‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.41Chapitre 3 sur 163 · EXEMPTES POUR DEFAUT DE TAILLE SUR 10 000 EXAMINES · texte numérisé non relu

EXEMPTES POUR DEFAUT DE TAILLE SUR 10 000 EXAMINES

18Li.

Si, pour écarter les chances d'erreur résultant des variations annuelles, on compare les deux uériodes quinquennales du commencement et de la fin de ia

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série, en rapprochant la moyenne annuelle de 896 exemptés pour défaut de taille durant la période 1844-1848 inclusivement, de celle de 615 exemptés durant la période 1864-1868 inclusivement on trouve que la diminution a été de près d'un tiers.

Dans notre population, les hommes de petite taille, loin de devenir plus nombreux, ainsi qu'on le dit souvent, deviennent donc de moins en moins nombreux- Il faut toutefois remarquer que, selon M. Bertillon, taudis que les petites tailles tendent à devenir moins communes, pareillement les très-hautes tailles tendraient à diminuer en nombre. Le croisement des races petites et des races grandes composant notre population paraîtrait devenir de plus en plus intime, et restreindrait les proportions des tailles extrêmes, petites ou grandes, en augmentant les proportions des tailles intermédiaires. (Broca, Sur la prétendue dégénérescence de la population française : Acad. de méd., 1867, et broch., p. 28, 55, etc. — Bertillon, Bidl. Soc. d'anthrop.,t- IV, p. 255, 1865. — Morache, Militaire (hygiène) : Dict. encycl. des sciences méd., 1" sér., t. VII, p. 752, 744, etc., 1875).

La loi du l^'' février 1868, qui fixa à l'",55 la taille minima du soldat, n'a pas été assez longtemps appliquée pour que l'on doive attacher grande importance aux variations annuelles, qu'aurait pu présenter la proportion annuelle des exemptés pour défaut de taille conformément à cette loi. A plus forte raison, la même remarque peut être faite à propos de la loi du 27 juillet 1872, fixant à l'",54 cette taille minima. Il suffira d'indiquer la proportion de 505 exemptés pour défaut de taille sur 10 000 dits examinés de la classe de 1871, coîiformément encore à la loi de 1868. (Compte rendu du recrutement de l'armée pendant les années 1870, 1871 et 1872, p. 70, tableau C).

Relativement à la répartition des hommes de petite taille, complétant les documents statistiques recueillis par MM. Dévot, Sistach et Boudin, M. Broca a montré que de 1851 à 1860 les exemptés du service militaire pour défaut de taille, ayant moins de 1"S56, étaient beaucoup moins nombreux dans nos départements du Nord-Est, en partie peuplés de Kimris ou Galates-Belges, que dans la plupart de nos autres départements en partie peuplés de Celtes (Dévot, Essai de statist. méd. sur les principales causes d'exemption du service militaire, et rech. sur leur fréquence et leur distribution: Thèse. Paris, 29 août 1855. — Sistach, Et. statist. sur les infirmités et le défaut de taille considérés comme cause d'exemption du service militaire : Rec. de me'm. de méd., chir. et pharm. milil., 5<= sér., p.. 555, etc., 1862. — Boudin, Traité de géogr. et de statist. méd., t. II, 1857, et De l'accroissement delà taille et des conditions de l'aptitude militaire en France : Mém. de la Soc. d'cmthrop., t. II, p. 221, 1865. — Broca, Bech. sur l'ethnol. de la France, et nouv. rech. sur l'anthrop. de la France en gén. et de la Bretagne en part. : Mém. de la Soc. d'anthrop., t. I, p. 1, etc., 1860, et t. III, p. 147-209, 1869J.

Divisant la carte départementale en trois séries inégales, plus ou moins ombrées j'ai également fait remarquer qu'on observe trois groupes principaux correspondant approximativement aux principaux peuples se partagean^ anciennement les Gaules (Bemarq. ethnol. sur la répartition géogr. de certaines infirmités en France : Mém. de lAcad. de méd., 1871). Un groupe blanc, présentant peu d'exemptions pour défaut de taille, de 24 à 56 sur 1000 examinés, occupe la région nord-est; il comprend les départements situés auprès et au nord-est de la Seine, répondant au pays des anciens Galates et des Belges, la plupart d'origine germanique suivant César (De Bell. GalL, 1. II,

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cap. iv) ; d'une part, il s'cteud vers l'ouest jusqu'au de'partement de la Manche inclusivement, répondant au pays envahi au dixième siècle par les Nordmanns, dont Ermold Nigell et les Annales de Fulde signalent la haute stature, et d'autre part il descend au midi jusqu'au département de l'Isère, répondant au pays compris entre le Rhin et la Saône, anciennement parcouru par bien des peuplades Galates émigrant vers l'Italie, et depuis envahi durant le premier siècle avant J. C, dans la partie voisine du Rhin, par les Tribocces de race germanique selon Strabon, et au commencement du cinquième siècle après J. C. dans la partie voisine du Jura et des Alpes, de la Saône et du haut Rhône, par les Burgundions, que Sidoine Apollinaire dit avoir sept pieds romains de haut (Ermold Nigell, Carmina de gestis Ludov. Pii, l.IV, vers. 11-17, dans dom Bouquet : Rec. des Hist. de France, t. IV, p. 50, 51. -- Annalium Fuldiensium ann. 884, dans dom Bouquet : loc. cit., t. Ylil, p. 44. — Strabon, 1. II, cap. iv, coll. Didot. — Sidoine Apollinaire, carm. XII, vers. 11, p. 202du t. II, et 1. VIII, epist. IX, p. 31G du t. II, texte et trad. de Grégoire et Collombet, 1836).

De ce groupe de départements blancs se trouvent détachés quelques départements, parmi lesquels deux, ceux des Deux-Sèvres et de la Charente-Inférieure, avec 56 exemptés pour 1000 examinés, répondent approximativement à une région oii paraîtraient s'être fixés des colons ou mercenaires Sarmates, des Théifales, indiqués par Grégoire de Tours, peut-être des Âlaiiis, qu'Ammien Marcellin dit être beaux et grands (Grégoire de Tours, Vitse Palrum, cap. xv, p. 1225, éd. de Ruinart, 1699, et Hist. eccl. Francorum, t. 11, 1. IV, cap. xvni, p. 54, texte et trad. de GuadetetTaranne. — Ammien Marcellin, Rer. gest.,1. XXXI, cap. ii).

Un deuxième groupe, généralement gris, présentant une proportion moyenne d'exemptions pour défaut de taille de 57 à 81 exemptés pour 1000 examinés, comprend la plupart des départements du Midi au sud de la Durance et de la Garonne, excepté le département des Landes. Il correspond aux anciens pays des Ligures que Diodore de Sicile dit être de petites dimensions, et des Aquitains que Strabon dit ressembler aux Ibères, anciens habitants de l'Espagne (Diodore de Sicile, l. IV. §20, coll. Didot. — Strabon, l.IV, cap. ii,§l, p. 147, et cap. i, g 1, p. 146). Quant au département des Landes, qui, relativement aux exemptions pour défaut de taille, de même que pour celles pour infirmités, ainsi qu'on le verra plus tard, diffère notablement des départements limitrophes, on peut remarquer que ces 101 exemptés pour défaut de taille le rapprochent beaucoup du groupe suivant, c'est-à-dire du groupe celtique. On a vu précédemment que les Boies, que S. Paulin qualifie de Picei, Résiniers, habitaient de ce côté (Epist. IV, p. 477. Opéra, 1622, Antuerpise). Ces Boies paraissent avoir différé ethnologiquement des Aquitains peuplant le sud-ouest de notre pays, car ils étaient homonymes des Boies de Bohême.

Enfin, le troisième groupe, généralement noir, ayant de 84 à 174 exemptés sur 1000 examinés, présentant le plus d'exemptions pour défaut de taille, s'étend de l'Océan aux Alpes, de la Garonne auprès de la Seine, et correspond à la région que César (De Bel. Gall. 1. I, cap. i) et Pline (Ilist. nat. , 1. IV, cap. xxxi) disent être habitée par les Celtes , dont un dialecte , le breizad, se parle encore dans une partie de notre Bretagne. Ce dernier groupe de départements noirs correspondant à l'ancienne Celtique se trouve divisé en trois portions inégales, l'une située en Bretagne, la seconde au centre de la France, la troisième aux Alpes. Ce morcellement du groupe en trois portions paraît avoir "été déterminé par les migrations des peuples du nord-est des Gaules.

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La coloration grise des départements de la partie inférieure au oassm de la Loire, ayant de 57 à 77 exemptés sur 1000 examinés, séparant les départements noirs de la Bretagne des départements noirs du centre de la France, tiendrait peut-être aux anciennes immigrations des Galates-Kimmériens , de haute stature, que Diodore de Sicile dit s'étendre jusqu'à l'Océan (Ilist. univ., 1. V, ch. xxxu, p. 273, coll. Didot). Les colorations blanche et grise des départements de la partie inférieure du bassin du Rhône ayant de 47 à 61 exemptés pour 1000 examinés tiendraient aux migrations vers le midi de certaines peuplades du nord des Gaules, comme les Cenomans, les Senons, les Lingons, qui se rendirent par le bassin de la Saône dans celui du Rhône, d'oii ils passèrent en partie en Italie, ainsi que l'indiquent Polybe, Tite-Live, Pline, Strabon (Polybe, Hist., 1. II, § 17, p. 80, coll. Didot. — Tite-Live, Hist., 1. Y, cap. xxxiv et XXXV. — Pline, Hist. nat., 1. III, cap. xxni,p. 176. — Strabon, 1. lY, cap.iv, §1, p. 162).

TABLEAU COMPARATIF DES EXEMPTIONS POUP. DEFAUT DE TAILLE (aU-DESSOUS DE l'°,56) DURANT TRENTE ANNÉES, DE 1851 A 1860, DANS LES DEPARTEMENTS DE LA FRANCE

(Broca, ilém. de la Soc. d'anthr., t. III, p. 207, etc.) — Exemptes sur 1000 examinés :

Doubs

Côte-dOr ....

Jura

Haute-Marne. . .

Pas-de-Calais. . .

Somme . .

Oise

Ai'dennes ....

Haule-Saône. . .

Bas-Rhin.'. . . .

Moselle . . . . „ Seine-et-Marne . .

Nord

Aisne

Marne

Aulie

Ain • .

Meuse

iiouches-du-Rhône .

Seine-et-Oise. . .

Calvados

Rhône

Eure

Orne

Vosges

Meurthe

Vaucluse ....

Isère

Manche

Eure-et-Loir. . .

Deux-Sèvres . . . .

Haut-Rhin

Charente-Inférieure.

Seine-Inférieure . .

Yonne

Maine-et-Loire .

Hautes-Pyrénées

Gard ,

Var

Drôme ,

Loire-Inférieure . , Hérault ......

Saône-et-Loire . . .

Gironde

Haute-Garonne. . .

Lot-et-Garonne . .

Vendée

Gers

Seine

Pyrénées - Occiden ■

taies

Basses-Pyrénées . ,

Corse

Vienne

Sarthe ,

Loiret ,

Tarn-et-Garonne , .

Aude

Mayenne

Nièvre 78,63

Ariége 81,41

Loire 84,72

Morbihan 88,11

Creuse 89,08

Loir-et-Cher. . . . 91,09

.Aveyron 91,19

Cantal 92,63

Haute-Loire .... 92,82

Ille-et-V)laine . . . 95,20

Cher 95,38

Indre 97,03

Basses-Alpes .... 97,10

Tarn 98,47

Landes 101,73

Lozère 102,67

Indre-et-Loire . ■ . 106,97

Côtes-du-Nord . . . 107,75

Lot 107,98

Allier 109,44

Finistère 109,44

Ardèche 112,13

Hautes-Alpes. . . . 113,07

Charente 113,69

Dordogne 124,42

Puy-de-Dôme. . . . 128,55

Corrèze 167,80

Haute-Vienne. . . . 174,83

Cette carte départementale, relative aux exemptés pour défaut de taille, quoique reposant sur la série statistique donnée par M. Broca, n'est pas complètement identique à celle dressée par cet anthropologiste, au point de vue de l'étendue des divisions sériales. En effet, M. Broca a laissé en blanc les départements ayant moins de 54,11 exemptés, et a mis en gris ceux en ayant de 54,77 à 74,40, et en noir ceux en ayant plus de 75,47. J'ai cru préférable de laisser en blanc les départements ayant moins de 56,65 exemptés et de mettre en gris ceux en ayant de 57,58 à 81,41, et en noir ceux en ayant plus de 84,72. Ces divisions me paraissent mieux indiquer la différence qui existe sous le rapport

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de la taille entre les populations de l'ancienne Celtique et celles de la région envahie par les immigrés divers de race germanique.

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