‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.42Chapitre 51 sur 126 · L. Hahn · texte numérisé non relu

L. Hahn

FUMÉE. Lorsqu'un corps combustible brûle complètement, les produits de la combustion consistent en acide carbonique et en vapeur d'eau, gaz parfaitement transparents, de telle sorte que rien ne semble s'échapper du foyer ; mais il n'en est pas toujours ainsi. Il est très-difficile d'obtenir une combustion complète, et une proportion plus ou moins grande de carbone peut rester libre. Ce carbone, à l'état de division extrême, demeure suspendu dans les gaz qui sortent du foyer, absolument comme il était suspendu dans la flamme même qu'il rendait éclairante, et il permet de voir ce gaz en interceptant le passage des rayons lumineux. Ces produits prennent alors le nom de fumée, et celle-ci est dite plus ou moins épaisse, suivant que la proportion de charbon tenue en suspension est grande ou petite. Cette fumée est noire comme le charbon luimême ; elle peut paraître bleue quand elle est très-ténue et légère ; c'est là un phénomène dû, non à la couleur du carbone divisé, mais à la diffraction de la lumière.

Tout corps solide qui prend naissance pendant une combinaison chimique

dégageant beaucoup de chaleur, produira également ce qu'on appelle de la fumée. Tel est le cas de l'hydrogène arsénié qu'on enflamme à sa sortie de l'appareil de Marsh et qui brûle en répandant une fumée blanche très-légère due à de l'acide arsénieux divisé. Celte fumée ne se voit qu'à une certaine distance de la flamme, parce que l'acide arsénieux, étant volatil, se trouve d'abord à l'état de vapeur parfaitement transparente.il faut, pour qu'il devienne visible, qu'il ait le temps de se refroidir et de se condenser. La combustion du phosphore, du magnésium, du zinc, donne de même naissance à des fumées très-abondantes et blanches d'acide phosphorique, de magnésie et d'oxyde de zinc ; mais ce sont là des cas exceptionnels, et c'est surtout le charbon divisé qui produit la fumée.

Il résulte du peu de mots qui viennent d'être dits que, pour éviter la production de la fumée, il faut mettre en contact le combustible avec un excès d'oxygène et opérer à une température élevée. Ces deux conditions sont absolument nécessaires.

Il est facile de démontrer que toute entrave apportée à l'arrivée de l'oxygène tend à produire de la fumée. L'expérience peut se faire à l'aide d'une lampe ordinaire brûlant bien. Il suffit d'approcher une lame de couteau de l'orifice ^supérieur du verre, pour voir la flamme s'allonger et rougir, dès que l'obstacle ralentit un peu la vitesse du courant, et par conséquent diminue l'accès de l'air. Si on approche un peu plus la lame, un filet de noir de fumée s'échappe de la flamme, et il se refroidit assez vite pour que, lorsqu'il trouve le contact de l'air, il ne puisse plus se combiner. C'est pour la même raison que la lampe d'Argan, à tuyau central, est bien supérieui-e à la lampe antique, à mèche simple, et dont nous ne pourrions plus nous servir avec nos habitations closes. Toutes choses égales d'ailleurs, une flamme aura d'autant plus de chance de ne pas être fumeuse, qu'elle sera plus petite, par la raison que sa surface sera relativement plus grande ; toutefois, il ne faudrait pas dépasser en ce sens une certaine limite, car le refroidissement de la flamme devenant de plus en plus facile, le carbone finirait par échapper à la combustion par délaut de température.

Il est également facile de démontrer que le refroidissement de la flamme tend à la rendre fumeuse. Lorsqu'on place un corps froid dans la flamme, il se couvre de charbon, et si on lui fait traverser une toile métallique, de la fumée se produit.

Nous avons dit qu'une flamme petite avait moins de chance de fumer qu'une grosse ; c'est pour cette raison qu'une bougie ne fume pas, tandis qu'un lampion répand une fumée infecte, d'autant plus épaisse que l'accès de l'air autour delà mèche est gêné par le godet plat et large qui contient le suif. En appliquant ce raisonnement à nos foyers, on voit que l'une des principales causes de la fumée qu'ils répandent est leur volume. Pour y remédier, il faut que le combustible soit en morceaux tels que l'air puisse circuler au travers, et qu'il soit vivement amené par un mécanisme quelconque. Enfin, la dernière cause de production de fumée est le refroidissement du foyer. Il est malheureusement difficile de l'éviter, par la raison que, pour utiliser la chaleur de la flamme, il faut la lui emprunter et par conséquent la refroidir. Si jamais on trouve le moyen de préparer de l'oxvgène à bon marché, on ne sera plus obligé d'imposer aux combustibles réchauffement stérile d'une masse énorme d'azote; et l'élévation de température qui en résultera supprimera probablement la fumée. Parmi les causes accidentelles qui

peuvent abaisser la température des corps en combustion, se trouve en première ligne la présence de l'eau dans le combustible. 11 est l'acile de ie rendre compte de ce qui se passe. Cette eau, en se volatilisant pendant la combustion, absorbe une quantité considérable de calorique qui passe à l'état latent, et empêche la température de s'élever. La flamme qui en résulte est relativement froide, et le carbone, à peine porté au rouge sombre, n'arrive au contact de l'air que lorsqu'il est trop froid pour se transformer en acide carbonique. Son refroidissement est d'autant plus rapide que chacune des petites masses qui forment le noir de fumée a, en raison de sa petitesse, une surface considérable, et possède en même temps, à cause de sa couleur noire, un pouvoir émissif très-grand. Ou sait quelle fumée épaisse se produit dans les champs où on brûle les débris humides de végétaux afin de restituer au sol les sels qu'ils contiennent. La paille humide en brûlant produit une fumée épaisse employée quelquefois à la guerre pour cacher un mouvement de troupes; on peut l'utiliser pour éviter les gelées blanches dues à la trop grande transparence de l 'atmosphère, et qui peuvent en quelques heures causer de grands ravages.

Lorsqu'un corps brûle, la combustion ne se produit pas instantanément dans toute la masse; elle est progressive et ne se propage que lentement. La couche dont la température est la plus élevée se trouve séparée de celle qui est encore froide par une série de tranches dont la température va en décroissant. Si le combustible contient des substances très-volatiles, celles-ci, dès que la chaleur sera sulfisante, subiront une véritable distillation. La vapeur ainsi produite pourra se mélanger à la fumée, ou, si elle rencontre un corps froid, se condenser et s'écouler au dehors. C'est ainsi que, lorsqu'on brûle du bois de pin non saigné, l'essence de térébenthine s'écoule par les extrémités encore froides de la bûche. La poix noire et le goudron se préparent ainsi. L'opérateur ménage l'arrivée de l'air de manière à obtenir une combustion aussi froide que possible, et soustrait les produits obtenus à l'action ultérieure du foyer. C'est pour lui le plus sûr moyen d'obtenir de nombreux produits pyrogénés.

La température continuant à s'élever, un autre phénomène se produit. Les substances fixes, telles que le ligneux, se décomposent en fournissant de nouveaux corps volatils pyrogénés, analogues à ceux qu'on obtiendrait en distillant le combustible en vases clos : tels sont les acides pyroligneux, les bitumes, la créosote, l'acroléïne, dont la vapeur est irritante au plus haut degré et provoque le larmoiement, etc., etc. Enfin la combustion, lorsqu'elle envahit les couches qui ont été ainsi deux fois modifiées par la chaleur, ne trouve plus que la partie du combustible qui est fixe, et ne saurait par décomposition ignée donner naissance à des composés volatils. Ces derniers toutefois, si la combustion est vivement menée, pourront bien ne pas avoir le temps d'échapper, ou, s'ils rencontrent l'oxygène de l'air, et qu'une cause accidentelle les enflamme ils produiront la flamme, en brûlant à la manière du gaz d'éclairage.

Il résulte de ces considérations que la composition de la fumée, pour un même combustible, varie beaucoup suivant la température et la rapidité de la combustion. Ces remarques peuvent, au point de vue de l'hygiène, s'appliquer utilement à la combustion du tabac et à la nature de la fumée qui en résulte. Si le cigare brûle bien et activement, si la combustion est complète, ce qui se reconnaît à la blanclieur de la cendre ; si l'air arrive dans toute son épaisseur rendue également perméable par une répartition convenable des matériaux, les

produits pyrogénés et volatils seront en plus faible quantité, et comme ce sont €ux qui a'^issent sur l'organisme, l'effet produit sera moindre. Si, au contraire, la combustion a lieu à basse température, si elle se fait partiellement sur un des côtés du cigare qui brûle mal, cette partie non brûlée distille des produits pyrogénés abondants, et l'action sur l'économie est énergique ; le cigare porte à la tête et révolte l'estomac. On sait combien est désagréable le goût de la fumée qu'il produit, et les véritables amateurs le rejettent aussitôt. C'est pour limiter cette combustion dans de justes proportions que la régie, dans l'intérêt de ses clients, ajoute au tabac, lorsque cela est nécessaire, une certaine proportion de nitre. Mais celte précaution ne suffit pas : il en est une qui dépend du consommateur, je veux parler de l'hydratation. La régie ne peut vendre du tabac trop sec, parce qu'il se brise et tombe en poussière. Pour éviter l'effet fâcheux de l'eau, le scaferlati et surtout le cigare devront être amenés à un état de dessiccation savamment apprécié. Ce dernier sera déposé dans une caisse présentant quelques ouvertures qui permettent la ventilation sans disséminer le parfum. Il sera maintenu entre les mailles d'un treillage, de manière à ce que la dessiccation se fasse également. Enfin, pipe ou cigare seront allumés régulièrement sur toute la surface libre, et le fumeur novice, pour se convaincre de l'importance de l'opération, ne saurait mieux faire que d'observer la manière dont s'y prend un opérateur ayant de l'expérience. Lorsqu'on allume un cigare, les produits pyrogénés non gazeux à la température ordinaire se condensent dans la partie non encore brûlée, qui remplit en ce cas le rôle des épurateurs physiques des usines à gaz. Cette partie diminue de longueur au fvir et à mesure que la combustion avance et se sature de plus en plus. Chacun sait combien est désagréable l'odeur d'un bout de cigare. Si le fumeur a la prétention de le consommer jusqu'à sa limite ultime, il absorbe de la fumée non épurée et chargée des produits désagréables de la combustion initiale. Dans un cigare ou une cigarette, il n'y a pas deux bouffées qui se ressemblent. Les premières sont les meilleures, les dernières sont désagréables et actives. Le vrai fumeur rejette le dernier tiers, et ne fume pas la pipe à fond. Pour la même raison, il dédaigne la pipe trop faite, si admirée par le fumeur novice. Il arrive souvent que le médecin est consulté par des fumeurs chez qui l'habitude du tabac est devenus excessive. C'est un genre de monomanie plus fréquent qu'on ne pense. Les malheureux qui en sont atteints sentent euxmêmes le tort qu'ils font à leur santé, et néanmoins ne peuvent rester un seul instant 'sans fumer. Pour atténuer le mal, le médecin pourra donner d'utiles conseils qui découlent de ce qui vient d'être dit dans cette intention.

La fumée des combustibles, par son odeur irritante et sa visibilité, rend quelquefois service. C'est ainsi qu'on est souvent prévenu de la combustion lente des poutres d'une maison, et que l'odeur de brûlé force les habitants à ouvrir les fenêtres, ce qui peut prévenir des accidents graves. La présence de filets de fumée dans l'air permet d'en suivre les mouvements. Si on observe dans un pays plat la marche de la fumée produite à une certaine distance, on peut se convaincre de la lenteur avec laquelle se mélangent dans le sens vertical les couches de l'air dans lequel nous vivons. On peut même voir cette fumée gravir la pente d'une montagne et retomber de l'autre côté, si cette montai-ne est nue et régulière. Si au contraire, elle rencontre un rideau d'arbres un peu épais, elle disparaît. L'explication de ce phénomène est facile. Les arbres, immobiles au milieu du courant d'air, jouent le rôle d'un agitateur parfaitement

disposé, qu'on ferait mouvoir dans de l'air immobile. Il y a là mélange mécanique. Tous les auteurs sont d'accord pour admettre qu'une plantation d'arbres élevés, lorsqu'elle sépare un marais d'un village, préserve les habitants de ce dernier. On a expliqué le fait en disant que les arbres absorbaient le miasme paludéen, mais les chimistes qui savent combien il est difficile de laver un gaz, accepteront difficilement cette explication. Il est vraisemblable que l'air qui a rasé la surface du marais, et qui pourrait arriver presque intact à une grande distance, se trouve mélangé aux couches adjacentes par un rideau d'arbres, comme l'était la fumée dont nous parlions tout à l'heure, et que l'effet nocif se trouve d'autant atténué.

La fumée est employée dans le boucanage, pour la conservation des viandes ou poissons à moitié desséchés. Elle agit surtout en ce cas par la créosote qu'elle contient et qui est fermenticide. Ces procédés ont été décrits à l'article Aliment.

A part ces cas qui sont rares, la fumée constitue toujours une cause d'incommodité gênante et nuisible, tant par sa nature irritante que par le carbone qu'elle contient à l'état de liberté et qui, introduit dans les bronches, entrave la respiration.

Moyena de prévenir la fumée. C'est pour éviter ces inconvénients que, dans les villes, l'administration prescrit de surélever les cheminées au-dessus des propriétés environnantes. Ce palliatif étant insuffisant, on a essayé différents procédés fumivores qui peuvent rentrer dans les deux catégories suivantes :

Dans la première, on condense la fumée tenue en suspension dans les gaz briilés ; dans la seconde, le fourneau est disposé de manière à brûler la fumée qu'il produit.

Les procédés qui se rapportent à la première catégorie consistent à lancer dans le tuyau à fumée de l'eau sous forme de pluie. Cette méthode est peu efficace. Les chimistes savent, nous l'avons déjà fait remarquer, combien il est difficile de laver les gaz. Les fumées blanches qui se dégagent du phosphore mis en contact avec l'air, peuvent traverser plusieurs tubes de Liebig remplis d'eau, sans que les corps solides tenus en suspension dans le gaz soient absorbés par le liquide. En outre, ces injections ont l'inconvénient de refroidir les gaz brûlés et d'entraver le tirage qui doit les rejeter au dehors ; aussi cette méthode est-elle abandonnée.

Les procédés qui rentrent dans la deuxième catégorie reposent tous sur ce fait que les corpuscules suspendus dans les gaz brûlés, et qui causent l'opacité de la fumée sont formés par du carbone. Celui-ci, s'il est mis en contact avec l'oxygène de l'air aune température convenable, se transforme en acide carbonique, relativement inoffensif. Pour atteindre ce but, on a employé les dispositions suivantes :

1° La fumée produite dans les fourneaux ordinaires est brûlée par des jets d'air qui viennent déboucher par des ouvertures ménagées dans le fourneau, et qui sont animés par l'appel de la cheminée ;

2° L'air est injecté mécaniquement, et peut être ainsi ménagé quant à sa distribution avec plus de facihté ;

3° Le fourneau, de construction spéciale, comprend quelquefois des grilles mobiles, avec trémies pour la distribution du combustible. Le but à remplir est toujours de faire arriver l'air en quantité convenable, et avant que les par-

celles de charbon se soient refroidies. Dans le même but, on a proposé de renverser le courant d'air qui arrive par la partie supérieure du fourneau et s'échappe par le cendrier. On a également injecté dans le combustible un filet de vapeur qui entraîne mécaniquement une grande quantité d'air. La vapeur, dans ce cas, paraît décomposée en partie et fournit au contact du charbon de l'acide carbonique et de l'hydrogène qui brûle dès qu'il trouve le contact de l'air,

La manière dont le combustible est chargé dans le fourneau influe sur la quantité de fumée produite. Dans le chargement intermittent, chaque pelletée de charbon produit une quantité considérable de fumée noire et épaisse. C'est ce que tout le monde a pu remarquer pour les locomotives. Cet effet est dû au tassement du combustible qui oppose ainsi un obstable au passage de l'air, et au refroidissement causé par le combustible nouveau qui est froid. Cette dernière circonstance a pour effet d'abaisser plus rapidement la température des parcelles de charbon contenues dans la fumée, et d'augmenter ainsi les chances qu'elles ont d'échapper à l'oxygénation. Pour obvier à cet inconvénient, on a employé des distributeui's mécaniques, qui projettent le charbon dans le foyer d'une manière continue. Ces appareils ne remédient qu'en partie au mal ; ils ont l'inconvénient d'être dispendieux et fragiles; leur prix est élevé, et la dépense n'est pas en rapport avec les avantages qu'on en tire.

En résumé, on obtient d'assez bons résultats, au point de vue qui nous occupe, des appareils fumivores appliqués à la combustion du bois et de la tourbe. Pour la houille, la solution pratique du problème reste encore à trouver. L'élévation des cheminées est un palliatif utile. En dépit des ordonnances de police qui prescrivent aux industriels de Paris de brûler leur fumée, on peut, même au centre de cette ville, voir tous les jouis contaminer l'atmosphère par des torrents de fumée qui retombent à quelque distance de leur lieu de production. Le charbon que contient l'air est dans certains cas en assez grande quantité pour qu'on ait créé un mot spécial pour le désigner. A Lille, il s'appelle le noiret. L'éloignement des industries qui infectent ainsi l'air respirable est encore aujourd'iiui, et sera probablement toujours le remède par excellence. On peut encore utilement prescrire de n'employer dans certains cas que des combustibles ne donnant pas de fumée. Ces combustibles sont ordinairement préparés par distillation à vase clos. Ce que nous avons dit des causes de la production de la fumée suffit pour faire comprendre que si un combustible quelconque est «oumis à une température élevée en vase clos, tous les produits volatils qu'il contient naturellement, ou auxquels il peut donner naissance, lorsqu'on le chauffe, sont chassés. Il ne reste plus dès lors que du carbone pur et des sels terreux, et toute fumée disparaît. Tels sont le coke, le charbon de bois, et les houilles maigres, notamment celle de Charleroi. L'emploi de ces combustibles devrait cre imposé aux usiniers des quartiers luxueux de Paris, sans préjudice de l'élévation suffisante des cheminées. Voici, à titre de document, un extrait de l'Ordonnance de police qui enjoint de brûler la fumée :

Ordonnance du 11 novembre 1854 :

Considérant que la fumée des usines où l'on fait usage d'appareils à vapeur donne jouriiellenienl lieu à de vives réclamations;

Considérant qu'il existe plusieurs moyens pratiques et connus de brûler la fumée que

l'expérience a démontré que ces moyens peuvent facilement et à peu de frais être appliqués aux usines actuellement existantes-

DICT. ENC. i' s. VI. 22

Vu "l-les lois des 14 décembre 1189 (art. 50) et 16-24 août 1790, les arrêtés du gouvernement des 12 messidor an Vill et 3 brumaire an IX ;

2° Le décret du 15 octobre 1810 et l'ordonnance royale du 14 janvier 1815 concernant les «établissements dangereux insalubres et incommodes ;

3° L'ordonnance royale du 22 mai 1843 concernant les machines et chaudières à vapeur et l'instruction ministérielle du 23 juillet suivant;

4» L'arlicle 471, paragraphe 15 du Gode pénal;

5» Les rapports du Conseil d'hygiène publique et de salubrité du département de la Seine, et notamment celui du 9 juin 1854 (rapporteur, M. Vernois) ;

Ordonnons ce qui suit :

I. — Dans le délai de six mois, à partir de la présente ordonnance, les propriétaires d'usines où l'on fait usage d'appareils à vapeur seront tenus de brûler complètement la fumée produite par les fourneaux de ces appareils, ou d'alimenter ces fourneaux avec des combustibles l'e donnant pas plus de fumée que le coke ou le bois.

H. — Les contraventions aux dispositions qui précèdent seront déférées aux tribunaux compétents.

III. — Les sous-préfets des arrondissements de Sceaux et de Saint-Denis, les maires

sont chargés de tenir la main à l'exécution de la présente ordonnance qui sera imprimée et affichée.

Le -préfet de police,

PlÉTBI.

Bibliographie. — CoBDiF.n. Notice sur le chauffage des machines à vapeur, appareil fumi- Vore. In Annales des mines, t. II, 1" série, 1837. — Payex. Appareil fumivore. In Bulletin de la Société d'encouragement, 1840. — Combes. Rapport irès-étendu sur les moyens de prévenir la production de la fumée dans les foyers oii l'on consomme de la houille. Expériences faites à ce sujet à la pompe à feu de Chaillot, à l'Entrepôt des marbres et à la Manufacture des tabacs. — Conseil d'hygiène puhli(]ue et de salubrité du département de la Seine: séance du 9 juin 1854. Rapport de M. Vernois sur la nécessité d'imposer des appareils fumivores à tous les directeurs d'usine. — Notice insérée au Bulletin de la Société cV encouragement pour l'industrie nationale; mars 1855. Cette notice a pour objet la description des procédés employés pour brûler la fumée. — Instruction du Conseil d'hygiène publique et de salubrité sur les moyens d' empêcher la production de la fumée, et d'en opérer la combustion : séance du 27 avril 1853. Combes, rapporteur. — Rapport de M. Combes sur le même sujet au Conseil d'hygiène en 1859. Coulier.

FViVlÉE (Adam). Médecin français, né à Tours en 1450, étudia la médecine à Montpellier et y prit ses degrés. Le roi Cliarles Vil le choisit pour son premier médecin et lui accorda tout d'abord de grands avantages; mais ce malheureux prince, dont le caractère sombre et défiant est bien connu, soupçonna Fumée de l'avoir empoisonné, à l'instigation du dauphin, et le fit mettre en prison. Le dauphin, devenu Louis XI, l'en tira, le prit à son tour pour son premier médecin et le nomma maître des requêtes; il le désigna même pour être un des commissaires chargés d'instruire le procès des personnes accusées d'avoir fait évader le comte de Roucy, retenu prisonnier au château de Loches. Les relations intimes de Fumée avec Louis XI n'ont pas été sans porter quelque atteinte à la réputation de ce médecin. Dans un mémoire historique sur Charles VIII, inséré aux Archives curieuses de Vhistoire de France (t. I, p. 174), on lit à son sujet : « Adam Fumée, maistre des requestes du mesme Louis XI, fut par luy fait garde des sceaux et exerça cette charge depuis l'an 1479 jusqu'en 1485... 11 fallait bien que ce fust un habile homme, et qui entendist mieux le Tacite que le Galien, pour avoir subsisté sous Louis XI. L'on a soupçonné qu'il (le roi) s'en servoit à faire des coups secrets ».

Fumée resta en faveur auprès de (parles VIII, qui en fit son garde des sceaux; mais il ne fut jamais chancelier, comme on l'a prétendu. Il mourut à Lyon, en 1494, laissant plusieurs enfants qui se sont distingués dans la magistrature ou le clergé, et n'ayant rien écrit sur la médecine. L. Hn.

FUMETERRE (botanique). 339

FL'METERRE {Fumaria T.). § I. Botanique. Geiirc (le plantes, do la famille des Papavéracées, qui a donné son nom à une tribu {Fumariées) de cette famille, souvent élevée au rang de famille sous le nom de Fumariacées. Les Fumeterres ont des fleurs hermaphrodites irrégulières et àréccptacle convexe. Leur calice est formé de deux petits sépales squamiformes, souvent incolores ou pétaloïdes, caducs. Leur corolle est double composée de deux pétales extérieurs, alternes avec les sépales, et de deux sépales intérieurs, alternes avec les précédents. Le périanthe est donc construit sur le type 2 répété. Les pétales extérieurs sont dissemblables : l'un plan, et l'autre gibbeux ou éperonné au-dessus de sa base. Quant aux pétales intérieurs, ils sont semblables, pourvus sur la ligne médiane d'une carène ou d'une aile dorsale, et plus ou moins cohérents l'un à l'autre par leur portion supérieure qui a souvent la forme d'un cuilleron. Les étamiups, au nombre de dix, sont réunies en deux faisceaux opposés aux pétales extérieurs. Leurs filets sont, dans chaque faisceau, unis dans une assez grande étendue, souvent aplatis et dilatés inférieurement, et leurs ani hères extrorses sont, dans chaque faisceau, la médiane biloculaire, et les latérales uniloculnires. En réalité, et comme le démontre la comparaison qu'on peut fane de la Heur des Hypecoum avec celle des Fumeterres, les deux anthères uniloculaires marginales de chaque faisceau représentent chacune une loge disjointe de l'authèrc réellement biloculaire qui serait superposée à l'un des pétales intérieurs. Dans un des faisceaux, le filet médian présente ordinairement en bas etendehors une saillie calicifornie qui se loge dans l'éperon correspondant d'un des pétales extérieurs. Le gynécée supère se compose d'im ovaire uniloculaire, surmonté d'un style grêle, dont l'extrémité sligmalilere se dilate d'une façon variable, souvent en deux lobes alternes avec les placentas, ou en quatre lobes dont deux sont superposés aux placentas. Ceux-ci sont pariétaux et superposés aux pétales intérieurs. Mais l'un deux est stérile; et l'autre, seul fertile, porte près de la base un seul ovule dont le micropyle est inférieur et intérieur. Le fruit est une petite drupe dont l'exocarpe mince finit par se dessécher, et dont le noyau indéhiscent renferme une graine, souvent arillée, albuminée. Les Fumeten'es sont des herbes, souvent humbles et annuelles, parfois grimpantes, à feuilles alternes, fréquemment glauques, multiséquées, dont les segments sont d'ordinaires étroits. Les fleurs, petites, souvent peu éclatantes, ordinairement blanches, roses ou rouges, sont disposées en grappes terminales ou oppositifoliées. Ces plantes habitent l'Europe, l'Asie, le nord et le sud de l'Afrique; on en admet une quarantaine d'espèces qui, d'après les auteurs les plus récents, ne sont souvent que des formes ou des variétés d'espèces dont le nombre pourrait être réduit à une demi-douzaine.

L'espèce la plus commune et en môme temps la plus employée chez nous, est la Fumeterre officinale {Fumaria of/icuialis L., Spec, 984), ou Fiel de terre, Pisse-sang, Lait battu. Pied de poule, de géline, etc. Mais on peut indifféremment employer les Fumaria spicata L., Vaillaiitii DC, parviflora Lamk, capreolata L., etc. Toutes sont des herbes vulgaires, qui croissent dans les jardins, les moissons, les champs en friche. Elles donnent, dit-on, beaucoup de potasse' par incinération ; elles teignent en jaune la laine et la soie et donnent avec le sulfate de fer une encre d'un assez beau noir.

Le Fumaria bulbosa L. est un Corydalis, de même que le F. lutea L. et le F. solida L. H. Bn.

Bibliographie. — TooRNEFORT,/«i<. Rei herb . , ^21 , t. 237. — L.,Geii., n.849. — Reichc, Icon.

540 FUMETERRE (emploi).

FI. germ., 111, t. IV. — Guib., Drog. simpl., éd. 7, III, 'ÎOl. — Mér. et Del., Dict. Mat. méd., III, 310. — Gaz., PI. méd. ind., éd. 3, 457. — Benth. et Hoor., Gen., I, 56, n. 24. — RosENTH,, Syn. plant, diaphor., 628. — H. Bâillon, Hist. des plant., 111, 121, 127, 137, 144, fig. 142, 159-165.

§ II, Emploi médical. PHARMACOLOGIE. L'espèce employée eu médecine est la Ftimaria ofjicinalis (F. vulgaire, fiel de terre, pied de géline), à laquelle on substitue parfois la F. parviflor-a et quelques autres espèces, telles que les F. média et capreolata, dont les propriétés ne seraient pas pourtant complètement identiques, d'après A. Steinheil et F.-J. Cazin {Plantes méd. indigènes, p. 459 de la 5" édit.). On utilise la plante entière, dont la récolte se fait en juin, au moment de la floraison.

A peu près inodore tant qu'elle est entière, ou d'une odeur herbacée (disent les auteurs) quand ou l'écrase, la fumeterre fraîche a une saveur amère et légèrement acre, désagréable en somme, et que la dessiccation augmente encore. Elle renferme un alcaloïde particulier, la fumarine, un acide volatil, cristallisable, de l'acide fumarique analogue à l'acide paramaléique (C*ilO-.IIO, en éq.), sous forme de fumarate de potasse, des matières extractives et résineuses (?) et, d'après Barbier {Mat. méd., t. I, p. 381), une assez grande quantité de malate de chaux, que l'on voit cristalliser à la surface de l'extrait; elle contiendrait aussi une matière tannique, à en juger par la teinte noire que prend son infusion au contact d'un protosel de fer.

Formes -pharmaceutiques et doses. A Vinlérieur, on emploie la fumeterre en infusion et en décoction (de 20 à 60 grammes par litre d'eau, de vin ou de bière) on utilise surtout le suc retiré de la plante fraîche, et dépuré, soit en nature, seul ou mélangé avec le suc d'autres plantes ou avec du petit-lait (de 30 à 200 grammes par jour), soit sous forme de sirop, fait avec 1000 grammes de suc et 1000 de sucre (de 30 à 100 giammes dans une potion), soit concentré en extrait ou conserve. L'extrait, que l'on peut également obtenir en épuisant la plante sèche par l'eau bouillante, se prescrit à la dose de 2 à 10 grammes, en bols, pilules, en potion, etc. A l'extérieur, on se sert de la décoction, pour des fomentations, du suc délayé dans de l'eau, et de l'herbe en cataplasmes.

La fumeterre entre dans le sirop de chicorée ou de rhubarbe composé et dans un certain nombre de sirops dits dépuratifs ou antiherpéliques ; son suc, associé à parties égales de suc de feuilles de chicorée, de cresson ou de laitue, constitue le suc d'herbes du Codex ; elle faisait, en outre, partie d'un certain nombre de préparations, aujourd'hui délaissées, telles que la Confection Hameck, les pilules dites angéliques, l'électuaire de séné, etc.

Thérapeutique. L'usage médical de la fumeterre remonte à une assez haute antiquité : il n'en est pas fait mention dans la collection hippocratique, non plus que dans Théophrctsle ; mais celte plante est décrite sous le nom de /.a-nw; ou ■/t«7rviov par Dioscoride (liv. IV, chap. cv) et sous celui de fumaria par Pline {Hist. nat., liv. XXV, chap. xiii), qui en distinguent même deux espèces, dont une serait analogue au corydalis de Galien, tandis que l'autre ressemblerait à la coriandre : c'est cette dernière qui répond à la fumeterre des modernes. Que la fumeterre doive sa dénomination au larmoiement, que son suc introduit dans l'œii y provoque comme la fumée, ou au goût de fumée et de suie qui caractériserait ce suc, c'est ce que des auteurs ont gravement discuté, sans parvenir à éclaircir complètement cet important sujet; ils n'ont pas été plus d'accord sur ces qualités élémentaires, les uns la considérant comme entièrement froide,

FUMIERS. ÔU

tandis que d'autres, après Mesué, lui reconnaissent une certaine chaleur superficielle qui la rend sèche au second degré, sa graine étant chaude !

Vantée d'abord comme moyen d'éclaircir la vue et de reconlorlcr l'estomac en même temps que de résoudre les obstructions viscérales, surtout celles du tbie, d'évacuer la bile par les urines et de relâcher l'inlestin (Galien, de simpl. med. liv. VII, chap. v), la fumeterre prend une importance avec Sérapion, Avicenne, Mesué. Indépendamment des propriétés qui précédent, ce dernier lui reconnaît une vertu dépurative qui la rend propre à la guérison des dartres, des chancres etc. (Voir ^imon Pauli, Quadr. botaii., p. 63, et les Commentaires de Matthiole sur Dioscoride, p. 418 de l'édit. de 1605). D'autres ont encore renchéri sur ses remarquables propriétés et l'ont déclarée antiacide, tonique, emménagnguc, tsenicide, antiscrofuleuse, antiscorbutique, etc. Au nombre de ceux-ci se trouvent des hommes comme Hoffmann, Rivière, Boerhaave, etc.

La fumeterre n'a aucune supériorité sur les autres agents de cette classe : les fumarates paraissent se transformer dans l'économie en carbonates, ainsi qu'un certain nombre d'acides végétaux; il n'y aurait donc rien d'étoni>ant à ce que les préparations de fumeterre fussent de quelque utiUté dans le scorbut, mais il n'y aurait aucim motif de lui accorder la préférence sur d'autres végétaux, en ce cas. •

11 n'en serait pas de même pour les propriétés antiherpétiques que la plupart des auteurs lui attribuent. Le nombre et la valeur des témoignages qui attestent son eftîcacité dans les maladies herpétiques, et spécialement dans la cure de la lèpre et du radesyge, d'après Leiilenfrost, Thomson, Bodarcl, etc. (cités par Chaumeton, Flore médic.) doivent d'autant plus engager à de nouvelles recherches dans ce sens, qu'une espèce d'un genre voisin, le Corydalis formosa, est très-employée aux États-Unis contre la syphilis et les maladies de la [leau, herpétiques ou scrofulcuses.

Dans ces cas, elle peut être prescrite en applications topiques et à l'intérieur.

Nous avons déjà dit que les propriétés des F. capreolala et média différaient d'après Steinheil de celles du F. officinalis. Leur saveur, acre et brillante, au lieu d'être franchement amère, avait porté cet auteur à supposer que c'était à ces espèces que devaient appartenir les venus laxatives dont les anciens auteurs avaient doué la fumeterre, et Gazin a vérifié cette supposition. Jusqu'à plus ample juformé, il faut donc s'en tenir à l'usage de la F. officinalis, dont les propriétés sont mieux connues.

Ilannon, à qui nous devons quelques recherches thérapeutiques sur Va fuma rine, prétend que cet alcaloïde est modérément excitimt à la dose de 2 à 3 centigrammes, et irrritant, puis hyposthénisant à celle de 2^ centigrammes, mais, à la façon du quinquina et du sulfate de quinine [Presse méd. belge, 1857, cité par Gazin). C'est encore un sujet à revoir.

Enfin, une autre espèce de fumeterre, la bulbeuse {Corydalis bulbosa DG.), contient de l'amidon dans sa racine, qui sert de nourriture aux Kalmoucks. Wackenroder en a retiré un princi[ie immédiat, la corydaline, formant avec les acides des sels cristallisables {voy. Gorydaline) qu'on a retrouvée dans la serpentaire de Virginie ( Aristolochia serpentaiHaVf'Md.) et qui été préconisée en Amérique comme fébrifuge. El. IIamelin.

FUMIERS. Voy. Habitations et Rorale (Hygiène).

FUiraiGATlOXS. Fumigatio (de fumigare, réduire en fumée, enfumer). suffitus, suffimenhim. Se dit de la production, sous l'influence de la chaleur et aux dépens d'une ou de plusieurs substances, de fumées, de gaz et de vapeurs qui se mélangent librement à l'air dans un espace clos, plus ou moins grand. Nous n'avons pas à nous occuper ici de ce qu'on appelle les fumigations hygiéniques ou désinfectantes, destinées, soit à détruire un miasme, soit à faire disparaître une mauvaise odeur, et dont il sera traité à l'article DésiiNFEction. Nous n'avons en vue que les fumigations faites dans un but thérapeutique, et qui consistent dans l'application de gaz ou de vapeurs sur une partie du tégument externe ou sur les parties accessibles des muqueuses, conjonctive, pituitaire, muqueuse du pharynx, du larynx et des bronches, muqueuse rectale, vaginale ou utérine. Les bains de vapeurs par encaissement et les bains de vapeur partiels ne sont autre chose que des fumigations de vapeurs d'eau générales ou partielles ; ils ont été décrits déjà à l'article Bains ; nous n'y reviendrons pas ici.

L'introduction dans les voies respiratoires de vapeurs qui se dégagent à la température ordinaiie ou à la simple chaleur de la main, telles que les vapeui's de chloroforme, d'éther, etc., les inhalations de gaz purs ou mélangés à l'air, oxygène, chlore, iode, etc., l'inhalation de liquides médicamenteux pulvérisés à l'aide d'appareils spéciaux, etc., tous ces moyens thérapeutiques sont ou seront traités dans des articles spéciaux [Yoy. Ainesthésie, Inhalations, Pulvérisation, etc.). Enfin il existe une différence notable entre les fumigations et les douches de vapeurs composées, c'est-à-dire de vapeurs d'eau chargées de substances médicamenteuses, et projetées avec plus ou moins de force sur les parties malades [voy. Douches).

Composition des fumigations. On dislingue les fumigations en humides et en sèches, suivant qu'elles renferment un liquide en vapeur ou qu'elles n'en renferment pas. Les premières sont essentiellement constituées par des vapeurs aqueuses ou alcooliques, employées comme telles ou servant de véhicule à quelque autre substance médicamenteuse. Les fumigations sèches, au contraire, consistent en fumées ou en gaz obtenus par la combustion de principes médicamenteux ou de substances qui en sont imprégnées. L'énumération des substances en usage chez les anciens, dès les temps hippocratiques, serait fort longue et n'offrirait aucune intérêt pratique. Nous nous bornerons à mentionner rapidement les principaux agents actuellement employés dans les fumigations thérapeutiques, en constatant de prime abord que colles qui avaient pour base des matières animales, telles que corne, fiente, urine, graisses, poils, etc., ne sont plus aujourd'hui d'aucun usage ; il n'y a guère d'exception que pour le musc, le castoréum et l'ambre gris.

Le règne végétal, en revanche, est encore assez largement mis à contribution. Ainsi, comme espèces émollientes, on emploie entre autres la mauve, la guimauve, la pariétaire, le bouillon-blanc, la graine de lin, etc. ; parmi les plantes aromatiques, on emprunte un grand nombre d'espèces aux familles des Labiées, des Ombellifères, des Composées, des Crucifères, des Rosacées, des Orchidées, des Valérianées, elc, etc., sans compter les huiles essentielles tirées de ces plmtes ; de même les plantes vireuses ou narcotiques, telles que la jusquiame, la belladone, la stramoine, la morelle, la douce-amère, la ciguë, etc., fournissent aux fumigations leurs feuilles ; les diverses espèces de pavots, leurs

FUMIGATIONS. 3io

fleurs ou leurs fruits, etc. ; eufin, on utilise, pour leurs propriétés toniques, les décoctions de roses de Provins, d'écorce de grenarlier, de chêne, de quinquina, etc., ou divers produits extraits de ces végétaux, tels que le tannin, l'acide gallii|ue, les sels de quinine, etc.

Cependant, c'est le règne minéral qui fournit aux fumigations leurs agents les plus importants et les plus précieux : l'ammoniaque, le chlore, l'iode, le soufre, le calomel, le cinabre, le sublimé corrosif, l'hydrogène sulfuré, l'acide sulfureux, etc., dont nous étudierons plus loin l'action spéciale, irritante ou caustique, etc. D'après les expériences de MM. Bremond, tous les médicaments solubles dans l'eau, iodure de potassium, bromure de, potassium, cidorure de sodium, sels de mercure, sels arsenicaux et ammoniacaux, sulfures, etc., peuvent former la base de fumigations, par vaporisation de J'eau qui les tient en dissolution.

Mais l'emploi de quelques-uns de ces agents présente certaines particularités intéressantes ou exige certaines précautions qu'il importe de faire connaître dès ■maintenant.

Ainsi, le soufre, projeté sur une plaque métallique chauffée vers 110 degrés, ne donne lieu à un dégagement de vapeurs de soufre qu'à l'abri du contact de l'air ; si la plaque est chauffée vers 150 degrés, et qu'en même temps on dirige sur elle un courant d'air, une partie seulement du iioufre se réduit en vapeur, le reste brùle en donnant naissance à de l'acide sulfureux ; les appareils doivent donc être construits de telle façon que l'on puisse obtenir à volonté l'un ou l'autre ■de ces deux produits.

Gales faisait brûler le soufre avec du salpêtre et dans ces conditions obtenait, grâce à l'action oxydante du nitrate de potasse, un dégagement plus abondant d'acide sulfureux ; mais en même temps des vapeurs nitreuses se dégagent et font passer une partie de cet acide sulfureux à l'état d'acide sulfurique, de sorte que la fumigation se compose d'un mélange d'acide sulfureux, d'acide sulfurique et de vapeurs nitreuses. On voit dès lors qu'il n'y a pas grand avantage à •activer la combustion du soufre au moyen du salpêtre.

Pour les fumigations mercurielles, on emploie soit le cinabre, soit le calomel, soit enfin le sublimé corrosif. Le cinabre, chauffé en vase clos, se volatilise sans subir de décomposition, mais au contact de l'air, il donne lieu à un dégagement d'acide sulfureux et du mercure se trouve volatilisé en grande quantité. Le calomel ne se décompose pas facilement par la chaleur et se volatilise aisément; un courant de vapeur d'eau facilite sa volatilisation. Cependant en projetant du calomel sur une plaque de porcelaine bien chaude, on obtient du mercure métallique et des vapeurs de sublimé mélangées aux vapeur de calomel. Enfin, le sublimé corrosif doit être préalablement broyé avec du sable ou du verre pilé, puis placé dans une capsule de verre et chauf té avec précaution jusqu'au rouge; sa volatilisation a lieu nssez aisément sous l'influence d'un courant de vapeur d'eau. Jadis, on employait d'autres préparations mercurielles, associées ou non à de l'oliban, du sucre, etc. Nous n'avons rien à en dire ici.

Nous ne dirons rien non plus des fumigations arsenicales, que leurs inconvénients graves ont fait proscrire à peu près coniplétemeiit de la thérapeutique fumigatoire.

Appareils a fumigations. Dans un grand nombre de cas, des appareils

344 FUMIGATIO>'S.

spéciaux ne sont pas nécessaires ; c'est ce qui a lieu chaque fois que les vapeurs se dégagent spontanément ou par la simple chaleur de la main, comme pour l'éther, l'ammoniaque, l'acide acétique, la teinture d'iode, etc., ou lorsqu'il s'agit simplement d'imprégner de certains gaz ou vapeurs l'atmosphère d'un espace clos. Pour certaines fumigations sèches, on se contente de projeter l'agent médicamenteux sur une pelle, une plaque, une pierre chaudes dans le voisinage du malade, ou bien on se sert d'un cornet en papier ou d'un entonnoir pour diriger la vapeur formée sur la partie malade, peau ou muqueuse ; d'autres fois, s'il s'agit d'inhalations, il suffit d'aspirer, la bouche ouverte et la tête couverte d'un linge, les vapeurs qui se dégagent d'une décoction bouillante renfermée dans un vase. Ajoutons encore que, lorsqu'on a affaire à des vapeurs, qui n'exercent aucune action fâcheuse sur la muqueuse des voies respiratoires ou de la conjonctive, l'appareil le plus simple, celui que l'on peut construire avec des objets que tout le monde a sous la main, est le meilleur. Dans un grand nombre de cas, il suffit, par exemple, de soulever avec un arceau les couvertures du lit et de faire arriver avec un tube sous ces couvertures, les vapeurs produites par le liquide en ébuUition. Un tonneau, un sac de toile cirée, une grande caisse, des tubes et un fourneau, dit Ratier,. peuvent servir, pour peu qu'on ait d'adresse et de sagacité, à disposer de diverses manières un appareil fumigatoire très-suffisant.

Il n'en est plus de même quand il s'agit de préserver la tète contre les vapeurs qui se dégagent. Dans la construction des appareils â fumigation, il faut alors se laisser guider par ce double principe, qu'une partie seulement du corps soit exposée à la vapeur, et que l'introduction des agents médicamenteux dans le générateur soit aisée, en même temps qu'on en règle facilement la température.

Dans la description succincte que nous allons donner des principaux appareils employés, nous suivrons surtout ï Arsenal de la chirurgie de M. Gaujot (p. 121 etsuiv.), mais en laissant de côté les appareils employés purement dans l'administration des douches de vapeur.

Le procédé de Y enveloppement, très-anciennement usité, consiste à envelopper la partie du corps, sur laquelle doit agir la fumigation, dans une couverture de laine, enroulée soit autour du cou, soit autour du tronc, soit enfin autour d'un merabie ou d'une portion d'un membre. Une cage en osier supportée par des montants ou un arceau maintiennent la couverture à distance et orment la cavité ; par-dessus la couverture, on place une espèce de manteau de caoutchouc ou de toile cirée, ou à leur défaut un drap de lit ordinaire. Mais quand il s'agit de gaz ou de vapeurs irritantes, exerçant une action fâcheuse sur les voies respiratoires ou sur la conjonctive, on fera bien d'avoir recours à des procédés plus perfectionnés, car l'enveloppement n'est jamais assez parfait pour que les gaz ou les vapeurs ne s'échappent pas|dans l'atmosphère.

L'usage des boîtes à fumigations est également ancien. Ambroise Pai'é (OEuvr. compL, éd. Malgaigne. Paris, 1840, t. fl, p. 568 et t. III, p. 002) en représente divers modèles, entre autres un tonneau et une cuve à double fond avec sa marmite et ses tuyaux. Les boîtes en usage de nos jours sont en bois, de forme cubique, ayant environ l'",50 de hauteur, et dont l'un des côtés est mobile sur une charnière et peut servir de porte. Le malade se tient assis sur une chaise percée, que l'on peut hausser ou baisser à volonté. La paroi supérieure de la boîte est percée d'une ouverture pour laisser sortir la tète et le

cou ; une serviette entourant le cou intercepte l'intervalle laissé entre lui et les bords de l'ouverture.

Appliqué aux fumigations sèches et principalement aux fumigations sulfureuses, cet appareil a été modifié par Gales {Essai sur le diagnostic de la gale — Paris, 1812, in-4. — Mém. etrapp. sur les fumigations sulfureuses. Paris, 1816, 1824), qui adaptait à l'orifice supérieur une sorte de capuchon en peau, dont les bords, se joignant exactement autour du visage et s'attachant au-dessus du menton du malade, lui permettaient de respirer librement l'air de l'appartement, sans être nullement incommodé par les vapeurs irritantes. Mais dans ces sortes de boîtes, les produits de la combustion du charbon qui sert à volatiliser les substances médicamenteuses se ti'ouvent mêlés avec les vapeurs qui s'en dégagent, et le mélange sort par une cheminée unique adaptée à la partie supérieure de l'appareil.

C'est pour parer à cet inconvénient que D'Arcet remplaça le réchaud que l'on plaçait auparavant sous le siège du malade par un poêle dont le foyer se trouve à l'extérieur de la boîte, et dont le tuyau chauffe la boîte qu'il traverse et va se rendre ensuite dans la cheminée de l'appartement ; un autre tuyau adapté à la partie inférieure de l'appareil sert à l'issue des vapeurs médicamenteuses.

Les appareils de Jurineet Triayre servent surtout aux bains de vapeur, mais on peut les utiliser pour toutes sortes de fumigations, en faisant tomber sur la brique rougie au feu, qui sert de foyer de chaleur, la substance à volatiliser, dont les vapeurs sont alors amenées dans la boîte par un tuyau spécial.

'L'appareil de Rapou n'est qu'un perfectionnement des précédents ; la boîte à fumigations est divisée en deux compartiments, un inférieur qui sert de réservoir, un supérieur où se place le malade. La séparation est établie par une planche de cuivre, qui présente une grande soupape à coulisse, mue du dehors, pour permettre ou intercepter à volonté la communication, suivant que l'on veut administrer des vapeurs sèches ou humides. La partie supérieure ouvre en devant et de manière à renfermer le malade jusqu'au cou ou seulement jusqu'à mi-corps ; elle offre en plusieurs points des ouvertures qui servent à y plonger un seul membre. La vapeur arrive dans la caisse par trois tubes afférents, l'un qui amène de la vapeur sèche, les deux autres de la vapeur humide; enfin il existe trois tubes efférents, munis comme les premiers de soupapes et de robinets.

Rapou avait encore imaginé un éolipyle muni, outre le tuyau de décharge, d'un tuyau long et coudé permettant de conduire la vapeur.

L'appareil de Rioux est une sorte de bouilloire en cuivre assez compliquée, construite sur un petit modèle et pouvant être aisément placée sous des couvertures ou dans un lit ; mais il présente l'inconvénient d'être coûteux.

L'appareil de Mauroy, plus simple, fonctionne d'après le principe des bouilloires ordinaires et permet de diriger à volonté la vapeur sur telle ou telle partie du corps. L'appareil portatif de Lécuyer, d'une construction analogue, se compose : l^d'un réchaud; 2° d'une bouilloire sphérique sur laquelle s'adapte le tube conducteur de la vapeur; 5" de deux boîtes pouvant contenir des aromates.

Quand il s'agit simplement de faire arriver la vapeur sur une partie du corps d'un malade retenu dans le lit, on peut tirer parti du petit appareil fort simple, que Chaussier imagina pour combattre l'asphyxie des noyés. Il consiste en une

bouilloire de fer blanc, dont le couvercle a la forme d'un entonnoir renversé, terminé par un large tuyau qui le coupe à angle obtus. L'extrémité de ce tuyau, inclinée de bas en baut, est introduite dans le lit sous les couvertures, qui sont relevées par un cerceau et disposées de manière à circonscrire la partie du corps sur laquelle doit agir la vapeur. La bouilloire est placée sur un fourneau ordinaire pour entretenir l'ébullition; l'eau est introduite à volonté par une ouverture du couvercle fermée par uu bouchon.

Nous devons également une mention à l'ingénieux appareil de Diwal, surtout disposé pour donner des douches de vapeur ou des fumigations sous les couvertures d'un lit ou par le procédé de l'enveloppement. Il consiste essentiellement en une lampe à alcool à quatre becs, placée dans l'étage inférieur d'un fourneau, dont l'étage supérieur est occupé par une petite bassine en cuivre contenant de l'eau et surmontée d'un réservoir de fer-blanc, à paroi criblée de trous, qui renferme les substances que doit traverser la vapeur d'eau. Le tout est recouvert d'un entonnoir, quand il s'agit de fumigations. Cet appareil présente l'avantage de permettre de régler facilement le degré de chaleur d'après la quantité de vapeur nécessaire.

Tous ces appareils peuvent, avec certaines modifications, servir à l'administration des douches de vapeur. C'est pour ce motif que nous en avons parlé avant de décrire les appareils spécialement affectés aux fumigations.

Appareils à fumigations spéciales. Nous les distinguerons en deux catégories, suivant que les fumigations sont destinées à agir sur la peau ou sur les muqueuses.

1" Fumigations sur lapeau. Les appareils dont nous avons donné ci-dessus une description sommaire, peuvent servir en général dans les fumigations cutanées; souvent même le procédé par l'enveloppement est suffisant.

Mais, dans certains cas, des appareils spéciaux sont nécessaires. Ainsi H. Lee {Lancet, mars 1857, et Bull, dethérap., t. LU, p. 285, 1857), ayant reconnu que les vapeurs de calomel agissent avec plus d'efficacité, quand elles sont humides, eut l'idée de se servir de deux lampes, l'une pour volatiliser le calomel, l'autre pour faire bouillir l'eau ; car pour volatiliser le calomel, il faut une chaleur plus grande que pour vaporiser l'eau. Il en résultait une grande dépense d'appareils et d'alcool. Pour parer à cet inconvénient, Biaise a construit une lampe qui répond au double objet qu'on se propose. Elle consiste en un support circulaire percé de trous, garni d'une poignée et muni d'une ouverture par laquelle on introduit une petite lampe à alcool à large mèche. La flamme de cette lampe vient frapper sur une soucoupe circulaire contenant de l'eau et ayant une concavité centrale dans laquelle une cupule de métal contient le calomel. La chaleur fait à la fois bouillir l'eau et volatiliser le calomel. La plus grande soucoupe est faite en métal d'une seule pièce et entourée de cuivre galvanisé. 50 centigrammes de calomel, dose qui doit être volatilisée, placés sur la soucoupe centrale, demandent dix-huit minutes pour être entièrement réduits en vapeur. Pour faire ces fumigations, le malade s'assied nu sur une chaise, puis il est enveloppé d'une couverture et la lampe allumée est placée entre ses jambes ou sous sa chaise.

M. Langlebert [Traité théorique et pratique des maladies vénériennes. Paris, 1884. p. 600) a imaginé un appareil analogue, construit en vue d'opérer le dégagement simultané de la vapeur d'etu et des vapeurs de cinabre. 11 consiste essentiellement en un manchon de cuivre, rempli d'eau, au-dessous duquel est

placée une lampe à alcool. Ce manchon présente au centre une ouverture qui laisse passer la flamme de la lampe et lui permet d'arriver ainsi sous une capsule de tôle contenant le cinabre ou toute autre substance fumigatoire. En même temps qu'elle détermine la volatilisation du cinabre, la flamme, en traversant le manchon, échauffe l'eau qu'il contient à un degré suffisant pour produire un dégagement de vapeur ; celle-ci s'échappe par quatre trous latéraux disposés à cet effet. Pour se servir de Tappareil, on verse de l'eau dans la chaudière et l'on allume la lampe à alcool. Dès que la vapeur commence à se dégager par les tubes, on met dans la capsule 8 à 10 grammes de cinabre, et l'on place l'appareil entre les jambes du malade, assis sur le bord d'une chaise et entouré d'une couverture de laine fixée autour du cou. La fumigation doit durer de quinze à vingt minutes.

Plus récemment, Churchill, dans le but d'appliquer les fumigations humides de calomel sous les couvertures du lit, soulevées par un arceau, a imaginé un petit appareil très-simple qu'on peut placer à l'intérieur de la lanterne dont se servent les gardiens de nuit anglais [watchmans candle-lamp) , au-dessus d'une lampe à esprit de vin occupant la place de la chandelle ; c'est un petit bassin métallique renfermant de l'eau et portant en son centre une partie saillante, entourée d'eau et sur laquelle on met le calomel destiné à être vaporisé. S'il est utile que les vapeurs arrivent dans les voies respiratoires, le malade n'a qu'à mettre la tête sous les couvertures.

Rappelons ici que, dès 1850, Langston Parker employait des fumigations mercurielles humides, mais il se servait de deux lampes : une lampe de Berzélius, vaporisant l'eau dans une bassine de cuivre, et une lampe à alcool volatisant la préparation mercurielle sur une plaque en cuivre.

Enfin, les docteurs L. et E. Bremond {Absorpt. cutanée. Evpér. physiol. et applic. the'rap. Paris, 187o, in 8") ont imaginé un appareil qui, d'après eux, offre l'avantage de permettre d'adxninistrer les vapeurs médicamenteuses, en fumigations générales, à des doses bien définies; au moyen de cet appareil, nonseulement les substances volatiles, mélangées aux vapeurs d'eau, restent dans la boîte à fumigations, pendant toute la durée de l'application, dans les proportions voulues et s'y trouvent uniformément distribuées, mais encore les agents non volatilisables y sont entraînés d'une façon régulière et continue, dans le courant de vapeur.

L'appareil en question se compose d'un générateur portatif oij se produit de la vapeur d'eau à la pression de deux atmosphères. Ce générateur est muni de deux prises de vapeur garnies de robinets ; l'une de ces prises de vapeur permet d'élever à 40 degrés la température de la cage, dans laquelle se trouve le malade, pour commencer l'opération ; l'autre est munie d'un tuyau qui vient se fixer sur une des petites branches d'un tube en Y, dont la seconde petite branche • est terminée par un cône, percé d'un trou de 0'"'",1 de diamètre. Sur cette dernière branche vient se raccorder le tube d'un pulvérisateur de Mathieu, au moyen duquel on peut projeter une solution médicamenteuse dans la grande branche de l'Y qui va s'ouvrir, en s'évasant en entonnoir, dans une cage en bois dans laquelle est assis le malade. Grâce à cette disposition et à l'emploi du pulvérisateur, on peut doser le médicament, en accélérer ou en ralentir le débit, suivant la température obtenue dans la cage.

Pour les services hospitaliers, on peut remplacer le pulvérisateur par une bouteille en grès, qui renferme le médicament ; le bouchon porte un tube qui,

plongeant jusqu'au fond, vient se recourber en siphon et s'engager dans un de» robinets d'une boîte, où l'on amène la vapeur du générateur. La vapeur d'eau, échauffant progressivement le liquide, produit une pression sur l'eau médicamenteuse qui s'échappe par le siphon. Au moment où le médicament commence à être projeté dans le robinet, on l'ouvre et, par ce procédé, la distribution! du médicament se fait d'une façon automatique.

Appareil à fumigations sèches de Toogood Doivning. Cet appareil a été imaginé par Toogood Downing [Lancet, 1849 et Bulletin de thérapeut.^ t. XXXVI, p. 251, 1849) pour faciliter l'application des fumigations sèches, narcotiques ou excitantes, au traitement des névralgies. D'une construction très-simple, il se compose d'un cylindre dans lequel sont brûlées les substances végétales employées, d'un soufflet pour faire passer un courant d'air à travers le foyer et de tubes ou de cônes servant à diriger le courant de fumée. Le foyer cylindrique, en argent, présente à sa partie inférieure une plaque métallique perforée d'un grand nombre de trous, sur laquelle on place les matériaux à brûler. Au-dessous de cette plaque, se trouve une ouverture spéciale, à laquelle s'adapte l'une des extrémités d'un tube flexible, en relation à son autre extrémité avec un petit souffleta ressort. Eu plaçant dans le cylindre une substance végétale et en y mettant le feu, on obtient, grâce au courant d'air, qui passe à travers le foyer, un jet de vapeurs chaudes et médicamenteuses; ces vapeurs, par l'intermédiaire d'un petit tube soudé à l'extrémité supérieure du cylindre et sur lequel on peut adapter des tubes ou des cônes de formes et de diamètres variés, peuvent être dirigées sur divers points du corps, dans la bouche, le rectum, sur l'utérus, etc. On brûle ainsi des feuilles, des tiges tendres, des graines de plantes, bien séchées et réduites en fragments en ayant soin toutefois d'y ajouter un peu de poudre de cascarille pour activer la combustion. Les substances qu'on peut employer sous celte forme sont : la belladone, la ciguë, le chanvre indien,. le tabac, l'aconit, la jusquiame, la digitale, etc.

2" Fumigations dans les cavités muqueuses. Dans un grand nombre de cas, on se contente de présenter la muqueuse malade, conjonctive, muqueuse nasale ou pharyngienne, etc., aux gaz ou aux vapeurs, soit directement, soit par l'intermédiaire d'un entonnoir. Ce dernier devient indispensable quand il s'agit du rectum ou du vagin.

Pour le l'ectum, on se servait autrefois d'une seringue présentant à son extrémité deux tubes munis de soupapes. L'un de ces tubes était en communication avec le récipient où l'on brûlait la substance servant à la fumigation, l'autre conduisait la fumée dans le rectum, après qu'elle avait été aspirée dans le corps de pompe et chassée par le pistou. Cet appareil servait surtout aux fumigations de tabac, actuellement tombées en désuétude ( Bell. Cours de chirurgie, trad. Bosquillon, t. IV, p. 84).

D'autres appareils ont été imaginés pour diriger des vapeui-s dans l'arrièrebouche, la trachée ou les bronches. Les uns sont constitués par des récipients de métal avec tubes conducteurs et orifices à soupape. Tels sont les appareils de Mulki et de Traube, en Allemagne, et la cafetière de Mudge, de Plymouth (Halle et Nysten, Dictionn. des sciences méd. Paris, 1816, t. XVII, p. 133, et Bell, loc. cit.). Cette dernière a été complètement abandonnée à cause de son mécanisme compliqué. D'autres sont fournis par un vase de verre à deux tubulures; mais ceux-ci ont l'inconvénient d'être fragiles et de laisser passer quelquefois des globules de liquides avec les vapeurs, lorsque la température est trop élevée.

L'appareil de Mandl [Bullel. de therap.,\.. LUI, p. 457, 1 857), plus perfectionné que les précédents, sans être complètement dépourvu de leurs inconvénients, sert à porter des fumigations dans le nez, la bouche, la gorge et le larynx. Il consiste en un pied de cuivre, assez pesant, supportant un ballon de verre, que Ion chauffe au moyen d'une lampe à alcool placée au-dessous de lui. La demicirconférence supérieure de ce ballon présente deux tubulures, dont l'une évasée en forme d'entonnoir sert à l'introduction des liquides dans l'intérieur du globe et établit la communication avec l'air extérieur; à l'autre s'adapte le conduit de transmission, qui consiste en un tube de caoutchouc vulcanisé et inodore, ayant un diamètre de 12 millimètres et une longueur de 30 à 35 centimètres; ce tube porte vers son extrémité libre une rondelle en bois, à laquelle se trouve adapté un second tube en caoutchouc, long de 7 à 8 centimètres et destiné à être placé dans la bouche ou sous les narines du malade.

Appareil fumigatoire de Charrier e. Il se compose : 1» d'un fourneau, renfermant une lampe à alcool et surmonté d'un cercle fenêtre, par lequel on peut éteindre la lampe si la température du liquide devient trop élevée ; 2° d'un récipient contenant le liquide destiné à former la fumigation ; 3° d'un large conduit élastique, faisant suite au réservoir tt se terminant p;u" une embouchure, que l'on applique sur la bouche seulement, ou sur la bouche et le nez. Une soupape, placée au-dessous et en avant de l'embouchure, permet à l'expiration de se faire au dehors. Cet appareil offre sur les précédents l'avantage de remplacer le tube, qui pendant le fonctionneuieut arrive d'ordinaire à une température exagérée, par un large conduit élastique faisant partie lui-même du réservoir du liquide et où l'inspiration et l'expiration se font aisément ; on peut du reste disposer l'appareil de manière à ce que l'expiration se fasse à lair libre et que l'inspiration de vapeurs médicamenteuses à toutes les températures soit aisée. Enfin, cet appareil permet de diriger à volonté la fumigation sur un organe isolé quelconque {Bullet. de thérap., t. XXXVIll).

Aspirateur hygie'niqiie de Baillemont (Gavarret, Bull, de l'Acad. de méd., t. XXIX, p. 295, 1864). Nous empruntons àM. Gaujot la description des appareils de Baillemont : « Ayant eu l'occasion de reconnaître par lui-m.ême les inconvénients inhérents à l'emploi de la plupart des appareils ordinairement en usage pour les fumigations dans les voies respiratoires, Baillemont a cherché à améliorer leur mécanisme. Le but qu'il s'est proposé a été de construire un appareil simple, peu coûteux, portatif, d'un fonctionnement facile et prompt, susceptible d'être employé sans beaucoup d'apprêts par les malades atteints d'affections dans les fosses nasales, d'angine, de laryngite et de bronchite chronique, etc., pour faire chaque jour pendant quelques minutes des aspirations de vapeurs médicamenteuses, émolUentes, aromatiques, iodées, et particulièrement de vapeurs de goudron. Un premier appareil, imaginé à cet effet par l'auteur, fut présenté, en 1864, à l'Académie de médecine par M. Gavarret, sous le nom de cafetière aspiratoire. Il se composait d'une sorte de petite cafetière de fer-blanc, dont la paroi supérieure était percée de deux orifices garnis de tubes de métal. L'un de ces tubes, disposé en forme d'entonnoir plongeant dan? la cavité du récipient, servait à introduire le liquide et à laisser pénétrer l'air extérieur. L'autre, destiné à l'aspiration, était muni de deux ajutages de bois, propres à conduire les vapeurs, soit à travers les fosses nasales, soit dans la bouche. Le liquide était directement chauffé dans la cafetière elle-même, en la plaçant, soit devant un feu de cheminée, soit sur un fourneau, un poêle ou une lampe à

alcool. Afin d'éviter que, dans les fortes aspirations, l'air n'entraînât avec lui des particules liquides, Bailleniont avait placé à l'orifice de jonction de la cafetière et du tube aspiratoire, un diaphragme qui, sans gêner la libre circulation de l'air, devait arrêter les parcelles liquides, en ne laissant passer que la vapeur.

« Le fonctionnement de cet appareil, simple, commode, déjà en usage dans la plupart des hôpitaux, fournit des résultats satisfaisants que nous avons été à même de constater plusieurs fois, notamment en ce qui concerne les fumigations exécutées dans les fosses nasales et la gorge pour le traitement d'affections scrofuleuses ou syphilitiques. Mais l'expérience ayant révélé dans son mode de construction quelques défauts, entre autres celui relatif à l'entretien de la propreté du récipient fort difficile à nettoyer dans l'intérieur, Baillemont crut devoir apporter à son appareil primitif plusieurs modifications, destinées à faire disparaître les imperfections signalées dans son usage.»

Baillemont a donné à ce nouvel appareil le nom d' aspirateur hygiénique, parce qu'il le croit propre surtout à l'usage des fumigations de goudron, d'iode, etc., conseillées préventivement aux personnes qui sont prédisposées à certaines formes d'angine, de laryngite ou d'affection pulmonaire. Au lieu d'être conique et formé d'une seule pièce comme la première cafetière, ce second appareil est composé de deux cylindres de fer-blanc, s'emboitant l'un dans l'autre, de manière à laisser entre leurs parois un vide de O^.OOl de largeur; cet écartcment est maintenu par quatre fils de fer étamé de 0"',001 de diamètre et 0'",055 de longueur, taillés en biseau à leur bout inférieur, de manière à ne point présenser d'obstacles à la pénétration du cylindre supérieur dans l'inférieur; du reste, cette pénétration est facilitée par la différence des diamètres des deux cylindres qui est de 3 millimètres. L'intervalle circulaire que laissent entre eux les deux cylindres à leur partie supérieure est recouvert d'un petit chapeau, destiné à empêcher l'introduction de la poussière. Le cylindre supérieur ou interne est percé, à sa base, de deux ouvertures, d'une hauteur et d'une largeur de 1 centimètre, diamétralement opposées et établissant la communication entre les deux cylindres. En outre, la partie supérieure de l'appareil est munie d'un tuyau d'aspiration, au-dessus de l'orifice duquel est soudé un petit diaphragme de fer-blanc, destiné à empêcher le liquide entraîné par une forte aspiration de pénétrer dans le tube de dégagement. A l'extrémité du tuyau recourbé peuvent s'adapter à volonté deux embouts différents, de buis ou de porcelaine, l'un creusé d'un canal rectiligne en continuation avec l'axe du tube aspirateur et destiné aux aspirations exécutées par la bouche, l'autre creusé d'un canal coudé à angle droit et servant aux fumigations dirigées à travers les fosses nasales.

Le liquide à vaporiser est versé dans la cavité du cylindre inférieur en quantité telle qu'il ne dépasse pas de 5 centimètres le niveau des orifices pratiqués à la base du cylindre supérieur. Quand on fait des fumigations avec le goudron, il suffit d'étaler sur les faces contiguës des deux cylindres une couche assez épaisse d'une solution concentrée de cetite substance, pour que l'appareil ainsi disposé puisse servir pendant plusieurs semaines, sans qu'il soit nécessaire de renouveler la préparation ; il suffit d'ajouter quelques gouttes d'eau au moment de se servir de l'appareil. Si l'agent de la fumigation est un corps solide, on pulvérise ce dernier et on l'incorpore à un corps gras ; on étale ensuite ce mélange sur les surfaces contiguës des deux cylindres de la même manière que pour le goudron, ou bien on enduit les parois des cylindres de graisse, que l'on saupoudre avec la substance pulvérisée. L'appareil étant pré-

FUMIGATIONS. Soi

paré, quelle que soit la nature des éléments qui composent la fumigalion, il suffit, pour faire dégager la vapeur, de l'appiocher pendant quelques instants d'un foyer quelconque.

Ajoutons encore un mot pour expliquer le fonctionnement de cet aspirateur. Au moment de l'aspiration exercée par le tuyau de dégagement, la pi-ession atmosphérique fait descendre le liquide compris entre les doux cylindres jusqu'au dessous du bord circulaire des orifices pratiqués à la base du cylindre supérieur -, l'air pénètre par ces orifices dans ce dernier cylindre et traversant tout le liquide est aspiré de nouveau par le tuyau coudé. En arrêtant le niveau du liquide versé dans le récipient à 5 centimètres au-dessus des orifices, la résistance à l'aspiration aura pour mesure le poids d'une colonne de liquide de 5 centimètres de hauteur et d'une section égale à l'espace annulaire, large de 0'",0Û1, compris entre les deux cylindres, surface d'environ 212 millimètres carrés. Or, cette résistance peut être considérée comme inappréciable, même pour les poumons les moins vigoureux.

Cet appareil étant composé de deux cylindres inpédendants, son nettoyage est très-facile. En outre, il est susceptible de fonctionner sans liquide ; car, si l'on enduit de goudron, de graisse saupoudrée de camphre ou de toute autre substance les faces contiguës des deux cylindres, l'air, en traversant l'espace circulaire ménagé entre ceux-ci, léchera les surfaces précitées, représentant ensemble une surface d'environ 350 centimètres carrés, de manière à arriver à l'orifice du tuyau de dégagement et de là dans les voies respiratoires, chargé des émanations du corps employé.

Action physiologique. Les fumigations doivent être envisagées à divers points de vue, suivant que l'on se propose, par leur intermédiaire, d'exercer une action purement locale sur le tégument externe, ou de faire pénétrer par la voie cutanée dans l'organisme des principes médicamenteux, ou enfin de modifier l'état ou les conditions de vitalité des muqueuses. 11 semblerait naturel, d'après cela, de diviser ce chapitre en autant de parties distinctes et d'étudier le mode d'action des fumigations dans ces cas bien limités. Mais la question est beaucoup plus complexe ; tout d'abord il n'y a point de fumigation dont Vaction physiologique se traduise par des effets purement /ocaw.r; en outre les fumigations diffèrent d'après les substances employées, véhicule ou agent médicamenteux, selon que ces fumigations sont sèches ou humides, plus ou moins chaudes, etc. Il eu résulte que leur mode d'action est complexe et diffère nécessairement suivant les conditions oiî l'on se place.

Cependant toutes les fumigations, de quelque nature qu'elles soient, se ressemblent par un point, présentent un facteur commun, le calorique, et par suite renferment toutes un élément d'excitation, souvent de peu d'importance, il est vrai, l'action thermique dépendant surtout du degré de température et se trouvant en outre souvent modifiée ou masquée par les propriétés plus ou moins énergiques de l'agent médicamenteux qui constitue la fumigation. Un autre problème vient se poser ensuite, c'est celui de l'absorption cutanée, de l'introduction des médicaments dans l'organisme, l'épiderme restant intact. Un paragraphe spécial sera consacré à la discussion de cette importante question.

Mais avant tout nous devons faire la part de la température dans les fumigations et pour nous placer dans les conditions les plus simples, nous envisagerons

tout d'abord les fumigations de vapeur d'eau et les fumigations d'air ou de gaz chauds, dirigées sur le tégument externe.

A. Quand la température des fumigations de vapeur d'eau ne dépasse pas 30 à 55 degrés centigrades, leur action sur les tissus est surtout émoUiente et relâchante ; l'excitation de la peau, très-faible du reste, se traduit principalement par une transpiration modérée. Ajoutons dès maintenant qu'on cherche quelquefois à augmenter cette action émoUiente, en se servant des vapeurs dégagées par une décoction de plantes mucilagineuses, telles que la mauve, la guimauve, la graine de lin, la pariétaire, le bouillon blanc, etc. ; mais c'est à tort, car les mucilages ne sont pas volatiles ; il en résulte que les vapeurs qui se dégagent de ces décoctés ne diffèrent guèrcnt des vapeurs d'eau pure, et tout se réduit à un phénomène d'hydratation de la peau; c'est à cette dernière action qu'il faut dès lors attribuer l'adoucissement des douleurs locales, du prurit, etc., etc., et la détente générale qui en est parfois la conséquence.

Mais il en est tout autrement quand on se sert de vapeurs à une température plus élevée que celle du corps ; l'action devient alors franchement excitante et dérivative ; la vapeur, surtout si elle est chargée de principes aromatiques, produit sur la peau une rubéfaction intense. Cette action est d'autant plus énergique que la vapeur est projetée sur le tégument avec plus de force ; les fumigations de vapeur seront étudiées à ce point de vue à l'article Douches.

Supposons que l'on emploie pour faire la fumigation une vapeur à la température de 40 ou 45 degrés centigrades. Le premier effet produit consiste en une contraction des capillaires et des artérioles, qui se traduit par une décoloration de la peau ; cette contraction est le résultat de l'excitation transmise par les nerfs de la sensibilité aux centres vaso-moteurs de la moelle et par action réflexe sur les nerfs vaso-moteurs de la région correspondante. A celte contraction, de durée fort courte, succède presque aussitôt une dilatation du même réseau vasculaire, que celte dilatation soit l'effet de la paralysie des vaso-moteurs ou de la prédominance d'action des vaso-dilatateurs sur les vaso-constricteurs ; toujours est-il que l'équilibre est rompu, que le tonus vasculaire est aboli et que la dilatation des petits vaisseaux périphériques persiste. En même temps se produit un afflux considérable de sang, une calorification exagérée, que l'hypersécrétion sudorale tend à combattre. L'irritabilité fonctionnelle de la peau s'accroît dans des proportions considérables, et en même temps on observe une accélération de la circulation ainsi que de la respiration, qui devient plus ou moins pénible. En effet, si l'action de la vapeur chaude se prolonge, ou si la température s'élever davantage, la congestion sanguine ne reste pas limitée à la peau, mais gagne peu à peu les parties profondes ; la déperdition de la chaleur par la surface cutanée étant entravée de plus en plus, la température du liquide sanguin finit par s'élever, lesbattements du cœur deviennent plusfréquents et la circulation s'accélère progressivement. Cependant la chaleur centrale ne s'élève jamais assez pour amener un affaiblissement des contractions cardiaques ou un arrêt du cœur. Si parfois la température des fumigations humides atteint 50 ou 55 degrés, celles-ci ne sont jamais suffisamment prolongées ni dirigées en général sur une assez grande surface du corps, pour qu'il en résulte des accidents graves.

Si la fumigation de vapeur est purement locale, la rubéfaction reste limitée aux parties du tégument soumises à son action, et, bien que la sudation

envahisse le corps tout entier, les phénomènes généraux ne sont généralement pas très-accentués.

Les fumigations sèches ont également une action excitante sur la peau et sur l'organisme ; mais comme la sudation exagérée qu'elles provoquent constitue ici une cause puissante de réfrigération, par suite de l'évaporation continue de la sueur, l'organisme supporte plus aisément et plus longtemps, à température égale, les fumigations sèches que les fumigations humides, et les tolère à une (empérature plus élevée ; au point de vue de l'élévation thermique, le degré de tolérance, dans les deux cas, est, d'après Rapou, à peu pU'ès dans le rapport de 3 à 2. Cependant les fumigations sèches trop prolongées ou trop souvent répétées finiraient par affaiblir considérablement le malade à cause des sudations trop fréquentes.

Le docteur Large a récemment publié {Arcli. gén. de méd., février, 1880) le résultat de recherches physiologiques très-consciencieuses sur les bains de vapeur sèche, et bien qu'il s'agisse d'étuves où se trouve plongé le corps tout entier, les résultats qu'il a obtenus peuvent, dans une certaine mesure, s'appliquer ici. D'après cet auteur, dans l'étuve à 50 degrés, le pouls s'accélère et après vingtcinq minutes arrive à 85 ou 88 pulsations ; cette phase d'exaltation est suivie d'une phase de dépression et le pouls retombe à 74 ; la respiration n'est guère influencée. Dans l'étuve à 70 degrés, le pouls s'accélère plus rapidement, devient concentré, petit et dur, puis, après une courte phase de réaction, s'élève à 110, 120 pulsations; en même temps le malade ressent du malaise, des angoisses, des pulsations violentes et douloureuses contre la région précordiale: la respiration est entrecoupée et devient surtout thoracique par immobilisation du diaphragme. Enfin, dans l'étuve à 90 degrés, la période de réaction est à peu près nulle, les phénomènes sont plus accentués encore; le pouls arrive à 150 ou 135 après quinze minutes; les contractions du cœur sont violentes et douloureuses, la respiration, très-pénible, est exclusivement thoracique et le malade ressent une violente constriclion derrière le sternum.

Resterait maintenant à étudier l'action du calorique sur les phénomènes qui se passent dans l'intimité des tissus ; à rechercher les causes de l'augmentation de l'acide carbonique exhalé par le poumon, de l'urée excrétée avec l'urine, etc.; à faire la part qui revient dans la production de ces troubles à l'oxydation pins énergique des composés hydrocarbonés d'une part, à l'augmentation de la tension sanguine dans le système artériel d'autre part. Mais une discussion sur celte matière nous entraînerait trop loin de notre sujet, et d'ailleurs l'étude de ce genre de phénomènes trouvera mieux sa place dans le chapitre de l'article Peau (Physiologie), qui sera consacré à l'examen des effets produits sur l'organisme par les excitants cutanés en général.

Mais revenons à nos fumigations. Les fumigations générales ou partielles de vapeur d'eau n'étant autre chose que des bains de vapeur, nous renverrons pour plus de détails sur leur mode d'action à l'article Bains (p. 187 et suiv.).

Quand les vapeurs d'eau sont chargées de principes médicamenteux ou mêlées à des vapeurs sèches dégagées par des substances en combustion, on a affaire à de véritables fumigations, qui viennent prendre place à côté des fumigations constituées exclusivement par des gaz secs ou des vapeurs sèches.

B. Jusqu'à présent nous n'avons étudié les fumigations qu'au point de vue de leur action calorifique, c'est-à-dire ,de l'action excitante qu'elles exercent sur la peau, et particulièrement sur les terminaisons des nerfs de la sensibilité ;

DICT. E.NC. i' S. VI. 25

nous avons vu que l'énergie de cette action dépend du degré de température, que l'excitation est très-faible pour les fumigations de vapeur, quand leur température est inférieure à 50 ou 35 degrés, et que la douce sudation obtenue en pareil cas, jointe à l'bydratation de la peau, exerce sur cet organe un effet surtout relâchant.

Mais l'action stimulante que procurent les fumigations sèches ou humides, administrées à une température suffisamment élevée, est singulièrement modifiée par l'agent médicamenteux qui les compose. Ainsi les principes aromatiques, tirés surtout du règne végétal, augmentent assez notablement celte action ; la camomille et la menthe, beaucoup employées jadis, sont réputées leur communiquer une action antispasmodique; les fumigations d'armoise, d'absinthe, de rue, passent pour emménagogues ; les baies de genièvre, la cannelle, le gingembre, les écorces d'orange et de citron, les sommités de lavande ou de petite centaurée, sont encore quelquefois employées en fumigations sèches, pour leurs propriétés toniques stimulantes ; l'action sédative des plantes narcotiques eV. vireuses, telles que la jusquiame, la belladone, les pavots, etc., est également bien connue.

Cependant on peut dire d'une manière générale que les agents fournis par le règne végétal sont doués d'une faible activité. Il en est tout autrement pour les fumigations alcooliques et acides, les fumigations sulfureuses, mercurielles, chlorées, etc., toutes douées d'une action excitante spéciale que nous étudierons plus loin.

En tout cas, il est une règle générale à observer dans l'application de ces diverses vapeurs, c'est que la température n'en soit pas trop élevée, autrement, au lieu de l'action spéciale, locale ou générale que l'on attend de l'agent médicamenteux, on obtiendra simplement les effets rubéfiants dus à l'action de la chaleur, sans compter les troubles fonctionnels engendrés par l'irritiition des extrémités des nerfs sensitifs. En outre, la transpiration abondante qui s'établit, en humectant toute la surface cutanée, diminue le pouvoir absorbant de la peau.

C. C'est en effet au pouvoir absorbant du tégument externe pour les substances volatiles qu'il faut attribuer, dans la plupart des cas, les effets physiologiques ou thérapeutiques des fumigations. Cette propriété de la peau a été mise hors de doute par un grand nombre d'expériences, depuis celles de Jurine et d'Abernethy sur l'absorption d'oxygène et l'exhalation d'acide carbonique (perspiration cutanée) d'une part, celles de Bichat et de Lebkûchner d'autre part sur l'absorption des gaz délétères, jusqu'aux expériences récentes de MM. Rabuteau et Dechambre relativement à l'absorption cutanée de l'iode et celles deMM.Bremond sur l'introduction dans l'organisme par la même voie des substances médicamenteuses, même non volatiles, entraînées mécaniquement par la vapeur d'eau. Bien d'autres recherches expérimentales ont été faites sur ce sujet; leur énumération nous entraînerait trop loin. Nous nous bornerons à citer les résultats de quelques-unes d'entre-elles.

Bichat a déjà fait voir que la surface cutanée d'un membre plongé dans des «■az putrides les absorbe, de telle sorte que, transportés dans l'organisme, ils s'éliminent ensuite par la partie inférieure du tube digestif; mais la première expérience bien convaincante est due à Lebkûchner; ce physiologiste plongea un lapin dans une caisse renfermant de l'hydrogène sulfuré, mais en maintenant la tête de l'animal hors de l'appareil; la mort ne se fit pas longtemps attendre,

■et le tissu conjonctif sous-cutané et le sérum sanguin, traités par un sel de plomb, prirent une coloration noire, due à la formation de sulfure de plomb.

Carpenter, dans son traité de physiologie, cite des faits prouvant l'absorption cutanée de la vapeur d'eau ; il a en effet observé des augmentations de poids de jockeys, soumis à l'entraînement, après un séjour dans une atmosphère saturée d'humidité.

Tout récemment M. Dechambre {Gaz. hebdom. deméd., 1874, p. 427 et 442) •a prouvé, par une expérience très-simple, que la peau absorbe les vapeurs d'iode. En effet, après une application de coton iodé directement sur la peau, la présence de l'iode put être décelée dans l'urine, tandis que l'application de ce même coton, avec interposition entre lui et la surface cutanée d'une toile isolante, ne fut pas suivie de la réaction caractéristique de l'urine. Dans les deux cas l'apipareil était recouvert d'une toile cirée pour se mettre à l'abri de l'inhalation ■des vapeurs d'iode.

Enfin MM. Bremondont démontré par une série d'expériences très-concluantes que la peau peut absorber les substances non volatiles, pourvu qu'elles soient dissoutes dans l'eau, réduites en vapeurs ou entraînées mécani(iuement par elles, après pulvérisation. Ils se sont servis de préférence d'iodure de potassium, composé non volatile et facile à déceler dans les humeurs de l'organisme et particulièrement dans l'urine au moyen de réactifs variés, très-sensibles. Les sujets soumis aux expériences avaient la peau d'une intégrité complète et leur tête ■sortait par une ouverture circulaire de la cage en bois où était renfermé le reste du corps; par excès de précaution, on leur faisait respirer l'air du dehors au moyen du tube à respiration de Mathieu. En outre, l'anus était obturé par une euille épaisse de caoutchouc, maintenue par un bandage en T, et la verge entourée d'un manchon du même tissu, fixé également par un bandage. Enfin, les pieds et les mains étaient enveloppés de coton et recouverts de taffetas gommé, fixé par un bandage roulé. Lés expérimentateurs ont pu ainsi constater qu'une solution d'iodure de potassium, entraînée mécaniquement par le jet de -vapeur sortant de l'appareil décrit p. 347, est absorbée par la peau, pourvu que la température de la caisse soit supérieure à 38 degrés centigrades; cette absorption est d'autant plus considérable que la température est plus élevée et que la do.-e du médicament est plus forte; en outre, l'absorption se fait même à 30 degrés, limite inférieure, pourvu que la peau ait été préalablement lavée, savonnée et frictionnée. On s'était enfin soigneusement assuré que l'iodure de potassium ne s'était pas décomposé pendant l'opération.

Des expériences faites dans les mêmes conditions avec des vapeurs d'eau ■chargées de térébenthine, substance volatile, ont démontré l'absorption de l'essence par la peau ; les urines rendues après le bain dégagent l'odeur caractéristique de violette ; en traitant ces urines par le sulfate de fer, l'essence mise eu liberté vient surnager et forme des irisations.

Tels sont les faits qui prouvent l'absorption cutanée des substances volatiles ■ou des substances pulvérisées entraînées par les vapeurs.

Mais quel est le mécanisme de cette absorption? par quelle partie du tégument externe pénètrent les gaz et les vapeurs? C'est uue question sur laquelle les savants sont loin d'être d'accord. La plupart des physiologistes admettent que les matières volatiles traversent simplement l'épiderme; d'autres pensent que l'absorption se fait par les glandes sudoripares (Rôhrig, Fort, etc.).

De nombreuses expériences ont été faites pour prouver la perméabilité de

lepiderme; Krause, entre autres, tendait sur le goulot d'un flacon, renfermant un gaz ou une substance volatile, un lambeau d'épiderme, de manière aboucher hermétiquement ce flacon; il constata que cette membrane livrait passage à divers gaz ou vapeurs, en particulier à la vapeur d'eau qui, d'après lui, l'imbiberait couche par couche et finalement s'évaporerait à sa surface libre. Cette expérience avait été faite surtout dans le but de démontrer qu'une partie de l'exhalation cutanée de vapeur d'eau se fait à travers l'épiderme, une autre partie de cette vapeur étant exhalée manifestement parles glandes sudoripares. Les observations de Reinhard {Zeitschr. f. Biologie, J869) semblent corroborer cette manière devoir; on a constaté en effet que les joues, qui sont beaucoup moins riches en glandes sudoripares que la paume des mains, exhalent néanmoins une plus grande quantité d'eau que cette dernière. 51ais de là à attribuer le rôle principal dans la perspiration cutanée à l'épiderme, comme le veut Krause, il y a loin, d'autant plus que cette membrane, grâce à sa structure lamelleuse cornée, doit être plutôt considérée comme un organe destiné à protéger le corps contre une évaporation trop rapide. Du reste, l'expérience de Krause prouve tout au plus que l'épiderme laisse passer les gaz et les vapeurs de dedans en dehors, et nous ne pensons pas qu'elle jette une vive lumière sur le problème du passage de ces mêmes gaz du dehors en dedans. On peut encore objecter à celte expérience qu'elle a été pratiquée au moyen de lambeaux d'épiderme mort, lequel, d'après les recherches de Fleischer, est perméable même pour les liquides. On n'est d'ailleurs pas encore arrivé, que nous sachions, à des résultats sérieux touchant les phénomènes de diffusion des vapeurs à travers des membranes telles que l'épiderme. Un grand nombre de physiologistes admettent simplement que l'épiderme se comporte comme un corps spongieux, susceptible d'être imbibé par les liquides, ce qui lui permet d'absorber les gaz humides et les vapeurs ; d'autres lui reconnaissent la faculté d'être imbibée même par les gaz secs, d'où la possibilité d'absorber ces gaz (Bloch). En résumé, la question est loin d'être élucidée.

D'autre part, faut-il se ranger sans réserve à l'avis exprimé par Fort {3Ianuef dephijsiol. humaine, 1880, p. 491) ? Pour cet auteur, l'absorption n'a pas lieu par l'épiderme, mais se fait, au contraire, par l'intermédiaire des glandes sudoripares, qu'il appelle des -poumons cutanés, petits organes où le vide se produit, aussitôt que leur cavité cesse d'être remplie de sueur; par suite, les gaz, ou toute autre substance volatile en contact avec la peau, pénètrent dans les glandes, sous l'influence de la pression atmosphérique, et de là arrivent dans le sang. Il en résulterait encore que, pendant la sudation, la peau n'absorberait plus du tout.

De la discussion qui précède nous devons simplement retenir ce fait, le plus important pour nous, c'est que la peau absorbe les gaz et les vapeurs employés dans les fumigations.

D. Comme nous l'avons dit plus haut, pour que l'agent médicamenteux soit absorbé, il ne faut pas que la température de la fumigation soit trop élevée ; nous ajouterons ici : il ne faut pas que le médicament exerce sur la peau une action irritante ou caustique, à moins qu'on ne se propose précisément de produire sur les téguments une action surtout locale. Si la température de la luniigation est très-élevée, et qu'en même temps le principe qui la compose jouit de propriétés irritantes, l'absorption est nulle ou joue un rôle trop peu important pour qu'il soit possible de lui attribuer une part bien considérable dans les effets obtenus.

Quelques mots sur le mode d'action de quelques fumigations spe'ciales ne seront pas déplacés ici .

Fumigations sulfureuses. Appliquées à une température élevée, les fumigations sulfureuses sèches provoquent une vive rougeur de la peau accompagnée d'une sensation de cuisson, surtout intense au niveau des parties délicates telles que le scrotum, la face intérieure des cuisses, etc., en même temps que se produit une éruption de petits boutons irrégulièrement disséminés. Cette rougeur de la peau est d'origine réllexe et a lieu par le même mécanisme que la rubéfaction d'origine thermique. Les fumigations sulfureuses paraissent en outre influencer le système musculaire, en augmenter les forces, en activer les fonctions, surtout chez les sujets vigoureusement constitués; mais si elles sont répétées trop souvent, la réaction finit par se produire, le système musculaire s'affaiblit, et il en résulte une maigreur générale. D'autre part, leur usage prolongé durcit l'épiderme, la peau se rétracte, se crispe en quelque sorte, en même temps qu'elle prend une teinte noirâtre; parfois il se produit des eczémas artificiels extrêmement rebelles.

Mêlée avec de la vapeur d'eau, la vapeur de soufre irrite moins vivement la peau et une portion en est absorbée; une sudation douce et durable s'établit, et la peau, loin de durcir, s'assouplit, au contraire.

En pratiquant des fumigations sulfureuses, il faut avoir bien soin de préserver de leur contact la conjonctive et la muqueuse des voies respiratoires; introduites dans les bronches, ces vapeurs peuvent occasionner des quintes de toux très-pénibles et une inflammation intense de la muqueuse, parfois une bronchite mortelle.

Les fumigations d'acide sulfureux, obtenues par la combustion du soufre, irritent vivement la peau, comme les précédentes, qu'elles contribuent probablement à rendre irritantes, vu qu'il se produit toujours une certaine quantité de ce gaz lors de la vaporisation du soufre au contact de l'air. Si l'on active la combustion du soufre au moyen du salpêtre (Gales), il se produit, comme nous l'avons vu p. 343, une certaine quantité d'acide sulfurique, c'est-à-dire d'une substance éminemment caustique, détruisant l'épiderme et attaquant même le derme. Les fumigations acides en général produisent des effets analogues, surtout si elles ont pour base des acides minéraux.

Fumigations ammoniacales. Rarement employées, elles sont irritantes, comme les fumigations acides. 11 est bon de préserver les yeux de leur contact; l'oplithalmie des vidangeurs n'est pas due à autre chose qu'aux émanations ammoniacales des fosses d'aisance. Elles ne sont pas moins dangereuses pour la muqueuse des voies respiratoires ; Nysten a observé une bronchite mortelle provoquée par les vapeurs ammoniacales [Bulletin de la Faculté, 1815, n°5).

Fumigations mercurielles. Jadis on employait en fumigations surtout le cinnabre ; son action est analogue à celle de l'acide sulfureux, car, sous l'influence de la chaleur et à l'air, il se décompose en acide sulfureux et en mercure qui se volatilise; les vapeurs mercurielles ne sont absorbées qu'à la condition d'être entraînées mécaniquement par la vapeur d'eau ; par ce moyen on obtient en même temps l'action irritante locale de l'acide sulfureux et les effets de Yabsorption du mercure. Mais cette dernière action s'obtient mieux avec d'autres préparations telles que le calomel ou le sublimé.

D'après Burnstead, l'absorption du calomel par la peau serait très-faible; elle

358 FUMIGATJOiNS.

s'effectuerait principalement dans Jes petites ramifications bronchiques et dansles alvéoles ; M. Horteloup va même jusqu'à soutenir que la peau non ulcérée n'absorbe pas du tout ; cette opinion est manifestement contredite par les expériences que nous avons citées plus haut, notamment par celles de MM. Bremond. Quoi qu'il en soit, les expériences de Lee ont mis hors de doute que les fumigations de calomel provoquent la salivation mercurielle dans l'espace de quelques jours. Ajoutons que son action sur la peau ainsi que sur les muqueuses est insignifiante, tandis que le sublimé corrosif, en même temps qu'il est absorbé parla peau, l'irrite et provoque la sudation.

Fumigations à l'hydrogène sulfuré. Vivement prônées par Rapou, elles avaient selon lui sur le tégument une action surtout sédative et calmante; les^ vapeurs d'eau chargées d'hydrogène sulfuré, loin d'exciter la peau, d'en déterminer la rougeur ou le gonflement, l'assoupliraient au contraire.

MM. Bremond recommandent des fumigations sulfureuses de nature particulière, pour lesquelles ils emploient le sulfure de potassium ou tout autre sulfure soluble, en dissolution dans de l'acide sulfurique dilué. Le soufre, introduit dans l'économie par l'absorption cutanée, s'y transforme en hydrogène sulfuré dont l'élimination par la peau et les muqueuses pulmonaire et intestinale est rapide ; les malades ne tardent pas à accuser une accumulation de gaz dans leurs intestins. Cl. Bernard a démontré d'une manière indiscutable la rapidité de cette élimination ; il a constaté que si l'on injecte une solution d'acide sulfhydrique dans le rectum d'un chien, et si l'on place un papier imbibé d'acétate de plomb dans la bouche de cet animal, le papier noircit après soixantesix secondes; si l'injection est pratiquée dans la veine jugulaire, l'effet a lieu après cinq secondes et tout l'hydrogène sulfuré est éliminé après cinq minutes. Par le moyen de ces fumigations, on obtient beaucoup plus rapidement que par les bains sulfureux l'action spéciale de ces derniers.

11 nous resterait encore à examiner diverses fumigations spéciales ; nous y reviendrons dans le chapitre suivant, en parlant de leurs indications thérapeutiques.

Les fumigations dirigées sur les muqueuses ou dans certaines cavités naturelles ne prêtant guère à des considérations générales, leur étude trouvera également mieux sa place dans le chapitre suivant.

E. En résumé : à une température peu élevée, de 50 à 55 degrés, les agents médicamenteux volatils sont aisément absorbés par la peau; à une température plus élevée (38° et au-dessus), il en est de même des agents non volatils, mécaniquement entraînés par la vapeur d'eau ; au-dessus de 40 ou de 50 degrés, les lumigations agissent surtout par leur calorique, provoquent un accroissement de l'excrétion cutanée et par cela même influent puissamment sur diverses fonctions de l'organisme et deviennent des moyens thérapeutiques utiles dans un grand nombre de maladies aiguës et surtout chroniques, pourvu qu'elles soient employées avec discernement. Enfin il est des fumigations dont on recherche l'action purement locale, soit excitante, soit calmante : dans le premier cas, l'élévation de température constitue un adjuvant utile; dans le second cas, il suffit que le degré thermique ne soit pas exagéré.

De tout ce qui précède on peut conclure que les fumigations constituent un moyen thérapeutique puissant entre les mains d'un habile praticien. Les indications générales en découlent tout naturellement, et on conçoit qu'en faisant un emploi judicieux de l'application des gaz et des vapeurs, on soit à même

d'obtenir une médication relâchante, sédative, tonique, antispasmodique, etc.; qu'en provoquant la rubéfaction de la peau, la transpiration, les fumigations deviennent, selon le mode d'application, révulsives, résolutives, calmantes ou excitantes ; les fumigations humides en particulier sont d'une utilité incontestable pour résoudre certains engorgements, pour prévenir ou combattre les inflammations locales, les hyperémies profondes, les phlegmasies internes, pour modifier certaines affections nerveuses ou organiques, etc., etc.; ce n'est que dans les cas où l'éréthisme circulatoire peut offrir quelque danger, dans les affections du cœur, certains asthmes, la phthisie, etc., qu'il faudra éviter l'emploi de ces fumigations, au moins à des températures très-élevées ; il importe en outre d'éviter, par 'des sudations abondantes trop souvent répétées, de débiliter le malade. Enfin, personne n'ignore quels avantages on retire des fumigations composées de substances très-actives, telles que le soufre, le mercure, etc., dans le traitement de certaines maladies cutanées et syphilitiques, rhumatismales, etc.

Usages thérapeutiques. Quoiqu'il ne nous soit pas possible de partager l'enthousiasme de quelques auteurs pour les fumigations, nous devons reconnaître qu'elles rendent des services réels dans un grand nombre de circonstances. Si elles ne constituent pas une sorte de panacée universelle, comme le voulait Rapou, elles se sont néanmoins montrées dans des cas déterminés d'une efficacité si considérable qu'on les a élevées au rang d'une véritable méthode de traitement : telles les fumigations mercurielles dans la syphilis, les fumigations sulfureuses dans certaines affections de la peau.

Avec Cazenave, nous diviserons les fumigations en trois catégories bien distinctes, suivant ; 1" que la vapeur s'adresse à tout le corps, la tête exceptée; 2° que la vapeur est dirigée seulement sur une partie limitée du tégument; 3" enfin, qu'on la fait arriver dans l'une des ouvertures muqueuses qui viennent s'aboucher à la surface de la peau.

1. Fumigations générales. Les effets thérapeutiques des bains de vapeur et en particulier des bains de vapeur par encaissement ont été étudiés par M. TartiTel à l'article Bains. Comme dans un grand nombre de cas, les bains de vapeur médicamenteux ne diffèrent pas sensiblement des bains de vapeur simples, surtout quand l'agent thérapeutique, la plante employée, est peu actif; nous nous bornerons à rappeler ici que ce genre de fumigations est principalement utile dans les affections rhumatismales et goutteuses, en particulier dans le rhumatisme musculaire chronique, dans certains cas d'acné, d'eczéma chronique, de lichen, de psoriasis, etc., dans un grand nombre d'affections chroniques des organes abdominaux, dans les entérites chroniques, dans les entéralgies, etc., dans toutes les maladies, en un mot, où il y a avantage à ranimer l'activité vitale de la peau ; l'efficacité des fumigations dans les phlegmasies viscérales aiguës est moins évidente.

On rend ordinairement les vapeurs un peu excitantes, avec la lavande, le thym, le serpolet, la menthe, l'absinthe, l'hysope, la cannelle, etc.; ou on leur substitue les vapeurs dégagées par la myrrhe, le succin, les gommes-résines, etc. Quand on veut agir sur les organes abdominaux, le mieux c'est d'employer les appareils à mi-corps. Une température de 50 à 35 degrés est suffisante, dans les affections chroniques, quand il s'agit de vapeurs humides. Si au contraire on se sert de vapeurs sèches, dégagées par exemple en jetant des baies de geniè

vre, des sommités de lavande ou de petite centaure'e, de la cannelle, du gingembre, des écorces d'orange ou de citron, etc., sur une plaque ou une brique chauffée, la température doit être de 40 à 45 degrés; ces vapeurs sont toujours plus excitantes que le calorique seul. La durée de ces fumigations est ordinairement de vingt à trente minutes.

Les fumigations acides (acide acétique) et alcooliques, plus énergiques que les précédentes, sont également employées comme excitantes dans les affections rhumatismales chroniques; on s'en est encore servi avec quelque succès contre, la sciatique et certaines affections articulaires. Pour les fumigations alcooliques on emploie environ 50 grammes d'alcool additionné d'un peu d'eau pour éviter l'inflammation de ce corps. Quant aux fumigations faites avec les acides minéraux, leur usage n'a jamais été considérable et leur action n'est guère préférable à celle des vapeurs sulfureuses.

Avant de nous occuper des fumigations sulfureuses, qui ont pendant longtemps joué un si grand rôle dans le traitement d'un certain nombre d'affections cutanées, nous dirons un mot des fumigations de genièvre, proposées par Caesar Bock {Viertelj. f. Dennat. u. Syph., 1875, p. 465) pour combattre les maladies prurigineuses, particulièrement i'urlicaire chronique, le prurigo, etc. Cet auteur n'emploie pas les baies, mais les feuilles de genièvre [Juniperus communis.) ; il les fait brûler sur un réchaud spécial, renfermant des charbons ardents, et le malade se tient sur un double plancher, pei'cé de trous ; le tout est renfermé dans une caisse, dont le toit mobile offre un orifice circulaire pour laisser passer la tête du malade. 11 faut se garantir du feu et, dans ce but, mouiller le genièvre avant de l'employer.

Ces fumigations se sont montrées très-utiles dans le prurigo, sauf dans les cas très-intenses; mais elles sont surtout efficaces dans l'urticaire chronique et dans le prurit cutané. Le traitement ne paraît cependant pas préserver des récidives. Heiberg a employé également avec succès les fumigations de genièvre contre diverses affections, particulièrement contre les l'orices.

Fumigations sulfureuses. Les fumigations sulfureuses, employées contre la gale dès le commencement du xvii^ siècle, se trouvent mentionnées avec éloges dans un ouvrage de Glauber publié en 1659 ; le Dictionnaire encyclopédique de 1755 les recommande dans les maladies de la peau; J. P. Frank les préconise dans le traitement de la gale [De curandis hominum morhis epitome, lib. IV; De impetiginibus, p. 174 et 175). Voici ce que dit à ce sujet Assalini : « J'ai entendu, à Pavie, le célèbre Pierre Fianck, parler, dans ses leçons, de l'efficacité des vapeurs sulfureuses pour guérir la gale. Dans plusieurs endroits de l'Italie, j'ai vu guérir cette maladie par le même procédé ; j'ai vu guérir radicalement une famille de onze personnes galeuses , par la seule précaution de se rassembler autour d'un vase de terre, dans lequel on tenait le soufre en fusion sans l'enflammer... »

Néanmoins, l'usage de ces fumigations était encore peu répandu au commencement de ce siècle, quand en 1812 Gales, pharmacien en chef de l'hôpital Saint-Louis, institua des expériences qui furent couronnées de succès et qu'il publia dans sa thèse inaugurale {Essai sur le diagnostic de la gale. Th. de Paris, 1812); il continua ses expériences, et dans sa séance du 17 mars 1815, le conseil d'administration de l'hôpital nomma une commission composée des professeurs Pinel et Dubois et des docteurs Esparron, Tartra et Bouillon-Lagrange, pour constater les bons effets des fumigations sulfureuses. Dès le 18 mai

de la même année, cette commission fit son rapport; nous croyons intéressant d'en reproduire, d'après Halle et Nysten, les principales conclusions :

« 1» Les fumigations sulfureuses guérissent parfaitement toutes espèces de gales, même les plus invétérées ;

« 2° Le nombre de fumigations nécessaires pour obtenir la guérison de la gale varie depuis quatre jusqu'à vingt fumigations, suivant l'âge, le sexe, l'intensité, l'espèce et la complication de la maladie;

« 3" Les femmes et les enfants ont, toutes choses égales d'ailleurs, besoin d'un moindre nombre de fumigations que les hommes adultes et surtout les vieillards ; observation qui s'explique aisément par la différence de finesse et de perspirabilité de la peau qui s'imprègne beaucoup mieux du gaz sulfureux chez les uns que chez les autres;

« 4" Les gales anciennes, invétérées, s'amortissent et s'éteignent proportionnellement plus vite par ce moyen que les gales récentes ;

« 5° La durée de chaque fumigation est ordinairement d'unc-demi heure ;

« 6° Les malades peuvent prendre jusqu'cà quatre fumigations par jour, suivant leur tempérament, leur loisir, leur désir d'arriver plus ou moins promptement à la guérison ;

« 7° Le traitement de la gale par les fumigations sulfureuses n'exige aucun traitement auxiliaire, soit intérieur, soit extérieur, ni aucune sorte de régime particulier ;

« 8" Comparé à tous les autres traitements connus, même à ceux qui sont regardés comme les plus rationnels et les plus efficaces, le traitement par les vapeurs sulfureuses parait l'emporter de beaucoup sur tous les autres par sa simplicité, sa brièveté, son efficacité et son innocuité ;

« 9" Il est aussi beaucoup moins coûteux et moins dispendieux que tous les autres ;

« 10° Diverses autres maladies cutanées, éruptives et chroniques, telles que les affections pédiculaires, les dartres, les pustules syphilitiques, le prurigo, la teigne, etc., même invétérées et regardées comme incurables, sont susceptibles de céder aux fumigations sulfureuses;

« 11 "En général les diverses maladies éruptives, chroniques, autres que la gale, exigent un plus grand nombre de fumigations; mais ce moyen doit au moins être regardé comme un auxiliaire dans le traitement de ces maladies ;

« 12° 11 importe de faire connaître les avantages de ces fumigations, de les propager, de les établir dans les hôpitaux, à bord des vaisseaux, dans les camps, à la suite des armées, dans les prisons, les casernes. »

La Faculté de médecine, à son tour, en 1815, fut appelée à donner son avis, et elle publia deux rapports signés, le premier, par Percy, J.-J. Leroux, Richerand et Dupuytren, le second, par Leroux, Halle, A. Dubois, Pinel et Dupuytren, rapports confirmant entièrement le précédent et établissant la supériorité des fumigations sulfureuses, dans les maladies de la peau, sur tous les autres traitements, et leur efficacité dans les manifestations cutanées de la syphilis, dans les sciatiques et diverses autres névralgies, dans les douleurs arthritiques et rhumatismales chroniques, dans certaines paralysies, enfin dans les engorgements de nature scrofuleuse.

On soumettait les malades à une fumigation tous les jours ou tous les deux jours: pour chaque fumigation on brûlait 8 à 12 grammes de soufre et la température de la boîte à fumigation était de 40 à 50 degrés. Généralement on

rendait ces fumigations humides en faisant vaporiser de l'eau dans l'appareil.

En résumé, bien que les fumigations sulfureuses se soient montrées utiles dans le prurigo, le lichen chronique, le psoriasis, la lèpre, etc., dans les maladies scrofuleuses, les engorgements suppures, les fistules avec ou sans caries articulaires, et même dans certaines névroses, elles n'ont été employées d'une manière suivie que dans la gale; mais le traitement était généralement fort long, et quand le sarcopte était définitivement tué, la gale était remplacée par un eczéma artificiel. De nos jours, on a complètement renoncé aux fumigations sulfureuses contre la gale, et on emploie, du moins en France, le procédé infiniment plus expéditif de M. Hardy {voy. Frictions et Ga.le).

Les fumigations hxjdro-sulfureuses, préconisées par MM. Bremond, jouissent d'une efficacité remarquable contre les divers accidents de l'intoxication saturnine, contre la colique de plomb, etc. ; dès la première fumigation, la peau se couvre, pendant la sudation, d'une poussière noire, analogue à de la suie et qui n'est autre chose que du sulfure de plomb ; de bons résultats ont encore été obtenus dans certaines affections rhumatismales et dans l'arthrite blennorrhagique.

Fumigations mercurielles. Employées dès la fin du quinzième siècle, elles sont vivement recommandées, paraît-il, en 1502 par Jacques Catanée, de Lacu-Marcino, qui assure en avoir obtenu des effets merveilleux, ainsi que par Angelo Bolognini, de Bologne (1506). Mais l'administration devait en être très-pénible, si l'on s'en rapporte à la description suivante qu'en donne Astruc : « Les parfums, dit cet auteur, se composaient de même avec du mercure éteint avec de la salive ou de la térébenthine, ou bien avec du cinn;ibre et d'autres choses grasses et huileuses, propres à s'enflammer, à brûler longtemps et à jeter delà fumée : 1" des résines ou des gommes, comme l'encens, le mastich, l'oliban, la myrrhe, le styrax, le benjoin, l'opoponax, la gomme de genièvre, etc. ; 2° des aromates, comme la noix muscade, le macis, etc. ; 5° des bois résineux, comme ceux d'aloès, de genièvre, de pin, de santal, etc. Ayant pulvérisé ces différentes drogues, on les réduisait en trochisques avec la gomme adragante, ou bien on en faisait un opiat avec la térébenthine. Lorsqu'il fallait s'en servir, on plaçait le malade assis ou debout, et entièrement nu, dans un pavillon ou archet, et on l'obligeait de tenir la tête dedans, ou on lui permettait de la mettre dehors, suivant ses forces. On mettait à ses pieds un réchaud plein de charbons ardents, sur lesquels on jetait à diverses reprises, par une fenêtre pratiquée exprès, quelques trochisques ou tablettes de parfum, et on laissait le malade exposé tout entier à la fumée qui s'en exhalait, jusqu'à ce qu'il suât abondamment, à moins qu'il ne fut en danger de tomber en défaillance. Ensuite, on le couchait dans un lit chaud et on le couvrait bien, afin de le faire suer encore davantage. Une heure ou deux après, on l'essuyait et on lui donnait de la nourriture. On réitérait cette pratique pendant quelques jours de suite, jusqu'à ce que la salivation parût ».

Fracastor considérait les fumigations de cinnabre comme très-dangereuses. Voici ce qu'il en dit dans son poème sur la syphilis [Syphilidis, sive de morbo gallico. VeroniE, 1530) :

At vero et partim durum est medicamen, et acre, Partim etiam fallax, quo faucibus angit in ipsis Spiritus, eluclansque animam vix continet aegram.

Quo circa totum ad corpus nemo audeat uti

Judice me ; certis fortasse erit utile membris,

Quae papulae informes, cliironiaque ulcéra, pascunt.

(Livre II, vers 265 et suiv.)

En d'autres termes : « Mais elle (la médication) est violente à l'excès, irritante et incertaine dans ses résultats. Elle détermine de plus de l'angoise respiratoire et une véritable suffocation. Aussi ces fumigations, à mon avis, ne doivent jamais être pratiquées sur tout le corps ; il convient d'en limiter l'action aux parties qui sont le siège d'exanthèmes ou d'ulcères. » (Trad. Fournier, p. 76. Paris, 1869, in-8.)

Aussi, ne les administrait-il que localement sur le bras, la jambe, pour guérir des ulcères chroniques, des gangrènes locales, etc.

M. Fournier apprécie comme il suit le passage cité : « On ne dirait ni mieux ni autrement de nos jours, et cette appréciation de Fracastor sur les fumigations mercurielles pourrait être donnée comme le dernier mot de la science contemporaine. »

Benedictus Victor {De morho gallico liber. In A. Luisinus, Aphrodisiacus , sive de lue venerea. Ed. Boerhaave. Lugd. Batav. il'iS, in-fol., col. 654, 635) ne se montre pas plus enthousiaste que Fracastor des fumigations mercurielles '• « Omnes enim cum experientia in hanc sententiam veniunt, quod ejus fumus, « cum homini assiduatur, et aufert sensum et motum, corrumpitque visum et « auditum, nec non epilepsiam et apoplexiam, reliquosque cerebri morbos (( ob ejus offensioncm, quam ingerit cerebro, et nervis ab eo orlis progignit... « mis enim suffumigii pravi, et venenosi fumi, atque vapores insurgunt, « qui per os intrantes, attingentesque membra, et spirationis organa, in hisque « decumbentes, sua vi astrictoria spirationem tollunt, et repente patientem « strangulant, pariter quoque per nares ad cerebrum permeant, et organa atque « instrumenta facultatis animalisadeo offendunt, ut in multis pereant sensus, et a motus, atque facillime fiât lapsus in epilepsiam, et apoplexiam, in tremo- ',( remque, et paralysim ac spasmum. »

Fallope (1564) n'est pas moins sévère et exprime l'avis qu'il faudrait bannir les fumigations de cinnabre de la médecine humaine : « Medicina haecpro asinis « et rusticis servetur atque a thalamo viventium hominum excludatur. »

Les accidents étaient surtout attribuables aux fortes doses de cinnabre, quatre gros à une once, qu'on employait dans ces fumigations, et à la grande fréquence de ces dernières, jusqu'à deux par jours ; de plus, l'imperfection des appareils y était pour beaucoup, sans compter que souvent les médecins faisaient rentrer la tête dans ces appareils et provoquaient ainsi la suffocation du malade. C'est ce qui ressort d'unpass;ige de Musa Brasavole {15oi) qui, méconnaissant la vraie cause de la mort du malade, l'asphyxie, l'attribuait à l'apoplexie {De morbo gallico. Luisinus... 1728, col. 687) : « Scitote, nonnuUos medicos istos « suffumigasse, capite etiam a conopeo non exerto, quod periculosissimum « est. Nam quempiam vidi qui, ex fumo caput petente, in apoplexiam incidit « et statim mortuus in terramcorruit. Idcirco laudo ac jubeo ut, exerto capite, « suffumigentur, imo papilio circa coUum stringatur, tum ne fumus exeat, '( tum ne nares feriat. » (Voy. van Swieten. Comment...., t. Y, p. 516, de l'édit. de Leyde.)

Tous ces accidents avaient réduit l'usage des fumigations mercurielles à des

cas particuliers dès le seizième siècle. Alex.-Traj. Petronius [De morho gallico. In Luisinus... 1728, col, 1301) ne les prescrit que dans les affections syphilitiques invétérées, ne laissant aucun espoir de guérison : « Suffumigia, nisi « morbo jam inveterato, et ferme desperata salute, viribus tamen conslantibus, « nunquam administrari debere », et plus loin [ibid, col. Io02j : « Profecto « autem nunquam adhiberi débet, nisi morbus inveteraverit, et nisi tibi nulla « spes ab aliis auxiliis offertur et fere desperata salus est... » Nicolas Massa, en 1532 [de morb. gall., in Luisinus... 1728, col! 99), n'est guère moins exclusif; après avoir dépeint tous les dangers de ces fumigations, il ajoute : « ...Quare « non est administrandus, nisi in inveteratis et in virtute forti, cum aegritu - « dine mala, in qua alia remédia non conferunt... » Du reste, à partir du jour où les appareils à fumigation, plus perfectiounés, permirent de protéger la tète contre les vapeurs mercurielles, ces accideuts ne se reproduisirent plus ; les principaux perfectionnements étaient dus à Glauber et à Lalouette; ce dernier [Nouv. méthode de traiter le mal vénér., Paris, 1776), docteur-régent de la Faculté de médecine de Paris, remit en vogue les fumigations mercurielles par son ouvrage, imprimé par ordre du roi, et renfermant un nombre considérable d'observations de syphilis rebelle à tout autre traitement et guéris par celte méthode.

Jusqu'à cette époque, on s'était servi presque exclusivement de cinnabre ; du temps de Fallope, qui, du reste, ne s'en est jamais servi, on employait des fumigations de réalgar et d'orpiment, associés au cinnabre; Fallope les appelait avec raison Suffumigia maligna. Nous ignorons quelle était la composition des fumigations mercurielles de Charbonnière', fumigations surtout destinées <à être absorbées par les poumons (la bouche et les yeux seuls étaient couverts d'un bandeau) ; ces fumigations donnèrent lieu à de vives discussions durant la première moitié du dix-huitième siècle; Aslruc prit part à ces discussions; dans son Traité des maladies vénériennes [¥ édit., t. 11, p. 178; 1773), il décrit longuement le procédé de'Charbonnière et les expériences peu favorables auxquelles il donna lieu ; ajoutons que l'école de médecine de Paris approuvait ces fumigations ; il existe en effet à leur sujet un jugement de la Faculté, signé par Bourdelin, doyen, et portant la date du 25 mai 1738. A Paris on s'est servi, jusque dans la première moitié de ce siècle, de cinnabre, qu'on faisait vaporiser dans l'appareil de D'Arcet ou dans tout autre appareil perfectionné ; la dose était de 8 à 50 grammes de cinnabre, auxquels on ajoutait 150 à 200 grammes d'eau, dont les vapeurs devaient faciliter l'absorption du sel mercuriel. La fumigation durait de quinze à vingt minutes et était répétée tous les deux ou trois jours. Ce moyen s'est montré, paraît-il, trèsefticace dans les affections syphilitiques constitutionnelles; il fait disparaître en peu de semaines les ulcères syphilitiques, les syphilides sèches les plus rebelles. Rapou faisait grand cas du cinnabre et de la pâte argileuse de Lalouette dans les cas de ce genre. Werneck [Gaz. hôpit., t. IV, p. 188, 1830), à l'imitation des médecins du Nord, a également préconisé ces fumigations contre les ulcères syphilitiques de la peau, de la gorge et des fosses nasales ; 18 à 20 fumigations suffisaient en général pour amener la guérison; le traitement le plus long a été de cinquante-huit jours, le moins long de seize jours.

* Suivant Astruc, c'était soit du mercure éteint avec la térébenthine, soit de l'éthiops minéral, soit enûn du cinnabre, ces substances se trouvant mélangées avec diverses gommes ou résines.

Uécamier employait :

Il Cinnabre pulvérisé 1 gramme.

Proloiodure de mercure 5 «iécigramraes.

Mêlez pour 1 paquet. Faites 4 paquets semblables. La fumigation doit durer 20 minutes environ.

Le docteur Langlebert a imaginé des trochisques au cinnabre qui peuvent servir aux fumigations générales aussi bien qu'aux fumigations locales; il suffit de faire asseoir le malade sur une chaise, nu et enveloppé d'une couverture de laine, et de faire brûler entre les jambes un ou deux trochisques médicamenteux selon la dose jugée nécessaire. On peut composer ces trochisques d'après la formule suivante :

'if, Cinnabre pulvérisé 20 grammes.

Charbon léger pulvérisé 40 —

Benjoin pulvérisé 1 —

Azotate de potasse "20 —

Gomme adraganle pulvérisée 2 —

Eau Q. S.

Faites un mucilage de. gomme et d'eau, ajoutez la poudre pour obtenir une pâte homogène. Divisez en 10 cônes, faites sécher à l'air libre. Chaque cône représente 2 grammes de cinnabre. Ces cônes ont été surtout utilisés dans les accidents secondaires de la syphilis.

Mais, comme nous l'avons dit plus haut, les fumigations sèches ou humides de cinnabre n'agissent guère que localement par l'acide sulfureux qu'elles renferment sans compter qu'elles irritent vivement les voies respiratoires. Aussi, à partir de la publication de l'ouvrage de Lalouelte, on se servit de prélérence de calomel, soit pur, soit uni à de l'oxyde de mercure ou à de l'alumine.

En Angleterre, Langston Parker a, l'un des premiers, employé les fumigations de calomel; partisan enthousiaste des fumigations mercurielles, il les prétendait le traitement « le plus sûr, le plus actif, le plus certain, le moins fréquemment suivi de récidives et le plus efficace dans lestas opiniâtres ». De son côté, Lee a employé le calomel sur une vaste échelle et en a obtenu les meilleurs résultats. Sur 276 malades qu'il soigna de 1856 à 1858 au Lock-Hospital, pour des accidents primaires, secondaires ou tertiaires, 29 seulement quittèrent l'hospice sans être guéris, et un seul présenta une salivation mercurielle intense ; mais le remède se montra parliculièi^ement efficace contre les sypliilides cutanées. Lee a même obtenu de bons résultats dans l'albuminurie syphilitique {Lancet, t. Il, p. 109, 1868). La dose habituelle d'une fumigation était de 10 à 20 o^rarames. Lee constata que les fumigations de calomel étaient plus efficaces quand elles renfermaient de la vapeur d'eau ;Pollock, de son côté, a fait observer que cette dernière, en même temps qu'elle augmente l'activité de la peau, entraîne les vapeurs de calomel et rend leur application sur la surface cutanée plus sûre et plus complète ; en outre, d'après cet auteur, l'emploi de la vapeur d'eau est nécessaire pour que le malade puisse rester assez longtemps dans une chambre, exposé aux vapeurs de calomel, sans souffrir du froid. La durée des fumigations, aux doses indiquées ci-dessus, était de quinze à vingt minutes tous les jours. L'irritation des gencives, dans ces condilons, ne parait qu'après trois ou quatre jours; il est facile ensuite de régler l'action du médicament;

D'après Lee, les fumigations de calomel peuvent être pratiquées même chez des personnes débilitées, sans aucune fatigue pour elles.

Sigmund a également retiré de bons résultats des fumigations de calomel contre les sypbilides papuleuses et psoriasiques; dans les fumigations générales, la salivation se montrait après la deuxième fumigation ; quand on évitait l'inspiration des vapeurs, la salivation n'apparaissait qu'après la quatrième ou la cinquième séance, mais toujours très-abondante [Wiener nied. Wochenschr . , 1855).

Burnstead, de New- York, et Yandall, en Amérique, Henri Guéneau de Mussy, en France, ont expérimenté avec succès les fumigations de calomel. Dans ces dernières années, elles ont donné lieu à des discussions assez vives en Angleterre; Wilders, élève de Langston Parker, les a défendues énergiquement contre les attaques de Lane; Churchill affirme que les insuccès sont dus à ce que les malades cessent généralement trop tôt le traitemen;. En Amérique, Gross {System of Surgery, t. I, p. 505) prône les fumigations humides de calomel comme une méliiode excellente, produisant des cures extraordinaires. Enfin M. Horteloup {Gaz. hop., 1875) a remis à l'étude ce moyen thérapeutique et est arrivé aux conclusions suivantes :

« Les fumigations de calomel peuvent être employées contre les accidents syphilitiques dans les conditions suivantes :

« 1" Seules, contre les manifestations ulcéreuses précoces, plaques muqueuses, impétigo, echthyma superficiel.

« 2" Associées à l'iodure de potassium, contre les accidents plus tardifs, syphilides tuberculo-ulcéreuses, pustulo-crustacées, echthymas profonds ».

M. Horteloup a expérimenté sur 133 malades; il a eu à enregistrer 41 insuccès, H améliorations, 81 guérisons définitives; ces dernières se rapportent surtout à des cas de plaques muqueuses, de roséoles érythémateuses, de syphilides papuleuses, de syphilides ulcéreuses légères; l'action curative a été la plus remarquable dans les cas de plaques muqueuses végétantes et confluentes. Les insuccès ont porté principalement sur les cas de syphilides précoces sèches, et sur les syphilides ulcéreuses tardives ; ces dernières guérissaient par l'emploi simultané des fumigations et de l'iodure de potassium à l'iutérieur.

La salivation, d'après M. Hor^loup, s'observerait rarement, ce qui est contraire aux observations de Lee, de Sigmund, etc. ; mais quelquefois il survient une dyspnée passagère.

Le sublimé corrosif de son côté a été employé, non sans succès, surtout dans les syphilis invétérées ; mais il présente des inconvénients graves et des dangers qui ont bientôt fait renoncer à son usage.

D'une manière générale, nous ferons remarquer que les fumigations mercurielles doivent être administrées d'abord à une douce température, la plus favorable pour l'absorption du médicament; mais graduellement on l'élève de manière à obtenir, à la fin, une sudation abondante; après quoi le malade doit être mis dans son lit.

Nous reviendrons dans les chapitres suivants sur les fumigations mercurielles locales et sur les inhalations de vapeurs mercurielles.

D'après ce qui précède, on voit que les fumigations mercurielles constituent une véritable méthode de traitement des affections vénériennes, mais comme on le verra à l'article syphilis, elles n'offrent aucun avantage marqué sur les autres méthodes en usage et surtout nécessitent un plus grand déploiement d'appareils et de moyens accessoires : aussi malgré les efforts de Wilders, de Burnstead, de

Gross, de M. Horteloup, etc., ne les emploie-t-on plus guère dans ces maladies, du moins en France.

Les fumigations mercurielles, surtout celles de cinnabre, ont été utilisées en outre dans diverses affections de la peau, entre autres contre les maladies parasitaires, poux de corps, gale, etc. Avec le cinnabre, l'action ne diffère guère du reste de celle de l'acide sulfureux. Ajoutons que Glas a récemment obtenu la guérison d'un psoriasis par les fumigations au sulfure de mercure, mais cette affection fut suivie d'une névralgie faciale très-douloureuse {Upsala Lukarefôren. Fôrhand., Bd. 1, p. 132, 1867).

Fumigations térébenthinées. M. Ghevandier emploie depuis de longues années contre les affections rhumatismales les bains de vapeurs térébenthinées, qui s'échappent des copeaux du Pinus mugho sous l'influence d'une température élevée. « Les paysans de la Drôme, dit-il, sans s'en douter, ont découvert, par instinct, les heureux effets de cette médication, en venant s'installer autour du four de poix. Grâce au calorique qui en rayonnait et aux émanations d'essence de térébenthine qui se répandaient autour d'eux, ils se voyaient délivrés de leurs rhumatismes chroniques, à la suite de sueurs abondantes et par l'absorption de l'essence de térébenthine. » En Allemagne, les fumigations avec les sucs de pins sont également employées depuis longtemps. Bonnet disait [Traité des mal. artic, p. 170) : « Avec les bains de vapeur ihérébenthinés, on obtient des soulagements et même des guérisons, dont la fréquence et la promptitude dépassent de beaucoup ce qu'on a coutume d'observer à la suite des eaux minérales ». MM. Bremond recommandent pour ces fumigations les vapeurs d'eau chargées d'essence de térébenthine; ils ont expérimenté sur 86 malades, atteints soit d'affections rhumatismales, soit d'arthrites variées, soit de sciatique, etc., ils ont obtenu 50 guérisons radicales, 18 améliorations; les 18 autres malades n'ont pas terminé leur traitement, n'ayant pris au plus que 5 fumigations.

Fumigations iodurées. Ges fumigations, suffisamment décrites p. 554, ont été employées avec succès par MM. Bremond contre diverses affections syphilitiques, scrofuleuses, contre certaines hydropisies, contre l'inloxication mercurielle, etc. ; sur 96 malades, 49 ont été complètement guéris, 22 ont été améliorés, les 25 autres n'ont pas terminé leur traitement. Jamais on n'observe d'accidents dus à l'iodisme. Peut-être ces fumigations seraient-elles utiles comme prophylactiques contre les accidents tardifs de la syphilis, d'autant plus qu'on peut par leur intermédiaire faire absorber aux malades des quantités d'iodure de potassium que l'estomac ne supporterait pas sans inconvénient. MM. Bremond proposent encore d'employer les fumigations iodurées dès le jeune âo^e chez les individus doués d'un tempérament lymphatique ou scrofuleux; ils les conseillent de plus comme prophylactiques pour prévenir les intoxications saturnines, mercurielles, cuivreuses, etc. ; les ouvriers exposés à ce genre d'intoxication devraient se soumettre au moins une fois par semaine à ces fumigations.

Pour finir, mentionnons les fumigations arsenicales, utiles contre les dartres rebelles, mais d'un emploi dangereux, et parmi les fumigations calmantes, celles de fleurs de sureau qui, d'après Rapou, constituent l'un des moyens les plus efficaces à opposer aux douleurs vives, aux prurits déchirants qui accompagnent certaines éruptions cutanées ; celles d'oxyde de ziuc, douées également de propriétés sédatives très-manifestes.

IL Fumigations locales externes. On les emploie d'une part dans les cas

où, les fumigations générales étant indiquées, le malade est trop faible pour les supporter, d'autre part dans les affections nettement localisées.

Quand il s'agit de maladies purement locales, on peut exposer la partie malade directement aux vapeurs médicamenteuses ou les y diriger à l'aide d'un entonnoir. Ainsi dans l'acné de la face, on a grand avantage à tenir la figure audessus d'une cuvette renfermant de l'eau bouillante, la tète couverte d'un linge épais ou d'une serviette; ces fumigations diminuent notablement la congestion, quand elles ne sont pas trop prolongées; elles l'augmentent dans le cas contraire. De même, pour certains œdèmes ou engorgements de la face on emploie parfois de la même manière des fumigations de Heurs de sureau, etc. Les fumigations émoUientes sont en outre utiles dans divers cas d'érysipèle, de phlegmon, d'eczéma aigu, d'impétigo, etc.

Max Simon a obtenu une sédalion très-rapide dans la névralgie'du rectum, en faisant asseoir le malade au-dessus d'un vase d'eau bouillante [Bull, thérap., t. XXIV, p. 88). On emploie parfois le même moyen, dans certains cas d'aménorrhée, pour rappeler les nienslrues.

Quant aux fumigations narcotiques, nous ne disons rien de celles de tabac tant vantées contre la goutte (llinurd, Bull, thérap., t. XXIV, p. 287; Réveillé- Parise. Guide pratique des goutteux et des rhumatisants), mais dont l'efficacité est fort douteuse; elles sont de quelque utilité contre les névralgies, lu migraine, etc. Toogood-Downing dit s'être très-bien trouvé des fumigations de belladone ou de chanvre indien dans le tic douloureux.

Les fumigations aromatiques et excitantes peuvent également être recommandées contre certaines douleurs chroniques, engorgements scrofuleux, etc.

Hoppe fait sur les parties œdématiées des fumigations avec du sucre ; d'après lui elles seraient utiles, non-seulement comme agent calorifique, mais encore par le précipité que forment à la surface du tégument les particules fines des vapeurs dégagées, précipité qui, en absorbant de l'eau, contribuerait à dimiimer l'œdème et déterminerait en même temps la constriction des vaisseaux [Memorabilien, Bd. VII, 1862).

D'après G. V. Brenning, le brome chloré en vapeurs dissout les ganglions tuméfiés, eschariûe et améliore sensiblement les ulcérations cutanées {Ungar. Zeitung, t. V, 1855).

Les fumigations mercurielles locales peuvent être employées utilement contre les syphilides cutanées. Les Chinois exposent aux vapeurs d'une bougie, faite avec du cinnabre et de la cire, les ulcères vénériens. Biett avait imaginé un petit appareil permettant de diriger à volonté les vapeurs mercurielles sur les parties malades, ce qui diminue beaucoup les chances de salivation. Avec les vapeurs de calomel en fumigations partielles, Sigmund n'a du reste jamais observé d'irritation gingivale.

Enfin les trochisques au cinnabi'e et au protoiodure de mercure du docteur Langlebert sont très-appropriés aux fumigations locales, mais pendant leur combustion ils fournissent soit des vapeurs d'acide sulfureux et du mercure métalhque, soit du biiodure de mercure et du mercure métallique, ce qui, à vrai dire, ne constitue un inconvénient sérieux que quand il s'agit d'inhalations; du reste M. Langlebert conteste quelques-uns de ces résultats et affirme que le protoiodure de mercure se dégage des trocliisques sans altération.

m. FuMiG.vTioNs DIRIGÉES SUR LES MUQUEUSES. Ce genre de fumigations a été pratiqué de toute antiquité. DéjàHippocrate conseillait les fumigations excitantes

contre la leucorrhée et les affections chroniques de l'ute'rus, oiî leur utilité est plus que douteuse ; il est question également dans les livres hippocratiqucs de l'inhalation des vapeurs médicamenteuses ; le père de la médecine prescrivait des fumigations aromatiques et acétiques dans les angines; depuis elles ont été employées par les médecins de toutes les époques.

Nous étudierons ces fumigations successivement dans leurs applications aux voies respiratoires et aux autres muqueuses accessibles (rectum, conjonctive, etc.).

Voies respiratoires. Dans les fumigations dirigées sur la muqueuse des voies respiratoires, on peut se proposer soit d'exercer sur cette dernière une action simplement locale, destinée à en modifier l'état ou la vitalité, soit d'obtenir en même temps une action plus générale, destinée à combattre, par exemple, l'élément nerveux ou spasmodique , qui accompagne certaines affections thoraciques, telles que différentes formes d'asthme, la coqueluche, etc., et fondée sur la propriété dont jouit cette muqueuse d'absorber des substances volatiles. Quel que soit le but que l'on se propose, l'introduction des vapeurs médicamenteuses dans les voies respiratoires peut se faire de deux manières différentes; ou bien on laisse se dégager ces vapeurs dans l'atmosphère de la chambre oiî habite le malade, ou bien celui-ci les aspire soit directement, soit par l'intermédiaire d'un entonnoir, d'un tube ou de tout autre appareil.

Les vapeurs chaudes, en pénétrant dans la poitrine, occasionnent, surtout si l'on en fait usage pour la première fois, une légère oppression; celle-ci n'est que passagère et ne tarde pas à être remplacée par une sensation chaude et agréable. Comme résultat immédiat on observe une sécrétion plus abondante des muqueuses et une expectoration plus aisée ; souvent s'établit une transpiration générale. La température de ces fumigations est ordinairement de 40 h 45 degrés.

D'après Martin-Solon les substances volatiles seules seraient susceptibles d'être absorbées par la muqueuse des voies respiratoires ; nous ne rapporterons pas ici les expériences faites par cet auteur pour établir sa proposition ; nous nous bornerons à objecter que la muqueuse pulmonaire absorbe très-rapidement les liquides qui arrivent à son contact et à plus forte raison les vapeurs aqueuses chargées ou non de principes médicamenteux. Cependant cette absorption est moins rapide quand les bronches renferment une grande quantité de mucus ; en effet on a constaté que dans ce cas la suffocation est plus grande au moment de l'inhalation des vapeurs.

11 est bien évident en outre que la suffocation doit être plus rapide quand le champ respiratoire se trouve réduit soit par suite de l'imperméabilité, soit par suite de la destruction ou fonte d'une partie plus ou moins grande des poumons. Dans ces conditions les malades ne supportent que très-difficilement les fumigations de vapeurs.

Gomme nous l'avons dit plus haut, les fumigations pulmonaires étaient déjà en usage chez les Grecs; mais il faut arriver jusqu'à Oribase pour trouver à leur sujet quelques données positives; d'après cet auteur, un certain Antyllus, qui vivait au troisième siècle de l'ère chrétienne, s'est occupé des fumigations. « Les fumigations, dit Antyllus, ne conviennent pas à toute espèce de maladie, mais seulement à celles de la poitrine, et encore dans celles-ci ne sont-elles légitimement applicables qu'au cas d'asthme et d'orthopnée par embarras de pituite; elles sont contre-indiquées dans les cas d'hémoptysie et de toux sèche... On fait asseoir le malade et on le met tout entier sous une vaste couverture ; DICT. ENC. V s. VI. . 24

entre ses jambes écartées on place un vase contenant du feu sur lequel on jette des feuilles d'aristoloche, de clématite, ou du soufre, ou des bourgeons de sapin, ou du persea, ou des fragments de vieilles cordes; celles qui ont servi à la marine sont les meilleures, et on recommande au patient de baisser la tète pour mieux recevoir et aspirer cette fumée. Beaucoup ont rejeté la pituite à la première épreuve. »

Ilioscoride dit, en parlant du soufre : « Prodest tussibus, suspiriosis, puru- (( lenta extussientibus ovo sumptum aut suffitum. » Galien employait dans le même but les fumigations (sw/'^/»s) d'orpiment, etRhazès celles d'orpiment combiné à des substances balsamiques et aromatiques. Du dixième au dix-septième siècle les fumigations ne tirent que se vulgariser dans le traitement des affections pulmonaires.

Nous ne citerons pas les auteurs qui ont conseillé simplement l'inhalatioii d'air uni à divers gaz ou vapeurs, pour arriver à Bennett, qui recommande les mhalations d'encens, de styrax, de plantes aromatiques, de soufre, etc., à Willis, qui emploie en outre l'orpiment; à Billard (1770) qui préconise les fumigations résineuses, à Rush (1787) et à Beddoes (1795) qui prescrivent avec succès les fumigations de goudron ; mais c'est Crichton qui, en 1817, érigea les fumigations de goudron en méthode systématique de traitement dans la phthisie pulmonaire et il fut suivi dans cW te voie par Lazzaretto à Portsmouth la même année, par llufeland et Neumann à Berlin en 1818, par llildebrand,à Vienne, et plus tard, en France, par Sales-Girons.

D'après Lazzaretto, la fumée résineuse agit sur les ulcérations pulmonaires comme un topique anti-putride ; Sales-Girons a adopté cette manière de voir et ajoute qu'elles agissent en quelque sorte d'une manière endermique par la surface muqueuse des organes respiratoires et vont porter dans toute l'économie le bénéfice de leurs propriétés anti-cachectiques. On trouvera aux articles Phthisie et Goudron tous les détails que nous ne pouvons donner ici sur les fumigations goudronnées.

Les fumigations de créosote, dont l'action est analogue à celle du goudron, ont été employées par Martin-Solon {Bull. thérap.,i. Y, p. 594, 1855) dans la phthisie, mais sans grand succès.

On a également préconisé dans cette maladie les fumigations de chlore, mais dans les cas où ce moyen fut suivi de guérison, il s'agissait probablement de simple bronchite chronique ; du reste^ le chlore est plutôt dangereux qu'utile, il irrite violemment les voies respiratoires et peut provoquer des hémoplysies. Les fumigations d'iode vantées par Dufuisseux [Annales de la Soc. de méd. de Gand, juin 1842), celles d'ammoniaque préconisées par Turck [Archiv. génér. de méd., décembre 1844), les fumigations ciculées conseillées par Aiibert et par Cazin. les cigarettes arsenicales de Boudin, les cigarettes de varech ou de fucus, etc., n'ont guère eu plus de succès.

Copland [The Forms, Compile, Causes.... of Consumption and Bwnchitis. Londou, 1861, in-S") signale également les dangers des fiimigalinns irritantes dans la phthisie et exprime des doutes sur l'utilité des fumigations émollientes et narcotiques ; il recommande surtout la plus grande circonspection dans l'hémoptysie ; dans les formes légères ou quand l'iiémoptysie est à sa période de décroissance, on peut employer les fumigations astringentes ou résineuses, avec l'acide acétique, associé au camphre ou à la térébenthine, avec l'acide pyroligneux, la créosote ou le goudron, etc.

FUiHGATIONS. 571

Les fumigations emo//Jenfes sont utilement employées dans la période ai^^iié des laryngites, des bronchites, etc., les fumigations aromatiques ou résineuses dans la deuxième période de ces mêmes affections et surtout dans les phlegmasies chroniques. Dans les broncliiles chroniques invétérées, le chlore a, paraît-il, réussi quelquefois; son emploi modéré nous semble surtout rationnel dans Je? bronchites gangreneuses.

Dans les bronchites chroniques sèches, principalement dans celles qui surviennent à la suite des pleurésies, M. Mandl a employé avec succès les fumigations pratiquées avec le liquide suivant :

^ Acide acétique de Verdot fiO graniiiics.

Créosote 5 —

Eau 500 —

Remuez vivement pour obtenir un liquide bien transparent. Le malade doii faire au moins trois fumigations par jour, avec l'appareil décrit plus haut (p. 548); la durée dechaque fumigation doit être de 20 à 25 minutes; on emploie d'abord 2, puis 3, 4 cuillerées et davantage du liquide fumigatoire, en ajoutaiït une partie égale d'eau; en diminuant ensuite la quantité d'eau on peut augmenter graduellement la force du mélange. La durée du traitement est de deux à trois mois. Le malade ne tarde pas à voir son appétit augmenter, l'expectoration diminuer, la respiration devenir plus libre. Si dans le cours du traitement une bronchite aiguë survenait, il faudrait suspendre les fumigations acides et les rem,placcr par des fumigations émollientes.

Mais arrivons aux funiigations narcotiques, surtout remanjuables par leur action spéciale dans les affections llioraciques caractérisées par des symptômes nerveux ou spasmodiques.

Dans la période spasmodique de la coqueluche, Fuster a beaucoup vanté les inspirations de vapeurs aqueuses de belladone, administrées au moyen d'un appareil spécial {Bull, thérap., t. VII, p. I.'T, 185i) ; il prétend avoir ainsi guéri des coqueluches en quelques jours. On a conseillé les fumigations avec les feuilles sèches de stramoine dans Vangine de poitrine. Mais l'alfection, où les fumigations narcotiques sont le plus employées, c'est l'asthme.

L'un des moyens les plus simples et en môme temps des plus efficaces, d'après Trousseau, contre cette maladie, consiste à briiler dans l'appartement habité par le malade du papier nitré au salpêtre ; pour préparer ce papier, on verse dans une assiette un demi-verre d'eau dans lequel on jette 15 grammes de nitrate de potasse ; on trempe dans la solution le papier non collé et on le fait sécher. La combustion lente de ce piqjier lépand dans l'atmosphère une certaine quantité de vapeurs d'acide hypoazolique, auquel on attribue l'action spécifique contre les accès d'aslhme.

Morpain eut l'idée de joindre aux vapeurs nitrées les fumigations de plantes et de substances viroso-résineuses. Le papier de Carrié ou carton fumigatoiie, adopté depuis par le Codex, répond le mieux à cette combinaison ; en voici la formule :

2C Papier gris 120 grammes.

Azotalie de p il.isse pulvérisé 61) —

feuilles de belladone pulvérisées. .... . . 5 —

— de b.tramoine pulvériséos 5 —

— de digitale pulvérisées 5 —

— de lobélie enflée pulvérisées 5 —

Semences de pliellandrium pulvérisées 5 —

Ulynlie pulvérisée 10 ^

Oliban pulvérisé 10 —

Déchirez le papier par morceaux, faites-le tremper dans l'eau et égoutter, pilez pour obtenir une pâte homogène, incorporez Jes poudres préalablement mélangées, faites sécher à l'étuve dans des moules en fer-blanc. La dose prescrite doit four;)ir trente-sis morceaux rectangulaires d'environ 6 centimètres de long sur 4 centimètres de large. Pour s'en servir, on prend une feuille à laquelle on met le feu, en ayant soin, avant de l'enflammer, que la chambre soit bien close; on recommence tous les soirs pendant un cerlain temps.

Guyot-Dannecy {Journ.de Bordeaux, 2*= sér., t. IX, p. 585, 1864), ayant remarqué que, par suite de sa combustion incomplète, le papier nitré a souvent pour conséquence la production de vapeurs irritantes pour les voies respiratoires, a proposé d'employer les feuilles fraîches de belladone, de tabac, de digitale, de bourrache, etc., trempées préalablement, avec leurs pédoncules, dans une solution nitrée au dixième; il assure avoir obtenu ainsi des résultats remarquables.

Boutigny, de son côté {Bull, de VAcad. de méd., t. XXll, p. 1188, 1857), a proposé d'employer pour les fumigations antiasthmatiques le mélange suivant :

:?i Bisulfaie Je potasse 2 grammes.

Salpèlie 1 —

Peroxyde de manganèse Q. S.

pour que le mélange soit bien noir. Le tout est bien pulvérisé, puis, au moment de s"en servir, jeté sur une pierre ou une plaque chaude; il en résulte un abondant dégagement de vapeurs nitreuses et nitriques. Après la fumigation, on brûle un papier nitré obtenu à l'aide de la solution suivante :

2i Salpêtre 1 gramme.

Sucre '2 —

Eau G —

Trempez, faites sécher.

On peut encore employer pour les fumigations antiasthmatiques les trochisques ou cônes fumigatoires préconisés par Gorbel-Lagneau ; ces cônes sont composés de charbon de bois léger, de salpêtre, de benjoin et de quelques autres substances odoriférantes, le tout réduit en une pâte homogène, puis roulé en petits cônes et séché ; on peut y ajouter les substances narcotiques dont on a besoin.

Au lieu de brûler le papier fumigatoire dans l'appartement, on le roule quelquefois en cigarette ou en cigare, que le malade fume comme un cigare ordinaire; ou bien on lui fait fumer en cigarette ou dans une pipe des feuilles sèches de jusquiame, de belladone et de stramoine, mêlées ou non à du tabac. C'est surtout la stramoine qui paraît être douée de la plus grande efficacité; on employait d'abord une espèce de l'Inde, le Dalura metel; actuellement on ne fait plus usage que du Datum stramonium, espèce indigène. Son action spéciale contre l'asthme n'est guère plus connue que celle de la jusquiame et delà belladone. Est-ce la petite proportion de nitre que renferme la feuille de ces plantes qui leur communique leurs propriétés antiasthmatiques? Ou bien agissent-elles par l'alcaloïde qu'elles contiennent? D'après Miquel, c'est une action purement sédative, narcotique, diminuant le besoin de respirer. Habituellement la dose de stramoine est de O^sTô au début; on la porte alors graduellement

FUMIGATIOiNS. 375

jusqu'à 2 ou o giammes. Nous n'insisterons pas davantage sur ce point {Voy. Asthme) *.

On a employé parfois les fumigations opiacées dans certaines névralgies, surtout quand elles sont liées au coryza {Gaz. méd. de Paris, 1854; Bull, thérap., t. XLVlI,p. 203).Les fumigations émollientcs dans le forî/2a aigu, excitantes ou résolutives dans le coryza chronique, sont connues de tout le monde ; les fumigations de chlore sont utiles dans l'oîène simple, celles de cinabre sont quelquefois utilisées dans l'ozène syphilitique.

Dans les ulcérations syphilitiques du fond de la gorge, on a, à l'exemple des Indiens, fait fumer aux malades des plantes aromatiques ou du tabac ordinaire imprégnés d'une solution mercurielle ou mélangés avec du cinabre (Venot, Joum. des conn. méd. prat., février d8o6). Trousseau recommande des cigarettes préparées d'après la formule suivante :

2i Sublimé corrosif

Acide nitrique

Eau 20 —

I aa l sramme.

Dissolvez, étendez sur un papier collé de 20 centimètres de côté sur 15 centimètres. Faites sécher et pliez en cigarettes. Respirez lentement dix gorgées de ces cigarettes plusieurs fois par jour dans les affections syphilitiques du pliarynx et du larynx.

Les trochisques au cinabre ou au protoiodure de mercure de M. Langlebert peuvent être utilisés dans le même but ; on dirige les vapeurs dégagées au fond de la gorge au moyen d'un entonnoir.

Werneck, pour combattre les ulcères syphilitiques de la gorge et des fosses nasales, préconisait les fumigations générales de cinabre, le malade faisant rentrer la tête dans l'appareil ; cet auteur ne nous dit pas s'il a observé des accidents par ce moyen dangereux.

Ouelquefois on pratique des fumigations mercurioUes dans le but de provoquer l'hypercrinie salivaire ; le procédé mis en usage par Chavériat dans le service du professeur Bonnet, de Lyon, consiste à verser gros comme un pois de mercure sur des charbons ardents et à recevoir les vapeurs mercurielles la bouche ouverte et la tète couverte d'un morceau de laine; en pratiquant tous les jours deux fumigations de trois minutes chacune, on obtient la salivation rapidement, en général après trois ou quatre fumigations.

Coley {Pract. Treat. on Dis. of Childr., London, 1846) recommande les fumigations au sublimé trois fois par jour contre la laryngite chronique avec ou sans ulcération; Neumann {Joiirn. f. Kinderkr., 1847) les préconise de même contre la laryngite chronique ulcéreuse.

Pour en finir avec les inhalations dirigées dans les voies respiratoires, nous devons encore mentionner les fumigations excitantes employées dans les cas de syncope et surtout d'asphyxie. On se sert habituellement, en pareil cas, du chlore, des vapeurs nitriques, chlorhydriques, sulfureuses, acétiques, ammoniacales, etc., mais il faut en user avec les plus grandes précautions et les interrompre dès que le malade donne signe de vie .

Muqueuse rectale. On employait jadis les fumigations de tabac pour corn-

1 On trouvera à l'article Cigares médicixadx de ce Dictionnaire la composition d'un grand nombre de cigarettes employées dans les affections asthmatiques et pulmonaires en général, cigarettes arsenicales, balsamiques, etc., cigarettes d'Espic, etc., etc.

574 FUMIGATIONS (bibi.iogkai'uie).

battre l'asphyxie ; on les dirigeait dans le rectum au moyen d'un soufflet ou de l'appareil imaginé par Bell (p. 548), mais la distension énorme des intestins qui en résultait les a fait abandonner complètement.

Gaupp préconise les fumigations faites avec les feuilles du cliêneoude la\igne pour diminuer le ténesme qui existe dans certains cas de dysenterie épidémique.

Œil. On peut ranger parmi les fumig.itions l'application sur la conjonctive du gaz acide carbonique, se dégageant d'un flacon à goulot étroit et allongé qui renferme un mélange de carbonate de chaux et d'acide sulfuiique, et du gaz ammoniac se dégageant d'un flacon renfermant de l'ammoniaque liquide ou du carbonate d'ammoniaque. Rognetla [Tr. (Vophth., 2" éd., p. 54) se servait d'acide carbonique, renfermé dans une vessie à robinet et conduit directement à L'oeil par un tube évasé, pour combattre les ophthalmies chroniques ; Scarpa {Tr. prat. des mal. des yeux, Paris, 1811) employait l'ammoniaque jusqu'au larmoiement dans la même affection et dans certaines amauroses.

Beauclair [Arch. d'oplith., t. 1, p. 40) a utilisé les fumigations d'iode répétées deux ou trois fois par jour contre l'oplilhalmie granuleuse ; l'iode se vaporisait dans une caisse en fer-blanc chauffée et arrivait à l'œil par un large tube en verre. Ces fumigations n'étaient pas très-douloureuses ; employées à l'exclusion de tout autre moyen, elles n'amenaient la guérison que très-lentement.

Dans le staphylome de la cornée, von Ammon {D. Klin., 1851, n» 45) a pratiqué les fumigations d'acide cyanhydrique d'une manière persistante; mais il n'est arrivé qu'à obtenir la diminution du trouble de l'extrémité conique, modification qui se présente parfois spontanément.

Enlin, nous devons mentionner les résultats obtenus par Dcsmorest {Rec. de mém. de méd. milit., 3« sér., t. IX, p. 275, 1865) au moyen de diverses sortes de fumigations dans l'héméralopie ; les fumigations ammoniacales réussissent neuf fois sur dix ; les fumées produites par des fragments de foie de bœuf jetés sur des charbons ardents et dirigés vers les yeux sont, paraît-il, douées d'une efficacité semblable. Desmorets a encore employé les vapeurs d'eau et celles dégagées par une décoction de café, mais sans grand succès.

Oreille. Dans les otites externes, aiguës ou chroniques, on se sert quelquefois avec avantage des fumigations émollientes ou balsamiques dirigées dans le conduit auditif externe. On emploie également, dans les cas légers de catarrhe de l'oreille moyenne et dans les formes sèches d'otite moyenne, les fumigations balsamiques (benjoin, myrrhe, tolu, etc.), excitantes et aromatiques (genièvre, lavande, acide acétique), résolutives (iode, chlorure ammonique, calomel), narcotiques (jusquiame, éther), soit seules, soit mélangées à de la vapeur d'eau; les vapeurs se dégagent d'un petit ballon de verre chauffé par une lampe à alcool et sont poussées dans l'oreille moyenne à l'aide d'une ampoule en caoutchouc, à travers une sonde engagée dans la trompe d'Eustache. On conçoit la possibilité d'injecter dans l'oreille moyenne, par ce mécanisme, de l'air, des gaz ou diverses vapeurs médicamenteuses; mais, outre que ces fumigations n'ont qu'une action curative médiocre, on risque, en employant des substances trop énergiques, d'affecter douloureusement la muqueuse naso-pharyngienne et d'aggraver l'état inflammatoire {Voy. Oreille). L. Hahn.

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FUMIGATIONS (bibliographie). 575

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FU:VARIA. Établi par Sclireber (Gen. plant., n" 1650), puis nommé successivement Kœlreteura par Hedwig et StrephecUum par Pulisot de Beauvois, ce genre de Mousses appartient à la tribu des Funariacées et à la famille des Physcomitriées. Les espèces qui le composent présentent les caractères suivants : Tige simple, très-courte, pourvue d'une rosette de feuilles ovales-lancéolées, entières ou finement dentées sur les bords et parcourues dans leur milieu par une nervure n'atteignant pas tout à fait leur extrémité; pédiccUe très-long, droit ou arqué, portant une capsule gonflée, irrégulière, incurvée, pencbée ou pendante et plus ou moins profondément striée; péristome double, recouvert par un opercule presque plane; coiffe allongée, renflée, vésiculeuse à la base, se contractant d'abord au-dessous de la capsule qu'elle renferme en entier, puis fendue et rejetée d'un seul coté à la maturité.

Les Funaria sont des mousses vivaces qui croissent sur la terre nue en touffes

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