A LA CHAMBRE
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M. Proust doit à M. Gadiat des chiffres qui prouvent que, parmi les élèves sortis de l'Ecole polytechnique, la proportion des décès est environ i fois plus forte chez les civils que chez les militaires. On sait, en effet, qu'il ne sort dans le civil que" I élève contre A dans l'armée. Or, la promotion de 1857, 150 élèves, avait en 1877, 49 morts, dont 26 civils, 25 militaires; celle de 1858, 150 élèves : morts en 1877, 40; dont 19 civils, 21 militaires; celle de 1854, 169 élèves (dont seulement 50 civils) : morts en 1877 : 47, dont 16 civils, ol militaires.
La crampe des écrivains n'est qu'une affection commune à quelques professions libérales et à celle d'écrivain public, qui ne diffère pas en elle-même des ■travaux purement manuels. On la retrouve , du reste, chez les graveurs, les couturières, les pianistes, les compositeurs d'imprimerie, etc. Duchenne (de Boulogne) l'appelait spasme fonctionnel.
Les statistiques, avec des rap|;orts précis, n'existent pas. Elles seraient à faire cependant, et l'on trouverait, sans aucun doute, que ces influences jouent un rôle considérable dans les origines et les caractères de la pathologie de notre pays, dans lequel, à côté de savants, d'artistes, de littérateurs, qui font la gloire la plus éclatante de la nation, l'on trouve la foule immense et plus agitée que les autres, des journalistes de tout étage, des romanciers du feuilleton à bon marché, des poètes et dramaturges sans ampleur et sans avenir, des musiciens et des peintres sans génie, des inventeurs sans jugement. Nous y joindrions volontiers l'armée de fonctionnaires et de bureaucrates qui nous pénètre et nous ronge, nous étouffant dans le formalisme et la paperasse, déplorable legs des temps oh les individus et les groupes se plaisaient à abdiquer toute initiative, en faveur d'un vaste mécanisme administratif où l'on pensait voir l'expression de la vitalité nationale. Nous avons souffert de cette plaie plus que d'autres peuples, et l'assainissement social, sous ce rapport, sera particulièrement long •et pénible.
Quelques professions : les professeurs, les prédicateurs, les avocats, les orateurs parlementaires, les acteurs dramatiques, les chanteurs, etc., de même que certains individus de profession nullement libérale (charretiers, vendeurs des rues, matelots), appelés à faire un usage immodéré de la voix, sont sujets à la Laryngite ei h. X Angine glanduleuse, dont le nom anglais (Clergymens sore throat, Green) indique précisément cette étiologie.
Les ecclésiastiques et les religieux des deux sexes ont contre eux le célibat, dont M. Bertillon a démontré l'influence funeste sur la durée de la vie. Ici, le ■célibat doit agir par lui-même et par l'obligation de le rendre effectif, c'est-àdire de rester chaste. Est-ce facile et cette lutte contre la nature est-elle sans danger? Becquerel paraissait le croire : « la continence est plus facile à observer dans l'état ecclésiastique que dans toute autre position sociale. La préparation sévère des grands séminaires a déjà amorti la constitution et l'a disposée à subir les rigueurs de la chasteté. Plus tard, le jeûne, le maigre, l'absence de repas succulents, les mortifications, l'éloignement des excitations produites par la fréquentation des femmes rendent l'observation de la continence beaucoup moins difficile. » Cette théorie est d'une naïveté grande : qu'est-ce donc que les conversations du confessionnal entre prêtres et femmes, en tête-àtête, sur les sujets les plus scabreux et, si les vicaires de vingt-cinq ans sortent de là sans perdre la chasteté, ils ont quelque chance d*y perdre la tête. Ce qui arrive. Quand il serait si simple de rendre tout ce monde à la physiologie.
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à la famille, à leur devoir envers la société, en tranchant, une pure question de discipline religieuse !
Lapatliologie des médecins n'a pas de caractère spécial, sauf celui d'être trèsfournie, lequel est frappant. Déjà l'étudiant en médecine prend sa large part des influences étiologiquGS, et quelquefois de la misère des grandes villes ; il est atteint par les piqûres anatomiques, les phlegmons diffus, la septicémie, en autopsiant ou en disséquant les cadavres; par les contages divers et les principes infectieux, en séjournant très-réceptif dans les salles d'hôpital ; il s'inocule les virus en pansant les malades. Plus tard, le praticien « taillable et corvéahle à merci », ou plutôt sans merci, par les patients et leurs proches, subit toutes les intempéries, morcelle et abrège son sommeil, mange comme il peut et à la hâte, continue à affronter toutes les contagions et, quand souffle le vent redoutable des épidémies, doit rester debout à son poste, se multiplier, respirer cent fois par jour les atmosphères empestées, se courber sur les malades, recevoir leur haleine à la face, se souiller de leurs excrétions.
En Crimée, il mourut 80 médecins militaires sur environ 450 qui prirent part à l'expédition. M. Chenu n'a pas eu de peine à montrer, par les campagnes de Crimée, d'Italie, du Mexique, que la mortalité des médecins dans l'armée, à l'occasion des guerres, dépasse de beaucoup celle de n'importe quelle catégorie d'officiers combattants, y compris les morts sur le champ de bataille ou à la suite de blessures.
Les médecins de la marine semblent à priori devoir fournir aussi des chifires funéraires élevés, et c'est ce qui paraissait ressortir des calculs de Beaugrand (IIvGifNE DES 3IÉDECINS, daus cc DicLiouuaire) . A la suite du travail de cet éminent collaborateur, ont paru, dans la Gazette hebdomadaire àe 1875 (n°* 17, 23, 25), des lettres de médecins de marine qui ont bien obscurci la question. L'un trouve que la mortalité des médecins de la flotte dépasse 8 pour 100, ou que (( la statistique de mortalité du corps des officiers (de santé, pensons-nous) de la marine naviguant, se rapproche assez de la statistique d'un véritable hôpital. )) L'autre, au contraire, arrive à la proportion 1,5 décès pour 100, ou 15 pour 1000, ce qui n'est guère, pour des gens si souvent en expédition. Un troisième n'est pas loin de se ranger à l'opinion du dernier. C'est peut-être une question à reprendre.
La statistique générale ne paraît pas avoir été faite pour l'ensemble des médecins en France. Sans doute, les résultats ne différeraient pas sensiblement i' ceux que M. Bertillon a recueillis pour l'Angleterre, où les médecins, de 55 45 ans, meurent dans la proportion de 15 à 14 pour 1000, un peu plus que les mineurs, beaucoup plus que les ouvriers, et plus du double des magistrats et clergymens. Peut-être que, chez nous, la mortalité ecclésiastique n'est pas si éloio-née de la mortalité médicale ; pom^ plus d'une raison.
VIII. Influejvces complexes, incertaines, d'origine éloignée. Dégénérescences ET MALADIES DiATHÉsiQUES EN France. Il cst un Certain nombre de maladies dont l'origine est toujours éloignée du moment où on les observe. Tantôt il faut remonter toute la vie de l'individu pour en retrouver la formation lente, à laquelle chaque jour a apporté son tribut imperceptible ; tantôt, on ne comprend l'éclosion du mal qu'en explorant le passé, plus en arrière encore et en recherchant chez les ascendants du malade, dans les qualités du sang qu'il a reçu de ses parents, la raison de manifestations pathologiques qui sont moins
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des accidents qu'une sorte de modalité vitale propre à l'individu et à la famille. Il en est ainsi de la phtliisie qui, même lorsqu'elle est acq\iise, se rattache à des causes dont l'action lente et continue a commencé bien en arrière du moment où la maladie éclate, mais qui, plus souvent peut-être, est un fait d'hérédité directe ou, surtout, transformée, de sorte qu'elle procède de diathèses diverses et, selon l'expression de M. Pidoux, « ressemble plus à la fin qu'au commencement d'une série nosologique. » Parmi ses ancêtres, M. Burdel, de Yierzon [Le Cancer considéré comme souche tuberculeuse. Paris, 1872), a même cru reconnaîlrc le cancer, chez 79 familles cancéreuses d'où sont sortis 257 tuberculeux.
Sans pouvoir invoquer pour d'autres maladies, des études aussi complètes et qui, croyons-nous, pourraient être faites avec utilité, nous pensons que l'origine de beaucoup de diathèses et de maladies constitutionnelles se trouve dans des conditions analogues à l'origine de la phthisie. On pourrait le supposer, rien qu'à voir combien facilement, d'une génération à la suivante, ou à une troisième par atavisme, ces diathèses se transforment l'une dans l'autre et finissent, en si grand nombre, par aboutir à la phthisie. La scrofule, la goutte, le rhumatisme, le cancer peut-être, les dégénérescences scléreuses, cirrheuses et autres modes d'indamniiition chronique des parenchymes, y compris l'appareil nerveux, se forment lentement, d'années en années, de génération en génération. Et puisque, dans chaque génération successive, l'individu travaille à cet édifice funeste que ses enfants trouveront un jour tout fait, rien n'empêche que luimême n'arrive quelquefois à le parfaire et n'offre l'une ou l'autre des modalités pathologiques vers lesquelles il pousse la vitalité de sa race. De là, les caractères plus ou moins complets, qu'une analyse sévère entamerait probablement, de maladie acquise, que revêtent çà et là la phthisie, la scrofule, l'arthritisme, les dégénérescences nerveuses.
Il y a pourtant des phthisies acquises authentiques et même des phthisies accidentelles; mais encore, lorsque cette maladie est vraiment et absolument personnelle au malade, combien de temps lui a-t-il fallu pour y arriver et combien d'influences dépressives, permanentes, n'a-t-il pas dû subir?
Aussi est-il extrêmement difficile d'assigner, non pas une condition déterminée, mais même un ordre défini de causes, à la phthisie, à la scrofule, à l'arthritisme, aux dégénérescences. Elles sont de tous les temps et de tous les lieux. L'exploration géographique, la comparaison des climats, la considération des saisons, l'observation de l'influence du froid ou du chaud, du sec ou de l'humide, n'aboutissent à aucune loi étiologique. Il arrive même que l'étiologie par le mauvais air, la mauvaise nourriture, l'habitation et le vêtement insuffisants, qu'il y a si souvent lieu d'appliquer à cet ordre de maladies, trompe quelquefois absolument l'attente du médecin que ces recherches attirent.
En dehors des incidents qui font éclater la disposition latente et qui sont de moindre importance, c'est appuyé sur la misère que l'homme fait la phthisie pour lui-même ou pour sa descendance. Nous avons quelque droit à penser que d'autres diathèses ou maladies constitutionnelles se préparent de la même façon, s'il est vrai qu'elles-mêmes, un jour ou l'autre, évolueront en phthisie. Mais il y a, dit très-exactement M. Pidoux, une misère directe et extérieure, celle des classes pauvres, et une misère indirecte ou intérieure, celle que se font assez souvent les classes où le superflu abonde. Quelle serait donc la formule étiologique vraie? A peu près celle-ci : La phthisie, les diathèses, les dégénérescences
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sont, chez l'individu et dans les races, l'aboutissant banal de toutes les conditions qui dépriment ou dévient d'une façon durable la modalité vitale de l'Jiomme.
Il est remarquable et fâcheux que ces conditions dépressives se rencontrent précisément, à leur maximum de fréquence et d'intensité, dans la civilisation, qui emporte avec soi fatalement la vie en commun, la concurrence vitale, acharnée et pénible, l'exaltation des facultés de sentir. Ce rapport incontestable de la civilisation avec les maladies de déchéance organique, a justifié les aphol'ismes chagrins de J.-J. Rousseau et de Ilobbes : Homo homini lupus. Et, tout récemment, M. Lancereaux {Distribution géographique de la yhthisie pulmonaire. 1875) a pu énoncer cette formule : « la tuberculose pulmonaire est une maladie de la civilisation. » Pourtant, c'est beaucoup dire et ce n'est guère préciser.
Ce ne serait pas la condamnation de la vie civilisée, qui apporte tant de bienfaits en compensation de ces plaies, si vastes qu'elles soient, et, en somme, €st autrement favorable à l'épanouissement et à la multiplication de notre espèce que la vie sauvage. Mais, au moins, faut-il constater que la civilisation est par elle-même entachée, jusqu'aujourd'hui, de causes de déchets humains, et que c'est surtout à elle que nous devons les diathèses et les dégénérescences. Il y a assurément un défaut d'équilibre entre la marche du progrès et les circonstances qui devraient en prévenir les accidents. Pour bien dire, la civilisation actuelle n'est pas assez avancée; c'est un mécanisme admirable dans lequel on a oublié les appareils qui empêchent les ouvriers de se blesser ; lorsque nous serons plus civilisés encore, nous saurons faire que la civilisation comporte aussi les préservatifs contre ses propres dangers.
C'est donc dans la mesure de son degré de civilisation, mais surtout de l'oubli ou de la négligence des moyens d'équilibrer les inlluences sanitaires de la civilisation, que nous devons nous attendre à voir les maladies diathésiques et les dégénérescences organiques régner en France. Notre pays a pris, depuis longtemps, la tête de la civilisation européenne, ce qui est à sa gloire; il l'a peut-être ■teujours ; mais il semble se laisser distancer dans l'institution des mesures protectrices, ce qui pourtant est aussi un des buts de la civilisation. Ce doit être désormais notre objectif capital.
Cependant, en ce qui concerne la phthisie, sa spécificité, sa virulence même et sa propagation par contagion, ont été proclamées et soutenues avec un grand éclat, depuis 1865, par un médecin français, M. Villemin, collaborateur de cette Encyclopédie. C'est une phase de la pathologie phthisique qui appartient à l'histoire et que nous devions noter, dans le pays où la phthisie a été nosologiquement faite par Laennec, Bayle, Louis, Andral, etc. La découverte de l'inoculabilité du tubercule provoqua une grande émotion dans la science médicale, des protestations énergiques et des enthousiasmes passagers. Les plus prudents, et ils furent nombreux, se bornèrent à prendre, acte des faits remarquables d'expélimentation que M. Villemin révélait, et à en tenir compte dans de certaines limites, mais sans suivre l'auteur dans sa doctrine générale. [Voy. Yillemin, Études sur la tuberculose. Paris, 1868.) La Faculté de Paris a donné un exemple mémorable de cette sage neutralité en couronnant successivement, d'abord le travail de M. Pidoux [Etudes générales et pratiques sur la phthisie. Paris; la 2"= édition est de 1874), puis celui de M. Yillemin. En somme, il ne semble pas que la spécificité de la tuberculose ait fait école, et les faits, même
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apparents, de contagion sont encore une rareté. En pratique, personne ne conseille l'isolement des phthisiques dans les hôpitaux, comme on le réclame pour les varioleux ; ni M. Fonssagrives, ni M. de Pietra-Santa, partisans convaincus de l'opinion contagionniste, n'ont osé proposer cette mesure pourtant si logique et si urgente, puisque le phthisique nous environne, nous pénètre, et n'est pas contagilere pendant quelques semaines, comme le varioleux, mais pendant plusieurs années ^
A'ous ne sonniies pas tenu ici à la réserve des corps savants, et nous maintenons formellement la descendance banale de la phthisie ; parce que, d'après l'observation directe, on la voit le plus souvent procéder des conditions multiples, et pourtant convergentes, que nous avons indiquées; qu'elle frappe toujours, toute l'année, à coups presque réguliers et régulièrement espacés, jamais par bouffées épidémiques ; parce que, enfm, des expériences variées ont démontré que les soi-disant inoculations du tubercule ne prouvent pas ce que l'on croyait d'abord.
Phthisie pulmonaire en France. Nous ne faisons ici aucune distinction entre les formes de la tuberculose pulmonaire. Les travaux récents de MM. Thaon et Granclier ont, du reste, établi qu'il n'y a aucune différence anatomiqne, ni de nature, à introduire. La pbtbisie est une.
Les documents précis sur la fréquence et la répartition de la pblhisie dans l'ensemble de ia France sont rares et insuifisants. Les renseignements tirés par Boudin des opérations du recrutement, de 1857 à 4849, ne portent pas sur la fréquence absolue de la phthisie ; d'ailleurs, ses relevés comprennent toutes les maladies chroniques pulmonaires. Nous les utiliserons néanmoins, parcs qu'ils indiquent la répartition et la fréquence relative delà phthisie par départements.
On peut diviser, sous ce rapport, les départements en trois groupes :
A. Départements de 500 à 1000 malades et au-dessus, sur 100 000 examinés.
B. — de 200 à SOO — —