‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.41Chapitre 2 sur 163 · CRANES DE MAGYARS MESURÉS PAR · texte numérisé non relu

CRANES DE MAGYARS MESURÉS PAR

Hdschke. Van

^ — -' - — ^ ■■■- -^ DER Hoeven. Pruner-Beî.

hommes. femmes. hommes.

Diamètre antéro-postérieur maximum . . 185 168 178 176

— ti'ansverse maximum ..... 143 157 14i 143

Hauteur du crâue 138 12i 134 120

Diamètre hizygomatique » » 156 , 140

Circonférence horizontale maxima ...» » 520 SIC

Les anciens Ouigours ou Hongrois, qui au dixième siècle firent dans notre pays, plusieurs incursions, ne paraissent pas y avoir laissé de descendants. Il faut toutefois remarquer que ces Hongrois qu'on a vus dévastant la Lorraine, les Romans de Garin le Loherain nous les montrent sous le nom de Hongres assiégeant Metz défendue par le duc Hervis.

Or vous loirons ester del duc Hervi

Dirons des Hongres, que Diex puist maleir ! (Li Romans de Garin le Loherain, § 17, v. 9-10. p. 51, publ. Paulin Paris, 1835, Paris).

Ainsi que l'a fait observer M. L. Dussieux, ces Hongres auraient pu être regardés comme les ancêtres des Hungars, Hongres ou Honcks, petite population très-circonscrite, vivant dans les villages de Baerenthal, de Philippsbourg et Verrerie Sophie dans l'ancien canton de Bitche, sur la frontière de l'ancien département de la MoseHe (/. c, p. 107). Mais, ainsi qu'il sera dit, dans la suite, ces habitants, plus généralement désignés sous les dénominations de Hnidns et

FRANCE (anthropologie). il

de Zigeuners paraissent être des Bohémiens. D'ailleurs les Bohémiens ou Tsiganes étant très-nombreux en Hongrie, l'origine ethnique bohémienne n'exclurait nullement la provenance hongroise.

Macrocéphales, Macrocephali, Ua-Apo'Aztfokoi, crânes déformés. — A propos des Huns et des Hongrois , dénominations sous lesquelles ont été confondus de nombreux peuples soumis à leur autorité, il est bon de parler de certains crânes déformés trouvés en Suisse et en France plus ou moins comparables à ceux de peuples des bords de la mer Noire et du bassin du Danube, car ces crânes se rapportant à l'époque helvéto-burgunde, du cinquième au onzième siècle, pourraient bien n'être que ceux de quelques-uns de ces guerriers orientaux venus avec les Huns ou les Ouigours dans nos régions occidentales (G. Lagneau, Bull. Soc. d'cmihr., t. Y, p. 421-427, 1864. — Des déformations céphaliques en France : Gaz. hebd. de méd., 51 janv. et 7 fév. 1879, p. 72-75, 88-92).

Ilippocrate, sans indiquer exactement le pays habité par les Macrocéphales, sur la côte orientale du Pont Euxin, la mer noire, en parle ainsi : Aucune autre nation n'a la tête conformée comme eux. Dans l'origine l'usage seul était la cause de rallongement de la tête ; mais aujourd'hui la nature vient en aide à l'usage. Cette coutume provient de l'idée de noblesse qu'ils attachent aux longues têtes. Voici la description de leur pratique : Dès que Fenfant vient de naître et pendant que dans ce corps si tendre la tète conserve encore sa mollesse, « on la façonne avec les mains, et ou la force à s'allonger à l'aide de bandages et de machines convenables qui en altèrent la forme sphérique et en augmentent la hauteur, w D'abord c'était l'usage qui opérait de force le changement dans la configuration de la tête; mais avec le temps ce changement est devenu naturel, et l'intervention de l'usage n'est plus nécessaire {...moi twv Moiy.pQy.sfa.lMv... àv xnl'dtj (7 ov(TL T-flct yj.p(jl, y.a.i àva'/x.â^oua'tv Iç tô y.Tjy.o; aù^îo-Qat, Ssrry.â te TTpoacpsjOOVTsç -/.ai xtyy'fiaa'zâ. èiziTriSsM, ucp'wv t6 p.£v arfaipoïi^kç rriq -/.sifà.lTj; y.rxy.ovTM, t6 Oî

^ri/.oi aùHsTai... Hippocrate, Des airs, des eaux, § 14, t. H, p. 58, texte et irad. de Littré).

Strabon en énumérant les peuples habitant entre le Taurus et le Caucase, auprès des Debrics et des Tapyriens, après avoir donné quelques détails sur les coutumes des Siginnes, Sîyiwot, aux mœurs persiques, ajoute : quelques-uns s'étudient à rendre leurs têtes très-longues, de telle sorte que leurs fronts dépassent en avant le niveau de leurs mentons, (nvàç S' éitiTfidsvsLi) yao-îv, ôttw; ci;

ptaxpoxçfflalwraTot çpavoûvrai, v.at TvponsTZTMy.ÔTE:; rot; hizmizoiç, mœQ xJTZspy.xiTtZciit twv

7£v£î&)v. Strabon, 1. XI, cap. xi, § 8, p. 446, coll. Didot.)

Pline, Diodore de Sicile et Pomponius Mêla placent également au nord du Pont et de la Cappadoce et au sud du Phase, non loin de Cerasus, Cerasonte, actuellement Keresoum, et de Trapezus, actuellement Trébisonde, les Macrocéphales et les Jlacrones. « Gens, Macrocephali, oppidum Cerasus, poftus Chordule. » (Pline, 1. YI, § 4, p. 259, texte et trad. Littré.)

Macrocephali, Becheri, Buzeri : rarse urbes ; Cerasus et Trapezus maxime illustres )^ Pomp. Mêla, 1. I, ch. xix, p. 619, coll. Nisard. — Diodore de Sicile, 1. XIY, § XXIX, t. I, p. 569, coll. Didot).

Enfin Sidoine Apollinaire, dans son panégyrique d'Anthémius, en parlant d'un peuple auquel il ne donne pas le nom de Huns, mais qu'il se borne à désigner comme une horde errante venue des plaines de la Scythie baignée par le Tanais, le Don, et ayant traversé l'ister, le Danube, sur la glace pour

iS FRANCE (A:<T]ir,opoLOCiiù).

envahir la Dacie sous la coiiduile d'IIormidac, dit que, chez ce peuple effrayant par son courage, par sa vigueur et aussi par son visage, dont l'aspect hideux date de l'enfance, la tête est une masse arrondie s'élevant en cône, la vue s'effectuant dans des orbites excavées sous le front par des yeux petits, sinon absents... Entre les joues les orifices du nez ne peuvent se développer, une bande placée circulairement aplatit les molles narines, afin qu'elles ne fassent pas obstacle au port du casque. Ainsi l'amour maternel défigure le nouveauné en prévision des combats, et la surface pleine des joues n'est pas élargie par l'écartement du nez.

« Gens animis membrisque minax, ita vultibus ipsis,

Infanlum suus horror inest ; consurgit in arctum

Massa rotunda caput, gemmis sub fronte cavernis

A'^isus adest oculis absentibus ;...

Tune, ne per malas excrescat fistula duplex,

Obtiindit teneras circumdata fascia nares,

Ut galeis cédant. Sic propter prœlia natos

Maternus déformât amor, quia lensa genarum

Non inlerjecto fit lalior area naso. » (Sidoine Apollinaire, Panegyriciis Anthemii, vers 244, etc. t. lîl du texte et trad. de Grégoire et Collombet. Paris-Lyon, 18oG.)

Ces documents historiques anciens, quoique peu nombreux, suffisent pour montrer que l'usage des déformations céphaliques existait chez certains peuples voisins de la mer Noire et du Danube, et que ces déformations différaient vraisemblablement suivant les peuples, ainsi que cela a été remarqué en d'autres pays, particulièrement en Amérique, oîi ces déformations variaient parfois entre tribus ou peuplades voisines. Tandis que les Siginnes signalés par Strabon, sans doute par suite d'une compression occipitale, obtenaient une saillie coronale extraordinaire; les Macrocéphales mentionnés par Hippocrate et par Sidoine Apollinaire, à huit siècles d'intervalle, par suite d'une constriction circulaire exercée à l'aide de bandages et de divers engins, avaient la tête allongée eu hauteur, de forme conique supérieurement. Parmi ces derniers Macrocéphales, chez les compagnons d'Hormidac, décrits par le poëte-évêque de Clermont, la constriction circulaire ne portait pas seulement sur le crâne, mais aussi sur la face ainsi déformée.

Aux documents historiques anciens viennent se joindre des documents ostéologiques montrant que ces déformations céphaliques étaient en usage chez certains anciens habitants du Caucase, de Crimée, de l'Autriche, enfin de la région de la Suisse et de la France voisine du Jura. En effet, vers 1875, M. de Smirnow a envoyé à M. Broca trois crânes macrocéphales, et plus récemment, M. le docteur Sciépoura a communiqué à la Société de médecine de Tiflis ses recherches sur six autres crânes macrocéphales trouvés également par M. Bayern dans d'anciens tombeaux de l'âge du bronze situés à Samthavro près Mtzkheta, en Géorgie; crânes présentant une dépression horizontale du front à l'occiput, et une dépression transversale descendant du bregma sur la partie antérieure des pariétaux (Sciépoura, Bull. Soc. deméd. du Caucase. Tiflis, 1874-5, extr. par Chudzinski: Rev. d'anthrop., t. IV, p. 755, 1875. — De Smirnow et Broca^ Bull. Soc. d'anthr. 2» sér. t. YIII, p. 572, 1875).

Depuis longtemps aussi M. Antoine Achyk, M. de Baer, de Saint-Pétersbourg, M. Yan der Hoeven de Leyde, et M. Pruner-Bey ont étudié des crânes macro-

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céphales trouvés à Kertsch en Crimée par M. le comte Eoris AlexejewitsliParowsky, et les ont comparés à d'autres analogues trouvés alors et depuis par M. le comte de Breuner, par M. Fitzinger en Autriche près de Krems, dans les fortifications ou?nngs des Avares, près de l'embouchure de la Kamp dans le Danube, à Graffeneg, à Atzgersdorf non loin de Vienne (Ant. Achyk : Le royaume du Bosphore, 1849. — E. K. de Baer, Les Macrocéphales de la Crimée et de l'Autriche comparés à la déformation appelée macrocéphalie par Blumenbach : Mém. de VAcad. des sciences de Saint-Pétersbourg, 7^ sér. t. II, n» 6. — Van der Iloeven, Messager iiniv. de Fart et de la littér., I86I. — Baron de Ferussac, Bidl. des sciences naturelles, p. 196, févr. 1850. — Fitzinger, Mém. de VAcad. de Vienne, 1857. — Pruner-Bey, Sur les crânes macrocéphales trouvés dans le sol de la Crimée et de l'Autriche : Bull. Soc. d'anthrop., t. II, p. 449-457, 6 juin 1861).

Récemment en 1876, M. de Lenliossek a présenté au Congrès d'anthropologie et d'archéologie préhistorique de Buda-Pesth un autre crâne macrocéphale trouvé à Csongrad, au bord de la Tisza.

M. L. A. Gosse père, de Genève, qui s'est beaucoup occupé des diverses déformations crâniennes en usage dans les divers pays, a donné au Muséum d'Histoire naturelle de Paris un crâne également déformé, trouvé dans une région plus occidentale, dans le Faucigny, et M. II. Gosse fils, dans son étude sur les

Fig. 22. — Crâne de Cheseaux (Dessin d'après celui donné par M. H. Gosse : Anciens cimetières de Savoie. Mém. de la Soc. d'hist. et d'archéol. de Genève, t. XI, pi. 1, 1835).

Anciens cimetières trouvés soit en Savoie, soit dans le canton de Genève, a également décrit des crânes de l'époque helvéto-burgunde ayant le coronal déprimé, trouvés l'un par lui, à Villy près Régnier, en Savoie, l'autre par M. Troyon, à Cheseaux, non loin de Lausanne (H. Gosse : Mém. delà Soc. dliist. et d'archéol. de Genève, t. XI, pi. 1, 1855. Genève, 1857). Enfin iMM. les docteurs Giadre et Moretin ont trouvé un crâne très-remarquable par son extrême déformation conique au lieu dit en Aiche, à Voiteur, dans l'arrondissement de Lons-Ie-Saulnier. département du Jura, dans une tombe formée de dalles, au milieu de plusieurs

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autres tombes analogues renfermant des ossements non déformés, que quelques plaques de ceinturon en fer, damasquinées, recueillies par M. Zéphirin Robert, permettraient de rapporter au quatrième siècle approximativement. {Bull. Soc. d'anthrop. t. V, p. 385, etc. 1844). Chez ce dernier crâne, la déformation conique à sommet situé au vertex, au milieu de la suture sagittale, est comparable à la déformation cunéiforme relevée qui, selon M. A. Gosse, serait déterminée par la pression exercée à l'aide de deux planchettes opposées sur le coronal et l'occipital plus aplatis que les parties latérales du crâne (Essai sur les déform. artificielles du crâne, Paris, 1855). Mais toutefois elle en diffère par la régularité des dépressions circulaires présentées aussi bien par les pariétaux que par le coronal et l'occipital, cette déformation conique paraissant avoir été déterminée par la pression exercée également sur toute la circonférence du crâne par des bandelettes, comme l'indique Sidoine Apollinaire. Ainsi que l'ont mis en évidence les mensurations prises par M. Broca, la déformation de ce crâne est telle que le diamètre vertical basilo-bregmalique atteint 169 millimètres, alors que son diamètre antéro-postérieur maximum fronto-occipital est de 137 et son diamètre transversal maximum bitemporal est de loi. De sorte que, ainsi que le remarque M. Broca, l'indice céphalique horizontal ou rapport du diamètre transversal au diamètre antéro-postérieur est de 95,62 pour 100, indice de bracbycéphalie extraordinaire, et que l'indice céphalique vertical ou rapport du diamètre vertical au diamètre antéro-postérieur maximum est de 123,36 pour 100, tandis que sur la moyenne des crânes normaux de France, il est environ de 70 pour 100 (Descrip. du crâne de Voiteur : Bull. Soc. iVanthrop., t. V, p. 585-592, 540, 1864).

Quels sont les importateurs de cet usage? ou plus exactement à quel peuple appartenaient les guerriers orientaux aux crânes ainsi déformés, qui, dans leurs incursions vers l'occident sont venus jusque chez les Helvètes, jusque dans le Jura ? Amédée Thierry, rappelant le passage précédemment cité de Sidoine Apollinaire s'exprime ainsi : « Nous savons par les auteurs contemporains qu'une partie des Huns employaient des moyens artificiels pour donner aux enfants la physionomie mongole en leur aplatissant le nez avec des bandes de linge fortement serrées, et en leur pétrissant la tête de manière à donner au crâne une forme pointue, tout en déprimant le front et développant les pommettes des joues. » (llist. d'Attila et de ses successeurs, t. I, p. 8 et 259, Paris, 1872, ¥ éd.) M. L. Gosse père, se ralliant à l'opinion d'A. Thierry, pense que, pour ressembler autant que possible à leurs vainqueurs hunniques de race mongole, les peuples soumis à leur domination auraient cherché à modifier artificiellement leur conformation crânienne (5w//. Soc. d'anthrop., t. I, p. 556, 1860).

Lorsqu'on remarque que de Guignes, d'après Ménandre et Théophanes parle de la figure extraordinaire, capable d'inspirer la frayeur des ambassadeurs Avares venus à Bysance auprès de l'empereur Justinieu I" (Hist. des Iluns, vol. II, 2'^ partie du t. I,liv. IV, p. 355, 1756-8) ; lorsqu'on sait que des Avares ou Abares habitent au nord du Caucase entre l'Aksai à l'ouest, le Kosiou à l'est, le mont Cherdagh au sud, autour de Klioundsakh, résidence du Khan (Malte-Brun, Abrégé de Géog. univ., p. 459-440, 1842, etc.), régions peu éloignées de celles où Hippocrate, Strabon, Pline, plaçaient les anciens macrocéphales ; lorsqu'on apprend que de nombreuses peuplades Avares, récemment étudiées par M. Smirnow, habitent encore au centre du Daghestan, province

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caucasienne orientale de l'Empire russe (Sur les Avares du Daghestan : Rev, cfanthrop., t. Y, p. 4, 1876) ; enfin lorsqu'on sait que des Avares habitaient en Autriche dans la contrée où M. de Brcuner a trouvé des crânes macrocéphales, et que leurs descendants habitent encore cette même contrée où, selon M. A. J. Beddoe, ils se feraient remarquer par leur crâne brachycéphale quelquefois pyramidal, par leur face et leurs os malaires larges, par leurs yeux petits et enfoncés, par leur teint souvent foncé (Transact. of Ethnol. Society of London, vol. I, ), on pourrait être porté, avec M. de Baer, à rapporter l'usage ancien de cette déformation céphalique, sinon aux Iluns, peut-être aux Avares. M. Kopernicki, remarquant le front fuyant et la forme cylindrique du calvarium de certains crânes bulgares actuels, les regarde comme présentant le type avare auquel il ne faudrait « qu'un peu de compression artificielle pour les déformer en véritables macrocéphales d'Atzgersdorf et de Kertch. )> (Bull. Soc. cVanthr., 2« sér. t. lY, p. 422, 1869).

M. Smirnow semblerait plus disposé à attribuer les anciens crânes déformés, recueillis dans les provinces du sud-est de la Russie et de l'Autriche, aux Alains dont descendent les Ossètes encore actuellement fixés dans le Caucase (1. c. p. 90).

Toutefois il faut remarquer que les Macrocéphales sont signalés par Ilippocrate quatre siècles avant l'ère chrétienne, époque à laquelle rien n'indique que les Avares et les Alains aient été déjà étabhs dans le Caucase, où les Avares actuels et les Ossètes, descendants des Alains, de même que les Avares de l'Autriche, paraissent n'avoir nullement conservé l'usage de ces déformations céphaliques. La présence de ces Macrocéphales sur les bords du Pont-Euxin, quatre siècles avant notre ère, serait plus favorable à l'opinion de M. Broca, que l'on a vu précédemment rapporter l'usage des déformations céphaliques aux Kimmériens de la Crimée, d'où ils l'auraient importé dans l'Europe occidentale jusque dans les environs de Toulouse (Broca, Anciens crânes déformés macrocéphales : Bull. Soc. (Vanthr., 2« sér., t. YIII, p. 572-8, 1873. — Congrès d'anthrop. et (Varch. préhist. de Buda-Pesth). Cependant d'une part, il faut remarquer qu'Ilippocrate ne donne pas à ces Macrocéphales le nom de Kimmériens, qu'il semble considérer ces Macrocéphales comme un peuple spécial ; et d'autre part il faut aussi observer que la plupart des crânes macrocéphales trouvés en Autriche, en Suisse, dans le Jura paraissent se rapportera une époque beaucoup moins ancienne que celle des migrations des peuples kimmériens vers l'occident à celle des grandes invasions des peuples barbares, vers la fin de l'Empire Romain d'occident.

En tous cas, sans prétendre préciser davantage la provenance ethnique des Macrocéphales signalés par Hippocrate, Strabon et Pline sur les bords du Phase, le Fasi-Rioni, auprès du Caucase, et des crânes déformés trouvés en Crimée, en Autriche, en Suisse et en France auprès du Jura, il semble permis d'admettre, d'après leur répartition géographique et aussi d'après quelques données archéologiques, que ces guerriers aux crânes artificiellement déformés appartenaient à un peuple fixé en Orient depuis de nombreux siècles, mais qu'ils furent entraînés vers l'Occident à partir de la grande invasion des quatrième et cinquième siècles. Arrivés en nombre sur les bords du Danube, sous la conduite d'Hormidac, quelques-uns seulement de ces guerriers mêlés à des envahisseurs d'autres races seraient venus périr en Suissse et dans la partie orientale de notre pays.

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Ainsi que le remarque Ilippocrate, les macroce'phales attachaient à cette <léformation crânienne une idée de noblesse. Cette singulière manière de voir paraît se montrer surtout lorsque deux peuples de types ethniques très-différents se trouvent par faits de guerre soumis l'un à l'autre. Aussi Amédée Thierry et M. Pruner-Bey, qui rappellent que certaines peuplades actuellement encore, comme les Tchinooks d'Amérique, se réservent la prérogative de certaines déformations céphaliques interdites à leurs esclaves, disent-ils très-justement que le but de ces déformations était d'imiter la forme du crâne d'une aristocratie conquérante, ou d'exagérer une conformation naturelle distincte. Cette coutume paraît se rencontrer de préférence, soit dans l'antiquité, soit de nos jours, dans les contrées habitées par des nations dolychocéphales et brachycéphales mêlées ou juxtaposées (Am. Thierry, Hist. d'Attila, t. I,p. 8, note 4^= éd. 1872. — Pruner- Bey, B«<«. Soc. d'anthr., t. Il, p. 454, 1861).

RAGE TSIGANE : Slgynnes, ityyjvai, Sinti, Sinties, iwTiat, Tsiganes, Zigeuners, Gitanos, Gypsies, Bohémiens, Hnidns. — Les Bohémiens appelés parfois aussi Égyptiens en France, Gypsies dans les îles Britanniques, Gitanos en Espagne, Tchinghianiés en Turquie, Tsiganes dans les pays Danubiens, Zingari, Zigeuners en Allemagne, Zigenaves en Suède, se désignent entre eux sous ceux de Roumanichal, Romaneichl, Roumna-chal signifiant hommes errants, ou de Sintes ou Sinti rappelant peut-être leur provenance indienne, des bords du Sindh.

Depuis longtemps, malgré les nombreuses incertitudes relativement à l'origine et aux anciennes migrations des Tsiganes, la plupart des ethnographes et des linguistes, entre autres Frédéric Schoell, Domeny de Rienzi s'accordaient à les regarder comme d'anciens habitants de l'Inde, eu ayant été chassés lors de la conquête mongole (Frédéric Schoell, Tableau des peuples qui habitent l'Europe, p. 110, 1812. — G. L. Domeny de Rienzi, VVnivers, Océaxie, t. l, p. 265. Paris, 1836).

Mais les recherches historiques et géographiques de MM. Hasse, Vivien de Saint-Martin, et surtout de M. Bataillard, ainsi que les recherches archéologiques de M. Arvid Kurck et voire même celles antérieures de M. G. Mortillet, tendraient à les rattacher à des peuples nomades, aux Sinties mentionnés par Homère à Lemnos vers le dixième siècle avant J,-C- et aux Sigynnes qu'Hérodote dit exister de son temps, au cinquième siècle avant notre ère, sur les bords de l'Ister, le Danube. Selon MM. Gabriel de Mortillet et Arvid Kurck, ce serait à des nomades des temps préhistoriques ou protohistoriques selon les régions, peut-être à ces Sigynnes que devrait être rapportée l'introduction du bronze dans nos pays occidentaux, aussi bien que dans ceux du iSord, comme la Scanzia, la presqu'île Scandinave (Gottfr. Hasse, Die Zigeuner im Hérodote, Kœnigsberg, 1805, in-8. — Vivien de Saint-Martin, Mém. hist. sur la géographie ancienne du Caucase. Paris, 1847, in-8. — Paul Bataillard, Sur les origines des Bohémiens ou Tsiganes : Rev. critique, sept, et oct. 1875 et Bull, de la Soc. d'anthr., 2^ sér.,t. X. p. 546-557, 565-595, 1875. — Arvid Kurck, de Stockholm. Le Bronze préhist. et les Bohémiens dans le Nord : Bull. Soc. d'anthr., 2« sér., t, XI, p. 102-111, 1876.'— De Mortillet, les Bohémiens de l'âge du bronze : Assoc. pour ravanc. des sciences, sess. de LiHe, 22 août 1874, p. 557 etc.; aiBull. Soc. d'anthr., 2« sér. t. X, p. 593-596, 1875).

Si Homère, à deux reprises, parle des Sinties de Lemaos, île où se serait re-

FRANCE (AxinRopoLociE). 17

tiré Vulcain, le dieu des travaux métallurgiques, il se borne à remarquer que leur langue barbare est peu compréhensible, sans indiquer leur provenance, (i; Ayjtz-vov p-îrà StvTta; «y^otowjvou;. Hoiuère, Odyssée, 1. VIII, vers 294, p. oG4, voir aussi Iliade, 1. I, voir 594, p. 12, coll. Didot.)

Hérodote, quoiqu'il dise n'avoir aucune donnée pour contrôler l'opinion généralement accréditée relativement à l'orignedes Sigynnes habitant au delà de rister, le Danube, rappelle qu'ils passent pour être venus de Médie, mais qu'alors cette migration se serait effectuée dans im temps très-reculé, conséquemment de beaucoup antérieur au cinquième siècle avant notre ère, époque à laquelle écrivait cet historien... [oly.eo-j-za.; izip-o^j toù "I(7T,oou... sïvat Siyiiwa;.. EÏvat Bi M^^aov c-j/éaç à.T:olv.o\)z li-^/oxxri... h tw fxazow ypô-jco, Hérodote, H'St. I. V, 8 X,

p. 241, texte et trad. lat. de Dindorf et MuUer, coll. Didot) On a vu précédemment, à propos des déformations céphaliques, que Strabon parle aussi des Sigynnes aux mœurs persiques, mais il les place auprès du Caucase. Ces Sigynnes voisins du Caucase indiqueraient-ils une étape de ce peuple s'étant rendu de Médie au delà du Danube? (Strabon, 1. XI, cap. xi, § 8, p. 446).

En outre, ainsi que le fait remarquer M. Bataillard, Hérodote, ajoute que les Ligures des environs de Marseille appelaient Sigynnes les marchands, et que les Cypriotes donnaient ce nom aux lances. Cette double remnrque viendrait à l'appui de l'opinion de M. de Mortillet et de M. Arvid Kurck; ces Sigynnes auraient été anciennement des marchands ambulants travaillant les métaux, faisant particulièrement des pointes de lances en bronze (Styyijvaç 5'wv -/«^eOo-t AiyvB^

oî avdj VTzïo Mao-Ta/t'ïîc oly.îO''Zi; touç z«7T-^/0'jc, K-JTrpioi rîè là Sôoixtoc, Hérodote, 1. V

§IX, p. 241.)

A des époques bien moins reculées vers le cinquième ou sixième siècle de notre ère, selon des ethnologistes anglais, et M. Rousselet, nos Zing&ri ou Tsiganes occidentaux se seraient détachés d'un tronc principal constitué par les Banjaris du Uajpoutana, nomades, nécromanciens et musiciens des Indes (Louis Rousselet, Tableau des races de l'Inde centrale : Rev. (Vanthr., t. II, p. 274, 1875).

Au moyen âge, du septième au neuvième siècle, en particulier vers 714 et 855, selon M. Pott, M. Burton, M. Bataillard et M. Goeje, les conquérants arabes de l'Inde auraient transporté certaines colonies de Djatt, Jatt ou Zott des bords du Sindh dans l'Asie occidentale, à Antioche, et Mopsueste en Cilicie voire même en Europe à Hariampol ou Herepoli, en Roumélie, à 70 milles nordouest de Conslantinople, où M. Paspati a pu les étudier. Mais ces Djatt, éleveurs de buffles, ne s'occupant ni du travail des métaux, ni de la divination, ni de la musique, sembleraient différer des Tsiganes des bords du Danube, que ces derniers soient ou non les descendants des Sigynnes de cette région. (Pott, Zeitschrift, vol. III, p. 526, 1849. — Burton, Sindh and the races that inhabit the Valley of the Indus p. 246-247, 1851. — Bataillard, Apparition des Bohémiens en Europe, 2^mém. : Biblioth. de l'école de Chartres, 1849. — De Goeje, contrib. à l'hist. des Tsiganes : Reu. Critique, 22 mai 1875, ou Bijdrage tôt de

GescJnedenis der Zigeimers. Amsterdam, 1875. — Paspati, Tchinghianiés.

Bataillard, /. c. : Rev. Critique, sept, et oct. 1875, et Bull. Soc. d'anthr. 2«sér., t. X, p. 546, etc., 1875). *'

Enfin, outre ces diverses migrations, en particulier des Sigynnes d'orio-ine médique et des Djatt d'origine sindhiene, une autre migration, généralement

DICT. ENC. 4° S. V. 9

18 FRANCE (anthropologie).

admise, aurait eu lieu peut-être à des époques successives, mais principalement lors de la conquête des Indes par les Mongols. Ce serait à la suite de la sanglante conquête de Tamerlan ou Timour Beyg, qui Irancliit le Sindh vers 1598 et fit massacrer des milliers de prisonniers devant Delhi, que certaines peuplades indiennes se seraient portées vers l'Occident (Domeny de Piienzi, /. c, t. I, p. 265, etc. — Fréd. Scliœll, /. c, p. 110, etc.)-

M. le docteur E. Roubaud, en trouvant encore actuellement, parmi les nombreuses castes de l'Inde, la caste nomade des Singavavallou, de la famille des Pouleyelir, de la race des Mounda ou Pahraiyahs, c'est-à-dire des Parias, est disposé à voir en ces charlatans et marchands de simples les frères de nos Zingari ou Zinganes occidentaux, et insiste sur quelques rapports linguistiques existant entre la langue de ces derniers et le pràkrit (Contributions à l'anthropol. de l'Inde : Arch. de méd. navale, t. XI, 1869, et broch., p. 15, 67).

M. Bâbu Râjendralâ La Mitra fait descendre nos Tsiganes ou Bohémiens des Bediyas, qui parlent un idiome voisin du bengali, font le métier de guérisseurs et tirent la bonne aventure. Les femmes de ces Indiens aux yeux et cheveux noirs, à la peau brune, mais jamais noire, seraient quelquefois remarquablement belles (On the Gypsies of Bengal : Mem. the anthropol. Society of London, t. III, p. 120-155 ; Ant]no})ol Review, 1867, ext, par Defert dans Bidl. Soc. d'anthr., 2« sér. t. 111, p. 668, 1868.)

Ces Zingari chassés de l'Inde vers la fin du quatorzième ou le commencement du quinzième siècle, qu'ils soient venus en Europe soit par la Russie méridionale ou l'Asie Mineure, soit par l'Egypte comme les noms d'Égyptiens, deGypsies donnés aux Tsiganes sembleraient l'indiquer, paraissent avoir fait très-promptement leur apparition jusque dans notre Europe occidentale. Leur arrivée semble avoir été assez nettement remarquée par les écrivains contemporains de France et d'Espagne, pour faire supposer que, si très-anciennem.ent les Sigynnes ou autres Bohémiens de l'âge du bronze avaient fait des périgrinations dans ces pays occidentaux, ces périgrinations, interrompues depuis longtemps, n'avaient laissé dans la mémoire des habitants aucun souvenir leur permettant d'établir entre ces nomades la moindre relation ethnique. Partis de l'Inde vraisemblablement avant la fin du quatorzième siècle, les Tsiganes se seraient montrés dans le voisinage de la mer du Nord, près de l'embouchure de l'Elbe, dès 1417, selon M. Francisque Michel, et en France vers 1419, selon Ludovic Lalanue (Francisque Michel, les Bohémiens, dans t. I, le Moyoi Age et la Renaissance. Paris, 1848. — Ludovic Lalanne,Pa<ria, 2*= partie, col. 1542, 1847), Les premiers de ces nomades paraissent avoir été considérés comme étant venus de basse Egypte, bien que plus tard le nom de Bohémiens semble leur avoir été donné parce que la plupai^t n'arrivaient dans notre pays qu'après être passés par la Bohême.

Un bourgeois de Paris rapporte en ces termes leur arrivée, sous le règne de Charles VII : « Le dix-septième jour d'aoûst, audit an 1427, vindrent à Paris douze penanciers, ung duc et ung comte et dix hommes tous à cheval et lesquels estoient de la Basse Egypte ;... et le jour Saint-Jehan Decolace vint le commun, lequel on ne laissa point entrer dans Paris ; mais par justice furent logez à la Chapelle Saint-Denis, et, n'estoient point plus en tout d'hommes, de femmes et d'enffens que cent ou six-vingt ou environ, et quant ils se partirent de leur pays estoient mille ou doze cents ; mais le remenant estoit mort en la voye... Presque tous avoient les deux oreilles percées et chacune oreille ung

FRANCE (anthropologie). 19

anel d'argent ou deux en chacune. Lès hommes estoient très noirs , les cheveux crespez, les plus laides femmes que on pust voir, et les plus noires ; iouttes avoient le visage de plaie, les cheveux noirs comme la queue d'ung cheval... En la compaignie avait sorcières qui regardoient es mains des gens » (Journal d'un bourgeois de Paris, sous le règne de Charles Vil. Nouvelle collection de mém. pour servir à Vhist. de France, par Michaud et Poujoulat, t. III, p. 248, Paris, 1857).

Selon l'annaliste de la Catalogne, F. de la Pena y Pareil, cité par M, Henry ce ne serait que quelques années plus tard, le 11 juin 1447, que les premiers Gitanos auraient fait leur apparition dans cette province d'Espagne (Henry, Extraits d'une hist. inédite du Roussillon ; Sur la caste vagabonde des Gitanos : Mém. de la Soc. des antiquaires de France , t. X, p. 217-221, 1834).

Disséminés en familles isolées et ordinairement nomades depuis la Perse jusqu'en Espagne, dans les îles Britanniques, en Suède, ces Tsiganes sont surtout nombreux dans les provinces Danubiennes, en Hongrie, d'oià ils viennent parfois en France en bandes considérables. D'après M. Miklosich il y aurait 200,000 Tsiganes Roumains, 107,080 Tsiganes Grecs, dont 2600 environ sont sédentaires. Vers 1869, une bande de cent cinquante Tsiganes, Hongrois ou Transylvains parcourait notre pays (Bataillard, Sur les Bohémiens hongrois, Bull. Soc. d'anthr., 2« sér. t. IV, p. 549, 1869).

Quoique très-altérée par le mélange avec les divei'ses langues des pays que les Tsiganes habitent ou parcourent , on peut encore reconnaître actuellement l'origine indienne de la langue qu'ils parlent. Cette langue, selon M. Bataillard, semblerait être un ancien prakrit [Bull. Soc. d'anthr., 2^ sér., t. .IX, p. 128-138, 1874).

Selon M. Franz Miklosich, la langue tsigane est un des huit idiomes néo-hindous, les sept autres étant le hindi, le mahratle, le pendjabique, lesindhi, le guzerate, le bengali et l'orija Le mélange de cet idiome néo-hindou tsigane avec des éléments linguistiques perses, arméniens, grecs, etc., indiquerait les pays habités par ces Tsiganes dans leurs migrations successives, qui paraîtraient les avoir conduits en Crète, à Corfou, en Roumanie, avant le quatorzième siècle [Ueber die Mundarten und die Wanderungen der Zigeuner Europas, Sur le dialectes et les migrations des Tsiganes d'Europe, Vienne, 1875, extr., par A. Ilovelacque, Rev. d'anthr., t. Il, p. 704, etc., 1873.)

 diverses époques, en 1504 sous Louis XII, en 1538 sous François I", en 1560 sous Charles IX, en 1666, etc., les Bohémiens furent bannis de France sous peine de châtiments corporels, voire même de trois ans de galère (De Rochas, Les Parias de France et d'Espagne, les Bohémiens, p. 215, etc., 1876. — Magasin piltor.,p. 188, 1856, etp. 137,1842).

Ces malheureux, partout traqués, se réfugièrent dans les montagnes de nos frontières, surtout dans les Pyrénées. Aussi, bien qu'en 1802 on se soit emparé de tous les Bohémiens du département des Basses-Pyrénées pour les transporter à la Guyane, violente mesure administrative que la déclaration de guerre avec l'Angleterre empêcha d'exécuter; bien qu'en 1856, on en ait déporté un certain nombre; les Bohémiens, quoique peu nombreux dans la plus grande partie de la France, se trouvent-ils encore en bandes considérables principalement dans nos provinces du Midi, par exemple auprès de Nîmes, de Perpignan, et surtout dans l'arrondissement de Mauléon (Henry,' /. c, p. 217. — A. Walkenaer, Sur la diversité des races d'hommes qui habitent le département des

20 FRANCE (anthropologie).

Basses-Pyrénées et sur celle des Bohémiens: IS'ouv. Annales des voyages, t. LX, p. 75, et suiv. 1855).

Quoique dans presque tous les pays, les Bohémiens ou Tsiganes vivent à l'état nomade au milieu des autres populations, en France, on a cru pouvoir assigner une origine tsigane aux Cascarots ou Cascarotacs, pêcheurs de Ciboure, près de Saint-Jean de Luz, dans le département des Basses-Pyrénées, dont les femmes aux yeux noirs, au teint bronzé, pleines d'entrain, se feraient remarquer par leur vigueur et leur agilité (Bataillard, Nouv. recli. sur l'apparition et la dispersion des Bohémiens, p. 18. Paris, 1849; et Sur les origines des Bohémiens p. 7, note 2, 1875. — Magas. pittor., 1861, p. 252 et 408 : Les Cascarottes, tableau par Loubon).

Selon une petite statistique donnée par M. de Bochas, les Bohémiens de Ciboure formeraient 46 ménages légitimes et 4 illégitimes comprenant 280 personnes. Dans le pays Basque français, au 1*^'' janvier, y compris ces 280 habitants de Ciboure, on ne comptait que 569 Bohémiens (Les Parias de France, p. 267).

C'est également à la race des Zigeuners que doivent être rapportés les étrangers qui, sous le nom de Ilnidns, qu'ils paraissent surtout se donner, et aussi sous ceux de Ilùngar, Hongres ou llonck, habitent en petit nombre les villages de Baerentlial, Philippsbourg, Verrerie Sophie, Graufthal, dans ia partie des Vosges comprises dans l'ancien canton de Bitche, sur l'ancienne frontière du département de la Moselle, près de celui du Bas-Bhin, région où ils ont été signalés par MM. Dussieux, de la Fizelière et de Quatrefages (L. Dussieux, Essai hist. sur les invas. des Hongrois, p. 107, 1859. — A. B. de la Fizelière, Lettre rapp. par Dussieux, Le, p. 108. — De Quatrefages, Bull. Soc. d'anthr., t. II, p. 408, 16 mai 1861. — Erckmann-Chatrian, L'illustre doct. Matheus, p. 141-2,- Paris, 1859. — Dessins de Th. Schuler, Magas. pittor., 1865, p. 85 et 161).

Suivant M. Bichon, les Ilnidns ou Zigeuners, qui longtemps auraient habité les forêts de cette région, pourchassés par les gardes, se seraient fixés en plus grand nombre dans l'ancien département du Bas-Bhin que dans celui de la Moselle. En 1869, il n'en existait plus à Philippsbourg et à Verrerie Sophie; trois seulement habitaient encore Baerenthal (Et. statist. sur le recrut, dans le départ, de la Moselle : Rec. de mém. de méd. chir. et pharm. milit., 5*^ sér., t. XXH, p. 110, 1869).

Quels sont les caractères anthropologiques des Bohémiens ou Tsiganes? On a vu précédemment que M. Bâbu Bâjendrald la Mitra parle des Bédiyas de l'Inde, pour lui, parents de nos Tsiganes, comme ayant les cheveux et les yeux noirs, le teint brun, mais non pas noir, et remarque la beauté de leurs femmes (/. c, Anthr. Beview, t. 111, p. 120 et s.). M. Boubaud, qui regarde nos Tsiganes ou Zingari occidentaux comme les parents des Zingaravallou de l'Inde, Pouleyehr de la ï-acedes Mounda, assigne aux Mounda un crâne petit, étroit antéiieurement, une peau très-brune, presque noire (n» 41 et 42 du tableau chromatique de la Société d'anthropologie), des cheveux noirs, lisses et raides, frisés ou crépus, front bas, l'iris d'un brun très-foncé (n" 1 ou 2), un nez gros et épaté, une bouche large, les dents verticales, les lèvres épaisses, la face large, l'angle facial de 79", 50', les membres grêles, le bras et ia cuisse assez courts, l'avant-bras et la jambe plus longs, la main et le pied larges, la taille peu élevée, de 1"',612 (/. c, p. 5, 7 et 67).

FRANCE (anthropologie). 21

Nos Tsiganes de l'Eui-ope paraissent présenter en génér.il nn plus beau type; ils sembleraient p^ut-être se rapprocher davantage des Bediyas de l'Inde. D'ailleurs, les mensurations cràniométriques semblent témoigner parmi les Tsiganes hongrois de l'existence de deux types distincts. D'assez nombreux crânes de Tsiganes des provinces danubiennes ont été mesurés. L'indice céphalique horizontal moyen de 10 crânes mesurés par M. Welcker, a été de 76,4 pour 100 ; celui de 20 crânes, dont 15 d'hommes et 5 de femmes, mesurés par M. Koperuicki, a été de 77 pour 100; enfin, celui de 9 crânes, la plupart donnés par M. le prince G. -G. Cantacuzène au laboratoire d'anthropologie, a été trouvé de 77,45 pour 100 par M. llovelacque (Isidor Kopernicki, Ueber den Bander Zigeunerschâdel. Vergleichend-Kraniologische Untersuch. : Arch. filr Anthr., t. V, 1872 ; Sur la conformation du crâne des Tsiganes ; extr. par G. Nepveu : Rev. (Vanthr., t. II, p. 161-170, 1873. — A. llovelacque, crânes tsiganes : Rev. (lanthr., t. lll, p. Soi-SôS, 1874, et Bull, de la Soc. d'anthr., 2<= sér., t. IX, p. 396. — Weisbach, Ueber die Schsedelformem Œsterreichischer Yœlker : in Medizinische Jahrbûcher, 1864).

De ces mensurations, il semblerait permis d'induire que la race tsigane est sous-dolichocéphale, mais l'écart différentiel considérable présenté par cet indice sur les divers crânes tsiganes, ainsi que l'observation des Tsiganes vivants de Hongrie, ont paru [)ermettre à M. llovelacque de reconnaître deux types, l'un fin, à face allongée, ovale, aux traits accentués, au nez aquilin, l'autre grossier, aux traits ramassés, au regard moins perçant. D'ailleurs, en général, le crâne tsigane présenterait un fuible volume, une faible capacité, un front étroit et bas; les cavités orbitaires seraient très-larges; la face serait orlhognalhe ou peu prognathe. On trouvera ci-après un tableau indiquant, outre quelques mensurations de crânes d'Indou, prises par Davis et M. Kopernicki [Rev. d'anthr.. t. H, p. 164), les principales mesures prises sur des Tsiganes des bords du Danube, voire même des mensurations céphalométriques prises par M. Broca sur des Bohémiens des Vosges, c'est-à-dire des Hnidns. Ces derniers, que j'ai visités aux Batignolles en janvier 1865 avec cet anthropologiste, avec MM. Pruner-Bey, Bataillard, Girard de Bialle et Elisée Beclus, faisaient partie d'une bande assez nombreuse de ces Bohémiens alsaciens. Ces Zigeuners, les uns de Buxviller, les autres de Roppviller et de localités voisines, m'ont paru présenter en général les caractères suivants : tête ne paraissant volumineuse que par l'abondance de cheveux très-noirs, gros, longs, en longues tresses chez les femmes; front bas, arcades sourcilières larges, sourcils noirs bien arqués, cils très-longs et très-fournis, yeux vifs, très-grands et fendus, iris de couleur trèsfoncée (n° 1 du tableau chromatique) ; nez déprimé à sa racine, assez court, mais saillant, plus ou moins aquilin ; bouche bien dessinée, dents blanches, belles et régulières ; figure régulière, maigre, mais assez courte, et large au niveau des pommettes; peau basanée, de couleur jaune-brun (n" 39 et 40), uniformément bistre, sauf autour des paupières où elle est un peu plus foncée, €t aux joues, chez quelques jeunes filles, oîi elle est un peu plus vermeille; belles formes, belles proportions du corps, développement musculaire moyen, mais maigreur assez générale tenant sans doute à l'état de misère ; poignets et chevilles minces, déliés, témoignant d'une ossature fine, mains et pieds petits, mais charnus, ongles longs dans leur partie adhérente ; stature moyenne ou peu élevée. Les femmes seraient très-fécondes, accoucheraient facilement, et parfois, le lendemain, porteraient elles-mêmes baptiser leurs enfants. Malgré leur état

22 FRANCE (anthropologie).

misérable, plusieurs de ces Bohe'miens, questionnés sur leurs âges, paraissaient beaucoup plus jeunes qu'ils n'étaient. Ces Zigeuners des Vosges, sauf peut-être une certaine brièveté de la figure et du corps, diffèrent peu des autres Boliémiens ziganes ou gitanos, aux traits peut-être un peu plus allongés, mais parfois aussi au visage large et arrondi, que MM. Walkenaer, Henry et de Rochas ont observés dans le midi de la France : mêmes yeux noirs, bien fendus, vifs et brillants; même peau brune, enfumée; même angle facial; seulement les traits sont peut-être plus fortement dessinés, le nez plus aquilin, la bouche plus grande, la taille un peu plus élevée, plus élancée ; peut-être les jeunes femmes sont-elles plus gracieuses, plus jolies. Les Bohémiens qui, en général, se feraient remarquer par leur vigueur, leur adresse, leur agilité, selon Henry, Boudin et M. de Rochas, résisteraient d'une manière exceptionnelle aux intempéries des saisons, au froid comme à la chaleur; ils seraient rarement malades (Henry, /. c, p. 219. — Walkenaer, /. c, p. 72. — De Rochas, /. c, p. 250, 270 et s. — Boudin, Traité de géog. et de statist. méd,, t, II, p. 424, 1857).

En Roumanie, oîi les Tsiganes sont très-nombreux, ainsi qu'il a déjà été indiqué d'après M. Miklosich, environ 250000 selon M. Obédénare, ce dernier observateur croit avoir remarqué que chez les Tiircites ou Tsiganes turcs, le prépuce est ordinairement fort long, ce qui motive d'assez fréquentes opérations de phimosis chez leurs enfants (Sur les Tsiganes de Roumanie : Bull. Soc. d'anthr., 2' sér., t. X, p. 601, 1875).

Capacité crânienne ....

Diamètre antéro-postérieur maiimum

Diamètre transverse maximum

Indice céphalique horizontal

Hauteur maxi ma

Indice céphalique vertical..

Circonférence crânienne ou céphalique horizontale. .

Diamètre hizygomatique . .

Hauteur de la face (du point sus-orbitaii'e au bord alvéolaire)

Indice facial

Indice orbitaire

Largeur des pommettes . .

Hauteur du menton à la racine des cheveux . . . .

Davis.

Koper:<ickl

3 crânes

5 crânes

15 crânes

Veddahs.

Bengalis.

Tsiganes.

HOVELACQIE.

7 crânes Tsiganes.

Broca.

Mensurations

sur des Bohémiens,

Alsaciens vivants.

Homme.

Femme '.

' Il est bon de remarquer que cette femme présente un indice de sous-brachycéphalie 82.48 pour 100. Mais on sait d'après les recherches comparatives de .Broca {Bull, de la Soc. d'anthrop., 2" série, t. III, p. 52), que l'indice craniométrique est approximativemeul moindre de 2 pour 100 que l'indice céphalique pris sur le vivant. Les indices craniométriques de cet homme et de cette femme seraient donc de 74.96 pour 100 et de 80 48 pour 100.

FRANCE (anthropologie). 23

Vaudois. Après avoir parlé successivement des différentes races ayant concouru à la formation de noire (copulation, après avoir groupé sous ces différentes races les peuples nombreux immigrés dans notre pays, il importe encore de dire quelques mots des Yaudois, qui ne paraissent guère différer de la population circonvoisine que par la religion. Les Yaudois habitaient dans les hautes Alpes, entre le mont Viso, le mont Thabor et le Pelvoux, entre Pignerol, Fénestrel et Briançon, les vallées de la Luzerne, d'Angrogna, de la Pérouse, de la Pellice, de la Chizone, de Saint-Martin et de la Pragela en Piémont, et les vallées de la Vallouise, de Qiieyras, de Freyssinière et de Barcelonnette en France. Regardés par plusieurs auteurs, entre autres par 3L Muston, par M. Hudry-Menos comme des chrétiens de la primitive église professant les doctrines de Claude, ancien chapelain de Louis le Débonnaire, devenu évêque de Turin de 815 h 853, ils n'auraient admis que les plus anciens dogmes du christianisme, se trouvant, dès cette époque, en notable contradiction avec ceux grandement modifiés de l'Église romaine (Al. Muston, L'israël des Alpes, première hist. complète des Yaudois du Piémont et de leurs colonies, -4 vol., 1851. Paris. — Hudry-Menos, L'israël des Alpes ou les Yaudois du Piémont : Rev. des Deux- Mondes, 15 novembre 1867, p. 4i4 et s.).

Le nom des Yaudois, Valdenses, n'aurait eu d'autre signification que celle d'habitants des vallées, habitants dissidents mentionnés dès 1050 par le légat du pape, Pierre D.imieu. Les principes religieux des Yaudois se trouvent encore réunis dans la Nobla Leyczon, rédigée en langue romane du onzième siècle.

Pierre Valdo, ou Pierre de Yaux, considéré par beaucoup d'historiens des Yaudois, pa)' MM. Ozanam, André Charraz, Schmidt, comme le fondateur de la religion des Yaudois, et comme leur ayant laissé son nom, ce zélé convertisseur des paores ou pauvres de Lyon vers l'année 1170, n'aurait alors été que l'un des Barbes ou prêtres de ces Yaudois depuis longtemps fixés dans les hautes Alpes (D. Ozanam, Excursion faite en 1852 dans les trois vallées du Piémont habitées par les Yaudois : Nouv. Ann. des voyag. t. LYIII (XXYllI de la 2* sér.), p. 59. — André Charraz, évéque de Pignerol, Rech. hist. sur la véritable origine des Yaudois. Paris-Lyon, 1856. — C. Schmidt, Hist. et doctr. des Cathares ou Albigeois, t. II, p. 287 et s.; Sur les Yaudois. Paris-Genève, 1848-9. — Yoir aussi, A. Walkenaer, Sur les Vaudois, les Gagots et Chrétiens primitifs : Nouv. ami. des Voyag,, t. LYHI, p. 520, 1855. — Excursion de Stephan William Gilly, de North Cambridge en Essex, 5*^ éd. 1826. et Mém. sur Félix Neff, des hautes Alpes : Quarterly Review, n" 97, avril 1853.)

De même que les Albigeois, autre secte religieuse du Midi, anéantis par les deux croisades qui, en 1209 et 1226, amenèrent la prise de Béziers et d'Avignon, et le massacre de la plupart de ces infortunés ; de même les Yaudois ou convertis de Lyon, du Dauphiné, de la Provence, du Piémont, furent successivement attaqués, persécutés en France et en Italie. Après le massacre d'envi, ron trois mille d'entre eux, en 1488, par le légat du pape, Albert Cattanée, etpar la Palud, dans l'immense caverne d'Ailfrede, au haut de la Yallouise, après les massacres de Cabrières et de Mérindol, à la suite de persécutions incessantes, la plupart des Yaudois survivants, vers 1561, se virent obligés de se retirer dans les hautes vallées du Piémont, dans les vallées de la Luzerne, d'Angrogna et de Saint-Martm, oiî ils constitueraient encore une population de 20000 à 30 000 âmes. Quelques-uns de ces Yaudois passèrent en Suisse vers

24 FRANCE (antiiropolocie).

1686. Jusqu'en 1796, les Yaudois du Piémont ne pouvaient sortir de leurs vatlées alpestres. Ce n'est que depuis le 17 février 1848 que le gouvernement de Charles-Albert a reconnu aux Vaudois des hautes Alpes les même droits qu'aux autres habitants des États Sardes. Au point de vue anthropologique, il importe de remarquer que, selon M. Ozanam, parmi ces Yaudois, parlant le français, connus par leur pureté de mœurs, par leur probité, les femmes seraient incomparablement plus belles que parmi les autres habitants du Piémont.

Au pied du mont Rose, dans la vallée de la Sesia, auraient également habité des Vaudois (Saintine, Picciola, l. lll, p. 209-211, nouv. éd., 1841. — Emile Laveleye, Le mont Rose et les Alpes Pcnnines : Rev. des Deux-Mondes^ p. 852, 15 juin 1865).

A propos de ces Vaudois, qui sont généralement considérés par les protestants comme leurs piécurseurs religieux, on peut remarquer que dans l'intérieur de la France, au milieu de populations principalement catholiques, plusieurs villages habités par des protestants, portent le nom de Vaux. Toutefois certains de ces villages, entre autres le village protestant de Vaux, près de Château-Thierry (Aisne), peuvent devoir leur nom à leur situation topographique.

A la suite de ces Vaudois des hautes Alpes, si longtemps persécutés, on peut encore rappeler que Pédit d'Écouen en 1559, les massacres de la Saint-Barthélémy en 1572, la révocation de l'édit de Nantes en 1685, obligèrent aussi beaucoup de protestants à chercher un refuge au delà des frontières de France, en Suisse, en Allemagne, etc. Dans la liesse, les deux villages de Friederichsdorf et de Dornholzhausen auraient ainsi été peuplés de protestants français, dont les descendants parleraient encore notre langue. En allant se fixer dans le Brandebourg de nombreux ouvriers protestants y importèrent des industries françaises (Alf. Michiels, L'influence française en Allemagne, Siècle, 27 avril 1858).

ETHNOLOGIE SYNTHÉTIQUE, ou Étude générale de l'ensemble de la population de la Franec eonsîdérée dans sa eomplexité ethnique.

Maintenant que dans l'exposé très-long, bien que forcément incomplet de toutes les races, de tous les peuples ayant concouru à la formation de notre population, j'ai fait, au point de vue ethnologique, l'étude analytique de notre nation, au risque de m'exposer à des répétitions inévitables de faits précédemment rapportés à propos de tel ou tel élément ethnique, il me parait utile de considérer brièvement notre population actuelle dans son ensemble, dans sa complexité ethnique, d'en faire l'étude synthétique, afin de pouvoir saisir et comparer, dans les divers groupes d'habitants des différences physiologiques et pathologiques attribuables à la diversité des races multiples qui les constituent ; afin aussi de pouvoir comparer ethnologiquement notre population avec celle des autres États de l'Europe.

Cette ethnologie synthétique, qui pourrait être définie l'étude de l'ensemble d'une population considérée uniquement au point de vue anthropologique, au point de vue des élémens ethniques la constituant, quoique connexe, diffère notablement de la démographie (lî^/^oç, peuple), qui est l'étude de l'ensemble de populations considérées dans leur état et leurs mouvements sociaux qu'elles qu'en soient les causes, c'est-à-dire, selon la définition de M. Littré, « la description

FRANCE (anthropologie). 25

des peuples quant à la population considérée suivant les âges, les professions, les demeures, elc., « (Dictionnaire delà langue française).

Ainsi qu'on a pu le voir précédemment notre nation est loin d'être homogène au point de vue anthropologique. Les éléments ethniques les plus divers, quoique appartenant à des races humaines généralement supérieures, concourent à sa formation. Composée principalement de Celtes, d'Aquitains, de Ligures, et de Germains, mais aussi, en moindres proportions, de hien d'autres colons de différentes races, il importerait grandement de pouvoir étudier comparativement la répartition géographique des caractères anthropologiques des différents groupes ethniques plus ou moins complexes constituant notre population.

Répartition ethnologique de V ensemble de la popidation de la France. Pour bien connaître la répartition ethnologique de notre population, faisant des races humaines constituant nos populations une étude comparable à l'étude géologique qu'Élie de Beaumont, Dufrénoy et Brochant de Yilliers ont faite des terrains constituant notre sol, lorsqu'en 1841 ils ont réuni les données nécessaires pour faire leur belle carte géologique de France, il faudrait pareillement faire une carte ethnologique très-détaillée, accompagnée d'une description uniforme des différences et des analogies anthropologiques présentées par nos compatriotes qui, selon les régions, sont issus d'une ou plusieurs races juxtaposées ou mêlées. D'intéressantes cartes, plutôt linguistiques qu'ethnographiques, de Russie et d'Autriche ont déjà été publiées par MM. Keppeom, Haeuller, Rittich, de Czoernig, Petcrmann et autres savants. On trouve sur la carte de M. H. Kiépert et dans l'atlas de M. H. Berghaus quelques indications linguistiques sur la France. M. Elisée Reclus a également donné une petite carte de France spécialement linguistique (Petr. Keppeom : Ethnogr, carte de Russie, 1851. — J. V, Haeufler : Sprachenkarte der Oesterreichischen monarchie, 1846. — Rittich, Carte ethnogr. de la Russie d'Europe, 1875 (en russe). — Von Czoernig, Ethnographische Karte der Osterreischischen Monarchie, etc., etc. — Petermann : Mittheilungen geograph, 1864, tabl. 5. — Henrich Kiepert, General Karte von Europa. Berlin, 1875. — Heinrich Berghaus, Physikalischer Atlas, t. H, p. 8, cartes 4, 7, 9 et 11. — Elisée Reclus, Nouv. Géograp. univ., t. II, p. 915 et 86. Paris, 1877).

Bien que MM. H. Dufour et Dussieux aient dressé une carte indiquant par des teintes diverses la juxtaposition des principaux éléments ethniques ayant concouru à la formation de la nation gauloise (Atlas géogr., carte n" 57), jusqu'à ce jour aucune carte de Fi'ance véritablement ethnographique ne paraît avoir été faite. Cependant, quoiqu'à nos populations de différentes races mêlées les unes aux autres on ne puisse guère assigner des aires géographiques parfaitement distinctes et séparées, dès à présent on peut chercher à faire pour la France une carte ethnographique indiquant approximativement la répartition territoriale des divers éléments ethniques ayant constitué notre nation. Bien que la plupart de ces divers éléments ethniques se soient souvent stratifiés ou plus exactement se soient mêlés ou juxtaposés dans les mêmes régions par immigrations successives, on peut essayer d'indiquer la composition ethnique de notre population, soit par la diversité des teintes plus ou moins intenses, plus ou moins mêlées, ainsi que j'ai essayé de le faire pour une grande carte présentée en 1877 à la session du Havre de l'Association pour l'avancement des sciences, et déposée en 1878 à l'Exposition des Sciences An-

26 FRANCE (authropologie).

thropologiques, soit par la diversité des hachures ou des ponctués plus ou moins rapprochés, et diversement combinés, comme sur la petite carte ci-contre.

Fig. 23. — Carte Ethnographique de France.

Sur cette carte d'ensemble montrant la répartition des principaux éléments ethniques ayant concouru à la formation de la population française, les li};nes, les points, les petits traits servent à indiquer la situation des mêmes peuples que sur les cartes précédentes, spéciales à telle ou telle race ; mais, dans une même région, la présence de divers signes graphiques indique la coexistence et l'immixtion de différents peuples appartenant à plusieurs races distinctes.

Quelques petites astériques rappellent les localités d'Engis près de Liège, sur les bords de la Meuse, d Euguisheim près de Colmar, du Mont-Denise, près du Puy-en-Velay, de Cro-Magnon sur la Vézere, non loin de Périgueux, de Sorde au confluent du gave de Pau et dOleron, de Baoussé-Roussé près de Menton, où furent trouvés quelques fossiles humains se rapportant aui races très-anciennes, dolichocéphales, de Néanderthal et de Cro-Magnon, races dont quelques rares descendants s'observent encore actuellement.

Les pays occupés par les peuples de la race ibérienne, comme la région sud-ouest de la France habitée par les Aquitains, sont ombrés par des lignes horizontales fines. De plus grosses lignes servent à ombrer le pays des Basques considérés comme les plus purs représentants de la race ibérienne.

Les pays occupés par les peuples de race ligure, comme le littoral sud-est de la France et la chaîne des Alpes, comme le littoral nord-ouest de l'Italie, longtemps appelé Ligurie, sont ombrés par de petites croix. Sur la Basse-Loire, quelques petites croix rappellent l'ancienne présence des Ligures.

Le pays occupé par les Bébrykes près de l'Aude est ombré par des lignes en zig-zag.

Les pays occupés dans le nord-ouest do l'Europe par les peuples de race celtique sont ombrés par des points plus ou moins, gros et rapprochés, fins et disséminés suivant que cette race est restée plus oumoins prédominante. Assez peu nombreux dans le sud ouest de l'Allemagne, sur les bords du Haut- Danube, et auprès des Alpes, par suite de leur association avec des peuples d'autres races venues du nord et de l'ouest delaGermanie; moins nombreux encore dans la Hollande et la Belgique par suite de l'immigration successive de divers peuples germains, qui toutefois ont longtemps laissé subsister certaines dénominations locales celtiques; plus nombreux, mais également en partie refoulés du nord et de l'est de la France par les émigrants successivement venus d'Outre-Rhin, les Celtes se maintinrent surtout en grand nombre entre la Seine, l'Océan et la Germanie. Aussi, leurs descendants sont-ils prédominants dans la partie centrale de l'ancienne Arraorique, de notre Bretagne actuelle, et dans le centre

FRANCE (anthropologie). 27

de l'ancienne Celtique, c'est-à-dire dans nos départcraenis du centre. Une peuplade, celle des P.ituriges Yivisques, parents des Bituriges Cubes, anciens habitants des environs de liourges, se porta au sud de l'embouchure de la Garonne, au milieu des tril)us aquitaiiiques de race ibérienne. Ces Bituriges Yivisques avaient Burdigala, Bordeaux pour capitale. Par la vallée du Rhône, les Celtes paraissent avoir refoulé les inhus Ligures jusqu'à la Méditerranée. La tribu celtique des Ségohriges, s'établit sur le littoral au sud-est de l'embouchure du Rhône, auprès de Salyes. Dans les Alpes, les Caturiges, sur la Haute-Durance, étaient des Insubres, parents de ceux du pays des Éduens et de ceux de la Haute-Italie. Segusio, actuellement Suse, sur le versant italien des Alpes, était une colonie des Ségusiaves, Les pays occupés par les immigrants Galates-Cimbres-Kimmériens, Belges, Francks, Wisigoths, Burgundions, Saxon";, Nordmanns, qui paraissent pouvoir être rapprochés éthnologiquement, sous la dénomination générale de races germaniques septentrionales, ont été laissés blancs sur cette carte, de petits traits indiquant la direction des migrations de ces peuples. Constituant la population prédominante du uord-ouest de rAllemaf:ne, les descendants des Galales-Cimbres, des Belges, des Francks, successivement immigrés, peuplent en grande partie la Hollande, la Belgique et le nord de la France, où ils sont mêlés à une portion de la population antérieure de race celtique, une autre partie de cette population paraissant avoir été refoulée vers le midi. La région relativement claire du nord-est se continue le long de la Manche, à l'ouest de la Seine, jiarce que successivement vinrent aussi s'établir des pirates saxons chez les Baïocasses, anciens habitants des environs de Bayeux, et de nombreux Scandinaves ou Nordmanns, dans la partie de la Neustrie, depuis appelée Normandie. Le littoral de la Bretagne est moins ombré que la partie centrale vu la présence des descendants des insulaires fugitifs venus de la Grande-Bretagne, insulaires bretons, en partie d'origine belge. La région s'étendant delà Normandie à la Basse-Loire et au Poitou est moins foncée que le centre de la Bretagne, parce que certaines tribus Galates et Belges paraissent s'être avancées jusqu'à la Loire et jusqu'à l'Océan; plus tard, des pirates Saxons et .Normands se seraient d'ailleurs fixés également auprès de l'embouchure de la Loire. La partie orientale delà France a été maintenue claire parce que de nombreux immigrants Galates, Belges, Tribocques, Francks, Burgundions envahirent et occupèrent successsivement cetie région où coexistent leurs descendants plus ou moins mêlés avec les habitants antérieurs d'origine celtique. Du nord au sud, en remontant le bassin de la Seine et descendant ceux la Saône et du Rhône, les immigrants Galates-Belges se trouvent rappelés par quelques petits traits dissiminés au milieu du ponctué général représentant la population celtique antérieure ; ces immigrants Galates-Belges se portèrent soit dans le midi des Gaules, soit par les passages des Alpes, dans la Haute-Italie. Entre la Loire et l'.VUier, au milieu des populations celtiques du centre de la France, se montre en clair le territoire concédé au Boïes par César, sur la demande des Eduens. Ces Boïes qui avaient envahi les Gaules avec les Helvètes, étaient frères des Boïes qui ont laissé leur nom à la Bohème (Boioliemum), et des Boïes résiniers qui, au sud oue^t de la' Garonne et des Bituriges Vivisques des environs de Burdigala, Bordeaux, voisins des Aquitains, étaient fixés sur le bord de l'Océan, dans les environs du bassin d'Arcachon. Enfin, sur les bords de la Haute-Garonne et aussi sur le littoral méditerrranéen, s'étendant des Pyrénées orientales au Rhône, sont également indiqués au milieu des populations soit Celtiques, soit surtout Ibéro-Ligures de ces régions, par de petits traits disséminés, quelques immigrants de race germanique ; en effet, d'une part on a cru devoir rattacher aux Belges les Volkes des environs de Toulouse, de Carcassonne et de Nîmes; d'autre part, on sait que les Wisigoths, après la défaite de Vouillé, se retirèrent principalement dans la Septimanie, c'est-à-dire dans cette partie du littoral méditerranéen.

Quelques petits carrés indiquent les localités où paraissent s'être (ixés des Âlains et des Théiphales de race Sarmate. Les environs de Valence, ancienne ville des Segalaunes sur le Rhône, furent ainsi occupés par les .Alains de Sambida. Les environs d'Orléans, les bords de la Loire furent uussi possédés, mais passagèrement, par les Alain- de San;;iban. Dans le Bas-Poitou, dans la région répondant aux départements actuels des Deux-Sèvres et de la Charente-Inférieure paraissent s'être fixés des Théiphales, peut-être des Alains.

Quelques colonies grecques, Nicœa, Nice; Antipolis, Antibes; Citharista, La Ciotat; Massiha, Marseille Cabellio, CavaMon; Avenio, Avignon; Théliné ou Arelate, Arles, Agatha, Agde, etc., sont indiquées par de petits cercles sur le littoral méditerranéen.

Cette carte est, pour la France seulement, la résultante des cartes, précédemment données, relatives à chacune des principales races antérieurement décrites. La répartition des principaux peuples comme les Ligures, les Aquitains, les Celtes et les différents peuples de races germaniques : Galates, Belges, Germains, Francks, Burgundions, Nordmanns, y est indiquée sur des surfaces territoriales plus ou moins étendues ; quant aux éléments ethniques moins importants, qu'ils remontent aux temps paléontologiques et aient plus ou moins complètement disparu, ou hien que, plus récents, fixés au milieu de populations d'autres races ; ils n'aient constitué que des colonies circonscrites, que des immigrations limitées, les territoires par eux occupés, leurs établissements» n'y sont indiqués que sur quelques points isolés.

Peut-être un jour cherchera-t-on à faire pour la France une carte etlinogra-

28 FRANCE (anthropologie).

phiquft, en même temps qu'une carte inédicale dont les bases ont déjà été discutées par un médecin militaire, M. II. Bertrand (De la géogr. méd. et de la carte méd de la France : Rec. de mém. de méd., chir. et pharm. militaires, t. XII. p. 171-188, 1869). En 1866, M. Bergeron, en montrant combien il serait utile de s'occuper des endémies, bien autrement redoutables que les épidémies, rangeait ainsi an nombre des recherches de topographie médicale, non-seulement la description géographique et géologique des diverses régions, mais aussi l'ethnologie et la description des mœurs et des habitudes des populations (Rapp. gén. sur les épidémies de 1865 : Mém. de VAcad. de méd., t. XXVIII, p. Lvii, 1867). Il y a une dizaine d'années, M. Éiy disait que le ministre de l'instruction publique, M. Duruy, se proposait de faire publier une carte médicale de France, indiquant les principales maladies sévissant dans nos différentes régions {Gaz. hebd. de méd., 5 février 1869, p. 95). Cette carte médicale reste encore à l'état de projet. Jusqu'à ce jour aucune publication de ce genre ne paraît avoir été tentée. Pour faire une semblable carte, ou plus exactement un atlas, une série de cartes spéciales indiquant les stratifications ou immigrations successives des divers éléments ethniques, leurs différents caractères anthropologiques, leurs diverses infirmités ou prédispositions morbides, etc., etc., il faut non-seulement étudier comparativement dans leur ensemble les grands groupes ethniques comme les Celtes, les Aquitains, les Ligures dont les descendants occupent une grande surface territoriale, plusieurs départements, mais aussi parler de groupes ethniques beaucoup plus limités dans leur répartition , comme les descendants des colons grecs, romains, théiphales, saxons, sarrasins, etc., etc. Dans ces études ethnologiques, toute recherche relative aux caractères physiques, aux infirmités, aux aptitudes, aux mœurs des habitants d'une région quelconque, peut avoir de l'intérêt. Mais lorsqu'on désire pouvoir comparer entre elles des populations voisines plus ou moins différentes elhnologiquement, mais souvent issues de races multiples diversement mêlées, la proportionnalité des individus de telle ou telle race, présentant tel ou tel caractère anthropologique, ne peut être déterminée que par des recherches statistiques. Aussi la statistique est-elle devenue dans les études ethnologiques un des moyens d'investigation les plus employés.

Jusqu'à présent les principaux documents statistiques pouvant permettre de comparer nos populations au point de vue ethnologique sont, d'une part, les dénombrements quinquennaux et les livres de l'état civil constatant les naissances, les mariages, les décès, résumés dans la Statistique de la France, et, d'autre part, les Comptes Remlus des opérations du recrutement de Varmée et leur Appendice Médical, constatant la taille, les infirmités, les maladies des conscrits et soldats. Malheureusement, dans ces importants documents, la plupart des données statistiques sont relatées par départements. Or, ainsi que 'MM. Bergeron et H. Larrey l'ont demandé en 1867, ainsi que M. Topinard et plusieurs autres anthropologistes l'ont demandé depuis, les données statistiques devraient être publiées non pas seulement par départements mais par cantons, peut-être même parfois par communes. De même que l'étude des influences climatologiques et topographiques, l'étude des caractères ethnologiques exige que l'unité territoriale soit le canton, conformément aux recommandations de Boudin et du conseil de santé des armées. (Bergeron et Larrey, Disc, sur le mouvement de la population en France : Bidl. de VAcad. de méd., t. XXXI,

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9 et oO avril 1867, p. 650 et suiv. et p. 659. — Topinard, etc., Ass. p. Vav. des sciences, 1878, sect. d'anthrop. — Boudin, Et. ellinol. sur la taille et le poids de l'homme, p. 1-4, etc., brochure 1863; et Rec. des ine'm. de méd., chir. et pharm. mditaires, 1863. — Étud. statistiq. sur le recrutement de l'armée : Rec. de mém. de méd., chir. et pJi. milit., t. XVII, p. 465, 1866).

La division cantonale a ainsi servi de base aux études de statistique ethnologique de MM. Broca et Guibert de Saint-Brieuc sur la Bretagne, comme aux recherches de statistique topographique de MM. H. Bertrand, Costa, Peruy, Mouillié, Rueff, Pitou, Bichon, Allaire sur le recrutement dans les départements de l'Indre, du Cher, d'Indre-et-Loire, du Pas-de-Calais, de l'Aude, de la Haute-Loire, delà Somme, delà Moselle, dans l'arrondissement de Meaux, etc., etc., et de M. Duché sur le département de l'Yonne (Broca, Bech. sur l'ethnologie de la Bretagne : Bidl. Soc. d'anthr., t. Y, p. 146 et 2'' sér., t. I, p. 700; et Nouv. Rech. sur l'antlirop. de la France en général et de la Basse- Bretagne en particulier : Mém. de la Soc. d'anthrop., t. III, p. 147-S;09. — Guihert, Lect. sur l'anthrop. du dép. des Côtes-du-Nord, broch. in-8. Saint- Brieuc, 1864. —Ethnologie armoricaine : 1867. Saint-Brieuc, 1808. — Hector Bertrand, Costa, Peruy, Mouillié, Ruelf, Pitou, Bichon, Allaire : Recueil de mém. de méd.. chir. et pharm. milit., o" série, 1865, t. XIV, p. 289-318; 1866, t. XVII, p. 195-232 et 467-506; 1867, t. XVIH, p. 81-91 et 273-518; 1869, t. XXHI, p. 97-146; 1862, t. VH, p. 130-143, etc., etc — Duché, Une question de race appliquée au département de l'Yonne : Journal la Constitution, 17 nov. 1860).

Sous le rapport ethnologique, l'étude comparative des cantons, parfois même des communes, est nécessaire : car souvent, dans notre pays, les descendants d'une population circonscrite occupent un seul canton, parfois même une étendue beaucoup moindre. Dans le département de la Loire-Inférieure, la population du bourg de Batz, qu'elle soit ou non d'origine saxonne, étudiée par M. Aug. Voisin, n'occupe qu'une région très-limitée (Et. sur la commune de Batz : Mém. de la Soc. d'anthrop., t. II, p. 433-459, et Bull. Soc. d'anthrop., 1" série, t. VI, p. 291).

Dans le Morl)ihan, les 78 familles Acadiennes expulsées par les anglais de la Nouvelle-Ecosse lors de la guerre du Canada, et établies depuis le 29 novembre 1765 à Belle-Isle-cn-Mer, ne constituent qu'une partie de la population de cette île (Chaslc de La Touche, Hist. de Belle-Ile-en-Mer, p. 37 1852, Nantes) .

II en est de même pour les descendants des Écossais de Saint-Martin d'Auxi^ny observés par M. H. Bertrand dans le département du Cher (Et. stat. sur le recrutement dans le département du Cher : Rec. de méd., chir. etphar. milit t. XVIH, p. 475).

Les Lyselards et les Hobrighenarts ou Hautponnais, d'origine soit saxonne, soit plutôt flamande, n'occupent que deux ûmbourgs de Saint-Omer dans le département du Pas-de-Calais ; et, sans prétendre attribuer uniquement à la diversité ethnique une infiuence peut-être due à d'autres causes, il est curieux de remarquer, d'après les recherches statistiques de M. Costa, que de tous les cantons du département du Pas-de-Calais, le canton sud de cette ville comprenant ses faubourgs présente le plus faible nombre de jeunes gens aptes au service militaiie, 609 sur 1000 examinés (Et. st. sur le recrut, dans le Pas-de-

50 FRANGE (a^^thropologie).

Calais: Rev. de mém. deméd.,chir. etpharm. milit., 5^ sér., t. XYI, portant le n° XVII, p. 208).

Enfin quelques descendants des Sarrasins n'habiteraient que la vallée des Bauges entre le lac d'Annecy et Chambéry. (A. Gosse, Bull. Soc. d'anthrop., 1- sér., t. II, p. 385 et 409).

Ainsi que je le faisais remarquer à propos du mémoire de Boudin sur les recrues de haute taille. Si l'on étudiait des divisions territoriales encore plus restreintes que le canton, dans le département des Vosges, qui présente plus du double d'exemptions pour défaut de taille que le département du Doubs, et qui offre la moitié moins de recrues de i'",732 taille des cuirassiers, on pourrait sans doute déterminer ainsi le groupe de familles qui fournit l'énorme proportion de 16 hommes-d'une taille supérieure à l'",895 dont 7 de l'",922, tandis que les jeunes gens du département du Doubs, dont la taille moyenne est la plus élevée, n'ont pas parmi eux un seul de ces géants, qui, pour toute la France, ne sont sur 10,000 recrues qu'au nombre de 56, répartis en 18 départements (Boudin, De l'accroissement de la taille : Mém. delà Soc. d'anthrop., t. II, p. 235, 7 mai 1865, 1865. — Lagneau, Bapp, sur l'anthrop. de la France : Bull. Soc. d'anthrop., 1" série, t. VI, p. 358).

Dans le département des Hautes-Pyrénées, dans la vallée de Luz, suivant Palassou et M. Armieux, auraient existé également de véritables géants, la famille des Prousous ou Esprousous dont les descendants auraient disparu vers la lin du siècle dernier (Palassou. Nouv, mém. pour servira l'hist. naturelle des Pyrénées, p. 113. Pau, 1825. — Armieux, Et. méd. sur Barèges, p. 123-4. Paris, 1871).

Pour faire par cantons ces études de statistique ethnologique en même temps que topographique, il faudrait qu'on pût rassembler les nombreux documents qui, ainsi que le remarque M. Hector Bertrand [loc. cit., p. 185), se trouvent aux archives des préfectures, réunis dans les registres des opérations annuelles des conseils de révision pour chaque canton. Ces documents relatifs à l'armée, ceux fournis par la statistique de la France, les nombreuses topographies médicales, et quelques mémoires de géographie anthropologique déjà publiés, pourraient servir d'éléments à un travail d'ensemble, que viendraient compléter de nouveaux travaux. Ainsi pourrait être constituée pour la France entière une géographie anthropologique et médicale, qui non-seulement, mettrait en lumière les caractères physiques et les prédispositions morbides des différentes races ayant concouru à la formation de notre nation, mais aussi permettrait d'apprécier les influences climatologiques, topographiques ou de milieux sur ces divers éléments ethniques. Ainsi que l'ont exprimé MM. Bergeron etH. Larrey, à l'Académie de médecine, qui compte parmi ses membres les principaux médecins civils et militaires, incombe la laborieuse mission d'accomplir, ou plutôt de diriger cette grande œuvre d'utilité publique (Bergeron et Larrey, loc. cit., Bull, de VAcad. de méd., t. XXXII, 9 et 30 avril 1867, p. 650 et 679.— Bergeron, Rapp. gén. sur les épid. : Mém. de l' Acad.de méd., t. XXVIH, p. Lx, 1867).

Actuellement cette œuvre d'ensemble, cette œuvre considérable n'existe pas. On ne possède que quelques recherches de statistique ethnologique. Bornonsnous à les rappeler, tout en déduisant de statistiques faites à d'autres points de vue quelques minimes remarques explicables par la diversité de races.

Dans ce rapide aperçu ethnologique de notre population actuelle, considérée

FRANCE (anthropologie).

dans son ensemble, devraient être successivement étudiés les principaux caractères anthropologiques différentiels. 11 ne sera question ici que de quelques différences ethniques dans la taille et quelques autres caractères, dans la puberté, la natalité, la morbidité, la mortalité, enfin dans l'accroissement de la population. En dernier lieu, on comparera brièvement la composition ethnique complexe de notre nation avec celle des principales nations de l'Europe.

De la taille. Les principaux documents relatifs à la taille proviennent des opérations du recrutement de l'armée.

En France, depuis la promulgation de la loi du il mars 1852 jusqu'à celle de la loi du 1" février 1868, les jeunes gens ont été exemptés du service militaire lorsqu'ils présentaient une taille inférieure à 1"S56. Boudin, recherchant la proportion annuelle des exemptés pour défaut de taille, de 1851 à 1860, montra que sur 10 000 jeunes gens examinés, alors qu'en 1851 on en exemptait 929 pour défaut de taille, en 1860, on n'en exemptait plus que 600. A cette dernière époque, il y avait donc une diminution de plus d'un tiers des exemptés pour défaut de taille, a C'est-à-dire que 10 000 examinés, qui ne donnaient en 1851 que 9071 jeunes gens ayant la taille légale, en donnaient 9400 en 1860, ou trois cent vingt-neuf en plus. Ce statisticien ajoutait : «Cet accroissement de la taille, en France, n'a rien de suprenant, si l'on considère que les six classes (1851 à 1856) correspondent aux naissances des dernières années du premier empire, époque à laquelle la presque totalité des hommes grands et forts, enlevés par la conscription, ne prenait aucune part à la procréation en France, tandis que, avec le retour de la paix, le contraire dut se produire » (Boudin, De l'accroissement de la taille en France : Mém. de la Soc. d'anthwp., t. II, p. 225, 224. — et Et. ethnol. sur la taille : Rec. des mém. de méd. chir. et pharm. militaires, 1865, et brocli., p. 6).

Bien qu'il soit difficile de déterminer exactement les proportions des exemptés pour défaut de taille, ainsi que l'a fait observer M. Broca, parce que, au nombre des prétendus examinés, se trouvent ordinairement diverses catégories déjeunes gens qui ne sont pas en réalité mesurés, toutes les séries proportionnelles obtenues par les médecins s'étant occupés de ces exemptés, entre autres par MM. Bertillon, Broca, Morache, témoignent d'une notable et persistante, quoique irrégulière diminution.

Le tableau suivant, extrait d'un plus considérable donné par ce dernier médecin, permet de constater que 10 000 jeunes hommes réellement examinés, en 1844- et 1845, donnaient 841 et 848 exemptés pour défaut de taille, tandis qu'en 1867 et 1868 ils n'en donnaient plus que 525 et 506; différences de pi'ès de deux cinquièmes en vingt-cinq années.

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