‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.41Chapitre 84 sur 163 · FRANCE (DÉMOGRAPHIE · texte numérisé non relu

FRANCE (DÉMOGRAPHIE

116,6' pour les garçons et de 100,0 ia3,8" pour les filles; dans le département de la Seine, de 100,0 : I3i,8' pour les garçons et de 100,0 : 138,3" pour les filles; dans la Sarlhe de 119,9' pour les garçons et de 141,9" pour les filles; de même dans la Mayenne pour chaque sexe de 133, l' et 141,9"; dans les Vosges, de 18î,0' et 148,6".

11 en est pourtant où l'aggravalion dû à rillégitimité, faible pour les garçons, est forte pour les filles, comme dans l'Indre où elle est de iai,6' pour les garçons et de 188,2" pour les filles; d'autres peu nombreux, comme les Hautes- Alpes où elle est fort élevée pour les garçons (246,o') et relativement faible pour les filles (l4ï,0") ; Loir-et-Cher 188,6' el iî4,o"; Allier, 161, a' et 138,3" ; Pourtant le plus souvent cette aggravation de l'illégitimité marche du même pas pour chaque sexe. C'est ainsi qu'elle est très-considérable dans un très-grand nombre de départements méridionaux : dans le Gard l'illégimité multiplie pas plus de deux fois et demiela. mortinatalité des légitimes pour les garçons, et fait plus que la tripler pour les filles! pour nous, jusqu'à démonstration rigoureuse du contraire, nous tenons ces aggravations formidables (au moins dans une très-large part) comme révélatrice de criminalité, d'infanticides, car lu physiologie ne saurait les expliquer.

Cependant on a pu constater que dans tous ces exemples et (et l'on peut en étendre le nombre en parcourant de l'oeil la 68'= travée) dans la grande majorité des cas l'aggravation de la mortinatalité qui résulte de l'illégitimité, est liien plus prononcée chez les filles que chez les garçons; pour la France entière elle croît comme 33,45" : 68,6", soit de 100" à aos" c'est-à-dire fait plus que doubler pour les filles et seulement de 47,3' à 81,2', soit de 100' : 1*1,5' pour les garçons. Or, dans notre article Mort-nés (p. 20, § oi) , et p. 53 de notre rapport au congrès d'hygiène, déjà cité, nous avons été amené à formuler cette opinion : que la fille-mère ressent moins de sympathie pour le fruit de ses entrailles, ou, si l'on veut, plus d'appréhension sur l'avenir, lorsque ce fruit était du sexe féminin, et par suite, elle résiste moins souvent aux suggestions criminelles de l'infanticide qui hantent l'esprit des filles qui accouchent hors mariage ; (ju'ainsi seulement peut s'expliquer cette plus forte aggravation de la mortinatalité, et (et aussi de la mortalité des premiers temps de la vie) que l'illégitimité fait peser plus lourdement sur les nouveau-nées filles que sur les nouveau-nés garçons. Cette vue (un peu hasardée, nous ne le dissimulons pas) nous a entraîné à une étude qui nous paraît intéressante : elle consiste à calculer, en chaque état-civil pris isolément, quelle est l'aggravation relative que la mortinatalité de chaque sexe reçoit par le fait de l'illégitimité. On trouve ainsi que, pour la France entière, si on fait la mortinatalité des filles, en chaque état-civil, égale à 100, la mortinatahté des garçons (normalement beaucoup plus élevée) devient 141,6' pour les légitimes, et seulement ll8,o' pour les garçons illégitimes! ce qui ne veut pas dire que la mortinatalité des garçons diminue hors mariage. Bien au contraire, nous venons de voir qu'elle croît de 100' : 191,5' (ou, en valeur absolue, comme 47,3' : 81,2'), mais elle croît dans un moindre rapport que celle des filles qui de 100" monte à 205" (ou de 33,4" à 68,6"). Par suite de cette plus grande aggravation dans l'illégitimité, la mortinatalité des filles, normalement moindre, va se rapprochant de celle des garçons. Ceci bien établi, je remarque-rai qu'il y a quelques départements qui présentent à un degré extraordinaire, je dirai presque l'aggravation relative que l'illégitimité imprime à la mortinatalité de chaque sexe, ou à l'un d'eux. Ainsi voilà le Gers qui a une

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mortinatalité légitime des plus faibles pour ses filles (20,2") (nous mettrons désormais ainsi, entre parenthèse, la mortinatalité réelle ou absolue de chaque sexe), encore faible pour ses garçons (34,9') soit dans le rapport 100" : fïa' ! Il semble que l'on néglige l'inscriplion des filles mort-nées. Et, par une étrange anomalie, cette mortinatalité des filles légitimes si faible, et absolument et relativement, devient au contraire très-forte pour les filles illégitimes (64,3") et, par une exception fort rare, dépasse celle des garçons illégitimes (59,3') dans le rapport 100" : 92,2'.

Pourquoi donc les épouses du Gers ont-elles si peu de filles mort-nées ? Je veux bien croire que c'est parce qu'elles sont fort bien faites, ou si l'on veut, ce qui serait moins llatteur pour lui, parce que l'administration, peu soigneuse, omet l'inscription environ du tiers des mort-nées. Pourtant, y a-t-il des raisons plausibles pour que ces omissions portent plutôt sur les filles mort-nées? Je n'en connais pas! Et d'autre part pourquoi, chez les illégitimes, cet excès insolite de mort-nées filles?

Ces femmes du Gers qui accouchent si heureusement de leurs légitimes, et relativement même de leurs illégitimes garçons, pourquoi perdent-elles ces louables aptitudes seulement pour leurs filles illégitimes? Serait-ce comme je l'ai supposé en général, par l'antipathie (alors plus prononcée ici qu'ailleurs) de la fille-mère pour son sexe? Ce sont là des faits étranges dont les savants et les autorités du Gers devraient bien nous fournir l'explication. Evidemment la science, l'administration, et sans aucun doute la morale publique qui ne veut pas qu'on gaspille la vie humaine, sont également intéressées à ce que des faits si étranges, si paradoxaux soient éclaircis.

L'espace nous ayant manqué dans nos grands tableaux numériques pour placer la succession entière des rapports dont nous venons de parler et de signaler une des significations, nous les mettons ci-contre (p. 5-41-42) sous les yeux du lecteur. D'ailleurs nous n'avons pas épuisé, il s'en faut, les enseignements que l'on en peut tirer.

On remarquera en outre que les variations des écarts entre la natimortalité de* deux sexes, en chaque état-civil, est enfermée d'abord dans des limites assez étroites pour les légitimes : elle va de 100" à 108,6' ou à 172,7' et varie dans le rapport de 1 00' à 1 60' ; mais au contraire fort larges pour les illégitimes : 92,2' à 260', soit de lOO' à 282' ! cependant comme ils sont bien moins nombreux leur étendue de variation devait être moindre. Lors même que j'écarterais les Hautes-Alpes, si étrangement exceptionnelles, les variations iraient encore de lOO' à 280' ! C'est que les causes des variations des écarts entre la mortinatalité des filles et celle des garçons légitimes sont sans doute presque exclusivement physiologiques et ethniques, tandis que pour leur mortinalité illégitime, toute une série d'influences, ou nouvelles, ou tout au moins ici bien plus puissantes, viennent s'ajouter aux causes naturelles : ce sont celles qui ont leur source dans les passions humaines et féminines dont V intensité {ici déterminative de l'acte criminel dont il s'agit), est extrêmement variable et sous l'inlluence d'un grand nombre de facteurs, souvent indépendants, engendrés par les milieux sociaux.

FRANCE (démographie).

AGGRAVATION DE LA MORTIîSATALITÉ DES GARÇONS COMPARÉE A CELLE DES FILLES PRISE POUR lOO EN CHAQUE ÉTAT CIVIL, PENDANT LA PÉRIODE 1850-1865.

DÉPARTEMENTS RANGÉE PAIÎ ORDRE CROISSANT DE LA MORTINATALITÉ RELATIVE DES GARÇONS.

(On a mis entre parenthèses la mortinatalité absolue des garçons, en face leur mortinatalilé relative.)

LA M0RT1>ATALITE ABSOLUE DES FILLES LEfilTIMES

QUE DEMENT CELLE DES GAr.ÇONS LÉGITIMES.

DÉPARTEMENTS

Nord

Seine

Savoie

Bouclies du-Bhône Haul-Rhin . . . .

Khône

Corse

Oise

Ille-et-Vilaine. . .

Marne

Hérault

Alpes-Maritimes. .

Gironde

Seine-Inférieure. .

Pas-ile-Calais . . .

Bas-Rliin

Haute-Garonne . .

Vaucluse

Loire

Finistère

Moselle

Loir-et-Cher . . .

Puy-de-Dôme. . .

Aude

Maine-et-Loire . .

Douhs

Ardennes

Manche

Jura

Seine-et-Oise . . .

llaute-Yienne. . .

Corrèze

Mayenne

Sartlie

Loire-Inférieure .

Morbihan

Somme

Vienne

Indre-et-Loire . .

Drôme

Vosges

Var

Vendée

Ardèche

Eure-et-Loir . . .

MOKTINATALITE

DES

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