‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.41Chapitre 23 sur 163 · XIII. Nardées. 65. Nardus L · texte numérisé non relu

XIII. Nardées. 65. Nardus L

XIY. Oryzées. 64. Leersia Soland. (1).

XY. Phalaiidées. 64. Phalaris Pal.-Beauv. (9), 65. Eierochloa Gmel. (1),

208 FRANCE (flore).

66. AnthoxrmthumL. (2), 67. Mibom Adans. (1), 68. Cnjpsis Ait. (5), 69. Phleum L. (7), 70. Alopecurus L. (7).

XVI. Sesleriées. 71. Sesleria Scop. (2), 72. Oreochloa Li^K (2), 75. £c/i2- «ana Desf. (1).

XVII. Panicées. 7-i. Tm^ws Hall. (I), 75. Sefarm Pal.-Beauv. (5), 76. Panicum L. (7).

XVIII. Spartiées. 77. C^»of/on Rich. (I), 78. S7Jori2/m Schreb. (5). Nous trouvons un total de 519 espèces. Parmi elles, un certain nombre ne

sont pas indigènes en France. Elles ont été introduites et sont cultivées de temps immémorial. On les croit originaires pour la plupart de l'Orient; quelques-unes le sont de l'Afrique chaude. Le Fhalaris canariensis L. est dans ce derniei cas ; il est souvent cultivé pour la nourriture des oiseaux. Mais sur les bords de la Méditerranée, notamment en Corse, on le dit subspontané. Le P. crypsoldes D'Urv., espèce de l'Archipel, a été trouvé de même à Toulon, mais on l'y croit introduit. Le P. paradoxa L., qui, dans le midi, ne s'est trouvé que dans les moissons, ne serait pas davantage une plante indigène. Le Setaria italica Pal.-Beauv. est une espèce de l'Inde; on l'a naturalisée dans les environs de Toulon. Le Panicum capiUare L. n'a également été trouvé dans les mêmes localités que parmi les champs cultivés. Le P. miliaceum, cultivé comme plante alimentaire, pour l'homme comme pour les animaux, est aussi d'origine indienne. Le P. vaginatum S\v. espèce américaine, a été naturalisé dans le sud-ouest, depuis la Garonne jusqu'aux Pyrénées. UAndropogon provinciale Lamk a disparu de la Provence où on le trouvait jadis, probablement d'une manière accidentelle. Le Sorghian halapense Pers. est une plante d'origine exotique, introduite de l'Orient, comme l'indique son nom spécifique, puis elle s'est répandue partout dans la région méditerranéenne et remonte jusqu'à Toulouse, et, dans les Pyrénées - Orientales , jusqu'à Olette. Le S. vulgare est cultivé comme plante alimentaire; de même quelquefois le S. sacchanitum, et quelques autres espèces. Le Stipa tenacissiîïia, qui abonde ailleurs dans la région méditerranéenne, et qui pourrait rendre de si grands services, a notre industrie, n'est qu'exceptionnellement cultivé dans le midi. L'Avenu sativa L., VA. orientalis Schreb., 1'^. brevis Roth, plantes de culture, se rencontrent çà et là à l'état subspontané. VA. fatua L. ne se trouve aussi que dans les moissons. Le Glyceria nervata Trin. {G. MichauxiiK.), plante des Etats- Unis, a été naturalisé dans le marais du bois de Meudon. Plusieurs Orges (tfordewn) introduites, cultivées, peuvent se rencontrer à l'état subspontané. Tels sont les H. vulgare L., distichum L., hexastichum L. Le Seigle {Secale céréale L.) est dans le même cas, ainsi que plusieurs Froments (Triticum), tels que les T. vulgare L., turgidum L., monococcum L., Spelta L. Toutes ces plantes sont utiles, et quelques-unes forment chez nous la base de l'alimentation végétale de l'homme et des animaux. La Canne de Provence [Arundo Donax L.) est spontanée dans le midi ; c'est une des Graminées les plus usitées encore en médecine. A côté d'elle, on peut citer les Chiendents, quelques Bromes, Paturins et Fétuques, tous très-peu actifs d'ailleurs.

m. ACOTÏLÉDOJNES.

Il est plus difficile ici, en dehors des Acotylédones vasculaires, de dresser uu bilan exact; car rien n'est moins bien déterminé que le nombre et la distribution de nos Cryptogames cellulaires. Nous ébaucherons néanmoins un tableau d'ensemble.

FRANCE (flore). 209

FUicinées. Quatre séries de cette famille sont représentées en France : les Polypodiacées, Osmondacées, Ophioglossées et llyménophyllées.

Il y a quinze genres de Polypodiacées. Le genre Polijpodiuni compte quatre espèces : les P. Phegopteris L., Dnjopteris L., rheticwn L. et vulgare L. Ledernier est seul commun partout, dans les bois, sur les vieux troncs, les murailles; il est encore employé en médecine. Le Ceterach officinarum L. l'est encore aussi; c'est une plante qui croît dans presque toute la France, sur les murs, les rochers humides. Les deux Notochlœna de notre pays {N. vellea Desvx et N. Marantœ R. Br.) sont des plantes méridionales. Les genres Woodsia R. Bi\. et Grammitis Sw. ne sont représentés chacun que par une espèce, rare et sans usage. Nous avons deux vrais Aspidium, les A. aculeatum Doell et Lonehitis Sw. Mais nos Pohjstichum sont au nombre de six. On rapporte à ce genre V Aspidium Thelypteris, Sw., plante des marais tourbeux, jadis employée, et la Fougèremàle {P. Filix-mas Roth. — Pohjpodium Filix-mas L.), commune partout dans l'ouest, les Vosges, le Jura, les Alpes et les Pyrénées, et dont le rhizome est un remède puissant contre les Helminthes-Cestoïdes. Les autres espèces (P. rigidum DC, P. OreopterisBC, P. cristatiim Roth, P. spinulomm DC.) ne sont guère employées. Le dernier est commun partout dans les bois humides. Les Cystopteris sont au nombre de trois (C. fragilis Bernh., C. montana LiKK, C. alpina Lijsk). La Fougère-femelle, peu usitée aujourd'hui, est un Asplenium [A. Filix-fœmina Bernh. — Athyriimi Filix-fœmina Roth); on la trouve partout dans les buissons ombragés et les bois. VA. Trichomanes L. est aussi commun partout, sur les murs et les rochers ; on le substitue encore aux Capillaires. L'A. Ritta-rmiraria L., autre petite espèce, partout commune dans les mêmes conditions, et moins usitée de nos jours que VA. Adiantum nignmi L., espèce du centre, de l'ouest, des Vosges, de l'Auvergne et du Midi. Les six autres espèces d'Asplenium sont relativement rares. Nos deux Scolopendrium sont le S. Hermionitis Sw. {S. sagittaUim DG.) et le S. officinale, ce dernier autrefois vanté contre bien des maladies, commun dans les bois, les lieux ombragés, les vieux murs, les puits et citernes, les grottes, surtout dans le Midi. Le Blechnum Spicant Roth se trouve partout dans les bois. Le Pteris aquiîina L. est peut-être l'espèce la plus commune de toutes nos fougères dans les terrains siliceux et les bois sablonneux. Le P. cretica L. ne se trouve qu'en Corse. La Capillaire de Montpellier, encore fort célèbre en médecine, quoique probablement peu active, commune surtout dans le Midi, représente seule chez nous le genre Adiantum [A. CapiUus-Veneris L.). Nous avons deux genres monotypes de Polypodiacées dites voilées [Polypodieœ velatœ) : le Cheilanthes odora Sw. et ÏAllosurus crispus Bernh., plantes rares des Vosges et du Midi.

Notre seule Osmondacée est la Fougère-royale {Osmunda regalis L.), partout assez commune dans les bois humides et marécageux. C'était aussi jadis une plante médicinale.

Les genres d'Ophioglossées sont au nombre de deux : les Ophioglossum et les Botrychium, chacun avec deux espèces. Le Botrychium Lunaria L., plante des pâturages secs, depuis la plaine jusqu'aux sommets des Alpes, et V Ophioglossum vulgatum L., espèce commune des prairies et des bois humides, devaient plutôt leur réputation à leur forme singulière qu'à leurs qualités réelles.

Notre seule Hyménophyllée eslVHymenophyîlum thunbridgense Sm.; c'est une petite plante rare, des rochers humides de la Corse et de la Bretagne.

Équisétacées. Les Prêles (Equisetum) françaises sont au nombre de neuf,

DICT. ENC. 4° S. V. 14 -

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dont six très-communes par tout le pays, dans les champs humides, les marais, les bois marécageux : les E. palustre L., limosum L., arvense L., Tehnateiia Ehrh., hyemale L. et sylvaticum L. Toutes sont employées à polir certaines substances peu dures, mais elles ne sont plus usitées comme médicaments. Les E. ramosum Schl., variegatum Schl. et trachyodon k. Br. sont des espèces plus rares, qui toutes se trouvent dans l'ouest et dans quelques autres portions du pays.

Rhizocarpées. On a compris dans ce petit groupe les Pihdaria, Marsilea et Salvinia. Notre seul Pihdaria, le P. glohuUfera L,, habite les mares du centre, du nord et de l'ouest. Nos deux Marsilea, plantes des mares aussi, sont le M. quadrifoliata L., espèce de l'est, de l'ouest, des vallées de la Loire et de l'Allier, de l'Anjou, de la Touraine, de la Côte-d'Or et du Rhône; et le M. puhescens Ten., fort rare et trouvé seulement entre Agde et Béziers. Le seul Salvinia natans Hoffm. représente le genre aux environs de Bordeaux ; mais il a dû être introduit dans les fossés de cette localité.

Isoéte'es. On admet chez nous deux Isoetes terrestres et quatre aquatiques. Leur nombre est peut-être plus considérable. Les espèces terrestres sont 17. Hystrix Dur. et VI. Duriœi Borv, plantes de Corse et aussi des cotes de la Provence. Les espèces aquatiques sont : 1'/. lacustris L., trouvé dans les lacs des Vosges, de l'Auvergne, des Monts-Dores, des Pyrénées; 1'/. setacea Dei,., espèce de la région méditerranéenne; 1'/. teniiissima Bon. et 1'/. adspersaX. Br., fort rares et trouvés seulement jusqu'ici, l'un dans la llaute-Yienne, l'autre en Corse, dans les marais desséchés l'été.

Lycopodiacées. Ce sont chez nous des Lycopodiinn et des Selaginella. Le plus commun de nos Lycopodium, le L. clavatumL., si connu par ses spores pulvérulentes, est originaire de toute la chaîne siliceuse des Vosges : on le trouve aussi en Bourgogne, en Auvergne, près de Besançon, dans les Alpes et les Pyrénées; il croît aussi aux environs de Paris, mais implanté dans plusieurs des locahtésde cette région. Les autres espèces ont une aire généralement plus étroite : le L. Chamœcyparissias L. est une plante des Vosges : on l'a trouvé aussi dans la Gorrèze. Le L. inundatmnL. appartient aux tourbières du centre, du nord et de l'ouest, du Jura, des Alpes et des Pyrénées. Le L. Selago L. croît dans les Vosges, le Jura, les Alpes, les Pyrénées, de même que le L. alpinum L., qui existe aussi en Auvergne, et le L. annotinum L. Le Selago denticulata Koch appartient aux collines de la Provence et de la Corse. Le S. spinidosa A. Bn. croît dans les prairies de la région élevée des Alpes ; le P. helvetia Spreng. a été trouvé près de Grenoble.

Mousses. Nous n'avons pas à notre disposition une statistique générale de cet ordre pour la France. M. Husnot, dans sa Flore des Mousses du nord-ouest, nous a donné une énumération des espèces de cette région, dont les genres se retrouvent en général dans le reste du pays. Il en cite cinquante-neuf, y compris les Andrœa, dont on a fait le type d'une famille des Andraeacées, et les Sphagnum, qui ont constitué aussi une famille de Sphaignes. Les autres genres, dont nous faisons suivre le nom d'un chiffre réprésentant le nombre de leurs espèces, sont, pour les Acrocarpes, les Phascwn (12), Archidium (1), Systegium {\), Gymnostomum (6), Weisia{6), Seligeria (5) , Die r aman (19), Dicranodontium (2), Campylopus {!), Leucobryum (1), Fissidens (7), Conomitrium (8), Pottia (8), Didymodon (5), Ceratodon (1), Trichostonium (12), Barbula (28), Cincli' dotus (o), Grimmia (12), Bhacomitrium (7), Hedwigia (1), Coscinodon (1),

FRANCE (flore). 211

Ptychomitriiim (1), Zijgodon (4), Orthotrichum (25), Tetraphis (1), Encahjpta (5), Schistolega (i), Splachnum (i), Z)/sfe/»fm (1), Physcomitrium (4), Enmthodon (1), Fnnaria (4), jBrj/M)?i (25), Mn/wm (7), Aidacomnium (2), Bflrfmmm (6), Atvichum (2), Pogonatum (5), Polytrichum (6), Diphyscium (1), Buxbainnia (1). Les genres de Mousses pleurocarpes sont : Fontinalis (2), Cnjpliœa (1), Leptodon (1), A'efA'era (4), Homalia (1), Leucodon (1), iuii- ^/•/V/ua (1), Pterygophyllum (1), iesitm (4), Anomodon (5), Fabronia (1), Pterogonium (2), Cylindrothecium (1), CUmacium (1), Isothecimn (1), %jnmn (85). Comme cette énumération comprend 8 Sphagmim et 2 Andnea, le nombre total des espèces qui y sont comprises se trouve être de 257. En 1815, la F/ore française de de Candolle et Lamarck (II, 458-5 io) énumérait 529 espèces pour le pays tout entier. La plupart de celles qui n'ont pu trouver place dans l'ouvrage de M. llusnot sont préci^ment des espèces alpines, dont le nombre est encore plus considérable de nos jours. Peu de Mousses sont utiles au point de vue médical. Quelques genres ou, parmi eux, certaines espèces, sont presque partout extrêmement répandus. Ce sont des Die r a num, Fissidens, Trichostomum, BarbnJa, Grimmia, Uedwigia, Bryinn, Mnium, Atriehum, Polytrichum, Hypnum. Presque partout se rencontrent les Ihjpnum Rutabidum L., velutinmn L., myosuroides L., striatum Schreb., serpens L., cupressiformeL.y splendens Hedw., squarrosiim L., triquetrum L.; dans les lieux marécageux, les Sphagmim aeiitifoliiim Chr., cymbifolium Chr., employés à plusieurs usages économiques : le Weisia viridida Brid., les Dieranum heteromallum Hedw. et seoparium ÏIedw., le Fissidens bryoides IIedw., le Pottia truncata B. E., les Barbida revohita Schw., muralis Hedw., ruralis IIedw., les Grimmia apocarpa IIedw., pidvinata Sm., et surtout les Polytrichum commune L., juniperinumWEDVi., pruinosum IIedw., le Fnnaria hygrometrica IIedw. Le Fontinalis antiptjretica qui, comme tant d'autres espèces, croît sur les pierres, dans les eaux courantes, tire, comme l'on sait, son nom de celte opinion exprimée par Linné et Lamarck, que « cette mousse entassée entre une cheminée et une paroi empêche le feu d'y pénétrer. »

Hépatiques. Les auteurs de la Flore française ont compris dans ce groupe les Riccia, Blasia, Targionia, Anthoceros, Marchantia, Jungermannia; c'està-dire qu'on n'admettait pas alors les nombreux genres en lesquels le dernier de ceux-ci a été démembré, ce qui n'a aucune importance au point de vue médical, et qu'ils unissaient dans un même ensemble les Jungermanniées et les Marchantiées, plus ce qu'on a appelé les Ricciées. Le mot d'Hépatiques indique l'usage qu'on faisait autrefois de quelques-unes de ces plantes dans le traitement des maladies du foie. Elles abondent dans les lieux humides, sur les murailles, l'écorce des arbres, le long des fossés, etc. Quelques Riccia sont même tout à fait flottants.

Lichens. On distinguait, dans la Flore française, 256 espèces de Lichens. On a dit qu'aujourd'hui le nombre en est doublé. A cette époque, on les rangeait dans vingt-huit genres. L'accroissement de ces derniers n'a pas d'importance pour la question qui nous occupe. Mais alors un très-grand nombre de Lichens étaient placés dans ce que les auteurs appelaient la famille des Hypoxylons, notamment les Opegrapha, Verrucaria, Pertusaria. Les Lichens abondent sur les troncs d'arbres, les rochers, la terre, les murailles, etc. Ils sont importants au point de vue pratique pour la matière colorante qu'ils peuvent fournir et qu'on pourrait davantage exploiter dans notre pays. Plusieurs sont encore employés

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en médecine, comme la Pulmonaire de Chêne, la Gladonie des rennes, quelques Collema, et surtout le Lichen dit d'Islande {Cetraria islandica Achar.), que l'on indique chez nous, « à terre, dans les prairies montagneuses. »

Champignons et Algues. Il nous est impossible d'établir une statistique quelconque pour les représentants de ces deux familles. La raison, en est que si l'on connaît les représentants les plus parfaits (et ordinairement les plus grands] de ces deux groupes, le nombre des espèces inférieures, souvent microscopiques, est infini et totalement inconnu. On peut, sans arriver encore à une appréciation suffisamment exacte, tripler et quadrupler les nombres donnés jadis par \a. Flore française, évaluant les espèces de Champignons à plus de 600, et celles du groupe des Algues à 160. Quant aux habitats et usages principaux, nous devons, pour éviter des redites inutiles, nous borner à renvoyer le lecteur aux articles Algues et Champignons (§§ 172 et suiv., vol. XV, p. 179).

Quelques types importants n'ont pas été indiqués dans l'énumération qui précède, ou ne l'ont été que tout à fait sommairement. Nous les avons réservés pour une sorte d'appendice; ce sont : nos céréales, les Rutacées du gi-oupe des Citrus, et la Vigne. Sauf erreur (et peut-être pour le dernier cité), ces végétaux ne sont pas originaires de nos contrées ; ils n'y ont été introduits par l'homme qu'en vue de leur utilité; et s'ils ont servi à établir des divisions géographiques dans notre flore, ce n'a été que par une sorte d'artifice, peu naturel, en somme, puisqu'il ne s'agit point d'espèces sûrement indigènes, et qu'au point de vue purement botanique leur introduction et leur culture continue ont altéré le véritable caractère de notre flore primitive.

Céréales. Il y a de ces plantes dont l'origine étrangère n'a jamais été contestée : tel est le Maïs dont l'introduction en Europe est relativement récente. Nous avons vu quelle était, au commencement de ce siècle, la limite septentrionale de la zone de culture de cette Graminée, telle que Lamarck et de Candolle l'ont empruntée à A. Young. Elle s'étendait de Bordeaux vers^Bourges et Strasbourg. « Aujourd'hui, dit M. A. de Candolle, les progrès de l'agriculture ont fait avancer ia limite, parallèlement à elle-même, d'environ trente lieues. Elle s'est rapprochée de l'embouchure de la Loire, car on cultive beaucoup de Maïs dans le département de Maine-et-Loire, sur les bords du fleuve (Guépin, FI. Èlaineet-Loire, 1850, p. 52). On peut fixer la limite au bord de l'Océan, sous le 47*^ degré. Elle passe de là entre la Flèche et le Mans (DG., Rapp. voy. bot. et ctgron. dans les dép. de VOuest, p. 129), sous le 47'' degré 5/4. Paris (48°, 50') peut aussi être regardé comme étant sur la limite. On y a essayé maintes fois la culture du Maïs, et le succès a toujours été incomplet, variable, selon la température et la sécheresse des années. » Le fait n'a pas cessé d'être vrai ; on aurait tort de confondre les résultats que l'on espérerait obtenir en pleins champs avec ceux que donne la culture limitée dans des jardins plus ou moins abrités ; et la maturité quelquefois parfaite, même dans la grande culture, dépend surtout d'une chose dont nous ne sommes pas maîtres, la durée de la température automnale. Les Blés principaux qu'on cultive en France, savoir les Froments d'hiver et d'été, que Linné a nommés Triticum lujhernum et T. œsiivum et qui ont été souvent réunis sous le seul vocable de T. vulgare, remontent, comme plantes cultivées, à l'origine même de l'agriculture, puisqu'on regarde comme démontré que, trois siècles avant l'ère chrétienne, ils étaient cultivés en Chine, en Palestine, en Egypte, etc. Il serait difficile, par conséquent, de connaître leur point de départ ; cependant on croit qu'ils sont a sortis de la région comprise entre les mon-

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tagnes de l'Asie centrale et la mer Méditerranée », et il paraît bien démontré que ce n'est pas de quelque autre plante sauvage, comme certains JEgilops, que le Blé peut être sorti chez nous, comme on l'a avancé, il y a un quart de siècle environ. Le Triticum turg'uhim L. ou T. compositiim, partout cultivé chez nous, passe aussi pour une plante d'origine étrangère ; on ne la connaît pas à l'état sauvage, et on la croit d'origine méditerranéenne austro-occidentale. Le T. SpeltaL., qui est notre Épeautie, était cultivé chez les peuples celtiques, et l'on a même cru l'avoir trouvé dans certaines sépultures d'origine préhistorique; on assure l'avoir récolté à l'état sauvage en Perse et en Mésopotamie. Ces divers Blés viennent dans toute la France pour cette raison que leur culture ne se fait que pendant la belle saison ; ils ne cessent de végéter que sur les hautes montagnes où la culture en a dû être souvent tentée, sans pouvoir réussir. Les Avoines et les Seigles s'élèvent plus haut sur les montagnes que les Blés ; mais il a été établi, pour l'Ecosse du moins, que la limite supérieure ou altitude de la culture des céréales ne dépasse pas 1600 à 2000 pieds au-dessus du niveau de la mer. Les Orges sont aussi de ces plantes cultivées de toute antiquité en Europe, et l'on sait que les Grecs possédaient les Orges à deux, quatre et six rangs [Hordeum dlstichon, vnJgare et hexastichon) ; mais on n'a pu indiquer avec précision aucune localité de l'Europe occidentale oià nos Hordeum cultivés comme céréales soient ou paraissent être des plantes spontanées. Tous nos Seigles, avec leurs assez nombreuses variétés qu'on a nommées S. Marsais, de printemps, trémois, etc., appartiennent à l'espèce linnécnne Secale céréale; elles y reviennent toutes, d'après Tessier, quand on les cultive plus ou moins longtemps. Ce qui pourrait faire croire que le S. céréale est réellement une plante de nos pays, c'est qu'il lève dans les champs là oii on ne l'a pas semé l'année même; mais cela n'a lieu que dans les terrains cultivés et là où il avait été planté l'année précédente (ou une des années précédentes?). Il importe peu que dans les pays chauds de l'Europe austro-orientale, comme en Italie, en Hongrie, le Seigle lève spontanément sur le bord des chemins, dans les haies, etc., et que de là on ait pu tirer cette hypothèse qu'il est originaire de ces pays où en même temps on le soumet à la culture; rien de semblable n'est applicable à notre pays. Très-robuste, craignant peu le froid relativement à tant d'autres céréales, il ne se comporte cependant jamais chez nous de façon qu'on puisse supposer qu'il est vraiment spontané. L'Avoine n'est pas non plus d'origine française, quoiqu'on ait exprimé l'opinion qu'elle pouvait bien venir « de l'Europe occidentale tempérée», auquel cas le midi de la France pourrait être sa patrie; ce qui n'est pas démontré ce qui n'est même pas probable. Les Aoena niida et orientalis revivent aussi dans nos cultures et n'en sortent pas.

Citrées. On est aujourd'hui d'accord, ou peu s'en fliut, pour faire de ces plantes une tribu ou série des Butacées. Plusieurs sont cultivées et vé"ètent bien dans le midi de la France. Gallesio a établi dans son Traité du Citrus (1811) l'origine de ces Orangers et Citronniers. Le véritable Citronnier de notre pays est le Citrus Limonium Biss. On a dit, peut-être à tort, que « l'antiquité grecque et romaine ne l'a pas connu. » 11 pousse à l'état sauvage dans les forêts de l'Inde septenlrionale. Le C me(//m Gall. est le Cédratier; son fruit était pour les anciens la Pomme-de-Médie, et Théophraste avait déjà écrit que l'arbre qui le porte est commun en Médie. On ne l'a cependant pas trouvé sauvage en Peise et c'est seulement dans le nord de l'Inde qu'il a été vu spontané. Le Bigaradier (C. vuhjaris ou C. Bi(jaradia).ei l'Oranger doux (C. Aurantium) ont

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été considérés tantôt comme deux espèces distinctes, tantôt comme deux variétés d'une même espèce. Le premier vient bien cliez nous dans la région méditerranéenne, et c'est lui qui fournit à l'industrie et à la médecine la fleur d'Orange, les bigarrades, les oranges amères, les feuilles d'oranger, etc. Quant à l'Oranger doux, il ne mûrit pas toujours bien ses fruits dans la Provence et le reste du midi de la France; ils y sont souvent de mauvaise qualité, et sa culture y est eu grande partie abandonnée, laissant le plus souvent place à celle du C. Limonium. Les deux Orangers doux et amer viennent, d'après Loureiro, de Cbine et de Cochinchine; on les dit aussi originaires de l'Inde; mais Gallesio dit fort bien que les Romains, « qui ne connaissaient ni l'un ni l'autre », n'eussent pas manqué de les rencontrer dans l'Inde oh ils ont pénétré jusqu'à Ceylan, si ces arbres y eussent existé à cette époque. Ils auraient été introduits dans le midi de l'Europe, et en même temps chez nous, vers la fin du quinzième siècle ou tout au commencement du seizième, pour les auteurs qui pensent que les Portugais ont les premiers découvert ces fruits dans l'Inde; mais Gallesio a très-bien fait voir que l'Orange amère existait antérieurement dans le Midi, apportée sans doute de l'Asie par les Arabes avant le dixième siècle, soit dans l'Espagne, soit dans le midi de la France.

Vigne. Cette plante est le type des Ampélidées, famille qu'on a placée à côté des Rhamnacées, à cause de ses étamines oppositipétales, puis à côté des Célastracées, à cause de l'organisation supposée de son gynécée, ou des Méliacées et des Sapindacées. Ses véritables affinités (que ce n'est pas ici le lieu de discuter) me paraissent être avec les Olacacées. La Vigne cultivée chez nous, jusqu'à l'époque où l'invasion du Phylloxéra inspira à plusieurs personnes l'idée d'introduire en abondance et de cultiver les Vignes américaines, était le Vitis vinifera. Nous avons rappelé quelle est, d'après A. Young et Lamarck, la limite supérieure de la culture de la Vigne en France. M. A. de GandoUe dit que, d'après le baron d'IIaussez, cette limite passe aujourd'hui « par les Andelys, Compiègne et Laon. 11 ne s'agit, bien entendu, que de la Vigne cultivée en vignobles pour faire du vin, et encore on laisse volontairement de côté quelques petits vignobles de la Normandie, de la Picardie et de l'Alsace, qui sont situés au nord-ouest de la ligne indiquée. Comme la Vigne se cultive en grand en Belgique jusqu'à Argenteau sm^ la Meuse, entre Liège et Maeslricht, il ne serait pas trop illogique de faire des essais bien conduits dans le nord-est de nos Ardennes, dans les plaines qui bordent la Meuse à l'ouest. La situation est cependant uu peu plus septentrionale que Laon. Nous ne parlons pas, bien entendu, des treilles dont le raisin peut servir à faire du vin dans quelques localités supérieures à la ligne indiquée. 11 y a des vignes sur les murailles jusque dans le Pas-de-Calais et le Nord; elles sont même très-nombreuses dans certaines localités, et le raisin qui y mûrit peut être assez bon ; mais outre que sa qualité est variable suivant beaucoup de circonstances, il y a bien des années où il ne mûrit pas suffisamment et ne constitue pas un bon fruit de table. On croit que la culture de la Vigne a rétrogradé dans les temps historiques, aussi bien en France que dans le reste de l'Europe du nord-ouest et que la ligne dont nous parlions tout à l'heure est c une ligne de retiaite ». Depuis Tacite jusqu'à Miller, on a accumulé les preuves que les vignobles de l'Angleterre fournissaient jadis de bonnes et abondantes vendanges. Arago ayant attribué le recul en France de la culture de la Vigne à un changement de climat, M. A. de Candolle déclare qu'il n'y a pas lieu de s'arrêter à cette opinion qu'il trouve « presque singulière ». Pour lui,

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la décroissance de cette culture « est un résultat forcé du développement de la civilisation », et il admet comme règle que la culture de la Vigne, pour la fabrication du vin, se fait en Europe, sur les pentes bien exposées, jusqu'aux localités qui offrent une somme de 2900 degrés à partir du jour où commence jusqu'à celui où finit la moyenne de 10 degrés de température à l'ombre, pourvu qu'à l'approclie de la maturation le nombre des jours de pluie ne dépasse pas une douzaine par mois. » On voit qu'il ne s'agit plus ici de la civilisation.

On est généralement porté à penser que la patrie de la Vigne est la région inférieure du Caucase, surtout au midi, en Arménie et au sud de la mer Caspienne. Ailleurs, elle ne serait donc que naturalisée, et ce seraient les Romains et les Grecs qui l'auraient transportée dans l'occident de l'Europe, notamment chez nous. Toutefois, dans son ouvrage sur la géographie botanique, qui a l'avantage d'une grande clarté et d'idées nettes, toujours très-simplement exprimées, Lecoq parle du Vitis vinifera, « qui croît spontanément dans les parties chaudes de l'Europe » , comme d'une plante qui « se distingue entièrement de la Vigne cultivée ». Quoiqu'il ne fasse pas en général mention des plantes, même les plus répandues, qui n'appartiennent pas spontanément à la France, il traite en particulier et avec quelques détails du Vitis vinifera; ce qui porte à croire que, dans sa pensée, ce serait une espèce indigène. Mais il ajoute qu'il « serait très-possible que notre espèce, sauvage dans le midi de l'Europe, ne fût pas le type de notre Vigne cultivée, qui serait asiatique ». Certaines Vignes semblen sauvages dans plusieurs localités françaises, écartées des h;ibitations, notamment dans l'est et le midi ; mais il est difficile d'être absolument affirmalif sur cette question. M. A. de Candolle pense que les variétés de la Vigne « changent lentement, très-lentement, quand on les soumet à un climat nouveau. »

De rénumération qui précède nous essaierons maintenant de tirer quelques conséquences très-simples pour la division des zones géographiques de la Flore de notre pays. Pour être aussi complet que possible, nous devons d'abord rappeler que plusieurs auteurs ont eu l'idée fort logique de modeler les divisions de la flore française sur les régions météorologiques du pays. Ainsi, M. Martins dit : « Dans la partie météorologique de cet ouvrage [Patria), nous avons montré que la France se divise en cinq régions climatoriales. Pour cette division, nous avons fait abstraction des montagnes sur lesquelles s'échelonnent de nouveaux climats. Nous ne saurions agir de même quand il s'agit delà végétation; car, si les hautes montagnes ne sont pas habitées par des hommes, elles le sont par des plantes fort différentes de celles de la plaine. Pour que la végétation change, il faut que le climat change lui-même notablement : ainsi la végétation des bords du Pihin ressemble beaucoup à celle du nord de la France en général, quoique le climat de l'Alsace soit plus excessif que celui de la Flandre ou de la Normandie. Nous distinguerons donc en France cinq régions végétales qui ne correspondent pas exactement aux cinq régions clmiatoriales que nous avons établies ; ces cinq régions sont : I. La région septentrionale, II. La région méridionale, III. La région méditerranéenne, IV. La région subalpine, V. La région alpine. » Gomme les restrictions exprimées dans cette citation ont été généralement admises, nous croyons qu'on doit en tenir compte ; mais nous ne pensons pas qu'il faille faire entrer en égale ligne de compte les divers caractères qui ont été invoqués jusqu'ici. Au lieu de poser des principes à priori, nous avons fait remarquer déjà que nous voulions faire précéder toute tentative de division d'un simple exposé des faits acquis. Or, cet exposé nous a fait connaître des points d'observation

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absolument incontestables et incontestés, qui se traduisaient à chaque pas dans le langage ordinaire par des phrases telles que celle-ci : « cette plante est maritime, ou de plaine, ou de montagne; elle se trouve uniquement dans les chaînes des Alpes, des Pyrénées, etc.; elle habile les terrains calcaires; c'est une espèce de roches siliceuses, etc., ou, plus brièvement, comme l'on dit souvent dans le langage courant : c'est une espèce de la silice, du calcaire, etc ». En combinant ces divers traits et en les subordonnant les uns aux autres, suivant les seules données de l'observation, nous arrivons à proposer les divisions suivantes :

Les plantes de la flore française sont de plaine, de montagne ou dts bords de la mer. De là trois grandes divisions. Dans chacune d'elles, il y a des subdivisions, suivant la latitude, la température, la nature chimique du sol, etc. Celte dernière influence est pour nous, non pas absolue, mais extrêmement puissante. Le seul argument spécieux qui puisse encore, dans certains ouvrages et dans certains enseignements, prévaloir contre elle, est celui des jardins botaniques dans lesquels on répète complaisamment qu'on cultive indifféremment les plantes les plus diverses dans un sol uniforme. 11 n'y a qu'une réponse à faire à cela, et nous l'avons déjà faite plus haut, c'est que ceux qui ont recours à l'argument ne connaissent pas plus les jardins botaniques que beaucoup d'autres choses dont ils parlent comme des oracles. On ne fait prospérer les diverses espèces botaniques dans un jardin, disons-le encore, qu'en préparant pour chacune d'entre elles un sol approprié, et les jardiniers qui observent ailleurs qu'en chambre savent bien que telle plante ne peut, suivant leurs expressions de chaque jour, « bien venir qu'en terre de bruyère siliceuse, ou en terre calcaire, ou en terre franche, ou en sablon, etc. » Les plantes de plaine seront donc les unes de plaines calcaires, les autres de plaines siliceuses; la flore de plaine sera septentrionale ou centrale, c'est-à-dire froide ou tempérée, ou méridionale, c'est-à-dire chaude, dans le sens oii l'on emploie assez souvent l'expression de flore de la région des Oliviers ou de la Provence, etc.

Les plantes de montagnes appartiendront à une flore alpine, ou alpestre, ou subalpine, suivant l'altitude et dans le sens où ces expressions sont journellement employées. Les flores de montagnes seront aussi calcaires ou siliceuses, par exemple, suivant la nature prédominante du terrain de la montagne considéré chimiquement. Une même montagne, à altitudes et à températures égales, pourra donc présenter en certains points une flore éminemment siliceuse, et un peu plus loin une véritable flore calcaire.

Les plantes de la zone maritime, quoique plus uniformes dans leur ensemble, à cause même des influences marines, etc., constituent cependant aussi souvent des flores distinctes : océanienne et méditerranéenne, puis siliceuse ou calcaire, suivant que les espèces appartiennent aux falaises dont la nature est calcaire ou aux dunes formées de pur sable siliceux, elc.

Voici donc quel sera, d'après ce que nous venons d'établir, notre division des flores secondaires de la France ; nous plaçons en regard de nos trois groupes les divisions d'ordre inférieur, qui dépendent des causes que nous avons dites :

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