VERSANT NORD
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514 FRANCE (climatologie).
[Silène acaidis), des saxifrages [Saxifraga muscoïdes, S. hryoïdes, S. aizoïdes, S. stellaris), des gentianes {Gentiana verna, G. havarica, G. glacialis, G. nivalis). Ce sont des plantes soctaies ; ces végétaux poussent en tous sens des rameaux couchés qui peuvent prendre racine et assurer la perpétuation de l'espèce, si l'intensité du froid empêche la plante de porter graine. De là des gazons épais et touffus où les tiges entrelacées permettent à peine d'isoler quelques échantillons complets ; c'est le cas du carnillet et les botanistes le regrettent (Ramond). A côté de ces plantes sociales, on trouve plus isolés : Cerasiium latifolium, Alchemilla alpina, Alchemilla pentaphylla, Ranunculus glacialis, R. pyrenœiis. Le tableau ci-dessous, emprunté à Ch. Martins, met en parallèle les limites des différents arbres sur les deux versants du Mont-Yentoux :
Pin d'Alep (Pinus AJepensts)
Chêne yeuse {Quercus ilex)
Noyer (Jugla7is regia)
Hêtre {Fagus sylvatica)
Epicéa (A6ies e.rceisa). » »
Pin muglio {Piiiiix uncinata) 1,810 1,720
Sur le Mont-Blanc, la dernière phanérogame trouvée par de Saussure était le Silène acaulis,k 3469 mètres. Aux environs de Bosekop, latitude 69",68',Ch. Martins et Bravais l'ont vue à 900 mètres au-dessus de la mer ; on la trouve encore, végétant au bord de la mer, à l'ombre des derniers pins sylvestres de l'Europe. Nous pouvons donc, en gravissant le Mont-Blanc, éprouver l'action des climats polaires et en contempler la flore. Et, en effet, Martins constate que la succession des grands végétaux sur le versant septentrional de la Grimsel (Suisse) rappelle exactement la succession de ces mêmes végétaux le long des côtes de la Scandinavie. Le même savant et Bravais ont trouvé sur le sommet du Faulhorn des plantes identiques à celles qu'ils avaient récollées au Spitzberg.
Ramond, en quinze années, fit trente-cinq ascensions sur le pic du Midi et y recueillit chaque fois toutes les plantes qu'il y trouvait en fleur. 11 y constata l'existence de 133 espèces, dont 71 phanérogames et 62 cryptogames {État de la végétation au sommet du pic du Midi de Bagnères). Ce courageux chercheur a, de plus, noté les changements anatomiques qu'une même plante peut présenter suivant l'altitude à laquelle on la rencontre ; la plante se rabougrit à mesure qu'elle monte, raccourcit sa tige, étale ses feuilles et fonce les couleurs de sa corolle. C'est ce qui arrive de la Primula farinosa et du Myosotis sylvestris ou nana. La Gentiana vera est réfractaire à cette loi et conserve le même habitux à toutes les hauteurs dans les Pyrénées.
Sur le Canigou, les oliviers croissent jusqu'à 420 mètres, la vigne jusqu'à 550 ; le châtaignier disparaît au-dessus de 800 mètres. Les derniers champs de seigle et de pommes de terre ne dépassent pas 1640 mètres, hauteur à laquelle le hêtre, le pin, le bouleau, souffrent déjà du vent et de l'hiver. A 1950 mètres s'arrête le sapin; le bouleau ne dépasse pas 2000. Le pin escalade 2430 mètres, non loin de la cime. Au-dessus se présentent les espèces alpines ou polaires : les rhododendrons, de 1320 à 2640; le genévrier va jusqu'au sommet, à 2787 mètres. Le tremble s'élève plus haut que le hêtre sur les flancs du Canigou : c'est le contraire dans les Alpes bavaroises. Affaire de différences autres (|ue celle de la température.
FRANCE (climatologie). 515
Au-dessus des dernières herbes, quelles que soient les montagnes, la vie n'a pas encore dit son dernier mot ; la végétation est représentée par de nombreux lichens. Agassiz (1841) a trouvé sur le sommet de la Jungfrau, à 4175 mètres; cinq espèces de lichens : Lecidea conglomerata, L. confluens, Parmelia elegans, Umbilicaria atropruinosa et U. virginis.
Tels sont les caractères de la végétation de nos montagnes; sur ces groupes sauvages, au moins, nous pouvons croire que la flore se montre indépendante de tout autre chose que le climat et le sol. Si, maintenant, nous redescendons dans la plaine, nous courons tous les risques des déceptions et des surprises que le mouvement humain ménage à de pareilles recherches. « L'homme réagit autant sur la nature que la nature agit sur lui. »
De plus, c'est ici surtout qu'il est facile de se convaincre que l'habitat est loin d'être toujours en rapport avec les conditions purement climatologiques, mais dépend aussi souvent de la nature du sol, de sa configuration, du voisinage de la mer ou des eaux douces, de la présence des forêts, etc. Ce grand principe sera établi avec infiniment plus de compétence dans la section Flore, par M. le professeur Bâillon, avec qui je suis quelque peu fier de m'être rencontré en ce point, sans entente préalable.
En France, il y a peu de végétaux Séquaniens, Girondins, Rhodaniens, Vosgiens ; mais des végétaux des sols calcaires, des sols siliceux , des plantes marines , palustres , montagnardes , sylvestres. Nous savons même que la présence d'une espèce de chêne , cultivé dans nos départements de Vaucluse et des Basses-Alpes , entraîne avec elles l'apparition d'un végétal de quelque prix, la truffe {Tuber cibariimi). La truffe existe dans presque toute la France, mais avec des propriétés odorantes variables; ne les doit-elle pas surtout au sol et au voisinage?
La plupart de nos champignons de haut goût, que M. Bertillon réhabilite énergiquement, et en toute justice selon nous, se rencontrent du nord au midi, mais à la condition qu'il y ait des forêts : morilles (Morcliella), gyrolles {Helvella esatlenta), pied-de-mouton [Clavaria coralloïdes), cèpe {Boletus edulls], oronge {Amanita aurantiaca). Peut-être le midi est-il un peu favorisé et possède-t-il en plus grande abondance les espèces du plus riche fumet. La mauvaise renommée faite par quelques-uns aux champignons en masse les laisse croître ignorés dans plus d'un canton; lorsque nous eûmes l'ait, dans les bois de Saint- Cyr, la connaissance du cèpe de Fontainebleau, nous reconnûmes qu'il croît assez abondamment dans les forêts l.orraines où les paysans s'en détournent avec horreur, sur la foi de la réprobation générale qui englobe tous les champignons, sauf le fade champignon de couche.
Le lichen pare//a croit en Auvergne; le variolaria dealbala, dans les Pyrénées; les^lichens parieiinus et vidpinns, dans les Alpes. Mais n'est-ce point le fait de l'aptitude de presque tous les lichens de pouvoir s'attacher aux roches nues? Il faut reconnaître, cependant, qu'il y a aussi la condition commune de la basse température des hauteurs et des précipitations atmosphériques abondantes.
Les fougères sont à peu près de tous les climats français. Cependant, le capillaire de Montpellier [Adiayitum capillus veneris) appartient plus particulièrement aux lieux pierreux et humides de notre midi (Moquin-Tandon).
De même, une cypéracée, le souchet comestible {Cyperus esculentus) est
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propre aux abords de la Méditerranée : mais toutes les cypéracées aiment l'eau et les rivages marins ou lacustres les attirent.
Quelques triglochinées affectionnent les bords de la Méditerranée et de l'Océan, comme d'autres gardent les marais des environs de Paris, les tourbières, les prairies humides. C'est un trait de mœurs aquatiques. Lesjoncées se comportent ssmblablemeiit : Jiincusmaritimus, sur les rives de l'Océan et de la Méditerranée; J. pijgmaeus, dans tout l'ouest, de Dunkerque à Bayonne, et dans la région méditerranéenne.
Un grand nombre de familles renferment au moins une espèce dont l'épithète est « maritimus » (ou a maritima ))) ; indépendamment de l'humidité et de la salure du sol, on peut compter que les rapports du climat marin avec les aptitudes de la plante portent surtout sur d'autres conditions que la thermalité.
Les asphodèles, qui rappellent l'Algérie, abondent dans la zone méditerranéenne : Asphodelus fistiilosus, Var, Marseille, Gard, Crau, Arles, Hérault; A. microcarphus, de Nice à Perpignan; A. albus, dans la région méditerranéenne et le long de l'Atlantique; A. sphœrocarpus caractérise, au contraire, le littoral (le l'Océan; on le trouve dans les Deux-Sèvres, à l'embouchure de la rivière de Vaimes, dans le Cher, l'Indre, la Sologne.
Une liliacée, V Erythronium dens-canis est exclusive au Midi. Le Fntillaria meleagris prédomine, au contraire, dans le centre, bords de la Saône, de la Loire, etc.
Toutes les potentilles aiment les montagnes. On trouve Poteiitilla alha et beaucoup d'autres, dans les Alpes, les Pyrénées, les Vosges, près de Grenoble, de Gap, en Provence, en Alsace. P. splendens préfère l'ouest et le centre. Les dianthus recherchent les collines arides; aussi, les rencoiitre-t-on presque partout; cependant, Dianthus sxjlvadcus occupe particulièrement l'Auvergne, le Cantal, les Cévennes; Dianthus gallicus, les sables de la côte occidentale, de Saint-Jean-de-Luz à Quimper. Viscaria purpurea (Silénées) affectionne l'est et le centre ; Saponaria orientalis prospère de Perpignan à Collioures.
La plupart des espèces de lins sont méridionales ; cependant Linum usitatissimum s'est acclimaté sur tout le pays et vient même très-bien dans le nord.
Les grandes malvacées s'épanouissent particulièrement dans la région méditerranéenne : Malva tournefortiana, M. amhigua, M.parviflora, M. microcarpa, Lavatera. En revanche, M. rotundifolia croît partout, excepté là. Les Althœa sont également du midi ; Althœa officinalis ne se trouve, dans l'est, que dans les marais sales.
Le Géranium tuherosum, le Rhamnus alaternus, vont du midi jusqu'à Poitiers et Angers et ne s'élèvent guère au delà.
Les lyciets fréquentent spécialement les environs de Perpignan et de Montpellier; tels sont Lycium afrum, L. mediterraneum ; toutefois, L. Barbarum, si commun à Montpellier, se retrouve bien ailleurs. Les solanées affectionnent le midi.
Quelques crucifères sont propres à nos côtes Atlantiques, ainsi : Raphanvs maritimus, côtes de Bretagne, de Brest à Quimper; Brassica oleracea, subspontané sur les falaises du Tréport, de Dieppe, de Granville ; Cochlearia officinalis, Manche; C. anglica, de Calais à Bayonne; C. rfamca en Bretagne et Normandie; C. glastifolia est spécial aux environs d'Aigues-Mortes.
La région des oliviers s'approprie le Polygala vulgaris; Fréjus, l'Estérel, P. rosea. Sur la côte Atlantique, Silène maritima règne de Calais à Noirmou-
FRANGE (climatologie). 517
tiers et S. thorei, de Noirmoutiers à Biarritz; tandis que S. nulans est répandu partout, sauf sur les côtes de la Méditerranée.
Les Rninex pidcker et bucephalopkoriis habitent la région des oliviers ; le second reparaît en plus dans le sud-ouest, d'Agen à la Dordognc. Rumex marit'unus appartient aux bords de la mer, mais aussi aux étangs de l'intérieur; R. rupestris, aux roches maritimes de la Bretagne; R. hydrolapathum, au nordest et au nord-ouest; R. alpinus, s'élève dans les hautes Vosges, les monts Dore, le Cantal, le Forez, les Alpes; R. amplericaulls habite les Pyrénées, aux environs de Bagnères; R. arifolius s'abrite sous les sapins des Vosges, du Jura, du mont Dore, des Pyrénées, des Alpes.
Parmi les arbres et arbrisseaux, Prunus padus, très-commun en Lorraine et en Franche-Comté, manque dans l'ouest et le midi; P. brigantiaca est spécial à Briançon et aux Hautes-Alpes voisines; Prunus fruticans se trouve aux environs de Narbonne, en Auvergne, près d'Angers, de Nantes, de Nancy. Prunus avium se plaît dans les bois montagneux de notre nord-est, tandis que Pyrus amygdalif orrais ne quitte pas la région des oliviers. L'ormeau, Ulnius monlana et U. effusa, se voit dans nos bois et le long des avenues, mais plus au nord qu'au midi. L'érable, Acer platanoïdes, s'élève dans les bois montagneux, de Lorraine aux Pyrénées. Le Frêne, Fraxinus excelsior, se plaît dans tous nos climats; cependant, la variété borealis est plus habituelle au nord, la variété australis plus commune au midi. L'amandier, Anygdalus communis, subspontané dans la région des oliviers, se laisse cultiver dans presque toute la région des vignes.
Aux traits bien définis de notre géographie botanique, que nous avons tracés aux débuts de ce paragraphe, joignons des exemples moins nets, mais choisis de façon à caractériser des points éloignés entre eux.
Les environs d'Ussat (Ariége), d'après le docteur Clos [Esquisse de la végétation d'IJssat, 1862), présentent comme flore caractéristique :
Vers le bas des montagnes : Thalictrun majiis? Biscutella lœvigata, Erysinium ochroleucum, Seduni dasyphyllum, Silène saxifraga, Atsine mucronata, Amelanchier vulgaris, Genista scorpius, Coronilla minima, Hippocrepis ccr- 7wsa, Ononis columnœ, 0. striata, Saxifraga Aizooti, Buplevrum falcatum, Galiwn Bocconi, Scabiosa Jwlosericea, Cenlranthus angustifolius, Artemisia campestris, Linaria origanifolia, L. Lupina, Erynns alpinus, Calamintha alpina, Teucrium pyrenaicuni, T. monlamun, T . aureum, Thesium divaricatum, AUium fallax, Kœ'eria setacea.
Plus haut ; Helleborus viridis, Aetkionema savatile, Abjssum montanum, Ribes alpinum, Astericiis spinosus^ Pyrethrum corymbosum, Campanula persicifolia, C. rotundifolia, Nepeta cataria, Stachys germanica, Primula officinalis, Globularia cordifolia, Passerina dioïca, Osyris alba, Quercus ilex.
Plus haut encore : Hepatica triloha, Meconopsis cambrica, Arabis alpina. Hypericuni nummulariœfoliuni, Alcheniilla alpina, Anthyilis moatana, Carlina acaulis, Jasonia glutinosa, Phyteunia orbicularis, P. Charmelii, Cam,' panula speciosa, Vaccinium vitisidœa, Globularia medicaulis, Androsace villosa, Gentiana ciliata, G. acaulis, Euphorbia hiberna.
Dans la répartition, qui suit, des plantes d'un autre climat, essentiellement continental, nous voyons la nature du sol servir de base.
La Flore du département de l'Vonne serait caractérisée par les familles suivantes (Eugène Bavin : Catalogue méthodique et raisonné des plantes qui crois-
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sent naturellement dans le département de l'Yonne; Bulletin delà Société' des sciences historiques et naturelles de l'Yonne, 1860-1861) :
Région granitique, accidentée et humide : Hanunculus aconiti folius, Coryda~ lia solida, Cardamine sylvatica, Stellaria nemorum, C'irysosplenium oppositifolium, Impatiens, Senecio Fuchsii, Luzida maxima, etc. Cai'actères alpestres.
Région jurassique, peu boisée, sèche : Adonis, Anémone sylvestris, Hesperis matronalis, Arabis brassicceformis, Ptychotis heterophylla, Artemisia camphorata, Pyrelhrum corymbosum, Xeranthemum cylindraceum, Aster amellus, Convolvulus cantabricus, Alopecurus utriculatus, Kœleria setacea, Polypodium, Calcareum, etc. Ici la végétation rappelle celle de nos contrées méridionales.
Région crétacée : Petasites vulgaris, Inula germanica, Sisymhrium supinum, Reseda, Phyteuma, etc.
Région dessables : Sedum elegans, Genistaanglica, Arnica montana, Pyrola rotundifolia, Inula graveolens, Juncus capitatus, Lobelia urens, Erica tetralia, Spiranthes œstlvalis, Carex biligularis, Hanunculus hederaceus, etc.
Voici, maintenant, la botanique d'un climat marin.
A Cherbourg, la température du printemps est à peu près la même que celle de Paris; celle de Tété est plus basse, celle de l'hiver plus élevée. Le thermomètre y descend rarement au-dessous de zéro et ne s'ymaintient jamais plusieurs jours de suite. Or, dit Chatin, les températures extrêmes, les minima surtout, ayant sur l'aire de dispersion des espèces plus d'influence que les moyennes, on peut être assuré : 1" que les plantes du Nord et des hauteurs Alpines se retrouveront plus souvent à Paris, dont l'hiver est plus froid, qu'à Cherbourg; 2° que les espèces méridionales, par exemple celles de notre llore méditerranéenne, s'avanceront plus fréquemment dans la presqu'île Cotentine qu'aux environs de Paris.
C'est ainsi que la Flore des climats glacés est représentée dans les environs de Paris par : Arenaria grandiflora, Aconitum napellus. Viola palustris, Daphne mezereum, Hepatica triloba, Thlaspi montanum, Vaccinium myrtillus, V. oxicoccos, Orchis odoratissima, Nardus stricta, Orchis monorchis, Gymnadenia viridis, Equisetum sylvaticum, Polystichum Oreopteris, Luzula marima, Swertia perennis, etc., espèces dont une ou deux seulement se retrouvent à Cherbourg, qui n'offre que le Lycopodium selago, comme plante alpestre étrangère à Paris.
Par contre, un assez grand nombre d'espèces méridionales, favorisées par la douce température des hivers que le voisinage de la mer entretient sur les côtes océaniques, s'avancent jusqu'à Cherbourg: Lagurus ovatus, Romulea Columnœ. Diotis candidissima, Polypogon monspeliense, Sylvia verbenacea, Cynosurus echinatus, Arum italicum, Matthiola sinuata, Trifolium suffocatum, Trigonella ornithopodioides, Daucus gummifer,Lavatera arborea, Silène cretica, Glaucium luteum, Frankenia levis.
Le sol siliceux des environs de Cherbourg fait le reste ; les plantes saxophiles l'emportent sur les calcophiles.
Nous n'insisterons pas. Cet aperçu rapide et fait presque au hasard suffit à montrer qu'il y aurait un grand travail à faire sur l'habitat de nos espèces botaniques, distribuées par régions, comme A. -P. de Candolle et Lamarck {Flore française) l'ont essayé autrefois ; mais que, si cette distribution prenait pour
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l)ase les divisions climatologiques du pays, elle devrait s'entourer de réserves infinies, sans être sûre de ne pas consacrer souvent des illusions toutes pures.
Quant aux observations de jour en jour, ou de mois en mois, sur une même plante, transformée en cUmatomètre vivant, elles ont été et sont encore pratiquées. Mais il nous paraît, sans vouloir décourager personne, que l'application de cette idée est restée entachée de graves défauts. Le vice capital, disons-le tout de suite, c'est que, dans une Flore oii tant d'espèces sont « chez elles » du Nord au Midi du pays, on n'ait pas adopté une série unique, peu nombreuse, intelligemment composée, mais invariable quel que soit le point d'observation.
D'autres circonstances moins importantes seraient ensuite à corriger; il conviendrait de ne laisser entrer dans la liste que des plantes absolument familières à tous nos points cardinaux ; elles ne manquent pas ; et puis, il serait utile de se borner à préciser les dates des grandes phases de l'évolution des plantes : les bourgeons, les premières feuilles, les boutons floraux, la floraison, la formation du fruit, la maturité de la graine, la chute des feuilles, la façon dont le végétal se comporte en hiver. En quoi cela nous renseigne-l-il d'apprendre que la plante a tant de feuilles, que sa tige ou ses rameaux se sont allongés de tant de décimètres? C'est peut-être bien une simple affaire d'arrosage ou de fumure; la floraison, la formation des graines, traduisent mieux les habitudes physiologiques des plantes et les influences climatologiques, imprimées de longue date sur leur modalité vitale et se répétant chaque année. Je voudrais que l'on adoptât une échelle de plantes sauvages plutôt que de plantes cultivées ; celles-ci sont toujours trop influencées par des circonstances étrangères au climat. Il serait bon, toutefois, d'éviter un certain nombre de végétaux trop complaisants à qui toutes les époques de la belle saison, et quelquefois de la mauvaise, sont bonnes ; Bellis perennis jouit de cette banalité excessive ; je la repousserais pour cette raison et aussi parce qu'il semble utile de choisir des plantes d'une certaine taille, vivant réellement dans l'atmosphère, au lieu de s'abriter dans l'herbe ou sous les buissons.
Quelques exemples préciseront la manière dont se pratiquent ces sortes d'observations et aideront à entrevoir le parti que l'on pourrait en tirer. Nous empruntons les suivants aux ISouvelles météorologiques pour 1872.
M. Horiot, jardinier de M. de Montour, écrit d'Épinal (Vosges), le 14 février : « D'anciens pieds abrités d'Urtica urens n'ont encore produit que de maigres pousses. Les premières feuilles du Primula veris commencent à s'écarter du bourgeon en laissant entrevoir les hampes florales qui sont très-courtes encore. Les pâquerettes [Bellis perennis) sont bien feuillées et on trouve çà et là des pieds qui, mieux exposés, sont pourvus de nombreux boutons, une fleur complètement épanouie a même été observée. Les bourgeons du Sambucus nigra qui ont une teinte brun-rouge foncé à cette époque peu avancée, offrent un développement de 8-10 millimètres de longueur, tandis que ceux du groseiller épineux {Ribes grossularia) n'excèdent pas 5-6 millimètres. L'aubépine {Cratœgus oxijacantha) et l'alaterne [Rhamnus alaternus) ne donnent encore aucune apparence de végétation ; même remarque pour les Juglans connus sous le nom de noyer mésange. Les trèfles ont déjà émis quelques feuilles, peu développées toutefois. ))
A Soissons, climat un peu moins rude, M. Tassin observa, le 4 février, « en floraison : Viburnum lantana, Uelleborus fœtidiis, Cerastium arvense, Populus fastigiata ; 2° En fleurs : Stellaria média, Senecio vulgaris, Capsella biirsa-
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pastoris, Bellis perennis, Lamium rubrum, Corylus avellana », la plupart, ù la à la vérité, plantes banales et très-complaisautes.
La végétation du ciel favorisé du Midi tranche pendant ce temps avec les maigres efforts de celle de nos climats septentrionaux. A CoUioure (Naudin), « ont été en fleurs pendant tout le mois de janvier : Arisanan vulyare {Armn arisarum), Passerlna hirsuta, Rosmarinus officinalis, Alyssum marltimum^ Calendula.arvensis, Ulex nanus. Iris d'Algérie, violettes, pâquerettes, etc. — Du 15 au 20, commence la floraison du Ficaria ranunculoïdes, de ïanagyris fœtida, du frêne {Frarimus excelsior), du Vinca média, de quelques Euphorbes. La plupart des rosiers bourgeonnent du 15 au 31. » C'est grand dommage que la plupart de ces plantes ne soient justement pas celles que l'on observait dans le même temps sous les climats du nord.
Le 5 février, au même lieu : « commencement de la floraison des abricotiers, des alaternes. Le 8, les amandiers sont en pleine floraison, ainsi que les pois semés en novembre. Le 15, les prunelliers {Prunus spinosa) et quelques pruniers ouvrent leurs premières feuilles. Le 20, continuation de la floraison des pruniers et commencement de celle des pêchers. Les coignassiers communs [cydonia) développent leurs premières feuilles et les bourres de la vigne grossissent très-sensiblement. Le 29, quelques poiriers ont des fleurs tout à fait ouvertes. Beaucoup de jacinthes et de narcisses sont en fleurs dans les jardins ainsi que quantité d'autres plantes rustiques (giroflées jaunes, soucis sauvages, crucifères, géraniacées, Chamagrostis minima. Euphorbe). » Température pendant le mois de février : moyenne des extrêmes 10", 17; la plus basse 5°, 30, le 3; la plus haute 13", 35, le 8.
A Épinal, pendant ce temps, le perce-neige [Galanthus nivalis) tenait lieu d'autres fleurs; le 28 février, « les abricotiers, en espaliers sur les murs bien exposés au soleil, entrouvrent leurs premières fleurs. » Un retard d'un mois environ. Température; moyenne des extrêmes diurnes, 3%08 ; plus basse 0,3 ; plus haute 10,40. I.a correspondance Botano-cliniatologique est frappante.
Montargis (Loiret) office une phase de végétation intermédiaire.
« Feuillaison : le 14 février, Ribes uva-crispa (groseilles sauvages); le 18, Lonicera caprifolium ; le 19, Philadelphus coronarius\ le 20, Sal'm babylonica; le 25, Syrbiga vidgaris. — Floraison : le 5, Viola odorata ; le 6, Primula veris ; le 10, Calendula vnlgaris; le 12, Galanthus nivalis ; le 15, Salix caprœa;\e \Ç>,Fragaria sylvestris ;le 20, Ficaria ranunculoïdes ; le 21, Vinca minor; le 22, Bellis perennis ; le 26, Lamium pur pur eum; le 27, Arabis caucasica. » Température moyenne de février (moyenne des extrêmes), 7°, 37, moyenne diurne la plus basse 10°, 95 (Parant).
En avril, le 25, M, ^Yeber, jardinier en chef du jardin botanique de Dijon, constate la floraison de cent quarante espèces phanérogames sur les montagnes avoisinant la ville, La végétation des plantes « thermométriques » lui donne les résultats suivants :
Helleborus niger : 1*'' avril, floraison terminée; en mai, les fruits sont trèsdéveloppés.
Rhamnus alaternus : i"^ avril; les bourgeons gonflaient un peu.
Ecbalium elateriiim : aucune germination de cette cucurbitacée avant le 15.
Ribes grossidaria : en pleine floraison le l^"" avril ; les fruits ont la moitié de leur grosseur en mai.
Sambucus nigra: bourgeons de 0", 06 de longueur, le 1" aviil.
FRANCE (climatologie).
Centranthus riiber: le l'^'' avril, les jeunes pousses avaient 0'",10 de longueur ; dans les premiers jours de mai, elles en ont 0,55 et les inflorescences peuvent être facilement constatées.
Bellis perennis : floraison générale, le 1" avril; fructification non moins commune en mai.
Colchicum autumnale : développement foliaire à peu près complet après le mois d'avril.
GaJanthus nivalis ; complètement défleuri en mai.
Vrtica dioica: aucune trace de floraison à la fin d'avril,
Urtica urens : les graines ont germé dans la première moitié du mois. En mai, les jeunes plants sont munis de deux ou trois feuilles.
Mercurialis annua : Germination, en mai, de cette Euphorbiacée.
Aniaranthns retrofle.vtis : même remarque que pour la mercuriale.
PrimiUa veris : i" avril ; floraison abondante ; Fruits en mai.
Cratœgus oxyacatitha : le i" avril, les jeunes pousses avaient O'",0o de longueur; en mai, près deO'",lO, eties fleurs ne tai'deront pas às'ouvrir. Le iOmai, elles étaient ouvertes. A Lille, j'ai constaté (1877) que les boutons ouverts de cette plante étaient encore très-rares le 20 mai. A Montargis, Parant en signale la floraison, le 16 avril (1872). Voilà un arbrisseau, répandu partout, de développement très-significatif et dont il faudrait se servir le plus possible comme climatomètre. Les payeans Lorrains observent, pendant les jours aigrelets de leur mois de mai, les boutons floraux de l'aubépine, fort longs à s'ouvrir, et ne se croient à l'abri du retour des gelées qu'à leur épanouissement complet.