DATES
Novembre-Décembre ISIo.
1" trimestre 1876 ....
1" trimestre 18"T ....
Avril-Mai 1877
Totaux
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On se défend pourtant encore du fléau, même alors que l'ennemi est déjà dans la place, si l'on a l'intelligence et l'énergie nécessaires pour établir rigoureusement la pratique de Visolement des varioleux, que la Société des hôpitaux de Paris a le mérite d'avoir instamment recommandée et qu'elle a obtenu de faire appliquer méthodiquement depuis 1875. M. E. Besnier en a déjà démontré les bienfaits. Le rapport de M. Vidal {Soc. méd. des hôpit. Paris, 1864) et le travail déjà cité de M. Léon Colin (voy. aussi du même : Note relative à Visolement et au baraquement des varioleux. In Soc. des hôpit., mai 1875) auront préparé ce progrès de haute philanthropie. La mesure, sans doute, ne peut être appliquée qu'aux malades des hôpitaux; mais quelle n'est pas la puissance d'irradiation d'un tel foyer, que l'hygiène pourtant est maîtresse de contenir! Elle doit être appuyée, bien entendu, des précautions qui en sont le corollaire et dont la négligence la rendraient souvent illusoire, telles que les revaccinations du personnel d'étudiants et d'infirmiers dans les services d'isolement, la quarantaine autour des convalescents et, sur tous ces points essentiels, la vigilance administrative et l'éducation des masses. Au mois d'avril 1875, la ville de Bordeaux dut à l'observation de ces préceptes d'être à peine touchée par une épidémie qui y éclatait avec des caractères d'une transmissibilité énergique. « Aussitôt le danger signalé par les avis du corps médical, dit M. E. Besnier, d'après les documents que lui a fournis M. Henri Gintrac, l'administration de celte ville prévient les habitants de l'existence de l'épidémie, organise avec une activité extrême de nombreux services de vaccination et de revaccination, et bientôt la population entière, dûment avertie, se presse en foule aux bureaux publics de vaccination, chez les médecins et chez les sages-femmes. D'autre part, et le même jour, tous les malades de l'hôpital, civils ou militaires, bien que placés déjà dans des salles d'isolement, sont évacués sur l'hospice Pélegrin (hospice d'isolement, distant de la ville de 2 kilomètres) ; une caserne voisine des salles d'isolement de l'hôpital Saint-André, lequel n'en est séparé que par une ruelle étroite, et qui avait fourni quinze varioleux, est évacuée complètement, et le régiment qui l'occupait (le ï'i¥ de ligne), isolé et campé. Le résultat de ces
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sages et énergiques résolutions ne se fît pas attendre; la cessation d'une épidémie qui s'annonçait menaçante suivit, presque soudainement, l'exécution de mesures auxquelles M. Henri Gintrac déclare qu'il faut absolument et exclusivement rattacher la brusque disparition de la variole à Bordeaux. »
Nous avons, de la même manière, dès le printemps de 1870, dispensé une petite localité, le village et l'École de Saint-Cyr (en tout trois mille personnes), de suivre le mouvement épidémique dans lequel la variole entraînait alors Paris et ses environs. Comme collaborateur de MM. les docteurs Mouillac et Desbrousses, nous avons méthodiquement et rapidement revacciné les élèves et tout le personnel de troupes ou de servants de l'Ecole, les familles d'officiers et d'employés, en même temps que nous nous mettions à la disposition de la population du village par des avis à l'administration municipale. Les habitants prévenus, stimulés d'ailleurs par quelques catastrophes heureusement rares, s'empressèrent de nous demander la vaccine ou la revaccination. Six élèves et un officier furent seuls atteints de variole, sans fournir de décès. Le village eut d'abord, et à peu d'intervalle des cas assez nombreux, dont quelques-uns mortels ; il y avait encore, à Saint-Cyr, des adultes qui n'avaient jamais été vaccinés. Mais, dès la fin de juin, on put considérer l'épidémie comme tout à fait terminée et, par le fait, elle ne se releva pas, malgré les mouvements de troupes qui eurent lieu bientôt après sur ce point et aux alentours. Le virus qui nous servit à repulluler le vaccin provenait de la culture faite avec tant de soins et de succès par M. le docteur Leduc (de Versailles).
Il est notoire que les négligences dont se rendaient coupables les administrateurs et les administrés, vis-à-vis de la vaccine, dans les quelques années qui précédèrent 1870, avaient été préparées par des imprudences médicales. Il se fit, en 1865, une sorte de campagne contre la vaccine, à laquelle prirent part des personnes que l'on aurait cru plutôt préposées à sa garde. On parlait beaucoup, beaucoup trop assurément, de syphilis vaccinale. Cette fâcheuse découverte était bonne à enregistrer, sans doute; mais point n'était besoin de la crier sur les toits, ni surtout d'en tirer comme conséquence l'institution de pratiques d'une efficacité douteuse, destinées à remplacer le vaccin humain. Bousquet, autrefois, était à la piste des moyens de régénérer le vaccin et avait été assez heureux pour y réussir (voy. Sur le Coiv-pox découvert à Passy le 22 mars 1836, par M. Bousquet. In Mém. del'Acad. de méd., t. V, 1836). De nos jours, on ne crut mieux faire que d'ébaucher un simulacre de vaccin naturel et d'assurer la virginité du virus en la donnant à garder à des génisses. Le plus clair de ces tentatives fut de révéler l'embarras des médecins et de répandre le trouble et l'hésitation dans le public, toujours porté à s'abstenir quand on lui offre une double alternative.
Dans notre pays, l'Académie de médecine propose, pour les récompenses du gouvernement, les médecins vaccinateurs et les sages-femmes. Les municipalités des grandes villes indemnisent spécialement les vaccinateurs et priment les vaccinés. Le conseil de santé des armées ordonne les revaccinations des recrues et met, par une décision récente, une certaine somme à la disposition des médecins en chef de corps d'armée, chargés d'assurer ce service, afin que ces fonctionnaires puissent attirer et choisir les vaccinifères par l'appât d'une indemnité pécuniaire donnée aux parents. Les grandes administrations publiques et privées exigent des certificats de vaccine de quiconque entre chez elles. C'est beaucoup, et ce n'est peut-être pas encore assez. 11 importerait de pouvoir assurer
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exactement la vaccination de tous dès les premiers mois de l'existence. Par quels procédés? Les avis, les primes mêmes, n'y suffisent pas toujours; il n'y a d'ailleurs pas de primes dans les petites localités rurales. Un jour viendra peutêtre où l'élévation du niveau intellectuel du peuple, la vulgarisation de l'instruction, amèneront naturellement l'entrée de tous dans le progrès. En attendant, quel est le moyen de concilier le respect de la liberté individuelle avec la nécessité de préserver la masse? C'est une question qu'il ne nous appartient pas de traiter ici, et qu'en aucun cas nous ne prétendrions résoudre.
La variole, en France, relativement à sa répartition sur les diverses époques de l'année, suit les lois, non très-rigoureuses, du reste, qu'on lui a reconnues depuis longtemps et partout. C'est essentiellement une épidémie d'hiver.
11 est vraisemblable que la température est, au fond, assez indifférente par elle-même à la variole. Mais c'est une maladie virulente et contagieuse dans toute la force du mot ; elle est favorisée dans son extension épidémique par tout ce qui rapproche et condense les groupes, tout ce qui multiplie et prolonge les contacts médiats ou immédiats ; le froid est dans ce cas, tandis que la belle saison pousse à la dissémination des individus. On reconnaît ici une de ses différences capitales, au point de vue des propriétés spécifiques, d'avec la fièvre tj'phoïde, qui est miasmatique, dont le principe se développe dans la putridité animale et qui, à cause de cela, éclate assez habituellement quand la chaleur a élevé ses foyers à leur plus haute activité. L'acmé variolique est aussi normal au printemps que l'acmé typhoïde l'est à l'automne. Mais, en soi, une maladie virulente s'accommode de toutes les saisons et, parmi les épidémies varioliques iïété que Hirsch relève, nous trouvons pour notre pays les suivantes : une à Lille en 1757, une à Paris en 1769, àChâlons en 1764, à Dax en 1783, celle du département des Landes en 1822, de Paris en 1825, de Marseille en 1827, de Sorèze en 1856 ; tandis que les épidémies du Languedoc en 1778, de Semecourt en 1840, de Paris en 1847, eurent leur plus grande rigueur par le froid de l'hiver. On peut remarquer que les épidémies signalées pour l'été se rattachent à des époques d'extrême généralisation de la maladie ; quand la variole est partout, que ses foyers se multiplient, elle ne s'éteint pas en été si les aliments ne lui manquent. C'est ce qui arriva en 1870, au moins dans Paris, où le mois de juillet fut beaucoup plus chargé que chacun des six premiers mois de l'année.
En temps ordinaire et tant que l'intensité épidémique n'est pas arrivée aux environs de son degré le plus élevé, la loi formulée par M. E. Besnier est exacte et confirmée par tous les observateurs : V atténuation estivale est, sinon constante au moins assez ordinaire pour être considérée comme la règle très-générale des épidémies varioliques envisagées dans un pays entier, ou dans une agglomération populaire aussi considérable que l'agglomération parisienne.
Nous avons emprunté à cet auteur laborieux et à M. Léon Colin les éléments du tableau ci-contre qui semble devoir exprimer, avec assez de justesse, pour notre pays, la répartition par mois de la variole sur chaque année et à la fois la longue trajectoire que décrit son évolution par série d'années, du moment que les chiffres portent sur le groupe le mieux disposé pour refléter la physionomie exacte de ces épidémies, à savoir la population de la capitale. On y découvre aisément le fait que nous avons cherché à établir : les cas de variole se multipliant à mesure que la réceptivité de la génération se prononce et ceux-ci exploitant, si l'on peut dire, plus largement cette réceptivité par le fait qu'ils de-
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viennent plus nombreux ; c'est une action réciproque à élévation rapide ; enfin, un jour que les circonstances sont exceptionnellement favorables, les, contagionnants et les réceptifs sont partout, le fléau atteint son épanouissement complet et épuise entièrement la réceptivité (1870-1871), de telle sorte qu'il n'y aplus possibilité d'avoir des varioleux en 1872-1873.