‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.41Chapitre 62 sur 163 · ENT · texte numérisé non relu

ENT

Total.

ÔU5

2fi9

Rhône

Bouches-dii-Rliône

Seiae-et-Oise

Nord

Gironde

Marne

Var

Seine-et-Marne

Creuse • •

Cantal

Puy-de-Dôme

Tarn

Lot

Lozère

Côtes-du-Nord

Corrèze

Moyenne par ( sans armée. .

JOOO HABIT. 1 avec armée. .

Ainsi, sur 1000 domiciliés sur le territoire français en 1866, il y a environ l'ï étrangers et 983 Français, dont il6 n'habitent pas le département où ils sont nés. Mais, dans le département de la Seine, il n'y en a que 34? qui y sont nés ! Le Parisien de naissance est rare à Paris.

Popuiation selon les cultes. Par 1000 habitants, 975 sont JeWares catholiques; as dissidents (mais 48 dans l'armée), dont 2» protestants, 8,3 israéliles, et 0,6 de culte inconnu ou sans religion.

Les départements qui comptent le plus de protestants étaient : 1« Bas-Rhin, 313; 2' Gard, 288 ; 3' Lozère, 156 ; 4' Drôme, 1 18 ; S'' Ardèche, 1 16 ; 6* Doubs, 114; T' Deux-Sèvres, 1 12; 8' Haut-Rhin, 102 ; rTarn, 47 ; 10^ Tarn-et-Garonne, 44; ir Calvados, 39.

Ceux qui comptent le plus d'israélites étaient : r le Bas-Rhin, 37 ; 2* Haut- Rhin, 28; 3' Moselle, 17 ; 4" Meurlhe, 12,4; 5' Seine, 10,3; 6' Bouches-du- Rhône, 6 ; 7^ Vosges, 4.

Mouvement de population en France, en général. Ayant déjà traité ces sujets dans nos grands articles de ce Dictionnaire : Mariage, Mortalité, Mort- M et Natalité {Voy. ces mots) ; nous n'y ajouterons rien ici. Mais dans notre seconde partie de la France par département, ci-après, nous ferons précéder chaque étude de quelques Généralités et AdditiOxNs sur ces mouvements.

C. II. Etude de la frange par département. La France, ainsi connue dans son -ensemble, il convient d'en poursuivre l'étude en chacun de nos 89 départements

454 FRANCE (démographie).

(avant 1871)- Nous avons résumé ce travail dans les tableaux numériques annexés à cette monographie. C'est là le résultat d'un immense travail, puisqu'il enserre tous les faits démographiques qui se sont passés en chaque département dans la période décennale 1856-1865 (et pour les décè?. 1857-1866), et la moyenne des Irois dénombrements (ou census, car avec les nglais, nous préférons ce mot plus court) 1856, 1861, 1866, avec correction pour les omissions : 1° de la population enfantine (0-5 ans), rétablie en chaque déparlement, d'après lesmouvements de l'état civil (naissances et décès de 0 à 5 ans, et de 0 à 10 ans pour la France entière) ; 2° des gnrnisons moyennes de chaque département, et 5*> pour la population entière de France, augmentée des garnisons hors du territoire, constamment omises dans nos dénombrements.

Énumération sommaire des grands tableaux numériques de III à XL Ces tableaux peuvent d'abord paraître d'une interprétation difficile, mais une étude un peu attentive permettra de voir que, par eux, on peut faire, et trèsrapidement, l'histoire démographique d'un département quelconque. Comme modèle de cette mise en œuvre, nous avons annexé à ce travail la monogi^aphie du département de Seine-et-Marne, pris au hasard. On pourra donc faire de même l'histoire de n'importe quel autre département et déterminer avec précision ses qualités démographiques. Des nécessités typogiaphiques nous ont souvent obligé de sacrifier un ou deux chiffres décimaux dans ces tableaux pour faire l'erreur moindre, nous avons forcé le chiffre précédent, lorsque la décimale supprimée dépassait 5. Dans notre texte, nous avons rétabli les décimales supprimées.

Enumérons d'abord rapidement l'objet de chaque tableau.

Le tableau III fait connaître d'abord [1] la superficie en kilomètres carrés (k^) de chaque département ; puis [2] sa population moyenne dans la période 1856-66 d'après une moyenne des trois census 1856, 1861, 1866. La colonne suivante [31 donne la population spécifique moyenne, ou nombre d'habitants par R-, pendant celte même période. La 4^ travée montre la composition de la population selon trois groupes d'âge répondant à V enfance (0-15 ans), l'âge adulte de force et de production, et de reproduction (15-60 ans), et le vieil âge (60-&j)- La travée suivante, ou [5*], donne la proportion des sexes pour chacun de ces groupes d'âge; elle dit, pour chaque groupe d'âge combien on rencontre d'hommes^ pour 1000 femmes en chaque département. La [6^] mesure l'accroissement de cette population en chaque département : dans la colonne (a), on présume ce que devrait être ce croît d'après l'excès des naissances sur les décès, et en colonne (b), on dit ce qu'il a été en fait d'après les dénombrements. On remarquerai que tous ces nombres sont en même temps accompagnés d'un numéro d'ordre qui leur donne de suite une valeur, en apprenant le rang qu'occupe le département sous tel rapport parmi tous les autres. Ainsi, je lis (tabl. IV, travée [10],. col. {b) que, sur 1000 femmes nubiles (âgées de plus de 15 ans), le département de l'Yonne compte 639 épouses ; je puis hésiter sur la signification de ce nombre ; est-ce beaucoup? — assez.? — ou trop peu? Mais si je sais en outre que les départements de la France étant rangés par ordre croissant du nombre, ou plutôt de la proportion des épouses qu'ils possèdent, de sorte que ceux qui en ont le moins sont en tête, et ont pour numéros d'ordre 1", 2% 3% etc., et que ceux qui en ont le plus ont le 88", 89" numéro d'ordre. Alors, constatant que le département de l'Yonne occupe le 85" rang pour le nombre de ses épouses, j'en conclue-

FRANCE (démographie). 455

rai qu'il est parmi ceux qui comptent le plus de femmes mariées, etc. Ainsi ces

numéros d'ordre donnent de suite une signification au nombre proportionnel cité.

Enfin les deux dernières travées de ce i" tableau [7] et [8] donnent les résul-

ats bruts (sans correction pour les enlants omis) pour le dernier dénombrement

de 1876 et la population spécifique qui en résulte.

Les travées suivantes [9«^], [10^], [H^], [12«], [15^], [14«],]15«], dutabl. IV donnent la composition de la population féminine en chaque déparlement, combien de filles nubiles, d'épouses, de veuves; combien de chaque catégorie ont moins de 45 ans, ou ont dépassé cet âge, division importante au point de vue de la fécondité possible. Les travées [16^], [i 7^], [18«1 et [19*^] donnent les mêmes renseignements, les premières pour les hommes, et les dernières pour les deux sexes pris ensemble. On remarquera dans les travées [19] et [20J une catégorie sociale spéciale, que j'appelle les mariables, et qui se compose de tous ceux qui, ayant atteint ou dépassé l'âge légal du mariage, ne sont pas encore mariés; je désigne, parle symbole îp cette population spéciale : IP', mariables hommes, et ÎP" mariables femmes. Cette catégorie, fort importante à considérer, puisque c'est elle seule qui est apte à fournir les éléments de trois faits sociaux du plus haut intérêt : premièrement et les naissances illégitimes ; secondement la population se mariant, ou les mariages, et troisièment, le groupe des individus qui vieillissent dans le célibat ; pour bien des causes faciles à pressentir, et que nous expliquerons, il est souvent utile de défalquer de ces mariables les vieillards des deux sexes car ils ne contribuent guère aux naissances illégitimes ni même aux mariages, au moins aux mariages utiles à la collectivité. Il sera donc utile, pour certaines études, d'éliminer du nombre des mariables selon la loi, les femmes qui ont dépassé la cinquantaine, et les hommes de plus de 65 ans. C'est ce qu'on a fait dans les colonnes [h] et (c) de la [19''] travée et dans la [20'^].

Après cette analyse de la population, se rencontrent les travées [21] et [22], renseignant sur l'instruction élémentaire : d'abord, la [21*] travée, renseignant sur celle des conscrits de la période 1375-76; ensuite, la [22^], renseignant sur celle de la population générale, âgée de plus de 5 ans, d'après le census de 1866 : en [a] pour lea hommes; en (b) pour les femmes, et en (c) pour l'instruction comparée des sexes.

Ensuite, pour finir de remplir le tableau V, les nécessités typographiques ont obligé de placer les travées [23] et [24] se rapportant à la nuptialité par étatcivil. Mais c'est le tableau suivant Yl, qui, par les colonnettes (a), [h), (c), fournit les éléments de la nuptialité générale en donnant la proportion des mariages (Ma/P) d'abord (a) pour l'ensemble de la population (P) ; puis pour les seuls mariables Ip [h et c). Par exemple je lis, (col. a) que l'Yonne compte annuellement 7,97 mariages (Ma) par 1000 habitants (P), ce qui assigne à ce département le k%' rang, et par conséquent, le place très-près du rang médian (44* à 45*) ; mais si, comme il convient, je compare les mariages annuels aux seuls mariables IP (hommes et femmes nubiles et non déjà mariés) {h), je constate, d'après le rapport Ma/Ip, que, par 1000 mariables, il compte annuellement 34,15 mariages ou 68,30 fiancés (f.) ou nouveaux époux, ce qui lui assigne le 75* rang, c'est-àdire décèle une nuptialité relative bien plus prononcée ; cette apparente contradiction résulte de ce que la population de l'Yonne, renfermant déjà plus d'époux que la plupart des autres départements, son rapport de nuptialité s'élève plus que d'autres, lorsque l'on débarrasse le dénominateur P du raj^port Ma/F ou f/P de la population déjà mariée. Enfin, si on enlève encore au dénominateur ]p de ce rap-

456 FRANCE (démographie).

port, la population âgée (hommes de plus de 65 ans et femmes de plus de 50 ans) le rapport de nuptialité f/IP devient alors 92,6, c'est-à-dire que l'on compte, année moyenne, 92,6 fiancés sur 1000, non seulement mariables, mais encore utilement mariables, c'est-à-dire, dont les hommes ont moins de 65 ans et les femmes moins de 50 ; ce qui assigne à l'Yonne le 79^ rang. Puisque, appréciée par ce ce rapport, la nuptialité comparée de ce département monte encore, cela indique nécessairement que l'Yonne compte un peu plus de vieux mariables que la moyenne des départements.

Cet exemple d'interprétation étant donné, continuons l'analyse rapide et succincte de l'enseignement fournie par nos tableaux. Les tableaux VI et Vil donnent pour chaque département la nuptialité et la fréquence relative du mariage à chaque groupe d'âge, le tableau VI pour les hommes, le tableau VU pour les femmes.

Le tableau VIII donne : en [46]. les nombres absolus des naissances vivantes légitimes (a), illégitimes (b), et les morts-nés [c] ; en [42] la natalité générale; les naissances vivantes sont données : en (a) par 1000 habitants (natalité ordinaire des auteurs) ; en [b) par 1000 femmes nubiles de tout âge; et en (c) défalquant les plus âgées par 1000 femmes plus ou moins aptes par leur âge à être fécondées (de 15 à 50 ans). Il importe de montrer que ces trois appréciations de la natalité ne sont pas équivalentes, et que la dernière {d), toutes les fois qu'elle peut être déterminée, est la meilleure. Voilà, par exemple, le Cantal qui, d'après la colonne (a), occupe le 40* rang (les déparlements étant rangés par ordre croissant) ; mais d'après la colonne {b) n'occupe que le 27* et seulement le 23'' d'après la colonne (c). Un peu de réflexion fera préciser la raison de ces différences : dans le rapport So/P qui sert à déterminer la colonne (a), le dénominateur P. comprend la population entière, bien que, dans cette population, plusieurs catégories ne puissent contribuer à fournir des naissances, mélange contraire aux règles du calcul des probabilités ; aussi la valeur de la colonne (b), déterminée par le rapport So/P"i3.^, d^'^'' ^^ dénominateur ne renferme plus guère que les femmes aples à fournir des naissances, est d'une signification plus sûre. On voit en outre qu'on a aussi éliminé les hommes du rapjjort ; toute mère supposant un père, on peut dire qu'il font double emploi, et simplifier les nombres est toujours avantageux.

Cependant, si tous les départements avaient la même proportion des deux catégories de population éliminée (P' et P'Vij), il est clair que les rapports de natalité des départements seraient tous modifiés dans la même proportion, et que, par suite, leur rang, dans la succession par ordre croissant, ne serait pas modifié. Au contraire, si leur rang est changé; si, comme pour la Seine, au lieu du 79* rang, elle n'occupe plus que le 61* rang, cela marque que, par le fait de cette élimination, le rapport So/P a été moins accru pour la Seine qu'il ne l'a été dans les autres départemants, par conséquent que les individus des deux catégories éliminées (bommes et filles impubères) y sont moins nombreux qu'ailleurs. C'est en effet ce que nous montre la [4*] travée, col. (a), qui nous apprend que, de tous les départeneuts de France, la Seine est celui qui compte le moins d'enfants (seulement 193 enfants pour 1000 personnes). Mais le dénominateur P"ig.^, de ce drrnier rapport So/P"i5.„, déterminalif de la colonae (b), ne se compose pas encore exclusivement, comme le veut la théorie, des persoimes pouvant concourir aux naissances, il comprend encore un certain nombre de femmes âgées, en proportions fort différentes en chaque départe-

FROCE (démographie). 457

ment, ne pouvant contribuer à donner des naissances : il y a donc lieu d'éliminer encore ce groupe de femmes fatalement infécondes, soit toutes celles ayant plus de la cinquantaine. On aura alors le rapport So/P"i5 5o délerminatif des valeurs de la colonne (c). Ce que nous venons de dire précédemment nous montre assez que si la Seine n'occupe plus alors que le 43^ rang, c'est que, par la soustraction des vieilles femmes P'' „ , le dénominateur P",„ a été moins affaibli que l'ensemble des autres département? ; en un mot, que ce département compte moins de ces vieilles femmes que la moyenne de France ; et en «ffet, je constate par les travées [15, 14, 15] que la Seine n'occupe que le ,f rang par le nombre de ses veuves au-dessus de 45 ans, le 1" ayant dépassé 45 ans, et le 20* par celui de ses vieilles filles ; ainsi ce départertient est toujours au-dessous de la moyenne pour ces trois catégories ; il est donc naturel que sa natalité soit moins rebaussée que celle des autres départements par la défalcation de ces femmes âgées, et que, par suite, il perde de son rang pour la natalité des femmes fécondables (15-50 ans).

Les détails où nous venons d'entrer nous permettent de passer rapidement sur la [48*] travée se rapportant à la natalité légitime, soit de l'ensemble des épouses (15 à 50 ans) comparées aux naissances légitimes, soit des épouses encore aptes par leur âge à la reproduction.

La travée suivante [49] étudie par département la proportion des naissances illégitimes : deux rapports spéciaux mesurent leur importance en cbaque collectivité, et des conditions fort différentes peuvent faire diverger ces deux appréciations de fréquence des naissances illégitimes, suivant que l'on compare ces naissances : ou au nombre de femmes qui les font, col. (a) ; ou à l'ensemble des naissances, col. [b). En effet, en ce qui concerne la col. (a), les départements où il y a beaucoup d'épouses et peu de filles nubiles aux âges de fécondité, comme l'Aude, la Nièvre, Seine-et-Marne, produiront par cela même un petitnombre de naissances liors mariages, une faible proportion d'illégitimes comparée à l'ensemble des naissances, col. [h), mais ce peu de naissances pourra ■être encore notable si on le rapporte au petit nombre de femmes non mariées aptes à les faire, col. [a). C'est ce qu'on trouve pour la Nièvre, Seine-et-Marne, Aude, etc.

Les travées [50] et [51] disent la proportion des naissances masculines par rapport aux féminines prises pour 100 ; d'abord pour les nés vivants [50], puis pour les nés morts [51]; pour les légitimes, colonnes (a) et (a'), et pour les illégitimes, colonnes [h) et {b'). Enfin les travées [52] et [55] étudient les grossesses et les naissances doubles et le contingent de mort-nés qu'elles fournissent.

Les travées suivantes, tabl. IX, étudient la proportion des décès à cbaque groupe d'âge, pour la période 1857-1866, avec comparaison avec la période 1840- 1849 pour les deux premiers groupes d'âges 0-1 an ; 1-5 ans ; et à cbaque groupe d'âge, avec comparaison de la mortalité respective des deux sexes, celle des femmes étant prise pour 100. Ensuite dans le tabl. X, travée [66], nous donnons, toujours par département, la mortalité par état civil pour les célil)ataires [a!) et (a") ; pour les époux et épouses [h') et [h") ; i)0ur les veufs (c') et veuves (c"). Enfin, les mort-nés sont étudiés dans la [67*] travée : en (a), chez les légitimes; en {h), chez les illégitimes, et en (c), chez les deux groupes réunis. Enfin, le dernier tableau (le Xi*), les travées [69], [70], [71], étudie la nup-

458 FRANCE (démographie).

lialité, la natalité, la mortalité, comparées en chaque département en sept périodes décennales, depuis 180M810, 1811-20 etc.

On voit ainsi, en chaque ligne horizontale et d'un seul coup d'oeil, l'histoire démographique d'un département, depuis le commencement du siècle, tandis que chaque colonne verticale, montre en chaque époque, le rang que l'intensité du phénomène étudié assigne à chaque département par rapport à tous les autres. Cet aperçu général étant posé, nous pouvons nous arrêter sur chaque sujet.

Etudes analytiques de la population française en chaque département. Population absolue. On voit dans le tabl. 111, travée [2], que la population moyenne, dans la période décennale J856-1866 peut donc être évaluée en nombre rond à 57.500.000 (descendue à 36.906.000 en 1876).

Le déparlement de la Seine, le plus peuplé, renfermait 1.921.565 (2.410.849 en 1876); et les Hautes-Alpes, le moins peuplé : 124.762 (119.094 en 1876). On voit, dans ce tableau combien diffère la population spécifique de nos départements, puisque, les départements alpins (Haut et Bas) n'ont guère que 21 P. par K^, la Lozère 27, etc., tandis qu'à l'autre extrémité, (sans compter la Seine, qui a 4041 P. par K^ ni le Rhône 241, résultat artificiel de leurs puissantes villes avec un territoire exigu), il y a le Nord qui en compte 233 (267 en 1876); puis la Seine-Inférieure, 132. Autrefois, nos deux Rhin, 129 et 127, et le Pas-de-Calais, III (120 en 1876), etc. En général, la population est plus dense chez les départemer *s maritimes qui ont double champ d'exploitation : la mer et la terre, et, par suite, double source d'industrie : l'agriculture, la pèche et la navigation ; le plus souvent, elle est aussi plus touffue dans les départements frontières mais non trop exclusivement montagneux, car ils ont le privilège naturel de certaines industries (y compris la contrebande) de certains commerces dus à leur situation, tandis que les départements du centre exclusivement agricoles, sont relativement moins peuplés, car la population tend partout à se proportionner aux produits ou plutôt à leur valeur. C'est encore pourquoi les départements fort industriels, comme la Seine-Inférieure qui a triple chantier de travail, la terre, la mer et l'industrie, ou ceux riches en mines exploitées (la Loire, etc.), ont la population la plus dense, tandis que ceux sans industrie et à sol rocheux et peu fertile (départements Alpins, Lozère) ont la population la plus espacée.

Croît (augmentation ou diminution) de la population française par département depuis 1801. Nous avons vu que ce croît, pour la France en général, est tel depuis le commencement du siècle que, 1000 habitants en 1801 sont devenus en 1870 ou en 70 ans, 1395 (ou 1420 avec annexion). Mais, si on considère la moyenne de trois dénombrements, et, au début, la population moyenne de la période de 1801-1810, avec la population moyenne de la période 1851-1860, ainsi que nous avons dû le faire pour chaque département, afin de diminuer les chances d'erreur (tableau III [6]), on trouve pour ce demisiècle un croit dans le faible rapport de 1000 : 1300 sans annexion. Le tableau III donne le croît proportionnel de chaque département dans le même temps.

Si, au lieu de ce croît de fait col. [b], nous calculons pour, le même temps, le croît physiologique, c'est-à-dire l'excès annuel moyen des moyennes décennales des naissances sur les décès {a), on trouve alors que pour la France

FRANCE (démographie). 459

entière, sur 1000 habitants, il y a eu en moyenne chaque année un accroissement de 4,5 (29,5 — 25). Sous cette forme, il n'est pas facile de comparer ces deux accroissements ; on voit cependant que si 4000 est devenu 1300, en 50 ans, soit un accroissement de 300 en 50 ans, il semble en résulter un croît de 5 par an et par 1000, au lieu des 4,5 ci-dessus : nous avons déjà vu que cet écart vient de la différence des deux méthodes de calcul, celle-ci faisant bénéficier l'accroissement annuel ordinaire du croît des accroissements antérieurs. Cependant, sans faire intervenir pour cette comparaison des considérations trop minutieuses, trop abstraites, et que le sujet ne comporte pas, il suffira d'assigner à chaque département le numéro d'ordre qui lui convient dans l'arrangement par ordre progressif du croît, nous constaterons alors de grandes et nombreuses différences entre les numéros d'ordre des deux accroissements, ce qui résulte surtout de ce que le croît physiologique ne tient aucun compte des mouvements migratoires. Ainsi, le département de la Seine a un rang (19^) qui témoigne un croît physiologique (en b) assez faible, tandis que son rang dans la colonne adjacente (86^) accuse un accroissement de fait (en a) très-considérable, différence qui s'explique parfaitement par la très-forte et incessante immigration des provinciaux et étrangers venant se fixer à Paris, et qui s'ajoute ainsi, dansune proportion considérable, au croît purement physiologique dû à l'excès des naissances sur les décès, excès assez faible à Paris. Inversement, les départements comme le Cantal, comme la Lozère, dont le rang du croît de fait (Cantal 8^ ; Lozère 7") est notablement inférieur au rang du croît physiologique (40*; 70^). montrent par cela même qu'ils sont le siège d'une émigration intense et continue. La comparaison des rangs des deux colonnes {a) et (b) sera donc fort instructive, puisqu'elle permet de présumer presque à coup sûr^ si le département est le siège habituel d'immigration ou d'émigration, faits sociaux dont il n'est pas tenu registre.

En interprétant ainsi les nombres des deux colonnes (a) [b], on notera : d'une part, les départements où le croît de fait l'emporte notablement sur le croît physiologique, c'est-à-dire qui reçoivent un excédant notable d'immigrants, à savoir : l'Ain, un peu l'Aisne, les Rouches-du-Rhône, les deux Charentes, le Finistère, la Gironde, l'Hérault, les Landes, peut-être Maine-et-Loire, la Marne, le Rhône, la Seine, Seine-et-Oise, Seine-Inférieure, Tar, Yaucluse, Haute- Yienne, etc. ; et d'autre part, les départements où le croît de fait est moindre que le croît physiologique, ce qui doit faire supposer un excédant notable d'emigrants, à savoir : les deux départements Alpins, les Ardennes, l'Ariège, i'Aveyron, le Cantal, la Corrèze, la Creuse, l'Indre, le Jura, la Haute-Loire, le Lot, la Lozère, la Mayenne, la Meuse, la Moselle, le Puy-de-Dôme, les Pyrénées fiasses (et Hautes?) le Haut-Rhin, Haute-Saône, la Vienne, les Vosges, etc.

On ne conclura pas que les départements non contenus dans ces deux listes, c'est-à-dire qui ont à peu près le même rang (à dix rangs près) dans les deux colonnes ne sont le siège d'aucun mouvement migratoire notable, car il peut arriver aussi que l'émigration égale à peu près l'immigration ; c'est par exemple ce qui doit se produire pour le Nord, que l'on sait, par les recensements, habité par un grand nombre d'immigrés belges, et auquel cependant le croît de fait et le croît physiologique assignent le même rang (80*)?

* Celte notion sera le plus souvent confirmée par une donnée des census relatant combien le département compte de natifs parmi ces habitants, et combien il compte de personnes nées ailleurs que dans le département où elles ont leur domicile.

460 FRANCE (démographie).

Composition de la population par grands groupes d'âges en chaque département. Nous avons vu la composition de la population française par grands groupes d'âges, et sa variation régulière suivant le temps, il convient d'étudier celte variation suivant les départements ; c'est ce que permettent de faire les colonnes (a) [h] (c) de la travée [4] du tableau 1.

On voit, par la dernière ligne de ce tableau, qu'en 1856-1866, sur 1000 habitants, on comptait 276 enfants au-dessous de 15 ans; 618 adultes de 15 à 60 ans et 106 vieillards au-dessus de cet âge. Nous signalerons seulement les variations extrêmes que présente chaque groupe :

Enfants. La Seine ne compte que 193 enfants, le Lot-et-Garonne, 217; l'Eure, 219 ; le Gers, 220 ; Tarn-et-Garonne, 224; le Var, 224; etc., tandis que le Morbihan en a 316,2, la Nièvre, 319,5 ; la Loire, les deux Rliin, 324 à 334; la Corse, 327; le Cher, 332; le Pas-de-Calais, 334 et le Finistère, 339.

Adultes de 15 à 60 ans. On en compte donc 618 par 1000 en France, mais seulement 579 dans le Bas-Rhin; 587 dans le Cher et dans la Lozère (immigration) ; 588,5 dans l'Ardèche et le Pas-de-Calais (riche en enfants) ; 589 et 590 dans le Finistère et la Moselle; 593 dans les Côtes-du-Nord, le Nord, la Nièvre, etc.

Vieillards au-dessus de 60 ans. Il y en a donc 106 en France ; mais seulement 70 dans la Haute-Vienne ; 72 dans le Finistère ; 73 en Corse ; 75 dans le Haut-Rhin; 76 dans le département delà Seine; 77 dans celui de la Loire; 80 en Vendée; 81 dans le Cher; etc., tandis qu'on en trouve : 145 à 147 dans l'Aube, la Côte-d'Or, le Lot-et-Garonne; 148,5 dans la Meuse; 151 dans le -Calvados; 153 dans le Tarn-et-Garonne et 165 dans l'Eure!

On remarquera combien ces différences sont profondes, et combien elles modifient les qualités et les aptitudes des populations ; combien l'historien, le philosophe démographe, et l'économiste ont intérêt à connaître ces différences de composition des populations. Ainsi, pour n'emprunter que des exemples qui concernent ces deux dernières sciences, comment pourrait-on comparer la mortalité générale du département de la Seine (et à fortiori de Paris) qui, d'une part, n'a que peu d'enfants et de vieillards, âge d'émigralion des villes pour les campagnes, et un grand nombre d'adultes (âge de faible mortalité) à la France entière? et que signifiera cette comparaison? (nous l'avons montrée dans notre article Mortalité, p. 741) ; elle masquera en grande partie la forte mortalité qui pèse à chaque âge dans le département de la Seine. On remarquera que la même considération n'importe guère moins dans les appréciations de la nuptialité, de la fécondité, de la criminalité, etc., puisqu'il n'y a guère que les adultes qui y concourent.

Au point de vue économique, nous avons une remarque sur laquelle nous attirons toute l'attention de nos législateurs. Il est passé en usage, ou plutôt en loi, de donner le nombre d'habitants, sans distinction d'âge, comme une des bases de la répartition de l'impôt. Mais voilà des départements qui ont un grand nombre d'enfants (339) à élever au profit d'un prochain avenir, et il se trouve que pour y subvenir, ils n'ont que peu d'adulles (589), tel est précisément le cas du Finistère ; tandis que d'autres, comme le Gers, très-parcimonieux en fait de reproduction, n'ont qu'un fort petit nombre d'enfants (220) et, pour y pourvoir, un grand nombre d'adultes à l'âge de vigueur et de pro- <luction (650) ; est-il donc juste et légitime, sous prétexte que les uns et les autres représentent 1000 tètes, d'exiger de ces 589 Bretons déjà fort chargés

FRANCE (démographie). 46'Î'

des 339 enfants qu'ils ont à élever, la même somme que l'on demande à 650 Gascons du Gers plus nombreux en adultes et bien moins chargés de famille 1 Il semble que la famille à élever est la forme la plus touchante dont les citoyens contribuent à accroître la richesse nationale, et qu'en conséquence, elle devrait! compter à l'avoir du contribuable; bien au contraire, avec le système en usage, plus il a d'enfants à élever, plus il paie ! c'est là un usage particulièrement détestable en notre pays de France, dont la si faible prolification n'a pasbesoin d'être reprimée par l'impôt ! Les mesures économiques, au lieu de faire peser l'impôt sur la fécondité, et en raison directe du nombre d'enfants, devraient au contraire le faire peser sur la stérilité qui, ne contribuant pas à l'avenir, doit au moins coiitiibuer plus largement au présent! Il y a là une compensation! de toute équité rigoureusement légitime et qui peut très-facilement s'évaluer.

Quoi qu'il en soit, on peut saisir par ces exemples, combien il importe de savoir la composition de la population par grands groupes d'âges; nos colonnes la font connaître en chacun de nos départements, et les numéros d'ordre rendent la comparaison très-facile.

Rapport des deux sexes à chaque groupe d'âge en chaque département. Lesrapports qui existent entre le nombre respectif des deux sexes de chaque catégorie d'âge sont aussi dignes de fixer l'attention. Pour ce travail, la période 1856-1866 que nous étudions plus particulièrement, est d'autant plus heureusement choisie, qu'à cette époque, on comptait en France à très-peu près autant d'hommes que de femmes [5] Travée col. (a). Mais ce n'est là qu'une moyenne générale. 11 y a, en outre, des rapports propres à chaque groupe d'âge et à chaque département.

Constatons d'abord qu'à cette période en France, sur 1000 filles de 0 à 15 ans col. [h], on comptait lOtA garçons; sur 4000 femmes de 15 à 60 ans col. (c), il y avait 1006 hommes du même âge; mais sur 1000 femmes au-dessus de 60 ans col. (d), il n'y a plus que 91* hommes.

Mais il s'en faut de beaucoup que tous les départements offrent ces rapports,, je veux dire ce nombre de mâles par 1000 femmes en chaque groupe d'âge.

Pour les enfants, col. [h), au lieu de 1024 garçons en France, il n'y en a que 952 en Ille-et-Vilaine ; 980 dans les Côtes-du-Nord et dans l'Isère; 989 dans les Vosges; 996 dans la Marne; 998 dans la Lozère et la Seine, etc., alors qu'il s'en rencontre 1060 dans la Creuse, la Nièvre, l'Indre; 1073 dans l'Hérault; 1074 dans les Landes; 1093 dans la Charente-Inférieure et M 00 dans le Yar.

Pour les adultes de 15 à 60 ans, col. (c), au lieu de t006 en France, je n'en trouve que 839 dans le Cantal; 868 dans la Creuse; 870 dans le Bas-Rhin; 882 dans les Hautes-Pyrénées et 887 dans les Basses et 886 dans le Cher, tous ces départements (sauf le dernier peut-être) déjà signalés comme devant être le siège d'émigrations notables, accusent donc un très-notable déficit d'hommes, ce qui est bien confirmatif de nos conclusions précédentes.

Tandis que, par 1000 femmes, il y a 1060 hommes dans Seine-et-Oise ; I07O dans le Nord; 1074 dans la Seine; 1085 dans les Basses-Alpes; 1097 dans Seine-et-Marne ; 1 101 dans l'Yonne ; 1 1 19 dans les Bouches-du-Bhône, et 1 173: dans le Yar, tous départements d'immigration. Cependant, H y en a encore 1046 dans la Lozère, précédemment signalée pour sa forte émigration! Il faut croire que les hommes y prennent moins de part que les femmes?

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Poïir les vieillards au-delà de 60 ans col. {d), il y a en général une infériorité numérique des hommes, ce qui lient à la mortalité plus grande des adultes mâles : en France 917 hommes contre 1000 femmes; mais dans la Manche, seulement 730; Calvados, 738; Seine-Inférieure, 766; Orne, 777; Eure-et-Loir, 792; Haute-Saône, 801, etc. Cependant, il y a 25 déjiartements où, même à cet âge, il y a encore plus d'hommes; ceux où cette prédominance est la plus marquée sont: l'Ardèche, 1053; Avignon, 1054; Drôme, 1064; Corse,

1070 ; Ariége, 1086 ; Lozère, Il 05 ; Var, 1 153; Basses et Hautes-Alpes, 1 197 et

1233, c'est-à-dire dans les départements du midi.

Enfin, pour tous les âges réunis col. (a), on compte en 1856-1868, pour la France entière à très-peu près, autant d'hommes (999) que de femmes (1000); mais il y en a, comme les premiers, qui ont notahlement moins d'hommes, et les derniers notablement plus :

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