‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.41Chapitre 39 sur 163 · HABITANTS · texte numérisé non relu

HABITANTS

7 à 8 Supputée d'après les récits de J. César. — lloreau de Jonncs, Èléni. de st., t éd. (1836), p. 293.

Dénonihr. par feux. Manuscrit découvert par Dureau de la Malle.

Montvéran. Bulletin soc.

franc. Stat. univ. 1850, 2" partie, p. 50.

Le duc lie Nevers, vers 1577, Mémoire cité par Moreau de Jonnès. Éléments, p. 147,

Froumenteau, vers 16Û0.

Vauban. Dcnombr. ou supputation des intendants.

Stat. de Fr.

Mirabeau, Yami des hommes.

Expilly. Dict. de Fr., préface.

D'après les enquêtes des intendants. Stat. de Fr. , Moreau de Jonnès.

42 Expilly. Dict., art. Popl-

LATION, p. 808.

Messance, Recher., {0-4°,

45 '^loheau . Recherches sur la

Pop. Fr.

46 iSecker, Admis. /ïrt. ch. IX,

eu 1780. Résultats.

Estimation de Lavoisier.

Résultats.

48 Estimation de Condorcet,

Lavoisier.

50 Relevé des rôles d'après les

ordres de l'Ass. nation, (Arth. Young).

30 De Prony. Ann. long, an V.

Ann. long, an Vlll\

On voit par cette succession avec quelle lenteur s'est constituée, s'est accrue,

notre population française (je ne parle pas de l'accroissement de territoire),

puisque sa densité de 54 habitants par kilomètre carré au commencement du

dix-septième siècle (l60l) n'était encore que de 50 deux cents ans après (1800) ;

» L'Ann. de l'an VU dit 57 860 4(30 habit, d'où il faut ôter 3 722 802 pour le territoi re perdu, et ajouter pour la Corse, non comprise, 160 000 environ.

406 FRANCE (démographie).

tandis que de 1801 à 1870 la densité a dépassé 70 habitants par kilomètre carré, c'est-à-dire s'est accrue environ comme 100 : 140.

Sous une autre forme, l'accroissement avait été par kilomètre de 16 en deux siècles, soit de 0,08 par année, tandis que depuis 1800 le croît a été de 20 personnes par kilomètre, soit 0,28 par année, c'est-à-dire trois fois et demie plus grand! Si, pour écarter toute contestation de cette remarquable conclusion, on part du dénombrement effectif (?) des intendants sous la direction (?) de Vauban en 1698, et donnant 58 habitants par kilomètre carré, on a, dans le siècle qui a précédé la Révolution, un gain de 12 habitants, soit 0,12 par an, tandis qu'il s'élève à 0,28 après la Révolution, soit 2 fois 1/5 autant. Est-il permis de douter de l'action bienfaisante qu'a entraînée l'application, même fort mitigée, de ce que l'on appelle les principes de 89, qui, à bon droit, excitaient la reconnaissance et l'enthousiasme de nos pères?

Rapports des sexes, des groupes selon l'état civil et l'âge de la population française avant la Révolution, comparés à ceux de notre temps. Après avoir fait connaître les nombres absolus de la population française et son croît comparé avant et après la Révolution, il faudrait faire le même travail pour les différentes catégories dont se compose la collectivité française, c'est-à-dire suivant les sexes, les groupes d'âge, les états civils, les professions. Mais, pour cela, les documents sont fort insuffisants. Le peu que nous avons ne s'applique qu'à de petits dénombrements partiels de quelques généralités, de quelques paroisses et plus rarement d'une province entière. La plupart de ces documents ont été réunis par Moheau que l'on a prétendu à tort cacher la personnalité de Montyon^ Ce petit volume, aussi rare que précieux, a pour titre : Recherches et considérations sur la population de France, Paris, 1778, et a pour épigraphe une phrase

* Nous avons à cœur de rétracter ici une erreur que nous avons longtemps partagée. Nous avons écrit, sur la foi de plusieurs, que Moheau était un pseudonyme de Montyon. C'est là une assertion absolument controuvée. Moheau est, à la vérité, une personnalité modeste, sur laquelle les biographies se taisent absolument, mais puisqu'il nous a laissé un livre d'une très-grande valeur, et l'on peut dire : le premier livre vraiment consacré à la démographie française, il ne faut pas le dépouiller, fût-ce au profit d'un riche financier même philanthrope !

L'erreur que nous combattons est une assertion sans preuve qui s'est passée de main en main ; mais elle n'a pas d'autre fondement qu'un dire très-peu aflirmatif, d'ailleurs, de Laiande qui, mie année après le livre de Moheau, écrit en parlant de ce livre : « Cet ouvrage dont on a fait grand cas, est attribué en partie à M. de Montyon, conseiller d'État. » Celte phrase qui est l'origine et le seul appui de la légende faisant de Moheau un pseudonyme de rûontyon, et l'on voit qu'elle détruit la légende, car ces mots : « est attribué en partie », implique : 1» que Moheau existait, et 2° qu'on ne contestait pas qu'il fût, au moins en partie, l'auteur du livre (Journal des savants, avril 1779, édit. de Pans, in-fol., p. 220). En outre, dans le même journal, on trouve, un mois ou deux après, un compte rendu du livre de Moheau, où l'on ne fait aucune allusion à cette prétendue collaboration de Montyon. J'ajoute qu'ayant lu plusieurs écrits de Montyon et, entre autres, son « éloge du chancelier de l'Hôpital » imprimé en 1777, par conséquent à très-peu près contemporain « des Recherches » de Moheau dont le permis d'imprimer est aussi de 1777, j'ai été surpris de la différence extrôme du style, façonné, ampoulé au plus haut point et rien moins que clair dans Montyon, tandis qu'il est clair et naturel dans Moheau. En lisant l'avis au lecteur si simple de Moheau, on se convainc encore plus que c'est bien là l'auteur du livre ; mais il cite, p. xu, « un entre autres (savants l'ayant aidé) auquel, dit-il, je dois tout, et qu'il ne m'est pns permis de nommer..., etc. « L'avis de Laiande peut nous faire présumer que cet un est Montyon qui, par ses conseils, par les documents et les ouvrages mis à sa disposition, penl-ètre par sa bourse, aura aidé le modeste Moheau à faire et à publier son livre. Mais il n'en reste pas moins fort vraisemblable qu'il en est l'auteur véritable, le travailleur modeste auquel doit aller notre gratitude.

FRANCE (démographie).' 407

de Bacon que je me plais à citer parce qu'elle indique que Moheau avait déjà le sentiment très-net de l'importance de la démographie : « Ergo rem qnam acjo, non opinionem, sed opus esse, eamqiie non sectœ alicujus aut pJaciti, sed utilitatis esse et amplitudlnis immensœ fmidamenta^. »

Étudions d'abord, sur les dénombrements partiels que fournit Moheau, le rapport des deux sexes. Ce rapport est en effet variable suivant les temps et les lieux. En France, après nos désastres de 1870, il se trouve (en 1872) 992,4 hommes pour 1000 femmes; mais avant la guerre, le nombre des hommes dépassait un peu celui des femmes et l'on comptait environ 1005 hommes pour 1000 femmes. Or, vers le milieu du siècle passé, il ne se rencontrait, suivant les lieux, que 890 à 894.

Sous les rapports plus importants de la distribution de la population par grands groupes d'âges, d'après les relevés fournis par Moheau (p. 92), sur 1000 personnes du sexe masculin, il y en avait :

533,5 au-dessous de 16 ans, et en 1866 29ïJ

500,0 dt' 16 à 50 ans, et en 1866 encore 50J

166,5 au-dessus de 50 ans, — 2U8

Il semblerait donc que nous n'avons pas plus d'adultes en 1866 qu'autrefois ; mais c'est là une apparence qui vient de ce que nous prenons les adultes à partir de 16 ans et que les rangs plus touffus de ces jeunes adultes en imposent. En effet, si on les compte à partir de 20 ans (ce qui est certainement plus légitime), ou trouve que dans le dix-huitième siècle sur 1000 hommes de tout âge, il y en avait à peine 407 de 20 à 50 ans et, en 1866, il y en a 433, ou encore au dix-huitième siècle 413 de 20 à 60, et en notre temps 533. Ainsi, plus d'enfants, moins d'adultes, et beaucoup moins de vieillards, tel est le caractère de notre ancienne population française d'avant la Révolution ; c'est encore celui des populations allemandes et anglaises.

Il n'est pas moins intéressant d'étudier notre vieille population française sous le rapport de l'état civil. Les tableaux suivants résument ce que nous savons sur ce sujet.

COMPOSITION DE LA POPULATION FRANÇAISE DANS LA SECONDE MOITIÉ DU DIX-HUITIÈME SIÈCLE AVANT 1789, COMPAREE A CELLE DE 1866

(Le census le plus complet de notre temps) Armée hors le territoire et enfants omis étant restitués.

POUR lOOOO PERSONNES, COMBIEN :

xviii" (vers 1770). XIX" (1866).

Époux 1.827 1 2.016 i

Epouses 1.8-27 j ^■''^* 2.003 \ ■* "'^

Veufs 298 j -gg 253 i --„

Veuves 488 j ""' 485 j ^^^

Célibataires au-dessus de lï ans :

Garçons 957 1 , onc 1-567

FiUes 969

Célibataires au-dessous de 13 ans, ou enfants •

Ga'Çons 1.863 j - ... 1.374 ( a ,,„

Filles 1.791 j ^•'^^* 1.544 1 ^-^'^

^ « La question que j'agite n'est pas une opinion, mais une œuvre, non de sectaire ou de plaisir, mais posant les i'oudements d'une science d'une utilité ei d'une portée immenses. »

408 FRANCE (démographie).

En résumé :

Au-dessus de 15 ans :

Hommes ô.OG^ 3.650

Femmes 5.284 5.6i6

Personnes au-dessus de io ans 6.546 7.282

Au-dessous de 15 rt/is .• } 10.000

Enfants 3. 654 2.718

Ou encore :

Hommes ^ 4.925 5.010 1 ,r. „„„

Femmes 5.075 4 990 i '""""'^

Ou l'.710 hommes 10.040 liomnies,

pour 10.000 femmes.

Ainsi, il y avait autrefois moins d'époux et d'épouses, et un peu plus de \eufs et notablement plus de veuves. Mais, surtout, il y avait beaucoup plus d'impubères (365 au lieu de 272) K Mais, fait fort inattendu, parmi les nubiles il y avait moins de célibataires légalement aptes au mariage (au-dessus de 15 ans) et dits adultes.

Il est aussi intéressant de noter qu'au dix-huitième siècle il y avait plus de célibataires parmi les femmes que parmi les hommes, et que c'est le contraire en notre temps.

Pourtant, il y a lieu d'observer que la population française du dix-neuvième siècle, telle que nous la considérons ici, comprend l'armée et déplus les garnisons hors le territoire français (Italie, Algérie, Colonies et Orient), ordinairement omises dans les relevés officiels, mais que nous avons pris soin d'ajouter à nos adultes mâles et célibataires et constituant pour l'armée entière (en 1866, par exemple) une population militaire de 434 000 célibataires obligés, plus quelques milliers d'officiers mariés, sur 19 218 750 hommes, soit 22,6 par 1000; ou, si on ne considère que les hommes au-dessus de 15 ans, au nombre de 13 926400 (armée comprise), on trouve alors 31 militaires célibataires par 1000 hommes au-dessus de 15 ans, ou 15,6 par 1000 pubères des deux sexes. Or, nous ne savons pas si la milice, certainement moins nombreuse au dix-huitième siècle, entrait ou non dans les dénombrements partiels ci-dessus cités ; mais il faut avouer que si, de nos jours, on retirait l'armée du nombre de nos vivants au-dessus de 15 ans, on ne trouverait plus que 176 garçons et 162 filles célibataires nubiles au-dessus de 15 ans, ce qui s'éloigne moins notablement du passé. Malgré tout, on voit qu'il nous reste moins de célibataires adultes.

Cependant, le grand nombre d'impubères de notre ancienne population peut

* Il faut pourtant remarquer que ces rapports résultent de dénombrements partiels et portant sur des populations peu nombreuses, donnés par Moheau. Les documents réunis par Duvillard (de Genève) semblent reposer sur des enquêtes plus complètes; mais ce savant mathématicien qui, pour la construction de ses tables de mortalité, avait besoin de l'hypothèse d'une population stationnaii'e et dans laquelle les décès égalent les naissances, a été amené parla à diminuer le nombre des enfants des premiers âges. Donc, suivant lui, sur 1000 vivants, il y avait 3 1 2 enfants au-dessous de 15 ans, et 688 adultes ; c'est encore bien plus que de nos jours. Mais l'hypothèse d'égalité entre les naissances et les décès, sur laquelle reposent ces nombres, est fort loin de la réalité, puisque tous les documents du temps accusent 39 à 40 naissances par 1000 habitants, et 30 à 35 décès (et plutôt 33 à 34 ; selon l'hypothèse de Duvillard (hypothèse nécessaire à ses développements théoriques), il faut admettre 34,75 naissances et autant de décès par an et par 1000 personnes. Nous voilà bien loin de la réalité.

FRANCE (démographie). 409

masquer les rapports des autres groupes; il est bon, pour en mieux juger, de défalquer les impubères de part et d'autre. On trouve alors que sur 1000 personnes de plus de 15 ans, il y avait 288 époux et autant d'épouses (aujourd'hui [1866] environ 276), avec 47 veufs et 77 veuves (maintenant 34 à 35 veufs et 66 à 67 veuves), enfin 148 garçons et 152 fdles de plus de 15 ans, non mariés (tandis qu'on en compte, de notre temps, 188 dont 15,6 soldats, et 159 filles nubiles) ; ainsi le nombre de nos garçons non mariés reste encore bien supérieur à ce qu'il était autrefois (dans le rapport de 100 : 127); aussi avons-nous notablement moins de gens mariés (par 1000 mariables) et (sans doute par suite de ce moindre nombre d'époux, mais aussi par le fait d'une moindre mortalité) moins de veuves (100 : 87) et surtout de veufs (100 : 73). Quant au rapport des sexes à l'une et l'autre époque, il est bon de le mettre en évidence dès maintenant, comme nous l'avons fait dans notre précédent tableau : car il est l'indice d'un mouvement fort remarquable que nous aurons à signaler plus tard. Quoi qu'il en soit, on constate, dans ce même tableau, qu'au dix-huitième siècle, il y avait plus de femmes que d'hommes (pour 1000 femmes 97 1), tandis qu'en 1866 on comptait un léger excédant d'hommes (1004 par 1000 femmes).

Professions. Moheau annonce 83 domestiques attaches aux personnes par 1000 habitants; le census de 1866 n'en dénonce que 59 à 60.

Quant au nombre des ecclésiastiques séculiers (curés, vicaires, etc.) et réguliers (moines et nonnes), il a singulièrement varié. Vers le milieu du dixseptième siècle, au temps de Colbert, on en comptait environ 14 par 1000 habitants, ou mieux 22 pour 1000 habitants au-dessus de 15 ans; puis, au milieu du siècle suivant, il n'y en a plus que 13 au lieu de 22; et plus près encore des effluves de la Révolution, 8 à 9. En 1866, j'en trouve encore 5 à 6 pour 1000 habitants au-dessus de 15 ans.

En ce temps, il y avait aussi la classe des nobles. On en comptait un nombre très-variable, suivant les provinces. Dans la généralité de Tours, sur 312 188 habitants, il y avait 858 personnes nobles (hommes, femmes et enfants), soit 2,75 par 1000; 3,6 dans la généralité de la Rochelle. « Mais en Lorraine, Bretagne, etc., il s'en trouvait bien davantage. » (Moheau).

Nuptialité'- générale. D'après Moheau, on comptait alors 877 mariages par 10 000 (ou tin mariage sur 114 personnes), et de notre temps à peine 80 (un mariage sur 120 personnes). Ainsi il paraît qu'il y avait notamment plus de mariages, et pourtant, dans ces 1000 personnes, nous venons de voir qu'il y avait beaucoup moins de personnes mariables (191 célibataires aptes au mariage ou âgés déplus de 15 ans, au lieu qu'il s'en trouve 253 aujourd'hui, c'est-à-dire dans le rapport 100 : 133). Et cependant, ce groupe de 1000 vivants, ayant beaucoup moins de mariables, fournissait plus de mariages annuels ! Le manque de documents ne nous permet pas d'autres investigations sur ce point.

* Autrefois, attablé à mon bureau, j'ai créé l'expression matrimonialité pour exprimer le rapport des mariages annuels aux vivants ; mais depuis, charge d'un enseignement oral, j'ai été désagréablement frappé de la longueur de ce mot, de la fatigue de la langue et de l'oreille résultant de sa répétition; c'est ce qui m'a conduit à le changer en celui plus court et plus euphonique de nuptialité [nuptiœ, nocesi. Je prie ceux qui ont fait bon accueil à ce premier néologisme, et ils sont nombreux, de conserver leur bienveillant ooncours au second, certainement meilleur.

410 FRANGE (démographie).

Natalité générale. D'après les documenls de Moheau, je la trouve de 40 naissances par 1000 habitants. Mais ici, il faut encore remarquer que ces 1000 habitants renferment bien moins de nubiles et à peine 366 époux, alors que de notre temps, il s'en trouve plus de 400; ou plus ge'néralement, alors que nous ne comptons que 738 nubiles (dont 364 femmes) âgés déplus de 15 ans par 1000 habitants, au siècle passé, il y en avait à peine 635 dont 318 femmes nubiles. Et pourtant ce moindre nombre de personnes aux âges de fécondité (moindre dans le rapport de 100 : 86) fournissait plus de naissances dans le rapport de 100 : 65 ! ou sous une autre forme : 1000 femmes nubiles fournissaient annuellement 1 26 nouveau-nés, et aujourd'hui 72,2. La différence de ces deux fécondités est dans le rapport de 174 : 100!

Fécondité. Pour diverses populations françaises recensées et comptant ensemble près de 100 000 femmes, Moheau annonce (p. 151), année moyenne, 77 naissances par 1000 femmes de tout âge ; aujourd'hui, nous n'en avons plus que 53, c'est-à-dire une fécondité amoindrie dans le rapport de 145: 100 ! Plus loin le même auteur constate, sur un relevé de près de 8000 épouses, environ 220 naissances par an et par 1000, alors que de notre temps il n'y en a que 1 23; le rapport entre des deux fécondités est comme 178 : 100.

Moheau fournit aussi un renseignement que nous sommes encore à désirer aujourd'hui, à savoir : sur un relevé de 5285 familles, il y en a 1444 sans enfants, 1555 avec un enfant, 1115 avec deux, 671 avec trois, 565 A^ec quatre, 205 avec cinq, 84 avec six, 52 avec sept, 8 avec huit, 9 avec neuf, 1 avec dix ^.

En moyenne, un peu moins de 1,7 enfant par famille encore existante. Voilà une donnée extrêmement intéressante, qui nous manque presque absolument de notre temps. Le seul et unique recensement de 1856, fort médiocre sous d'autres rapports, nous a annoncé qu'alors, sur 1000 familles complètes (les deux époux vivants), il yen avait 845 ayant des enfants, mais seulement 780 par 1000 veuves, et 790 par 1000 veufs.

Ensemble, sur 1000 familles, 835 ont des enfants, mais sans qu'on en dise le nombre, tandis que les documents de Moheau ne trouvent que 730 avec enfants, et cela malgré le plus grand nombre de naissances produites par les mères du dix-huitième siècle, apparente contradiction qu'exphque sans doute la plus grande mortalité des jeunes enfants du dix-huitième siècle : morts jeunes, ils comptaient comme naissances et non comme enfants vivants le jour du dénombrement. Mais il nous est impossible de dire combien ces familles ont d'enfants vivants un jour quelconque, renseignement capital qu'on a jusqu'à ce jour demandé en vain à l'administration. En comparant les naissances (il ne dit pas si ce sont seulement les légitimes) aux mariages, il trouve 4,83 naissances par mariage. Aujourd'hui ce rapport ne donne pas 3,1 enfants par mariage; encore avons-nous prouvé ailleurs que le calcul par lequel on trouve ce rapport est rien moins que rigoureux. Moheau remarque que cette fécondité des mariages est fort variable, même en France ; elle s'élève à 5,23 en l'île de Ré et s'abaisse à 3,9 en pays marécageux (élection de Marenne).

Elle était alors moindre en Prusse (4,24) qu'en France (4,83!); les choses ont bien

* Et ailleurs (p. iôi de Moheau), dans un relevé ayant en vue des familles nombreuses, il nous apprend sur 57 555 familles, il y en avait 555 ayant six enlànts; 214 en avaient septi 96 huit ; 40 neuf; 15 dix; 7 onze; 2 en avaient douze, et 1 en avait treize.

FRANCE (démographie). 411

changé! Enfui il constate, au dix-huitième siècle comme en notre temps, et même d'une façon peut-être plus marquée, que c'est en avril, mais surtout en juin, qu'il y a le plus de conceptions, et en octobre et septembre qu'il y en a le moins ; sur ce point je remarquerai seulement que, si les documents du dixhuitième siècle, dont on peut contester la valeur, sont pourtant assez précis pour marquer nettement des influences aussi légères que celles des mois sur la natahlé, on peut les rcgai'der comme assez exacts pour nous indiquer la direction des grandes lignes que nous leur demandons ; par là ils font la preuve de leur valeur.

11 nous reste à parler de la mortalité comparée du dix-huitième et du dixneuvième siècle.

Mortalité Comparée du xviii*' et dz xix^ siècle; difficultés du sujet; causes d'erreur. C'est un sujet dont l'importance est manifeste, mais des plus difficiles à élucider. 11 en a égaré beaucoup, et notamment ceux qui, il y a quelque vingt ans, ont annoncé avec tant de fracas que la mortalité de nos jeunes adultes est plus élevée en notre temps qu'elle ne l'était au siècle passé. Il:s tiraient cette conclusion importante de la comparaison fallacieuse des « mor. tuaires » (listes des décès à chaque groupe d'âges) du siècle passé avec celles du nôtre. Nous résumons deux de ces mortuaires, car toutes ont la même forme et conduisent aux mêmes conclusions.

COMPARAISON DE DEUX MORTUAIRES (lISTE DE DÉCÈS PAR AGES ) DE FRANXE, l'uKE du XVIII'" et l'autre du XIX" SIÈCLE.

DECES PAR AGES

xviii* siècle, vers 1770.

(Moheau).

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