‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.42Chapitre 41 sur 126 · L. Un · texte numérisé non relu

L. Un

FLiHHER (Frédéric-Jacques). Médecin hongrois, né en 1748, mort en 1805, exerça d'abord l'art de guérir à Caschau, puis accepta une place d'économe à Tallya, dans le comté de Zemplin, en Hongrie. On a de lui :

I. Dissert, de salubrUate et morbis Hungarice. Lipsiœ, 1771, in-S". — II. Versuch einer Beschreibung des Tokayer Gcbirges. \Yien, 1790, in-8°;ibid., 1801, in-S". — III. Krankengeschichten und Kurarten. Kaschau, 18D0, in-8°. L. Hx.

FULBERT. Évêque de Chartres, né en 950, mort à Chartres le 10 avril 1028, a, d'après Eloy, pratiqué et enseigné avec succès la médecine avant d'arriver à l'épiscopat ; il eut même pour élèves Pierre de Chartres, Hildier, Goisbert, Jean de Chartres, le sourd, qui fut médecin de Henri 1", roi de France. (Pour les détails sur la vie de Fulbert, voy. la biographie Didot). L. Hn.

FULGORE (du latin fulgor, lueur). Genre d'insectes hémiptères exotiques, appelés vulgairement Porte-lanternes, très-remarquables par leur grande taille,

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et leur tête énorme, prolongée, rentlée, en forme de vésicule gibbeuse. Le nom générique provient de la faculté attribuée à ce prolongement cépbalique de pouvoir répandre une vive lumière pendant la nuit.

On a contesté la propriété limiineuse des grands Fulgores ; plusieurs voyageurs ont gardé pendant assez longtemps des Fulgores porte-lanternes sans leur avoir jamois vu émettre la moindre lueur. SibilleMériana prétendu que la lumière est si vive qu'elle pei'met de lire de fins caractères. Des Indiens, dit-elle, lui avant apporté un grand nombre de ces Porte-lanternes, elle les renferma dans une grande boite, ignorant alors qu'ils jetaient cette lumière. La nuit, entendant du bruit et s'apercevant qu'il provenait de la boite, elle l'ouvrit avec quelque précipitation « mais effrayée d'en voir sortir une flamme ou pour mieux dii-e autant de flammes qu'il y avait d'insectes, je la laissai d'abord tomber; revenue de mon étonnemcnt ou plutôt de ma frayeur, je rattrapai tous mes insectes dont j'admirai la vertu singulière « {De generatione et metamorphosibus Insectorum Surinamensium, cum tah. œn. color., in-fol., p. 40, tab. 49, Amstelodami, 1705).

Les Fulgores sont caractérisés par leur tète très-grande, égalant à peu près les trois quarts du reste du corps : le prolongement est horizontal, renflé, gibbeux. Le prothorax transversal, fortement caréné, les élylres très-grandes, arrondies.

Le FoLGORE poRTE-LAKTERNE, Fulgora laternaria Linné, appelé aussi Laternaria phosphorea, et le Grand porte-lanterne des Indes-Orientales par StoU, a une longueur de 0 à 7 centimètres. Sa couleur est jaune, variée de noir. Les ailes supérieures ont une grande tache jaune, ocellée, placée à l'extrémité, entourée en avant d'un cercle brun très-large. 11 estconmmn à Cayenne et dans les parties centrales du Nouveau-Monde. De plus, il paraît varier pour la coloration et plusieurs espèces qu'on a voulu en séparer sont probablement des vai'iétés locales.

J'ai reçu un magnifique exemplaire du Fulgoie porte-lanterne conservé dans l'alcool; malgré mes efforts, je ne puis décider s'il existe quelque organe lumineux, je n'en ai pas trouvé sur le prolongement cépbalique. Le docteur V. Signoret qui a beaucoup étudié les Hémiptères n'a pas d'opinion arrêtée à ce sujet. J'appelle l'attention de nos confrères de la marine sur cette question de la propriété lumineuse du prolongement cépbalique des Fulgores porte-lanterne. La lumière ne serait-elle produite que dans certaines circonstances et non constamment?

Le FuLfiORE pORTE-CHA>"DELLE, Uotuius candelurius Linné, commun en Chine, offre un prolongement céplialique aussi long (jue le corps et conico-cylindriqiie. Malgré son nom, on ne le dit point lumineux dans l'obscurité. La petite espèce de Fulgorelle française {Fulgora ou PseudopJiana europœa Linné, de tto-sû^w tromper et œ«îvw luire), longue de 7 à 8 millimètres et d'une couleur verte uniforme, que j'ai assez souvent prise et observée dans l'obscurité, n'est jamais lumineuse.

A. Laboulbèxe.

FULGOJSE. VOÎJ. FrÉGOSE.

FLXGL'RATIOW § I. Pathologie. La nécessité de rappeler plus loin, pour les interpréter au point de vue médico-légal, la plupart de circonstances qui se rattachent comme causes ou comme effets à la fulguration, nous force à traiter brièvement la question pathologique, c'est-à-diie celle qui concerne les conditions dans lesquelles la foudre exerce sa redoutable action sur les hommes et sur les animaux, et les effets qu'elle produit sur l'organisme.

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• I. Conditions dans lesquelles a lied la fulguration. Il est tout d'abord indispensable de rappeler que l'atmosphère contient de l'électricité, dont la tension augmente à mesure qu'on s'élève. Toutes les expériences, depuis celles de Le Monnier en 1752, jusqu'aux plus récentes, ont confirmé ce fait. Il résulte des expériences de de Saussure et Schiibler que, dans nos contrées, les signes donnés par l'électroscope présentent un maximum de 6 heures à 7 heures du matin en été, et de 10 heures à midi en hiver; un minimum entre 5 et 6 heures du soir en été et vers 3 heures en hiver ; puis un second maximum au coucher du soleil. Cette double oscillation n'a pas été constatée partout. A Bruxelles, par exemple, il n'y a suivant Quetelet, qu'un maximum à 8 heures du matin, et un minimum à 3 heui-es du soir. On attribue ces différences à des circonstances hygrométriques, qui ne sont pas de notre sujet [voy. Electricité atmosphérique). L'électricité de l'atmosphère est vitrée ou positive. Gay- Lussac et Biot l'ont trouvée telle au plus haut de leur ascension. De même, à l'ordinaire, les nuages sont positifs ; mais il y a aussi des nuages résineux ou négatifs. Ces deux espèces de nuages se superposent souvent, et alors ce sont les inférieurs qui sont électrisés négativement, et les supérieurs qui le sont positivement ; mais les phénomènes météorologiques qui résultent de cette rencontre sont d'un ordre particulier {voy. Grêle, Orage). Pour rester dans notre sujet, un nuage orageux, fortement chargé d'électricité positive, venant à s'approcher du sol, y attire l'électricité négative, et quand d'un côté et de l'autre la tension est trop forte, ces deux électricités se combinent et l'éclair se produit. L'éclair, c'est proprement la foudre ; car c'est sur le passage ou dans le voisinage de cette traînée lumineuse qu'ont lieu les ravages qui caractérisent la fulguration. On pensait autrefois que l'éclat de la foudre nécessitait la présence de plusieurs nuages; il n'en est rien. Cette condition amène un échange d'éclair entre les nuages eux-mêmes ; mais un nuage unique suffit à faire éclater la foudre sur notre tête. Quant aux diverses formes de l'éclair, à sa direction ascendante ou descendante, c'est une question toute météorologique qui se rattache à celle de l'orage. Il faut rappeler pourtant que l'éclair en globe, ce glohe fulgurant, dont le mode de formation est encore problématique, qui traverse les espaces, descend et remonte, court au ras de terre et finit par éclater avec bruit ou silencieusement, que ce globe répand ses ravages à la manière d'un boulet, c'est-à-dire par une véritable translation, différent en cela de Véclair fulgurant, dont l'action ne s'exerce que sur ce qui se trouve placé dans l'aire de reconstitution des deux électricités. C'est peut-être sous celte forme que la foudre se montre sous le plus surprenant de ses effets, on pourrait dire de ses caprices. On l'a vue passer à côté de n.asses métalliques considérables sans s'y arrêter pour aller plus loin briser un arbre, tuer un homme ou vm animal, s'éteindre près d'un individu sans lui imprimer même une commotion, dans un cas passer sous des vêtements de femme, pour sortir par le corsage, sans produire autre chose que de légères érosions. Du moins des faits de ce genre sont-ils relatés par des auteurs sérieux.

Diverses circonstances facilitent l'explosion de la foudre. Les quatre principales sont la hauteur qu'atteignent les objets, leur forme, leur nature et le degré d'humidité.

i" Hauteur des objets. Il va de soi que les objets terrestres seront d'autant plus exposés à être frappés par la foudre qu'ils seront plus à proximité des nuages. Les montagnes, les grands arbres, les édifices élevés sont dans ce cas. Là où mcT. ENc 4' s. VI. 18

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se dressent des sommets montagneux, si ce n'est pas sur eux qu'e'clatent les orages, c'est autour d'eux que s'amassent les nuages d'où la foudie sortira dans les localités plus ou moins éloignées où le vent auia chassé les masses de vapeurs électriques. En outre, les sommets heurtés par ces masses les déchirent, les partagent en lambeaux qui vont disséminer l'orage dans des régions diverses. On doit à M. Marié-Davy d'avoir montré, que les orages se localisent beaucoup moins qu'on ne le pensait; que bien au contraire, ils parcourent habituellement des distances considérables, qui peuvent s'étendre, par exemple, d'une extrémité à l'autre de la France ; ce qui ne veut pas dire qu'ils soient fulgurants sur tout leur parcours. Les grands arbres attirent la foudre par la même raison que le sol élevé ; mais, de plus, ils présentent au nuage des angles, des pointes émoussées favorables à la décharge électrique. D'après Boudin, sur 141 foudroyés, de 1841 à 1853 inclusivement, 36 l'ont été sous des arbres {Académie des sciences et Gaz. hebdomadaire, 1865, p. 408). De même pour les édifices, qui, de plus, sont souvent munis de ces corps conducteurs dont il sera dit un mot dans un instant, et qui peuvent introduire la foudre dans les réduits les plus enfoncés de l'habitation. 11 ne faut pas d'ailleurs oublier que le privilège des altitudes pour la foudre n"en n'exempte pas précisément les lieux bas, et qu'elle peut pénétrer jusque dans les dépressions où l'électroscope reste habituellement insensible, jusque dans les cavernes et dans les souterrains. D'une part, la tension électrique du sol peut être assez forte et assez étendue pour que la décharge parte des points les plus déclives ; d'autre part, des lambeaux peuvent se détacher de nuages orageux et descendre des montagnes dans les vallées. Aussi voit-on quelquefois le sol se soulever et des trous se creuser à une grande profondeur au milieu de plaines dépourvues d'arbres.

2" Forme des objets. Tout corps trop chargé d'électricité peut émettre des lueurs phosphorescentes, avec ou sans bruit ; on en voit fréquemment sur les montagnes où les nuages sont très-bas. Mais, toutes choses égales, les surfaces plates ou arrondies se prêtent à l'accumulation de l'électricité jusqu'à ce que, la tension devenue trop forte, le fluide s'échappe par une décharge. Au contraire, la disposition en angle, en pointe, favorise l'écoulement du fluide. Les pointes attirent la foudre, mais en la rendant moins violente. Dans ce phénomène lumineux que les marins ont appelé le Feu Saint-Elme (du nom du saint invoqué par les Italiens en temps d'orage), on voit des flammes se jouer au sommet des grands mâts, des beauprés, des girouettes. Mêmes effets à terre sur les clochers, les armes des soldats, les paratonnerres, les branches d'arbres, le poil des animaux, les cheveux de l'homme, etc. Ces lueurs sont inoftensives ; mais, comme la plupart des objets saillants au milieu desquels on vit sont phitôt obtus que pointus , et subissent plus rapidement que d'autres l'influence des nuages orageux sans assurer l'écoulement du fluide attiré, le voisinage de ces ^ objets doit être considéré comme périlleux en temps d'orage. A un autre point de vue, les grandes réunions d'hommes, c'est-à-dire de corps bons conducteurs, augmentent le danger en augmentant la surface sur laquelle pourra se produire la tension électrique.

3» Nature des objets. La conductibilité électrique est, en effet, la condition essentielle de la production de la foudre, comme de la direction de sou trajet. Plus est grand le pouvoir conducteur des corps, et plus ils attirent l'électricité des nuages. A leur tête figurent les métaux; et non-seulement les métaux sont des conducteurs actifs de la foudre, mais, en accumulant une grande

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quantité d'électricité, ils en rendent les effets plus prompts et plus terribles. Après eux viennent le charbon, la suie; ce qui explique, en partie du moins, pourquoi la foudre passe souvent par les conduits des clieminées. Du reste, on peut, avec Sestier, ranger les corps conducteurs, suivant leur pouvoir de conductibilité, dans l'ordre suivant : métaux, charbon, plombagine, acides étendus, solutions salines, minerais métalliques, fluides animaux, eau de mer, eau de source, eau de pluie, neige, végétaux vivants, animaux vivants, flammes, fumée, vapeur aqueuse, air raréfié, terres et pierres humides. (De la Foddre, t.], p. 253.)

4° Humidité. L'élément liquide a sa part dans le pouvoir conducteur de plusieurs des corps indiqués ci-dessus. Si l'arbre, par sa taille, est apte à attirer le fluide électrique des nuages, c'est en raison de sa sève qu'il conduit aisément à sa rencontre le fluide terrestre; car le bois sec est relativement un corps isolant, et c'est par la vaporisation subite de l'eau intérieure que l'arbre éclate souvent. De même, les animaux et l'homme sont rendus bons conducteurs par le sang et les autres liquides qui circulent en eux. La présence ou le voisinage des masses liquides sont favorables à la formation des orages, surtout dans les latitudes chaudes. Il s'en déchaîne de terribles et de très-fréquents dans la zone intertropicale, dite des calmes. Mais il est très-difficile d'établir des règles à cet égard, en raison du grand nombre des conditions susceptibles d'influencer la production du phénomène.

Maintenant, si, en thèse générale, on recherche les régions qui, en Europe, sont le plus souvent visitées par la foudre, ou trouve que les orages sont très-fréquents dans le grand espace compris entre le 41^ et le 45« degré de latitude, et deux lignes dont l'une longe le littoral occidental de l'Italie, et l'autre passe à l'est par les Alpes Dinariques et les confins de la Roumélic ; espace comprenanf l'Italie de Milan à Naples, la mer Adriatique, l'Albanie et la Dalniatie (Berghaus). Pour la France, Boudin et Ch. Martins ont tracé des zones que nous ne rappelons pas, parce qu'elles sont indiquées à propos de la médecine légale. Ajoutons seulement que, suivant les recherches de M. Boudin, c'est dans la seconde de ces zones, dans les départements qui concourent à former le plateau central, et en général dans les pays montagneux, qu'auraient eu lieu en France le plus grand nombre de morts par fulguration. [Gaz. hebd., 1853-54, p. 1001.)

Quant à l'influence des saisons et des heures du jour, le même auteur a cherché à établir, par des chiffres trop minimes à notre avis, que le maximum des fulgurations mortelles correspond en France au .mois d'août, et en Angleterre au mois de juillet ; et que le nombre des accidents en France est près de sept fois plus élevé de neuf heures du matin à neuf heures du soir, que de neuf heures du soir à neuf heures du matin.

Tout ce qui précède est relatif à la foudre proprement dite. Mais les dann-ereux effets de rélectricilé atmosphérique peuvent se produire d'une autre manière. La fulguration résulte, avons-nous dit, de la combinaison de l'électricité positive du nuage avec l'électricité négative d'un objet voisin, un homme, par exemple. Si, pendant que les deux électricités sont encore en présence et à l'état de tension, le nuage vient à se décharger sur un autre nuage ou sur un autre objet plus à proximité ou meilleur conducteur que l'homme, il y a chez celui-ci recomposition subite de son électricité; d'où un ébranlement capable de le jeter à terre, de le blesser grièvement ou de le tuer. C'est ce qu'on appelle

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le choc en retour. Les exemples en sont si nombreux, qu'il serait inutile d'en rapporter avec détails : citons seulement comme une sorte de type celui d'une personne de notre connaissance qui, se trouvant près d'une ferme au moment où éclataient un coup de tonnerre et un éclair lointains, fut projetée sans connaissance à une distance de plusieurs mètres, et, quand elle revint à elle, ne trouva plus que les fondations du bâtiment : le reste avait été dispersé ou plutôt emporté en masse dans l'espace de dix ou douze mètres, puis éparpillé sur le sol,

II. La fulgcration de l'homme et des animaux. Rappelons d'abord que là où un éclair doit être fulgurant, il a déjà produit son effet quand il devient visible à nos yeux. On n'a donc rien à craindre d'un éclair qu'on a vu. La vitesse du courant électrique étant, d'après les expériences de Wheatstone, de 460000 kilomètres par seconde, et celle de la lumière dans l'air, suivant les déterminations de Foucault, n'étant que de 300 000 kilomètres, le phénomène lumineux n'est perce[)tible qu'après le phénomène électrique. Il est vrai que la conséquence à tirer de la comparaison des deux vitesses ne saurait être rigou reuse; car la vitesse de l'électricité a été calculée d'après des courants passant par des fils métalliques, bien meilleurs conducteurs que l'air atmosphérique. Mais l'écart (d'un tiers environ) trouvé entre la première vitesse et la seconde permet d'affirmer qu'il diminue seulement et ne s'efface pas dans le fait de la fulguration. Que si l'on n'a pas vu l'éclair qui vous frappe, à plus forte raison n'a-t-on pas entendu le tonnerre, puisque la vitesse du son dans l'air (à la température de 0°) n'est que de 553 mètres par seconde.

Cela dit, entrons dans l'exposé des faits relatifs au foudroiement de l'homme.

1° Circonstances étiologiques. Quelle importance scientifique faut-il attacher à l'influence du sexe ; à ce résultat fourni par la plupart des statistiques, que la foudre atteint beaucoup plus souvent les hommes que les femmes ? Sur 880 personnes foudroyées en France de 1854 à 1863, Boudin n'en compte que 245 du sexe féminin, et il assure que « dans plusieurs cas la foudre, en tombant sur des groupes de personnes des deux sexes, a frappé particulièrement les individus du sexe masculin, épargnant plus ou moins les personnes du sexe féminin» [Acad.des sciences, séance du 19 juin 1865). Malgré cette assertion, un peu vague d'ailleurs, nous sommes fort disposé à considérer comme accidentel, et comme lié à la nature des occupations qui appellent les hommes hors de leur demeure, le résultat qu'on voudrait attribuer à la condition sexuelle. La preuve en est d'ailleurs administrée indirectement par une des statistiques qui tendent, dans leur ensemble, à confirmer les recherches de Boudin : celle de M. Poëy, relative à la Grande-Bretagne. Dans ce dernier relevé, sur 105 foudroyés de 1852 à 1856 inclusivement, on trouve, il est vrai, 88 hommes et 15 femmes; mais si l'on examine les circonstances dans lesquelles les uns et les autres ont été frappés, on trouve que 66 hommes et seulement 16 femmes l'ont été dans des lieux découverts, tandis que, dans les maisons, le nombre des femmes atteintes est à peu près égal à celui des hommes : 62 contre 64. 11 est vrai que, parmi les individus restants et qui sont désignés comme ayant été frappés sous des abris momentanés (arbres, buissons, etc.), le sexe masculin l'emporte de beaucoup ; mais c'est justement parce que l'autre était en grande partie à la maison {Acad. des sciences, 21 juin 1858).

Une remarque analogue se présente au sujet de Vâge des victimes. Sur 610 personnes des deux sexes, frappées par la foudre, M. Sestier compte 41 jeunes gens ou jeunes filks et 78 enfants. Quelle signification utlaclier

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à cette proportion des enfants ? Si l'on s'avisait de compter le nombre relatif des enfants ou jeunes gens restés dehors, dans les rues, dans les champs, dans les bois, par les temps d'orage, il est présumable qu'on le trouverait également très-faible; rien donc d'étonnant à ce qu'ils ne fournissent pas une large part au bilan de la fulguration. Dans le relevé de M. Pôey que nous citions tout à l'heure et dans lequel sur 103 foudroyés figurent 23 enfants au-dessous de dix «ans, et 45 jeunes gens au-dessous de vingt-cinq ans, on pourrait voir un nouveau témoignage à l'appui, de la loi des sexes; car les garçons l'emportent de beaucoup sur les filles ; mais ne sait-on pas que les premiers vivent plus au dehors que les secondes, surtout quand vient l'âge du travail? D'ailleurs sous ce rapport, la statistique de Boudin, concernant la Suède pour la période de 1846 à 1850, parle tout autrement que celle de Poëy, puisque le chiffre des garçons et celui des filles (de trois à vingt-cinq ans) est exactement le même (13). On s'est demandé, à la vérité, si les enfants n'appartenaient pas, par leur constitution, à la catégorie des individus qui sont peu sensibles à l'action de l'électricité et que, pour ce motif, on a considérés comme moins exposés que d'autres à être foudroyés. C'est là une simple hypothèse, reposant elle-même sur des faits tout à fait exceptionnels et qui ne peuvent se traduire en termes bien précis dans les statistiques.

En ce qui concerne la taille, les quelques cas dans lesquels on a vu des individus grands être frappés à côté d'individus petits, demeurés saufs, n'autorisent pas à lui attribuer le pouvoir de faire varier, à un degré sensible, les chances de foudroiement, les différences de grandeur, après tout si faibles, ne pouvant beaucoup modifier les actions d'influences. Si l'opinion contraire était vraie, ce serait dans l'immunité relative prétendue des enfants qu'il faudrait en chercher la démonstration ; mais, ici même, les statistiques déposeraient contre elles ; car dans le relevé de M. Poëy, comme dans ceux de M. Boudin, la courbe après s'être élevée jusqu'à l'âge adulte, s'abaisse ensuite sans que la taille puisse avoir diminué beaucoup par les progrès de l'âge. D'ailleurs, parmi les corps terrestres autres que l'homme ou les animaux, combien n'en voit-on pas qui sont foudroyés à une hauteur moindre que celle d'autres corps voisins?

L'influence des professions se ramène à celle des lieux où le sujet est appelé par état à séjourner, et à celle de la nature des objets qu'il manie ou qui l'environnent. On a déjà vu que la foudre frappe dans une grande proportion les personnes qui passent une partie de leur vie dans les champs, où rien n'écarte la foudre, où les arbres l'attirent. Elle s'attaque aussi de préférence à ceux qui travaillent au sommet des habitations, dans les tours, les clochers, les phares, où à la circonstance de l'altitude se joint souvent la présence de masses métalliques ; elle frappe dans leurs ateliers ou leurs bureaux les ouvriers en fer, en cuivre, en zinc, les employés des chemins de fer, ceux des télégraphes électriques, les mineurs, etc.

Quant aux habitations proprement dites, elles sont en général, lorsqu'elles sont closes, une protection contre la foudre, mais à la condition de ne pas renfermer dans leurs matériaux de construction ou d'ornementation une grande quantité de corps métalliques. Les clôtures en fer généralement employées aujourd'hui par les magasins constituent sous ce rapport une condition défavorable. Néanmoins une distinction est à faire. Si les armatures reposent sur des appuis doués d'une faible conductibilité et isolés du sol, elles sont en effet très-dangereuses; mais si elles communiquent un peu largement avec le sol,

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elles peuvent tout au contraire faire office de paratonnere et protéger l'intérieur de l'habitation. En 1850, à Paris, une maison couverte en zinc, dont tous les murs portaient à leur faîte un revêtement métallique, et munie de nombreux tuyaux de conduite en métal, fut assiégée impunément par un terrible coup de foudre qui laissa des traces nombreuses, mais superficielles,^ de son passage. Par un motif analogue, les maisons dont les fondations plongent dans l'eau ou seulement dans un sol humide, reçoivent quelquefois la' foudre sans dommage sérieux, une voie d'écoulement facile étant ouverte à l'électricité.

Reste la question de savoir si les lieux de réunion, salles de spectacles, églises, pensionnats, etc., n'offrent pas un danger particulier. Nous ferons remarquer à cette occasion que le procédé généralement suivi pour éclaircir le doute n'est pas bien démoiislratif. 11 se réduit en effet à constater que, dans les établissements, la foudre a fait simultanément un assez grand nombre de victimes : quatre, cinq, six et plus. Mais que la foudre, tombant au milieu d'une assemblée, exerce de grands ravages, c'est exactement comme lorsque, tombant sur deux ou trois personnes réfugiés sous un hangar, elle en tue une. Ce qui est à déterminer, c'est si les agglomérations d'individus attirent la foudre ; et, pour que la statistique put le dire, il faudrait établir, d'une part, le nombre proportionnel des coups de foudre poztant sur les établissements de réunion et des coups frappant les habitations privées ; d'autre part, le nombre proportionnel des deux oidres d'édifices dans la localité. Encore un pareil calcul devrait-ii porter sur des chiffres très-nombreux recueillis dans une grande étendue de territoire, en tenant compte toujours du mode de construction. Néanmoins et malgré toutes ces réserves, on peut considérer comme probable qu'une grosse masse d'êtres vivants, souvent échauffés et enduits par la sueur d'une couche humide et salée, constitue à l'égard de la foudre un foyer d'appel d'une puissance particulière.

La pensée générale qui ressort de ce rapide examen des conditions étiologiqiies de la fulguration, c'est l'incertitude persistante d'une partie des questions posées, moins peut-être à cause de l'insuffisance des documents que par suite de l'emploi qui en a .été fait au point de vue de la statistique.

2° Nombre des individus tués par la foudre. Cette question est traitée plus loin, au chapitre de la médecine légale. Rappelons seulement qu'un document, qui n'est du reste pas utilité dans ce chapitre, mais qui l'a été ailleurs, pourrait propager une erreur. Sestier {loc. cit., t. II, p. 559) a dressé, pour la France,, un tableau embrassant une période de vingt-neuf ans, de 1855 à 1865. Malheureusement, il s'est trompé dans l'addition des cas et la moyenne annuelle tirée par lui en a été faussée. Le nombre total de ces cas étant de 2502 (et non 2592), la vraie moyenne pour dix-neuf ans est de 79 (et non de 82). Dans la Grande-Bretagne, ii'après le Registrar gênerai, de 1852 à 1856 inclusivement, 105 cas; moyenne 20. En Belgique, en dix ans, de 1840 à 1849, d'après Boudin, 50 cas : moyenne, 5. En Suède, d'après G. Leyonmarck, en vingt-cinq ans, de 1815 à 1840, 241 cas: moyenne, 9. Enfin aux États-Unis, Poey de 1842 à 1854, pour une période de quarante-six mois, compte 262 cas de mort ; ce qui donne 62 environ pour moyenne annuelle. 11 est clair , du reste, que tous ces chiffres n'ont de valeur qu'autant qu'on les compare à ceux des populations.

3» Désordres matériels et fonctionnels produits sur Vorganisme. Nous

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ne faisons qu'indiquer ici les effets du choc en retour, étudiés plus loin {médecine léfjale). Nous croyons, avec M. Tourdes, qu'ils sont rarement graves et ne se traduisent guère que par une commotion générale, un déplacement involontaire du corps, ou quelques phénomènes bizarres tels que l'ablation d'une épaulette, l'arrachement de boutons métalliques ou des clous de la chaussure. (Voyez Acad. des sciences et Gaz. hebd. 1868, p. 456, et un mémoire de M. le docteur Vincent, dans Lyon médical, 16 juillet 1876). Ce qui va suivre a trait à la fulguration proprement dite.

Souvent, on l'a vu, la foudre tue subitemeul ; c'est proprement la sidération. Les cas de ce genre sont ceux oij intervient su/tout le médecin expert, et l'élément principal de l'expertise est le cadavre lui-même, avec les vêtements qu'il portait au moment de l'accident. Aussi cette partie du sujet estelle réservée à la haute compétence de notre collaborateur, et nous borneronsnous à signaler certaines particularités. La première est que, si l'on s en rap porte à quelques observations de Boudin [Acad. des sciences et Ga». hebd., 1865, p. 4^56), le corps des foudroyés pourrait conserver plus ou moins longtemps après la mort une quantité d'électricité de tension assez considérable pour agir fortement sur ceux qui viennent à le toucher; un phénomène analogue, mais peu prononcé et fugace, s'est présenté dans des expériences que nous relaterons plus loin. Un homme, écrit Boudin, fut tué par la foudre le oO juin 1854 et son corps resta pendant quelque temps exposé à une pluie battante. Deux soldats ayant voulu ensuite enlever le cadavre reçurent chacun un choc violent a\i moment où ils le touchèrent. Boudin relate en outre une observation dans laquelle un individu, ayant été terrassé par une décharge électrique et ayant touché en tombant un camarade accouru vers lui, celui-ci tomba à son tour et présenta une brûlure au point même où le contact avait eu lieu. Le second fait à signaler, c'est que des individus tués instantanément par la foudie avaient été trouvés dans l'attitude qu'ils avaient au moment même où ils avaient été frappés; par exemple, assis; quelques auteurs même disent debout. Enfin, le troisième fait est que, chez les foudroyés, les lésions mécaniques sont très-souvent insuffisantes à expliquer la mort, et que l'altération la plus constante et la plus caractérisée réside dans la liquéfaction et la coloration noirâtre du sang. Les autopsies de foudroyés ne sont pas très-rares ; mais il en est peu qui aient été pratiquées avec tout le soin désirable, et beaucoup sont relatives à des animaux. Parmi celles qui concernent spécialement l'homme, on devra surtout consulter comme tiès-complète l'autopsie de deux soldats foudroyés près du pont de Kehl, faite par le professeur Tourdes [Gaz. médic. de Strasbourg^ 25 avril 1869) et celle du capitaine frappé au camp de Ghâlons en mai 1869, par M. Sonrier [Archives deméd. mitilaire, 1869).

Les désordres ;inatomiques ou fonctionnels produits par la foudre, suivis ou non de mort, ferment par leur nombre, leur diversité, leur singularité, un de ces ensembles systématiques qui caractérisent d'ordinaire les divers genres de traumatisme. Pour en donner une idée, peut-être conviendra- t-il de mettre sous les yeux du lecteur le tableau des effets d'un même coup de foudre sur plusieurs personnes, pouvant rassembler en quelque sorte dans un seul cadre la plupart des traits de la scène pathologique qui résulte de ces terribles jeux de la nature. Nous empruntons cet exemple à une relation du docteur Jack (de Duren), relative à un coup de foudre éclatant dans une réunion de trois cents personnes environ, tuant sur le coup six hommes, blessant une centaine d'indi-

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vidus des deux sexes, renversant la plupart des assistants, et produisant sur les autres la sensation d'une commotion électrique {Allg. Centml-Zeitung, i857, 4 juillet). Quand le docteur Jack arriva quatre heures après l'événement, les cadavres des individus foudrojés étaient froids et pâles; deux d'entre eux répandaient déjà une odeur de putréfaction ; les pupilles étaient dilatées, les yeux ternes, les membres rigides, le ventre météorisé. Sur cinq de ces cadavres on voyait, toujours sur le côté droit du corps, des bandes de couleur rouge qui, de la tète et du cou, se répandaient sur la poitrine et même sur le ventre ; et aussi des macules du volume d'une fève environ, placées bout à bout, et sur lesquelles la peau était quelquefois comme écorchée, mais sans présenter au pourtour le moindre indice de réaction vitale. Dans un cas, l'épaule gauche avait été frappée en un point d'où rayonnaient des tramées rouges qui se répandaient sur le cou, la poitrine, et jusque sur la cuisse [gauche ; les poils étaient brûlés au voisinage des parties blessées. Chez deux sujets, du sang avait coulé par le nez et par la bouche (aucune autopsie ne put être pratiquée) . Trente des individus blessés l'avaient été assez grièvement pour être forcés de garder le lit. Tous se plaignaient d'un sentiment de froid et éprouvaient des tremblements ; ■ ils ressentaient dans les membres, qui étaient comme engourdis et paralysés, particulièrement dans les mains, les pieds, le pli des cuisses, des douleurs comme celles que produit un choc électrique. Anxiété précordiale, chaleur épigastrique ; extrémités pâles, froides (bien que la température du corps fût un pei; élevée), insensibles aux moyens d'excitation; pouls et battements du cœur faibles et irréguliers; respiration anxieuse, inégale. Chez ces mêmes individus, les blessures consistaient généralement en des brûlures du premier degré, • quelquefois des phlyctènes ou des espèces d'écorchures, le tout occupant presque toujours le côté droit du corps et plus marqué aux parties supérieures. C'étaient principalement des bandes droites ou sinueuses, de un à trois pouces de largeur, d'une couleur rosée qui s'effaçait sous la pression des doigts, commençant habituellement à la tète, aux environs de l'oreille, avec brûlure des cheveux et de la barbe, et de là gagnant le cou, la poitrine, le bas-ventre, les membres supérieurs et inférieurs. Dans un cas, on constata à la racine du pénis une eschare extrêmement douloureuse. Dans quelques cas, les bandes rosées affectaient une direction transversale, se rendant, par exemple, d'une épaule à l'autre, en entourant la poitrine comme d'un cercle; on pouvait même rencontrer, sur un seul individu, à la fois des bandes longitudinales et des bandes transversales. Enfin, sur plusieurs victimes, on constata la présence de taches rouges figurées, donnant l'idée de fleurs, d'étoiles, détachées ou comme suspendues à des rameaux. Ces taches avaient pâli le soir et avaient presque disparu le lendemain en laissant quelquefois une éruption vésiculeuse.

Ainsi, commotion, engourdissement paralytique, défaut d'irritabilité musculaire, muscles douloureux, tremblements, désordres de la circulation et de la respiration, brûlures à dispositions particulières et à divers degrés, eschares, brûlure des poils, écorchures de la peau, macules et images cutanées, écoulement du sang par la bouche et le nez, dilatation des pupilles, aspect terne des yeux, prompte rigidité et putréfaction rapide des cadavres ; voici, dans une seule catastrophe, une bonne partie des effets que la foudre peut produire sur l'organisme. Revenons-y brièvement, en y joignant ceux qui ont été encore observés sur l'homme et sur les animaux.

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a. Peau. La peau peut être érythémateuse, ecchymosée, maculée, égratignée, écorchée, parcheminée, escharifiée, plaquée de phlyctènes, noircie comme par la poudre, arrachée en lamheaux, coupée comme par l'instrument tranchant, criblée en écumoire. Il est remarquable que le parcbeminement occupait la peau du scrotum chez les deux foudroyés du pont de Kelil. Les cheveux et les poils sont roussis, ou consumés, ou quelquefois comme coupés à ras. Ce qu'il y a de plus caractéristique dans ces lésions, c'est : Jo la disposition des rougeurs en bandes ou en stries étroites, tantôt parallèles, tantôt divergentes, ou même rayonnantes ; 2" la présence de macules ou taches punctiformes, les unes rouges, les autres noires et analogues à celles que produirait la poudre à canon ou les grains de plomb; 0° les dessins et images qui apparaissent sur la peau : les unes paraissant ^résulter de diverses combinaisons des arborisations vasculaires, les autres analogues aux dessins qui se forment sur l'électrophore quand on y répand une poudre, après l'avoir chargé d'électricité (Lichtenberg). A une intéressante observation concernant trois soldats blessés par la foudre à Chambéry, et que M. Larrey a bien voulu mettre sous nos yeux, l'auteur, M. le docteur Fleschut, a joint trois planches qui donnent une idée très-exacte de ces blessures à images. Il ne semble pas douteux non plus qu'on ait constaté sur la peau des foudroyés l'empreinte d'objets métalliques qui étaient en contact immédiat ou presque immédiat avec le tégument, tels que médailles, pièces de monnaie, etc.; mais quelques auteurs sont allés plus loin : ils n'ont pas hésité à reconnaître, [dans certaines lésions cutanées une représentation formelle d'objets placés plus ou moins loin du sujet à l'instant de la fulguration, tels que fleurs, feuilles (figures dendritriques) , animaux. On parle, dans un cas, d'un fer à cJieval ; dans un autre, d'un numéro en métal, tous deux appendus près des foudroyés et retrouvés en image visible sur leur peau. Quelqu'inattendus que soient souvent les effets de la foudre, on s'est naturellement demandé si elle peut aller jusqu'à cette sorte d'électrographie, ou s'il n'y faut pas voir simplement des effets linéaires de la foudre diversement combinés, comme se combinent les images du kaléidoscope par l'arrangement des pièces qu'il renferme. Il est à noter d'ailleurs que des dessins, en forme de fleurs, de feuilles, ont été signalés dans des cas où la fulguration avait eu lieu dans un endroit clos. La catastrophe de Diiren, rappelée plus loin, avait eu pour théâtre une église. Mais nous laissons le soin de juger celte question à notre collaborateur, beaucoup plus compétent que nous en cette matière.

b. Système nerveux. Les sujets sont ébranlés par une commotion générale, sont jetés de côté ou abattus sur place, et perdent ordinairement connaissance; d'autres ont la sensation de contractions musculaires, de coups de bâtons dans des points déterminés (souvent derrière la tête), d'engourdissement de membres, de brûlures le long de certains nerfs. Quelquefois, revenus du premier choc, les sujets sont pris de convulsions, dont le mode est le plus souvent tétanique et qui peuvent être générales ou se limiter à quelques parties, le bras, la main, un doigt; d'autres fois, c'est une paralysie qui s'établit, portant à la fois sur la sensibilité et la motilitéou sur les sens; surtout un côté

du corps ou seulement sur le bras ou sur la jambe; quelquefois sur la jambe d'un côté et le bras de l'autre. Tous ces troubles fonctionnels du système nerveux se dissipent ordinairement assez vite. Cependant on voit quelquefois des contractures musculaires, des névralgies, des paralysies prendre , pour plus ou moins de temps, droit de domicile. Suivant un relevé de vingt-huit cas,

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dressé par Sestier, la paralysie a duré depuis une demi-heure jusqu'à trois mois; sa durée la plus fréquente est de quelques jours. Dans les cas où l'on a eu l'occasion d'examiner les centres nerveux, le plus souvent on n'a rencontré aucune lésion. On a trouvé quelquefois l'injection vasculaire et la suffusion séreuse des méninges ; Ihémorrhagie des vaisseaux avec décollement de la dure-mère. Ordinairement dans ces cas, une bosse sanguine existait sur la partie correspondante de la tête, avec ou sans fracture du crâne. Dans une observation très-intéressante de Devaux (Art de faire des rapports en chirurgie, Paris, 1745) « toute la substance du cerveau était en forme de bouillie»; le crâne était perforé vers le milieu de la suture sagittale, et un autre trou allant de la selle turcique à l'os palatin le faisait communiquer avec la bouche. L'induration du cerveau a été notée plusieurs fois, et on assure, d'ailleurs, l'avoir produite artificiellement chez des animaux, en les tuant par des décharges électriques. Quant à la moelle épinière, elle n'a jamais, que nous sachions, rien présenté de remarquable, si ce n'est peut-être de l'injection sanguine à sa surface.

c. Organes de la respiration. Un des phénomènes les plus constants chez les personnes qui viennent d'être frappées de la foudre, est la difficulté de respirer, avec sentiment de constriction épigastrique. 11 n'est même pas nécessaire, pour cela, d'avoir ressenti le choc électrique ; il suffit de se trouver placé à une petite distance de la décharge. La dyspnée se traduit par des inspirations courtes, fiéquentes, saccadées, va fréquemment en augmentant pendant un temps plus ou moins long et peut mettre la vie en danger. Les malades disent ne plus pouvoir soulever la poitrine. Ils se plaignent d'être suffoqués par une vapeur sulfureuse. D'autres fois, ce sont des crachements de sang qui se produisent, succédant de près à la fulguration; ou, rarement, des phlegmasies de la muqueuse respiratoire, se développant graduellement, à la manière de la bronchite ordinaiie, mais accompagnées de vives douleurs tlioraciques. Quant aux résultats de l'examen nécroscopique, certaines observations anciennes et écourtées parlent de poumons affaissés, flétris, exsangues; dans quelques autres, très-dignes de confiance, celle, par exemple, de Marcus et Claudon {in Sestier, lac. cit., t. II, 263), relative à des chevaux, les poumons sont notés comme présentant leur couleur et leur densité naturelles. On peut dire néaimioins que l'hypérémie pulmonaire est un des effets ordinaires de la fulguration. On l'a trouvée faible dans certains cas, très-forte dans d'autres, surtout quand le sujet avait survécu quelque temps à sa blessure. Du reste, le parenchyme pulmonaire est quelquefois le siège de véritables apoplexies ; il est infiltré de sang noir demi-fluide, parfois même réduit en bouillie noire dans une partie de son étendue. Enfin, on l'a vu, ainsi que la trachée et le larynx, déchiré, percé de trous, avec communication entre le thorax et l'abdomen et épanchement de sang dans la cavité pleurale.

d. Organes de la circulation. La petitesse et l'irrégularité, la rapidité ou la lenteur du pouls, que nous avons déjà signalées, sont accompagnées d'un sentiment de défaillance ou d'angoisse. Mais la décharge exerce sur les parties circulatoires des effets plus spéciaux : elle produit, par exemple, cette suite de pulsations à la région épigastrique qu'on a appelée battement cœliaque; ou, par une action paralysante sur les filets vaso-moteurs, le relâchement des parois des veines et consécutivement la production de varices. C'est çans doute à l'action combinée de cet état paralytique, de la gêne de la respiration et de l'altération du sang, que sont dues les hémorrhagies qu'on peut observer dans presque tous.

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les tissus. Nous avons signalé celles du nez, des voies respiratoires : on en rencontre également dans le crâne, dans le tube digestif, dans la vessie, dans le globe oculaire, dans l'oreille, dans la vessie, dans le tissu cellulaire, dans la masse des muscles, etc. Les relations d'autre part ne sont pas très concordantes sur la quantité ou la distribution du sang dans les cavités cardiaques. Les unes signalent la presque vacuité de toutes les cavités : les autres la vacuité des cavités droites et la réplétion des gauches ; le plus grand nombre, la disposition inverse. Et ces différences se rapportent à des sujets, hommes ou animaux, également tués sur place. Mais ce sont les observations les plus complètes : celles de Blondeau, de Tourdes, de Sonrier, de Anzouy, qui accusent l'accumulation de sang noir et fluide dans les cavités du cœur; ce qui est parfaitement en rapport avec les symptômes asphyxiques dont il a été question plus haut. La distension générale des veines a été notée très-expressément par quelques auteurs. Du reste, on comprend que la sidération puisse être tellement instantanée et profonde qu'elle livre à l'observateur le cadavre tel à peu près qu'il était au moment de la fulguration, et tel que serait celui d'un décapité.

De même que les poumons et les bronches, le cœur et les gros vaisseaux sont quelquefois le siège de déchirures et de perforations.

e. Organes de la digestion. Beaucoup de personnes ont des évacuations involontaires. Remises de la première secousse, elles éprouvent de la difficulté d'avaler, ressentent dans la bouche un goût d'hydrogène sulfuré, vomissent ou sont prises de diarrhée, et ces deux symptômes, le premier surtout, peuvent durer un certain temps. La diarrhée a été observée chez les animaux comme chez l'homme. On cite un cas dans lequel le mouvement vermiculaire de l'intestin était si prononcé qu'il se laissait apercevoir à travers les parois intestinales ; il était accompagné de vives douleurs se prolongeant dons le testicule, comme il arrive quelquefois dans les violentes inllammations du bas-ventre

' (Gaffard). L'abdomen se météorise d'ordinaire et très- rapidement. Enfui on peut voir s'établir les symptômes d'une véritable gastro-entérite qui suit son cours ordinaire. L'ouverture des cadavres montre, dans le tube intestinal, outre la présence de gaz abondants et sans odeur particulière (à moins de putréfaction du cadavre), des rongeurs, des perforations, de la gangrène. Le foie, la rate sont quelquefois perforés ou gorgés de sang. On a vu dans certains cas la muqueuse buccale, brûlée sans doute, se détacher en lambeaux dans les jours qui suivent l'accident {Acad. des sciences ou Gaz. Iiebd., 1857, p. 257).

f. Appareils ou tissus divers. Si aux désordres fonctionnels ou anatomiques mentionnés ci-dessus nous ajoutons : l'incontinence ou, au contraire, la rétention d'urine ; l'anurie, la polyurie simple (la glylosxirie même, dans les expériences que nous rapporterons), l'odeur hépatique de l'urine, son état trouble provenant sans doute de dérangements occasionnés dans les fonctions digestive et nutritive; la sueur profuse avec odeur hépatique; certains effets produits sur les sens, tels que la contracture des muscles palpébraux, la paralysie de la rétine, le daltonisme, la photophobie, l'ophthalmie, la cataracte même (attribuée par les uns à une rupture des attaches du cristallin, par d'autres à une coagulation de la couche de Morgagni) , les bourdonnements d'oreille, le délire (signalé dans plusieurs observations, notamment dans le travail de M. Passot présenté à l'Académie des sciences par M. Larrey, 7 juin 1875) ; la surdité par lésion nerveuse ou par rupture de la membrane du tympan, une aphonie plus ou moins complète ; quelques aberrations du goût, de la vue ; de

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petites tumeurs sous-cutanées comme il s'en est produit chez Gaultier de Claubry, et qui sont des extravasations sanguines ou des engorgements partiels ; enfin certains grands traumatismes tels que arrachements départies (nez, oreille, parties génitales, portions de muscles), fractures, luxations, etc., nous aurons achevé le tableau succinct de ceux des effets de la fulguration qui peuvent intéresser le pathologiste.

III. Pronostic. On comprend de combien de circonstances diverses peut dépendre la gravité des accidents résultant de la fulguration. Néanmoins l'examen détaillé auquel s'est livré à ce sujet le regrettable Sestier l'a conduit à de certaines déterminations qui méritent d'être rappelées. En termes généraux , on peut dire que, hors le cas de sidération subite, le foudroiement est rarement mortel. Disons d'abord que si l'on réunit en bloc toutes les victimes de la foudre, on trouve, sur un relevé de 601 cas, 250 morts, soit 41 pour 100. Eu écartant le cas de sidération subite, et ne considérant que les individus qui ont survécu au premier choc, la mortalité diminue singulièrement : car sur 365 individus se trouvant dans ce cas, 15 seulement ont péri d'accidents imputables à la décharge. Au contraire, la proportion des morts est considérable si l'on n'envisage que les individus frappés isolément : ce qui revient à dire que, dans les réunions d'hommes, la foudre en atteint un grand nombre à la fois, mais n'en blesse grièvement qu'un petit nombre. Sur 203 coups de foudre ayant frappé chacun une personne isolée, 102 ont amené la mort. Tous ces chiffres — et l'auteur a la bonne foi de le reconnaître — n'ont qu'une valeur relative. Il est à présumer d'une part, que nombre de cas de fulguration ne figurent pas dans les statistiques, uniquement parce qu'ils n'ont pas occasionné d'accidents très-sérieux ; et, d'autre part, que les informations relatives aux suites de la blessure ont été insuffisantes. Ce que, au point de vue général où nous sommes, il faut retenir des données, statistiques ou cliniques, concernant les chances de salut réservées aux foudroyés, c'est que, pour eux comme' pour les noyés et surtout pour les nouveaux-nés frappés d'asphyxie, les apparences de la mort sont souvent trompeuses, et que les ressources de l'art, appliquées avec intelligence et patience, ont souvent amené des résultats inespérés. En ce qui concerne les éléments particuliers du pronostic, il faut tenir compte d'abord des parties lésées. L'issue est funeste principalement dans les lésions du crâne, et, en seconde ligne, dans celles de la poitrine et du cou. Sur 11 cas où le coup a porté sur la face et 9 où il a frappé l'abdomen, sans toucher aux autres cavités splanchniques, Sestier ne relève pas un seul cas de mort consécutive. Quand les lésions sont extérieures et n'ont pas atteint de grands vaisseaux (notamment les brûlures), elles sont rarement mortelles, et d'un autre côté, on voit quelquefois des blessures légères amener rapidement la mort. C'est que le résultat dépend en partie du degré d'ébranlement imprimé à l'organisme par l'action immédiate de la foudre et qui, nous l'avons dit, suffit à tuer, même sans lésion aucune.

IV. Pathogénie. Deux questions se présentent : a. Quel est, dans l'action de la foudre sur l'économie, l'agent de destruction ? b. Quel est le mode de cette action?

L'action de la foudre sur l'économie est une action électrique. La physique et la physiologie le disent; rexpérimentation le confirme. On sait qu'un courant électrique, une fois qu'il a vaincu la mauvaise conductibilité de la peau (et vaincu plus facilement si la peau était en sueur), trouve dans les liquides

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salins de l'organisme les conditions de diffusion les plus favorables et que, dès lors, s'il a une très-grande densité, il peut y généraliser les effets nuisibles. On sait de plus, qu'un courant électrique appliqué à une partie d'un organe nerveux, nerf, moelle, cerveau, n'y reste pas confiné, mais se fait, au contraire, sentir dans toute la sphère d'action physiologique de l'organe. On a encore constaté qu'une décharge électrique passant à travers nos tissus y peut produire des effets mécaniques, chimiques et calorifiques; que, par l'intermédiaire du tissu nerveux, elle peut à divers degrés d'intensité, amener des effets convulsifs, tétaniques, paralytiques; des effets anesthésiques ou hyperesthésiques. Enfin, on sait expérimentalement que l'excitation électrique et des traumatismes divers de la moelle déterminent la dilatation de la pupille; qu'elle a une influence marquée sur les mouvements du cœur, sur la contractilité des vaisseaux, sur la respiration, l'absorption, la sécrétion, la calorificalion, la nutrition même ; qu'on peut, dans les expérimentations, direclement ou par action réflexe, préci])iter ou ralentir les battements cardiaques, produire des dilatations veineuses, des vascularisations, des hémorrhagies parenchymateuses, comme nous en avons vu chez des foudroyés; entraver les mouvements respiratoires, comme chez la plupart d'entre eux; produire de la sueur, comme celle qui est survenue à Gaultier de Claubry, atteint lui-même de la foudre ; amener dans l'urine ces modifications de quantité et de qualité ou ces rétentions, ou ces incontinences que nous avons signalées; abaisser ou élever la température des membres , et l'on sait que nous l'avons vue s'élever, chez quelques foudroyés, dans les membres frappés de paralysie ; déterminer l'atrophie des membres, qui est notée chez quelques-uns de ceux qui ont survécu, etc. En un mot, la physiologie expérimentale permet de comprendre, au moins dans leur généralité, l'ensemble des accidents produits sur l'homme et les animaux par la foudre ; et l'on peut dire qu'elle est soutenue en cela par la physiologie pathologique, venant confirmer la plupart de ses déductions. Il est jusqu'à certains effets accessoires, on pouri'ait dire insignifiants, de la fulguration, qui trouvent leur explication naturelle dans les données connues de la physiologie expérimentale ; telles sont certaines erreurs des sens dont il sera question tout à l'heure.

Mais l'expérimentation a fait davantage au profit de la question spéciale qui nous occupe; elle a étudié l'action de la foudre artificielle, c'est-à-dire de fortes décharges électriques sur les animaux, et les résultats qu'elle a obtenus sont dignes de remarque. Nombre de physiciens ont essayé l'action fulgurante de l'électricité sur les animaux ; mais les premières expériences suivies sont dues, croyons-nous, à Trooslwyk et Krayenhoff. Opérant avec une forte batterie sur des lapins, ils ont constaté : 1° que la mort survenait rapidement après quelques secousses convulsives, ou même instantanément, quand la décharn-e allait du front à la première vertèbre cervicale, ou de la tête au sacrum, ou d'un côté à l'autre de la poitrine ; 2° qu'une décharge traversant la tête horizontalement, soit en travers, soit d'avant en arrière, n'amenait la mort qu'au bout de quelques heures ; 5° qu'une décharge allant de la partie moyenne de la colonne vertébrale au sacrum, ne tuait jamais. Ces résultats ont été confirmés par Herbert et Steiglehner. Plus récemment, et à l'occasion de l'accident du pont du Rhin, dont il a été pailé plus haut, des expériences analogues ont été entreprises par M. le professeur Tourdes et M. Bertin, au moyen de deux fortes batteries charoées par une bobine de Rumkorf. Disoua tout de suite qu'on a pu ainsi reproduire sur le papier l'empreinte d'une médaille de plâtre, recouverte de plomba-

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sine en contact immédiat, il est vrai, avec ce papier. Sur le fond du sujet, voici les résultats auxquels ont conduit ces expériences. Des poissons placés dans de l'eau à travers laquelle on faisait passer des étincelles ont présenté des mouvements convulsifs et tétaniques, mais ils ne sont pas morts, grâce sans doute à la propriété diffusible du milieu. Chez un lapin, la première décharge dirigée sur la région du cœur a enlevé les poils et déterminé une secousse : la seconde a produit la raideur tétanique, l'opisthotonos ; enfin quatre nouvelles décharges ont amené la mort après des attaques de convulsions toniques ou cloniques. Les six décharges avaient eu lieu dans un espace de temps très-court : environ cinq minutes. Chez un second lapin, la décharge tirée sur la tête a amené la mort au bout d'une minute, après une défécation, l'émission des urines et des inspirations saccadées. L'autopsie des deux lapins a été pratiquée le lendemain. Ils étaient rigides, les poumons étaient congestionnés ; le gauche plus que le droit chez le lapin qui avait reçu l'étincelle dans la région cardiaque; chez l'autre, on remarquait des bulles d'air sur la plèvre pulmonaire : le coeur, surtout dans les cavités droites, contenait beaucoup de sang brunâtre en partie liquide. Ajoutons qu'un pigeon soumis à la même expérience a présenté des symptômes et des altérations anatomiques analogues aux précédents : les poumons étalant congestionnés. Chez tous ces animaux, le cerveau n'offrait !rien d'appréciable; aucune lésion mécanique n'avait été produite [Gaz. méd. de Strasbourg, 25 août 1869).

A notre toui' nous avons entrepris quelques expériences dans le laboratoire de l'École normale et dans celui des Hautes-Études au Collège de France, grâce à l'oblifreance de MM. les professeurs Berlin et Marey, et au précieux et actif concours de MM. François-Franck et d'Arsonval. Avant de les raconter, qu'on veuille bien nous permettre de courtes remarques sur certaines conditions expérimentales, dont il est indispensable de tenir compte pour donner une précision suffisante aux résultats obtenus.

En ce qui concerne le dispositif, il importe au plus haut point de connaître non-seulement le nombre des bouteilles qui entrent dans les batteries électriques, mais encore la surface carrée de l'ensemble des bouteilles. Cela établi, il s'agit de déterminer le degré de tension électrique auquel on fera partir la décharge. Or, tout le monde sait avec quelle inégalité se charge une machine électrique (par exemple, celle de Ramsden ordinairement employée), suivant diverses circonstances qu'il est parfois malaisé d'apprécier, mais dont les principales sont l'état hygrométrique de l'atmosphère, sa température, la position des peignes métalliques p*ar rapport au plateau, la présenceou l'abscncedes secteurs de soicdestinés à prévenir les pertes. 11 faut donc mesurer la densité électrique avant d'opérer sur l'animal, soit par la longueur des étincelles données par les conducteurs mobiles de la machine, soit au moyen du cadran électrométrique ; encore l'électromètre qui accuse mal , on le sait, l'électricité atmosphérique pendant les orages, n'est-il pas un instrument d'une fidélité parfaite. Enfin, il arriveassez fréquemment que, dans les dispositions prises poui' placer l'animal près de la machine, on amène avec lui, par inadvertance, quelqu'objet métallique, une barre de fer, un instrument ou la muselière elle-même. Alors l'étincelle peut jaillir entre ces objets et l'un seulement des deux conducteurs mis en contact avec l'animal et destinés à opérer une décharge à travers ses organes. Nous avons même vu l'étincelle se produire d'un de ces conducteurs à l'autre sans passer par le corps du sujet; si l'on n'est pas attentif à ces éventuahtés, on reste surpris d'un

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défaut de rapport entre l'intensité d'une décharge et l'effet produit sur l'organisme ; aussi est-il convenable d'entourer ces conducteurs d'une enveloppe de gutta-percha ou de toute autre substance isolante, en laissant libre uniquement les extrémités qui sont en contact avec les tissus.

En ce qui touche le sujet de l'expérience, qu'il s'agisse d'un chien, d'un cobaye ou d'un lapin, les poils étant mauvais conducteurs, le moinsqu'on puisse faire est de raser la peau et de la mouiller (mais sur une petite surface) les endroits sur lesquels les conducteurs doivent être appliqués. Mais le mieux est de pratiquer une petite plaie qui permette aux conducteurs de s'enfoncer jusqu'à proximité des organes qu'on veut atteindre, par exemple : jusque sur la membrane occipito-atloïdienne, si l'on veut agir sur le bulbe. C'est sans doute parce qu'ils se prêtent moins à la diffusion de l'électricité et aussi parce qu'ils entrent plus profondément dans les chairs et y adhèrent mieux, que les conduo,teurs en pointe émoussée ont produit des effets mieux caractérisés et plus intenses que les conducteurs en boule, employés tout d'abord dans la pensée qu'ils doimeraient lieu à des décharges plus intenses.

Cela dit sur les précautions qu'il convient de prendre dans ces sortes d'expériences et qui nous ont été suggérées au cours de nos recherches, arrivons aux expériences elles-mêmes.

Expériences. 1. Petit cochon dl7ide. Une seule batterie de neuf bouteilles donnant l'",20 de surface carrée. Electromètre à 40 degrés. Rhéophores à boules placés, l'un au sommet delà tête, l'autre au sacrum. Mort presque instantanée, après quelques inspirations rares, hautes et inégales.

Autopsie. Pas de congestion pulmonaire appréciable. Le cœur contient des caillots noirs dans les deux ventricules.

II. Cochon d'Inde plus fort. a. Même batterie : Electromètre à 20 degrés ; mêmes rhéophores. Boules appliquées de chaque côté de la partie supérieure du cou préalablement rasée et mouillée. Forte commotion, raideur générale, respiration suspendue pendant sept ou huit secondes. Les battements du cœur examinés seulement au moment où la respiration reprend sont un peu précipités. Au bout de deux minutes environ l'animal paraît rétabli.

b. Une demi-heure plus tard, même batterie, à 25 degrés. Même expérience. État tétanique général, peu durable: état convulsil' des yeux; respirations rares d'abord, puis bientôt précipitées. Ou laisse vivre l'animal.

m. Cochon d'Inde, un peu plus gros que les deux précédents, a. Même b;itterie, à 20 degrés; mêmes rhéophores, appliqués à la troisième dorsale et au sacrum, après avoir rasé et mouillé les points correspondants de la peau. Effets analogues aux précédents, mais peu marqués.

b. Même batterie, encore à 20 degrés ; boules des rhéophores placées en travers de la partie supéi'ieure du cou. Secousse générale plus forte ; mais on s'aperçoit que les boules avaient été placées trop en arrière et que l'étincelle avait dû s'écouler en partie à la surface de la peau.

c. On renouvelle l'expérience, les rhéophores placés plus en avant. Tétanos beaucoup plus prononcé, yeux portés en haut et immobiles ; la tête s'incline et tombe vers la poitrine; respiration lente. Au bout de quelques secondes, l'animal revient à lui et la respiration se précipite.

d. Vingt minutes après, même batterie à 25 degrés ; action de la tête au sacrum; violent soubresaut, renversement de la tête en arrière; état tétanique

28S FULGURATiON (pathologie).

général; respiration un instant suspendue, puis haute et précipitée; battements du cœur très-ralentis pendant une minute environ, plus fréquents ensuite. Les effets du choc durent beaucoup plus longtemps que dans les expériences a, h et c. L'animal mis sur le dos y reste trente ou quarante secondes ; enfin il revient peu à peu à la vie.

IV. Lapin d'assez forte taille, a. Même batterie, à 40 degrés; action de la troisième cervicale au sacrum. Tétanisation générale; tête renversée en arrière ; mouvements convulsifs des yeux ; pupilles un peu dilatées ; respiration un instant suspendue; urination. Ces effets durent peu.

h. A 40 degrés. Action en travers du bulbe ; tétanos beaucoup plus violent ; cris aigus ; pupille rétrécis (peut-être avait-elle été dilatée d'abord). L'animal étant mis sur les pattes, le train de derrière s'affaisse comme paralysé. Action réflexe conservée. L'animal finit par revenir tout à fait à lui et à marcher.

cl. Un quart d'heure plus tard, à 40 degrés; décharge en travers de la poitrine, vers la base ; respiration suspendue pendant trois ou quatre secondes, puis très-fréquente; presque pas d'effets généraux.

e. Cinq minutes après, à 50 degrés, décharge en travers du bulbe ; trèsviolentes secousses, cris; effets analogues aux prétédents. L'oreille examinée à contre-jour semble d'abord pâlir, puis ses veines se dilatent visiblement.

f. Un quart d'heure après, autre décharge à 50 degrés en travers du bulbe : mêmes effets, mais très-violents; on constate la dilatation immédiate et Irèsprononcée des veines des oreilles ; la respiration devient très-lente et reste telle. Au bout de deux ou trois minutes, l'animal paraissant devoir succomber, on le sacrifie.

Autopsie. Les poumons ne sont aucunement congestionnés; on les examine avec soin après les avoir insufflés. Sang demi-liquide et noir dans les deux cavités cardiaques. Pas de congestion du foie, qui est tuberculeux.

V. Lapin de taille moyenne. Même batterie à 40 degrés, mêmes rhéophores. a. De la troisième dorsale à la queue (après avoir rasé et mouillé, comme on l'a d'ailleurs toujours fait depuis l'expérience II). Contraction violente des muscles ; opisthotonos ; la queue se relève fortement. Bientôt contractions fibrillaires des muscles des lombes et des membres postérieurs ; cris, respiration suspendue, puis devenue presque aussitôt très-fréquente. Rien du côté des globes oculaires. L'animal ne paraît pas perdre connaissance.

b. Même expérience à 50 degrés ; mêmes effets.

c. A 40 degrés. Cette fois, on pratique des plaies sur les côtés du cou, et l'on y place les boules des rhéophores pour agir en travers du bulbe. Tétanisation générale très-forte; tête violemment rejelée en arrière; raideur très-prononcée des muscles des membres postérieurs, comme dans le cas d'action sur la moelle ; la tête tombe sur la poitrine ; battements du cœur précipités ; respiration fréquente après un moment de ralentissement ; globes oculaires portés en bas. L'animal qui paraissait sur le point de succomber revient néanmoins à lui en moins de deux minutes.

d. A 40 degrés. On emploie cette fois des conducteurs à pointes enfoncées dans la chair, l'une sur le frontal, l'autre sur l'occipital. Effet violent ; tétanisation, opisthotonos, pupilles très-contractées; tête tombante sur la poitrine après avoir été fortement renversée en arrière ; respiration suspendue, puis fréquente; battements du cœur idem; mouvements réflexes conservés. L'animal revient peu à peu à la vie ; au bout de vingt minutes il se remet sur les pattes.

FULGURATION (pathologie). 281»

VI. Lapin de taiile moyenne. A la batterie employée jusqu'ici on en joint une autre également de 9 bouteilles, donnant à elle seule l"',4o de surface ; on se sert de conducteurs à pointe, mais cette fois entourés de gutta-percha. Électromètre à 40 degrés. Un conducteur est placé dans la bouche et l'autre à la base de l'occipilal. Violente commotion : tête fortement renversée en arrière, yeux convulsés en haut, mouvements respiratoires rares, agitation extrême; toutes les apparences de l'asphyxie : battements du cœur précipités et petits : muqueuse buccale un peu bleuâtre ; pupilles très-dilatées. Peu à peu la respiration devient rapide, mais peu élevée. On sacrifie l'animal en le saignant. L'autopsie est faite vinsït-cinq minutes après la décharge. Cœur droit rempli de sang fluide, non spumeux (on en fait l'expérience dans l'eau). Les drux poumous pnrsemés de belles ecchymoses sous-pleurales, qui rougissent à l'air; pas d'ecchymoses sous-costales. Pas d'apoplexie musculaire. Piien au cerveau ni à la moelle.

Par comparaison, on asphyxie un cobaye (non soumis encore à l'action de l'électricité), en lui ouvrant les deux côtés de la poitrine : hïautopsie, sang noir liquide dans le cœur droit seulement, poumons gorgés de sang ; fluide écumeuv dans les bronches. Aucune ecchymose sous les plèvres.

YII. Lapin. Section du nerf sciatique et du pneumo-gastrique. Deux batteries. Electromètre à 20 degrés, a. Action de la troisième cervicale à la queue, avec les conducteurs à ])ointes, isolés et enfoncés dans les chairs. La contracture ne se fait sentir dans le train postérieur que du côté où le nerf est intact; de l'autre côté, l'excitation du bout périphérique provoque des actions réflexes; l'excitabilité du bout central ne présente rien de particulier.

b. Même expérience à 40 degrés. Pas de contractures des membres inférieurs, mais seulement mouvements fibrillaires du côté du membre intact. L'étincelle paraît avoir glissé sur la peau de l'animal, un des conducteurs étiinl mal assujetti.

c. Après s'être assuré que l'éleclrisation du bout inférieur du pnciimo-gastrique arrête les battements du cœur, on envoie une décharge à 40 degrés de la bouche à la nuque; aussitôt après la décharge le cœur s'arrête un instant, puis reprend ses battements. Au moment de la reprise, on excite le bout inférieur du pneumo-gastrique : l'arrêt du cœur est tout aussi complet et se produit tout aussi vite qu'auparavant. On se disposait à pratiquer la respiration artificielle, dont les préparatifs avaient été faits, mais la canule trachéale se dérange, du sang s'épanche dans la trachée, et l'animal meurt asphyxié. A l'autopsie, larges ecchymoses sous-pleurales à la surface des deux poumons.

VlII. Chien de taille moyenne, robuste. Expérience sur la circulation, au moyen de l'enregistreur en communication avec l'artère crurale.

a. La plus faible des deux batteries, à 46 degrés. Conducteurs isolés, à pointes, enfoncés en travers de la partie supérieure du cou. Dilatation immédiate de la pupille. Agitation extrême, état tétanique. Respiration immédiatement fréquente. Battements du cœur accélérés.

h. Même batterie, à 45 degrés; une des pointes est enfoncée dans l'occipital préalablement perforé ; l'autre, placée vers la dixième vertèbre dorsale, mais sur la peau. Tétanos général, qui diminue seulement au bout de deux ou trois minules. Respiration et battements cardiaques d'abord ralentis, puis accélérés. L'effet n'a pas été plus prononcé que dans l'expérience a ; on s'aperçoit alors que le conducteur enfoncé sur l'occipital n'était pas isolé.

DICT. ENC. 4' s. Vï, 19

290 FULGURATION (pathologie).

c. Même expérience à 40 degrés ; seulement les deux conducteurs sont isolés et l'inférieur est placé sous la peau, au contact même de la troisième vertèbre. Mouvements convulsifs des globes oculaires portés en haut, violente tétanisation générale. Les mouvements respiratoires et les battements du cœur se ralentissent subitement. On prend des tracés. L'animal revient à lui en quelques minutes.

d. Sept ou huit minutes après l'expérience pi'écédente on la renouvelle avec les mêmes conducteurs, qui étaient restés, du reste en place. Cette fois on réunit les deux batteries à -40 degrés. Tétanos violent, convulsions oculaires, nystagmus, urination, cœur presque arrêté, intermittences périodiques, puis battements cardiaques très-fréquents et très-faibles. Des tracés sont recueillis.

e. Vingt minutes plus tard, les deux batteries à 40 degrés, un conducteur sur l'occipital et l'autre dans la gueule. Après le roidissement général, secousses tétaniques du tronc et des membres ; œil droit renversé en haut et en dehors, le gauche en bas et en dedans ; respiration suspendue assez longtemps, puis rare, puis fréquente, courte, irrégulière; arrêt momentané du cœur (tracés). L'animal finit par revenir à lui, agité quelque temps encore de secousses convulsivcs.

f. Environ une demi-heure plus tard, les deux batteries à 40 degrés, un conducteur dans la gueule et l'autre enfoncé dans la membrane occipito-alloïdienne. Tétanisation générale, convulsions des muscles de la face, arrêt assez prolongé de la respiration, ralentissement du cœur. On sacrifie l'animal par la section du bulbe. Autopsie. Ecchymoses sous-pleurales de couleur noirâtre, en arrière et en bas des deux poumons (deux ou trois seulement sur chaque poumon) ; ecchyuioses semblables, mais plus petites et plus nombreuses, sous le ■péricarde; poumons engorgés en arrière; sang noir, liquide, dans le ventricule droit seulement.

IX. Chien de -petite taille préparé pour la respiration artificielle. On recueille préalablement du sang artériel dans un tube. a. Forte batterie de 6 bouteilles. Un conducteur isolé est introduit à travers une plaie jusqu'à la base de l'occipital, l'autre conducteur est fourni par un mors introduit dans la gueule. Électromètre à 20 degrés. Secousse très-modérée; quelques plaintes. On prend le tracé respiratoire, l'animal se remet en peu de secondes.

h. Même batterie à 40 degrés. Mêmes effets un peu plus prononcés, mais on s'aperçoit qu'une étincelle a jailli du mors en fer à un objet métallique voisin.

c. Le mors est remplacé par un conducteur isolé introduit dans la gueule. Électromètre à 50 degrés. Forte commotion ; tête violemment renversée en arrière, plaintes; pupilles très-dilatées. Tracé respiratoire. On pratique la respiration artificielle. L'animal est entièrement revenu à lui au bout de cinq minutes et on recueille de nouveau du sang artériel dans un second tube. Les deux sangs examinés au polarimètre ne présentent pas de différences notables.

d. Un quart d'heure plus tard, électromètre à 35 degrés. Secousse générale médiocre, mais arrêt brusque et très-marqué de la respiration ; défécation abondante. On donne, à des intervalles très-rapprochés, une dizaine de secousses à 35 degrés; chaque fois le phénomène d'arrêt de la respiration se reproduit, sans tétanisation notable. Des tracés sont pris. Enfin on tue l'animal par piqûre du bulbe. Autopsie. Poumons congestionnés, surtout en arrière et en bas (l'animal avait été tenu couché sur le ventr-e pendant toute la durée des expéiiences). Pas d'ecchymoses sous-pleurales ; cœur droit rempli de caillots noirs.

FULGURATION (patuologie). 291

X. Chien de petite taille, a. Même dispositif électrique que pour l'expe'rience IX.;Eleotromètre ù40". Décharge de la bouche à la membrane occipitoatloïdicnne, sur laquelle est appliquée l'extrémité d'un conducteur isolé. Brusque arrêt respiratoire ; arrêt simultané du cœur ; rigidité générale ; quelques secousses convulsives dans les membres postérieurs ; reprise spontanée de la respiration €t des battements du cœur.

b. Même décharge dans les mêmes conditions d'application, mais après la double section des pneumogastriques ; encore arrêt de la respiration avec tétanisation générale. Pas d'arrêt du cœur. Reprise spontanée de la respiration.

c. Quatre décharges successives séparées les unes des autres par le temps nécessaire pour recharger la batterie. Electromètrc à -40". Après la quatrième décharge, l'animal est mourant : grande dyspnée, respirations rares. On le détache, il meurt au bout de dix minutes ; le cœur continue à battre après l'arrêt de la respiration.

Autopsie. Encéphale. Méninges injectées, gorgées de sang noir ; vaisseaux bulbaires pleins de sang ; pas d'hémorrhagie ; pas de bulbes gazeuses dans les petits vaisseaux. Thorax. Ecchymoses sous la plèvre pulmonaire; emphysème sur le bord antérieur des poumons ; caillots noirs : dans l'artère pulmonaire •et dans le cœur droit; congestion intense à la partie postérieure et à la base du poumon.

XI. Chien jeune de taille moyenne, a. Même disposition électrique que dans l'expérience X. Electromètre à 40". Même application du conducteur. On tue l'animal avec cinq décharges successives. Arrêt respiratoire; asphyxie graduelle.

Autopsie: Mêmes résultats que dans l'expérience X.

XII. Chien jeune de taille moxjenne T^vé^AXQ, pour la respiration artificielle. Mêmes conditions. Après la quatrième décharge l'animal est mourant. On fait une prise de sang dans un rameau de l'artère fémorale (2 centimètres cubes). On pratique la respiration artificielle. Après quelques insufflations, la respiration artificielle est suspendue: pas de mouvements respiratoires spontanés. On reprend la respiration artificielle ; vingt insufflations, après quoi la respiration spontanée reprend, très-faible et lente d'abord, plus rapide ensuite, mais toujours superficielle.

L'animal est détaché ; il reste couché, dans une hébétude complète ; analgésie des membres. Conjonctives peu sensibles. Glycosurie, constatée par un examen de M. François Franck. On abandonne l'animal à lui-même ; il meurt deux heures après avec un abaissement considérable de la température rectale (de 38,5 à 52°). Le sang examiné au colorimètre après les quatre décharges ne diffère du sang normal que par les caractères de l'asphyxie commune. Pas d'altération de forme des globules blancs ou rouges.

Autopsie. Mêmes lésions pulmonaires que d'habitude, avec œdème considérable du parenchyme.

XIII. Chien de petite taille préparé pour la respiration artificielle. Mêmes conditions que dans l'expérience XII. Après quatre décharges de la cavité buccale à la membrane occipito-atloïdienne , la respiration étant trèsralentie, pénible, l'animal présentant les phénomènes précurseurs de la mort observés chez les précédents, on pratique la respiration artificielle sans interruption pendant une demi-heure. Le chien est détaché et enveloppé d'une couverture de laine, placé auprès d'une bouche de chalem"; la température

292 FULGURATION (pathologie).

rectale ne s'abaisse que très-peu, malgré la respiration artificielle qui tend Ti reiroidir l'animal. Au bout d'une demi-heure ou arrête la respiration artificielle : l'animal respire spontanément. On l'abandonne à lui-même ; on constate de la glijcosurie. Le lendemain matin il vivait encoi'e, mais il est mort le jour suivant.

Autopsie. Rigidité considérable. Sang iluide, brun, poisseux; bémorrhagics interstitielles dans les poumons; ecchymoses sous-pleurales multiples; œdème pulmonaire très-étcndu; caillots diffluents dans le cœur droit et l'artère pulmonaire ; globules rouges non déformés, mais quantité énorme de globules blancs dans le sang veineux recueilli en différents points.

Déductions. Ccs expériences, que les exigences de la publication ne nous ont pas permis de continuer, ne suffisent pas, quoiqu'assez nombreuses, à résoudre toules les questions relatives au mode d'action de l'éclair fulgurant sur l'économie vivante. Nous espérons néanmoins qu'elles sont de nature à en élucider quelques-unes, et aussi à mieux indiquer la voie dans laquelle devraient être dirigées des recherches ultérieures.

Il faut remarquer à ce sujet que la fulguration par l'électricité atmosphérique, à raison de cette incomparable violence avec laquelle elle traite, pour ainsi dire, les corps animés comme des corps bruts et leur inflige parfois de profonds désordres mécaniques, pose la question du genre de mort sur un tcri;iin qu'on ne retrouve pas dans les expériences de laboratoire. Quand un foudroyé a les poumons, le cœur perforés, le foie déchiré, le cràue ouvert, le cerveau labouré, la question de l'asphyxie ou celle de la sidération nerveuse disparaissent. Même en l'absence de lésions mécaniques notables, on peut penser qn'une action de totalité a été exercée sur l'organisme, aussi bien sur les éléments anatomiques en général que sur l'élément nerveux en particulier, aussi bien sur les parties périphériques que sur les parties centrales. Toute la force nerveuse a été épuisée en un instant, et c'est même spécialement à l'épuisement de l'excitabilité musculaire que, suivant Brown-Soquard, doit être rapportée l'apparition rapide de la rigidité cadavérique et de la putréfaction. Mais, il est évident aussi que, dans certains cas, l'action nocive, moins forte et moins étendue, tend à devenir fatale par une atteinte portée seulement à certains appareils d'importance capitale.

Résumons d'abord les faits observés, c'est-à-dire les résultats de nos expériences, joints à ceux qui ont été recueillis par nos devanciers, le tout reproduisant assez exactement, comme on va le voir, l'ensemble des phénomènes déterminés par la fulguration naturelle. Ou l'animal meurt sous le coup de la décharge, après quelques respirations rares et laborieuses; dans le cas de ce genre que nous avons observé, les masses musculaires étaient flasques, mais il est vraisemblable qu'elles avaient été d'abord tétanisées. Ou bien l'animal résiste, et alors on assiste à la scène suivante : Violente commotion, contraction énergique de tout le système musculaire ou seulement des muscles du dos et des membres postérieurs, suivant que l'étincelle a passé par toute la longueur du rachis ou seulement par sa section inférieure ; et c'est bien sur le centre nerveux que se produit l'effet pathologique, puisque la section du sciatique d'un côté protège le membre correspondant contre l'action convulsivante. Quelquefois survient une paralysie momentanée : l'expérience IV<= nous en offre un exemple (paraplégie). D'oi'dinaire, quand la commotion a été forte, l'animal.

FULGURATION (pathologie). 295

après un soubfcsaut qui l'a fait se redresser sur ses pallcs, après des phénomènes d'opistliotonos caracte'risés par le renversement de la tête et du cou en arrière et le redressement de la queue, laisse retomber la tête en avant et devient immobile ; il a perdu connaissance ; les pupilles sont dilatées ou rélréeies, la dilatation précédant habituellement le rétrécissement ; elles sont assez souvent déformées ; les yeux ont subi une déviation, tantôt conjuguée, tantôt divergente, regardant tous deux en liant, ou tous deux en bas, ou l'une en haut et l'autre en bas, d'abord immobiles, puis bientôt agités par un nystagmus que nous avons vu durer plus d'une demi-heure. La dyspnée, quelquefois diflicile à constater chez les animaux, est pourtant évidente chez beaucoup d'entre eux. La poitrine un instant sans mouvement, se soulève plusieurs fois avec peine avant de recouvrer le rliylhme babituel de la respiration; après quoi celle-ci devient précipitée, abdominale, fréquemment intermittente et pour revenir ensuite à son rhythme normal. Si l'animal doit périr, on voit souvent la respiration rester ralentie un certain temps, puis diminuer peu à peu d'amplitude jusqu'à ce qu'elle s'arrête définitivement. Ces perturbations de l'acte respiratoire sont assez lldèlemcnt répétées dans la circulation centrale : le pouls s'efface un instant puis reparaît, quelquefois avec rebondissement, pour devenir fréquent, petit, misérable. Nos tracés, sur lesquels nous reviendrons tout à l'heure et que nous ne reproduisons pas ici parce qu'ils n'en diraient pas plus que le texte, sont à cet égard très-signitlcatifs. On aura remarqué aussi, dans nos expériences sur les lapins, la dilatation des veines des oreilles, qui se prêtent si bien à l'examen par transparence. La défécation et l'urination sont des effets assez communs de la fuli^uration artificielle comme de la fuli^uration naturelle. Nous signalons spécialement à l'attention la glycosurie, qui n'est indiquée, croyons-nous, dans aucun cas de foudroiement, et que nous avons constatée dans les deux seuls cas où nous l'avons cherchée. Enfin, les autopsies de nos animaux nous ont donné à peu près les mêmes résultats que chez Tliomme: injection des méninges et du bulbe ; intégrité apparente du tissu nerveux central ; état noirâtre et souvent fluide du sang ; engorgement des cavités droites du cœur, quelquefois concurremment avec les cavités gauches, sans que nous iiyons pu constater l'état spumeux; engouement des poumons, particulièrement en arrière et à la base, mais non constant ; ordinairement, avec l'engouement sanguin, abondance de mucus écumeux dans les petites bronches et, quand les animaux avaient longtemps résisté à une série de décharges, véiitable étal œdémateux du parenchyme pulmonaire.

Voyons maintenant quelles déductions il est possible de tirer de ces faits au point de vue de la pathogénie de la fulguration, et plus spécialement du modiis moriendi.

Un grand trouble apporté à la respiration et à la circulation; un ensemble de phénomènes accusant l'état asphyxique, voilà le résultat le plus frappant de nos expériences, comme de celles de MM. lourdes et Bertin. Mais d'où procède l'asphyxie? On peut chercher ici : 1° la part du trouble fonctionnel des actes mécaniques de la respiration ; 2" celle de l'altération anatomique du poumon lui-même ; 5" celle d'une modification des propriétés respiratoires du sang.

1» On l'a vu, à chaque décharge sur la région bulbaire, sur toute la longueur de la colonne vertébrale, la respiration se suspend brusquement, pour un temps variable. On comprend combien le phénomène serait difficile à discerner dans le mouvement automatique imprimé à tout le coi'ps sans le secours des tracés

2^4 FULGURATION (pathologie).

respiratoires. Si les mouvements de la poitrine reprennent bientôt et gardent leur rhythme normal, le résultat de l'expérience est exactement celui qu'eut donné une irritation violente d'un nerf sensible et n'offre rien qui appartienne en propre à la fulguration. Mais quand la respiration, après avoir été suspendue, ne reprend que faiblement, reste ralentie après la cessation des effets tétaniques, et finit même par s'arrêter tout à fait, on peut se demander si tout ce désordre ne dépend pas d'une paralysie des puissances respiratoires; en d'autres termes, si un choc bulbaire violent et une série de décharges n'ont pas amené une suspension de l'innovation centrale telle que les influences respiratoires d'origine bulbaire ont été diminuées ou abolies. On ne peut l'affirmer absolument ; pourtant si l'on remarque qu'une décharge dirigée sur le rachi au-dessous de la région bulbaire : par exemple de la troisième ou la quatrième vertèbre au sacrum, tout en tétanisant les muscles thoraciques, n'a pas produit un arrêt persistant de la respiration ; si l'on songe en outre qu'un de nos animaux évidemment condamné à mourir rapidement s'il eût été abandonné à lui-même a survécu deux jours à la suite de la respiration artificielle, on est autorisé à croire que la sidération du bulbe joue un rôle considérable dans la suspension des mouvements respiratoires chez les foudroyés. Ce qui ne veut pas dire que le même effet ne puisse être produit par épuisement nerveux des autres parties du système nerveux central, ou quelquefois peut-être par la violence extraordinaire de la tétanisation des muscles respiratoires , et notamment du diaphragme.

2" Les altérations constatées dans les poumons et dans le cœur témoignent également de phénomènes asphyxiques; elles en témoignent des deux manières : d'un côté, par la présence de ces ecchymoses sous-pleurales dont on s'est occupé dans ces derniers temps, dont Tardieu avait cru pouvoir faite un signe presque pathognomonique de l'asphyxie par suffocation et qui peuvent se rencontrer dans les asphyxies de toutes les espèces; de l'autre côté par des infiltrations sanguines du parenchyme pulmonaire, un œdème souvent considérable, l'accumulation de liquide écumeux dans les bronches et la réplétion des cavités cardiaques par du sang noir et souvent fluide.

Le premier ordre d'altération qui n'avait pas encore été signalé dans la mort par foudroiement n'a pas au point de vue qui nous occupe une signification bien décisive. Si les ecchymoses sous-pleurales sont surtout fréquentes et accentuées dans les cas de suffocation et peuvent être alors considérées comme produites par de violents efforts d'aspiration, on sait qu'elles se forment également soit à la suite de traumatismes ou de maladies du cerveau et du bulbe rachidien, attribuées dans ce cas à une action vaso-motrice ; soit à un arrêt de la circulation, même chez l'enfant qui n'a pas respiré, chez le fœtus dans le sein de la mère, arrêt donnant lieu à des extravasations sanguines (consulter sur ce sujet deux revues critiques récentes : celle de M. Henocque, Gaz. hebdom., 1880, n°M, 2 et 3 ; et celle de M. Démange, Revue médicale de l'Est, 1" mars 1880). D'ailleurs, dans les diverses circonstances où elles se produisent, les ecchymoses sous-pleurales sont quelquefois accompagnées d'ecchymoses sous-péricardiques que n'expliqueraient guère les efforts d'aspiration thoracique. On a vu qu'il en a été ainsi chez un de nos animaux. En résumé, et bien qu'un cobaye asphyxié par ouverture des deux côtés de la poitrine, incapable dès lors d'exercer aucune aspiration sur la surface pulmonaire, n'ait pas présenté d'ecchymoses souspleurales, tandis qu'un lapin foudroyé par une seule décharge et tué au bout

FULGURATION (pathologie). 295

de vingt-cinq minutes par une saignée en ait offert de très-belles, d'abord noirâtres, mais rougissant à l'air, il n'y a pas de raison péremptoire de voir dans ces altérations un effet des efforts impuissants du tliorax pour accomplir le mouvement respiratoire.

Toute autre est la signification de Tinfiltivition sanguine, de l'œdème, de l'hémorrhagie interstitielle [obs. XIII) du poumon, aussi bien que l'accumulation de sang noir dans les cavités cardiaques. Ce sont là des signes positifs de l'aspbyxie ordinaire. Il ne faut pourtant pas s'attendre à les trouver ici plus constamment que dans les asphyxies les plus avérées. Nous avons constaté l'absence complète de congestion pulmonaire, soit dans le cas de mort presque instantanée [obs. 1''^), soit dans celui où l'animal n'a été sacrifié qu'après une série de décharges et après une heure environ de souffrances. C'est que le vrai caractère de l'asphyxie réside plutôt dans le sang que dans le cœur, les poumons ou le foie. Or, le sang trouvé dans le cœur ou les gros vaisseaux est presque toujours noir et le plus souvent fluide.

3" Ceci nous conduit à l'hypothèse d'une modification directe des propriétés respiratoires du sang sous l'action du trouble apporté aux fonctions du système nerveux central. Mais cette hypothèse, nous ne pouvons que la formuler. Rien^ en physiologie, ne l'appuie formellement ; rien, dans nos expériences ne la confirme, ni ne l'infirme. Les vaisseaux ne contiennent pas de gaz libre. L'examen du sang au colorimètre n'y révèle d'autres modifications que celles qui appartiennent à tout sang asphyxique. Au microscope, les globules ne paraissent ni déformés, ni modifiés d'une manière quelconque. Nous avons dit que chez deux animaux le sang contenait du sucre, ce qui accuse seulement une perturbation apportée dans le fonctionnement du bulbe. Mais sur cette question spéciale de l'état pathologique du sang, nos expériences sont trop peu nombreuses ; et nous renvoyons à ce qui en est dit un peu plus loin au point de vue médico-légal.

En résumé les troubles respiratoires observés chez nos animaux, quant aux actions mécaniques de la respiration et quant aux modifications de la circulation pulmonaire, nous paraissent pouvoir être attribués à la suspension des fonctions des parties supérieures de la moelle. 11 faut reconnaître que cette interprétation ne repose pas sur une base anatomo-pathologique bien manifeste. Quelques congestions des méninges, de l'engorgement des vaisseaux bulbaires, notés dans une de nos expériences, sont de peu de valeur, surtout en présence d'un état asphyxique. Les éléments nerveux eux-mêmes ne présentent pas d'altérations appréciables. Mais que prouve cette absence de démonstration anatomique? On sait très-bien qu'un cordon nerveux soumis à des excitations électriques qui ne le désorganisent en aucune manière finit cependant par s'épuiser au point de ne plus conduire les incitations centripètes ou centrifuges. Pourquoi de violentes décharges n'agiraient-elles pas de la même façon sur les parties centrales du système nerveux? Dans ce cas, ce ne sont plus des organes conducteurs, mais bien des organes producteurs de force nerveuse qui sont en cause, et si leur fonction de centres est annihilée, on comprend que les appareils qui leur sont subordonnés cessent de fonctionner par suite de l'épuisement de leur source d'activité. M. Brown-Séquard insiste sur les influences d'arrêt [inhibitoires) qu'exercent à distance certaines lésions du système nerveux. Dans les conditions de nos expériences, il peut y avoir aussi action suspensive, sidération des fonctions bulbaires. C'est du moins l'hypothèse qui paraît la plus naturelle.

Et du reste, si nous examinons quelques-uns des troubles fonctionnels qui se

296 FULGURATION (pathologie).

produisent à la suite de l'application des de'charges électriques au voisinage des régions centrales du système nerveux, nous verrons que dans tous les cas ces troubles accusent une activité intense et passagère des centres nerveux, suivie d'une suspension fonclionnelle plus ou moins complète.

Voyous d'abord ce qui se passe du côté de l'appareil musculaire. Quand l'animal reçoit la décharge, il entre le plus souvent en contractm'e, et peu à peu cette contracture fait place à une flaccidité complète des muscles. On ne dii'a point qu'il s'agit ici d'une action d'ensemble de la décharge, enveloppant pour ainsi dire l'animal en produisant le tétanos musculaire par action directe sur les muscles. Nous avons vu que, quand on a coupé le sciatique d'un côté, les muscles du reste du corps se tétanisent, tandis que ceux du membre dont le sciatique est coupé restent au repos. Ici, par conséquent, l'influence centrale est bien évidente. Elle ne l'est pas moins si on considèic l'état semi-paralytique qui survient ensuite. Les muscles réagissent encore aussi facilement aux excitations électriques, qu'on porte les excitations directement sur eux ou sur leurs nerfs moteurs : dès lors l'apiioreil périphérique est intact. Mais si chez l'animal qui vient de subir la décharge, on cherche à provoquer des actions réflexes, on n'y peut pas toujours parvenir. 11 faut donc admettre que les parties centrales du système nerveux sont épuisées à la suite de la violente excitation qu'elles ont subie et de l'activité intense qu'elles ont déployée.

Considérons en second lieu ce qui se passe du côté du cœur quand la décharge atteint les régions supérieures du névraxe. Aussitôt que la décharge est lancée, le cœur s'arrête si les pneumogastriques sont intacts : il s'agit dans ce cas d'une irritation bulbaire évidente et bien connue du reste. Si l'on répète l'excitation après avoir coupé les deux pneumogastriques, le cœur ne présente plus d'arï'èt (à s'en rapporter, du moins, à notre expérience X); il ne subit que les modifications de rhylhme que lui imposent la contracture généralisée et la suspension de la respiration. Quand le cœur a été arrêté sous l'influence du choc bulbaire, il reprend graduellement son rythme, et au bout de quelques instants, présente une accélération considérable, semblable à celle qu'on aurait obtenue en coupant les deux pneumogastriques. Et de fait, ces nerfs modérateurs sont coupés physiologiquement : le bulbe, épuisé, ne maintient plus le cœur au degré de fréquence noriual. L'action est encore centrale, comme le montre bien la conservation de l'excitabilité du pneumogastrique et des appareils modérateurs intracardiaques pendant cette phase d'accélération secondaire : on peut en effet tout aussi bien qu'avant l'expérience arrêter le cœur par l'excitation du bout péri[)hérique du nerf pneumogastrique.

Prenons enfin les phénomènes qui se passent du côté de la pupille et des vaisseaux. Au moment de la décharge, si celle-ci est intense, on observe une grande dilatation pupillaire et un resserrement énergique des vaisseaux de l'oreille. Ces phénomènes relèvent évidemment de la mise en jeu des filets du sympathique. Mais dans les instants suivants, on voit la pupille se resserrer, (nous l'avons vue devenir punctiforme sur le lapin); on constate la dilatation graduelle des vaisseaux de l'oreille : on se croirait en présence des effets de lasection du sympathique cervical. C'est bien encore dans les centres que s'opère cette section physiologique : on peut en effet, quand la pupille est resserrée au maximum, quand les vaisseaux de l'oreille sont dilatés à l'extrême, provoquer la dilatation totale de l'une et l'effacement complet des autres en excitant le bout périphérique du sympathique.

FULGURATION (pathologie). 297

Si on no fait pas complètement disparaître les effets pupillaires et vasculaires de la décharge électrique en coupant le sympathique au cou, comme on fait complètement disparaître les convulsions des muscles de la patte en coupant le sciatique, ou l'ariètdu cœur en coupant les pneumogastriques, c'est que liris et les vaisseaux de l'oreille reçoivent des filets du sympathique par d'autres voies que par le cordon cervical. Mais, dans l'exemple des modifications pupillaires et vasculaires comme dans les autres, nous voyons nettement l'intervention d'une suractivité des centres nerveux au début et d'une suspension fonctionnelle consécutive de ces mêmes centres.

De telle sorte que, quelle que soit la fonction considérée, respiration, mouvements généraux, mouvements du cœur, des vaisseaux, de l'iris, dans tous les cas nous retrouvons, dans la suspension de ces fonctions, le témoignage de la sidération du système nerveux central.

L'anesthésie et l'analgésie des animaux nous fourniraient des arguments de même sens pour appuyer cette opinion qui nous paraît seule pouvoir correspondre aux faits observés.

Ne nous arrêtons pas à la théorie de l'empoisonnement sulfbydrique qui icpose principalement sur l'odeur dliydrogènesidfitré, dont l'air s'imprègnemit là où éclate la foudre et qui, chez plusieurs malades, s'est retrouvée dans les sueurs en même lemps qu'une saveur hépathique persistait dans la bouche. D'abord personne n'a constaté expérimentalement la présence de ce gaz, ni dans l'atmosphère, ni dans le produit de la transpiration, ni dans la salive. D'un autre côté, il est certain que la foudre donne lieu à un dégagement d'ozone, et plus encore (suivant Jamin) d'acide hypoazotique. Or, ces deux substances répandent la même odeur et sont très-aisément confondues avec celle du gaz sulfureux, avec ïodeiir de soufre, si intimement liée dans l'imagination des peuples à la production de météores ignés. Que les sueurs, que l'haleine même deviennent létides, après une violente perturbation de toutes les grandes fonctions de l'économie et peut-être une altération du sang, on le conçoit sans peine, et, pour se croire en droit d'y voir autre chose, il faudrait au moins posséder sur l'existence même de cette autre chose des données précises. Quant au goût sulfureux qu'accusent certains sujets, outre qu'il pourrait résulter simplement d'une viciation des sécrétions buccales, il est possible qu'd soit dû ou entretenu par une de ces aberrations de sensibilité spéciale que produit précisément l'action de courants électriques sur les nerfs spéciaux. C'est l'odeur de phosphore qu'éprouveraient, par exemple, suivant Ritter, les personnes soumises à un courant dans les fosses nasales. En tout cas, on le voit, cette question de l'intoxication, fût-ce même par l'ozone ou l'acide hypoazotique, n'a, par ià même, aucune base certaine.

V. Traitemexnt. Le traitement s'applique ou aux effets immédiats de la foudre ou à ses effets consécutifs.

a. L'individu foudroyé vient de subir une soustraction de forces considérable. De plus, sa respiration et sa circulation sont entravées. De là deux sources distinctes d'indications. Contre ceseffets terribles de l'électricité, l'électricité, maniée avec prudence et discernement, est un des meilleurs remèdes. Si donc l'on a à sa disposition les appareils nécessaires, il faut y recourir immédiatement; il faut s'adresser surtout au nerf diaphragraatique et aux muscles inspirateurs, essayer en particulier de faire contracter le diaphragme par une action sur ses attaches costales. Trop souvent on est bientôt averti de l'inutilité de ses efforts ; car chez les sujets réellement tués, et tués instantanément par la foudre, l'épui-

298 FULGURATION (pathologie).

sèment du système nerveux est tel que des courants, même e'nergiques, ne parviennent pas à déterminer ces contractions musculaires qu'on obtient habituellement dans les cas de mort récente. On voit même, chez les sujets qui guérissent, cette insensibilité des muscles à l'action des courants électriques persister longtemps dans une partie déterminée {voy. l'Observation de M. Martin Oxley, in Gaz. hebcL, 1876, p. 585). Si la mort n'est qu'apparente, des secousses faibles et répétées, provoquées dans les muscles devenus immobiles, surtout dans les muscles respirateurs, peuvent y rétablir la contractilité, qui, une fois ranimée, a chance de persister. Dans le cas où la respiration ne serait pas arrêtée, où le pouls battrait encore, où il ne s'agirait que de venir en aide à des forces insuffisantes, l'électricité d'induction, convenablement réglée, aurait l'avantage de maintenir les muscles dans un état de tonus permanent, sans empêcher leurs mouvements d'ensemble. En même temps on pratiquera l'insufflation pulmonaire dont on a vu, dans nos expériences, les effets avantageux, en y joignant des pressions alternatives sur les parois du thorax ; on cinglera le visage avec de l'eau froide ; on placera sous les narines un flacon d'ammoniaque pour que la moindre inspiration appelle de la vapeur dans les narines et y réveille la sensibilité; des frictions seront pratiquées sur toute la surface du corps avec de l'essence de térébenthine contenant en suspension de la farine de graine de moutarde ; des sinapismes seront laissés à demeure derrière la nuque, le long de la colonne vertébrale, etc. On voit combien il est important que plusieurs personnes concourent en même temps aux soins à donner au foudroyé. Dès que celui-ci commence à se ranimer, il importe de lui faire avaler du bouillon et quelques liqueurs excitantes : vin, eau-de-vie, eau de mélisse, chartreuse verte. Peu à peu on augmente la nourriture, et l'on administre des boissons vulnéraires chaudes (thé suisse). Il nous paraît, mais nous ne croyons pas que l'expérience en ait été faite , qu'il y aurait avantage à soumettre pendant quelques jours le malade à l'emploi de la limonade sulfurique ou nitrique, en vue de combattre la tendance si marquée du sang à la liquéfaction. Le vomissement persistant se met quelquefois en travers de cette médication : on le combat par la potion de Rivière, par quelques gorgées de vin de Champagne glacé, ou même si les effets immédiats de la fulguration paraissent dissipés, par l'administration de l'atropine à la dose d'un 1/2 milligramme.

On gagne ainsi le moment où il n'y a plus à s'occuper que des lésions matérielles et des troubles fonctionnels qui survivent à l'accident. Mais ici le traitement perd son caractère spécial. Les brûlures, eschares, fractures, extravasations sanguines, etc., ne tirent de la circonstance ni gravité particulière, ni indication de moyens spéciaux. Il en est de même des contractures, paralysies, anesthésies, atonies vasculaires, toutes affections contre lesquelles l'électricité encore, sous ses divers modes d'emplois, offre de précieuses ressources. Un des exemples les plus concluants de son efficacité contre la paralysie consécutive est celui qui a été rapporté par M.Leroy de Méricourt {Courrier médical, 1860), et celui de M. Oxley, cité plus haut. Mais nous ne croyons pas devoir entrer, ni au sujet de l'électrisation, ni à celui d'autres moyens thérapeutiques applicables dans l'espèce, dans des détails qui ne sont plus spécialement de notre sujet.

VI, Prophylaxie, Il ne sera pas question ici de la préservation des édifices [voy. HABITATION et PARATONNERRE), mais Seulement dcs précautions que tous les individus doivent prendre en temps d'orage. Nous avons indiqué plus haut les bons conducteurs, qui sont par là même susceptibles à'attirer la foudre : à leur

FULGURATION (médecine légale). 299

tête, on se le rappelle, figurent les me'taux. Les principaux corps mauvais conducteurs ou isolants dont il y ait ici à tenir compte, sont le verre, la soie, la laine, le taffetas ciré, les fourrures, le caoutchouc, le papier, le bois sec, les végétaux également secs (paille, maïs), le crin, la pierre, le marbre; il ne faut pas oublier que le coton et le lin sont d'assez bons conducteurs. Cela étant, il est prudent de se dépouiller des chaînes ou autres objets métalliques qu'on peut porter sur soi ; de clore portes et fenêtres pour isoler autant que possible, au moyen du bois et du verre dont elles sont formées, les lustres, candéhibres, objets d'art que renferme l'appartement ; enfin, dans l'appartement même, de se tenir éloigné des points où les ornements sont suspendus ou appliqués, notamment des murailles. Franklin conseillait de se suspendre dans un hamac soutenu par des fils de soie. On doit s'éloigner des cheminées, non à cause des cendres, qui sont plutôt isolantes, mais à cause de la suie, qui conduit bien l'électricité. De tous les recoins de la maison, le plus sur est la cave, pourvu que ses ouvertures ne soient pas trop chargées de barreaux de fer. Il n'est pas inutile d'endosser des vêtements de soie ou de caoutchouc, ou des vêtements fourrés. Le séjour au lit n'est pas, comme on le croit, un bon moyen préservatif, ainsi que le montrent d'assez nombreux exemples {voij. particulièrement le cas communiqué à l'Académie des sciences, séance du 29 octobre 1864, par M. Chrestien). Que si étant dehors, on se trouve près d'une masse liquide, il faut s'en éloigner au plus vite ; mais c'est une erreur de croire que, mouillé par la pluie de l'orage, on soit plus exposé à la foudre ; cela ne pourrait être vrai que si l'on étaitisolé du sol; au contraire, la communication avec le sol étant établie, l'électricité s'y perdrait aisément, conduite par les vêtements et des chaussures humides. Il en est ici comme de ces armatures de fer ou de zinc, que nous avons dit plus haut préserver les édifices quand ils ont de larges communications avec le sol par les tuyaux S ou comme il en serait sans doute d'un homme vêtu de Ter jusqu'à la plante des pieds. On recommande de ne pas courir, parce que dit Arago, l'homme qui court laisse derrière lui un espace où, viatliématiquement parlant, l'air est raréfié; c'est une vue théorique à laquelle les faits n'ont pas donné de confirmation manifeste. Mais ce qui est incontestable c'est le danger de se réfugier sous des arbres, sous des abris en fer. Nous avons dit pourquoi. C'est une mauvaise coutume, suivie par beaucoup de familles que celle de se rassembler, pendant un orage, dans une même chambre. On a vu que les agglomérations de personnes sont favorables à la chute de la foudre. Quant à la disposition matérielle des groupes, il est probable qu'elle est indifférente, malgré l'idée assez répandue que, dans la disposition en file, la foudre pénètre par une des extrémités pour courir le long du rang. Enfin, l'usage où l'on est dans les campagnes de sonner les cloches, n'a peut-être pas d'inconvénient sérieux ; mais il est au moins inutile, et le plus sage serait de s'en abstenir. A. Dechambre.

§ IL Médecine légale. L'étude de la fulguration a pris une grande importance en médecine : pour l'hygiène publique, c'est la préservation, pour la médecine pratique, c'est le traitement des accidents produits par la foudre, qui sont l'objet des recherches ; pour la médecine légale , c'est une question de diagnostic qui se pose, soit pendant la vie, soit après la mort de la per-

* Nous croyons nous rappeler que le précieux Hôtel de ville de Bruxelles est ainsi protégé par de nombreuses armatures en communication avec le sol.

500 FULGURATION (médecine légale).

sonne foudroyée. Les symptômes présentés sont-ils le résultat de l'action de la foudre, quelle en est la nature et la gravité? La mort a-t-elle été occasionnée par la fulguration ou par toute autre cause, mort subite, violence, insolation? La mort est-elle apparente ou réelle? Depuis combien de temps a eu lieu le décès? Est-ce le feu du ciel, un incendie ordinaire, un ouragan, qui ont produit des dégâts matériels, accompagnés de lésions présentées par des hommes ou par des animaux? Le traitement des accidents occasionnés par la foudre a t-il été convenable, insuflisant ou pernicieux? D'autres questions se rattachent indirectement à ce sujet; imprudence dans les accidents de laboratoire, emploi médical intempestif de l'électricité, maladies des yeux, secours aux asphyxiés. En résumé, c'est avant tout une question de diagnostic, prouver l'action de la foudre, et subsidiairemcnt de pronostic, apprécier la gravité de ses effets. Dans toutes ces occasions d'expertises que présente la foudre, des recherches régulières conduisent au but en examinant successivement le commémoralif, l'orage, le mode de fulguration, les localités, les objets voisins du corps, les vêtements, les brûlures, les phénomènes mécaniques et chimiques, les symptômes, les caractères anatomiques, les signes du genre de mort, la marche de la putréfaction. Ce sont ces différents éléments du diagnostic qui vont être passés en revue.

I. Occasions des expertises. Depuis qu'une statistique régulière fait connaître chaque année le nombre des accidents occasionnés par la foudre, on a pu se rendre compte de la fréquence des expertises auxquelles donne lieu la fulguration. Nous trouvons en moyenne, de 1835 à 1852, 72 personnes, par année, tuées roides sur le coup, c'était pendant cette période de dix-sept ans, 1500 victimes. Les comptes rendus plus récents delà justice criminelle, avec des renseignements plus complets, constatent des chiilres plus élevés, de 1868 à 1876, pour neuf années 1102 morts, soit une moyenne de 122 victimes par année. En 1868, on a compté 146 morts et 178 en 1874, 94 en 1876. Les progrès de l'hygiène publique, la connaissance plus exacte des conditions dans lesquelles se produisent ces accidents, devraient plutôt en diminuer le nombre. Ces chiffres déjà élevés ne s'appliquent qu'aux décès immédiats ; si l'on y ajoute les cas plus nombreux oti la foudre a produit des accidents qui n'ont pas été mortels, on aura une idée de l'importance des recherches médico-légales qui se rapportent à la fulguration. Le mouvement scientifique auquel elles donnent lieu est d'ailleurs bien digne d'attirer l'attention. Depuis le remanjuable travail de M. Boudin, de nombreuses publications, celles de MM. Chrétien, Sonrier, Vincent, Frédet, Lambert, Passot, les comptes rendus de l'Académie des sciences, nous ont fourni des renseignements précieux. Il serait bien à désirer, dit M. H. Larrey, en présentant à l'Institut un de ces travaux, le 7 juin 1875, que tous les cas fussent l'occasion do recherches d'anatomie et de physiologie pathologiques, qui seraient communiquées au public médical. C'est sur des faits actuellement constatés, contrôlés avec soin, que serait fondée l'étude de cette question, à laquelle se sont mêlées bien des fables. La bizarrerie des effets, l'impression de terreur que produisent des accidents de ce genre, expliquent cette crédulité. Le diagnostic médico-légal a besoin de faits régulièrement observés et malgré la fréquence des cas, les autopsies ne sont pas encore très-nombreuses. Trois ouvertures de corps d'individus foudroyés nous ont présenté les preuves de ce genre de mort avec une évidence qui ne laissait pas déplace au doute.

Les hommes sont beaucoup plus fréquemment atteints que les femmes; d'après les statistiques de Boudin, la proportion serait des trois quarts pour les

FULGURATION (biédecike légale). 501

hommes el d'un quart pour les femmes. Cette proportion est évidemment en rapport, comme il est dit plus haut, avec le genre de vie, le plus grand nombre des fulgurations ayant lieu en dehors des liabitations. On a vu que les professions fournissent aussi des résultats caractéristiques ; les agriculteurs, les bergers, les sonneurs et les ecclésiastiques, dans leur église, figurent en première ligne dans les statistiques. Des cas nombreux ont été observés aussi parmi les militaires et les matelots, d'autres encore sur des employés de chemins de fer.

C'est dans les conditions les plus varices que la foudre fait des victimes; les cas sont beaucoup phis nombreux dans les campagnes que dans les villes. Les faits de ce geiu'e appellent toujours l'attention, et l'autorité administrative ou judiciaire ordonne une enquête. Le plus souvent l'évidence est acquise avant l'examen médical, et l'expert n'a plus qu'à constater les conséquences du fait et ses circonstances. C'est une visite avec interprétation des symptômes, une levée de cadavre, une autopsie, suivant les cas. L'expertise ne présente de difficultés que dans les cas où la mort a eu lieu dans un endroit isolé, loin de tout témoin, et lorsque le cadavre n'a été découvert qu'au bout de quelques jours. Est-ce une mort subite, un accident, un meurtre, une mort par fulguration? Le problème se présente alors dans toute sa difficulté et se résout par les tiaces de foudre observées sur le corps et sur les objets voisins. Il faut ces traces pour établir le diagnostic, car d'autres genres de mort, notamment l'insolation, peuvent produire des congestions viscérales, dont l'interprétation soulèverait des doutes. Dans une question d'assurance, à Malaunay, en Normandie, le fait de la fulguration a été contesté; on a dû rechercher les traces de la foudre sur des objets divers. Dans un désastre analogue, les lésions présentées par l'homme ou par les animaux doivent servir à la détermination de la cause. On pourrait jattacher à ce genre d'expertises, les accidents auxquels donnerait lieu le maniement de puissants appareils de condensation électrique, ou un traitement intempestif par l'électricité. De même que la foudre produit des lésions graves des organes de la vue, l'emploi prolongé et excessif de l'électricité peut aussi altérer la vision. Dans les cas de mort apparente par asphyxie, des courants électriques ti'op violents peuvent amener la tétanisation du cœur ou épuiser sa contractilité, de manière à précipiter une issue funeste que d'autres moyens auraient évitée. Ces apprécialions relatives à la thérapeutique peuvent se présenter dans des cas de responsabilité médicale, ou d'exercice illégal de la médecine, à l'occasion de traitements par l'électricité institués par des empiriques.

II. CoMMÉMORATiF, Orage, Mode DE FULGURATION. Lc commémoratif, c'est un orage récent ou dont le moment coïncide avec l'époque probable de la mort. On n'admet point qu'un dégagement électrique, en dehors d'un orage, puisse produire des accidents ou la mort. La fulguration s'observe donc pendant une période de l'année déterminée; le maximum des cas est pour la France, en juin, juillet et août ; les accidents sont encore fréquents en mai et en octobre, rares en mars et en avril ; on ne signale pas de décès pour les mois de novembre, décembre, janvier et février. C'est donc pendant une période de huit mois que peuvent avoir lieu ces expertises, à moins de cas exceptionnels où le corps aurait été découvert très-longtemps après l'accident. Le nombi-e moyen des orages observés est de 15 à 20 en France, diminuant vers le Nord, subordonné au caractère maritime ou continental du climat, augmentant sur le versant des montagnes. Boudin, d'après de nombreuses statistiques, a tracé trois zones pour la fréquence des orages, dans la première, au nord, leur nombre est de 12 à 20,

502 FULGURATION (médecine légale).

augmentant du nord au midi; dans la seconde, au midi, le nombre annuel de 10 à 20 augmente au contraire du sud au nord, vers le massif central ; le nombre de 25 serait atteint dans la vallée du Rhône. Les chiffres' moyens, donnés pour un certain nombre de villes seraient 15,6 à Paris, 17 à Strasbourg et à Metz, 20 à Nancy, 21 en 1878. C'est pendant ce nombre limité de jours, et pour chacun pendant un espace de temps d'une ou deux heures, durée de l'orage, que la fulguration fait ses victimes. Le plus souvent c'est entre neuf heures du matin et neuf heures du soir, dans la proportion au moins des quatre cinquièmes, à une heure oh. l'on est aux champs, et le moment le plus habituel paraît être entre trois et sept heures du soir.

L'éclair fulgurant qui tombe en zigzag, le bruit sec qui accompagne la chute de la foudre, ne laissent aucun doute, même à distance, sur le moment où s'est produit l'accident; c'est souvent à la fin de l'orage qu'éclate cette décharge. La foudre tombe sous la forme d'un trait de feu qui n'est qu'une étincelle de grande dimension ; la reconstitution du fluide neutre se fait directement entre la terre et les nuages. C'est celte action directe de l'étincelle électrique, agissant avec une puissance à laquelle n'atteignent pas nos instruments, qui est la cause habituelle des accidents et de la mort ; on peut suivre sur le corps humain, comme sur les objets placés au-dessus et au-dessous, le trajet du fluide. Ainsi nous avons vu la foudre atteignant la tête, déchirer la coiffure et brûler les cheveux, sillonner de brûlures les vêtements et le corps, et ressortir par la chaussure dont elle avait arraché les clous; une autrefois c'est sur l'épaule que se remarquait la première atteinte et la chaussure offrait aussi une déchirure ; dans un troisième cas iion mortel le trajet s'était fait latéralement, avec sillon d'un flanc à l'autre, en lésant le scrotum. Les cas de ce genre sont nombreux ; le plus souvent nous avons à apprécier les effets de la fulguration directe. La nature et la gravité des lésions lèvent ici tous les doutes et ces circonstances diverses doivent être présentes à la mémoire du médecin expert.

Nous n'avons point de renseignements médicaux bien positifs sur la foudre dite globulaire, sur ces boules de feu qui marchent avec lenteur et éclatent tout à coup, en produisant tous les effets de la foudre. Les observations qui se rapportent aux explosions violentes de ces météores sont en général moins précises que celles qui concernent l'éclair fulgurant.

La question peut présenter plus de difficultés, lorsqu'il s'agit du choc en retour. Lorsque par l'effet d'une décharge lointaine, l'action d'influence d'un nuage est subitement détruite, la partie du sol qui lui était exposée, avec les animaux qui s'y trouvent, retourne brusquement à l'état normal et ces derniers éprouvent des commotions électriques. Les physiciens disent : a On a vu des troupeaux entiers, des attelages de plusieurs chevaux, des groupes nombreux de personnes réunies, éprouver en même temps ce genre d'action, et y succomber tous à la fois sans que l'on aperçût aucune blessure aux parties supérieures des corps foudroyés, mais souvent on en trouvait à la plante des pieds, et l'on, constatait que les talons des chaussures étaient arrachés et fondus. » Les observations médicales ne sont pas entièrement d'accord avec ce tableau; les accidents produits par le choc en retour sont beaucoup plus rares et infiniment moins graves que ceux qui résultent de la fulguration directe. M. Boudin qui a compulsé des observations nombreuses n'a constaté qu'un seul cas de morts qu'on put attribuer au choc en retour. Le plus souvent ce ne sont que des commotions électriques qui ont peu de gravité. Dans l'accident du pont du Rhin, le 15 juil-

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let 1869, au moment où la foudre tombe avec un bruit formidable sur trois militaires assis sur le même banc, au pied d'un marronnier, un douanier qui était debout à quelques pas devant ces militaires, tombe en même temps qu'eux, mais il se relève sans avoir éprouvé aucun mal. Sur la rive française, à 150 mètres du lieu de l'accident, un jeune bomme tombe avec son cbien, il éprouve un malaise assez grand, de la faiblesse, des bourdonnements d'oreille, une insomnie la première nuit ; la sentinelle près du poste à une trentaine de pas du marronnier, ressent une vive secousse, le malaise se prolonge pendant quelques jours ; des soldats du poste ont aussi éprouvé cette commotion. Sur la rive droite du fleuve, à 500 mètres du lieu foudroyé, deux ou trois personnes tombent ou s'affaissent; l'une d'elles nous déclare avoir ressenti une vive commotion et une pression sur la nuque, la poussant vers le sol. M; Vincent cite un certain nombre de faits qui démontrent que les effets du clioc en retour ne sont pas aussi redoutables pour l'homme qu'on le supposait. Dans les observations de M. Sonrier, bien que la foudre soit tombée au milieu d'un camp, au voisinage de tentes remplies de soldats, on n'indique pas les effets du choc en retour. Les animaux, plus sensibles aux influences électriques, notamment ceux de l'espèce bovine, peuvent suivant Gromier être tués par le choc en retour, là où l'homme ne court que des risques insignifiants. M. Vincent cite le fait d'une vache renfermée dans une étable et séparée de 20 mètres par une cour, du lieu où la foudre avait éclaté, qui subit l'action du choc en retour et tomba frappée de paraplégie. Les statistiques de Boudin ne mentionnent qu'un seul cas de mort par le choc en retour; c'est le fait observé par le voyageur Brydone, le 19 juillet 1785; sur les bords de la Tweed une femme tombe à la renverse ayant reçu sous le pied un coup violent et un mouton tombe mort, l'orage paraissant trèséloigné. Un cocher et ses deux chevaux sont aussi mortellement atteints, pendant qu'on entend à la ronde une forte détonation. On trouve au sol, sous la voiture, deux trous d'où sort une odeur particulière, les bandes des roues offrent des traces de fusion aux points reposant sur la terre, les poils des chevaux sont brûlés, le corps du cocher présente des brûlures, ses vêtements sont en lambeaux. Si ce cas est en réalité un exemple de choc en retour, et on l'admet dans les ouvrages, il prouve en même temps que des lésions matérielles peuvent aussi exister dans ce mode de fulguration. M. Vincent arrive à la même conclusion : la victime peut présenter des lésions traumatiques et des désordres dans ses habits, sans avoir été atteinte directement par la foudre. Ce point est important pour la médecine légale, car en l'absence de traces de foudre, le diagnostic se fonderait bien difficilement sur le seul état des viscères. A moins d'un commémoratif bien certain, on hésiterait beaucoup à admettre ce genre de mort. II est bien probable, d'après les faits, qu'un choc en retour capable d'anéantir la vie laisserait des traces matérielles de son action.

Les effets de la foudre sont calorifiques, mécaniques et chimiques, et il doit être fort rare que l'un ou l'autre manque ; souvent ils existent à la fois ; leurs traces se trouvent sur -les lieux foudroyés, sur les vêtements, sur le corps, sur les objets voisins.

lU. Examen des localités. L'étude attentive des lieux où est tombée la foudre fournit les indices les plus sûrs du caractère de l'événement. Les localités les plus variées sont atteintes par la foudre et ses traces se retrouvent sur des objets de tout genre, isolants ou conducteurs, qui sont au voisinage du corps.

Les cas les plus nombreux, les quatre cinquièmes environ du nombre total, se

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rencontrent dans la campagne, un cinquième dans des habitations ou des granges. Les roules, les plaines, les prairies, les vergers, les forêts, le versant des collines, sont le siège le plus fréquent des accidents de ce genre. Plus du quart des personnes qui succombent ont cherché un asile sous des arbres; il en est ainsi, même dans les villes; ainsi à Paris deux individus ont été foudroyés sous des arbres, l'un à Bercy, l'autre près du jardin des Plantes. Tous les arbres, même le laurier, sont atteints par la foudre; on a cité l'orme, le chêne, le châtaignier, le pin, le sapin, l'acacia, le hêtre, toutes les essences sont signalées, nous avons vu ces traces sur le peuplier, cas fréquent, sur le marronnier, le poirier sauvage et le sureau. Les traces de la foudre sont la flétrissure et la dessiccation des feuilles, parfois la rupture de quelques branches, des empreintes carbonisées sur le tronc, ou sa déchirure de haut en bas, cas plus rare sans traces de brûlure; on découvre parfois au pied de l'arbre un trou par lequel le. fluide s'est échappe; ces lésions peuvent n'avoir qu'une médiocre importance. Dans l'accident du pont du Rhin, l'arbre frappé par la foudre était un marronnier de 10 mètres, entre deux arbres plus petits, mais non le plus élevé de la rangée, placé à 54 mètres de la douane française pourvue d'un paratonnerre, à 54 mètres du Rhin, à 160 du grand pont métallique qui donne passage au chemin de fer; au sommet se trouvent quelques feuilles froissées, séchées, un peu jaunies, le tronc n'olfre aucune lésion, mais au pied de l'arbre, un peu en arrière, on remarque sur l'écorce une trace noire et carbonisée qui dépasse à peine l'écorce ; la terre au-dessous est noirâtre, ses matières organiques sont carbonisées; on y remarque un trou en entonnoir, de quelques centimètres de diamètre, au fond duquel les racines ne sont pas brûlées; il n'y a dans !e sol aucune trace de fulgurite. La foudre a donc été des feuilles au pied de l'arbre, en traversant les victimes sans atteindre le tronc. Pourquoi cet arbre a-t-il été choisi par la foudre dans cette rangée dont il n'est pas le plus haut? C'est sans doute la présence des trois militaires, portant des objets métalliques, plaque au schako, cocardes et fourreaux de sabre, qui a attiré sur ce point la décharge électrique.

Le sol doit toujours être examiné avec soin sous le cadavre et dans ses environs immédiats; on peut y trouver des ouvertures, d'étroites galeries que s'est creusées le fluide dans un terrain sablonneux, des fulgurites, tubes minces et cassants, formés par des matières siliceuses fondues et vitrifiées. On a encore remarqué sur les roches des sillons creusés et vitrifiés ; mais les altérations du sol peuvent très-bien manquer.

Lorsque la foudre tombe dans une habitation, ses traces sur des objets variés sont nombreuses et cvidcnles. Les murs troués, les cheminées démolies, le crépis enlevé, les meubles renversés, brisés et brûlés, les matières non-conductrices perforées, léduites en fragments, dispersées au loin, sont signalés par tous les observateurs. Il faut examinei' les objets uiétalliques, les corps conducteurs, c'e.-t là que l'on trouvera les preuves les plus évidentes de l'action de la foudre. Le fluide suit les corps métalliques, il les fond, les volatilise, s'ils ont peu de volume ; les cordons de sonnette peuvent disparaître au point de ne plus laisser qu'une trace noire sur la place qu'ils avaient occupée; dans une cuisine les vases en métal sont perforés et renversés; dans une autre pièce, les dorures disparaissent des cadres et des chandeliers. L'aimantation des objets métalliques, d'instruments de fer ou d'acier, l'altération d'une boussole, objets trouvés sur le lieu de la fulguration ou sur le cadavre, fourniraient encore des indices. La foudre se dirige avec une précision singulière vers les amas de matières métal-

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liques. Dans le coup de foudre de la Martinique, en 1759, deux militaires sont foudroyés, en s'appuyant contre le mur d'une chapelle à l'endroit même qui correspondait à des barres de fer massives disposées à l'intérieur pour soutenir un tombeau, le mur est démoli en cet endroit, et les hommes qui ne s'étaient point placés fortuitement au point correspondant à ces barres métalliques n'eurent aucun mal. A la cathédrale de Strasbourg, pendant un orage, le fluide suivant les conducteurs du paratonnerre, dévia tout à coup pour aller fondre dans la loge du concierge des masses d'étain qui y étaient déposées. Au mois d'août 1805, dans la Haute-Loire, la foudre tue une fille qui était dans son lit et laisse sans connaissance une autre fille couchée à côté d'elle; derrière l'oreiller de la première se trouvait un chandelier de cuivre. Ce n'est pas le seul exemple de lit foudroyé : le 27 décembre 1819, dans la Charente, une femme fut aussi tuée dans son lit; en 4864, M. Chrétien constate la mort d'un jeune homme frappé mortellement dans les mêmes conditions; trois autres personnes, dans la même chambre, sont atteints de briàlures. Quand un incendie est allumé par la foudre, l'expertise peut devenir plus difficile, si le feu altère ou fait disparaître les traces de la fulguration ; à ces traces s'ajoutent les lésions produites par le feu ou par des explosions.

Les accidents ont lieu sur les chemins de fer, dans les gares, sous les fils télégraphiques, près des poteaux. Le 13 juillet 1857, un violent orage éclate sur le chemin de fer de Paris à Strasbourg, près de la station de Vendenheim. La foudre entre dans le cabinet du télégraphe électrique et fond une partie de l'appareil qui sert de paratonnerre. Le fluide suit le iil télégraphique qui passe au-dessus delà maison du garde: un employé, debout sous la porte, à une petite distance du fil est abattu par le choc et tombe presque sans connaissance. Un gardevoie qui se réfugie sous un viaduc, la pluie commençanf, avait la tête presque à la hauteur du fil qui passe sous le viaduc, il tenait à la main un instrument en fer, à l'aide duquel il nettoyait les rails; tout à coup il est précipité sans connaissance sur la voie; peu à peu il revient à lui, comprenant le péril sans pouvoir faire un mouvement pour s'y soustraire, il parvient enfin à éloigner sa tête des rails; des employés le relèvent. Sur le chemin de la Méditerranée, à Verreq, le 3 avril 18B7, la foudre suit aussi les fils du télégraphe, et les quitte au niveau d'un tuyau de poêle placé à quelques centimètres des fils, pour aller frapper dans une loge étroite, sans accidents graves d'ailleurs, six ouvriers dont le plus fortement atteint est celui qui était adossé au tuyau de poêle. Dans l'accident de la gare de Moniaigu, en 1866, relaté par M. Vincent, quelques pièces de l'appareil télégraphique étaient fondues, et le fil de terre était noirci ; les poteaux télégraphiques étaient endommagés.

La foudre tombe sur des bateaux, sur des wagons en marche, sur des voitures, laissant partout des traces analogues, elle menace aussi les aérostats, elle tombe sur les rivières oîi les baigneurs peuvent trouver un double genre de mort. Des accidents collectifs ont principalement lieu dans les églises, dans les camps, dans les réunions, pendant l'orage, de moissonneurs sous le même arbre. Neuf personnes succombent dans l'église de Ghàleauneuf-des-Moutiers, en 1819, huit en 1844, à Saure, dans le Gard. Le diagnostic dans les cas de ce genre n'offre aucune difficulté, mais la médecine légale y puise des renseignements à utiliser pour les cas douteux.

L'odeur d'ozone répandue dans l'atmosphère, ou s'exhalant des objets foudroyés peut aussi fournir un signe caractéristique, lor-qu'on arrive peu de

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temps après l'accident. Les anciens observateurs avaient déjà signalé la fréquence de cette odeur qu'ils attribuaient au soufre ; des textes nombreux existent à cet é^-ard. On peut d'ailleurs facilement reproduire cette odeur par des expériences ; du bois foudroyé par une forte batterie exhale une odeur caractéristique d'ozone.

Des imao^es peuvent être transportées par la foudre sur des objets voisins ; ainsi dans l'accident de l'église de Ligny, en 1869, des caractères du Missel furent reproduits sur la nappe de l'autel, mais ces images ont été principalement signalées sur le corps même des victimes.

L'observation des animaux peut servir à caractériser l'événement ; ils semblent, dit Boudin, beaucoup plus maltraités par la foudre que l'homme. Pline l'avait dit en l'exagérant : Unum animal, hominem, non semper extinguit, cœtera illico. Boudin réunit plusieurs observations, dans lesquelles des chiens, dis chevaux, des bœufs et des vaches ont succombé, pendant que des hommes, compris dans la même catastrophe, étaient atteints moins gravement. Le 12 avril 1781, trois cavaliers sont frappés par la foudre; les trois chevaux périssent et un seul des cavaliers. En l'an IX, un cheval et un mulet sont attemts et la foudre épargne le meunier. En 1810, la foudre pénètre dans une chambre, tue un chien sans atteindre son maître. En 1820, la foudre frappe un laboureur qui conduisait sa charrue, les deux chevaux sont tués et le laboureur en est quitte pour une surdité passagère. Le 13 août 1852, à Saint-Georges-sur-Loire, un fermier conduisant quatre bœufs est atteint par la foudre ; deux des animaux succombent, l'un est paralysé du côté gauche, le fermier n'a qu'un engoui'dissement passager de la jambe gauche. Dans le cas observé par M. Lamy, deClermont, et rapporté par M.Frédet, la foudre tombe sur une diligence, tue cinq chevaux, blesse au front le cocher, qui reste évanoui pendant trois quarts d'heure et les vova fleurs qui se trouvaient dans l'intérieur de la diligence ne ressentent rien. M. Vincent a recueilU le fait suivant à Jouhet, près de Guéret, le 15 mai 1870 : la foudre tombe sur une maison, deux personnes sont atteintes, sans lésions graves; un chien, attaché avec une chaîne de fer, dans un chenil, est tué roide, une vache est frappée de paraplégie. L'autopsie des animaux, dans des cas de ce genre, où l'homme est à peine atteint, contribue à établir le fait de la fulguration.

IV. Examen des vêtements. L'état des vêtements est un des éléments les plus sûrs du diagnostic : ils peuvent être déchirés, arrachés, projetés au loin; c'est ce que les auteurs appellent le déshabillement du cadavre. Les lésions principales sont les déchirures et les brûlures, séparées ou réunies. Les déchirures sont allongées, irrégulières, avec des bords un peu noircis, parfois sans aucune trace de combustion. Une large ouverture irrégulière peut se trouver à l'endroit que la foudre a frappé. On a remarqué une différence sur une chemise, au niveau de la poitrine, entre l'ouverture d'entrée avec bords renversés en dedans, et l'ouverture de sortie avec bords renversés en dehors, comme pour une plaie d'arme à feu.

Les brûlures des vêtements sont aussi sous forme de sillon irrégulier, avec déchirure, ou avec un simple roussi superficiel ; elles ne sont pas continues, elles sont séparées par des intervalles intacts, et semblent nettement bornées à des endroits limités. On a noté encore qu'il n'y avait pas un rapport exact entre les brûlures de la peau et celles des vêtements, qu'elles pouvaient ne pas coïncider ou être d'intensité très-inégale, que parmi les habits, même superposés, les uns pouvaient être brûlés, ceux par exemple qui touchaient immédiatement

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le corps et les autres extérieurs, ne pas être atteints par la combustion ; on cite un col de chemise brûlé sous une cravate intacte, une chemise intacte au contraire entre deux gilets de laine qui présentaient des traces de combustion.

Ajoutons à cette description générale les traits d'un cas particulier. Sur la première victime du pont de Kehl, l'épaule gauche présente un trou irrégulier, avec arrachement du bouton de l'épaulette ; les bords de cette ouverture paraissent brûlés ; sur la manche gauche deux trous, l'un grand, quadrangulaire, à bords brûlés, un peu au-dessous un large sillon roussi qui aboutit à une petite ouverture; un troisième trou avec brûlure, irrégulier, sur le devant de la tunique, dont les boutons sont intacts. La chemise présente à gauche des trous brûlés qui correspondent à ceux de la tunique, à l'exception de la déchirure de l'épaule. La seconde victime offre des lésions analogues, mais beaucoup moins prononcées du côté droit. Il est certain que toutes les déchirures ne sont pas accompagnées de brûlures, et que quelques-unes de celles-ci existent sans solution de continuité. 11 ne faudrait point s'attendre à trouver toujours des lésions caractéristiques ; sur un homme foudroyé à Nancy, le 18 juillet 1875, à cinqlieures et demie du soir, et mort sur le coup, nous n'avons trouvé qu'une déchirure à peine roussie du pantalon, près du genou gauche, avec une ruptm'e de la botte droite, l'aimantation de divers objets, et une forte odeur d'ozone.

C'est surtout sur la coiffure et sur la chaussure, sur l'entrée et la sortie de la foudre, que l'attention doit se porter. Chez l'un de nos militaires, le pompon du shako est déchiré, la plaque enlevée et bosselée, la visière percée d'un petit trou irrégulier, à gauche, à sa jonction avec le corps de la chaussure, avec une éraillure extérieure. Pour le second, la plaque et le pompon sont enlevés; la cocarde en fer blanc a presque entièrement perdu ses teintes rouges et bleues, on ne voit plus que la couleur blanche du fer-blanc, elle est détériorée, arrachée. La visière est percée de part en part contre le chapeau; le trou semble faire suite à la foudre que tient contre ses serres l'aigle placé sur la plaque métallique, le tuyau du shako offre à gauche un léger sillon rayé.

Ce sont les chaussures qui présentent souvent les lésions les plus caractéristiques ; elles offrent des déchirures au point de sortie de l'étincelle ; M. Vincent rapporte une observation de sabot brisé. Chez l'une des victimes du pont du Rhin, le soulier droit était brûlé à sa pointe, déchiré à son bord interne ; quinze clous ont été arrachés à la semelle et manquent ; la semelle gauche est intact et a tous ses clous ; cet ari'achement des clous a été plusieurs fois observé.

Les objets que porte la victime ont pu attirer la foudre et présentent des traces de son action. Un homme se promène, pendant un orage, avec une fourche dont les pointes sont en l'air, la foudre tombe, les pointes sont fondues et la fourche est projetée au loin. Boudin mentionne ce qui suit : défense était faite aux hommes de faction dans un des forts de Gênes de garder leur fusil pendant l'orage, parce qu'on croyait avoir observé que cette arme était une des causes de la chute fréquente de la foudre sur ce poste. Les trois fourreaux de sabre portés par les hommes que nous avons observés étaient marqués par la foudre et semblent avoir influé sur sa direction. M. Vincent rapporte l'observation curieuse de deux personnes frappées sous un parapluie de soie noire l'une succombe, l'autre survit. Le trou de l'étoffe correspondait à une ouverture semblable du chapeau de la victime, à bords brûlés ; en ce point commençait une brûlure superficielle, avec flambage des cheveux, qui s'étendait en sillon de la tête aux pieds, jusqu'à un trou ii-régulier de la semelle du soulier.

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La fonte partielle et l'aimantation des objets métalliques ont été fréquemment observées. Dans nos cas, tous les objets de métal portés par les victimes, cocardes, plaques de sbako, fourreaux de sabre, couteau, boucle d'acier, portaient les traces de l'action de la foudre. Il y a eu des fusions partielles du cuivre et de l'acier; un petit lingot ^irrégnlier était à la pointe d'un fourreau. Le fil de fer qui soutient un chapeau de dame est fondu et brisé; le chapeau, un buse, les cerceaux d'acier d'une crinoline offrent des traces de fusion. Des pièces de métal sont fondues, des boutons disparaissent. On examinera les clefs, les couteaux, les montres. Dans deux cas cités par M. Vincent, malgré l'intensité des coups, les montres avaient continué à marcher. L'aimantation des objets de fer et d'acier fournit aussi des caractères moins surs, qu'on apprécie avec la boussole; on ne connaît pas l'état magnétique antéiieur des corps que l'on examine ; mais l'aimantation énergique d'un couteau et d'un fourreau de sabre, comparés à d'autres, celle d'une boucle de pantalon, nous a porté à croire que cette propriété provenait de l'action de la foudre. Boudin a fait remarquer que le corps lui-même, chargé d'électricité, peut donner une secousse aux premières personnes qui le touchent, ce qui serait un indice du genre de mort.

V. Les BRULURES. Les brûlures, mentionnées à l'article qui concerne la pathologie, doivent être étudiés par le médecin expert, dans leur siège, leur forme, leur étendue, leur profondeur, leurs résultats.

La brûlure des poils est le fait le plus ordinaire ; nous l'avons observée aux cheveux, aux sourcils, aux cils, à la moustache et à la barbe; elle occupait l'extrémité des poils, sans avoir produit d'épilalion. Très-souvent on observe aussi la brûlure des poils des parties génitales. Cette généralité de la lésion des poils est un indice qui aurait de l'importance sur le cadavre d'un individu découvert dans un endroit isolé et présumé victime de la foudre. Cette brûlure des poils n'est cependant pas un fait constant; dans un de nos cas elle a manqué. Mais elle peut aller bien au delà du flambage de la pointe, sans que la peau cependant soit lésée. On a des observations anciennes et d'autres récentes et authentiques d'épilation complète produite par la foudre. Arago cite l'observation d'un officier de marine, écrite par lui-même, qui perdit les cheveux, la barbe, les cils, les sourcils, et tous les poils du corps successivement; les ongles des doigts s'en allaient en écailles. Depuis lors, dit-il, je suis resté entièrement épilé. La chute complète et isolée des poils du pubis, chez les deux sexes, a été plusieurs fois observée, de même que la fréquence des lésions des organes sexuels a été constatée.

Les lésions apparentes produites par la foudre sont presque toutes cutanées, extérieures et superficielles, elles consistent en brûlures avec érosion et épilation de l'épiderme, et dessèchement du derme, au delà duquel la lésion ne pénètre que rarement. Les brûlures se présentent sous trois formes bien distinctes, elles sont allongées en sillon, ponctuées ou étendues en plaques. Les deux formes vraiment caractéristiques sont la cautérisation ponctuée et celle en sillon. Ces deux formes sont souvent réunies; la cautérisation ponctuée semble se produire au point qui est le premier frappé ; au-dessous s'étend le sillon et se forment les plaques. Dans un de nos cas, les points jaunâtres de la cautérisation ponctuée étaient disséminés sur la face, qui semblait avoir été criblée par une pluie d'étincelles, et la brûlure descendait ensuite, sous forme de sillon interrompu vers le coude gauche ; des plaques parcheminées étaient disséminées sur le tronc. Dans un second cas les brûlures ponctuées et les plaques existaient sans sillon;

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dans un troisième, au contraire, chez l'homme qui a survécu, la fulguration avait été transversale et un sillon superficiel embrassait la partie postérieure et moyenne du corps. Dans le quatrième cas, on remarquait sur l'épaule gauche les traces principales de la foudre ; cette région était couverte de points noirâtres et bleuâtres, formés par l'extravasation du sang sous l'épiderme soulevé sous forme de boutons ; ces points avaient le volume d'une tète d'épingle à celui d'une fève, formant de petites saillies noirâtres, ecchymotiques, sans escarre. Des points semblables se retrouvaient à la joue gauche et dans le jarret. Cette forme diffère des points jaunâtres et secs observés dans le premier cas. Nous avons note deux fois l'état parcheminé du scrotum, sans brûlure des poils.

Ces brûlures sont généralement étendues, mais superficielles, elles semblent dépasser à peine l'épiderme et les poils et s'arrêter à la surface du derme. G est une escarre bien légère qui se distingue par sa sécheresse. Cet état de sécheresse a toujours été signalé. La femme observée par le docteur Daguenet, présentait au bout de quelques heures une escarre sèche qui s'était transformée en un véritable parchemin. Sur les six morts du docteur Jack, la peau était raccornie, d'un brun noirâtre, avec la consistance du parchemin et du cuir. Ce dernier caractère ne nous paraît pas concluant, on sait avec quelle promptitude se ioiment sur le cadavre les empreintes parcheminées résultat de l'érosion de 1 epiderme. 11 peut arriver que l'escarre ait une certaine profondeur, ainsi M. Sonrier a constaté dans un cas que la peau était brunâtre, carbonisée dans toute son épaisseur et que le tissu cellulaire sous-cutané était atteint.

La production des plilyctènes a été niée dans les brûlures par la foudre. L'absence de phlyctène serait même un des caractères des brûlures dues à cette cause. MM. Sonrier et Frédet ne font pas mention de ces vésicules ; le docteur Jack dit expressément que sur les six personnes tuées par la foudre, il n'y avait pas commencement de formation vésiculaire. Nous avons vu une large phlyctène bleuâtre occuper sous les orteils toute la largeur du pied, du côté où la chaussure avait été brûlée à sa pointe et dégarnie de ses clous, cette phlyctène contenait une sérosité rougeàtre et s'était formée au point oii avait dû sortir le fluide. M. Vincent indique chez une jeune fille qui a survécu au choc électrique, une brûlure au premier degré et une phlyctène légère vers le coude et dans un second cas, il mentionne aussi une vésicule. Quoi qu'il en soit, la rareté des phlyctènes paraît un fait acquis, dans les brûlures par la foudre.

La guérison de ces brûlures est quelquefois difficile et lente ; on l'a attribuée à la nature de la cause, mais il est plus probable que l'obstacle à la cicatrisation se trouve dans la largeur de la surface atteinte. Nous avons vu un ancien employé du télégraphe aérien qui portait encore après quinze mois une large plaie de l'abdomen, provenant de la foudre et qu'on ne parvenait pas à cicatriser.

L'absence de tout foyer d'incendie, auprès d'un cadavre présentant les traces de brûlures, avec l'intégrité ou une lâible lésion des vêtements, est une présomption en faveur de l'action de la foudre.

On peut avoir à distinguer les brûlures par la foudre de celles que produit un incendie; des lésions superficielles dans le premier cas, profondes et générales dans le second, peut-être aussi l'absence de vésicules sur les points où les brûlures sont légères, serviront à établir le diagnostic. Il y a loin de cette description aux faits d'incinération par la foudre, de cadavre tombant en poussière au moindre choc, que l'on admettait autrefois ; les derniers cas de ce genre datent, d'après Boudin, de 1615 et de 1657 ; on ne possède à cet égard aucun

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fait récent et régulièrement observé ; il est bien probable que c'est à des incendies allumés par la foudre, que sont dus ces exemples de combustion et d'incinération totale du corps.

VI. Les lésions mécaniques. L'action mécanique de la foudre, si puissante qui brise les rochers, démolit les murs, fend les arbres, ne laisse le plus souvent sur le corps humain que des traces d'une intensité médiocre et moins évidentes que celles qui résultent de son action calorifique ; un ébranlement, une commotion sans lésion appréciable, portant sans doute sur la totalité du système nerveux, a suffi pour causer la mort. Il est certain que dans beaucoup d'autopsies, soit insuffisance, soit difficulté des recherches, on ne découvre point de lésion traumatique. La plus simple, c'est la contusion qui peut laisser une ecchymose de teinte bleuâtre, de forme indéterminée. Nous en avons vu un exemple : chez un de nos foudroyés qui a survécu, la cuisse droite présentait à sa face externe deux contusions bleuâtres, à quelques centimètres de distance l'une de l'autre, sans brûlure, ni altération de l'épidcrme, une simple trace bleue sans gonflement appréciable, mais cette contusion faisait souffrir le malade. On a noté sur les diverses régions des ecchymoses sous-cutanées, notamment sous le cuir chevelu. La cautérisation ponctuée peut aussi s'accompagner de petites ecchymoses sous forme de points. Des ecchymoses ont été signalées à la surface du cerveau, analogues sans doute à celles que laisse après elle la commotion cérébrale ; on a vu des ecchymoses sous-pleurales.

La déchirure d'organes est un degré de plus dans ces lésions qui a été quelquefois observé : on a signalé la déchirure de vaisseaux et celle de la substance cérébrale ; l'examen microscopique du cerveau aurait fait reconnaître des ruptures de fibres, sans hémorrhagie ou autre lésion apparente. On a noté aussi sur des chevaux, la rupture du ventricule droit du cœur et de l'artère carotide droite. M. Vincent a constaté une déchirure partielle du foie chez un chien.

Un fait assez souvent observé, c'est la déchirure de la membrane du tympan. Nous trouvons, dit Boudin, cette lésion signalée dans plusieurs circonstances ; dans un cas la membrane du tympan s'est trouvée arrachée. Nous avons rencontré cette lésion sur un des foudroyés du pont du Rhin : un sang liquide s'écoulait abondamment de l'oreille gauche. On reconnut à l'autopsie la rupture complète de la membrane du tympan ; c'était une déchirure, récente, irrégulière, sans briîlure, avec déplacement du marteau dont le manche était relevé, et avec refoulement des fragments en dedans vers l'oreille moyenne. Le rocher ne présentait aucune trace de fracture. Ces caractères nous ont porté à penser que la déchirure de la membrane du tympan n'était pas le résultat de l'action directe de la foudre, mais qu'elle pouvait provenir du choc de l'air, occasionné par la détonation.

Les fractures semblent plus rares; Pouillet cite un cas d'écrasement du crâne qui semblait brisé comme par un coup de marteau. D'autres fois ce sont des trous ou des fissures par lesquelles le fluide aurait pénétré dans le crâne et plus ou moins désorganisé le cerveau.

On arrive ensuite aux faits plus exceptionnels et moins bien prouvés d'arrachements d'organes qui auraient même disparu. Boudin cite cinq cas d'arrachement de la langue, tous fort anciens et sans détails précis. Le célèbre Louis parle d'un homme à qui la foudre enleva la langue et la mâchoire, sans aucune marque de contusion ni de brûlure, mais il relate ce fait sans l'avoir observé lui-même; dans une autopsie qu'il fit à Metz, en 1739, à la suite d'une mort

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par la foudre, il examina, dit-il, le corps avec attention, « sans y trouver aucune marque de brûlure ni de contusion extérieurement » [Observations sur l'électricité (p. 62 et 63). Morren cite un exemple de fulguration parla bouche, avec ébranlement des dents et détachement par lambeau de la muqueuse de la bouche, y compris celle de la langue. L'arrachement d'un bras est aussi indiqué, d'après un journal, en 1808, celui même d'une moitié de la tête, mais sans constatation médicale. Le docteur Frédet rapporte l'éventration d'un cheval, avec sortie du gros intestin par l'anus.

Le déplacement et la projection des corps, lancés au loin par la foudre, ont aussi été signalés ; Boudin en cite deux cas, celui d'une personne lancée à 23 mètres, et celui d'un jeune homme projeté hors d'une église, par dessus la tète des assistants. Tout en faisant la part du merveilleux qu'on rencontre à chaque pas dans l'histoire de la foudre, il est avéré que le corps peut être projeté à une certaine distance; M. Vincent cite des exemples de quelques pas et de 3 mètres, et il est légitime d'en conclure qu'une personne étant trouvée à une certaine distance de l'endroit où est tombée la foudre, ce n'est pas une raison pour admettre que la mort ne soit pas due à cette cause. Le maximum des effets mécaniques et caloriliques, réunis sans doule, c'est la disparition des corps dont on ne retrouverait plus aucun vestige. Romulus est le type des observations de ce genre, et les autres cas cités par Boudin montient la place que le merveilleux occupe dans l'histoire médicale de la foudre. Gomme conclusion sur les lésions mécaniques, nous voyons qu'elles contribuent beaucoup moins que les brvilures, au diagnostic médico-légal.

VII. Phénomènes chimiques. Quelle que soit la puissance de l'action chimique de la foudre, on n'a pas déterminé jusqu'ici sa part d'influence dans le mécanisme de la mort, et elle fournit peu de signes au diagnostic. Les points à examiner sont l'odeur, les images photo-électriques et l'état du sang.

L'odeur dite sulfureuse, connue de toute antiquité, l'odeur d'ozone si caractéristique, n'existe pas seulement dans l'atmosphère de l'endroit foudroyé, mais aussi dans les objets frappés par l'étincelle et sur le corps même des victimes. Dans l'accident de Nancy, les vêtements et le corps exhalaient cette odeur caractéristique qui a été perçue partons les assistants; la déchirure du pantalon offrait à peine, sur quelques points, une légère teinte de roussi, et il était impossible d'attribuer à une brûlure cette odeur particulière.

Les images photo-électriques, ou keraunographiques suivant l'expression de Boudin, lèveraient tous les doutes sur le caractère de l'événement, mais ce phénomène est bien rare, et nous ne croyons pas qu'on ait beaucoup ajouté aux faits réunis par cet auteur. On cite les images de fleurs, de feuilles d'arbre, de lettres, de numéros, d'un fer à cheval, imprimés sur les habits ou sur la peau de la personne frappée, mais on ne parle pas de dissection de la peau, de l'examen des caractères physiques ou chimiques de ces taches. Sont-elles formées par un transport de matière colorante, par une altération du pigment par une ecchymose ayant une forme particulière? on n'a point à cet égard de renseignements précis. Trop de témoins attestent l'existence de ces traces pour qu'on puisse les révoquer en doute, et quelques-uns de ces faits ont une valeur historique; un des mieux constatés serait celui de Frankhn, en 1786 : un homme ayant vu la foudre tomber sur un arbre vis-à-vis de lui, présentait la contre-épreuve de cet arbre sur la poitrine; deux membres de l'ancienne Académie des sciences, citant ce cas, attribuaient cette apparence à une suffusion

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sanguine. Des empreintes de pièces de monnaie se sont formées sur la peau, avec laquelle elles étaient en contact; c'étaient six cercles, dit Orioli, qui conservaient leur couleur de chair sur sa peau noirâtre. Un des cas les plus récents a été observé en 1841, dans le département d'Indre-et-Loire; il est mentionné dans les Comptes rendus de lAcadémie des sciences (t. XVI, p. 1328). On trouva sur la poitrine de deux personnes des taches parfaitement semblables à des feuilles de peuplier ; elles s'affaiblissent graduellement, par l'effet du retour de la circulation, dans un cas, par suite de la putréfaction, dans l'autre ; des témoins constatèrent avec surprise ces faits qui n'ont peint été l'objet d'une relation médicale. 11 est certain que des images de ce genre bien observées, seraient caractéristiques ; on ne les confondra pas avec les traces d'un .tatouage.

L'action chimique de l'électricité sur le sang contribue-t-elle à la mort et donne-t-elle des signes? A diverses époques on a fait cette recherche ; Cuvier dans son rapport sur le prix décennal mentionnait déjà les travaux qui avaient eu pour but d'étudier l'action du galvanisme sur la fibrine. Un courant prolongé à traversée liquide finit par en détruire les globules, comme le font une chaleur excessive et des congélations répétées. Mais dans lu fulguration, l'action électrique sur le sang ne dure qu'un instant, est-elle suffisante pour modifier la structure des globules, la composition chimique du liquide et celle de ses gaz ? Chez les deux décédés du pont du Rhin, le sang était d'un rouge brun foncé, liquide et sans aucune trace de caillot. Il ne présentait pas d'altération des globules autre que celle que l'on observe habituellement une vingtaine d'heures après la mort ; ils n'étaient plus en pile, quelques-uns commençaient à se déformer. M. Ritter qui a examiné ce sang, n'y a trouvé aucune trace d'hémoglobuline; au spectroscope, il présentait les raies normales. Chez le foudroyé de Nancy, nous constatons aussi la liquidité du sang complète d;ms le ventricule droit, avec quelques caillots rougeàtres à gauche. Le sang artériel nous a paru avoir une teinte un peu moins foncée que le sang veineux. Les globules vingt-quatre heures après la mort, étaient fort distincts et ne présentaient que les déformations habituelles à cette époque. 300 grammes de sang ont été remis à M. Ritter qui a constaté les faits suivants : le sang étendu d'eau fournissait les deux bandes d'absorption normale, sans doute à cause de l'oxygène de ce liquide, mais examiné, sans addition d'eau, avec l'appareil de Herrmann, il n'offrait que la bande unique de l'hémoglobine réduite. Traité par l'oxygène, il ne devient pas rutilant comme le sang normal, mais il présente les deux raies caractéristiques. Examiné au papier de tournesol, ce sang fournit une réaction acide. 1000 centimètres cubes de ce sang contiennent 1125 centimètres cubes de gaz ainsi composés : acide carbonique 1031, oxygène 51, azote 45. En agitant le sang foudroyé avec de l'oxygène, M. Ritter a reconnu qu'il en absorbait beaucoup moins que le sang noriiîal, 163 centimètres cubes, au lieu de 250 environ. Le globule sanguin aurait-il été rendu par la foudre irioins capable d'absorber l'oxygène ou l'acidité du sang aurait-elle produit cet effet? On n'a pas obtenu de cristaux d'hémoglobine. En résumé, le sang du foudroyé présentait les caractères suivants : réaction acide , décomposition de l'hémoglobine , moindre capacité d'absorption pour l'oxygène. Sur des animaux foudroyés par de fortes étincelles, le sang a aussi été trouvé acide, et M. Ritter proposerait, avec beaucoup de réserve, l'explication suivante du genre de mort par des phénomènes chimiques : Le sang frappé par la décharge électrique devient acide, il ne peut

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plus absorber l'oxygène et la mort arrive par asphyxie. Il faut remarquer que dans d'autres genres de mort l'acidité' du sang et la diminution de l'absorption de l'oxygène, ont aussi été constatées. Ainsi, le 4 août 1879, un homme étant mort d'insolation, dans la campagne, avec 35 degrés à l'ombre, près de 50 au soleil, offre encore six heures après la mort 42 degrés sous l'aisselle, il nous présente à l'autopsie tous les caractères d'une congestion pulmonaire intense, accompagnée de congestion cérébrale; aucune trace d'alcool. Le sang examiné au laboratoire de la Faculté, était acide et son pouvoir d'absorption pour l'oxygène avait notablement diminué, 130 centimètres cubes d'oxygène seulement étaient absorbés par 1000 de sang. Dans une mort par le froid, le 23 décembre 1879, accompagnée aussi d'une congestion pulmonaire très-intense, une diminution analogue a été observée; ce qui rattacherait peut-être à l'asphyxie en général cette modification chimique du sang.

Vlll. Symptômes. Les personnes qui survivent présentent des symptômes caractéristiques qui ont principalement pour siège le système nerveux.

Le premier effet de la fulguration est la perte de la connaissance et la chute de l'individu frappé ; il tombe sans avoir eu la conscience de l'accident qui l'atteint, sans avoir entendu le bruit de la foudre. Souvent même, comme dans la commotion cérébrale, il perd la mémoire de l'événement actuel et des tlernières impressions qui l'ont précédé. Cette perte absolue de la connaissance, lorsque la foudre a frappé la partie supérieure du corps, se retrouve aussi dans les fulgurations. Dans l'accident du pont du Rhin, un des militaires, légèrement atteint à la cuisse droite et aux lombes, est renversé tout à coup, sans avoir entendu le bruit de la foudre ; il revient à lui promptement et se voit étendu par terre à côté de ses camarades, sans savoir qu'il a été foudroyé; il était oppressé, il avait mal à la tête et il ressentait des bourdonnements d'oreilles; il souffrait des parties contuses et brûlées ; la nuit suivante, insomnie totale, la seconde nuit, rèvcs fatigant-;. A Lyon, en 1860, sur les deux caporaux frappés en ouvrant une fenêtre et renversés sur le dos, l'un revient à lui en quelques moments, l'autre après un quart d'heure. La connaissance peut tarder à revenir trois quarts d'heure, plusieurs heures même. On remarquera qu'elle est en général la première fonction qui se rétablit; ainsi dans une fulguration sur la voie du chemin de fer, l'employé frappé eut la conscience du péril provenant du passage prochain d'un train, sms avoir le pouvoir de se déplacer.

L'intelligence i^evenue, le blessé est habituellement en proie à un sentiment de terreur qui se prolonge et détermine une vive impressionnabilité du système nerveux. L'insomnie est un phénomène presque constant et qui peut durer plusieurs mois. Quand le sommeil revient, il est interrompu par des rêves dans lesquels apparaissent les phénomènes lumineux de la fulguration. On a signalé des cas d'hallucination et d'aliénation mentale. La céphalalgie, les bourdounements d'oreille qui se prolongent, la surdité, peut-être avec déchirure de la membrane du tympan, la mutité, suite d'un état nerveux, ont été observées. L'œil peut être atteint matériellement, avec photophobie, céphalalgie susorbitaire, paupièie et conjonctive injectées, kératite consécutive, cas observé sur un animal qu'une étincelle, dans une expérience, avait frappé à l'oeil, névrorétinite, avec cécité attribuée à la vive lumière des éclairs.

Ce sont les fonctions du système musculaire qui fournissent les symptômes les plus constants et les plus persistants ; une paralysie générale et instantanée est le premier acte, puis quand elle se dissipe, elle laisse des paralysies partielles,

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hémiplégie et paraplégie, celte dernière existant surtout chez les animaux. Un état tétanique généra! peut aussi se produire, mais ce qui est plus habituel, ce sont des crampes et des roideurs partielles dans diverses parties du système musculaire, accompagnées de douleurs. Voici les symptômes que nous avons observés dans un cas d'une intensité moyenne, quelques heures après l'accident : le malade éprouve une assez forte douleur dans la nuque, dans les bras et dans les épaules; les muscles sont durs, douloureux au toucher, ceux des bras surtout, et par intervalles des crampes aiguës viennent augmenter les douleurs; le malade peut se tenir debout, il a uriné neuf heures après l'accident ; il a éprouvi aussi des secousses musculaires, il s'est remis en quelques jours. M. Vincent a aussi signalé de vives douleurs dans les deux bras avec affaiblissement du système musculaire, des tremblements dans une moitié du corps ou dans un seul membre ; les crampes douloureuses ont une grande fréquence, surtout dans les premiers jours.

On a encore observé d'autres symptômes, hémorrhagies nasale, bucale, auriculaire, pulmonaire, anxiété précordiale, troubles gastriques, vomissements et nausées, des exanthèmes cutanés, l'urticaire. Une surexcitation des organes génitaux a aussi été remarquée; chez un cabiais, frappé par une forte batterie, une éjaculation se produisit, et nous constatâmes les mouvements des zoospermes. L'avortement s'est produit notamment chez des animaux. On a vu aussi dans l'espèce humaine, la foudre ne pas produire cet effet. Fabricius cite le cas d'une femme, grosse de quatre mois, qui, atteinte par la foudre, étourdie et couverte de sugillations sur le dos, n'en arriva pas moins heureusement à la fin de sa grossesse. Si l'on ajoute à ces symptômes les caractères fournis par les brûlures et les lésions mécaniques, on aura le tableau des phénomènes qui, pendant la vie, ne laissent aucun doute sur le diagnostic.

Quand on a échappé à la première atteinte, la guérison est le cas le plus oi'dinaire, et cependant les accidents, suite de la foudre, peuvent se prolonger. M. Bernard, dans le sommaire d'une observation rapportée par Boudin, retrace la longue série des accidents par lesquels passe un homme foudroyé sur un navire le 29 novembre 1839 : mort, apparente pendant cinq jours, épilation, brûlure dessinant le trajet d'une chaîne d'or, paraplégie, insomnie, puis rêves se rapportant à des corps ignés, exaltation de l'odorat, du goût et de l'ouïe, crampes et l'oideurs des membres, paralysie de l'œil droit ; l'épilepsie et l'aliénation mentale s'ajoutent à ces symptômes. 11 faut souvent un temps considérable, des mois et plus, pour que ces accidents se dissipent, ils peuvent aussi laisser des infirmités incurables. M. Vincent cite un cas où la mort n'arriva que six mois après, par suite des brûlures.

On a aussi parlé des effets curatifs de la foudre, donnant comme signes de son action la guérison instantanée de rhumatismes, de paralysies, d'amaurose ou de surdité.

La question de la mort apparente se présente à chaque cas d'accident par la foudre ; on a l'espoir de sauver la victime et des efforts sont faits pour la rappeler à la vie. Le docteur Frédet cite un cas de trois quarts d'heure, M. Bernard de cinq heures un quart, M. Guyon de quarante-huit heures, pour la durée de la mort apparente ou plutôt d'un évanouissement. L'auscultation du cœur et l'état de la température fourniront les plus sûrs moyens du diagnostic; on ne prendra pas pour une rigidité précoce, la roideur tétanique qui peut se produire sous l'action de la foudre.

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IX. Caractères anatomiques. L'attitude n'a rien de caractéristique , le corps est tombé sur le dos, sur la face, suivant la position qu'il tenait avant la mort, suivant l'impulsion du choc et ses rapports avec les objets voisins. Le foudroyé de Nancy était couché sur la face, dans l'attitude du sommeil. On s'est occupé à cet égard des morts assis, des morts debout, de ceux qui conservent à la main les objets qu'ils tenaient au moment de la fulguration. Quand les morts sont assis et plus ou moins appuyés, l'explication est facile. Voici quelques exemples de l'attitude conservée par les morts : les huit moissonneurs de Cardan, foudroyés au moment de leurs repas et surpris dans des poses diverses ; la femme foudroyée à Nancy avec un de ses enfants, le 9 mai 1781, sous la porte de la chapelle de la Commanderie de Saint-Jean et restée assise ; un homme trouvé assis sous un buisson près de Douvres, le 14 aoiit 1793, à côté de ses quatre chevaux tués; un prêtre resté sur son cheval qui le transporte à son domicile sans que le corps tombe. Pour expliquer la persistance de la station debout après la mort, il faut admettre que la foudre a provoqué une roideur tétanique qui s'est prolongée jusqu'à la rigidité, comme on le voit dans le tétanos proprement dit. La femme d'un vigneron de Nancy, il y a plus de quarante ans, est foudroyée au moment où elle cueille une fleur, on trouve son cadavre debout, mais un peu penché, avec une fleur dans la main. Une chèvre tuée debout sur les pattes de derrière, tient encore une branche de verdure entre ses dents. Dans l'église de Châteauneuf, le H juillet 1819, où neuf personnes sont tuées par la foudre et soixante et une sont blessées, les chiens foudroyés dans l'église furent trouvés morts, dit-on, dans l'altitude qu'ils avaient auparavant? Quant aux objets tenus dans la bouche ou dans la main du cadavre, ce fait n'est pas spécial à la mort par fulguration. Cette particularité a été observée dans l'accident du camp de Châlons, le 7 mai 1819 : le capitaine foudroyé dans sa tente, tenait encore, de sa main droite crispée et serré contre sa poitrine un bougeoir métallique intact.

L'expression faciale peut être celle de la terreur, indifférente ou celle du sommeil. La face était bleuâtre, cyanosée, dans nos trois autopsies. La pupille avait 4 et 8 millimètres et dans un cas les deux pupilles étaient inégalement dilatée, avec une vive injection des yeux; un animal a aussi présenté cette inégale dilatation des pupilles , qu'il n'est d'ailleurs pas rare d'observer dans différents genres de mort. Les hémorrhagies nasales et auriculaires ont été signalées.

Les lésions calorifiques et mécaniques ont été décrites ; nous n'avons plus qu'à examiner l'état des viscères. Le sang s'écoule avec abondance de la section du cuir chevelu, les sinus cérébraux et les veines de la pie mère sont gorgés de sang, beaucoup de sérosité sous l'arachnoïde, le cerveau est congestionné, sans autre lésion. Les poumons présentent un état de congestion très-prononcée avec rougeur des bronches et un peu d'écume ; ils sont beaucoup plus congestionnés chez le foudroyé qui survit quelques instants que chez celui qui meurt tout à coup. M. Dechambre a appelé l'attention sur la fréquence des ecchymoses sous-pleurales et sous-péricardiques, sur l'infiltration sanguine, l'œdème et l'hémorrhagie interstitielle du pouinon. Le cœur était un peu rigide vingt-quatre heures après la mort ; le sang qui le distendait était brunâtre et liquide, l'examen microscopique des globules n'offre rien de particulier ; nous avons appelé l'attention sur les résultats de l'analyse chimique. Les lividités cadavériques étaient très-prononcées ; l'intensité de la congestion pulmonaire a été constatée par beau-

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coup d'observateurs, entre autres dans les accidents du camp de Châlons. Chez des lapins et des pigeons qui avaient succombé en une à cinq minutes sous de fortes étincelles, le cerveau n'était pas injecté, maison observait une assez forte congestion pulmonaire. Différents observateurs ont trouve des lésions moins prononcées.

Les autres viscères n'offraient rien de particulier. M. Vincent a signalé une lésion mécanique du foie chez un chien. L'émission des matières fécales et de l'urine a été conslatée. M. Dechambre a signalé pour la première fois la glycosurie, qui doit être recherchée. Les zoospermes et l'épithéhum vibratile des fosses nasales étaient immobiles, mais ils avaient été examinés plusieurs heures après la mort, le liquide muquenx qui se trouvait au méat urinaire, examiné chez un des foudroyés, ne contenait pas de cellules spermatiques ; les brûlures et contusions (lu scrotum ont été notées.

En résumé, les caractères anatomiques sont ceux de l'asphyxie, congestions pulmonaire et cérébrale, liquidité du sang, plénitude du cœur droit et du système veineux. Une syncope plus ou moins brusque peut empêcher ces phénomènes de se produire ou les l'endre moins évidents; ils seront au contraire d'autant plus prononcés que la mort sera plus lente. Mais cette asphyxie n'a point en elle-même de caractère spécifique, ce sont les lésions extérieures et accessoires, les brûlures surtout, qui déterminent sa véritable cause. Il y a des autopsies négatives, mais tout porte à croire qu'une exploration approfondie en diminuera le nombre. Celte étincelle électrique, capable d'anéantir la vie, laisse des traces de son passage sur les organes, sur les vêtements, sur les objets voisins; ce qui a soulevé des doutes, ce qui a fait illusion, c'e^t que l'intensité des lésions ne semblait pas en rapport avec la violence de la cause. Le commémoratif et l'absence d'autre cause de mort, constatée à l'autopsie, viennent compléter les preuves.

L'étude de la putréfaction dans ce genre de mort a son intérêt médico-légal. Le corps d'un individu foudroyé étant trouvé dans un endroit isolé, en l'absence de tout commémoratif, on peut avoir à déterminer à quelle époque remonte la mort. Deux opinions préconçues se rencontrent ici, celles d'un retard ou d'une accélération dans les phénomènes putrides. Pour le retard on ne cite aucun fait, et celte hypothèse doit être écartée. L'idée d'une accélération a son origine dans la marche même de la putréfaction si rapide en été, par un temps orageux et à l'air libre. Quel que soit le genre de mort dans ces conditions de température la décomposition sera prompte; l'est-elle exceplionnelleraent pour la foudre ? Il faut d'abord déterminer si la rigidité cadavérique se développe plus rapidement que d'habitude. On a parlé de rigidité immédiate au moment même de la mort, mais les observations authentiques manquent à cet égard. Dans un de nos cas, arrivé auprès du corps une heure et demie après l'accident, nous avons constaté qu'il était souple et le pincement du biceps déterminait, comme dans les cas ordinaires, la contraction de ce muscle. La rigidité dans deux autres cas était très-prononcée quatorze heures après la mort, vingt-deux heures après elle persistait, elle suivait bien sa marche qui ne semblait pas accélérée. Les muscles roidis avaient, comme habituellement, une forte réaction acide. Le seul indice de putréfaction, au bout de vingt-deux heures, en été, était une tache bleue à l'un des flancs et un commencement d'état spumeux du sang; dans un autre cas, la rigidité était générale douze heures après la mort et continuait à être très-prononcée au bout de vingt-quatre heures. M. Vincent a vu la rigidité com-

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plète au bout de six heures chez une femme, et M. Sonrier a constaté aussi la rapide apparition de ce phénomène. Les congestions passives des organes, l'état du sang, peuvent hâter la décomposition putride, mais il n'est point démontré que cette accélération soit due à une action spéciale du fluide électrique. La saison explique suffisamment la marche rapide de la putréfaction chez les individus foudroyés, et il ne nous paraît pas certain que pour la détermination de l'époque de la mort, il faille faire une part bien notable à la spéciahté de la cause.

Si l'on avait découvert, sans aucun commémoratif, tous ces corps, dont les autopsies ont été publiées, on n'aurait pas eu de peine à reconnaître que la mort avait eu lieu par fulguration; l'état des personnes qui survivent à ces atteintes est également caractéristique. L'histoire médicale de la foudre présente encore bien des obscurités au point de vue de la science, mais le diagnostic médicolégal, pendant la vie comme après la mort, possède les éléments d'une certitude suffisante. G. Tourdes.

Bibliographie. — L'histoire médicale de la foudre présente des documents nombreux épars dans les journaux de médecine et dans les comptes rendus de l'Académie des sciences. Comme point de départ nous indiquerons la notice d'Arago sur le Tonnerre, Annuaire du bureau des longitudes, 1838, reproduite dans ses Œuvres complètes. Paris, 1854 ; et les travaux de Boudin qui ont attiré l'attention sur cette question importante et qui résument les faits anciens. — Boldin. Histoire médicale de la foudre el de ses effets sur l'homme, les animaux, les plantes, les édifices, les navires, 1" partie. In Annales d'hygiène et de médecine légale, 1' série, t. II, p. 395, 1854. — Histoire physique et médicale de la foudre, 2» mémoire. Ihid., t. III, p. 241, 1855, 3« mémoire. Ibid., 2" sér., t. IV, p. 241, 1855. — Etude statistique sur les accidents occasionnés par la foudre et sur la fulguration indirecte. In Mémoires de méd. et de chirurgie militaire, t. XIII. Paris, 1865; ibid., t. XIV, 1865. — Documents pour servir à l'histoire physique et ?nédicale de la foudre, incinération, enlèvememt, disparition de personnes, d'animaux et d'objets foudroyés. Ibid., t. XVI, p. 501. Paris, 18G0.

Beaucoup de ces faits ont été recueillis par des personnes étrangères à la médecine. Les documents les plus utiles pour la médecine légile sont les relations d'observations et d'autopsies. — Hyde-Parker. Relation du coup de foudre qui a frappé le vaisseau anglais le Rodney, dans la journée du 7 décembre 1858. Arrachement des vêtements [Comptes rendus hebdomadaires des séances de l'Académie des sciences, t. VII, p. 174. Paris, 1859).

— Hubert. Transport présumé du corps à 23 mètres de distance [Comptes rendus, idem, t. X, p. 115, 1840). — Correspondance communiquée à l'Académie. Brûlure par une chaîne fondue. Marques semblables à des feuilles de peuplier sur la poitrine de deux personnes [Comptes rendus, t. XVI, p. 1328. Paris, 1845). — Bonjea:». Présence du soufre sur les corps métalliques foudroyés [Idem, t. XXUI, p. 153, 1846. — Orioli et IIombres-Firmas. Notice sur un effet extraordinaire de la foudre. Entrée de la foudre par le pied droit. Cercles sur la peau correspondant à des pièces de monnaie [Id., t. XXIII, p. 1068, 1846 et t. XXIV, p. 99, 1847). N» 44 imprimé sur le thorax. Id., t. XXIV, p. 763, 1847. — Morren, Sur les images instantanées électriques et hydrothermiques. Fulguration dans la bouche [Idem, t. XLIV, p. 349 et 60U, 1857). — Gdïox. Accidents occasionnés par la foudre. Mort apparente. In Compte rendu de l'Académie des sciences, t. XLVIII, p. 598, 1857, et Gazette des hôpitaux, 1857. — Lambert. Chute de la foudre sur une caserne de Lyon. Accidents observés sur deux militaires. In Mémoires de méd. et de chirurgie militaire, 5* série, t. IV, p. 93. Paris, 1860. — Ciirétiex. Mort causée par la foudre. Jeune homme de seize ans tué dans son lit [Comptes rendus de l'Académie des sciences, t. LIX, p. 621, 1864.

— Sestieiî. Traité de la foudre (ouvrage posthume, public par le docteur C. Méhu), 2 vol. in-12. Paris, 1866. — G. Todrdes. Relation médicale de l'accident occasionné par la foudre le 15 juillet 1869, au pont du Rhin, près de Strasbourg. Deux autopsies et observations. In Gazette médicale de Strasbourg, et Gazette hebdomadaire, 1869. — Soxrier. Des accidents de la foudre. Autopsie. Camp de Châlons, accident dul mai 1869 [Mémoires de médecine et de chirurgie militaire, 3° sér., t. XXIIf, p. 48!'). — Weînaud. Même accident [Compte rendu de l' Académie des sciences, séance du 17 mai 1869).— Doeois. Observations de fulguration [Gazette hebdomadaire, 1869, p. 659). — Morin. Accidents déterminés par la foudre {Mém. de méd. et de chir. mil, 5" sér., t. XXIV, p. 530, 1870. — Frédet. Cas

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de mort déterminés par la foudre. Quelques considérations sur les accidents causés par le fluide électrique sur l'homme et les animaux, avec autopsie. In Gazette des hôpitaux, p. 523 et 551, 1872. — Passot. Trois observations d'accidents produits par la foudre. In Académie des sciences, 7 juin 1875, et Gazette hebdomadaire, 1875, p. 391. — Vincent. Contribution à l'histoire médicale de la foudre. Observations de personnes et d'animaux frappés; du choc en retour ; traitement ; médecine légale (Mémoire couronné par la Société de médecine du Nord). Paris, 1875. G. T.

FULIGIIVE. Nom donné à l'extrait alcoolique de suie, préparé pour l'usage interne. D.

FULiGixosiTÉfS (de fiiligo, suie). Dépôt noirâtre qui recouvre les dents, les gencives, les lèvres, dans certaines maladies. Cet état fuligineux est un des systèmes propres aux fièvres adynamiques; mais il peut se produire dans beaucoup d'autres circonstances. Il est même des personnes qui le présentent chaque matin au réveil : celles qui dorment la bouche ouverte, par exemple, surtout si elles ont les gencives rouges et turgesc^ iites. L'enduit fuhgineux se compose de mucus mélangé de particules aériennes, de cellules épithéliales, d'algues et de sang. Au moins le sang paraît-il nécessaire pour donner à l'enduit la véritable couleur de la suie. D.

FULIGOHALI. On donne le nom de fuligokali à un médicament composé de suie et de potasse, qui se prépare de la manière suivante :

2i Potasse caustique 20 grammes.

Suie lirillanle en poudre 100 —

Aj. eau distillée Q. S. (environ 2 litres).

On fait bouillir pendant une heure, on laisse refroidir, on étend d'eau pour que la filtration se fasse plus aisément ; on évapore, on dessèche pour obtenir le fuligokali en écailles ou en poudre ; on renferme dans des flacons secs et chauds.

On prépare en outre un fuligokali sulfuré :

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