‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.41Chapitre 149 sur 163 · LÉSIONS EXTERNES · texte numérisé non relu

LÉSIONS EXTERNES

Contacts irritants.

Poussières, vapeurs

I Éruptions pro- 1 fesssioDnelles.

Accidents de machines. — Broiement, arrachement, scalp.

( Coups de mine. — Mineurs, carriets.

Explosions | Crl^ou. — Mouilleurs.

( Chaudières.

Èboulemenis. — Mineurs, houillcurs, cai-riers, hercheurs. Accidents de chemins de /"er. — Tamponnement, écrasement, etc., cliutes. Ruptures de cdblcs, de balanciers.

.iction de l'eau et de Vhumidité. ^ La gtenomWa. — Ravageurs, débardeurs.

Choléra des doigts, rossignol. —

Mégissiers.

Ecthyma, furoncles. —Filateurs de laine , cardeurs , tanneurs, criniers, pelletiers.

Psoriasis des boulangers.

Gale des épiciers.

Mal de bassine, mal de ver. —

Ouvrières en cocons.

Eruptions arsenicales, aniliques.

Ouvriers des agglomérés de Brai.

Eryihème. — Forgerons, verriers, fondeurs,

chauffeurs.

Sueurs profuses. Brijlures. — Mineurs, puddleurs. Troubles visuels.

Action de la lumière. - Congestion oculaire, asthénopie professionnelle. Action de la flamme. Métaux en fusion. — Brûlures. Verriers, fondeurs, marécriaux ferrants.

Callosités, durillons, bourses séreuses, hygroma. Déformations professionnelles, rétractions musculaires.

Aï douloureux. — Briquetiers, facteurs ruraux. Crampe des écrivains.

Action sur les organes des sens. - Myopie des ouvriers qui travaillent sur de petits objets. — Bijoutiers, horlogers, armuriers.

Action de l'air chaud.

Attitudes et contacts .

FRANCE (pathologie).

Air confiné, air miasmatique. — Anémie, scrofulose, contagions, dans les

ateliers.

Variations de pression. — Asphyxie des aéronautcs, accidents des ouvriers

dans l'air comprimé.

Gaz irrespirables. . . . j Asphyxie rapide ou lente, anémie des mtneMrs, em-

— toxiques ( poisonnements.

Vertiges, convulsions, paralysies. — Benzine, aniline, teinturiers.

Paralysies. — Sulfure de carbone, caoutchouc vnl- Vapeurs toxiques. . . . { canisé.

Hydrargyri'me. — Sécréteurs, doreurs, étameurs

de glaces.

InlQxkaUon pho<^phorée. — Fabricants d'alhimettes. FilateurR de coton '

végétales. .(

I Asthme, catarrhe, broDchorrhée professionnelle.

Lésions intehnes.

inertes .

Poussières.

Putridité.

Calorique.

et de chanvre.

Fabricants d'allumettes en bois.

Pneumoconiose anthracosique. — Fondeurs, houilleurs.

aniviales. — Bronchoi-ihée des fileurs de laine.

i Calcaires ou siliceuses, chalicosis, minérales.'. phthisie. — Carriers, tailleurs de

I pierre, aiguiseurs. — Siderosis.

Plomb, saturnisme. — Cérusiers, peintres, papier.t peints, cartes de visite, fleuristes, imprimeurs, etc., etc.

Cuivre, colique de cuivre (?). — Fondeurs, tour

neurs en cuivre.

Zinc, colique de zinc, troubles nerveux. Mercure, hydrargyrisme.

.Wsenic, arsenicisme. — Mineurs, teintures. / Matières végétales. — Rouissage du lin et du chanvre. 1 / Boyaudiers, savonniers, fabricants de

f Matières animales . . \ colle forte.équarisseurs (contes]. j Mite des vidangeurs, egoutiers, fos- \ soyeurs. I Anémie. — Gazage des fils de coton, séchoirs, repasseuses, etc. I Insolation (au soleil ou à l'ombre).

toxiques.

En conservant, comme nous l'avons fait de notre mieux jusqu'ici, le rapport entre la cause et la maladie, les maladies des ouvriers peuvent former l'ensemble qui précède et être étudiées dans cet ordre.

Les indications portées dans le tableau paraissent pouvoir suffire, en ce qui •concerne les accidents traumatiques, à cause de l'évidence des rapports de chaque forme énoncée avez les particularités du travail dans lequel ces accidents se présentent. Il en est de même de la plupart des modalités éruptives. Ces lésions externes, du reste, ne sont pas celles qui déterminent, à proprement parler, les traits caractéristiques de li pathologie industrielle. Aussi nous borneronsnous à les avoir signalées succinctement ^

* Les quelques données numériques ci-dessous, relatives à certains accidents particuliers, ne seront pas superflues.

Accidents de machines. Ils intéressent : les meiuhres supérieurs, 87 fois sur 100; les meni-

inférieurs, 7,5; la lète et le tronc, 5,5 (Loiset in Layet, Hygiène des professions. Paris,

1875). Ils portent :

il fois sur 100 ïur des enfants au-dessous de 15 ans. 36,4 — sur des jeunes gens de 15 à 25 ans.

15,1 — sur des individus de 23 à 40 ans.

9,5 — — de 40 à 60 ans.

Accidents de chemins de fer. De 1854 à 1869, il y a eu en France 16 807 personnes atteintes par des accidents de cette provenance. Elles se repartissent de la façon suivante (A. Layet).

TCÉS. BLESSÉS. TOTAUX.

Voyageurs 524 2,508 2,852

Agents des compagnies . . . . 2,i54 9,754 11,908

Autres 991 1,076 2,067

858 FRANCE (pathologie).

Nous allons, au contraire, nous arrêter à qucl(|ues-unes des affections internes,, qui, au point de vue pathologique, marquent plus spécialement l'industrie française et peuvent même dessiner, sous ce rap( oit, la pliysionoujie pathologique spéciale de nos principales régions industrielles.

Anémie des mineurs. L'histoire de cette maladie est des plus curieuses. Elle présente ce bizari'e concours de circonstances que le terme même d anémie (ou anœmie, comme a dit Halle), peu ou point employé en Fiance, au commencement de ce siècle, a été fait tout exprès pour une maladie des mineurs d'Anzin, qui n'était probablement pas l'anémie, mais l'enlrainait à sa suite, comme font tant d'incidents pathologiques ; que depuis lors l'anémie des mineurs, dans le sens primitif, est devenue de plus en plus rare et qu'aujourd'hui tel médecin à qui l'on parle d'anémie des mineurs est convaincu qu'il s'agit de l'anémie banale, laquelle peut, en effet, arriver aux mineurs par plus d'une voie, bien que dans la réalité des choses ils ne soient pus plus souvent anémiques que beaucoup d'autres ouvriers de l'industrie.

C'est en germinal an XI (mars-avril 1803) que l'épidémie, qui allait faire une nouvelle espèce morbide, se montra dans la fosse du Vivier, à Fresnes, près de Valencicnnes (concession de la Compagnie d'Anzin), au moment où l'on venait d'y installer la première machine à vapci-r d'extraction; ce qui valut au mal, de la part des ouvriers, le nom de maladie de la mécaniqiie. Les accidentsobservés consistaient en douleurs épigastriques, coliques parfois extrêmement vives, selles diarrhciques, vertes et noires, puis prostration, faiblesse, palpitations, teinte jaune pâle du tégument {maladie jaune), quelquefois œdème des extrémités. Les médecins de l'endroit ne se retrouvant pus bien dans ces phénomènes singuliers, la régie des mines envoya leur rapport à la Société de la Faculte de Paris, laquelle fournit une consultation par l'organe du professeur Halle, aidé de l'avis de Jilet, Pinel et Chaussier. La pensée de ces savants lut généralement qu'il s'agissait de l'action d'un gaz méphitique ou délétère, que l'on ne spécifiait pas.

Pour faire mieux, on envoya les malades eux-mêmes pour être traités, les uns à Paris, d'autres à Douai, un troisième lot à Dunkerque. C'est à la faveur de cette situation, assez bien faite pour donner le change, que Halle trouva l'expression d'anémie des mineurs d'Anzin, qui, en ce qu'elle avait de conforme à la réalité, ne s'appliquait plus qu'aux suites de l'empoisonnement probable du début. Le même professeur mettait aussi la main sur le traitement efficace, les toniques et les préparations martiales, traitement que l'on a fait un mérite à Lebleu, de Dunkerque, d'avoir découvert aussi dans le même moment. Le premier mémoire de Halle date de vendémiaire an XHI (octobre 1804). Quel(|ue temps auparavant, Antoine de Saint-Moulin, Agapite et Antonin Gravis, médecins des mines d'Anzin et de Fresnes, avaient eu l'occasion de faire deux autopsies d'anémiques, dans lesquelles la principale constatation avait été celle de l'intégrité des organes, mais aussi de leur pâleur, de leur flaccidité, quelquefois de leur racornissement.

De 1804 à 1820, l'anémie des mineurs se montra par bouffées épidémiques peu intenses en diverses fosses d'Anzin, de Fresnes, de Coudé, frappant spécialement les herchenrs, ouvriers qui transportent jusqu'au puits d'extraction la houille détachée des couches par les mineurs. Depuis 1820, on n'en ^ oit plus que des cas sporadiques dans les houillères du Nord, du Pas-de-Calais et de Belgique (Boens-Boissau, Kuborn); elle se fait si rare, que M. Anatole Manouvriez

FRiNCE (pathologie). 859

(de Valenciennes) n'en observe guère qu'un cas annuel sur les 12 000 ouvriers de tond qu'emploie la Compagnie d'Anz!u. Encore les phe'nomènes dévient-ils notablement du type primitif.

L'anémie des mineurs a été reconnue dans les houillères d'Angleterre et d'Ecosse. Ce qui nous intéresse davantage ici, c'est qu'elle a été également étudiée dans nos charbonnages de la Loire et de l'Allier, par Yalat (1834), Thirion (1 847), Riembault (1861), Bourguet (1877). Les bassins français occupent aujourd'hui 80 000 mineurs : on a quelques raisons de se soucier de leurs maladies.

A première vue, il est fort étrange que l'anémie des mineurs devienne'si rare, si elle est vraiment une anémie et rien de [>lus, chez des ouvriers évidemment exposés à des causes nombreuses et flagrantes de ce que nous"en tendons aujourd'hui par anémie. Un cas par an sur 12 000 ouvriers: ce serait à conclure, avec M. Paul Fabre, que la mine de houille est plutôt un préservatif.

Qu'est-ce donc, ou plutôt qu'était-ce que l'anémie des mineurs d'Anzin? Probablement tout autre chose que de l'anémie.

M. Anatole Manouvriez {De F anémie des mineurs dite d'Anzin. Paris, 1878), à qui nous avons emprunté cet historique, pense que c'est une intoxication par les gaz de la houille, lesquels se dégagent, dans les mines, par la combustion lente de la houille exposée à l'air. Les phénomènes et les lésions, selon lui, sont analogues à ceux de l'intoxication parles dérivés de la houdle, benzine, aniline, phénol, naphtaline, etc. Cette intoxication ne se présenterait que là et les prétendues anémies de mineurs des mines métallifères ou salines seraient des empoisonnements métalliques ou simplement des maladies banales. De sorte qu'il ne faudrait pas dire : Anémie des mineurs ; mais anémie des bouilleurs.

Sauf sa pathogénie et sa précision plus apparente que réelle dans l'étiologie, nous croyons que M. Manouvriez est dans le vrai, et tellement que le mot même d'anémie nous semble devoir être supprimé ou changé pour un autre. Les accidents historiques étaient, en effet, selon toute probabilité, des empoisonnements; leur mode et leur nature, seuls, sont indécis et d'une détermination assez délicate. 11 y a, toutefois, des chances pour que l'agent toxique soit gazeux, puisque les effets en ont disparu depuis que l'exploitation des houillères a introduit dans les galeries souterraines une ventilation énergique et sîjre.

Tel est aussi l'avis de M. Paul Fabre, de Commentry [De Vanémie et spécialement de Vanémie chez les mineurs. Paris, 1878), dont le travail, non moins remarquable que celui de M. Manouvriez, se trouve être une réplique au mémoire du médecin de Valenciennes. Les accidents de Fresnes, en germinal an XI, sont pour M. P. Fabre, le pendant d'une épidémie observée en 1777, par Hoffinger, dans les mines d'or et de plomb argentifère de Schemnitz. Ici et là, il y avait sans doute anémie, mais avec autre chose, et cette autre chose, qui dans ces cas primait et entraînait le reste, était une intoxication. L'anémie pure? elle était certainement très-fréquente autrefois dans les mines : « La durée du travail, ses conditions pénibles, l'aérage nul ou mal fait, les galeries étroites et basses, le charbon traîné par des hommes et trop souvent par des femmes et des enfants depuis la taille jusqu'au puits d'extraction, la descente dans les travaux et l'ascension au dehors très-fatigantes, la présence de gaz délétères non chassés parce qu'ils étaient peu connus, » l'ensemble médiocre de l'hygiène générale chez les mineurs, tout cela suffisait à rendre assez fréquente l'anémie. « On ne s'est pas contenté de cela et l'on a rattaché à l'anémie des mineurs, dont on faisait une anémie spécifique, bien des cas d'anémie vraie ou fausse, qui n'avaient aucune

840 FRANCE (pathologie).

relation de cause à effet avec le travail souterrain » (P, Fabre). Pour parler encore plus nettement, l'anémie existait, mais on a donné son nom à des accidents moins banals; ce qui a empêché de voiries faits les plus communs.

Dans tous les cas, « aujourd'hui les circonstances sont bien changées, les galeries sont bien aérées, elles sont plus vastes, les chevaux ont été presque partout substitués aux femmes et aux enfjnts dans le traînage du charbon, les mineurs gagnent leur chantier et le quittent sans fatigue, leur travail dure moins longtemps, ils n'entrent dans les mines qu'à un âge où leur développement est presque complet, ils se nourrissent mieux, se soignent mieux et trouvent presque partout des médecins que les compagnies mettent à leur disposition en même temps que les remèdes leur sont concédés. Aussi l'anémie primitive estelle relativement rare chez le mineur de nos jours, et s'il est exposé, comme les autres hommes, à des causes nombreuses d'anémie secondaire, cet état morbide ne tire pas du moins son origine de la nature même du travail auquel le mineur est soumis, ni du lieu spécial dans lequel il l'accomplit » (Paul Fabre).

Telles sont les opinions adverses. Nous pensons que M. P. Fabre est très-près de la vérité, quant à !a théorie générale. Cependant, il paraît extrêmement probable que la privation de la lumière solaire, les gaz non respirables et particulièrement les divers degrés d'oxydation du carbone, l'oxyde de carbone lui-même, respiré à petites doses et chroniquement (voy. G. Sée : Du sang et des anémies. Paris, 1867, p. 126), ont une influence décisive sur les manifestations anémiques dfis bouilleurs. A vrai dire, l'acide carbonique, mêlé à de petites proportions d'oxyde de carbone, se retrouve dans l'atmosphère de bien des cuisines, des salles de café et de théâtre éclairées au gaz, dans les ateliers de gazage des fils de coton. Mais nous croirions aisément que l'anémie des mineurs et celle qui atteint assez fréquemment les cuisiniers, dames de comptoir, le personnel des théâtres, les ouvrières des filatures, sont une seule et même maladie, s'il n'y avait quelques raisons de soupçonner aussi la présence de l'hydrogène sulfuré dans les galeries des houillères.

Bronchorrhée professionnelle {Pneumonie, phtJiisie cotonneuse). L'industrie cotonnière, dit M. A. Proust, occupe en France plus d'un million d'individus parmi lesquels on compte plus de 150 000 enfants*. Outre qu'il est intéressant de s'occuper de la santé de si nombreux travailleurs, il vient tout d'abord à l'esprit que les maladies spéciales, s'il en existe, des ouvriers des filatures de coton ont dû avoir l'occasion de se faire bien connaître et déterminer. Pourtant, et c'est peut-être la faute des observateurs, la pathologie pulmonaire des ouvriers cotonniers, la plus importante à coup sûr, est encore incertaine et sujette à controverse. Depuis que Key et Van Goetsem ont prononcé les noms de phthisie des fileurs et phthisie cotonneuse, on les répète de confiance et l'on se persuade peu à peu qu'ils ont toute la réalité du sens le plus étendu du mot phthisie. Si l'on ne songe pas toujours à la phthisie tuberculeuse, du moins l'on admet que les poussières de coton peuvent arriver à former des nodules pneumoniques, des foyers de ramollissement, des ulcères, des cavernes, et par conséquent une consomption finale, comme les poussières siliceuses ou métalliques. Le mot byssinosis, employé par M. Proust, analogue aux expressions d'anthracosis, de siderosis, semble impliquer aussi, de la part des poussières cotonneuses, une action sur le poumon analogue à celle des poussières minérales. 11 n'y a rien à dire de

* La fabrication des textiles dans son ensemble emploie plus de 2 millions d'ouvriers.

FRANCE (patiiologie). 841

la statistique de L. Iliit, qui n'a qu'une seule expression pour les affections thoraciques provenant des poussières végétales : la phlhisie. En quoi il y a certainement une confusion fâcheuse.

La théorie et l'observation légitiment infiniment mieux les vues et distinctions de M. A. Layet, auxquelles nous nous rangeons.

Les poussières de coton, de chanvre et de lin sont fibrillaires, sans aspérités, sans rigidité, incapables d'offenser les tissus autrement que comme corps étrangers, mais sans y faire d'érosion. Elles déterminent simplement, à la surface de la nmqueuse aérienne, une sécrétion exagérée, et, avec le mucus sécrété, contribuent à faire des bouchons plus ou moins fixes en divers points de l'arbre Jbronchique; d'où la gêne de la respiration, les efforts de toux pour expulser ces obstacleset la production de l'emphysème vésiculaire, puisque l'air entre toujours plus ënergiquement qu'il ne sort. Par la persistance du travail et le renouvellement incessant de la cause, le catarrhe et l'asthme professionnels deviennent partie intégrante du mode de vie des ouvriers. Cette circonstance ne les met pas à l'abri de la phthisie tuberculeuse ; mais il est assez remarquable qu'elle ne les y conduise pas d'une façon appréciable. Dans tous les cas, il n'y a pas de noyaux pneumoniques cotonneux, et les filaments de coton reconnus dans les crachats venaient des bronches, non de cavernules pulmonaires. Une seule exception pourrait se présenter, mais justifie la théorie ; c'est le cas où les cotons habituellement mis en œuvre contiennent des poussières siliceuses, comme cela arrive ; mais alors ce serait une chalycosis véritable et non point unebyssinose. Peut-être faudrait-il étendre cette exception au chanvre, dont les fibres retiennent toujours quelques arêtes ligneuses provenant de la tige, après l'opération du teillage. Ces arêtes pourraient être assez offensives pour ulcérer l'épithélium bronchique et pénétrer dans l'épaisseur du poumon; mais le fait n'est pas démontré.

Quelques ouvriers ne peuvent s'acclimater ù l'asthme professionnel ; ceux qui arrivent tuberculeux à l'atelier le deviennent davantage. Mais ceux qui ont triomphé des difficultés de l'apprentissage fournissent une très-longue carrière, sans que l'état des voies respiratoires retentisse beaucoup sur l'ensemble de la constitution. C'est ainsi que les choses nous ont apparu dans les usines de Lille que nous avons visitées en assez grand nombre. Nous avons, du reste, fait remarquer {La mortalilé dans lavillede Lille en 1876-, in Bulletin médical du ISord, 1877, p. 189) que la mortalité par phthisie pulmonaire n'est pas plus élevée à Lille, où les filatures abondent, qu'à Bruxelles, Paris, Francfort et d'autres villes. En 1876, il y a, à Lille, 815 décès phthisiques, soit environ 50 pour 10 000 habitants et 15,89 pour 100 décès généraux; en 1877, les chiffres correspondants sont 789 décès phthisiques, 48,4 pour 10 000 habitants, et 16,5 pour 100 décès généraux. Si la filature de coton avait une influence directe sur le développement de la phthisie, nous aurions vraisemblablement des chiffres bien plus élevés. En revanche, la bronchite, surtout chez les vieillards, enregistre 400 à ■500 décès annuels, ce qui est parfaitement en rapport avec les influences normales de la filature. Des résultats analogues, obtenus à l'étranger, confirment cette indifférence de la filature vis-à-vis de la phthisie et son innocuité relative; dans un travail fait d'après les rapports d'inspection des fabriques, dans le canton de Claris (Suisse), F. Schuler note expressément que la tuberculose est moins commune dans ce canton industriel que dans certains cantons agricoles ; mais il signale la fréquence de la pneumonie chronique, du catarrhe bronchique.

842 FRANCE (pathologie).

de l'emphysème et de l'asthme chez les batteurs, les cardeurs de coton, dont il est bien peu, dit-il, qui ne souffrent de quelqu'une de ces maladies dans^ leur vieillesse.

Anlhracosis. Pneumoconiose anthracosique. Il est peu de maladie industrielle Jont l'histoire soit aussi complète que celle-ci, grâce surtout aux mémoires de Tardieu (1854) et de M. A. Proust (1874). C'est dans l'industrie du fondeur, et plus particulièrement du fondeur en cuivre, qu'elle se présente le plus ordinairement, ou plutôt se présentait : car elle disparaît à mesure que les fondeurs remplacent le poussier de charbon par la fécule, sous l'impulsion des hygiénistes. Mais elle intéresse aussi les bouilleurs, les charbonniers, et même les habitants des grandes villes industrielles, dont l'atmosphère est constamment épaissie et comme embrumée de molécules charbonneuses.

L'anthracose consiste essentiellement dans la présence des molécules charbonneuses dans l'épaisseur du tissu conjonctif pulmonaire, où elles sont arrivées après quelque temps de séjour dans les alvéoles, dont elles traversent la membrane à la faveur de leur dureté et de leurs angles, si même elles ne sont entraînées par une sorte d'absorption, à l'aide des cellules mi'^ratrices (Wanderzellen). Autour de ces nids charbonneux, le tissu conjonctif se multiplie, s'épaissit, s'indurc et forme des noyaux ; ceux-ci se ramollissent plus tard et se creusent de cavités par un travail lent de résorption ; ces cavernes renferment un liquide, qui n'est pas du pus, tenant en suspension des molécules de charbon. Laphthisie anthracosique est constituée, et si ces cavernes viennent à communi<|uer avec l'air extérieur par les bronches, il y a bientôt marasme et consomption, comme dans la tuberculose, mais avec expectoration charbonneuse.

Ces accidents ont été observés à Paris, comme dans d'autres cités manufacturières, et même davantage.

Siderosis. Clialicosis. Le mécanisme pathologique et les lésions anatomiques de ces affections sont absolument les mêmes que dans le cas précédent, sauf que la poussière de charbon est remplacée par des molécules d'acier ou de silice. I^e sont d'autres pneumoconioses, d'autres phthisies, à marche fort analogue à celle de l'anthracose. Ces deux nouvelles formes se combinent parfois, lorsque, comme dans le travail des empointeurs d'aiguilles, des aiguiseurs à sec, il y a simultanément des parcelles d'acier et des molécules de grès dans l'atmosphère.

La phthisie des tailleurs de pierre est connue depuis longtemps. Beltz (1862) et Feltz (1865), Durwell (deGuebwiller), l'ont étudiée sur les ouvriers qui taillent le grès vosgien. Elle régnait à la Fevté-sous-Jouarre, où l'on taille la pierre meulière, avant les appareils respirateurs (Poirel) et les larges hangars ouverts que l'on a ménagés aux ouvriers. 31. Desayvre a particulièrement eu en vue les ouvriers de la manufacture d'armes de Ghâtellerault. Des accidents semblables s'observent sans doute dans les fabriques d'aiguilles de Laigle et partout où l'on n'a pas assuré l'aspiration des poussières et surtout l'aiguisage humide.

Intoxications industrielles. Ouvriers qui manient la benzine, l'aniline, etc. 11 se produit, dans ces industries, un certain nombre d'accidents que Charvet» qui les observait à la fabrique de Pierre-Bénite, attribuait aux préparations arsenicales, et que M. J. Bergeron impute, au contraire, aux vapeurs d'aniline. A l'état aigu, ce sont des vertiges, une sorte d'ivresse, des pertes de connaissance, quelquefois des convulsions ; à l'état chronique, c'est un certain degré d'anesth^sie et surtout d'analgésie aux membres supérieurs, quelquefois avec une

FRANCE (pathologie). 845

pâleur lilas des lèvres et de la face, qui n'est pas une anémie véritable, une aglobulie, mais une décoloration des globules par raréfaction de l'oxygène. Des accidents pareils, avec des manifestations cutanées quelquefois graves, s'observeraient chez les ouvriers qui fabi'iquent les agglomérés de brai à Saint-Waast, près de Yalenciennes (A. Manouvriez : Maladie et hygiène des ouvriers travaillant à la fabrication des agglomérés de houille et de brai. Paris, 1876).

Intoxication par le sulfure de carbone. M. Delpech, en 1856, a présenté, complète du premier coup, l'histoire des accidents graves qui se produisent dans l'industrie du caoutchouc vulcanisé. Ce sont des troubles plus ou moins aigus portant sur l'intelligence, la sensibilité et le mouvement, pouvant aller jusqu'à la perte de la mémoire, à la paraplégie, à l'impuissance génitale.

Intoxication phosphorée. C'est toujours la forme chronique qui s'observe dans l'industrie (allumettes chimiques). Elle consiste principalement en troubles digestifs ; la nécrose phosphorée est probablement le résultat d'une action locale des vapeurs de phosphore, à la faveur de la carie dentaire (Th. Roussel) et plus spécialement de la forme dite carie pénétrante (Magitot).

Hydrarggrisme. 11 résulte tantôt des vapeurs mercuriellos. tantôt de l'état pulvérulent du mercure ou de ses préparations. On l'observe, en France, dans les ateliers d'étamagc de Saint-Cobain, de Cirey, de Chauny. 11 n'est pas rare chez les sécréteurs de peaux de lapin, dans l'industrie de la chapellerie.

Arsénicisme. Les vapeurs et poussières arsenicales provoquent, par action locale, des éruptions et des ulcérations assez caractéristiques. L'action générale (troubles gastro-intestinaux) s'observe, en France, sur les fabricants de papiers peints en vert, les fleuristes, les teinturiers et apprèteurs, les peaussiers et covroyeurs.

Saturnisme professionnel. 11 y a de cinquante à soixante sortes d'industrie ({ui emploient le plomb sous diverses formes et dont les ouvriers présentent, plus ou moins communément, des symptômes d'empoisonnement plombique. On sait jusqu'à quel degré de gravité ils peuvent aller, non-seulement pour l'individu, mais pour la famille, puisque le plomb cause des métrorrhagies, des avortements, des naissances d'enfants cachectiques chez les ouvrières saturnisées ou même dont les maris souffrent du saturnisme (Constantin Paul). Ces accidents se présentent surtout dans l'industrie de la verrerie (fabrication du verre mousseline), des papiers peints, de la fonderie de caractères d'imprimerie, des dessins de broderie, dans la peinture en bâtiments, etc., et tout d'abord dans la fabrication de la céruse, qui est le point de départ de tant d'autres industries à composés plombiques.

Les céruseries de France sont presque toutes à Lille ; il y en a seulement trois à Paris et une à Tours, produisant ensemble de 3 à 4 millions de kilogrammes de blanc, tandis que Lille en fabrique à elle seule 8 à 10 millions de kilogrammes.

De 1858 à 1847, les hôpitaux de Paris reçurent 1808 ouvriers atteints de coliques saturnines, surtout des fabriques de céruse ou de minium. On peut iu"er de ce qu'en fournissaient les usines de Lille dans le même laps de temps. Les choses paraissent être bien changées depuis lors, à Paris et même à Lille, oîi' l'usine Théod. Lefebvre a donné l'exemple d'efforts incessants pour assainir cette industrie et a obligé, par une concurrence inévitable, les autres céruseries à entrer plus ou moins formellement dans la même voie. Il est diificile de savoir un peu exactement le nombre annuel des malades, son rapport avec la popula-

844 FRANCE (pathologie).

tion des usines, d'ailleurs variable suivant les saisons, et avec la production totale de blanc. Indépendamment des obstacles inhérents à cette recherche ellemême, on est sur de se heurter en ceci à la dissimulation de la vérité et même à des mensonges. Les successeurs actuels de Théod. Lefebvre ont le soin de ne recevoir jamais, dans leur usine, d'ouvriers qui aient auparavant travaillé dans une autre. Ils peuvent ainsi juger de la salubrité de leurs procédés. Or, en trois ans (1875-1877), d'après M. Olivier (de Lille), sur une population moyenne de 100 ouvriers, l'usine Lefebvre n'aurait envoyé à l'hôpital que A malades, dont un seul était un saturnin avéré. Pendant ce laps de temps, une aulre usine, qui «mploie à peu près le même nombre d'ouvriers et fournit la même quantité de blanc, avait 50 de ses hommes à l'hôpital, dont la plupart saturnins. A vrai dire, il y a un mouvement incessant de personnel entre les diverses usines, sauf celle de Théod. Lefebvre, de sorte qu'il est difficile de soupçonner quelle est la plus insalubre. Les procédés d'assainissement de la céruserie Lefebvre se résument .essentiellement dans la substitution du travail au mouillé aux opérations à sec ; la céruse, dès qu'elle est formée sur les grilles, ne cesse plus d'être humectée <i'eau ou d'huile ; de là, la suppression des poussières si abondantes et si redoutables dans le maniement de la céruse sèche et particulièrement dans la produc- ■tion de la céruse en poudre. (Voy. J. Arnould, Assainissement de V industrie de lacéruse. In Bulletin de la Société iiidustrielle du Nord delà France. Lille, 1878.)

Les signes et les altérations du saturnisme sont trop connus pour que nous y itouchions ici. Mentionnons seulement les recherches par lesquelles M. Anat. Manouvriez (de Valenciennes) a appelé l'attention sur la localisation des accidents (A. Manouvriez, Rech. cliniq. sur V intoxication saturnine locale et directe par -absorption cutanée. Paris, 1874).

Intoxication cuprique. Les contestations au sujet de l'empoisonnement par Je cuivre, qui font du bruit dans la science de nos jours, ne sont pas nouvelles. lEn 1751, Desbois de Rochefort faisait, sur les ouvriers de Villedieu-les-Poêles, ,petite localité du département de la Manche, à 50 kilomètres de la mer, uae dissertation à sombres couleurs, qui, à ce moment déjà, fut l'objet de vives déné- :gations. C'est avec les renseignements puisés à la même source et concernant •aussi les poêliers, chaudronniers, fondeurs, de Yilledieu-les-Poèles, que M. Chewallier est arrivé à nier à peu près la colique de cuivre et la nocuité de la fabrication du vert-de-gris. M. Galippe [Étude toxicologique sur le cuivre et ses composés. Paris, 1875) a donné une grande force à celte opinion et, aux médecins légistes, une invitation à la réserve, dont ils feront bien de tenir compte. Cette question intéresse à un haut degré notre pays, qui, indépendamment de ses fonderies de cuivre, de bronze, de ses ateliers de chaudronnerie, à Villedieules-Poêles, à Durfort (Tarn), à Imphy (Nièvre), de l'horlogerie de Besançon, des fabriques de verdet (Montpellier), des arsenaux de la guerre et de la marine, possède quelques mines de cuivre (Baygorri, près de Saint-Jean-Pied-de-Porl ; mines du Rhône).

Intoxication zincique. La fabrication du blanc de zinc est peut-être inoffensive quand le zinc ne renferme pas d'arsenic. Il n'en est pas de même de la fabrication des fils ou plaques de fer galvnnisés ; c'est alors l'oxyde, ou plutôt le chlorure de zinc, qui détermine les accidents (gastriques, pulmonaires, musculaires).

B. Maladies des soldats. Il n'y a pas, à proprement parler, de maladies militaires; les comparaisons faites jusqu'aujourd'hui démontrent de même qu'il n'y a pas de maladie qui distingue spécialement l'armée française, en tant

FRANCE (pathologie). 845

qu'armée, parmi celles de l'Europe ou même du monde entier. Mais les maladies des armées surviennent dans des conditions de fréquence, offrent des caractères et des allures, possèdent des rapports étiologiques, qu'on ne rencontre nulle part aussi bien que dans ce milieu : ce qui justifie leur étude a part et légitime l'expression de pathologie militaire, communément employée. On sait, du reste, combien cette spécialisation des études pathologiques a été féconde entre les mains de Pringle, Meyserey, Mouro, Colombier, Desgenettes, Larrey, Michel Lévy, MM. Laveran, père et iils, Léon (lolin, etc. Nous renvoyons, dès maintenant, aux travaux de ces savants médecins et, en particulier, à l'article Mobbidité MILITAIRE de M. L. Colin, dans cette Encyclopédie.

Sur la fréquence des maladies dans l'armée, les documents déjà consignés dans ce Dictionnaire nous permettent d'être bref. Le tableau ci-dessous la représente sans qu'il soit besoin de longs développements.

NOMBRE TOTAL rP.OrOBTlON TOUR 1000

EFFECTIF MOYEN. DES MALADES ' . d'eFFECTIF.

D'une autre façon, la moyenne des journées de traitement et d'indisponibilité est donnée ainsi qu'il suit par la Statistique médicale de l armée pour 1875.

DÉSIGNATION

Nombre des journées cle présence pour 1 de mnlaJie . .

Journées de maladies pour 100 jours de présence .....

Moyenne deb journées d'indisponibilité par malade. . . -

Indisponibles par jour pour 1000 bommes d'elTeclif. . .

Indisponibles par jour pour 1000 présents

Ainsi, chaque soldat est incapable de service (ou de travail), par maladie, dix-huit à vin^t jours par au ; et, à un instant quelconque, sur nos quatre cent mille hommes, il manque, pour cause de maladie, aux environs de 20,000 hommes, un corps d'armée tout entier !

Il convient d'éclairer ces chiffres, en inscrivant à part le nombre des entrées aux hôpitaux. Elles ont été, pour 1000 h. d'effectif, en 1872, 252; en 1873, 219; en 1874, 257; en 1875, 275.

L'oro^anisation des services sanitaires des armées étrangères rend assez difficile la comparaison de nos résultats avec ceux de nos voisins. En 1870, l'armée ano^laise a 809 entrées pour 1000 h. d'effectif dans les hôpitaux; en 1872, 784;. Mais les hôpitaux anglais sont presque tous des hôpitaux régimentaires qui

* "ï compris les simples exemptions de service.

* Après avoir défalqué les cas qui passent de l'infirmerie à l'hôpital poiu' la même maladie.

•8i6 FRANCE (pathologie).

réunissent les cas que l'on traiterait chez nous à l'infirmerie avec ceux qu'on place d'ordinaire aux hôpitaux. Si nous faisions l'addition des entrées à l'hôpital avec les entrées à l'infirmerie, nous aurions, en France, pour 1872, 522 mala- -des; 1875, 497; 1874, 510 et en 1875, 590 entrées en tout; chiffres qui seraient à notre avantage et le sont prohablement, parce que l'armée anglaise a beaucoup de vieux soldats. L'armée prussienne, en 1867, a 1125 malades pour 1000 h., dont 548 entrées au lazaret ; en 1868, 1496 malades; en 1869, 1405- Le chiffre total des malades est inférieur aux nôtres ; mais les 548 entrées au lazaret constituent une situation semblable de part et d'autre, attendu que les lazarets prussiens sont aussi, généralement, des hôpitaux régimentaires. L'armée austro-hongroise a eu, en 1869, 1353 malades, dont 474 entrées aux hôpitaux, pour 1000 hommes d'effectif.

II tant en conclure que les armées entraînent partout un haut degré de fréquence des maladies et que, sous le rapport des maladies exigeant un traitement, l'armée française n'est pas plus mal partagée que les autres.

Au point de vue de la gravité, le chiffre élevé de la mortalité dans l'armée française (environ 10 pour 1000), plus fort que celui de l'âge correspondant de la population civile, ne l'est cependant pas trop, si l'on considère le grand nombre des malades. En effet, le chiffre de la lélhalité des hôpitaux militaires est faible, comparé à celui de la plupart des hôpitaux civils. M. Legouest a fait connaître que la mortalité n'est, au Val-de-Grâce, depuis 1850, que de 4,44 pour 100 ; au Gros-Caillou, 4,88; dans le nouvel hôpital de Yincennes, depuis 1858, 2,11; tandis que l'hôpital Saint-Louis, le plus favorisé de la capitale, a une moyenne de 5,45 décès pour 100 malades.

Si l'on considère les maladies en particulier, on arrive encore à des résultats du même sens. La pneumonie, la pleurésie, fort communes dans l'armée, n'y ont pas la léthalité élevée qu'elles présentent dans les hôpitaux civils ; ici, les soldats conservent leur privilège d'hommes jeunes et bien constitués, par conséquent plus résistants vis-à-vis des maladies banales. En 1875, 21 600 entrées aux hôpitaux pour affections de Lappareil respiratoire (non compris les aflections tuberculeuses) ont fouini 880 décès, soit 4 pour 100, c'est-à-dire la lélhalité de la bronchite dans les hôpitaux de Paris, où la pneumonie fournit 35 décès -sur 100 malades. Cependant, ce chiffre de 880 décès était exceptionnel et dû à la fréquence, cette année, des bronchites capillùiites. Habituellement, la léthalité de cette source n'est guère au-dessus de 500 décès pour toute l'armée, 1 dixième environ de tous les décès. Nous dirons tout à l'heure que cette fréquence de la bronchite capillaire est propre à l'armée.

Vis-à-vis des maladies épidémiques, les soldats perdent en général de leurs avantages, à cause de la profonde imprégnation des milieux dans lesquels ils se trouvent. Cependant, lorsqu'il s'agit d'une maladie, comme la variole, chez laquelle le groupement des malades n'influe pas sur la gravité de chaque cas isolé, les soldats conservent leur supériorité. Pendant le siège de Paris, l'armée ne perdit que 14,6 pour 100 de ses varioleux, tandis que la population, qui, déjà avant le siège, avait eu 19 morts sur 100 malades, vit ce chiffre s'élever jusqu'à 55, plus de 1 sur 5 (L. Colin).

La fièvre typhoïde, au contraire, est afsez grave aux malades militaires ; ils ont peine à conserver, vis-à-vis de cette cause de décès, la résistance commune de leur âge, qui est, du reste, l'âge de la plus grande fréquence de la fièvre •typhoïde.

FRANCE (pathologie). 847

Pour 1875, année dans laquelle ce fléau s'est monfré particulièrement sévère sur l'armée (37,4 décès pour 1000 d'effectif], nous trouvons :

EMiiÉEs A l'hôpital. décès. prop. poub 100.

Fièvre typhoùle 4,657 1,5.5^ 53,5

— coniinue 8,455 66 0,78

Totaux 15,090 1,619

La fièvre typhoïde aurait donc la proportion énorme de 1 décès sur trois malades, que nous avons vue effectivement indiquée par quelques auteurs. Mais il convient très-probablement de réunir la fièvre continue à la fièvre typhoïde, et de rapporter le total des décès, 1619, au total des cas, 13 090. On obtient alors la proportion, plus vraie et très-analogue à celle qu'on observe ailleurs, de 12 3 décès pour 100 malades, c'est-à-dire comme dans la population civile 1 décès sur 7 à 8 typhoïsants.

Vis-à-vis de V épidémlcité eUe-mème et en général, les soldats réahsent l'idéal des conlitions qu'il faut pour la faire, la subir et la régénérer ; ils sont groupes ■et pratiquent la vie en commun sous ses formes les plus condensées. H y a des épidémies dans les régiments, même sans spécificité aucune, et par le fait qu'une influence extérieure ou intérieure a frappé d'une façon égale et inévitable tout un groupe d'hommes également disposés et vivant de la même vie.

Les soldats sont jeunes, aujourd'hui surtout, et, par conséquent, en pleine réceptivité pour un certain noaibre de maladies spécifiques et que l'on n'a qu'une fois. Ils ont l'activité de nutrition, et par conséquent d'absorption, lapliis favorable à l'introduction des agents spécifiques dans l'économie.

Ils sont nouveaux: venus, pour la plupart, dans le milieu de la vie en commun régimentaire, enclavé lui-même dans le milieu urbain, superposition et multiplication du milieu miasmatique, et, conséquemmcut, dépourvus de cette sorte de garantie naturelle que donne l'acclimatement de longue date à l'atmosphère infectieuse. Aussi prennent-ils part, tout d'abord et largement, au.'s; épidémies régnantes des villes, et contribuent-ils puissamment à les maintenir en activité. Un régiment arrivant dans une ville au moment où une épidémie s'éteint ranime tout à coup celle-ci ; de même que l'arrivée des recrues dans un régiment y l'éveille les maladies épidémiques assoupies. Tous ces faits ont été remarqués et comme réduits en lois par les médecins militaires et par M. Léon Colin particulièrement (art. Miasmes de ce Dlctionn. encyclopédique). Les soldats sont, en quelque sorte, le critérium de la salubrité d'une localité, d'une époque, d'une saison. Nous nous sommes servi, maintes fois, dans le cours de cet article, de leur pathologie pour résoudre les problèmes qui se posent à ces divers égards.

Leur jeunesse et surtout leur qualité de nouveaux venus disposent les soldats à refléter l'imprégnation animale, miasmatique ou virulente, de l'atmosphère des villes, par des maladies semblables à celles des enfants, encore plus qu'eux nouveaux venus dans la vie et plus vierges d'influences morbifiques. 11 y a longtemps que l'on a exprimé cette formule.

Les soldats s'associent largement aux fièvres éruptives et particulièrement à la rougeole, qui est surtout une maladie de l'enfance. Ils ont, avec les enfants, le privilège presque exclusif de la bronchite capillaire, que l'on a, pour cette raison, voulu rapprocher des fièvres éruptives. Les affections diphthéritiques font chez eux des apparitions épidémiques ; la stomatite ulcéro-memhraneuse.

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qui leur est presque spéciale, voisine des précédentes sans identité, ne se retrouve, dans la population civile, que dans la stomatite ulcéreuse des enfants. Ils ne sont pas loin d'avoir avec les jeunes sujets le monopole des oreillons. La méningite tuberculeuse que, dans les hôpitaux civils, on n'observe que chez les enfants, n'est pas rare dans les hôpitaux militaires. Voilà pour les formes morbides.

Les affections tuberculeuses et particulièrement la phthisie pulmonaire dominent, avec la fièvre typhoïde, la pathologie des armées à l'intérieur ; la formule est vraie pour les armées étrangères aussi bien que pour la nôtre. S'il y a une différence à l'avantage de la Prusse, par exemple, c'est que les réformes opportunes, pratiquées dans ce pays dès que des soupçons légitimes de tuberculisation commencent à poindre chez les malades, allègent de nombreux décès la statistique mortuaire. En France, le déchet annuel par tuberculose est d'environ 4 pour 1000 h. ; le chiffre des décès et celui des sorties définitives oscillent en sens inveise. Dans la période 18G2-1869. les décès atteignaient 2,5 pour 1000; les réformes n'allaient pas à 1 pour 1000. En 1875, il y a en revanche 1,27 décès et 2,37 sorties ; en 1875, 1,66 décès, 2,5 sorties. En Prusse, il n'y a pas- 1 décès pour 1000 par phthisie dans l'armée (0,66 pour 1000 h. en 1867) ; nousveiions dédire pourquoi.

La raison de celte grande proportion de phlhisiques dans l'armée, c'est-à-dire dans un ensemble d'hommes attentivement choisis aux conseils de révision, ne paraît pas être la contagiosité, si douteuse par ailleurs, de la tuberculose. Lescas seraient encore plus nombreux et se présenteraient par bouffées épidémiques,. variables selon les temps et selon les lieux. Indépendamment des conditionspersonnelles, la dépression morale, les altérations quantitatives et qualitativesde l'air des casernes, l'animalisation de l'atmosphère par-dessus tout, les travaux,, les exercices militaires, l'action du froid et de l'humidité contre lesquels lessoldats ont peine à se mettre en garde, l'alimentation insuffisante, non par ellemême mais par sa monotonie, semblent rendre compte de l'étendue de celte plaie dans les armées. Quoique bien vêtue, logée et nourrie, l'armée confine à la misère des grandes villes pour les conditions de son atmosphère et fournit desphthisiques dans la même proportion que la population ouvrière la plus pauvre. Paris n'a qu'un sixième de ses décès, par phthisie ; l'armée en a près d'un quart et en aurait davantage sans les réformes !

Quant à l'autre grande cause de mortalité dans l'armée, à savoir : la fièvretyphoïde, on ne saurait malheureusement la modifier par les réformes. Elle a> des oscillations spontanées d'une année à l'autre, de la même manière que l'on voit, dans les grandes villes, son épidémicité se manifester plus ou moins intense, par périodes irrégulières. Son chiffre obituaire avarié, en quatorze ans, de 1,56 décès pour 1000 hommes en 1872, à 5,84 en 1875.

Le tableau ci-dessous reproduit la physionomie pathologique de cette même année 1875 [Statistique méd. de l'armée).

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