l'isle ; les uns comme les autres atteignent l'Océan Atlantique. Dans sa partie méridionale, il renferme un petit plateau de nature calcaire, les Causses, et à son pied S. E. se trouve le plateau accidenté du Languedoc méditerranéen qui s'étend souvent jusqu'à la mer ou aux étangs qui la bordent.
A son extrémité méridionale le Plateau central est séparé delà chahre des P?/ renées par ime dépression, dont le point le plus bas est le col de Naurouse, qui livre passage au canal du Midi. La chaîne, allongée de l'E. S. E. à l'O. N. 0., a une hauteur qui dépasse un peu les deux tiers de celle des Alpes. Elle s'étend de la Méditerranée au golfe de Gascogne, séparant ainsi la France de l'Espagne. Des Pyrénées descendent, de la partie orientale, la Têt et l'Aude, qui se rendent à la Méditerranée, ainsi que le font les cours d'eau du versant méiidional par l'intermédiaire de l'Èbre. Au delà de l'Aude, sur le versant français descendent, au golfe de Gascogne, l'Ariége et la Garonne, et plus à l'Ouest, l'Adour et ses divers affluents. — Cet ensemble de plateaux et de massifs montueux s'étend ainsi de la frontière de Belgique à celle d'Espagne.
C'est le bord S. E. de cette seconde zone de légions élevées qui forme en France la ligne de partage des eaux entre l'Océan Atlantique et la mer Méditerranée, et c'est entre elles que se trouvent les grandes voies de communication. En effet, comme dit M. Reclus {Géographie universelle, France, p. 4) : « En France, les voies naturelles ouvertes de fleuve à fleuve, la porte de Belfort, entre le Rhône et le Rhin, les cols de la Bourgogne, entre la Saône et la Seine, le seuil de Naurouse, entre l'Aude et la Garonne, sont larges et de l'accès le plus facile; les chemins qui les traversent pour se rendre d'une mer à l'autre mer ont été de tout temps de grandes routes de commerce et de migration. »
Au N. 0. de cette seconde zone élevée s'en trouve une autre basse formée par les deux grandes plaines qui occupent plus du tiers du territoire de la France. D'abord, entre le Plateau central et les Pyrénées, la grande plaine du S. 0., V Aquitaine, dont le sol va en s'abaissant vers l'O. et qui n'est séparée du golfe de Gascogne que par des cordons de dunes, les plus hautes de France et sans doute de toute l'Europe : elle renferme les parties moyennes et inférieures des bassins de la Gironde et de l'Adour.
Par les environs de Poitiers, cette plaine communique avec une autre plus vaste encore, celle du Nord, la Neustrie, au nord du Plateau central et à l'ouest de la Lorraine et de la Bourgogne, qui est limitée au N. 0. par la Manche. Dans la partie méridionale, qui est la plus basse, se rassemblent les divers affluents de la Loire avant d'atteindre le golfe de Bretagne. Dans la partie septentrionale se réunissent les affluents de la Seine pour atteindre la Manche. Quelques petits bassins spéciaux (Somme, etc.) sont aussi compris dans l'extrémité septentrionale.
A cette plaine se rattachent, dans la partie orientale, celle contiguë de la Champagne, et au S. E. celle de la Limagne, dont les deux ramifications remontent, dans le Plateau central, suivant la Loire et l'Allier.
L'angle occidental est formé par un plateau bas, accidenté par de petites crêtes, atteignant à peine 400 mètres. C'est la presqu'île de Bretagne qui possède un appendice au N. E., le Cotentin, et un autre au sud de la Loire, la Gatine de Vendée.
La communication entre ces deux vastes plaines se fait dans les environs de Poitiers, par une surlace assee découverte, de 60 kilom. de largeur, entre les pays montueux et boisés du Limousin et de la Gatine de Vendée. C'est là, à Vouillé, que Charles Martel, venu du Nord, défit les Sarrasins qui arrivaient d'Espagne.
Enfin, du sein de la Méditerranée, au S. E. des Alpes Françaises et à une distance de plus de 150 kil. des côtes de France, s'élève la Corse, qui est un chaînon montagneux, allongé du Nord au Sud et dont la hauteur atteint presque les 5/5" de celle des Alpes.
La France se divise donc en un certain nombre de régions naturelles qui se distinguent les unes des autres par des caractères extérieurs bien tranchés, et qui sont constituées chacune par un terrain particulier, ou par un grand groupe de terrains. Ces régions se groupent aussi autour de l'une d'elles qui appartient à la fois aux trois bassins orograpliiques et à quatre bassins hydrographiques de la France, et qui est connue sous le nom de Plateau central.
La France se divise, en outre, en régions montagneuses, en régions à plateaux ou montueuses, et en régions de plaines. Les régions naturelles précédentes se répartissent dans ces trois catégories de la manière suivante, à peu près comme nous l'avions déjà indiqué dans Patria, en 1844; leur étendue respective, d'une manière approximative, en centièmes de la superficie de la France d'une part, et en hectares de l'autre, est la suivante :
REGIONS
Granitiques et
montagneuses. . .
schisteuses.
Calcaire. . .
Granitiques
et schisteuses.
à plateaux. . . .
Calcaires . .
de plaines