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VIE II

Fig. 21. — Crâne d'une To'ilousaine (Broca, Bull, de la Soc. d'anthrop., 2* sér., t. VI, p. 116).

Fig. 22. — Hémisphère céréliral gaudie d'une Toulousaine (Broca, l. c, p. 108).

Observée par MM. Délaye, Foville, Bérenguier, Broca et autres médecins chez certains habitants des départements de l'Aude, de la Haute-Garonne, du Tarn, etc. , soumis dans le jeune âge ta la coiistriction circulaire d'un bandeau fronto-occipital déprimant le coronal et la fontanelle bregmatique, cette déformation crânienne diminue notablement la capacité encéphalique et réduit surtout considérablement la loge frontale, de telle sorte que le lobe cérébral antérieur, déprimé en haut et en avant, s'allonge d'avant en arrière aux dépens du lobe pariétal (Foville, Déformations du crnnc, broch. in-8, p. 45, Paris, 1854. — Bérenguier, Topogr physique, statist. et méd. du canton de Rabastens (Tarn), p. 95, Toulouse, 1850. — Broca, Sur la déformation toulousaine du crâne; anciens crânes déformés macrocéphales : BiiU. Soc. d'anthrop., 2^ sér., t. VI.

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p. 100 et suiv., 1870, et t. VIII, p. 577, 1875. — Topinard, Historique de l'anthropologie, p. 12-16, 1877).

Des cas analogues de déformations céphaliques par constriction de bandeaux circulaires ont également été observés par Acbille Foville et Morel à l'asile d'aliénés de Saint-Yon en Normandie, dans le département de la Seine-Inférieure, où aux anciens habitants de race celtique brachycéphale vinrent successivement s'immiscer des Galates, des Belges, des Francks, des Scandinaves plus ou moins dolichocéphales (Ach. Foville, Déformations du crâne, l. c. — Morel, Saint-Yon, Broca : Bull. Soc. d'anthr., S'^ sér., t. YI, p. 101),

A propos des Galates de provenance septentrionale, on a vu précédemment que les Lemovices, anciens habitants du Limousin, étaient presque les homonymes des Lemovii, anciens habitants du nord-est de la Germanie. Or, pareillement chez les descendants des Lemovices, chez nos Limousins actuels, suivant M. Blanchard, on retrouverait l'usage de déformer la tête par des bonnets fortement serrés, et par la malaxation exercée par les matrones sur la tète des nouveau-nés, afin de lui donner une forme allongée en haut et en arrière, conformément d'ailleurs aux préceptes du R. P. jésuite Josset, qui recommande d'allonger ainsi la tête de l'enfant en arrière en sommet de courge, afin que la mémoire y trouve un large emplacement. Depuis Belac jusque dans le bas Limousin, l'usage de cette déformation artiticielle, s'étant conservé dans les campagnes plus qu'à Limoges, expliquerait peut-ctre en partie les différences notables de volume céphalique remarquées par les chapeliers de cette ville. « Sit longior ergo ; inque cucurbitulae sese producat acumen postica de parte ; equidem tune magna patescit aula locusque capax, ubivis memor ampla quiescit. )) (R. P. Josset, passage rapporté par Blanchard, Note sur la conformation particulière de la tète observée dans le Limousin : Congrès scientifique de France, tenu à Limoges en 1859, t. 11, p. 1, 6, 24 et s., 1800.)

Après avoir longuement insisté sur l'importance que longtemps nos anciens compatriotes paraissent avoir attachée à l'élévation de la taille, à la coloration blonde de la chevelure, à la forme allongée de la tête, caractères anthropologiques présentés par la plupart des immigrants d'outre-Rhin ou d'outre-mer principalement fixés dans la région nord-est de notre pays, il faut constater aussi qu'actuellement encore ces caractères se montrent surtout parmi les habitants de

<iette région.

Par suite de l'immixtion, dans la région septentrionale principalement nordest de notre pays, de nombreux Galates, Belges, Francks, Scandinaves, avec M. Broca et M. Boudin, on peut remarquer que maintenant, dans nos départements du Nord, la proportion des exemptés du service militaire pour défaut de taille est ordinairement moindre de 560 sur 10 000 examinés, et que la proportion des recrues de haute taille, ayant plus de 1"',732, taille des cuirassiers, varie de 694 à 1354 sur 10 000 recrues, dernière proportion qui n'est dépassée que par celle de 1560 présentée par les recrues du département du Doubs, dans la région où, au commencement du cinquième siècle, se fixèrent les gigantesques lUirgundions (Broca, Nouv. Rech. sur l'anthrop. de la France : Mém. de la Soc. d'anthr., t. 111, p. 147 et suiv., p. 207, carte 1. — Boudin, De l'accroissement de la taille et des conditions d'aptitude militaire en France : Mém. de la Soc. d'anthr., t. II, p. 219 et p. 251, carte, 1865).

Comme conséquence de la présence dans notre ancienne Gaule belgique de nombreux descendants d'immigrants gerraau'Vpics, on y observe beaucoup de

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Llonds, ainsi que permettrait de le constater le singulier commerce de cheveux qui se fait du côté de Courtrai dans les Flandres belges, et du côté du Catelet, dans le nord de notre département de l'Aisne. En Belgique, on trouverait des cheveux très-blonds et très-fins, suivant M. Parfait (les Chasseurs de chevelures : le Siècle, 30 mai 1866).

De nombreux observateurs, et en dernier lieu M. E. Daily, ont insisté sur la prédominance croissante des chevelures de couleurs foncées sur celles de couleurs claires en Allemagne, en France et dans les Iles-Britanniques. « Dans un temps donné, il se pourrait bien que la chevelure blonde, dit ce professeur d'ethnographie, ne se présentât plus que comme une réminiscence atavique d'une époque où les nombreuses races du genre humain n'avaient pas encore acquis l'uniformité qu'elles tendent à revêtir. » (De la chevelure comme caractéristique des races humaines : Ass'oc. pour l'avanc. des sciences, sess. de Lille, 1874, Section d'anthr.,p. 517,1875, et Bull. Soc. (Vantlirop.,'1'' sér., t. YllI, p. 256, 1873).

En effet, si l'on étudie les auteurs de l'antiquité, voire même quelques-uns moins anciens, on est frappé de leur accord presque unanime, relativement à la coloration blonde ou rousse des Galates, des Germains, des Wisigoths, des Francks, des Normands; mais il faut tenir compte que ces divers immigrés conquérants de notre Europe occidentale, devenus chefs, rois des populations conquises, commandants des armées composées elles-mêmes en grande partie de leurs belliqueux compagnons, attiraient presque seuls l'attention de ces auteurs. Les populations aquitaniques, ligures, celtiques, aux cheveux noirs ou bruns, qui existent actuellement, existaient alors, avant comme depuis ces immigrations germaniques. Or, par rapport à ces Ligures, à ces Aquitains, à ces Celtes habitant très-anciennement notre Occident, il est très-vraisemblable que ces immigrés galates, belges, germains, francks, wisigoths, burgundions, la plupart venus en conquérants, ne constituaient que de faibles minorités s'étant successivement immiscées parmi les anciens occupants de notre pays. Tels étaient les Normands, venus d'abord en petit nombre et sans femmes, prenant leurs compagnes parmi les jeunes filles du pays conquis par leurs armes. Il était dès lors naturel que le sang des bruns, plus nombreux, dût prédominer de plus en plus sur celui des blonds moins nombreux. Se trouvant disséminés au milieu de populations brunes, les immigrés blonds n'auraient pu maintenir la pureté de leur sang, ainsi que le voulait la mère de Bertulphe de Ghistelles, que par des unions exclusivement avec des femmes de leur race, par une sélection constante, les faisant repousser comme mésalliance tout mariage avec des femmes aux cheveux de couleurs foncées.

Inutile de rappeler qu'à une certaine époque, alors que les médecins considéraient la coloration blonde des cheveux comme un indice d'un tempérament dit lymphatique, leur brunissement, leur coloration plus foncée a été attribuée, soit à une alimentation plus azotée, comme si nos ancêtres, vivant principalement des produits de leur chasse ou de leurs troupeaux, n'avaient pas un régime animaîisé, soit même à l'usage prolongé de certaines substances alimentaires, de café, de médicaments toniques, en particuliej- de préparations feri'ugineuses {Gaz. mécl. de Lyon, p. 535, l'^'" déc. 1862). M. Roujou s'est élevé contre l'assertion de Michelet, qui pensait que nos ancêtres avaient bruni sous l'influence de la civilisation (Rech. sur les races hum. de France, p. 51 : Thèse de doctorat es sciences nat., janvier 1874).

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M. d'Omalius d'Halloy et M. de Quatrefages paraissent attribuer la proportion croissante des bruns sur les blonds à l'influence prépondérante, sur la coloration pileuse du produit, du reproducteur noir sur le reproducteur de teinte plus claire (De Quatrefages, Bull. Soc. d'anthr., 2'^ sér., t. Vlll, p. 257, 1875).

En Angleterre, 31. Beddoe de Clifton, médecin de l'hôpital de Bristol, pense que le brunissement de plus en plus considérable des chevelures tient en partie aux chances de mariage plus nombreuses pour les femmes brunes que pour les blondes. Contrairement à l'opinion des Martial, des Ausone et autres poètes latins, grands appréciateurs des chevelures du Nord, chantant les beautés de Lesbia aux cheveux septentrionaux, de Claudia Rufina aux yeux bleus, née en Grande-Bretagne, de la blonde Bissula, née près de la source dn Danube (Martial, Épig., 1. V, ép. lxviii, p. 416; 1. XI, ép. Lni,p. 514, coll. Nisard. — Ausone, Idylles, t. II, p. 34-6, text. et trad. de Corpet); contrairement à la préférence qu'on a vu être accordée aux femmes blondes dans certaines familles nobles des Flandres jusqu'au douzième siècle; et peut-être aussi contrairement à ce qui eut lieu en Italie au seizième siècle, à l'époque du Titien, et a encore lieu dans certaines villes de France, où bien des femmes brunes cherchent à se rendre blondes artificiellement, au moyen de poudres ou de teintures, les Anglaises, ou plus exactement les femmes de Bristol seraient plus recherchées lorsqu'elles seraient brunes. En effet, d'une étude statistique portant sur 737 femmes considérées au double point de vue de la couleur des cheveux et de l'état de célibat ou de mariage, M. Beddoe est arrivé à déduire que sur 100 femmes ayant les cheveux noirs, châtain foncé, châtain clair, blonds et rouges, les proportions des femmes mariées étaient de 79, 69, 60, 55 et 67. Les blondes auraient donc à Bristol près d'un tiers moins de chances de trouver des maris que les femmes aux cheveux noirs. Les rouges, d'ailleurs peu nombreuses, seraient plus recherchées que les blondes. Outre cette sélection conjugale tendant à faire prédominer les bruns sur les blonds, en donnant plus de naissances de bruns que de blonds, l'anthropologiste anglais pense que les bruns résistent mieux que les blonds à l'habitat souvent antihygiénique des villes, ce qui expliquerait en partie comment dans certains pays les habitants des villes se montrent plus généralement bruns que ceux des campagnes. (Beddoe, Prédominance croissante de la chevelure foncée en Angleterre : Anthropological Revieiu, v. I, p. 300-512, 1864, extrait dans : Bull. Soc. d'anthr., t. V, p. 854 et s., 1864).

Cette moindre résistance de cette race blonde aux conditions antihygiéniques des villes amène également à parler de certaines prédispositions et immunités morbides de ces blonds habitants du Nord et des difficultés que cette race éprouve assez généralement, non toujours, à s'acclimater dans les pays chauds.

M. Beddoe a cru observer que les individus aux cheveux blonds de couleurs claires seraient moins sujets au cancer que les personnes à cheveux noirs; mais qu'ils présenteraient plus fréquemment des maladies de peau. Suivant cet anthropologiste, contrairement aux personnes brunes, les personnes sanguines, qui souvent ont les cheveux rouges, supporteraient souvent les plus grandes souffrances, mourraient sans proférer une plainte. Aussi serait-il difficile de leur faire comprendre qu'elles sont en danger {Journal of the Anthr. Society of London, vol. IV, 1866, p. xxii). Pareille remarque semble avoir été faite dans

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l'antiquité par Végèee lorsqu'il recommande de tirer les levées des climats froids ou (cmpérés où le soldat, riche en sang, méprise les blessures et la mort. Tirones igitur de temporatioribus legendi sunt plagis, quibus et copia sanguinis suppetat ad vulnerum mortis que contemptum... Hav. Vegetii Renati... rei militaris, l. I, cap. ii, p. 660, texte et trad. Nisard. Paris, lO^Q.

Sous le oO"^ degré de latitude sud, au Brésil, dans la province de Rio Grande do Sul, à San Leopoldo, avec une température moyenne de 21 à 25 degrés, dans l'hémisphère austral, plus favorable à l'acclimatation des Européens, selon la remarque de Boudin, que l'hémisphère nord, et vraisemblablement dans des conditions exceptionnelles, qu'il importerait de rechercher, cent vingt familles de colons allemands ont pu s'acclimater et se maintenir en état si prospère qu'elles auraient constitué, après quarante années, une population de près de 12000 âmes, tout en conservant leurs caractères ethniques, leurs yeux bleus, leurs cheveux blonds et leur peau blanche, ainsi que l'ont rapppelé Martin de Moussy et Simonot (Du non-cosmopolitisme des races humaines : Mém. de la Soc. (Vanthr., t. I, p. 101, 1860-1865, et Bull. Soc. cVanthr., t. H, p. 487, 1861. — Martin de Moussy, Bull. Soc. (Vanthr., t. I, p. 204-6 et 516, 1860. — Simonot, Acclimatement des races européennes : Cong. intern. méd. de Paris, 1867, p. 655, 1868).

Depuis deux siècles, dans l'Afrique austi-ale, les Boers d'origine hollandaise vivent et prospèrent, ainsi que les Anglais du c ip de Bonne-Espérance (Livingstone, Bertillon, Acclimatement : Dict. encyc. des se. méd., p. 501). M. Ghaix a rappelé la prospérité de 40000 Allemands fixés dans le Texas central {Bull. Soc. d'anthr., t. Il, p. 485, 1861).

Cependant, dans les temps anciens comme à notre époque, maints observateurs ont remarqué le peu d'aptitude de cette race blonde à résister aux climats chauds. Dans l'antiquité, les blonds habitants des Gaules et de la Germanie ont toujours été signalés comme supportant mal le climat des pays chauds. Tile- Live nous montre les Galates envahisseurs de l'Italie et de l'Asie Mineure, à la carnation molle, inondés de sueur, souffrant de la soif, accablés par le soleil, la chaleur, la poussière. Tacite dit également que les Germains ne peuvent supporter ni la chaleur ni la soif.

« Cum «stu etangorevexati. » (Tite-Live, Hist.rom., 1. Y, cap. xlviii, p. 178, text. et trad. Bureau de Lamalle et Noël.)

« Fluunt sudoreetlassitudine membra; ...mollia corpora, molles ubi ira consedit animos, sol, pulvis, sitis... prosternunt. » (Tite-Live, 1. XXXVHI, cap. xvii,

« Minimeque sitim aestumque tolerare. » (Tacite, De Mor. Germ., IV.) De nos jours, avec M. Beddoe [l. c), on est encore amené à reconnaître que ces blonds de race germanique sont fortement éprouvés par les grandes chaleurs et se montrent en général peu aptes à s'acclimater dans les pays chauds. En effet, quoique les documents statistiques n'aient nullement tenu compte des caractères ethniques des personnes observées, mais indiquent uniquement leur nationalité ou leur provenance géographique, on verra plus loin, dans les considérations ethnologiques générales, que les Allemands et les Anglais, ainsi ' que les habitants de nos départements du Nord-Est, en partie de race germanique septentrionale, dans les pays chauds, en Algérie, dans les Indes, présentent moins de naissances que de décès, au moins durant plusieurs générations. En Algérie, MM. Martin et Foley, M. Bertillon, et plus récemment

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M- Vallin, ont montré dans quelles fâcheuses conditions se trouvaient les Allemands à ce double point de vue de la natalité et de la mortalité. De 1867 à 1872, les Allemands, dans notre colonie, ont compté 40,1 naissances pour 50,5 décès. Et, comme le fait observer ce professeur du Val-de-Gràce, « les Alsaciens-Lorrains, dont le nombre est au moins de 8000, probablement aussi les Picards, les Champenois, les Normands, doivent participer de la mortalité, de la difficulté d'adaptation aux pays chauds que nous avons constatées chez les Allemands (Martin et Foley, Ilist. statist. de la colonisation algérienne, p. 109-252, Paris-Alger, 1851. — Bertillon, Acclimatement : Dict. encyc. des ce. méd., t. I, p. 297 et s. — E. Vallin, Mouv. de la population européenne en Algérie : Annal dliyg., 1876, p. 413, 457, 440, 442, et s.).

Dans les Indes, sous un climat tropical, les Anglais paraissent s'acclimater plus difficilement encore (Wise , Boudin , Barnard Davis et Broca , BulL Soc. d'anthr., 1" sér., t. II, p. 487, 559, t. VI, p. 120, etc.). Outre la mortalité considérable des enfants et des adultes d'origine européenne, l'extinction rapide des familles anglaises et néerlandaises dans les colonies des Indes tiendrait vraisemblablement aussi au caractère hémorrhagique que prendrait, selon M. Le Roy et M. Tilt, le flux cataménial. Cette prédisposition métrorrhagique amènerait l'infécondité relative en provoquant des fausses-couches (Ém. Leroy, De l'acclimatation et du genre de vie au point de vue de leur influence sur la stérilité : Thèse ?i° 176. Paris, 2 août 1855, p. 28. — Tilt, De l'influence du climat et de la race sur la menstruation : Congrès méd. intern. de Paris, en 1867, p. 189).

On reviendra plus tard sur cette inacclimatabilité de nos Européens du Nord.

RACE SARMATE OU SLAVE : Vandales, Vénèdes, Wenden, Vandali.Vindili, Venedi, Ba-j§Ooi, obiviSai. — Alains, Alan:, 'aIxvjoI. Theiphales , Theiphali, Taifali. Agathyrses, Agathyrsi, 'Ayâôupo-ot. Sarmates, SabmatjE, laDpoiui.-zct.u Ruthènes, Rutheni. Slaves, Sclavi, i-/laèrrJoi.

S'il était utile de longuement insister sur les divers peuples de race germanique ayant envahi notre pays et s'y étant fixés, il suffira de parler brièvement de la race sarmate ou slave, dont quelques peuples prirent part à la grande invasion du commencement du cinquième siècle, ou dont quelques petites peuplades, quelques troupes mercenaires paraissent s'être cantonnées d'une manière plus ou moins durable sur quelques points limités de notre ten^itoire.

Avec les documents historiques insuffisants ou contradictoires dont on dispose, il est parfois très-difficile, sinon impossible, d'établir une distinction entre les peuples de cette race sarmate et ceux de la race germanique. Les peuples appartenant à ces deux races, se trouvant limitrophes, s'entremêlaient incessamment, se stratifiaient, occupaient successivement certaines régions, comme actuellement s'entremêlent encore leurs descendants, les Slaves et les Allemands. Avec la plupart des ethnographes, j'ai cru devoir rapporter à la race germanique les Goths, que cependant Procope distingue des Germains, mais des Germains occidentaux alors, au sixième siècle, appelés Francks. Contrairement on verra que j'ai cru devoir rattacher les Vandales et les Vénèdes, pour lui parents des Goths, à la race sarmate ainsi qu'il l'indique (De Bello Vandalico, 1. 1, § 2, 1. 1, p. 312), parce que Tacite et plusieurs autres auteurs de l'antiquité paraissent disposés à les en rapprocher, et aussi parce qu'actuellement encore, les W^ends sont considérés comme des Slaves. Celte incertitude, cette difficulté dans la distinc-

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tion de certains peuples germains et des peuples sarmates ou slaves, explique comment également les Burgundions, que j'ai cru devoir ranger parmi les peuples germaniques, sont placés par A. Guagnin au nombre des peuples slaves, bien qu'ayant perdu leur langue slave (Alex. Guagnin, Sauromatia Europsea, p. 245 de Respublica Polonia;... Lugd. Batav., 1627, Elzevir.).

Vandales, VénèJes, Wenden, Yandali, Vindili, Venedi, Ba.vSiloL, Où«v^a)>oî, OÙEvÉ^at. — Parmi les peuples qui, avec les Suèves, les Wisigoths et les Burgundes, prirent part à la grande invasion du cinquième siècle, il importe de parler des Vandales, peuple resté fameux dans l'histoire, mais n'ayant eu que peu d'importance au point de vue de notre ethnogénie. Pline, qui répartit les peuples germains en cinq groupes distincts, comprend dans celui des Vindili les Burgundions, les Yarins, les Guttons, etc. « Yindili ; quorum pars Burgundiones, Varini, Carini, Guttones » (Pline, H. N. l. lY, § xxvii, p. 201, coll. Nisard).

Tacite, d'une part, indique les Vandalii à côté des Suèves, considérés par lui comme une confédération des peuples germaniques (DeMor. Germ. II, t. V, p. 256) ; d'autre part, il ne sait si les Venedi, qui habitent au nord-est de la Germanie, errant dans les contrées situées au sud des Finnois, et au nord des Peucins ou Bastarnes, sont des Germains parmi lesquels on les comprend, ou des Sarmates, tant les sangs des deux races ont été mêlés, tant les Vénèdes ont l'aspect des Sarmates, dont ils ont également la plupart des mœurs, bien que cependant ils bâtissent des maisons, se servent de boucliers, et marchent avec agilité comme les Germains, tandis que les Sarmates passent leur vie à cheval ou dans des chariots. « Peucinorum, Yenedorumque et Finnorum nationes Germanis an Sarmatis adscribam, dubito;..- procerum connubiis mixtis, nonnihil in Sarmatarum habitum fœdantur » (Tacite, De Mor. Germ. XLYI, p. 507.) Ptolémée, qui place les ObcvéSoci au nombre des peuples sarmates, indique leur habitat sur les bords du golfe Yénèdique, partie sud-est de la Baltique, sur le golfe actuel de Dantzig [Koc-sx^i ^s tàv locpixocnx-j eôv/j ij.iyt(nx oî ts Oùevsiîat nap' clo-j zb-j Ovs-jzSi/.m y.ôlno-j. Ptolémée, 1. III, cap. 5, p. 200, éd. de Wilberg).

Jornandès dit que les Wlnidœ, nation populeuse, habitaient d'immenses espaces à partir de la source de la Yistule, et regarde ces Winides ou Vénètes comme étant de même race que les Antes et les Slavins ou Sclaves, les Slaves. « Et ab ortu Yistulse fluminis per immensa spatia venit, Winidarum natio populosa consedit. Quorum nomina licet nunc per varias familias et loca mutentur : principaliter tamen Sclavini et Antes nominantur » (Jornandès, De Getar. sive Gothor orig., cap. v, p. 428. — Yoir aussi cap. xxiii, p. 444).

De ces quelques documents et de beaucoup d'autres rassemblés par M. Louis Marcus (Hist. des Yandales, 2« éd. Paris, 1858), il est fort difficile de déterminer si les Vandales ou Yindiles de Germanie, et les Vénèdes ou Winides Sarmates ou issus de Germains et de Sarmates constituaient un seul et même peuple fractionné, ou deux peuples distincts. La présence des Vénèdes sur les bords du Sinus Venedicus, sur les bords du golfe où débouche le Yistule, et la présence des Vandales sur les rives de ce fleuve que Guagnin dit être appelé le Heuve Vandale, semblent impliquer l'identité des Vénèdes et des Vandales. « ... A fluvio Yandalo, nunc Yistula dicto, quem accolebant, Yandalitœ (Sarmatorum nomine abolito) appellati sunt » (Alex. Guagnin, Sauromatia Europaea, p. 239). En tout cas, il sembk ressortir que les Vénèdes occupaient au nord-est

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de la Vistule, depuis la nier jusqu'au loin dans l'intérieur des terres, une très-vaste région située auprès des Estyiens qui ont laissé leur nom à l'Esthonie, auprès des Finnois qui ont laissé le leur à la Finlande, mais qui alors habitaient vraisemblablement plus au sud. Ces Vénèdes occupaient donc alors un pays qui correspond plus ou moins approximativement à la Courlande, à la Samogilie, à la Lithuanie, à la l^russe orientale, etc. Quant aux Vandales ou Vindiles, ils paraissent avoir habité au bord de la mer une contrée située à l'est des Varins, au nord des Suèves, et à l'ouest des Burgundions, répondant approximativement à la Poméranie actuelle. Ces Vandales pourraient peut-être être considérés comme les premiers émigrants vers l'ouest des Vénèdes habitant au delà de la Vistule. Ces Vénèdes auraient occupé la plus grande partie du littoral sud de la Baltique, avarU l'époque de Pline, de Tacite; car non-seulement ils y mentionnent des Vandales ou Vindiles, mais Tacite indique aussi, au voisinage de la mer, des Rugii, dont le nom est encore rappelé par l'île de Bugen. « Protinus deinde ab Oceano Rugii. » (De Mor. Germ. XLIII.) Or, comme d'autres historiens des pays slaves , Martin Cromer range ces Rugii au nombre des peuples slaves de nom et de race, à côté des Vinides. « Eos, qui versus occasum Germanis erant viciniores, partim Sorabos, partim Obotritos, Lutitios sive Luzitios, Vinidos, Ranos, Vitzos, Rugios, Velatabos, Retarios, Licicavicos, Helvedos, Vuloiiios etiam,... dictos esse. Quos Slavica; nationis atque lingua3 fuisse. » (Martin Cromer, Polonia dans : Respubllca Polon. Lituan. Pruss. Livon. Lugd. Batav., 1627, p. 57.)

De ces peuples slaves ou sarmates, en tous cas de nombreuses tribus se seraient ultérieurement rendues dans cette région occidentale où l'abbé Âlcuin et la Chronique de Sainl-Gall nous montrent Charlemagne allant en l'année 790 attaquer les Sclaves Winides ou Vionudes, les Wandales. « Sed anno (790) transacto idem Rex cum exercitu irruit super Sclavos, quos nos Vionudos (Winidos) dicimus. » (Alcuini abbatis Epistola V ad Colcum, dans : dom Martin Bouquet, Rec. des Hist. de France, t. V, p. 607.)

« DGCXC. Carolus Rex, commoto exercitu magno Francorum et Saxonum atque Sclavorum, perrexit in regionem Wandalorum. » (Ex chronico brevi S. Galli, dans : dom Martin Bouquet, 1. c, t. V, p. 560.)

Selon Alexandre Guagnin, les Germains désignent sous les noms de Wenden, Winden et Vindiz tous les peuples sarmates de langue slave en contact desquels ils se trouvent, a Porro omnes Germani denominatione a Vandalis sunipta, omnes Sarmatas Slavonica lingua utentes, Wenden sive Winden, et Vindis, promiscue appellant w (AI. Guagnin, Sauromatia Europtea, 1. c. p. 241.)

Les dénominations du Wcndland, baigné par l'Oder, et du cercle wendique dans le Mecklembourg dont le grand-duc porte encore le titre de prince des Wendes, rappellent leur présence. Enfin M. Virchow dit qu'il existe encore quelques cents milliers de Wenden dans le Brandebourg actuel {Congrès intern. d'anthr. et d'archéol. préhist. de Paris, p. 408, etc., en 1867). Selon Schneider cité par Charnock, il y aurait encore 150 000 Wendes dans la Lusace (Charnock, les Wendes de Bautzen : Anthropologia, vol. 1, n» 2, mars 1874, ext. dans Rev. d'aiithrop., p. 165, 1875).

Ces Vénètes ou Vandales du nord de la Germanie et de la Sarmatie anciennement se portèrent en partie vers le Midi. Procope nous les montre établis auprès des marais Méotides, c'est-à-dire auprès de la mer d'Azof actuelle (De Bello Vaiidalico, 1. I, cap. m, t. I, p. 519). Mais dès la fin du deuxième siècle,

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les Vandales faisaient sans doute des excursions en Pannonie, car J. Capitoliu parle des campagnes de Marc-Aurèle Antonin délivrant cette province des Marcomans, des Quades, des Sarmales ainsi que des Vandales.» Pannonias ergo Marcommannis, Sarmatis, Wandalis simul etiam Quadis extinctis servitio liberavit » (J. Capitolinus, Marcus Antoninus Philosophus, XVII. Histoire Auguste, p. 344, coll. Nisard).

C'était sans doute de cette région que provenaient les captifs vandales qui, suivant Flavius Vopiscus, marchaient les mains liées devant le char de triomphe d'Aurélien, dès la seconde moitié du troisième siècle (Aureliani vita XXXIII, liist. Auguste, p. 581, coll. Nisard). D'ailleurs, bien avant cette époque, ils s'étaient également portés vers l'ouest, dans le centre de la Germanie, car à propos des campagnes des Romains en Germanie au premier siècle de notre ère Dion Cassius parle de l'Elbe prenant sa source dans les monts Vandaliques h Tijv Ohv.-jSaliYMM opwv, le Piiesengebirge actuel sur les contins de la Bohème et de la Silésie ; et Probus, ainsi que l'indique Zozirae, dans la seconde moitié du troisième siècle, dans une campagne contre les Francks, eut également à combattre les Bourgoundes, BoupyoOviîot, et les Vandales, BavSiloi (Hist. nova, I. I, §Lxviii, p. 109, éd. Fred. Sylburg, léna, 1729).

Mais il est inutile d'insister sur les migrations de ce peuple qui se divisa en deux groupes : les Silinges, liliyyoct, que Ptolémée, au deuxième siècle après Jésus-Christ, place au sud des Semnones (Geog. 1. II, cap. x, p. 151, éd.

eWilberg), et les Asdinges, Wandali Asdingi, que Jornandès dit habiter à l'est des Marcomans occupant la Bohème, au sud des Hermundures, à l'ouest des Goths et au nord du Danube (De Cet. XXII, p. 444, coll. Nisard). Il suffira de rappeler qu'après avoir été chassés de cette dernière région par les Goths leurs voisins, ils obtinrent de Constantin l'autorisation de se fixer en Pannonie, dans l'empire romain, et qu'après y être restés environ quarante ans, appelés par Stilicon, ils envahirent les Gaules. D'après Prosper d'Aquitaine, ils franchirent le Rhin et pénétrèrent dans les Gaules, de concert avec les Alains, la veille des calendes de janvier de l'an 406 après Jésus-Christ (Chronicon, Magna Bibliotheca Veterum Patrum, t. V, pars 3, p. 192, ColonifE Ag. 1618). Dévastant les campagnes, assiégeant les villes, ils parcoururent notre malheureux pays sans s'y fixer, et au mois d'octobi-e de l'an 409, passèrent les Pyrénées pour se rendre en Ilispanie, l'Espagne. Après l'avoir parcourue en divers sens, après s'être emparés des îles Baléares, après être venus se fixer dans la partie méridionale de la Péninsule, principalement dans la Bctique qui dès lors prit le nom de Vandalusia, actuellement l'Andalousie, en 429, sous la conduite de Giseric, ils passèrent en Afrique où ils se rendirent maîtres de la Mauritanie; en 457 ils envahirent également la Corse. Ce ne fut qu'en 534 que Bélisaire en Afrique, et Cyrille, son lieutenant, en Corse, vainqueurs des Vandales, purent expulser en grande partie, sinon en totalité, de ces deux pays les descendants de ces émigrés du nord de l'Europe (Procope , De Bello Vandalico , texte et trad. de Niebuhr. — L. Mai'cus, Hist. des Vandales, 1858. — Houzé, Atlas univ. hist. et géogv. Espagne, carte H, etc.).

Les Vandales,, depuis le cinquième siècle, sont restés la personnification des conquérants dévastateurs, ne respectant rien, bien que Salvien, frappé de la chasteté des barbares, dise les Vandales et les Goths meilleurs que ses compatriotes (Salviani Massyliensis episcopi de vero judicio et providenlia Dei,

Dicr. ENC. 4- s. IV. 50

786 FRANCE (amhropologie).

1. Yll, p. 249, Rothomag. J. Osmoiit, 1627). Ces immigrants ne durent laisser que peu de descendants dans les Gaules, car ils ne paraissent pas y avoir eu de demeures fixes. Cependant François Bauduin, dans sa chronique d'Arthois dit que (' l'an 4H, les Wandales soulz la conduite d'ung nommé Croscus descendirent des Âlleimaignes en ces Pays-Bas, et semble que nommément s'arrestèrent en ung lieu entre Lille et Arras, lequel ancoires pour ce est appelé le Pont à Wendin » (François Bauduin : chroniq. d'Arthois, p. 20, Arras, 1856). Suivant Warkœnig et M. Derode, qui d'ailleurs ne font guère que rappeler certains passages de l'histoire de Flandre de Jacob Meyer, de ces Vandales commandés par Croscus ou Carocq, viendrait le nom de Vandt ou Wandt donné à tout le pays oià s'élèvent Gand, Alost, Audenaerde, Vaudeville, anciennement Vandalorum villa, petite localité près de Templemars dans l'arrondissement de Lille, rappellerait encore ces Vandales (anno ccccxi, Vandali duce Crosco trajecto Rheno ingenti hominum multitudine in Belgas irruerunt. Jacob Meyer, Bal. Flandricarura rerum, t. III, fol. 13, au verso, voir aussi t. V, fol. 21, Antwerpiae, 1531. — Warnkcenig, Hist. delà Flandre, t. I, p. 120, trad. de l'allemand par Gheldolf, 1835, Bruxelles. — Derode : Hist. de Lille, t. I, p. 41, 1848, et Annales du comité flamand, t. VI, p. 163, etc. 1861-1862).

Garin le Loherain représente dans ses vers « Li Wandre envers Troyes fuyant » devant les armes victorieuses de Charles Martiaus , Karl Martel (Li Roman de Garin le Loherain p. 22, § IX, v. 10, voir aussi p. 1, § i, v. 5, et g IV, p. 12, etc.). 11 ne s'agit pas ici des Wandales transrhénans de l'invasion du commencement du cinquième siècle, mais bien des Sarrasins qui, au huitième siècle, sortirent de la Mauritanie, antérieurement occupée par les Vandales, pour venir en Espagne et en France, où ils s'avancèrent vers le nord-est jusqu'en Champagne, jusqu'en Lorraine. Ainsi que le remarquait le Cointe, à une certaine époque, il y eut confusion entre les Vandales et les Sarrasins qui, les uns et les autres, avaient possédé le nord-ouest de l'Afrique... Vandales cum Saracenis confundimus (Carolus le Cointe, Annal, ecdesiast. Francorum, t. IV, p. 728. Paris, 1670.)

Quels étaient les caractères anthropologiques des Vandales ? Procope range les Bav^Qot au nombre des nations gothiques auxquelles il reconnaît une haute stature, une belle prestance, un teint blanc et des cheveux blonds (De Bello Vandalico, lib. I, § 2, t. I, p. 312, texte et trad. latine deNiebuhr).

Dans le nord-est de l'Allemagne, selon M. Virchow, les anciens crânes, extraits des cimetières de Wenden, Wendenkirchhof, disposés en lignes Leitengrœber auprès des restes de grandes forteresses de terre appelées Burgrihe, en slave Hrodiser, se feraient remarquer par leur type dolichocéphale (Sur les anciens crânes du nord-est de l'Allemagne : Congrès intern. d'anthrop. et d'archéol. préhist. de Paris, 1867, p. 408. Paris, 1808). Contrairement, selon Charnock, qui a étudié les Wends actuels de Bautzen, ils se feraient remarquer par la largeur de leur crâne. Ils seraient grands et forts, leurs cheveux seraient blonds, leur nez volumineux, leurs femmes bien faites, seraient ordinairement un peu grasses (Anthropologia vol. n" 2, Rev. d'anthrop., p. 163, 1875).

M. Godron aurait observé, chez quelques habitants de Nancy « l'absence complète de lobule au pavillon de l'oreille, caractère attribué aux Vandales » (Et. ethnol. sur les origines des populations lorraines, p. 30. Nancy 1862).

Chez les Chaouia ou Kabyles blonds du nord de l'Afrique, aux yeux bleus étudiés principalement dans l'Auress, Mons Aurasius, et dans le Maroc par

FRANGE (anthropologie). 787

Sliaw, J. Bruce, Bory de Saint-Vincent, Guyon, M. Périer, M. le général Faidherbe, M. Tissot, et maints autres observateurs, Guyon signale également l'absence [du lobule de l'oreille (Schaw, Yoy. dans la Barbarie, trad. de l'anglais, t. I, p. 149, 1743, La Haye. — James Bruce, Voy. aux sources du Nil, 't. l,p. 44, introd. trad. deCastera. Londres, 1790. — Guyon, Gaz. méd. de Paris p. 750, 1858, et Compt. rend.de l'Ac. des sciences, p. 1588, 22 décembre 1845 : Sur la race blanche des Aurès, et p. 28,t.XXVIl, 5 juillet 1848; Sur les Chaouia. — Bory de Saint-Vincent : Compt. rend. deVAc. dessciences, 29 décembre 1845. — Perier, Des races dites berbères : Mém. de la Soc. d'anthrop. 2« sér. , 1. 1, p. 59, 45, 1875. — Faidherbe : sur les Dolmens et sur les blonds de la Lybie : Bull. Soc. d'anthrop. ^' sér. t. IV, p. 552, et t. VIII, p. 118, etc. 1875. — Tissot, Sur les monuments mégalithiques et les populations blondes du Maroc : Rev. de la Soc. d'anthrop., t. V, p. 585, etc., 1876.)

Ces blonds Africains peuvent être regardés, ainsi que le pensent M. Broca, M. le général Faidherbe et M. Topinard, comme les descendants de blonds et beaux hommes du Nord devenus Libyens (Broca, sur les Kabyles blonds de l'Auress : Bull. Soc. d'anthr., t. I, p. 162, 179, 1860, 2<= sér., t. IV, p. 551,1869, et t. XI, p. 467, 1876. — Les Peuples blonds et les monuments mégalithiques dans l'Afrique septentrionale; les Vandales en Afrique : Rev. d'anthrop., t. V, p. 595, etc., 1876).

Bien des siècles avant l'ère chrétienne, Scylax et Callimaque de Cyrène signalent des Blonds sur les côtes de la petite Syrte, auprès du lac Tritonide, qui depuis sa disparition, signalée par Diodore de Sicile (1. III, § 55, p. 167), ne consiste plus qu'en quelques marais saumâtres situés au sud de la Tunisie (Scylax, Périple, chap. des Lotophages, p. 47, texte et trad. lat. de Vossius, 1659. — Callimaque, hymne ii à Apollon, vers 86, p. 15, du t. I, éd. de Otto Schneider. Lipsiae, 1870). Ces hommes du Nord ou Tamahou, mentionnés et représentés sur les monuments égyptiens du quatorzième siècle av. J.-C, auraient été les constructeurs des dolmens de l'Algérie et du Maroc (Faidherbe, Bull. Soc. d'anthr., 2' s., t. V, p. 48, etc.; 1870, et t. VIII, p. 118-22, .J873. — Congr. int. d'anthrop. de Bruxelles, en 1872, p. 406, etc.).

Toutefois, indépendamment de ces blancs et blonds Africains qu'Orthaïas, suivant Procope (De Bello Vandalico, I. II, § xiii) disait aussi habiter au delà de vastes déserts, antérieurement à l'occupation vandale, quelques-uns des blonds d'Afrique, ainsi que le pensaient jadis la plupart des ethnographes, peuvent être les descendants des Vandales dont Procope signale la présence, même après la défaite et l'expulsion de la plupart d'entre eux par l'armée bysantine que commandait Bélisaire (I. H, §§ xxiii et xxviii). Quelle que soit l'époque de l'immigration de ces blonds, on peut toujours remarquer combien a été crrande la persistance de leurs caractères ethniques, depuis de longs siècles, sous le climat de l'Afrique, habitat actuel de leurs descendants. Dans cette même réo^ion, en Algérie, on retrouverait aussi, en assez grand nombre, suivant M. André Sanson, les descendants de leurs chevaux de race germanique (Equus caballus o-ermanicus) , reconnaissables encore à leur chanfrein arqué ou busqué, tout en ayant perdu un peu de leur grande taille (Les émigrations des animaux domestiques : la Philosophie positive. Bévue de E. Littré et G. Wirouboff, t. VllI, p. 570, 1872).

Les Wandales et les Wends, qui traversèrent de l'est au sud notre pays, mtéressent peu l'étlmogénie de notre nation. Il est bon cependant de faire remar-

78S FRANCE (amiiropologie).

quer qiie ces Vinidi d'origine slave, ainsi que l'indiquent Guagnin et Marliu Cromer, parents des Sclaves qui, selon Procope, nu sixième siècle, s'étendaient déjà jusqu'en Illyric, étaient de même race que les Abodrites ou Obotrites auxquels Charlemagne en 804 donna les terres des Saxons transalbiens, que les Sclaves Wiltzes ou Welatabs, que les Sclaves Sorabes, et autres peuples alors mentionnés par Eginhard, parles chroniques de Saint-Gall, de Saint-Denis, et autres chroniques réunies par dom Martin Bouquet (Martin Cromer, Polonia, p. 57 et Al.Guagnin,Sauromatiaeuropsea,p. 241 -.de Republica FoIoniœ,iQ21 . — Procope, DeBell.Goth. IV, §25,t. II, p. 591, et Anecdoctes, ch. xvin, § 4, p. 218, etc.— Eginhard, Yita Karoli magni, 1. 1, p. 58, ch. xii. p. 211,258 : Op. omnia, texte et trad. de Teulet, 1840. — Dom Bouquet, Rec. des Hist. des Gaules t. V, p. 65, 560, 255, 25, 55, 555, 553, Ann. Francorum, Petivicm, Fiddenses et Metteuses, etc. — Simondcde Sismondi, Hist. des Français, t. 2. p. 551, et. 1821).

Ces Slaves du nord de la Germanie, à une époque antérieure, vers 752, à l'époque de la grande invasion des Sarrasins auraient-ils fiùt des incursions jusque dans notre pays, en deçi du Rhin? Cela semble peu admissible, quoique certain passage de Garin le Lohérain puisse le faire supposer en parlant d'Escler et de Sarrasins repoussée du siège de Metz par l'arrivée de renforts à Hervis, gouverneur de cette ville (Li roman de Garin le Lohérain, § 18, p. 59, lig. 7-8, éd. publié par P. Paris, 1855.)

Le nom d'esclave, synomyme de servus, paraîtrait tenir à l'origine slave de nombreux prisonniers faits sinon dans les campagnes de Charlemagne, au moins durant celles que, deux siècles plus tard, Othon, le grand, empereur d'Allemagne, et ses successeurs firent à ces mêmes peuples slaves. (Guérard, Polyptyque d'Irminon : 285. — Littré, Dict. de la lancjue française, Esclave).

Suivant Reinaud, les auteurs arabes regardant tous les esclaves d'outre-Rhin comme d'origine slave, leur appliquaient le nom général de Saclabl (Invasions des Sarrasins en France, p. 257.) Et, l'on a vu précédemment que, suivant Luitprand, les habitants de Verdun faisaient au dixième siècle avec les Maures ou Sarrasins d'Espagne un très-lucratif commerce d'esclaves carsamatia, sorte d'eunuques alors très-recherchés (Luitprandi, Historia, 1. VIII, cap. vin, p. 470, pars. I, du t. II, de : Rerum italicarum scriptores, L. A. Muratorio, 1725).

Alains, Alani, 'A^auvot, 'Alavoî — Lors de leur invasion dans les Gaules, en Ilispanie, voire même en Mauritanie, les Vandales étaient accompagnés des Alains, peuple de provenance plus orientale, paraissant également de race sarmate. Dès le milieu du premier siècle ap. J.-C, Pline fait mention des Alains i/«ni, à côté des Sarmates ou Sauromates, desRhoxolans (L. IV, cap. xxv, 1. 1, p. 198, texte et trad. de Littré.) Au siècle suivant, J. Gapitolinus en parle à propos de Marc Aurèle Antonin, et semble également les placer à côté des Rlioxolans, des Bastarues, et des Peucins (Marc Antoninus Philosophas XXII, Hist. Auguste p. 547, coll. Nisard). Arrien, dès ce deuxième siècle écrit une histoire des Alains (Parlhica n° 1, p. 248, coll. Didot); ce qui témoigne de l'importance alors accordée à ce peuple ainsi que le remarque M. Egger (Nouv. Biographie génér. Didot, t. IH, p. 556). Il les range à côté des Sarmates, en parlant de leur ornement, de leur tactique militaire, de leurs incursions (Ars tactica, IV, p. 266, coll. Didot). Lucien semble les rapprocher des Scythes (Toxaris scu amicitia, XLI, g 51, p. 440, coll. Didot). ' Ptolémée indique les Alains Scythes 'A>«u»vot l/.ùBon, comme habitant au

FRANCE (anthropologie). 789

delà de lu Méotide, la mer d'Azof, dans l'intérieur des terres auprès des Roxolans, des Amaxobes, des Stananes et des Stoumes. Xaî hSoTipoi toûtov

('Po?o>,av(i)v) 01 is. 'A^.aEdêioi /.où oi 'A),auvot Sx.yQat. (L. IV, C. 5, p. 200 et 201.)

Au troisième siècle Flavius Yopiscus, de Syracuse, en énumérant les captifs des nations vaincues figurant au triomphe d'Aurélien, parle également des Alains à côté des Roxolans, des Sarmates et des Goths (Âurélien, XXXIII, Hist. Auguste, p. 581, coll. Nisard). Ces Alains, ainsi que le disent Claudien (Invectives contre Rufin p. 568, coll. Nisard), Flavius Josèphe et Procope, auraient habité au nord de la chaùie du Caucase et des portes caucasiennes ainsi que dans ces montagnes, à l'ouest de la mer Caspienne, au sud du Tanais et à l'est de la Méotide, auprès des Abasgues et des nations gothiques. To Si tù-j AÀav&jv eOvoç ôxi p.év etct ly.yQai nspi tov Tocvaïv v.oà T-flv Maiw-riv ),tuv/;v zaTOf/oûvTEç

TT/JÔTcpov.... (Flavius Josèphe, De Bello judaico, 1. Yll, cap. vu, g 4, t. 11, p. 521, texte et trad. lat. de Dindorf, coll. iJidot.)

■Kùlccç, 'A)>avoî E^ovdiv. (Procopc, De Bello Gothico, 1. IV, §5, t. II, p. 469; voir aussi 1. I, p. 6 et De Bello Persico, II, g 29, T. I, p. 288, texte et trad. lat. de Niebuhr. )

Des monts Alana,Tà 'a>«v« 6p-n, situés dans la Scylhie en deçà de l'imaus, plus vers l'est, d'après Ptolémée, indiquaient aussi une station orientale de ces Alains (1. VI, cap. XIV, p. 427), car Ammien Marcellin parle de peuples confondus sous la dénomination commune d'Alains, s'étendant dans les deux parties du monde, en Europe et en Asie jusqu'auprès du Gange (XXXI, § 11, p. 549). Au quatrième siècle Marcien d'Iléraclée, montre les Alains Sarmates s'avançant plus à l'ouest auprès du Borysthène, le Dneiper et du Pont-Euxin, la mer Noire (Périple de la mer extérieure, § 59, p. 559, Geographi Gra3ci minores, t. I, coll. Didol). Vers le dernier tiers de ce quatrième siècle, attaqués par les Huns, les Alains qu'Ammien Marcellin regarde comme les anciens Massagètes, en partie tués ou dépouillés de leurs biens, en partie chassés, se seraient divisés en deux groupes, u Hominumj geuus (Ilunnorum) ad usque Alanos pervenit, veteres Massagètes... Igitur Hunni pervasis Alanorum regionibus...; inlerfcctisque multis et spoliatis. » (Ammien Marcellin, 1. XXXI, cap. ii et m, p. 247, etc.)

Les uns se seraient retirés dans la partie méridionale de leur territoire sur le versant nord du Caucase, leurs descendants habiteraient sur les bords du Téreck et de rOuroup, où, sous le nom d'Ossèles, au nombre de trente à quarante mille, ils vivraient gouvernés par un chef résidant à Kasbeck. Ces Ossètes du haut Téreck, d'après l'intéressante carte ethnographique de Russie, de M. Rittich, habiteraient principalement à l'ouest de ce fleuve un territoire situé à l'est des Grouziens et au sud des Kabardines (Prichard , Hist. nat. de l'homme, t. I, p. 241, et 545, trad. de Roulin. Paris, 1845. — Ilouzé, Atlas univ. hist. et Géog-, Russie, cartel, Espagne, carte H. — Liétard, Caucasiques (provinces) : Dict. encycl. des sciences méd., p. 579, 1872, etc.).

La plupart des Alains entraînés par l'impulsion migratoire qui portait tant d'autres peuples vers les frontières de l'empire romain, traversant l'Europe de l'est à l'ouest, arrivèrent près du Rhin, où à la fin du quatrième siècle, conduits par Goar, Renatus P. Frigeridus et Grégoire de Tours, les montrent alliés soit des Romains, soit des Vandales (1. 11, cap. ix, p. 154 du t. I, texte et trad. de J. Guadet et Taraiine).

Les Alains franchirent le Rhin en même temps que les Vandales, la veille des

790 FRANCE (anthropologie).

calendes de janvier de l'année 406, ainsi que l'indiquent saint Prosper d'Aquitaine et Paul Orose, et pénétrèrent dans les Gaules («Yandali et Alani Gallias trajecto Rheno pridie Kal. Januarias ingressi. » Prosper d'Aquitaine chronique, Magna Bibliotheca voterum Patrum, t. V, pars III, p. 192, 1668, et dom Bouquet, Rec. des hist. des Gmdes, 1. 1, p. 627).

«... Gentes Alanorum, utdixi, Suevorum Vandalorum, multseque cum his alise francos proterunt, Rhenum transeunt, Gallias invadunt, directoque impetu Pyrenseum usque perveniunt. » (Paul Orose 1. VII, cap. 40, ann. chr. 406,^ dans doni Bouquet, Rec. des hist. des Gaides, t. 1, p. 597.)

De ces Alains immigrés dans les Gaules quelques peuplades ou plutôt quelques corps ou troupes de soldats paraissent y être restés, mais la plupart d'entre eux, ainsi que les Suèves, ainsi que les Vandales, se portèrent vers les Pyrénées les franchirent pour aller se fixer en Hispanie, l'Espagne, soit dans la Lusitanie, soit dans la Carthaginoise des deux côtés du cours moyen du Tage. En partie détruits durant leurs guerres avec les Suèves, les Romains et les Wisigoths, à la mort de leur roi Atax en 418, les Alains d'Hispanie se soumirent aux Vandales et passèrent avec eux dans le nord-ouest de l'Afrique, dans la Mauritanie, actuellement le Maroc et l'Algérie (Procope, De BcUo Vandalico, 1. I, g 5, p. 554 du t. I, texte et traduct. lat. de Niebuhr. — Voir Ilouzé, Atlas univ, hist. et géogr., Espagne, 11).

Quant aux Alains restés dans les Gaules, ils paraissent s'être fixés sur différents points de notre territoire. Prosper Tiron d'Aquitaine dit que sous le règne de Théodose, les campagnes désertes voisines de la ville de Valence sur la rive orientale du Rhône furent livrées aux Alains que commandait Sambida (« Déserta Valentinte urbis rura Alanis, quibus Sambida prseerat partienda traduntur. » (Chronicon, dans : Antiquœ lectiones Henrici Canisii, t. 1, p. 172, Ingolstadii, 1601.)

La notice des dignités de l'empire d'Occident indique qu'un corps d'Alains et de Sarmates résidait dans le pays de Roanne « Prajfectus Sarmatarum Gentil ium per tractum Rodunensem et Alaunorum. » (Not. dignit., cap. xl, § 4, E, 122.)

Vers 447, des Alains commandés par Eocarich, ainsi que l'indiquent Prosper Tiron d'Aquitaine, Constance et Ileric, les biographes de Saint-Germain, occupaient l'Armorique que Aëtius leur avait livrée pour en prévenir la rébellion. Ils avaient dû en partager les terres avec les habitants. « Alani, quibus terrse (ialIifE ulterioris cum incolis dividendaî a patritio Aetio traditte fuerant, resistentes armis subigunt, et expulsis dominis terrœ possessionem vi adipiscuntur.» (Prosperi Tiron. Chronicon, dans : Ant. Lect. Canisii, t. I, p. 172.)

Ann. ch. 447. «... Aetius qui tum rempublicam gubernabat, Eocarichi ferocissimo Alanorum régi loca illa inclinanda pro rebellionis praesumptione permiserat...» (Constantius Presbyter : Vita S. Germani episc. antissiod., scripta circa an. Chr. 488, apud Bolandianos xxxi Julii : dom Bouquet, Rec. des hist. des Gaules, t. I, p. 643, in-fol.)

(Aetius) « vastandam rigidis tandem permisit Alanis. »

« Rex erat bis Eochar... » (Ilericus : Yita S. Germani dans dom Bouquet, Rec. des Hist..., t. I, p. 645, en note.)

En 451, lors de l'invasion des Huns dans les Gaules, les Alains restaient encore les maîtres des régions baignées par le cours moyen de la Loire, car Jornandès dit que Sangiban, leur chef, proposa à Attila de lui livrer Aureîiana, Orléans, et que plus tard ce dernier revenant par des chemins différents voulut

FRAINCE (aktiiropologie), 791

s'emparer du pays occupé par les Mains au delà de la Loire. « Sangibauus namqiie, rex Alanorum, metu futurorum perterritus, Atlilse se tradere pollicetur, et Aurelianam civitatem Gallise, ubi tune consistebat, in ejus jura transducere. » (Cap. xxx\ii, De Getarum sive Golliorum origine, p. 457 et 461, coll. Nisard, éd. Dubocliet.)

« Nam per dissimiles anterioribus vias recurrens , Alanorum partem trans flumen Ligeris considentem (Attila) statuit suae rédigera ditioni. » (Jornandès, cap. XLiii.)

Suivant Bucberius, l'abbé Gallet, l'abbé de la 15 ue, certaines localités portant anciennement le surnom d'AUnnania, actuellement celui d'Allemagne, comme Notre-Dame et Saint-Martin d'Allemagne dans le Calvados, seraient d'anciens établissements d'Alains (Abbé de la Rue, Nouv. essais sur la ville de Caen et son arrondissement, p. 48, etc. Caen, 1842).

Que devinrent ces Alains des bords de la Loire? Arcère, dans son Histoire de la ville de la Rochelle et du pays d'Aulnis, (t. I, p., 29, etc. La Rochelle, 1756), paraît croire qu'après s'être ligués avec les Wisigoths qui occupaient alors la région des Gaules située au sud de la Loire, et après avoir été battus par Childéric et Egidius, les uns seraient restés en Armorique, les autres auraient reçu des Wisigoths leurs alliés des terres incultes et des marais, qui au quatrième siècle n'étaient pas encore habités, vraisemblablement par suite de leur émersion récente, attestée par les dénominations locales de terra nova, terre nouvelle, Erme, Ermo ou désert selon M. Renan {BiiU. Soc. cVanthrop., t. III, 192, 1862). Ces terres exondées auraient répondu dans leur partie septentrionale au bassin de la Sèvre Niortaise inmicrgésous les flots de l'Océan à l'époque romaine, ainsi que l'indique M. Desjardins, près du littoral que M. Maximin Deloche pense avoir été habité par les anciens Anagnutes mentionnés par Pline (1. IV, § 53, p. 204. — Desjardins, Géogr. hist. de la Gaule romaine, Yl et VII, pi. 27, 2274, 1876). — Max. Deloche, Et. sur la géogr. hist. de la Gaule, p. 483 et carte II, 1861).

Cette région, longtemps inluabitable, selon Arcère, aurait pris des Alains le nom de pagus Alanensis, Alnensis ou Alninsis, le pays d'Aulnis ; étymologie contestable, ce pays ayant également porté les noms (TAhinensis tractus, d'Alnislum, d'AIaitensis (Voir Deschamps, Dict. de géogr. anc. et mod., Alnensis, p. 47, 1870. — A. Guibert, Dict. géogr. et stat. p. 134, 1863. — Girault de Saint-Fargeau, Dict. géogr. hist. t. I, p. 194, 1844).

Les Alains, considérés comme des Sarmates par Marcien d'Héraclée, comme des Scythes par Ptolémée, sont regardés par Prichard comme des Germains /. c., t. I, p. 542) et parfois même rapprochés des Mongolo-Finnois, des Tatars, des turcs (Anatole Leroy-Beaulieu, l'Empire des Tsars et les Russes; les races et les nationalités, les Finnois, les Tatars, les Slaves : Rev. des Deux-Mondes, 15 août, 15 septembre 1873, p. 257).

Suivant Procope, les Alains auraient été de race gothique, pour lui distincte de la race germanique, ondes Germains, alors appelés Francks ('Alavoùç... Tox^i/.hv eQuo; : De Bello Vandalico I, § 3, t. I, p. 519, texte et trad. lat. de Niebuhr et DeBell. Goth., 1. I, § l,p. 6).

Alex. Guagnin paraît également les ranger à côté des Goths, avec les Ruthènes, les Polonais, les Poméraniens, les Lithuaniens, les Livoniens parmi les peuples sarmates pour lui synonymes de slaves (Sauromatia Europœa, p. 229 et 249 de .-Respublica Poloniœ... Lugd. Balav., 1627).

792 FRANCE (anthropologie).

Les Alains, dit Ammien Marcellin, étaient généralement beaux et de grande taille. Ils avaient les cheveux modérément blonds, le regard terrible plutôt que féroce. Avec leurs armes légères, ils étaient agiles; les égaux des Huns sous tous les rapports, ils étaient plus doux et plus civilisés (« Proccri autcm Alani pœne sunt omnes et pulchri, crinibus mediocriter flavis, oculorum temperata torvitate terribiles, etarmorum levitate veloces, Hunnisquc per omnia suppares, verum victu mitiores et cultu : Ammien Marcellin, Reriim Gest. qui de xxxi supersunt, 1. XXXI. cap. ii, p. 549, coll. îvisard, éd. Dubochet).

Leurs descendants, les Ossètes du Caucase, selon Pallas et Pricbard, auraient les cheveux châtains ou blonds, la barbe quelquefois rouge (Pricbard, /. c, t.I, p. 242). Leur langage, suivant Malte-Brun, aurait des rapports avec l'allemand, ï'esclavon et le persan (Abrégé de géog. univ., p. 459. Paris, 1842).

D'après les moulages peints de plusieurs Ossèlliiens et Ossèthiennes envoyés, l'année dernière, à l'Exposition universelle de Paris, par la Société d'anthropologie et d'ethnographie de Moscou, ces habitants du Caucase, la plupart blonds ou châtain-clair, aux yeux bleus, paraîtraient avoir une face assez courte et arrondie.

Auprès de Maillezais, dans la paroisse de Saint-Sigismond, département de la Vendée, en faisant des fouilles vers le milieu du siècle dernier, on découvrit des squelettes très-grands, au crâne volumineux, aux os allongés qu'Arcère regarde comme provenant d'Alains fixés dans cette région (Arcère, /. c, p. 50).

Aux Alains immigrés en Gaule au commencement du cinquième siècle devrait être rapportée suivant M. le baron de Noirmont l'importation d'une grande et belle race de chiens, de l'Alan, canis Alanus, chien de force, d'énorme taille, assez comparable au grand danois (Baron de Noirmont, Exposit. univ. des races canines au Jardin d'acclimatation, mai 1865, Paris, p. 54). Je serais assez disposé à regarder comme descendant de ces Alans certains dogues de forte race, mais beaucoup plus élancés, au pelage uniforme, que, sans avoir alors connaissance de cette importation, je remarquai en passant à Valence, ville, dont on a vu précédemment les campagnes livrées aux Alains de Sambida.

Theiphales, Theiphali, Taifalf. — Arcère croit que des Théiphales ou Taifales seraient entrés en Gaule sous la conduite de Goar, roi des Alains (/. c, t, I, p. 50), celui ([ui, à Mayence, avec Guntiaire, roi des Burgondions, fit prendre la pourpre à Jovinus (Olynipiodore, Ilist. Jipud Photium cod lxxx, éd. Rhotomago, in-fol., 1655, dans dom Bouquet, Bec. des Ilist. des Gaules, t.I, p. 600).

La plupart des monographes ayant écrit sur le Poitou, entre autres M.duFougeroux, ont signalé une tribu de ces Teifales, qui transportés d'Orient en Italie, auraient eu ensuite leurs cantonnements militaires à Poitiers, à Molle et surtout à Tiffauges dans le bas Poitou (Du Fougeroux, Le Poitou sous la dominât, romaine, sous le gouvernement des Wisigoths et sous la première et la deuxième race. Nantes, 1856).

Il est difficile de préciser exactement l'iiisloire, la provenance de cette colonie de Taifales. Toutefois Ammien Marcellin, en même temps qu'il parle de Goths, de Sarmates, mentionne des Taifales alors en Thrace et en Germanie. 11 insiste sur la corruption de ce peuple, adonné d'une manière générale à la pédérastie (1. XXXI, cap. ix, p. 500, coll. Nisard, 1. XVII, cap. xiii, p. 89). La Notice des dignités de l'empire d'Occident montre qu'il y avait en Gaule dans diverses régions des Sarmates, et qu'en particulier chez les Pictavi, dans le

FRANCE (Ar«THP.opnLOGiF.). 793

Poitou, se trouvaient cantonnés des Sarmates et des Taifales (« Prfefectus Sarraatarum ctTaif:ilorum gentilium Piclavis in Gallia. Notitia dignitatum imperii romani; éd. Philippe Labbe, p. 124, 1651, Parisiis, petit in-12, et éd. de Bôcking, t. II, p. l^^, cap. xl, 1855).

Au sixième siècle, Grégoire de Tours, à trois reprises, à propos du prêtre Senoch, Theifale d'origine, né en Theiphalie, et du duc-évêque Austrapius, tué par ces Tlieifales révoltés, mentionne la présence de cette peuplade dans le Plctavus pagus (« Igitur beatus Senoch, gente Theiphalus, Pictavi pagi, quem Theiphaliam vocant, oriundus luit. Sancti Gregorii episc. Turonensis Vitse Patrum,cap.xv, p. 1223, éd. de Th. Ruinart, 1699. — Voir aussi : Hist. ecclesiast. Franc, I. V, cap. VII, t. II, p. 194, texte et trad. de Taranne).

« Ipse (Austrapius) quoque régressas ad castrum suum , mota super se Theifalorum seditione, quos scepe gravaverat, lancea sauciatus crudeliler vitam finivit. ï) (Grégoire de Tours, Hist. eccles. Francorum, t. II, 1. IV, chap. xviii,

11 semble ressortir de ces minimes documents que les Théifales se sont établis dans le bas Poitou soit à l'état de peuplade immigrée, soit à l'état de colons militaires devenus citoyens en épousant des femmes du pays et en s'y fixant d'une manière stable, comme le disait Dadino Alteserra et Armand Maichin. « Ut Theifali e prsesidiariis militibus, connubiis cives effecti, status ibi sedes fixerint et universo pagonomen reliquerunt.» (Ant. Dadino Altaserra, Rermn Aquitanicariim, I. I, cap. xiv, p. 66, 2 vol. in-4°. Tolosœ, 1648. — Armand Maichin, Hist. de Saintonge, Poictou, Aunix et Angoumois, p. 177-178, 1671, in-lbl.)

Ces Théifales se sont perpétués dans cette région durant plusieurs siècles et peut-être s'y perpétuent encore, principalement sur les bords de la Sèvre Nantaise dans le Pagus Teofalgicus, dans la Theiphalia, dans le pays de Tifaugia, auprès de la petite ville encore appelée Tiffauges, dans le département de la Vendée, sinon auprès du château d'Auslrapius, situé près de Celles à environ deux lieues de Melle, au sud du département des Deux-Sèvres.

Quelques historiens et ethnographes ont pensé retrouver les descendants des Alains, des Théifales dans les Colliberts de Maillezais et des marais mouillés de la Sèvre Niortaise et du Lay, dans ces pêcheurs queDufour, Abel Hugo, M. Francisque Michel, paraissent plus disposés à regarder comme les descendants, vraisemblablement de race celtique, des anciens Agesinates Cambolectri, indiqués par Pline (1. IV, cap. xxxiii, 1) (J.-M. Dufour, De l'ancien Poitou... Poitiers, 1826, in-8, p. 117-122. —Abel Hugo, France pittor., t. I, p. 15, en note. — Francisque Michel, Hi^t. des Races maudites de France, t. II, ch. vi, p. 4, etc. Paris, 1847).

En partie massacrés, suivant Pierre de Maillezais, lors des fréquentes incursions des Normands sur celte portion de notre littoral, ces Colliberts qui, ancienne ment passaient pour être irascibles, cruels, implacables, dépourvus de toute humanité, ces huttiers, cabaniers ou nioleurs, récemment étudiés par MM. Lagardelle et Hamy, au point de vue anthropologique, par leur conformation crânienne, soit brachycéphale, soit dolichocéphale, par leurs yeux bruns, rarement bleus, parleurs cheveux châtains, quelquefois blonds, semblent témoigner qu'ils sont issus d'éléments ethniques multiples (Lagardelle, Notes anthropolog. sur les Colliberts, huttiers et nioleurs des marais mouillés de la Sèvre Niortaise, 1869 : Rev. de VAunis. — Lagardelle et Hamy, Bull. Soc. d'anthrop., 2«sér.,t. VI, p. 202, etc., 1871).

794 FRANCE (anthropologie).

« Collibertis fertur quoi sint et ira levés, et pêne implacabiles, immites, •crudeles, increduii et indociles, et omnis propemodum humanitatis expertes... » (Pétri Malleacensis , De anquitate et commutatione in nielius Malleacensis insulse : Novœ bibUolhecœ mamiscriptorum libronim, t. II, p. 223, de Philippe Labbe, in-fol. Paris, 1657.)

Lorsque les recherches de Boudin sur la )'épartition en France des recrues de haute taille, c'est-à-dire des jeunes hommes ayant plus de l'",7o2, taille des cuirassiers, firent reconnaître que les départements de la Charente-Inférieure et des Deux-Sèvres présentaient d'assez grandes proportions de ces jeunes gens , tandis que les départements voisins en offraient des proportions beaucoup moindres, {Mém. de la Soc. cVanthrop., t. II, p. 229, etc.), je crus devoir rappeler que dans les régions correspondant approximativement à ces deux départements, paraissaient s'être fixés des Alains et des Théiphales, et que ces Alains étaient de grande taille, suivant Ammien Marcellin (l.XXXI, cap. ii, p. 349. — Lagneau, Bull. Soc. (Vanlhrop., t. IV, p. 292, etc., 1863).

Récemment, M. Smirnow, était amené à attribuer aux anciens Alains, aux Ossètes, les crânes artificiellement déformés recueillis dans la région du Caucase et en Autriche (Sur les Avares du Daghestan : Rev. d'anthrop., t. V, p. 90, 1876). Peut-être devrait-on faire remonter aux Théiphales, et aux Alains, qui du sud-est de l'Europe vinrent se fixer dans la partie occidenale des Gaules, l'importation du singulier usage signalé par M. Lunier. Dans le département des Deux-Sèvres, et en moindre proportion dans les départements voisins, cet aliéniste a observé, sur un certain nombre d'habitants, une déformation crânienne artificielle, paraissant déterminer parfois l'idiotie et l'épilepsie. Cette déformation se montrerait principalement chez les Pelleboises, femmes de la partie méridionale fort boisée des arrondissements de Melle et de Niort, et aussi chez quelques paysannes de la partie occidentale de celui de Bressuire, comprise entre la Sèvre Nantaise et l'Argentan. Elle consisterait dans une dépression en arc, plus ou moins semi-circulaire, se montrant surtout au niveau de la fontanelle fronto-pariétale, mais s'étendant latéralement au-dessus des pavillons des oreilles. Elle serait déterminée par la pression exercée par un fil de fer nommé arcelet, entrant dans la confection d'un bandeau mis aux jeunes enfants, d'une calotte de carton portée par les filles et les femmes. Cette coiffure, sorte de bonnet rond, parfois appelé colbach, par son nom, sinon par sa forme, semble rappeler le kolbak, bonnet de fourrure, encore en usage en Orient, dans l'empire turc, d'après M. Littré (Dict. de la langue française, CoLBACK. Paris, 1868. — Lunier, Rech. sur quelques déformations du crâne observées dans le département des Deux-Sèvres : extrait des Annal, méd.-psychol. Paris, 1852. —BuM. Soc. d'anthrop.y^' sér., t. I, p. 159-142, 1866).

Gustave Lagkeau [A suivre).

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