‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.42Chapitre 30 sur 126 · FROID ET FATIGUE · texte numérisé non relu

FROID ET FATIGUE

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Ces chiffres, ne s'appliquant qu'à des morts accidentelles, sont loin de représenter l'importance du froid considéré comme cause de mort ou de maladie. Les problèmes sont nombreux et complexes, ils se présentent dans les circonstances les plus variées, pendant la vie ou après la mort, et le froid y figure comme cause accessoii'e ou principale.

Les questions à résoudre sont les suivantes : La mort a-t-elle été le résultat de l'action du froid avec ou sans congélation? A-t- elle été subite ou lente, amenée par des accidents consécutifs ? Est-elle le résultat de l'action du froid réunie à l'influence d'une autre cause, de l'inanition, de l'ivresse, d'une blessure? OuelJes sont les conditions hygiéniques, physiologiques, pathologiques, qui ont

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rendu l'action du froid plus puissante? A-t-elle accéléré un autre genre demort? A-t-elle modifié les caractères d'un genre de mort déterminé? Les accidents observés pendant la vie sont-ils la conséquence de l'abaissement de la température ou de toute autre cause ? Quels sont les symptômes généraux ou locaux qui établissent à cet égard le diagnostic différentiel ? Quel est le pronostic de ces lésions ? La mort est-elle apparente ou réelle? Depuis combien de tempsa-t-elle eu lieu? Quelle est l'influence de la congélation sur les signes de la mort? Quels sont les indices de la survie, plusieurs personnes ayant succombé dans le môme désastre ? La congélation a-t-elle eu lieu pendant la vie ou après la mort ? Déterminer le caractère et les circonstances de l'événement, l'accident, l'homicide, la possibilité du suicide.

L'examen de ces faits sera compris dans les divisions suivantes : i ° degré et mode d'application du froid; 2° influences diverses et complications; 3" diagnostic, la preuve par les symptômes ; 4° genre de mort et lésions anatomiques ; 5° mort apparente, date du décès et survie; 6° caractères et circonstances de l'événement. La piatique médico-légale est ici dirigée par d'importantes études scientifiques ; les sources de nos connaissances précises à l'égard de l'action du froid sont les relations de voyages et d'expéditions militaires, les travaux de l'école expérimentale moderne, les rapports et les recherches de médecine légale.

1° Degré du froid ; températube occasionnait des accidents et la mort. On ne peut déterminer un degré de température qui soit absolument mortel, la mort étant le résultat soit de l'action directe et primitive du froid, soit d'un état pathologique secondaire dont la forme et la durée sont variables. Trop de circonstances influent sur les effets de la température pour qu'il soit possible d'établir à cet égard une règle générale. Le froid a-t-il été assez rigoureux pour occasionner des accidents ou la mort? Telle est la question médico-légale qui se résout, en tenant compte de toutes les conditions du fait. Le problème devient individuel et se présente avec des caractères spéciaux qui permettent de le résoudre.

Une première distinction doit être faite entre le froid qui congèle le corps humain et celui qui détermine des accidents, la mort même, sans produire de congélation. Quelle est la température nécessaire pour amener la congélation d'un corps humain? En prenant pour point de comparaison le sang qui forme une notable partie de la matière vivante, on placera entre deux et trois degrés au-dessous de zéro l'abaissement de température nécessaire pour que le corps se congèle en totalité. Luigi de Crecchio a fixé la congélation du sang entre 0 et i"; Beck indique — 5°. Dans plusieurs expériences, nous avons constaté qu'à — 2° 1/2 le sang formait un gâteau presque solide dont l'on pouvait encore extraire, en le pénétrant ou en le comprimant, un peu de matière rougeâtre, et qu'à — 5° il constituait une masse compacte et parfaitement congelée. Pour le tissu cellulaire graisseux, il faut certainement un abaissement moindre : la peau est dure, la graisse est figée sur les cadavres, dans nos amphithéâtres, à une température voisine de zéro. La congélation des pieds s'est produite à zéro, ou à un demi degré au-dessous de zéro, dans la neige fondue. Sur un noyé retiré d'une eau très-froide, au mois de janvier 1879, exposé pendant quelques heures à l'air, à une température de — 5° à — 4% la peau était dure, le sang demi-liquide marquait — 0°,6, le foie — 0°,5, le cerveau, avec quelques petits glaçons, à peine durci, était à quelques dixièmes de degrés au-dessous de zéro. 11 y a sans doute une différence notable entre la rapidité avec laquelle le corps vivant et le cadavre se congèlent. Tant que la circulation n'est pas éteinte, un réchauffement se pro-

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(luit dans les parties que le sang pénètre ; mais le sang refroidi refoulé dans les viscères y détermine aussi un abaissement graduel de température. Chez des chiens, placés dans un bain froid, avec un thermomètre dans le rectum et un thermomètre à pointe fine dans le foie, on voyait graduellement et rapidement s'abaisser ces deux températures, en môme temps que la peau se refroidissait, une fraction de degré se maintenant toujours à l'avantage du foie (Feitz). C'est une question de temps pour le refroidissement des organes internes, et l'équilibre peu à peu s'établit dans tous les tissus. Avec 5" au-dessous de zéro, la congélation totale devient inévitable, si le froid se prolonge ; quant aux congélations superficielles, une température voisine de zéro peut sufiire.

La résistance de l'organisme aux températures les plus rigoureuses est attestée par des faits nombreux et doit être prise en considération. On peut résister longtemps, môme aux froids polaires, avec une bonne alimentation, des vêtements chauds, un abri, de l'énergie morale. Au-dessous de 50° même, la congélation s'évite ; le scoi'but, quelques bronchites, des ophtlialmics, quelques lésions cutanées locales, si les précautions se relâchent un moment, telles sont les seules maladies que produisent les températures extrêmes, même supportées longtemps ; mais la capacité d'y résister diminue à la longue. Franklin a constaté les températures de — 38,6, — 49,17, — 50,8, — 56,7, entre 62 et 69° de latitude nord. Ross, de 1822 à 1823, entre 70 et 74° de latitude nord, a supporté, dans sa longue hivernation, une température moyenne de — 23,3 pour les mois les plus froids. Parry, à l'île Melvil, dit qu'on se promenait à l'air libre à — 46, mais la moindre brise déterminait une briilure cuisante de la face, accompagnée de céphalalgie. Back, au Fort-Reliance, en 1834, a constaté— 66,7. Scoresby a constaté la température de — 57, la plus basse sans doute qui ait été supportée. Dans le voyage du Tegethoff, de 1872 à 1874, entre 80 et 83 degrés de latitude nord, les lieutenants Payer et Weypreclit constatèrent l'action prolongée d'aussi basses températures; le 14 mars 1873, le thermomètre descendit à — 50 degrés centigrades. Entre la cabine et le dehors l'écart était souvent de plus de 70 degrés Réaumur. La neige à — 30 et à — 40, introduite dans la bouche, donne la sensation d'un métal brûlant.

La désastreuse retraite de Russie offre l'exemple de ces températures exceptionnellement rigoureuses, agissant d'une manière fatale sur un grand nombre d'hommes, privés de tous les moyens d'y résister. Le thermomètre, dit Larrey, descendit à — 25 et à — 26, et dans une nuit désastreuse il s'abaissa jusqu'à — 28 degrés Réaumur. Les ascensions aérostatiques sont encore des occasions d'observer les effets de ces diminutions subites de température.

Un froid d'une intensité médiocre suffit pour produire des congélations et pour causer la mort. Les cas nombreux de congélation observés en Crimée, pendant les hivers de 1854 et de 1855, coïncidaient avec une température qui était en moyenne de — 4 à — 5 et au plus de — 7 à — 8. Pendant la désastreuse retraite de Bou-Thaleb, en Algérie, du 2 au 4 janvier 1845, la colonne laissa derrière elle 208 morts, et sur 528 hommes qui entrèrent ensuite à l'hôpital, 21 succombèrent. Le thermomètre n'avait pas atteint 2° au-dessous de zéro ; il s'était maintenu entre 0 et —1», mais le vent du nord soufflait avec violence, la couche de neige s'élevait à 40 centimètres, les soldats avaient les pieds glacés, les congélations des extrémités furent nombreuses; le manque de vivres s'ajoutait aux effets du froid. Pendant la retraite de Constantine, en 1836, les congélations partielles furent nombreuses, bien que la température ne fût pas

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descendue au-dessous d'un demi-degté. Une catastrophe analogue à celle de Bou-Thaleb a eu lieu en Algérie, le 28 mars 1879; une colonne partie d'Aumale, se dirigeant sur Bogliar, a été atteinte au delà de Souhaki par un tourbillon de neige ; les soldats marchaient sur un sol détrempé par la pluie ; douze zouaves succombent au bivouac de congestion et d'asphyxie ; les cavaliers rapportent sept cadavres, dont l'un avait encore sa pipe dans sa bouche. Il y eut dix-neut morts et quatre-vingts malades; le sol n'avait pas même été congelé.

Le froid peut amener la mort sans produire aucune congélation ; il suffit que son action se prolonge à une température voisine de zéro. Il agit alors par l'intermédiaire d'états pathologiques qui laissent des traces et qui expliquent le tableau varié des lésions anatomiqucs décrites par les observateurs. A ces températures plus ou moins voisines de zéro, mais qui n'atteignent pas le point de congélation , les influences accessoires deviennent dominantes ; l'inanition, l'ivresse, les blessures, les conditions individuelles, physiologiques ou autres, ont leur maximum d'effet.

A quel degré la température du corps doit-elle descendre, pour que la vie s'éteigne ? Il faut distinguer ici l'extérieur du corps et les parties profondes. La peau, un membre, peuvent se congeler, sans que la mort en soit le résultat, mais la vie cesse bien avant que les régions internes n'aient atteint les deux ou trois degrés au-dessous de zéro, nécessaires pour la congélation du sang. La détermination de ce degré est tout expérimentale, et ne repose pas encore sur des faits assez nombreux ; elle est d'ailleurs variable suivant les cas. II ne s'agit pas ici des températures axillaires ou buccales, qui, placées sous l'influence trop immédiate du froid extérieur, ne représentent pas les températures profondes. Il ne paraît pas que l'homme puisse continuer à vivre lorsqu'il a perdu 14" de température ; c'est aussi la limite indiquée par Chossat dans ses recherches sur l'inanition. Des lapins entourés d'un mélange réfrigérant perdent la faculté de se réchauffer, quand leur température interne est descendue à 18 ou à SO" (Walter). Plaçant un lapin dans un mélange réfrigérant de — 10 à — 15", au moyen d'une double boîte de fer-blanc, nous avons vu l'animal succomber, au bout de trois heures, au moment ou le thermomètre à pointe, plongé dans le tissu celluiaue du dos, descendait à +19; une demi-heure après, l'animal restant dans la boîte, la température du foie était encore à -|-15. Des différences notables existent ici suivant les espèces animales, ainsi Horwarth a vu des grenouilles survivre à la congélation du cœur, devenu dur comme une pierre. Sur un nouveau-né, M. Parrot a trouvé une température rectale de 21", 8. Dans une observation de Peter, une femme alcoolisée et congelée présentait une température vaginale de 26", et cependant la guérison eut lieu. Dans un autre cas û'exposition au froid cité par M. Bourneville, la température rectale était de 27%4 et le malade succomba. Il faut distinguer les cas où l'abaissement de la température n'est plus compatible avec la vie et ceux où cet abaissement enlève tout espoir de guérison. Le froid qui est un signe de mort peut être placé entre 16 et 22°; comme annonçant une issue fatale il suffit d'une perte beaucoup moindre, et à part les algidités extraoï'dinaires des nouveau-nés, un abaissement de 4 ou 5" dans l'anus constitue un des signes pronostics les plus graves, quand le froid est déterminé par une cause interne. Il est manifeste que sous l'influence du froid extérieur la température du corps peut s'abaisser beaucoup plus que dans les maladies, sans cependant occasionner la mort. Aucune limite précise ne peut être indiquée à cet égard, la mort ap-

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parente par le froid est celle qui se prolonge davantage et qui laisse le plus d'espoir de guérison. La perte de 14 à 15", indiquée dans les cas pathologiques, comme incompatible avec la vie, pourrait ne pas avoir les mêmes effets, quand elle est due au froid extérieur.

2° liNFLDENCEs DIVERSES ET COMPLICATIONS. Malgré l'unité de la cause, le problème est complexe : de nombreuses influences modifiant l'action du froid et le degré de résistance de l'organisme font varier les symptômes et les caractères analomiques ; il y a des signes spéciaux pour les diverses catégories de cas, et le diagnostic médico-légal doit en tenir compte.

Le mode d'application du froid a d'abord une influence prédominante, quant à l'énergie et à la rapidité des effets. On distinguera l'action de l'air, celle de Ja neige et de l'eau glacée. Le froid de l'air avec un rayonnement supérieur à la production de chaleur amène rapidement un refroidissement extérieur et produit des effets généraux qui peuvent être très-prompts. Le vent augmente son action dans des proportions considérables. Ainsi, Parry a remarqué qu'une température de — 46 avec un temps calme n'était pas plus incommode que — 17 avec la bise. A —29, avec une légère brise, on éprouvait un grand malaise, et il fallait se renfermer; à — 41, on se promenait par un temps calme, mais un coup de vent produisait tout à coup des congélations. C'est le vent du nord qui a rendu si fatale la catastrophe de Bou-Thaleb. Des tourmentes de neige et de pluie glacée sont signalées dans les cas où les accidents sont produits par de faibles abaissements de température. Les qualités du froid sont aussi dangereuses que son intensité. On a supporté — 60 et on meurt à 0. L'état hygrométrique de l'air a une grande influence ; l'humidité augmente notablement les efl'els du froid. L'abaissement de la pression barométrique, diminuant à chaque inspiration la proportion d'oxigène, rend aussi les accidents par le froid plus rapides et plus graves, comme on l'a observé en gravissant de hautes montagnes et dans les ascensions aérostatiques.

La neige, dans les tourmentes, est une cause d'accidents graves ; détrempant le sol, la neige fondue détermine des congélations locales, par absorption considérable et prolongée du calorique. D'un autre côté, la neige, en couche épaisse, accumulée sur les corps, les préserve de l'action excessive du Iroid et laisse passer assez d'air entre ses molécules pour que la respiration continue, abaissée et ralentie, comme chez les animaux hibernants. Nous avons conservé des lapins, pendant deux heures et plus, sous une couche de neige, pendant que sous le sable humide et serré trois quarts d'heure suffisaient pour amener la mort, avec les caractères d'une asphyxie aiguë, accompagnée souvent d'ecchymoses pulmonaires. Dans les hivernages vers le pôle nord, on bouche avec de la neige les ouvertures des cabanes et la vie se prolonge sous ces carapaces g:lacées. Dans le voyage de VAlert et du Discovery, en 1876, on a supporté ainsi des températures dont le minimum, pendant une longue période, a été de — 60, et qui n'ont pas été plus haut que — 33. On peut encore en donner pour exemple les huttes de neige des Esquimaux; des Anglais, hivernant en 1832, avaient — 26 à l'intérieur de la hutte, tandis qu'au dehors la température était de — 34. Les exemples de longs séjours sous la neige, déposée immédiatement sur le corps, ne sont pas rares. Pilhes rapporte l'histoire d'un homme qui traversantles Pyrénées en février 1765, épuisé par le froid, resta quatre jours enseveli jusqu'au cou dans la neige et ne se réveilla que le cinquième, la figure couverte d'un masque de glace. Transporté dans une habitation, il fut enveloppé de

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linges chauds, la gangrène envahit plusieurs points du corps, et il succomba, au bout de quelques jours [Journal de Roux, t. XXVII, p. 1767). Reeve nous a transmis le cas d'une femme qui fut assaillie par un tourbillon de neige, qui y resta huit jours, à six pieds de profondeur environ, au bout desquels elle fut retrouvée vivante, mais qui mourut quelques semaines après par suite de la gangrène. En l'an X, vingt prisonniers autrichiens, perdus pendant vingt-six heures, dans les neiges du mont Cenis, trouvés engourdis et ne donnant plus aucun signe de vie, furent guéris au moyen de frictions avec de la neige, puis de lotions d'eau froide dont on élevait successivement la température (Dufour, Thèse de Paris, 180(j).

La faible conductibilité de la neige a contribué à maintenir la vie dans ces différents cas ; à l'air libre, la mort aurait sans doute eu lieu par les progrès du refroidissement (Guérard, art. Froid, D/ci. répert., t. XIII, p. 827. Paris, 1856). A l'occasion de la mort apparente, page 610, tome IX de ce Dictionnaire, nous avons cité l'histoire du général Ornano retiré vivant de la neige sous laquelle on l'avait enseveli. Une femme accouchant debout, sur la voie publique, l'enfant tombe dans la neige, et en est retiré plein de vie, les secours n'ayant pas tardé. La neige peut nuire encore, lorsqu'on s'en sert pour apaiser la soif, elle détermine des inflammations de la langue et du pharynx, des diarrhées ; introduite dans l'eslomac, elle contribue au refroidissement général. L'eau glacée imbibant le sol, pénétrant les chaussures, occasionne aussi des lésions locales, même au-dessus de zéro. L'immersion dans l'eau très-froide est encore à noter comme cause d'accidents et de mort. La durée de l'application aggrave les effets des températures médiocres ; une nuit, à l'air libre, avec un froid voisin de zéro, suffit pour amener la mort d'un blessé ; il faut moins de temps pour un nouveau-né, affaibli par l'inanition.

Un abri prolonge la résistance au froid et préserve de ses effets sidérants, mais des accidents et la mort n'en ont pas moins lieu ; les congestions viscérales et l'asphyxie se produisent. Des malheureux, dans les villes, périssent de misère et de froid, pendant les hivers rigoureux. Plus d'un ivrogne a trouvé la mort au violon, sous les influences réunies de l'alcool et du froid. Nous avons vu une malheureuse femme, dont le foie contenait de nombreux échinocoques, périr ainsi dans une nuit de janvier et présenter tous les caractères d'une congestion pulmonaire et cérébrale portée au plus haut degré. Le plus souvent c'est dans la rue, à la sortie tardive du cabaret, sur une route, que l'homme qui tombe ou qui s'égare est victime de son intempérance et de l'action du froid. Nous avons recueilli l'observation de deux hommes, égarés en hiver dans une forêt, qui succombèrent à l'action du kirsch et du froid. Dans les retraites et les voyages, c'est en rase campagne, sans abri, pendant les tourbillons de neige et par un froid continu, qu'arrivent les désastres. Pendant la retraite de Russie, en 1812, ce qui a produit ces calamités sans exemple, c'est l'exposition continuelle au froid, jour et nuit, sans aucun abri, l'absence de tous vêtements chauds et de fourrures, la disette de vivres et l'état moral des hommes en proie au découragement et au désespoir. On^fera bien attention dans les expertises à la nature et à l'état des vêtements ; une vèture insuffisante du nouveau-né, de l'enfant exposé, explique la mort rapide et peut être un indice d'intention criminelle. Les vêtements, les chaussures, imbibés d'eau glacée, sont une cause de lésions locales, par l'application persévérante du froid. La compression exercée par les chaussures facilite la congélation.

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Le mouvement et la marche non interrompue prolongent la résistance; c'est à la marche à laquelle il se livra sans cesse, et au soin qu'il prit d'éviter l'approche du feu, que Larrey attribue l'absence chez lui de tout accident. Les parties condamnées au repos, les pieds et les jambes chez le cavalier, les bras et les mains pour le piéton, sont plus particulièrement menacés de congélation. Dans les voitures, on était plus atteint. Nous avons fait l'autopsie d'un enfant qui succomba en chemin de fer, dans une voiture non chauffée, à côté même de sa mère. Ce qui surtout est à craindre, lorsque le froid devient intense et qu'on ne peut s'y soustraire, c'est l'effet du sommeil, qui devient bientôt impérieux et irrésistible. Qui ne se rappelle cette anecdote si frappante citée par Solander : « Surpris sur les rivages de la Terre de Feu, avec dix autres hommes de l'équipage, il les conjurait, s'ils voulaient échapper à la mort, de résister à ce puissant besoin de sommeil. Quiconque s'assiéra, disait-il, s'endormira, et quiconque s'endormira ne se réveillera plus. » Et lui-même, qui appréciait si bien ce funeste effet du repos, se coucha sur la terre couverte de neige, en suppliant son ami Banks de le laisser dormir. Il fut sauvé parce qu'on le tira du sommeil au bout de cinq minutes, mais plusieurs de ses compagnons succombèrent. On trouve indiqués dans toutes les relations ces funestes effets du repos. Le sommeil ramène la vie à son 'minimum, et s'accompagne de l'anémie du cerveau, qui est elle-même occasionnée et aggravée par l'excès du froid.

Avec une bonne alimentation, des vêtements, un abri et de l'énergie morale, on résiste longtemps à l'action du froid le plus excessif. L'inanition est au contraire une des causes qui favorisent le plus ses effets. La vacuité de l'estomac, du duodénum, la réplétion de la vésicule biliaire et des matières biliaires dans l'intestin grêle, tous ces indices joints à la maigreur, à la diminution générale du tissu graisseux, ne laissent aucun doute sur le fait de l'inanition qui est venue se joindre à l'action du froid, et diminuer la résistance de l'organisme. On constatera à l'autopsie l'époque éloignée du dernier repas dont il ne reste plus de traces et souvent la preuve d'une inanition prolongée. Dans la retraite de Russie, on a signalé cette influence fatale du défaut d'alimentation; la rapidité de la mort par congélation, dit Larrey, était en rapport avec l'abstinence. La même cause, en 1845, a contribué à la mort des 208 soldats qui succombèrent dans la retraite de Bou-Thaleb.

L'abus des boissons alcooliques est une des causes qui hâtent la terminaison fatale ; froid et ivresse, ces deux causes agissent simultanément dans un grand nombre de décès ; Blosfeld, dans les trois cinquièmes de ses autopsies, dit avoir constaté la plénitude de l'estomac. Plusieurs autopsies faites dans ces conditions nous ont montré la congestion pulmonaire et l'asphyxie jouant un trèsgrand rôle dans ce genre de mort. L'alcool, par l'abaissement notable de température que détermine au bout de peu de temps son ingestion, abaissement rectal que nous avons vu être de deux et de trois degrés, dans des empoisonnements par l'eau-de-vie à haute dose, concourt à augmenter les effets du froid extérieur, et favorise les congestions cérébrale et pulmonaire qu'entraîne l'action prolongée de cette cause. Dans des expériences sur des chiens, Demarquay a vu se produire un abaissement de température de 2° et une fois de 9°, sous l'influence de l'alcool. Magnan a noté 5°, 5 chez l'homme, dans son étude expérimentale et clinique sur l'alcoolisme (1871). Rabuteau {Union médicale, 1870) a vu la température baisser de 2° chez une femme qui avait pris 200 grammes d'eau-de-vie. Dans la retraite de Russie, Larrey avait signalé la mort de beaucou-)

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de jeunes gens dans l'ivresse causée par l'eau-de-vie. Les expériences sur les animaux conduisent au même résultat ; l'ingestion d'alcool dans l'estomac de lapins placés dans un mélange réfrigérant déterminait un abaissement plus rapide de leur température interne. Le sommeil de l'ivresse laisse sans défense contre les effets du froid.

Les conditions individuelles, physiologiques et pathologiques, ont ici une influence que chaque cas fera apprécier. La mort est plus rapide chez le nouveauné, chez l'enfant, chez le vieillard, chez l'individu affaibli par une maladie chronique, par une affection du cœur, par une dépression morale. Les hémorrhagies, les blessures, notamment celles de la tête, ayant amené le coma, accélèrent encore les effets mortels. Le mode de traitement est encore à prendre en considération au point de vue du pronostic et des caractères symptoma tiques et anatomiques. Ces influences si variées et si nombreuses déterminent la spécialité des cas. L'unité de la cause n'empêche pas l'individualité des problèmes qui se présentent avec leurs éléments particuliers de solution.

IIL Symptômes et diagnostic médico-légal. Nous distinguerons trois formes dans les symptômes, suivant que l'action du froid est excessive et très-prompte, qu'elle est plus lente et produite i)ar un moindre abaissement de température, qu'elle s'accompagne surtout deftets locaux ; à la première forme se rattache l'action primitive sur le système nerveux, à la seconde, les congestions générales, à la troisième, les congélations partielles.

Par les froids excessifs, c'est d'une manière soudaine que les accidents éclatent et le système nerveux est le premier atteint. Larrey a retracé le tableau de ces symptômes : « Nous étions tous dans un tel état d'abattement et de torpeur que nous avions peine à nous reconnaître les uns les autres ; on marchait dans un sombre silence. L'organe de la vie et les forces musculaires étaient affaiblis au point qu'il était difficile de suivre sa direction et de garder l'équdibre. L'individu ainsi atteint tombait aux pieds de ses compagnons qui ne détournaient pas les yeux pour le regarder.... La mort de ces infortunés était devancée par la pâleur du visage, par une sorte d'idiotisme, par la difllculté de parler, la faiblesse de la vue et même la perte totale de ce sens ; dans cet état quelques-uns marchaient plus ou moins longtemps, conduits par leurs camarades ou leurs amis ; l'action musculaire s'affaiblissait sensiblement, les individus chancelaient sur leurs jambes comme des hommes ivres ; la faiblesse augmentait progressivement jusqu'à la chute du sujet, signe certain de l'extinction totale de la vie.» Ceux qui tombaient étaient pris d'un assoupissement léthargique que la mort terminait en peu d'instants, et cette mort n'était pas cruelle. Chez quelques-uns il y avait émission involontaire d'urine et une hémorrhagie nasale. Les symptômes n'étaient pas ceux de l'apoplexie, mais ceux de l'affaiblissement du système nerveux ; au bivouac, à 26° Réaumur, les hommes tombaient tout à coup dans un état de stupeur, et un sommeil léthargique précédait de quelques minutes la mort. Ce sommeil manque rarement à la dernière période du mal.

L'invasion des symptômes cérébj-aux a quelquefois lieu d'une manière subite; Desgenettes décrit ainsi cette brusque apparition des symptômes : « Nous avons vu des hommes marchant avec toute l'apparence de l'énergie musculaire la mieux prononcée et la mieux soutenue se plaindre tout à coup qu'un voile couvrait incessamment leurs yeux. Ces organes, un moment hagards, devenaient immobiles; tous les muscles du cou et particulièrement les sterno-mastoïdiens se raidissaient et fixaient peu à peu la tète à droite ou à gauche. La raideur

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gagnait le tronc, les membres abdominaux se fléchissaient et ces hommes tombaient à terre, offrant, pour compléter cet effrayant tableau, tous les symptômes de la catalepsie ou de l'épilepsie. »

On a observé sous l'inlluence des froids excessifs le spasme de la glotte, la roideur, la contracture, la paralysie de diverses parties du système musculaire. Les convulsions ont aussi été notées, lorsque l'action du froid était subite, comme par suite de l'immersion dans une cuve glacée. L'application directe du froid sur la tète, dans les expériences sur les animaux, a produit des mouvements choréiques et des convulsions ; chez des lapins morts de froid, Walther a vu le fond de l'œil se décolorer, des convulsions survenir et précéder la mort. Larrey signale des hémiplégies. Dans les expériences sur les animaux, les muscles gelés cessent d'être sensibles à l'électricité, mais ils redeviennent contractiles après avoir été dégelés. Les paralysies partielles ont été passagères, d'antres fois persistantes, et évidemment produites par une désorganisation des nerfs. Une paralysie radiale a été observée dans le cas décrit par M. Michel. Le tétanos a été noté parmi les accidents consécutifs de la congélation.

Le délire peut précéder la stupeur et être accompagné d'hallucinations; il y a eu des suicides sous l'influence de l'égarement et du désespoir. La méningite consécutive a été observée. Une amnésie temporaire peut encore résulter de l'action excessive du froid ; après la retraite de Moscou, beaucoup d'officiers et de soldats ont eu la mémoire affaiblie par suite des fatigues et du froid intense qu'ils avaient subi. M. Motet, dans un mémoire sur l'amnésie temporaire, cite plusieurs cas de ce genre qui ont leur application en médecine légale. L'amnésie subite peut encore être le résultat d'une exposition à une chaleur très-intense, U. Falret en rapporte un exemple observé dans un incendie. L'anesthésie de la peau est la conséquence de l'action du froid, le tact est moins distinct, les transmissions nerveuses sont moins promptes; l'action sécréto-sudorale est paralysée, l'organe de la vue est le siège de diverses lésions ; on observe l'ophthalmie des neiges produite par l'action prolongée d'une vive lumière sur la rétine, les lésions mécaniques provenant de l'introduction de la neige dans l'œil et de la congélation des cils, la cécité permanente ou transitoire qui accompagne la congélation du cristallin, dont Crecchio a étudié les effets. Larrey avait observé en Russie des cas d'affaiblissement de k vue et de cécité.

Le froid est une cause générale qui agit sur tous les organes à la fois, mais dont le système nerveux reçoit la première influence; si l'action se prolonge, d'autres symptômes se produisent, parmi lesquels les troubles de la circulation et de la respiration tiennent une place principale.

Cette seconde forme de symptômes appartient au refroidissement lent et progressif, produit par les températures voisines de zéro. Aux lésions du système nerveux ne tardent pas à s'ajoutsr les signes des congestions viscérales. A la pâleur de la peau succèdent des colorations partielles, la respiration se ralentit le pouls devient petit et faible. Voici le tableau des effets produits pendant la retraite de Bou-Thaleb par une température qui n'était guère que d'un à deux degré au-dessous de zéro : « Je suis témoin à diverses reprises, dit M. Shrinipton (p. 155), des symptômes qui précèdent la congélation. Le sujet éprouve un engourdissement général, quelquefois de la douleur dans les membres et aux aines. La contraction musculaire ne se fait plus qu'avec difficulté,* la face est rouge, tuméfiée, les lèvres sont bleuâtres, les yeux saillants, les mains se gonflent et rougissent; le pouls est petit et faible, la respiration lente. Ces symptômes

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s'aggravent rapidement; les yeux prennent l'expression de l'égarement, la

marche est incertaine, vacillante, et l'homnie finit par tomber. La peau des

mains se fendille et laisse souvent couler de soixante à cent grammes de sang.

Le malade conserve sa connaissance, mais on dirait un homme ivre ; on le

relève et il retombe ; on ne peut le retenir sur un cacolet sans être attaché. »

Le ralentissement de la circulation et de la respiration se produit alors, les

hommes sont sous l'imminence de l'asphyxie. Il suffit d'une température voisine

àe zéro pour pi'oduire cet effet ; les voituriers qui s'endorment dans leur voiture,

les ivrognes sur la voie publique, pendant une nuit d'hiver, présentent ce

sommeil léthargique pendant lequel l'asphyxie s'établit. On observe ici les

■symptômes de la congestion cérébrale et ceux de la congestion pulmonaire. La

température du corps n'a été prise que dans im très-petit nombre de cas; on a

constaté chez des individus mourant de froid 27°, 4 de température rectale»

20" dans le vagin, et pour deux autres cas, 51° entre les cuisses, 27° à la paume

des mains, 17° aux doigts des pieds; chez des animaux, avant la mort, au

milieu d'un mélange réfrigérant, la température était descendue à 20° et

même à 18°.

La prédominance des lésions locales constitue une troisième forme des effets du froid. Les congélations partielles, plus ou moins profondes, existent seules ou réunies aux lésions internes. L'intensité de ces affections locales donne plus ou moins la mesure du temps pendant lequel on a été exposé à l'action du froid. Les pieds surtout, les mains, le nez, les oreilles, toutes les régions d'touvertes ■ou en contact avec des vêtements mouillés, sont le siège de ces lésions. La peau est d'abord pâle, insensible, puis elle est le siège d'un fourmillement douloureux, d'une sensation de brûlure. Au premier degré, c'est l'érythèrae simple, l'engelure, avec un léger gonflement et une coloration rougeàtre, parfois avec des gerçures de la peau et des muqueuses, douloureuses et causes d'hémordiagie. La phlyctène paraît ensuite avec une sérosité rougeàtre, qui devient promptement séro-purulente, avec des épanchements sanguins disséminés sous î'épiderme ou dans le tissu cellulaire. Le troisième degré est caractérisé par l'eschare, livide, noirâtre, molle, plus ou moins profonde. Vient ensuite le sphacèle du membre ; la gangrène d'emblée, primitive, s'établit rapidement, sans qu'on en ait conscience ; les mains pâlissent, dit Bégin, et prennent la couleur d'une vieille cire. Cette forme de sphacèle a de l'analogie avec la gangrène sèche et paraît due à un froid excessif. La gangrène secondaire, successive, humide, semble être le résultat d'un degré moindre de congélation.

11 y a de l'analogie entre ces effets du froid et ceux de la brûlure, et un diagnostic médico-légal peut être nécessaire à cette occasion. M. Legouest a trèsbien établi les caractères différentiels de ces deux états. La production de l'un est graduelle, celle de l'autre est instantanée. La tuméfaction, la teinte d'un rouge brun, le siège plus particulier de l'enflure, la douleur faible qui l'accompagne, la distingueront de l'érythème d'un rouge vif, à peine tuméfié, à surface sèche, douloureux, qui appartient à la brûlure. Une seule phlyctène, d'un volume moyen, avec une sérosité rougeàtre, bientôt purulente, une teinte violacée, des épanchements de sang au pourtour, sont les conséquences de la congélation; les phlyctènes multiples, de dimensions inégales, remplies d'une sérosité opaline, entourées d'une aréole rouge, caractérisent la brûlure. L'eschare livide, noirâtre, molle, où I'épiderme est souvent intact, ne ressemble pas à l'eschare sèche, jaunâtre, sonore, avec destruction de I'épiderme, que déter-

FROID (médecine légale). 207

mine l'action du feu. La carbonisation d'un membre ne peut se confondre avec le sphacèle bumide qui résulte de la gelure.

Ces trois ordres de symptômes peuvent se réunir ou se succéder ; ils servent à démontrer l'action du froid, à déterminer la durée de son application, l'intensité des effets produits, et ils constituent une des bases du diagnostic médicolégal.

Y. Gekre de mort. Caractères anatomiqves. L'unité de cause semblait ici promettre des lésions anatomiques toujours les mêmes, établissant un type de mort par le froid. Il n'en est pas ainsi, parce que le degré d'intensité du froid, la durée variable de son application, et les circonstances individuelles, influent sur le mécanisme de la mort et laissent dans l'organisme des traces différentes suivant la manière dont la vie s'éteint. Nous devons donc déterminer les genres •de mort qui résultent de l'action du froid et rechercher les caractères anatomiques qui se rapportent à chacun d'eux ; des lésions variables nous fourniront ainsi la preuve demandée.

A. Genres de mort. La mort peut être le résultat : Pd'un froid intense et d'un refroidissement rapide, faisant brusquement périr par son action sur le système nerveux; 2° d'un froid moins intense, mais continu, amenant le refroidissement «rraduel de l'organisme, et déterminant des congestions viscérales ; 5" des concfélations partielles. Cette division, indiquée par M. Lacassagne, nous paraît être l'expression des faits ; elle donne l'interprétalion des phénomènes si variables constatés par les observateurs.

Dans le refroidissement rapide et excessif qui amène promptement la mort, ce qui domine sans doute, c'est l'anémie du cerveau avec une diminution de l'action du cœur. Les phénomènes nerveux, comateux ou convulsifs, n'ont qu'une courte durée et une syncope termine la scène. Il est probable ici que l'action directe du froid sur le tissu nerveu.x en altère la texture. Cette mort rapide ne permet pas aux congestions internes de se produire. C'est dans les cas de ce genre qu'on a rencontré la pîdeur et l'anémie du cerveau, la teinte rutilante du sang, resté liquide ou avec de faibles caillots. Peut-être ici observerait-on, comme dans les morts rapides, une teinte plus rouge du sang artériel.

Lorsque l'action du froid est moins intense et qu'elle se prolonge, la respiration se ralentit et s'embarrasse, l'hématose diminue, le refoulement interne du sang refroidi augmente la congestion des viscères : c'est l'asphyxie par le froid suivant l'expression depuis longtemps admise. Les battements du cœur se ralentissent, la dilatation passive de cet organe précède la mort, phénomène opposé à celui que détermine une chaleur excessive, qui produit l'accélération de la circulation et la tétanisation du muscle cardiaque. C'est dans les cas de ce genre l'on rencontre les congestions prononcées des poumons et du cerveau, la plénitude des cavités droites du cœur distendues par un sang plus ou moins foncé. Dans nos climats, c'est le genre de morthabituel ; mais l'asphyxie domine-, nous l'avons constaté trois fois durant cet hiver rigoureux. Chez les enfants, chez les nouveau-nés qui succombent à l'exposition au froid, les congestions des poumons et du cerveau forment le caractère principal du genre de mort. Dans les autopsies d'adultes, l'ivresse accentue ces indices d'asphyxie.

La congélation partielle détermine la mort par les accidents consécutifs. Un des plus prompts à se produire, c'est la mort par embolie, lorsque le sang coagulé se désagrège par le réchauffement et que des caillots microscopiques provenant

208 FROID (médecine légale).

de la partie dégelée se répandent dans les ramifications de l'artère pulmonaire et arrivent au poumon, produisant l'asphyxie et lu syncope. M. Michel a cité un exemple de ces embolies capillaires chez une femme exposée pendant une nuit, du 22 au 25 janvier 1867, à une température de — 10", et qui eut les deux pieds gelés, La mort fut accompagnée de phénomènes d'asphyxie et l'on put constater dans l'artère pulmonaire et dans le poumon, au centre d'infarctus nombreux, des caillots blanchâtres identiques à ceux que présentaient les veines des parties lésées. Dans l'expédition de Bou-Thaleb, M. Shrimpton a observé deux cas de gangrène pulmonaire consécutive à la congélation. Le sphacèle des membres, à la suite des congélations totales, entraùie tous les accidents consécutifs à la gangrène, l'infection putride, la résorption purulente, et les effets de la suppuration prolongée qui succède à la chute des eschares. Le froid favorise l'action des agents morbifiques. La méningite et le tétanos sont encore à placer parmi les suites mortelles du refroidissement.

Nous devons encore tenir compte des accidents attribués au réchauffement brusque. On a admis des embolies gazeuses, des ruptures de vaisseaux, subitement produites par les gaz mis en liberté et dilatés; des apoplexies foudroyantes, des convulsions mortelles, ont été attribuées au réchauffement opéré sans précaution, Larrey a vu des soldats, s'approchant du feu du bivouac, tomber roides morts comme frappés d'apoplexie. D'autres, dit Desgenettes, pris d'un délire furieux, se précipitent eux-mêmes dans les flammes; le pharmacien en chef de l'armée. Sureau, arrivé à Kowno, épuisé de faim et de froid, passe quelques heures dans une chambre chaude, ses membres engourdis se tuméfient et il expire sans pouvoir dire une parole. C'est surtout pour les congélations locales que l'on a à redouter les effets d'une trop prompte applicaliou de la chaleur ; la gangrène se produit rapidement sous celte influence, et l'adoucissement spontané de la température aurait même, dans certains cas observés par Larrey, aggravé les lésions de la peau.

Un froid excessif peut déterminer la paralysie subite, la sidération du système nerveux. Larrey a vu la vie s'éteindre en quelques minutes, à partir du moment oij l'on s'adonnait au sommeil. En général quelques heures sont nécessaires même pour les froids très-rigoiireux. Dans nos climats, la durée d'une nuit sulfit pour amener la mort, surtout à la suite de l'ivresse. Les nouveau-nés, sans aucun doute, succombent plus rapidement. Trop de circonstances font varier la rapidité des effets du froid pour qu'on puisse établir à cet égard une règle générale, mais la possibilité d'une mort très-prompte reste hors de doute.

B. Caractères anatomiqiies. 1" Le premier point à reconnaître, c'est la température du cadavre; on la prendra sous l'aisselle, dans le rectum, sous le foie après l'ouverture de l'abdomen, et pendant l'autopsie, au moyen d'un thermomètre à pointe introduit dans les organes. Il faut une vingtaine d'heures, plus ou moins, suivant les circonstances, pour que l'équilibre s'établisse entre la température du corps et celle de l'air extérieur. La différence entre ces deux températures donnera des indices sur l'époque probable de la mort. On no^fera encore le degré de congélation générale ou partielle, étendue à tout le corps, au cerveau, au sang, aux poumons, au foie, à l'uriue, au contenu de l'estomac où l'on trouve les aliments congelés et dans un état de con-ervation complète. L'absence de congélation ne peut nullement exclure l'idée de la mort par le iroid, pas plus que la congélation elle-même ne la démontre.

2« Les sigries de la mort présentent quelques particularités, La rigidité cada-

FROID (médecine légale). 209

vérique a une longue durée dans la mort par le froid ; elle peut ne se de'velopper qu'après le dégel, si la congélation a précédé son établissement. Les corps gelés n'ont pas l'odeur cadavérique, ils se conservent à peu près indéfiniment. La putréfaction ne paraît qu'au dégel. D'après Blosfeld. la teinte de l'abdomen serait alors d'un rouge brique et de cuivre sale, et différerait de la coloration verdâtre ordinaire. C'est au dégel que l'imbibition rouge des tissus, les traînées brunâtres, se produisent le long des vaisseaux, et que la surface des poumons, du cerveau et d'autres organes, prennent, d'après Crecchio, une teinte d'un cuivre sale. La teinte verdâtre de l'abdouien et les signes ordinaires de la putréfaction feraient soupçonner que la congélation a été consécutive à un autre genre de mort; un dégel d'ailleurs survenant après une première congélation et suivi d'un retour du froid aurait pu produire des signes de putréfaction sur le cadavre d'une personne qui aurait cependant succombé au froid. Si l'on trouve sous la neige un corps présentant des signes de putréfaction, ou peut en conclure que le cadavre y a été enseveli quelque temps après la mort. L'absence de congélation d'ailleurs n'autorise pas à nier la mort par le froid ; elle peut se produire à zéro et au-dessus, et le dégel a pu intervenir. L'absence de toute putréfaction prouve que le froid a saisi le corps soit pendant la vie, soit très peu de temps après le décès.

"b^L' attitude du cadavre est souvent celle du sommeil, qui a précédé la mort; la congélation immobilise des situations caractéristiques. Le corps durci a été comparé à une statue. « Les individus semblent avoir été fixés sur place et la rigidité qui les a aussitôt saisis, persistant longtemps, les maintient dans cette situation caractéristique. C'est ainsi que Forestier parle des sentinelles mortes debout, la lance au poing, comme des individus frappés de catalepsie » (Lacassagne, p. 299). Un des soldats morts de froid dans l'expédition de Boghar avait encore sa pipe à la bouche. V expression de la face est celle du sommeil dans les cas de froid médiocre dont l'action a été favorisée par l'ivresse. Mais à la suite des froids excessifs qui ont amené des morts rapides la face peut présenter l'expression de la souffrance et de la terreur. Les yeux que personne n'a fermés restent à demi ouverts.

¥ La peau est pâle, il y a de la chair de poule et une forte rétraction des . organes génitaux et notamment delà tunique dartoïde du scrotum. Les lividités cadavériques des parties déclives du corps sont peu prononcées par suite du refoulement interne du sang et de sa prompte congélation, si la mort a été rapide, par un froid excessif. Mais l'aspect est autre quand l'asphyxie a dominé dans ce genre de mort ; la peau est cyanosée sur diverses régions, aux doigts, aux oreilles, aux lèvres; des taches rougeàtres ou bleuâtres sont disséminées à la surface du corps. Chez les malheureux soldats qui ont succombé en Algérie, on a observé : (( la peau rouge ou bleuâtre, les yeux ouverts, les pupilles dilatées, avec les sclérotiques rouges, la bouche largement ouverte, la peau des téguments cyanosée, surtout vers les parties déclives. » A ces caractères se joignent les signes qui indiquent l'action directe du froid plus ou moins prolongée, des rougeurs érythémateuses circonscrites, les engelures, les sillons rougeàtres de la peau, les phlyctènes, les petites hémorrhagies locales , les eschares plus ou moins profondes, phénomènes dont on peut déduire la durée de l'application du froid. Des phlyctènes sur les orteils existaient dans un de nos c;is.

5° Deux états très-différents ont été constatés pourleceri^eaM et correspondent

DICT. ENC. 4° s. YI. Il

210 FROID (médecine légale).

aux deux principaux genres de mort. Dans les morts rapides, V anémie du cerveaua été signalée par plusieurs observateurs : Dans quatre autopsies, Ogston a vu le cerveau exsangue et les sinus vides. S.-Himmelstiern, sur seize cas, n'a rencontré que deux fois l'hyperémie de cet organe. Le froid anéantit subitement les fonctions du cerveau par son action directe et par l'intermédiaire du sang refroidi. La diminution des contractions cardiaques contribuerait à cette anémie. Le plus souvent cependant, et dans les morts plus lentes qui se produisent sous l'influence de températures moins basses, la congestion du cerveau àomiïia avec la plénitude des sinus et l'injection de la pie-mère ; une sérosité abondante existe dans les ventricules latéraux. En Russie, pendant la campagne de 1812, Jauffret, dans ses autopsies, a observé les veines et les sinus cérébraux remplis d'un sang visqueux et noir, en même temps que l'engorgement des poumons et la plénitude du ventricule droit du cœur. De Crecchio, dans ses expériences, a aussi constaté l'hyperémie du cerveau avec celle des poumons et du cœur, caractérisée par une fine injection des tissus ; à la base du cerveau, il a trouvé des points hémorrhagiques, du sang extravasé et congelé. Quand la vie se prolonge, l'anémie cesse et la congestion se produit. C'est pour nos climats le fait le plus habituel; mais la congestion pulmonaire prédomine, nous^ l'avons vue très-intense avec une faible injection du cerveau. Chez les nouveaunés qui succombent à raclion du froid, chez les individus qui périssent par l'exposition au froid à la suite d'ivresse ou de blessures à la tête, nous avons rencontré existant à un haut degré la congestion des poumons et du cerveau.

Le froid peut laisser dans la substance nerveuse les traces matérielles de son action ; on a signalé des modifications dans le tissu nerveux, la myéline fragmentée, une modification des cellules de la moelle et du cerveau, sans la préciser, le ramollissement de la substance cérébrale, la diminution de son poidsspécifique, les méninges blanchâtres et couvertes de plaques opalines, des produits plastiques sur la moelle épinière, une altération du nerf radial, avec segmentation de la myéline, une modification des plaques terminales motrices (Vulpian) .

6° La congélation du cristallin a été observée ; elle est sans doute une des .causes de la cécité consécutive à l'action du froid. De Crecchio a reproduit cette congélation dans ses expériences, et a constaté qu'elle n'avait pas empêché le rétablissement de la vue, dans soixante-dix cas sur cent. Le cristallin congelé est à peine trouble et d'un blanc opaque. La perte de la vision a encore été occasionnée par des lésions de l'innervation de l'œil, par l'opacité de la cornée ou par une cataracte capsulaire consécutive. Chez les animaux qui mouraient avec le cristallin congelé, cet organe, ainsi que la cornée, redevenait limpide après que les tissus étaient dégelés.

1" La congestion pulmonaire, bien plus généralement encore que la congestion cérébrale, accompagne la mort par le froid ; elle ne manque que dans les cas de mort rapide où la syncope intervient dès le début. Ogston a rencontré l'anémie du poumon ; Blosfeld. a signalé l'absence d'engorgement pulmonaire ; Krasewski au contraire a toujours constaté la congestion des organes pulmonaires et abdominaux; Samson-Himmelstiern l'a observée onze fois sur seize cas. Dans les expériences sur les animaux, celte congestion se produit avec un engorgement pulmonaire d'autant plus considérable que le refroidissement a été plus lent. La congestion peut présenter deux formes ; elle est active, avec une coloration rougeâtre du tissu, et une fine injection des capillaires ; passive, avec

FROID (médecine légale). 211

la teinte noirâtre du poumon, le système veineux gorgé de sang, et une forte hypostase, indiquent une asphyxie lente. L'embolie capillaire, avec infarctus du poumon, a aussi déterminé l'asphyxie. On a parfois observé de l'écume dans la trachée et dans les bronches; nous l'avons vue abondante dans un cas.

8" La réplétion du api/r, sa distension par un sang noirâtre, plus abondant dans les cavités droites, liquide ou avec quelques caillots de teinte foncée, forment le caractère habituel de ce genre de mort, dans nos climats, lorsquel'asphyxie s'est produite avec lenteur, sous l'intluence d'une température voisine de zéro. Blosfeld, Dieberg, Samson-Himmelstiern, ont noté cette réplétion ducœur. L'endocarde est le siège d'une fine injection vasculaire. Si la mort est très-prompte, cet état peut ne pas se produire et l'on constatera, comme dans la syncope, l'égale répartition du sang dans les deux moitiés du cœur, sa fluidité avec de faibles caillots, et peut-être aussi une rougeur plus vive du sang, artériel.

9" L'état du sang, dans la mort par le froid, mérite une attention particulière; cet état varie suivant le genre de mort et suivant l'intensité du froid. Quand la congélation s'est produite, le sang devient d'un rouge vermeil. Ogston a signalé dans ses autopsies la couleur vermeille du sang des gros vaisseaux. Avec un abaissement considérable de température, le sang se coagule difficilement et devient rutilant. De Crecchio a constaté dans ses expériences que le sang était partout d'un rouge vermeil, vif, excepté dans les cavités droites du cœur et dans les grosses veines où il gardait une teinte sombre. Le sang qui reflue dans les vaisseaux et qui s'y arrête, au moment oij ils perdent leur contractilité et se dilatent, colore la partie en rouge obscur ou bleuâtre; le sang en se congelant, dit Crecchio, devient d'un rouge vermeil. La rutilance du sang est donc un phénomène qui accompagne la mort par le froid, à la condition que l'asphyxie ne soit pas le phénomène prédominant. Cette rutilance s'explique par l'inactivité du système musculaire, par la diminution de toutes les combustions organiques qui laisse s'accumuler dans le sang l'oxygène qu'y introduit encore la respiration affaiblie; il y a ici un empêchement certain à la désoxygénation de ce liquide. Le sang veineux même, suivant les analyses de MM. Mathieu et Urbain, peut contenir une plus forte proportion d'oyxgène qu'à l'état normal; il participe à la couleur du sang artériel qui s'y mélange, en perdant peu deson oxygène ; un refroidissement de quelques degrés suffit pour produire cet effet. L'acide carbonique s'accumule aussi dans le sang, par suite de la rareté des mouvements respiratoires. La teinte rouge vermeille du sang forme donc un caractère important et assez général dans la mort par le froid ; même dans les cas d'asphyxie, surtout si elle a été rapide, on peut s'attendre à une coloration moins foncée; nousi'avous vue assez claire, dans trois cas de congestion du poumon. Ce qui atténue un peu la valeur de ce signe, c'est que dans les congélations après la mort le sang prendrait aussi une couleur plus claire. Le san

en se dégelant devient plus foncé ; c'est alors que commencent les colorationsrougeàtres et brunâtres causées par l'imbibition des tissus.

La liquidité du sang appartient plus particulièrement à la mort par le froid, surtout quand l'asphyxie domine ; on n'observe alors que des caillots rougeàtres et diffluents, sauf les cas où l'agonie a été longue. Le sano; coamlé, quand il est congelé, perd immédiatement, dit Crecchio, la propriété de rester coagulé. Surpris par la congélation, avant le moment où il se coagule, peut-il^ à la suite du dégel, reprendre la faculté de se coaguler? On a affirmé qu'il en

212 FROID (médecine légale).

était ainsi, de même que le muscle gelé avant d'être roidi reprend après le dégel ses propriétés contractiles. Le sang dégelé présente parfois de petits caillots fibrineux, décolorés; dans un cas de congélation totale des pieds, aes caillots blancs, très-petits, qui existaient dans les veines du pied et dans la saphène interne, avaient passé dans l'artère pulmonaire où ils étaient entourés de caillots rougeâtres et avaient pénétré jusque dans le poumon.

Le sang se gèle à une température qui varie entre — 2° 1/2 et — 5°. A — 2" hors des vaisseaux, il forme un gâteau rougeâtre, un peu mou, dont on exprime un liquide de même couleur, cliargé de globules bien conservés. Quelques observateurs avaient pensé que la congélation altérait et détruisait les globules et que la mort était le résultat de l'introduction dans la circulation générale de ces globules déformés et impropres à la vie. Luigi de Crecchio a reconnu que les globules du sang résistaient à la congélation ; ils deviennent, dit-il, plus pâles, plus transparents, et une légère élévation de température leur rend leur apparence normale. Nous avons fait successivement geler et dégeler du sang humain, en maintenant la gelée pendant plusieurs heures à des températures qui ont varié entre — 2° et demi et — J2° ; six opérations de ce genre, sur le même sang, n'en avaient pas détruit les globules, ils allaient en diminuant de nombre, à mesure que les opérations se répétaient, ils devenaient plus pâles, mais le sérum iodé les rendait immédiatement visibles: à la septième reprise seulement, les globules ont été déti'uits, on n'en voyait plus que des débris. C'est le dégel qui les détruit; il semble que la congélation les conserve, du moins ils résistent longtemps à celte cause. On explique ainsi le retour à la vie des individus en partie congelés, et la longue résistance à cette cause de mort, le sang pouvant reprendre ses propriétés physiques après la congélation.

10° L'estomac présente tantôt une vacuité complète, l'inanition s'étant jointe aux effets du froid, tantôt une réplétion de matières alimentaires, plus ou moins imprégnées d'alcool, l'individu ayant succombé à l'action réunie du froid et de l'ivresse. Dans les trois cinquièmes des cas observés par Blosfeld, l'estomac renfermait de giandes quantités de matières alimentaires. Nous avons vu les deux extrêmes. La recherclie chimique de l'alcool ne doit jamais être omise. Le tube digestif offre à l'extérieur la teinte rosée qui souvent accompagne l'asphyxie. On a noté l'injection de la muqueuse stomacale, des congestions partielles et môme de petites suffusions sanguines dans son tissu. Quelques ulcérations intestinales ont même été signalées parmi les lésions consécutives, ainsi qu'une entéiite analogue à celle qui succède aux briilures, ou parfois des ulcérations ayant l'aspect de celles que détermine la lièvre typhoïde; ces lésions n'appartiennent évidemment qu'aux accidents consécutifs. Rien de particulier n'a été noté pour le foie et pour la rate. La plénitude de la vessie a été souvent rencontrée; Samson-Himmelstiern a trouvé vingt-sept fois sur trente-quatre cas la vessie remplie d'urine plus ou moins claire. Cette plénitude de la vessie tient aux circonstances qui ont précédé la mort et à la durée de l'agonie.

11° La rigidilé musculaire persiste longtemps après la mort par le froid; si les muscles sont congelés avant cette période, on admet que la rigidité peut se produire quand la congélation a cessé; Blosfeld a observé cette rigidité cadavérique apparaissant après le dégel. Les muscles congelés ne répondent plus au stimulus électrique ; ils se laissent déchirer facilement ; après le dégel, ils peuvent reprendre leurs propriétés contractiles, si elle n'a pas été trop longtemps suspendue, ce qui serait un indice de l'époque de la mort. Dans les

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expériences de Uowcirth sur des grenouilles, le cœur congelé et durci comme de la pierre, dégelé, pouvait se contracter de nouveau. Lu rigidité se distingue de la congélation par son siège exclusif dans le système musculaire et par le bruit bien connu, comparé au cri de l'étain, qui se produit dans le membre congelé, lorsque les mouvements qu'on lui imprime brisent les tissus glacés.

Par la congélation, les os deviennent plus fragiles. Krajewski a constaté cinq fois la disjonction des sutures coronale et sagittale: on l'explique par la congélation de l'encéphale, augmentant de volume, et agissant comme l'eau qui fait éclater, en se congelant, les parois d'un réservoir fermé.

12° Les signes négatifs sont un des éléments du dingnostic; en même temps qu'on reconnaîtra les caractères qui appartiennent à la mort par le froid, on constatera l'ahsence de toute autre cause de mort.

V. Mort APPAiiE^NTE et survie. La mort ap[>arente par le froid est une de celles qui se prolongent le plus, avec des chances de guérison. 11 est essentiel de faire observer, dit ['Instruction du conseil de santé des armées sur les secours à donner aux asphyxiés, que de toutes les asphyxies celle qui est produite par le froid offre, ainsi que cela a été constaté par les peuples du Nord, le plus de chances de succès même après douze ou quinze heures de mort apparente. Cea résultats auraient encore été obtenus après vingt-quatre heures et même après deux jours de mort apparente [voy. t. IX de ce Dictionnaire, p. 620). L'anesthésie, le ralentissement de la circulation, la respiiation presque insensible, la pâleur, la roidcur produite par le froid, donnent ici l'image de la mort, et la vie réduite à son minimum peut persister pendant un temps assez long. Toutes les actions organiques sont ralenties, on brûle moins d'oxygène, et le sang refroidi au dedans comme au dehors conserve mieux sa provision de ce gaz. Les expériences sur les animaux donnent ici des résultats décisifs, en montrant des résurrections inattendues Le retour h la vie est-il possible après une congélation complète? Si la congélation est partielle, la question doit être résolue par l'affirmative. On peut en citer comme preuve les expériences de lluuter sur les oreilles de lapins, gelées et dégelées tour à tour, conservant leur vitalité, celles de Howartb sur le cœur de grenouilles et les exemples bien authentiques, chez l'homme, du retour de la circulation et de la sensibilité dans des parties ' congelées. Si la congélation est totale, la persistance de la vie n'est pas admissible. Pour que le corps se congèle en totalité, il faut que sa température descende à 2° et demi ou à 3° au-dessous de zéro : or, l'observation montre qu'il suffit en général d'une perte de 14 ou 15", dans les parties internes, pour que la vie ne puisse plus continuer. Si le refroidissement a lieu par une cause externe, on peut admettre qu'un abaissement plus considérable sera encore compatible avec la vie, mais bien certainement cette limite se maintiendra de bcaucou]i au-dessus du point de congélation. Les animaux réduits à 18» perdent la faculU' de se réchauffer; ils peuvent aussi succombera -h 19°; d'un autre côté, chez les personnes que l'on a pu rappeler à la vie, avec une température interne réduite à 26°, il existait déjà un grave péril. M. Pouchet, dans ses Recherches expérimentales sur la cofigélation des animaux (1866), a constaté que, toutes les fois que la congélation était complète, les animaux ne pouvaient plus être rappelés à la vie. Dans les cas de mort apparente, il est bien probable que la congélation n'était qu'extérieure, et que la température interne se maintenait audessus du point où arrive la congélation. Dans l'observation de Pia, ce militaire, retiré de LUI, à Strasbourg, le 1" janvier 1777, par un froid rigoureux,

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roide comme un pieu, tenu pour gelé et pour mort sans ressources, et cepen- <1ant rappelé à la vie, n'oUVait certainement pas de congélation interne. La même remarque s'applique à d'autres observations du même genre. Pilhès et lieeve ont rapporté l'histoire d'un homme et d'une femme qui restèrent ensevelis dans la neige, l'un pendant six jours, l'autre pendant quatre jours, et qui furent retrouvés vivants. M. Servier fait remarquer que dans ces circonstances les hommes et les animaux ont survécu, non pas quoique congelés, mais parce qu'ils ne l'étaient réellement pas. Une disposition quelconque, la i'aible conductibilité de la neige, ont pu maintenir dans les organes une quantité de chaleur suffisante pour entretenir la vie.

L'administration des premiers secours peut donner lieu à une question de responsabilité médicale. Les secours doivent être appliqués avec persévérance : l'expérience a appris, dit Boyer {Traité des maladies chirurgicales, t. I, p. 153), que des personnes gelées qu'on croyait mortes ont été rappelées à la vie, au bout de plusieurs jours ; il conseille de continuer les soins, jusqu'au moment ■où apparaîtra la putréfaction. Le diagnostic de la mort a fait assez de progrès pour qu'on n'ait plus à se conformer à cette dernière indication, mais la longue persévérance dans les soins n'en reste pas moins la règle. Quand la mort apparente a été occasionnée par le froid, le précepte général, rappelé par l'Instruction citée plus haut, est de ne rétablir la chaleur que graduellement et lentement. « Si le corps d'un asphyxié par le froid était approché du feu, ou si, dès le commencement des secours, on le faisait séjourner dans un lieu même médiocrement chauffé, il en résulterait des accidents graves. » On cite à cet égard les observations si remarquables de Larrey, les morts subites et les graves accidents locaux j roduits par l'approche du feu. Dans les expériences sur les animaux, on constate aussi toute l'iaipoitanced'un réchauffement graduel des parties congelées. Le médecin s'exposerait donc à un blâme en s'éloignanlde la pratique commune, et en négligeant le réchauffement lent et graduel considéré comme le moyen le plus sur d'éviter !a gangrène locale. Mais ce genre de réchauffement est-il applicable à tous les cas de mort apparente par le froid ? M. Lacassagne fait ici une distinction qui s'appuie sur les expériences de Walther. Dans les cas d'anémie cérébrale, une prompte action serait nécessaire, il faudrait réchauffer le corps rapidement et longtemps, et la respiration artificielle rendrait des services. Le réchauffement graduel serait réservé aux cas d'asphyxie et de congélation locale. Suivant les termes de l'Instruction, lorsque les membres ont repris de la souplesse, on doit faire exécuter aux membres et à la poitrine des mouvements alternatifs destinés à faciliter la respiration.

Dans des accidents communs, les voyages, les naufrages, lorsque la chute •d'avalanches ensevelit toute une famille sous la neige, la question de survie peut se poser, plusieuis personnes qui ont entre elles des liens de parenté succombant dans une même catastrophe. Les articles 720 et 721 du code civil, à défaut de preuves directes, règlent au point de vue légal cette question de priorité de décès. On peut remarquer que pour la mort par le froid l'ordre indiqué par la loi est en rapport avec les données physiologiques. Au-dessous de quinze ans, le plus âgé est présumé avoir survécu; au-dessus de soixante ans, c'est le plus jeune. Entre quinze et soixante ans, le mâle est présumé avoir survécu, quand il y a égalité d'âge ou une différence de moins d'une année. Les indices de survie se déduisent des conditions individuelles, de l'âge, de l'état de santé, ^u genre de vie. La plus faible résistance des nouveau-nés, des vieillards, des

FROID (médecine légale). -^'^

•malades, est prise en considération. Les maladies du cœur et des blessures ont •été signalées comme hâtant la mort ; les états qui déterminent une congestion vers les poumons ou vers le cerveau ont une action analogue; il en est de même de la dépression morale. L'inanition et l'ivresse facilitent la mort par le froid ; on tiendra compte de la plénitude ou de la vacuité de l'estomac, de la nature des aliments, et des liquides ingérés. Les circonstances du lait, la présence d'un abri, l'état des vêtements, seront pris en considération. Le genre de mort fournira surtout des signes caractéristiques. L'anémie cérébrale, avec es indices de la syncope, avec l'absence de congestion viscérale, fera supposer une mort beaucoup plus prompte que l'asphyxie accompagnée de la plénituile du cœur et de l'engorgement des poumons et du cerveau.

VI. Caractère de l'événemext. Les faits qui précèdent permettent d'arriver à des conclusions sur le caractère de l'événement. L'observation médico-légale peut se faire pendant la vie ou après la mort. Sur le vivant, la preuve de 1 action du froid est fournie par les symptômes locaux et généraux et par les accidents consécutifs. Les lésions cutanées ont une grande importance ; ou les distingue de celles que produit la brûlure ; le diagnostic sépare des effets du froid les .résultats des autres influences qui ont pu s'y ajouter.

Les caractères anatomiques, dans la plupart des cas, ne laisseront aucun doute sur les causes de la mort. La distinction des deux formes, dans le genre de mort, sert ici de base au diagnostic. On constatera dans la première forme l'anémie cérébrale, la rutilance du sang, l'absence de congestion viscérale; dans la seconde, celle que nous observons le plus souvent. J'asphyxie, avec la réplétion du cœur, le sang noirâtre et les congestions caractéristiques des poumons et du cerveau. La congélation ou le refroidissement du corps, l'absence de putréfaction, fourniront encore des indices, et le diagnostic est complété par cette preuve négative, qu'il n'existe aucune trace d'une autre cause de mort, soit mécanique, soit pathologique, soit toxique.

La mort par les accidents secondaires, embolies, affections pulmonaires, gangrène locale, a ses lésions caractéristiques.

On portera une attention toute particulière sur les signes de l'inanition et de l'ivresse qui compliquent si souvent la mort par le froid.

Les circonstances extérieures seront notées avec soin, la température atmosphérique, son degré d'abaissement, ses qualités, l'humidité, le vent, le mode d'application du froid, l'absence d'abri, l'état des vêtements. Les conditions individuelles, physiologiques et pathologiques, contribueront cà expliquer les effets du froid et permettront d'apprécier la rapidité du genre de mort. Ce sont ces conditions d'âge, de sexe, de maladie antécédente, de blessure, d'inanition, d'ivresse, jointes aux circonstances mêmes du fait, et du genre de mort, qui servent à établir les présomptions de survie.

L'autopsie se fait suivant les règles ordinaires ; on place habituellement le corps pendant quelques heures dans une salle à 12 ou à 15°, pour obtenir un dégel qui rend l'exploration plus facile; mais ce dégel ne doit pas être prolongé, afin de ne pas trop modifier les caractères anatomiques. L'examen extérieur, dans tous les cas, sera fait immédiatement. Des coupes à la scie sur les parties congelées, comme on le fait pour certaines préparations anatomiques, peuvent présenter de l'avantage.

La mort apparente par le froid est une de celle qui se prolonge le plus, les lignes de la mort sont ici modifiés en ce qui concerne la température, l'état des

216 FROID (médecine légale).

muscles et l'appurilioii relardée des phénomènes putrides. Le traitement de la mort apparente peut varier suivant les phénomènes extérieurs indiquant plutôt l'anémie céréhrale que l'asphyxie; on serait autorisé dans le premier tas à tenter un réchauffement plus rapide, le réchauffement graduel restant toujours la règle pour les lésions locales.

La mort par le froid est-elle le résultat d'un accident, d'un suicide ou d'un homicide? C'est le problème final en matière judiciaire.

L'accident se produit dans les expéditions militaires, les voyages, les ascensions de montagnes, les ascensions aérostatiques, dans des conditions variables : c'est ainsi que succombent les individus égarés, dans les champs, dans les forêts, perdus sous la neige, ensevelis sous une avalanche, refroidis dans une voiture, s'endormant dans les rnes par une nuit d'hiver, sous l'influence de l'ivresse, abandonnés dans une pièce sans feu où ils périssent de froid et de faim. L'enquête, dans ces circonstances, lève le plus souvent tous les doutes, et la médecine légale n'intervient que pour constater l'absence de tout indice de mort violente. L'accident est la règle pour les adultes qui succombent à l'action du froid. L'accident pourrait encore arriver pour l'enfant nouveau-né, la femme accouchant tout à coup dans un lieu froid, perdant connaissance et l'enfant tombant à côté d'elle de l'utérus chaud sur un sol glacé. Ce fait bien suspect serait éclairci par l'examen de toutes les données du problème.

Le suicide semble peu compatible avec un genre de mort précédé de longues souffrances, mais à cet égard, comme le suicide par inanition le prouve, on peut tout attendre du désespoir et du trouble de l'esprit. Certains aliénés semblent insensibles au froid, dont ils n'éprouvent pas moins l'atteinte fatale. M. Beurnonville indique un cas probable de suicide par le froid : c'est celui d'un homme d'un âge mùr, d'un caractère mélancolique, malade et trouvé mort dans sa chambre, par un froid rigoureux, les fenêtres ouvertes et sans vêtements. Le suicide par l'alcool à très-haute dose, dans un lieu écarté, en hiver, présente aussi la complication, non voulue sans doute, de l'action du froid.

L'homicide a sa place dans cette histoire, il se présente particulièrement sous les formes suivantes : 1° Le froid est un moyen d'infanticide sûr, expéditif , et moins compromettant que beaucoup d'autres. Le nouveau-né, par un froid rigoureux, est exposé à une fenêtre, déposé sur un sol glacé, enterré sous de la neige, quand l'éloignement du lieu donne la certitude que ses cris ne seront pas entendus. Par une nuit d'hiver, c'est presque une cause traumalique qui détermine promptement la mort. Un nouveau-né doit résister peu de temps à une température (la quelques degrés au-dessous de zéro. Le froid est encore employé comme moyen auxiliaire du défaut de soins et de l'inanition, par les femmes dites nourrices sèches ou faiseuses d'anges, qui se chargent d'élever les enfants qu'on leur confie, avec la pensée que leur vie ne se prolongera pas. Des procès criminels, en Allemagne surtout, ont montré la certitude de ces moyens de destruction, parmi lesquels l'action du froid a sa place; 2" L'exposition des enfants audessous de sept ans, punie par les articles 349-353 du Code pénal, peut aussi donner lieu à une expertise de ce genre, lorsque l'enfant délaissé dans un lieu solitaire succombe aux effets de l'inanition et du froid; 3° Nous voyons encore le froid se mêler aux tortures qu'infligent à leurs enfants des parents dénaturés. On les abandonne dans une chambre sans feu, à peine vêtus, livrés au supplice du froid et de la faim ; leur corps amaigri porte les traces de violences habituelles. A Lyon, une petite fille de onze ans, le ''1^ décembre, par un froid

FROID (bibliographie). "''

rigoureux, est retire'e de son lit par sa marâtre et est plongée dans un cuvier rempli d'eau glacée; l'enfant se débat et la mère lui verse sur la tète un seau d'eau froide; la mort est le résultat de ces tortures (Ozanam). Nous avons recueilli l'observation d'un enfant de quatre ans, odieux à sa mère parce qu'elle le supposait provenir d'un commerce adultérin, maltraité par elle et plongé tous les soirs dans un bain froid pendant une convalescence de rougeole ; l'enfant survécut et une poursuite judiciaire mit fin à cette situation; 4° A-t-on des exemples d'iiomicide commis au moyen du froid sur des adultes? On dit qu'en Russie, en hiver, par des froids rigoureux, l'ouverture des fenêtres a été employée comme un moyen de précipiter la fin des malades qu'on avait intérêt à faire promptement périr. Dans ces diverses circonstances, malgré les lacunes que présente encore l'étude du froid, notamment en ce qui concerne l'abaissement interne de la température, grâce aux travaux modernes, la médecine légale est en mesure de fournir à la justice des renseignements concluants.

G. TOURDES.

Bibliographie.— La bibliographie du froid, très-étendue, est faite à des points de vue divers : des documents utiles à la médecine légale se retrouvent dans les relations d'expéditions militaires et de voyages, dans des dissertations et mémoires de médecine, de cliirurgie, de physiologie expérimentale, dans les articles de dictionnaires, et plus rarement dans nos traités spéciaux de médecine légale. — I. Quelmaltz. De frigoris aaioris in humanuin corpus affectibus. Leipsiœ, 1755. Reproduit dans les Dispulationes ad morborum historiam et curationem de Haller. Lausanne, G vol. — Cullen. De frigore ejusque vi et efjectibus in corpus humanum. Dissert. Edimb., 1780, 111-4°. — Tmus (S.-C). De frigoris exlremi in corpus humanum affectibus, caloris summi admodum analogis. Progr. ^Yitemberg, 1785, in-4''. — Laurain. Application de la méthode anahjtiqiie à la recherche des effets du froid sur Vhomme. Thèse de Paris, 27 messidor an XL — Lagorce. Essai sur les effets généraux du froid et sur les moyens de rappeler à la vie les personnes engourdies par cet agent. Thèse de Paris, 5 ventôse an XH. — Ravet-Ddvigneau. Sur l'action du froid et sur l'asphyxie déterminée par cet agent. Diss. inaug. Paris, mai 1870. — Ibreusle. Du froid et de son action sur l'économie animale. Thèse de Strasbourg, 11 septembre 1810. — Bisueor. De l'apoplexie occasionnée par le froid. Thèse de Paris, 31 mai 1817. — Jacffret. Essai sur le froid et ses effets sur l'homme en particulier. Thèse de Paris, 1821. — Laib. De l'influence du froid sur l'économie. Thèse de Paris, 1855. — Schlikoff. Sur l'action locale du froid. Berne, 1876.

II. Desgenettes. Discours jjrononcé à la rentrée de la Faculté de médecine de Paris, le 7 novembre 1814. — Larkey. Mémoires de médecitie militaire et campagnes [Relatio)i de la campagne de Russie), t. IV, in-8°. Paris, 1817. — Lemazurier. Relation médicale de la campagne de Russie en 1812. In Recueil de mémoires de médecine et de chirurgie militaires, t. III, p. 161 et 201. Paris, 1817. — Moricheau-Beaupré. Des effets et des propriétés du froid, avec un aperçu historique et médical de la campagne de Russie. Thèse de Montpellier, 1817. Paris, 1818, in-8°. — Legouest. Des congélations observées à Constantinople pendant l'hiver de 1854 à 1855. In Mémoires de médecine et de chirurgie mililaire, 2' série, t. XV, 1855. — Du MÊME. Traité de chirurgie d'armée. Paris, 1872. — Valette. Sur la congélation des pieds et des mains. In Mém. de méd. et de chir. milit., t. IX, 1857. — Shrimptox. Relation de la retraite de Bou-Thaleb. In Mémoires de médecine et de chirurgie militaire, 2" série, t. I, p. 154. — Ladureaïï. De la gangrène par congélation. Paris, 1846, et Lille, 1848.

III. ViRET. Article Froid du Grand Dictionnaire des sciences médicales, avec une bibliographie de Fournier-Pescay, t. XVII, p. 41. Paris, 1816. — Ratier. Article Froid du Dict. deméd. pratique, t. VIII, 1" édit. Paris, 1832. — Gcéhard. Art. Froid du Dict. répertoire de méd. et de chirurgie, t. XIII, 2* édil. Paris, 1836. — Laugier. Art. Congélation du D'œt. de méd. pratique, t. IX, 2» édit. Paris, 1868. — A. Després. Art. Froid du même Dict., t. XV, p. 514, 2' édit. Paris, 1868. — Servier. Art. Congélation du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, t. H-W, i'" série. Paris, 1876. — Krads et Pichler. Art. Erfrierung. In Encyclop. Woerterbuch der Staats-Ârzneikunde, t. II, p. 36. Erlangen, 1873.

IV. JIagendie. Leçons sur les phénomènes de la vie, t. III, p. 197. Paris, 1858. — GuÉbard. Observations sur les causes physiques de la congélation des animaux et des végétaux. In Ann. d'hygiène et de méd. légale, t. XXXI, p. 359, Paris, 1844. — Bence-Jones

^18 FRÔLICII (Les).

et DicKiNSON. Recherches sur l'effet produit sur la circulation par l'application prolongée (le l'eau froide à la surface du corps de l'homme. In Journ. de physiologie de Brown- Séquard, t. I, p. 72-89. Paris, 1858. — Brown-Séquard et Tholozan. Recherches expérimentales sur quelques-uns des effets du froid chez l'homme. In Journal de physiologie, t. I, P- 497 et 502. Paris, 1858. — Pouchet. Recherches et expériences sur les animaux ressuscitant, Paris, 1859. — Du même. Recherches expérimentales sur la congélation den animaux. In Journal de Robin, 3' année. Paris, 1866. — Luigi de Crecchio. Délia morte per freddo. Naples, 1800. Analyse par Strolil. In Annales d'hyg. et de méd. légale, 2= série, t. XXIX, p. 436, Paris, 1868. — Richardson. L'influence du froid externe sur les fonctions du système nerveux. In Gazette hebdomadaire, 1867. — Weir-Mitchell. Sur le froid externe. In Archives de physiologie, 1868. — Peter. Sur l'action du froid. In Gazette hebdomadaire de méd. et de chirurgie, 1872. — Hovvarth. Physiologie de la chaleur animale. In Central-Blatt, 1872-1873. — Mathieu et Uubain. Des gaz du sang [sous l'influence du refroidissement). In Archives de physiologie normale et pathologique, 1872.

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FROLEllEI\T. Voy. FROTTEMENT.

FROLICH (Les).

Frôiich (Joseph-Aloïsius). Médecin et botaniste allemand de mérite, naquit à Obemdorf, en Algau, le 19 mars 1766, fit ses études à Erlangue, et y prit le bonnet de docteur en médecine et de maître en philosophie en 1796. Il avait rempli pendant quelque temps les fonctions de directeur des mines de l'électorat de Trêves et de médecin pensionné à Sonnthofen, près d'Augsbourg. Mais dès 1797 il se fixa à Ellwangen, et obtint la même année la charge de médecin de la ville et de la cour, et de médecin provincial; en 1805, il fut nommé membre du conseil supérieur de santé et du département médical de la province, en même temps qu'il reçut les titres de premier médecin de la cour €t d'archiàtre. Par la suite, il devint médecin particulier du roi de Wurtemberg. On peut citer de Frôlich :

I. Dissert, inaug. de gentiana. Erlangse, 1796, gr. in-8°, 1 pi. A paru encore sous le titre : De gentiana libellus, sistens specierum cognilarum descriptiones cum observai ionibus. Ibid., id. — 11. Beschi-eibungen einiger neuen Eingeweidewïcrmer. In Naturforscher, St. 24, p. 101 , 1789. — III. Beitrâge zur Naturgeschichte der Eingeweidewiirmer. Ibid., St. 25, 1791, «t St. 29, 1802, pi. — IV. Grand nombre d'articles d'histoire naturelle dans Naturforscher et Usteri's Annalen der Botanik. L. Un.

Frolich von Frôiichsthal (Anton). Médecin autrichien, né à Gratz le 16 février 1760, reçu docteur en médecine à Vienne en 1785, fut d'abord médecin de l'archiduc Charles-Ambroise, primat de Hongrie, puis, en 1819, devint médecin actuel de la cour impériale, et en 1825 fut anobli. Il avait

Ijendant plusieurs années rempli les fonctions de doyen de la Faculté de médecine de Vienne, puis obtenu le titre de doyen émérite et de senior. En 1832, il fut nommé chevalier de l'ordre de la Couronne de Wurtemberg.

Frôlich s'est beaucoup occupé de propager l'emploi de lotions et bains d'eau tiède et d'eau froide dans les maladies fébriles en général, la scarlatine et la rougeole en particulier. Nous citerons de lui :

I. Dissert, inaug. de medicamentis composilis in Pliarmacopœa Ausiriaca proviticiah coiitentis. Viennœ, 1785, in-8°. — II. Lehre ûber die erste Grundlage des menschliciien Glilcks durch physische Erzieimng uiid Bildung. Wien, 1802, gr. iii-8°. — III. Darslelliaig der Wesenheit der Arzneiwissenschaft und der Eigenschaft walirer Aerzte. Wien, 1811, in-8°. — IV. Abhandlung von dem auffalhnden Nulzcn des kallen und lauen Wassers in einigen Fieberkrankheiten und dem Scharlach. AVien, 1818, in-S". — V. Abh. ûber die krâftige, sichere und schnelle Wirkung der Ucbergiessungen und Bâder, etc. Wien, 18'20, gr. in-S". — VI. Griindliche Darslellung des Heiiverfahrens in enlziindlichen Fiebern ilberhauptund insbesondere im Scliarlach, etc. Wien, 18'24, gr. in-S". — VIT. DcricUtigung der Meinungen idjer die Verdiensle der ordinirenden Heilânte, etc. Wien, I8!26, gr. in-8°. — "VIII. Skizzirtes Gemâlde des Medicinalwesetis in wolil geordneten Staaten und des Beiiehniens der Heilânte gegen das Publikum und dièses gegen die Heilàrz/e. Wien, lf<35, in-S". — IX. Articles dans Hufeland's Journ., OEsterr. med. Jalirb., etc. L. II.n.

FROHAGE (dérivé de Formaticum, qui signifie fait dans une forme. — Anciennement on disait formage; en provençal formatge). — Ce nom sert à désigner un aliment azoté qui se prépare avec le lait des animaux, et plus spécialement avec celui de la vache, de la brebis et de la chèvre. — Cet aliment est constitué par de la caséine mélangée à une certaine quantité de matière grasse englobée pendant la coagulation.

La fabrication des fromages remonte à la plus haute antiquité. La coagulation spontanée du lait après quelques jours de conservation a sans doute mis sur la voie. On a dii nécessairement chercher à utiliser comme nourriture le coagulum séparé du sérum et égoutté. Le fromage à la pie n'est pas autrement préparé de nos jours. Les Hébreux, les Égyptiens et les Grecs, en connaissaient l'emploi, ainsi que les Romains et les Gaulois, chez qui les fromages fermentes de Nime et des Alpes avaient une grande renommée. C'est un fromage de cette dernière provenance qui causa une indigestion mortelle à l'empereur Antonin le Pieux. Dans les Gaules, on les aromatisait à la fumée de plantes odoriférantes, et on les rehaussait en les trempant dans du vinaigre quand ils étaient trop avancés.

L'importance du fromage au point de vue alimentaire provient de ce que sous ses formes si variées cette préparation, bien que le fond soit le même, ne constitue pas une nourriture monotone. Elle plaît à tous, et forma sur la table du riche un appoint dont tous les gourmets ont vanté l'excellence. Pour le pauvre, c'est un aliment favori, dont le goût relevé permet l'ingestion d'une grande quantité de pain, et qui n'exige aucune préparation culinaire. Partout oii la condition de l'ouvrier s'améliore, dit M. Léonce de Lavergne, le premier mets que chacun d'eux ajoute à son morceau de pain, c'est un morceau de fromage.

Pour le producteur, cette importance n'est pas moindre, parce que la plupart des fromages peuvent se conserver longtemps, et par conséquent s'exporter. On peut ainsi, dans les pays à pâturage, utiliser le lait qui ne saurait être consommé sur place, et qui sans cette circonstance serait perdu.

On ne connaît pas exactement la quantité de fromage produit annuellement en France. A Paris, une population d'environ deux millions d'habitants con-

somme 5 millions et demi de kilogrammes, ce qui fait un peu plus de trois kilogrammes par tête.

D'après M. J. Mcrière, qui a publié une excellente monographie sur ce sujel^ l'importance actuelle de l'industrie des labricants de fromages dans le Calvados peut être exprimée annuellement par les chiffres suivants :

Fiomages de Ponl-l'Évèque 1,763,220 fr.

— Livarot 4,i91,8iO

— Camembert 2,000,000

— Mignot 100,000

Total 8,535,060 fr.

11 ne faudrait pas croire, d'après ces chiffres, que le fermier augmente par cette industrie la valeur alimentaire ou pécuniaire du lait qu'il produit ; il n'en est rien. Le meilleur mode d'utiliser le lait est de le consommer en nature ; et c'est l'excédant sur les quantités directement applicables à l'alimentation qui peut être transformé. D'après Heuzé, le litre de lait vendu en nature produit au fermier de 15 à 20 centimes; transformé en fromage, il lui rapporte 10 centimes. Le beurre qu'il pourrait en retirer ne lui rapporterait que 0'^',078; enfin, si ce litre de lait est employé à l'élevage des veaux, il ne produit plus que 0f%058. On voit d'après ces chiffres que la fabrication du fromage donne encore un beau bénéfice, et justifie dans les pays h herbages les tendances à augmenter sans cesse la production du lait. Une vache dont le lait est appliqué à la façon du fromage de Neufchâtel rapporte en moyenne 550 francs par an, et ce chiffre peut s'élever à 500 francs, si son lait est employé à la iabrication du Camembert. Cette dernière industrie est si prospère, que les fermages où elle est appliquée se louent moitié en sus du prix qu'on pouvait en obtenir lorsqu'on se bornait à l'élevage des bœufs maigres. Au point de vue de l'hygiène, le fromage joue le rôle d'un aliment azoté de premier ordre. Il suffit, pour s'en convaincre, de jeter les yeux sur le tableau qu'on trouvera à la fin de cet article et où on a indiqué» d'après Payen,les quavitités d'azote et de substance azotée analogue à la caséine contenues dans quelques-uns des fromages les plus employés.

Si le lecteur veut bien se reporter à ce qui a été dit à l'article Aliments du présent Dictionnaire, à propos du rôle des matières grasses et azotées, il pourra se convaincre que le fromage est un aliment de grande importance. C'est surtout au paysan que cette remarque s'applique avec justesse, parce qu'en général l'azote manque dans sa ration. Le berger qui élève à grand'peine le bétail pour l'habitant fortuné des villes se prive de viande, ou ne s'en permet que rarement l'usage. Le laitage au moins lui reste. Il le consomme en nature, et sous forme de fromages grossiers, mais appropriés à son goût. Ce fromage a encore un autre mérite : sa saveur agit par constraste sur le goût du vin qui paraît meillem-. 11 suffit, pour s'en convaincre, de goûter le même vin après avoir mangé des confitures ou tout autre mets sucré, et de répéter l'expérience après avoir goûté du fromage. Dans ce dernier cas, le vin paraît excellent, et l'expérience réussit même si bien que, pour déguster un vin au point de vue commercial, il faut bien se garder de procéder à l'opération en mangeant du fromage. Grâce à cette circonstance, la piquette du pauvre lui paraît une boisson passable. Dans les villes, le fi-om.ige est de fondation au dessert. Les ferments qu'il con-

1 De rindtistrie fromnycre dans le déparlement du Calvados, par J. Morière, professeur à la Faculté de Caen. Caen, 1877, chez Leblanc-Hardel, imprimeur.

tient, sa saveur salée et quelquefois de liaut goût, sont un stimulant aussi précieux qu'inofl'ensif pour l'estomac qui se blase ; il est bien préférable aux mets sucrés qu'on sert à la fin du repas, et qui sont préférés par les enfants, mais ne conviennent pas à l'estomac adulte. Je renvoie pour plus de détails aux traités gastronomiques.

Les variétés de fromages sont considérables ; néanmoins leur fabrication présente des circonstances communes qui vont être brièvement indiquées.

Quel que soit le fromage qu'on veuille fabriquer, la première opération consiste à faire cailler le lait. On obtient ce résultat en portant le liquide à une température d'environ 50 degrés, et en y ajoutant une certaine quantité de présure. Cette présure s'obtient en ouvrant la caillette d'un veau ; on ajoute du sel aux grumeaux qu'elle contient, on remet le tout en place, et on dessèche. La substance ;iinsi préparée peut se conserver longtemps; pour s'en servir, on la fait macérer dans du petit lait aigre ou de l'eau vinaigrée, llne cuillerée de la liqueur obtenue suffit pour 10 à 25 litres de lait. — Dans quelques pays, on remplace la présure par des fleurs de chardon, ou par la grasselle (Pinguicula vulgaris) .

Quelle que soit la méthode employée, le résultat est le même. La caséine

dissoute dans le lait se précipite à l'état insoluble, en englobant tous les corps

tenus en suspension dans le liquide. Le mécanisme du phénomène est le même

que celui qui se produit dans la coagulation du sang, seulement, pour ce dernier

liquide, la fibrine prend spontanément la forme insoluble, et les corps qu'elle

englobe pour former le caillot sont les corpuscules sanguins et les globules

blancs. Pour le lait, la coagulation est provoquée, et les corps englobés sont les

globules de beurre. Ceux-ci sont plus ou moins nombreux suivant que le hiit a

été écrémé au préalable, ou non. Dans le premier cas, on obtient des fromages

maigres, dans le second des fromages gras ; toutefois la dénomination de fromage

maigre n'est pas exacte, parce que l'écrémage n'enlève pas au lait tout le beurre

qu'il contient. Les globules butyreux les plus petits présentent trop de surface,

par rapport à leur volume, pour pouvoir se rassembler en haut du liquide; ce

sont eux qui donnent au lait la couleur blanche que l'écrémage le mieux fait

ne saurait détruire ; mais ils n'échappent pas à la sorte de filtration parfaite

opérée par la caséine en se coagulant, et se retrouvent en totalité dans le

caillé.

Celui-ci, dès qu'il est formé, se rassemble au fond du vase et prend assez de consistance pour pouvoir être enlevé ; on le met a égoulter sur des toiles soutenues par des claies en paille, et on facilite le départ du sérum par quelques coupures dans la masse et par une pression graduée. Sa consistance augmente après quelques heures et permet de le manier facilement. On lui donne la forme requise, à l'aide de moules appropriés, et on obtient ainsi le fromage à la pie, celui de Neufchâtel, le fromage qu'on vend à Paris sous le nom de Viry double crème, et autres dénominations dans lesquelles le mot crème est toujours mis en vedette. C'est qu'en eifet la crème véritable est l'assaisonnement par excellence du fromage blanc. Celle qu'on vend à Paris n'est bien souvent qu'un mélange de fromage à la pie, délayé avec soin dans de l'eau en quantité suffisante, et coloré avec des fleurs de souci. On obtient ainsi un liquide inoffensif, de consistance et de couleur convenables, et que le marchand distribue parcimonieusement pour compléter l'illusion.

La qualité de ces fromages dépend de la propreté avec laquelle ils sont

manipulés, de la bonté du lait et de la quantité de beurre qu'ils contiennent. Pour préparer ceux qui sont fins, et dont le prix est élevé, non-seulement on se sert de lait non écrémé, mais encore on ajoute à ce lait, ou au fromage qu'on pétrit à cet effet, une certaine quantité de crème. Tels sont les fromages vendus à Paris sous le nom de Neufcbâtel frais et Neufchâtel raffiné , qui se fabriquent surtout dans le département de la Seine-Inférieure. Un seul fabricant (M. Gervais, dont le nom se trouve imprimé sur le papier qui enveloppe ses fromages) reçoit cbaque jour des fermes voisines le lait de 5 à 4000 vaches. Un wagon spécial, parti le soir de Gournay, arrive à Paris à minuit, et apporte la pâte à fromage et la crème non encore mélangées. Le mélange a lieu dans une usine spéciale rue du Pont-Neuf. A cinq heures du matin il est terminé, et on livre aux détaillants, a\i prix de 2'''',50 la douzaine, des boîtes de C à 12 fromages, du poids de environ 80 grammes chacun. On fabrique ainsi environ 6 millions de fromages par an, qui représentent 1 200 000 francs, pour ce seul fabricant. — Tous ces fromages doivent être consommés frais; ils s'altèrent très-vite.

Pour éviter cet inconvénient, on peut les saler. Cette opération s'exécute soit en incorporant directement le sel au fromage frais, soit en amenant ce dernier à une consistance demi-solide, et en le saupoudrant de sel fin préalablement desséché. Le sel ainsi déposé à la surface agit efficacement comme substance conservatrice, parce (jue la décomposition dont les agents actifs sont des ferments et des végétaux cryptogamiques commence, en général, à l'extérieur, au contact de l'air.

Lorsque les fromages salés sont abandonnés à eux-mêmes dans un local de température convenable, ils subissent une modification profonde appelée fermentation caséeuse, qui change leur aspect, et surtout leur saveur. Pendant cette opération, il se dégage de l'hydrogène et de l'acide carbonique. En même temps, il y a formation de sels ammoniacaux, d'aposépédine, d'acides gras odorants, telsque les acides valérianique, butyrique, caproïque, caprylique et caprinique, qui communiquent un goût plus ou moins piquant.

La fermentation caséeuse est une opération très-délicate. L'art du fromager consiste surtout à éviter la production des ferments et mycodermes parasites, d'autant plus envahissants qu'ils trouvent là un terrain admirablement approprié à leur développement. C'est (qu'on me passe l'expression) un véritable jardmage de ferment pendant lequel on mesure, avec une précision très-grande, la lumière, la température, la durée de l'opération, en même temps qu'on éloigne, grâce à une propreté poussée aux dernières limites, l'introduction des ferments ou animaux parasites. Quelquefois les ferments sont semés directement par l'opérateur. Tel est, par exemple, le cas du fromage de Roquefort, si cher aux gourmets. Le persillé qu'il contient est dû au développement d'un Pénicillium (champignon microscopique analogue au champignon bleu qui se développe sur l'encre ou sur le fromage moisi j. Les spores de cette mucédinée sont bleues ; on en frotte quelques morceaux de pain humide qu'on dépose sur des claies. Après quelques jours, ces morceaux de pain sont complètement bleus ; on les broie, et on en dépose une certaine quantité au milieu de chaque fromage. Il paraît même que certaines variétés de cette plante sont plus avantageuses que d'autres. J'ai eu l'occasion d'en examiner deux qui différaient en ce que l'une était beaucoup plus hâtive que l'autre et, de l'aveu des fabricants, donnait de bien meilleur fromage^ L'expérience, pour le démontrer, a été répétée à plusieurs

reprises, et se fait de la manière suivante. On dépose dans des vases à précipités^ de 3 à 4 litres un morceau de pain, gros comme le poing, qu'on a rapidement trempé dans l'eau, et asséché dans un linge ou simplement secoué de manière à chasser l'excès de liquide. On souffle ensuite dans chacun des vases quelques spores des champignons qu'on veut cultiver, et on recouvre le vase d'un carreau de vitre. Avec les deux espèces dont j'ai parlé plus haut, la fructification se produisait toujours plus vite dans l'un des vases, dans la proportion de deux à trois. C'est probablement à la température, parfaitement aménagée pour cette culture, que les caves de Roquefort doivent leur célébrité. Dans ce même fromage se trouvent fréquemment des vers qui le déshonorent. On croyait autrefois qu'ils se produisaient spontanément, mais le temps a fait justice de ces erreurs. Ce sont des larves de mouches qui proviennent d'oeufs déposés par celles-ci. On a prétendu que ces vers amélioraient par leur présence ce fromage; c'est là une opinion erronée et grossière. Quelques gourmets que la présence de: ces animaux dégoûte le consomment avant qu'il soit fait, c'est-à-dire avant que ces vers n'aient eu le temps de se développer. Malheureusement le fromage, dans ce cas, est bien moins bon, et en outre, bien qu'on ne les distingue pas, il contient toujours les oeufs dont il vient d'être fait mention. Le fromage de Roquefort doit être préparé dans des chambres dont les fenêtres sont garnies de toiles. Dans ce cas, il est indemne de ces odieux parasites. Quelques fabricants prennent ces soins ; c'est au public à donner la préférence à leurs produits, de manière à mettre l'intérêt du pioducteur en jeu.

Pour fabriquer les fromages de garde, dans quelques cas la précipitation de la caséine a lieu à une température un peu élevée artificiellement, et en outre le caillé est plus ou moins cuit. Tels sont les fromages delà Bresse, de Gruyère ; le Parmesan. Leur pâte est plus ferme ; cette circonstance suffit pour empêcher le développement des parasites dans leur intérieur oià l'air ne peut pénétrer.

Lorsque les fromages ne sont pas consommés quand ils sont faits, c'est-à-dire lorsque la fermentation caséeuse est à point, celle-ci s'accentue. Les produits odorants deviennent plus abondants et perdent toute finesse. Le fromage jaunit d'abord à l'extérieur, et l'altération envahit jusqu'au centre. 11 coule, et la fermentation devient franchement putride. Dans cet état, il trouve encore des amateurs dont le goût échappe à toute analyse.

Les fromages secs sont souvent attaqués par les mites. Celles-ci ne sont autres que l'acarus du fromage, assez semblable à l'acarus delà gale pour qu'on ait pu les confondre, mais qui forme une espèce tout à fait distincte. On voit très-bien ces acarus à l'œil nu, sous forme de points blancs qui se meuvent avec assez de rapidité. Ils vivent surfout dans les parties périphériques du fromage, car ils ont besoin d'air. On sait qu'on rencontre d'autres variétés de ces animaux dans les figues sèches et la farine. J'en ai trouvé des quantités considérables dans les enveloppes de saucisson de Lyon, et dans de la cassonnade avariée.

Pour préserver les fromages de ces invasions, on les recouvre d'étain, d'huile de lin cuite, de vernis. Quelques autres sont colorés extérieurement à Taide de matières, en générale inoffensives. Pour d'autres la dessiccation forme à leur extérieur une couche dense ou croûte qui est une protection efficace et assure leur conservation.

Le peu de mots qui vient d'être dit sur la préparation des fromages suffit pour faire comprendre les classifications adoptées par les différents auteurs.

Payen les divise en fromages frais (à la pie, Gervais, Neufchâtel à la crème, double crème etc.) ; fromages salés à pâte molle (Brie, Camembert), et enfin fromages à pâte dure et sècbe (Gruyère, Roquefort, Hollande, Parmesan, Chester, etc.). Les premiers ne se conservent pas ; les seconds se conservent quelque temps, et subissent une légère fermentation. Les derniers se gardent longtemps ; ils sont quelquefois cuits, et tous plus ou moins fermentes. Nous allons dire quelques mots des principaux types de ces fromages, dont voici la composition d'après le même auteur.

COMPOSITION DES PRINCIPAUX FROMAGES (pOUR 100 PARTIES)

MATliînES

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