lY, ch.iv, §l,p
Quant à l'origine belge des Volces, admise par Amédée Thierry, elle est insuffisamment prouvée. Toutefois, relativement à ces Volces Tectosages et Arécomikes que les auteurs anciens, entre autres Pline, nous montrent habiter Toulouse, Carcassoune et Nîmes et occuper le bassin de l'Aude et celui de la haute Garonne, qu'ils soient venus lors des immigrations galates ou lors des immigrations bekes, il est bon de remarquer que leur origine germanique n'en est pas moins proîiable ; car saint Jérôme dit que les Galates d'Asie Mineure, au nombre desquels on a vu précédemment se trouver des Tectosages, avaient conservé en Orient la langue que parlaient les Trévires, habitants de Trêves, qui se disaient Germains, ainsi qu'il sera plus tard indiqué, et qui d'ailleurs encore actuellement parlent l'allemand.
« Régie VolcarumTectosagum...,Carca&um Volcarum Tectosagum..., Nemausum Arecomicorum.., Tolosani Tectosagum. n (Pline, l. 111, c. v, p. 159-160, éd. Dubochet. )
« Galatas excepto sermone grseco, quo omnis Oriens loquitur, propriam linguam eamdem pêne habere quam Treviros, nec referre si aliqua exinde corruperint.» (S. Ilieronym., t. IV, Impars, 225. Comment in Epist. ad Galatas, 1. I, cap. m, éd. en 5 vol. in-fol. Paris, 1706.)
Dans la région septentrionale de notre pays, vraisemblablement les immigrants
FRANGE (anthropologie). 709
belges pénétrèrent en moindre nombre dans la partie nord-ouest des Gaules comprise entre la Seine et la Loire que dans la partie nord-est comprise entre le Rhin et la Seine : car la plupart des auteurs anciens, entre autres César et Pomponius Mêla, donnent aux Belges et dénomment Belgique la région comprise entre le Rhin d'une part, la Seine et la Marne, Matrona, d'autre part.
« A Belgis Matrona et Sequana dividit. . . . Belgge ab extremis Galliaî fmibus oriuntur ; pertinent ad inferiorem partem fluminis Rheni ; spectant in septentriones. » (César, De Bell. Gall.,1. I, cap. i.)
« Inde (a Sequiina) ad Rhenum pertinent Belgse. » (Pomponius Mêla, De situ orbis, 1. III, cap. ii, p. 25. 1804.)
Pline indique l'Escaut, Scaldus, comme limite septentrionale à la Belgique. « A Scaldi ad Sequanam Belgica. » (Pline, Hist. Nat., 1. IV, cap. xxxi, p. 17. Panckouke, 1829.)
Mais cette délimitation, qui reporte à la Germanie le pays compris entre ce fleuve et le Rhin, au point de vue ethnographique n'a aucune importance, les tribus belges venant d'outre-Rhin ayant dû occuper cette région avant de s'avancer plus au sud-ouest.
Gomme la plupart des peuples conquérants, les Belges n'avaient nullement détruit les anciens occupants du pays ; aussi Dion Cassius a-t-il le soin de dire que les Belges voisins du Rhin étaient de races mêlées. Oï -^àp Be^/tzol, rû rt
'Pïivu noXkoLi y.oà (j-ua^ly-oi^ yi-jîai Trpoaotx.oûvTe;... (Dion Cassius, t. IV, 1. XXXIX,
§ 1, p. 4-6, texte et trad. de Gros, 1855.)
De même que pour la Gaule en général il a été fort difficile de distinguer les peuplades celtiques soumises ou refoulées des peuplades galates conquérantes; de même pour la Gaule Belgique, qu'avec parfaite raison Ptolémée appelle Celto- Galatie-Belgique, KskzoydXxTloi. B^ywô (1. 11, cap. viii, p. 159), est-il fort difficile de discerner les peuplades celtiques des tribus conquérantes, soit gaates soit belges. Bien que beaucoup de Celtes durent se soumettre et continuer à séjourner dans les parties envahies par ces conquérants, un grand nombre dut s'éloigner et être refoulé vers la partie sud-ouest, dont la population conséquemment dut être moins modifiée par la race des vainqueurs. Aussi, parmi les peuplades de la Gaule Belgique indiquées par César, Strabon, Pline, Ptolémée et autres auteurs anciens, les caractères de la race celtique durent-ils mieux se conserver parmi les Sylvanectes, Sylvanectes, 2o'jg«viz-oi, parmi les Renies, Remi^ 'Pvjpoî, anciens habitants des environs de Senlis, de Reims, que parmi les peuplades plus septentrionales. (César, De Bello Gallico, 1. II, cap. ix, etc. — Strabon, 1. IV, ch. m, § 4, 5, etc. — Pline, 1. IV, cii. xxxi, p. 205. — Ptolémée, 1. II, cap. VIII.)
Relativement aux Parisiens, Parisli, ïlapiffioi, dont le nom par sa racine à la fois kymrique, Par, et allemande, Spar, lance, signifierait les lanciers selon M. Pruner-Bey [Bull. Soc. d'anthr., 2" sér., t. 11, p. 080), il est bon de remarquer qu'en venant habiter les bords de la Sequana, la Seine, autour de leur ville insulaire de Lutèce, Lutecia, Aovx.b-sxîa, actuellement Paris, où les indiquent César (De B. G., I. VII, cap. lvii), Strabon (1. II, cap. m, g 5, p. IGl, etc.), Ptolémée (l. Il, cap. vu, p. 158), ces Parisiens, qu'ils soient des Celtes refoulés, ou des Galates, ou des Belges immigrés, paraissent avoir eux-mêmes refoulé vers le sud-est les Séquanes précédemment mentionnés, que Strabon (1. IV, ch. III, § 2), Artémidore et Stéphane de Byzance disent avoir donné leur nom à la Sequana, et qui Ioh's de la conquête romaine habitaient bien loiu de
710 FRANCE (anthropologie).
ce fleuve, autour de Vesonlio, Besançon. (César, De B. G., 1. (, cap. xxxvin, etc.) On se rappelle que ces Parisiens paraissent avoir envoyé dans l'île d'Albion, 'AXoutwv, ainsi que l'appelle Ptolémée (1, II, cap. ii, p, 104), quelques émigrants : car ce géographe, sur le golfe Eulimène, signale la présence de Rapirroi et de leur ville nerouapia, Peliiaria, actuellement Burg près de l'embouchure de l'Humber, au sud-ouest d'York. (Plotémée, 1. Il, ch. ii, p. 108.) Quant aux Suessions, Suessiones, oùîto-ovs; Zouso-a-îwvî;, dont l'origine celtique est également incertaine, ils paraissent avoir eu également de grandes relations avec les peuples de la Grande-Bretagne ; car César parle d'un de leurs chefs, Divitiac, dont l'autorité s'étendait sur une partie de cette île. (De B. G., 1. Il, cap. iv.)
Peut-être serait-on en droit d'attribuer une origine celtique à certains peuples ayant disparu, comme les Oromansacs, paraissant avoir été refoulés par les envahisseurs, comme les Meldes et les Morins, enfin semblant être tombés sous la dépendance d'autres peuples immigrés d'outre-Bhin, comme les Geiduns, les Pleuraoxiens, les Levacs, les Grudiens et les Centrons, placés sous l'autorité des Nerviens.
Ces Oromansacs, Oromawsaa, sont indiqués par Pline comme ayant habité auprès des Morins. a Morini Oromansacijuncti pago.» (Pline, 1. IV, cap. xxxi, p. 203.)
Les Meldes, Meldœ, dont d'Anville et M. Lefils pensent retrouver la demeure dans le Meldfelds ou Maldeg-hem-velt, canton des environs de Bruges, suivant J. Malbrancq et M. Vict. Derode, auraient habité vers la Lys sur les bords de la Meldeou Meldeck, affluent de l'Aa, au-dessus de Saint Omer. (Florentin Lefils, Bech. sur laconfig. de la côte de laMorinie, p. 57. Paris, 1(S59. — J. Malbrancq, De Morinis, 1. 1, cap. iv, p. 12, et cap. xviii, p. 81. 1659. — V. Derode, Hist. de Lille, t. 1, p. 29. 1848, — Jean Derheims, Hist. de la ville de Saint-Omer, p. 49, etc. 1845.)
Ce serait chez ces Meldes habitant une localité jusqu'où s'étendent encore les marécages, derniers vestiges des eaux profondes, altus pontus, existant anciennement autour de Sithiu, que César, voulant partir du port d'Itius pour sa seconde expédition de Bretagne, aurait l'ait construire sa Hotte. « Cœsar ad portum Itium cum legionibus pervenit. Ibi cognoscit xl naves, quse in Meldaa factse erant... » (César, De Bello Gall,, 1. Y, cap. v).
Ces Meldes, ainsi que leurs homonymes des bords de la Matrona, la Marne, tribu importante des environs de Meaux, n'étaient peut-être que les débris d'un même peuple, repoussé par des immigrants d'outre-Bhin.
Les Morins, Morini, MopivoL, que Pline, Yirgile et Pomponius Mêla i^egardenl comme étant les plus éloignés des hommes, les plus éloignés des peuples des Gaules, décrites par la plupart des auteurs comme s'étendant jusqu'aux embouchures du Bhin, ces Morins, vraisemblablement, s'avançaient d'abord bien au delà de l'Aa, assez généralement considéré comme la limite les séparant des Ménapiens. « Ad ultimosGallicarum gentiumMorinos ; in portu, quem Gessoriacum vocant. » (Pomponius Mêla : De situ orbis, 1. III, cap. ii, p. 647, coll. Nisard. — Pline, H. n., l. XIX, § H, p. 712. — Virgile, fin du 1. Vlll. —Saint Paulm, Epist. xxviii, ad Vitricium, II, p. 248 -.Opéra. Antuerpise, 1622.)
La capitale des Morins, d'après Ptolémée, était Thérouanne, Tervanna, Tapouâvva, située SUr la haute Lys. Ot Uopaol, Jiv TTd)Ltç u.ia6-/sto<; Tzpàç 'AvaroXàî Tapovd-J-Ja. (L. II, ch. Vlli, p. 141.)
Selon Strabon, aux Morins appartenait également le Portus Ictius, "lurtov, près du promontoire Itium, "ivtov «/.pov, peut-être Sithiu, maintenant Saint-Omer^
FRANCE (anthropolocie). 711
anciennement au fond d'un large estuaire, actuellement sur l'Aa. Mopuôiv Trao' oT; ïo-Tt x.at TQ "Ittlo-j. (Strabon, I. IV, ch. vi, § 2. — Voir Ptoléniée, 1. Il, ch. viii, p. 159.)
Gessoriacum, r/jToôoîaxov, plus tard Bononia, actuellement Boulogne, était aussi un des ports des Morins. rvjtroôôta/.ov im-mo-j Mopuwj. (Ptolémée, 1. Il, cap. Tiii, p. 140.)— « A Gessoriaco Morinorum. » (Pline, 1. IV, cap. xxx,p. 202.)
Actuellement des historiens et géographes, entre autres M. Desjardins, pensent retrouver le Portas Itius, non pas à Wissant près du cap Gris-Nez, comme le pensaient Devérité, Henry, mais sur la haute Liane en amont de Gessoriacum. (Henry, Essai hist., topogr., et statist. de l'arrond. de Boulognesur-Mer, p. 45, in-4°. 1810. —Devérité, laissai sur l'hist. génér. de Picardie, t. I, ch. VII, p. 75. 2 vol., Abbeville, 1770. — Ern. Desjardins, Géogr. hist. de la Gaule Rom., t. I, pi. XV, p. 552. 1876.)
Quant aux Geiduns, Pleumoxiens, Levacs, Grudiens, Centrons, Gelduni, Pleumoxii, Levaci, Gruclii, Centrones, mentionnés par César (De Bello Gall., 1. V, cap. xxxix), ils paraissent avoir habité sur les bords de l'Escaut une partie du Hainaut et de la Flandre orientale actuels. On a vu précédemment que des Centrons ou Ceutrons habitaient les hautes Alpes, auprès des Caturiges, des Veragres et des Nantuates. Ces montagnards étaient-ils les frères des Centrons belges émigrés dans les Alpes, traversées par tant d'émigrants venus du nord des Gaules ?
Parmi les peuplades de la Gaule Belgique, plusieurs paraissent devoir être regardées plus spécialement comme étant immigrées d'outre-Rhin. Non seulement César remarque que la plupart des Belges sont des Germains attirés en deçà du Rhin par la fertilité du pays : « Plerosque Belgas esse ortos ab Germanis, Rhenumque antiqiiitus transductos, propter loci fertilitatem ibi consedisse » (César, De Bell. Gall., 1. II, cap. iv); mais sous la dénomination de Belgium, ce proconsul paraît désigner une région plus spécialement peuplée de Belges. Or ce Belgium, dans lequel il envoie hiverner son questeur M. Crassus et ses lieutenants L. Munatius Plancus et C. Trebonius, était assez étendu pour nécessiter la présence de trois, voire même de quatre légions, soit d'environ vingt-quatre mille hommes. Il comprenait le territoire des Bellovacs, Bellovaci, BsUoùax.ot, peuple puissant et valeureux, anciens habitants de Ceauvais, quartier général de Crassus, ainsi que le territoire des Atrebates, Atrehates, 'ATOîêâTioi, dont la capitale Nemetacum, Arras, fut un hiver la résidence de César. « Ad legiones in Belgium se recipit hibernatque Nemetocennse. » (César, De Bello Gall., 1. Vlll, cap. xli. — Voir aussi 1. V, cap. xxiv et cap. xxv.)
Ce Belgium, ainsi que le pensent A. de la Morlière, Bucherius et Wastelain, devait également comprendre les territoires intermédiaires à ces deux villes, et peut-être quelques territoires voisins, particulièrement ceux des Ambianiens, Ambiani, ^ky&fx-joi, et des Veromanduens, Veromandui, oùcpopâv^ucç, anciens habitants des environs d'Amiens et de Saint-Quentin. (Adrien de la Morlière, Les antiquités, histoires et choses plus remai'quables de la ville d'Amiens, p. H, 5'* édit., in-fol. Paris, 1642. — .-Egidius Bucherius, Belgium romanum ecclesiasticum et civile, cap. m, p. 7, in-fol. 1655. — Charles Wastelain, Descript. de la Gaule Belgique, sect. I, ch. m, p. 6-10, nouv. éd. in-8, Bruxelles, 1788.)
Ainsi que les Parisii, ces Belges Atrebates, comme bien d'autres Belges, envoyèrent des émigrants dans l'île voisine, dans l'île d'Albion. En effet, Ptolémée
712 FRANCE (anthropologie).
mentionne des Atrebates sur la haute Tamise, Tamesis, ayant pour ville KaVflouà, Caîeva. 'ATosêartoi -/.«l 7r6),t; KaV/jovà. (L. II, cap. II, p. 409.) D'ailleurs, d'une manière générale César remarque que la parlie méridionale de celte île est occupée par des peuplades belges transmigrées, ayant conservé les noms des peuples continentaux, leurs ancêtres. « Maritima pars (insulse) ab iis qui prsedse ac belli inferendi causa ex Belgis transierant, qui omnes fere iis nominibus civitatum appellantur, quibus orti ex civitatibiis eo pervenerunt, et bello ilkto ioi remanserunt, atque agros colère cœperunt.» (César, De Belle Gall., 1. V, cap. XII.)
Et en particulier Ptolémée dit que les Belges, Bj>7at, possédaient les villes d'iaxali;, 'rSaToc ©îp^ii et ohivza., Ischalis, Aquce Calidœ et Venta Belgarum, actuellement Ilschester, Bath et Winchester dans les comtés de Somerset et de
Southampton. B;).yai y.vi irolti; 'I(t '/x)d; , 'XSarx Oîpy.à, Oùivra. (Ptolémée, 1. 11, c. II, p. 1U9, éd. de Wilberg.)
Pareille migration transmarine, mais plus générale que celle des Atrebates, fut effectuée par les Bretons. Ces Bretons, Britanni, BpsTavo^, blanche race des belliqueux Germains, sont indiqués par Denys le Périégète comme habitant les montagnes voisines de la forêt Hercynienne, c'est-à-dire les montagnes du Hartz :
...'EvÔa BpcTKvoî
'Epxuvtou SpTjuoîo T:ocpoLOpû(T-/.o'jzeç bpôyy.ovi. (Deuys le Périégète, vers 284-286, Geographi graeci minores, texte et trad. de God. Bernhard. Lipsiae, 1828.)
D'après Juste Lipse , MM. Littré et Boget baron de Belloguet, les noms de Bretansche Heide, de Brettenberg, de Brittenhurgo, portés par des bruyères ou landes marécageuses entre Goveerden et l'Ems, par une chaîne de collines près de Leer, en Ost-Frise, par un fort à l'embouchure du vieux Rhin, près de Cathwyk, indiqueraient les étapes suivies par ces 5riïan«« pour se rendre auprès des Ambianiens et des Bello vacs, anciens habitants des environs d'Amiens et de Beauvais , région où les indique Pline. (Roget de Belloguet, Ethnog. gau!., p. 254. 1861.)
« Britanui, Ambiani, Bellovaci. )) (Pline, 1. lY, cap. xxxi, p. 203.)
D'après les nombreuses recherches de Sanson, de Wastelain, de MM. Louandre, Estancelin et Prarond, on peut supposer que cette dernière région correspond à une partie du Ponthieu, auprès ou au nord d'Abbeville et de Rue, près de l'embouchure de l'Authie, Altheia. (Sanson, Britannia ou Rech. de l'antiquité d'Abbeville. 1655. — Wastelain, Desc. de la Gaule Belg., sect. I, ch. m, p. 6-10, nouv. éd. in-8. Bruxelles, 1788. — Louandre, Hist. d'Abbeville et du comté de Ponthieu, t. I, p. 5, etc. 2 vol. Abbeville , 1844. — Ern. Prarond, Notic. bist., topogr. et archéol. sur l'arrond. d'Abbeville, t. II, p. 17. 2 vol. 1856.)
Fixés sur notre littoral, ces émigrants de Germanie, ainsi que l'indique Bède le Vénérable, et que le rappelle aussi Henry d'IIuntingdon, quittèrent ce rivage pour se rendre dans l'île qui reçut d'eux le nom de Britannia, Bretagne. « lu primis lisec insula Britones solum, a quibus nomen accepit, incolas habuit, qui de tractu armoricano (ut fertur) Britanniam advecti, australes sibi partes illius vindicarunt. » (Beda, Ecclesiasticae historise gentis Anglorum libi quinque, 1. I, cap. I, p. 2. Antuerpige, 1550.)
« Brittones tamen occuparunt prius Brittaniam ; Brittones namque in tertia
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niundi aetate Brittaniam advecti. » (Henrici Hnntendoniensis Historiarutu I. I, p. 501 : Renan anglicanim Scnptores post Bedmn. Francofurti , 1601.)
Dès lors, vraisemblablement par suite de la prééminence momentanée de ces Bretons d'outre -mer, tous les insulaires furent confondus sous la dénomination commune de Bretons, qu'ils soient Ibères et Ligures, ainsi que l'indiquent Denys le Périégète, Festus Âvienus, Priscianus, pour ceux du voisinage des îles Cassitérides, îles Sorlingues ; qu'ils soient Celtes , ainsi que le disent Hipparque et Pomponius Mêla pour ceux de ces îles et des îles Britanniques ; qu'ils soient Galates ou Belges, d'origine germanique, comme les Bretons dont on vient de suivre les migrations des montagnes du Hartz au littoral de la Gaule Belgique, et de cette Gaule Belgique dans la grande île du nord-ouest de l'Europe. (Denys le Périégète, vers 563-504, text. et trad. lat., p. 140, coll. Didot. — Festus Avienus, Orse marit., vers 129-136, et Descript. orbis terra?, vers 742-744, coll. Didot. — Prisciani Periegesis , vers 575-576, p. 193, coll. Didot. — Hipparque cité par Slrabon , 1. II, cap. i, g 18, p. 62. — Pomponius Mêla, De situ orbis, 1. Ill, cap. vi, p. 652, texte et trad. Nisard.)
Ce sont ces Bretons insulaires, de races mêlées, mais vraisemblablement en grande partie de race celtique, qui bien des siècles plus tard, à des époques successives, quittèrent en grand nombre les îles Britanniques pour venir se fixer dans la partie occidentale des Gaules. Selon Guillaume de Malmesbury, quelques insulaires seraient venus sur notre littoral dès 506 après J. C, dès le commencement du quatrième siècle, à l'époque de Constantin le Grand. « Constantinus... magnam manum militum Britannorum abduxit, ... in quadam parte Galliae ad occidentem super littus Oceani collocavit : ubi hodieque posteri eorum manentes immane quantum coaluere moribus linguaque nonnihil a nostris Britannibus dégénères. » (Wilbelmi monacbi Malmesburiensis, De Gestis Regum Anglorum, 1. I, cap.i, p. 2-5. 1601.)
Vers 388, O'Neill ou O'Nial, roi de Momonie, actuellement le Munster, en Irlande, aurait envahi l'Armorique. (Douillet, Dict. d'hist. et de géogr., S^édit., 1845.) Mais des Bretons insulaires y cherchèrent en grand nombre un refuge à partir des invasions des Saxons dans l'île de Bretagne, c'est-à-dire à partir de la seconde moitié du cinquième siècle. Procope, Gildas le Sage, Ermold Nigell et bien d'autres auteurs ont conservé le souvenir des transmigrations qui eurent lieu à diverses époques pendant plusieurs siècles de cette île dans notre Armorique. (Procope, De Bello Goth., t. IV, cap. xx, p. 560, dans Corpus script. Jàst. Byzant. de Niebuhr. — Gildae Sapieniis, De excidio et conquestu BritannicB epistola, dans Rerum britannicanim. ...Scriptores vetustiores, XXV, p. 120, in-iol. Ueidelberg, 1087.)
Hic populus veniens supremo ex orbe Britanni Quos modo Brittones francica lingua vocat. (Ermoldi Nigelli carmina de rébus gestis vit. Lud. Pii, l. Hl, vers H-12, p. 58 dans Rerum Gallicarum et Francicarum criptores de dom Mart. Bouquet.)
Ingomar, en nous montrant Buinall, chef insulaire, passant avec ses compagnons mâles et femelles dans la Donnonense, partie septentrionale de l'Armorique, autorise à penser que cette région du littoral continental avait d'abord été principalement occupée par des Aapôvwt, Dumnonii insulaires, anciens habitants du Cornishire et du Devonshire, mentionnés par Ptolémée. (L. 11, cap. II, p. 106.) « Quand le départ de Gorsoldus et des Frisons, avec la désolation de Donnonense... furent par les mariniers de la Bretagne armoricane
nuncez aux Bretons de l'isle... Ruinallus, ces choses oyes, print la tierce portie de tous ses compagnons, tant masles que femelles, et vint par navire de çà la mer en la moindre Bretagne avecque très-grande multitude de citoyens. » (Ingomar, chroniqueur du onzième siècle, cité par Pierre le Baud, Mist. de Bretagne, p. 64-65, in-fol. Paris, 1638.)
Eginhard, en disant que ces l'ugilifs de Bretagne vinrent non-seulement dans le pays des Curiosolites, mais aussi dans celui des Venètes, montre qu'ils se fixèrent également sur le littoral méridional de IWrmorique. « Nam cum ab Anglis ac Saxonibus Britannia insula fuisset invasa, magna pars incolarum ejus mare trajiciens in ultimis Galliaî finibus Venetorum et Curiosolitarum regiones occupavit. » (Eginhard, Vita Karoli imp., texte et trad. de Teulet, t. I, p. 196. Paris, 1840.)
Plus lard, les immigrants bretons, de plus en plus nombreux, en occupant la plus grande partie des côtes de l'Armorique, substituèrent au nom de cette province le nom de Bretagne, celui de Grande Bretagne servant dès lors à désigner leur ancienne patrie insulaire.
Ces insulaires immigrés amenèrent avec eux des chevaux d'une race trèsdifférente de ceux de l'Armorique. Ainsi que l'indique .M. André Sanson, ces chevaux de la race des poneys d'Irlande et du pays de Galles {equns cahallus hibernicus) constituent en notre Bretagne les races de Léon et du Conquet, les chevaux des anciens Armoricains constituant la race actuelle des landes ou du centre de cette province. (André Sanson, Les migrations des animaux domestiques, dans la Philosophie positive de E. Littré et Wirouboff, l. Vlll, p. 372, 1872.)
Après avoir indiqué les principaux peuples du Belgiiim, après avoir suivi les Britanni des monts Hercyniens, de la Germanie dans la Gaule Belgique, puis de la Gaule Belgique dans l'Ile à laquelle ils donnèrent leur nom, l'île de Bretagne; après avoir rappelé la transmigration des insulaires de races diverses, partiellement celtique, en Armorique depuis appelée Bretagne, continuons à rechercher quelles sont dans la Gaule Belgique les autres peuplades immigrées d'outre- Bhin.
Outre les Bellova^s, les Ambianiens, les Atrebates, les Véromanduens, beaucoup d'autres peuples de la Gaule Belgique nous sont indiqués comme étant des immigrés d'outre-Rhin. Strabon, Tacite, donnent une provenance transrhénane ou une origine germanique aux Nerviens, aux Ménapiens, aux Eburons, aux Tongres, aux Condruses, aux Ceraeses, aux Pgemanes, aux Trévires, aux Vangions, aux Némètes, aux Triboces, etc.
Les Ménapiens, Menapii, McvâTriot, selon César et Strabon, habitaient de chaque côté des embouchures du Rhm, dans des marais et des bois peu élevés, c'est-à-dire dans la Zélande actuelle. « Quas regiones Menapii incolebant, et ad utramque ripam fluminis agros, sedificia habebant. » (César, De Bello Gall., I. IV, cap. IV.)
w-^ y-ynlov;. (Strabon, 1. IV, ch. m, § 4, p. 161.)
Après avoir d'abord repoussé de leur territoire transrhénan les Usipètes et les Teuchtères, eux-mêmes chassés de leur pays par les Snèves, les Ménapiens furent vaincus par ces immigrants, qui non-seulement s'emparèrent de ce territoire d'outre-Rhin , mais s'établirent dans une partie de leurs possessions cisrhénanes, ainsi que l'indique César. « Usipètes et Tenchteri flumen (Rhenum)
FRÂ.NCE (anthropologie). 715
transierunt atque omnibus eorum (Menapiorum) aîdificiis occupatis » (César,
De Bello Gall., 1. IV, cap. iv ; voir aussi cap. i-xix.)
Voisins des Eburons, ces Ménapiens en deçà du Rhin occupaient également un pays couvert de bois et de marais. « Erant Menapii propinqui Eburonum linibus, perpetuis paludibus silvisque muniti. » (César, De Bello Gall., 1. VI, cap. \.)
Refoulés sur une partie du territoire des Morins, ils paraissent s'être avancés jusqu'à l'Aa, limite séparative entre ces deux peuples, et avoir peuplé, selon MM. deBaecker et Derode, une partie des côtes vraisemblablement peu habitées auparavant par suite de leur état marécageux et de leur émersion récente, généralement admise, en particulier par M. Flor. Lefils, et M. Jules Girard. (L. de Baecker, La Flandre maritime avant et pendant la domination romaine : Mém. de la Soc. des antiquaires de la Morinie, t. IX, p. 145, i 851-1854. — Derode, Etat de la Flandre maritime avant le cinquième siècle : Annales du Comité flamand, 1. 1\, p. 208, 1858-1859. — Florentin Lefils, Rech. sur la configuration de la côte de la Morinie, 2« partie, ch. iv, p. 162, etc. Paris, 1869. — Jules Girard,. Les soulèvements et dépressions du sol sur les côtes de France: BuU. de la Soc. de géographie, 6'= sér., t. X, p. 228, etc., juillet, décembre 1875.)
Cette occupation d'une partie de l'ancien pays des Morins par les Ménapiens, anciens habitants des Flandres, voisins des Nerviens, des Aduatiques et des Eburons (César, De Bello Gall., 1. VI, cap. ii), explique comment Cassel, ville de notre Flandre flamingante, ainsi que l'a montré M. Schayes, a tour à tour été appelée Castellum Morinorum et Castellum Menapiorum dans l'Itinéraire d'Antonin, dans les tables de Peutinger et dans la Géographie de Ptolémée. (Schayes, Mém. sur le Castellum Morinorum : Mém. de la Soc. des antiq. de la Morinie, t. II, p. 109, 1854. — Antonin, Itin., cap. m, et Tabula Peutingeriana LXIX, LXXIV, etc., dans le Rec. des itinéraires anciens du marquis Fortia d'Urban, p. 112, 228, 250.)
MîvizTî-toi v.aXiràliç ayrcôv Kâo-rsHov. (Cf. Ptolémée, l. II, ch. VIII, p. 141-)
Les Nerviens, JServii, mpomoi, disent Strabon et Tacite, étaient fiers de leur origine germanique. Nzpoùioi, xod toûto rsp/i/avwôv ëQ-joç. (Strabon, 1. IV, ch. m, § 4, p. 161.— Tacite, De Mor. Germ., XXVIII.)
On a VU précédemment que, selon Appien, ils descendaient des Cimbres et des Teutons (De Reb. Gall., 1. IV, ch. i, § 4), origine cimbrique également assignée par César (De Bello Gall., 1. II, ch. xxix) et par Dion Cassius à leurs voisins
les Aduatiques, anciens habitants des environs de Tongres 'ATouanzoî,
irytiaio^wpol te ainoî; (Ne^ocutoiç) oi/nç, xat tô ysvoç râ tî fpô-JTjpioc tô tûv KîaSpwv É';tovTeç... (Dion Cassius, text. et trad. de Gros, t. IV, p. 10. 1855.)
Le territoire de ces Nerviens paraît avoir répondu approximativement au Hainaut belge et à notre Cambrésis. Suivant Ptolémée, et d'après l'Itinéraire d'Antonin, leur capitale parait avoir été Bâyoc-Mv, Bagacum, actuellement Bavai dans le département du Nord. Ne/joûioi wv iràhi Bàyaitov. (Ptolémée, 1. II, ch. Yiii,p. 141. — Antonini Augusti Itinerarium, cap. m, p. 112, et cap. v, p. 114 du Bec. des itinéraires anciens du marquis Fortia d'Urban. Paris, 1845. — Voir aussi : Isid. Lebeauet Michaux, Bavai, notice hist. sur cette ancienne capitale des Nerviens. 1859.)
Cameracum, Cambrai, ainsi que Fanum Martis, Temple de Mars, vraisemblablement Famars, petit village à l'ouest de Bavai, au sud de Valenciennes, paraîtraient avoir été leurs villes principales. D'après la Notice des dignités de
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l'empire d'Occident, qui semble indiquer le pays des Nerviens comme faisant suite au pays des Armoricains, on pourrait être porté à penser que les Nerviens se seraient avancés plus vers le nord-ouest (Tractus armoricani ac nerviani : Notitia dignitatum et administrationura omnium, Edvard Bocking, cap. i, p. 5; cap. xxxi , § 1 , p. 106. Voir aussi cap. xl, p. 120. Bonnae, 1829- 1855.)
Ces Nerviens, qui paraissent avoir envahi les territoires antérieurement occupés par des peuplades vraisemblablement celtiques, par les Gnidiens, les Levaques, les Pleumoxiens, les Geiduns, les Centrons, qu'on a vu César dire êtz'e placés sous leur dépendance (De B. G., 1. V, cap. xxxix), auraient presque tous péri dans leur guerre avec les Romains en l'an 57 avant Jésus-Christ. De soixante mille il n'aurait survécu que cinq cents combattants. (DeB. G.,1. II, cap. XXVIII.) Aussi, selon J. Raepsaet, actuellement le complet abandon de tout dialecte germanique dans la région anciennement habitée par les Nerviens tiendrait à cette destruction des immigrés germains, et au repeuplement de leur territoire par des peuples d'autre race. (J. Raepsaet, Supplément à l'analvse histor. et crit. de l'origine et des progrès des droits des Belges et des Gaulois : Réponse à M. Meyer, à la fin du vol., p. 1, etc. Gand, 1826.)
Selon César, on regardait comme étant des Germains les Segnes, Segni, anciens habitants duLimbourg, les Condruses, Co7i(imsi, qui ont laissé leur nom au Condros, environs d'Huy, entre la Meuse et l'Ourte, les Caei'eses, Cœrœsi, les Psemanes, P<:emaHt, dont Marche-en-Famène, ville du Luxembourg, rappellerait le nom, ainsi que les Eburons, Ebiirones, dont il a été précédemment parlé à propos des Aulercks Eburovics des environs d'Evreux. « Segni Condrusique, ex gente et numéro Germanorum, qui sunt inter Eburoues Trevirosque. » (César, De B. G., 1. VI, cap. xxxii.)
(( Condrusos, Eburones, Cœrsesos, Paemanos, qui une nomine Germani appellantur, » (César, De B. G., 1. II, cap. iv.)
Ces Éburons clients des Tréviies, au nord-est des Condruses, habitaient principalement entre la Meuse et le Rhin, inter Mosamet Rhenum, selon César (1. V, cap. xxiv), l'ancien pays liégeois. Ils avaient au milieu de leur territoire la forteresse d'Adualuca, qu'on a vue précédemment servir de lieu dedJpôt pour les impedimenta des Cimbres et ensuite de résidence aux infortunés Aduatiques, leurs descendants. « Aduatucam contulit. Id castelli nomen est. Hoc fere est in mediis Eburonum finibus. » (César, De B. G., 1. VI, cap. xxxii.)
S'étant révoltés à la voix d'Ambiorix contre la domination romaine, ces Eburons furent en très-grand nombre exterminés par les soldats de César en l'an 53 avant notre ère. Livrés corps et biens par ce proconsul an massacre, au pillage des peuples du voisinage, en particulier des Sigambres, le territoire de ces infortunés dut être en grande partie repeuplé d'immigrants étrangers. (César, De B. G., 1. VI, cap. xxxiv, xxxv, etc.; I. VIII, cap. xxiv et xxv.)
Parmi les nombreux immigrants étant venus se fixer sur les territoires antérieurement occupés par les malheureux Aduatiques et par les infortunés Eburons, les Tongrcs, Tungri, paraissent avoir été les plus importants. Us sembleraient, selon Tacite, avoir été les premiers des peuples d'outre- llhin ûxés dans les Gaules, connus sous le nom de Germains, Weh'-Mann, homme de guerre. La ville de Tongres, située dans le Limbourg actuel à l'est de la Meuse, un peu au nord-ouest de Liège, rappelle leur nom. « Ceterum Germanise vocabulum recens et nuper additum : quouiam qui primi Rhenum transgressi Gallos
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expulerinl, ac nunc Tungri, tune Germani vocatisint; itanationis nomen, non gentis. )) (Tacite, De Mor, Germ., II. — Strabon, 1. IV, ch. m, § 4, p. 161.)
Les Trévire?, Treveri, Tpr.ompoi, peuple puissant, dont le nom est encore porté par Trêves, ville de la Prusse Rhénane, extrêmement ancienne, selon M. Georges Perrot {Rev. des Deux Mondes, avril 1865, p. 692), ainsi que lesNerviens se vantaient, selon Tacite, de leur origine germanique. Au nombre des Germains de la rive occidentale du Pihin, ce même auteur et Pline indiquent les Vangions, Vangiones, habitants des environs de Borbetomagus, actuellement Worms, les yémèles,Nemetes, habitants des environs de Noviomagus , actuellement Sp-ire, et les Triboces, Triboci, T/3i6oz;^ot, des environs à'Argentoratum, actuellement Strasbourg. « Treveri et Nervii circa affectationem Germanicœ originis ultro ambitiosi sunt... Ipsam Rheni ripam haud dubie Germanorum populi colunt, Vangiones, Triboci, Nemetes. » (Tacite, De Mor. Germ., XXVIII.)
« Rhenum autem accolentes Germanise gentium in eadem provincia, Nemetes, Tribochi, Vangiones. » (Pline, 1. IV, cap. xxxi, p. 205.)
Ces Vangions, ces Némètes, ces Triboces, selon César, auraient pris part à l'invasion dans les Gaules des peuples germains conduits par Arioviste en l'an 58 avant Jésus-Christ ; mais, ainsi que les autres tribus, auraient été refoulés au delà du Rhin par ce proconsul. (L. 1, cap. li, lu, lui.) Néanmoins ils paraissent de nouveau avoir pénétré dans les Gaules peu d'années après cette époque, vraisemblablement alors que César, durant la guerre civile, avait rappelé des Gaules ses légions pour aller à Pharsale combattre Pompée en l'an 48 avant Jésus-Christ. Il est du moins permis de le penser, lorsqu'on voit Strabon, qui vivait à la fin du premier siècle avant Jésus-Christ et au commencement de notre ère, remarquer qu'au milieu des Médiomatrices, anciens habitants du nord de l'Alsace et de la Lorraine actuelles, auprès du Rhin, habitent les Triboces, de race germanique, venus d'au delà du fleuve. MiSioy.a-pt/.oi xaTOf/oÙ5-i TGV 'Pf,vo-j, Iv ol; l^pvzocL Tzp'j.ccnv.h-J iQ-Joç TTôpattuSàv èz t/;ç ousla;, Tpi"
ëoy-Xot.. (Strabon, 1. IV, ch. m, § 4, p. 161.)
Suèves, SuEvi, 2ovv;êoi, Poôaêou; Allemands ,kLmMsm, 'AXâpavct. Quelques années avant l'ère chrétienne, approximativement de l'an 14 à l'an 9 avant Jésus-Christ, des Suèves et des Sicanibres paraissent avoir été transportés de Germanie en
Gaule.
Ces deux peuples contre lesquels, à deux reprises, en l'an 55 et en l'an 53 avant Jésus-Christ, César entreprit des campagnes au delà du Rhin, sans pouvoir les atteindre, méritent de nous arrêter :car les Suèves, bien que n'intéressant que peu notre ethnogénie, peuvent être donnés comme exemple des confédérations transrhénanes essentiellement mutables dans leur habitat et dans le nombre des peuplades les constituant, et quant aux Sicambres, dont il sera plus tard parlé, ils furent une des principales tribus de la confédération des Francks, les conquérants des Gaules.
Les Suèves, Suevi, lor,?ioi ou Soûvjêot, sont indiqués par le proconsul des Gaules comme habitant non loin des Lbiens, anciens habitants des environs de Cologne, à certaine distance du Rhin auprès des Sicambres des bords de la Siega, la Sieg, et près des Tcnchtères et des Usipètes qu'ils auraient dépossédés de leur territoire situé plus au nord, également sur la rive orientale. (César, De P.elloGall., 1. IV, cap. iv, vu, vin, xvi, xix.) Ces Suèves auraient été séparés des ChérusquGs occupant le bassin des affluents supérieurs du Weser par une
FRANCE (anthropologie).
Fig. 17. — Ciirle indiquant les pays d'origine ou de provenance de la plupart des peuples étant venus se fixer dans les Gaules, en France.
Ces peuples se rapportent à de nombreuses races. Aux races ibère et ligure, ainsi qu'on a pu le voir sur une carie spéciale précédemment donnée, se rapportent d'une part les Ibères du sud du Caucase, ceux de l'Hispanie, l'Espagne, les Silures de lapartie occidentale de la Grande Bretyg-ne, les Aquitains du sud-ouesi des Gaules et les Sitanes, d'autre part les Ligures du sud-ouest du Caucase et ceux du littoral sud-est des Gaules, nord-ouest de l'Italie,
Aux races syro-arabes ou sémitiques se rattachent les Phéniciens, les Juifs, les Sarrasins originaires
FRANCE (anthropologie). 719
ilu sud -ouest de l'Asie. Les Phéniciens vinrent sur notre littoral méditerranéen, principalement dans les Pyrénées orientales, où l'on trouve encore des médailles en caractères phéniciens. Les Juifs ou Israélites se répandirent dans l'Europe occidentale principalement après la prise de Jérusalem par Titus. Les Sarrasins habitant le nord de l'Arabie soumirent au mahométisme le nord de l'AIrique; mêlés aux Maures de race berbère ou atlantique, ils envahirent l'Espagne, franchirent les Pyrénées, et, quoique vaincus par Charles Martel, occupèrent certaines régions du midi de la Fr.ince. Sous le nom de Morisques, les descendants de ces mahomélans, chassés d'Espagne, franchirent de nouveau, mais en fugitifs, les Pyrénées.
Aux races grecque et romaine appartenaient les nombreux colons pélasges et hellènes venus des villes grecques d'Europe et d'Asie, les nombreux soldats, administrateurs et marchands sabins, étrusques, composant ou suivant les armées romaines qui conquirent les Gaules. Les Rhodicns.lialjitant l'ile de Rhodes, fonilcn-nt Rliodononsia, à l'embouchure du fl.uve depuis appelé Rhône. Les Phocéens, anciens habitants de l'hocée, aciuellement FoUia, en Asie Mineure, fondèrent Alatia , Aleria en Corse. MassnZî'a, Marseille, Agnlha, Agde, Théliné, A.r\ei, Citharista , l.a Ciotat ; Antipolis, Amibes, Xitseia , Nice, et maintes autres villes de notre littoral méditerranéen furent fondées ou colonisées par des Grecs.
Des races germaniques, desquelles paraissent devoir être rapprochés les Galates-Cimbres-Kimmériens dont l'aire géo;;raphique a été précédemment indiquée sur une carte spéciale, semblent dépendre la plupart des peuple> belges, germains, les Vi>igolbs, les Rurgundions, les Francks, les Allemands, les Saxons, les Normands qui, à diverses époques, envahirent les Gaules. Si les Cimbres et les Tentons furent presque anéantis par Marins, les Sic.imbres qui, dès l'époqne de César, faisaient des incursions en deçà du Rhin, figuraient plus tard à la tête des Francks confédérés, Saliens, Tencthères, Usipètes, Chamaves et maints autres Iransrhénans qui, au v siècle, envahirent les Gaulos depuis appelées France. Les Saxons de la partie méridionale du Danemark actuel vinrent par mer se fixer sur dilférents points de notre littoral, dans le pays des Eaiocasses, anciens habitants des environs de Bayeux, et à l'embouchure de la Loire. Parents des Gotbons du nord-est de la Germanie, les Goths sortirent de la Scandinavie, la Suède, dont plusieurs provinces méridionales rappellent encore leur nom ; puis de la région située au nord-est de la Vistule ils se portèrent près du Pont-Euxiii. la mer Koire.dans la région méridionale de la Scythie, la Russie actuelle. Sciant divisés en Ostiogollis et VisigothT, ces derniers se (irirtèrent sur le bas Danube. Après di s expéditions sur Byzance, sur Rome, ils s'empalèrent de toute la région sud-ouest des Gaules, située au midi de la Loire; mais vaincus |iar les Francks de Illod^vig ou Clovis, ils se maintinrent en Espagne et dans la Septinanie, région de notre littoral comprise entre le lihône et les Pyrénées orientales. Les Burgundions, repousses par les Gépides des bords de la Vistule, s'avancèrent vers le sud-ouest, plus tard Irancliirent le Rhin, et occupèrent, entre ce fleuve, la Saône et les Alpes, une région des Gaules dont une portion con-erve encore le nom de Bourgogne. Les Nordmanns, hommes du nord, vinrent par mer de la .^ol■\vcge et du Danemark dans la partie septentrionale de la France, depuis appelée Normandie, s'étendant de l'Epie au Coucsnnn.
Aux races sarmates ou slaves paraissent se rapporter les Alains, le- Théiphales. Les Alains, chassés par les Huns d'un pays situé au nord du Caucase, se portèrent vers l'occident, et laissèrent des colons militaires dans bs Gaules, aux environs de Valence près du Rhône, en Armorique, au nord de la Loire, etc. Les Théiphales, qui paraissent avoir habité la Thrace, la Germanie, avaient également des côlons militaires dans les Gaules, en particulier sur les bords de la Sèvre Nantaise, où Tilïauges rappelle encore leur nom.
immense forêt appelée Bacenis. (César, De Bello Gall., 1. VI, cap. x.) Suivant Strabon, qui les considère comme la plus grande nation germanique, les Suèves se seraient étendus des sources du Danube, ai tôt) "lo-rpcu irrr/M, de la forêt Hercynienne et du voisinage du Rhin jusqu'à l'Elbe, ànb xoO P/.vou y-i/pi zo\i "klèioc voire même au delà de ce dernier fleuve, comme les Hermondures et les Lono^obards, qui, à cette époque, vers le commencement de l'ère chrétienne, paraissent avoir habité au nord vers la mer Baltique. (L. IV, cap. VI, g 9, p- 172, et 1. YII, cap. i, §5, p. 241.) Phne, qui divise les Germains en cinq groupes différents, place les Suèves à côté des Hermondures , des Cattes et des Chérusques, parmi le groupe des Hermions, Hermiones, habitant le centre de la Germanie. (L. IV, g XXVIII, p. 202.) Tacite qui, en donnant à la mer Baltique le nom de Suevici maris indique que ces Suèves habitaient le littoral, paraît en séparer les Cattes et les Chérusques. (De Mor. Germ., XXXVI et'xLV.) Cette confédération des Suèves, cet ensemble de peuples de noms divers portant le nom commun de Suèves, vers la fin du premier siècle après Jésus-Christ, semblerait avoir compris une grande partie des peuples germains. Au nord, non-seulement les Lombards et les Angles, mais aussi les Reudi^nes, les Avions, les Variniens, les Eudoses, les Suardons et les Nuithons
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en faisaient partie. LesSemnons, qui paraissent avoir habité le Brandebourg et la Lusace actuels, se prétendaient les plus nobles et les plus anciens des Suèves. Dans une de leurs forêts se réunissaient en assemblée les députés des différents peuples suèves. Un sacrifice humain ouvrait cette assemblée. Au sud des Semnons habitaient les Hermondures qu'on a vus précédemment habiter au delà de l'Elbe, et qui alors se trouvaient auprès des sources de ce fleuve, pas très-loin du Danube. Au midi, parmi les peuples suèves étaient également compris les Narisques, les Quades, les Marcomans, qui occupaient la Bohême, dont ils avaient chassé les Boïes ; enfin vers l'est Tacite paraît encore ranger au nombre des peuples suèves les Marsignes, les Buriens, et au delà de chaînes de montao-nes, vraisemblablement celles des Sudètes et des Carpathes ou Krapacks actuels, les Ligiens, dont auraient fait partie les Ariens, les Helvécomes, les iMonimes, les Elisiens, les Naharvales. Le château fort des Marcomans, vraisemblablement Prague, était le dépôt des richesses, du butin des Suèves. (Tacite, De M. G., XXXVllI, XXXIX, XLI, XLII, XLIIl et Annales, 1. II, cap. xli et lxii.)
Au deuxième siècle de notre ère, soit que la prépondérance de cette confédération suévique parmi les peuples de Germanie ait diminué, soit que les peuples Germains étant mieux connus, la dénomination de Suèves n'ait plus été appliquée alors qu'aux peuples se la donnant réellement eux-mêmes, Ptolémée semble réduire notablement le nombre des tribus suèves. Ce géographe, tout en^jaraissant placer les Angles et les Semnons parmi les Suèves, indique leur pays comme s'étendant dans l'intérieur des terres, d'une part depuis le pays des Lombards à l'ouest jusqu'à la partie moyenne du cours de l'Elbe, d'autre part depuis ce fleuve jusqu'au fleuve suévique, peut-être l'Oder actuel, et jusqu'au pays des Burgundes. Ces Suèves, limitrophes des Casvares vers le sud, des Bructères vers l'ouest, des Angrivariens vers le nord-ouest, auraient été du côté du nord séparés des Pharodeines et des Saxons qui occupaient la partie méridionale de la Chersonèse cimbrique, le Danemark actuel, par les Teutons, les Avarpes, les Teutonoares et les Virounes. (Ptolémée, Géogr., 1. II, cap. x, p. 151-2, texte et trad. lat. de Wilberg.)
De même qu'on a vu précédemment le nom de Germains dérivé de xvehrmann, homme de guerre, donné d'abord auxTongres, être ensuite employé pour désigner l'ensemble des peuples d'outre-Rhin, pareillement le nom de Suèves, vraisemblablement porté d'abord par quelque tribu habitant dans l'intérieur de la Germanie, fut appliqué collectivement à la plupart des peuples de ce pays, ainsi que le furent à diverses époques et dans différentes régions les dénominations collectives d'Allemands, de Saxons, de Francks. Sans plus insister sur l'ancien habitat, sans doute fort variable, de cette nation suève fort mutable, suivant le nombre des peuples la constituant, on peut remarquer que ces Suèves, qui d'ailleurs, dès l'époque de Slrabon, habitaient depuis les sources du Danube, depuis le Rhin jusqu'au delà de l'Elbe, sembleraient en grande partie avoir abandonné les forêts de l'Elbe pour se rapprocher du cours supérieur du Rhin; car, au vi^ siècle, Jornandès montre les Suèves ayant les Bajobars ou Bavarois à l'est, les Thuringiens au nord, les Francks à l'ouest. « Nam regio iUa Suevorum ab oriente Bajobaros habet, ab occidente Francos, a meridie Burgundiones, a septentrione Thuringos. » (Jornandès, De Goth.,LY, p. 474.)
D'ailleurs les noms de Suevia, Schwaben, Souabe, portés depuis par le pays situé au sud de la Franconie et de la Thuringe, rappellent encore le nom de ces Suèves.
FRAî^CË (anthropologie). 721
On a déjà vu que des Suèves, sous le règue d'Auguste, à la suite des campagnes de Tibère et de Drusus en Germanie, d'après le récit de Suétone, auraient été transportés en deç'i, à l'occident du Rhin, en même temps que des Sicambres; mais on ne sait pas exactement où ils furent cantonnés. «... Rheno agris Suevos et Sicambros dedentes se traduxit in Galliam, atque in proximis collocavit. )) (Suétone, Auguste, XXVI, p. 49; vou' aussi Tibère, XI, p. 524 du t. II, texte ettrad. d'Ophellot de la Pause. — Florus, 1. IV, cap. xii, p. 138, Argentorat., 1810.)
Toutefois, comme au septième siècle après Jésus-Christ saint Eloi aurait eu à évangéliser par interprètes des Suèves fixés sur le littoral, dans le pays de Courtrai et de Rruges, où se trouvent encore les localités de Sueveghem, Suevezeel, habitation, limite des Suèves, Tranquillus, Meyer, Coinlius, Bucherius, Warnkœnig, M. Yictor Derode ont élé portés à admettre que Tibère avait établi en cette région les Suèves qu'il avait ramenés en Gaule à la suite de ses campagnes de Germanie. (Tranquillus, cité par M. Meyer, Flandricarum rerum t. X, 1551, t. V, fol. 20 au verso, Antuerpiaî, 1551. — Egidius Bucherius, Belgium Romanum, p. 49, cap. xx, in-fol. 1655. — Warnkœnig, Hist. de la Flandre, t. I, p. 118, trad. par Gheldolf. — Yictor Derode, Les ancêtres des Flamands : Annales du comité flamand de France, t. VIII, p. 40, 1864-5.)
« An. 640. Frisioncs et Suevi etbarbari quique circa maris littora degcntes... » (Ex vita sanctiEligii Noviomensis Episcopi autore B. Audoeno... apud Acherium, t. Y, p. 156, Dom Bouquet, Re?-. Gallic.Scriptores,i. III, p. 557; Note G relative à Cointius.)
Cependant, selon M. Lubach et Vanderkindere, les noms de ces localités Suevegheim, Suevezeel, pourraient également indiquer la présence de Zeeuwen ou de Zélandais, d'habitants d'un pays maritime. (Lubach, De Bewoners von Nerderland. — Vanderkindere, Rech. sur l'ethnol. de la Belgique, p. 21, Bruxelles, 1872.)
Au quatrième siècle de notre ère, la Notice de l'empire d'Occident, parmi les troupes de toutes provenances figurant alors dans l'armée romaine, mentionne des Suèves, gentils ou païens, cantonnés chez les Baiocasses, les Génoraans, les Arvernes, dans les environs de Bayeux, de Coutances, du Mans, dans l'Auvergne. <( Prœfectus Gentilium Suevorum Baiocas et Constantia. Praefectus Gentilium Suevorum et Cenomannos... Prœfectus Laetorum... Gentilium Suevorum Arvernos. » (Notitia Dignitatum, cap. xl, g iv, 118.)
Au commencement du cinquième siècle, lors de la grande invasion des peuples d'outre-Rhin, les Suèves, eu 407, pénétrèrent dans les Gaules, ainsi que les Alains, les Vandales, et maints autres envahisseurs, traversant notre pays de l'est au sud-ouest, du Rhin aux Pyrénées occidentales ; ils ne paraissent pas s'y être fixés d'une manière durable; mais en 411, sous leur chef Hennerick, franchissant cette chaîne de montagnes, ils s'emparèrent de toute la région nord-ouest de la péninsule [hispanique, et s'établirent dans la Galice, puis dans la partie septentrionale de la Lusitanie, actuellement le Portugal ; tandis que les Alains et les Wisigoths s'emparaient de la plus grande partie de l'IIispanie, de l'Espagne. Après des guerres alternativement [heureuses et malheureuses soutenues par Réchila, Réchiar, Remismund, contre les Romains et contre les Wisigoths, ces derniers, conduits par Léovigilde (575-585), les défirent complètement. Dès lors le royaume suève d'Espagne cessa d'exister, et fut incorporé aux États wisigoths. (Allgemeine deutsche Encyclopaedie, t. XIV,
725 FRANCE (anthropologie).
p. 2i2: Sueveii, 1867, Leipsig. — Houzé, Atlas uuiv. liist. et géog., cartes d'Espagne II et d'Allemagne I et suiv.)
Parfois on a considéré comme des Suèves restés à l'orient du Rhin les Allamans, Alamanni, Allmakn, dont le nom paraît signifier tous hommes, hommes de tous peuples. Parfois cette dénomination d'AUamans paraît avoir été donnée à une confédération de peuples germaniques différents de ceux compris sous la dénomination de Suèves. En parlant des Suèves ayant traversé les Gaules pour se rendre en Galice, Grégoire de Tours les assimile entièrement aux Alaraans. « Suevi, id est Alamanni, Galliciam adprehendunt. » (Grégoire de Tours, Hist. Francorum, I. II, ch. i, p. 108 du t. I du texte et trad. de Guadet et
Taranne.)
Procope distingue des Suèves ou Souabes les Alaraans, peuples puissants qu'il dit habiter auprès des Thuringiens. ... So-jâSoi zi -j-ïo QopiyyMj y.rA 'AÀaaavoi^ l(Ty-ooà é'Svvî. (Procope, De Bello Gothico, 1. 1, § 12, p. 03 du t. II, texte et trad. lat. de Niebuhr. )
Jornandès dit que les Âlamans sont alliés des Suèves, et les place plus au sud, dans les Alpes. y{ Quibus Suevis tum juncti Alemanni etiam aderant, ipsique Alpes erectas omnino régentes... » (Jornandès, De Golh., LV, p. 474.)
En l'année 554 après Jésus-Christ, lorsque, sous le lègne de Constance II, les Romains crurent devoir aller les combattre, ils passèrent le long du lac de Breo-ence, lacus Brigantiœ, actuellement lac de Constance, sur lequel se trouve encore la ville de Bregenz. Ces Alamanni Lentienses paraissent alors avoir eu pour ville principale Lintz, sur le haut Danube, au confluent du Traun. (Ammien Marcellin, Rer. Gestar., 1. XV, g 4, p. 50, coll. Nisard, éd. Dubochet.) Mais peu après, en 556 et 557, les Alemanni paraissent s'être avancés vers le nord-ouest, du bassin du haut Danube dans celui du Neckar, au sud du Mein, avoir même franchi le Rhin à Arcjentoratum, Strasbourg, et s'être avancés dans les Gaules jusqu'à Decem Pagi, actuellement Dieuze, dans le départemen de Meurthe-et-Moselle, où Ammien Marcellin et Eutrope nous montrent encore Julien l'Apostat, alors gouverneur des Gaules, allant les combattre et les repousser. (Amm. Marcellin, 1. XYI, g 2, p. 49; 1. XVTI, § i, p. 77, et XVIII, § ii, p. 94 . — Eutrope, 1. X, § xiv, p. 875.)
Suivant Daniel Schoepflin, après avoir habité les Champs Décumates, région de l'empire romain située à l'est du Rhin, dans le sud-ouest de la Germanie,, les Alemans auraient occupé les deux rives du cours supérieur de ce fleuve, conséquemment auraient possédé d'une part la région dont fait partie le duché de Bade actuel, d'autre part l'Alsace. (D. Schoepflin, Alsatia illustrata, t. I, p. 259, 248, in-fol. 1751.) En effet, après maintes tentatives d'irruptions réprimées par les armes romaines, lors de la grande invasion de l'Empire au commencement du cinquième siècle, saint Jérôme signale les Alemani parmi les nombreux envahisseurs du pays compris entre les Alpes et les Pyrénées , entre le Rhin et l'Océan. (Epist. XCC ad Ageruchiam , Opéra, t. lY, p. 748, Parisiis, 1706, in-fol.) Aussi Sidoine Apollinaire montre-t-il l'arroffant Aleman buvant les eaux du Rhin aux rives romaines, «... Rlienumque ferox , Alemanne, bibebas Romanis ripis... .» (Panégyr. d'Avitus, t. m, p. J58 du texte et trad. de Grégoire et CoUombet, d856.) Soit à cette époque , soit plus tard , après la défaite qu'en 496 leur fît éprouver Clovis à Tolbiac, actuellement Zulpich, quelques-uns de ces Allemans paraîtraient s'être fixés en deçà du Rhin , auprès des Triboques et des Némètes.
FRANCE (anthropologie). 723
en particulier dans la région plus tard appelée Lorraine allemande, dans quelques vallées des Vosges. Eu tous cas la plupart de ces Allemands semblent être restés ou être retournés dans le sud-ouest de la Germanie, qui a reçu d'eux le nom d'Allemagne, pays dont une partie, ainsi qu'il a été dit précédemment, prit également des Suèves le nom de Schwaben, la Souabe.
Quels étaient les caractères antlu'opologiques donnés par les auteurs anciens aux Germains en général et aux Suèves en particulier? Tacite regarde les peuples de Germanie comme indigènes ; il ne peut admettre qu'aucun peuple ait pu émigrer d'autres pays pour se rendre sous un ciel si sombre, dans une contrée à l'aspect si triste. Suivant cet historien, les peuples de Germanie n'ont été moditiés par le mélange d'aucun autre peuple. Leur nation pure, isolée, ne provient que d'elle-même. Quoique très-considérable, partout elle présente la même conformation, des yeux bleus et féroces, des cheveux roux, une haute stature, des corps massifs, n'ayant de vigueur que passagèrement, ne résistant ni à la fatigue, ni au travail, encore moins à la soif et à la chaleur, mais supportant le froid et la faim. « Ipsos Germanos indigenas crediderim, minimeque aliarum gentium adventibus et hospitiis mixtes. » (Tacite, DeMor. Germ., Il, t. V,p. 256.)
« ...Accedo, qui Germania; 'populos nullis aliis aliarum nationum connubiis infectos, propriam, et sinceram, et tantum sui similem gentem exstitisse arbitrantur. Unde habitus quoque corporura, quanquam in tanto hominum numéro, idem omnibus : truces et cœrulei oculi, rutilœ comae, magna corpora, et tantum ad impetum valida : laboris atque operum non eadem palientia : minimeque sitim aistumque tolerare, frigora atque inediam coelo solove adsueverunt. » (Tacite, De Mor, Germ., IV, p. 258-240.)
A maintes reprises, il insiste sur leurs membres volumineux, lati artus, sur leur corps immense, immensum corpus, sur leur taille élevée, proceritas corporum. (Annales, 1. Il, §21,t.I,p. 182.— Hist-, I. V, § 14, 18, t. V, p. 206, 212, etc.). Strabon, Calpurnius Flaccus parlent également de la haute stature et de la chevelure blonde des Germains. Tzpiia.i>oi,.. fxt/.pôv i^u>ldxro-mç... tw ts Trkovao-p-w T^ç â7pi6rflToç /.«i xoO pir/éQoyç y.cà tô; ÇavSÔTVîToç — (Strabon, I. VII, cap. I, g'2, p. 240, coll. Didot.)
({ Rutili sunt Germanise vultus, et flava proceritas. » (Calpurnius Flaccus, Declamatio II, à la suite des Déclamations de Quintilien, p. 666, 1665.)
Ammien Marcellin remarque la force et la taille élevée des Alamans. « Alamanni robusli et celsiores. » (L. XVI, § xii, p. 67, coll. Nisard.)
Tacite parle de la chevelure rouge de Civilis, le Batave. « Givilis... propexum rutilatumque crinem... deposuit. >) (Histor., I. IV, cap. lxi, p. 218.)
Le poète de Burdigala, Bordeaux, Ausone, le proconsul d'Asie, chante la blonde chevelure, les yeux blerfs et le visage germanique de sa ciiarmante Bissula, née près des sources du Danube.
Bissula Irans gelidum^stirpe et lare prosata Rhenum Conscia nascentis Bissula Danubii
Germana maneret
Ut faciès, oculos cœrula, flava comas. (Ausone, Idylles, Ausonii Bissula, t. II, p. 34-56 du texte et trad. de Corpet.)
César et Tacite signalent la puberté tardive, la continence prolongée au moins jusqu'à la vingtième année des jeunes Germains, désireux de voir leur taille s'élever et leurs formes se développer. Enfin ce dernier auteur, qui re-
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marque combien étaient respectés les liens matrimoniaux parmi les Germains, observe qu'avant de marier les jeunes filles on altend qu'elles soient également •n-andes et fortes, alin que les enfants aient la vigueur de leurs parents. « Qui diutissime impubères permanserunt, maximam inter suos ferunt laudem : hocali staturam, ali vires nervosque confirmari putant. Intra annum vero vicesimum feminœ notitiam liabuisse in turpissimis habent rébus... » (César, De Bello Gallico, 1. YI, cap. XXI.)
« Sera juvenum venus, coque inexbausta pubertas : iiec virgines festinanlur; eadem juventa, similis proceritas, pares validaeque miscentur. » (Tacite, D. M. G., XX, t. V, p. 264. Voir aussi XVIII, t. V, p. 260.)
On voit par l'exposé précédent que, sous le rapport anthropologique, les Germains, ainsi que le disait Strabon,. présentaient les mêmes caractères physiques, et paraissaient avoir la même origine que les Galates, ra/ârai, dernière dénomination que Diodore de Sicile applique, non-seulement aux habitants du nord des Gaules, mais aussi aux Germains d'outre-Rhin que César alla combattre en construisant un pont sur ce lleuve. (Strabon, 1. IV, cap. iv, § 2, p. 165. — Diodore de Sicile, 1. V, cap. xxv,p. 269, coll. Didot.) Et ces caractères étaient bien ceux propres à la race germanique, puisque, suivant Plutarquc, à la haute stature, aux yeux bleus, on reconnait les Cimbres comme un peuple germain. (Plutarque, Marins, XI.)
Cependant certains passages de Tacite lui-même et de Suétone pourraient faire croire à quelques différences ethniques entre les Germains et les Gaulois. En parlant des peuples de la Bretagne, de l'Angleterre actuelle. Tacite dit que les cheveux rouges et les membres volumineux des Calédoniens auraient révélé leur origine germanique; que le teint basané et les cheveux bouclés des Silures les auraient fait regarder comme des Ibères; enfui que les habitants de la partie méridionale de l'ile, les insulaires voisins des Gaulois leur auraient ressemblé. « Nam rutilse Caledoniam hubilantiuni comœ, niagni artus, germanicam originem adseverant. Silurum colorati vultus, et torti plerumque crines et posita contra Hispania, Iberos veteres trajecisse, easque sedes occupasse, fidem faciunt. ProximiGallis. et similes sunt; seu durante originisvi... » (Tacite, Agricole vita, XI, t. V, p. 558.)
Suétone dit également que, lorsque Galigula s'occupa des préparatifs de son triomphe pour sa ridicule campagne de Germanie, outre les prisonniers et les transfuges germains, il choisit des Gaulois de la plus haute taille pour marcher à la suite de son char, et obligea certains chefs à teindre en rouge et à laisser croître leurs cheveux afin qu'ils présentassent le type germain. « Conversus hinc ad curam triumphi, praeter captivos et transfugas barbaros, Galliarum quoque procerissimum quemque, et, ut ipse dicebat, K;to9pi'/jxê£UTov, ac nonnullos ex principibus legitac seposuit ad pompam : coegitque non tantum rutilare et submittere comam... » (LXII, t. 111, p. 116, texte et trad. d'Ophellot de la Pause, 1771.)
De ces deux passages il semblerait résulter que les Germains étaient plus grands et avaient les cheveux plus roux que les Gaulois. Cela est possible et est même très-explicable; car il faut remarquer que Tacite et Suétone ne font pas, comme Diodore de Sicile, la distinction des Galates et des Celtes (Diodore, l. V, cap. XXXII, p. 275, coll. Didot), et que par Gaulois, Galli, ils entendent parler des habitants des Gaules, issus du mélange des Galates, blonds, grands, identiques aux Germains, et des Celtes, bruns, petits, habitant antérieurement notre
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pays. 11 n'esl donc pas surprenant que de ce mélange il résulta une population en général moins blonde et moins grande que la race germanique.
D'ailleurs on a vu précédemment que même dans la Germanie méridionale, ainsi que dans la Gaule centrale, dans la Celtique, il existait des Celtes, et qu'il y existe encore de très-nombreux brachycéphales aux cheveux bruns.
Les relations ethniques existant entre les peuples de la Germanie et ceux des Gaules, entre les Germains et les Galates expliquent certaines analogies existant entre les religions des deux pays. Ainsi que le remarque César, les Germains n'avaient pas de Druides. (De Bell. Gall., 1. YI, cap. xxi.) Ils n'avaient pas des bardes composant et chantant des hymnes, des ovates faisant des sacrifices d'hommes, d'animaux et présageant l'avenir, ainsi que l'indiquent Strabon et beaucoup d'autres auteurs. (Strabon, 1. IV, cap. v, § 4, p. 164. — Diodore de Sicile, 1. Y, § xxxi, p. 272.— Tacite, Annales, 1. XIY, § xxx, t. III, p. 156. — Ammien Marcellin, 1. XV, § ix, p. 42.) Cependant les Cimbres, au dire de Strabon, étaient accompagnés dans leurs expéditions de prêtresses, devineresses, aux cheveux épars, vêtues de blanc, ceintes d'anneaux de cuivre, immolant les prisonniers. (L. VII, cap. ii, § 5.) Les Germains, adorateurs de Tuiscon, de Mann, de Herlha, sacrifiaient également à leurs dieux des victimes, voire même des victimes humaines, leurs chants, ou leurs cris de guerre s'appelaient Bardila. (Tacite, De Mor. Germ., 11, III, IX, XL, t. V, p. 256, 258, 246, 292, etc.) Enfin ils avaient des prophétesses extrêmement vénérées, Aurinia, Ganna, et parmi d'autres encore, Yéléda que la poésie et les arts modernes représentent comme une druidesse, et qui en réalité, ainsi que ledit Tacite, était une vierge du peuple des Bructères, habitant les bords de la Lippe et de l'Ems, vierge considérée comme une divinité surtout depuis qu'elle avait prédit la défaite des légions romaines parle Batave Civilis. (Tacite Hist., 1. IV, § lxi, lxv, et de Mor. Germ., VIII, t. V, p. 121, 128 et 247.)
Étant bien démontré qu'en général les Germains, desquels provenaient les peuples de notre Belgium, les Ménapiens, les Nerviens, les Tongres, les Condruses, les C?ereses, les Pœmanes, les Trevires, les Yangions, les Némèles, les Tribocs et maints autres peuples immigrés dans les Gaules, étaient de très-grande taille, avaient un corps et des membres volumineux, une carnation abondante et molle, une peau remarquablement blanche, des cheveux blonds ou roux, des yeux bleus, les Suèves ne paraissent pas s'être distingués des autres Germains par des caractères particuliers. Ainsi qu'il a été dit précédemment, les Suèves n'étaient qu'mie ligue, une confédération de peuples germains que des intérêts communs réunissaient d'une manière plus ou moins durable, plus ou moins mutable. Tacite dit bien que les peuples suèves se distinguaient des autres peuples germains par certains usages particuliers, entre autres par la manière de relever leurs cheveux, soit sur le sommet, soit sur le côté de la tète, et de les maintenir par un nœud pour donner à leur coiffure une grande élévation (De Mor. Germ., XXXVIII, t. V, p. 290), mais il n'indique aucun caractère anthropologique permettant de les différencier des autres Germains. Pline, qui a rangé les Suèves avec les Cattes, les Chérusques et les Hermundures au nombre des Germains Hermions (1. lY, § xxviii, p. 202), un des cinq groupes en lesquels il répartit les peuples de Germanie, ne leur assigne pas davantage de caractères particuliers ; toutefois, ce groupement semble devoir faire admettre leur parenté avec les Cattes. Or ces Cattes que d'ailleurs Tacite ne paraît pas comprendre au nombre des peuples suèves, se seraient fait remarquer, au milieu
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des autres Germains, par une constitution plus robuste, des membres plus courts, un visage plus menaçant, une plus grande vigueur d'âme, par plus d'intelligence et de finesse. « Catti duriora genti corpora, stricti artus, minai vultus,et major animi vigor. Multum (ut inter Germanos) rationisac solertise. » (Tacite. De Mor. Germ., XXX, t. V,p. 278.)
Il faut encore remarquer que lorsque les Suèves du nord et du centre de la Germanie se portèrent vers le sud-ouest, ils durent y trouver les descendants des Celtes qu'on a vu précédemment Hérodote et Dion Cassius signaler sur les bords du haut Danube et sur la rive orientale du haut Rhin. (Hérodote, I. H, gxxxni. — Dion Cassius, Hist. Rom., 1. XXXIX, ch. 19 du 1. 111, texte et trad.de Gros, 1851.) Les Suèves et aussi les Alamans de cette région sud-ouest de la Germanie ne devaient donc présenter les caractères anthropologiques de la race germanique blonde et grande que plus ou moins modifiés par l'immixtion des caractères de la race celtique brune et de petite taille. Dion Cassius considérait les Suèves comme des Celtes. Tltrl S'ovzoï (Soy/jêoi) y.z'j Kzlroi. (Dion Cassius, H. Rom. lib. Ll, § 22, t. VII, p. 181 du texte et Irad. de Gros et Roissée.)
Puisque des Suèves faisant partie de l'armée romaine étaient cantonnés en Auvergne au quatrième siècle, il est permis de se demander si l'on doit rapporter à ces Suèves les grands et blonds habitants de quelques localités, comme ceux des cantons de Planèze, où Rrieude signale des femmes blondes, comme ceux de Laschamps et Fonfreyde où MM. Roujou, Topinard et CoUineau ont remarqué une belle et intelligente population au front large et élevé, aux cheveux d'un beau blond, à la peau remarquablement blanche, aux yeux d'un bleu cobalt. (Rrieude, Topographie méd. de la haute Auvergne ; extr. des Registres de la Soc. roij. de méd., 1782-1783, p. 70, à Aurillac, 1821. — Roujou, Topinard, Collineau, Assoc. pour Vavancem. des sciences, sess. de Clermont-Ferrand, p. 1109, 1876.) Est-ce à ces soldats suèves, est-ce aux blonds Ruthènes mentionnés par Lucain (Pharsale, p. 21, texte et trad. de Marmontel, Durand, 1865), Ruthènes dont il a déjà été parlé, que doivent être rapportés les belles blondes, aux yeux tout à fait bleus, du Gévaudan, les montagnards de haute stature, forts et vigoureux que Roget de Belloguet signale aux environs de la Guiolle, dans le département de l'Aveyron? (Ethnog. gaul., p. 211-212, Paris, 1861.) L'origine ruthène de ces blonds descendants est peut-être plus vraisemblable, puisque, suivant M. Durand de Gros, les anciennes familles nobles du Rouergue se font surtout remarquer par leur blonde chevelure. {Bull. Soc. d'anthrop., 2« sér., t. Xll, p. 94, 1877.)
Enfin lorsqu'on voit MM. de Quatrefages et Boudin remarquer parmi les habitants du nord-ouest de l'Espagne où l'on sait que les Suèves allèrent se fixer, en particulier parmi les montagnards des environs de Saint-Sébastien, un grand nombre d'hommes blonds et d'admirables femmes blondes, on est porté à regarder ces montagnards comme les descendants de ces immigrés germains, restés au milieu des habitants ibériens basques de cette région. {Bull. Soc. d'anthrop., t. H, p. 406-407, 1861.)
Wisigoths, Wisigothi, oùta-iyoTÔot. — Lorsque les Suèves envahirent les Gaules au commencement du cinquième siècle, avec des Alains et des Vandales dont il sera plus loin parlé, car ils paraissent avoir appartenu à la race sarmate ou slave plutôt qu'à la race germanique dont nous nous occupons actuellement, des Wisigoths, et quelques autres peuples d'outre-Rhin, prirent également part
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à cette formidable invasion qui, en se déversant sur l'empire romain d'Occident, anéantit plus ou moins complètement la civilisation latine, très-avancée, mais alors fort corrompue.
Ces Wisigoths constituaient la plus importante fraction de la grande nation des Gollis. On admet assez généralement que les Gotlis habitaient le nord de la Germanie auprès de la Baltique avant de passer en Scandinavie. Pytiiéas, cité par Pline, place les Gutons, GutJiones, au nord de la Germanie, auprès de l'Océan, auprès de la mer Baltique. « Pytheas Guthonibus, Germanise genti, accoli œstuarium oceani. » (Pline, II. N., 1. XXXYII, cap. xi, t. II, p. 542, texte et trad. Littré.)
Tacite indique les Gothins, Gothini, vraisemblablement homonymes des Gothons, Gothones, comme habitant au nord-est de la Germanie à côté des Marsignes, des Oses, des Buriens, au nord des Marcomans et des Quades. Il croit devoir les distinguer des Germains à cause de leur langue qui, suivant lui, se rapprocherait de celle des Gaulois, et vu aussi la résignation avec laquelle ils supportent les tributs que leur imposent les Sarmates et les Quades, qui les regardent comme des étrangers. Ces Gothins avaient des mines de fer qu'ils savaient exploiter. « Nec minus valent rétro Marsigni, Gothini, Osi, Burii:... Gothinos Gallica... lingua coarguit non esse Germanos, etquod tributa patiuntur : partem tributorum SarmatiB, partem Ouadi, ut alienigenis, imponunt. Gothini ferrum effodiunt. » (Tacite, De Mor. Germ., XLIIl, t. Y. p. 299. — Voir aussi sur les Gothones Tacite, Annales, 1. 11, § 62, t. I, p. 249.)
En tout cas, le petit-fils d'Alanowamuth, Jornandès, l'évèque de Ravenne, qui dans son ouvrage spécial sur l'origine des Goths ou Gètes considère ces Gèles et ces Goths comme constituant un seul et même groupe ethnique, après avoir mentionné des Gautigotlis, des Ostrogoths établis dans la Scanzia, la Scandinavie, à côté des Finnois, dit positivement que les Goths, sous la conduite de Berig, sortirent de Ja Suède, de cette Scanzia, qui par sa féconde population mérita le nom à'officina gentium et de vagina nationum pour se porter sur la côte sud-est de la mer Baltique. « Ex hac igitur Scanzia insula quasi officina gentium, aut certe velut vagina nationum, cum rege suo nomine Berig, Gothi quondam memorantur egressi. » (Jornandès, De Getarum sive Gothorum origine, cap. iv, p. 427, coll. Nisard; voir aussi cap. m.)
Évidemment une portion seule de la nation des Goths prit part à cette transmigration. Ptolémée, au milieu du deuxième siècle de notre ère, disait que la partie méridionale de la S/avrîtâ était occupée par des roOrai. (L. Il, cap. x, p. 157, éd. de Wilberg.) Longtemps les habitants du sud de la Suède, les descendants des Goths, qu'Eric Olaus, dans son Historia Suecorum Gothorumque, (Stocholmia3, 1650), nous montre adorant Thor, Odenet Frigga, furent désignés par ce nom de Goths, qu'ils se donnent encore volontiers à présent. Actuellement la partie méridionale de la grande presqu'île Scandinave porte le nom de Gothie, Gôttlande, divisée en Westrogothie et Ostrogothie, Wester-Gôttlande et Oster-Gôttkmde, dernière province dont le nom est porté par un des princes suédois actuels, le duc d'Ostrogothie. La dénomination d'une société archéologique récemment fondée en Suède, Goliska forlmndet, la confédération des Goths, rappelle, comme bien d'autres dénominations nationales, cette origine ethnique.
Les Goths de Bérig donnèrent au pays auquel ils abordèrent au sud-est de la Baltique le nom de Gothiscanzia ; puis, selon Jornandès, ils attaquèrent les
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Ulméruges, et les Vandales, les repoussèrent et s'emparèrent de leurs territoires situe's au nord-est et au voisinage de IVnihouchurede la Yistule. (DeGet., cap. iv, p. 427.) Selon Ptolémee, sous le nom de rùôwvs-:, ils habitaient alors auprès de ce fleuve au sud des Vcnètes, des Vandales et près des Finnois, llapà pLïv tôv
Oùt'3-Tou).ov TTorapôv ù;;6 toù; Ovi-js^aç TvSojvz;, slza ^îvvot. (Géogr., 1. III, cap. V, p. 200.)
Les nations gothiques ou gcliques que Procope considère comme ayant été jadis appelées Sauromates etMélanclilènes, auraient même compris ces Vandales, ainsi que les Gépides, que Jornandès dit également être sortis de la Scandinavie avec les autres Golhs. (Jornandès, De Get., cap. xvii, p. 4i0.)
norStzà sôvïj 7To),).à zcr. oï lî/j TrâvToov piytT-y. tî y.od à^Loloyonocra. ràrôoi xi elai
xalBavJAot -/.où OhitrlyoTBoi y.ai FÀraiSe;. . . îiiri Sï <j\ y.cà FîTizà ïbvt) Taux' £xâ)>ouv. (Pro-
cope, De Bello Vandalico, § 1 et2, t. I, p. 512.)
Ces Golhs se divisaient en deux peuples principaux, les Ostrogoths ou Goths orientaux et en "Wisigoths ou Golhs occidentaux. (Jornandès, De Gel., XVII, p, 440.) Sous la conduite de Filimer, ils se portèrent au sud de la Scythie, vers les bords du Pont-Euxin, la mer Noire; puis, sous le commandement de Zamolxe, ils occupèrent la Dacie, la Mœsie, la Thracc (V. p. 429). La présence des Gèles est indiquée dans cette région par Dion Cassius , dès le premier siècle av. J. G., alors que Crassus alla assiéger leur ville Genoucla située sur les bords du Danube (Hist. Rom., LI, § 26, t. Vil, p. 195), puis vers le milieu du premier siècle de notre ère, époque à laquelle écrivait Pline. {L. IV, cap. xxv, t. I, p. 198, texte, et trad. de Littré.) Mais quoique Procope et Jornandès regardent les Gèles et les Goths comme appartenant à une seule et même race, cette parenté peut paraître contestable, car on peut faire remonter bien haut l'histoire de ces Gèles qui semblent avoir eu de grands rapports ethniques avec les Massagèles, dénomination signifiant vraisemblablement grands Gèles. Peut-être les Goths seraient-ils venus se fixer dans le pays antérieurement occupé par les Gèles. En tout cas ils occupaient cette région au troisième siècle, car Aurélien alla massacrer cinq mille Golhs trans-danubieus commandés par Cannaba, après les avoir repoussés de la Thrace. (Flavius Vopiscus, Aurelianus, XXII, Hist. August., p. 570, coll. Nisard. — Voir aussi XVII, p. 574, XXX, p. 580, etXXXIIÎ,p. 581.)
Lors de leur séjour près du Pont-Euxin les Ostrogoths étaient gouvernés par la famille des Balthes, les Wisigoths par celle des Amales (Jornandès, De G-, V, p. 450); ils se trouvaient alors à l'est des Vandales, que plus tard ils chassèrent du territoire qu'ils occupaient au nord du Danube, et à l'est des Marcomans, anciens possesseurs de la Bohême (p. 444.)
Sans suivre les "Wisigoths dans toutes leurs migrations, en particulier de Dacie en Italie sous Alaric, il suffit de rappeler qu'en 411, sous Alhaulfe, ainsi que le rappelle Jornandès (XXXI, p. 451) , ils occupèrent, et se firent céder par Ilonorius toute la partie des Gaules comprise entre la Loire et les Pyrénées ; puis, à partir de 417, une portion de plus en plus considérable de la péninsule hispanique, oii ils soumirent les Suèves et d'où ils expulsèrent les Vandales. Dans lesGaules ils possédèrent la vaste région s'étendant des Pyrénées à la Loire jusqu'en 507, jusqu'à la bataille de Veuille, où Clovis et ses Francks battirent les Wisigoths d'Alaric II. A partir de cette époque ils se retirèrent sur notre littoral méditerranéen compris entre le Rhône et les Pyrénées dans la région appelée la Septimanie, qui resta en leur possession jusqu'en 750, époque
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de l'invasion des Sarrasins. Après l'expulsion de ces derniers, vers 759, cette région devenue duclié de Gothie, fit dès lors partie du royaume franck de Pépin le Bref. (Voir : Procope, De Bello Gothico. — Jornandès, De Getar. sive Goth. origine. — Houzé, Allas univ. géog. et hist. cartes de France, III à IX, Espagne, II ; Russie, I, etc.)
Ainsi qu'il a été dit précédemment, Tacite paraît regarder les Golhins comme une race étrangères la Germanie. Pline range les Guttons ainsi que les Carnes, les Varnes, les Burguudions au nombre des Yindiles, un des cinq groupes ethniques des peuples de Germanie, a Germauorum gênera quinque. Vindili : quorum pars Burgundiones, Varini, Garini, Gullones. » (Pline, liv. lY, cap. xxvin.)
Procope range les Goths ou Gètes au nombre des nations sarmates et mélanchlenes. Ces peuples, ordinairement considérés comme Germains, auraient donc eu de grands rapports ethniques avec les Sarmates ou Slaves, et ces nations gothiques, gôtes ou vindiles auraient compris les Visigofhs, les Ostrogoths, les Gépides, les Vandales ou Vindiles, les Burgundions, les Varnes, les Carnes, et quelques autres peuplades. Cette confusion des historiens entre les peuples de race germanique et ceux de race sarmate ou slave, ainsi qu'il sera dit plus loin à propos des Vandales, s'explique par l'immixtion constante des deux races dans les pays situés au sud-est de la Baltique. En tous cas, suivant Procope et Jornandès, ces peuples en général, et les Goths en particulier, se seraient fait remarquer par leur haute stature, quelquefois gigantesque, par leurs grandes proportions, par leur belle apparence, par leur teint blanc de lait, lactea cutis, dit Sidoine Apollinaii"e, en parlant de Théodoric II, par leurs cheveux blonds, par leur force et leur énergie physique et morale, par leur courage et leur ardeur belliqueuse, voire même par leur chasteté et leur pudicité, ainsi que le remarque Salvien, particulièrement pour les Goths, mais aussi pour plusieurs autres des nations barbares conquérantes des Gaules. (Sidoine Apollinaire, lib. I, epist. II, p. G et 7 du t. I du texte et delatrad. de Grégoire et Collombet, 1856. — Salvian, Massiliensis episc. : De vero judicio et providentia Dei, 1. VII, p. 261 et aussi 245, 249, Rothomagi, J. Osmont, 1627.)
Tà{ ô-^u;... (Procope, De Bello Vandahco, I, § 2, t. I, 512.)
Gautigothi, acre hominum genus et ad bella promptissimum... Ilœ itaque gentes Romanis corpore, et animograndiores, infestsesaîvitiapugnae. (Jornandès, De G., 111, p. 427; voir aussi XV, p. 458, le portrait du gigantesque ftlaximin, issu d'un Goth et d'une Alaine.)
On peut remarquer que ces caractères anthropologiques sont à peu près les mêmes que ceux qu'on a vu être présentés par les peuples de la race germanique, bien que cependant certains auteurs, comme Procope, Jornandès, paraissent rapporter les nations gothiques à la race sarmate ou slave.
Les Suédois, les habitants de la région méridionale de la péninsule Scandinave, d'où l'on a vu les Goths passer en Germanie, selon And. Retzius et selon M. J. Beddoe, sont en général dolichocéphales, orthognathes, avec grand développement des lobes cérébraux postérieurs recouvrant le cervelet. Ce dernier anthropolof^iste sur trente-huit marins suédois, dont une partie du West- Gothland, a observé qu'assez généralement ils avaient un crâne ovale ou elliptique à saillie supra-occipitale, une face longue ovale, des cheveux blonds de différentes nuances très-claires, des yeux gris ou bleus; que leur^'jndice
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céphalique était de 78,8 pour 100, ce qui, d'après les recherches comparatives de M. Broca sur les indices pris sur le vivant et sur le crâne {Bull. Soc. d'anthr., 2^ sér., t. m, p, 25-32, 1868), correspond approximativement à un indice crânien de 76,8 pour 100, indice de sous-dolichocéphalie ; enfin que leur taille moyenne assez élevée était de l'",70. Selon M. le baron von Dùben, qui considère les Svéars et les Goths comme étant de même race, les habitants actuels de la Suède, issus principalement de ces deux peuples, présenteraient en général, pour les hommes, un indice céphalique de 76,75 pour 100 et une capacité crânienne de 1480 centimètres cubes, pour les femmes un indice céphalique de 77.28 pour 100 et une capacité crânienne de 1560 centimètres cubes. (Anders Retzius, Om formen of Nordbœrnes cranier. Stockholm, in-8, 1845. Sur les crânes des habitants du Nord, trad. de Courty : Annales des sciences natur., 3"^ sér., zoologie, t. VI, p. 153, etc., 1846, et Etat actuel de l'ethnogénie au point de vue de la forme du crâne osseux : Biblioth. univ. : Rev. Suisse et étrangère, lxv"^ année, nouvelle période, t. Yll, n" 26, 20 février 1860, Archives, p. 152. — Beddoe, Sur les têtes de Finnois et de Suédois : Bull. Soc. d'anthr., t. YI, p. 45 i, etc., 20 juillet 1865. — Von Dûben, Caractères cràniologiques de l'homme préhist. en Suède : Congr. int. d'anthr. et d'archéol. préhist. de Stockholm, 1874, p. 688, etc.)
Quoique les Wisigoths aient vraisemblablement laissé moins de dfiscendants en France qu'en Espagne, le type des Goths paraît se retrouver dans plusieurs localités principalement du midi de la France, où on observe un certain nombre d'hommes grands et blonds, au milieu des habitants généralement bruns et de taille peu élevée descendant des Aquitains, des Ibères et des Ligures. Habitant, dit-on, principalement la région montagneuse de cette ancienne Septimanie, ces enfants blonds, ces hommes grands et blonds, en effet, semblent devoir être regardés comme issus des Wisigollis dont on retrouve encore les noms patronymiques terminés en ic. (Charles Martins, Rev. des Deux Mondes, l^^ fév. 1870, p. 650. — A. Hugo, France pittor., t. III, p. 186.) Toutefois il faut également se rappeler que bien des siècles auparavant cette région était habitée pnr les Volces Tectosages et Arécomikes ; Tectosages dont on a vu une fraction, émigrée jusqu'en Asie Mineure, présenter une taille élevée, une peau blanche, des cheveux roux, selon Tite-Live, et parler le dialecte germanique des Trévires, suivant saint Jérôme (Tite-Live, Hist. rom., 1. XXXVIII, cap. xvii et xxi, p. 50 et (j6, texte et trad. de Bureau de Lamalle et Noël, — Sancti Ilieronymi t. IV, l"» pars, p. 255. Paris, in-fol., 1706.) En tous cas, quelle que soit l'incertitude de cette question d'ethnogénie, les recherches statistiques de Boudin sur les exemptés du service militaire pour défaut de taille et sur les recrues de haute stature supérieure à l'",7o2 permettent de reconnaître que dans le département de l'Hérault, anciennement compris dans la région habitée par les Volces, et depuis dans la Septimanie, où se retirèrent les Wisigoths après la bataille de Veuille, et oîi ils continuèrent à séjourner, même après la réunion du duché de Gotl)ie à la France, ces immigrés de l'ace germanique ont laissé des descendants de haute stature, car bien que les exemptés pour défaut de taille soient assez nombreux, environ de 57 à 63 pour 1000, la proportion des recrues de grande taille, de la taille des cuirassiers, est considérable, de 84 pour 1000. (Boudin, De l'accroissement de la taille et des conditions d'aptitude militaire en France : Me'm. de la Soc. d'anthr., t. II, p. 225, 230 et l'<= et 2« cartes. Paris, 1865.— Lagneau, Bnll. Soc.d'anthr., t. IV, p. 294, etc., 1863.)
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Sur quels fondement? repose l'opinion qui attribue aux Ostrogoths la fondation d'izarnore dans le département de l'Ain ? (A. Hugo, France pittor., t. I, p. 122, 1853.) Ces frères orientaux des ^Yisigoths, qui sous Tliéodoric possédèrent la Provence, ne paraissent pas avoir occupé les bords de l'Ain.
Dans les Pyrénées, principalement dans nos Pyrénées occidentales, à Bozate, près d'Ariscum dans la vallée de Bastan, à la Chibitua d'Anhauz, à l'Aïnchicharburu près de Saint-Jean-le-Vieux et en maintes autres localités existaient jadis et existent encore des cagots, anciens réprouvés dont M. Francisque Michel a fait une étude historique détaillée. Considérés par les populations aquitaniques ou basques au milieu desquelles ils vivaient comme des êtres abjects, des lépreux, tenus à l'écart, soumis à toutes sortes d'humiliations, ces cagots ont tour à tour été regardés comme les descendants de Sarrasins, ou comme les descendants de Wisigoths. Bien qu'en Espagne, descendre des Goths, être fds de Goth, hijo del Godo, Hidalgo, signifie être noble, être gentilhomme; bien que, suivant De Belle Foresl, « la plupart des maisons d'Aquitaine et d'Espaigne, voire les plus grandes, sont issues des Goths » (Cosmographie univ., p. 377. Paris, in-fol., 1575); bien que de Marca dise, dans son Histoire du Béarn, que les Goths sont « illustres en extraction -> (1. I, ch. xvi, p. 71-75, 1640); bien que dans l'ancienne Septimanie , devenue duché de Gothie après sa réunion à la France, les Goths paraissent avoir conservé une grande importance sociale attestée par le maintien des lois gothes demandé à Pépin par les chrétiens de Narbonne, ainsi que le rappelle Pieinaud (Invasions des Sarrasins en France, p. 80. Paris, 1856), avecDucange et bien d'autres auteurs, il semble difiicile de ne pas rapporter aux Wisigoths les cagots, caas goths, chiens goths, les malheureux parias si méprisés de nos Pyrénées occidentales : car quelques-uns de leurs caractères anthropologiques semblent rappeler ceux présentés par les peuples de race gothique. (Du Cange, Glossarium mediœ et inf. latinitatis, éd. Carpenteriis, t. Il, p. 18. Parisiis, 1842.)
En effet, au milieu des populations généralement brunes de la région pyrénéenne, où parfois l'on prit MM. Francisque Michel et Eugène Gordier pour des cagots ou agots, parce qu'ils avaient les cheveux blonds et les yeux bleus, les cagots se feraient ainsi remarquer par la blancheur de peau, la couleur blonde des cheveux et la coloration bleue des yeux, d'ailleui'S comme l'indique une chanson basque rapportée par le premier de ces observateurs. (Fr. Michel, Hist. des races maudites de la France et de l'Espagne, t. I, p. x. Paris, 1847. — E. Cordier, Les cagots des Pyi'énées, p. 108 : Bull, trimest. de la Soc. Ramond, 1866) :
« Gentetan den ederrena umen duru Âgota Bilho hori, larru couri eta begui nabarra. » Parmi tous les gens le cagot est réputé pour être le plus beau, cheveu blond, peau blanche et les yeux bleus. (Fr. Michel, 1. c, t. II, p. 151.)
Ainsi que je l'ai indiqué ailleurs à l'article Cagots du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, d'après les communications de MM. Arrou, Hiriart et autres correspondants de M. Francisque Michel (1. c, t. II, p. 82, 86, 111, etc.); d'après les remarques de M. Kant, rappelées par M. Esquiros. relatives à l'un des deux types distincts que présenteraient les cagots ; d'après les observations recueillies par le docteur Guyon , par M. le docteur Auzouy et surtout par Eugène Cordier, les cagots présenteraient en général une tête volumineuse, large, mais surtout très-développée postérieurement, un
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crâne épais, un front ordinairement bombé ou convexe, accusé aux angles, parfois divisé par un sillon ou ride , faisant saillie au-dessus de la racine du nez déprimée ; un visage large , à profil disgracieux à ligne brisée , sans courbure, à angle facial très -ouvert, aux traits gros et saillants; des cheveux plats , parfois châtains , le plus souvent blonds, quelquefois d'un blond blanc couleur de lin; des yeux assez petits, peu expressifs ou mélancoliques, à iris d'un bleu foncé, ou bien gris on olivâtre plus ou moins clair, à sclérotique d'un blanc pur ; un nez modérément proéminent, écrasé ou camus, à ailes larges et plates; des lèvres verticales rectilignes, assez grosses; la bouche formant une ligne droite; une peau remarquablement blanche, fraîche et rose, s'injectant facilement, et devenant parfois très-colorée ; des oreilles souvent petites, rondes, évasées, plates, mal bordées, à orifice auriculaire externe large, béant, quelquefois velu, sans lobule auriculaire ou avec un lobule auriculaire très-peu développé et adhérent entièrement : conformation de minime importance qui toutefois a été signalée d'un côté par M. Godron en Lorraine chez quelques prétendus descendants des Vandales, d'un autre par M. Guyon , en Algérie, chez les blonds Chaouia de l'Auress, également considérés comme les descendants des Vandales, qu'on a vu Procope ranger au nombre des nations gothiques. (Alphonse Esquiros, Des étud. contempor. sur l'histoire des races, Rev. des Deux Mondes, p. 991, t. XXI, mars 1848. — Godron, Etud. elhnol. sur lesorig. des popul. lorraines, p. 50. Nancy, 186-2. — Auzouy, Les crétins et les cagots [des Pyrénées : Annal, médico-psycholog. Paris, 1867, 4'' série, t. IX. — E. Cordier, 1. c. — Voir aussi : Daily, Sur les cagots des Pyrénées : Bull. Soc. d'anthr., 2" série, t. 11, p. 11, etc., 1867). — Guyon, Sur les cagots et sur la race blanche des Aures, sur les Chaouia : Compt. rend, de VAcad. des sciences, t. XV, p. 515, S** série, 1842, et t. XXI, p. 1588, 22 décembre 1845, et p. 28, t. XXVII, 5 juillet 1848.)
Si ces cheveux blonds , ces yeux bleus, cette peau blanche et quelques autres caractères anthropologiques se montrant également chez les cagots des :Pyrénées et chez les Wisigoths ayant anciennement occupé cette région, militent en faveur de leur parenté, il n'en est plus de même pour les caquins, caqueux, kakous de notre Bretagne. Dans cette dernière région que les Wisigoths ne possédèrent pas, ces malheureux réprouvés, cordiers, équarrisseurs, existaient cependant en certain nombre, surtout dans diverses localités du département actuel des Côtes-du-Nord, ainsi que l'a indiqué M. Ilabasque. (Notions histor., géogr., stat., etc., sur le littoral du départ, des Côtes-du-ÎSord. Saint-Brieuc, 1852, 2 vol., et 1856, Guingamp, 5 vol., t. I, p. 85. — Franc. Michel, Hist. des races maudites, t. I, p. 61.)
Ces caqueux de Bretagne étaient-ils les descendants d'anciens lépreux ? Telle est l'origine que croit devoir admettre, même pour les cagots, M. de Rochas, qui a observé à Salies de Béarn des individus rappelant la lèpre blanche par le duvet très-blond leur tenant lieu de cheveux et par leurs ongles racornis, incurvés, désignés dans le pays sous le nom à'ouncles de carcoil. Cet observateur, qui a étudié les descendants des cagots dans plusieurs localités des Pyrénées, particulièrement en comparant les quaranteneuf ménages du hameau de Chibutoa d'Anhaux, près de Saint-Jean-Pied-de- Port, tout en remarquant une certaine fréquence des yeux bleus et des cheveux blonds surtout parmi les enfants, ne parait pas leur trouver de caractères
ethniques propres à les différencier des populations ambiantes dont ils se montrent les égaux physiquement et intellectuellement. (De liochas, Les parias de France et d'Espagne ; les cagols, p. 125, 169, 205, etc. 1876.)
Burgundes, Burgundions, Bcrgundiones, Bo^jpyovllwvz;. — Très-généralement appelé Burgundes, Burgundii, quoique, ainsi que me le faisait remarquer M. Longpérier, les auteurs anciens se servent presque toujours de la dénomination plus ou moins modifiée de Burgundions, ce peuple, dont les migrations ont été étudiées par divers auteurs, entre autres D. Schœpllin, Urbain Plancher, Roget baron de Belloguet, et M. Valentin Smith , habitait anciennement au nord-est de la Germanie auprès de la basse Vistule. (Daniel Schœpfli, Dissertatio historica de Burgundia cis et transjurana, in-4°, 1731. — Urbain Plancher, Ilist. gén.et part, de Bourgogne, 4 vol. in-fol., 1739-1781. — Roget baron de Belloguet, Questions bourguignonnes, ou mémoire critique sur l'origine et les migrations des anciens Bourguignons, broch., 1847. — Valentin Smith, Notions sur l'origine et le nom des Burgundes et sur leur premier établissement dans la Germanie : Mém. de VAcad. des scienc, belles-lettres et arts de Lyon, t. Ylll, p. 145-200, 1859-00, et t. IX, p. 65-100.)
Au premier siècle de notre ère, Pline place les Burgundions au nombre des peuples Vindiles ou Vandales, à côté des Varnes, des Carnes et des Guttons. (Ilist. nat., 1. IV, cap. xxviii.) Ptolémée indique également dans cette région des <i>pouv- ■^ovjSiu-j-i et des BoypvîcovE;. (L. III, cap. v, p. 200, éd. de ^Vilberg.) Ainsi que lo relate Jornandès, massacrés et repoussés parleurs voisins les Gépides deFastida, peuple goth venu de la Scanzia, de la Scandinavie, alors fixé dans une île qui paraît être le delta de la Viscla, la Vistule, encore appelée Wisla en polonais, les Burgundions par migrations successives s'avancèrent vers le centre et l'ouest delà Germanie. « Gepidarum rex, Faslida... Burgundiones pêne usque ad internecionem delevit. » (Jornandès, De Get., cap. xvii, p. 440; voir sur les Gépides, cap. iv.)
Ils vinrent se fixer non loin des Francks et des Thuringiens, non loin des Vandales, auprès des Souabes et des Alamans avec lesquels ils eurent des contestations à propos de salines, dans une région où nous les signalent Amraien Marcellin, Zozimeet Procope. (AmmienMarcellin, 1. XXVIII, cap. v, p. 500. — Zozime, Historia nova, 1. 1, § Lxvni, p. 109, éd. 1729 de Frédéric Sylburg. lena.)
BoupYO^Hîwvîç . . . loyaSot t£ xinip Qopi'f/ùiv y.a.i 'Alx^iwci. (ProcOpe, De Bello
Golhico, l. I, § 12, in Corpus scriptorum historiée Byzantiœ, Niebuhr., t. II,
Après avoir été appelés sur le Rhin par Valentinien , au nombre de quatre-vingt mille, vers 570 ou 373, ainsi que l'indiquent plusieurs auteurs, entre autres Ammien Marcellin et saint Jérôme, les Burgundions, selon saint Prosper d'Aquitaine, vers 413 occupèrent la partie des Gaules la plus voisine du Rhin, la Belgique, ainsi que le dit Sidoine Apollinaire.
« Buro^undionum LXXX ferme millia, quod nunquam ante, ad Rlienum descenderunt, ann. Chr. 375.» (Ëxchronico Hieronymi presbyteri, éd. Amstelodami, in-fol. 1658, extrait dans dom Martin Rouquet : Ber. Gallic. Scriplores, t. I, p.61l', in-foi. Paris, 1738.)
« Burgundiones partcm Gallice propinquantem Rheno obtmuerunt. » (Prosper d'Aquitanie, Ghronicon : Magna Bibliotheca vetenan Patrum,^. 192, t. V,
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pars III, Colon. Agrip. 1618. — Voir aussi p. 1D5 : Chronicon Tironis Prosperi. — Dom Bouquet, 1. c, p. 627.)
« Belgam Burgundio quam trux presserai. » (Sidoine Apollinaire, Panégyr. d'Avitus, t. III. p. 126 de texte et trad.de Grégoire et CoUombet.)
Maîtres de la région comprise entre le P»hin, la Moselle, les Vosges , les Burgundions paraissent s'être étendus de plus en plus vers le sud-ouest. Mais vaincus par les Huns, les débris de leur nation, suivant Prosper Tiron, en 443 auraient reçu des terres en SabaïuUa, actuellement la Savoie, d'où progressivement ils se seraient avancés dans l'intérieur des Gaules. « Sabaudia Burgundionum reliquis datur cura indigenis dividenda, ann. Chr. 443. » (Prosper Tironis Chronicon, p. 639 dut. I de Dom Bouquet, 1. c.)
Lugdimum, Lyon, ne leur aurait appartenu que quelques années plus tard, dans la seconde moitié du cinquième siècle après l'année 469, selon Pioget de Belloguet. (Questions bourguign., p. 218), vers 459 suivant Peruauld (Arch. du Rhône) et M. Alph. Gacogne (Hist. des Bourguignons et de leur établissement dans le Lyonnais, p. 9, 1848.)
Le territoire occupé par les Burgundions s'étendait au norl de la Durance et des Alpes, d'une part au bassin du Rhône et de la Saône, d'autre part à la plus grande partie de l'Helvétie, située au sud du haut Rhin. Aussi Jornandès les place-t-il au sud des Suèves et des Alamans qui Iiabitaient de l'autre côté du Rhin, et dans les Alpes de l'Helvétie orientale. (De Get., LV, p. 474.)
Quoique vaincus d'abord par Clovis en l'an 500, puis par ses lils ChildebertP'' et Clotaire 1'^^''; en 554, les Burgundions ou Bourguignons, ainsi qu'on les appela dans la suite, furent dès lors compris dans les royaumes des Francks ; mais ils n'en continuèrent pas moins à se perpétuer dans le pays qu'ils avaient occupé au commencement du cinquième siècle.
Au point de vue ethnologique, ces Burgundions sont placés par Pline avec les Gutlons dans le groupe des Yindiles. (H. n., 1. IV, cap. xxviii.) Or les Guttons et Yindiles, Goths et Vandales, d'après Procope, avaient les caractères de toute la famille gothique : haute stature, belle apparence, peau blanche, cheveux blonds. (Procope, De Bell. Vand., I, g 2, 1. 1, p. 512.) Ces Burgundions devaient donc présenter les caractères ethniques précédemment attribués aux Wisigoths. Ils jouissaient d'une très-grande force et étaient d'une taille gigantesque, que Sidoine Apollinaire dit égaler sept pieds romains de haut, c'est-à-dire 2"", 07. « Hic Burgundio septipes... » (Apoll. Sidon., 1. YIII, epist. ix, p. 516 du t. II; voir aussi vers 5-19 et carmen xii, vers M, p. 202, du t. HI.)
Ces conquérants à la chevelure graissée de beurre rance étaient débojmaires, quoique d'humeur belliqueuse, suivant Ammien Marcellin. « Burgundios... bellicosos et pubis immensae viribus adfluentes. » (L. XXVIII, cap. V, p. 500.) Selon Sidoine Apollinaire, ils se soumettaient volontiers à l'usage de venir au lever du jour saluer du titre de grand-père le sénateur gallo-romain, dont l'ouïe et l'odorat supportaient mal leurs chants et leur haleine rendue fétide par l'ail ou l'oignon.
D'une part, on a vu précédemment, d'après And. Retzius et M. J. Beddoe, que les Suédois, en particulier ceux de la région encore appelée West-Gothland, étaient sous-dolichocéphales, et, d'autre part, on vient de von* que les Burgundions étaient de même race que les Goths, anciens habitants de cette région ; peut-être donc devrait-on rapporter à des descendants de ces Burgundions les quelques crânes à dolichocéphalie occipitale remarquable recueillis à Dijon par
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M. Brullé. (And. Relzius, Sur les crânes des habitants du JN'ord : Annal, des sciences natur., 5^ sér. Zool.. t. YI, p. 155, 1846. — Beddoe, Sur les têtes de Finnois et de Suédois : Bull. Soc. d'anthrop., t. YI, p. 45i, 1065. — Brullé, Crânes recueillis en Bourgogne : Bidl. Soc. d'anthrop.., t. III, p. 511, 549, etc. 1862.)
Le type dit de Bel-Air que MM. W. His et R. Rutimeyer n'auraient trouvé que dans des tombeaux de l'époque helvéto-burgonde, présenterait une longueur crânienne remarquable; son indice céphalique serait de 75,8 pour 100, il serait donc dolichocéphale. (Crania Ilelvetica, p. 11 et 25. Basel und Genf, 1864; et Rapp. d'Alix : Bull. Soc. d'anthrop., t. V, p. 585-590, 1864.) L'indice céphalique moyen de dix crânes recueillis avec des objets de cette époque burgonde, selon M. Hovelacque, ne serait que de 74,96 pour 100, indice de dolichocéphalie, mais presque sur la limite de la sous-dolichocéphalie. (Sur les crânes burgondes : Bull. Soc. d'antkrop., 2« sér., t. XI, p, 468, 1876, et t. Xll, p. 545, etc., 1877.)
Si dans les tombes de l'époque burgonde fouillées à Ramasse, dans le département de l'Ain, par M. Topinard, la plupart des crânes ne paraissent pas être dolichocéphales, bien que quelques-uns se fassent remarquer par les grandes dimensions des os longs, il faut tenir compte qu'à cette époque, comme actuellement encore, les descendants des habitants antérieurs à l'immigration burgonde devaient constituer la majorité de la population. (Rapp. sur les fouilles de Ramasse, Bourg., 1874, broch. in- 8°, 1 pi. extr. dans Bev. d'antkropoL, t. II, p. 751, 1875, et t. III, p. 508, 1874, etc.)
Les Burgundions paraissent généralement s'être disséminés au milieu des populations antérieures obligées de leur céder une portion de leurs tenues; cependant ils sembleraient s'être fixés plus particulièrement sur certains points du vaste territoire successivement envahi par eux, c'est-à-dire de la région qui de ces immigrants prit le nom de Bourgogne cis et transjurane, en deçà et au delà du Jura. Suivant MM. Dunod, Droz et Bourgon, les cantons de Warasch et de Scoding, aux noms germaniques, près de Pontarlier, auraient ainsi été particulièrement habités par ces immigrants. (Dunod, Hist. du comté de Bourg., 1. — Droz, Hist. de Pontarlier, chap. m, p. 25. — Bourgon, Rech. histor. sur la ville et l'arrond. de Pontarlier, p. 17-27, 1841.) Peut-être en est-il de même du plateau de Grand-Yaux, près de Saint-Laurent, dans le département du Jura, dont « la tribu vigoureuse » est remarquée par M. Audiganne (Bev. des Deux Mondes, p. 902, 15 juin 1864.) D'ailleurs, non-seulement M. Aubertin a signalé la haute taille, la vigueur, la robuste apparence, la tournure martiale des jeunes mobilisés du Jura [Bev. des Deux Mondes, p. 565, 15 mars 1871); mais MM. Boudin et Broca, par leurs recherches statistiques, ont permis de reconnaître que les départements du Doubs, du Jura et de la Gôte-d'Or sont au nombre des départements de France qui présentent le moins d'exemptés du service militaire pour défaut de taille et le plus de recrues de haute stature, de plus l'",752, taille des cuirassiers. (Broca, Rech. sur l'ethnol. de la France et Nouv. rech, sur l'anthrop. de la France : Mém. de la Soc. d'anlhrop., t. I, p. 1- 56 et t. 111, p. 147-209. — Boudin, De l'accroissement de la taille : A/e'm. de la Soc. d'anlhrop., t. II, p. 229.)
Ces faits suffisent pour démontrer que les Burgundions ont encore de nombreux descendants dans ces départements, où d'ailleurs se trouvent également de nombreux descendants des Séquanes, des Eduens et autres peu-
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plades, la plupart de race celtique, occupant antérieurement le pays. Cette dualité elimique est mise en évidence par la remarque suivante de M. Bertillon. Tandis qu'ordinairement, dans les divers départements , les jeunes hommes examinés lors des opérations du recrutement de l'armée sont répartis sous le rapport de la taille suivant une série statistique assez régulièrement croissante jusqu'à un nombre maximum exprimant la taille la plus commune, et décroissante au delà, pour le département du Doubs cette série statistique présente deux nombres maxima, l'un correspondant à la taille de 1™,752, l'autre à la taille de l^.G^o. Ces deux maxima montrent que, malgré les nombreux siècles écoulés depuis l'ari'ivce des immigrants septentrionaux, leur mélange avec les populations antérieurtis est loin d'être intime et général. En outre, de ces deux maxima il semble permis d'induire que la taille moyenne des deux principaux éléments ethniques constitutifs était pour le plus ancien au-dessous de ['^,Q'-2 et pour celui immigré au-dessus de \'^,lô, le croisement incessant devant tendre à égaliser ces tailles différentes. (Bertillon, Lagneau, Bull. Soc. d'anthrop., t. IV, p. 240 et 54(3, 1865.)
Lors de leur immigration dans les Gaules, les Burgondions y importèrent et depuis y conservèrent certaines législations, certains usages et métiers, certains animaux domestiques. M. E. Beauvais a fait remarquer qu'ils avaient appliqué des pénalités Scandinaves, entre autres celle relative à la femme adultère, enfermée dans un sac de cuir et noyée dans la vase. (Une pénalité des lois gombettes et les lumières qu'elle jette sur l'origine des Burgondes , in^", 1868, extr. dans Bull. Soc. d'anthrop., 2^ sér., t. IV, p. 88, 1869.) Suivant M. Hudry xMenos, aux envahisseurs venus du Nord serait due l'introduction dans une partie de la Suisse et dans la portion septentrionale de la Savoie de la race bovine au pelage pie ou tacheté, au mulle couleur de chair, connue sous le nom de race fribourgeoise ou d'abondance, semblable à celle du Jutland et des îles de la Baltique. (Rev. des Deux Mondes, p. 614, l^"" juin 1864.) Enfin lorsqu'on sait, par Socrate le scholastique, que la plupart des Burgundions étaient ouvriers en bois et vivaient de ce travail, on peut être porté à faire remonter loin la fabrication très-répandue des nombreux objets en bois connus dans le commerce actuel sous le nom d'articles de Sainl-Claude, ville du département du Jura. (Historia ecclesiastica Socratis, in-fol., 1668. Parisiis, l. VII, cap. 50, extrait dans dom Martin Bouquet, Rer. gallicar. Scriptor. , t. l, p. 604, in-fol. 1758.)
Lombards ou Langobards, Langobardi, Aa/^oSâpooi. — Ce peuple paraît avoir habité très-anciennement dans la partie la plus septentrionale de la Germanie, dans le Danemark actuel. Lors de la campagne de Tibère en Germanie, vers l'an 10 après Jésus-Christ, Yelleius Paterculus. son commandant de cavalerie, en parle comme d'un peuple très-belliqueux et très-sauvage. (Hist. Rom., CVI, p. 600, coll. Nisaid.) Ce militaire et Tacite, qui les dit peu nombreux, mais trouvant leur sûreté à ne pas craindre les périls et les combats (De Mor. Germ., XL, t. V, p. 292), les placent à l'est des Gauches, au nord de peuples puissants comme les Semnons, les Hermundures, auprès des Angles, des Varins ou Warnes, des Reudignes et divers autres peuples peu connus du littoral de la mer Baltique actuelle. Ce dernier auteur les range, ainsi que les Semnons, au nombre des nations suéviques. Plus tard, au deuxième siècle, Ptolémée les place également à côté de Suèves. « Suevae gentes, Semnones ac
FRA.^CE (anthropologie), 757
Langobardi... n (Tacite, Annales, 1. Il, cap. xlv, t. I, p. 222. — Ptolémée, Géogr., 1. Il, cap. x, p. 150, texte et trad. lat. de Wilberg.)
Ces Lombards, qui, sous la conduite d'Alboin vers 5G8, s'emparèrent d'Aquilée et occupèrent le nord de l'Italie, qui depuis a conservé le nom de Lombardie, mais ne se rendirent maîtres de la Ligurie que plus tard, par la prise de Gênes en 640, intéressent peu l'ethnogénie de la population de la France. (liouzé, Atlas un. hist. et géog., carte Yll, Italie.) Cependant, à la suite de diverses guerres, en 572, la Burgundie, dont la Bourgogne ne constitue qu'une partie, reçut de nombreux Lombai'ds vaincus. (Fauriel, Hist. de la Gaule mérid. sous la domination des conquérants germains, t. I, p. 182-192, 1836.) Dix ans plus tard les Lombards envahirent momentanément et dévastèrent la Corse. (Jacobi Hist. générale de la Corse, t. 1, p. 82, 1855.)
Du sixième au dixième siècle, les Lombards passaient parmi les autres nations voisines pour être infects, puants, pour être les propagateurs de la lèpre. Paul Diacre, cité par M. Francisque Micliel, dit qu'ils étaient comparés à des cavales puantes par un des fils deTusirende, roi des Gépides. (Pauli Warnefridi (leGestis Langobardorum, 1. VI, t. I, cap. xxiv,Lugd. Bat., 1595, in-8, p. 28-50. — Francisque Michel, Hist. des races maudites, t. I, p. 275, 1847.)
Etienne III, pape en 770, menaçait Chai'lemagne de l'excommunicalion, s'il épousait Berthe, la fille de Didier, roi des Lombards, et disait qu'il ne devait pas mésallier le très-noble sang des Francks avec celui de la perfide et très-puante nation des Lombards dont les lépreux tiraient certainement leur origine. « ...Perfida, (quodabsit!) ac fœtentissima Longobardorum gente polluatur ; quae.... leprosorum genus oriri certum est? » [Sacrosancta concilia... studio Ph. Labbei et Gab. Cossartii, t. YI, coll. 1717; et epist. lY Stephani III dans dom Bouquet : Rec. des Hisl. des Gaules, t. Y, p. 542.)
Celte prétendue importation de la lèpre par les Lombards mérite d'être rapprochée de certains faits pathologiques encore observés de nos jours sur quelques habitants de la Ligurie anciennement occupée par ces immigrés lombards. Le lépreux de la cité d'Aoste « totalement défiguré » suivant le comte Xavier de Maistre était des environs d'Oneglia, sur le littoral méditerranéen; il était d'une famille cruellement atteinte de cette affection. (Xavier de Maistre, 1825, t. I, Paris.) Sur cette même côte, à San Reino, le petit hôpital Saint-Maurice, créé par le roi Charles-Albert et dirigé par le docteur Aless.Rambaldi, recevrait encore quelques-uns de ces malheureux lépreux atteints de léoiitiasis et de lèpre anesthésique. (Y. Gibert, Rapp.àl'Acad. de méd. 21 oct. 1862: Gaz. hebd deméd., o. 6S\ 1862.) 11 y a une quinzaine d'années, vers 1865, Duchesne-Duparque disait à la Société de médecine de Pans, comme plus récemment M. Gillebert d'Hercourt disait à la Société d'anthropologie, avoir eu l'occasion de voir plusieurs de ces malades dans cet hôpital. [Bull. Soc. d'anthwp., 1" sér., t. XI, p. 159, 1876.) La description des symptômes présentés par certains de ces malades fit remarquer à M. Cbausit que cette affection était assez analogue au spédalsked des habitants des pays Scandinaves. Au point de vue de la patholofàe ethnique, il est assez curieux de retrouver actuellement sur cette partie de la cote méditerranéenne envabie parles Lombards, venus anciennement des pays septentrionaux, du Danemark actuel, une affection qui s'observerait dans les pajs du nord. Toutefois, ainsi qu'il a été dit précédemment à propos des Sarrasins et de leurs descendants restés dans les Alpes maritimes, Fodéré, qui a également vu de tes lépreux non-seulement à l'hôpital d'Aoste et en Ligurie, DicT. e:nc. 4° s. TV. 47
758 FRANCE (anthropologie).
auprès de Nice, à Pigna, à Castel-Franco, sur la Nervia dans les Alpes-Maritimes, mais aussi à Vitrolles-les-Martigues près de l'étang de Berre, dans le département des Bouches-du-Riiône, croit devoir rapprocher cette affection de l'éléphantiasis et attribue son importation aux Sarrasins. (Fodéié , Traité de méd. lég. et d'hygiène publ., t. Y, p. 126-7. Paris, I8I0. — Journal complémentaire du Dict. des Se. méd., t. lY, p. 12, 1819. — Yoy. aux Alpes-Maritimes, t. II, p. 242, etc., 1821.) Antérieurement Yalentin, au commencement de ce siècle, avait déjà eu l'occasion d'observer à YilroUes près de Marseille quelques lépreux présentant ainsi une destraction progressive, mais non douloureuse, principalement de la face et des extrémités par une dermatose à la fois squameuse, tuberculeuse et ulcéreuse. Non loin de YitroUes, aux Martigues sur l'étang de Berre, on avait également observé cette affection, transmissible souvent, mais non constamment aux enfants et aux petits-enfants, se montrant ordinairement à l'âge adulte, et amenant presque toujours la mort. (Yalentin : Bull de la Fac. de Méd. de Paris et de la Soc. établie dans son sein, 18.07, p. 48, et 1808, p. 145.)
Francks, Frakci, 'I>oâ7yot. — Après avoir parlé des "NYisigoths, des Burgundes qui au cinquième siècle vinrent se fixer dans les régions sud-ouest et orientale des Gaules, occupons-nous des Francks, qui, d'abord envahisseurs de la région nord-ouest de notre pays, puis vainqueurs des Wisigoths et des Burgundions, donnèrent leur nom à notre France.
Les Francks, ainsi que l'a fait remarquer Frérot (t. Y, p. 215), sont mentionnés pour la première fois vers 240 après Jésus-Christ alors que, selon Flavius Yopiscus, Aurëlien, tribun de la sixième légion à Maguntiacum, Mayence, eut à repousser leur incursion en Gaule. « Idem (Aureliaims) apud Maguntiacum tribunus legionis sextse gallicanse, Francos irruentes, quum vagarentur per totam Galliam, sic adllixit. » (Flavius Yopiscus, Aurelianus VII, Histoire Auguste, p. 569, coll. Nisard, éd. Dubochet.)
Selon Eutrope et Orose, dès la lin du troisième siècle, vers 286, les Francks ainsi que les Saxons infestaient le littoral des Gaules, que Carausius fut chargé de défendre. « Carausius... cum apud Bononiam per tractum Belgi* et Armoricae pacandum mare accepisset quod Franci etSaxones infestabant... » (Eutrope, Breviarium Historise romanae, I. IX, cap. xxi,ann. Chr. 286, coll. Nisard, p. 867.) « Deinde Carausius... quum ad observanda Oceani litora, quae tune Franci et Saxones infestabant... » (Orose, Hist., 1. YIÎ, cap. xxv, éd. Coloniaî, 1561, ext. dans dom Bouquet, Rec. des Eist. des Gaules, t. I, p. 597.)
Yers le commencement du quatrième siècle, Maximiu massacra et repoussa des milliers de Francks, qui avaient envahi la Batavie, entre les embouchures du Rhin et d'autres pays cis-rhénans. (Incerti pauegyricus Maxim, et Constant., p. 91 des Xlî Panegyrici veteres llenr. Slephani, au g YI, p. 151 de l'éd. Baehrens, Biblioth. Teubneriana, 1874.)
Un panégyriste de Constance, empereur, parle de Lœtes Francks, cultivant les terres des iServicns, des Trévires, des Ambianicns, des Tricasses et des Lingons, habitants de Cambrai, de Trêves, d'Amiens, de Beauvais , de Troyes et le Langres. « Maximiani Aug. nutu , Nerviorum et Trevirorum arva jacentia Isetus postliminio restitutus et receptus in leges Francus excoluit... quidquid infrequens Ambiano, et Bellovaco, et Tricassino solo Lingoiùcoque reslabat barbaro cultore revirescit. » (Incerti pauegyricus
FRANCE (anturopologie). 739
Constant, dans XII Paneg. veteres Henr. Stephani, et p. 147, § XXI, 1. c.)
Cette dénomination fédérative ou collective de Francks paraît n'avoir été employée qu'à partir du milieu du troisième siècle de notre ère.
Bien avant que le nom de Francks ne paraisse dans l'histoire, il est fait mention de certains peuples germains qui plus tard firent partie des Francks. Il importe donc d'indiquer d'abord les différents peuples du nord-ouest de la Germanie qui paraissent avoir constitué la fédération ou nation francke, très-analogue d'ailleurs à celles des Suèves, des Alamans, dont il a été précédemment parlé.
Les Sicambres, Sicambri, Sigambn,iuyx'j.èpoi, qui refusèrent de livrera César quelques cavaliers usipètes et tenchtères ayant cherché un refuge sur leur territoire (De Bell. Gall., 1. IV, cap. xvi), paraissent avoir habité sur la rive orientale du Rhin auprès de la Siéga, actuellement la Sieg, rivière affluant à ce fleuve près de Bonn. Pour aller ravager leur territoire (car s'étant retirés dans leurs forêts, César ne put les atteindre), ce proconsul construisit en l'an 55 avant Jésus-Christ son fameux pont du Rhin près des Ubiens, anciens habitants de Cologne. (De B. G., 1. IV, cap. xvii , xviii, xix.) Deux ans plus tard, lorsque César livra au pillage le pays des malheureux Eburons qu'on a vus habiter anciennement les environs de Liège, deux mille cavaliers sicambres, franchissant le Rhin, vinrent fondre sur cette pioie, et s'attaquèrent vainement à Quintus TuUius Cicéron, enfermé avec la quatorzième légion dans la forteresse d'Aduatuca (De B. G., 1. VI, cap. xxxv, etc.), trop célèbre déjà par le massacre et la vente comme esclaves de ses anciens possesseurs, les Aduatuques descendants des Cimbres.
Ces Sicambres luttèrent avec énergie contre la domination romaine qui cherchait à s'étendre sur les peuples d'outre-Rhin. Une dizaine d'années avant l'ère chrétienne, sous le règne d'Auguste, vaincus ainsi que leurs voisins les Suèves par Drusus et son frère Tibère, Dion Cassius nous montre leurs nobles, leurs plénipotentiaires arrêtés et internés dans différentes villes par Auguste, se donnant la mort pour échapper à cette privation de liberté. (Dion Cassius, t. VII, p. 574, lib. LV, § 6.) Suétone et Tacite disent que dans cette campagne de Germanie les Sicambres furent massacrés, et que quarante mille, d'entre eux, s'étant rangés sous les enseignes romaines, furent transportés en Gaule et y reçurent un territoire auprès du Rhin.
Il a été dit déjà que de l'an 14 à l'an 11 avant Jésus-Christ des Sicambres et des Suèves avaient été conduits de Germanie en Gaule.
«(Bello) Germanico, quadraginta millia dedititiorum trajecit in Galliam,juxtaque ripamRheni sedibus assignatis collocavit. » (Suétone, Tibère, XI, p. 525 du t. II du texte et trad. d'Ophellot de la Pause ; voir aussi : Auguste, XXVI, p. 49 du 1. 11.)
« Ut quondam Sugambri excisi, et in Gallias trajecti forent. » (Tacite, Annales, 1. XXXIX, p. 565 du t. V du texte et trad. de Dureau de Lamalle. Voir aussi 1. II, cap. XXVI, p. 190 du t. I.)
Eutrope dit bien aussi qu'à la suite de cette campagne de Tibère et Drusus en Germanie, quarante mille prisonniers furent établis en Gaule auprès du Rhin. (Eutrope, Epitome Breviarium Hist. Rom., 1. Vil, § 9, p. 852, coll. Niard.lMais ces prisonniers paraissent avoir été ramenés non du nord-ouest de la Germanie, mais plutôt de la Pannonie, des bords du Danube, où d'ailleurs aurait existé Sicambria, plus tard appelée Aquincum, actuellement Bude ou Ofen. (V. Malte-Brun, Abrégéde géogr. univ., 5«éd., p. 315, 1842.)
740 FRANCE (anthropologie).
Est-ce les descendants de ces Sicambres que, plusieurs siècles après, sous l'empire romain d'Occident, l'on voit fixés à Quarte sur la Sambre et à Horn? « Praefectus classis Sicambricae in loco Quartensi sive Horniensi. » (Notitia dignitatum, pars occidentalis, cap. xxxvii, 108, éd. Boëking. Bonna}, 1859-55.)
En voyant Sti"abon, Ptolémée et Dion Cassius placer les Sicambres près de rOce'an, au delà de l'île desBataves, non loin des Ménapiens, on peut croire que ceux restés en Germanie, descendant la rive orientale du Rhin, se portèrent en partie vers la mer du Nord, et s'établirent au nord-est des Ménapiens et des Bataves, près de l'embouchure de ce fleuve, au nord de la Lippe, auprès des Bructères et des Chérusques, au sud-ouest des Chauques, des Gimbres, des Lombards, etc. n/)6; Sï T&j w/.î«yôrj louyociièpoi re y.ai Xaûêot, y.cà Epoûz-rspoi x.a't Kî|y.êpot,
KaO/ot... (Strabon, 1. VI, cap. i, § 5, p. 2-41. Voir aussi cap. ii, § 4, p. 244, et 1. II, cap. m, § 4, p. IGl.)
Yiapà TÔv 'PÂvov tîotkuôv. ,. cœ âpy.Tou ot te Boycâv-TcOot ot Mtv.jOoi. v.aX oi Sûyatxêpoi.,
{»ï>'oû; 01 Soûryêot, oi AayyoSâpSoi.) Ptolémée, 1. Il, cap. X, p. 150, éd. de Wilberg.)
...Tôv TS x\QUTCÎav é'çsy^s, /.cl iç tàv tôjv 2'j-y«[/.êj3wv IvÉêa),:. (Dion Cassius, Ilist.
Rom., 1. LIV, § 55, p. 558. Voir aussi § 52, p. 557.)
Ces Sicambres que vers le commencement de notre ère commandaient les Melo, lesBaitorix, les Deudorix, mentionnés par Strabon (1. Vil, cap. i, § 5 et 4, p. 241-242), quelques siècles plus tard lurent un des principaux peuples du nord-ouest de la Germanie, compris sous la dénomination collective ou fédérative de Francks, Frasken, Franci, ^pâY/oi. Aussi Fréret croit-il devoir remarquer que les Francks sont une ligue formée au troisième siècle entre plusieurs peuples de la basse Germanie, les mômes à peu près qui du temps de Gésar composaient la ligue des Sicambres. Frek, Frak, Frenk, Frank, Vrang, selon les différents dialectes germaniques, répondrait au latin ferox, fier, intrépide, orgueilleux, cruel. (Fréret, Œuvres, De l'origine des Français, t. V, p. 164, 205, etc., 1798 (an VII).
Lorsque les Gaules furent envahies par ces Francks, la famille régnante dans laquelle était pris le kônincj élevé sur le pavois était d'origine sicambre. Bien que le nom de cette famille des Mérowigs rappelle celui des Mapouivyot, petite peuplade germanique que Ptolémée au deuxième siècle indique auprès des Tourons, des Ghamaves, des Cattes et des Tubantes (1, II, cap, x, p. 152), peutêtre ne témoigne -t-il que de l'immixtion de celte peuplade avec les Sicambres ayant habité anciennement auprès d'elle sur les bords delà Sieg? Lorsque saint Remy, après la victoire de lUodowig ou Clovis sur les Allemans à Tolbiac, le baptisa à Reiras : « Courbe la tète, Sicambre, dit-il au kcining des Francks : Mitis depone colla, Sicamber. » (Grégoire de Tours, Hist. Franc, I. II, cap. XXXI, du t. I, p. 218, texte et trad. de J. Guadet et Taranne.)
Au nombre des premiers Francks, qui vinrent s'établir dans les Gaules, étaient les Saliens, Salii, dont le nom aurait rappelé leur habitat antérieur, peut-être d'abord sur les bords de la Saaie, aflluent de l'Elbe, puis vraisemblablement sur ceux de Vlscda, actuellement l'Yssel, dans IcSallakd. AmmienJIarcellin dit que longtemps avant que Julien l'Apostat fût César dans les Gaules, c'est-à-dire avant le milieu du quatrième siècle après J.-C, ces Saliens s'étaient fixés dans la Toxandrie. « Julianus... petit primos Francos, eos videlicet quos consuetudo Salios adpellavit, ausos olim in Roraano solo apud Toxandriam locum liabitaculi sibi figere praîlicenter. » (Ammien Marcellin, I. XVII, cap. viij.)
FRANCE (anthropologie). 741
Tessender-loo, près de Hasselt dans le Limbourg, rappelle encore le nom de la Toxandrie, région que Ch. Wastelain dit encore s'appeler Vranruch, le royaume des Francks. (Description de la Gaule Belgique, p. 27, 55, et s., nouv. éd. Bruxelles, 1788.) Selon M. Emile de Lavelaye, certains caractères des habitants actuels, certaines de leurs habitudes, indiquent encore l'ancienne demeure des Saliens. (Rev. des Deux Mondes, p. 620, 1" juin 1861.)
Des Chamaves, Chamavi, Ka.y.avoi, paraissent avoir habité auprès des Salions au delà du Rhin, entre TYssel et ce fleuve, dans le Hamaland actuel ou pays des Hams ou Chams, suivant M. Lubach. (D. Lubach, Les habitants delà Néerlande : Bull. Soc. d'anthr., t. IV, p. 485, 1665.)
Tacite et Ptolémée placent ces Chamaves auprès des Chérusques qu'on verra habiter les bords du haut Véser, auprès des Dulgibins, auprès de^ Angrivariens qui occupaient le pays baigné par le haut Ems. « Angrivarior^t Chamavos a lergo Dulgibini... » (Tacite, De Mor. Germ., XXXIV, t. V, p. 282.)
'Yœ'oûç XKtjoou(T/,oî zat Krx^MVoi. (Ptolémée, 1. II, cap. X, p. 152.)
Ils semblent, comme les Sicambres et les Saliens, avoir immigré en deçà de ce fleuve, car Julien eut aussi à les combattre, à les soumettre ou à les contraindre à retourner dans leur pays. (Ammien Marcellin, 1. XVII, § 8, p. 80.) Mais Constance, d'après Eumène, paraîtrait avoir donné aux Chamaves des terres à cultiver en Gaule. (Eumène , Panegyricus in Constantium : dom Bouquet Rec. des hist. des Gaules, t. I, p. 715.) Aussi Ausone, en chantant les rives de la Moselle, parle-t-il de la France et des Cliaraaves. « Accèdent vires quas Francia, quasque Chamaves. » (Ausonii Burdigalensis opéra, Mosella X, V. 454-5, p. 529 in-4^ 1750.)
Ammien Marcellin met également au nombre des Francks les Attuaires, Atluarii, qui de leur pays, situé à l'est du Rhin, au delà de Tricensima, qui paraît être Santen près de Clèves, faisaient des incursions sur le territoire de l'Empire romain. (» ... Tricensimge oppido propinquabat. Rheno exinde transmisse rcgionem subito pervasit Francorum, quos Attuarios vocant, inquietorum hominum, licentius etiam tum percursantium extima Galliarum. » (Ammien Marcellin, 1. XX, § x, p, 159.)
Ces Attuarii étaient vraisemblablement les mêmes que les XocT-o-jipioi de Strabon et les Chasuari de Tacite. (Strabon, 1. VU, cap. i, p. 242. — Tacite, De Mor. Germ., XXXIV.)
Outre les Sicambres, les Saliens, les Chamaves, les .\ttuaires du nord-ouest de la Germanie, d'autres peuples belliqueux de plus en plus nombreux parais- , sent dès ces époques avoir été complais sous cette dénomination collective de Francks, Franken, les libres, les fiers. Aussi, au sixième siècle, Procope regarde-t-il les Fi'ancks comme synonymes des anciens Germains. Ot 5e ^pxyyoi ouToi reoaavoî [ih tô Tzackonbii oji/oud'Çoiizo. (Procope, De Bello Gothico,l. I, § 11 du t. II, p. 61 dutext. et trad. de Niebuhr : Corpus scriptorum historlœ hysantinœ. Bonnse, 1855. Voir aussi : § 12, p. 65, et de Bello Vandalico, 1. I, § 5 du t. I, p. 519.)
Cette dénomination, toutefois, n'était appliquée qu'aux Germains de la région nord-ouest, à ceux habitant non-seulement la région depuis appelée Frankenland, la Franconie, s'étendant approximativement du Mein à la Sieg, mais aussi la vaste région s'étendant de cette rivière jusqu'à la mer du Nord. Parmi les Germains de cette région nord-ouest, parmi ces Francks, ainsi que l'indique Fréret (Œuv. compl., t. V, p. 195), à côté des Sicambres, des Saliens, des Cha-
742 FRAA'CE (\KTnROP0LOGiE).
maves, des Attuaires se trouvaient des Cattes, des Chérusques, des Tubantes, des Usipètes, des Tenclithères, des Bructères, des Ampsivariens, des Angrivariens, des Ghauques, des Bataves, etc.
Les Cattes, Catti, KarTot, selon Tacite, habitaient à une certaine distance du Rhin, dans l'intérieur, au commencement de la forêt Hercynienne, une région légèrement montagneuse, située au delà du mont Taunus, vraisemblablement à l'est des Sicambres et des Attuaires ; cette région paraît être la Hesse actuelle. Selon Leibniz, le nom des Cattes serait dérivé du mot Cat^ chat, qu'exprime également le mot de Hesse. « Catti initium sedis ab Hercynio saltu inclioant. » (Tacite, De Mor. Germ., XXX, t. V, p. 278 et note. Voir aussi : Annales, 1. I, § 56, et ailleurs.)
Les Bataves, qui, selon Tacite, jouissaient d'une grande réputation de bravoure, qui à cheval et en armes ne craignaient pas de franchir à la nage le Véser ou le Rhin dans les endroits les plus z^apides de leur cours (Tacite, Ann., 1. Il, g 11 etHist., 1. IV, § 12. —Pline, H. n., 1. IV, cap. xxxi), n'étaient qu'une ■ fi'action de ces Cattes s'étant portée vers le nord, à la suite de dissensions. Tacite dit qu'ils s'étendaient peu le long du Rhin, mais qu'ils occupaient à l'extrémité nord-est des Gaules, de l'empire romain, une île située entre les embouchures de ce fleuve, entre ce fleuve et le Vahal. « Omnium harum gentium virtute praecipui Batavi, non multum ex ripa, sed insulam Rheni amnis colunt, Cattorum quondam populus , et seditione domestica m eas sedes transgressus , in quibus pars Romani imperii fièrent. » (Tacite, De Mor. Germ., XXIX.)
« Batavi, donec trans Rhenum agebant, pars Cattorum : seditione domestica pulsi, extrema Gallicae orse, vacua cultoribus, simulque insulam, intervada sitam, occupavere, quam more Oceanum a fronte, Rhenus amnis tergum ac latera circumluit. » (Tacite, Hist., 1. IV, § xii. Voir aussi Annales, 1. 11, § vi, et Hist,, 1. IV, § xxm.)
Le nom de Bétuve porté par une portion de l'île de Bommeler Waard rappellerait Vinsula Batavorum. Ainsi que l'indiquent Tacite, Pline, cette île était également habitée par une autre peuplade, celle des Canninéfates, Canninefates, de même origine, de même langue, de même valeur. Lors de la révolte du Batave Civilis, suivant la coutume de ces peuples du nord-ouest de la Germanie, de ces peuples francks, ils élurent Brinno comme chef de guerre en l'élevant sur le pavois, bouclier porté sur les épaules. « Canninefates, ea gens partem insuliE colit, origine, lingua, virtute pars Batavis. » (Tacite, Hist., 1. IV, § xv.)
« In Rheno ipso, prope centum m. passuum in longitudinem, nobilissima Batavorum insula et Canninefatum. » Pline, H. n., 1. IV, cap. xxix, t. I, p. 202.)
Suivant M. Derode, d'autres émigrants cattes, plus tard vraisemblablement, auraient pénétré plus avant dans les Gaules. En Flandre, les noms de Katzberg, de Kattfliet, et quelques autres analogues indiqueraient encore les localités par eux anciennement occupées entre Bailleul et Steenvorde, ainsi qu'auprès de Bourbourg. (Derode, Les ancêtres des Flamands : Annales du Comité flamand de France, t. VIII, p. 65, 1864-5. — État delà Flandre avant le cinquième siècle : Ann. du Corn, fland., t. IV, p. 215, note, 1858-9. — Hist. de Lille t. I>
Les Tenctères, Tencteri, Tenchteri, léyy-Tspoi, excellents cavaliers, étaient voisins des Sicambres, des Usipètes et des Cattes. Ils n'étaient séparés que par
FRANCE (a^turopologie). 745
le Rlnn des Ubiens, Ubii, anciens immigrés germains également appelés Agrippiniens, Agrippinenses, du nom de la colonie fondée par Agrippine, colonia Agrippina, actuellement CologiTC. (Tacite, De Mor. Germ., XXVlll, et ailleurs. Voir aussi : Pline, II. n., 1. IV, cap. xxxi.)
« Proximi Cattis certum jam alveo Rhenum... Usipii ac Tcncteri colunt. » (Tacite, De Mor. Germ., XXXII; voir aussi Ilist., I. IV, cap. lxiv.)
SÛYap.êo'ji TE 7àp /.al OùcriTckat v.od Tij/.rzpoi... (Diou Cassius, II. 11., 1. LIV,
§ 20, t. VII, p. 496.)
Auprès des Tenctères, également sur la rive orientale du PJiin, se trouvaient les Usipiens ou Usipètes, Usipii ou Usipetes, habitant dans une région comprise entre le fleuve et le pays des Cattes, répondant approximativement au duché de Clèves.
On a vu précédemment ces Tenctères et ces Usipètes, chassés par les Suèves, envahir eux-mêmes le territoire des Ménapiens en les refoulant vers l'ouest, dans la Flandre actuelle. (César, De Bello Gallico, 1. IV, cap. iv, et s.) Les Usipètes furent les premiers des Germains à reconnaître l'autorité de Drusus, dit Florus. (Epitom., 1. IV, cap. xii,p. 158. 1810, Argentorati.)
Les Tubantes, Tubantes, Toyêa-Tioi, que Strabon (1. VII, -cap. I, p. 242) et Tacite (Ânn., 1. I, ^ LI, p. 86) mentionnent à côté des Usipètes, des Bruclères, des Chérusques, des Cattes, paraissent d'abord avoir occupé à l'est du Pihin, à une certaine distance de ce fleuve, une région située au sud de la haute Lippe. Ces Tubantes, selon M. Lubach, auraient laissé leur nom au Tuivante du huitième siècle, au Twenthe actuel, partie orientale de la province d'Over Yssel. [Bull. Soc. iVanlhr.^i. IV, p. 485, 1865.) Mais ces Tubantes, selon Tacite, auraient aussi occupé à l'ouest du Rhin un territoire antérieurement possédé par les Gamaves ou Chamaves, dont il a été précédemment parlé, et depuis successivement par les Usipiens, les Frisons et les Ansibariens. « Ghamavorum quondam ea arva, mox Tubantum, et post Usipiorum fuisse. » (Tacite, Ann., 1. XUl, p. 92.)
A côté, au nord des Tenctères, sur la rive orientale du Rhin, sur les bords de la Lippe, Aouirta, près de VAmisia, l'Ems, et du haut Visurgis, le Veser, habitaient les Bructères, Brucleri, B^ouzi-ipot.
Bio-oupyt; rs /.ai Aovnia; TT-ota/i/d;,. . . pÉwv lîtà BpcviCTéporj. (Strabon, I. VII, cap. I,
« Ductum inde agmen ad ultimos Bructerorum : quantumque Amisiam et Luppiam amues inter, vasiatum. » (Tacite, Ann. 1. I, § 60, t. I, p. 104. Voir aussi p. 102.)
« Juxta Tencteros Bructeriolimoccupabanl. » (Tacite, De Mor. Germ., XXXllI.) Suivant Velleius Paterculus, très à même de connaître ces peuples du nord-ouest de la Germanie , suivant ce préfet de cavalerie , ces Bructères, ainsi que les Canninéfates, les Attuaires et les Chérusques, avaient accepté la domination romaine. (Hist. rom., CV, p. 599, coll. Nisard, éd. Dubochet.) Mais ce peuple, selon Tacite, aurait été vaincu, massacré ou chassé par ses voisins les Chamaves et les Augrivariens. Néanmoins beaucoup plus tard, sous l'empire d'Occident, des Bructères seivaient dans les Gaules comme auxiliaires, ainsi que des Saliens, des Ampsivariens, des Bataves et divers autres Germains. (Not. Dignit. cap. vu, § 1, c. 55.) Sulpice Alexandre, cité par Grégoire de Tours, montre encore les Bructères auprès des Chamaves et tout près du Rhin. Selon Sidoine Apollinaire, une iraction de ces
7i4 FRANCE (anthropologie).
Bruclères paraîtrait s'être également portée au sud de leur ancienne demeure, près des bords marécageux du Neckar.
«... Transgressus Pihenum, Bructeros ripaî proximos, pagum etiam quem Chamavi incolunl. » (Grégoire de Tours, Hist. Francorum, I. II, cap. ix, t. I, p. loi du texte et trad. de Guadetet Taranne.)
Bructerus, ulvosaquem veLXicer abluitunda. » (Sidoine Apollinaire, Panegyr. Aviti, t. III, p. loi, texte et trad. de Grégoire et Collombet.)
LesChérusques, Cherusci, X/ipoiJazoï, qui, commandés par /Irminiws, Hermann, avaient d'abord su vaincre les Romains, avaient détruit les légions de Varus, dans la forêt de Teutoburg, Teutoburgiensis saltus (Tacite, Ann., 1. I, g 60), habitaient à l'est des Bruclères, non loin de la haute Lippe, sur le haut Yeser, une région mai'écageuse, couverte de forêts. Au sud, ils avaient pour voisins les Cattes, leurs éternels ennemis. A l'ouest ils étaient limitrophes des Usipèles. Au nord se trouvaient les Chauques et les Angrivariens qui, pour se protéger des incursions des Chérusques, avaient élevé une vaste chaussée entre les marais et les bois. C'est dans cette région, s'étendant jusqu'auprès de l'Elbe, que Germanicus alla les atteindre et les battre. (Tacite, Ann., 1. II, g 9, p. 165.) « Angrivarii lato aggere extulerant, quo a Cberuscis dirimerentur. » (Tacite, Ann. I. Il, § 19, p. 180. Voir aussi : Ann.. 1. XII, § 28, p. 548, etc.)
« In latere Chaucorum Cattorumque Cherusci. » (Tacite, De Mor.Germ., XXXVI.)
Vraisemblablement dans une région mal déterminée, voisine de ces Chérusques et des Bruclères, à l'est des Chamaves dont une fraction occupait la rive orientale du Rliin, au sud-est des Frisons, au sud des Angrivariens, et au sud-ouest dès Lombards, pai'aissent avoir erré les Dulgibins, Diilgibini , Aouiyoxt'jMoi. (Tacite, De Mor. Germ., XXXIV, t. Y, p. 283.)
EItoc Aa.y.y.o^ûpSoi., v-f'ov; Ao-j).yoOptot. (Ptolémée, 1. II, cap. X, p. 151.) Certain passage de Sulpice Alexandre rapporté par Grégoire de Tours relatif aune campagne d'Arbogast contre les petits rois francks, subreguli Francorum, Sunnon et Marcomer, semblerait indiquer que les Ampsivariens, Ampsivarii, habitaient au nord-est des Bructères et des Chamaves, au nord des Cattes. (Grégoire de Tours, Ilist. Francorum, 1. II, cap. ix, t. I, p. 154 du texte et trad. de Guadet et Taianne.)
Les Angrivariens, ^H^rà'am, 'A-typtoviptoi, qu'on a vus habiter au nord des Chérusques, et au nord-est des Chamaves et des Bructères, dont ils avaient envahi le territoire, paraissent avoir occupé les bords de VAmisia, l'Ems. Selon Ptolémce, ils étaient placés entre les Suèves au sud-est, et les Chauques qui habitaient la région maritime. (Ptolémée, Géogr. 1. II, cap. x, p. 151.) Peutêtre occupaient-ils aussi quelque portion du littoral au voisinage de l'embouchure de ce fleuve : car à la suite de la tempête essuyée par la flotte de Germanicus au sortir de l'Ems, quelques soldats romains, jetés à la côte, furent rachetés et ramenés de l'intérieur à ce général par les Angrivariens. (Tacite, Annales, 1. I, cap. viii, xxn, xxiv, t. I, p. 165, 185, 187.) En tous cas, la nlus grande partie de ce littoral, de l'Ems à l'Elbe, était possédée par les Chauques, Chaiici, XaOzot. Aussi, api'ès cette tempête, I,i trirème de Germanicus alla-t-elle aborder dans leur pays. Ces Chauques se distinguaient en Grands et Petits Chauques. Suivant Plolémée, les Petits Chauques s'étendaient de l'Ems au Yeser, les Grands Chauques, du A'éser à l'Elbe. (Géogr. 1. II, cap. x, p. 150.) Us occupaient depuis le pays des Frisons, à l'ouest, une vaste contrée située sur les bords de la mer, au nord des Bructères et des Angrivariens, mais
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s'étendant vers le sud-ouest jusqu'aux pays des Chérusques et voire môme des Caltes. (Tacite, De Mor. Germ., XXXV et XXXVI, t. V, p. 284 et 286; et Amial., 1. XI, cap. XVII, XIX, t. II, p. 268, 270, etc.)
De ces Chauques, une fraction semblerait s'être établie sur la côte orientale d'IIibernie, l'Irlande actuelle : car Plolémée y signale des KkOzoi. (Géogr., Ptolémée, 1. H, cap. i, p. 105.)
Les Frisons, Frisii, ^piatoi, occupaient les bords de la mer, à l'est du Illiin qui les séparait des Bataves et des Canninéfates. (Tacite, Hist., 1. IV, cap. xv, t. V, p. 29 ; Ann., 1. 1, cap. lx, t. I, p. 102 ; 1. XI, cap. xix, t. Il, p. 271.) Leur territoire s'étendait au levant jusqu'à celui des Cliauques, jusque vers l'embouchure de l'Ems. (Ptolémée, 1. II, cap. x, p. 150.) Au sud et au sud-est, ils avaient pour voisins les Chamaves, les Cructères et les Angrivariens. Comme les Chauques, ils étaient divisés en Grands et Petits Frisons. Tacite et Pline nous les montrent habitant une région baignée par plusieurs branches du Rhin, et située autour de lacs immenses, entre autres du lac Flevo, qui, au treizième siècle, par suite d'une inondation maritime, devint le Zuyderzce. « A fronte Frisii excipiunt, Majoribus Minoribusque Frisiis vocabulum est, ex modo virium : utriEque nationes usque ad Oceanum Rheno prœtexuntur, ambiuntque immensos insuper lacus... » (Tacite, De Mor. Germ., XXXIV, t. V, p. 284. — Voir aussi : Pline, Hist. nat., 1. lY, cap. xxix, p. 202.)
Sous le règne de Néron, conduits par leurs chefs Verritus et Malorix, ces Frisons vinrent s'établir en deçà du Rhin dans un territoire qui avait successivement été occupé par les Chamaves, par les Tubantes et par les Usipiens ; mais les Romains les en auraient expulsés, au moins pour un certain temps. (Tacite, Ann., 1. XIII, cap. uv, t. III, p. 88, etc.)
Au sixième siècle, Procope indique les Fiisons, ^piatjo-jci, comme constituant un des trois peuples de la Grande Rretagne, l'Angleterre actuelle, d'où ces peuples trop nombreux auraient envoyé des émigrants en France, sur le continent, dans le pays des Francks. (Procope, De Bello Goth , 1. IV, cap. xx, p. 560 du t. II, texte et trad. lat. de Niebuhr.)
Dès la fin du siècle précédent, après la mort d'Hoël le Grand, un des chefs des Bretons armoricains, « la gent de Frize, vindrent par navire en la dite Bretagne armoricaine, où ils occupèrent Donnonense (région septentrionale)... De quoy, dit Ingomarus, prestre, au commencement de l'histoire saint Judichaël, roy de Donnonense, que par avant que 509 ans fussent passez les Frizons habitoient Lélavie, c'est à savoir Léonensé (environs de Saint-Polde-Léon)... Les Bretons d'Armorique et les insulaires de Ruinall ensemble congrégez firent bataille champestre contre partie des Frizons qui estoient demourez au païs, desquels ils oecirent la plus part, et les autres compoUèrent à fuir. )> (Pierre le Baud, Hist. de Bretagne, p. 655, ch. ix, in-fol. Paris, 1658.) Relativement à ces Frisons du littoral de la mer du Nord, de la Grande Bretagne, voire même de la Petite Bretagne, où ils semblent avoir dû laisser peu de descendants, il est bon de faire remarquer que Procope, pour qui les Francks ne sont que les anciens Germains, que les peuples habitant au nord-ouest de la Germanie, ne donne le nom de Frisons qu'à des insulaiies, qu'il distingue complètement des Francks.
Après avoir passé successivement en revue à propos des Francks la plupart de ces peuples du nord-ouest de la Germanie : Sicambres, Saliens, Chamaves, Attuaires, Cattes, Bataves, Canninéfates, Usipètes, Tenctères, Bructères, Tubantes,
746 FRANCE (anthropologie).
Chérusques, Dulgibins, Ampsivariens, Angrivariens, Chauques, Frisons, il faut remarquer que les derniers de ces peuples, très-vraisemblablement, ne firent guère partie de la confédération francke. Parmi les Germains, Pline et Tacite distinguent les Ingœvons, Ingœvones; Chauques, Teutons et Cimbres du littoral delà mer du Nord ; des Istœvons, Istœvones des bords du Rhin, et des Hermions, Hermiones ou Eerminones, du centre de la Germanie. « Ingœvones, quorum pars Cimbri, Teutoni ac Chaucorum gentes. Proximi autem Rheno, Istœvones quorum pars Cimbri ; mediterranei Hermiones, quorum Suevi Hermundun, Catti, Cherusci. » (PHne, 1. IV, § xxviii, p. 202.)
« Proximi Oceano Ingœvones, medii Herminones, ceteri Istœvones vocantur. » (Tacite, De Mor. Germ., II, p. 236.)
Or, envoyant les Sicambres, Saliens, Chamaves, Attuaires figurer au nombre des premiers Francks, on peut supposer que les Francks étaient moins les descendants des Ingœvons du littoral que des Istœvons et des Ilermions. On verra d'ailleurs que M. Yirchow a insisté sur certaines différences céphaliques existant entre les Francks véritables, et les Frisons, qu'il semble regarder aussi comme issus des Ingœvons. (Congrès des anlhropologistes allemands à léna, 1876; ext. Rev. d'anthr., t. YI, p. 558, 1877.)
Les Francks, anciens habitants du nord-ouest de la Germanie qu'avec Fréret (Œuv., t. Y, p. 215), avec le baron d'Eckstein, on doit considérer comme constituant une confédération, un groupe ethnique complexe (Disseit. sur les confédérations franques ou gei'maines et sur les Saliens : Catholique, janvier et mai 1828, p. 54, 157 et 180), paraissent s'être distingués eux-mêmes en deux groupes différents, les Francks Saliens et les Francks Ripuaires. La dénomination de Francks Saliens, Franci Salii, semble avoir été appliquée, non-seulement aux Saliens, peuple qui paraît avoir habité les bords de la Saale et de Ylsala, actuellement LYssel, et qui ayant été s'établir en partie dans la Toxandrie, à l'occident du Rhin, y fut battu par Julien l'Apostat, ainsi qu'il a été dit précédemment ; mais aussi à bien d'autres peuples germains, principalement de la région septentrionale, non pas voisine, mais peu éloignée de la mer et du cours inférieur du Rhin, en particulier aux Sicambres et aux Chamaves, ainsi que le dit M. Lubach. (Lubach, I. c. : Bull. Soc. d'anthrop.,^. 486, t. IV, 1865.)
La loi salique Pactus legis Salicœ, qui régissait ces Francks Saliens, aurait été rédigée par quatre députés élus par les habitants des Salagheve, Wisogheve, Bodogheve et Windogheve, c'est-à-dire de quatre cantons, dont deux des noms semblent rappeler les pays baignés par la Saîa ou Isala et le Visurgis, c'est-àdire par l'Yssel et le Véser, mais dont les deux autres noms nous indiquent insuffisamment les pays mentionnés. « Pactus legis Salicae :... Sunt autem electi de pluribus viri quatuor bis nominibus : Wisogast, Rodogast, Salagast et Windogast in locis quibus nomen Salagheve, Bodogheve et Windogheve. » (Dom Bouquet, Bec. des Hist. des Gaules, t. IV, .p. 122, 1741.)
La dénomination de Francks Ripuaires, Franci Rlpuarii, aurait été appliquée aux peuples germains d'une région moins septentrionale, à ceux des bords du Rhin, aux riverains, Ripuarii, en particulier aux Cattes et aux Ampsivariens, selon M. Lubach, soit qu'ils fussent restés sur la rive germanique, soit qu'ils se fussent établis sur la rive gauloise, entre ce fleuve et la Meuse, double habitat qu'eurent successivement plusieui-s de ces peuples. Leur ville principale étail Colonia Agrippina, actuellement /to/yi, Cologne. Une loi spéciale, LexBipuariuni, les régissait. (Dom Bouquet, 1. c, p. 252.)
FRA.NCE (anthropologie). 7-47
De ces deux groupes de Francks, les premiers, les Francks Saliens paraissent avoir surtout pris part à l'invasion des Gaules au commencement du cinquième siècle ; aussi la loi salique devint-elle la loi fondamentale du nouveau royaume des Francks.
A la tête de cette invasion des Francks se trouvait Hlodio ou Clodion. Ce chef de guerre, ce herzog aurait habité, selon Balderic, bien au delà du Rhin, sur les confins de la Thuringe, le château de Disbargum, actuellement Duisbourg en Westphalie ; cependant, assez généralement, on est porté à penser que cette résidence de Disparg était située bien en deçà de ce fleuve, sur les confins, non de la Thuringe, mais du pays de Tongres. « Clodio rex habitabat in Disbargo castello in finibus Toringorum, regione Germaniae...» (Balderic, Chronique d'Arras et de Cambrai, revue sur plusieurs manuscrits par LeGlay. Paris, 1854).
En tout cas saint Prosper d'Aquitaine dit positivement que vers le milieu du cinquième siècle, sous le patriciat d'Aétius, la partie des Gaules voisine du Rhin était en la possession des Francks. « Pars Galliarum propinqua Rheno, quam Franci possidendam occupaverunt, Aetii comitis armis recepta. » (Sancti Pi'osperi Aquitani Chronicon, p. 745 : Opéra omnia, Guill. Desprez. Paris, 1711.)
Selon Grégoire de Tours, Roricon et Balderic, ces immigrants germains traverjèrent la forêt Charbonnière, s'emparèrent de Turnacum, Tournai, de Camaracum. Cambrai, et s'avancèrent jusqu'à la Somme. Clodion fit d'Amiens sa capitale. (Grégoire de Tours, Hist. eccles., text. et trad. de Guadet, 1. 1, 1. II, cap. IX. Paris, 1856.) — « Clodio igitur rex missis prsecursoribus suis usque ad urbem Camaracum, ipse quoque cum exercitu maximo Rhenum transiens eos subsequutus est ; et ingressus Carbonariam sylvam, Turnacensem civitatem obtinuit et exinde Camaracum usque properavit... Qua civitate l'etenta inde progreditur et usque ad Sumam fluvium occupavit, et ingressus Ambianorum urbem, ibidem et regni sedem statuit... » (Roricon, monachus, Gesta Francorum, 1. 1, dans dom Bouquet, Rec. des Hist. des Gaules, t. III, p. 4.)
Quoique selon Sidoine Apollinaire ils aient été battus par Aétius et Majorien auprès du bourg d'Helena , vraisemblablement Lens , près de Béthune , ces Francks ne tardèrent pas à s'emparer de presque toute la région septentrionale des Gaules. (Sidoine Apollinaire, Panégyr. de Majorien, vers 215, p. 72, text. et trad. de Grégoire et Collombet.)
Plus tard lorsque, après les défaites de Syagrius, dernier patrice romain, à Soissons en 486, de Gondebaud, roi des Burgundions en 501, d'Alaric, roi des Wisigoths, à Vouillé en 507, les Francks de Clovis, Hhdowig, eurent étendu leur domination sur la plus grande partie des Gaules, le nom de France, d'abord limité à une région orientale allant du Rhin à la Thuringe et à une région occidentale cisrhénane répondant approximativement à l'ancienne Gaule Belgique, ne tarda pas à s'étendre à l'ensemble de notre pays, surtout lorsque Childebert et Clothaire, vainqueurs à Autun de Gondemar II vers 554, s'emparèrent du royaume de Bourgogne. Toutefois ce ne fut qu'en 759 que Pépin, après avoir chassé les Sarrasins de la Septimanie, dernière possession des Wisit^oths au nord des Pyrénées, réunit définitivement à ses États cette partie du littoral méditerranéen comprise entre ces montagnes et le Rhône. (Houzé, Atlas univ. hist. et géogr., cartes de France III-VII, etc.)
De même que la conquête de notre pays par les Romains, la conquête franque, qui eut une grande importance au point de vue politique, dut avoir
748 FRANCE (akthropologie).
une influence minime sur la population antérieure relativement nombreuse, sous le rapport anthropologique.
Aux immigrants germaniques en général, à ces Francks en particulier, qui ont principalement occupé la région septentrionale de l'ancienne Gaule Belgique, on est amené à assigner les caractères anthropologiques que Tacite reconnaît aux Germains regardés par lui comme formant une race spéciale, pure et homogène, caractérisée par des yeux hieus et farouches, par une chevelure rouge, par de grandes proportions et par un courage impétueux. (Tacite, De Mor. Germ.,IV.) D'ailleurs Sidoine Apollinaire, Claudien et maints autres auteurs signalent la blonde chevelure des Francks Sicambres, et jarticulier de deux jeunes
époux tombés aux mains des Romains, à la suite d'une attaque imprévue dirigée par Aétius et Majorien contre les Francks, qui, avec Cloio, Clodion, avaient envahi le pays des Atrébates, l'Artois, et étaient venus se faire battre auprès à'Helena. «... et flavis in pocula fracte Sicambris
Rhene tumens » (Apollinarius Sidonius, Panegyr. Avili Augusti,
vers 42, p. H 2 du t. III des texte et trad. de Grégoire et Collombet.)
« Nubcbat flavo similis nova nupta marito. » (Apollin. Sidon., Panegyr. Majoriani, vers 220, p. 72 du t. 111, 1. c.)
Ante ducem nostrum flavam sparsere Sycambri Cœsariem... (Claudianus, De quarto consulatu Ilonorii, p. 599, des text. et trad. coll. Nisard, éd. Dubochet.)
Sidoine Apollinaire, qui les montre portant leurs cheveux rouges tombant du sommet de la tête sur le front, mais ayant la nuque rasée, portant la barbe par touffes, ayant les yeux de teinte verte, de couleur d'eau, couvrant leurs grands membres de vêtements étroits, leur corps d'une courte tunique et d'un large baudrier, lançant le javelot qu'ils devancent par leurs sauts, ajoute qu'ils aiment la guerre depuis l'enfance et que « si le nombre de leurs ennemis ou le désavantage de la position les fait succomber, la mort seule peut les abattre, jamais la crainte. Ils restent invincibles, et leur courage semble leur survivre au delà même de la vie. »
« Rutili quibus arce cerebri
Ad frontem coma tracta jacet, nudataque cervix Setarum per damna nitet, tum lumine glauco
Albet aquosa acies
Si forte premantur
Seu numéro, seu sorte loci, mors obruit illos, Non timor ; invicti perstant, animoque supersunt Jam prope post animam. » (Sidoine Apollinaire, Panegyr. Majoriani, p. 75 du t. IIl.)
Dans la préface de la loi salique, les Francks sont dépeints comme nobles de maintien, sains de corps, blancs de teint, beaux de formes, audacieux, agiles, redoutables, « Gens Francorum inclyta, auctore Deo condita, fortis in armis, lîrma pacis fœdere, profunda in consilio, corpore nobilis et incolumis, candore et forma egregia, audax, velox et aspera. » (Pactus legis Salicoe. Prologus, p. 122 du t. IV du Rec. des Hist. des Gaules de dom Martin Bouquet, in-fol. 1741. Paris.)
Si de ces faibles indications fournies par les auteurs anciens on rapproche les documents ostéologiques relatifs aux époques mérovingienne et carlovingienne, de l'ensemble des ossements humains extraits des sépultures de ces époques
FRANCE (anthropologie)
recueillis ou étudiés par MM. Danicourt, Yallois et Bertrand à Étrepigny, par MM. Ilaignéré et Ilamy à Hardenthum, près de Marquise, dans le déparlement du Pas-de-Calais, par M. Garrigou près de Saint-Acheul, dans le département de la Somme, par MM. Broca et Bourgeois à Champlieu et à Chelles, près de Pierrefonds, dans le département de l'Oise, par M. Bigorgne à Chouy, près de Neuilly-Saint-Front, et par M. Prioux à Pommiers près de Soissons, dans le département de l'Aisne, par MM. Perrin et Pruner-Bey à Villebourg près de Tours, il semble permis d'inférer que la plupart des Francks immigrés d'outre-Rhin étaient des dolichocéphales, à face haute, à stature élevée, à ossature forte et longue. (Bertrand, Hamy, Garrigou, Broca, Bourgeois, Bigorgne, Lagneau, Prioux, Perrin, Pruner-Bev, Bull. Soc. danthr., t. YI,p. 596, 1865 ; 2'' sér., t. II, p. 262 et t. III, p. 25, 1867 et 1868; 1^« sér. t. IV, p. 206, 1865; t. IV, p. 464, 510, 511, 586, 1865, et 2« sér. t. III, p. 59, 1868; 1^" sér., t. VI, p. 496, 1865; t. VI, p. 595, 1865; 2<= sér., t. III, p. 289-294, 1868.) En effet 81 crânes de l'époque mérovingienne provenant de ces nouveaux immigrés et des anciens habitants principalement de race celtique, mesurés par MM. Broca et Topinard, offrent un indice céphalique moyen de 76,56 pour 100, indice de sous-dolichocéphalie. (Broca, Rev. (Vanthrop., t. I, p. 425, 1872. — Topinard, Bull. Soc. cVanthrop., 2« sér., t. XI, p. 469, 1877.)
Fig. 18.
Fi". 18. — Crâne de Franck de l'époque mérovingienne, donné par M. Broca au Musée de la Sociélé d'anthropologie, dessiné par M. E. Callamand.
M. Vircliow, qui considère les Francks, ainsi que les Bataves, les Chattuaires, les Suèves, comme les Germains àémmméi Eermiones par Pline (I. IV, § xxvm. p. 202), et les distingue complètement d'une part des bruns Ampsivariens, des Frisons, moins dolichocéphales, d'autre part, peut-être compris dans les Germains Ingœvones, également mentionnés par ce naturaliste, regarde ces Francks comme très-dolichocéphales. D'après les ossements recueillis près d'iéna, dans le cimetière du dernier âge de fer de Camburg sur la Saale, ils auraient un indice céphalique de 75,7 pour 100. C'est exclusivement à ce type dolichocéphale
750 FRAKCE (ANlHROPOiOGIE).
que MM. Kolmann et de Hœlder croient devoir conserver la dénomination de race o-ermanique, contrairement à M. Yirchow, qui paraît vouloir conserver la dénomination de germanique à diverses autres races existant en Allemagne. (Yirchow, Kolmann, de Hôlder, Septième congrès des anthropologistes allemands, léna, août 1876, ext. Rev. d'anthrop., t. VI, p. 352, etc., 1877.)
On a vu précédemment Procope distinguer les Frisons des Francks. Les mensurations prises par M. Sasse sur 19 crânes de Frisons du douzième au seizième siècle, tout en témoignant d'une certaine analogie de conformation, montrent que l'indice céphalique moyen est de 77,5 pour 100, peu différent de celui indiqué soit par Van der Hoeven, soit par M. Yirchow, d'après quelques crânes seulement. Ces crânes de Frisons seraient donc des sous-dolichocéphales, ils se feraient remarquer par un grand développement de la partie postérieure ou occipitale.
Fig. 19, 20. — Crûne de Franck de l'époque méi'ovingieune, donné par M. Broca au Musée de la Société d'anthropologie, dessiné par M. E. Callamand.
(A. Sasse, Sur les crânes des Frisons : Rev. d'anthrop., t. Ilï, p. 655-653, 1874.) Aussi M. Yirchow paraît-il considérer les Frisons comme présentant une conformation macrocéphalique naturelle les différenciant complètement des autres peuples germains. « Il y a, dit cet anthropologiste, dans une contrée qui commence d'après mes observations en Belgique et qui s'étend jusque dans le pays habité par les Frisons... sur la côte de la mer du Nord, une série de populations dont les ancêtres ont eu des crânes présentant cette forme macrocéphalique, et qui ont encore aujourd'hui cette même forme. » (Yirchow, Beitrâge zur physichen anthropologie der Deutschen mit besonderer Beriickscahtsgung der Friesen. Berlin, 1876, in 4**, et pi. — Yoy. aussi Cong. int. d'anthrop. et d'arch. préliist. de Stockholm, p. 518, 1874; et Congr. des anthrop. allemands, léna 1876 : Rev. d'anthrop., t. YI, p. 358, 1877.) M. Lubach, qui depuis longtemps distingue complètement les Frisons ou
FRÂ.NCE (anthropologie). 751
Cirabro-Frisons du littoral s'étendant du Danemark, l'uncienne Chersonèse Cimbrique, au Rhin, voire même au delà, des Francks et des Saxons Bas-Allemands, paraît regarder les descendants actuels de ces Frisons comme ayant généralement le visage plus ovale et allongé, les yeux plus bleus, les cheveux plus blonds, la peau plus blanche que les descendants des Francks. (Lubach, Les habitants delà ?{éerlande : Btill. Soc. cVanthrop., t. lY, page -494, 1865. — Yoy. aussi Yanderkindere, Ethnol. de la Belgique, 1872, p. 60.)
La vaste enquête instituée en Allemagne sur les proportions des individus bruns et blonds de la population scolaire, enquête dont M. Yirchow n'avait à sa disposition qu'une partie des résultats, celle, déjà fort importante, relative à 5 619 728 individus, dont -4 127 766 appartenant à la Prusse, montre que les blonds aux yeux bleus sont eu pi'opoilions variables de 45,55 à 55,72 pour 100, principalement dans les provinces qui de la Baltique et de la Germanie centrale s'étendent à l'ouest vers le Rhin. Cette répartition de nombreux blonds dans le Seswig-Holstein et dans la Poméranie, où le cercle de Cœslin en ayant 47,57 pour 100 serait le centre de cette population, dans le Brandebourg, la Saxe, le Hanovre, la \Vestphalie et le Palatinat paraîtrait à cet anthropologiste répondre assez exactement à la répartition des Germains Hermions auxquels il rattache les Francks (Yirchow, Rev. d'anthrop. 1. c, p. 558.) Dans les autres régions de l'Allemagne, surtout dans l'Allemagne méridionale, ces blonds Germains seraient peu nombreux. M. Yon lloldcr, en constatant que dans le Wurtemberg les dolichocéphales blonds aux yeux bleus ne sont au nombre que de 24 sur 168 adultes, soit 14 pour 100, remarque que même dans ce royaume du sud-ouest de l'Allemagne « les cheveux et les yeux sont de coloration d'autant plus claire que l'indice céphalique de rindiv:du se rapproche davantage du type germanique, » et dit « qu'on voit le plus fréquemment des yeux bleus et une chevelure blonde accompagner une haute stature. » (Hôlder, Formes crâniennes obs. en Wurtemberg: Rev. d'anthrop., 2^ série, t. I, p. 117, 1878.) Toutefois il est bon de remarquer que ces grands blonds n'appartiennent vraisemblablement pas tous à une race unique. La distinction faite, par MM. Lubach et Yirchow, entre les Germains-Francks et les cimbro-frisons tend à prouver la multiplicité des types blonds. Et certaines données linguistiques, certaines coutumes semblent corroborer cette séparation du groupe cimbro-frison du véritable tvpe o-ermanique. Les descendants de ces peuples qui du littoral continental de la mer du Nord, d'une part, passèrent en Grande-Bretagne sous les noms de Cimbres, Gymry, mentionnés par les Triades galloises, et de Fi'isons indiqués par Procope, et, d'autre part, s'avancèrent sur le continent au sud des embouchures du Rhin sous les noms de Cimbres et de Ménapiens, comme paraît le penser M. Lubach, ont conservé certains usages communs singuliers. (Themyvyrian archaiology of Wales (Triades galloises), vol. 11, p. 57. London, 1801.— Procope, De Bell. Golh., 1. IV, cap. xx, p. 260 du t. II. — Lubach, 1. c, p. 485.) Ainsi que l'a fait remarquer M. Sasse, les fiançailles, l'engagement matrimonial contracté par le Courting in hed signalé par M. Esquiros dans le pays de Galles diffère peu du Kveesten en usage dans l'île de Tessel et autres localités de la Hollande septentrionale, et de la coutume singulière que, suivant M. Eudes, auraient encore les fiancés dans les Flandres et voire même dans une partie de l'Artois de se coucher ensemble tout habillés sur un lit, au milieu des personnes prenant part aux kermesses, aux ducasses ou autres fêtes de ces pays. (A. Esquiros Rev. des Deux-Mondes, 15 février 1865. — Sasse, Bidl. Soc. d'an-
752 FRANCE (anthropologie).
throp., t. M, p. 276, 1865. — Eudes, Revue des diverses coutumes de l'arrondissement de Saint-Omcr : Mém. de la Soc. des antiquaires de la Morinie, t. V,
Saxons, Saxones, id'lovz;. — A l'époque où les Francks commencèrent à porter la dévastation sur le littoral des Gaules, les Saxons parurent également sur nos
côtes.
Ces Saxons, Sachsen, dont le noni dérivé de Sachs, mot germanique, aurait rappelé le couteau, la dague dont ils se servaient, dès le deuxième siècle de notre ère, sont mentionnés par Ptolémée comme hrbitant sur le col, à la partie étroite de la Chersonèse Cimbrique, c'est-à-dire dans le Sleswig-Holstein actuel. •••'Em TÔv tthyjvoc Tvii; Kiu.^piy.ïiç XEpao-j-fiuo-j SâHovîç... (Ptolémée, Géogr., 1. II,
cap. X, p. 150^ éd. de WiUerg.)
A la fin du troisième siècle, dès l'année 286, selon Eutrope et Orose, ces Saxons, ainsi que les Francks, infestaient nos côtes que Carausius était chargé de défendre contre leurs incursions. (Eutrope, Breviarium Hist. Rom., 1. IX, cap. XXI, ann. Chr. 287, p. 867, coll. Nisard. — Orose, Ilist., 1. VIII, cap. xxv, Colonise, 1561, ext. dans dom Bouquet, Rec. des Hist. des Gaules, t. I, p. 597.)
Plus tard pour maintenir, pour repousser ces hardis pirates du Nord, qui s'attaquaient également aux îles Britanniques, l'empire d'Occident entretint plusieurs officiers et divers corps de troupes. (Animien Marcellin, 1. XXVIIl, cap. V, p. 299 [ann. 570 ap. J. C], coll. Nisard.) Outre le comte du littoral saxon pour la Grande Bretagne, commandant à de nombreux soldats, les ducs ou généraux du littoral armoricain et de la seconde Belgique avaient sous leurs ordres des officiers, des cavaliers, des fantassins spécialement désignés comme occupant le littoral saxon. En Armorique, un tribun de cohorte résidait à Grannona, actuellement Guérande, sur le littoral saxon. Des cavaliers dalmates, placés sous le commandement du duc de la seconde Belgique, sont également indiqués comme étant sur le littoral saxon :
Comes Littoris Saxonici per Britanniam.
Tribunus Cohortis PrimiE Novae Armoricaî Grannona in Littore Saxonico.
Equités Dalmatae Marcis in Littore Saxonico. (Notifia Dignitatum in partibus Occidentis, cap. xxv, p. 80, cap. xxxvi, A. 1, p. 106 et cap. xxxvii, 1, p. 108, édit. Boëking, Bonnaî, 1859-55.)
On entendait donc alors sous cette dénomination la plus grande partie de notre littoral depuis l'embouchure de la Loire jusqu'auprès de celle de l'Escaut, limite septentrionale de la seconde Belgique; vaste région maritime, dont les habitants, ainsi que le dit Sidoine Apollinaire, craignaient constamment la descente de pirates saxons sillonnant la mer Britannique, la Manche actuelle, sur leurs barques faites de peaux.
« Quin et Aremoricus piratam Saxona tractus Spcrabat, cui pelle salum sulcare Brittannum
Ludus. » (Sidoine Apollin. Panegyricus Aviti Augusti, t. 111,
p. 156 du texte et Irad. de Grégoire et Collombet, 1856.)
Vers la fin du cinquième siècle, les Saxons occupaient les îles de la Loire et plusieurs grandes villes situées sur les bords de ce fleuve. Mais, selon Grégoire de Tours, Odoacre, leur chef, maître d'Angers et d'Orléans, à la suite de combats avec les Romains et les Francks de Childéric, en aurait été expulsé, ainsi que de ces îles, restées en la possession des Francks, « Adovacrius cum Saxonibus
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Andegavos venit... Adovacriusde Ândegavoetaliisobsidesaccepit. « (Grégoire de Tours, lîist. ecclesiast. Francorum, 1. II, cap. xviii, p. 182 du t. I, texte et trad. de Guadel et Taranne, 1836.)
« Cbildericus eum Odovacvo rege Saxonorum Aurelianis pugnans, Andegabum victor perrexit... His aclis inter Saxones etRomanos bellumgestum est. Saxones terga vertentes, multis ex eis exstinctis, insulae eorum, cum multo populo interempto, a Francis captse atque subversse sunt. » (Grégoire de Tours, Hist. Francorum epitoni. per Fredegariiim, cap. 18-19, xii : dom Bouquet, Rec. des Hist. des Gaules, t. II, p. 597, et Ilist. cccles. Franc, 1. II, cap. xi\, texte et trad. de Guadet et Taranne. — Voir également Roricon, Gesta Francorum, 1. I : dom Bouquet, t. III, p. 5.)
Cette expulsion des Saxons des îles de la Loire ne les empêcha pas de remonter ce fleuve à diverses éjjoques ultérieures.
Fortunatus semble rappeler ces incursions de pirates sur la Loire, lorsqu'il parle des myoparons ou barques étroites et rapides des Chérusques, Germains transrhénans dont il a été précédemment parlé, plutôt considérés comme des Fraudes que comme des Saxons. « Si Ligerim vobiscum ascendissem secundis fluctibus, et Namnetes occuiTissem navi quidem, te mihi Canobo, Cheruscis accersentibus myoparonem prsepetim, catus ... «(Yen. Hon. Glem. Fortunatus, Opéra omnia, l. III, cap. iv, ad Fclicem, p. 76 du t. I, Rec. de Michaelis Angeli Luchi, Romae, 1786, 2 vol.)
Ces Saxons, adorateurs de Saxnot, le porte-glaive, de Wuotan ou Wodan, de Douar, de Freyr, divinités analogues aux divinités Scandinaves, Odin, Thor, Frega, selon dom Lobineau et l'abbé Travers, sous la conduite de Marcel Chillon, après avoir assiégé Nantes, s'y seraient fixés et auraient été convertis au christianisme par saint Félix, évêque de cette ville. (Dom G. Alexis Lobineau, Hist. de Bretagne, t. I, p. 9-12. Paris, 1707, in-fol. — Travers, Hist. de Nantes, t. I, p. 55, avec annotations de Savagner, 5 vol., 1850-18M.)
« Apparuit ante dicta virtus Chillon... qui statim compunctus corde, conversus ad Dominum... » (Grégoire de Tours, De gloria martyrum, 1. I, cap. lx : dom Martin Bouquet, Rec. des Hist. des Gaules, t. II, p. 465.)
Fortunatus fait allusion à cette conversion des Saxons armoricains dans quelques vers adressés à saint Félix :
Aspera gens Saxo, vivens quasi more ferino,
Te medicante, sacer, bellua reddit ovem. (Y. H. Fortunatus, 1. III,
cap. IX, p. 91.)
L'abbé Travers, M. Caillo, et quelques autres historiens de cette région attribuent à cet évéque de Nantes la conversion non-seulement des Saxons qui se seraient fixés dans cette ville sous les ordres de Chillon, dont parle Grégoire de Tours, mais aussi de Saxons qui longtemps auparavant auraient été établis ans l'ancienne île ou presqu'île de Batz, dont un village, rappelant cette conversion aurait reçu à partir de cette époque le nom de Vicus Cruciatus, le Croisic.' (Abbé Travers, Hist. de Nantes, t. I, p. 58, etc. — Caillo, Notes sur le
Croisicp. 9, 1842.)
Bien que l'origine saxonne des habitants de cette presqu'île semble trèsinsuffisamment prouvée ; bien que leur provenance du nord de la Suède, rappelée par M. Roujou, ne repose que sur certaine tradition, plus contestable encore; bien que cette population circonscrite parle un dialecte breton et ait de grands rapports avec certains Bretons, ainsi que l'a démontré DicT. EKc. 4' s. IV. 48
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M. Bureau; bien que M. Broca et beaucoup d'autres peisonnes, lors d'une excursion en août 1875, aient pu constater que certains habitants du bourg de Batz et de Saille avaient des yeux et des cheveux de couleur foncée et une conformation brachycéphale, 15 d'entre eux offrant l'indice moyen de 85,67; lorsqu'on se rappelle que la Notice des dignite's de l'empire place en littoral saxon la ville de Grannona, plus lard appelée Aula Quhnaca, actuellement Guérande du nom de Quereck ou Warock, chef hreton du comté de Vannes; lorsqu'on sait que cette petite population, qui elle-même se donne cette origine saxonne, se distingue de celle du voisinage par ses mœurs, ses costumes, ses occupations signalées par M. Morlentet par de nombreux observateurs; lorsqu'on voit M. Audiganne, M. Roujou, M. Aug. Voisin, dans ses recherches démonstratives de l'innocuité des unions consanguines, attribuer aux sains et vigoureux habitants de cette presqu'île de Batz une haute stature, une tète allongée, un front haut, une face très-longue, ovale, des cheveux blonds ou châtains, des yeux bleus ou gris, de grands traits, un nez long, des oreilles grandes, un menton long, un cou allongé, des épaules larges, etc., caractères que j'ai moi-même remarqués sur un certain nombre de femmes réunies dans l'église du bourg de Batz, on est amené à ne pas regarder comme complètement inadmissible l'ancienne origine germanique de quelques-uns de ces sauniers, de ces paludiers, de ces travailleurs des marais salants du département de la Loire-Inférieure. Le sang des anciens Saxons se serait seulement plus ou moins mêlé à celui des Bretons du voisinage. (Bureau, Broca, Assoc. pourl'avanc. des sciences, sess. de Nantes, en 1875, p. 869, 880, 899. — Morlent, Précis hist., statist. et miner, sur Guérande, leCroisic et leurs environs, p. 107, etc. Nantes, 1819. — Auguste Voisin, Contribution à l'hist. des mariages entre consanguins; Et. sur la commune de Batz: Métn. de la Soc. (Vanthrop., t. Il, p. 405-459. Paris, 1865. — A. Audiganne, Les Paludiers des marais salants : Rev. des Deux Mondes, p. 218, nov. 1868.— Boujou,B«//. Soc. t?'an//iroj)., 2«sér., t. IX, p. 254. 1874.)
Outre cette colonie saxonne, insuffisamment démontrée, de la presqu'île de Batz, sur le littoral saxon, qui, ainsi qu'il a été indiqué précédemment, paraît s'être étendu depuis la Loire jusqu'auprès de l'Escaut, les abbés Le Bœuf et de la Bue, M. Mangon de la Lande ont insisté sur les immigrants saxons qui seraient venus s'établir en grand nombre dans le pays de Baiocasses, dans le Bessin, auprès de Bayeux. (Le Bœuf, Sur le canton du Bessin anciennement habité par les Saxons et connu sous le nom d'Otlingua Saxonia: Mém. de l'Acad. des inscriptions et belles-lettres, t. XXI, p. 507, etc., années 1747 et 1748. Paris, 1754. — Abbé de la Rue, Mém. sur l'invasion des Saxons et leurs colonies dans le diocèse de Bayeux et plus particulièrement sur l'Ollingua saxonia et les rapports de cette contrée avec le pays appelé aujourd'hui le Cinglais; Nouveaux essais sur la ville de Caen et son arrondissement, p. 57, etc. Caen, 1842. — Mangon de la Lande, Mém. sur l'antiquité des peuples de Bayeux, 1825.)
Ce sont ces Saxons de Bayeux, ou plus exactement ces Saxons Baiocasses, que Grégoire de Tours signale à plusieurs reprises dans les guerres ayant eu lieu dans la deuxième moitié du sixième siècle, entre les Francks de Frédégonde et les Bretons de Warock. « ... Warocus per noctem ruens, nimiam stragem de axonibus Baigassinis fecit. » (Grégoire de Tours, Hist. franc, epitom., cap. 27, Lxxx: dom Bouquet, Rec. des Hist. des Gaules, t. II, p. 409.) « Fredegundis... Bajocassinos Saxones, juxta ritum Brilannorum lonsos atque
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cullu vestimenti compositos in solatium Warochi abire praecepit. » (Gz'égoire de Tours, Hist. Franc, 1. X, cap. ix, p. 568 du t. II de dom IJouquet, loc. cit., ou p. 494 de l'éd. de Rninart, 1699.)
« Sed ille (Warochus) dolose per noctem super Saxones Baiocassinos ruens maximam exinde partem interfecit. » (Grégoire de Tours : Histor. Francorum, 1. V, cap. xxvii, p. 272 du t. II, du texte et trad. de Guadet et Taranne, 1837, et p. 251 du t. II de dom Bouquet, loc. cit.)
Les descendants de ces colons saxons baiocasses, connus aussi sous la dénomination de Saisnes de Bayeux, auraient habité diverses petites localités comme Saon, Saonais, Oisti'eham, Airan, anciennement Heidram, principalement auprès de la Dive. Ainsi que l'a montré M. F. Pluquel, beaucoup de dénominations locales terminées en tôt, bow, ham, heim, haus, rappelleraient encore la présence de ces Saxons. (Contes popul. del'arrond. de Bayeux, vocabulaire, p. 65, etc. Caen, 1825.)
Les Saxons, qui, au deuxième siècle de notre ère, à l'époque de Ptolémée, ne paraissent avoir occupé que la portion méridionale de la Chersonèse cimbrique, le Sleswig-Holstein actuel, plus tard, vraisemblablement par suite de leur prépoiencepar rapport aux peuples voisins, semblent avoir imposé leur nom à la plus grande partie des habitants de la Germanie septentrionale. Aussi M. Lubach croit-il devoir ranger sous la dénomination de Saxons les Chauces, les Angrivariens et les Chérusques, dont on a vu précédemment Fortunatus rappeler les incursions, sur leurs barques rapides, jusqu'à Nantes. (Lubach, les Habitants de la Néerlande, Bul. Soc. d'anthrop., t. IV, p. 486, 1865.) La dénomination de Saxons devint, dès lors, une dénomination collective, commune aux peuples septentrionaux de la Germanie, comme antérieurement celles de Suèves et aussi d'Alamans, aux peuples des régions centrale et sud-ouest, comme celle de Francks aux peuples germains des bords du Rhin. Les Saxons s'étendaient donc depuis l'embouchure de l'Ems à l'ouest, depuis le haut Yssel, au nord de l'Erzgebirge, jusqu'à la Saale et le cours moyen de l'Elbe à l'est. An nord-est du cours inférieur de ce fleuve, au sud du Danemark, dans le Sleswig-IIolstein, habitaient toujours les Saxons qui, les premiers, avaient porté ce nom. Au milieu du cinquième siècle, ces Saxons, appelés par les Bretons de Grande-Bretagne pour les défendre contre les Pietés et les Scots, s'y fixèrent et y fondèrent au sud-est les royaumes de Kent, de West-Seaxe, de Suth-Seaxe et de East-Seaxe. Le comté de Middle-Seaxe, situé plus au centre, rappelle également leur nom. Mais sans s'arrêter aux conquêtes et à l'établissement des Saxons dans les îles Britanniques, sans s'arrêter davantage à la migration beaucoup plus récente des Saxons appelés au douzième siècle par Geysa II, roi de Hongrie, dans la partie de la Transylvanie appelée depuis pays des Saxons, dont Hermanstadt, Carlburg, Kronsdadt, sont les villes principales (Malte-Brun, Abrég. de géog. univ., p. 522-525, 1842, etc.), car ces diverses conquêtes et mii;rations n'intéressent pas l'ethnologie de la France, il importe de rappeler que de nombreux prisonniers saxons furent transportés en France.
A la fin du huitième siècle, les Saxons se divisaient en quatre groupes disrtincts. A l'ouest, les Westfalen, Westvali, habitaient auprès des Frisons, entre l'Ems et le Weser; leur nom est encore resté à la Westphalie. Les Engerjv, An. garii, habitaient plus au sud, sur les affluents du haut Weser, l'ancien pays des Anorivariens. Les Ostfalen ou Osterlingen, Osterlingi, occupaient le pays s'étendant à l'est du Wéser jusqu'à l'Elbe. (Poetse Saxonici Annal, lib. 1, ann. 775, xn. vers 227, 217, 262, etc., dans dom Martin Bouquet, Rec. des Hist. des
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Gaules, t. V, p. 140, etc.) Au nord de ce fleuve habitaient toujours les anciens Saxons, les Transalbiens ou Nord-Albingiens. A la suite de guerres incessantes, Cbarlcma<Tne, après avoir fait éprouver aux Saxons de cruelles défaites, à Sigeburg, à Euclvholtz ou Bocbolt, àTbietmclli, actuellement Detmold, après avoir fait décapiter 4500 Saxons à FERDE^ ou Verden, sur l'Allier, porta ses armes victorieuses au delà de l'Elbe jusqu'à TEyder, et fît transporter au moins 10 000 Saxons, ainsi que leui's femmes et leurs enfants, en France, dans ses vastes Etats de Gaule et de Germanie. E^inhard parle de la transportation non-seulement de 10 000 Saxons, babitant sur les deux rives de l'Elbe; mais aussi, en 804, d'autres Saxons habitant la Wihmuodie au delà de ce fleuve, dernier pays qui fut livré aux Abodrites ou Obodrites, de race slave. «... In suam potesfatem redactis, deeem millia hominum, ex bis qui utrasque ripas Albis fluminis incolcbant, cum uxoribus et parvulis siiblatos transtulit, et hue atque illuc per Galliam et Germaniam multimoda divisione distribuit. » (Eginbard, Vita Karoli impcratoris, cap. vu, t. I, p. 26 : Omnin opéra, texte et trad. de Teulet, 1840, Paris.)
« Ann. 804;... omnes qui trans Albiam et in Wihmuodi habitabant Saxones, cum mulieribus et infantibus, transtulit in Franciam, et pagos trans Albianos Abodritis dédit. « (Eginbard, t. I,p. 258.)
Suivant Dreux du Radier, ces deux transmigrations auraient eu lieu l'une en 785, et l'autre une vingtaine d'années plus tard, bien longtemps après le baptême du vaillant ^^'idokind ou Witikind, chef des Saxons d'Angrie, longtemps à la tête de tous les Saxons. (Dieux du Radier, Vie de Witikind, à la suite de : Gaillard, Ilist. de Charlcmagne, t. 11, p. 420, etc., 1819.)
Que devinrent ces nombreux captifs saxons, hommes, femmes et enfants, disséminés sur différents points de la Gaule et de la Germanie, faisant alors partie des Etats de Charlcmagne? Le Bessin sur le littoral de la Manche et les marais voisins de Saint-Omer ont été signalés comme ayant reçu de ces Saxons
immigres.
Selon l'abbé de La Rue, ce serait vers l'ancien pays des Baiocasses qu'on a vu précédemment avoir été occupé par des Saxons à l'époque mérovingienne, vers ce pays des Saxons-Baiocasses situé aux environs d'Oistreham, auprès des embouchures de l'Orne et de la Dive, dans le département actuel du Calvados, que Charlcmagne aurait fait transporter les Saxons transalbiens. (L. c, p. 56, etc.) Les dénominalions d'Otlingua Saxonia, Autlingua Saxoniœ, données à partir du neuvième siècle, dans des capitulaires et autres actes, à un petit canton paraissant situé entre la Dive et l'Orne, auraient servi à désigner le pays occupé par ces Saxons, vaincus et transportés. (Capitularia Regum Francorum, titulus XIV, p. 47 du t. II de Stephan. Baluzius. Venetiis, 1773). A ces Saxons du Bessin, soit des temps mérovingiens, soit du neuvième siècle, se rattachaient vraisemblablement ceux qui, d'après Odolant Desnos, auraient laissé leur nom à la Curia Saxonia, à la cour de Saxe, dans le Corbonnais et au canton de Sonnois, près d'Alençon. (Odolant Desnos, Mém. hist. sur Alençon, p. 32, 2*^ éd. annotée par Léon de la Sicotière. Alençon, 1856.)
Quelques historiens, entre autres Warnkœnig, ont aussi été portés à penser que de nombreux Saxons auraient été transportés par Charlcmagne du pays situé au nord de l'Elbe sur le littoral voisin de Saint-Omer et de Gand, particulièrement entre Ypres et la première de ces villes. Cette région maritime que Malbrancq paraît regarder comme le véritable littoral des Saxons de l'ancien empire d'Occident, vers le commencement du neuvième siècle, aurait reçu
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des Saxons, pour lui synonymes de Gimbres ; ce iqui s'explique, puisque les Saxons primitifs, les Nord-Albingicns, habitaient la partie méridionale de la Gliersonèse Cimbrique, le Danemark actuel, et très-vraisemblablement ne différaient nullement des Cimbres des bords de la mer du Nord. (Warnkoenig, llist. de la Flandre, t. I, p. 120, trad. de l'allemand par Gheldolf. Bruxelles, 1835. — Malbrancq,De Morinis, 1. 1, p. H, cap. iv, 1639, 5 vol. in-^".)
Cette région, d'après 31. Florentin Lefils, aurait présenté au nord du golfe Ictius, ancien estuaire de l'Aa, de nombreuses îles dites îles Saxonnes, depuis réunies à la terre ferme par une émersion ultérieure plus étendue. (Rech. sur la configuration de la côte de la Morinie, 2« partie, ch. iv, p. 162, eli. Paris, 1869.) ^
Sigebert et Pierre le Baud pensaient que les Saxons transrliéaans vaincus par Charlemagne avaient ainsi été transportés sur cette partie du littoral et étaient devenus les Flamands. « Les Saxons, dit le Baud, peuple de Saxonie qui est province de Germanie, par plusieurs fois par Gharlemigne empereur submis, comme souventes fois ils luy suscitassent nouvelles batailles, en la p.irfin, selon Sigebert, contrains par luy passèrent deçà le Rhin avec leurs femmes et leurs enfans, l'an de notre Seigneur huict cens trois et habitèrent Flandres, dont ils furent nommés Flamans. » (Le Baud, Hist. de Bretagne, ch. i, p. 3, in-fol. Paris, 1638.) Rabelais parle de ces Saxons transportés en Flandre. « Gharlemaigne, dit-il, feit d'ung diable deux, quand il transporta les Saxons en Flandres et les Flamens en Saxe... Les Saxons continuarent en leur rébellion et obstination première, et les Flamens. habitant en Sase embeurent les moeurs et conditions des Saxons. » (Pantagruel, 1. 111, ch. i, p. 201, 1841, biblioph. Jacob.) A ces Saxons ou à des Flamands fugitifs sembleraient également devoir être rapportés, selon M. Siméon, M. Piers, M. Derode, MM. Yallongue et Derheims, les Lyselards et Hobrighernarts ou Hautponnais des faubourgs et marais voisins de Saint-Omer, ainsi que les habitants du Hantay, dans le département du Nord. (B. Siméon, Sur les usages et le langage des habitants du Haut-Pont, faubourg de Saint-Omer : Mém. de la Soc. des antiquaires de France, t. 111, p. 357, 364, 1821. — H. Piers, Hist. des Flamands du Haut-Pont et de Lysel. Saint-Omer in-8, 1836. — Derode, Les ancêtres des Flamands : Annales du Comité flamand de France, t. Vlll, p. 64. — J. Derheims, Hist. de la ville de Saint-Omer, p. 88. Saint- Omer, 1845.)
D'ailleurs, avec M. Derode, on est assez généralement disposé à regarder les Flamands, Vlaemings, comme ayant constitué les dernières immigrations germaniques dites saxonnes, venues de la région maritime du nord-ouest de la Germanie. (Derode, Les anc. des Flamands; et Bribes philosophiques: Ann. du Corn, flam., t. YH!, p. 60-69, etc. 1864-5, et t. V, p. 121, 1859-60.)
L'introduction de la langue flamanle sur notre littoral remonterait au moins à l'époque où cette région aurait reçu le nom de Litus Saxonicum ; les dialectes Vlaemsch ou flamand, hollandais, frison, saxon, franck, paraissent avoir les plus grandes analogies, d'après MM. L. Rodet, de Goussemaker et autres linguistes spéciaux. (Léon Rodet, Rem. sur quelques dialectes parlés dans l'Europe occid. : Ann. du Com. flam., t. V, p. 274, 1859-1860. — D. Goussemaker, Délimitation du flamand et du français ; Quelques rech. sur le dialecte flamand; et Keure de Bergues : An7i. du Com. flamand, t. III, p. 394 et 1856-7 ; t. IV, p. 79, 1859 et t. V, p. 183, 1859-1860, etc.) Pélisson, rappelé par M. Piers, appellerait cette langue des habitants des marais de Saint-Omer le
T&8 FRANGE (anthropologie).
besin. Serait-ce dans la pensée qu'elle est analogue à celle anciennement parlée dans le Bessin, région du département du Calvados qu'on a vu précédemment aToir été colonisée par de nombreux Saxons? 11 faut d'ailleurs remarquer que, bien avant les immigrations saxonnes ou flamandes, vraisemblablement dès les temps préliistoriques, dès l'époque celtique ou pré-romaine, les nombreux immigrants, transrhénans, Belges et Germains avaient dû modifier notablement le langage des habitants du nord-est de notre pays, ainsi que semble en témoigner César lorsqu'il dit que les habitants des trois grandes divisions de la Gaule diffèrent entre eux parla langue, les lois et les institutions. « Ili omnes (Belgae, Celtae, Aquitani) lingua, institulis, legibus inter se diffcrunt. » (César, De Bello Gall.,1. I, cap. I.) Mais sous la domination romaine, l'introduction de la langue latine et la formation de dialectes ou patois romans avaient pu faire disparaître plus ou moins complètement l'influence linguistique de ces immigrants d'outrehhin, dont d'ailleurs le nombre s'accroissait incessamment par la transmigration deLaetes, LcE/i,L^TEN, de prisonniers germains dans la région des Gaules, voisine de ce fleuve, qui coulait ayant à l'est l'ancienne Germanie, actuellement l'Allemagne, et à l'ouest deux provinces gauloises portant également les noms de Germanie première ou supérieure, et de Germanie deuxième ou inférieure.
Notre dialecte flamand, le plat-vlaemsch, comme le désigne M. de Coussemaker pour le distinguer du flamand belge et du hollandais, paraît avoir été anciennement parlé au sud-ouest de l'Aa et du Neufossé, ainsi que M. A. Courtois l'a démontré. (Communauté d'origine et de langage entre les habitants de l'ancienne Morinie flamingante et wallone : Annales du Comité flatn., t. IV, p. 590, etc., 1858-9, et Ancien idiome audomarois : Dictionn. geograph. de Varrond. de Saint-Omer ; Mém. delà Soc. des antiquaires de la Morinie, t. XllI, S*' part. p. 63, 1864-1869.) Actuellement, d'après les recherches de linguistique topographique de MM. de Coussemaker et Bocave, l'aire géographique du dialecte flamand en France est limitée, dans le département du Pas-de-Calais, au Haut-Pont, au Lysel, à Clairmarais, faubourgs de Saint-Omer, et à Buminghem, et dans le département du Xord, à l'arrondissement de Dunkerque, moins le canton de Gravelines, et à l'arrondissement d'Hazebrouck excepté la parlie sud du côté de Merville. (De Coussemaker et Bocave, Déhniitation du flamand : Ann. du Com. flam., t. 111, p. 377, etc. 1856-1857.)
Meyer et Malbrancq paraissent considérer les Flamands comme les descendants des sujets d'un certain chef franck, fils de Blésinde sœur de Chlodion, du nommé Flandbert, époux de Théodora, fille de Goldner, roi des Buthènes et des Cimbres établis dans cette région maritime. (J. Meyer, Flandricarum rerum, t. X, fol. 4, Antuerpiae, 1551, in-12. — J. Malbrancq, De Morinis, t. 1, p. 174, 1659, 5 vol. in-4".) Avec plus de vraisemblance, ou a cru reconnaître au nom de Vlaëmings la signification d'immigrés, parfaitement applicable soit aux Ménapiens qu'on a vu précédemment avoir été chassés d'outre-Bhin par les Usipètes et les Tenchtères en cette région maritime (César, De Bello Gallico, 1. IV, cap. iv, etc.), soit aux Saxons ayant pu donner leur nom à l'ancien Litus Saxonicum, soit même à ceux qu'aurait pu y faire transporter Charlemagne. Il est bon toutefois de remarquer que le territoire des Flandres flamingantes correspond d'une manière plus ou moins approximative à la région occupée par ces Ménapiens.
Sidoine Apollinaire dépeint les Saxons comme ayant les yeux bleus. « Islic Saxona cœrulura videmus. » (Lib. VllI, epist. ix.) Quelques têtes d' Anglo-Saxons décrites par MM. Davis et Thurnam étaient
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dolichocéphales et platycéphales. (Grania Britannica, l""* déc. 1856, deux tètes d'Anglo-Saxons, et les trois décad. suivantes.) La description que M. Auguste Voisin a donnée des habitants du bourg de Batz, parfois regardés comme étant d'origine saxonne, montre un type de haute et forte stature, à la tète dolichocéphale, à la face haute, aux grands traits, aux yeux gris ou bleus, aux cheveux blonds ou châtains ; caractères bien différents de ceux observés par MM. Broca et Bureau sur plusieurs brachycéphales aux cheveux de couleur foncée, aux yeux bruns ou gris de celte localité. (Aug. Voisin, Et. sur le bourg de Batz : Mém. de la Soc. d'anthr., t. II, p. 4M. Paris, 1865. — Broca, Bureau, Assoc. pour l'avanc. des sciences, sess. de Nantes, 1875, p. 869, 880, 899.)
Quant aux Flamands, aux habitants des Flandres française et belge, d'après les documents statistiques recueillis par M. Beddoe, M. Vanderkindere, M. Bertillon, sur la coloration des yeux et des cheveux, sur les exemptions du service militaire pour défaut de taille et pour infirmités, sur la mortalité, etc., d'après quelques mensurations crâniométnques prises sur sept têtes osseuses par M. Virchow; d'après quelques remarques anthropologiques faites par M. Hovelacque et d'autres observateurs, ils se feraient remarquer le plus généralement par une tète allongée, sous-dolichocéphale, ayant un indice moyen de 76,1 pour 100, par des cheveux châtains, ou de couleur foncée, par des yeux clairs ou gris, par un développement remarquable des régions jugales, par un prognathisme assez notable, par un menton peu proéminent, parfois rétrograde, par un teint blanc, mais peu coloré, par une stature moyenne ou peu élevée, par une morbidité et une mortalité considérables. (J. Beddoe, On the Physical characters of the ancient and modem Germans : Report of the British Association for the advancement of sciences, 1857. — Léon Vanderkindere, Rech. sur l'ethnologie de la Belgique, p. i4, etc., 1872, Bruxelles. — Bertillon, Belgique, Dict. encycl. des se. méd. et Bull. Soc. d'anthr. 2* sér. t. III, p. 632, etc., 1868. — Virchow, Gongrès d'antlirop. et d'archéolog. préhist. de Bruxelles, en 1872, p. 561, etc., 1875, et Sur les crânes belges anciens et modernes : Arch. fur anthropologie, t. NI, p. 85-118. Brunswick, 1875, extr. dansiîey. d'anthr op., t. Il, p. 757,1873. — Hovelacque, de Quatrefages, Daily, Lagneau, Comptes rend, de î'Assoc. pour l'avanc. des sciences, sess. de Lille en 1874, p. 495, etc., 1875.)
Doit-on attribuer aux conditions topographiques au milieu desquelles vivent les Lyselards et les Hobrighenarts du canton sud de Saint-Oraer, la plupart cultivant de véritables marais, ou à leur origine ethnique particulière, saxonne ou flamande, le nombre considérable d'exemptés du service militaire qu'ils présentent ? Tandis que les habitants du canton nord de Saint-Omer sur 1000 examinés comptent 741 jeunes hommes aptes au service, proportion la plus élevée de tout le département du Pas-de-Ga!ais, M. le docteur Gosta a reconnu que ceux du canton sud de cette ville en présentent seulement 609,1, c'est-à-dire la proportion la plus faible de tout ce département. (Gosta, Et. statistiq. sur le recrutement du Pas-de-Galais : Rec. des Mém. de méd. chir. et ph. militaires, 5<'sér., t. XVII (XVI), p. 208.)
M. Lubach est disposé à regarder les Ménapiens comme parents des Frisons, dont ils auraient été séparés par les Ganninéfates et les Bataves, originaires du pays des Cattes, c'est-à-dire d'une région située plus au sud-est, du côté de la Hesse actuelle, mais immigrés dans l'île formée par les emboucliures du Rhin, dans la Bétuve actuelle. Gonséquemment on serait amené à attribuer aux l'iamands, habitants actuels du pays des Ménapiens, les caractères anthropolo-
760 FRANCE (anthropûlogie).
giqiies des Frisons du nord de la Néerlande ou Hollande actuelle. Or, d'après M. Lubach, vingt crânes néerlandais, soit Irisons, soit bas allemands, donneraient un indice moyen de 75 pour 100, un peu plus allongé que celui précédemment indiqué pour les Flamands, et les habitants actuels de la West-Frise, la région la pins frisonne, auraient en général le visage ovale el allongé, le nez grand, droit ou un peu courbé avec la pointe descendant un peu plus bas que les ailes, la mâchoire inférieure souvent moins avancée que la supérieure, les cheveux jaunes, blonds, ou d'un brun clair, les yeux bleus ou gris, la peau d'une blancheur éclatante surtout chez les femmes, la stature communément élevée, plus svelte que large, les épaules étant un peu étroites ; caractères anthropologiques notablement, mais non entièrement différents de ceux précédemment indiqués comme paraissant prédominer chez nos Flamands actuels. (D. Lubach, de Ilaarlem, Les habitants de la Néerlande, extrait dans Bnll. Soc. d'anthr., t. IV, p. 481, 484, 495, 49G, 1865.) D'ailleurs, selon M. Sasse, ainsi que suivant M. Lubach, la population néerlandaise, en particulier celle de la Frise et de la Nord-Hollande, présente suivant les localités d'assez grandes différences : tandis que dix-sept anciens crânes de Frise avaient un indice de 77,5 pour 100, que sept crânes de Kolhorn en Frise avaient un indice de 75,5 pour 100, que onze de Brock op Langendyk dans la partie occidentale de la Frise avaient un indice de 79,2 pour 100, trente-huit crânes de Oostzaan dans la Nord-Hollande en avaient un de 79,7 pour 100, vingt-neuf d'Amsterdam, dix-huit de Rijp et quarante-huit de Zaandam en Nord-Hollande avaient 81, 81,9 et 80,9 pour 100, et dix de Zélande 85 pour 100. Outre ces différents indices variant de la sous-dolichocéphalie, paraissant plus spéciale aux habitants de la Frise, à la brachycéphahe, plus spéciale à ceux de la Zélande, M. Sasse montre également que, d'après un relevé portant sur 1374 jeunes hommes de la Nord-Hollande 45,2 sur 100 sont blonds, 19,2 bruns, et 57,8 intermédiaires. (A. Sasse, Forme crânienne du Néerlandais : Rev. d\inthr., t. 111, p. 541-545, 1874... Des ciânes néerlandais : Archiv. fur anilir apologie, t. VI, p. 75-85. Brunswick, 1873, ext. dans Rev. d'anthr., t. IH, p. 157, t. V, p. 405-454, 1876, etj t. VI, p. 557 et suiv. 1877.)
Il faut toutefois remarquer que, même dans la partie occidentale du littoral de la Hollande, dans l'île de Walcheren, M. de 3Ian retrouve ce type frison ou llamand sur la limite de la dolichocéphalie et de la sous-dolichocéphalie, à indice céphaliquc de 75 pour 100. (De quelques crânes trouvés dans File de Walcheren (Zélande) : Rev. d'anthr., t. IV, p. 170-172, 1875.)
La présence dans les Flandres de nombreux habitants de petite taille, à la chevelure de couleur foncée, peut tenir d'une part aux descendants de peuplades celtiques, comme vraisemblablement les Morins, ayant occupé cette région avant l'immigration des Ménapiens et autres peuplades d'outre-Rlnn ; d'autre part à des émigrants transrhénans n'appartenant pas à la véritable race germanique aux cheveux blonds, à la stature élevée et aux membres volumineux. Or justement les Cattes, dont, selon Tacite, provenaient les Bataves fixés entre les embouchures du Rhin, nous sont dépeints par cet historien comme ayant des membres plus courts, un corps plus résistant, une vigueur plus grande que les autres Germains, généralement regardés dans l'antiquité comme ayant une constitution peu énergique et n'étant redoutables qu'au premier choc. (Tacite, Hist. 1. IV, § 12, et De mor. Germ. XXIX et XXX, p. 25, 276 et 278 du t. V du texte et trad. de Dureau de Lamalle.)
FRâÎh'CE (anthropologie). 761
Normands, Normasm, Nordmann, Northnann. Les Nordmann, hommes du Nord, habitaient les pays Scandinaves, l'ancienne Scanzia, non-seulement la Norvège, mais aussi la Suède occupée eu partie par les Goths. « Northmanni procedentes de Scanzia insula quse Nortlmega dicitur, in qua habitant Gothi.... » (Andr. Duchesnius, llistoriaî Normannorum scriptores antiqui, p. 1, 1619, in-fol.)
Eginhard les montre habitant également au nord des Saxons et des Slaves Obotrides, au nord de l'Egidora, l'Eyder, l'ancienne Chersonèse Cimbrique, le Danemark actuel, a Tune omnes Saxonici comités omnesque Abodritorum copia cum legato imperatoris Baldrico, sicut jussum erat, ad auxilium Harioldo fereudum trans jEgidoram fluvium (Eyder) in terram Nortmannorum in loco nomine Sinlendi perveniunt. » (Eginhard, Opéra omnia, t. I, p. 512, texte et trad. de Teulet, 1840.)
Aussi Sigebert considère ces hommes seplentrionels comme des Danois yssus de la basse Scithie. (Sigebert cité par Pierre Le Baud, Ilist. de Bretagne, p. 5. Paris, 1638.)
Dès le commencement du neuvième siècle, dès la fin du règne de Charlemagne,en 813. après s'être portés d'abord vers les Flandres, ces vaillants Scandinaves, qui sous le nom de Berserkers désignaient des champions d'un courage indomptable, sujets à des transports de fureur, ces pirates normands arrivèrent à l'embouchure de la Semé et commencèrent à exercer leurs rapines jusque sur le littoral de l'Aquitaine. (And. Duchesne, 1. c, p. 1, Gesta Normannorum ann. Dom. dcccxiii.) Toutes les côtes de notre pays, qu'ils appelaient Walland ou Wallon, furent dès lors incessamment dévastées par eux. Ainsi que le rappelle Pierre de Maillezais, les infortunés Colliberts des marais mouillés de la Sèvre Niortaise ne furent pas épargnés. « Aquilonaris certe gens Normanni... Horum gladio Colliberlorum post non minimam suorum stragem deleta contatur maxima multitudo. » (Petro Malleacens., t. Il, p. 223, Novae Biblioth. de Pliil. Labbe.)
Les incursions en France de ces intrépides marins ont été décrites avec soin par MM. Capefigue et Depping. (Gapefigue, Essai sur les invasions des Normands dans les Gaules, 1823. — Depping, Ilist. des expéditions maritimes des Normands, nouv. éd. iSU, l--^ édit. 1826.)
Successivement en 845, 881, ils pillèrent les Flandres, le monastère de Sithiu près de Saint-Omer, Cambrai, ruinèrent Thérouanue; après s'être emparés de l'île de Noirmoutiers vers 830, sous la conduite d'Oger, de Godefroy, de Sidroc, remontant la Loire en 847, 852, 867, ils rançonnèrent Nantes, Angers, Tours, et dévastèrent les riches contrées baignées par ce fleuve. « Anno Dom. incarn. DcccLxvii Nortmanni oram Ligeris fluminis occupantes, Namnetensem, Andegavensem, Pictavensem atque Turonicam Provineiam iterato crudeliter depopulari cœperunt. » (Chron. Rheginonis dans And. Duchesne, 1. c. p. 7. — Voir aussi dom Lobineau, Hist. de Bretagne, t. 1, p. 55. Paris 1707, in-fol. — Abbé Travers, Hist. de Nantes, t. I, p. 128, 156, 154, 167, etc. avec annot. de Savagner, 5 vol. 1856-1841.)
Vers 852, s'étant emparés de Bordeaux que leur auraient livré des juifs, ils auraient remonté la Garonne jusqu'à Toulouse. « Ann. dom. dccclii Northmanni Burdigalam Aquitaniae Judœis prodentibus caplam, depopulatamque incendunt. » (And. Duchesne, I. c. p. 1.)
Arrivés devant Rouen vers 845, en 846, 861, 885, 887, conduits par Weland.
762 FRANCE (anthropologie).
Sigefrid, Biœrn, Régnier, remonlanl la Seine, s'emparant de l'ile d'Oissel, ils vinrent jusqu'à Paris, vaillamment défendu par Eudes ou Odo, fils de Robert le Fort, et par son évêque Gozzelin, et s'avancèrent au delà de Sens jusqu'en Bourgogne, jusqu'à la Meuse.
Malgré ces incursions d'une témérité surprenante, ces redoutables Scandinaves, jusque vers la fin du neuvième siècle, ne possédaient guère que quelques camps retranchés sur le littoral, quelques forteresses comme celles de l'île de Noirmoutiers auprès de l'embouchure de la Loire, ou de l'île d'Oissel dans la Seine. Cependant Hasting, parfois considéré comme comte de Chartres, paraît avoir occupé les bords de la Loire avec ses Normands dès 879 ; et le larl Hrolf ou RoUon était maître de Rouen dès 886, bien que ce ne fut qu'au commencement du dixième siècle, en 911, qu'il obtint de Charles le Simple, par le traité de Saint-Clair sur Epte, tout le pays s'étendant de cette rivière à la mer et au Goesnon, c'est-à-dire la plus grande partie de la Neustrie, keoster-rike, royaume d'Occident ou France occidentale.
Dès lors cette partie de la Neustrie, devenue duché de Normandie, dut voir affluer un grand nombre d'immigrants Scandinaves qui, ainsi que l'a montré M. André Sanson, y importèrent la grande race chevaline à chanfrein arqué ou busqué de la Germanie septentrionale [Equus cahallus Germanicus), la belle race bovine si laitière du Danemark et des îles de la Baltique, devenue race cotentine, voire même la race ovine de ces contrées. (André Sanson, Les migrations des animaux domestiques : dans la Philosophie positive de E. Littié €t G. Wirouboff, t. Vlll, p. 370, etc., 1872.)
Selon P. le Baud et l'abbé Travers des Normands paraissent également s'être fixés dans le pays de Nantes vers la même époque : car une convention passée entre eux et les fils du roi Robert, vers 927, les aurait autorisés à y demeurer. (Abbé Travers, Hist. de Nantes, t. I, p. 154.)
Quels étaient les caractères anthropologiques des Normands? On a vu qu'ils habitaient la Scanzia, l'ancien pays des Goths ; il est probable qu'ils avaient avec ces derniers de grandes analogies de conformation. 11 faut toutefois remarquer que ces hommes du Nord se distinguaient en serfs ou trœlle, en propriétaires ou baene, et en guerriers (Depping, 1. c, p. 25), distinction qui parfois est le veslige de certaines différences ethniques, les serfs n'étant que les anciens habitants d'un pays soumis aux guerriers de race conquérante. Les Goths sortis de la Scanzia, regardés par Jornandès comme l'officine des nations, nous sont montrés par cet historien, ainsi que par Procope, comme étant blonds, beaux, blancs de teint , grands de taille , belliqueux. (Jornandès, De Cet. sive Goth. origine, cap. m et iv,p. 427. — Procope, De Bel. Yand. i, § 2 du t. I, p. 512.)
Pareillement les Normands sortis des pays Scandinaves, dont Dudon de Saint- Quentin, Guillaume de Jumiéges et Paul Diacre signalent l'exubérante population, constamment obligée d'émigrer, nous sont dépeints par Ermold Nigell et par divers auteurs contemporains de leur arrivée en France, comme remarquablement beaux, agiles, de grande taille. (Dudon de Saint-Quentin dans Andréas Duchcsnius, Hist. Norm. script, p. 62, 1619. — Wilhelmi GumenticensisHist. Norm. dans Duchesne, l. c, et Pauli Diac. Hist. Longobard., 1. I, ch. ii, cités parDepping,l. c, éd. de 1826, p. 268-272. — Voir aussi Robert Wace, Le Roman 'deRou, t. 1, p. 58, v. 774.
Hic populi porro veteri cognomine Déni Ante vocabantur, et vocitantur adhuc
FRANCE (anthropologie). 765
Nort quoque francisco dicuutur nomiiie manni
Veloces, agiles, armigerique nimis...
(Ipse quidem populus) Pulchex' adest facie, vultuque statuquc decorus,
Unde genus Francis adfore fama rel'ert. (Ermold Nigelli Carmiua de rébus gestis Ludovici Pii, 1. IV, vers 11-17 dans dom Bouquet : Rec. des hist. de France, t. lY, p. 50-1.)
« In quo certamine taies viri de Nordmannis cecidisse referuntur, qiiales numquam antea in gente Francorum visi fuissent in pulchritudine videlicet ac proceritate corporuin. » (Aunalium Fuldieusium, ami. 884, dans dom Bouquet, 1. c, t. VllI, p. U.)
Robert Wace, dans son Roman de Rou ou RoUon, nous dépeint Guillaume Longue-Epée, le fils de RoUon et le père de Richard, comme étant de haute, stature, ayant de grosses épaules, la ceinture grêle, les jambes longues et droites, la poitrine large, le teint clair, le regard franc et ouvert, la chevelure longue, et surtout étant fort comme un géant.
Willame Lunge Espée fu de haulte estature
Gros fu par li espaules, greile par la chainture
Gambes out lunges dreites, large la forcheure
N'esloit mie sa char erabrunie ne oscure ;
Li tez porta hault, lunge out la chevelure
Oils dreits et apers out et dulce regardeure
Mez a ses ancmiz semla mult fiere è dure
Bel nez e bêla huche e bêle parleure.
Fors fu com Jahanz, e hardiz sainz mesure. (Robert Wace, le Roman de Rou, t. I, p. 104, v. 2062-2070, publié par Fréd. Pluquet, 1827, 2 vol.)
Les surnoms de plusieurs chefs, entre autres de Guillaume le Roux, duc de Normandie et Voi d'Angleterre, montrent que leur chevelure était blonde ou rousse. Richard, le petit-fils de Rollon, avait les poils roux, le visage ouvert et le teint clair
Richart sont en Daneiz, en Normant parler :
li poil avait auqs rou, le vis apert e cler. (Robert Wace, 1. c, t. I, p. 126-127, vers 2509-10.)
Les mensurations crâuiométriques prises par And. Retzius, Barnard Davis et Thurnam, et M. Pruner-Bey sur des habitants actuels de la Scandinavie d'où l'on a vu les Normands provenir, en particulier les mensurations céphalométriques et descriptions recueillies par M. Beddoe sur 58 marins d'Onsala et autres parties de la province suédoise de West-Gothland, ainsi qu'il a été déjà dit à propos des Wisigoths, sembleraient autoriser à penser que les Normands immigrés en France étaient des dolichocéphales ou plutôt des sous-dolichocéphales orthognathes, avec grand développement des lobes cérébraux postérieurs, à face allongée, aux cheveux blonds, aux yeux bleus ou gris. (Anders Retzius, Sur les crânes des habitants du Nord : Annales des sciences natur., 7)" sév.Zooi., t. Yl, p. loo, 159, 171 etc. 1846. — Om formera af Nordboernes Cranier, Stockholm, 1845. — Muller's Archiv. 1845, p. 84. — Arch. gén. de méd., t. XII, p. 160, 1846. — Yoir aussi Sven Nilsson, Les habitants primitifs de la Scandinavie, p. 145, etc., o^ éd., 1868. — Barnard Davis et Thurnam, Crania Britannica, 5^ décad. anc. Scand. 1856. — Pruner-Bey, iVém. de la Soc. d'anthr., t. 11, tableau II. — Beddoe, Sur les tètes de Finnois et de Suédois : Bull. Soc. d'anthr. de Paris, t. Yl, p. 454, etc., 1865.)
764 FRANCE (anthropologie).
M. le baron von Dûben, qui donne aux Suédois actuels un indice céphalique moyen de 76,75 pour 100 et une capacité crânienne de 1480 centimètres cubes et aux Suédoises un indice de 77,58 pour 100 et une capacité de 1560 centimètres cubes, décrit ainsi les caractères anthropologiques de ces descendants des Svéars et des Goths, deux peuples de même race : « Le crâne est en général un peu aplati, le front rétréci, l'occiput proéminent, souvent en bosse; cette bosse provient d'un développement excessif de l'écaillé occipitale, et dans ces cas des os wormiens se trouvent très-souvent intercalés dans la suture larabdoïde. Les bosses pariétales sont proéminentes et placées fort en avant. Quant à la face, elle est longue, mais en même temps large aux pommettes (les os zygomatiques). Les mâchoires sont larges, particulièrement la mandibule, et les angles de cet os sont très-forts. Le menton est saillant : il y existe souvent un prognatiiisme léger... Les parties sourcilières sont souvent très-fortement développées. » (Baron von Duben, L'homme préhist. en Suède : Congrès intern. d'anthr. et d'archéol. préh. de Stockholm, 1874, p. 688.)
Le tableau suivant indique les principales mesures crâniométriques et céphalométriques données par Rctzius, MM. Pran^r-Bey et J. Beddoe.
Hauteur du maxillaire
MexSURATIONS CRANlOMÉTniQDES
Mensdrations
prises par
CÉPHALOMÉTIUQGBS
A. Reizius.
I'iidner-Ijet
par
J. Beiidoe
sur
sur 5 crânes
sur
10 crânes
de femmes
38 marins
Scandinaves.
Scandinaves.
suédois.
li7
iO
Disraêtre antéro-poslérieur maximum.
— transverse maximum. . . .
— vertical
Circonférence horizontale
Diamètre bi-raastoïdien
— bi-zygomatique
Trou occipital. ! i
' ( lar<;eur
Orbite I î'''"'^"'"
( largeur
Hauteur du maxillaire supérieur . . . hauteur de la branche montante . .
. ,., . I hauteur de la bran-
intérieur; ( che horizontale. .
Indice céphalique
Taille » » » 1",70
Les mensurations précédentes mettent en évidence la forme allongée, dolichocéphale, des crânes des Suédois, principaux habitants de la presqu'île Scandinave. Toutefois, d'après MM. Burton et Carter Blake, certains Norwégiens, même purs de tout mélange avec les Lapons, auraient un crâne extrêmement court et rond. (Carier Blake, Sur des ossements humains rapportés d'Islande. Inst. Anthrop., t. Il, 1875, ext. Rev. d'anthr., t. 111, p. 166.)
De même que Ilrolf ou Rollon épousa Giselle, fille de Charles le Simple, et eut de la très-jeune et très-charmante Pope, fille de Bérengier, gouverneur de Bayeux, Guillaume surnommé Longue-Epée, de même la plupart des Normands immigrés par suite de leur union avec les femmes des pays envahis durent voir leur descendance présenter des caractères anthropologiques de plus en plus éloignés de ceux du type Scandinave :
Le qucns Bérengier out une fille mult bêle Pope l'apele l'en, mult ert gente pucelle;
FRANCE (anthropologie). 765
N'aveit encore en sain ne trian ne mamele. . . .
Rou en a fet sa mie. (Robert Wace, 1. c, t. I, p. 68, 1341, etc.)
Il dut surtout en être ainsi dans les localités où ces hommes du Nord se fixèrent en petit nombre comme sur les bords de la Loire, dans la Maine, où M. de Lestang conteste l'origine prétendue normande de certaines familles, la plupart des Scandinaves se distinguant anciennement en France par le surnom de Danois. (G. de Lestang, Dissert, sur les incursions normandes dans le Maine, p. 64, etc. Le Mans, 1855.) Cependant le sang de ces immigrés s'est sans doute mieux conservé sur certains points de notre littoral se[jtentrional, particulièrement dans la partie de l'ancienne Neustrie qui prit le nom de Normandie. Au nord de Roulogne, non loin du cap Gris-Nez, d'Odin-berg, actuellement Audemberg, et d'autres localités rappelant des divinités Scandinaves, à Andreselle, M. Ilamy nous a dit avoir remarqué une petite population de pêcheurs, vraisemblablement d'origine saxonne ou Scandinave, ne se mariant qu'entre eux, ayant une haute stature, une tête allongée, une chevelure blonde, un corps droit et roide, conformation déjà remarquée par Duchenne de Boulogne. (Arch. gén. de méd., 6*^ série, t. Ylll, p. 544, 1866.) Dans la Neustrie devenue Normandie par le •fait de la conquête Scandinave, dans cette province durent arriver ultérieurement de nombreux immigrants des deux sexes, ainsi que sembleraient l'indiquer certaines modes féminines comme les coiffures des Cauchoises, dont MM. Moke et Vanderkindere signalent également l'usage auprès d'Anvers et dans les îles danoises d'Arrœ, de Faster et de Fionnie. (Moke, la Belgique ancienne. — L. Vanderkindere, Rcch. sur l'ethnologie de la Belgique, p. 27-28. Bruxelles, 1872.) D'ailleurs aux environs de Bayeux, dans le Cotentin et l'IIiesmois, paraissent s'être concentrés, pendant les premières années qui suivirent l'arrivée de Rollon, les Normands païens, sectateurs d'Odin et de Thor, résistant à la conversion catholique et conservant leur langue Scandinave. Ce serait à Bayeux que Guillaume Longue-Épée aui'ait fait élever son fils Richard, pour lui faire apprendre le danois, lingua dacisca , ainsi que le dénomme Dudon de Saint-Quentin. De cette langue dériveraient certains mots, certaines dénominations locales de la basse Normandie, principalement des environs de cette ville. (Dudon de Saint-Quentin, De mor. et act. Norm., 1. 111, p. 112, dans And. Duchesne, Hist. Norm. Scriptores, 1619. — Benoît de Sainte-More, Ilist. des ducs de Normandie, cités par F. Pluquet dans note de Robert Wace, 1. c, t. 1, p. 127, V. 11, 520-33. — Depping, 1. c, p. 377. 1843. — Pluquet, Contes populaires de l'arr. de Bayeux. Caen, 1825.)
Selon M. de Quatrefages on retrouve à l'est de Cherbourg près de Barlleur et de Saint- Yaast de la Hougue des descendants d'immigrés normands, reconnaissablés à leur stature gigantesque, à leur force prodigieuse et à leur blonde chevelure. [Bull. Soc. d'anthr., t. II, p. 408, 16 mai 1861.) Pareillement Roo-et de Belloouet a fait observer que dans le Calvados beaucoup d'habitants ont la taille haute et svelte, les cheveux d'un blond pâle, les yeux gris .ou bleus le visage allongé. (Ethnog. gauloise, p. 58.) Dans ses recherches statistiques sur la coloration des yeux et des cheveux des habitants du Calvados, M. J. Beddoe a également constaté que les blonds ou roux aux yeux bleus ou o^ris sont surtout nombreux aux environs de Caen. [Bull. Soc. d'anthr., t. VI, p. 507, 1865.)
M. Broca, en mesurant 53 crânes d'un ossuaire du siècle dernier à Saint- Arnould près de Trouville, a reconnu que les 31 crânes d'hommes ayant pour le
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diamètre antéro-postérieur 184 millimètres et pour le diamètre transverse 146,87, avaient pour indice moyen 79,82 pour 100, tandis que les 22 crânes de femmes, ayant pour le diamètre antéro-postérieur 178 millim. et pour diamètre transverse 137, 80, avaient pour indice moyen 77,41 pour 100 {Bull. Soc. d'anthr., t. VI, p. 511, etc. 1865.) Si l'on compare ces habitants de la Normandie actuelle avec les Scandinaves reconnus sous-dolichocéphales par Retzius, M. Pruner Bey, voire même par M. Beddoe, car l'indice céphalique de 78,8 pour 100 obtenu sur le vivant correspond approximativement à un indice crâniométrique de 76,8 ou plus exactement de 77,2 pour 100 d'après la relation indiquée par M. Broca entre ces deux sortes d'indices [Bull. Soc. d'anthr., 2^ série, t. III, p. 25-32, 1868), on voit que ces habitants actuels de la Normandie sont moins dolichocéphales, ont la tète moins allongée. Si les femmes restent encore sous-dolichocéphales, mais beaucoup moins que les femmes Scandinaves mesurées par M. Pruner-Bey, les hommes sont mésaticéphales. 11 est vraisemblable qu'à Saint-Arnould, comme en beaucoup d'autres points de la Normandie, les immif2;rants Scandinaves n'ont laissé qu'une faible proportion de leur sang parmi la population, issue de nombreux Celles brachycéphales, mêlés de Galates et de quelques Francks, plus ou moins dolichocéphale^ venus d'outre-Rhin. Les comptes rendus du recrutement de l'armée ont cependant permis à Boudin et à M. Broca de reconnaître que les habitants actuels des cinq départements normands présentent peu d'exemptions du service militaire pour défaut de taille, et un grand nombre de recrues de haute stature, de la taille des cuirassiers 1"',732. I>e 1831 à 1860 sur 10000 examinés ces déparlements ne présentent que 536 exemptés pour taille inférieure à l'",56. De 1836 à 1840 sur 10000 recrues de ces départements 860 atteignent ou dépassent 1"^,752. (Broca, Rech. sur l'ethnol. de la France : Mém. de la Soc. d'anthr., t. I, p. 1 à 56, et carte, 1859, et Nouv. rech. sur Fanthr. de la France : Mém. de la Soc. d'anthr., t. III, p. 207, etc. — Boudin, de l'accrois- .sementde la taille en France : Mém. de la Soc. d'anthr., t. 11, p. 221-259;.
M. Bertillon a fait remarquer la longévité, l'élévation de la vie moyenne de nos Normands actuels. Alors que de 1841 à 1845 la vie moyenne pour les habitants de toute la France était de trente-quatre ans et demi, elle s'élevait de quarante-deux et demi à quarante-neuf et demi pour les habitants des quatre déparlements de la Manche, de l'Eure, du Calvados et de l'Orne. Cette longévité rappelle que la Norwége, la Suède, le Danemark, d'où provenaient nos émigrants nordmans, présentent encore une mortalité très-faible proportionnellement : 184, 204, 216 décès pour 10 000 habitants alors qu'en France en général elle est de 228 décès de 1857 à 1866 selon M. Bertillon. (Bull. Soc. ^d'anthr., t. I, p. 180-1, 1860 et t. II, p. 662, 1861 : Dict. encycl. des se. méd..., 2^ série, t. IX, et Mortalité, p. 765.)
Toutefois cette longévité, ou plus exactement cette vie moyenne élevée, tient en. grande partie à la faible natalité offerte par nos Normands français, la mort frappant d'autant moins une popula'ion qu'elle est composée de plus d'adultes et de moins d'enfants. Or, la natalité dans notre Normandie est loin d'être aussi considérable qu'elle paraît l'avoir été jadis dans la Scandinavie, la Scanzla que Jornandès, appelait Vofficina gentium aiit vagina nationum (de Get., cap. IV, p. 427), et dans le Danemark, dont Dudon Saint-Quentin, Robert Wace et maints autres chroniqueurs signaltMit l'exubérante population. « Exubérantes atque terram quam incolunt habitare non sufficientes, collecta sorte
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mnltitudine, pubescentium, veterrimo rilu, in externa régna extruduntur... » (Dudon de Saint-Quentin, dans : Andr. Duchesniusjiist. norm. script., p. 62. — Robert Wace, 1. c, t. I, p. 58, v. 774, etc.)
La natalité est encore actuellement considérable en Suède, en Norvvége et en Danemark (Statistique de la France, 2^ série, t. XVIII, p. ex et cxvi); mais il n'en est pas de même en Normandie. Par suite d'une minime natalité, due uniquement à des conditions sociales et non à des conditions ethniques, nos beaux et fertiles départements du Calvados, de l'Eure, de la Manche et de l'Orne présentent un excédant des décès sur les naissances. (Statist. de la France, nouv. sér., t. Il, p. 46, tab. 10, et 2" série, t. XIII, p. 94-5, tab. 14. — G. Lagneau, Bull. Soc. (Vanthr., 2" série, t. IX, p. 574, 4874.)
D'après les recherches statistiques de MM. Sistach, Boudin, Magitot, et d'après les mierines propres, les Normands actuels se feraient remarquer par des proportions considérables de jeunes gens exemptés du service militaire pour mauvaise denture, pour hernies, varices et varicocèles. (Sistach et Boudin, Bull. Soc. cVanthr., 2^ sér., t. II, p. 80, etc., 1867. — Magitot, Bech. elhnol. sur les altérations du système dentaire : Bull. Soc. d'anthr., 2*^ sér., t. II, p. 80, elc, 1867. — G. Lagneau, Bem. sur la répartition géograph. de certaines infirmités en France, 1868 : Mém. de l'Acad. de méd., t. XXIX, 1871.)
On peut encore ajouter que, suivant les remarques de M. Giraldès et de M. Gubler, les nourrices de nos départements septentrionaux particulièrement de la Normandie et de la Picardie, se font souvent remarquer par la forme conique, pirifornie, en forme de pain de sucre, de leurs seins, à base parfois retrécie, ellipsoïde, au mamelon allongé et volumineux, souvent pourvu des glandes accessoires ou tubercule décrits par Montgommery, contrairement à nos nourrices de la Basse Bourgogne, du Nivernais, de race celtique, aux seins plats, arrondis, hémisphériques, au mamelon petit. (Giraldès, B»//. Soc. d'anthr. , 2'' sér. , t. I, p. 637. — Gubler, Bull. Soc. de méd. publ, 26 juin 1878, t. I, p. 513.) Les Normands de France, qui en 1066, sous la conduite de Guillaume le Conquérant, s'emparèrent de l'Angleterre et en constituèrent en partie la noblesse, ne durent avoir qu'une influence ethnique minime sur sa population issue de tant de peuples divers : Silures, Celtes, Belges, Angles, Saxons, Danois, etc. Néanmoins, comme dans cette ethnogénie fort complexe l'élément germanique, représenté par ces quatre derniers peuples, ainsi que par les Normands, entre pour une large proportion, il est opportun, actuellement que nous nous occupons des divers peuples de race germanique immigrés en France, de rappeler que les Anglais, outre la Normandie, possédèrent d'une manière plus ou moins continue la Guyenne, la Gascogne, le Poitou, la Saintono^e, l'Anjou, la Maine, etc., depuis 1154, époque du mariage d'Henri Planta- 'i^enet, avec Éléonore d'Aquitaine, jusqu'en 1451, époque delà reprise de Bordeaux par Charles YII, et ne furent chassés de Calais qu'ils possédaient depuis 1347 qu'en 1558 par François de Guise. (Ilouzé, Atlas univ. hisl. et géogr., cartes de France XIII à XXIII.) Malgré cette longue occupation, les Anglais paraissent avoir peu laissé de descendants au milieu de nos populations. La famille Walton, venue d'Irlande, aurait importé, l'an 1046, à Esnande près de la Bochelle, l'industrie des bouchoteurs ou pêcheurs des vasières marines, industrie qui consiste à faire des clôtures en bois pour retenir les moules. (Mag. pittor., 1843, p. 259, 266.) En 1424, Charles YII aurait donné à l'Écossais
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Jean Stuart, seigneur de Darnley, la chàtellenie d'Aubigny longtemps possédée par ses descendants. Depuis le quinzième siècle, une petite colonie écossaise aurait défriché la forêt de Ilaule-Brune, près de Saint-Martin d'Aiixigny dans les environs de Bourges. Fixés dans celte forêt du département du Cher, ces immigrés auraient été appelés Forétins par les autres habitants. Dans ce canton de Saint-Martin d'Auxigny actuellement dépourvu de bois, reconnaissables à leurs noms étrangers de Jamyns, Willandys, Jarvy, etc., ainsi qu'à leur activité, les descendants de ces Ecossais se feraient encore remarquer par l'ovale allongé de leur tête, par leurs cheveux blonds, leur stature élevée, leurs formes élancées et leur esprit industrieux. (Bergeron, Bull, de l'Acad. de médecine, 9 avril 1867, p. 626. — Ludovic Lalannc, Ethnol. de la France : Patria, col. 1540, 2"= partie 1847. — Magas. pUtor., 1847, p. 519. — Louis Reynal, Hist. du Berry, t. I, p. xv, t. III, p. 10. — Pierqum de Gembloux, Guide complet de l'antiquaire... dans Bourges et le département du Cher, p. 590. Bourges, 1840. — H. Bertrand, Et. statist. sur le recrutement dans le département du Cher, p. 475 : Rec. de méin. ch. et ph. militaires, t. XVll (XVI) 1866, p. 475. — Champouillon, Et. sur le développement de la taille en France : Rec. de me'm. de méd. milit., t. XXII, p. 249, 1869.)
A notre époque beaucoup de familles anglaises, attirées soit par la beauté du climat, soit par l'abondance des subsistances alimentaires et des objets de premièi'e nécessité, se sont établies à Boulogne, à Saint-Servan, àj Tours et sur quelques points du littoral méditerranéen. Lors du dénombrement de 1872 il y avait en France 26005 Anglais, nombre moindre que celui des Allemands : 59561, non compris les Austro-Hongrois. (Stat. de la France, dénombrement de 1872, t. XXI, p. XXIV.)
Anabaptistes transrhénans . Au seizième siècle, des habitants d'outre-Bhin, de la Souabe, de la Thuringe, de la Franconie, de la Hollande, convertis aux doctrines de Zwingle, de Munzer, de Melanchton, de Metzlcr, de Mennon, repoussés par la plupart des souverains allemands, provoquèrent la guerre dite des Paysans ou des Rustauds. Erasme Gerbert de Molesheim, à la tète de ces anabaptistes, se rendit maître de Zabern ou Saverne en 1525; mais attaqués par le duc Antoine de Lorraine et son frère, Claude de Guise, ils auraient été presque tous massacrés. (François Catrou, llist. des anabaptistes. Paris, 1706. — J. Henrico Ottio, Annales Anabaptistici, Basilia;, 1672. — Leupol et Eug. de Mirecourt, La Lorraine, fin du t. I, commenc. du t. II et t. III, p. 514, 5*^ vol., 1859-40.)
Le même sort fut réservé quelques années plus tard, vers 1 555, aux compagnons de l'aubergiste Jean de Leyde, qui s'était emparé de Munster. Cependant, de même qu'en Hollande et dans les lies Britanniques, en France on compterait encore des anabaptistes, au nombre de 2000 approximativement. (31alte-Brun, Abrégé de géograph. univ., p. 268, Paris, 1842.) Quelques-uns sont fixés à Paris; ils sont sans doute venus d'Angleterre et de Hollande. Quelques autres habitent dans les environs de Schirmeck, arrondissement de Saint-Dié, dans le département des Vosges. Ils sont vraisemblablement les descendants de quelques-uns des compagnons de Gerbert de Molesheim. Enfin, d'autres anabaptistes, depuis le commencement du dix-huitième siècle, sont fixés h Montbéliard, dans le département du Doubs. Ces derniers originaires de la Frise sont des anabaptistes mennonistes, disciples de Mennon, lui-même né en 1496, à Witinaarsum, en Frise. Attirés à Montbé-
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liard par un prince de Wurtemberg, qui en était souverain, ces anabaptistes, la plupart fermiers et cultivuteurs, se feraient encore remarquer, selon M. Muston, par leur taille élevée, leur forte ossature, leur pbysionomie accentuée, leur manière de vivre paisible et laborieuse, leur loyauté, leur attacbement à leurs vieilles coutumes (Muston, Recb. antbropol. sur le pays de Montbéliard, l'''" partie, p. 59, in-8. — Voir aussi : le Comté de Montbéliard, par un Franc-Comtois, 1789).
Caractères anthropologiques communs des immigrés germains et Scandinaves. — Dans cet exposé successif des Galates, des Cimmériens, des Cimbres, des Belges, des Germains, des Suèves, des Alanians, des Wisigotbs, des Burgundions, des Francks, des Saxons et Flamands, des Normands, malgré certaines différences présentées par quelques peuplades comme les Cattes aux membres courts, comme les Flamands à la taille parfois petite, à la chevelure souvent de couleur foncée, différences vraisemblablement attribuables à des croisements ethniques, on a pu remarquer une grande uniformité de caractères anthropologiques chez la plupart de ceux de ces peuples dont les descriptions nous ont été laissées par les auteurs contemporains de leurs immigrations. La plupart de ces immigrés gâtâtes, germains, wisigotbs, burgundions, normands, présentaient des cheveux blonds ou roux, des yeux bleus, une peau remarquablement blanche, une stature très-élevée, des membres volumineux. Les ossements que, dans les sépultures de diverses époques, ou a cru pouvoir rapporter à ces divers conquérants ont permis de reconnaître qu'en général ils étaient plus ou moins dolichocéphales, qu'ils avaient la face haute, que les os de leurs membres étaient longs et volumineux. Aussi ai-je cru pouvoir réunir ces différents peuples sous la dénomination ethnique commune de race germanique septentrionale, sans d'ailleurs nullement prétendre qu'un jour, des connaissances anthropologiques plus complètes ne puissent autoriser des divisions ethniques parmi ces différents peuples. Ces caractères anthropologiques sont en effet ceux que Tacite, Pline, Calpurnius Flaccus et maints autres auteurs nous disent être propres à la race germanique. Tacite regarde comme parfaitement homogène et pure de tout mélange cette race aux yeux bleus et féroces, aux cheveux roux, au corps grand (Tacite De Mor. Ger., IV. — Declamationes Catpurnii Flaccii, Decl, t. 1. p. 666, ù la suite de celles de Ouinlilien, éd. de 1665) .
Et adversa plaga mundi atque glaciali, candida cute esse gentes, flavis promissos crinibus. Pline, Hist. nal., 1. Il, cap. lxxx, p. 156 du 1. 1, text. et trad.de Littré.
Outre ces caractères antbropologiques communs à tous ces peuples de race oermanique, il importe amsi d'en rappeler quelques autres notés de nos jours sur les individus appartenant à cette race. Non-seulement les individus de race <Termanique auraient en général les cheveux blonds, mais, suivant M. Pruner-Bey, la coupe transversale de ces cheveux serait ovale et régulière (De la chevelure : Mém. de la Soc. d'anthr., t. Il, p. 26, 1865). La capacité crânienne et le poids de l'encéphale, en rapport d'ailleurs avec la stature généralement élevée, seraient Généralement considérable dans la race germanique, d'après MM. Aitken Meigs Huschke MM. Lebret, Broca et Gratiolet (Aitken Meigs, Catalog. Acad. Phila- ■delphie 'l857, p- H et p. 257 de Nott et Giiddon; Indigenous Races of the Earth. Pliiladèlphie, 1857, in-8. —Emile Huschke, Schadel, Hirn und Seele nach Alter, Geschlecht und Race, léna, 1854, in-fol., § 60. — Lebret, Rapp. sur la coll'ect. de crânes humains de l'Acad. des sciences de Philadelphie : Compt. rend, et mém. de la Soc. de biolog., p. 89, 1857. — Broca et Gra- DICT. ENO. 4' s. IV. ■49
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tiolet, Discuss. sur le volume, le poids et la forme du cerveau : Bull. Soc, d'anthr., t. II, p. 185, 426, 432, 441-445, 1801).
A la race belge ou germanique, à la haute stature, à l'ossature volumineuse,, paraissent se rapporter les observations faites par Duchenne de Boulogne, sur certains habitants de nos départements du Nord, en particulier chez ceux d'Andreselle, près de Boulogne, se faisant remarquer par leurs épaules et leur cou peu gracieux, peu incurvés, par les grandes dimensions de leurs mains et de leurs spieds longs et plats, par leur corp aux contours anguleux, par la rectitude du rachis et du bassin, aux courbes peu accentuées, donnant une certaine raideur à leur démarche, mais aussi une certaine résistance aux parois abdominales, qui , souvent chez les femmes multipares, consei'veraient la tension qu'elles présentent chez les jeunes filles (Et. physiolog. sur la courbure lombo-sacrée ; Arch. gén. de mëd., 1866, t. VIII, p. 544).
Sans prétendre nullement établir de corrélation de cause à effet, cette conformation du rachis et du bassin mérite d'être rapprochée de la remarque de Lenoir, suivant lequel « les femmes de la tige germanique accouchent avec plus de facilité que les femmes de la tige celtique n . (Atlas complémentaire de tous les traités d'accouchements, p. 52, 1'^*' col., 1800).
M. Henri Martin et M. de Jouvencel ont insisté sur la prédominance chez les Allemands des organes digestifs sur les organes respiratoires. Le thorax serait chez eux généralement plat antérieurement, aussi la forme donnée à leurs cuirasses serait-elle moins courbée que celle des cuirasses de nos soldats (De Jouvencel : Bull. Soc. d'anthr., t. 11, p. 465, 1861). Cette même prédominance des organes abdominaux sur les organes thoraciques a également été signalée par M. Godron, chez les Alsaciens comparés aux Lorrains. Selon M. Huschke, les Allemands auraient en général le tube digestif plus long, à tunique musculeuse plus épaisse (G. Huschke, Traité de splanchnologie, trad. franc, par Jourdan, t. V de l'Encyclop. anatom. Paris, 1845, in-8, p. 61. — Godron, Et. ethnolog. sur les origines des populations lorraines. Nancy, 1862, p. 57, 38, broch. in-8).
Tacite, César, Pomponius Mêla, avaient signalé la puberté tardive des Germains. On attendait que les jeunes fdles fussent, complètement développées avant de les marier. Chez eux, les jeunes gens ne connaissaient que tard les plaisirs de l'amour. Il était extrêmement honteux pour un jeune homme d'avoir des relations sexuelles avant la vingtième année. Celui qui s'en abstenait longtemps était grandement loué, car on pensait que sa stature, ses forces, son énergie s'en accroissaient davantage (Tacite, De Mor. Germ., XX.) — (César, De Bello Gallico, l. VI, cap. xxi).
...Longissima apud eos (Germanos) pueritia est (Pomp. Mêla, De situ orbis, cap. III, p. 648, coll. Nisard).
Actuellement encore la puberté est généralement assez tardive en Allemag-ne. L'âge moyen de la première menstruation, d'après les documents statistiques recueillis par MM. Rawn et Léog, sur 5840 jeunes filles de Copenhague, aurait été de 16 années, 10 mois 5 jours; par Ossiander, sur 157 jeunes filles de Gottingue de 16 ans 1 mois 4 jours ; par MM. Stoltz et Lévy, sur 1249 jeunes Alsaciennes de 15 ans 8 mois 28 jours. Mais dans ces divers pays, la race blonde germanique est mêlée en diverses proportions avec d'autres éléments ethniques. En Alsace en particulier, où les Triboques, venus d'outre-Rhin, se aont établis au milieu des .Médiomatrices, ainsi que l'indique Strabon (1. IV,
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cap. m, § 4, p. 161), les deux peuples ont dû continuer à coexister. Bien que M. Mayer, de Berlin, en Allemagne, M. Brierre de Boismont, en France, aient eu le soin d'indiquer la couleur des cheveux des jeunes filles observées, il est difficile de fixer plus exactement l'âge moyen auquel se montre cette première menstruation chez les blondes filles de race germanique, l'apparition de cette fonction paraissant être influencée par diverses conditions, particulièrement par l'alimentation plus ou moins riche. Tandis que Mayer trouve pour âge moyen de la première menstruation de 1941 blondes allemandes, 16,03 années, M. Brierre de Boismont ne trouve pour 457 blondes françaises que l'âge moyen de 14,827 années; dans les deux pays, ces âges moyens étant d'ailleurs plus élevés que ceux présentés par les jeunes filles aux cheveux bruns ; contrairement à ce que M. Pagliani aurait observé en Italie sur un nombre d'ailleurs très-restreint de jeunes filles. Malgré la diversité des résultats moyens obtenus, on voit que la puberté féminine de cette race blonde peut être approximativement fixée au-dessus de la ib" année, entre 15 et 16 ans. On comprend dès lors comment, en Saxe, ainsi que le remarque M. Bertillon, la loi ne permette le mariage des filles qu'après 18 ans et celui des hommes après 21 ans (Rawn, Bibliothek for Loeger, janvier 1850; statistique rapportée, ainsi que celle de Léog, par Tilt, Monthly Journal of Médical Science, 1850, t. XI, p. 289 et suiv, — Ossiander, Dissert, in med. de fluxu menstruo atque uteri prolapsu, in-4°. Gœttinguse, 1808. — Stoltz et Lévy, dans Stœber et Tourdes, Topogr. et Hist. méd. de Strasbourg et du départ, du Bas-Rhin, 1864, p. 267-268. — L. Mayer, Exposé statist. de la mensti'uation dans l'Allemagne septentrionale : Cong. méd. intern. de Paris en 1867, p. 212, 1868. — Brierre de Boismont, De la menstruation : Mém. de l'Acad. de viéd., t. IX, p. 117 eV' suiv., Paris, 1841. — G. Lagneau, Rech. comp. sur la menstr. sous le rapp. ethnolog. : Cong. méd. intern. de 1867, /, c, p. 170. — Pagliani, Rech. anthropométriques; Démographie italienne, 1878, p. 414. — Bertillon, art. Mariage : Lict. encycl. des se. méd., p. 19, 1872).
Vivant au milieu des habitants occupant antérieurement notre pays, la plupart Celtes, Aquitains ou Ligures, au crâne plus ou moins brachycéphale, à la stature peu élevée, aux cheveux châtains ou noirs, ces divers immigrés du Kord-Est paraissent longtemps avoir attaché grande importance à s'en distinguer par leurs caractères anthropologiques, surtout par leur haute stature e» par leur blonde chevelure. Les Galates, de grande taille, se donnaient un aspeci o-io^antesque, soit en liant en touffe leurs cheveux au sommet de la tète, ainsi que le faisaient également les Suèves décrits par Tacite, soit plus tard, ainsi que l'indique Diodore de Sicile, en surmontant leur casque de cornes d'animaux, de fio^ures d'oiseaux ou de quadrupèdes. Pour laisser voir leur blonde chevelure, d'autres la portaient longue et flottante (Diodore de Sicile, 1. V, § 28 et 50, p. 270 et 272. Dindorf et Muller,coll. Didot. — Tacite, DeMor. Germ,, XXXYIII,
p. 290 dut. V).
Aussi les Romains, que la statuaire antique nous représente presque toujours portant des cheveux courts, remarquant les longues chevelures dressées ou flottantes des habitants de notre pays, la Gaule transalpine, lui donnèrent-ils le nom de Gallia Comata, la Gaule Chevelue, ainsi que l'indiquent Pline, Pomponius Mêla, et maints autres auteurs (Gallia omnis Comata uno nomine appelata. Pline, Hist. nat., 1. IV, g 51, p. 205 du t. I du text. et trad. de Littré. — Pomponius Mêla, l. Ill, cap. ii, p. 647, coll. Nisard).
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Pour rendre leur chevelure plus blonde ou plus rouge, remarque Diodore de Sicile, les Calâtes la lavaient avec de l'eau de chaux; ou, suivant Pline, ils la graissaient avec une mélange de graisse et de cendre. Les Bataves, selon Martial, paraîtraient également avoir fait usage d'un cosmétique spumeux (Tirâvou yàp à7ro>.yp.aTt trt/ôJvTEç ràç 'ç^yjfA T'^'viyjiii . Diodore de Sicile, 1. V, ^ 28).
Galliarum hoc inventum rutilandis capillis : fit ex sebo et cinere. (Pline, 1. XXVIII, § 53, p. 282, text. et trad. de Littré.)
Et mutât Latias spuma Batava comas (Martial, Ép., 1. Vltl, § 55, p. 456, coll. Nisard).
Les Wisigoths, les Burgundions, les Francks, les Normands, prenaient grand soin de leur chevelure qu'ils conservaient de toute longueur. L'intégrité de la chevelure paraît avoir été, aux yeux de ces peuples du Nord, le privilège de l'homme libre, et être devenue l'indice apparent de la dignité humaine, de la noblesse individuelle. Jornandès dit, que selon la prescription de Dicenus, une partie de la nation des Goths était appelée capillati, les chevelus, dénomination qu'ils tenaient en grand honneur. « ... reliquam vero gentem Capillatos dicere jussit, quod nomen Gothi pro magno suspicientes » (l, I, ch. xi, p. 456).
Théodoric II, roi des Wisigoths, selon Sidoine Apollinaire, portait ses cheveux tressés recouvrant ses oreilles (lib. I, epist. ii, p. 6 et 7 du t. i, du texte et trad. de Grégoire et CoUombet, 1856).
Ainsi que le remarque Cancioni, la longue chevelure était le signe caractéristique de l'homme libre. Aussi chez les Burgundions, la loi punissait-elle celui qui laissait croître la chevelure d'un esclave afin qu'il parût être un homme libre, de même qu'elle rangeait au nombre des criminels celui qui, par violence, coupait les cheveux à un homme libre, voire même à un fugitif, qu'il ne savait pas être homme libre ou esclave. « Quicunque ingenuo aut servo fugienti nesciens capillum fecerit, quinque sol perdat. » (Lex Burgundionum, t. Yl, § 4, p. 16, rapp. par Cancioni : Barbarorum leges antiquae, t. IV, p. 228, etc., in-fol. 1789.) Sidoine Apollinaire nous représente le Burgundion parfumant sa chevelure avec du beurre rance.
« ... Quod Burgundio cantat esculentus,
Infundens acido comam butyro? » (Sidoine Apollinaire, Carmen xii, vers 6, 7, p. 202 du t. III, du texte et trad. de Grégoire et CoUombet.)
Pour montrer que les Sycanibres vaincus, sous Honorius, acceptent la domination romaine, Claudien dit que devant le général romain, les Sycambres font tomber leur jaune ou blonde chevelure (Ante Ducem nostrum flavam sparsere Sycambri caesariem... Claudianus , Sur le quatrième consulat d'Honorius, p. 599, coll. Nisard).
Quelques années plus tard, ces mêmes Sycambres n'en' donnaient pas moins aux Francks confédérés leur redoutable Koning, Hlodio, Clodion surnommé le Chevelu qui, traversant la forêt Charbonnière, portait les armes franques jusqu'à la Somme. Les premiers rois francks dans les Gaules, les Mérovingiens sont de même généralement connus sous le nom de rois chevelus.
Âgathias, en parlant du corps de Hlôlhomer, Clodomir, fils de Clovis et de Clotilde, reconnu par les Burgundions, parmi les morts d'un champ de bataille, à sa longue chevelure tombant sur les épaules, remarque que chez les Francks les rois ne se coupent jamais les cheveux; que leurs enfants restent également sans avoir jamais les cheveux coupés ; qu'ils prennent soin que tous leurs cheveux tombent convenablement bouclés sur leurs épaules; que leur chevelure
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n'est pas comme celle des Turcs et des Avares, mal peignée, sale, sordide, et contom-née d'une manière disgracieuse, mais qu'au contraire ils font usage de diverses préparations pour la nettoyer et en prennent un soin minutieux ; que celte longue chevelure est considérée comme une marque dislinctive, comme un insigne honorifique propre à la race royale, car les sujets ont les cheveux coupés circulairement, et il ne leur est pas permis de les porter plus longs (Agathite Myrinaei Historiarum libri quinque, 1. I, § 3, p. 19, Corp. script. Hist. Bysantinœ. Niebuhr, Bonn, 1828).
La longue chevelure, qui, antérieurement chez les Galates, chez les Suèves, chez les Sycambres, paraissait avoir été portée par tous les hommes libres, par tous les guerriers, après la conquête était donc alors devenue spéciale aux chefs, aux personnes de sang princier. D'ailleurs la Loi Salique tenait toujours grand compte de la diversité des races. Tout Franck ou Barbare, tout conquérant d'outre-Rhin, s'estimant valoir deux fois plus qu'un habitant ancien de notre territoire, cette loi fixait à une compensation double le ivergheld ou prix du meurtre de l'homme franck ou germain, comparé à celui de tout autre propriétaire de notre pays. Le wergheld de l'homme libre Franck ou du Barbare était de deux cents sous, celui du Romain propriétaire de cent sous seulement (Pactus Legis Salicae, tit. XLIV. « De homicidiis ingenuorum : Si quis ingenuus Franco aut Barbarum, aut hominem qui salica lege vivit occiderit : VilIM den. qui faciunt sol. ce. culp. jud, — XIV, Si quis Romanus homo possessor, id est, qui res in pago ubi remanet proprias possidet, occisus fuerit, is qui eum occidisse convincitur, IllIM den. qui faciunt sol. c. culp. jud. », dans dom Mart. Bouquet, Rec. des Hist. des Gaules, t. IV, p. 147-148, 1741. Paris. — Voir aussi Am. Thierry, Lettre VII sur l'histoire de France, p. 115, etc., 1854).
On voit parce qui précède que la dénomination de chevelus n'était pas seulement applicable aux anciens Galates de notre pays, aux chefs mérovingiens, mais aux hommes libres, aux chefs de la plupart des peuples de race germanique septentrionale. Les lois édictées vers 860, par Ethelbert, roi saxon d'Angleterre, donnent également la qualification de capillata à la femme de condition libre. « Si libéra fœmina capillata,... Loges in Anglia conditœ jEthelberthi » (Gancioni, Barb. leg. ant. t. IV, p. 229; LXXII.)
Au commencement du dixième siècle, les Nordmans, lors de leur immigration sur les côtes de Neustrie, portaient également la longue chevelure. Haroldl", qui bannit de Norvège, Rolf ou Rollon, devenu premier duc de Normandie, était surnommé Haarfager, c'est-à-dire aux beaux cheveux. Et certains passages de l'Edda montrent l'importance que dans les pays Scandinaves on attachait aux diverses couleurs de peau et de cheveux, comme signes distinctifs des races constituant les diverses classes sociales, « Edda eui un enfant au teint brun; on l'appelle Throel (serf)... Amma eut un enfant roux ou roussâtre; on l'appela Karl (homme libre, paysan)... Modir (mère) eut un enfant auquel on donna le nom de iarl, ses cheveux étaient jaune blanc, ses joues vei'meilles, ses yeux perçants : Infantem peperit Edda
Cute nigricantem
Vocaruntque Thrœl (servum);
Infantem peperit Amma
Vocabant enim Karl (virum, colonum)
Rufum et rubicundum
Puerum peperit Môdir (mater)
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Et nomen larl indiderunt
Albidus (flavus) erat capillus,
Lucidae gense
Oculi acres (acuti, vegeti) (Edda Sœmundar hins Frôda, pars. 5, t. III, Rigs-mal, cap. viii, xvm et xxxi, p. 173, 177, 185. Hawniae, 1828, voir poëme de Rig., § 7, 17, 50, p. 25-4, 256 et 257, trad. des Edda de M»<= du Puget, 2'^ édit., 1865).
En parlant de Guillaume Longue-Épée, le deuxième duc de Normandie, Robert Wace dit que « Li tez porta hault, longue out la chevelure » (Le roman de Rou, t. I, p. 104, V. 2066, éd. de Pluquet, 1826, 2 vol.).
Selon M. Depping, M. Canel, ces Scandinaves prenaient de leur longue et blonde chevelure, les soins les plus grands, les plus minutieux (Depping, Hist. des expéd. mai'it. des Normands, p. 462, etc., 1845. — Canel, Hist. de la barbe et des cheveux en Normandie, note, p. 84. Rouen, 1859).
Si chez les Nordmans le désir de maintenir la pureté de leur sang, de conserver à leur descendance la teinte blonde ou- rousse de leur chevelure, ne les empêchait pas de prendre pour épouses et surtout pour mies des femmes appartenant à la population occupant antérieurement notre pays, comme Giselle et Pope, mère de Guillaume Longue-Epée, comme Ariette, mère de Guillaume le Bâtard, dit le Conquérant, il ne paraît pas en avoir été toujours ainsi. Longtemps l'union légitime d'un chef de race germanique blonde avec une femme de race celtique ou d'autre race à cheveux de couleur foncée paraît avoir été regardée comme une mésalliance. La légende de Bertulphe, de Ghistelles, près de Bruges, et de Sainte- Godelève, de Hondefort, près de Wissant, dans le Boulonnais, rapportée par plusieurs historiens et ethnographes, entre autres par M. Yanderkindere, met en évidence la persistance de cette distinction de races, au moins jusqu'au onzième ou au commencement du douzième siècle, époque à laquelle aurait vécu cette sainte (Yanderkindere, Rech. sur l'ethnol. de la Belgique, p. 44, Bruxelles, 1872).
Cette légende montre la mère de Bertulphe indignée de voir son fils mésallier sa noble race germanique et altérer à jamais la pureté de l'antique sang de sa descendance en prenant pour femme une jeune fille qui, bien que remarquablement belle, avait des cheveux et des sourcils noirs, alors qu'il pouvait à loisir se divertir dans ses domaines avec de pareilles corneilles. (« ... Quia erat nigris capillis et nigris superciliis, carne enim erat candida et ultra modum aspectu amabilis. » Acta sanctorum : mensis julii die sexta, sancta Godeleva, t. Il, 1721, Antverpiaî, cap. i, p. 404, voir aussi, p. 405 et 410). — Numquid bis, inquit, in terris cornices ad tuam consolationem invenisse potuisses, banc nisi aliunde adduceres. Prol'ecto derogat generosoe prosapise tuse opprobrioque praBJudicat sempiterno, tam deformis fatuellae conjugio alti tui sanguinis fœdare natalia. » Acta sanctorum, lac. cit., t. II, p. 418.)
On comprend que cette distinction persistante des individus de la race blonde conquérante et des descendants des anciens habitants du pays, ait du souvent engager ces dei'niers à chercher à ressembler aux premiers se trouvant généralement dans une situation sociale plus heureuse. A une époque bien antérieure, l'eau de chaux, la pommade aux cendres et autres préparations destinées à blondir, à décolorer les cheveux, étaient vraisemblablement plus employées dans les Gaules par les Celtes bruns que par les Galates blonds.
Le désir des anciens habitants de ressembler à leurs conquérants immigrés ne
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[paraît pas seulement s'être manifesté, chez leurs descendants, par l'emploi de -quelques solutions ou pommades destinées à modifier la coloration des ciieveux. Ce désir paraît également avoir amené certains habitants à employer divers procédés pour donner artificiellement à la tête une conformation regardée comme belle, nationale ou aristocratique, ainsi que Gratiolet l'a très-justement remarqué pour certains peuples d'Amérique (Mém. de la Soc. (Vanthrop., t. I, p. 398).
On a vu précédemment que la conformation céphalique de la plupart des conquérants immigrés dans la région nord-est de notre pays, dans l'ancienne Gaule Belgique, était dolichocéphale. A une époque oii étaient à peu près nulles les études anthropologiques propres à faire distinguer les unes des autres les diverses races de notre Europe occidentale, cette conformation dolichocéphale a été à tort attribuée à tel ou tel mode de décubitus.
André Vésale, né à Bruxelles, bien que devenu célèbre en Italie, constate que les têtes des Belges, ses compatriotes, sont plus oblongues que celles des autres peuples, ce qu'il attribue à ce que les mères laissent dormir leurs petits enfants enveloppés de langes principalement sur le côté et sur les tempes. Blumenbach paraît partager la même opinion (F. Blumenbach, De l'unité du genre humain, trad. du latin par Chardel, p. 222-22 i. Paris, 1804, an XII).
« Belgis oblongiora caeteris propemodum reservantur permanentve capita, quod matres suos puerulos fasciis involutos, in latere et temporibus potissimum dormire sinant. » And. Vesalii Op. omn. anat. et chir., t. I, p. 10, 1. 1. cap. v. Lugd. Bat, 1725, in-fol.).
Bien que M. Gucniot ait cru aussi devoir attribuer au décubitus habituel sur la région occipito-pariétale droite l'asymétrie crânienne oblique par propulsion unilatérale par lui observée sur plusieurs jeunes enfants, ainsi que l'a fait observer M. Broca, il semble difficile de rapporter de semblables déformations céphaliques à un simple décubitus prolongé sur telle ou telle région (Soc. de chirurgie, II août 18G9, Gaz. hehd. de méd.,22 octobre 1869, p. 686). Toutefois, de nombreux crânes d'enfants syphilitiques ou atreptiques, c'est-à-dire épuisés par de mauvaises conditions d'alimentation , ont été recueillis par M. Parrot; et ces crânes semblent mettre en évidence que non-seulement certaines déformations crâniennes, mais surtout certaines destructions atrophiques ou usures partielles des os crâniens peuvent résulter du décubitus constant ou prolongé sur une même région de la tête, et se produisent alors dans la région la plus déclive (Parrot, Bull. Soc. d'anthrop., 2^ sér., t. XI, p. 450 etsuiv., 1876, et Assoc. pour Vavanc. des sciences, session de Paris, 1878, section d'anthropologie) .
D'ailleurs il est bon de remarquer que quand ces enfants ne succomben* pas, ces déformations, ces destructions partielles disparaissent par le développement ultérieur du crâne ; et que ces lésions osseuses n'ont aucune analogie avec les diverses conformations céphaliques spéciales à tel ou tel type ethnique.
Mais en dehors de l'influence passagère du décubitus, l'usage de déformer artificiellement la tête serait bien ancien en Belgique, car suivant M. Dupont, bon nombre de crânes de troglodytes recueillis dans la grotte de Sclaigneaux, au Trou-Bozette et dans trois autres cavernes de l'âge de la pierre polie, présenteraient une dépression, un écrasement qui des orbites passerait au-dessous des temporaux. Toutefois M. Virchow ne voit dans cette conformation qu'une macrocépbalie naturelle caractéristique du type frison précédemment mentionné.
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moins dolichocéphale que le type germain véritable (Dupont, VirchoAv, Congr., int.d'anthrop. et d'ant.préh. de Stockholm, 1814^. 51G-518 elRev. d'anthr., t. Y, p. 157, 1876).
Bodin montre la persistance du type dolichocéphale chez les descendants des envahisseurs germains de l'ancienne Belgique, et met à même de constater le désir de leur ressembler chez les descendants des habitants antérieurs de race celtique, lorsqu'il signale non-seulement la forme très-allongée du visage et du crâne des Belges, mais aussi les manœuvres usitées par les accoucheuses dans le but de ramener la tête des nouveau-nés à cette forme nationale regardée comme plus belle par leurs ancêtres. « Cum majores nostri vultus oblongos formosiores esse putarent, obstetrices sensim perlecerunt ut longissimi viderentur; id quod videre est in antiquis statuis et imaginibus. » J. Bodin, Methodus ad facilem historiarum cognitionem, p. 147, Amstelodami, 1650.)
Adrien Spigel (de Bruxelles), de même que Bodin, remarque que presque tous les Belges ont la tête haute et pointue, parce qu'ils l'étreignent l'ortcment par des bandes. « Alta capita, et acuminata habent... Belgse, a fasciis simihter, quihus infantes nimium slringunt. » (Adr. Spigelii Bruxellensis, De Humani corporis iabrica. Venetis, 1727, caput VllI, p. 17.)
« La plupart des Flamands, dit Andry, ont la tète longue, à cause de la coutume observée parmi eux de laisser dormir leurs enfants sur les tempes et de les brider avec certains bonnets nommés béguins, qui leur pressent les deux côtés de la tête. » (Andry, l'Orthopédie ou l'Art de prévenir et de corriger dans les enfants les difformités du corps, t. H, 1. iv, p. 5, 1741.)
Si les Yolces des environs de Toulouse, dont on a vu précédemment une tribu, celle des Tectosages, porter ses armes en Germanie )irès de la forêt Hercynienne, jusqu'en Grèce, jusqu'en Asie Mineure, où saint Jérôme constatait que les Galates parlaient tous la même langue que les Trévères, anciens habitants de Trêves de race germanique; si ces Yolces étaient des Galates ou des Belges de race gei'manique septentrionale, ainsi que le pensait Amédée Thierry, avec M. J. N. Périer, on pourrait se demander si l'on ne devrait pas faire remonter jusqu'à eux l'usage de la déformation céphalique connue sous la dénomination de déformation toulousaine (S. Ilieronym : Comment, in epist. ad Galatas, 1. I,cap. m, t. lY, 1" pars., p. 255, éd. en 5 vol., 1706, Paris, in-fol. — Amédée Thierry, Hist. des Gaulois, introd,, p. 52 et ailleurs, éd. de 1862. — Périer, Bidl. Soc. d'anthrop., t. II, p. 26 et 580, 1861. — Lagneau, Ethnogr. des popul. du sudouest de la France : Assoc. pour Vavanc. des sciences, Rev. d'anthr., t. 1, p. 618, 1872).
Telle est également l'opinion développée par M. Broca,qui rapporte cet usage aux Kimmériens que, d'une part, on sait avoir anciennement liabité les bords du Pont-Euxin, en particulier la Crimée où l'on a trouvé des crânes artificiellement déformés, et que, d'autre part, on sait s'être portés vers notre Europe occidentale (Broca, Congr. d'anthrop. et d'archéoL, de Buda-Pesth. — Bull. Soc. d'anthrop , 2« sér., t. YIII, p. 574 et suiv., 1873).
Dans la région baignée par la haute Garonne et dans les régions circonvoisines où se trouvaient eu contact deux races très-différentes, l'une brachycéphale aquitano-ihérienne, l'autre dolichocéphale belge-germanique, cràniométriquement reconnues par M. Pruner-Bey sur les tètes recueillies à Toulouse par MM. Trutat et Filhol [Bull. Soc. d'anthrop., 2'= sér., t. 111, p. 57, etc., 1868) , on pourrait donc être porté à penser que les anciens habitants du
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pays appartenant à la première race auraient cherché à ressembler aux immigrés de race conquérante jusque dans feur conformation céphalique, de même que dans la région nord-est de notre pays, occupée par des habitants brachycéphales de race celtique et des immigrés dolicliocéphales de cette race belge germanique, les passages deBodin, de Spigel, d'Andry, pourraient le faire supposer. Mais suivant M. Cartailhac, la déformation crcànienne dite toulousaine, loin de remonter à une époque reculée, à l'époque des Yolces, ne se montrerait que sur des crânes postérieurs au treizième siècle de notre ère. Bien qu'on ait lieu de s'étonner que l'usage si barbare, si étrange d'une pareille déformation céphalique ait pu se développer à une époque relativement si récente, il importe de tenir compte de cette remarque, qui toutefois mériterait d'être confirmée ou infirmée par des recherches ostéologiques sur les anciennes populations de la région s'étendant du bas Rhône à la haute Garonne (Cartailhac, Assoc. pour Vavanc. des sciences^ sect. d'anthrop., session de Paris, 1878).