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Tôt. annuels.
Il va sans dire que les mauvaises conditions d'hygiène, celles surtout qui sont particulièrement adaptées à l'action des contages; la misère, qui assure toujours aux classes pauvres la supériorité dans les listes funéraires (L. R. Villermé. Sur la mortalité en France, dans la classe aisée et dans la classe indigente. Paris, 1828), la malpropreté qui, avec d'autres traits d'insouciance, explique l'affection de la variole pour les terres bretonnes, la densité des groupes et l'encombrement, favorisent la propagation et la gravité des coups de cette maladie. M. Ernest Besnier démontre encore par les chiffres qu'il recueille et catégorise que les arrondissements de Paris les plus maltraités, toutes choses égales d'ailleurs, sont en général les plus peuplés. Dans l'épidémie de 1876-1877, à Lille, le quartier pauvre et populeux de Wazemmes porta la plus grande part de tout le poids de la mortalité variolique.
Fièvre typhoïde. Nous avons, sans doute, à déterminer les rapports particuliers qui existent entre le peuple et le sol français et le principe morbide d'où procède la fièvre typhoïde, beaucoup plus qu'à exposer les idées qui ont cours dans notre pays sur la genèse ou le développement de ce principe. Cependant, il est difficile qu'au moins l'énoncé des doctrines ne précède pas l'analyse étiologique, puisque cet énoncé règle jusqu'à un certain point la valeur de celle-ci et, dans tous les cas, éclaire le choix à faire parmi les causes ou la hiérarchie à établir entre elles. Nous ne nous dispenserons pas d'une rapide revue sur cette matière et nous en profiterons pour noter les tendances dominantes, comme aussi, nous l'avouons, pour formuler celles qui nous sont personnelles.
Le pays où Louis a proclamé l'individualité de la fièvre typhoïde a encore, certes, ses opinions propres sur les causes de cette maladie ; mais il faut recon-
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naître que les étrangers nous ont largement payés en doctrines étiologiques l'espèce nouvelle que nous leur avons donnée toute faite. Murchison nous a retourné d'Angleterre la théorie pythogénique, qui réunissait presque tous les suffrages, il y a quinze ou vingt ans; des mêmes bords, la doctrine des germes à développement continu dans les selles typhoïques, formulée et soutenue par W. Budd, après des essais discrets depuis quelques années, tente en ce moment le débarquement, enseignes déployées, sous la protection de MM. Noël et Henri Gueneau de Mussy. Nous ne tarderons pas, en progressant toujours, à voir arriver la panspennie typhoïde de M. John Tyndall ; c'est sous cette forme que l'Angleterre nous renvoie les magnifiques découvertes de M. Pasteur sur les fer mentations ; à vrai dire, notre illustre savant tend la main aux insulaires, depuis que lui-même introduit les faits de la chimie dans le domaine de la pathologie. Ce ne sera bientôt plus une chose extraordinaire d'entendre affirmer que les germes typhoïdes flottent incessamment dans l'air, s'abattant et pullulant indifféremment dans les milieux putrides ou dans l'économie humaine, se manifestant sous forme de fièvre typhoïde quand les individus sont suffisamment préparés à recevoir les germes ou que ceux-ci sont suffisamment nombreux : M. Ch. Bouchard a même proposé cette étiologie, tout récemment, au Congrèsj de Genève (1877), sous forme d'hypothèse encore, mais cette pente est rapide, à l'époque où nous vivons.
L'Allemagne tient à notre disposition la doctrine de la génération alternante du germe typhoïde, de Liebermeister, fort voisine de celle de W. Budd, mais un peu plus large, et posant comme obligatoire le passage du germe sorti de l'intestin malade par un milieu putride, pour devenir apte à provoquer la fièvre typhoïde. Yon Pettenkofer pense, de même, que le poison (Gift) issu del'intestin du typhoïsant, et comme tel incapable de contagionner, a besoin, pour devenir germe (Keim), ou miasme typhoïque, de tomber et de séjourner dans un milieu favorable ; ce milieu, c'est le sol, dans de certaines conditions de perméabilité, d'humeclation ; d'oîi l'importance des oscillations du niveau de la nappe souterraine. C'est ce que nous connaissons sous le nom de théorie tellurique.
Les premières de ces théories comportent, chez le principe typhoïque, la propriété de contagion; il serait on ne peut plus voisin des virus. Les théories allemandes, celle de Pettenkofer surtout, sont au contraire antipathiques à la contagion, en ce sens que l'économie n'est pour rien dans la reproduction du germe et ne fait que recevoir (c'est fort mystique) la fleur ou le fruit de ce germe, fleur ou fruit qui n'est jamais autre chose chez l'homme qu'un poison impuissant à se multiplier. Le principe typhoïque vient donc à l'économie comme un miasme, d'une façon très-voisine des habitudes du miasme palustre ; c'est Vinfection miasmatique.
La doctrine pythogénique et celles des autres qui admettent la contagion plus ou moins immédiate par l'homme ont, pendant longtemps, regardé l'air comme le véhicule le phis habituel du contage et les voies respiratoires comme sa porte d'entrée normale dans l'économie. De nos jours, elles ont associé les aliments liquides ou solides, l'eau de boisson par dessus tout, à l'air atmosphérique, comme introducteurs des germes ou des miasmes, et la voie gastrique à la voie pulmonaire, à titre de route suivie par ces agents. Il y a même une tendance formelle à considérer la première comme plus importante et plus normale que la seconde ; la théorie le veut ainsi : il est bien plus facile d'expliquer le cheminement d'un germe le long d'un canal tout ouvert jusqu'à l'intestin, jusqu'à la
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plaque de Peyer, qui doit être le siège de son évolution et de sa multiplication, que de se hasarder à le faire passer à travers la membrane vésiculaire du poumon, circuler avec le sang, dont le mouvement est la mort des germes et des bactéries, pour aller se fixer après mille péripéties sur les follicules intestinaux, d'où il repartira pour continuer son cercle immense et néfaste dans un égout, cette « prolongation du tube intestinal ».
En France, nous pouvons rendre cette justice aux médecins nos compatriotes, sans déprécier le mérite des étrangers qui ont espéré rendre des services positifs et durables par l'instauration d'une théorie qui éclaire les faits passés et à venir, en France l'on s'est contenté généralement de suivre pas à pas, soit les cas particuliers, soit les drames épidémiques, sans jamais conclure que pour le fait ou l'ensemble observé et pour le temps et le lieu de l'observation. Louis, Chomel, Andral, voués à la clinique et observant à Paris, où l'étiologie est un abîme, se contentaient d'affirmer l'espèce, d'en fixer les caractères symptomatiques et anatomiques, et se souciaient peu de l'origine du mal, de sa contagiosité en particulier, qui ne les frappait pas d'ailleurs et à laquelle ils ne croyaient guères. Bre tonneau et Trousseau (1826-1829) firent tout d'abord une grande part à l'étitdogie et se prononcèrent pour la contagion; mais n'onl-ils pas été entraînés par l'idée préconçue qui se révèle dans l'appellation même qu'ils avaient choisie? le terme de dothiéneniérite ou de dothiénentérie pousse fortement à l'assimilation de point en point de la fièvre typhoïde avec les fièvres éruptives. Nous craignons qu'une pensée à priori^ du même ordre, n'ait pesé sur les opinions émises dans le mémoire fameux, et du reste très-remarquable, de Gendron [Recherches sur les e'pidérnies des petites localités. In Journ. des connaiss.médico-chirurg., 1854). Lui aussi portait le poids de la théorie ; on s'en doute rien qu'au titre de son premier travail sur la matière : Dothinente'ries observées aux environs de Château-du-Loir (Archives gén. de médecine, 1829).
Vingt ans ne s'étaient pas écoulés depuis le mémorable livre de Louis, que l'on voyait partout cette maladie à peine soupçonnée au commencement du siècle, au point que l'on aurait pu croire à une maladie nouvelle, si nous ne savions combien l'éducation des sens et de l'esprit décide souverainement du sort des types morbides, soumis à l'observation d'une génération. A ce momeat-là, des médecins de province, en assez grand nombre, remarquèrent l'importation, la transmission, de la fièvre typhoïde et prononcèrent tout d'abord le mot de contagion. On ne voyait pas au delà de l'épidémie locale, d'ordinaire limitée à un petit groupe, et ces médecins ne traduisaient que leur impression personnelle. Le mémoire de Piedvache [Recherches sur la cojitagion de la fièvre typhoïde : In Mém. de VAcad. de méd., 1850) date de cette époque.
Chose assez singulière, les contradictions philosophiques n'an'êtaicnt point nos devanciers. Rien, à coup sûr, n'est plus antipathique à la contagion que la spontanéité ; les médecins rapprochaient, cependant, les deux modes sur le terrain de la fièvre typhoïde. A vrai dire la contradiction offusquait moins l'esprit dans ce temps où l'on ne parlait pas encore de germes et où la spontanéité d'une maladie contagieuse n'équivalait pas à la création ou à la génération spontanée d'êtres microscopiques. C'est, sans doute, la spontanéité que Michel Lévy avait en vue en disant que les épidémies de fièvre typhoïde se préparent lentement, « logiquement ». Et quant à M. Briquet, nous avons vu qu'il opposait à la doctrine de la contagion exclusive des faits où l'éclosiun spontanée de la maladie lui semblait incontestable.
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De notre temps, on ;i voulu se rendre compte de ce que la génération médicale précédente appelait contagion et que, d'instinct, notre époque prudente tendait à qualifier de transmissibilité, en attendant un terme plus précis. Nous avons personnellement (Jules Arnould : Etiologie de la fièvre tijphoïde. Paris, 1875) essayé l'analyse des propriétés de transmission de la fièvre typhoïde ; nous sommes arrivé à ne trouver, sous ce rapport, rien d'analogue à ce qui se passe dans les maladies iotijoiirs contagieuses et n'ayant pas d'autre origine; comme la variole, par exemple. Nous avons, en particulier, signalé la nullité des mesures pratiques de prophylaxie, qui devraient être la conséquence de cette foi générale dans la contagiosité de la fièvre typhoïde, et, malgré cela, l'extrême rareté des cas intérieurs dans les salles d'hôpital où tous les médecins traitent ensemble les typhoïsants, les rhumatisants, les anémiques, les gens affectés de pneumonie, de bronchite simple et même, assez souvent, de vulgaires paresseux qui escamotent quelques jours de repos et de nourriture aux frais des administrations. Depuis lors, et à l'occasion de la sévère épidémie parisienne de 1876- '1877, de nombreux médecins de la capitale ont insisté sur des circonstances de même nature : M. Ernest Besnier {Rapport de la commission des maladies régnantes, 26 janvier 1877) montre que les infirmiers et infirmières n'ont pas eu plus de cas que la première profession venue, « les doreurs, par exemple » . M. L. Lereboullet a soigné 85 malades dans ses salles avant d'avoir un seul infirmier atteint. M. Archambault déclare qu'à l'hôpital des enfants, la contagion et même la transmission individuelle de la maladie a été absolument nulle, bien que les typhoïdiques occupassent plus du tiers des services. M. A. Laveran constate que, parmi les élèves du Yal-dc-grâce, nombreux et dans l'âge de la réceptivité, aucun n'a été frappé, malgré leur fréquentation des salles. Enfin, M. Vallin a dépouillé les cahiers de deux années du Val-de-gràce, dans le but spécial d'y découvrir les cas intérieurs, et en a trouvé cinq, sur un total de 440 cas, qui auraient jusqu'à un certain point cette physionomie ; mais, de ces cinq cas intérieurs, deux sont venus des salles de chirurgie où il n'y a pas de typhoïsants; ceux-ci doivent procéder de l'infection nosocomiale banale. Donc, les trois autres en procèdent aussi, comme les cas fournis par les infirmiers, plus nombreux et plus graves en général que dans les autres corps de l'armée (proportionnellement) .
La fièvre typhoïde n'est pas contagieuse, ou bien il faut trouver un autre mot pour la variole, la rougeole et d'autres. Y a-t-il lieu de contester sa transmission par véhiculation humaine, dans les cas si nombreux qu'ont signalés en France les médecins de nos épidémies ? Nullement ; mais il faut l'expliquer. Nous croyons à la spontanéité de la fièvre typhoïde et même à la genèse de son principe, si l'on peut]]se servir du mot genèse pour un principe qui n'est pas un germe, qui n'est pas un être vivant quelconque, mais un état particulier des choses naturellement en contact avec nous, peut-être une simple propriété de quelque agent extérieur à l'économie, propriété engendrée toutefois par l'économie même. Les groupes urbains ou ruraux font ce principe pour leur propre compte et, de temps à autre, en manifestent la présence sous forme de fièvre typhoïde sporadique ou épidémique. Assez souvent, l'épidémie tarde à éclater, bien que les éléments en soient tout prêts, parce qu'il y a un réel acclimatement des habitants à leur atmosphère typhoïgène. Qu'un typhoïsant véritable vienne accomplir dans ce milieu l'évolution de sa maladie, il est clair qu'il augmente tout d'abord l'infection locale dans le rayon le plus rapproché de lui et dans le
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sens le plus spécifique possible. C'est là l'explication de bien des cas apparents de transmission directe et de proche en proche. Si elle ne suffisait pas, nous n'hésiterions pas trop à admettre, de la part du premier malade et de ses émanations morbides, une sorte d'action de présence, imprimant tout à coup à l'infection préalable le mouvement nécessaire à la constitution définitive d'une épidémie.
Certes, cette conception laisse absolument indécise la nature du miasme typhoïgène. Mais elle s'adapte bien mieux que l'idée de contagion aux faits propres à cette espèce. On voit la fièvre typhoïde éclater dans un régiment à l'arrivée des recrues, dans une ville à l'arrivée d'un régiment et, de telle sorte parfois que la ville même y participe peu ou point. Est-ce que ces « nouveaux venus », comme dit M. L. Colin, subissent la contagion d'une maladie qui n'existait pas ? Non, mais ils se sont montrés, à titre de non-acclimatés, plus sensibles que les habitants à une infection typhoïgène réelle. Et quand les habitants finissent par prendre quelque part à l'épidémie de la garnison, c'est que celle-ci a énergiquemcnt augmenté cette infection et y apporte le complément spécifique. Nous citions, dans le travail mentionné plus haut, ces villages des environs de Munich dont les habitants, s'ils veulent avoir le typhus abdominal, sont obligés d'aller le chercher à Munich même ; importé, il reste stérile dans le village. Que de fois pareil fait s'est reproduit dans notre pays, à la rentrée au village de jeunes étudiants, de domestiques, de lycéens, de soldats surtout, ayant la fièvre typhoïde, ou convalescents de ce mal, ou tout au moins venant d'un foyer typhoïque. Cette importation est bien loin de susciter fréquemment la formation d'une épidémie dans la petite localité. M. de Pettenkofer parlerait de l'inaptitude de certains sols, de certains lieux habités, à devenir des foyers de fièvre typhoïde. Or, nous verrons que l'inaptitude en question est formellement démentie, encore qu'il puisse y avoir (et il y en a) des différences de réceptivité positivement inhérentes à certaines conditions du sol.
Il est certain que bon nombre des médecins d'épidémies en France ont cru plus ou moins explicitement à la genèse du principe typhoïgène dans l'infection banale du milieu et il semble bien que, ces jours-ci, la plupart de nos confrères, praticiens de l'intérieur ou membres des corps savants de la capitale, y croyaient encore sans y songer, lorsque la présentation solennelle des doctrines contagionnistes anglaises par M. Noël Gueneau de Mussy vint mettre la foi antique et paisible des nôti'es au pied du mur, si nous pouvons nous permettre cette expression.
Il s'agissait en apparence d'appeler l'atfention sur le danger des égouts de Paris, au point de vue de la propagation de la fièvre typhoïde et de la constitution de ses épidémies. En réalité, on tentait d'établir la doctrine du développement continu du germe typhoïde, qui s'applique si bien à la plupart des grandes cités où le typhus abdominal est en permanence. Deux Maîtres, surtout, s'emparèrent de la question et marquèrent la divergence des écoles modernes, en même temps que les progrès faits dans les esprits par l'intervention d'une science de portée plus générale, la science des agents animés de l'air et des milieux putrides : d'une part, M. Jaccoud, ouvert au progrès, mais ne s'embanassant pas trop des lois de la pathologie générale et quelque peu éclectique; de l'autre, M. Chauffard.
M. Jaccoud s'est efforcé d'établir Vorigine fécale de la fièvre typhoïde, tout en affirmant qu'on ne saurait accepter cette origine comme unique. Il a, du reste,
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emprunté ses preuves le plus possible à tous les pays, excepté à la France {Acad. de méd. , séance du 15 mars), ce qui est regrettable, parce que, dans ces faits si loin de nous, les observateurs ont pu, sous l'influence d'une idée préconçue, voir trop un certain cbef étiologique et pas assez tel autre. Mais la doctrine de l'origine fécale se dédouble et voici les trois propositions dans lesquelles le savant professeur résume ses vues :
« Les matières fécales ne deviennent typhogéniques qu'autant qu'elles renferment le poison typhoïde. — Le plus ordinairement la présence du poison résulte de l'introduction de déjections typhoïdes dans la masse excrémentitiellc, auquel cas les matières fécales sont un simple agent de transmission ou de propagation de la maladie. — Dans d'autres circonstances (qui sont aux précédentes comme 2 est à 5), le poison typhoïde prend naissance ou est apporté dans la masse excrémentitielle sans introduction préalable de déjections spécifiques ; et dans ce cas, les matières fécales, ainsi modifiées, sont pour la maladie un agent de génération. » (Bulletin de VAcad. de méd., 17 avril 1877). A son premier discours, on eiît pu croire que l'éloquent Académicien se plaçait sur un terrain beaucoup plus net et tout à fait simple : « Dans une localité où la fièvre typhoïde n'est point endémique, où elle ne s'est pas montrée depuis une année au moins, elle apparaît soudainement; l'enquête ne démontre dans la localité aucune modification nocive insolite, sauf un état des fosses, des conduits ou des égouts qui a permis soit l'exhalaison du contenu au dehors, soit son mélange avec l'eau potable, etc. » Entre deux séances, M. Jaccoud avait eu riionneur d'un entretien avec M. Pasteur. Dans son second discours, il fait effort contre l'éclosion spontanée qu'il paraissait avoir voulu démontrer d'abord. Son argument cçtpital est qu'il y a infiniment plus de cloaques à excréments que d'épidémies de lièvre typhoïde et que souvent, là même où ces épidémies éclatent, les conditions de propreté ne sont pas plus mauvaises au moment de l'épidémie qu'elles ne l'étaient un an, deux ans auparavant, alors qu'on ne connaissait pas la fièvre typhoïde. Or, cette façon de raisonner nous a toujours paru inacceptable dans ces expériences spontanées de la pathogénie, où les faits négatifs ne prouvent précisément rien contre les faits positifs ; d'ailleurs, qui peut affirmer qu'il n'y avait pas réellement, à l'heure de l'explosion épidémique, un élément de plus que parle passé, soit dans les agents extérieurs, soit dans l'organisme?
Enfin de compte, la conclusion à double face del'éminent médecin ne paraît pas répondre suffisamment au besoin de logique des choses de cet ordre : « Deux causes spécifiques pour une seule maladie spécifique, c'est trop assurément. » (Ch. Bouchard.)
M. Chauffard, en face de toutes ces tentatives hardies, atenu ferme le drapeau delà spontanéité. Il n'a pas manqué de faire remarquer que, du moment que l'on admettait pour certains cas l'origine de la fièvre typhoïde dans des matières fécales banales, il faut l'admettre toujours, même quand des selles typhoïques sont surajoutées ; puisque ceci est l'accident, le cas particulier, tandis que l'élément qui ne manque dans l'un ni dans l'autre cas, c'est la matière fécale considérée comme telle. L'éminent orateur a, du reste, élargi selon les exigences de l'observation le cadre étiologique de la fièvre typhoïde. C'est l'organisme qui fait cette maladie spécifique, sollicité par des influences extérieures de mille sortes, et qui la reproduit naturellement. Les émanations putrides jouent le plus grand rôle dans le premier mode (genèse) ; dans le second, c'est la conta-
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gion. Les égouts et les fosses ont donc leurs dangers; mais à côté de ces causes il faut ranger l'encombrement, les cohabitations nombreuses dans un même local, l'air confiné et altéré par les exhalaisons pulmonaires, et, à titre d'association importante, les fatigues extrêmes et continues, le surmenage, une alimentation mauvaise et insuffisante. Empruntons quelques formules à cette magistrale parole : « La fièvre typhoïde vient en nous de mille sources ; notre milieu social et nous-mêmes nous concourons incessamment à sa génération... De toutes les maladies spécifiques, elle semble la plus naturelle, la plus attachée à notre chair organique, le produit inéluctable de la civilisation. »
En pratique, l'opinion qui place au premier rang le rôle de l'organisme rendrait autant de services, lors même que les hypothèses relatives aux germes se trouveraient être un jour la vérité. La puissance de ces germes cédera toujours le pas aux dispositions de l'économie humaine et l'hygiène, qui n'étouffera jamais tous les germes, a plus de chances d'être salutaire en s'occupant de l'homme et de l'intégrité des milieux qu'en poursuivant les parasites. Nous croyons même que M. Chauffard ne devrait pas, à cet égard, opposer à l'espoir prétentieux de W. Budd « d'arriver à mettre sous nos pieds les fléaux natu rels », une sorte de pronostic étiologique, sombre et fatal : « Si nous l'engeu-' drons en nous-mêmes et de notre sang, si elle surgit de toutes les conditions sociales et nécessaires qui nous enveloppent, nous nous bercerions de chimères en pensant qu'elle disparaîtra d'au milieu de nous. » Il convient, sans doute, d'être réservé dans ses espérances de victoire; mais nous sommes, au moins, en face d'un ennemi moins insaisissable que les nuages bactériels ; la condensation outrée des groupes, la misère, la malpropreté, les immondices de la ville et de la campagne, tout cela est accessible et donne prise à une hygiène intelligente et déterminée. Nous n'étoufferons pas à jamais la fièvre typhoïde ; mais nous la contiendrons et réduirons son domaine, si nous menons vigoureusement la campagne.
Le professeur Chauffard, dont le talent suffirait à défendre cette cause, n'est pourtant pas seul, en France, à maintenir la spontanéité (dans de certaines conditions) de la fièvre typhoïde. M. Léon Colin l'affirme non moins nettement, se fondant sur ses consciencieuses études de la fièvre typhoïde dans l'armée ; c'est là un milieu mobile, variant incessamment ses modes d'existence et oii se révèlent des incidents de pathogénie, obscurs partout ailleurs ou masqués par la prédominance invincible d'un élément étiologique uniforme. Indépendamment des articles de ce dictionnaire où le savant et sagace professeur du Valde-Grâce a déjà consigné son opinion et ses motifs de croyance, en dehors aussi des travaux qui ont reproduit sa doctrine dans les Annales d'hygiène, nous prenons de préférence les formules étiologiques qu'il a inscrites dans un récent travail {De la fièvre typhoïde dans Varmée, Paris, 1878), particulièrement important et significatif à cause de la quantité et de la diversité des documents dont il est l'expression et comme la synthèse. « Il est à peu près au pouvoir de l'homme de créer des épidémies de fièvre typhoïde, en soumettant à des conditions connues des individus susceptibles de l'affection (notamment par l'agglomération dans des locaux insuffisants, au centre des grandes villes, d'individus jeunes et originaires de la campagne), et en réalisant ces conditions à certaines époques de l'année, spécialement enautomne. Cette puissance de création du mal implique celle de le combattre. » M. L. Colin semble, en quelques passages de son beau travail, associer la spontanéité et la contagion, comme origines possibles du
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mal. En réalité, il a parfaitement senti, d'un côté et théoriquement, ce vice de logique; de l'autre, les caractères très-vagues de l'apparente contagiosité de la fièvre typhoïde. « Au point de vue de l'étiologie générale, dit-il, la fièvre typhoïde naît par infection, spontanément, et par contagion, spécifiquement. » Mais il est facile de voir par le contexte que l'auteur n'entend point, par la transmission de la fièvre typhoïde, un acte de l'économie notablement différent de celui par lequel a lieu la génération spontanée. C'est d'une manière sensiblement identique que le sujet, qui a fait la fièvre typhoïde pour lui-même (auto-infection), la fait pour les autres (hétéro-infection). Nous avons pensé, pour notre compte, que des individus peuvent la faire pour les autres, sans l'avoir eux-mêmes ; par exemple, s'ils ont perdu la réceptivité.
Il sera d'un poids bien faible d'ajouter à ces autorités imposantes l'opinion spontanéiste de l'humble auteur de cet article.
La théorie tellurique, telle que M. de Pettenkofer la présente, n'a pas eu de succès en France. Elle le doit sans doute à deux causes : d'abord à son alliance avec l'hypothèse, difficile à suivre, de la génération alternante des germes ; puis, à la rigueur de sa formule. Buhl et Pettenkofer, appuyés sur les calculs de Seidel, se sont trop préoccupés de démontrer mathématiquement une loi qui se trouve être vraie pour Munich. Il nous semble certain que si les choses revêtaient une autre expression, chacun y prendrait intérêt. Il n'est pas douteux que le sol ne soit un des meilleurs réceptacles d'immondices, partout où les groupes humains en produisent ; il n'est pas moins évident que ce foyer de putridité varie d'activité selon le degré de perméabilité de ses couches et selon l'état d'humcctation ou de desiccation des plus superficielles de celles-ci. Qu'il y ait là des conditions, sans préjudice des autres, favorables ou défavorables selon les cas à l'épidémicité de la fièvre typhoïde, cela ne peut répugner à personne, et voilà pourquoi il est regrettable que la forme malheureuse de la théorie de Pettenkofer nous en ait généralement éloignés. On a vu (page 648) qu'en 1865, un savant français, M. Magne, avait présenté des vues étiologiques qui se rattachent par un certain côté à la théorie tellurique ; les terrains primitifs et les terrains de transition, c'est-à-dire les sols peu ou point perméables, paraissaient à l'auteur réfractaires aux épidémies typhoïdes, lesquelles affectionneraient, au contraire, les terrains d'alluvion. Trop de faits ont prouvé que les exceptions à cette loi sont fréquentes pour qu'on l'ait prise en grande considération. Elle a, cependant, un fond de vérité. En tant que le sol est un des réceptacles de la putridité typhogène, elle pourrait fournir des indications exactes. Malheureusement, nous savons que le sol n'est pas le réceptacle obligatoire du miasme typhique, comme il l'est du miasme palustre. Tout support peut remplacer le sol dans cet office ; les planchers et les murs de nos demeures, le pavé et les ruisseaux de nos villes, les égouts, l'atmosphère même ; bien plus, il est probable que la matière typhogène, quelquefois, n'est pas ailleurs que le long des parois de la muqueuse gastro-intestinale.
Ceci nous amène à faire un retour sur un des chefs étiologiques le plus souvent signalés dans les rapports d'il y a quinze ou vingt ans. Avant les études modernes, qui ont surtout visé la fièvre typhoïde des grandes villes, les médecins, observateurs des épidémies rurales, parlaient volontiers de localités humides, encaissées, du voisinage des mares d'eau, de ruisseaux fangeux, de défrichements, de canaux, d'eaux de boisson de mauvaise qualité... Sans doute, en face de cet énorme problème et comme, d'ailleurs, l'étiologie typhoïque est
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positivement très-complexe, on a noté un peu in gtoho toutes les défectuosités de l'hygiène, qu'on était obligé de mieux voir, au moment d'une épidémie. Pourtant, il y a quelque chose de remarquable, au moins dans la fréquence et la répétition de ces allégations, et l'on ne saurait en négliger la valeur, sous prétexte qu'elles heurtent nos idées actuelles.
Il n'échappera à personne que les circonstances désignées sont précisément celles que l'on s'attendrait à trouver à l'origine de fièvres de malaria, palustres ou telluriques, comme on dit encore. Or, malgré cela, il se peut très-bien que nos médecins d'épidémies aient été dans le vrai. Les influences qu'ils notent n'ont pas agi spécifiquement; sans cela, elles eussent provoqué des fièvres intermittentes ou rémittentes ; mais elles ont altéré la nutrition et entraîné l'état des surfaces digestives (que la nostalgie parvient bien à déterminer) , dans lequel la putridité est interne et pei-sonnelle, suffisant à la genèse de la fièvre typhoïde. M. L. Colin, qui a particulièrement insisté sur ce mécanisme typhogénique, va plus loin. 11 admet que l'infection palustre elle-même peut avoir lieu d'abord, et non-seulement susciter plus tard la fièvre typhoïde par l'intermédiaire banal des troubles de sécrétion gastrique ou intestinale, mais encore se transformer en typhus entérique. Nous nous tenons sur la réserve vis-à-vis de cette dernière formule ; mais le reste nous paraît démontré, à savoir que la fièvre typhoïde est assez souvent l'aboutissant d'influences telluriques, de l'ordre de celles qui se traduisent d'ordinaire par les fièvres intermittentes ou pseudo-continues. Nous en avons, ailleurs, cité des exemples appartenant à la pratique en Algérie de MM. Masse et Frison et à la nôtre ; nous avons l'approché de ceux-ci l'épidémie du camp de Pontgouin en 1874 (Régnier), que M. L. Colin prend également en témoignage, concurremment avec les suivantes : l'épidémie observée en 1873, à Avranches, par M. Perrotte, limitée à deux rues dont on renouvelait le pavage (il est vrai que cette opération entraîna le remaniement d'un sous-sol imprégné des produits d'un ancien abattoir placé à l'intersection de ces rues) ; l'épidémie qui, en 1873 encore, frappait le hameau de Souhe, arrondissement deMarennes, où se trouvaient réunies, dit M. Woillez (Rapport académique) et l'action des effluves palustres et celle des miasmes putrides les plus variés, grâce à l'imperméabilité du sous-sol et aux déplorables conditions d'hygiène de ce hameau ; enfin, les cas militaires observés en 1875, à Nancy, par M. Daga, à la suite de grands travaux de nivellement, de creusement de terrain, de remuement du sol dans toute la ville, mais particulièrement sur la place Saint-Jean, en face des casernes. Notons cependant que, dans ces diverses occasions, il est possible de reconnaître de la part du sol deux ordres d'émanations ; les siennes propres, d'abord, vraiment telluriques ; puis, celles de la putridité animale dont il s'est imprégné pendant des siècles par le fait du séjour des humains.
Il est encore parfaitement rationnel d'admettre que l'usage habituel de mauvaises eaux, plus mauvaises au temps des chaleurs, rentre légitimement dans l'étiologie de la fièvre typhoïde, comme nos compatriotes l'ont pensé et dit maintes fois. Que ces eaux soient particulièrement souillées d'impuretés animales, d'infiltrations fécales, elles n'atteindront que plus sûrement l'effet habituel et le plus propre à l'éclosion de la fièvie typhoïde, à savoir le catarrhe gastrique, la diarrhée, qui touchent au typhus abdominal à titre de phénomènes morbides aussi bien que comme générateurs de putridité typhogène. M. L. Colin pense même que l'eau de boisson souillée de déjections typhiques ne provoque pas la fièvre typhoïde par translation de germes imaginaires, mais parce qu'elle
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est plus particulièrement propre à troubler les fonctions gastro-intestinales dans un sens favorable au développement du mal. Nous partageons cet avis. En fait, on ne parle guère en France de propagation typhoïde par l'eau de boisson, ni par le lait; les exemples que nous avons recueillis de cette singulière véhiculation appartiennent tous à l'étranger, à l'Angleterre et à l'Allemagne particulièrement. [Voy. J. Arnould : lEau de boisson, considérée comme véhicule des miasmes et des virus, etc. ; — Étiologie de la fièvre typîio'ide, Paris, 1875). Nos praticiens, comme nos maîtres, n'envisagent que l'influence des émanations et la pénétration par la voie pulmonaire; ceux-là mêmes, qui prononcent le mot de contagion et qui croient à la chose, ne cherchent pas plus la véhiculation liquide pour la fièvre typhoïde qu'on n'a l'habitude de le faire pour la variole, encore qu'elle ne soit pas impossible.
Sur ces bases, la plupart de nos grandes villes présentent les conditions d'infection organique, animale, de l'air et du sol, qui paraissent convenir à la genèse et au développement épidémique de la fièvre typhoïde ; il n'y a de variation que du plus au moins.
Paris possède 555 kilomètres d'égouts, dont 175 navigables pour les bateauxvannes et 35 de collecteurs (Fonssagrives). Avec le système de nettoyage en vigueur, la masse d'eau dont on dispose pour les laver, les travaux déjà exécutés ou à la veille de l'êlre pour en absorber les déjections (Voy. Assainissevient de la Seine : Épuration et utilisation des eaux d'égout, 3 vol., Paris, 1876), nous sommes enclin à croire que cette gigantesque et merveilleuse canalisation opère plutôt un drainage utile dans le sous-sol de la capitale qu'elle ne constitue un danger. A vrai dire, on pratique peu, chez nous, la vidange directe à l'égout, combinée ou non avec le système diviseur et qui, en échange de certains avantages, exige tant de précautions et fait naître tant de dangers ; c'est à peine si cinq à six mille maisons parisiennes des boulevards Malesherbes et Haussmann usent de tinettes fdtrantes (L. Lereboullet). Dans la discussion, que nous avons déjà rappelée, au sein de l'Académie de médecine, M. H. Bouley a démontré, d'une part, que « l'on est pas autorisé à affirmer, à Paris surtout, où le curage des égouts se fait avec tant de soin, que les eaux de ces égouts laissent dégager des vapeurs chargées de matières contagieuses ; » d'autre part, que les égoutiers et les vidangeurs, sans être absolument indemnes de fièvre typhoïde ou de choléra, ne payent pas à ces fléaux un tribut en proportion avec l'intensité de la cause dont ils subiraient l'action, si elle était réelle, spécifique surtout. (Voy. Bidletin de VAcad. de méd., 6 mars 1877.)
Paris possède et entretient la cause de la fièvre typhoïde dans son atmosphère largement animalisée, dans ses quartiers populeux et pauvres, dans ses nombreuses casernes, ses couvents plus nombreux encore, ses asiles, ses pensionnats, ses maisons d'éducation. La maladie y est endémique, permanente, et, tous les ans, y subit une exacerbation estivo-automnale (E. Besnier), plus ou moins intense et aussi plus ou moins régulière, qui constitue une épidémie à proprement parler. Pendant les cinq années 1865-1869, la ville a eu un total de 5046 décès de cette cause, soit 1009 en moyenne par an. (Ely, Paris : Étude démog7'aphi(]ue et médicale, in Gazette liebdomad., 1872.) Si l'on suppose que la fièvre typhoïde de Paris a la même gravité que celle de la France entière, on ne sera pas loin de la vérité en admettant une moyenne de sept à huit mille cas annuels dans la capitale. M. Ern. Besnier relève, pour les années 1866- 1869, dans Jes hôpitaux de Paris les chiffres suivants :