Pyiciiées-Orienlales, Giionde, Vendée 0,i5 à
fi. Ba^se^-Alpes, Gers, Indre, Charente, Eure, Morbihan 0,52 à 0,60
11. Hérault, Indre-et-Loire. Haute-Garonne, Uautcs-P^réiiées, Somme, Haute-
Vienne, Vaucluse, Tara-et-Garonno, Seine-et-Marne, Meurthe, Doubs. . 0,62 à 0,70
12. llle-et-Vilaine, Gard, Lol-et-Garonne, Seine-ei-Oise, Aude, Haute-Marne,
Ardennes, Corièze, Stine-Ialerieure, Calvados, Uaule-Saône, Bouches-
du-llbône 0,71 à 0,80
1.:. ïartlie, Jura, Cher, Loire-lnlérieure, Côtes-du-Nord, Mayenne, Meuse, Ardèche, Charente-Inférieure, Marne, Côte-d'Or, Tarn,Maine-et-Loiie, Ain,
Finistère 0,81 à 0,90
16. Yonne, Eure-el-Loir, Lot, Vienne, Drôme, Var, Loir-et-Cher, Basses-Pyrénées, Manche, Ariége, Allier, Isère, Creuse, Bas-Rhin, Dordogne, Saône-
et-Loire 0,91 à 1,0
8. Moselle, Seine, Puy-de-Dôme, Aisne, Orne, Aube, Aveyron, Hautes-Alpes. 1,1 à 1,2 S. Loiret. Vosges, Haut-Khin, Rhône, Landes, Denx-Sèvres, Loire, Oise ... 1,5 à 1,8 ;>. Haute-Loire, Lozère, Cantal, ISord, Nièvre 2,0 à 5,0
On peut conclure de cette disti^ibution de la scrofule qu'elle a, en France, comme un grand foyer dans le sud-ouest, comprenant les départements des Hautes-Âlpes, de l'Isère, du Rhône, de la Loire, delà Haute-Loire, de la Lozère, du Cantal, de l'Aveyron, pays généralement montagneux ; mais il se peut que ce soit l'influence des vallées et non pas de l'élévation. Un second foyer, contigu au premier, comprend Saône-et-Loire, l'Allier, le Puy-de-Dôme, la Creuse, la Nièvre et le Loiret. Enfin, quatre petits foyers à peu près isolés se l'etrouvent dans le département des Landes, dans les Deux-Sèvres, dans le Nord (Oise, Aisne et Nord) et dans le nord-est (Haut-Rhin, Ras-Rhin, Vosges, Moselle). Il est remarquable que le département du Nord, si fort au-dessus de la moyenne, ;ivoisine précisément le Pas-de-Calais, qui est le moins chargé de tous nos dépai<tements. La bande littorale nord-ouest et ouest, sauf le département du Nord et cûlui des Landes, aux extrémités opposées, jouit d'une remarquable immunité ; il en est de même du littoral méditerranéen, à l'exception du département des Rouches-du-Rhône.
La scrofule, en France comme ailleurs, vient par hérédité (Lugol, Guiet), par le froid humide du cUmal (Lugol, Richard) ou des habitations, par le méphi-
FRANCE (pathologie). NC.lj
tisme et l'absence d'insolation de celles-ci (Baudelocque, Lugol), par le séjour des ateliers, particulièrement de ceux où les opérations se font au mouillé (Alibert, Hannover, Ilirt, A. Layet), par l'alimentation défectueuse et surtout par l'alimentation prématurée des enfants en bas-âge (Germain, Rose, Bida, Poma, Didelot, Brieude, lleusinger). Les rapprochements faits par Grange entre l'endémie scrofuleuse et l'endémie goitreuse en France ne permettent d'établir aucune communauté étiologique de l'une à l'autre.
Selon M. Lombard, la scrofule causerait en France les 9 millièmes des décès et, en y ajoutant les tumeurs blanches, les suppurations articulaires, environ les iô millièmes.
Cancer. Les statistiques portant sur cette affection ne sont pas faites dans un sens qui puisse nous intéresser, au point de vue où nous nous plaçons. M. Lombard estime à 24 pour 1000 décès généraux la mortalité par le cancer en France. II est probable que, chez nous, le cancer est plus fréquent chez la femme que chez l'homme, ainsi qu'il arrive en Angleterre, où, quand il meurt 2 hommes sur 10 000, par suite de cancer, 4,4 femmes sur 10 000 succombent à la même affection.
Rhumatisme. Il est peu d'affections vis-à-vis de laquelle on admette, aussi uniformément que vis-à-vis du rhumatisme, le rapport étiologique entre le climat ou les saisons et les manifestations morbides. La rigueur de ce rapport ne tient cependant pas devant la réflexion. Le rhumatisme existe par toute la terre, du pôle à l'équateur, et exerce ses ravages pendant la saison chaude, aussi* bien que dans les hivers qui réalisent le mieux cette fameuse association du froid et de l'humidité que l'étiologie classique conserve imperturbablement. On dit, sans doute, que le froid, même humide, n'est pas directement coupable et que le phénomène météorologique de réelle importance consiste dans les variations de température ou d'humidité. Cette modification de formule ne répond pas mieux aux faits que la formule primitive. Outre qu'il serait assez difficile de trouver un climat qui ne change jamais, il serait bien impossible de désigner d'avance, d'après la notion de variabilité climatique, les pays ou les portions de pays où il y aura prédominance du rhumatisme. Essayât-on cette géographie médicale à priori, il est certain que l'on se ménagerait des déceptions multiples. Le rhumatisme est une diathèse : tout au plus, peut-on admettre que les éléments extérieurs, parfaitement impuissants à la créer quand elle ne préexiste pas, ont quelque efficacité pour en provoquer les manifestations; la chose se vérifie surtout et naturellement vis-à-vis du rhumatisme chronique, qui est comme la preuve permanente de la diathèse.
Il importerait, en effet, de faire parmi les affections rhumatismales des distinctions dont on ne se préoccupe pas d'ordinaire. Le rhumatisme articulaire aigu, assez rare dans les régions polaires, est extrêmement familier à la zone tempérée et aux pays intertropicaux ; cependant, il est presque inconnu dans l'île de Wight, à Guernesey, tandis que le rhumatisme chronique y est endémique.
En France, les affections rhumatismales sont communes sur les côtes de Normandie (Follain, in Journ. de méd. LXXIV, 203) ; en Lorraine (Poma, in Journ. de méd. LXXVI, 190. — Jadelot, in Hist. de la Soc. de méd. de Paris, I, mém. 92. — Didelot, Ibid. II, 156) ; en Auvergne (Brieude, Hisl. de la Soc. de méd. de Paris, V, 518) ; sur le littoral Languedocien (Tudesq, in Journ. de méd., LXXV, 227; ; en Gascogne (Dufau, Journ. de méd., LXXll, 105), etc.
A Paris, elles se présentent en tout temps, sans peser beaucoup sur la morta-
870 FRANCE (pathologie).
lité. En 1874, M. E. Besnier constate que pour le trimestre juillet-septembre « toutes les affections qui dérivent de la diathèse rhumatismale ont sévi avec une fréquence, une intensité et une gravité absolument exceptionnelles. » A Lyon, je relève pour 1875, dans les statistiques sommaires des entrées aux hôpitaux, de MM. May et et Meynet :
( Janvier .... ô4 1 i" Trimestre . . . . ^ Février .... 22 [ 81 entrées pour rhumatisme; articulaire aigu, /jlars 2ol
{Avril o4 1 Mai o6 |U9 — —
Jviin 59 )
i Juillet 33 1 Août 43 1 106 — —
Septembre. . . 30 ]
( Octobre .... 24 i
i' Trimestre | Novembre . . . 17 J tii — —
( Décemliie ... 23 )
Il suffit, sans doute, de l'inspection de ce tableau, pour faire renoncer à l'étiologie du rhumatisme par le froid, fût-il humide. On dirait plutôt une maladie de la saison chaude, ou tout au moins sur laquelle le printemps qui,, du reste, est beau et tiède à Lyon, aurait une influence marquée.
Nous manquons de documents précis de la part de nos axitres grandes villes ; nous n'essayons pas d'utiliser à cet égard le chiffre des décès par rhumatisme^ qui certainement nous éclairerait mal.
Il y a, dans l'armée (1875), 52 entrées sur 1000 pour rhumatisme et goutte,, cette dernière étant assurément rare dans ce milieu jeune et mouvementé. C'est un peu plus de 1 entrée sur 20 de toute cause. Le 13* corps d'armée (Clermont- Ferrand) a 20,7 entrées par rhumatisme pour 1000 hommes d'effectif; le 1" corps (Lille), 16,5 entrées; le 6'' (Ghàlons-sur-Marne), 14,7; le 15« (Marseille), 15,4 ; le 8^ (Bourges), 14; tandis que les corps d'armée dont le chef-lieu est Nantes (11^) et Bordeaux (18«) n'en ont l'un et l'autre que 10,5. Il semble donc que la situation méridionale ne soit pas une raison d'atténuation sensible, puisque Lille et Marseille se ressemblent notablement dans leurs chiffres proportionnels de rhumatismes. Il y a, au contraire, ime différence remarquable entre les corps d'armée du littoral, Nantes et Bordeaux, et ceux de l'intérieur, Châlons et surtout Clermont. La situation continentale et, peut-être, les influences de montagnes, auraient donc quelque importance. Mais n'oublions pas que les corps d'armée reçoivent des recrues de toute autre région que celles où ils tiennent garnisons ; il se peut que les soldats en garnison à Lille, par exemple, ne manifestent dans cette localité autre chose que la diathèse qu'ils^ ont apportée des Ardennes, de Normandie, du Berry, etc., tandis que les soldats qui sont à Bourges révèlent une diathèse Languedocienne, Provençale, etc.
Maladies du cœur. Notre époque a produit de nombreux et remarquablestravaux, qui ont élargi l'étiologie des affections organiques du cœur, sans toutefois amoindrir la réalité de leur relation avec le rhumatisme, fixée par l'ancienne école française (Bouillaud). L'endocardite ulcéreuse, les myocardites consécutives aux maladies aiguës, aux fièvres, aux intoxications, sont des^ acquisitions modernes. De même, les rapports de la pe'ricardile avec les inflammations locales et les diathèses ont été agrandis. Mais il est évident que l'étiologie et la fréquence de ces manifestations morbides ne présentent rien de particulier à la France, vis-à-vis des autres régions de l'Eu-
FRANCE (pathologie). ^'^^
rope où elles sont également étudie'es au point de vue nosologique et pathogénique. A vrai dire, les études statistiques ne sont pas encore portées décidément de ce côté ; il s'agit, en effet, de maladies absolument banales, ne caractérisant aucun sol, aucun climat, et ne pesant pas considérablement sur la mortalité. A ces titres divers et en raison de ce qu'elles sont en rapport avec les éléments de l'étiologie beaucoup moins qvie les maladies primitives auxquelles elles se rattachent, on s'explique qu'elles ne tentent point les statisticiens, et l'on peut croire que cette situation se maintiendra longtemps encore.
On peut en dire autant de diverses lésions du système vasculaire, des anévrysmes, des varices et varicocèles {Voy. iv, Pathologie française d'après les influences ethniques. — Sistacli, Études statistiques sur les varices et le varicocèle. Paris, 1863), des hémorrhotdes, « commune malum » (Fuker) de tous les pays civilisés.
Selon M. Lombard, les maladies organiques du cœur sont moins fréquentes ilans les villes françaises que dans la plupart de celles du nord de l'Europe. Les décès de cette cause représentent, dans nos cités, les 29 millièmes de la mortalité totale et ils seraient deux fois plus communs dans nos villes du nord que dans celles du midi. Il ne faudrait pas voir ici uniquement l'influence de la latitude septentrionale, car Amsterdam (12,5 décès pour 1000), les villes danoises (15,8), Christiania (19,8), Copenhague (27,2), sont moins éprouvées que la moyenne des villes françaises. Glascow (58,5 décès), Londres (42,7), Edimbourg (48,6), et surtout Bruxelles (68,5), sont, en revanche, bien moins favorisées.
La përicardite serait deux fois plus mortelle dans les villes françaises, celles du nord surtout, que dans la plupart des villes du nord de l'Europe.
Tels sont les renseignements fort restreints dont on dispose. Ils ne valent assurément qu'en raison du nombre des localités où l'on a puisé les éléments de ces calculs. Combien sont-elles? M. Lombard ne le dit pas. Faisons encore cette réserve que, à part la phthisie et quelques autres assez rares, les maladies n'ont pas des oscillations de fréquence parallèles à celles de leur léthalité.
La cirrhose du foie et autres dégénérescences de cette glande, V albuminurie et les diverses dégénérescences des reins, sont si rarement des makdies primitives que la répartition de nos cadres, faite au point de vue étiologique, ne comporte guère de place à part pour ces formes, anatomiques bien plus que nosologiques.
Un jour viendra où la statistique ouvrira une colonne pour quelqu'une des dégénérescences de l'appareil nerveux, que nos contemporains explorent avec tant de succès et où ils constituent chaque jour quelque nouvelle espèce, absolument légitime : Vataxie locomotrice, par exemple. Jusqu'à présent, il est inutile d'essayer de les faire intervenir dans des considérations du genre de celles que nous poursuivons.
Il nous paraît rationnel d'annexer à ce chapitre quelques lésions des organes des sens, qui sont des infirmités durables ou irrévocables, mais que l'on est habitué à classer parmi les maladies ; ainsi : la surdi-mutité et la cécité.
Surdi-mutité en France. Celle-ci se rattache à des causes de dégénérescence et, parfois, à des dégénérescences véritables, qui autorisent parfaitement l'adoption du rang dans lequel nous la présentons.
En 1850, dit M. Lombard, l'on comptait 29 512 sourds-muets, soit 82 sur 100000 habitants. En 1861, il n'y en avait plusque 21 956, ou o9pourl00000
8/2 FRANCE (pathologie).
et en 1866, 21 214 ou seulement 56 sur 100 000 habitants, ce qui indique un mouvement de décroissance. Cette heureuse circonstance se révèle aussi dans les résultats des opérations du recrutement, de 1851 à 1855, période dans laquelle le chiffre des sourds-muets a baissé de 4-85 à 228. En se basant sur la proportion 56 pour 100 000, nous sommes mieux partagés que la Suisse (245), la Jamaïque (247), l'Islande (106), le Wurtemberg (10'2), la Noi-vége (85), l'Irlande (80) ; la Belgique seule a moins de sourds-muets que la France.
La répartition des sourds-muets par départements est fort inégale ; le département d'Indre-et-Loire en a six fois plus que la Seine. Les départements montueux dépassent ordinairement la moyenne et particulièrement ceux qui sont affligés de l'endémie crétino-goîtreuse, très-habituellement liée à la prédominance de la surdi-mutité, comme il ressort des tableaux publiés par la Commission d'enquête sur le goitre et le crétinisme. En effet, en tête de la liste se trouvent : la Savoie (2,64 sur 1000 habitants), les Hautes-Alpes (2,22), les Pyrénées-Orientales (1,85), Indre-et-Loire (1,85), la Creuse (1,85), le Pas-de- Calais (1,70), la Haute-Savoie (1,65) et le Cher (l,6i). D'autre part, les dix départements où l'on trouve le plus petit nombre de sourds-muets sont : l'Orne (0,41 sur 1000 habitants), la Seine (0,42), la Haute-Saône (0,45), la Vienne (0,47), la Mayenne (0,50), les Alpes-Maritimes (0,54), le Tarn (0,55), le Gers (0,56), la Meuse (0,57), l'Eure (0,58).
La Cécité. En 1851, il y avait 105 aveugles sur 100000 habitants ou à peu près 1 aveugle sur 1000 habitants. En 1861, le nombre en avait diminué : 82 sur 100000. En 1866, la proportion avait peu varié; elle était de 84 sur 100 000. Il y a plus d'aveugles en France qu'en Saède (81), en Saxe (81), eu Suisse (76), en Hanovre (66), en Bavière (52), mais moins qu'en Islande (540), en Norvège (184), en Irlande (120), en Angleterre (105j, en Belgique (100). Cette comparaison ne prouve guère que « l'atmosphère chaude et brillante du midi », comme le suggère M. Lombard, augmente le nombre des aveugles, encore que nos départements les plus éprouvés, sous ce rapport, soient méridionaux : Corse (184), Hérault (175), Tarn-et-Garonne (152), Gard (151). H y a très-probablement là quelque conséquence des relations du Midi avec l'Afrique et les granuleux d'Algérie ; peut-être aussi une question de vaccine. La proportion tombe à 72 dans la Corrèze, 68 dans le lîhône, 68 dans la Nièvre et la Mayenne, 65 dans le Cher, 58 dans l'Allier, départements du Centre.
IX. Maladies PARASITAIRES en France. Le rapport de certaines maladies avec la présence de parasites divers a été établi par les médecins et les naturalistes, ces deux qualités se réunissant quelquefois dans la même personne. La chose a été facile dans les cas oiî le parasite lui-même constitue à peu près toute la maladie ; d'autres fois, il a fallu savoir séparer l'influence dn parasite d'accidents concomitants, plus ou moins graves, avec lesquels il n'avait qu'un rapport de simultanéité ; comme cela est arrivé pour les ascarides lombiicoides, à qui le vulgaire attribue encore un rôle si considérable dans les maladies les plus disparatîs, et pour les trichocéphales, que, sous le nom inverse de trichurides^ Rœderer prenait pour un élément important de l'épidémie typhoïde de Gœttingen (1760). Mais le point délicat a été surtout de retrouver l'origine des parasites, de démontrer les phases de leur génération selon les lois naturelles et leur complète indépendance des causes atmosphériques ou des autres influences, toujours assez obscures, d'où proviennent un certain nombre d'épidémies. On
sait que, pour une classe au moins de parasites de l'espèce humaine, le problème se trouvait compliqué du fait p-ingulier de la génération alternante, bien fait pour dérouter les investigations. Les savants ont encore surmonté cet obstacle, et cette curieuse question se fait de plus en plus simple, à mesure qu'elle est plus éclairée.
Pourtant, voilà qu'il intervient un élémeit nouveau ou, si l'on veut, un nouveau mode d'envisager cette face de l'étiologie. Il s'agit d'étendre le rôle du parasitisme, de multiplier presque indéfiniment le parasitisme lui-même et de le substituer au cadre des virus et des miasmes qui, à bien dire, n'a été jusqu'ici pour la pathologie qu'une induction, une vue de l'esprit, un aveu d'ignorance, sans être pour cela incompatible avec une conception un peu mystique de la nature des principes morbides et de leur mode d'action, quand on ne se borne pas à supposer simplement que la matière vivante ou organique acquiert d'ellemême des propriétés extra-physiologiques. Nous traversons peut-être une époque décisive dans l'histoire de la médecine et nous participons à une évolution considérable de cette science. Le parasitisme ne se borne plus à ces êtres, vers ou champignons, souvent plus gênants que dangereux, qui causaient divers troubles par leur qualité de corps étrangers et par action mécanique, mais n'usaient pas la vie du porteur pour entretenir la leur propre et surtout ne prenaient pas tout d'abord dans l'économie l'air d'un empoisonnement général et rapide. Il prétend se présenter aussi sous forme d'êtres infiniment petits, doués d'une effroyable puissance de prolifération, qui pénètrent dans le sang et agissent bien par le nombre, mais non plus mécaniquement ; ils s'associent aux phénomènes chimiques de la vie, les troublent, en changent la direction ; ils font de l'homme quelque chose d'analogue à ce que les ferments font d'une solution sucrée, ils le décomposent ; ils opèrent sur nos tissus comme les ferments de l'air ou de l'eau opèrent sur un gigot de mouton, ils les putréfient. D'ailleurs, ils ont les propriétés les plus variables et de quoi expliquer les variétés nombreuses des maladies virulentes ou miasmatiques ; ils se multiplient par différents modes, mais surtout par segmentation; quand ils ont besoin d'oxygène, il faut qu'ils le prennent à ses combinaisons, l'oxygène pur les tue; d'ailleurs, ils se prêtent merveilleusement à toutes les circonstances, à tous les milieux, pullulant dès que ceux-ci sont favorables, sommeillant ou même succombant quand ils leur deviennent antipathiques, mais d'ordinaire laissant derrière eux des germes d'une étrange vitalité, qui, au premier retour de circonstances propices, reproduiront, en un clin d'oeil, des générations nouvelles delà fatale espèce.
Ces parasites, les parasites de l'avenir peut-être, se nomment bactéries, bactéridies, vibrions septiques, microbes. iNous avons, personnellement, grand'peine à accepter leur introduction dans la pathologie, parce qu'il nous répugne défaire de la maladie une opération chimique, comme cela résulterait de l'application de la théorie des fermentations aux phénomènes morbides; parce que les doctrines nouvelles mettent toute l'étiologie dans le monde extérieur, imposent à l'économie un rôle absolument passif et même font commencer sur l'homme vivant des phénomènes qui ne s'observent d'habitude que sur la matière organique morte ; parce qu'enfin, il est toujours utile d'être réservé et même sévère pour les nouveautés scientifiques : si ce sont des erreurs, il serait fâcheux de s'y être engagé ; si ce sont des vérités, le contrôle et la discussion ne les empêcheront pas de triompher, ce sera plutôt le contraire.
Mais nous n'avons pas de parti pris, et pour entrer autant que possible dans
874 FRANCE (pathologie).
une voie d'ailleurs brillamment ouverte par des savants français appartenant à la médecine, nous avons intentionnellement annexé au chapitre du parasitisme les maladies charbonneuses, dont M. Davaine et M. Pasteur ont fait la maladie de la bactéridie. Aussi bien, est-ce le point qui a été le plus élaboré, l'acquisition qui semble la mieux assise, et qu'acceptent des médecins même très-antipathiques à l'étiologie par les germes. Chauffard l'appelle : « affection parasitaire interne vraie ». Et, de fait, elle a la fatalité, l'invariabilité, l'indifférence vis-à-vis de& degrés de réceptivité individuelle, qui caractérisent les maladies parasitaires,ou mieux le parasitisme, par opposition à la variabilité et au nuancement indéfini des autres parasitaires delà théorie nouvelle, parasitaires fausses, comme la fièvre typhoïde. La bactéridie charbonneuse, on la voit entrer (pustule maligne)^ cheminer et se multiplier dans l'organisme ; on peut même l'arrêter au passagepar la cautérisation, tandis que la variole, la syphilis, sont antérieures à la manifestation locale. Le malade guéri d'une pustule maligne n'a pas d'immunité ultérieure. La bactéridie prend et prospère chez des animaux d'espèce différente, ruminants, rongeurs, chien, cheval, et même chez les oiseaux, ce qui est fort rare de la part de nos virulentes, parasitaires fausses. Le charbonneux, meurt, non pas avec une fièvre analogue à celle des typhus, mais « asphyxié et algide, étouffé sous ces immenses légions parasitaires qui emplissent ses vaisseaux, pénètrent dans tous ses tissus et y enrayent promptement toute fonction nutritive, tous les échanges moléculaires normaux, toute production de chaleur physiologique. » (Chaufi'ard.) C'est la substance, merveilleusement rendue, descommunications de M. Toussaint à l'Académie des sciences (5 décembre 1877 ;. 18 mars et 15 avril 1878).
Nous nous occuperons d'abord du paratisme interne ou des entozoaires, plus intéressants que les autres parce iju'ils sont plus dangereux. Les principaux entozoaires observés en France appartiennent aux types : Nématoïdes {Ascarides lombricoïdeSj oxyures vermiculaires, trichines, trichocéphales) et Cestoïdes- (Ténia solium, T. inerme, flydalides, Cysticerques). Nous y joindrons les Bactéridies, quoiqu'elles paraissent être des algues plutôt que des protozoaires.
Ascarides lombrico'ides . C'est un parasite des plus communs en France, et il semble que, sous ce rapport, notre pays ne soit ni plus ni moins mal partagé que d'autres, car l'ascaride se plaît à peu près sous toutes les latitudes, depuis la Suède jusqu'aux Antilles.
Les enfants qui ne prennent que le sein n'en ont pas ; plus tard, les jeunes sujets en présentent plus peut-être que les adultes, en raison de leur moindre discrétion vis-à-vis des choses qui se boivent ou se mangent. Les ascarides viennent des œufs de cet helminthe, qui sont avalés par notre espèce avec l'eau, les légumes, les herbes, les fruits ; ce fait d'histoire naturelle explique toutes les circonstances de la pathologie parasitaire dépendant de l'ascaride : ainsi, la fréquence moins grande de ce ver à Paris, oii l'eau est filtrée, que dans les campagnes où elle est bue sans préparation, malgré la dispersion habituelle des immondices et des matières fécales autour des villages; sa rareté chez le& adultes et surtout chez les vieillards, qui boivent du vin ou de la bière, et qui,, même à la campagne, ne mangent pas, comme les enfants, des fruits, des herbes crues, ramassés au hasard.
Les auteurs du siècle dernier ont fréquemment fait mention d'épidémies de dyssenterie et de fièvres vermineuses (Davaine). Connaissant l'origuie des vers lombricoïdes, nous ne sommes point surpris que la diarrhée, la dys-
FRANCE (pathologie). 875
senterie/mème la fièvre typhoïde, aient parfois coexisté avec les ascarides; le parasite et la maladie venaient de la même 'source, l'infection fécale du sol de la localité.
M. Davaine relève, parmi ces sortes d'épidémies, la fréquence des ascarides lombricoïdes à Béziers, en 1750, rapportée par Bouillet {Hist. de l'Acad. rorj, des sciences, 1750); l'épidémie dyssentérique et vermineuse de Fougères, en Bretagne (Nicolais du Saulsay in Journ. de med., 1757, VI, 380); celle de Clisson, en 1765 et les années suivantes, selon Du Boueix [Topographie méd. de la ville et de Vhôp. de Clisson, en Bretagne; in Journ. de méd. chirurg. etc., Paris, 1788, LXXV, 416) ; les épidémies sur les soldats pendant les campagnesde l'an X en Italie (Marie, Journ. de méd. deSédillot, 1806), de 1806, en Fouille et en Abruzze (Savarési, in Journ. de Corvisart, XII, 337, Paris, 1806), de Pologne en 1807 {Bourges, Journ. de méd. de Sédillot, XXXVI, 184).
Oxyures vermiculaires . Tiès-communs en France, sans qu'il y ait plus que précédemment une prédilection spéciale de ces vers pour notre pays. On sait leur influence vis-à-vis des habitudes d'onanisme chez les enfants, et la réputation que Lallemand leur avait faite comme cause de pertes séminales.
T richocéphale . 11 est extrêmement commun en France, comme dans tous les pays du monde. Mérat trouvait le ver et M. Davaine en a rencontré les œufs dans au moins la moitié des cadavres sur lesquels ils ont l'ait des recherches dans ce but. Sa découverte par Rœderer, en 1761, et la double erreur par laquelle ce médecin prit la tête de cet helminthe pour la queue et lui attribua des^ rapports avec la maladie muqueuse, ont tait une certaine célébrité historique au tiichocéphale [trichuris de Rœderer et de Wrisberg).
Absence de la trichinose en France. Le 15 mai 1866, M. Delpcch lut à l'Académie de médecine un travail très-savant et très-complet {Les trichines et la trichinose chez Vhomrne et chez les animaux; in Bull, de l'Acad. de méd. 1866, p. 659, et Annales d'hygiène publ. et de méd. lég., 2" série, XXVI, 1866, p. 21), dans lequel nous n'avons pas à signaler l'historique du parasite ou celui de la maladie, ni l'enquête faite par l'auteur sur la terre classique de la trichinose, mais auquel nous empruntons les renseignements relatifs à la ti-ichinose en France, à cette date :
« Jusqu'à ce jour trois faits seulement de trichinose humaine, celui de- Cruveilhier, celui d'Auzias-Turenne et celui de Kœberlé, ont été recueillis en. France. Tous les trois appartiennent à la trichinose enkystée, c'est-à-dire guérie. On ne connaissait l'origine de l'affection parasitaire dans aucun des trois cas. «
Ce n'est pas, cependant, que l'on n'examine point en France ; on y cherche même de propos délibéré la trichinose, sans parler des multiples et minutieux examens pratiqués sur le système musculaire dans un autre but par nos micrographes, en particulier par Cornil et Ranvier. Ce qui promet peu de chances à ces recherches, c'est l'impossibilité, en France, de reconstituer dans le passé des épidémies de trichinose, à l'aide de faits anciens inexpliqués, ou mal expliqués, comme cela s'est fait en Allemagne.
Les observateurs ne sont pas plus heureux en poursuivant la trichine chez les animaux. MM. Raynal et Delpech, M. Mathieu, vétérinaire à Sèvres, M. Rabot, pharmacien de Versailles, ont examiné des centaines d'échantillons de viaixle de porc, provenant même de différents points de la France, comme ce fut le cas dans les épreuves de M. Rabot. Sur aucun, l'on n'a tvouvé de trichines, sauf une
876 FRANCE (pathologie).
fois; c'étaient des trichines enkystées et un jambon d'origine étrangère. Nous n'en avons pas davantage chez les rats.
« La trichinose aiguë de l'homme n'a jamais été observée en Finance. » Quelle en est la raison? C'est que si jamais un morceau de porc, de n'importe quelle provenance, apportait en France des trichines, celles-ci n'arriveraient pas vivantes à l'estomac des consommateurs et que le mal serait tari à sa source par nos procédés culinaires. Non-seulement sur les points de notre territoire qui fournissent des produits de charcuterie, quelquefois très-renommés et à juste titre, on leur applique une salaison et une fumaison soigneuses, mais encore et surtout on se garde de manger du jambon ou du hachis de porc absolument crus, comme on le fait en Allemagne ; nous ne consommons la viande de porc fraîche ou conservée, qu'après lui avoir fait subir une cuisson parfaite, bien plus que suffisante pour tuer les trichines qui ne résistent pas à une température de 70 degrés. Inutile d'ajouter que cette précaution, qui préserve l'homme, coupe court par le fait même à tout retour de la maladie aux animaux.
M. Delpech fait cette réserve judicieuse que nos habitudes françaises, tout en réduisant autant que possible nos chances de subir ce que l'on a appelé les épidémies de trichinose, ne nous mettent pas absolument à l'abri dans l'aveniivis-à-vis des cas isolés. Nous n'en connaissons cependant pas et les études de laboratoires de nos savants (Colin, Acad. des scienc., l" juin 1868) sont heureusement restées jusqu'aujourd'hui dans le domaine spéculatif. En 1867, on en trouvait un cas guéri, chez un homme mort de cancer à l'hôpital d'Alger (Gaillard, Bull, de la Soc. de méd. d'Alger, VI, 1867) et d'origine espagnole. Nous avons donc pu intituler ce paragraphe : absence de la trichinose en France. Cependant, nous lisons, dans le compte rendu de la première leçon clinique de M. Laboulbène à l'hôpital de la Charité {Gazette médicale, 1878, n° 25), l'annonce d'une prochaine leçon sur la trichinose, comme faisant partie des maladies qui se sont présentées récemment dans son service. C'est donc qu'il y a des trichinisés à Paris. Mais Paris est un vaste complexus humain, recevant des étrangers de toute provenance, attirant les malades de tous pays ; sans compter qu'il tire aussi ses aliments des sources les plus divei'ses*.
Ténias en France. L'occasicfn se présente de fixer ici un fait assez intéressant de pathologie helminthique, qui s'est accompli en France dans ces dernières années, et n'éclaire pas moins l'histoire naturelle des entozoaires que le côté médical de cette question.
A l'époque où M. Davaine écrivait son remarquable Traité des entozoaires, (Paris, 1860), le ténia était assez rare en France. En se servant des documents
* Je trouve dans les Annales d'hygiène publ. et de méd. légale, n" 5, 1879, sous le titre : La première épidémie de trichinose observée en France, le résumé d'une communication de M. Laboulbène à la Gazette des hôpitaux (20 février' 1879), qui paraît être la révélation attendue et qui dépasse quelque peu nos prévisions. Voici le texte de ce résumé, dû à M. 0. Du Mesnil : « M. Laboulbène rapporte qu'un médecin de Seine-et-Oise, M. le D' JoUivet , vient d'observer des accidents sérieux chez un grand nombre de personnes, qui ont été malades dans une localité après avoir mang-é de la viande du même porc. Sur vingt personnes qui ont consommé la chair de cet animal, seize ont été malades. M. Laboulbène en conclut que l'intoxication s'est faite par la \iande. Un morceau de ce porc soumis par M. Moutard-Martin, qui avait été appelé en consultation par M. Jollivet, à l'examen de %. Laboulbène, présente au microscope une quantité considérable de trichines. La viande, très-ljelle d'aspect, ne présentait rien d'extraordinaire à l'œil ni même à la loupe. » La description des phénomènes épidémiques est encore à publier. En attendant, nous pouvons une fois de plus nous dire : nil humani à me allenum
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Tournis par l'armée et recueillis par Boudin, l'auteur évaluait à l cas annuel sur 250000 individus le degré de fréquence du ténia, soit 1 individu atteint du ténia par 8300 habitants environ. La source n'était pas bonne ; on s'en servait à défaut d'autres statistiques, mais, comme nous le dirons, l'armée à l'intérieur est le milieu où l'on observe le moins de ténias. Cependant, il n'y avait pas alors, sauf dans les très-grandes villes, une différence très-capitale dans le mode d'alimentation de l'armée et celui de la population civile, ou plutôt dans le mode de piéparation des aliments. De telle sorte que l'on peut supposer que le verrubané était réellenicnt rare aussi dans la population.
Depuis lors, la fréquence du ténia s'est notablement élevée dans la population de Paris, dans celle des grandes villes de France et de l'étranger, et même chez les habitants des petites villes et villages autour de Paris, qui copient d'assez près les mœurs de la capitale. Que s'est-il passé? Deux faits : l'un intélessant l'hygiène, l'autre dépendant de la thérapeutique. D'un côlé et peut-être aussi grâce aux recommandations des médecins préoccupés de réagir contre l'anémie consécutive au sang veraé du temps de Broussais, l'usage des viandes saignantes s'était répandu et était devenu vulgaire dans les villes; de l'autre, Trousseau, comme Weisse à Saint-Pétersbourg, avait introduit dans le traitement de la diarrhée chronique, particulièrement dans celle des enfants, le moyen héroïque de la viande crue et hachée. Dans l'un et l'autre cas, le consommateur était exposé à ingérer des cysticerques, c'est-à-dire des larves de ténias, vivantes, si l'animal qui fournissait la viande en était infesté, ce qui peut arriver aisément sans qu'un œil inexercé s'en aperçoive.
Mais voici une autre difliculté, et le problème dont les circonstances ont imposé la solution n'est pas moins important que le leste. Le cysticerque qui passait jusque-là pour être la larve du ténia était le cysticerque Jadrique du jiorc ; or, la viande incuite, servie dans les restaurants ou &ui- la table des lamilles, est bien plus sou\ent le beefsleakuu la côtelette de mouton que la chair du porc ; surtout, la viande crue hachée, administrée aux enfants, est toujours du bœuf ou du mouton, plulôt encore du premier. En réunissant ces observations à d'autres, rapportées d'Abyssinie et d'Egypte, 31. Davaine se voyait forcé de conclure que « le cysticerque ladrique n'est point le scolex ou la tête du ténia solium, ou tout au moins que le ténia solnim possède un autre mode encore de propagation. » 11 y avait une seconde alternati\e à introduire : à savoir qu'il y aurait chez le bœuf un autre cysticerque que le ladrique et que, de ce cysticerque, pouvait provenir un ténia autre que le solhmi vulgaire. C'est justement celle-là qui de\ait se trouver la vérité.
Ce n'est pas, du reste, chose si facile, on le sait, que de reconnaître la vérité, si frappante qu'elle soit, lorsque l'éducation vous a inculqué certaines dispositions d'esprit. H y a une dizaine d'années, tous les ténias rendus, en France et même en Algérie, passaient sans vérilication pour des ténias armés ; on parlait si peu de l'autre. M. Léon Colin, en 1861, voulant montrer à ses élèves la couronne de crochets d'un ténia expulsé le matin même par un de ses malades, trouve un scolex sans crochets, reconnaît le ténia inerme, et cependant, miilgré sa perspicacité habituelle en étiologie, ne remonte pas à la raison de cette différence dans les helminthes qu'il observait. En 1866, à Constanline, nous retirons d'un tUet de bœuf servi sur notre table des cysticerques que nous examinons au microscope; nous ne leur trouvons pas de crochets, et.... nous n'en éprouvons que du désappointement. Nous venions, cependant, de constater
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un fait très-important : l'existence (non expérimentale), chez le bœuf, d'un cysticerque qui expliquait l'énigme du ver solitaire chez les consommateurs de bœuf cru iVoy. J. Arnould, Alimentation et régime du soldat; ia Ann. d'hyg. publ., 1871. XXXV, 241). Si nous avions trouvé des crochets, nous eussions publié l'observation ; il n'y avait pas de crochets, et elle n'en était que plus curieuse; c'est cependant ce point essentiel que non-seulement nous n'aperçûmes pas, mais qui nous arrêta. Depuis lors, M. Cauvet, également à Gonstantine, mais le cherchant de propos délibéré, a découvert le cysticerque sans crochets dans le diaphragme du bœuf, cysticerque du ténia inerme, comme l'ont démontré (1861) les expériences mémorables de Leuckart (Voy. Gauvet, Note sur le ténia de V Algérie : Gaz. méd. de Paris, 1874, n° 35. — J. Arnould, Sur le ténia d'Algérie : Gaz. méd. de Paris, 1874, n" 54, p. 425).
La fréquence du ténia en France a augmenté notablement, et les ténias rendus sont de deux sortes : l'un, tœnia solium ou armé, vient du cysticerque ladrique; l'autre, tœnia inermis (pour lequel M. Laboulbène propose de répudier le bizarre adjectif : mediocanellata) , vient du cysticerque du bœuf, et peut-être du mouton, et il semble même plus commun que le premier, naguère le seul classique. Cette grande fréquence du ténia inerme est extrêmement probable pour l'Algérie (Cauvet). Elle est mise hors de doute, en ce qui concerne la France, par les observations et mémoires de MM. Archambault, Chauffard, Potain, Yallin, Henri Roger, Yan Peteghem (Lille), E. Vidai, Bucquoy, Féréol, Léon Colin, Masse et Pourquier (Montpellier), que M. Laboulbène a mis à profit dans son travail Sur les ténias, les échinocoques et les hothriocéphales de lliomme (Voy. Bull, etniém. de la Soc. méd. des hôpitaux de Paris, 1876). Nous-mème, dans la petite ville de Saint-Cyr oii l'on copie Paris, depuis 1871 jusqu'à 1876, nous avons obtenu, chez quatre malades de la population civile, Fexpulsion de ténias, dont trois ont été reconnus inermes (le quatrième n'a pas représenté son scolex), et ces années dernières, dans notre service à l'hôpital militaire de Lille, nous en avons fait rendre quatre, dont trois portaient le scolex sans crochets et l'autre, chez qui la tête n'a pas été retrouvée, avait la disposition irrégulière des pores génitaux, habituelle au ténia inerme.
Cette circonstance de quatre ténias chez des soldats a quelque importance. Un de nos malades revenait de Cochinchine ; aucun des trois autres n'avait quitté la France; l'un de ceux-ci avoua une sorte de passion pour le beefsteack saignant ; c'était un sous-oftîcier qui avait vécuà Paris dans sa jeunesse et avait, à Lille, des paients chez qui il participait quelquefois à un diner de famille. M. L. Colin a très-justement fait ressortir l'extrême rareté du ténia dans notre armée à l'intérieur, au point qu'il suspecte la simulation quand un soldat, qui n'est jamais sorti de France, vient se plaindre à lui de ténia, et lors même qu'il en présenterait des fragments. Le régime du soldat, en effet, ne comporte que des viandes parfaitement cuites et, comme ce régime n'a pas varié pendant que la population civile s'habituait de plus en plus aux viandes incuites, la rareté persistante du ténia dans l'armée contraste avec la remarquable augmentation des cas de ver solitaire dans la population. Lorsque, par les chances des expéditions, nos soldats se sont trouvés transportés dans des pays où les animaux de boucherie sont fréquemment infestés de cysticerques et où les irrégularités de régime de la vie en campagne les entraînent à user de temps à autre de viandes mal cuites, on voit le ténia constituer de véritables épidémies. L'expédition de Syrie (1860), composée de 6000 hommes, fournit aux environs de 500 cas de
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ténia. Le parasite n'est plus ivire non plus chez les soldais de Tarmée d'Afrique ou qui en reviennent.
La fre'quence, bien établie, du ténia inerme ne doit pas faire négliger les observations du ténia solium qui se représentent de loin en loin et, probablement, ne disparaîtront pas. M. Feréol, en 1875, a traité un malade qui a rendu en une seule fois quatre ténias armés; preuve que cet helminthe ne nous a pas quittés et preuve nouvelle aussi du peu de rigueur de l'appellation de \ev soliiaire, qui a cours dans le public ^
Dans nos localités rurales, on n'a guère de ténia d'aucune sorte, parce que l'on mange, hélas ! peu de viande et que celle que l'on consomme est toujours ■consciencieusement cuite. Eu Lorraine, où l'on use de la viande de porc partout et toute l'année, on ignore la trichine et l'on ne connaît le ver solitaire que de réputation. On mangerait une autre sorte de viande que ce serait absolument la même chose ; nos paysans ont horreur de la viande dont la moindre portifui ■est restée rouge ; les jambons passent douze heures dans l'eau bouillante avant d'être offerts aux consommateurs. La garantie contre les parasites est radicale.
Bothriocéphale. Nous n'inscrivons son nom que pour rappeler avec M. Van Beneden et M. Laboulbène qu'il n'est pas de nos climats et qu'il est répandu en Suisse, en Suède, en Pologne et en Russie; plus rare en Belgique et en Hollande. 11 ne s'observe pas en deçà de la Vistule, dit M. Van Beneden, à moins que l'on ne soit allé l'y chercher. M. Bucqiioy a obtenu, en 1867, l'expulsion d'un de ces vers chez un homme qui n'était sorti de France qu'en 18oi pour faire la campagne de la Baltique. L'auteur fait remarquer, avec raison, que la date de ce séjour dans une région à Bothriocéphales, est bien éloignée pour qu'on en rapproche la présence du parasite en 1875; mais l'on sait que ces hôtes peuvent persister fort longtemps, plus ou moins remarqués par le porteur. M. Lereboullet, un peu plus tard, présentait à la Société médicale des hôpitaux la photographie d'un Bothriocephalus latiis, rendu par une petite tille de quatre ans, qui n'a jamais quitté Amsterdam.
1 Depuis que ces ligues ont été écrites, M. P. Mcgnin a communique à l'Académie des ■sciences (Co/«p^es rendus, p. 88. 13 janvier 1879) el à la Société de médecine publique des; ■observations et une théorie que nous devons relever ici, en ce qui concurne l'étiologio générale et la pitholo„ùe française. M. Mégnin {Nouvelles observations sur l'origine des ténias inermes; in Revue d'hygiène, 1879, n° 3, p. 223 et suiv.^; croit avoir acquis la preuve que le développement complet de certains vers ceitoïdes, depuis l'état d'emlji-yon jusqu à celui de ver rubané, est possible chez un seul et même animal ; la génération alternante ne serait qu'un mode particulier, un moyen de luxe pour ainsi dire de ce développement. Dans ce dernier cas seul, le scoiex aurait besoin de crochet ; dans le premier, l'animal n'aurait que taire de ce moyen de fixité et le scoiex serait inerme. Chez l'homme, le ténia armé vient incontestablement de la viande de porc ladre ; mais le ténia inerme « lui, vient selon toule probabilité, d'œufs ou d'embryons qui ont pénétré dans son organisme à l'état d'œufs on embryons microscopiqies avec des boissons ou des légumes frais impurs, et non de la viande de bœuf crue ou mal cuite. »
Dans la discussion que pi-ovoqua ce travail, au sein de la société de médecine publique, M\I. Vallin et L. Colin parurent se ranger à l'avis de l'auteur, sauf quelques réserves. Je ne î-épuo-ne nullement, pour mon compte, à faire de même, puisque, paraît-il, il est si difficile aux savants de rencontrer le cysticerque dubœut. Néanmoins, je ne saurais oublier quHu. jour, sans le chercher, je le découvris à l'état de légion ; il laut bien que j'y croie. De plus, on ne voit pas, dans les autopsies humaines, de tumeurs intestinales kysti lues, révélant l'entier développement sur place du ténia inerme de l'iiomme, comme M. llégnin vu le lœnia perfoliala chez le cheval, passer de l'état d'œuf à celui de ver parfait, avtc la transition de la phase d'écliinocoque .
Hijdatides. Cysticerques. Des observations d'hydatides sont rapportées dans le Sepulcreliim de Bonet, dit M. Davaine; mais aucun des auteurs antérieurs à Pallas (1766-1767) ne soupçonna que ces vésicules jouissent d'une vie indépendante. Dodart, eu 1607, rapporte un cas intéressant d'hydatides, dont il cherche l'origine dans la dilatation des vaisseauv lymphatiques ; en 1725, Morand se rattache à la même opinion. Avant 1821, on avait vu des échinocoques chez Thomme, mais sans comprendre la signification du fait. C'est Bremser qui a le mérite d'avoir décrit et interprété exactement ce cas de parasitisme. En 1 804, Laennec distinguait très-bien les échinocoques des cysticerques, mais les regardait comme sans rapports avec le^ ténias, du moment qu'on ne retrouvait pas la tête de ce ver; ce qui, justement, lui avait suggéré l'appellation (ïacéphatocysles. En 1845, M. Livois, élève de Rayer, rectifie les idées courantes et établit que « les hydatides... sont de simples poches, dans la cavité desquelles sont toujours contenus des échinocoques dont le nombre est en rapport avec le volume des poches elles-mêmes. » Pour M. Davaine, l'hydatidc correspond à une phase du développement d'un animal qui vit un certain temp^ et peut se reproduire un cerlani nombre de fois sous la forme vésiculaire ; l'échinocoque offre une phase plus avancée de développement de cet animal.
Les hydatides sont rares en France, sans être exceptionnelles. Selon M. Leudet, elles sont plus communes à Rouen qu'à Paris ; sur près de deux cents cadavres, cet auteur a rencontré six^ois des kystes hydatiques du foie. On sait que les kystes hydatiques sont, au contraire, une maladie endémique en Islande (Fo?/- .lon Finsen : Les échinocoques en Islande ; in Arch. cjen. de méd. 1869. Janvier, 25. Rasmussen : Thèse Copenhague), et peu éloignée d'avoir droit au même titre en Algérie, d'après nos souvenirs personnels et d'après les observations de A. Vital (Les eniozoaires à Chapilal militaire de Conslantine; m Gazette médicale de Paris, 1874, n"^ 22 et 25).
Les cysticerques chez l'homme sont observés en France, comme en d'autres pays, assez rarement pour que chaque cas nouveau soit encore une curiosité - Lobstcin, CruveilhJer, Demarquay, Follin et Robin, Foilin el Davaine, Leudet, etc. en ont rencontié dans le tissu cellulaire intermusculaiie ; d'autres observateuis en ont vu dans les organes encéphaliques ou dans l'œil (Davaine, Traité </t.sentozoaires. Paris, 1860).
Maladies charbonneuses. Maladie de la bactéridie. Nous avons relu, parmi les travaux qui nous ont aidé à rédiger ce paragraphe, l'article Charbon du Nouv. dict. de méd. et de chir. prat. (l'article Pcsti le maligne du Dictionnaire encyckpédique, qui doit traiter des maladies charbonneuses, étant encore à venir). II esL dû à M. Raimbert (de Chàteaudun], médecin éclairé et particulièremei.t versé dans l'observation et l'étude ce ces redoutables accidents, et nous y renvoyons spécialement le lecteur. Ce en quoi il nous a surtout servi, c'est à mesurer l'étendue du chemin parcouru en une douzaine d'années sur ce terrai!,> ainsi qu'il arrive de tous les sujets qui ont la bonne fortune d'atlircr l'expérimentation moderne et spécialement l'expérimentation maniée j); r M. Davame et par M. Pasteur. En ce temps-là, on \ivait encore sur h s mémoires, d'ailleurs très-estimables, de Thomassin, Chambon, Saucerotlc. Enaux et Chaussier; on discutait lort sérieusement le chiirbon malin spottané de Fournier, Veyssière, Ancelon, et la spontanéité de la pustule maligne; les mémoires de MM. Devers et Callard ne datent d'ailleurs que de 1864 et celui de M. Gaujot, de 1859. M. Raimbert, il faut le dire, concluait à
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tepousser cette spontanéité, et les mêmes faits qui lui servaient de base, dans '■ette détermination, l'amenaient à prononcer les mots de propriété virulente, de principe spécitique, dans le sang et les tissus des sujets charbonneux. Mais c'était «;ncore avec timidité qu'il parlait des vues nouvelles de M. Davaine, ne paraiss^aut pas avoir conscience qu'il s'agissait, non pas de préciser le véhicule d'un virus, mais de démontrer un contagiiim animatum et de remplacer simplement le virus par un parasite, dans le cas particulier du charbon, en attendant que l'entreprise put s'étendre à toutes les maladies spécifii|ues actuelles. « La spécificité de ce principe paraît résider en des corpuscules particuliers découverts par Davaine dans le sang de rate (maladie charbonneuse des moutons), et qu'il a nommés bacléridies. »
Pourtant, l'annonce des bactéridies datait de 1850. Elles avaient fait quelque bruit dans la science, en 1865 et en 1864, époque à laquelle MM. Leplat et .laillard en avaient vivement contesté le rôle nouvellement indiqué. 11 se passa, dans ces circonstances et ces débats contradictoires, un fait qui est irès-significatifet que ne sauraient négliger les spectateurs de ces luttes scientifiques, disposés à se laisser éclairer, mais non à se laisser entraîner; MM. Lephit et Jaillard ayant un jour inoculé du sang charbonneux à des lapins, ceux-ci jnoururent assez rapidement, mais sans offrir de bactéridies ; le sang de ces victimes, reporté à d'autres lapins, tua cette seconde série plus rapidement encore qu'il n'était arrivé à la première ; ainsi d'une troisième série, d'une <|uatrième, etc. M. Davaine ne se déconcerta pas pour si peu et déclara que ses adversaires avaient simplement inoculé du sang septique et reproduit la septicémie. 11 est possible, en effet, que, dans la première expérience, l'inoculation bactéridique ait manqué et que le sang charbonneux, putride, après tout, ait provoqué quand même une septicémie mortelle. Cela prouve qu'il est extrêmement important de bien fixer les caractères symptomatologiques et anatomiques du charbon ou de toute autre maladie que l'on cherche à reproduire expérimentalement, afin de pouvoir être certain que c'est de celle-là et pas d'autre que meurt l'animal en expérience. JNous pensons que cela a été fait dans les recherches modernes; c'est surtout essentiel quand on porte le charbon chez une espèce animale qui ne le présente pas naturellement. On conçoit que, sans cette précaution, l'on pourrait à la rigueur tuer des animaux par des produits putrides, voire par des bactéridies, sans leur avoir réellement communiqué le charbon ; de telle sorte qu'il y aurait effectivement une maladie de la bactéridie, mais que celle-ci ne se confondrait pas, néanmoins, avec l'affection charbonneuse.
Mais le système de M. Davaine ne passait pas sans protestation. Après les tentatives expérimentales, peu fructueuses, à vrai dire, de MM. Leplat et Jaillard, vinrent les observations de la Commission chargée par le ministre de l'agriculture d'étudier le « mal des montagnes », ou charbon de l'Auvergne. Selon M. A. S:mson, le sang des animaux charbonneux du Cantal et du Puy-de-Dôme contenait ou ne contenait pas de bactéridies, indifféremment ; son inoculation n'en était pas moins mortelle aux lapins avec présence constante de bactéridies chez ceux-ci, quand même le liquide inoculé n'en contenait pas ; en revanche, chez les ruminants inoculés de la même manière, ou spontanément malades, les bacléridies existaient quelquefois, et faisaient d'autres fois défaut {Acad. des sciences, 1869, 11 janvier).
Plus tard, en 1870, lorsque M. Davaine entreprit plus particulièrement de
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démontrer l'origine constante par contagion des maladies charbonneuses et leur dissémination par l'intermédiaire des mouches, nombre d'adversaires se mirent à la traverse de sa dootrine. M. Leblanc, sans nier la contagion, attribuait la généralisation du charbon chez les animaux à la constitution médicale, à la température atmosphérique, aux conditions de régime. M. Magne émit l'idée que la nature tertiaire des terrains et l'établissement des prairies artificielles sont les principales conditions du développement des épizooties charbonneuses ; M. Colin expliquait même le fait, en observant que l'alimentation par les légumineuses, trèfle, sainfoin, favorise la pléthore.
Si la bactéridie représente et personnifie le principe charbonneux lui-même, il faut bien renoncer à toute idée de spontanéité, à moins de ne pas reculer devant la génération spontanée. M. Davaine, à qui appartient incontestablement l'honneur de la découverte des bactéridies, n'avait pu cependant isoler complètement celles-ci de tous les autres éléments qui peuvent se rencontrer avec elles dans le sang charbonneux: d'où les obscurités et les méprises. Ce point ditficile du problème vient d'être résolu par M. Pasteur, aidé de M. Joubert (Acad. deméd., 17 juillet 1877). A l'aide de procédés extrêmement ingénieux, consistant en une série de cultures successives des bactéridies, telles qu'on arrive a en posséder une génération qui n'a à peu près plus rien de la gouttelette de santr charbonneux primitivement employé, ces savants ont pu s'assurer que la bactéridie absolument seule donne toujours le charbon, et que le liquide qui les porte est inerte (à moins qu'il ne renferme des vibrions septiques, auquel cas il provoque la septicémie). Ils ont reconnu de plus que la bactéridie se présente non-seulement sous forme de bâtonnet, mais encore à l'état de corpuscules brillants, globulaires, qui reproduisent les bactéridies, comme ils en proviennent eux-mêmes. Cette circonstance, ignorée de plusieurs observateurs, avait donné lieu à de graves méprises: ainsi celle de M. P. Bert, qui pensait tuer les bactéridies par l'oxygène comprimé, et les tuait en effet, mais ne détruisait pasla vitalité des corpuscules sphériques.
Le charbon s'observe chez l'homme partout où il y a des animaux en nombre un peu considérable et particulièrement des ruminants, bêtes bovines et ovines. Pour la même raison, les individus qui en sont le plus communément atteints sont les gens habituellement en contact avec ces animaux pour les garder, les soigner : garçons de ferme, bergers, pâtres; et aussi les industriels qui en manipulent les dépouilles, équarrisseurs, marchands de peaux, etc. Jamais, du reste, on n'a vu chez l'homme la multiplicité soudaine des cas qui, sur les troupeaux, mérite le titre d'épizootie.
La Beauce (département d'Eure-et-Loir), qui perd annuellement pour une valeur de 3 millions de francs d'animaux (Isidore-Pierre), et où MM. Salmon et Maunoury, de Chartres, M. Raimbert, de Châteaudun, ont fait leurs mémorables travaux; la Brie, et particulièrement Etampes, d'où nous sont venues les observations de M. Bourgeois; la Bourgogne, où, dans le seul arrondissement de Provins, le charbon enlève annuellement du bétail pour plus d'un demi-million (Verrier) ; la Picardie (Delafond) ; le département de l'Aveyron (Roche Lubin); le département de l'Indre, le Poitou (Plasse, de Niort); l'Auvergne (Bouley et Sanson); autrefois la Lorraine (Veyssière, Ancelon, Putégnat, de Schacken); la Franche-Comté (Montfils, de Vesoul), sont les régions qui se sont acquis, pour la fréquence du charbon humain, la plus fâcheuse réputation. Il convient de reconnaître que les idées nouvelles, en fixant au moins le mode le plus certain
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et le plus redoutable de la propagation du charbon aux animaux ou à l'homme, à savoir la contagion, en débarrassant les propriétaires du préjugé (]ui consistait à regarder le charbon comme une conséquence de la pléthore sanguine chez leurs bêtes, ont atténué considérablement la rigueur et la fréquence des épizooties, d'où est résultée la rareté du transport à l'homme, sans compter uqe les individus exposés savent aussi quelles précautions il convient de prendre.
M. Lombard relève 269 morts de charbon, en France, pendant les trois années 1855-1 857, soit 6 millièmes de la mortalité totale.
Parasitisme externe. Les populations françaises connaissent la plupart des épizoaires et des épiphytes des régions tempérées : les pediculi vulgaires et de toutes variétés; Yacarus de la gale; Vachorion Schœnleinii delà teigne faveuse, le trichophijtonàe l'herpès tonsurant, dusycosis, de l'herpès circiné, le microsporon Audouini de la pelade, le microsporon furfiir du pityriasis versicolor. Seulement, la généralisation de l'aisance dans nos contrées, le développement des habitudes de propreté, qui gagnent peu à peu toutes les classes, l'instruction qui pénèlre les rangs même les plus humbles, la netteté' des idées médicales en matière de parasitisme, sont autant de circonstances qui rendent de plus en plus rares les affections relevant de cette origine. Il n'y a plus d'endémie, ni d'épidémie; les bas-fonds de la société entretiennent seuls la vermine et les champignons épidermiques. C'est plutôt, aujourd'hui, une lacune d'éducation et im manque de dignité personnelle, que de véritables maladies.
i\os pays contrastent, sous ce rapport, avec les régions chaudes, où les Européens eux-mêmes, malgré leurs soins corporels, ont tant de peine de se défendre contre la chique (Mexique), la mouche anthropophage {Lucilia hominivora), la tilaire de Médine (Guinée), les larves du ver de Cayor, Ochromye anthropophage, le Larbisch du vSénégal (Bérengcr-Féraud), le parasite qui provoque l'ulcère annamite ou de Cochinchine, le champignon qui, peut-être, envoie son mycélium sous le bouton d'Âlep et de Biskra, etc.
11 y a peu de statistiques françaises et probablement peu d'autres, relatives aux maladies parasitaires externes. Nous nous garderons de décrire aucune de celles-ci, parce que tel n'est point notre rôle et parce que cette mission a été poursuivie avec un grand éclat, dans ce Dictionnaire, par Bazin, dont les travaux font époque dans l'histoire des parasites cryptogamiques {voy. art. Favcs). Mais nous pouvons noter la part considérable qui revient à la médecine française dans la démonstration des petits organismes dans lesquels consistent essentiellement ks formes de dermatoses mentionnées plus haut. En 1834, l'étudiant corse, Francesco Renucci fait voir et enseigne à chercher, au fond de son sillon épidermique, l'acarus, qu'il n'inventait pas, mais dont il mettait en évidence les rapports de cause à effet avec la gale. Eu 1852, Bazin développe et applique la découverte de Schœnlein relative au champignon du favus ; il étend la doctrine parasitaire à diverses autres dermatoses, soutenu brillamment par MM. Hardy, Lailler, J. Bergeron, combattu quelquefois, non sans éclat, par une école dont M. Cazenave est resté le chef, bientôt sans disciples. Nous n'avons pas à intervenir, mais, bien qu'il soit incontestable que, dans les teignes, la maladie se confond avec le parasite, nous ne trouvons pas mauvais que quelques voix rappellent l'aptitude de l'économie à résister au parasitisme ou à le favoriser; Vachorion, après tout, n'est pas si loin de l'oïdium; et cependant le muguet n'apparaît et ne prospère que sur un terrain préparé : il est moins une maladie que l'indice d'un e'tat morbide. Tout le monde en convient.
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Le savant article (Favus) de Bazin résume le travail de M. J. Bergeron : Étude sur la géographie et la prophylaxie des teignes, l'aris, 1865. En se servant des comptes rendus sur le recrutement de l'armée, et de notes manuscrites adressées par un grand nombre de médecins des départements à M. ie directeur de l'Assistance publique, M. Bergeron est arrivé aux résultats suivants. En 1865, le nombre des teigneux, en France, pouvait être estimé à au moins 12,000; aucun de nos départements n'était complètement exempt de la teigne, mais elle était surtout fréquente dans le midi et le nord-ouest, tandis qu'elle était assez rare dans les régions du centre et du nord-est. Elle subissait, du reste, un mouvement de décroissance, lent, mais indiscutable, dans tous les départements. Les renseignements communiqués ne distinguent pas la teigne faveuse de la teigne tonsurante, mais il résulte des témoignages médicaux que la première est de beaucoup la plus fréquente dans les campagnes, tandis qu'au contraire la teigne tonsurante règne presque exclusivement dans les grands centres de population.
X. Pathologie d'après les infldences vulnérames physiques ou chimiques. En réunissant sous ce titre, au traumatisme propreiuent dit, les accidents de toute nature qui s'en rapprochent par leur soudaineté et leur indépendance de toute cause générale, tels que lu fulguration, la submersion, les empoisonnements; en y ajoutant, à la rigueur, les suicides, homicides, duels, exécutions capitales, on formerait un ensemble non moins vaste qu'aucun de ceux que nous avons étudiés jifsqu'à présent et qui, selon nous, vient légitimement prendre sa place dans la pathologie d'une contrée, si tant est que la pathologie soit la principale des causes qui limitent ou détruisent les aptitudes au travail et préparent les déchets définitifs ou la mortalité. Ce dernier chapitre est comme la consécration de cette manière de voir. Pourtant, nous sez^ons obligé de n'en loucher que les sommets, à cause de l'insuffisance des données précises en ce qui concerne notre pays, et aussi pour ne pas éparpiller indéfiniment l'attention.
Les causes de ce que l'on appelle plus particulièrement accidents nous semblent se rapporter aux quelques principaux chefs ci-dessous :
1° ^industrie. Nous en avons déjà indiqué sommairement les dangers, à l'article de la pathologie professionnelle. M. Bertillon (article Mort violente, de ce Dictionnaire) précise ce qui se rapporte à l'industrie minière en France: « On a relevé, de 1860 à 1864, une moyenne annuelle de 69,254 ouvriers employés aux mines de houilles, lignites et anthracites. Il y a eu, année moyenne, 1124 accidents avec 198 ouvriers tués et 1051 blessés; » de sorte que, sur 1000 ouvriers travaillant trente ans dans les houillères, 541 seront certainement tués ou blessés (86 tués et 455 blessés). « Les autres exploitations minières sont notablement moins dangereuses. Cependant, les mines de cuivre, qui occupent 686 ouvriers, ont donné 2 tués par 1000 ouvriers, mais 42 blessés (et la houille seulement 15) ; les mines de sel gemme 2,5 à 2,4 tués et environ 10 blessés. » L'ensemble des mines (houillères exceptées) , qui occupe 10,950 ouvriers, a donné 1,7 tués et il blessés par 1000.
M. A. Layet, après M. Tardieu, a fait ressortir la fréquence et la gravité toute particulière des accidents éprouvés par les carriers. En 1842, sur 77 accidents arrivés à ces ouvriers, il y a 66 morts. En 1850, sur un relevé de 140 morts arrivées par éboulement dans les diverses exploitations minières, 58 appar-
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tiennent aux carrières : 25 aux carrières souterraines, 55 aux c.nrrières à ciel ouvert. Cetle spécialité fournit donc des chiffres importants au total re'uni par M. Bertillon : 22(), 740 ouvriers des mines comptent annuellement, en France, '27)1 tués et 1511 blessés, en tout 8,14 tués ou blessés par 1000 ouvriers. Pour 100 tués ou blessés, on trouve en 1865 que les éboulements ont causé environ 45 victimes; les explosions de grisou, 4,6 (dont la moitié ont succombé); les coups de mine, 6; asphyxiés et noyés, d; les coups et contusions par les machmes, 10; les chutes, 9; divers accidents, 26,4 (Bertillon). Parmi ces traumatismes, les accidents de machines portent en plus grand nombre sur les jeunes sujels, plus imprudents et moins expérimentés, et intéressent particulièrement les membres supérieurs (arrachements) et la tête, dont l'enlèvement du cuir chevelu (Scalp) n'est pas rare.
Il est tout à fait rationnel de rattacher aux accidents de l'industrie ceux qui procèdent des occupations agricoles, viticoles, sylvicoles, etc. Nous ne connaissons pas de statistique à cet égard, et M. A. Layet, dans son savant article sur Vhygiène rurale, dans cette Encyclopédie, ne paraît pas en avoir rencontré, ce qui est assurément regrettable. Au moins pouvons-nous énumérer les prjiicipaux genres de ces accidents et leurs causes. Ce sont des chutes de voitures, de greniers, de meules de gerbes ou de fourrage; des écrasements partiels par les roues de voitures ou par l'éboulement d'une meule ; des coups de pied, des coups de corne, des morsures de la part des animaux que les paysans soignent ou emploient ; des arrachements de phalanges par les mouvements brusques des chevaux, au moment où celui qui les soigne les attache avec une chaîne ou une corde à anneaux; des luxations, meurtrissures, arrachements, chez des enfants ou des femmes, qui gardent une vache en liant à leur poignet la corde de Ja bête et sont quehjuefois traînés par elle, à la suite d'une peur de celle-ci, de la piqûre d'une mouche, etc. Aujourd'hui, les cultivateurs ont des machines à battre, et leurs ouvriers, par conséquent, subissent des accidents d'engrenage; ce n'était pas rare au début de ce procédé. Ils ont même des machines à vapeur, des locomobiles et des chaudières mal construites ou mal dirigées (Coruut : Société industrielle du JSord de la France ^ août 1879): d'oùles explosions. Les bûcherons tombent des arbres ou se font écraser par la chute de ceux-ci; ou, encore, se font des plaies plus ou moins profondes et graves avec leurs instruments. Les viticulteurs fournissent, chaque année, un certain nombre de cas d'asphyxie par le gaz des cuves en fermentation
2' Les chemins de fer. Nous avons {voy. plus haut, Influences des professions) donné quelques chiffres relatifs à la fréquence des accidents de ciieniin de fer, soit sur les employés, soit sur les voyageurs. On trouvera dans l'article de M. Bertillon (Mort violente) une comparaison entre les accidents observés dans divers pays qui nous met, avec l'Angleterre, au premier rang des peuples de l'Europe, pour le nombre des tués et blessés de chemin de fer. M. A. Layct divise ces accidents en : Effets du tamponnement, — de V écrasement sur les rails, — des chutes, — des chocs et collisions. La raison de leur gravité, souvent horrible, est dans l'énorme quantité de mouvement que possèdent les appareils contondants, ou avec laquelle se font les chocs et les chutes.
5° La circulation des rues. Les accidents de cette source sont naturellement plus communs dans les grandes villes. A Paris, suivant le calcul de M. Bertillon, les chances d'être tué ou blessé par accident de voitures, pour la population totale, sont de 710 par million d'habitai\ts; beaucoup plus grandes (sept
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fois plus) pour le sexe masculin que pour le sexe féminin, qui, naturellement, est moins téméraire et sort moins que l'autre. Il est assez remarquable que la véhiculation par chemin de fer soit, en somme, beaucoup moins fertile en accidents que la véhiculation par les voitures. Même dans les vingt premières années de l'exploitation des chemins de fer, c'est-à-dire dans la période d'essai, les désastres individuels dus à ce mode de locomotion ont été moins nombreux qu'ils ne l'étaient de 18iO à 1853 par les voitures (Bertillon). Le rapport des tués aux blessés serait environ de 1 à 4, d'après les relevés de la préfecture de police ; mais il y a évidemment un très-grand nombre de blessés qui échappent à cette statistique; il est probable qu'à Paris, comme à Bruxelles, le rapport est de 1 tué pour 10 à H blessés.
4° Le voisinage de Veau. La noyade est, de tous les accidents mortels, de beaucoup le plus commun. Sur 1000 morts par accidents, M. Bertillon compte 438,5 noyés. Il y a à peu près autant d'hommes que de femmes qui finissent de cette façon; mais relativement aux morts accidentelles féminines, la noyade présente une certaine prédominance sur la noyade chez l'homme; évidemment parce que l'homme subit plus d'écrasements, de chutes, etc. Le relevé dont nous nous servons porte sur toute la France ; il nous paraît, à de certains indices, que la noyade involontaire est au moins aussi commune à la campagne qu'à la ville.
5" La fulguration. De 1855 à 1865, selon les recherches de Boudin [Études statistiques sur les accidents causés par la foudre et sur la fulguration indirecte. In Recueil de mém. de méd. milit., ^^ série, XlU, 433. — Traité de géogr. et de stat. méd.), le nombre des personnes tuées roide par la foudre, en France, a atteint le chiffre considérable de 2258. En évaluant au double le nombre des personnes simplement blessées par la foudi'e, on trouve, pour la période examinée, un total de 6714 victimes, soit un peu plus de 250, année moyenne. Sur 880 décès causés par la foudre, de 1854 à 1863 (dix années), il y a 657 hommes et 243 femmes, soit 72,4 pour 100 du sexe masculin, contre 27,6 de l'autre. En Angleterre, la part du sexe féminin est encore moins forte. Boudin estime, avec raison, que la moindre fréquence du séjour des femmes hors de la maison n'explique pas suffisamment ce privilège, d'abord, parce que la foudre frappe aussi les habitations ; puis, parce que, dans les campagnes, où les coups de foudre sont le plus ordinaires, les femmes ne vont guère moins aux champs que les hommes; enfin, parce qu'il y a des observations précises de femmes épargnées au milieu d'un groupe d'hommes atteints.
Le maximum annuel des décès s'est élevé à 111, en 1855; le minimum, 48, appartient à l'année 1845. Sous le rapport des mois, on a observé la répartition ci-dessous :