‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.40Chapitre 58 sur 75 · FLOBAISO.N LA PLUS GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

FLOBAISO.N LA PLUS GÉNÉRALE

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20 mai 8 mai

1" juin 10 mai 25 mai 15 mai

6 juillet 20 mai

3 juin 20 juin

15 mai 1" juin 20 mai

8 juin

4 juin 10 juin 10 juin

5 juin 30 juin 20 mai 25 mai

16 mai 1" juin

JIATCRITE LA rLtIS GÉXÉBALE.

4 juillet 10 juillet

4 juillet 10 juillet i" juillet

20 juin

5 juillet 17 juillet 12 juillet

7 juillet

21 juillet 12 juillet 15 juillet

5 juillet 25 juillet

8 juillet 25 juillet 17 juillet 1"' août 20 juillet

1" juillet 2li'juillet 30 juillet 22 août

522 FRANCE (cLiM.vTOtoGiE).

Il va sans dire que pareille cliraatométrie est applicable aux climats de montagnes. Nous trouvons, dans ['Annuaire météorologique de V Observatoire pour 1872, un tableau dressé (voy. p. 521) par M. Jules Philippe, préfet de la Haute- Savoie et dans lequel sont donnés les résultats d'une observation de ce genre portant sur les diverses phases de la végétation du seigle.

L'auteur a négligé d'indiquer l'exposition des lieux, et nous ne pouvons malheureusement y suppléer; nous aurions là peut-être l'explication de quelques résultats, surprenants au premier abord. Le sens général de la loi, qui sort de ce tableau, est que la floraison et la maturation du seigle retardent en raison directe de l'altitude. Diverses circonstances locales rendront compte des nuances divergentes.

Il y a là, évidemment, quelque chose à faire. Il semble que l'on puisse arriver assez aisément par des observations multipliées, mais méthodiques et uniformes, à construire une climatométrie botanique très-propre à différencier entre eux les climats français, même les climats de localité, à caractériser les allures climalologiques de chaque année vis-à-vis des années qui précèdent ou qui suivent, et en fin de compte, si on le veut, à servir de base à des moyennes Botano-climalologiques.

2" Plantes cultivées. L'aide du climat compte nécessairement pour une grande part dans les conditions auxquelles fait appel l'activité humaine pour installer et maintenir sur le sol la culture régulière d'une plante déterminée. On peut sûrement consulter l'aspect des champs et des récoltes qui les couvrent; c'est l'expression de l'intelligence et de l'épreuve des siècles. Toutefois, il ne faut pas oublier qu'une part égale revient à la malléabilité des plantes et aux artifices de l'industrie agricole.

Les végétaux cultivés, en France, donnent à chaque zone sa physionomie propre, autant et plus que la végétation spontanée. Dans les déplacements rapides que permet aujourd'hui la locomotion par chemin de fer, il est facile de se donner, par la portière d'un wagon, l'intéressant spectacle des changements de décor qui se succèdent naturellement d'un pays à un autre. Si vous allez de Paris à Marseille, vous traversez successivement les cultures maraîchères des environs de Paris, la forêt de Fontainebleau, les vignes de Bourgogne, les vignobles plus ardents des côtes du Rliôue; puis, apparaissent les mûriers; puis le feuillage gris-argenté des oliviers, des amandiers, qui contribue si fort adonner à la Provence son aspect poussiéreux et aride. Repartons pour Bordeaux, par Montpellier et Toulouse, nous reverrons des oliviers, des vignes en terrain plat puis des champs de maïs et de lin, et enfin apparaissent les ceps alignés et soutenus en hauteur du Bordelais. De Bordeaux à Tours, des vignes, des pâturages, des moissons et encore des vignes. En allant vers Rennes, le paysage change entièrement; ce sont les champs enclos de bordures de chênes, les châtaigniers et les pommiers; autour d'Angers, le chanvre de haute taille, les légumes plantureux parmi lesquels un chou qui ressemble à un arbuste, pour la nourriture du bétail, et au fond du tableau, les forêts énormes sur les saillies du terrain. De Rennes, en retournant sur Paris, vous traversez, entre Laval et le Mans, le commencement des herbages normands qui se continuent vers le nordest, puis la Beauce monotone et fertile, couverte de champs de blé sans fin. De Paris vers Lille, après être sorti des sites encore Parisiens, le rail-way court à travers la plate étendue qui, dès le nord de la France, commence les Pays-Bas, et traverse des cultures de céréales, de lin, de betteraves, de graines oléagi-

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neuses. Si nous étions allés vers l'est, nous aurions salué au passage les coteaux d'Aï, brûlé la Champagne pouilleuse, revu les vignes aux flancs des collines de la vallée de l'Ornain, les pâturages et les moissons de la Meuse ; enfin, après avoir franchi le tunnel de Toul, sous les derniers chaînons des Faucilles, nous serions arrivés au cœur de la Lorraine, où les prairies et les grands bois alternent avec les vastes champs de blé et d'avoine et des vignobles modestes, appendus aux monticules arrondis, toutes les fois que l'orientation est favorable ; c'est un climat assez sévère, où les hivers sont durs, très-continental par les allures de lathermalité, mais un ciel limpide et lumineux, à saisons franches, plein de ressources quand les beaux jours sont venus, admettant une grande variété de cultures pourvu que l'on ne se hasarde point à acclimater les plantes exotiques.

En somme, la culture retrace encore assez bien les grandes divisions du climat français. Prairies, céréales, légumes, pour le climat marin froid (séquanien); vignobles, maïs, sous le climat marin chaud (Girondin) ; vigne et oliviers, dans la bande méditerranéenne ; vigne et mûrier sur les flancs des vallées rhodaniennes ; culture variée et sans caractère prédominant, sous le climat continental (Vosgien). Pour compléter ces rapports, ajoutons les céréales inférieures (orge, seigle, avoine) qui caractériseront, s'il le faut, notre climat de mon-

tagnes.

Distribution des plantes cultivées les plus importantes. i° Le hlé. Le jroment prospère partout en France et c'est bien plutôt la nature du sol que l'aptitude du climat qui règle l'extension de sa culture. Dans la carte que donne Elisée Reclus, d'après le Bulletin de la Halle pour 1874, les départements qui produisent le plus de froment (au-dessus de 500 000 hectolitres), sont ceux du Nord, du Pas-de-Calais, de Seine-et-Marne, de la Mayenne, de Lotet-Garonne. Ceux qui en produisent le moins appartiennent au massif central, au versant français des Alpes et des Pyrénées, en y ajoutant les Landes et le Morbihan (moins de 100 000 hectol.). La récolte du blé est encore abondante dans les départements des deux rives de la Seine, à partir de Paris, dans la vallée de la basse Loire, dans celle de la Saône et sur la rive gauche du Rhône. En tout il y avait en 1875 : 6 946 981 hectares cultivés en froment, rapportant 1"20 803 500 hectolitres de cette céréale, soit une valeur d'environ trois milliards de francs.

Selon les ressources et la constitution des terrains, on cultive telle ou telle variété de froment : blé dur, blé tendre, épeautre. Les blés durs s'adaptent mieux au climat méridional {voy. art. blé de ce dictionnaire).

iVous nous bornons à nommer les autres céréales cultivées en France avec tout le succès désirable. Ce sont surtout les besoins de la consommation qui fixent les limites de la production de ces denrées, rarement appelées à entrer dans la fabrication du pain. L'une d'elles, à vrai dire, joue un grand rôle en ce qu'elle est la base de la préparation de la bière. Ces céréales sont Y avoine, le seigle et Yor(je, qui à elles trois occupent par an environ 6 millions d'hectares. Les principaux centres de fabrication et de consommation de la bière sont : Paris, Lyon, Lille et leurs environs et les pays (annexés ou restés français) d'Alsace et de Lorraine. Le seigle est cultivé particulièrement dans la Marche (Creuse et Haute-Vienne), non pas sur les plateaux calcaires ou causses, où il y a des champs d'orge, d'avoine et même quelques « fromentals », mais sur le versant nord où le terrain est granitique. De même dans nos dépar-

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tements de la Savoie ; le seigle accepte les roches cristallines qui repoussent le froment.

2° La vigne. Comme on l'a dit, les vignobles sont « la gloire et la grande richesse de la France. » La vigne peut, à la rigueur, être cultivée sur toute l'étendue du territoire ; marne aux environs de Lille, sombre et brumeuse, on voit grimper aux murs des maisons, dans les villages, des treilles dont le raisin arrive à maturité; il est juste de reconnaître, toutefois, que cet heureux succès ne se réalise pas tous les ans. La Champagne, si fière de ses vins mousseux et si célèbre à l'étranger, appartient précisément au versant septenti ional de la France ; il est vrai que la boisson assez artificielle, qui sort des usines Clicquot, Rœderer, etc., et fait le bonheur des Russes, des Allemands, des Anglais, à qui le soleil de leur pays ne prodigue pas la gaieté, ne passe pas absolument pour du vin chez les Français. Le vin qui donne du cœur et des bras se récolte surtout sur le versant du Midi, sur les coteaux qui s'inclinent vers le cours de la Saône et du Rhône, au pied des Cévennes et des Alpes, le long du cours inférieur de la Garonne, dans le Bordelais, sur les pentes de l'Angoumois et de la Saintonge.

Notre nord-ouest est particulièrement antipathique à la culture de la vigne ; non que celte culture soit impossible, mais à cause de la médiocrité des produits et des attractions agricoles d'un autre genre, ainsi qu'il a été dit. En tirant sur une carte, de Nantes à Mézières, une ligne légèrement convexe, à convexité tournée vers le Sud-Est, on sépare du territoire, à gauche de cette ligne, une large zone sans vignobles, sauf au point ou elle coupe la Seine et où les vignes médiocres d'Argenteuil et autres environs de Paris font exception à la règle.

Plus de 2 000 000 d'hectares sont plantés de vignes ; la vingt-cinquième partie du territoire. La France produit peut-être la moitié de tout le vin consommé dans le monde entier; en 1875, année excellente, cette quantité s'éleva à 83 642 400 hectolitres, représentant une valeur de 3 milliards de francs environ. Ces richesses, malheureusement, sont aujourd'hui énergiquement attaquées par un redoutable ennemi, le phylloxéra ; mais la science est entrée dans la lutte pour le compte de l'industrie nationale et détournera, sans doute, cette grave menace.

Deux départements récoltent plus d'un million d'hectolitres sur 100 000 hectares ; ce sont l'Hérault et la Charente-Inférieure.

Trois récoltent plus de 500 000 hectolitres sur 100 000 hectares ; la Charente, l'Aude, la Gironde.

Trente-quatre récoltent plus de 100 000 hectolitres pour la mesure de superficie ; ce sont les suivants : Rhône, Yonne, Loire-Inférieure, Pyrénées-Orientales, Indre-et-Loire, Loir-et-Cher, Lot-et-Garonne, Saône-et-Loire, Aube, Meurthe, Var, Côle-d'Or, Loiret, Vienne, Haute-Marne, Gers, Haute-Saône, Haute- Garonne, Jura, Puy-de-Dôme, Maine-et-Loire, Gard, Vendée, Dordogne, Tarn, Ain, Meuse, Tarn-et-Garonne, Marne, Seine, Seine-et-Marne, Lot, Cher, Doubs.

II y a, sans doute, des raisons de plus d'une sorte à la prospérité des vignobles en France, prospérité sans rivale en Europe, pour la qualité des produits aussi bien que pour la quantité. La nature et la configuration des terrains, l'activité et l'ingéniosité agricole ou commerciale des habitants y sont pour beaucoup. En dehors de ces circonstances, il est grandement probable que la climatologie française a puissamment contribué au merveilleux développement de la viticulture dans notre pays. La vigne ne veut avoir le |ned ni la tète humides;

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c'est pourquoi elle répugne aux brumes bretonnes d'Angleterre et d'Ecosse, comme au plat pays des polders, aux côtes basses, aux alluvions du Pô et du Danube, aux régions déprimées, parsemées de lacs. Arbuste assez agreste, mais poursuivant avec une singulière énergie ses phases de végétation, elle ne tolère pas les caprices dans la succession des saisons, ni les à-coup dans la météorologie, bien qu'elle supporte des froids intenses pendant sa phase de sommeil hivernal. Amoureuse du soleil, une fois que ses bourgeons se sont ouverts, il lui faut un degré accentué de tempéi^ature estivale pour hâter la maturation du fruit et le pénétrer de parfums ; elle se prêtera à vivre sous des latitudes déjà septentrionales pourvu qu'on lui trouve un coteau qui regarde le soleil le plus longtemps possible dans sa marche de chaque jour, qui reçoive ses rayons suivant la perpendiculaire, les concentre dans le sol ou les réfléchisse sur la plante, sans dispersion d'aucun d'eux par incidence oblique. En Lorraine, où l'on récolte en assez grande abondance un vin peu renommé, mais qui est d'un grand secours pour les habitants, on dit que le mois d'août fait le vin; c'est une façon de traduire l'importance de l'accumulation de la chaleur estivale ; si ce mois est pluvieux, ou au contraire tourmenté par le vent d'est, qui est sec mais froid, il y a déperdition du calorique fourni par les mois précédents, la maturation du raisin retarde; septembre trouve les grappes à peine teintées de taches violettes et, fùt-il beau, les jours sont désormais trop courts pour mûrir le fruit d'une franche poussée, comme c'est nécessaire. Cette dernière phase languit, les* grappes se flétrissent ; au lieu d'une maturation par action vitale, c'est une fausse maturation par inertie, et la récolte est de qualité nulle.

La vigne, par son absence, trace assez exactement les limites du vrai climat marin en France; c'est la zone nord-ouest déjà indiquée; plus au sud et toujours sur le littoral, l'influence du ciel, c'est-à-dire du soleil, l'emporte sur celle de la nier ; le climat y est encore marin, mais c'est un attribut de second ordre.

5" L'olivier. Cette culture caractérise assez nettement le climat méditerranéen; on la trouve sur tout notre littoral du Midi dans une zone dont les limites nord sont tracées par une ligne assez irrégulière, sauf que, dans son ensemble, elle constitue un triangle dont le sommet relativement élevé se trouve sur le Rhône, entre Montélimart et Valence, et dont l'angle du côté ouest descend plus au sud que l'angle opposé. Le corps de cette zone est entre Montpellier, Valence et Marseille; l'aile gauche s'allonge vers Carcassonne et Perpignan; l'aile droite prend une grande partie du département de Vaucluse, les Bouches-du-Rliône presque en entier, pousse un aileron dans les Basses. Alpes et s'en va, très-amincie, le long du littoral du Var, finir à l'est des Alpes- Maritimes.

Dans cette bande territoriale se trouvent compris les îlots étroits où persiste la culture de ïoranger. Indiquons-les ici, pour n'y pas revenir. L'un de ces îlots s'allonge au sud et au nord de Perpignan; un second comprend les environs d'Hyères et la bizarre presqu'île de Giens; un troisième occupe une mince lisière du littoral des Alpes-Maritimes. Le mûrier dépasse un peu cette zone et remonte jusqu'à Valence.

4" Maïs. Pomme de terre. Levasscur trace, comme limite septentrionale de la culture du maïs, une ligne bizarrement infléchie dont voici le parcours général. Partant de La Rochelle, cette ligne se dirige vers le nord-ouest jusqu'au

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dessus de Poitiers; de là elle prend obliquement la direction du sud jusqu'au département de l'Hérault, d'où elle remonte en côtoyant la lisière occidentale de la zone méditerranéenne, la vallée du Rhône, se porte à l'est au niveau de Lvon, tout en continuant à courir au nord, traverse la Côte-d'Or, la Haute- Marne, les Vosges et quitte le territoire par la partie sud de Meurthe-et-Moselle. Il est difficile que le climat soit le véritable régulateur du domaine de cette culture. Il l'est seulement de la maturation de la plante, laquelle n'est parfaite que dans le Midi.

La pomme de terre est cultivée partout en France, mais particulièremen au nord-est. Elle occupait, en 1875, 1 221 115 hectares.

5" Prairies. En \ 862, les prairies naturelles donnaient plus de i 05 000 quintaux métriques de foin; les prairies artificielles, plus de 160 000 quintaux. Cette production n'a fait que s'accroître. Les prairies et les pâturages sont surtout dans l'ouest, Cotcntin, Bretagne, Bocage, et au centre, sur les versants nord et sud du plateau central, sur le cours moyen de la Loire.

6° Plantes industrielles. Le chanvre occupe la région de Maine-et-Loire, une partie de la région Armorico-Normande, quelques portions de l'Artois et de la Flandre, mais c'est surtout le lin qui prédomine dans ces deux dernières provinces. On le retrouve au midi sur les deux versants du bassin de la Haute- Garonne. Ce sont des plantes d'origine étrangère, dont la culture ne caractérise pas le climat, mais prouve leur grande aptitude à l'acclimatement. Le nord cultive la betterave, pour l'alimentation des sucreries,concurremment avec les plantes oléagineuses. Vaucluse produit la garance. Mentionnons les châtaignes du Rouergue, les prunes d'Agen et de Tours, les pommes et poires de Normandie, de Touraine et d'Anjou, de la Limagne et du Forez.

B. Relations du climat avec la fau>e. Il est aussi difficile ici que pour la flore de différencier le climat de la France d'avec celui des pays voisins, c'està-dire de la masse continentale de l'Europe; nous appartenons à cette vaste zone à laquelle M. Paul Bert rattache l'Asie tempérée, qui n'a ni singes, ni lémuriens, ni roussettes, ni proboscidiens, ni rhinocéros, ni hippopotames...; dont le sanglier habite toutes les parties et dont « le chameau (?), le cheval, les ours, les marmottes, le castor, l'once, l'aurochs, le chamois, etc., sont les principales caractéristiques. » Du reste, les limites territoriales et climatologiques de notre pays sont trop peu étendues pour que l'aspect de sa faune ne soit pas univoque d'un bout à l'autre ; les mammifères, au moins, sont les mêmes au nord et au sud et nos frontières opposées ne font pas remarquer le passage d'une faune à une autre. Si quelques-uns rappellent la faune des zones froides, c'est que leurs habitudes les ont voués au séjour des montagnes, l'altitude équivalant alors à la latitude. Les oiseaux, plus indépendants du sol et dont les instincts migrateurs caractérisent les mœurs, marquent mieux que les mammifères les affinités climatologiques de notre nord et de notre midi. Celui-ci, pour la faune encore, a quelques traits africains, quoique beaucoup moins remarquables que les circonstances précédemment signalées de la végétation. Ainsi, parmi les singes, étrangers à l'Europe, les magots appartiennent à la faune méditerranéenne; on n'en voit pourtant, ce n'est même pas absolument sûr, qu'à Gibraltar, rocher détaché de l'Afrique, et, depuis Procope, qui les signale en Corse au sixième siècle, on n'en parle plus dans cette île.

La faune fossile, qui représente les âges climatologiques du sol, fournit de précieux éléments de comparaison de nos espèces actuelles avec les animaux

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disparus ; on y retrouve les lignes de démarcation absolue correspondant à des séries de siècles et les types de transition, indiquant une époque plus rapprochée de nous. Cette comparaison donne une idée exacte des dégradations de notre climat et, sur place même, précise la distance à laquelle nous sommes du climat, comme de la faune, des pays intertropicaux. Les éléments de ce travail que Ch. Martins devait appliquer plus tard à la flore méditerranéenne, ont été réunis par P. Gcrvais ; chaque jour y ajoute quelque découverte.

L'homme des pays civilisés influence la faune des mammifères presque autant qu'il modifie la flore. Sans être enracinés au sol, comme la plante, les mammifères sont fixés par leurs besoins à certaines régions, à certains abris ; l'homme ne les déplace pas sans danger pour la continuité des espèces et, en fm de compte, sa puissance de destruction est plus grande que leurs moyens de fuir ; un jour, il les atteint ; d'où la raréfaction ou l'extinction de certaines espèces dans des contrées où tout, sauf la piésence de l'homme, leur serait propice.

Le castor {Castor fiber), sans doute, se plairait encore partout en France, où il y en a eu beaucoup, si l'on n'avait profité de la foiblesse de ce rongeur inoffensif pour le détruire ; en vain a-t-il changé son mode de construction et, au lieu de bâtir sur pilotis, se réfugie-t-il dans des terriers sur les bords du Rhône, son dernier abri dans nos contrées ; les crues du fleuve noient ses demeures, le chassent dehors et le mettent quand même à la merci de son ennemi .

Les chamois isards se voient encore par milliers dans les Pyrénées; le cerf ne s'y trouve plus. De rares bouquetins vivent dans les vallées sauvages d'Ordesa et de Malibierne, sur le versant espagnol ; mais dans les Pyrénées françaises on n'a plus rencontré d'animal de celte espèce depuis 1825. A cette époque, un chasseur de l'Ariége abattit le dernier (Companyo, Histoire naturelle des Pyrénées-orientales, 1861 ; cité par El. Reclus).

Au commencement de la période actuelle, les carnivores étaient plus communs et de formes plus diverses qu'aujourd'hui. Nous avons encore les Oiii-s, variétés Alpinus et Pyrenaicus. Il n'y a plus de ces animaux dans les Vosges, ni dans les Cévennes; ce n'est même plus que de loin en loin que l'on entend encore, dans les Pyrénées, parler des méfaits d'un ours, et l'industrie traditionnelle des habitants de Saint-Lizier n'a désormais plus d'avenir.

Ajoutons le Loup et le Renard, espèces rusées et médiocrement attrayantes pour les chasseurs; de rares Chats sauvages, quelques Lynx dans les Alpes et les Pyrénées, la fouine, le putois ; ces dernières espèces poursuivies surtout en raison de leurs habitudes sanguinaires.

Par contre, les expéditions lointaines des humains disséminent et étendent les espèces faciles à l'acclimalation. Les croisades nous ont apporté le Rat; celui-ci, après avoir régné en maître, se voit à son tour envahi par le Surmulot, venu de l'Inde ou de la Perse, sur des navires, il y a un peu plus de cent ans, et qui se substitue violemment au précédent. Ceci met en lumière les aptitudes du climat français à entretenir des espèces originaires de l'Orient ; mais cela démontre tout autant la supériorité de certaines races dans la concurrence vitale. Heureusement que l'agriculture jet la zootechnie prouvent d'une autre façon, plus sûre et plus fructueuse, les ressources climatologiques de notre pays en introduisant, pures ou croisées, des espèces utiles, appelées à concourir à l'alimentation publique avec nos ruminants indigènes, à travailler à côté de nos

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chevaux, à remplacer notre malheureux gibier, dont quelques représentants ne se verront bientôt plus (jue dans les musées d'Iiistoire naturelle.

On trouvera dans l'article écrit par notre éminent collaborateur, P. Gervais, l'indication de ces méritoires tentatives, en même temps que l'exposé complet des richesses de notre faune contemporaine ou fossile {Voy. France. Faune française) .

On reconnaîtra aisément que les indications qui suivent n'ont point la prétention d'entrer sur le domaine de l'histoire naturelle, ni d'en usurper les nomenclatures. Je m'en sers seulement autant que ces éléments m'aident à faire ressortir quelques traits du climat français, général ou partiel.

A cet égard, l'ornithologie nous olfre de remarquables ressources. Les oiseaux, qui disposent de l'espace et , par la rapidité de leurs déplacements, ont les moyens d'adopter la patrie de leur choix, non-seulement caractérisent le climat propre d'une région mais en marquent les phases variées. La plupart d'entre eux sont indifférents aux moyennes; ce qui les fixe, c'est le climat de l'heure et du lieu; lorsqu'ils ne l'ont pas, ils vont la chercher à tired'ailes. D'ailleurs, le milieu subtil dans lequel ils se meuvent n'est pas encore au pouvoir de l'homme, comme la terre et l'eau ; la perpétuité de leurs espèces est ainsi garantie, souvent même au voisinage de l'homme et malgré ses poursuites. Quelques espèces douées d'une haute flexibilité vis-à-vis des climats ont été domestiquées, et l'homme même les multiplie et les fait durer parce qu'elles sont utiles; d'autres le suivent en parasites, rendant au fond des services réels en échange du coûteux entretien qu'ils s'adjugent eux-mêmes; on les supporte, crainte d'un fléau plus grand; c'est comme un mal nécessaire.

Pour un grand nombre d'oiseaux, leur présence en tel ou tel point a pour raison capitale, soit un habitat conforme à leurs mœurs, soit une alimentation plus facile qu'ailleurs. Les rapaces diurnes se tiennent volontiers dans les montagnes, comme les voleurs et les peuples pillards; les échassiers, mangeurs de poissons, de mollusques, de larves, explorent les marais; les grands voiliers iiantent l'Océan, comme la navigation humaine, tandis que les granivores chantent dans les moissons. On peut se demander, quand il s'agit d'insectivores, si leurs migrations ne sont pas liées, autant qu'au climat, à la certitude de trouver les insectes dont ils font leur proie, éclos dans les régions qu'ils visitent tour à tour; l'hirondelle mourrait de faim autant que de froid, probablement, si elle passait l'hiver avec nous; si sa réapparition annonce le printemps, c'est que le soleil nouveau relève la température, mais aussi qu'il réveille le petit monde endormi. L'un n'allant pas sans l'autre, l'hirondelle est un climatomctre indirect. Mais quelques oiseaux fuient évidemment le froid ou la chaleur, et se cantonnent, selon leurs goûts, dans la zone dont la thermométrie actuelle leur convient le mieux. La caille a le même régime alimentaire que la perdrix; cependant, elle alterne entre l'Europe et l'Afrique, comme si elle avait besoin d'une température toujours douce et plutôt un peu élevée que froide. Des alouettes, les unes émigrent, les autres nous restent; elles s'agglomèrent sur nos côtes maritimes et il en reste d'autant plus dans l'intérieur que l'hiver est moins dur; ce n'est donc pas qu'elles aient absolument besoin pour vivre de moissons mûres ni de plantes debout, mais elles fuient les gelées persistantes et le froid trop rigoureux; même quand elles hivernent dans nos terres du Nord-Est, leur premier chant de l'année annonce l'imminence du printemps.

Toujours est-il que les zones climatologiques françaises, celle du moins qui sont

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dislincles par ailleurs d'une façon irrécusable, empruntent encore à l'orni- Ihologie des traits qui accentuent les nuances spéciales de chaque type local vis-à-vis de l'ensemble et vis-à-vis des climats partiels voisins. De même que quand on consulte la Flore, la Faune mammologique, il faut sans doute ici demander des renseignements à la prédominance des espèces plutôt qu'à leur simple présence; telle plante, tel oiseau, peuvent être retrouvés dans toutes les régions climatiques de la France, mais il est une de ces régions où la famille botanique ou ornitliologique paraît être plus absolument chez elle, .l'espère montrer ci-dessous que les oiseaux, en France, dessinent encore d'une façon générale quatre variétés de climats : le climat de montagnes, le clima- Méditerranéen, le climat marin et le climal continental.

Aux montagnes (climat et habitat) appartiennent la plupart des grands rat paces diurnes : Vautours, Vultnr fulvus (Pyrénées) Vultur cinereus, Neophron percnoplerus (Pyrénées, Provence, Var, Isère, Drôme, Hautes-Alpes : on voit encore à cette espèce une prédilection pour le Midi) ; Vultur barbalus, gypaète (Alpes); Aigles, Aquila heliaca (Alpes), rare; Aquila fulva ou chrysaetos, commun, (Dasses-Alpes, Dauphiné) ; Aquila fasciata, A. nœvia A. permata; Circœtus gallicua, Circaète Jean-le-blanc, (Vosges, Hautes-Alpes, Var, Hautes-Pyrénées, Dauphiné; se voit cependant aussi en Anjou, à la lisière des bois et des iaiWis) ; Pernis apivor us, Boudrée (Hautes-Alpes, Anjou, Auvergne); Astur pa/umfcartws, Epervier autour (Dauphiné, Hauies-Âlpes, Anjou, Lorraine).

C'est encore vers les montagnes que se pressent les Bouvreuils, Pyrrhida Europxa (Anjou, Dauphiné, Ardennes, Pyrénées), Pyrrhula serinus (Hautes- Pyrénées, Lorraine); diverses variétés de pinsons : Fringilla montifringilla, pinson d' Ardennes, Fringilla nioalis (Pyrénées, Alpes), oiseaux accoutumés au froid; le Bruant de neige, Emberiza nivalis, le Bruant Zizi, Emberiza cirlus (Pyrénées, Anjou, Provence) ; quelques gallinacés intéressants : le grand Coq de bruyère, Tetrao urogallus (Jura, Vosges, Auvergne, Pyrénées), attiré par les Sapins; le pelit Coq de Bruyères, Tetrao tetrix; la gelinotte, Tetrao bonasia (Pyrénées, Vosges, Ardennes, Dauphiné) ; le Lagopède alpin ou ptarmigan, perdrix des neiges, Lagopus Alpinns, commun sur les Alpes et les Pyrénées comme sur les Alpes Scandinaves en Suède et les Montagnes Rocheuses d'Amérique.

Les régions méridionales de France ont pour hôtes plus familiers et quelquefois exclusifs : l'Aigle à queue -barrée, {Aquila fasciata), le Milan royal (Milvus regialis), dans les Landes et les Hautes-Pyrénées, le Milan noir [Milvus niger) entre Bayonne et l'Adour; le Hibou Scops {Strix scops); le Pic mar {picns médius); le Moineau Soulcie {Passer petronia), l'Ortolan {Emberiza hortukma) ; une pie-grièche spéciale (Lanius meridionalis) ; l'Alouette lulu {JJauda arborea), la Calandrelle {Alauda brachydaciyla) et la calandre {A. Calandra); certaines fauvettes : Sylvia curruca et S. orphea; lesRolliers [Coracias garrula), le Guêpier [Merops apiaster), oiseau Africain; la Ganga {Pterocles alcliata), sédentaire dans la Craie comme aux confins du Sahara; la Bartavelle {Perdiv grœca), la Perdrix rouge (Perdix rubra), qui, dans le centre, vit côte-à-côte avec la grise; le Gambra {Perdix petrosa), oiseau d'Afrique et d'Espagne, apparaissant accidentellement dans notre Midi; l'Outarde [Otis tarda), autrefois commune en Champagne, la Canepetière (Otis tetrax), que l'on retrouve encore dans les plaines du Bellay et de (^lialons ; le Héron {Ardea cinerea), l'Echasse ordinaire {llimantopus melanopterus), le Flammant {Phœnicopterus roseus), la Marrouette {llallus porzana) ; ({viQ\(\nQ.i ÇioeX^nàs : Larinus marinus (rare), I. Audouini, DICT. EKC. k" s. IV. 5i

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dans les îles; L. yelastes, L. ridibundus; une hirondelle de mer {sterna leiicoptera); le Puffïn cendré [Puffinus cinereus) du genre Procellaires.

Les rives de la Manche et de l'Atlantique possèdent la plupart de nos oiseaux marins : l'huitrier-pie {Hcematopus ostralegus), échassier; le goéland argenté {Larus argentatus), le goéland cendré (L. Canus), le plus commun en automne et en hiver sur la côte de Dunkerque, L. tridactylus; l'hirondelle de mei (Stema cantiaca) , la Sterna hirundo, espèces très-communes; Sterna fissipes ; le cormoran (Phalacrocorax carbo). Les habitudes hardies, quelquefois les tourmentes, nous apportent les grands voiliers océaniens du Nord en groupes plus ou moins nombreux. Le goéland {Larus marinus) passe en bandes dans le nord de la France sur les côtes de l'Océan, en septembre, octobre, novembre et décembre; il niche sur les côtes de la Manche, à Aurigny, entre Biarritz et la Chambre-d'amour. Le goéland brun {Larus fuscus) visite nos côtes N.-O. en hiver; le L. argentatus est sédentaire aux environs de Dieppe. La sterne arctique est de passage régulier sur nos rivages. Le cygne {Cygnus férus), qui habite les régions polaires, descend vers nos côtes en hiver. Beaucoup de canards, sédentaires dans les régions arctiques, sont de passage en France, au printemps et en automne; tels sont l'Eider {Anas molissima), le plongeon {Columbus), le grèbe huppé {Podiceps cristatus), les guillemots, macareux, pingouins, sans parler du canard sauvage {Anas Boschas) et du tadorne {A. tadorna), commun entre le Havre et Dunkerque. Le canard musqué {A. moschata), originaire de la Guyane et du Brésil, s'aventure parfois jusqu'à la Bochelle, en sens contraire des précédents. Les Procellaires ne sont pas familiers à l'Europe; les tempêtes jettent parfois sur nos côtes des pétrels {Procellaria glacialis), mourants ou morts, ou, par contre l'albatros {Diomeda exulans), dont les bords préférés sont entre 35 et 40" de latitude sud. Ce sont encore des coups de vent qui égarent dans nos parages maritimes les Stercoraires, hôtes ordinaires des glaces, du Groenland, de l'Islande, de Féroé, du Spitzberg et de Terre-Neuve : Stercorarius catarrhactes, S. Pomarinus, S. longicaudatus.

Il semble que les oiseaux migrateurs cai-actérisent par son côté le plus frappant notre climat continental; leur présence ou leur absence est précisément liée à sa variabilité et leur arrivée, comme leur départ, marque l'alternance des saisons et la succession de l'une à l'autre. Ils arrivent et partent, d'ailleurs, ou plus tôt ou plus tard, selon les années et selon les lieux, et leur merveilleux instinct est un climatomètre infaillible. En général, les oiseaux migrateurs nous appartiennent vraiment, puisqu'ils viennent chez nous faire éclore et grandir leur couvée; ils s'en vont seulement, comme les riches et les délicats, passer l'hiver dans le Midi. D'autres, cependant, sont absolument de passage et nos régions ne sont qu'une étape de leur double voyage annuel, en sens inverse à chaque saison; c'est pour cela que nous les voyons, non pas en été, mais dans les saisons intermédiaires, printemps et automne. Ajoutons que, parmi les genres migrateurs, quelques espèces, et dans les espèces migratrices quelques individus, ne nous quittent jamais tout à fait et bravent avec nous les frimas. Entin, contrairement à la règle la plus habituelle, il y a des oiseaux essentiellement polaires, qui ne se montrent chez nous qu'au moment ou des hivers rigoureux leur reproduisent l'image fidèle du triste climat de leur sol natal, où, apparemment, il fait plus froid encore qu'en France au même moment, un froid horrible puisqu'il fait fuir les oiseaux des glaces, tous si richement et si moelleusement vêtus.

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L'hirondelle de cheminée [Hirundo rustica) arrive dans les environs de Paris vers les premiers jours d'avril ; elle disparaît en septembre-octobre. L'hirondelle de fenêtre a les mêmes mœurs; Vhirundo riparia se tient au bord de nos ileuves. Le martinet noir [cijpselus apus) arrive après les hirondelles et repart avant elles; c'est, de tous les oiseaux qui viennent se reproduire en Europe, celui qui apparaît le dernier et disparaît le premier; vers le 15 août, on n'en voit déjà plus guère. Les alouettes, dont nous avons une dizaine d'espèces, émigrent en octobre, sauf celles qui sont devenues sédentaires dans nos contrées; un grand nombre se contentent de rechercher pour l'hiver nos côtes maritimes, où la température s'abaisse moins que dans les terres, Alauda cristata est sédentaire; A. arborea, sédentaire dans les Landes, le Var, est de passage ailleurs; Anthus pratensis, A. arboreus, sont communs, surtout dans le nord, d'avril à la fin d'octobre. La bergeronnette grise , {Motacilla alba) , est commune et sédentaire en France, ou bien elle émigré en automne. Le loriot (Oriolus galbula) vient en avril et repart d'août à septembre. Le merle noir {Turdus merula) est à la fois sédentaire et voyageur. La grive (Turdus mus le us) apparaît en mars et repart en automne ; quelques-unes ne s'en vont pas. Lemauvis [Turdus iliacus) a les mêmes mœurs. La pie-grièche grise (Lanius excubitor) est sédentaire dans le nord et de passage dans le midi. Le rossignol (Erythacus luscinia) arrive en avril et disparaît en septembre; le rouge-queue [Erythacus phœnicurus) est chez nous de mai jusqu'en octobre; des rouge-gorges [Erythacus rubecula), une partie est sédentaire, le plus grand nombre émigré. La fauvette à tète noire (Sylvia atricapilla) séjourne dans nos bois d'avril à septembre et passe l'hiver dans le midi. Le bec-fîgue [Sylvia hortensis) est en France d'avril en automne. La Iluppe vulgaire [Upupa epops) nous rejoint en avril ou mai et nous quitte de septembre à octobre. Les ramiers [Columba palumbus) n'habitent le nord que pendant l'été ; toutefois leur station y est longue et commence dès la fin de février ; quelques-uns même passent l'hiver avec nous. La tourterelle [Columba turlur) descend dans nos forêts en mars ou avril et s'en retourne à la fin de septembre pour aller hiverner en Afrique. La caille [Perdix coturnix) passe d'Afrique en Europe en avril et y retourne de septembre à octobre. La cigogne [ciconia alba) vient pondre dans quelques localités de France. Le râle vert [Rallus aquaticus) est sédentaire ou de passage; le râle de genêt [Rallus crex) pond en France; c'est un oiseau du nord. La poule d'eau [Gallinula chloropus), la macreuse [Fulica atra), nichent dans nos roseaux et sont sédentaires ou de passage. Nous ne voyons de vanneaux [Vanellus), de grues (la grue cendrée, Gruis cinerea), qu'à l'occasion de leurs passages, en automne ou au printemps.

Nous ne pouvons compter comme nôtres que très-indirectement les oiseaux à double passage, tels que les bécasses et bécassines [Scolopax grisea, S. major, S. gallinago, S. rusticola) ; la bécassine, qui existe sur tout le globe, passe en France, en mars-avril et repasse en juillet-octobre ; la bécasse ordinaire passe du 20 octobre au 15 novembre et repasse au commencement de mars; elleniche quelquefois dans notre nord. Les courlis Numenius arquata et N. phœopus sont encore essentiellement migrateurs.

Bon nombre d'oiseaux ne nous quittent jamais guère ou s'éloignent peu et pourraient passer pour tout à fait Français, si on ne les retrouvait dans les pays voisins, de l'Europe centrale. Ainsi, la plupart des fringilles : gros-bec [Coccothraustes vulgaris), \erdiei' [Chlorospha chloris), moineau [Passer domesticus, Passer montanus), pinson [Fringilla cœlebs), chardonneret [Carduelis elegans);

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tarin (Carduelis spinus), qui, toutefois, n'est que de passage dans le nord; linotte [Cannahina linota), sédentaire en Lorraine, Anjou, Provence, et de passao^e sur quelques autres points; bruant {Emheriza citrinella), sédentaire dans toute la France; mésanges {Parus major, P. ater, P. cœruleus, P. caudatus), roitelet {Régulas cristatus, R. ig7iicapiHus).'Les corbeaux {Corvuscorax, C. corone C. cornix, C monedula) ; les pies {Pica caudata), les geais {Garrulus glandarius), sont tous sédentaires chez nous et toutes nos latitudes leur conviennent. L'étourneau {Sturnus vulgaris) est commun. Les Pics {Picus Martius, P. viridis), le torcol {Yunx torquilla), le coucou {Cuculus canonts), précurseur de l'été, complètent cette série.

Les traquets {Saxicola rubatra, S. ruhicola), l'accenteur mouchet {Accentor modula ris),\e^ pouillots {PhyHopneuste), les troglodytes {Troglodytes Europœus), les "rimpereaux {Lltta Europœa, Certhia familiaris) , le martin-péclieur {Alcedo Ispida), sont nos hôtes fidèles, variant un peu d'habitat selon les besoins et les »oùts de l'espèce. Quelques rapaces se trouvent un peu partout, tels que : balbuzard fluvialile {Pandion hallœtus), buse vulgaire {Buteo vidgaris), busard ordinaire {Circus ru fus), épervier ordinaire {Astur nisus), faucon pèlerin [Falco peregrlnus), faucon hobereau {Falco suhhuteo), faucon émerillon {Falcu lithofalco), la cresserelle {Falco tinnunculus) , l'oiseau de proie le plus commun en France; — et les nocturnes : chouette hulotte {Stri.v aluco), répandue dans toutes nos grandes forêts; l'effraie {Strix flammea), la plus commune de toutes en France; la chouelle chevêche {Strie psilodactyln) ; le hibou grand-duc {Strix Bubo), le liibou moyen-duc {Strix otus).

Dans l'ensemble, l'ornithologie française est évidemment celle d'un climat tempéré avec alternances saisonnières bien établies. Pas d'oiseaux des pays chauds à proprement parler, mais un nombre considérable de ceux qui fuient les liantes températures au moment le plus important de leur existence, celui de la reproduction; pas habituellement d'oiseaux des pays froids, quoique ces êtres vêtus de duvet puissent hanter nos hivers et s'y trouver à l'aise. Remarquons en passant que le plumage de nos oiseaux famihers, suivant les grandes lois des harmonies naturelles, reflète le caractère moyen de leurs habitudes climatiques, ils ont l'élégance et la variété des couleurs, mais toujours dans des tons doux, éc^alement éloignés des nuances ternes, grises ou blanches, sous lesquelles les oiseaux arctiques se perdent dans la brume et les neiges, et des teintes éclatantes de ceux qui sillonnent l'atmosphère tropicale, dans les rayons d'un soleil de feu.

Les ophidiens dangereux sont l'apanage des pays chauds ; notre climat ne participe à ce fâcheux privilège que par la présence de quelques serpents venimeux, abrités dans les grandes forêts et les montagnes du centre et du midi : la vipère aspic, ou vipère commune (forêt de Fontainebleau, forêt de Sénart, de Montmorency, Pyrénées), et la petite vipère (Pelias berus), propre aux Cévennes, aux Corbières, aux Pyrénées. Les couleuvres ont, chez nous, des espèces plus nombreuses : couleuvre de Montpellier {Cceloplis insignitus), couleuvre verte et jaune {cohiber viridiflavus), couleuvre lisse, couleuvre bordelaise, Rhinechis scalaris (midi de la France). On le voit, la zone chaude de la France a déjà des compensations désagréables à la supériorité de son climat. C'est encore iWe qui nourrit spécialement le Seps tridactylus, le gecko des des murailles {Platydactylus 7nuralis), le caméléon. Il y a des lé/ards du nord au midi, et des orvets {Anguis fragilis). Parmi les amphibiens, la rainette

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verte (H<//a vir'uUs)., l;i grenouille verte (Rana viridis, R. esculenta), l'alyte accoucheur {Pelobates) et plusieurs variétés de crapauds ( B«/b vulgaris, B. cinereus, B. viridis), se rencontrent sur toute l'étendue du territoire. Ajoutons les salamandres et les tritons. Enfin, il suffit de noter les poissons les plus intéressants de nos cours d'eau : la perche [Perça fluvialis), le brochet [Emx hiciiis); la truite [Salmo fario), l'ombre chevalier [Saltno nmhla), le saumon ordinaire [Salmo salar); les carpes, barbeaux, goujons, tanches, brèmes, ables, ablettes, dorades [cyprlnidés] ; la loche, la grande lamproie, qui remonte nos fleuves; les anguilles [murénidés) .

Je limite à cette ébauche l'essai de climatométrie tirée du règne animal, l'homme non compris. Il est certain que la distribution géographique des animaux inférieurs pourrait aussi être fructueusement exploitée dans le même but. Que d'enseignements ne ferait-on pas sortir, par exemple, de la répartition territoriale et des moeurs des insectes ! Le lecteur en trouvera la matière dans les pages dont se sont chargés nos savants collaborateurs pour l'histoire naturelle.

Animaux domestiques. La topographie prime le climat dans la répartition des animaux domestiques; les conditions météoriques ne sont qu'un complément des autres. Les bœufs appartiennent aux régions herbeuses et à gras pâturages, comme ceux qui s'étendent de la frontière Belge à la Saintonge, le long des côtes de la Manche et de l'Océan; on les trouve encore sur les hauteurs des Pyrénées, du Limousin, du Jura, des Vosges, qui restent favorables à l'herbe drue. Les moutons préfèrent les pàturag ^ plus secs des Pyrénées orientales, des Ce venues et du Plateau central (moutons de Larzac), de la Crau, les plaines du Berry, de l'Orléanais (moutons de Sologne), de la Champagne , de la Picardie orientale , les prés salés du littoral. Les chèvres abondent vers les Alpes, conformément à leurs instincts. Les départements du Nord et du Nord-Ouest, de la Meuse à l'estuaire de la Loire, sont ceux qui élèvent le plus de chevaux; il convient en plus de mentionner des races moins brillantes, mais douées d'aptitudes particulières; les chevaux landais, les chevaux de Tarbes, les Navarrins. Les ânes et les mulets sont plus nombreux dans les montagnes du Midi, non à cause du climat, mais à cause du terrain ; les baudets les plus beaux et les plus forts du monde, vivent dans le Poitou. Le porc et les oiseaux de basse-cour se trouvent un peu partout, en France, encore que telle région ait conquis une réputation de supériorité. La culture des abeilles est particulièrement en vigueur en Languedoc (miel de Narbonne), dans le Gàtinais, en Bretagne. La vallée du Rhône nourrit, non sans tribulations, les vers-à-soie.

C. l?iFIXE>CE DU CLIMAT FRANÇAIS SUR l'hOIDIE. 1° InfluCHCeS physîolo-

giqiies. La question devrait être réduite à peu près aux termes suivants : le climat de la France, non pas seul, ce qui est impossible, mais parallèlement à d'autres influences nécessairement associées, a-t-il été la déterminante des attributs physiques ou moraux des peuples qui ont habité ce pays et surtout des Français modernes? ou, seulement, en évitant les termes absolus et sachant qu'il n'a pu être indifférent, quelle part a-t-il eue dans le façonnement de notre peuple actuel? Mais plus que jamais, au seuil decette étude, se dressent les problêmes généraux qui agitent et divisent les plus grands esprits, philosophes et anthropologistes. Nous sommes forcés de regarder en arrière dans l'ensemble des origines et de l'évolution de l'humanité pour savoir ce que nous devons

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chercher et ce que nous pouvons espéreren nous renfermant dans la connaissanci d'une fraction de la grande famille. Nous sommes, en effet, placés entre deuxécoles divergentes ; l'une qui part de la multiplicité primitive des races d'hommes mettant par conséquent la race avant le climat et au-dessus de lui : l'autre, au contraire, dont le principe est l'unité de l'espèce humaine, les u actions de milieu », le climat en tête, ayant suffi pour former, multiplier et conserver les variétés ou races (voy. articles : climat, races, mésologie). En allant un peu plus près du sujet, nous rencontrons deux autres tendances également opposées : Cahanis, liant absolument le moral au physique et nous obligeant à conclure que le climat entraîne le premier, si nous reconnaissons qu'il modèle le second; et, en face de Cabanis, M. Fonssagrives réclamant l'indépendance de l 'être intellectuel et, alors qu'il admet, avec M. de Quatrefages, la puissance illimitée des milieux sur les attributs physiques de l'homme, faisant échouer, cette puissance devant le moral : « les climats ne sont pas sans influence sur les modalités accessoires de la vie morale des peuples, sur leur carac/ère, mais leur action ne va pas au delà ». C'est tout ce que l'on peut se permetttre.

Pourtant, l'esprit se sent entraîné vers celte pente et je ne saurais m'empècher de rappeler ici le fait bien connu que la vieille et hippocratique croyance à l'influence du climat sur les mœurs a inspiré les livres XIV et XV de VEaprit des lois. Je cite volontiers Montesquieu, parce qu'il n'avait aucune préoccupation anthropologique et prenait les choses en philosophe; çà et là, des raisons justificatives d'anatoraie et de physiologie révèlent simplement le besoin d'une théorie et la confiance naïve d'un homme parfaitement étranger à ces sciences, d'ailleurs peu avancées en ces temps-là. « Dans les pays du nord, une machine saine et bien constituée, mais lourde, trouve ses plaisirs dans tout ce qui peut remettre les esprits en mouvement, le chasse, les voyages, la guerre, le vin. Vous trouverez, dans les climats du nord, des peuples qui ont peu de vices, assez de vertus, beaucoup de sincérité et de franchise. Approchez des pays du midi, vous croiriez vous éloigner de la morale même : des passions plus vives multiplieront les crimes; chacun cherchera à prendre sur les autres tous les avantages qui peuvent favoriser ces mêmes passions. Dans les pays tempérés, vous verrez des peuples inconstants dans leurs manières, dans leurs vices mêmes, et dans leurs vertus; le climat n'y a pas une qualité assez déterminée pour ks fixer eux-mêmes. »

C'est une formule générale, un peu chargée, comme les moralistes ont l'habitude de le faire; mais voici où l'application commence à nous intéresser. « Nos pères, les anciens Germains, habitaient un climat oii les passions étaient trèscalmes. Leurs lois ne trouvaient dans les choses que ce qu'elles voyaient et n'imaginaient rien de plus... La loi des Allemands est là-dessus fort singulière. Si l'on découvre une femme à la tête, on paiera une amende de six sous; autant si c'est à la jambe jusqu'au genou; le double depuis le genou. Il semble que la loi mesurait la grandeur des outrages faits à la personne des femmes, comme on mesure une figure de géométrie ; elle ne punissait point le crime de l'imagination, elle punissait celui des yeux. Mais lorsqu'une nation germanique se fut transportée en Espagne, le climat trouva bien d'autres lois. La loi des Visigoths défendit aux médecins de ne soigner une femme ingénue qu'en présence de son père ou de sa mère, de son frère, de son fils ou de son oncle. L'imagination des peuples s'alluma, celle des législateurs s'échauffa de même; la loi soupçonna tout pour un peuple qui pouvait tout soupçonner. »

Celte vue n'est pas à l'abri de toute objection. Il se peut que la loi des

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Visigoths ait été simplement dictée par l'orgueil de la race conquérante ; elle voulait à la fois imposer le respect à la race conquise et assurer la pureté de son propre sang ; c'était un des privilèges nombreux de l'aristocratie, une barrière matérielle et morale entre elle et le peuple; en d'autres termes, une loi faite dans l'intérêt du petit nombre et ne procédant pas du climat, qui impressionne tout le monde. Du reste, on a vu, ailleurs que dans les pays chauds, les conventions légales ou sociales cacher sous la pruderie des formes extérieures, l'immoralité réelle du peuple. En Angleterre, cela s'appelle le Cant.

Cependant, supposons vidée la question générale. Etant acquis que le climat a une part dans la modalité physique des individus et dans leurs tendances morales, l'application de ce grand fait et son émiettement sur des fractions de l'humanité n'en sont pas moins souverainement délicats. Il faudra différencier, à cette mesure, le peuple Français de ses voisins, les Français du Nord et ceux du Midi, les Français de l'Ouest et ceux de l'Est, etc. ; puis, montrer que les différences dépendent du climat plus que de la race, du sol, des habitudes d'industrie ou de culture, de l'état social, politique ou religieux.

a. Je crois que l'on peut admettre que la race est le point de départ de tous les aspects sous lesquels se présentent les familles aujourd'hui implantées dans notre pays. La preuve, c'est que les anthropologistes retrouvent, dans l'uniformité apparente, les traces des rameaux ethniques distincts qui ont contribué à former la nation. Vieux Celtes autocthones, Ibères, Ligures, Gaels de superposition, Romains de l'invasion césarienne, Francs, Visigoths, Burgundes de l'invasion germanique. Sarrasins, Normands des incursions dernières, la science patiente et sagace fait tout revivre dans la descendance moderne de ces générateurs divers. Sans doute, il n'y a plus de groupes absolument tranchés, ni de lignes de démarcation bien définies; les caractères s'émoussent, se mélangent, la transition est partout et il faut sauter d'une extrémité à l'autre du territoire pour bien sentir la divergence des types ; on peut dire aussi des Français : « faciès non omnibus una nec diversa tamen. » Mais ce fusionnement des caractères est probablement l'expression du mélange des sangs, un phénomène anthroJDologique plutôt qu'un résultat des influences climatiques. Il se peut même que le nombre et la vigueur vitale des peuples primitifs aient maintenu la prédominance de 'leurs attributs dans l'ensemble de la nation et qu'il y ait une sorte d'absorpition, par le vaincu, de toute la série des vainqueurs {voy. Celtes) ^

Cependant, cette assimilation presque indéfinie des composants divers est un phénomène bien remarquable, et il nous semble difficile de ne pas en rapporter quelque chose à ces agents qui ont si peu varié dans les temps historiques, au ciel et à la terre de France, c'est-à-dire aux conditions essentielles du climat.

Déjà, au temps de César, l'étranger ne donnait qu'un nom à tous ces peuples qui habitaient des bouches de l'Escaut aux Pyrénées et des Alpes à l'Atlantique; on les appelait tous Gaulois, bien qu'il y eût dans ce vaste ensemble des divisions politiques en rapport avec une diversité d'origine. Ils se confondaient sans doute moins encore qu'aujourd'hui par leur taille, leur force, les traits du

* J'adopte ici l'opinion que l'on peul appeler anthropologique et médicale. La ■listiiiction «thnique des Celtes et des Gaulois n'est pas admise par tous les savants : Alfred Jlaury [Archéologie celtique et gauloise) constate que d'un bout à l'autre de notre pays les noms de lieux appartiennent à une seule et même langue. H. d'Arbois de Jubainville [Us premiers habitants de l'Europe; Paris -1877), ne paraît pas douter que ces deux noms, Celtes et Gaulois, d'aspect très-divers, n'aient désigné le même peuple.

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visage, la couleur des yeux et des cheveux; mais du côté moral, le nivellement et riiomogénéité étaient à un haut degré. C'étaient des peuples de mœurs douces et simples, aimant leur pays, vivant des produits du sol, mais aptes à la guerre aussi bien qu'aux arts de la paix ; leur esprit alerte et leur gaîté d'humeur sont traditionnels; cependant, il étaient l'aciles à impressionner, à terrifier même. Ces dispositions favorisaient l'œuvre d'une caste sacerdotale, qui savait s'entoui'er d'ombre et de mystère et dominait le peuple et les chefs au nom d'une l'eligion implacable, dure à tous ; son culte eut peut-être les sacrifices humains. Essentiellement pacifiques, ils avaient l'imagination prompte, étaient sensibles à l'éloquence et admiraient les hommes énergiques et hardis. De là vient que ces foules s'en allaient à travers les Alpes, à la suite d'un brenn audacieux, s'enipai'aient de Rome sans y avoir songé et ne méditant nullement de couper court aux destinées de la future souveraine du monde ; ou encore traversaient la Grèce comme un tourbillon, pillaient le temple de Delphes (279 av. J.-C), passaient la Méditerranée et fondaient une colonie (les Galates) en Asie-Mineure, ayant fait à rebours le chemin qui amena, dit-on, les Aryas sur l'Occident. De là vint aussi, hélas ! que des partis opposés se formèrent dans la nation et que, quand la vieille ennemie de l'Est l'envahit à son tour, les passions rivales morcelèrent la résistance et préparèrent la chute du héros de la défense nationale, Yercingétorix.

Extérieurement, Rome conquit la Gaule. Mais au fond, les Gaulois s'approprièrent les éléments de progrès et de civilisation que les vainqueurs apportaient, sans laisser s'altérer leur note propre et dominante. Loin de là, les Romains que les relations nouvelles amenèrent en Gaule furent assimilés, absorbés. Un peu plus tard, les Francs, arrivés farouches et grossiers, s'empressaient en quelque sorte de s'incliner devant le vaincu et de se plier à ses mœurs, à ses allures polies, de se prendre, comme lui, d'attachement au foyer et d'amour pour cette terre merveilleuse ; quelques siècles après, on ne les eut plus distingués sans les privilèges qu'ils s'étaient assurés à la prise de possession.

Vingt fois depuis, et nous ne pouvons dérouler ici cette histoire, l'infusion de sang étranger se renouvela sur des points divers, dans des proportions plus ou moins larges, avec une grande variété de provenance. Il n'importe; les nouveau-venus sont reconnaissables un moment, puis les différences vont en s'atténuant, le nivellement se fait et bientôt le peuple se retrouve foncièrement un, sauf des nuances de zones dont nous parlerons. Bien plus, la race mélangée, cette résultante démographique, rappelle invinciblement le type primitif, les Gaulois mobiles, naturellement doux et paisibles, comme le ciel de leur pays, mais faciles à soulever, comme la mer qui bat leurs côtes et redoutables dans leur colère, à la façon des orages et des tourmentes qui troublent parfois leur limpide atmosphère. Çà et là, les anthropologistes, avec la persévérance que l'on sait, décèlent les démarcations techniques originelles ; il semblerait que les traits physiques fussent plus lents à s'uniformiser et que, peut-être, ils se voilent plutôt qu'ils ne se perdent ; mais les dispositions morales s'infléchissent dans un sens constant, qui rapproche d'une étonnante façon les âges et les races. Amédée Thierry [Histoire des Gaulois, tome IH, p. 451) exprime ce fait en des termes magnifiques que nous lui empruntons : « Descendants des soldats de Brenn el de Yercingétorix, des citoyens de Carnutum et de Gergovie, des sénats de Dorocortorum et de Ribractc, n'avons-nous plus rien de nos pères ? Ce type, si fortement empreint sur les premières générations, le temps l'a-t-il effiicé des

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dernières ? Peuple des Sociétés modernes, la civilisai ion, ce costume des races humaines, a-t-elle transformé chez nous, en même temps que recouvert le vieil homme ? Et si nous nous examinons bien dans quelques-unes de ces crises où les peuples, brisant toutes les conventions sociales, se montrent pour ainsi dire dans la nudité de leur nature, serait-il impossible de découvrir quelques signes de cette parenté de vertus et de vices ? Je ne sais. Mais en traçant les récits de ce long ouvrage, plus d'une fois j'ai cru voir passer devant mes yeux limage d'hommes sortis d'entre nous, et j'en ai conclu que nos bonnes et nos mauvaises dispositions ne sont pas nées d'hier sur cette terre où nous les laisserons. »

Les Français, sans doute, « sont bien un peuple original, constamment renouvelé par les phénomènes même de la vie » ; mais le caractère est resté très-gaulois. Elysée Reclus note que nos paysans ne justifient guère ce que Michelet dit des Gaulois, « peuple de guerre et de bruit, courant le monde l'épée à la main, moins, ce semble, par avidité que par vague et vain désir de savoir, d'agir. » Eu effet, si l'on ne savait l'histoire, personne ne soupçonnerait que ces hommes aujourd'hui tranquillement appuyés sur la charrue, ou menant leurs affaires avec ordre et patience, mirent l'Europe en feu, il y a trois quarts de siècle, et la remplirent de leurs légions et du bruit de leurs armes, à la suite d'un aventurier qui personnifiait le génie de la guerre. Hier encore, tout en aimant la paix, ils eussent fait de même, sur un mot imprudent, s'ils avaient eu à leur tête un Brenn ou un Napoléon I''^ Or, je sais bien que les Gaulois, nos pères, se laissaient ainsi séduire par la parole et la bravoure des chefs et allaient volontiers faire au dehors un bruit inutile et dangereux ; mais quand on voit ce même peuple recevoir et s'approprier si merveilleusement les institutions romaines, une civilisation supérieure, faire sienne la langue latine et y trouver plus de ressources que les Latins eux-mêmes, il faut bien avouer que ses tendances foncières étaient vers la culture morale de l'individu, le développement régulier de l'état social, l'essor de la pensée et tous les arts qui vivent de la paix. Gaulois et Français nous n'avons jamais été batailleurs que par distraction.

Qui a maintenu ces dispositions des pères aux lils? qui les a étendues aux éléments ethniques nouveaux, enchevêtrés à vingt reprises à la race primitive? Il faut bien que ce soit quelque chose de propre à la région et de permanent ; en d'autres termes, les condilions du sol et du climat. Il y a un mot pour dire cela et je n'ai qu'cà m'en servir ; c'est « l'influence stabilisante » du milieu (V'. de Quatrefages : Art. races et races humaines).

Le climat, les analogies des productions du sol, comptent parmi les principaux éléments de l'unification de la France. Ce grand événement était, on peut le dire, dans la nature des choses et la Révolution française l'eût proclamé en vain s'il en eut été autiement. La diversité d'origine, les vieilles habitudes, Famour-propre de clocher, les idiomes locaux, les dissidences religieuses, ont bien pu retarder sa date, mais non point l'empêcher ; toutes ces nuances passent au rang secondaire et deviennent de plus en plus vagues; la France est une et la cohésion nationale a réellement pour bases l'homogénéité des conditions telluriques et climatiques. On peut bien ajouter ici, comme corollaire, que le même ensemble de circonstances, dépendant des phénomènes cosmiques et particulièrement du climat, a séparé le peuple français de ses voisins, tout autant (jue les frontières dites naturelles. 11 est même remarquable que nos populations ont quelquefois plus d'affinité avec le voisin là où de hautes

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barrières montagneuses marquent les limites du pays que sur d'autres points où les communications sont matériellement libres ; on est encore Français sur le versant oriental des Alpes ; on est très-Allemand au bout du pont de Kehl sur la rive droite. A cet égard, et sans essayer dans cet humble article, ni protestation, ni menace, il y a des provinces récemment annexées à l'Allemagne, qui n'ont jamais incliné de son côté par aucune des pentes naturelles des peuples; le pays Messin, par exemple, est Français depuis longtemps par les conditions climatiques, les propriétés du sol, les habitudes de culture et, par conséquent, par le mode de vivre ; les manifestations de ce besoin d'adhérer à la France sont nombreuses dans l'histoire et il semble bien qu'il soit dans la nature des choses. Y a-t-il une puissance qui puisse prévaloir jamais contre ce penchant, d'autant plus irrésistible qu'il paraît encore avoir sa source dans un vieux sang gaulois? Mais la doctrine anthropologique du vainqueur est large.

Chaque nation gravite en quelque sorte autour d'un point particulièrement bien doué par sa situation, ses ressources, son climat. Ce point devient un centre politique, religieux ou intellectuel ; l'important est que la capitale soit heureusement choisie. Les insulaires, à la rigueur, s'en passeraient, puisque la mer qui les entoure supprime les transitions entre peuples ; mais les familles continentales sentent le besoin de se répartir selon l'attraction plus ou moins puissante que le point fixe, naturellement en vue, exerce sur leurs aptitudes et leurs penchants, par conséquent selon qu'il correspond plus ou moins aux traits de leur milieu habituel, dont le climat est la première déterminante. Ici, l'on incline vers Paris, là vers Berlin; la réelle frontière est sur la ligne de partage de ces deux pentes inverses. Il est, du moins, difficile de comprendre autrement que le climat contribue à faire l'unité nationale ; car immédiatement en deçà et . au delà d'une frontière quelconque, les conditions climatiques se ressemblent toujours beaucoup, tandis qu'elles peuvent différer notablement de chaque zone frontière à son centre respectif. Seulement, chacune de ces zones ressemble plus au centre auquel elle se rattache qu'au centre que la voisine a choisie.

b. Il semble que nous voyions plus de rapports entre le climat de la France et les qualités morales des Français qu'entre ce même agent et les aspects physiques de notre peuple, contrairement à une thèse chère aux écoles spiritualisles. Nous n'avons pas à nous en défendre, n'ayant pas à soutenir d'idée doctrinale à priori et nous bornant à poursuivre la simple observation, labeur bien suffisant et assez délicat dans la circonstance actuelle. Il apparaît, en effet, que si le climat a impressionné les types ethniques, au point de vue des formes et des traits extérieurs, c'a été pour émousser ces traits, les uniformiser, les rendre presque indifférents et entourer de difficultés extrêmes, sinon d'impossibilités, la recherche de la caractéristique anthropologique de la race française, vue d'ensemble.

Au climat tempéré de la Finance correspondrait cette atténuation des types primitivement accentués et le vague de la forme actuelle. La stature du Français n'est ni colossale, ni exiguë, sa tête n'est ni allongée, ni raccourcie, ses cheveux ne sont ni d'un noir intense, ni d'un blond décidé, de même que son pays n'est ni chaud, ni froid, et que son ciel s'éloigne également des pluies sans fin et des sécheresses implacables. Est-ce vraiment affaire de climat ou bien estce le résultat des superpositions, des croisements, du brassement des races, vingt fois répété ? Je ne veux pas le chercher, mais il est frappant que les harmonies naturelles, admirables, mais non surprenantes là où il n'y a pas eu

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de trouble, se retrouvent ici lorsque les rapports de la terre avec les hommes qui la peuplent ont été tant de fois et si énergiquement violentés. Après tout, les caractères physiques des hommes dépendent étroitement de leur nutrition et les conditions dans lesquelles s'accomplit celle-ci dépendent non moins directement des productions du sol, vis-à-vis desquelles le climat est souverain. D'un bout à l'autre de la France, on travaille, on récolte, on sème, à peu près dans les mêmes saisons, les mêmes denrées fondamentales ; on se nourrit des mêmes substances alimentaires, sauf des variantes de second ordre ; les économies fonctionnent à l'unisson; il faut donc bien qu'elles acquièrent insensiblement des caractères communs, au moins dans la masse populaire, encore qu'il leur soit peut-être impossible de se modeler jamais sur un type absolument nouveau et identique du Nord au Midi, de l'Est à l'Ouest (comparez: Bertillon : Mésologie).

11 y a, en effet, des différences physiques entre les groupes, très-sensibles, quand on emprunte les termes de comparaison à des latitudes françaises suffisamment distantes. Nous n'osons nous y arrêter longuement, parce que la préoccupation de la race se représente ici plus impérieuse que jamais ; cependant, lorsqu'on met en présence le Français du Nord et le Français du Midi, il est impossible de ne pas remarquer que le premier porte à un haut degré les attributs que l'on assigne aux zones froides des climats tempérés, tandis que le second est la transition évidente à l'homme des pays chauds. D'un côté, les hautes statures, la peau blanche, les cheveux et les yeux de nuance claire, les chairs molles, un lymphatisme normal et une tendance au développement du tissu adipeux ; ailleurs, les tailles médiocres, les formes sèches, du brun sur la peau, l'iris, les cheveux, le tempérament nerveux. N'est-ce pas un fait acquis que le développement de la taille s'arrête de bonne heure dans les pays trèschauds (et aussi dans les pays très-froids), tandis que l 'expansion physique des individus, dans les pays tempérés ou simplement froids, copie la lenteur de l'évolution végétale, sous la même latitude ? Et, d'une autre façon, Quételet et Villermé n'ont-ils pas établi que, toutes choses égales d'ailleurs, la taille des populations est en raison directe du bien-être, des ressources alimentaires, du degré d'hygiène, par conséquent de la fertilité du sol et des bonnes qualités du climat? De même que les médecins militaires, Bertrand, Péruy, Mouillié, Lèques, ont mis en évidence le rapport de la fréquence des infirmités rendant impropre au service militaire avec la dureté des conditions d'existence des familles de chaque canton.

Mais je ne puis insister, sous peine de mettre les détails avant le fait qui les commande tous. Je heurterais de front les résultats invincibles obtenus par Boudin, Sistach, Broca, Lagneau et qu'un des plus brillants collaborateurs de ce Dictionnaire, M. Morache, a judicieusement mis à profit dans quelques-uns de ses articles et dans son beau Traité d'hygiène militaire; Paris, 1874. C'est la race, plutôt que le climat, qui détermine l'ensemble des tailles humaines dans les diverses régions de la France; les départements celtiques ont le plus d'exemptions du service militaire pour insuffisance de taille, les départements kymriques en ont le moins et les kymro-celtiques tiennent le milieu. Péruy, opérant sur. le recrutement du département de l'Aude, obtenait la conclusion suivante : « L'élévation de la taille semble marcher en raison inverse de l'orographie ; c'est dans les montagnes qu'elle atteint son minimum ; le bien-être, suivant une marche parallèle, doit n'y être pas étranger. » Est-ce encore

SiO FRANCE (climatologie).

l'influence de la race des plateaux, ou bien est-ce déjà une conséquence du climat de montagnes?

Quant aux exemptions pour infirmités, M. Morache constate qu'elles sont réparties d'une façon très-capricieuse et dans laquelle le climat n'intervient probablement que comme un élément associé à beaucoup d'autres. Toutefois, les départements favorisés, c'est-à-dire fournissant le moins d'exemptions de ce chef, comptent dans leur groupe les départements bi'etons et un bon nombre de ceux qui appartiennent au massif central ; bonne note pour la race celtique, très-supérieure aussi sous le rapport de l'intégrité de la denture, de la rareté des hernies, des varices et des varicocèles. La distribution de l'endémie goitreuse épargne les Celtes de Bretagne, mais non ceux du centre; elle s'attache visiblement aux régions à vallées, c'est-à-dire montagneuses et, sans doute, est influencée par certaines qualités du climat ou par des circonstances qui en dérivent immédiatement (Voy. Baillarger : Rapport de Venquéte sur le goitre et le crétinisme, in Recueil des travaux du comité consultatif d'hygiène de France. Paris, 1875).

Nous ne pouvons guère aller plus loin. 11 nous semblerait bien téméraire même de soupçonner autre chose qu'un lien très-vague et général entre le climat de la France et le type physiologique de ses habitants, les traits de leur visage, la forme et les dimensions de leur tête ! Les plus beaux des hommes vivent dans les hautxis vallées et sur les flancs du Caucase; si nous tenons par quelques côtés de cette race magnifique, ce peut être parce que notre pays possède certains attributs de ce sol et de ce climat, conservateurs de la beauté humaine ; mais ce peut être aussi tout simplement parce qu'un sang de même origine coule dans nos veines. C'est la Suisse, la Savoie, les Pyrénées qui ont le plus grand nombre proportionnel de boiteux, de goitreux, de crétins; en ce qui concerne les dégénérescences, nous avons, sans doute, plus de droits d'accuser les influences locales, telluriques et climatiques.

c. Il est admis que l'époque moyenne de la puberté des filles est plus précoce dans les pays chauds que dans les pays froids. Un tableau emprunté à Raciborski, par Depaul et Guéniot (Article Menstruation) rnet le fait en évidence et montre que la population française, par ce côté de son évolution physique suit la loi générale. La moyenne étant, en Asie méridionale, température annuelle 25", douze ans dix mois et vingt-sept jours ; en Laponie, température annuelle 0, seize ans sept mois et vingt-sept jours; elle devient à Paris, température moyenne H", 57 (selon l'auteur), quatorze ans et sept mois. Mais dès que l'on pénètre dans des applications un peu multipliées, les contradictions se présentent. Ainsi, les villes suivantes, qui par leur température moyenne se classeraient :

Toulon, Montpellier, Marseille, iNîmes, Lyon, Sables-d'Olonne, Paris, Rouen, Strasbourg, se présentent, sous le rapport de la précocité de la menstruation, dans cet autre ordre :

Toulon, JNîmes, Strasbourg, Montpellier, Paris, Lyon, Rouen, Les Sablesd'Olonne.

D'oià les restrictions formulées par Robertson (de Manchester) et surtout par M. Lagneau, qui, ici encore a soutenu l'influence prédominante de la race contre celle du climat, s'appuyant en particulier sur le fait bien connu de la précocité menstruelle des femmes juives dans les pays froids d'Kurope (Pologne), plus grande que celle des filles de la race au milieu de laquelle vivent les Juifs.

FRANCE (climatologie). 541

d. Le mouvement de la population en France relève certainement du climat par plusieurs côtés importants, soit dans l'ensemble de ce mouvement, soit dans les allures qu'il affecte sur des points particuliers. Nous énonçons simplement ce rapport, qui se place de lui-même dans notre cadre, et ne voulons pas l'exploiter. Les données qui pourraient le déterminer ne sont pas nombreuses; il est rare même que l'on se pose ce problème quand on examine les conditions de notre situation démographique. Or, M. Bertillon, en 1873, dans cette encyclopédie (Article Mésologie), nous promettait déjà la démographie de la France sous tous ses aspects ; il tient parole ici-même, avec les convictions, le talent et la pleine possession de la matière qu'on lui connaît. Je m'en rapporte à lui, et les lecteurs m'en sauront gré, pour faire ressortir, à côté des faits démographiques, les circonstances qui les suscitent ou leur impriment un caractère spécial, parmi lesquelles le climat, général ou partiel, tient assurément sa place.

Aussi bien, ce grave sujet est-il d'une complexité effrayante pour quiconque l'a abordé, ne fût-ce qu'en le méditant. C'est un terrain mouvant où mille précautions donnent à peine la sécurité. Le mouvement de la population en France est actuellement pénible; il est en retard sur les voisins. A qui la faute? Estelle dans la nature des choses, ou bien dérive-t-elle de conditions d'ordre moral? Selon M. Broca, l'appauvrissement de la natalité a pour cause l'augmentation de l'aisance générale ; M. Proust, répète la formule de M. Bertillon : « Dans un pays salubre, pour un même groupe ethnique et pour un même état mental, les naissances tendent à se proportionner à la quantité de travail productif facilement disponible. » A la mesure de la première formule, le climat français, dont la caractéristique est la régularité, la douceur, la faculté merveilleuse de convenir à une foule d'animaux et de plantes, est tant soit peu coupable, car ce ciel fortune favorise évidemment l'augmentation de l'aisance générale. On devient égoïste, quand la nature entière vous gâte; on se prend d'un amour démesuré pour la vie personnelle, si plantureuse, et l'on oublie les intérêts de la société, dont la vitalité cependant est la garantie de durabilité de la fortune individuelle. — Avec la formule de M. Bertillon, il ne faut plus s'en prendre autant au sol et au climat de France qu'à l'homme lui-même. Notre sol n'est pas d'une fécondité sans limites; notre soleil ne peut pas mûrir toutes sortes de denrées, ni fournir des récoltes multiples ; cependant, il y a encore des terres sans cultures, des espaces qu'il serait facile de conquérir sur les eaux douces ou marines, et, avec des procédés meilleurs, le ciel suffirait à une culture plus intensive des champs aujourd'hui exploités. Ce qui nous manque, sans doute, c'est l'industrie qui pourrait étendre, en France même »<( le travail productif disponible » et irait, au besoin, en demander le complément à notre colonie Algérienne, si voisine de nous et si peu différente de notre zone méditerranéenne. Jl est peut-être réservé au relèvement' du niveau moral de notre peuple et au développement de son instruction de le hausser jusqu'à ce degré d'énergie laborieuse.

Il convient de rappeller ici que, d'après les recherches de M. Bertillon, le maximum des conceptions correspond au mois de mai, pour la France, la Belgique, l'Italie; les mois les plus heureux sous le même rapport sont ensuite juin, juillet et avril. Ce qui entraîne le maximum de naissances en février, puis mars, avril et janvier. Le fait parait bien être le résultat d'une influence saisonnière ; il est plus manifeste dans les campagnes, où les habitants

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s'associent plus complètement, s'identifient, aux mouvements de la nature, quoique Ely {Paris: Étude démographique et médicale, 1872) l'ait retrouvé même dans le milieu factice de la capitale; il se révèle au mieux dans l'élévation extrême du chiffre des conceptions illégitimes, correspondant au mois de mai, comme si notre espèce, incapable d'échapper aux lois de la vie universelle, réalisait surtout les unions basées sur les seuls instincts sexuels, à l'époque où la nature entière est énamourée. C'est donc une relation climatique et spéciale à nos pays tempérés. Car, le réveil des appétits génésiques, dépend de la succession d'une teû.pérature plus douce à une température froide, et non de la température chaude elle-même. Ailleurs, semblable transition se présente à une époque différente ; le maximum des conceptions coïncide alors avec une autre époque que le mois de mai et avec une température différente de notre moyenne pour ce mois.

La mortalité de l'enfance a son maximum dans la saison chaude, de juillet à octobre, le sommet de la courbe étant en aoiàt. Le fait serait contradictoire de ce que l'on sait de l'influence funeste du froid sur les enfants, si notre cminent collaborateur pour la démograp'cie à qui nous empruntons ces renseignements (voy. Mortalité), n'avait mis hors de ses calculs le premier mois de la vie. II résulte d'autres recherches que la mortalité de cet âge a au moins un maximum dans les quatre mois les plus froids, sauf à en présenter un second en juillet-août. Nous avons pu constater, pendant notre séjour en Algérie, combien la saison chaude est périlleuse par elle-même aux petits enfants ; il est plus difficile de s'abriter de la chaleur que du froid ; de plus, la saison chaude elle-même est essentiellement celle dans laquelle on ne se gare pas des abaissements relatifs, rapides, de la température, source de refroidissements et de diarrhées ; c'est l'époque du choléra infantile. Le maximum général attribué à la saison chaude n'est donc pas absolument étonnant. Par ailleurs, notre mortalité infantile, même en hiver, paraît être toujours fâcheusement élevée, plus élevée qu'en Suède, par exemple. Nous convenons, avec M. Bertillon, que ceci est en contradiction avec ce que l'on devrait attendre de la comparaison des climats respectifs et qu'il y a là un côté étiologique avec lequel la météorologie n'a probablement rien à faire.

La plus haute mortalité des vieillards appartient à la saison froide. Sauf notre littoral méditerranéen, et encore, tout le pays a des hivers assez rigoureux pour multiplier les affections, particulièrement thoraciques, qui relèvent du froid, et qui sont toujours graves lorsque le déclin de la vie amène l'amoindrissement des forces de réaction (voy. L. Colin : Art. Saisons).

Quant à la distribution des départements selon qu'ils contribuent à ralentir ou à pousser le mouvement de la population, il paraît difficile également de lui trouver quelque rapport avec le climat. En 1875, les départements suivants ont eu un excédent de décès sur les naissances : Orne, excédant des décès sur les naissances : I8I0; Eure 1748 ; Calvados 1616; Lot-et-Garonne 1442; Sarthel451; Seine-et-Oise 1165; Aube 1,008; Tain-et-Garonne 976 ; Oise 732; Yonne 634; Yar 558; Eure-et-Loir 534 ; Côte-d'Or 394; Gers 388; Yaucluse 558 ; Gironde 333 ; Somme 311 ; Manche 287 ; Haute-Marne 279 ; Marne 273 ; Indre-et-Loire 194; Seine-et-Marne 162; Maine-et-Loire 117; Bouches-du-Rhône 90; Lot 84; Hautes-Alpes 21. Les départements ci-dessous ont, au contraire, présenté un excédant dejiaissances ainsi qu'il suit : Nord : excédant de naissances 14,581 ; Seine 7,256; Finistère 6,262; Pas-de-Calais 6,004; Loire 4,360;

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Côtes-du-Nord 4,505; Rhône 5,888; Allier 5441; Morbihan 5,490; Haute- Vienne 5,405; Âveyron 2,924; Meurthe-et-Moselle 2,054.

e. 11 est certaines faces de l'hygiène, considérée comme un ensemble de pratiques, qui, chez notre peuple, se sont modelées sur le climat. Le vêtement et rhabitation sont naturellement commandés par cet ordre d'influences.

Le vêtement ne peut être identique pour toute l'année, non plus que pour toutes les zones du pays, puisque le climat de la France comporte dans sa plus parfaite expression l'alternance des saisons et que l'isotherme de l'extrême Nord est de près de cinq degrés au-dessous de celle de la frontière méridionale. Les étoffes de laine superposées sont nécessaires dans les hivers de presque toute l'étendue du territoire; an printemps, la laine encore, sauf qu'il convient de diminuer l'épaisseur et le nombre des enveloppes, ce que l'on fera d'autant plus

hardiment que l'on se rapprochera de la Méditerranée; en été , peut-être

que le plus sûr, pour les gens délicats, les hommes de cabinets, les valétudinaires, les enfants (que je n'aime pas beaucoup voir mettre presque nus), serait toujours un vêtement de laine qui, en cette occasion, serait mince, d'une' couleur claire, pour diminuer le pouvoir absorbant. Sans doute, on s'en passerait facilement en plein midi et un vêtement de toile serait fort agréable; mais qu'il devient dangereux par nos soirées sous un ciel limpide, alors que tous les objets terrestres rayonnent leur calorique vers l'espace ! Vers le littoral méditerranéen, le coutil est d'un usage plus général et, en apparence, plus légitime. Je ne suis pourtant pas absolument rassuré, ayant été, en Afrique, témoin de ses perfidies. Les ouvriers des champs, au temps des foins et de la moisson, se dépouillent presque entièrement et ne gardent que la chemise et le pantalon de toile ; rarement, ils prennent la précaution de revêtir la blouse, le soir venu. Il s'en faut qu'ils n'aient jamais à s'en repentir; cependant, il est constant que leur tégument, aguerri dès l'enfance, et peut-être au prix de quelques pertes à cet âge, contre l'atteinte des agents météoriques, leur confère d'étonnantes immunités. Les ouvriers de l'atelier, citadins par bien des côtés, sont plus délicats ; s'ils ont les bras nus pendant le travail, ils ne quittent pas la besogne sans reprendre la blouse pour sortir. Les soldats, sauf les cavaliers, qui, à certaines heures, au contact des chevaux, ont besoin d'effets lessivables, sont astreints au pantalon garance et à la tunique (ou capote) de drap, en toute saison et dans toute l'étendue du territoire; c'est une grande sécurité et qui, en compensation d'incommodités passagères, préserve les soldats de beaucoup d'accidents sérieux. Rien n'empêche, par les grandes chaleurs et au soleil, de les familiariser avec l'usage des coiffes blanches par dessus le vêtement ordinaire, recommandées par M. Coulier à la suite de ses remarquables recherches dans cette direction.

La fréquence des pluies et des orages dans notre pays indique l'usage des étoffes lentes à se mouiller et capables d'absorber beaucoup d'eau ; celles qui se mouillent et évaporent leur eau rapidement, comme la toile, retroidissent énergiquement le tégument, dès qu'elles sont imbibées de pluie ou même de sueur. La chemise de coton, sous ce rapport, est préférable à celle de lin ou de chanvre; mais c'est encore la laine, qui possède, et à un haut degré, la supériorité.

Le climat français doit inspirer les règles d'après lesquelles nous construisons nos habitations, privées ou publiques ; c'est dire qu'il n'impose pas un type uniforme du nord au midi et qu'il n'exclut point les variantes architecturales dans

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de certaines limites. Comme pour le vêtement, il semble que, dans notre pays, on doive redouter le froid plus souvent que la chaleur et que nos maisons doivent être un sérieux abri contre l'abaissement de température. On a, dans ces derniers temps, beaucoup préconisé la baraque comme habitation de l'homme sain et même malade (L. Le Fort, Chantreuil, Sarazin, Marvaud); il s'agissait d'avoir un air supérieur à l'atmosphère animalisée des casernes et des hôpitaux, et ce désir est trop juste. Mais c'est exagérer, sans doute, et tomber dans un autre vice que de se féliciter, pour l'amour de la ventilation, que les planches des baraques ne joignent quelques fois pas. Sans abri d'aucune sorte, on aurait encore bien plus d'air et un air plus pur. En bonne justice, ii faut pouvoir être ventilé quand on veut seulement, et, le reste du temps, être garanti sérieusement des oscillations de la température extérieure. La baraque est peut-être plus inoffensive pour les gens du nord, aguerris de longue date contre une atmosphère agressive, que pour les Français, dont le climat, par sa modération même, entretient l'impressionabilité. On est très-revenu, aujourd'hui, de ces «bris ébauchés ; on fait encore des pavillons pour les soldats, pour les hôpitaux, que l'on appelle toujours baraques; en réalité, ce sont des maisons, sauf qu'on évite la superposition des étages et que, à l'aide de parois minces, ingénieusement construites, on espère obtenir le même résultat qu'autrefois avec des murailles de forteresse, vis-à-vis de l'équilibre entre la température intérieure et l'extérieure. Du reste, le problème à résoudre est aussi important quand l'air extérieur est trop chaud ; la baraque est encore bien plus mauvaise dans le midi et en Algérie, en été, qu'elle ne l'est jamais dans les pays froids. Les industriels qui ont bâti les quartiers français de la plupart des villes Algériennes ont fait vite et surtout ont fait mince; on était bien sûr d'avoir des locataires quand même. Or, ces habitations, qui sont froides même par l'hiver algérien, sont des fournaises en été. La plupart des bâtiments élevés par le génie militaire sont, au contraire faciles à chauffer pendant la mauvaise saison et un séjour agréable en été; la chaleur ne traverse pas leurs épaisses murailles. L'hôpital militaire de Constantine nous a laissé ce souvenir.

La brièveté de nos étés, dans les quatre cinquièmes du pays, les longs hivers presque sans soleil, les pluies fréquentes et ça et là trop généreuses, légitiment généralement le conseil donné par M. Jeannel {Sur les plantations d'arbres dans l'intérieur des villes, in Ammle s d'hygiène publique, 1850) et par M. Mai'vaud {Les casernes elles camps permanents, Paris, 1875) de ne point placer d'ordinaire l'habitation sous l'ombrage des forêts ni même des grands arbres.

Quant à la forme de nos édifices, c'est un contre-sens d'élever à Paris ou à Lille des maisons dans un style grec ou oriental, de faire des toits en terrasse là où le poids des neiges les écrasera quelque jour. Je ne sais plus où j'ai lu que la Madeleine n'a de beauté que dans le ciel bleu d'une chaude soirée d'été. h' alimentation, dans ses modes généraux, en France, dépend beaucoup de la race et des habitudes nationales. Slais le climat est largement intervenu dans la création de celles-ci. Du reste, le climat fait les aptitudes productrices du sol et les productions déterminent la direction des habitudes alimentaires. Nos concitoyens du nord n'ont pas encore le besoin d'une nourriture volumineuse, l'appétence pour la graisse, la capacité pour l'alcool, qui caractérisent les goûts alimentaires des peuples septentrionaux ; nos populations du midi n'atteignent point absolument à l'étonnante sobriété des Espagnols, des Italiens, des indigènes d'Algérie. On tient le milieu, en inclinant vers les moeurs du voisin. La consom-

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mation de viande est extrêmement faible en France et à peu près sur tous les points, sauf les grandes villes ; cet aliment, quoique bien reçu de tous, quand l'occasion s'en présente, ne parait cependant pas être, chez les Français, particulièrement ceux d'origine celtique, un besoin bien impérieux. Le développement modéré du système musculaire chez les hommes de notre peuple explique jusqu'à un certain point cette réduction extrême du régime à proprement parler animal. Par ailleurs, la viande coûte cher ; l'élève du bétail tient beaucoup de place ; la population en s'accroissant rétrécit de plus en plus les pâturages et songe d'abord à emprunter la terre nécessaire à la culture du blé, de la vigne, de l'olivier. Quelques efforts d'industrie, des assolements plus intelligents, une occupation plus constante et plus énergique du sol, compenseraient peut-être cet envahissement de l'homme en surface ; mais nous l'avons déjà dit, le niveau moral et intellectuel du peuple français ne monte pas à proportion des nécessités croissantes du siècle.

Les Fiançais sont essentiellement herbivores et frugivores. On ne saurait disconvenir que le sol et le climat n'aient fait les avances. Partout, en France, on mange du pain, du pain de froment le plus souvent et dans la confection duquel la complaisance de cette céréale permet un véritable luxe. Un petit nombre de montagnards seulement consomment du pain de seigle ou d'orge ; quelques habitants des terres granitiques vivent de sarrasin. En somme, le pain forme la base de l'alimentation et, parfois, presque toute l'alimentation. Dans le midi, les olives fournissent la graisse nécessaire ; dans d'autres régions, c'est le beurre; à toutes les zones, le porc, de si facile entretien, donne l'assaisonnement et le complément des platées de soupe au pain et aux légumes, par sa graisse bien plus que par sa chair. Une infinie variété de légumes et de liuits, comestibles à l'état frais, compense heureusement l'usage de cette viande qu'il a fallu conserver par salaison. Notre pays acclimate une foule d'arbres et d'arbrisseaux exotiques, dont les produits, améliorés par la culture, sont peut-être supérieurs à ce qu'ils étaient dans leur patrie même.

Ce qui relève certainement du climat français, c'est la généralisation de l'usage du vin dans toutes les classes de la nation. Ce stimulant merveilleux, aliment positif par quelques côtés, explique probablement que les forces du peuple s'entretiennent malgré des habitudes extrêmement frugales et suffisent à une somme incontestablement considérable de travail. La vigne lut, dit-on, apportée dans les Gaules par les Phéniciens, à l'époque de la fondation de l\Jarseille, il y a quelque vingt-six siècles ; il serait intéressant de rechercher jusqu'à quel point cette culture avait gagné dans le pays et si l'on ne serait pas autorisé à porter au compte du vin une partie de la gaieté proverbiale et de l'esprit des Gaulois, comme il est apparent que cette consolante liqueur verse à leurs fils d'aujourd'hui la résignation sans désespérance, le courage sans colère, le rire éclatant tout à coup au milieu des larmes, comme le ravon de soleil qui traverse les ténèbres. J'ai dit que l'usage général du .vin relève du climat français et, en effet, aucune terre, sous ce rapport, n'est favorisée du ciel au même point; nous avons la quantité, la qualité, la variété, et, dans celle-ci, toutes les nuances sont bonnes. (Voir plus haut : Plantes cultivées : La vigne.) Quelques fractions du territoire se prêtent mal, il est vrai, à cette riche culture; çà et là, le cidre ou la bière supplée le vin dans la consommation du plus grand nombre, et il n'est pas impossible que ce ne soit une des raisons pour lesquelles les Bretons, Normands, Alsaciens, Flamands, partagent incom- DICT. ENC. i° s. IV. 35

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plélement les attributs du reste des Français. Mais les relations entre provinces se multiplient et tendent à devenir moins difficiles et moins coûteuses; quelque effort de l'État pour abaisser les droits, des compagnies de chemin de fer pour réduire les tarifs, et le vin, qui déjà pénètre de haute lutte dans les pays à cidre et à bière, finira par supplanter ses pâles rivaux.

f. Français type. Nous songions, pour terminer ces considérations, à essayer une esquisse du Français type, une sorte de moyenne morale de notre peuple. Si la chose n'était à peu près impossible, elle serait inutile, ne pouvant exprimer la vérité, et probablement dangereuse, parce qu'un écrivain français est suspect d'avance, en une pareille appréciation. Au fond de notre légitime amour pour la patrie, il Y a toujours quelque recoin de faiblesse pour cette terre et les hommes qu'elle nourrit ; nous ne sommes pas sûrs d'y échapper, même alors que nous objuro^iions nos concitoyens sur leurs défauts. Mais il est permis de fixer un certain nombre de traits parmi les plus saillants ; Elisée Reclus l'a fait, tout en se rendant compte des difficultés auxquelles il vient d'être fait allusion. En lui empruntant quelques grandes lignes de cette peinture morale, nous nous abritons derrière un jugement calme et ferme.

« Ainsi qu'il convient à un peuple qui sert d'intermédiaire naturel pour les idées, le Français arrivé au plein développement de son être a, parmi les hommes, la vertu spéciale de la sociabilité; à cet égard, il est, de l'aveu de tous, celui qui approche le plus de la perfection. Un sentiment de bienveillance naturelle le porte vers son semblable, un esprit d'équité le guide dans ses relations avec tous ; il charme par ses prévenances ; il retient par son amabilité ; en toutes choses, il sait agir avec mesure et discrétion ; il aime à plaire par le costume et les manières, mais sans les outrer; il excelle dans l'art de bien dire, et pourtant il fait valoir son esprit sans porter tort à celui des autres. Plus encore que le Fiançais, la Française peut être considérée à cet é"'ard comme représentant la plus haute expression du caractère national. A ses vertus de famille, l'ordre, l'économie, la prudence, la promptitude de décision dans les choses du ménage et les affaires, elle ajoute des qualités sociales qui lui donneut un charme tout particulier, le bon sens, le naturel, l'esprit, l'àpropos; elle ravit par sa conversation, et c'est à elle surtout qu'est dû l'attrait de la société française. Il est rare que les étrangers ne se plaisent pas en France ; il est plus rare encore que des Français ne se sentent pas malheureux loin de leur patrie : il est peu d'hommes auxquels pèse plus durement le fardeau de l'exil. » Hélas! Ces lignes mêmes ont été écrites en terre étrangère.

« Appartenant à la fois aux groupes des nations méditerranéennes et des nations septentrionales, regardant à la fois vers deux mondes, les fils des Gaulois ne se distinguent pas seulement par leur promptitude de compréhension et leur justesse de raisonnement, ils se font remarquer aussi entre tous les peuples civilisés par la délicatesse de leur tact, la sûreté de leur goût. Longtemps ils ont .été considérés en Europe comme les arbitres de la littérature, et

dans certains domaines de l'art leur supériorité reste incontestée Tous

les peuples tx'ouvent en eux un écho de leurs propres pensées. Telle est la raison pour laquelle les grands mouvements de l'Europe ont toujours eu leur contre-coup puissant en France, quand ils n'y ont pas pris naissance. Qu'on l'en loue ou qu'on l'en blâme, et nous croyons que la postérité l'en louera, c'est la France qui a proclamé les « droits de l'homme ». Elle ne s'arrête point aux faits de détail, elle vajusqu'au principe lui-même.

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« On travaille beaucoup en France; de tout temps, les populations y ont été laborieuses, même quand elles peinaient pour le compte d'un maître... Une semblable activité ne pourrait se comprendre si la forte cohésion de la famille ne s'ajoutait aux. vertus personnelles du travailleur. Enfin, ces phénomènes de reprise, presque de résurrection, qui suivent dans la vie de la nation chaque période d'abaissement, pourraient-ils s'expliquer, si le fonds n'était pas encore vivace et jeune, si le peuple n'était disposé d'avance à contribuer pour sa part à toutes les grandes œuvres que l'humanité saura réaliser dans l'avenir ?

« Les qualités du Français moyen, choisi comme type de la nation, ont aussi leurs défauts correspondants. Être sociable par excellence, il lui arrive souvent de se faire trop « tout à tous » et de perdre ainsi sa valeur propre ; habile à parler de tout, il risque fort d'être superficiel dans ses jugements ; homme de goiit et de mesure, il s'expose à sacrifier la force et l'originalité; très-soucieux des convenances, très-respectueux du sentiment général, il néglige parfois la voix intérieure; il peut mettre sa conscience dans l'opinion commune au lieu de la chercher en soi ; homme de société ou de parti, il n'a pas toujours le courage de rester lui-même; il a rarement l'audace de penser et d'agir dans sa fière indépendance. »

Est-ce le climat qui fait naître les Français avec ces qualités et ces défauts et imprime lentement ces attributs dans les générations successives, en les renforçant à chacune d'elles? Il y contribue certainement ; car l'homme s'harmonise involontairement avec son milieu et toute cette modalité morale semble refléter à merveille les aspects caractéristiques du ciel de France, presque toujours souriant, ardent quelquefois, jamais torride, au fond très-capricieux, en somme clément, plein de promesses, de séductions et de réelle fécondité. La preuve en est dans ce fait, facile à retrouver dans l'histoire, que les Français ont commis leurs plus énormes sottises, non sous l'impulsion nationale, mais lorsqu'une direction étrangère, femmes ou mères de rois, ministres, chefs de l'Etat, faussait ou dévoyait les aspirations normales du peuple. Nous avons, du reste, rudement expié bien des fois le tort de n'avoir pas compté sur nousmêmes.

Il nous semble bien encore apercevoir la trace de ce parallélisme du climat et des passions dans les allures si expressives des révolutions politiques et sociales en France. Un côté au moins de ce sujet est du ressort médical. Chez nous, les masses se soulèvent bruyamment, dépassent le but, atteignent aux démonstrations sanglantes et féroces, même quand le droit est avec elles ; c'est un orage aveugle. Quelle différence d'avec les révolutions anglaises ! Passez la Manche et vous verrez les procédés légaux, la ténacité calme et froide, suffire au succès. Affaire de race? Sans doute, à plusieurs égards. Mais je ne saurais croire qu'il n'y ait plus que cela, lorsque je remarque la coïncidence avec la saison chaude de notre pays des grands soulèvements populaires, parfois graves et dignes comme la cause qui les inspire, souvent, hélas ! entachés d'actes de colère. Peut-être eût-on pu prendre la Bastille en hiver ; mais ce fut dans les grandes et chaudes journées que s'accomplirent deux faits immenses : le serment du jeu de paume (20 juin 1789) et la destruction de la forteresse qui représentait la royauté absolue (14 juillet). Il faisait chaud aussi les 27, 28 et 29 juillet 1830. La révolution relativement paisible de février 1848 devait avoir son moment d'incandescence néfaste en juin, deux années de suite. La grandeur de l'idée n'excuse pas la violence du mouvement ; mais du moins le

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peuple travaille au grand jour et à la face du soleil. Les entreprises personnelles préfèrent l'ombre et la nuit, brumaire et décembre.

On a d'autres preuves, indirectes il est vrai, dans les divergences régionales, qui, sur le fond du caractère français moyen, accentuent une nuance spéciale, en rapport avec la note dominante de la physionomie du climat partiel, et conservent à chaque élément populaire son originalité. Ne revoit-on pas aisément le climat local à travers les allures particulières, chez « les méridionaux de Provence ou de Gascogne, bavards, agiles, toujours en mouvement ; les hommes des plateaux, âpres au travail et lents à l'amitié ; les gens de la Loire, à l'œil vif, à l'intelligence lucide, au tempérament si bien pondéré ; les Bretons mélancoliques, vivant parfois comme dans un rêve, mais soutenus dans la vie réelle par la plus tenace volonté; les Normands à la parole lente, au regard scrutateur, prudents et mesurés dans leur conduite ; les Lorrains, Vosgiens, Franc-Comtois, ardents à la colère, prompts à l'entreprise », bien que tous, réunis à Paris par exemple, gardent un air de famille ?

Ajoutons encore un attribut commun, qui n'a point échappé à l'observation morale de notre savant géographe. Le paysan français trahit, par ses habitudes routinières, sa défiance à l'égard des innovations et souvent même du progrès, le rhythme régulier de notre climat tempéré, à alternances marquées et invariables. Heureusement, ce sont aussi ces conditions climatiques qui président à ses allures laborieuses et patientes. « La vie de l'homme se développe mieux que partout ailleurs dans ces régions où le travail de la nature s'accomplit à la fois avec régularité et énergie, où les forces venues de l'équateur et celles qui sont nées au pôle se pénètrent les unes les autres, accroissent par le mélange le nombre de leurs phénomènes et néanmoins atténuent mutuellement la violence de leur action. » Là, l'homme « est incessamment sollicité au travail, car si la nature des régions tempérées est généreuse, elle l'est avec mesure et seulement pour ceux qui l'étudient et la comprennent » . Chaque saison doit préparer le labeur de celle qui la suit.

C'a été une profonde erreur de prendre les Français pour un peuple porté aux conquêtes et aux irruptions à l'extérieur. Les nations conquérantes sont celles qui habitent les plateaux monotones et les terres basses sans horizon, comme les Mongols d'autrefois, les Russes d'aujourd'hui. La France, d'une façon générale, est doucement accidentée; sa population tend plutôt à se fractionner et à s'attacher à d'étroits espaces, renfermés dans des limites naturelles, qu'à se déplacer en masse.

Là où le climat, mais seulement en raison des modifications qu'il reçoit du sol et de la topographie, influence les mœurs des habitants, c'est sur nos plateaux, dans nos régions montagneuses, sur nos côtes.

Il y a peu d'habitants sur les causses de la Lozère ; l'eau manquant sur ces plateaux calcaires, il n'y a pas d'arbres, l'herbe est rare et courte, le vent âpre et sans obstacle. Les hommes du riche versant qui s'incline vers l'Atlantique méprisent le « gavache » des plateaux. Celui-ci, toutefois, a l'avantage sur l'habitant des terres granitiques qui bordent au nord certains de ces massifs calcaires. Le « caussenard » [caoussenaoïi), mangeur de pain d'orge et d'avoine, et buveur d'eau claire, est grand, osseux et fort. L'habitant des terres cristallines, mangeur de seigle {ségaJain) et de châtaignes, buveur de cidre, est beaucoup moins vigoureux. Une différence semblable s'observe entre les Francs- Comtois des plateaux jurassiques, au torse court, avec des épaules larges, de

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grands bras, de longues jambes, et ceux qui sont descendus sur les terrains siliceux d'en bas : « les montagnes fournissent les liantes tailles, les plaines les empruntent et les détruisent par la mortalité bressane. » (A. Delacroix : Notes manuscrites; in El. Reclus : Géographie universelle.) Aux premiers, l'indépendance aussi, l'aptitude à ne point se laisser pénétrer, mais au contraire à se répandre sur le monde ; le zèle pour le travail et l'amour de la liberté.

Le grand plateau du centre est, de même, faiblement peuplé, grâce à l'infertilité du sol et à la rudesse du climat. La densité moyenne de la population en France étant de soixante-huit habitants par kilomètre carré, celle des treize départements du plateau n'est que de cinquante-six. Ce n'est pas que les familles n'y soient prolifiques; mais les ressources locales ne permettent pas aux enfants de la montagne de rester tous dans leur patrie. On sait que les gens de la Lozère et du Tarn descendent dans les plaines de l'Aude et de l'Hérault pour y aider à la moisson et à la vendange ; que les habitants de la Corrèze, du Limousin, sont les constructeurs du nouveau Paris et les maçons des grandes villes du nord ; que les Auvergnats vont exercer en France, en Suisse, en Hollande, le métier de colporteurs et quelques autres industries dont ils ont le monopole. Les paysans d'Ytrac et de Grandelles ont la spécialité de l'exploitation espagnole ; il paraît que, dans leurs relations industrielles et commerciales avec le pays catalan, ces Auvergnats des environs d'Aurillac ont fini par contracter quelque chose d'espagnol dans leur costume et aussi dans les traits de la physionomie. On a dit , et c'est vrai , que ces aspects tranchés , ces paysages de montagnes, qui s'incrustent d'eux-mêmes dans la mémoire de ceux qui sont nés et ont grandi au sein de cette nature sévère, obsèdent de leur image le montagnard partout où il se transporte et, finalement, le ramènent après une absence plus ou moins longue aux lieux où fut son berceau. Il n'en est plus toujours ainsi aujourd'hui pour nos Français d'Auvergne et beaucoup d'entre eux se fixent définitivement dans quelqu'une des grandes cités où ils sont venus au hasard exercer une de leurs industries.

L'humanité se transforme sans cesse. Où sont les mercenaires suisses, qui se battaient à prix d'argent pour le compte de la France ou de l'Espagne? Où sont les Ariégeois de Saint-Lizier d'Ustou, qui promenaient des ours dans nos villages du nord et les faisaient danser sur nos places? Il n'y a plus d'ours dans les Pyrénées et les enfants de l'Ariége ont tourné dans une autre direction leurs talents d'instructeurs. Si ceux de Conflens vendent toujours des limes, il n'y paraît plus guère.

Pour les Français du littoral, c'est autre chose. La mer les soumet toujours à son invincible séduction, et d'autant mieux que le pays, comme la presqu'île bretonne, est plus complètement entouré d'eau ; le mouvement des flots exerce sur presque tous les hommes une étrange attraction ; les insulaires sont nécessairement voyageurs et agents du commerce lointain ; les Normands et les Bretons donnèrent à la France ses colonies d'autrefois, que la monarchie ne sut pas garder. « Les populations maritimes sont intrépides, dit El. Reclus ; leurs idées sont sobres et énergiques, mais uniformes comme la mer ; elles ont rarement pour elles la grâce ou la douceur, mais elles ont la force et parfois la violence ; fils de l'Océan, les marins gardent dans leur vie comme un reflet de ces flots puissants qui les ont bercés dès leur enfance. » On ne trouverait pas mieux pour caractériser le génie de quelques-uns de nos grands médecins, dont le nom vient à toutes les bouches : Broussais et Laënnec ont enseigné à la façon

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dont l'Océan fait entendre sa grande voix dans la tempête et ronge sans relâche la falaise antédiluvienne, qui finira par disparaître dans le flot.

Nous avons maintes fois, dans le cours de cet article, insisté sur l'originalité du climat méditerranéen. Il a aussi sa physionomie populaire spéciale. Sans le mistral, ce climat serait africain ; mais l'adhérence de cette zone à la terre d'Europe lui donne un régime thermique et pluvial à grandes oscillations inattendues. « 11 est à croire que ces caprices de l'atmosphère et la constitution essentiellement orageuse du milieu contribuent, avec les violences du mistral, à donner aux habitants de la Provence et du Languedoc, si distincts des « Gavaches » des Cévennes et des « Franciaux » du Dauphiné, leurs passions soudaines, leurs emportements subits et leurs brusques retours de mollesse et de langueur. » Il est superflu, sans doute, de paraphraser ce jugement d'Él. Reclus, dont la justesse est frappante dans sa forme concise.

2" Influences patlwlogiques. Cette section ne saurait recevoir ici de grands développements et, en particulier, ne pourrait être l'objet d'applications pratiques précises, sans empiéter sur le cadre d'une des grandes divisions de cet article (voy. Pathologie). Elle manquerait, cependant, au présent ensemble, si nous ne la représentions au moins par les lois qui dominent le détail des faits, en ce qui concerne les rapports de notre climat avec les maladies de nos contrées, leur succession, leurs allures, leur physionomie.

La France semble être le terrain fait à souhait pour le règne des doctrines hippocratiques, ou dérivées, sur les constitutions médicales annuelles, saisonnières, stationnaires ou spéciales, régulières ou anomales. Notre climat tempéré avec son partage de l'année en saisons absolument distinctes, la variabilité dans le nuancement particulier de chacune d'elles, la flexibilité des transitions, les différences assez communes dans les caractères de deux années ou de deux séries d'années successives, les affinités divergentes du climat de nos provinces du nord et de celui de notre midi, tout cela devrait nous engager à renouer avec notre époque la tradition d'Hippocrate, de Sydenham et de Stoll et nous promettre le succès. Les médecins français connaissent bien aussi ce chapitre de l'étiologie antique, témoin le savant article de M. Brochin {Diction, encycl. des sciences méd. : Constitutions médicales) et le lumineux travail de M. Bernutz [Nouv. Dictionn. de méd. et de chirur. pratiq., tome IX, p. \Qâ:). Plusieurs même ont fait de courageux efforts pour rendre à ces théories leur ancienne importance ; Fuster y a consacré la meilleure part de sa vie scientifique. Cependant, le plus grand nombre y croit un peu platoniquement et ne s'en sert guère, si ce n'est à titre d'étiologie vague et comme par habitude. On cède pour ainsi dire à un besoin partagé par le vulgaire, et peu raisonné; au fond, la confiance est médiocre. Les raisons de cet état de choses semblent être les suivantes.

Tout d'abord, on a trop généralisé cette étiologie pour pouvoir atteindre à des applications nettement démonstratives. Puis, dans cette matière, où le rapport entre les circonstances présentées comme causes et les maladies supposées effets est déjà fort délicat, on a longtemps vécu sans bien préciser et sans posséder exactement les faits météoriques qui étaient le premier terme du problème. Enfin, la climatologie n'a de rapport direct qu'avec la genèse des maladies banales; son influence n'est qu'indirecte vis-à-vis des maladies spécifiques, les plus importantes de toutes, que notre époque connaît mieux que ses devancières, et dont la science poursuit aujourd'hui le principe même; objectif grandiose et d'une puissante séduction, qui nous fait trop négliger l'utile détermination des

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choses capables de régler le temps et le mode d'éclosion ou de manifestation des principes spécifiques.

Ce serait, cependant, le moment de revenir à cette étude, aujourd'hui que les procédés d'observation météorologique ont acquis la sûreté et s'uniformisent d'un point à l'autre du territoire. Nous avons appris à quitter les vues d'ensemble, à limiter nos épreuves à quelques séries de faits, à formuler des lois *en petit nombre mais reposant sur la démonstration mathématique. Que l'on en établisse quelques-unes de pareilles en étiologie météorologique et elles se substitueront bientôt aux vastes et vagues formules de la doctrine des constitutions médicales d'autrefois. M. Ernest Besnier, depuis plusieurs années, montre le chemin dans cette direction, avec une méthode remarquable et un incontestable mérite, par les Comptes rendus de la Commission des maladies régnantes pour les hôpitaux de Paris. Chacun des rapports partiels de trimestre, dans le compte rendu annuel, débute par l'esquisse météorologique de ce trimestre, en regard de laquelle l'auteur place immédiatement la caractéristique pathologique correspondante ; de même, le tableau des principaux caractères de l'état atmosphérique pendant les trois mois, emprunté à l'observatoire de Montsouris, précède les tableaux de la morbidité et de la mortalité parisiennes, et leurs commentaii-es. Ce laborieux constructeur d'un édifice nouveau a fait appel au zèle des médecins des grandes villes de France et provoqué leur collaboration. On ne saurait dire qu'il n'a pas été répondu ; il convient, au contraire, de louer et d'encourager la pai-ticipation de MM. Fonteret, Meynet et Mayet (Lyon), H. Gintrac (Bordeaux), Guichard de Choisity (Marseille), Bonnemaison (Toulouse), Leudet (Rouen), Lecadre (le Havre). Mais il est permis de regretter que ces observateurs distingués n'aient point adopté une méthode uniforme, celle de M. Besnier lui-même, et, en particulier, se bornent à résumer en quelques traits la physionomie météorologique de chaque époque, sans l'appuyer de tableaux, de telle sorte que l'on peut craindre qu'il ne s'agisse d'appréciations personnelles plutôt que d'observations numériques exactes.

Au lieu de répéter ici, sous prétexte d'être complet, les généralités que l'on trouvera aux articles Climat et Constitutions médicales, nous utiliserons quelques-uns des l'ésuUats de M. Besnier.

Il importe tout d'abord de distinguer, quant aux influences pathogéniques du climat, les maladies spécifiques des maladies banales. Le climat peut être tout dans l'étiologie de celles-ci; il n'est qu'un élément dans la genèse des autres.

Modalités des maladies spécifiques. La fièvre typhoïde, « la grande pyrexie de nos climats » (Chauffard) et de beaucoup d'autres, est manifestement dominée, dans ses manifestations épidémiques, par l'influence saisonnière : « dans toutes les régions où la fièvre typhoïde est endémique, la maladie subit, dans la période estivo-automnale, une exacerhation considérable et constante. » Telle •est la loi à laquelle aboutissent les recherches de notre éminent collaborateur ■dans les statistiques de Paris, Lyon, Londres, des Etats-Unis d'Amérique (Nord), et dont l'action de la chaleur humide sur les fermentations organiques donnerait la raison, sans doute, aussi bien que la fameuse loi de Pettenkofer : les oscillations inverses du typhus (abdominal) et de la nappe d'eau souterraine. Mais nous n'avons pas à entrer ici dans une explication que M. Besnier n'aborde pas lui-même.

La variole ne règle pas ses grandes fluctuations sur le déroulement d'une année unique et de chaque année : son évolution épidémique comprend une

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série cV années, ce qui a déjà été établi par M. Yacher [Étude méd. et statist. sur la mortalité à Paris, à Londres, à Vienne et à New-York, en 1865 ; Paris 1866), pendant laquelle il se présente im moment où la maladie semble avoir perdu sa puissance de diffusion. Dans la phase d'épidémicité, Ernest Besnier est arrivé à établir que « chaque année, la mortalité par variole, abaissée au minimum pendant les mois de juin, de juillet et d'août, se relève en septembre, suit une marche régulièrement ascensionnelle pendant l'hiver, décline au printemps, et arrive au minimum en été. » Sauf dans la néfaste année 1870, les médecins du Yal-de-Grâce ont toujours fermé en juillet jusqu'à l'hiver suivant le service spécial consacré aux varioleux (L. Colin : La variole au point de vue épidémioloqique et prophylactique, Paris, 1875). La scarlatine obéit à peu près aux mêmes lois. Encore une fois, notre rôle n'est pas d'expliquer ces lois ; c'est, du reste, une tentative dangereuse et qui trouble les allures de la statistique ; cependant, puisque nous cherchons un rapport entre le climat et les modalités morbides, n'est-il pas permis de penser que la variole est favorisée, dans son expansion, non par le froid, mais par la concentration des groupes humains, que le froid a l'habitude de provoquer? A vrai dire, ce raisonnement ne laisse pas que d'être parfois embarrassant si l'on essaye de le conserver en face de la scarlatine et surtout de la rougeole.

Mais aucune affection spécifique n'accuse mieux que la fièvre intermittente les influences du climat français, décomposées par saisons et par zones climatiques. C'était, ou le sait, le sujet qui précisément inspirait à Hippocrate sa doctrine des constitutions médicales, autant dire des influences cosmiques, et c'est en observant les degrés et les différences suivant lesquels l'action climatique s'exerce sur les manifestations de l'impaludisme que M. Maillot, en plein broussaisisme, a reconnu et proclamé la nature des fièvres d'Afrique, rendu possible la colonisation de l'Algérie et acquis une gloire impérissable. Chose à remarquer, M. E. Besnier, à Paris S M. Mayet à Lyon, n'ont même pas ouvert de case pour la fièvre intermittente dans leurs tableaux, tandis que les médecins de Bordeaux, de Toulouse, en parlent sans qu'on le leur demande, au compte rendu du 'ù" trimestre (voy. Compte rendu de 1875). Notre éminent ami et collaborateur, M. L. Colin, avait donné d'avance le mot de cette singularité et formulé, dans son Traité des fièvres intermittentes, Paris, 1870, p. 135 et suiv., les lois relatives à l'influence du climat sur la modalité spéciale de l'intoxication tellurique. En lui empruntant' ce qui s'applique à notre pays, nous pouvons écrire : les fièvres, toutes choses égales d'ailleurs, sont rai'es, bénignes, nettement périodiques, dans toute la France pendant la saison froide, et en tout temps dans la zone septentrionale ; elles sont communes, parfois graves, d'ordinaire périodiques mais entremêlées de formes rémittentes, dans la saison chaude de la zone moyenne ; elles sont graves et, à l'époque des chaleurs, atteignent fréquemment à la rémittence et à la continuité dans la zone méditerranéenne. Dans l'ensemble, le type tierce ou même quarte domine sur le Rhin, le type quotidien dans la Bresse, la rémittence sur le bord des étangs méditerranéens .

Les saisons chaudes, été et automne, ont généralement paru favorables à l'extension épidémique du choléra dans notre pays. Cette loi n'est pas sans exception. [Voy. Choléra.)

(1) Toutefois, le compte rendu pour le 1" trimestre 1874 mentionne, dans les hôpitaux: militaires, des fièvres intermittentes venues des camps sous Paris.

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Fréquence, formes et gravite' des maladies banales. Pour les maladies banales, pas plus que pour les autres, M. E. Besnier n'a encore voulu, malgré dix années déjà d'observations suivies et précises, chercher à montrer le lien qui peut unir la fréquence ou la gravité de telle ou telle maladie avec les circonstances climatiques. Son but premier, jusqu'aujourd'hui, a été « d'étudier les variations que présentent le nombre des cas et le chiffre des décès pour UKE MÊME MALADIE euvisagéc pendant une série d'années ou de saisons ». 11 a déjà pu ainsi « indiquer la marche régulière et normale, propre à notre région, de plusieurs affections saisonnières, montrer les variations que le cours régulier des saisons amène périodiquement dans la mortalité de quelques maladies, donner la preuve positive de l'inégalité de la mortalité générale à certaines époques, c'est-à-dire établir scientifiquement la réalité des constitutions bénignes et malignes ».

En tète de toutes ces lois, il faut inscrire celle-ci : la saison, l'année, la constitution atmosphérique, l'èglent le nombre des cas et non point leur gravité, h mortalité moyenne restant, à bien peu d'exceptions près, immuable.

La mortalité saisonnière de notre climat s'abaisse au minimum pendant le troisième trimestre, s'élève pendant le quatrième, atteint son apogée pendant le premier, et recommence à décliner dans le second ; mais le tout dans des limites fort restreintes, ainsi que l'on en jugera par le fragment de tableau suivant :

DÉCÈS DANS LES HOPITAUX CIVILS DE PARIS PENDANT LES ANNÉES 1869, 1872, 1873, 1874 ET 1875 (E. Besnieb).

Totaux mensuels des cinq années.

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