‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.41Chapitre 45 sur 163 · I- OO lî» IiT rN L · texte numérisé non relu

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DICT. EKC. 4° S. V.

418 FRANCE (démographie).

les vivants apparaissaient et disparaissaient plus vite de la scène du monde ou du sol national, et, d'après ce que nous avons dit à l'article Mortalité (p. 726) de la mort pi'ématurée et de ses effets désastreux sur les collectivités, on peut voir combien, au seul point de vue économique, cet état ancien était inférieur à celui de notre temps. En un seul point il me paraît l'emporter, c'est en ce qui concerne les mariages plus nombreux, l'accroissement annuel de la population, non pas l'accroissement de fait (la rareté et l'imperfection des dénombrements ne permettent pas de le constater, et le peu qu'on en soupçonne témoigne de sa lenteur) ; mais en temps normal le croît physiologique, résultant de l'excès des naissances sur les décès, qui était près du double de ce qu'il est aujourd'hui.

Cependant les calamités publiques plus fréquentes, et surtout la disette et la guerre, les pertes dues à une émigration plus active, semblent avoir en partie neutralisé cet avantage : car, en dernière analyse, nous avons constaté une grande lenteur dans l'accroissement des Français, de sorte que, malgré les affirmations contraires, il me paraît que, même à ce seul point de vue, il n'y a rien à regretter dans cet ancien état de choses.

XIX^ Siècle. Divisions du sujet. Pour le XIX^ siècle, notre étude de la France se divisera en deux parties distinctes :

B. Dans la première I (p. 418), nous ferons connaître la France dans son ensemble ;

C. Dans la seconde II (p. 453), nous étudierons la démographie française par <lépartements ;

Dans une annexe de cette seconde partie D (p. 548), nous donnerons, comme exemple de lecture et d'interprétation de nos tableaux numériques par départements, la monographie d'un département quelconque (Seine-et-Marne).

B. I'* Partie. France dans son ensemble. Nous avons suivi l'accroissement de la population française jusqu'à la fin du siècle, alors qu'elle s'élevait à peu près à 50 habitants par kiloniètre carré (K^). Depuis cette époque, elle se développe lentement, mais régulièrement, comme le montre le tableau précédent :

Mesure de V accroissement de la population française pendant le XIX^ siècle. Ce premier tableau numérique permet de suivre, année par année, et sur les nombres absolus, le développement de la population française; on en trouvera le résumé dans la colonne 7, à savoir :

D'abord le croît annuel par 1000 habitants calculé d'après deux bases différentes :

1° D'après la comparaison des dénombrements successifs {croît de fait) ;

2" D'après la comparaison des naissances et des décès pour 1000 habitants pendant la période décennale {croît physiologique) ;

Ensuite, le croît depuis le commencement du siècle pour une population initiale (en 1801) de 1000, laquelle, en vertu des inlluences complexes qui agissent sur l'accroissement des collectivités (excès des naissances sur les décès, et mouvements migratoires) , devient 1055 en dix ans; 1127 en vingt ans ; 1204 en trente ans; 1260 en quarante ans; puis 1321 en cinquante ans; puis 1351 en soixante ans et sans les annexions (Nice et la Savoie), ou 1377, annexions comprises; et enfin en 1869 (en 69 ans) 1195, ou environ 1400 en 1870 (en 70 ans) et sans les annexions, ou 1420 avec elles. Mais alors la conquête prussienne nous fait rétrograder à 1350, annexions et pertes comprises.

FRANCE (démograptiie). 419

Il ne faudrait pas en conclure, puisque le croît a été d'environ 400 par 1000 en 70 ans, qu'il est de 400/70 par an (ou de 57) par période décennale ; car, en faisant ainsi, on ne tiendrait pas compte de la règle d'accroissement des intérêts composés qui, en principe, tend nécessairement à régler l'accroissement des vivants, puisque le croît contribue bientôt lui-même à l'accroissement, ce qui constitue la raison de l'intérêt composé. L'examen des faits vérifie la justesse de cette vue ; en effet, étant donnée , d'une part, la succession du nombre des vivants par période décennale, soit les nombres absolus du tableau : 27 550 000, 28 840 000, etc., soit les nombres proportionnels (col. 7) : 1055;

1127; 1204; 1395, en partant de 1000 à l'origine (i80l). D'autre part,

si on calcule l'accroissement par 1 000 en chaque période décennale considérée isolément, on trouve alors que cet accroissement est comme 1000 : 1055, soit 55 par 1000 pendant la première; comme 1000 : 1068, soit 68 par 1000 pour la suivante; 47 pour la quatrième et la cinquième; puis 23 pour la suivante 1851-1861 (il faudrait dire 42 si on comprenait le croît dû à l'annexion) ; enfin, pour la dernière période de 9 ans, 1861-1869, 1027 et mieux 1030, en complétant proportionnellement la période décennale 1861-1870-

Cependant, en faisant la somme de tous ces accroissements décennaux

55 -t- 68 + -1-30, on trouve 337 (au lieu des 400 constatés), pour les

sept périodes décennales ou 48.15 comme croit moyen par période décennale moyenne, au lieu de la valeur ci-dessus 57 qui en diffère, parce- qu'elle comprend, en sus du croît moyen décennal, le croît du croît ^.

Je sais bien qu'il semble que la même raison pourrait empêcher, étant donné l'accroissement moyen des périodes décennales 48,15, d'en déduire, par simple division, le croît annuel 4,81 ; mais ici le travail serait si long, tandis que l'écart, s'il existe, est fort minime : car les nouveau-nés ne produisent pas de suite un excédant, de sorte que les différences sont peu appréciables, moindres que celles résultant de l'ensemble des autres causes d'erreurs ; c'est pourquoi nous croyons devoir nous en tenir à cette approximation.

Nous disons donc que l'accroissement moyen de la population française, de 1801 à 1870, est de 4,81 par an et par 1000 ; mais si on partait seulement de 1830, il ne serait que de 3,65 sans annexion (4,17 avec annexions), car notre croît va toujours en diminuant : si bien que, si nous nous en tenions à la période encore plus récente que j'ai plus particulièrement étudiée (1856-1866 ou bien 1851-1869), ce croît ne serait plus que de 3,5 par an et par 1000.

On a vu que jusqu'ici nous mesurons cet accroissement par an et par 1000 ; c'est là le seul procédé scientifique qui constate le fait, sans présumer de l'avenir. Cependant, nous devons dire un mot d'une autre méthode qui a été tort en vogue, c'est celle qui consiste à calculer en combien d'années la population serait doublée, en supposant qu'elle continue à croître préci-

* En étudiant par ces deux méthodes un pays comme l'Angleterre, où le croît est beaucoup plus énergique qu'en France, on doit trouver que l'écart des 'deux résultats (s'il est dû au croît du croit ou à l'intérêt composé) est beaucoup plus accentué. Et en effet, en Angleterre, depuis 1801 à 1871 l'augmentation en bloc est comme 1000 : 2527, soit de I 527 pour 1000,' ce qui donne pour accroissement annuel 1577/ 70 = 2 ( ,83, tandis que la moyenne décennale delà somme des croîts de chaque période décennale est de 14,3. (Le croît de chaque période décennale = I 43 -|- I 80 +159-1- 1 45 + ( 27 -f ( f 8 + 131 = 1001, qui, divisé par 70 ans, donne un croît annuel de 14,3.) Ainsi entre ces deux valeurs il y a un écart de 14,3 à 2 1 ,83, ou comme 1000 : 1 525, tandis qu'en France ce même écart n'est que de 1000 : 1 I 62 ; la différence de ces écarts est donc conforme à notre théorie de l'accroissement de la population en progression géométrique.

420 FRANCE (démographie).

sèment comme dans la période observée. Ce mode d'appréciation est plus que médiocre, d'abord parce que le croît d'une population est essentiellement irrégulier, tantôt accéléré, tantôt retardé, sans qu'il soit même possible d'assigner à ces variations une moyenne quelque peu constante, de telle sorte que les années de prétendu doublement calculées pour une période, sont toujours démenties par celle des périodes précédentes ou suivantes. On peut se faire une idée du ridicule de cette prétendue mesure par l'inspection des résultats obtenus par ceux qui s'en servent. Ainsi M. Legoyt [Journal de Siat., 1867, p. 166) annonce sérieusement que l'accroissement de la population française a été tel que, dans la période 1801-1806, sa période de doublement s'annonçait de 76 ans, mais dans la période suivante 1806-1821, elle ne s'annonçait plus que de 224 ans, puis 1821-1831, de 101 ans ; de 1831 à 1836 en 112 ans ; puis dans les cinq ans après en 170 ans, puis de 1841 à 1846 en 102 ; mais à partir de 1846 à 1861, ce doublement ne doit plus se faire qu'en 315 ans; ensuite en 347 ans ; puis en 217 ans; 187, etc. ! Le sens commun proteste contre cette forme prophétique pour un avenir qui ne vient jamais. Que l'on dise donc modestement, dans la période 1841-1851, l'accroissement a été de 4,7 par an et par 1000 habitants ; dans la suivante, seulement de 2,3, etc., on restera dans la rigueur et dans le langage qui convient à la science ^.

Cependant, à côté de cet accroissement de fait accusé par les dénombrements successifs, il -y en a un autre résultant de l'excès des naissances sur les décès, je l'appelle accroissement physiologique ; celui-ci, il est vrai, ne tient pas compte des mouvements migratoires ; nous en ignorons le montant en France, mais on les estime peu importants.

Nous mettons en présence ces deux modes d'accroissement dans le petit tableau suivant :

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