‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.40Chapitre 69 sur 75 · OS DES MEMBRES · texte numérisé non relu

OS DES MEMBRES

, longueur ■*-'

Humérus ^.i,.conforence de la tète 13

'il H

longueur -^i^

loni;ueur 41 à 43

Distance du trochanter à l'axe delà tèle 8,4

Circonférence ou niveau du grand troclianter 14

— de l'os eu haut 10,5

— en bas 12

Radius :

Fémur ;

Dans la description de cette race ligure, au moins relativement à la région coronale, j'ai tenu principalement compte des remarques, suivant moi fort justes, de M. C. Yogt [Bull. Soc. d'anthr., 2" série, t. I, p. 90). A celte race, au roJii droit, peu élevé, à dépression transversale entre les arcs sourciliers et

018 FRAXGK (anthropologie).

les bosses frontales saillantes, paraîtraient égalemsnt se rapp orter quelques crânes brachycéphales de Suisse, qui comme celui à suture médio-troutale trouvé par M. Schwab à 6 mètres de profondeur dans des sables, comme ceux du quatrième siècle après Jésus-Christ, déterrés par M. Schild à Granges ou Grenchen également près deBienne, sont rapprochés par M. G. Vogt de ceux des carrières de Modène observés par M. Gastaldi. (G. Yogt, Bull. Soc. d'anthr., t. lY» p. 515, 1865. — Leç. sur l'homme, trad. franc. Paris, t. IV, de Jlouliné, p. 516, etc. Paris, 1865.) Pareillement le type suisse de Disentis décrit par MM. llis et Rutimeyer, comme s'étant perpétué depuis la plus haute antiquité jusqu'à nos jours, semble également avoir avec ces ossements certains rapports etbniques, le crâne brachycéphale, présentant un occiput presque vertical, des bosses pariétales Irès-développées surtout en arrière, la lace étant orthognathe, rarement prognathe, la capacité crânienne étant peu considérable, de 1577 centimètres cubes en moyenne. Ge type, selon MM. de Baer et Pruner- Bey, serait encore celui d'une partie des habitants des Grisons, du canton de Yaud, et des riverains du lac de Genève et du Rhône, se faisant remarquer par leur peau bistre, leur chevelure noire, lisse, épaisse, la coupe du cheveu circulaire, le crâne cérébral éminemment arrondi, la face en général ramassée et arrondie, et les lobes des oreilles très- détachés de la tête. Cependant, loin de rattacher ce type à la race ligure, M. His semblerait disposé à reconnaître dans les Romans brachycéphales des Alpes Rhétiques les descendants d'Alamans immigrés dans ces montagnes du cinquième au treizième siècle après Jésus- Ghrist. (His et Rutimeyer, Crania Helvetica, 1864, rapp. d'Alix : Bull. Soc. d'anthr. Paris, t. Y, p. 586, etc. — llis, Sur la population rhétique : BulL Soc. d'anthr., t. Y, p. 868 et 876, etc. — De Buer, (Ueber den Shâdelbau der Rhatischen Piomanen), Bull. Soc. d'anthr., t. I, p. 81. — Pruner-Bey, l. c. : Bull. Soc. d'anthr., t. IV, p. 502, 547).

Peut-être à cette race ligure de taille peu élevée, de proportions plus délicates que puissantes, les archéologues ethnologistes seraient-ils disposés à rapporter certains bracelets étroits, certaines épees à courte poignée des habitants des cités lacustres de la Suisse. (Elisée Reclus, •iiei'. des Deux-Mondes, 15 février 1862, p. 901).

La description ostéologique précédemment exposée de la race ligure diffère essentiellement sur certains points de celle donnée par M. Pruner-Bey d es brachycéphales ligures. En effet, cet anthropologiste, qui croit devoir rapprocher les Ligures des Lapons, des Finnois, des Touraniens, et les désigne comme des Mongoloïdes, les décrit comme présentant un crâne pyramidal, une face prognathe et losangique, conséquemment surmontée d'un front rétréci supérieurement, d'un front cunéiforme, comme d'ailleurs l'avait indiqué Edouard Sandifort, pour certaine tête osseuse d'Espagnol dans son Muséum anatomicum academise Lugduno Batavorum (t. 1, p. 4, in-fol. 1795).

De cette race mongoloïde, selon M. Pruner-Bey, dépendraient les crânes de l'âge du mammouth et du renne recueillis par M. Ferry dans les fouilles de Sohitré près de 51àcon dans le département de Saône-et-Loire, par M. E. Dupont, dans la caverne du Frontal, à Furfooz, près de Dinant, en Belgique, ainsi que les crânes de l'époque de la pierre polie, recueillis par MM. Filhol et Garrigou dans les cavernes des Pyrénées ariégeoises (Pruner-Bey, I. c. Co7ig. int. archéol. et préhist. anthr. Paris, 1867, p. 545-560. — Bull. Soc.da7ithr.? avis, 2'^ série, t. 1, p. 445, 451, etc. — Voir d'ailleurs sur les crânes de Furfooz :

FRiISCE (anthuopologie). 619

Dupont, Yirchow, Cong. in anthr. arch. de Bruxelles 1872, p. 555, 560, etc.; et de Quatrefages et Hamy, Cran. ethn.).

Quoique quelques-unes de ces tètes soient, en effet, brachycéphales et prognathes, ainsi que je l'ai déjà fait remarquer en diverses circonstances, leur conformation très-peu pyramidale, leur face fort peu lozangique ne permettent pas de les rapporter aux races mongoloïdes. D'ailleurs les crânes anciens provenant de ces trois gisements paraissent se rapporter à des types Irès-mèlés dont l'un dolichocéphale, et un autre brachycéphale, peut-être moins voisin du type brachycéphale ligure que d'un type brachycéphale plus volumineux qui sera ultérieurement décrit, du type celte. (G. Lagneau : Cong. int. anthr. el archéol. préhist. de Paris, 1867, p. 423, de Bruxelles, 1872, p. 549-553. — Assoc. pour l'avanc. des sciences, p 661. Lyon, 1875).

Bien que M. Pruner-Bey ait cru pouvoir rapprocher des Lapons, les brachycéphales Ligures, M. de Quatrefages qui, durant son voyage en Suède, a pu étudier les premiers, n'admet pas de rapprochement entre le Lapon et les brachycéphales de France et de Belgique. Toutefois la petitesse et la conformation globulaire de la voiite de certains crânes recueillis dans d'anciens cimetières du département de l'Isère rappelleraient un peu le type lapon. (De Quatrefages : Conrj. intern. (Vanth. et cVarch. préhist. de Stockholm, 1876, p. 212.)

Peut-être pourrait-on rapporter à un type brachycéphale mongoloïde les ossements de la caverne de Chauvaux, près de Rivière, entre Namur et Dinant, ossements que Springdil se faire remanjuer par la petitesse du crâne proportionnellement au développement des mâchoires, par l'aplatissement du coronal et des temporaux, par la largeur des narines, la saillie des arcades alvéolaires, l'obliquité des dents, l'acuité de l'angle facial n'excédant pas 70 degrés, la petitesse des fémurs et des tibias. [Bidl. de VAcad.de Belgique, i'^^ série, t. XX, 2^ partie, 16 décembre 1853, p. 427 et suiv.) Mais, en tous cas, ce type, que les fouilles l'écentes de M. Soreil ont montré associé, dans cette caverne, à un autre type très-dolichocéphale, étudié par M. Yirchow, paraît notablement différer du type ligure au front droit, aux bosses frontales, saillantes, précédemment décrit. (Soi'eil : Nouv. exploration de la caverne de Chauvaux ; et Yirchow: Crânes des cavernes de Chauvaux, Cong. intern. anthr. et archéol. de Bruxelles en 1872, p. 581-393 et 567-8).

On a vu que la caractéristique ostéologique de la race ligure, qu'on admette ou qu'on repousse toute analogie, tous liens de parenté avec les peuples mongoloïdes ou touraniens, repose sur des mensurations de crânes recueillis dans la région du nord-ouest de l'Italie et du sud-ouest de la France, que l'on sait avoir été habitée par les Ligures, et qui porta partiellement le nom de Ligurie. Mais cette même caractéristique ostéologique s'étend-elle aux Ibères, comme porterait à le penser l'opinion assez généralement acceptée, depuis les travaux d'Amédée Thierry, sur la communauté de race des Ligures et des Ibères? (Am. Thierry, Ilist. des Gaulois, introd., t. I, p. 15, etc., 1862). Ainsi qu'il a été dit précédemment dans la péninsule Hispanique, à côté des Basques dolichocéphales, il existe de petits brachycéphales au crâne sphérique, aux cheveux noirs, rudes, ondes, au teint basané, coaséquemment assez semblable aux Ligures. Mais ces brachycéphales aux cheveux noirs de l'Espagne sont-ils des Ibères ou des Ligures que nous avons vus y avoir habité ? On verra plus tard qu'il doit aussi y exister de nombreux brachycéphales de race celtique.

020 FRANCE (anthropologie).

Néanmoins, outre la présence en Ibérie, en Espagne, de ces petits brachycéphales assez comparables aux Ligures, il faut remarquer, qu'à l'appui du rapprochement ethnique des Ibères et des Ligures, on peut invoquer d'abord la proximité géographique qu'en Europe comme en Asie, on a vu précédemment exister entre ces deux peuples proximité qui semble témoigner de migrations analogues. On peut ensuite faire observer que l'application faite parfois parles auteurs anciens des deux dénominations de Ligures et d Ibères, à un même peuple d'une même région semble impliquer l'identité ethnique de ces Ligures et de ces Ibères. Or on a vu précédemment que, d'une part, Denys le Périégète, ainsi que Festus Avienus et Priscianus, ces traducteurs indiquent, dans leurs poèmes géographiques, les Ibères comme occupant les îles Cassitérides, les îles Hespérides, riches en mines d'étain, actuellement les îles Sorlingues, et que d'autre part, ce même Festus Avienus, dans un autre poème géographique, parle de Ligures chassés par les Celtes du voisinage des îles ^strymnides, également riches en mines d'étain, c'est-à-dire de ces mêmes îles Sorlingues. (Uenys le Périégète, vers 565-564, p. 140, coll. Didot. — Festus Avienus, Descriptio orbis terrise, vers 742-744. — Priscianus, Periégèse, vers 575-576.5— Festus Avienus, Orœ maiitirase, p. 112, texte et trad. deDespoiset Saviot.) Pareillement au sud-est de notre pays, le littoral méditerranéen, des P\ rénées aux Alpes, était occupé par les Ligures, et cependant Festus Avienus assigne le Rhône comme limite séparative entre les Ibères et les Ligures (Orœ marit., p. 138-140, vers 609-611.), et Eschyle dit que l'Eridan, le Pô, dont la source sort du mont Viso, vient de ribèrie (^schylus in Iberia. Eridanuiu esse dixit. Pline : IJist. nat., 1. XXXVII, § 11, p. 542, texte et trad. de Littré.)

Toutefois, il faut reconnaître aussi que quelques passages d'auteurs anciens semblent révéler une différence ethnique entre ces Ibères et ces Ligures. En effet, Plutarque parle de Ligures, Ar/ucrivoi, mêles aux Galates et aux Ibères "iSïjoe; de la côte méditerranéenne, ...viuo-jzoïi usuiyy.i-joi Trxla-xîç -/al Totç Tzapcùloi- '\'or,pM-j (Vie de Paul-Emile, § 6, p. 308, texte et trad. lat. de Dœhner, coU, Didot), et Scylax de Caryande, dans la région de notre littoral situé à l'ouest du Rhône, a grand soin de distinguer également les Ligures et les Ibères Aîyyîç y.al 'l^-éipi;, qu'il dit être mêlés. (Périple, § 5, p. 17, coll. Didot). Enfin, ainsi que le faisait remarquer M. d'Avezac, Sénèque, en constatant qu'en Corse, île peuplée de Ligures et d'Hispaniens, on retrouve des coutumes, des vêtements, et voire même certains mots témoignant d'une provenance cantabre, bien que la langue ait été modifiée par l'association de celle des Grecs et des Ligures, semblerait autoriser à penser que la langue ligure différait notablement de la langue ibérienne des Cantabres. « ïransierunt deinde Ligures in eam (Corsicam) , transierunt et Hispani ; quod ex similitudine ritus apparet. Eadem enim tegumenta capitum, idemque genus calceamenti, quod Cantabris est, et verba qucedam : nam totus sermo, conversatione Grsecorum Ligurumque a patrio descivit. » Sénèque, Consolatio ad Ilelviam, cap. vni, p. 71, coll. iNisard, éd. Dubochet.) Cette remarque a d'autant plus d'importance que, suivant les numismates ibériens ou celtibériens, entre autres Boudard, l'adoption des caractères dits celttbériens, ne paraît s'être étendue qu'à des peuples ibériens ou celtibériens de la péninsule Hispanique et à quelques peuplades de la partie méridionale ou ibérienne de notre Ibèro-Ligurie méditerranéenne, mais nullement aux peuplades de la Celto-Ligurie et de la Ligurie italienne (P. A. Boudard : Nu-

FRANCE (anthropologie). 621

mismatique ibérienne, carte. Paris, 1859. — Voir aussi de Saulcy, Essai de classillcation des monnaies autonomes de l'Espagne, 18 iO).

Pareillement les documents de lingui^tiqne toponymique relatifs aux Ligures, d'après MM. d'Arbois de Jubainville, Alfred Maury et Maximin Deloche paraîtraient les différencier complètement des Ibères en les rapprochant plutôt des Celtes, dont il sera plus tard parlé. (D'Arbois de Jubainville, Les Liguses : Rev. (l'archéoL, oct. et nov., 1875. — Alf. Maury. Sur les Ligures : Compt. rend, de VAcad. des inscript., ¥ série, t. Y, 1877. — Max. Deloche : Âcad. des inscript. ^ 15 fév. 1878).

Toutefois, on verra dans la suite, à propos de ce dernier peuple, que la parenté des Ligures et des Celtes semble contestable à certains égards.

En voyant Plutarque remarquer que les Ligures de son armée se donnaient le nom ethnique d'Ambrons, on est amené à se demander si les Ligures et les Ombres de l'Italie centrale n'appartiendraient pas à la même race ; rapprochement que paraîtraient disposés à admettre Roget de Bclloguet, M. d'Arbois de Jubainville et M. Desjardins (Roget de Relloguet, Elhn. gaul., p. 265. — D'Arbois de Jubainville. p. 511. — /. c. Desjardins, Les Ambrons : Compt. rend, de VAcad. des inscript., p. 78, 1877. 2y«ç yàp aùroO; outw; ("Auêpwvsî) ovoptâîouc-i x.KTK yivo; Ai'pi;. Plutarque ; Marius, § 21, p. 49t> coll. Didot).

Aquitains, Aquitani, 'Azoui-avot. — Si entre les Ligures et les Ibères, les relations ethniques ne sont nullement démontrées, sont même fort contestables, il ne paraît plus en être de même entre les Ibères et les Aquitains. Strabon dit de la manière la plus explicite que les Aquitains, non-seulement par la langue, mais aussi ^av les caractères physiques, dilTèrent des autres peuples des Gaules

et se rapprochent des Ibères (Ot 'A/outVavoi §ta.(j>ipov<7i toù raXarix.C/ù fvlou v.a.zà Ta Taç "rl/v (jo^i^dzoi-j -/.aTao-z-Euà; y.a.i y.azà tàv y).(I)TTo:v, coiy.<y.m Si p.àX^ov "lêïjpo-iv. Strabon, 1. IV, cap. ii, § 1, p. 157).

Tcivç U.Ï-J 'Azouïravoùç rîliû; è^ï;).),ayy.svo'jç ov ryj yX&JTTvj ^o-\)o-j, alla, xat toî; Tû)tj.a.(7L-j, iii-'f-pd; "\?jT,p'7i ^/mIIo-j ïj Fc/là.rai;. Strabon, 1. IV, cap. I, g, 1, p. 146).

César, Pline, Pomp. Mêla, Ammien Marcellin et maints autres auteurs les distinguent aussi des autres peuples des Gaules, sans toutefois signaler leurs rapports ethniques avec les Ibères. (César, De Bello Gallico, I. I, cap. i. — Pline : Ilist. nat., 1. IV, cap. xxxi. — Ammien Marcellin, Rerum gestarum... 1. XV, cap. xix).

« Populorum tria sumnia nomina sunt, terminanlurque fluviis ingentihus, nam a Pyrenaeo ad Garummam, Aquitani... » (Pomponius Mêla, 1. III, cap. II).

Ils disent, ainsi que Strabon, que les Aquitains occupaient, lors de la conquêle lomaine, la région sud-ouest des Gaules comprise entre les Pyrénées, les (Jévennes, la Garonne et l'océan Atlantique. ('Azouïravoùç y.ïv toîvuv Qgyov toùç râ ^ôpucc Tf,; ïlvpcvo; y.ipd y.aTéyo'JTOci; y.ax t'cr, Ksppivflç p.É/pi Trpôç tov iizîavov tk Èvtôç

r«poûva TTOTapO... Strabon, 1. IV, cap. i, § 1, p. 147). Mais bientôt après le nom d'Aquitaine fut donné, non plus à la région des Gaules, limitée au nord par la Garonne, Garumna, mais à la région de plus en plus étendue, située au sudouest de la Loire. Cette extension du nom d'Aquitaine, qui se conserva jusqu'au moyen âge, rappelle-t-elle la présence d'anciens Aquitains dans la région moyenne de notre pays comprise entre la Garonne et la Loire? Rien ne semble autorisei' à le penser. Toutefois il est bon de remarquer qu'on a vu précédemment Strabon

G2'2 FRÂ.NCE (anthropologie).

signaler la pai'enté des Aquitains et des Ibères, et que plusieurs savants, avec Ampère, reconnaissant une étymologie ibérienne à certaines dénominations topographiques, comme Corbilo, ancienne ville signalée par Pytbéas, Polybeet Strabon à l'embouchure de la Loire, comme Luccas, actuellement Loches, dans le département d'Indre-el-Loire, semblent disposés à admettre la présence de peuples de race ibérienne dans des régions situées bien au nord de la Garonne, voire même au nord de la Loire, Aet'yyjpoç, qu'on a vu, selon Artémidore et Etienne de Bysance, selon Eustatbe, et suivant plusieurs ethnographes modernes, entre autres Prichard, ne devoir son nom qu'à la présence d'anciens Ligures (J. Ampère, Hist. liltér. de la France, p. 5 du t. I, 1859. — Etienne de Bysance, Ethn., t. I, p. 416, rec, Meinekii, Berolini, 1849. — Eustathe, Gomm. sur Denys lePériég., vers 76, p. 251, coll. Didot. — Polybe, 1. XXXIV, cap. vi, g 10, n°6, p. 115, coll. Didot. — Strabon, 1. IV, cap. ii, g 1, p. 158, coll. Didot. — Pricbard, Hist. nat. de l'homme, trad. de Roulin, t. I, p. 348j.

Lors de la conquête romaine, les principaux peuples aquitains, c'est-à-dire de la région comprise entre les Pyrénées et la Garonne, sauf une très-petite portion située au sud de l'embouchure de ce fleuve habitée par des immigrants d'autres races, selon Strabon (1. IV, cap. ii, § 1, p. 158), sont mentionnés par César, Strabon, Pline, Ptolémée et maints autres auteurs.

«... Magna pars Aquitaniae sese Grasso dedidit, obsidesque ultro misit : quo in niunero fuerunt Tarbelli, Bigerriones, Preciani, Vocales, ïarusates, Elusates, Garites, Ausci, Garumni, Sibuzates, Cocosates. » (César, De Bello Gallico, 1. III, cap. xxvii ; voir aussi xx-xxiii).

« Âquitani, unde nomen provincise, Sediboniates. Mox in oppidum contributi Gonvenee, Bigcrri, Tarbelli quatuorsegnani, Cocasates Sexignani, Onobrisates, Belendi saltus Pyrenseus, infraque Monesi, Osquidates montani, Sibyllates Campani, Bercorates, Bipedimui, Sassumini, Vellates, Tomates, Consoranni, Ausci, Elusates, Sottiates, Osquidates compestres, Succasses, Tarusates, Basabocates, "Vasssei, Sennates Cambolectri, Agesinates Pictonibusjuncti. » Pline, 1. IV, cap. xxxiii, p. 204).

Auprès de l'Océan habitaient les Tarbelles, Tarbelli, Tâp^zllot, dont Aquœ Tarbellicœ, actuellement Dax, était la ville principale. Au nord des Tarbelles, également sur le littoral, se trouvaient les Cocosates, Cocosates, [doni le nom est encore rappelé par les Couziots, habitants des Landes, également appelés Parens ou Lanusquets [Magasin pittor., 1855, p. 554). Les Basabocates, Vocales ou Vosates Basabocates, Vocales, Vasates ont laissé leur nom à la ville de Bazas. Celui des Tarusates, Tarusates, est rappelé par celui duTursan, dont Atures actuellement Aire, dans le département des Landes, était le centre urbain. Les Sotiates, Sotiates ou Sottiates, dont la ville fortifiée fut prise par Grassus, lieutenant de César, auraient laissé leur nom à Soz, au sud du département de Lot-et-Garonne, peut-être Soz, hameau du Lavédau, dans le département des Hautes-Pyrénées, (voy. : Bascle de la Grèze, Patrie des anciens Sottiates, Mém. de la Soc. des antiquaires de France, t. XX, nouv. série, t. X, p. 244-504, 1850). Les Elusates, Elusates, possédaient Elusa, qui paraît être Eause dans le département du Gers. Les Auscs, Ausciy Ayo-y.iot, le peuple le plus considérable des Aquitains, avaient pour ville Elimberris, Elimberrum, ainsi que l'indique Pomponius Mêla, actuellement Auch. « ... Aquitanorum clarissimi sunl, Ausci... In Auscis Elimberrum. » (1. IH, cap. ii, p. 647). Au sud de ces peuples, habitants des vallées, sur le versant septentrional des Pyrénées, se trou-

FRÀiNCE (AÎV-THROPnLÙGIE). 623

valent de l'est à l'ouest les Convennes, Convence, Km-jovs-jm, Kouové-joi, dont la capitale, dit Ptolémée, était Aovy§ov-Jo-j, Lngdimum Convenannn, actuellement Saint-BerlranddeComminges, dons le département delà Haute-Garonne (cap. VI, p. 155-5, éd. Wilberg). Malgré rétymologie celtique de cette ville, Liigduniim, l'origine aquitanico-ibérienne des Convenœ semble vraisemblable, même lorsqu'on regarde avec de Humboldt, Marrast, M. Broca, ces Convenœ ou réfugiés, comme les débris de l'armée de Sertorius réfugiés en cette région, vers 71 avant Jésus-Christ, car cette armée était composée ])rincipalement de soldats ibériens. Cette étymologie celtique peut s'expliquer, soit p;ir la présence antérieure d'immigrants celtiques se rendant en Hispaiiie, soit par celle de Celtibères au nombre des soldats réfugiés, ainsi que l'indique saint Jérôme. (De Humboldt, Bech. sur les habitants primitifs de l'Espagne, trad. de C. Marrast, p. 83, 1866. — Broca, Bull. Soc. d'anthr., 2" série, t. 111, p. 57, en note.

« Quas (Convenas) ex Pompeius edomita Hispania, et ad triumphuni redire festinans, de Pyrensei jugis deposiiit, et in unum oppidum congregavit : unde et Convenatumurbs nomenaccepit — De Yectonibus, Arrebacis, ('eltiberisque descendens, incurset Galliarum Ecclesias... » (Sancii Eusebii Uieronymi Opéra, t. IV, p. 282. Sanctus Hieronymus adversiis Yigilantium, éd. in-fol. en 5 vol. Parisiis, 1706).

C'est au sud-est de ces Convenœ et au sud des Consoranni, précédemmciU mentionnés, que se forma le ]mgii.s Andorrensis, le pays d'Andorre actuel, l'Andorre situé dans une h;iute vallée des Pyrénées, entre l'Espagne et nos départements de l'Ariége et des Pyrénées-Orientales. D'après M. Castillon d'As|,et, les Andorrans descendraient des Andorisœ refoulés du midi de l'Ilispanie, des environs de Gadès, Cadix, où Pline les signale (Castillon d'Aspet,: Ilist. du comté de Foix, p. 64 du t. I. 2 vol. 1852. — Pline, 1. III, cap. m, p. 156, texte et trad. de Littré). Ce peuple, que Charlemngne en 790 aurait laissé libre de se gouverner lui-même, a su jusqu'à nos jours garder son mode particulier de gouvernement, en passant successivement sous le protectorat de l'évèque d'Urgel, du comte de Foix, et, depuis Henri IV, héritier de t:es comtes, sous celui des rois de France. Indépendants depuis 1790, les Andorrans, au nombre d'environ 15,000, vivent en république, gouvernés par deux Viguiers ou syndics et un conseil de vingt-quatre membres {voy. Notice manuscrite à l'Exp. univ. de 1878. — Malle-Brun, Abrég. de géogr. univ., p. 208, 209, 212, 479. — Magas. plttor., p. 126, 1846. — Douillet, Dict. univ. d'hist. et de géogr. Andorre, 5« éd. 18i5).|

Les Bigerrions, Bigerriones ou Bigerri ont laissé leur nom au Bigorre, partie du département actuel des Hautes-Pyrénées. Les Osquidates, Osqiiidates, paraissent avoir eu pour villes principales lluro et Beneharmim, vraisemblablement Oloron et Lescar, dont l'ancien nom s'est conservé dans celui de Béarn. Les Sibuzates ou Sibyllates, Sibiizates ou Sihyllates, qui paraissent avoir donné leur non à la Subola, la SouIe, dont Mauléon était la ville principale, semblent avoir occupé une partie méridionale, montagneuse du département actueldes Basses-Pyrénées. Peut-être Garritz, près de Saint-Palais, au nord-ouest de Mauléon rappelle-t-il l'ancienne demeure des Garites? Vraisemblablement, ce nom de Garites est le même que celui des Carites, peuple qui paraît avoir occupé le versant méridional des Pyrénées, dans le Guipuscoa actuel. Outre ces principaux peuples, il faut encore indiquer les Lactorates, Lactorates,

f»24 FRANCE (anthropologie).

(les environs de Lactora, Lecloure, les Garonnes, Ganimni, dont le nom semble indiquer la résidence sur les bords de la Garonne, Garumna, les Précians, Preciani, les Sediboniates, Sediboniates, les Venames, Venami, les Onobrisates, Onobrisates, les Belindcs, Belindi, les Moneses, Monesi, les Campanes, Campani, les Bercorates, Bercorates, les Bipedimues. Bipedhmn, les Sassumines, Sasswnini, les Yellates, VeUates, les Tomates, Tomates, les Succasses, Succasses, les Wassœes, TFasscei, peuples dont, pour la plupart, la demeure est incertaine. Quant aux Sennates Cambolectri, Sennates CombolecLri et aux Âgesinates, Agesinates, que Pline range parmi les Aquitains, mais auprès des Pictones Poitevins et des Santons, Santones, que d'ailleurs il comprend aussi dans l'Aquitaine avec les deux petites peuplades peu conmies des Ambilatres et des Anagnules, ils paraissent avoir habité au nord de la Garonne jusque dans la région depuis appelée la Saintonge et voire même audelà.

Aquitaniaî sunt Ambilatri, Anagnutes, Pictones, Santones liberi. (Pline, 1. IV, cap. xxvm, p. 204).

Ces peuples étaient-ils des Aquitains restés au nord de ce fleuve? Appartenaient-ils à la race celtique qu'on verra avoir laissé son nom à la région moyenne de notre pays, avant que cette région moyenne ne fut réunie avec la région sud-ouest, sous la dénomination commune d'Aquitaine?

Sans insister davantage sur la distribution géographique des Aquitains dont quelques uns, vraisemblablement peu nombreux, paraîtraient, selon Pline, (1. XXXIII, cap, XXXI, p. 115) s'être fixés en Hispanie, Espagne, pour exploiter des mines d'argent, on peut rappeler que César leur reconnaissait une grande habileté aux travaux de défense des places par suite de l'habitude qu'ils avaient ainsi des exploitations métallurgiques (De Bello Gailico, 1. III, cap. xsi). C'était chez les Aquitains qu'existait l'institution des soldures, Soldurii, làoSovpoi, institution à la fois héroïque et barbare, signalée par César et Nicolas de Damas. Ces soldures, compagnons d'armes d'un chef auquel ils s'étaient liés par un pacte d'amitié, jouissaient avec lui de toutes les commodités de la vie; mais, dans le cas où ce chef périssait d'une mort violente, ils partageaient sa destinée ou se donnaient eux-mêmes la mort. De mémoire d'homme, aucun soldure n'avait failli à ce devoir (César, De Bell. Gall., 1. III, cap. xxii. — Nicolas de Damas, apud Athenseus, VI, p. 249, fragmentum 89 lib. CXVl, p. 418 du t. III des llist. Grœc, fragmenta, coll. Didot).

Vascons, Basques, Vascones, oùâo-x.wvî^, Eusk-Aldcnac. — Actuellement, il importe de parler des Vascons ou Basques, regardés par la plupart des ethnologistes et des linguistes comme le peuple le moins mêlé de race ibérienne.

Plusieurs auteurs anciens, entre autres Strabon, Pline et Ptolémée, nous parlent des Vascons, Vascones, oùâffxwvsç, Oùâo-zovsç, comme habitant sur le versant méridional des Pyrénées, et ayant pour villes principales Ka.lâyrjvpiç ou Kalayopivoc, Calayurris, actuellement Calahorra, Oîa^wv, Otao-o-w, Œsso, actuellement Oyarsun, iToOptad» actuellement Tolosa, et UoinzÛM'j ou noi^-Kaônolv; , la ville de Pompée, actuellement Pamplona, Pampelune qui rappelle encore le nom du général romain vainqueur dans celle région ... Oyaffxfovaç toùç •/.«?«

no|:x7r£W^« Y.cà T/jv in w/.îavw -Oiao-wv» iiôlvi... (Strabon, 1. III, cap. IV, 3 10,

p. 154, etc).

Le territoire des Vascons s'étendait, au sud des Pyrénées, de l'océan au nord-

FRANCE (akthropologie). 625

ouest, jusqu'aux bords de l'Èbre au midi; il correspondait approximativement à la Navarre espagnole, à une partie du Guipuscoa, de l'intendance d'Alava qui conserve le nom d"A),«vwva vraisemblablement Vittoria, et à l'intendance de Soria (Oyâczov;; •/.'xl 7ra),îiç ^saoyîLoi. ; ^l-zovpicrrToc, IIopTrs^cov, ,I«x.za, rpxy.oupiç, Koù.a'ppivx, 'Eyyaouia, ,A)iau&)va. .. Ptolémée, Géogr. 1. Il, cap. Y, p. 150,

voir aussi p. 119, 124-12o, etc.).

Ptolémée donne également aux Vascons 'la/./.a, lacca, faca parfois regardée comme appartenant au teiiitoire des Jaccetans Jaccetani qui babitaient au nordest des Vascons. Ces Jaccetans étaient un des nombreux peuples pyrénéens comme les Cerretani de la Cerdagnc, ainsi que l'indiquent Pline et Strabon (1. m, cap. m, g 7, p. 129).

A l'ouest des Vascons babitaient divers peuples vraisemblablement de même race, dont quelques-uns paraissent parfois avoir été confondus avec eux, entre autres les Vardules ou Barduètes, Vardidi, Ohapdo-jloi, pap^-ui-at, les Cariètcs, Cariâtes, Kocpiazol, dont il a été précédemment parlé à propos des Garites, les Autrigons ou Âlloti'igues, Autrigones, Aù-rptyoveç ,A),)iôTpi7ai, dont la capitale devint ^Ixviô^piya, Flaviobriga, actuellement Bilbao, les Origenoms, Origenotnes, les Pleutaures, nXsuTaûpot, et quelques autres peuplades à l'occident desquelles demeuraient les Cantabres, Cantabri, KavTâS,oot formant eux-mêmes sept peuplades ou tribus, ayant pour ville principale 'lo-Ai6&pyv., Juliobriga, actuellement P»eynosa près des sources de l'Ebre. Le territoire anciennement occupé par ces divers peuples correspond à une partie de l'Alava, du Guipuscoa, à la Biscaye, à l'intendance de Santander, etc. ( « Perque Pyrenitum Cerretani dein Vascones... Varduli ducunt populos xiv... Carietes et Vennenses quinque civitatibus vadunt,... in Cantabricis viipopulis, Juliobriga sola memoratur. Autrigonum, decem civitatibus, Tritiiim et Vivovesca. . Ad Oceanum reliqua vergiuit, Vardulique ex prœdictis et Cantabri. Pline, Ilist. nat., l. III, cap. IV, p. 158).

Plus dans l'intérieur des terres, plus au sud-ouest, existaient d'autres peuples, tels que les Vaccéens, les Vettons, qui, par leurs dénominations mêmes, sembleraient avoir eu quelques rapports etbniques avec les Vascons, ainsi d'ailleurs que bien d'autres peuples anciens de la péninsule hispanique. Les Vaccéens, Vaccœi, O\)x-/.y.uioi, habitaient sur le haut Douro, Aovpioç. Parmi leurs nombreuses villes se trouvait noùlx-j-nc/., Palentia, suivant Ptolémée, Appien. (IIal).«vTiav izolt-j ri p.îyt<ïTY3 Oùa/./.aicuv... Appien, « De rebus hispanensibus, 1. VI, cap. Lxxx, p. 65, coll. Didot). Polybe leur donne également 'E^y-av-ri/vj, Salamantica^ Salamanque, parfois considérée comme appartenant aux Vettons, Oùîttwvî;, voisins des Lusitaniens, derniers peuples déjà mentionnés (Strabon, 1. m, cap. III, § 2, p. 126; § 5, p. 127; § 7, p. 129. — Polybe, 1. 111, § 1-4, p. 127. — Pline, 1. III, cap. iv, p. 158. — Ptolémée, I. Il, cap. v, p. 119- 150. — Pomponius Mêla, l. III, cap. i, j). 646, etc., etc.).

Comme témoignage de migralions ou de relations ethniques existant entre certaines peuplades aquitaines du versant septentrional des Pyrénées avec certaines auties de l'Ibérie situées au sud de cette chaîne de montagnes, il est bon de remarquer que dès les premiers temps de l'époque romaine, César et Pline rangent au nombre des Aquitains, des Garites, Gariti et des Vasseens Vassœi, presque homonymes des Carites Cariti et des Vaccéens Vaccœi de l'IIispanie. Ainsi que parnit le penser M. Fauriel, il est donc probable qu'avant et durant l'époque romaine, des Vascons et d'autres neuples ibériens, ancêtres des Bas- DICT. ENC. 4' s., IV. 40

626 FRANCE (anthropologie).

ques, occupaient déjà certains points du sud-ouest de notre pays (Hist. de la Gaule mérid. sous la domination des conquérants germains, t. II, 559-56 i. Paris, 1850, 4 vol.). Mais la plupart des historiens s'accordent à rapporter la principale immigration des Vascons vers la fin du sixième siècle après J.C. Vaincus par Léovigilde, roi wisigotli d'Espagne, qui vers 578, construisit ou agrandit Vittoria en souvenir de sa victoire, les Vascons et autres peuples cant;ibres, pour échapper à 'la nouvelle domination, se portèrent au nord des Pyrénées dans la Novempopulanie, principalement dans les régions qu'on a vu précédemment être occupées par les Sybillates, par les Osquidates, les Tarbelles et les Ausces, trèsvraisemblablement de même race.

Sous les règnes des mérovingiens Chilpéric I, Thierry If, Théodebert II, successivement combattus par Bladaste, duc de Bordeaux, par Âustrowald, duc de Toulouse, repoussés dans les montagnes, tout en laissant leur nom de Gascons aux Vascons, Gascones et Vasci, à la Gascogne, Vasconia correspondant aux départements actuels des Basses et Hautes-Pyrénées, du Gers et des Landes, les Vascons ou Basques, sous Garibert II, roi mérovingien d'Aquitaine, vers 628, paraissent s'être fixés dans une région qui semble ne pas s'être étendue beaucoup au-delà de celle où se parlent encore actuellement les différents dialectes euskuara ou basques. (« Oihenartus mauleosolensis : Notitia utriusque Vasconiae tum Ibericse tum Aquilanise, 1658. Parisii, 1. I, cap. vi, p. 22; 1. III, cap. I, p. 587, etc., 1658. — Marca, Hist. du Béarn, 1640, p. 105, etc. — Augustin Chaho, Hist. primitive des Euskariens-Basques, ch. iv, etc. Bayonne- Madrid, 1847. — Fauriel, loc. cit., t. II. — Samazeuilh, Hist. de l'Agenois, du Condomois et du Bazadais, t. I, p. 86, etc. Auch, 1846, etc.)

« Vascones vero de montibus prorumpentes in plana descendunt... Contra quos ssepius Austi'ovaldus Dux processit. Grégoire de Tours, Historia Francorum 1. IX, § 7, p. 264 du t. 111, du texte et trad. de Guadet et de Taranne. — Voir aussi Frédégaire, Chron., ann. 602, cap. xxi, rapp. par dom Bouquet (Bec. des Hist. des Gaules, t. H, p. 421.) »

' Toutefois, il faut reconnaître que la répartition géographique de ces immigrés vascons du sixième siècle doit être fort difficile à préciser exactement au moyen des langues actuellement parlées. En effet, indépendamment de quelques Vascons ayant pu laisser des descendants dans la Vasconie française, dans la Gascogne, au nord de l'Adour, on sait par Strabon que les anciens Aquitains qui habitaient dans presque toute la région située ou sud de la Garonne, parlaient une langue voisine de celle des Ibères (1. IV, cap. i, § 1 ; cap. ii, § 1, p. 146 et 157). On peut aussi remarquer, ainsi que le faisaient Am. Thierry, M. d'Avezac et M. Elisée Reclus, que les Ausci, pai'aissaient porter le nom même des Eusks ou Basques. Leur capitale, anciennement Elimberris, ville neuve, actuellement Auch, et, sur notre littoral méditerranéen, occupé par des Ibères mêlés aux Ligures, suivant Scylax (g 5), l'ancienne ville d'IUiberis indiquée par Pline (1. III, cap. v), par Pomponius Mêla (1. II, cap. v), actuellement Elne, témoignaient, de l'ancienne extension géographique des langues euskariennes (Am. Thierry, Hist. des Gaulois, 1. IV, ch. i, p. 429. — D'Avezac, BuU. Soc. d'anthr., t. V, p. 825, 1864. — Elisée Reclus, Les Basques : Rev. des Deux-Mondes, 15 mai's, 1867, p. 525).

Dans notre pays, comme en Hispanie, dont la plus grande partie, d'après les recherches toponymiques dn W. de Ilumboldt, plus récemment de M. Luchaire, paraîtrait avoir été habitée par des peuples de langue euskarienne ; au nord

FRANCE (anthropologie). 627

comme au sud des Pyrénées, en Aquitaine comme dans la plus grande pnrtie de la péninsule, les habitants de race ibérienne, depuis l'époque romaine, auraient abandonné les dialectes de leur ancienne langue, pour adopter les langues romanes dont la langue d'oc et l'espagnol sont dérivés. Seuls les Vascons, avec quelques autres petites peuplades précédemment indiquées, confondues sous leur dénomination prédominante, par suite de leur résistance énergique aux dir vers peuples conquérants romains, wisigotbs et francks, auraient su conserveleur langue en conservant plus ou moins complètement leur indépendance. Toutefois, depuis l'époque romaine, l'aire géographique des dialectes euskuara ou basques que d'ailleurs certains linguistes, entre autres MM. Hovelacque et Girard de hialle sont disposés à distinguer des langues ibériennes, semble continuer à se restreindre de plus en plus, surtout en Espagne, par l'immixtion et la substitution des langues ou dialectes romans; (k Wilhem von llumboldt : Prûfung der Untersuchungen ûber die Urbewohner Hispaniens vermittelst der vaskichen Sprache, » Berlin, 1821, et Rech. sur les habitants primitifs de l'Espagne, trad. de A. Marrast. Paris, 1866, p. 109, 112, xxxvi et xxxvn. — Luchaire, Des Origines linguistiques de l'Aquitaine. Pau, 1877. — Hovelacque, Girard de Rialle, Assoc. pour l'avanc. des sciences, sess.de Lille, p. 544, etc., 1875).

En France, M. le professeur Paul Broca, M. Honoré Broca d'OloronetM. Elisée Pieclus ont montré que la région où se parle encore actuellement la langue basque de plus en plus remplacée par la langue française dans les villes, depuis des siècles, paraît se trouver limitée à l'est par une ligne qui, partant du pic d'Anie, se dirige au nord-ouest par Saint-Engrace, Andacé-Ibarra et Licq, au nord-est par Montory, puis de nouveau au nord-ouest par Tardetz et à l'est par Barenx et Esquiale, se réfléchit brusquement et se porte directement à d'oucst-nord-ouestparBerrogain, Cbaritte, Arroue, Saint-Palais, Garritz, Isturitz. Ayherre, passe un peu au nord d'Hasparrcn, d'Ustaritz et de Guethary et aboutit au golfe de Gascogne, h Bidart, situé à quelques kilomètre?, au sud de Biarritz La région française de la langue basque, longue d'environ 100 kilomètres de l'est à l'ouest, large de près de 40 kilomètres dans sa partie orientale, n'en a guère que 16 à 20 dans sa partie occidentale. (Broca, Carte de la répartition de la langue basque en France : Bull. Soc. d'anthrop., t. V, p. 819-826. 17 novenil)re 1864. — Elisée Reclus, Les Basques. Rev. des Deux-Mondes, 15 mars 1867, p. ol5, etc., et Nouvelle géographie univ.., t. H. La France, p. 85, etc., 1877). Au nord d'Hasparren, M. P. Broca et M. Elisée Reclus ont fait remarquer que le territoire de langue basf|ue qui, auprès d'Arricau et d'Urcuit, s'avance jusqu'à l'Adour, se trouve, entre ces deux localités, [jrofondément pénétré par une languette, une péninsule de langue béarnaise comprenant une dizaine de villages, allant du nord au sud d'Urt à la Bastide-Glaiience, ancienne forteresse qui vraisemblablement lors des invasions vascones, protégea cet étroit territoire béarnais de la conquête des montagnards pyrénéens (P. Broca, Sur l'origine et la répartition de la langue basque : Rev. d'anthrop., t. IV, p. 1-54, voir p. 46 et carte, 1875).

Chez les Basques d'Espagne, également étudiés avec grand soin par le prince Louis-Lucien Bonaparte, et par M. P. Broca qui ont fait des pays basques des cartes linguistiques extrêmement détaillées, on constate qvie l'empiétement de la langue espagnole sur la langue euskuara, marche beaucoup plus rapidement sur le versant méridional des Pyrénées que l'empiétement du ])atois béarnais, et du h'ançais sur le versant septentrional. En effet, en Espagne, les descendants des

Vascoiis, dont on a vu précédemment le territoire s'étendre au midi de la ville de Calagurris actuellement Calaliorra, à plus de 60 kilomètres de Pampelune, dont il y a cinquante ans, la langue était encore parlée à Puente de la Reyna, Suivant M. P. Broca et M. Elisée Reclus, n'auraient conservé la langue de leurs ancêtres que dans la région limitée par une ligne qui, partant également à l'est du pic d'Anie, passe au sud des hautes vallées de Roncal, d'Ocliagavia, d'Orbaiceta, do Roncevaux, laissant en dehors Lumbier, l'ancienne Illumbcris, Monréal, voire môme Pampelune, Miranda et Viltoria pour atteindre le golfe de Gascogne à l'est de la petite ville âc Portugalettc, à l'ouest de Bilbao, l'ancienne Flavio Btnga, où cependant l'espagnol devient prépondérant. Le périmètre de cette aire géographique de la langue bi'.sfjue en Espagne est d'ailleurs bordé par une zone plus ou moins large, dans laquelle se parlent simultanément le b;is(jue et le castillan, zone qui cependant est presque nulle au nord de Pampelune, où la langue basque a été très-refoulée par la langue castillane.

Les pays où se parle la langue basque, tant en France qu'en Espagne, sont donc maintenant fort peu étendus, et cependant les linguistes y reconnaissent plusieurs dialectes divisés eux-mêmes en sous-di;ilectes. Les dialectes basques, selon Balbi et surtout selon le prince Louis-Lucien Bonaparte, paraissent être : 1" le Biscaina ou Riscayen parlé en Biscaye, dans une partie du Guipuscoa et dans quelques localités de l'Alava; 2" le Guipuscoan, parlé dans le Guipuscoa; 0° le Haut-Navarrais parlé dans la Haute-Navarre; 4" le Labourdin ou Lampourdan ou b;isque parlé dans le Labourd c'est-à-dire au sud-ouest du département des Basses-Pyrénées, auprès de Rayonne, l'ancienne Lapurdum, aux environs de Saint-Jean de Luz, mais aussi à Urdax et Zugarramundi dans la Ilautc-Xavarre; 5° le Bas-Navarrais en usage en Basse-Navarre, mais aussi à Yalcarloz, dans la Haute-Navarre et à Bardoz et Domczain en Soûle ; 6° enfin le Souletin, usité nonseulement eu Soûle, auprès de Mauléon, mais aussi à Esquioule dans l'arrondissement d'Oloroa et dans les vallées de Roncal et de Salazar dans la Haute- Navarre, derniers dialectes, eux-mêmes susceptibles d'être divisés en plusieurs sous-dialectes indiqués par ce dernier linguiste, rappelés par M. J.-F. Bladé (A. Balbi : Allas ethnograph. du globe, Europe, 1" tableau, n» H. Paris, 1826. — P. Broca, la Rev. cVantkr., t. IV, p, 1-54; et Compt. rend. deVAssoc pour Vavanc. des sciences. Lille, p. 559, etc., 1874. — L.-L. Bonaparte, Langue basque, p. 28, note, Londres, 1862, in-4° ; et Carte, Bull. Soc. d'anthr., 2« série, t. IH, p. 521-525, 1868. — J.-Fr. Bladé, Et. sur l'origine des Basques, p. 505. Paris, Franck, 1869).

Ces distinctions linguistiques correspondent vraisemblablement à des délimitations de tribus ou peuplades cantabres ou vascones. Selon M. Chaho des sept tribus en lesquelles se divisent les Basques pyrénéens, les Labourdins, les Guipuzkoans, les Alavais et les Biscaiens seraient les descendants de peuplades cantabres. Les tribus de la Haute-Navarre espagnole et de la Basse-Navarre française représenteraient les anciens Vascons; quant aux Souletinsil descendraient également des Vascons; mais vraisemblablement aussi des Sybillates aquitains, anciens habitants de la Subola, la Soûle (Augustin Chaho, Hist. primit. des Eusk ariens-Basques, ch. i, p. 1, etc., 1847).

Sans insister davantage sur l'aire géographique, actuellement fort restreinte, de la langue basque, il est bon de rappeler que cette langue holophrastique, polysynthétique agglntinative, à structure incorporante et agglomérative, généralement considérée comme une des langues les plus anciennes de l'Europe,

FRANCE (ANTiir;oi>oLOGiE). 629

ainsi que l'ont fait remarquer W. de llumboklt, Prichard, MM. de Charancey et Pruner-Bey, a de grands rapports avec les langues de certains peuples américains tout en offrant quelques analogies, moins avec les langues clialdéennes ainsi que le pensait EichoiT, qu'avec les langues touraniennes, samoyède, mordvine ou finnoise (Humboldt, Uech. sur les liab. pnm. de l'Espagne, trad. par A. Marrast, ch. xlviii, p. 149, Paris, 1866. — Prichard, Hist. nat. de l'homme, t. I, p. 547, trad. de Pioulin). H. de Charancey, La langue basque et les idiomes de l'Oural, 2* fasc, p. 81, § o, Mortagne. — Pruner Bey, Sur la langue euskuara, Bull. Soc. iVanthr., 1^ sér., t. 11, p. 28, 59 et 71, 5 et 17 janvier 1867. — Eichoff, F^arallèle des langues de l'Europe et de l'Inde, p. 15-14, 1836. Paris, in^". — L. -Lucien Bonaparte, Langue basque et langues finnoises. Londres, 1862, in-4'').

D'ailleurs, il importe aussi de faire quelques remarques sur l'ethnologie complexe des Basques actuels paraissant se rapporter à des races multiples et différentes. Suivant MM. Ant. d'Abbadie et de Quatrefages, il y aurait trois, voire même quatre types ethniques parmi les Basques actuels. L'un d'eux s'observant principalement dans le Guipuscoa aurait le menton fuyant, la bouche petite et les pommettes saillantes. Un autre se rencontrant surtout dans la Navarre aurait le visage très-allongé {Bull, de la Soc. d'anthrop., 2^ sér., t. 111, p. 101 et 105, 1868). A propos de la race dolichocéphale de Cro-Magnon précédemment décrile, j'ai rapporté, d'après M. Broca, que certains Basques, en particulier ceux de Zaraus dans le Guipuscoa dont de nombreux ossements avaient pu être étudiés, par leur dolichocéphalie, par leur capacité crânienne considérable, et par quelques autres caractères semblaient présenter d'assez grandes analogies de conformation non-seulement avec les troglodites de Sorde, avec certains anciens habitants des bords de la Yézère et des montagnes de la Lozère, mais aussi avec les Kabyles de la côte Barbaresquc et avec les Guanches, anciens habitants des Canaries. Ces analogies de conlormation, ainsi que je l'ai fait remarquer précédemment, semblent autoriser à rapporter ces Basques dolichocéphales à la race atlantique, qui, suivant Bory de Saint-Vincent, aurait peuplé le nord de l'Afrique et une partie de l'ilispanie (L'homme, t. 1, p. 17 4). Cette ancienne immigration dans le sud-ouest de l'Europe de cette race atlantique, peut-être sortie de l'Atlantide, immense archipel, qui, avant son immersion! mentionnée par Platon (Timée, t. Il, p. 202, et Critias, p. 251, coll. Didot), paraît avoir été situé entre l'Europe, l'Afrique et l'Amérique, expliquei'ait la parenté de cette langue basque avec certaines langues américaines ; tandis que les liens ethniques paraissant exister, d'après Yarron, ApoUodore, Stralion et Denys le Péricgète, entre les Ibères de l'ilispanie et les Ibères du Caucase, rendraient en partie compte de certaines analogies linguistiques, remarquées par M. Prunei-Bey, existant entre les Basques pyrénéens actuels, les Géorgiens et les Abkhases, descendants actuels des Ibères asiatiques, et quelques autres peuples de l'ancien Touran et de la Sibérie. Ainsi s'expliquerait comment le basque, conformément à la remarque de M. Alf. Maury « tient le milieu entre les langues ougro-japonaises et américaines» tout en ayant certains rapports avec celles du nord de l'Afrique. (M. T. Yarron apud Pline, llist. nat., 1. III, cap. m. — ApoUodore apud Strabon, 1. 1, cap. m, § 21. — Denys le Périégète, vers 697-698. — Pruner- Bey, BuU. Soc. anthr., 2-^ sér., t. Il, p. 69, 17 janvier 1867. — Alf. Maury, La terre et l'homme, introd. à l'hist. univ. p. 454-456, 2^ édit., 1861, Paris), Toutefois loin de rapprocher anthropologiquemenl certains Basques des peu-

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pies asiatiques Tartares-Mongols, jainsi que bien d'autres confondus sous la de'nomination fort mal déterminée de Touraniens ; tout en faisant remarquer que les Ibères du Caucase pouvaient eux-mêmes parfaitement différer des peuples mongols par les caractères ethniques bien que pouvant avoir avec eux certaines analogies linguistiques, ainsi que cela s'observe parfois entre peuples voisins de races différentes comme ceux habitant cette chaîne de montagnes, je dirai de nouveau que dans notre Europe occidentale, les Brachycéphales, soit Ligures, soit Basques, paraissent diiférer notablement, par leur face non losangique, par leur crâne nullement pyramidal, des peuples mongoloïdes. Indépendamment des Basques dolichocéphales comme ceux étudiés par M. Broca dans le Guipusco, avec Retzius, MM. Pruner-Bey et d'Abbadie, M. Garrigou, la plupart des anthropologistes s'accordent à rapporter à un type brachycéphale certains Basques qui comme ceux de Saint -Jean-de-Luz étudiés par M. Broca et M. Argelliés, ont la région frontale moins développée que l'occipitale, et la capacité crânienne peu considérable de 1414 c'entimètres cubes (Broca : Basques du Guipuscoa. Bull. Soc. d'anthr. t. 111, p. 579-591, et t. IV, p. o8-G2, 18G2, et 1865. — Retzius, Bemerkungen ûber die Schàdelform der Iberier : Arcliiv. fur Anat. Physiol. von Millier, p. 499, 1847, — Pruner-Bey, Bull. Soc. d'anthr., t. IV, p. 33, 1865, et ailleurs. — Garrigou, Bull. Soc. d'anthr., t. V, p. 935-4. — Broca, Sur les crânes basques de Saint-Jean-de-Luz : Bidl. Soc. d'anthr., '2" sér., t. m, p. 9-20, 43-101,1868).

Des tableaux détaillés donnant les principales mensurations moyennes ont été recueillis par M. Broca sur 57 crânes de Basques la plupart brachycéphales. 11 est bon toutefois de faire remarquer que dans cette série de crânes présentant un indice céphalique moyen de 80,24 pour 100, la présence de 17 dolichocéphales ou sous-dolichocéphales a amené une variation de 19 centièmes entre les indices minimum et maximum, dernier indice s'élevant à 91,46 pour 100. Si, ainsi qu'il a été dit précédemment, on admet avec M. Broca et Topinai'd que la variation chez les individus de race pure n'excède pas dix centièmes {Bull. Soc. d'anthr., 2^ série, t. IX, p. 398) on doit penser que la race des Basques brachycéphales actuellement étudiée devait présenter un indice céphalique variable de 81 à 91 pour 100, c'est-à-dire un indice céphalique moyen approximatif de 86 pour 100, peu différent de celui précédemment indiqué pour les Ligures. Ce type basque brachycéphale très-orthognalhe, que nos populations méridionales, suivant M. Garrigou, distinguei'aient par la dénomination de cap de mountagno ou tête de montagne [Bull. Soc. d'anlhr., 2'^ série, t. 11, p. 206), paraît être celui qui a été principalement observé et décrit par les naturalistes et par les voyageurs, entre autres par MM. de Quatrefages, Lunemann, Elisée Reclus et Yinson (de Quatrefages, Souvenirs d'un naturaliste, t. I, p. 242, etc., 2 vol., 1854. — Lunemann, Reise durch die Ilochegebirge und Thaeler der Pyrenaeen im labre 1822. Berhn, 1825, et : Voyages dans les Pyrénées ; le pays des Basques : Nouvelles annales des voijacjes, 1851, 2® série, t. XIX, p. 30, 48. — Elisée Reclus, Les Basques, Bev., des Deux-Mondes, 15 mars 1867, p. 318, etc. — Vinson, Ethnogr. des Basques, ext., Bev. d'Anthr. t. III, p. 705, 1874).

Ces Basques brachycéphales, et surtout leurs femmes, qui, comme dans beaucoup d'autres races, semblent mieux conserver les caractères ethniques, se feraient remarquer par leur tète arrondie, leurs cheveux fréquemment noirs, à coupe circulaire suivant M. Pruner-Bey. {Mém. de la Soc. d'anthr., t. II, p. 28,

FRANCE (anthropologie). 651

n" 25), par leur front droit, leurs sourcils noirs bien dessinés, leurs yeux grands, vifs, expressifs, souvent bruns, ainsi que l'indique la petite statistique (!e M. Ârgelliès {Bull. Soc. d'anthr., 2'= sér., t. III, p. 13, etc., 1868); par leur nez droit sans dépression naso-frontale, leur bouche finement accentuée, vermeille, leurs dents extrêmement petites, selon M. Magitot {Bull. Soc. (Vanthr., 2^ sér., t. IV, p. 122, 1869), leur menton petit; par leur visage ovale, rétréci inférieurement, aux traits fins, réguliers, d'une grande pureté, par leur teint coloré, souvent basané, parfois clair, comme le remarque M. de Rochas (Les Parias de France, p. 138, 1876); par leur taille moyenne; par leur système musculaire bien développé, par leurs mains et leurs pieds petits et bien modelés; par la belle conformation de leur cou et de leurs épaules, par le beau développement de la partie antérieure et supérieure du thorax, par les fortes incurvations de la colonne vertébrale, signalées par M. Duchenne de Boulogne chez les femmes d'origine espagnole (Et. physiol. sur la courbuie lombosacrée : Ârchiv. gén. de niéd., nov. 1866, p. 543 et Bull. Soc. d'anthr., 2* série, t. I, p. 635, et Physiol. des mouvements, p. 728, § 659, 1867. Cette belle conformation générale, ces incurvations rachidiennes, gracieuses, élégantes, qui, ainsi que la régularité et la finesse des traits, selon M. de Longpérier, semblent se retrouver d'une manière bien plus générale chez les Basquaises et chez bon nombre d'Espagnoles, que chez les femmes de la côte de Ligurie, à plus forte raison distinguent complètement ces Biisqucs des Lapons, dont, ainsi qu'il a été dit précédemment, les rapprochent ethnologiquemeut les partisans de l'antériorité des races brachycéphales allophyles touraiiiennes ou finnoises sur les races dolichocéphales prétendues aryennes. En effet, suivant Linné, A. Retzius et M. Gustave Van Diiben, si ces habitants de l'extrême nord sont également brachycéphales, orthognatbes, à indice céphalique de 85,50 pour 100, à capacité crânienne de 1521 centimètres cubes ; si leur taille petite et grêle varie cependant suivant les sexes et les individus de 145 à 175 centimètres; s'ils ont les extrémités fines, si leurs cheveux sont noirs ou bruns, et leurs iris de couleur foncée, brune ; par contre leurs cheveux sont raides et droits, leurs dents fortes, leurs lèvres épaisses, leurs oreilles légèrement écartées de la tête, leurs membres infé"ieurs un peu courts, leur démarche inclinée en avant, etc. (Gustave van Diiben, Om Lappland och Lapparne, fœrctrœdesvis de Svenske, Stockholm, 1875; sur la Laponie et les Lapons principalement sur ceux de la Suède : Rapp. par Cliavée : Bull. Soc. d'anthr,. 2° série, t. VIII, p. 711-714).

On verra également que celte élégance des formes, cette finesse et régularité des traits de certains Basques et de certains Espagnols, paraissent aussi distinguer la race ibérienne, de la race celtique, également brachycéphale, occupant principalement le centre et le nord-ouest de notre pays.

Au beau développement du système musculaire coexistant avec la finesse des extrémités doivent être attribuées la preste activité, l'extrême agilité et la grande énergie des Basques dont les ancêtres Vascons et Cantabres nous sont dépeints par Silius Italiens comme légers à la course, invincibles au froid, à la chaleur, voire même à la faim (.,. Vasco levis... Cantaber ante omnes, hiemisque œstusque famisque invictus... Silius italicus : Les Puniques, 1. III, v. 359, et I. X, V. 15, coll. Nisard, éd. Dubochet.)

Aux courlics racliidiennes alternatives si prononcées sont vraisemblablement dus la démarche souple, élastique, mais fière et hardie des hommes, les mouvements

632 FRANCE (anthropologie).

lestes, gracieux et élégants des femmes. Doil-on attribuer à la conformalion du bassin fortement porté en arrière, par suite des incurvations racbidiennes considérables, certaine facilité dans la parlurition? On pourrait être porté à le penser lorsqu'on se rappelle que selon Strabon, les femmes ibériennes, immédiatement après leur accouchement faisaient mettre leurs maris au lit à leur place, et les servaient; lorsqu'on voit Diodore de Sicile signaler le même singulier usage chez les habitants de la Corse qu'on a vu précédemment être en partie d'origine ibérienne, et conserver encore les vêtements et certains mots cantabres d'après Sénèque ; enfin lorsqu'on sait que cette étrange coutume, actuellement appelée la Coubade ou Gouvade s'observe encore, suivant Eug. Cordier, chez quelques familles de la Navarre, de la Soûle et de la Biscaye (Strabon, 1. III, cap. iv, § 1 7, p. 136-7, coll. Didotj — Diodore de Sicile, 1. V, cap. xiv, p. 262, coll. Didot. — Sénèque, Cons. ad Helviam., cap. vm, p. 71, coll. Nisard. — Eugène Cordier, De l'organisation de la famille chez les Basques. Paris, 1869, ext. de Rev. hist. du droit français et étranger 1868-1869).

A propos de parturition, il est bon de remarquer que dans certaines régions des Pyrénées, en particulier dans qiieli|ues localités du Béarn, contrairement à ce que l'on observe en général, la natalité féminine excède très-notablement la natalité masculine. En effet, tandis que de 1861 à 1868 inclusivement pour la France entière les naissances féminines sont aux naissances masculines comme 95 est à 100 (Stat. de Fiance, 2*= sér., t. XX, § 3, p. xi), les trois communes de Laruns, de Bagès et des Eaux-Bonnes, selon M. Schnepp, en 1862 et 1865, ont présenté 137 naissances féminines pour 100 naissances masculines, proportion vraisemblablement très-exceptionnelle, même dans ces communes. (Arch. génér. de méd.,6^ série, t. V, juin 1865, p. 655).

Outre les nombreuses qualités physiques qui en général permettent aux Basques d'exceller dans les exercices du corps, ces montagnards, au regard vif, se montrent actifs et entreprenants, non moins que persévérants et courageux. L'héroïsme de leurs ancêtres a été signalé par les auteurs anciens. En parlant des habitants de l'Ibéric, au corps agile et à l'esprit remuant, Justin dit que leur corps ne redoute pas plus la faim et la fatigue que leur cœur ne redoute la mort; qu'ils préfèrent la guerre au repos; que souvent ils meurent dans les tourments en gardant un secret, plus désireux de conserver le silence que la vie. On célèbre cet esclave qui durant la guerre Punique, ayant vengé son maître, au milieu des tortures, éclatait de rire, et triomphait par son apparence sereine et joyeuse de la cruauté de ses bourreaux. Strabon a rappelé que les femmes cantabres préféraient donner elles-mêmes la mort à leurs enfants plutôt que de les voir prisonniers de leurs ennemis (Strabon, 1. Ill, cap. iv, § 17, p. 156. — « Corpoi\^ lîominum ad inediam laboremque, animi ad mortem parati... Bellum, quam otium malunt... Ssepe tormentis pro silentio rerum creditarumimmoitui : adeo illis fortior taciturnitatis cura, quam vitae ! Celebralur etiani bello Puuico servi illius |)atientia, qui ultus dominum, inter tormenla visu exultavit, serenaque laetitia crudelitatem torquentium vicit. Yelocitas gentis pernix, inquies animus. » Justin, I. XLIV, § 1, texte et trad. Nisard, éd. Dubochet,p. 551-552).

L'importance sociale accordée aux femmes chez les Cantabres est mise en évidence par Strabon lorsqu'il remarque que l'héritage des parents passe aux filles qui restent chargées des soins d'établir leurs frères (1. Ill, c;ip. iv, § 18, p. 137). Parmi les montagnards des Pyrénées, dans le Lavedan, dans la Basse- Navarre, dans la Soûle, dans la Biscaye, etc., les anciennes coutumes locales.

FRANCE (anthropologie). 655

selon Eugène Cordier, M. Le Play et M. d'Abbadie, auraient maintenu d'une manière plus ou moins complète le droit d'aînesse sans distinction de sexe ; la fille aînée pouvant hériter à l'exclusion de ses frères et sœurs, véritables domestiques sans gages, esclaus ou esclabes dans la maison de leur aînée (Le Play, L'organisation de la famille; famille-souche du Lavedan, p. 42, 97, 111- 510, 582. Paris-Tours, 1875. — D'Abbadie, Sur la loi des successions chez les Basques français : Bull. Soc. tVanthr., 2* sér., t. VII, p. 641, et t. IX, p. 104, etc.).

Après avoir longuement parlé des Basques pyrénéens qu'on a vu précédemment être de races multiples, quoique généralement regardés comme les représentants actuellement les plus purs de la race ibérienne, il est bon de mentionner quelques colonies qui sont attribuées aux Espagnols ou particulièrement aux Basques sur certains points du nord-ouest de l'Europe,

Au nord de la Rochelle qui, avant d'être prise par Gmllaume, dernier duc d'Aquitaine, appartenait aux seigneurs de Mauléon, capitale de la Soûle dans les Basses-Pyrénées, la ville des Sables-d'Olonne, dont la population diffère notablement de la population circozivoisine, aurait été fondée, ainsi que le rappelle Roget, baron de Belloguet, par des pêcheurs basques ou espagnols. (Roget, baron de Belloguet, Ethnog. gauloise, 1861, p. 34. — Bouillet, Dict. d'hisl. et (le çjéogr., Sables-d'Olonne la Rochelle, 1845. — Arist. Gudbert, Hist. des villes de France, t. iV, p. 417).

Rabelais, en parlant des « barbares Spagnola qui avoyent pillé, dépopulé et saccaigé les fins maritimes d'Olonne et Thalmondais » (liv. I, chap. i, Gargantua, p. 85-6, éd. de 1841), semble rappeler moins une colonisation qu'une incursion dévastatrice. Cette origine serait-elle confirmée ou infirmée par l'observation, d'ailleurs fort insuffisante de cette population? Selon M. Marcel Petiteau, qui, dans son étude sur la puberté et la ménopause, a observé 590 jeunes filles et 108 femmes, en général les Sablaises seraient brunes, vigoureuses, actives, de taille un peu élevée, auraient un tissu cellulaire peu abondant, et des glandes peu développées. En outre, la première menstruation aurait lieu à l'âge moyen de 14 ans 11 mois 12 jours, et la dernière à 46 ans 3 mois 16 jours. (Marcel Petiteau, Et. sur la menstruation chez les femmes des Sables-d"01onue : Bull, de la Soc. méd. de Poitiers, 2"^ sér., p. 547, 26 janvier 1857, extr. dans Gazette hehd. de méd. etchir., 7 août 1857, p. 567). Le premier de ces âges paraît un peu différer de celui d'environ 14 ans, observé par MM. Girard, Reynaud, Puech et Courty, à Toulon, Marseille, Nîmes, Montpellier, dans des pays que l'on a vu précédemment surtout peuplés de Ligures et d'Ibères, dont les descendantes, les Languedociennes et Provençales actuelles, selon Virey, présenteraient un développement peu considérable des glandes mammaires (Girard et Reynaud , Statistiques rapportées par Marc d'Espine, Recli. sur quelques-unes des causes qui hâtent ou retardent la puberté : Arch. gén. de méd., 2« sér., t. IX. p. 5 et 305, Paris 1855. — Lagneau, Rech. compar. sur la menstruation en France : Bull, de la Soc. d'anthr., t. YI, p. 72i, tableau, 1865. — Puech et Courty, cités par Leudet, Cong. méd. intern. de Paris, 1867, p. 164. — J.J. Yirey, De la femme sous ses rapports physiologique, moral, etc., 2" éd., p. 18, Paris, 1825).

Quelques habitants des environs de Piriac et de Brandu, non loin de Guérande, suivant M. Ludovic Lalanne, descendraient de quelques soldats espagnols débarqués le 12 octobre 1590 à l'embouchure de la Loire, sous la conduite de

634 FRA>'CE (anthropologie).

don Juan d'Aquila (Etlinol. de la France. Patria : 2'^ part., 1847, coi. 1540. Paris) .

Quelques individus de sang espagnol se feraient remarquer, suivant MM. Audiganne et Richon, dans l'ancienne Franche-Comté, en Lorraine, à ThionviIIe, où l'on observerait certaines femmes au teint basané, aux cheveux noirs, aux yeux grands noirs et expressifs, aux traits fins, et de même dans l'ancienne Flandre, provinces occupées par les Espagnols au seizième siècle. (Audiganne, Le travail et les mœurs dans les montagnes du Jura : Rev. des Deux-Mondes, 15 juin 1864, p. 895. — Richon, Et. stat. sur le recrutement du départ, de la Moselle : Rec. de mém. de méd. chir. militaires, o'^ série, t. XXII, p. 108, 1869.)

D'autres petites populations circonscrites, évitant de se mêler aux populations voisines, remontant à des époques indéterminées, mais vraisemblablement reculées , certaines habitantes de l'île de Bréhat , à la face finement dessinée , aux traits délicats, aux yeux grands, noirs et vifs, aux belles chevelures noires, à la taille élégante, etc., beaucoup de femmes d'artisans et de bourgeois de Granville et de Roulogne-sur-!\fer, remarquables par leurs cheveux noirs, leur peau un peu brune, la forme gracieuse de leur cou et de leurs épaules, la vivacité de leurs yeux, ont paru à M. de Quatrefages présenter les caractères anthropologiques de la race basque ou ibérienne. (De Quatrel'ages, Souvenirs d'un naturaliste, t. I, p. 100, 185-4, et hev. des Deux-Mondes, 15 mars 1850, p. 1083. et Rull. Soc. d'anthr., t. 11, p. 407, 16 mai 1861. — Baude, Côtes de Bretagne : Rev. des Deux-Mondes, t. XV, 14 septembie 1852, p. 1057. — Daily, Rech. sur les mariages consanguins : RuU. Soc. d'anthr., t. IV, p. 564, 1863.) Relativement à Boulogne, oii, selon M. Quatrefages, M. Vivien de Saint-Martin aurait retrouvé les caractères de cette i\ice parmi les pêcheurs, M. Duchenne de Boulogne, a signalé chez les belles et vigoureuses femmes du Portel, à l'ouest de cette ville, non-seulement une incurvation lombo-sacrée très-prononcée, ainsi qu'une légère courbure dorso-cervicale en sens contraire, mais aussi un cou bien modelé, de belles épaules, une taille élégante, des mains et des pieds petits et bien attachés, caractères qui paraissent également être ceux de la race ibérienne (Duchenne de Boulogne, Et. phys. sur la courbure lombo-sacrée : Arch. gén. de méd., 6' série, t. Ylll, p. 543, 1866. — RuU. Soc. d'Anthr., 2« sér., t. 1, p. 655, 8 novembre 1866. — Physiol. des mouvements, p. 729, 1867).

Quelle que soit l'origine ibérienne, basque ou espagnole de ces petites populations, elles semblent différer notablement des populations circonvoisines. La délicatesse de traits et la grâce des Granvillaises les font distinguer, en général, des femmes du voisinage.

Dans les îles Britanniques, selon M. Boyd Dawkins, les grottes et les tumuli du pays de Galles et du sud de l'Angleterre renfermeraient des crânes identiques à ceux des Basques. (Assoc. britannique pour l'avancement des sciences, Bradford, 1873 : ext. Rev. d'anthr., t. II, p. 716). — (The Northern Range of the Basques : Fortnighlhj Revieiv, septembre 1874).

Non-seulement les descendants des anciens Silures, regardés par Tacite comme des Ibères (Agricole Vita, XI), se feraient encore remarquer, suivant M. Moggridge de Swansea, MM. Davis et Thurnam, M. Broca et M. Beddoe, par leurs grands yeux brillauls de couleur noire ou noisette, par leurs cheveux noirs, par leur physionomie exprimant l'adresse et la finesse, etc. ; mais en Irlande, les habitants de race ibérienne ou espagnole du havre de Dingle sur la

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côte sud-ouest du Munster, selon M. Inglis et M. Araédée Picliot, se distingueraient également par leurs cheveux noirs, par leur nubilité liâtive, et par suite par leurs unions précoces (Davis et Thurnam, Crania Britannica, décade II, p. 53, London, in-fol., 1857. — Broca, Bull. Soc. d'anthr., t. I, p. ô"!. — Beddoe, Les Basques : Ass. Brit. pour Taverne, des sciences. Bradford, 1875; ext. deBev. d'anthr., t. II, p. 716. — Am. Pichot, L'Irlande et le pays de Galles, 1. 1, p. 400, Paris, 1850).

D'ailleurs , certains passages de Girald le Cambrien, de Raoul de Diceto, recueillis par M. Roget deBelloguet, mentionneraient, au troisième et au sixième siècles, la présence en Irlande de Hua-Bhascoines ou enfants des Yascons, au sud-est, dans le Leiaster, mais surtout au sud-ouest dans la partie du Munster appelée le Kerco-Bhaiskind , ancienne principauté des Mac-Malion dans le comté actuel de Clare. (Roget de Belloguet , Ethnog. gauloise, p. 296. Paris, 1861). Pareillement Henri d'IIuntingdon remarque qu'anciennement des immigrants vinrent d'Hispanie (Espagne) en Hybernie (Irlande); que de cette île une partie d'entre eux passa en Grande-Bretagne, et que de son temps ils continuaient à parler leur langue, et portaient encore le nom de Navarrais. «... lioctamen certum est, quod ab Ilispania llyberniam veneruut et inde pars eoi'um egressa tertiam in Brittania, Brittonibus et Pictis gentem addiderunt. Nam et pars, quaî ibi reraansit, adhuc eadem utitur lingua, et Navarri vocantur. » (Henrici archidiaconi Iluntindonensis Historiarum libri octo, 1. I, p. 501, in Berum Anglicarum Scriptores post Bedam, in-fol. Francofurti, 1601).

Outre ces colonies nombreuses des Ibères ou des Basques dans le nord-ouest de l'Europe, ces peuples navigateurs ont envoyé, au delà des mers, bien des colons. Mais sans suivre tous ces émigrants sur les divers points du globe, on peut rappeler quelle part importante ils ont prise à la colonisation des parties centrale et méridionale de l'Amérique, que d'ailleurs M. Chalio pense avoir été connue des Euskariens dès l'antiquité (llist. primit. des Euskariens-Basques, introd., p. xxii, 184^7). Depuis la découverte du nouveau continent jusqu'à nos jours, la plupart des colons s'étant établis d;ms les îles et dans la partie méridionale de l'Amérique provenaient de la péninsule ibérique ou de la région sud-ouest de noti'e pays. « C'est à près de deux mille par an, dit M. Elisée Reclus, que l'on peut évaluer le nombre des Basques français et espagnols qui s'expatrient. )) Depuis trente ans, le quart des hommes valides auraient quitté le pays Basque pour se porter surtout vers Buenos-Ayres, Montevideo et le bassin du Rio de la Plata. Cette émigration semble prendre des proportions de plus en plus considérables : car M. Elisée Reclus porte à 12 875 le nombre des émigrants basques et béarnais partis de Bordeaux en l'année 1872. Selon M. Fuster, de Montpellier, cette émigration, qui porte principalement sur les jeunes hommes, depuis 1846, aurait amené une diminution de 64 000 âmes dans la population du département des Basses-l'yrénées. De 1866 à 1872, remarque M. Vallin, la population des trois départements, Hautes et Basses-Pyrénées, Landes a diminué de 20 pour 100 (Elisée Reclus, Les Basques : Bev. des Deux Mondes, 15 mars 1867, p. 353, etc.; Nouv. Géogr, univ., t. 11, p. 87 : La France, 1877. — DeRanse, Bull. Soc. d'anthr., 2'' série, t. VIII, p. 482, 1873; — le Temps, 14 avril 1875, p. 2-3, 0^ et \'^ col.; 26 sept. 1875, p. 1-2, 6*^ et 1"^^ col. — Fuster, De la dépopulation des campagnes et du progrès de l'émigration vers l'Amérique : Cong. scient, de Pau, avril 1875 et Assoc. pour Favanc.

656 FRANCE (anthropologie).

des sciences, sess. de Clermont-Ferrand , 1876, p. 1054. — Vallin, Colonisation : Dict. encyc. des se. méd., p. 180).

L'antliropologiste peut faire remarquer que dans les contrées d'Amérique oij se portent ces Européens de race ibérienne, ils semblent conserver parfaitement leurs caractères ethniques La plupart des descriptions des belles créoles du Mexique, de la Havane, de l'Amérique du sud, s'accordent à leur reconnaître une grâce et une élégance remarquables, des yeux grands et vifs, des cheveux très-noirs, des mains et des pieds extrêmement petits et divers autres caractères de cette race. Les cheveux de ces femmes sont tellement noirs, qu'on est obligé d'en teindre spécialement pour l'exportation en Amérique du sud. Leurs mains petites, courtes et généralement grasses, au cinquième doigt presque aussi long que le quatrième, seraient connues de nos gantiers exportateurs. Enfin, leurs pieds sont parfois tellement petits, qu'un voyageur revenant de la Nouvelle-Grenade me montrait des chaussures comme des objets de curiosité. Mais, parfois, par suite de leurs fortes incurvations rachidiennes et de la situation très en arrière de leur bassin, dont le détroit supérieur ne soutient qu'obliquement la masse des viscères, conformément à la remarque de M. Duchenne de Boulogne, on observe chez ces créoles, à la suite de plusieurs grossesses, un relâchement notable des parois abdominales. (Loc. cit. : Archiv. génér. de méd., 6« sér., t. VIII, p. 545-6, 1866).

Ainsi que l'a fait observer M. Berlillon, cette race ibérienne semble jouir d'une aptitude remarquable à l'acclimatation [Dict. encyclop. des se. méd., Acclim., t. I, p. 288, etc. — Bull. Soc. d'anthr., t. V, p. 8il, etc., 1864). M. Ramon de la Sagra a montré combien est considérable l'accroissement physiologique, par excédant de la natalité sur la mortalité, de la population blanche de Cuba (Flist. physique, politique et naturelle de l'île de Cuba, 3 vol. t. I, p. 538, 1842. — Sur la fécondité des mariages dans l'intérieur des villes de l'île de Cuba : Acad. des se, 14 mars 1864, ext. : Achiv. génér. de méd., 6*^ sér., t. m, p. 627, 1864) M. Martin de Moussy a indiqué le développement rapide de cette population dans le Sud-Améi ique, en particulier au Brésil et au Paraguay {Bull. Soc. d'anthr., t. V, p. 844, 948-956, etc., 1864, et t. YI, p. 289-291, 629-653, 1864). Pareillement en Algérie, où les Espagnols, principalement de race ibérienne, seraient au nombre de 80 000 (Uev. d'anthr. espagnole, ext. dans Rev. d'anthr. t. III, p. 747), les recherches statistiques de MM. Martin et Folley, celles plus récentes de M. Vallin ont permis de constater la faible mortalité des Européens du midi, la plupiirt paraissant se rattacher à cette race (Martin et Folley, Hist. statist. de la colonisation algérienne au point de vue du peuplement et de l'hygiène, p. 109-252. Paris- Alger, 1871. — Vallin, Du mouvement de la population européenne en Algérie: Annal, dliyg. et de méd. lég, 2^ sér.. mai 1876, p. 409-4 i6). M. Rouis et M. Laveran ont montré que l'acclimatation était plus facile pour nos compatriotes du Midi, par suite de leur résistance plus grande à certaines endémies, en particulier aux hépatites suppurées. (Rouis, Rech. sur les suppurations endémiques du foie, d'après les obs. recueillies en Afrique, Paris, 1860). — Laveran, Algérie : Dict. encyclop- des se. méd., t. II, p. 772). Plus tard, il sera parlé de nouveau de cette acclimatabilité, dans les considérations ethnologiques générales sur l'ensemble de notre nation.

Ordinairement, dans leurs migrations, les peuples sont accompagnés d'animaux domestiques, ainsi qu'on aura ultérieurement plusieurs fois l'occasion de

FRANCE (anthropologie). 637

le remarquer. Après avoir parlé de la réparlition géographique des Ibères, des Aquitains, des Basques, des Ligures, des Sicanes, des Silures, etc., avec M. Sanson, on peut faire observer que le porc noir, à oreilles étroites, pointues, dirigées en avant, à tète modérément longue, à grouin étroit, que ce suidé, appelé porc ibère par ce professeur de zootechnie, se trouve répandu dans tout le sud-ouest de l'Europe, en Espagne, en Italie, dans le midi de la France, au sud de la Dordogne, des monts d'Auvergne et de Lozère, et également dans les îles Britanniques et dans l'Amérique du sud, pays colonisés par des peuples ibériens ; tandis que dans la partie septentrionale de la France et voire même dans une grande partie de l'Europe occidentale, régions que l'on verra plus tard avoir éti; habitées par des Celtes, des Galates, des Germains, se trouve un porc à tête plus allongée, au grouin épais et droit formant un museau relevé presque à angle droit avec le crâne, aux oreilles larges, tombantes, à soies jaunâtres (Sanson, Sur les types des cochons domestiques : Bull, de la Soc. cVanthr., 2 série, t. II p. 114, etc., 1867).

RACE CELTIQUE. Celiez, celt^e, KïÎ.toî; celtiques^ celtici, Ks),tixoI; celtibères, celtiberi, Kù.zL?i-cptç.

Lorsqu'on cherche dans les ouvrages de William Edwards, de MM. J. N. Perier, Roget de Belloguet, Broca, Pruner-Bey et de maints autres ethnographes, la caractéristique anthropologiste de la race celtique, on est frappé de l'extrême divergence d'opinions (Will. Edwards, Fragments d'un mém. sur les Gaëls: Mém. de la Soc. ethnolog., 1" partie du t. 11, p. 15 et suiv. Paris 1845. — J. N. Périer, Fragments ethnolog. sur les Gaëls et les Cymris : Bull, de la Soc. de Géogr., 1857. — Les vrais Celtes sont les vrais Gaulois : Bull. Soc. d'anthr., t. V, p. 590-624, 1864. — Roget baron de Belloguet, Ethnog. gauloise. Paris, 1861. — P. Broca, Rech. sur l'cthnoLde la France; et Nouvelles rech. sur l'anthr. de la France en général et de la Basse-Bretagne en particulier : Mém. de la Soc. d'anthr., t. I, p. 1-56, 1860 et t. III, p. 147- 209, 1869. — Qu'est-ce que les Celtes? : Bull. Soc. d'anthr., t. V, p. 457-464,

1864. — Pruner-Bey, Sur la question celtique; anciens crânes ligures et celtiques : Bull. Soc. d'anthr., t. V, p. 657-660, 1864; t. VI, p. 458-468,

1865, etc.).

Les uns, avec Bory de Saint-Vincent et Desmoulins, les regardent comme de petits brachycéphales aux cheveux bruns. (Bory de Saint-Vincent, l'Homme, t. I, p. 120 ; Paris, 1827. — Desmoulins, Ilist. nat. des races hum., p. 156, § 1,1826. Paris).

Les autres avec Prichard, M. d'Omalius d'IIalloy, et Pruner-Bey les dépeignent comme de grands dolichocéphales blonds (Prichard, Hist. nat. de l'homme, t. I, p. 262, trad.de Boulin. Paris, 1845. — D'Omalius d'IIalloy, Note supplém. sur les caractères naturels des anciens Celtes. Bruxelles, 1 859, in-8. — Des races humaines, i'' édit. Paris, 1859, p. 55. — Discours du président del'Acad. roy. de Belgique, p. 12, etc. 17 décembre 1872. — Bull. Soc. d'anthr. de 2'^ sér., t. VIII, p. 256, etc.).

Toutefois, ainsi que j'ai cherché à le montrer dans un travail spécial sur les Celtes [Dict. encycl. de méd.) , un peut espérer d'arriver à la détermination de la caractéristique de la race celtique, si, d'une part, l'on s'efforce de démêler dans les documents historiques ceux relatifs aux Celtes de ceux relatifs aux Gaëls ou Galates, souvent confondus dès l'antiquité par

638 FRANCE (anthropologie).

suite de leur mélange dans les temps préhistoriques; et si, d'autre part, on tient compte des études anthropologiques faites sur les ossements humains anciens et sur les populations vivantes qu'on observe actuellement dans les régions géographiques où ces documents historiques indiquent la présence permanente des Celtes, et en particulier dans celles où les langues celtiques ont été ou sont encore en usage. Il importe donc d'abord de chercher dans quelle région on peut retrouver des ossements d'anciens Celtes, dans quelle région on peut observer leurs descendants, afin de pouvoir ensuite déterminer les caractères anthropologiques de ce type ethnique.

Fig. 12. — Aire géographique de la race celtique.

Sur cette carte les régions occupées par les Celtes sont ombrées par des points plus ou moins rapprochés.

Habitant Je nord-ouest de l'Europe, depuis les bords du Haut-Danube et du Haut-Rhin, les Celtes paraisraissent surtout s'être fixés, d'uue part dans les parties occidentales des iles Britanniques où se parlaient et se parlent encore des dialectes celliques, l'albanach en Ecosse, l'eironach ou erse en Irlande, le manx dans l'ile de Man,lecoriiisch dans le sud-ouest de la Grande-Bretagne; d'autre part, dans la Celtique, partie des Gaules comprise entre la Loire et la Garonne, l'Océan et les Alpes ; quelques tribus celtiques, entre autres celle des Ségobriges s'étant avancée jusque sur le littoral méditerranéen, au milieu des peuplades ligures.

Dans la péninsule hispanique sont ombrés les pays occupés au nord-ouest par les Celtes Neriens, les Celtes Prœsamarques et les Celtiques ; à l'ouest, près du Diirius, le Douro, par des Celtiques ; au sudouest, depuis le Tage jusqu'auprès de Gacles, Cadix, par d'autres Celtiques ou Celtes-Cletas, et par es Turdétans ; enfin, au centre de la Péninsule, de l'Ebre aux sources du Tage et de VAnas, la Guadiania, par les Celtibères, issus du croisement de Celtes et d'Ibères ; Celtibères au nord-ouest desquels se trouvaient les Bérons, également de race celtique.

Vraisemblablement par suite de leurs relations avec les colonies qu'avaient fondé sur notre littoral méditerranéen leurs compatriotes de Grèce ou d'Asie, les auteurs Grecs, longtemps avant les auteurs latins, paraissent avoir eu connaissance de l'existence des Celtes. Selon Homère, « au delà des pays connus vers l'Occident, habitent les Celtes ». Ephore regarde le couchant comme la demeure des Celtes (Homère apud Strabon, 1. I, ch. ii, § 27).

FRANCE (anthropologie). 630

Upbç §v(n-i) SkKîlzoûi;. (Eplioreapud Strabon, 1. 1., ch. ii, § 28 ; voir aussi 1. IV, cil. IV, § 6).

Suivant Hérodote, l'Ister, le Dauube, prend naissance dans le pays des Celtes, qui habitent au delà des colonnes d'Hercule, c'est-à-dire du détroit de Gibraltar, seule voie alors connue des navigateurs phéniciens et grecs, pour se rendre dans

les pays du nord-ouest de l'Europe ("la-rpoç n yip Ttoray-bq à.p^â.iiswi; èv. KsI-cm^j...

oi §ï Kùzoi £tVt é'?w 'Hpa/Jswv (7t-/3),£(uv. Hérodote, 1. II, § XXXIII ; voy. aussi 1. IV, g xLix, texte et trad.lat. de Dindori et Muller, éd. Didot, 1862.

Quelques auteurs anciens, d'une époque à laquelle l'histoire des peuples d'Occident était moins ignorée des étrangers, entre autres Dion Cassius, homme politique considérable, ancien gouverneur de la Pannonie baignée elle-même par l'Ister, rappellent que, « dans les temps les plus reculés, les habitants des deux côtés du Rhin portaient le nom de Celtes. « {Emi x6 ys Travu apy^aim

Ke).Tot Izarépot ot iizi a^'i^ô'^zpa. toO Troraptoû (P/;voO) owoOvtsç ovop.à^oyirt. Uion

Cassius, Ilist. romaine, 1. XXXIX, ch. xlix du t. III, texte et trad. de Gros, 1851).

Aussi, sans porter les limites de la Celtique, ainsi que le suppose Plutarque, de la mer du Nord ou mer extéiieuie et des climats glacés jusqu'à la Méotide et à la Scythie Politique, c'est-à-dire jusqu'à la mer d'Azof et à la Russie méridionale baignée par la mer Noire, limites extrêmes peut-être explicables par les migrations des peuples celtiques , on semble en droit d'admettre que les Celtes , très-anciennement , occupaient les régions qui correspondent actuellement au centre ou au moins au sud-ouest de l'Allemagne baignée par le haut Danube et le Rhin, et aux pays du nord-ouest de l'Europe, pays notablement différents de ceux qui, au point de vue archéologique spécial de la répartition du bronze, M. Al. Bertrand paraît assigner aux Celtes dans le midi de notre pays , la partie occidentale de l'Helvétie et la vallée du Pô (Al. Bertrand, Archéol. celtique et gauloise, p. 248, etc., t. VI et carte : Ere celtique, 1876).

Eto-î ^è ol /.ai TYjv KeXTtxôv 5tà pâQo; yj^pv.z,. -/.al piÉ^eSoç aTrô rÂç è'SwQsv 6a).a(T<ni3ç zat Twv WTrap-^Ttcuv •/.XtjU.àTiiv irpôç •flXiov rotin yjt'izai xal tàv MatôjTiv STnaTpîyoufxav «TTTso-ôai Tii; novTWï]; Z/.u9tà; lé'^/ouai (Plutarquc, Vie de Marins, § H, texte et trad. lat. de Dœhiier, coll. Didot).

II est toutefois bon de remarquer que, selon Festus Avienus, les Celtes, paraissent s'être trouvés dans le nord-ouest de l'Europe en contact avec les Ibères et les Ligures dont il a été précédemment parlé. En effet, ces Ligures qui occupaient ces contrées septentrionales, soit dans une grande étendue, soit plutôt sur certains points à l'état de peuplades ou de colonies, à la suite de nombreux combats, auraient été chassés par les Celtes du voisinage des îles Œstrymnides, qui paraissent avoir été les îles Sorlingues actuelles.

Si quis dehinc Ab insulis Œstrymnicis lembum audeat Urgere in undas, axe quà Lycaonis Rigescet œthra, cespitem Ligurum subit Cassum incolarum. Namque celtarum manu, Crebrisque dudum praeliis vacuata sunt (Rufus Festus Avienus : Orae maritimse vers 129-136).

Aussi tandis que Denys le Periégète donne ces îles, également appelées Cassité-

640 FRANCE (anthropologie).

rides, comme appartenant aux Ibères (Périple, vers 563-564, texte et trad. lat. de Bertrand, Basilœ, 1556), Pomponius Mêla les place chez les Celtiques, peuplades qu'il indique, ainsi que Pline et Strabon, comme occnpant la côte occidentale de ribërie, qui n'offre aucune île importante, mais dont les habitants devaient avoir de fréquentes relations avec ces îles à étain (Pomp. Mêla, 1. III, cap. I. — Pline, Ilist, nat., 1. Y, cap. xxxiv. — Strabon, 1. III, cap. i, § 6. p. 115, etc).

In Celticis aliquotsunt quas, quia plumbo abundant, uno omnes nomine Cassiteridas appellant. Pomponius Mêla : De situ orbis, 1. III, cap vi, p. G52, texte et trad., coll. Nisard, éd. Dubochet).

Les Celtes, d'ailleurs, suivant Hippai'que, habitaient les grandes îles du nord-ouest de l'Europe, les îles Britanniques que plus tard on verra avoir reçu ce nom des Britanni continentaux transmigres dans la plus grande de

ces îles (OOç izsïvoç ['lnna.p/^oç) p.Èv è'ri Kc).toù; \jTzo\ay.èàyii, iyô} Soiuai BpsTTavoùç

ii-jM. Strabon, I. II, c. i ; § 18, p. 62). Néanmoins M. Broca, qui, ainsi que M. Hans Ilildebrand, pense que les Cassiterides, que les îles métalliques se ti^ouvaient sur la côte des Celtiques, paraît croire que le nom de Celtes n'était pas porté par les anciens insulaires des îles Britanniques, insulaires dont d'ailleurs certaine conformation brachycéphale et divers dialectes de langues dites celtiques attestent les rapports ethniques avec les Celtes continentaux (Broca, Sur les textes relatifs aux Celles dans la Grande-Bretagne : Bull. Soc. d'anthr., 2*= sér., t. XII, p. 509-515, 1877. — Hans Hildebrand, Sur la situation des Cassiterides : Congr. int. cVanthrop. etd'ant. de Stockholm, 1874, p. 579-584).

Vraisemblablement par suite des conquêtes d'émigrants gaëls, belges, cimbres, germains, ainsi qu'il sera ultérieurement indiqué, la plupart des Celtes d'outre-Rhiu, des îles du nord-ouest, voire même du nord-est de notre pays, soumis ou refoulés, paraissent avoir perdu leur nom, remplacé par celui des vainqueurs. En effet, certaines dénominations locales semblent révéler la présence ancienne des Celtes dans les pays du Nord depuis occupés par d'auti-es peuples. Suivant Philémon, Pline et Denys le Périégète, les mers qui baignaient le pays des Cimbres, la Chersonèse cimbrique, actuellement le Jutland, étaient appelées Morimanisa et Cronium, Kpo-jic, dénominations dérivées des mots celtiques Mor Marwsis et Cronn, mer morte, coagulée ou gelée ; 7nare pigrum ac prope immotum, disait Tacite (De moribus Germanorum, XLY).

Philémon Morimarusa a Cimbris vocari, hoc est mortuura mare, usque ad promontorium Rubeas, ultra deinde Cronium (Pline, I. IV, cap. xxvii, p. 201 ; voir aussi Denys le Périégète, v. 48, in-12, 1620).

Plus à l'ouest, sur le continent ainsi que dans les îles, la langue celtique parait avoir été anciennement assez généralement parlée , ainsi que l'atteste l'étymologie celtique quoique latinisée de nombreux noms de villes comme Camulodunum, Brannodunum , Durocobrivis , actuellement Colchester, Brancaster, Dunstable dans l'est de l'Angleterre, Lîigdmnim Batavorum, Noviomagus, ;ictuellement Leyde, Nimègue en Hollande. Elle est d'ailleurs encore usitée dans plusieurs régions occidentales des îles Britanniques comme dans notre Armorique. Au nombre des dialectes' celtiques insulaires depuis peu abandonnés, ou encore actuellement en usage, on peut indiquer le cornish dans le Cornisliire et le Devonshire, le welsh dans la principauté de Galles, le manx

FRANCE (anthropologie). 6il

dans l'ile de Man, Valbanach dans les montagnes d'Ecosse et ['erse ou eironach en Irlande.

Les Celtes de la région moyenne de notre pays et de l'Helvétie semblent seuls avoir su conserver une certaine autonomie. En effet, la vaste région s'étendant de II Garonne à la Seine, de l'oce'an Atlantique aux Alpes est indiquée par la plupart des auteurs grecs ou latins, entre autres par Diodore de Sicile, par Pline, par Pomponius Mêla, par Ammien Mîircellin, comme portant le nom de Celtique, Celtica. comme étant habitée par les Celtes (Diodore de Sicile, Ilist. univ,, 1. V, ch. xxxii, p. 273, texte et trad. lat. Dindorf et Muller, coll. Didot.

— Ammien Marcellin, 1. XV, cap. xi, p. 43.)

Ab eo (Sequana) ad Garumnam celtica (Pline, Hist. nat., t. III, 1. IV, cap. XXXI, p. 250, éd. Panckoucke).

Ab eo (Garumna) ad Sequanam Celtica... (Pomponius Mêla, De Situ orbis, 1. III, cap. II).

Parmi les peuples de cette région, plus tard en partie comprise dans l'Aquitaine, en partie appelée Lyonnaise Lugdunensis, selon Strabon, César Ptoléméé, Pline et maints autres auteurs, les principaux paraissent avoir été les Arvernes, lesEduens, les Helvètes, les Garnutes, etc. (Strabon, I.IY, cap. m, etc.

— Cl. Ptoléméé, 1. II, cap. vu, p. 136 etsuiv., éd. deWilberg. — Pline, 1. IV, g XXXII, xxxiii, p. 205, 254, etc.

Les Arvernes, ArvernL kwAa-ioi, ancêtres des Auvergnats actuels, dont le nom rappellerait la situation élevée de leur habitat sur le plateau montagneux du centre de notre pays (Ar ou Al haut, et verann ou feauan>' contrée) constituaient un peuple puissant. Au nombre de leurs villes se trouvait Nemelum (Neimeidh, temple), plus tard appelé Augustonemetum, AùyouTrovIasTov, acluellenient Clei'mont-Ferrand. Leur autorité, nous dit César, s'étendait sur les Cadurciens, Cadiirci, Kaoovpzot, anciens habitants des environs de Divona Aou^ova actuellement Cahors, sur les Cabales, Gabali, Ta.'ooùm., ancien peuple du Gévaudan, ayant pour ville Anderitum, 'AvJlpvjrîov, actuellement Antérieus, et sur les Velaves ou Velaunes, Velauni, OùiXayjoi, anciens habitants du Velay, ayant pour ville Revessio, 'Po^îo-o-tov, actuellement Saint-Paulien.

« Arveriiis, adjunctis Eleutheris Cadurcis, Gabalis, Velaunis, qui sub imperio Arvernorum esse consuerunt (César, De Bello Gallico, 1. VII, ^ lxxv).

Quoique plus tard il devra de nouveau être pailé de plusieurs peuples comme les Butènes, les Lémovices, et les Pictons, auxquels certains auteurs ont cru reconnaître des relations ethniques avec quelques autres peuples de la Germanie oiienlale, comme l'immixtion d'un sang étranger n'a nullement dû empêcher le sang celtique de prédominer dans les régions qu'ils occupent, considérées par les auteurs anciens comme faisant partie de la Celtique, il importe d'en parler ici. Les Butènes, Riiteni, PovTavoî, qui ont laissé leur nom au Bouergue, avaient pour ville Singidunum, "Erorîouvov, actuellement Bhodez. Les Nitiobriges, NUiobriges,]<!iTi6èpiys.ç, possédaient la ville d'Agen,/l^m?mm, 'Aytwov. Les Pétrocoves, Petrocorii, risTpézoptot, avaient pour ville Vesuna, Qiié<7owoi, actuellement Périgueux. Les Lémovics, Lémovices, Ai^aouix-oî, dont la capitale Lemoi; «ces, plus tard Angustoritiim, kvyovcr-zàpizov, actuellement Limoges, rappelle encore le nom, ainsi que l'a fait remarquer M. Maximin Deloche, paraissent d'après 6ésar (De G. B., 1. YIl, § 75) avoir eu une fraction de leur tribu habitant non loin des Vénètes, dans l'Armorique auprès de la Loire. (Maximin Deloche, De l'existence en Gaule au temps de la conquête de deux peuples Lémoviques : DICT. ENC. 4° s., IV. 41

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Conqrès scient, de France tenu à Limoges : Mém. de la Soc. des antiquaires de France, t. XXIII, p. 597, etc.).

Les Sautons, Santones, lâvzovEç, habitaient autour delà ville de Mediolanuni, Mî^io/âviov, actuellement Saintes. Les Pictons, Pictones, ni'x.Tojv:;, avaient pour ville Limomim, actuellement Poitiers. Les .^gesinates et les Cambolectri, Aqesinates, Cambolectri, leurs voisins, paraissent avoir habité sur le littoral. Il est bon de rappeler que ces deux derniers peuples sont rangés par Pline à la suite des peuples aquitains, comme s'ils étaient des tribus de race ibérienne restées au nord de la Garonne au milieu des peuplades celtiques (1. IV, eau. XXXIII, p. 204). Les Colliberts, que Pierre de Maillezais dit avoir été en partie massacrés à une époque relativement récente, par des pirates normands, et leurs représentants actuels, les Huiliers ou Cabaniers des marais mouillés de la Sèvre niortaise, ont été considérés par M. Francisque Michel et divers autres auteurs comme les descendants de ces Agésinates Cambolectri (Petrus Malleaceus mon. ad Gaderam. De antiq. malleac. insula, t. II, p. 225 de Novœ biblioth., Philippe Labbe. — Franc. Michel, Hist. des races maudites, t. II, ch. vi, p. 4, 1847). Quoique l'état d'infériorité sociale dans lequel ces Colliberts se sont longtemps trouvés semble peu en rapport avec celte origine, il est au moins aussi acceptable de les faire descendre de ces Agésinates Cambolectri, que des Alains ou Théifales qui se seraient établis dans cette région vers le cinquième siècle de notre ère, ainsi qu'il sera dit ultérieurement.

Les Bituri"es Cubes, Bitiiriges Cubi, BiroOpr/sç ot KoûSoi, les vaillants défenseurs à'Avaricum, kvàpiy.o-j, actuellement Bourges, paraissent être les frères des BituriTcs Vivisques, Bituriges Vivisci, Bi-rouptyoi Oiazoî, qui avaient pour capitale Burdigala, Bo^joSLyoila, actuellement Bordeaux, dernier peuple que Strabon si irnale comme s'étant établi en partie au sud de la Garonne, auprès des peuples aquitains dont il différait ethnologiquemcnt.

Môvov yào Sri to twv 'BizovpLyM-it toOtwv è'Qvo; sy rot; AxouÏTavoïî à)),d'j9u)ov t§pv:(x.L, y.oLL oh auv-£)>£Î aÙTOt;, é/Ji §ïly-nôpio-\) BoijpSiyKlx... (Strabon, 1. lY, chap. Il,§ 1,

M. Dulau et M. le baron Ghaudruc de Crazannes croiraient devoir faire venir ces Biturioes Vivisques de Vevai, dans le Berri (Ghaudruc de Crazannes, Les neuf peuples principaux et les douze villes de l'Aquitaine novempopulaine, p. 4,

broch., 1861).

Sur la Loire habitaient les Turones, Toypovtd;, dont la ville était Turones, plus tard Ccesarodimum, Katc-âpo'îouvov, actuellement Tours. L'homonymie de ces Tourons avec les Toûowvot dont Ptolémée signale la présence bien au sud des Suèves, dans la Germanie méridionale (1. II, cap. ii, ]). 155), semblera peut-être contirmer les relations ethniques paraissant exister entre les anciens habitants de la Celtique et les Celtes qu'Hérodote, Dion Cassius, ainsi qu'il a été indiqué précédemment, disent habiter vers le haut Danube, à l'est du Bhin. Toutefois, on verra ultéiieuremeut que de bien nombreux peuples de race germanique vinrent d'outre-Bhiu se fixer dans notre pays.

Au-dessous des Tourons, sur les bords de la Loire, habitaient les Andes ou Ande^aves, Andegavi, 'Q.-jSi/.(/.ovai, dont la ville, à l'époque romaine, appelée Juliomagus, 'lou>tôptayoç, s'appelle actuellement Angers. Enfin les iXamnètes, Namnetes, Napô-rai , dont la ville Condivicum, Ko-jScovu/.o-j , actuellement Nantes, comme bien d'autres, rappelle encore le nom de ses fondateurs. Selon Ptolémée, ces NaavYiTai auraient été complètement distincts des iciu^Azut, Sam-

FRANCE (anthropologie). 6io

nites habitant près de l'embouchure de la Loire, où, sous le nom d'Âmnites, les signalent aussi Denys le Pcriégète et Priscianus (Ptolémée, 1. II, cap. vu, p. 157 et 138, texte et trad. lat. de Wilberg. — Strabon : 1. IV, cap. v, § 6, p. 165 et cap. II, g 1, p. 158. — Marcien d'IIéraclée, Périple de la mer extérieure, n" 21, p. 552 du t. I : Geogr. Grœci minores, coll. Didot. — Denys le Périe'gèle, vers 570-572, p. liO, coll. Didot. — Priscianus, vers 586-587, p. 194, <ioll. Didot).

Au nord de la Loire, dans la région s'étendant entre ce fleuve et la Seine, dans cette région, où Strabon (1. IV, ch. iv, § 1 et 3, p. 162, et suiv.), en signalant la présence de Belges parocéanites, au nombre desquels il range les Vénètes, OvevstoI, témoigne de migrations de peuples venus du nord-est, la plus grande partie de la population néanmoins était celtique , car nonseulement, avec (lésar, la plupart des auteurs regardent cette région comme comprise dans la Celtique, mais des dialectes celtiques y sont encore parlés, dans les parties les plus reculées de l'ancienne Armorique (Ar mor, près mer), Armorica, actuellement appelée Bretagne. Donc, sauf à revenir plus tard sur les immigrés établis dans cette région, outre ces Vénètes, Veneti, Oùsvsrot, anciens habitants des environs de Dariorigum, Aapidpiyoy, actuellement Vannes ; on peut encore indiquer parmi les peuples de cette région de la Critique les Curiosolites, Curiosvelites ; les Osismiens, Osismii, 'Oo-tcTLitot, dont la ville était Vorganium, Ohxpyànov ; les Rbedons, Rhedones, 'PiiSovz;, dont la ville principale était Condate, KovSâ-rz, actuellement Rennes, et dont le nom est encore rappelé par celui de la ville de Bedons ; les Abi incatuens, Ahrincatui, 'A^piy-Aa- 701)01, ayant pour ville Ingena, "IvyEva, actuellement AATancbes ; les Arvies, 'Apouioi, dont la ville était Vagoritum, Oùay^P''^^"^. ^^^^ 1^ petite rivière d'Erve, affluent de la Sartbe, i^appelle encore le nom ; les Unelles, Vnelli, OijévôIoI, qui habitaient le département actuel de la Manche et avaient pour port Kooo-îxtovov; les Baïocasses, Bodioccisses, dont Bayeux rappelle le nom ; leurs voisins les Viducasses, Viducasses, BiSov/Mcnoi; les Lexoviens, Lexovii, AïjÇoOStot, qui avaient pour poit l^oiô-j-ayoç, et ont laissé leur nom à la ville de Lisieux. Parmi les peuples de cette région, entre Loire et Seine, il faut remarquer les Aulercs au fractionnement multiple semblant témoigner d'une provenance plus septentrionale, ainsi qu'il sera plus tard indiqué. Sous le nom d'Aulercs Eburovics, Aulei'ci Eburovices, Avliû'/.ioi oî 'Eêoujoatxoî, ils habitaient les environs de Mediolanum, Mî5io),âviov, actuellement Evreux. Sous celui d'Aulercs Diablintcs, Diablindi, Aùiîp.tot oï AtaëXtrat, ils occupaient les alentours de Nœodummi^ Noiôrîouvov, actuellement Jiiblains. Sous celui d'Aulercs Cenomans, Aulerci Cenomani, Avlipy.ioi oî K£vo|:xavot, ils possédaient le territoire oiî s'élevait Siiindinmn, OùîvJwou, actuellement le Mans. En outre, sous le nom d'Aulercs Brannovics, Aulerci Brannovici ou Branovii cités par César (De Bell. Gall., 1. VIII, cap. Lxxv), ce même peuple habitait encore dans la Celtique, mais plus au sud-est entre la Saône et la Loire, un petit territoire dont Carilocus, Ciiailieu, paraît avoir été le centre urbain. Enfin on verra dans la suite qu'une partie des Aulercs Cenomans, établis dans une région encore plus méridionale de notre pays, prirent part aux invasions de l'Italie et allèrent se fixer au sud des Alpes.

De tous les peuples celtiques habitant au nord de la Loire, le plus puissant et celui dont l'autorité politique et religieuse paraissait le plus s'étendre sur les tribus de notre pays , était les Carnutes, Carnuti, Kapvovtat. Leurs villes

644 FRANCE (anthropologie).

principales étaient Autricum, AÛTpixov, actuellement Chartres , et Genabum , Kv7va6ov, actuellement Orléans,

La Seçuana, la Seine et la Matrona, la Marne, étaient généralement considérées par les auteurs anciens, entre autres par César, comme la limite séparant la Celtique de la Belgique (...a Belgis Matrona et Sequana dividit. César, De Bello Gallico, 1. I, cap. i).

Cependant, au nord de la Seine et de la Marne, certains peuples étaient évidemment de race celtique, car cette race paraît avoir occupé cette région nord-est de notre pays avant l'immigration des peuples d'outre-Rhin, dont il sera ultérieurement parlé. Non-seulement une proportion considérable de la population actuelle présente les caractères anthropologiques que l'on verra être ceux des descendants des Celtes du centre de l'ancienne Celtique, et prédominer dans les pays oià l'on parle encore des dialectes celtiques. Mais, ainsi que l'attestent certaines dénominations locales celtiques, quoique plus ou moins latinisées, telles qnc Samarobriva,]Semetacum, Noviomagus, anciens noms d'A.miens, d'Arras, de Noyon, dérivés des mots celtiques : Briv, pont, nemeith, temple, magh, plaine; une langue celtique se parlait dans la région s'étendant de la Seine au Rhin et bien au delà, ainsi qu'il a été indiqué précédemment.

Néanmoins, comme dans la région située entre la Seine et le Rhin, la distinction entre les tribus celtiques et les tribus transrhénanes immigrées serait fort difficile, tout en y admettant l'existence d'une proportion considérable d'habitants de race celtique, je ne parlerai ici, à propos des Celtes, que de quelques peuples comme les Calètes, les Véliocasses, les Parisis, les Meldes, habitant sur la rive septentrionale de la Seine, mais paraissant avoir été laissés en dehors de la Belgique, soit dans la Celtique, soit dans les Lyonnaises, suivant les époques. Les Calètes, Caleti, Koàh^xi, avaient pour ville Juliohona 'Iou)vio§ova actuellement Lillebone. La capitale des Véliocasses, Véliocasses, Ovîvslioy.â.fnoi était Ratomagîis, 'Pozo^xyoç, Rouen. Les Parisis, Parisii, YiocpiTioi ainsi que nous l'indiquent César, Strabon, et Ptolémée, habitaient sur les bords dei la Seine, Sequana, 2Y)/oàva, autour de leur ville insulaire appelée Lutèce, Lutetia, Aoy/oxe/ia, actuellement Paris. « Labienus... Lutetiam proficiscitur, it est oppidum Parisiorum positum in insula fluminis Sequanae, » (César, De Bell. Gall., 1. VII, cap. lvii).

Ilspt Sï TGV 2ïjxoàvav noiocj-ôv bîti zaî oi llcupiinoi vvjuov é';;^0VTSi; sv r&> TzctTcu^M v.a.1

TTôXiv AoyzoTsztav (Strabon, 1. II, cap. m, § 5, p. 161-162. Voir aussi Ptolémée, 1. II, ch. VII, p. 138).

Ce peuple paraît s'être divisé comme plusieurs autres précédemment mentionnés dans la Celtique, et ainsi qu'on le verra dans la suite, comme divers autres peuples Galates et Belges. En effet, des Parisii, llapîa-ot, sont indiqués par Ptolémée comme habitant dans l'île d'Albion, plus tard appelée Grande- Bretagne auprès de Peliiaria, TleTovxpix, actuellement Burgh, au nord de l'Humber ...llapîo-oi -/.al ttô^i; nsTouapîa. Ptolémée, 1. II, ch. ii, p. 108. Ces Parisii continentaux et insulaires doivent-ils être considérés comme des Celtes fractionnés par les immigrants venus du nord-est? Ou bien, ainsi que paraît disposé à l'admettre, Amédée Thierry, ne constitueraient-ils pas plutôt une des tribus de ces envahisseurs septentrionaux? (Hist. des Gaulois, iiitrod., p. 66). Cette dernière opinion semble plus vraisemblable encore, ainsi qu'il sera plus tard indiqué pour les Meldes, Meldi, Mé'X§a.i, ayant pour ville

FRANCE (anthropologie). 643

Jatiiium, 'lârivov, actuellement Meaux. A la suite de ces peuples limitrophes de la Belgique, on peut encore indiquer les Vadicasses, Vadlcasses, OhxSuxcrtoi, dont la ville Neomagiis, 'Noiôaa.yoç, était peut être Vez dans le Valois. Ce peuple était peut-être parent des Viducasses, Bt-îoux.âo-toi du littoral, également mentionnés par Ptolémée, (1. II, ch. vu, p. 137 et 139). La ville des Tricasses, Tricassi, Tpizâo-tot, avait reçu le nom de Augustobana Trecœ, Av^ouo-raêova, actuellement Troyes.

Quoique compris dans la Belgique, que César dit être peuplée en partie, mais non entièrement d'immigrés d'Oulre-Rhin, (De Bell. Gall., l. II, cap. iv), les Catalauniens, Catahmni, des plaines de Châlons-sur-Marne, les Leuces, Leuci, At-jxoi, des environs de Tullum, Toul, les Médiomatrices, Mediomatrici, MeJio- ^«.■vpiKol, des alentours de Divodurum, actuellement Metz, étaient très-vraisemblablement en grande partie de race celtique. Du moins pour ces derniers, il semble permis de l'inférer de certain passage de Strabon, qui après avoir parlé des Médiomatrices, ainsi que des Helvètes et des Séquanes, les distingue des Triboques d'origine germanique, dont il sera plus tard parlé (1. IV, cap. m, 1^, p. 161).

Dans la Celtique au sud de ces peuples, habitaient les Senons, les Lingo7is, les Eduens, les Séquanes, les Helvètes, etc. Les Senons, Senones, 'Evovïç, anciens habitants à\igedincum, "Ajô^i-ao^j, actuellement Sens, ainsi que leurs voisins les Lingons, Lingones, Aî/zove;, anciens habitants des environs de Langres, ainsi que bien d'autres peuples sur lesquels on reviendra ultérieurement, quoique habitant la Celtique, paraissent avoir été partiellement au moins de la race des Gaëls, des Galates, à en juger du moins par les descriptions que donnent les auteurs anciens de ceux des Senons et autres Gaulois d'Italie qui prirent Rome (Tite-Livc, I. V, cap. xliv, xlviii, etc. — Virgile, Enéide, 1. VIII, vers 658, p. 360, coll. Nisard. — Silius Italiens, Les Puniques, t. IV, vers 201-205, p. 267, coll. Nisard).

Chez les Mandubiens, Manduhii, se trouvait le célèbre oppidum à'Alesia assiégé par César. « ... Alesiam, quod est oppidum Mandubiorum. » (César, De Bell. Gall., 1. VII, cap. lxviii).

Les Eduens, JEdai, Hedui, MSoûoi, le peuple le plus puissant de cette région, d'après César, Strabon, avait pour villes pi'incipales Bibracte, Biêp«y.Ta ou Augustodumum, AvyouaToSouv&v, actuellement Autun,Ca&i//o?iitm,KaêuX)>tvov, Châlons, et Matisco, Mâcon. ... « Cabilloni et Masticone in induis ad Ârarim. r. (De Bell. Gall., l. VU, cap. xc). ... At^oûwv é'ôvoç, nb'Xiv s^o-j Kaêêu)>tvov èni tw "Apocpi -/.od tfpovpiov B£Spax.Ta (Strabon, 1. IV, cap. m, g 2, p. 160, colL Didot).

Ptolémée leur donne Lugdunura, AoOyiîouvov, Lyon, mais cette ville paraît d'abord avoir appartenu aux Segusiaves suivant Pline (1. IV, cap. xxxii, p. 203)

..Atâ'oûwv è'Ôvoç y.cà tto^ei; aÛTwv: Aù'j'oyo'Toâ'ouvov, KaêêiJ).ïvov, Aoû'jiiîouvov ^-nzpàuokiz-

(CI. Ptolémée, Géographie, 1. II, cap. vu, p. 139, édit. de Wilberg).

A l'est des Eduens se trouvaient les Séquanes, Sequani, Svjzoàvot, peuple 'mportunt qui, ainsi que le rappellent Strabon, Artémidore et Stéphane de Bysançe, tirait son nom de la Sequana, la Seine dont il avait habité les rives. Sïjxoàva.., pst § élç Tôv cixsavôv... §iù â'ôvouç o^wvûjixoy . . . (Strabon, I. lY, .•ap III, § 2).

2vj/.oâvo;... àf' ou t6 iQvtxôv, Irty-oâ-JOi, m; "ApdepLi^op.. (Stépliani, édit. de Jacob Gronovius, in-fol. Amstelodami, 1078).

646 FRANCE (anthropologie).

Refoulés des rives de ce fleuve par des conquérants venus du nord-est, ou spontanément émigrés vers le sud-est, ces Séquanes, lors des campagnes de César, habitaient à l'est de la Saône la région riche et fertile, dont Vesontio, OùtTDvTtov, Besançon était la capitale. « ... Vesontionem, quod est oppidum maximum Sequanorum. » (César, De Bell. Gall., liv.I, cap. xxxviii. — Ptolémée, 1. 11, ch. VIII, p. i43).

Au nord-est des Séquanes étaient les Rauracs, Rauraci, (Pline, 1. IV, § 31, p. 203. — César, De Bell. Gall., 1. VU, cap. lxxv).

A l'est, les Helvètes, Ilelvetii, 'E^vOuottioî, puissante nation qui s'étendait dans la plus grande partie de la Suisse ou Confédération helvétique actuelle, depuis le lac Léman jusqu'au Rhin.

A propos des Rauracs, il est bon de rappeler que dans le département de la Marne, à 15 kilomètres de Châlons-sur-Marne, dans le canton de Marson, près de Notre-Dame de l'Epine, se trouve le village de Courtisols, dont la belle population agricole, remarquablement active et industrieuse, se ferait remarquer par son idiome peu compréhensible pour les populations circonvoisines, et par certains usages, certaines coutumes, par la manière de construire leurs maisons à distance les unes des autres, contrairement à la disposition ordinaire des villages de celte région. Cette population, étudiée avant 1776, par Grosley, puis, sur la proposition d'Auguis, par Hubert, Cacquot, Bridel, Jlerbès, dont les recherches ont été l'ésumées par M. Francisque Michel, étudiée également par Normand, enfin récemment mentionnée par M. de Saulcy et par M. Bataillard, est assez généralement regardée comme ayant une origine Helvétique ou Suisse (Auguis Bridel,' Mém. de la Soc. roij. des antiquaires de France, t. V, p. 552 à 364 et t. VI, p. 219 à 223, 1823 et 1824. — Francisque Michel, Hist. des Races maudites de France et d'Espagne, t. II, p. 104, 1847. — Normand cité par Bataillard, Sur la langue et l'origine des habitants du village de Courtisols : Bull. Soc. d'anthrop., 2« sér., t. IX, p. 698-701, 1874. —Saulcy, G. Lagneau, Bull. Soc. d'anthrop., 2« sér., t. IX, p. 702).

En effet, bien que quelques personnes aient cru devoir les faire descendre soit des Huns d'Attila battus dans les champs Catalauniens, dans les plaines de Châlons, soit de Sarrasins ou de Bohémiens, dernières origines qui semblent n'avoir aucun fondement. Normand rappelle qu'on considère les habitants de Courtisols comme étant venus des bords des lacs de Zug, de Zurich ou de Constance, lors de l'invasion des Helvètes repoussés par César. Et, sans fixer ainsi une date aussi éloignée à celte immigration, une tradition immémoriale et constante tendrait à faire regarder la population de ce village comme « une colonie suisse, à laquelle le terrain aurait été cédé en payement de certaines créances ». Suivant le pasteur suisse Bridel, le dialecte parlé par les habitants de Courtisols, dialecte dont on a recueilli quelques spécimens, entre autres la parabole de l'enfant prodigue, aurait quelques analogies avec le dialecte roman parlé par les habitants des vallées de Saint-Ymier, Moutiers, Grandval, Delemont, Saint-Ursane, dans la portion du Jura faisant partie du canton de Bàle, anciennement occupé par les Rauracs. On peut remarquer que César dit bien que les Rauracs étaient au nombre de 23 000 dans l'aimée d'invasion de l'année 59 avant J.-C, (De Bell. Gall., 1. I, cap. xxix). Seulement aucun document ne permet de croire qu'ils se soient alors fixés dans les Gaules, après leur défaite.

Une origine analogue. Helvétique ou Suisse est également attribuée à la

FRANCE (\sthropologie). 647

population des trois Piiceys, petites localités du dépailements de l'Aube, limitrophe de celui de la Marne. Relativement à ces dernières localités dont la plus importante, Riceys-le-Bas, est clief-licu de canton de l'arrondissement de Barsur-Seine, Jacob Vignier, dans sa chronique de Langres, dit que César, après avoir vaincu les Helvètes, l'etint en Gaule les Boies et les Raurjcs ayant pris part à leur invasion, et établit les uns parmi les Eduens, les autres sur les confins des Ambarres ou des Barriens ; d'eux proviendraient les habitants des Riceys. « ...Retentis Boiis Rauracisque, et illis quidem inter iËduos, his in Ambarrorum sive Barrensium finibus collocatis, ex quibus Riceienses (Jacobo Yigncrio : Chronicon Lingonense, p. 4, 1665, Lingonis). »

Celte origine Rauraque ou Boienne paraît avoir été également admise par la plupart des autres auteurs s'étant occupés de ces localités, depuis Pierre du Brueil jusqu'à M. Emile Jolibois, le traducteur de la chronique de Langres, à la suite de laquelle se trouve le plan d'une histoire dont un chapitre devait avoir pour titre : Comme les Rauraques et Raurices restèrent par de çà, fondèrent les Riceys dans les pays des Ambarres » (Pierre du Brueil, llist. ample des peuples habitant aux trois bourgs de Ricey, 1654, vol. de 50 p. réuni à la Description de la terre de Piicey, située en Bourgogne, par Nicolas de la Brosse, 1654. — Emile Jolibois, Les chx'oniques de l'évêché de Langres, de Jacques Vignières, Chaumont, 184'2).

César dit bien qu'à la demande des Eduens, vu la grande réputation de bravoure des Boïes, il consentit qu'ils fussent placés sur les confins de ces Eduens, qui, leur ayant donne des terres, les admirent ensuite à partager les droits et la liberté dont ils jouissaient eux-mêmes. « Boios, petentibus j4ï]duis, quod egregia virtute erant cogniti, ut in finibus suis coUocarent, concessit : quibus illi agros dederunt, quosque postea in pai'em juris libertatisque conditionem atque ipsi erant, receperunt. » (César, de Bell. Gall, l. l, cap. xxviii).

Mais rien n'autorise à supposer que César en ait agi de même par rapport aux Rauracs. Touchant ces Rauracs immigrés, qu'on prétend être venus avec les Helvètes et les Boies, il règne la même incertitude que pour les Harudes, que César dit bien avoir accompagné Arioviste (De Bell. Gall., 1. I, cap. xxxi, xxxvii, li), mais que Schœpflin croit avoir laissé leur nom à Monthardou, localité située près de Pontarlier (L'Alsace ill., trad. de Ravenez,t. I, p. 155, 2 vol. Mulhouse, 1849). D'ailleurs les Boies sont généralement regardés comme s'étant fixés entre l'Allier et la Loire, à l'ouest des Eduens. En outre, les Ambarres, chez lesquels les auteurs langrois pensent que les Rauracs se seraient fixés, paraissent avoir habité bien au sud-est des Eduens, dans les environs d'Ambérieux, dans le département de l'Ain, non pas au nord de ce peuple, comme aux Riceys et à Courtisols, dans les départements de l'Aube et de la Marne.

A supposer que les habitants des Riceys et de Courtisols soient des descendants de colons Helvètes ou Suisses, ce dont la tradition et quelques données linguistiques sont les seuls garants, d'une part, la conservation d'un dialecte roman distinct, d'autre part, le costume particulier, principalement celui des femmes des Riceys, par les bandes rouges du corsage, par les guimpes blanches, par les chaînes d'argent, et par diverses autres paiticularités mentionnées par M. L. Coûtant, sembleraient engager à faire remonter beaucoup moins haut que l'époque de César l'immigration de ces Suisses.

A la suite de cette longue digression sur les prétendus Rauracs Helvètes ou Suisses de Courtisols et des Riceys, reprenons l'énumération des peuples celtiques

648 FRA^'CE (anthropologie).

habitant à l'est et au sud des Séquanes. Auprès des Helvètes habitaient les Tugènes et les Ambrons qui s'allièrent aux Teutons, pour envahir notre pays en Tan 102 av. J.-C. (Strabon, 1. IV, cap. i, § 8, p. 152). Ces Tugènes, Tugeni, Toyysvoî, paraissent avoir eu pour capitale Tugium, Zug, et avoir occupé le Tockembourg, à l'est du lac de Zurich.

Quant aux Ambrons, Amhrones, 'Au^puvsç, dont le nom celtique Ambra, Amhra, signifierait les vaillants, ils ont été considérés par M. Am. Thierry comme les descendants des Ombres d'Italie, réfugiés au nord des Alpes; Ombres dont il sera parlé à propos des Celtes d'Italie (A. Thierry, Hist. des Gaulois, t. I, 1. I, ch. I, p. 128; et t. II, 1. V, ch. i, p. 5). Aux Isombres ou Ombres de la plaine du Pô se rattacheraient également les Insubres du pays des Eduens Insubres pago JEduorum mentionnés par Tite Live (Hist., liv. V, cap. xxxiv). Ces Insubres Eduens des bords de la Saône, de même que les Umbranics, L'mbranici, des bords au Rhône indiqués par Pline (Ilist. nat., 1. III, cap. v, et les Caturiges des hautes Alpes, considérés par cet auteur comme des Insubres exilés, Caturiges Insubrum exules (Hist. nat., 1. III, cap. xxi), quelles qu'aient été les migrations multiples ayant amené leur répartition dans ces diverses régions, peuvent en effet avoir eu des liens ethniques avec les Isombres et les Ombres. D'ailleurs, relativement à la direction delà migration de ces Insubres, si les Caturiges doivent être considérés comme des Insubres, on serait peut-être •porté à les faire venir du nord, lorsqu'on voit l'Itinéraire d'Antonin et les tables de Peutinger indiquer dans une région bien plus septentrionale, entre Durocortorum, Divodiu'um et Noviomagus, c'est-à-dire entre Reims, Metz etNeufchàteau, ime ville de Caturiges, Catiirigœ^Caturi ces, vraisemblablement Bar sur-Ornain dans le département de la Meuse (Antonini Augusti Uinerarium xcviii, et Tabula Peutingeriana. lxxviii, p. 108 et 251 du Recueil des itinéraires anciens du marquis de Fortia d'Urbain et du colonel Lapie). Suivant M. Fauché Prunelle, Embrun, Eborodunum, 'Eêo/sô^owov, dans les hautes Alpes, l'ancien pays des Caturiges, rappellerait encore le nom des Ambrons Ligures mentionnés par Plutarque (Fauché-Prunelle, Essai sur les anciennes institutions autonomes ou populaires des Alpes Cottiennes briançonnaises, t. I, p. 62, 2 vol. in-8, 1856. — Plutarque, Marins, xxi, p. 496, coll. Didot).

MM. A. Sirand,Monnier, ont également pensé que les Ambrons d'Helvétie étaient les ancêtres des Ambarres, Ambarri, petite peuplade des bords de la Saône, dont le territoire voisin de celui des Eduens paraît correspondre à une partie des Bombes, de la Bresse et du Bas-Bugey. Leur présence dans cette région serait encore rappelée par les noms des villes et villages d'Ambérieux, Ambronay, Ambutrix, etc. (Sirand, Course archéol. dans le bas Bugey, p. 2,4, 4842. Antiquités générales de l'Ain, p. 294. Bourg, 1855. — Monnier, Et. archéol. sur le Bugey, ch. v, p. 81, etc. Bourg, 1841). « Quod yEduos, quod Ambarros, quod Allobrogos vexassent » (César, De Bello Gallico, 1. I, cap. xiv).

Ces Ambarres diffèrent-ils des Ambivai'etes, Anibivareti, également mentionnés par César comme clients des Eduens, à côté des Ségusiens et des Aulerci Brannovices ? (( Imperant ^Eduis atque eorum clientibus Segusianis, Ambivaretis, Aulercis Brannovicibus millia xxxv. )) (César, De Bell. Gall., I. VII, cap. lxxv. Remarquons que les Aulerci Eburovici, Cénomani, et Diablintes anciens habitants des environs d'Evreux, du Mans et de Jublains, précédemment indiqués dans la région de la Celtique située au nord de la Loire, étaient aussi voisins des Ambibares, Ambibari, mentionnés par César entre les Bhedons

FRANCE (anthropologie). 649

et les Caletes, anciens habitants du pays de Redons et de Gaux (De B. G., 1. VII, cap. Lxxv.) Enfin, sans repousser la possibilité de liens ethniques entre les Ambarres et les Ambrons de l'IIelvétie, d'où successivement de nombreux peuples descendirent dans la vallée du Rhône, on peut encore faire remarquer la conformité nominale des Ambivaretes, Ambivareti, des bords de la Saône, et des Ambivarites, Ambivariti, des bords de l'Escaut. (César : De B. G., 1. IV, cap. IX.) Sans prétendre déterminer avec précision l'ethnogénie de ces diverses peuplades, dans leur homonymie imparfaite on peut voir le résultat de la migration et de la fragmentation d'un peuple qui du nord-est se serait porté vers l'ouest et vers diverses régions du sud-est ; on peut aussi voir dans cette homonymie l'application à plusieurs peuples distincts d'une dénomination celtique commune, Amhra, les vaillants. Enfin cette homonymie incomplète peut-être, ne doit-elle pas empêcher de distinguer deux groupes ethnologiquement différents, l'un méridional composé des Ombres, Isombres, Ambrons Ligures, l'autre septentrional comprenant les Ambivarites, Ambibares, Ambarres, Ambivaretes, ayant suivi, dans leur migration des bords de l'Escaut aux bords de la Saône approximativement le même chemin qu'auraient suivi les Centrons pour se rendre de l'ancienne Belgique dans les Alpes. En effet, les Centrons, Centrones, selon César, étaient les clients des Nerviens, anciens habitants des environs de Turnacum, Tournay, et de Cameracum, Cambray, dont il sera plus tard parlé. « Itaque confestim dimissis nunciis ad Centrones, Grudios, Levacos, Pleumoxios, Geidunos, qui omnes sub eorum (Nerviorum) imperio sunt » (César, De Bell. Gall., 1. V, cap. xxxix).

Ces Centrons avaient également pour homonymes les Centrons, Centrones, Kivzpw-jzç, que César, Strabon, Pline et divers autres auteurs disent habiter auprès des Graïocèles et des Caturiges des Hautes-Alpes, non loin des Octoduriens et des Nantuates, anciens habitants du Valais : « Ibi Centrones et Graioceli et Caturiges, locis superioribus occupatis itinere exercitum prohibere conantur. » (César, De Bell. Gall., l. 1, cap. x.)

«Octodurensesetfinitimi Centrones. » (Pline, l. lll, cap. xxiv, p. 177. — Voir aussi Strabon, 1. IV, cap. vi, § 6.)

Le territoire de ces Centrons correspond au haut Faucigny, Fauces Centronuni, et à la Tarentaise, dont^opoç Klav^iov, Forum Claiulii ou Centrones, Centron, et Durantasia, Moutiers, étaient les villes principales. (Voir Fréd. de Gingins la Sarra, Mém. pour servir à l'histoire du royaume de Provence et de Bourgogne Jurane, p. 5, 1851, Lausanne.)

Ces Centrons, dont l'épigiaphie tendrait à rectifier le nom en celui de Ceutrons étaient-ils des Celtes? Est-il permis de l'inférer de la signification celtique de Ke.ntr, éperon en armoricain? La dénomination de Centrons se servant de l'éperon serait alors beaucoup moins applicable aux montagnards des Alpes qu'aux habitants des plaines de la Belgique. Tacite, Appien mentionnent l'ori gine germanique des Nerviens (Tacite, De Mor. Germ., xxviii. — Appien, De Reb. Gall., 1. IV, ch. i, § iv). Les Centrons du nord, s'ils étaient un peuple celtique, auraient pu devenir tributaires ou clients des Nerviens, conquérants venus de Germanie, ou bien auraient émigré vers le midi, suivant la direction parcourue par tant de peuples, ^'qui du nord-est des Gaules se déversèrent à diverses époques vers le midi. Aussi, que les Centrons montagnards soient Celtes ou non, qu'ils aient plus ou moins mêlé leur sang avec celui de peuplades habitant antérieurement le pays, je suis moins éloigné que divers savants,

650 FRANCE (anthropologie).

que M. Piot, cité par M. l'abbé Pont, de refuser aux Centrons des Alpes tout rapport ethnologique avec les Centrons des bords de l'Escaut (Pont, Les Kentrons de la Tarentaise et de Belgique, Moutiers, d864).

Quant aux Nantuates, Nantuates, Navrouàtai, leurs voisins, que Strabon, César, Pline, montrent s'élendant des Alpes, de la source (tt/jy-à) du Rhône, du lac Léman jusqu'au Rhin, auprès des Caturiges, des AUobroges, des Yéragrcs et des Séduniens, anciens habitants de l'Embrunois, de la Savoie, du Moyen et Haut- Valais, ils paraissent avoir habité principalement le Bas-Valais et le Chablais, autour de Tarnaia, actuellement Saint-Maurice (Strabon, I. IV, cap vi, § 6. — Pline, 1. 111, cap. xxiv, p. 177).

« César, Ser. Galbam cum legione duodecima et parte equitatus in Nantuates, Veragros , Sedunosque misit, qui ab fmibus Allobrogum et lacu Lemanno et flumine Rhodano ad sunimas Alpes pertinent. » (César, De Bello GaUico, 1. 111, cap. i).

« Rhenus... longo spatio per fines Nantuatium, Helvetiorum... fertur » (César, De Bell. Gall., 1. IV, cap. x).

Mais lorsqu'on remarque que l'irrégulière délimitation de ce peuple s'étendant jusqu'à la source du Rhône, jusqu'au bord du Rhin, dans des pays qu'on sait avoir été occupés par d'autres peuples, semble impliquer des migrations en diverses directions, lorsqu'on tient compte de la tendance que bon nombre de peuples de l'Helvétie montrèrent à diverses époques à s'avancer vers le sud-ouest dans le bassin du Rhône, enfin lorsqu'on se rappelle que de nombreux peuples ont laissé à leur ville leur propre nom, contrairement à MM. Depéry et Auguste Avene, on est porté à attribuer à des émigrants nantuates la fondation de la ville de Nantua, peu éloignée de leur ancienne demeure (Auguste A\ene, Hist. anc. et mod. du département de l'Ain; Nantua, p. 26, etc., 1847).

Au sud-ouest des Nantuates, se trouvait la puissante nation des AUobroges ou Allobriges, AUobroges, 'Allo^piyoi, dont le nom, suivant Am. Thierry, serait dérivé des mots celtiques all brog, hauts lieux ou haut pays, et signifierait montagnards (Am. Thierry, Hist. des Gaulois, 1. IV, ch. i, p. 445). Malgré cette étymologie celtique, quand on voit les AUobroges, grands et forts, suivant M. Monnier, être désignés comme Galatespar Polybe(l. 111, § 49, p. 152) qui, ainsi que l'a montré M. Alex. Bertrand, paraît généralement ne pas confondre les Celtes avec les Calâtes, on est assez porté à considérer ces AUobroges comme provenant au moins partiellement de ces immigrants galates dontllsera plus tard parlé (Alex. Bertrand, La valeur des expressions K£).toî et r(/liza.t dansPolybe: Rev. archéoL, 1876).

Leur territoire s'étendait entre les Alpes, l'Isère, Isara^ et le Rhône, voire même un peu au nord de ce fleuve, suivant MM. de Lateyssonnière et Monnier, peut-être jusqu'à l'Alabarine, affluent de l'Ain (De Lateyssonnière, Rech. hist. sur le départ, de l'Ain, 1. 1, p. 32, 1838. — Monnier, Et. archéol. sur le Bugey^ p. 76, Bourg, 1841). 11 correspondait principalement à une grande partie de la Savoie et du Dauphiné. Vienne, Vienna, oùûwa, était leur ville principale, ainsi que l'indique Strabon («ttô §i xoit îo-apaî sïî Oùîswav tàv t&j« 'A).),oêpt7wv l^-nzpoTvolLv. Strabon, 1. IV, cap. i, § 11. — Voy. aussi Pline, 1. 111, cap. v. — Pomponius Mêla, 1. II, cap. v. — Ptolémée, 1. II, cap. ii, § 9).

Auprès des AUobi-oges à l'est dans les montagnes, au sud du Haut-Isère habitaient les Mcdules, Meduli, "Allè^poyiç ûttô M2(ÎoO),ouç (Ptolémée, 1. Il, cap. n^ §9)-

FRANCE (anthropologie). 651

Les Ségusiens, Seguskmi, ii^oaioc-joi, "Eyovmoc'joi., habitaient principalement à l'ouest du confluent de la Saône, Arar, et du Rhône, Rhodanus. Leurs villes principales, suivant Ptolémée étaient 'Po^oùuva Rhodumna, Roanne, et ^opoç 'Eyouo-tav&jv, Forum Segusianorum, actuellement Feurs. Mais c'était aussi sur le territoire des Ségusiaves, Segusiavi, comme les appelle Pline, et comme les désigneraient aussi certaines inscriptions selon M. Aug. Bernard, sur la partie de ce territoire située au confluent même et au nord-est de ce confluent que s'était élevé Liigdunum, Aoûy^ouvov, Lyon (Aug. Bernard, Descript. du pays des Ségusiaves, introd. à VHist. du Lyonnais, Rhône et Loire, ch, ii, Paris- Lyon, 1858).

« Segusiavi liberi, in quorum agro colonia Lugdunum » (Pline, 1, IV, cap. XXXII, p, 205, éd. de Littré).

La fondation de Segusio, isYoïiffiov izyovaimwj indiquée par Ptolémée (1. III, cap. I, p. 179), actuellement Suse, est vraisemblablement attribuable à quelques émigrants Ségusiens s'étant fixés sur le versant italien des Alpes, auprès des Caturiges, habitants des hautes Alpes, dont on a vu précédemment le nom rappeler également celui de la ville de Caturigis, Caturigce, Caturices, mentionnée dans l'Itinéraire d'Antouin et les tables de Peulinger entre Reims, Neufchàteau et Metz du côté de Bar-sur-Ornain.

Dans la vallée du bas Rhône, au sud des Ségusiens et des Allobroges, habitaient différents peuples paraissant également devoir être regardés comme des Celtes. Tels étaient à l'ouest de ce fleuve les Helves, Helvii, du Vivarais actuel; à l'est, auprès des Voconces, probablement eux-mêmes de race celtique, mais que cependant une inscription précédemment rappelée semble ranger au nombre des peuples ligures, lesSégalaunes, Segalauni, des environs de Valenlia, Valence, IzyaVi.aM'jrA ù-j tzqIi- Oùa),svTta (Ptolémée, 1. Il, cap. II, § 9, p. 146).

Les Tricastins, Tricastini, habitaient les environs d'Augusta, Aoust-en-Diois, les Vulgientes, Vidgientes, les environs d'Apta JuUa Apt, les Cavares Cavari, les environs d'Avenio, Avignon, de Cabellio, Cavaillon, dWrelate, Arles, etc., et dans les Alpes les Tricores, Tricorii, avaient Vapincum, Gap, pour capitale (Pline, 1. III, cap. V, g 6, p. 159. — Ammien Marcellin, 1. XV, g 10, p. 45).

Outre ces tribus considérées par Am. Thierry comme étant de race celtique (Hist. des Gaul., 1. IV, ch. i, p. 441 du t. I, 1862), habitaient également au sud des Cavares, au milieu des Salyes ou Salluves de race ligure, sur les bords de la mer, les Ségobriges, Segobrigii, Celtes selon Plutarque (Vie de Solon, cap. ii, p. 95, coll. Didot). Ce sont ces Ségobriges sur le territoire desquels des Phocéens vinrent fonder Mao-ffa/îa, Massilia, Marseille, au commencement du sixième siècle avant J.-C, ainsi que le rapportent Âristote, Athénée, Justin, Ammien Marcellin, etc. (Aristote, Fragment, XIII, apud Athénée, Fragin., t. IV, p. 276, coll. Didot. — Justin, 1. XLIII, § 5, p. 548, coll. Nisard. — Ammien Marcellin, 1. XV, cap. ix, p. 41, coll. Nisard).

L'immixtion des Celtes avec les Ligures dans cette région semble démontrée par le passage dans lequel Strabon remarque que les anciens Ligures du littoral colonisé par les Marseillais, sont appelés Celto-Ligures, Ks^xoliyua; (Strabon, 1. IV, cap. VI, § 3, p. 169, coll. Didot. — Voir aussi Aristote, De mirab. auscult., cap. lxxxv, p. 88 du t. IV, coll. Didot).

D'ailleurs, selon Strabon, à l'ouest du Rhône, non-seulement les habitants de la région située au-dessus de la richs Narbonnaise étaient des Celtes; mais les Celtes s'avançaient auprès des Pyrénées et étaient séparés des

•652 FRA.NCE (anthropologie).

Aquitains, précédemment étudiés, par les Cévennes (TaOra ^àv xjnïp twv vepop.lvwv

Tflv NapêwvÎTtv Im/.pâTîtav )iiyo|itîv, où; oi TTpÔTspov Ké)>Taç ûv6iio£o'i> (Strabon, 1. IV,

cap. I, § 14, p. 157, coll. Didot).

'AxoutTavoùç ptïv oOv zaî KÉ^Taç 'é'Xiyo'J toù; ttioôç tvj riupi^vv] 5i(upi(7pi5vouç tw Ksuuévo)

dpEi. (Strabon, 1. IV, cap. i, § 1. — Voir aussi 1. II, cap. v, § 28).

On voit donc que si la région occidentale de notre littoral méditerranéen était occupée, selon Scylax, par des Ibères et des Ligures mêlés (Périple, § 4), les Celtes habitaient l'intérieur des terres jusqu'au pied des Pyrénées.

D'autres tribus celtiques traversant les montagnes, où certaines dénominations locales à étymologie celtique, comme Lugdunum Convenarum, Saint-Bertrandde-Comminges, dans le département de la Haute-Garonne, semblent rappeler leur présence, avaient été se fixer dans la péninsule hispanique.

l'ar des calculs reposant sur le passage de Festus Avienus relatif à l'expulsion, par les Celtes, des Ligures du voisinage des îles ^Estrymniques (Orse marit, yrs 129-156); sur celui de Thucydide relatif à l'expulsion par les Ligures des Sicanes des bords du Sicanus (Hist., 1. VI, § 2, p. 244, coll. Didot), à l'ouest de rilispanie ; enfin, sur les remarques de Denys d'Halicarnasse (l. I, g 22, p. 26-27, éd. Kiessling. Lipsiaî, 1860), relatives à l'arrivée des Sicules en l'île depuis appelée Sicile, bien postérieurement à celle des Sicanes, mais quatre-vingts ans ou trois générations avant le sac de Troie, c'est-à-dire vers la fin du quatorzième siècle avant J.-C, Fréret et Amédée Thierry ont été amenés à admettre approximativement le seizième ou dix-septième siècle comme époque probable •de cette migration des Celtes du nord ou sud des Pyrénées (Fréret, Œuv. corapl., t. IV, p. 200, éd. de Septchênes, 1796. — Am. Thierry, Hist. des Gaul., introd., p. 22-26, et 1. I, chap. i, p. 121, 1862.) Le peu de corrélation de certaines de ces migrations et la difficulté d'évaluer le temps écoulé entre elles, ainsi que je l'ai déjà fait remarquer ailleurs, permettent tout au plus de penser que cette transmigration est antérieui'e au quinzième siècle, mais ne permettent pas de déterminer à combien de siècles au delà elle remonte {Dict. encycl. des se. méd., -Celtes, p. 702. —Bull. Soc. d'anthr., 2' sér., t. II, p. 212).

Au nombre des Celtes fixés dans la péninsule hispanique se trouvaient dans la partie occidentale, du nord au sud, les Celtiques Nériens, les Celtiques Prcesumarques et les Celtiques ou Celtes Clétas, au sud les Turdétans, au centre les Celtibères, issus du mélange de Celtes et d'Ibères, et au nord onest de ces derniers les Berons, divers peuples mentionnés par Strabon, Pline, Pomponius Mêla, Diodore de Sicile, Martial, Lucain, Appien, etc. (Strabon, 1. III, cap. i, § 6, p. 115; cap. m, § 15, p. 125; cap. iv, § 12, p. 184, coll. Didot. — Pline, H. n., 1. IV, cap. xxxiv; 1. III, cap. m, p. 156, text. et trad. Littré. — Pomponius Mêla, De situ orbis, 1. III, cap. i. Hispanise ora exterior. — Diodore de Sicile, 1. V, cap. xxxiii, p. 274, coll. Didot. — Martial, Épigr., 1. IV, ép. lv. — Lucain, Pharsale, 1. IV, v. 9. — Appien, Bell. Hispan., § 2, p. 54, coll. Didot).

A propos de ces Turdétans que Polybe et Strabon disent être des Celtiques, il est bon de remarquer que ce peuple instruit faisait remonter ses lois à six mille ans, £^«zi'7;^t)iwv ÈTwv, auparavant (Strabon, 1. III, cap. i, § 6, p. 115). Cette date reculée pourrait peut-être porter à penser que les Celtes étaient fixés dans l'Europe occidentale, établis au sud de la péninsule à une époque bien antérieure au seizième siècle, date généralement fixée à la migration celtique du nord au sud des Pyrénées. A plus forte raison, semble-t-il fort difficile d'accepter l'opi-

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nion récemment émise par M. d'Arbois de Jubainville, relativement à la fixation au septième siècle avant J.-C. de la date, non de l'expulsion des Sicanes par les Ligures, mais de l'expulsion de ces derniers par les Celtes, qui, chassés par les Scythes du bassin du Danube, auraient alors conquis notre pays; déduction hypothétique de l'hypothèse de ce savant qui pense que les Sicanes ont habité les bords de la Sequana, la Seine (D'Arbois de Jubainville, Les Ligures : Rev. archéol., p. 519, novembre 1875).

De même qu'au sud des Pyrénées des Celtes habitaient l'Hispanie, de même au sud des Alpes des Celtes s'étaient fixés en Italie, ainsi que l'indique M. A. Bertrand, dans ses Recherches sur les premières tribus celtes connues des Grecs {Bull. Soc. cVanthr., 2« sér., t. XI, p. 100, 1876). Il semble difficile de rattacher à ces immigrants celtiques les Ombres que Fréret (t. IV, p. 202) et Am. Thierry (t. I, 1. I, chap. i, p. 123-130) regardent comme des Celtes : car ces Ombres de l'Italie centrale et du littoral odriatique, suivant Pline, étaient le plus ancien peuple de l'Italie (H. n. , I. III, cap. xix); opinion que Denys d'Halicarnasse ne semble pas contredire en montrant les Aborigènes chassant les Ombres pour occuper leurs pays (1. I, ^ xvi, p. 52, annot. H. Stephani, Fred. Silburgi. Lipsiae, 1775). Mais il est néanmoins certain que des peuplades celtiques immigrées habitaient auprès des Ombres, dans le nord de l'Italie, ainsi que Scylax l'indique (§ 18, p. 25). D'ailleurs, les étymologies celtiques de beaucoup de villes de l'Italie septentrionale témoignent incontestablement de la présence de nombreux immigrants parlant les langues celtiques. Mais comme la plupart de ces immigrants paraissent avoir été, non pas exclusivement des Celtes, mais bien des Celtes mêlés à des Galates : il en sera de nouveau brièvement parlé à propos de la race de ces derniers qui ont imposé leur nom victorieux à tant de contrées diverses. Quant à ces relations ethniques des Celtes avec les Ombres de l'Italie, quant à celles des Celtes avec les Ligures-Âmbrons des Alpes mentionnés par Plularque (Marius, § xm, p. 496, coll. Didot), avec les autres Ligures, il est bon de remarquer que si Fréret admettait cette parenté des Celtes, des Ligures et des Ombres (/oc. cit.,i. IV, p. 201 et suiv.), de même M. Alfred Maury considère les Ligures comme les premiers émigrants celtiques vers l'occident, Ligures au nombre desquels il range les Sicanes des bords du Xucar et les Ségobriges de notie littoral méditerranéen. Pareillement, pour M. Max. Deloclie, les Ligures ne diffèrent nullement des Celtes (Alf. Maury, Les Ligures : Compt. rend, de VAcad. des inscript., ¥ sér., t. V, p. 210, 214, 1877. — Max. Deloche, Acad. des inscript., 15 février 1878). Tout en considérant comme plus ou moins contestable, ainsi qu'on l'a vu précédemment, le rapprochement assez généralement admis des Ligures et des Ibères, ce rapprochement ethnique des Celtes, des Ligures et des Ombres, qui parlaient une langue voisine de l'osque et du latin suivant M. Lefèvre et autres linguistes, ne me paraît guère plus acceptable (M. Lefèvre, Dialectes italiques : Philosophie positive, mai et juin 1874; Bull. Soc. d'anthr., 2« sér., t. IX, p. 415, 1874). En effet, si les Ligures étaient de même race que les Celtes, on ne comprendrait guère pourquoi Strabon, en parlant des habitants du littoral marseillais, remarquerait qu'après avoir été appelés Ligures, ils furent appelés plus tard Celto-Ligures, vraisemblablement par suite de l'immixtion de Celtes venus sur ce littoral (1. IV, cap. vi, § 3, p. 169). On ne comprendrait pas davantage pourquoi cet auteur, en parlant des peuplades celtiques et ligures des Alpes, ferait la remarque qu'elles sont de races différentes, quoique ayant le même genre de

654 FRANCE (anthropologie).

vie. 'E6vv3 §ï y.or.'ziyj.i nollà. rb opoç toùto KsATizà Tzlr.-j twv Aiyûwv ' o'j-ot ô'ircOOîQvîîc |:/èv Eio-î, Tzocpa-nlcai'ji §ï toIj Bîotç (Straboiî, 1. Il, cliap. V, g 28, p. Iu6, coll. Didot).

La parenté des Ombres et des Ligures que nous venons de voir se nommer eux-mêmes Ambrons, nie paraîtrait plus acceptable, ainsi qu'à M. de Belloguet et à M. Desjardins qui regardent ces deux peuples comme congénères (Roget de Relloguet, Ethn. g., p. 265. — Desjardins, Les Ambrons, Ombriens ou Ombres : Compt. rend, de l'Acad. des inscript., p. 78 et suiv., 1877).

Ajoutons relativement anx Ombres d'Italie que d'après les résultats des recherches de Calori sur les anciens ossements recueillis près de Bologne, l'antique Felsina, quoique le type ligure, précédemment décrit, soit très-brachycépbale, quoique le type celte, dont il va être parlé, soit moins brachycéphale, les habitants de cette ancienne ville paraîtraient plutôt avoir présenté le type brachycéphale illyrien, albanais, ou pélasgo-épirote (Luigi Calori, Délia stirpe che ha populata l'antiche necropoli alla Certosa di Bologna, 1873, in-folio, Compte rendu par Broca, V\ev. d'anthr., t. III, p. 297, 1874).

Après avoir parlé des Celtes d'ilispanie et des Celtes d'Italie, il faut encore remarquer qu'au delà de l'Italie, dans les montagnes du littoral oriental de l'Adriatique, auprès du cap Ionien, Strabon, Arrien, Stéphane de Bysance, signalent la présence de quelques peuplades celtiques, plus ou moins mêlées, en particulier des lapodes (Strabon, I. lY, cap. vi, § 10, p. 172; I. YII, cap. v, § 2, p. 260, coll. Didot. — Arrien, 1. I, cap. iv, § 6. — Stéphane de Bysance, De Urbibus. lapodes, édit. de Gronovius et Pinedo, Amsterdam, 1878). Quels étaient les caractères anthropologiques de ces Celles? Parmi les ossements anciens recueillis dans notre Europe occidentale, indépendamment des crânes dolichocéphales des races de IVéanderthal et de Cro-Magnon, indépendamment des crânes brachycéphales rapportés à la race ligure, dès la tm de l'époque du Renne, dès la fin de l'époque paléolithique, on a également observé des brachycéphales, des sous-brachycéphales et des mésaticéphales paraissant caractéristiques d'autres races. Selon MM. de Quatrefages et Hamy, « quatre types ethniques, au crâne plus ou moins arrondi, sont venus se juxtaposer ou se superposer en Europe pendant la période quaternaire aux deux types dolichocéphales. » De ces quatre types, au crâne arrondi, l'un, très-brachycéphale, présentant un indice céphalique moyen d'environ 86 pour 100, a été précédemment décrit comme caractéristique de la race ligure, particulièrement étudiée par MM. Nicolucci, Yogt et Pruner-Bey. Des trois autres types au crâne arrondi, l'un brachycéphale, l'autre sous-bracliycéphale, le troisième mésaticéphale (piîo-â-rioî, moyen), quel est celui qui paraît devoir être considéré comme caractéristique de la race celtique? Question difficile à trancher : car ces trois types se trouvent dans les divers pays de notre Europe occidentale occupée par les Celtes, et voire même s'observent dans la Celtique, région moyenne de notre pays que précédemment on a vu avoir été ainsi dénommée par de nombreux auteurs anciens. Toutefois, tout en tenant compte de cette pluralité de types qu'un jour peut-être nos connaissances ethnologiques, plus avancées, permettront de rapporter à trois races distinctes de noms différents, si l'on compare -entre eux les ossements anciens recueillis principalement dans cette ancienne Celtique, si l'on tient compte des descriptions des habitants actuels par les ethnographes contemporains, on est amené à penser que la race celtique, si elle n'était pas sous-brachycéphale, était moins brachycéphale que la race ligure,

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précédemment étudiée. En effet, on semble être autorisé à l'admettre quand on rapproche les faits anthropologiques suivants. Plusieurs crânes globuleux des alluvions des moyens niveaux supérieurs de la carrière Ilélie à Grenelle, près de Paris, contemporains des animaux émigrés, découverts par M. Emile Martin et mesurés par MM. de Quatrefages et Haniy, présentent un indice céplialique moyen de 80,60 pour 100 (De Quatrefages et Ilamy, Crania ethnica, p. 120-127).

M. Broca, après avoir mesuré les 18 crânes les plus anciens de la station de l'âge du Renne de Solutré, près de Maçon, successivement fouillée par MM. de Ferry, de Fréminville, Arcelin, Ducrost, observe, ainsi que M. Hamy, qu'il y en a six ayant des indices supérieurs à 80 pour 100, et reconnaît qu'à côté d'un type nettement dolichocéphale, il en existe un « autre brachycéphale ou sous-brachycéphale », également remarqué par M. Pruner-Bey, par M. de Quatrefages (Broca, Sur les crânes de Solutré : Bull. Soc. d'anthr., 2" sér., t. VIll, p. 826. — Associât, pour l'avanc. des sciences, sess. de Lyon, 1873, p. 654, et suiv. — Ilamy, Bull, de la Soc. d'anthr., 2^ sér., t. VIII, p. 849. — Pruner-Bey, Congrues internat, d'anthr. et d'archéol. préhist. de Paris en 1867, p. 550 et suiv. — De Quatrefages et Hamy, Cran, ethn., p. J19, tabl. 13).

Les 50 crânes du douzième siècle recueillis à Beaulieu, dans le département de la Charente, par M. Trémeau de Rochebrune, avaient un indice céphalique moyen de 80 pour 100 (Bull, de la Soc. de la Charente, extr. dans : Bev. d'anthr., t. Il, p. 151 et suiv.).

M. Broca a trouvé sur 63 ci^ânes de Bas-Bretons des cantons bretonnants du département des Côtes-du-Aord un indice de 81,25 pour 100, sur 75 crânes de Bas-Bretons des cantons gallots de ce même département, un indice de 82,05 pour 100, et sur 88 crânes d'Auvergnats de l'ossuaire de Saint-Nectaire, canton de Ciiampeix du déparlement du Puy-de-Dôme, un indice de 84,07 pour 100 (La race celtique ancienne et moderne : Arvernes et Armoricains, Auvergnats «t Bas-Bretons : Bev. d'anthr., t. II, p. 577 et suiv., 1875. — Sur la question celtique : Crânes des Bas-Bretons et des Auvergnats : Bull, de la Soc d'anthr., 2« sér., t. YIII, p. 515-523, 1875).

Enfin, MM. Guibert de Saint-Brieuc et Guiche sont arrivés à constater par leurs nombreuses mensurations prises sur le vivant, que les indices céplialiques moyens des conscrits des Côtes-du-Nord varient de 80 à 86 pour 100, correspondant à des indices crâniens un peu inférieurs, d'après les relations indiquées par M. Broca entre l'indice pris sur le vivant et celui pris sur le crâne (Guibert, Ethnol. armoricaine, octobre 1867. Saint-Brieuc, 1868. — Bull. Soc. d'anthr., 2« sér., t. V, p. 252-265, 1870. — Broca, Bull. Soc. d'anthr., 2= sér., t. III, p. 25 à 32, 1868).

A propos des crânes anciens ou modernes précédemment mentionnés et dont ïe tableau suivant reproduit les principales mesures, si l'on remarque d'une part que des Ligures bracliycéphales ont très-anciennement habité certaines régions de notre pays, en particulier les bords de la Loire, ainsi que certaines parties des Alpes; d'autre part, que des immigrants dohchocéphales, Galates, J3elges, Germains, dont il sera ultérieurement parlé, envahirent certains pays occupés par les Celtes, on sera porté à penser que puisque, suivant MM. Broca et Topinard, les variations de l'indice céphalique des individus appartenant à une même race pure n'excèdent pas dix centièmes {Bull. Soc. d'anthr.,

656 FRANCE (anthropologie).

2* sér., t. IX, p. 398), tandis que les crânes d'Auvergnats, de Brelons-Gallots et de Bas-Bretons mesurés par le premier de ces antliropologistes atteignent plus de vingt centièmes, de 71,04 à 91,57 pour 100 (Broca, La race celtique : Rev. d'anthr., t. 11, p. 611), les crânes celtes doivent être ceux, d'ailleurs les plus nombreux, qui présentent des indices céphaliques compris entre 76,5 et 86,5 pour 100, c'est-à-dire ayant un indice céphalique moyen approximativement de 81 à 82 pour 100. En admettant comme spécial à la race celtique cet indice moyen de sous-brachycéphalie , assez analogue à celui observé par MM. llouël, de Quatrefages et Ilamy sur certains habitants actuels des Alpes Dauphinoises (Cran, ethn., p. 144), qu'on a vu précédemment être habitées simultanément par des Celtes et des Ligures, selon Strabon (1. II, ch. v, § 28), d'une part, on peut remarquer que cette race ne diffère pas considérablement de la race mésaticéphale, que M. Ilamy considère comme étant un des éléments ethniques de notre population [Bull. Soc. d'anthr., 2^ sér., t. 111, p. 25); d'autre part, on peut observer que, selon M. Broca, la brachycéphalie considérable de la race ligure, « supérieure même à celle des Auvergnats, les plus brachycéjihales des représentants actuels de notre race celtique, est bien celle qui

MENSURATIONS DE CRANES PARAISSANT CARACTERISTIQUES DE LA RACE CELTIQUE.

ces mensurations sont extraites des Crania Eihnica de MM. de Quatrefage et Hamy (tabl. XIII et XIV p. 119 et 12j), pour les crânes de Grenelle et de Solutré, recueillis par M. Emile Martin, MM. Ferry et de Fréminville, du mémoire de M. Broca sur la Race Celtique (Revue d'anthrop., t. II, tabl., p. 621, etc.). ' ' »

RESION CEREBRALE.

Capacité crânienne

antero - postérieur

maximum. . . .

Diamètres< transverse maxim.

frontal maximum.

vertical

frontale

pariétale

occipitale

transverse sus-auriculaire . . . .

Circonférence verticale totale. .

Circonférence horizontale. . .

Tiou 1 longueur

occipital.) largeur

Indice céphalique

Courbes

CnANES

DE

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