‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.42Chapitre 70 sur 126 · Galbanum 2 parties · texte numérisé non relu

Galbanum 2 parties

Assa-fœtida i

Cire jaune > âà 1 —

l'oix blanche )

Contre l'hystérie et les coliques venteuses.

Le galbanum entre encore dans la composition des médicaments suivants : emplâtre contre les cors de Baudot; emplâtre diachylon gommé; emplâtre diabotanum (pharm. d'Espagne); emplâtre de mélilot; emplâtre oxycroccum. E. B.

BiBtroGRAPiiiE. — GuiBomiT. Histoire naturelle des drogues simples. — Planciio». Traité pratique de la détermination des drogues simples d'origine végétale. — Flûckiger et Hasieurï. Histoire des drogues d'o igine ve'gétale. Trad de Lanessan. — Gerhardt. Traité de chimie organique. — Wurtz. Dictionnaire de chimie. — Soubeïran-Regnauld. Traité de pluirmacie. — AxDOUARD. Nouveaux éléments de pharmacie. — Douvault. L'officine. — 1>ùuchardat. A'ouveau formulaire magislral. — Formulaire des hôpitaux militaires. — Journal de pha)niacie et de chimie. — Chevallier et Baudbimo.nt. Dictionn. des falsifications. E. B.

G.4LBIA.TI (Gennaro). Docteur eii médecine de l'Université de Naples, chirurgien de l'hôpital royal de la marine, chirurgien ordinaire de l'hospice des Incurables de Naples, membre d'un grand nombre de sociétés savantes, florissait dans la première moitié du siècle actuel.

I. Opérazione del (dglio delta sinfisî del ptibe. îsap'oM, 1819, iri-S''."-T- II. 'Sagr^to siillè

piu pericolose perdite di sangue dalV utero délie donne gravide. >'apori, 1S20, in-S". — III. Memorie chirurgiche. Kapoli, 18ôo, in-S". — lY. .articles dans II Filiatre Scbizio, Giornale di chir. di ISapoli et Osservatore medico. L. Hn. '

GALBULEfS. Galhulce. Nom qu'on donne parfois au fruit du cyprès (Cmpressus sempèrvirens L.). Ce sont lés noix dei cyprès. Pl.

GALDA. Nous trouvons d^nsï Apparatus niedicamhmm de Murray la mention d'une gomme-résine nommée de Galda, que l'auteur n'a pas vue lui-même et sur laquelle les quelques auteurs de matière médicale, qui en ont parlé, ne sont pas exactement d'accord. D'après Bûchner, elle est presque grise, lactescente, lanielleuse, inodore, d'une saveur acre et araère ; d'après Spielmann, noirâtre à

l'extérieur, blanche à l'intérieur, dure, ayant l'odeur et la saveur de l'élénie. — Du reste, elle se ramollit sous la dent, se liquéfie à la llamme, et en brûlant répand une odeur agréable. L'origine en est complètement inconnue.

On lui a attribué de grandes propriétés, surtout celle de faciliter l'expectoration dans la phthisie et de durcir les tubercules ulcérés. Pi..

Bibliographie. — Buchner, d'après Seeltmatteb. Dissertalio de Gummi reitinis Kikekuvialo Look et Galda, p. 18. — Spieljiann. Pharmacopœa (jeneralis, p. 100. — Murray. Apparalus medicaminum, VI, p. 200. I'l.

GALE (Thomas). Surnommé le Paré de l'Angleterre, naquit en 1507 et vivait encore en 1586. Il était un élève do Richard Ferris, qui fut depuis premier chirurgien de la reine Elisabeth. Il servit dans l'armée de Henri VIII, à Montreuil, en 1544, et dans celle de Philippe 11 devant Saint-Quentin, eu 1557. Après ces campagnes, il se fixa à Londre.-. et y cxeiça la chirurgie avec une rare distinction. D'après les écrits de cet auteur, on se fait une idée singulière de l'état de la chirurgie à son époque. « .le me rappelle, dit-il, qu'à mon arrivée à l'armée d'Henri VlU, devant Montreuil, je tiouvai là une quantité d'aventuiiers qui se faisaient passer pour chirurgiens. C'étaient pour la plupart des cliàtreursde cochons, d'autres de chevaux, des raccommodeurs de chaudrons, des savetiers... Avec cette sorte de guérisseurs, le traitement n'était jamais long ; deux pansements suffisaient ordinairement; les blessés esquivaient le troisième en partant pour l'autre monde. Le duc de Herfolck ayant pris le commandement de celte armée ne tarda pas à être instruit de ce désastre, et pour reconnaitie la cause qui rendait mortelles les plaies les plus légères, il appela quelques chirurgiens habiles, et je fus du nombre... Ces drôles, une fois démasqués, le général les iît livrer à la prévôté pour être pendus, en récompense de leurs dignes services, à moins qu'ils n'avouassent franchement qui ils étaient, quelle était leur profession, ce qu'ils firent à la fin ».

I. An Excellent Treaiise of Wounds made ïuith Gunshot, in which is confuled bolh the Grosse Error of Jérôme of Brunswicke. John Vigo. Alphonse Ferri and otiiers in ivhat the Wound makes Yenomous, which cornet h tlirough the Coinmon Poivder and Shotle. And also thero is set oui a Perfect and True Méthode of Curing Ihose Wounds. Londoii, lofiô, in-8°. — II. An Enchiridion of Chirurgerie, containing the Exact and Perfect Cure of Woundes, Fractures and Dislocations. London, 15C3, in-8°. — III. Certain Works in Chirurgerie Newly " compiled and PuOlished : 1° The Inslilulion of Chirurgerie ; 2° An Enchiridion, the Cure of Wounds, Fractures and Dislocations : 5° Of Wounds made ivith Gunshot ; 4° Anlidotarie, the Principal and Secret Med ici nés. London, 1503, in-S". — IV. Chirurgical Works [A Brief Déclaration of the Worthij Art of Medicine; The Office of a Chirurgeon). London, 1566. — V. Certain Works of Galen, Called Methodus medendi; with a Brief Déclaration of the Worthy Art of Medicine, the Office of a Chirurgeon and an Epitonie of the .')d Book of Galen, of Natural Facullies. Ail doneinto English. London, 1586, in-4"'. — VI. The Whole Works of iliat Famous Chirurgeon M. John Vigo..., published hy a Thomas Gale. London, 1586, in-4«. L. Ih-.

GALE. Définition- La gale peut être définie : une affection de la peau produite par un parasite animal, le sarcopte ou acarus scabiei, et caractérisée par une lésion spécifique {éminence acarienne et sillon) et par des éruptions inflammatoires symptomatiques qui varient suivant la période de la maladie, l'âge du sujet contaminé et les prédispositions individuelles.

Telle est la définition que j'ai donnée en 1852, dans mon livre sur les affections cutanées parasitaires, et je n'ai rien à changer aux termes qui la composent.

Étymoi.ogie. Le mot galk (que l'on écrivait autrefois galle) vient-il du latin calliis, qui veut dire cal, durillon, ou de l'allemand galle, qui signifie endroit vicieux, malade, ou de l'anglais to gall, dont le sens est excorier, ou du bas-breton gâl, qui répond au mot éruption, ou enfin du latin galla, par analogie avec certaines productions végétales accidentelles que ce mot servait à désigner? Grammatici certant... et je laisse au lecteur le soin de faire un choix entre ces diverses étymologies.

Syinomïmie et DÉKOMiNATio.xs DIVERSES. La galc paraît avoir été désignée par les Grecs sous le nom de i|/woa (de ^}w, je frotte), et par les Latins sous celui de scabies (de scabere, gratter). Ces deux termes impliquent tout au moins, comme on voit, l'existence du phénomène prurit. C'est la ro^ne dans les pays méridionaux, c'est la g râtelle dans le langage populaire. Elle s'appelle scabhia, rogna, raspa en Italie; sarna, rona en Kspagne ; itch, scale, yuck, laidors diseuse en Angleterre; Krâtze, Kratzausscklag en pays allemand.

Étude HrsioRiQDE. C'est encore aujourd'hui une question de savoir si les médecins de l'antiquité ont véritablement connu la gale. Assurément, si l'on cherche dans leurs écrits une notion claire, positive, nettement formulée de l'affection dont il s'agit, on n'y trouvera rien de semblable; mais on arriverait ainsi à prouver que la connaissance de la gale ne remonte pas au delà d'une cinquantaine d'années tout au plus. La vérité est que les anciens, privés des renseignements que fournit la donnée éliologique et n'ayant pu se guider que sur les caractères les plus apparents des éruptions, ne nous ont laissé de cette maladie aucune description d'ensemble, mais seulement des traits épars, souvent fort difflciles à reconnaître sous la diversité des dénominations qui ont composé tour à tour, selon les temps et les lieux, le vocabulaire dermatologique. On ne saurait douter poiu'laut que, sous le nom de -^côia, les Grecs n'aient au moins quelquefois compris et désigné plus particulièrement la gale; et, à défaut d'Hippocrate,qui n'en parle que d'une manière assez vague, on peut invoquer ici le témoignage d'Aristote qui , dans son Histoire des animaux, non-seulement signale l'existence de la maladie, mais qui semble en avoir pressenti la nature parasitaire. Les Romains ont traduit le mot -^ûpc/. par celui de scabies : ces deux termes sont en effet considérés comme synonymes par Pline l'ancien, l'homme le plus érudit de son temps, le compilateur infatigable des travaux de la Grèce. Du reste, avant Pline lui-même, le mot scabies avait été employé d'abord par Cicéron et ensuite par Horace, dans un sens métaphorique qui semble bien indiquer chez ces auteurs la connaissance d'une maladie fort analogue à la "aie ; et, dans tous les cas, cet emploi du mot au figuré prouve certainement qu'aucune incertitude n'était possible sur le sens qu'il convenait de lui attribuer au propre. Gelse, qui vivait au temps d'Horace, est le premier écrivain latin qui ait parlé de la scabies a un point de vue purement médical. Mais est-ce bien la "aie que Celse a voulu décrire sous ce titre? Soutenue par Lorry, cette opinion a été combattue par Willan, Biett et Rayer, qui n'ont vu dans la scabies de Celse qu'une variété de lichen, puis reprise par Dezeinieris, dans l'excellent article qu'il a consacré à l'histoire de la gale dans le Dictionnaire en 30 volumes. Voici du reste le passage en question : « Scabies vero est durior cutis, rubicunda ex qua pustulce oriuntur, qucedam humidiores, quœdam sicciores, exit ex quibusdam sanies, fitque ex his continuatis. exulceratlo pruriens; serpilque in quibusdam ciio. Atqiie in aliis quidsm ex loto desinit, in aliis vero certo tempore anni revertilur. Quo asperior est, quoque prurit magis, eo dif/icihus toi-

litur : itaque eam quœ taîis est àyoîav {ici est feram) Grœci cippellant. )t II faut avouer que cette description de l'auteur latin ne satisfait pas complètement l'esprit, et que si l'on y trouve en effet quelques traits qui peuvent être rapportés à la gale et plus particulièrement à l'eczéma psorique, il en est d'autres qui se prêtent assez mal à cette interprétation. Toutefois, parmi les arguments que Dezeimeris a fait valoir en faveur de sa thèse, il en est un dont la valeur ne saurait être contestée : c'est la remarque faite par Celse lui-même que la scabies existe chez le mouton aussi bien que chez l'homme et s'y guérit par le même remède. « Stdphur pice liquida mixtum, sicut in pecoribus proposui, homiuibiis qiioque scabie laborantibus opitiilatur. »

Quoiqu'il en soit, la description de Celse ne changea rien à l'état de la question et nous retrouvons longtemps après lui la même confusion et les mêmes incertitudes. Galien, au deuxième siècle de notre ère, n'accorde à la psore qu'une mention vague et sans portée : aussi a-t-on refusé, à tort peut-être, d'y reconnaître la gale. On peut en dire autant de Paul d'Égine (Gô^) qui considère la psore comme une affection squameuse voisine de la lèpre, dont elle diffère seulement, dit-il, par la forme des plaques et l'épaisseur de l'exfoliation. Il faut arriver au dixième siècle pour voir enfin la notion de la gale se dégager avec pleine évidence ; et je ne saurais ici partager l'opinion de Dezeimeris, qui considère les Arabes comme les continuateurs, sur ce point, de la tradition grecque: c'est bien une ère nouvelle qui commence dans l'histoire de la gale. Je n'en veux pour preuve que la citation suivante, tirée des œuvres d'Ali-Ahbas : ^Maxime hœc (scabies) contingit comedeniihus mnhmn et accipientibus ea cibaria quœ grossos gignunt cidmos, et qui a balneis abstinent : est autem pruriginis 'niaxiniœ illi qui non lavatur. Multiplicantur namqiie Hordes in corpore résidentes. — Scabiei autem signa sunt pustdi,^ parvje, quœ rubeœ incipiunt, dehinc aperiiintur, et estciim eis proritus iasig.ms. Et magis in makibds fiu>t et imer digitos. ac in cnbitis et ossanio et confinibus non nunquam autem in toto fiunt corpore. » Avicenne n'est pas moins explicite et n'oublie d'indiquer ni le caractère contagieux de la gale {de une ad alium transit), ni son siège ordinaire entre les doigts. Un dernier pas restait à faire : découvrir le parasite, et ce pas fut fait par Avenzoar, qui vivait au douzième siècle; voici comment cet auteur s'exprime: « Onunlur aliqui in corpore sub cuti exterius pediculi parvunculi qui, cum excoriatur cutis , exeunt animalia viva tarri parvuncula quod vix possunt videri. « Ajoutons pourtant, et la chose vaut la peine qu'on la remarque, que le médecin arabe se contente de signaler le fait et n'établit aucun rapport entre la présence de l'animalcule qu'il décrit si bien et l'éruption cutanée qu'il attribue à uneaUératiou humorale, et dont il traite dans une autre partie de son ouvrage. Avenzoar avait du reste puisé lui-même cette connaissance dans la tradition populaire qui probablement, alors comme au temps d'Alibert, en savait sur ce point beaucoup plus que les médecins.

Et ce qui montre bien toute l'importance du rôle qui revient aux travaux des médecins arabes dans l'histoire de la gale, c'est qu'à partir du moment où ils apparaissent, la notion de cette maladie, jusque-là si confuse, si difficile à fixer, ne présente plus aucune obscurité. Tous les auteurs la connaissent et en parlent dans les termes les moins équivoques. Certes, c'est bien la gale que l'on trouve décrite au douzième siècle dans l'ouvrage intitulé Physique de sainte Hildegarde, abbessed'un couvent près deBingen, dans Constantin l'Africain; au treizième siècle, dans Arnaud de Villeneuve, Gordon, Laniranc, Théodoric; au

GA.LE. 'iS"^

quatorzième, dans Gaddesdea, Gui de Cliauliac, etc. ; et c'est bien aussi le parasite de la gale que nous devons reconnaître dans ces petits animalcules que Cliauliac, Alexandre Benedetti, Scaliger (1557), Rondelet, Laurent Joubert, Ambroise Paré, etc., nous représentent comme se creusant des voies sinueuses entre le derme et l'épiderme {animalia facientia vias sinuosas corrodendo inter cutem et carjzem), principalement aux mains, et excitant, dit Paré, « une fascheuse démangeaison et gratelie ». Mais la corrélation qui existe entre le parasite et l'affection de la peau reste complètement méconnue. La rongne (gale), pour Paré, a sa cause dans une pituite nitreuse et salée ; pour van Ilelmont, dans un ferment particulier; pour Yidius (1596), les animalcules sont produits par génération spontanée, soit du sang, soit de la pituite unie à une certaine quantité de bile; enOn, pour Meicuriali {De morbls cutaneis, lùO\), la gale est une maladie générale, totius substantiœ, qu'il attribue à une perversion des humeurs, à une véritable dyscrasie psorique.

L'année 1634 doit être regardée comme une date importante dans l'histoire delà gale ou tout au moins de l'animalcule qui la produit ; Tli. Mouffet indique clairement, pour la première fois, le point précis où l'on trouve le sarcopte; il dit expressément qu'on ne doit pas le chercher dans les vésicules : « Ita sub cute habitai syro, ut actis cunicuUs corpori, prœcipuimanibus,ingereret... hoc obiter observandum, syrones non in ipsis pustulis, sed prope habitare. » Et de peur qu'on ne confonde ces insectes avec les pediculi, il ajoute : Neque syroJies isti sunt de pedicidorum génère, nani illi extra cutem. vivunt, hi vero, non. )) (Th. Mouffet, Insectorum sive minimorum animalium theatrum, Londres, 1634).

Cette observation très-exacte constituait un progrès réel et qui aurait pu devenir décisif, si son importance avait été comprise; mais elle n'attira pas l'attention, ou fut presque aussitôt oubliée. On continua de rechercher le ciron de la gale un peu à l'aventure, et si quelques observateurs plus habiles, plus patients ou plus favorisés réussirent à le découvrir, le plus grand nombre dut se résoudre à l'alternative ou de l'admettre sur la foi d'autrui, ou de le rejeter purement et simplement. Du reste, il faut bien le dire, les médecins restèrent généralement étrangers à ces recherches, qui semblaient ne leur offrir qu'un intérêt de curiosité : en effet, la gale étant à leurs yeux une maladie de cause interne, la présence d'un insecte chez les individus atteints, qu'on l'attribuât à un vice des humeurs ou plus simplement au hasard, devenait une circonstance à peu près insignifiante.

Vers l'époque où Th. Mouffet indiquait avec tant de précision le siéf^e de l'acarus, Ilauptmann consacrait à son examen une des premières applications qui aient été faites du microscope, découvert en 1619; mais l'instrument, alors très-imparfait, ne lui permit d'en donner qu'une assez mauvaise figure (1657). Cette tentative fut ensuite répétée, avec des succès divers, par d'autres observateurs, et notamment par Michael Ettmùller, qui produisit un dessin assuréjnent fort supérieur à celui de Ilauptmann , bien qu'encore fort défectueux à beaucoup d'égards. Mais tout cela était œuvre de naturaliste bien plus que de médecin et personne jusqu'ici ne semblait soupçonner le rôle pathologique de cette espèce de pou qui prend naissance entre les doigts, pour employer l'expression d'Haffenreffer (1660).

C'est à ce point qu'en était la question de la gale, lorsqu'en 1687, dans une lettre adressée à Redi, le docteur Cosimo Bonomo rendit compte des recherches

qu'il avait faites en commun avec le pharmacien Diacinto Cestoni,de Livourne, sur l'acare, ses mœurs, ses rapports avec la gale, et les détails dans lesqtiels il entra à cet égard, sont encore aujourd'hui d'une rigoureuse exactitude. Ayant vu des femmes pratiquer l'extraction des acares sur des enfunts au moyen d'une aiguille, et des esclaves sur le port de Livourne se rendre ce service (car cette fois encore c'est le peuple qui fait la leçon aux médecins), Bonomo découvre à son tour, et non sans peine, l'animalcule, le décrit et en fait prendre la figure sous le microscope. Il le compare très-justement pour la forme à la petite tortue. Pour lui, cet animalcule est l'unique cause de la gale; il n'est point engendré par les humeurs perverties, car il a vu des œufs qui servent à sa reproduction; enfin, la contagiosité de la maladie s'applique tout naturellement par le passage de l'animal d'un individu sur un autre. Bonomo en conclut logiquement que les remèdes internes sont à peu près inutiles et qu'on doit se borner, dans le traitement de la gale, à prescrire des applications externes, tels que bains médicamenteux, pommades sulfureuses ou mercurielles, etc., dans le but de détruire le parasite.

Le travail, si remarquable à tant d'égards, que je viens d'analyser, présente une lacune, ou plutôt une erreur bien regrettable : Bonomo déclare que l'acarus de la gale se trouve dans les vésicules. Or, cette erreur avait été signalée et en quelque sorte réfutée cinquante ans auparavant par Tli. Mouffet, qui avait dit : « Syrones non in ipsis jmstulis , secl prope habitare », et il est présumable que le médecin italien n'eût pas négligé, s'il l'eût connue, une indication aussi précieuse. La vérité sur ce point est d'ailleurs rétablie dès l'année suivante par Musitanus, qui commet à son tour une autre erreur grave en avançant que l'animalcule n'est pas la cause de la gale.

Ainsi, vers la fin du dix-seplième siècle, tous les termes du problème avaient été successivement abordés et élucidés, tout avait été dit, et parfaitement dit, sur la nature et le traitement de la gale. Mais la théorie parasitaire de la gale avait alors contre elle des préjugés sans nombre et ne pouvait triompher définitivement que par la ruine de ces préjugés. Et c'était là apparemment une œuvre bien difficile, car le dix-huitième siècle n'y suffira pas et le but sans cesse entrevu semble reculer toujours.

Il faut ensuite franchir un demi -siècle environ pour rencontrer un travail important sur la maladie qui nous occupe. En 1734, la doctrine soutenue par Bonomo et Cestoni trouve un illustre défenseur dans Linné, qui pourtant commet une erreur grave en considérant l'acarus scabiei {acariis Immanus suhcutaneus) et la mite dufromiige comme deux variétés de même espèce. En 1757, iXyander, élève de Linné, revient sur la question du siège de l'acarus et montre qu'il faut le chercher dans les sillons, et non dans les pustules. Dans la même année paraît un ouvrage de Bichord Mead dans lequel la gale est considérée comme une affection purement locale, de nature parasitaire, et qu'on doit combattre par des moyens externes. En 1778, De Geer observe par lui-même le sarcopte, en donne la première figure exacte et indique les caractères qui la distinguent de la mite du fromage. Néanmoins, l'année suivante, les anciennes erreurs sur la nature de la maladie et le siège du ciron sont reproduites par Morgagni : il admet que la gale est produite, dans un très-grand nombre de cas, par un animalcule, mais il croit qu'elle peut également résulter de la malpropreté, d'une mauvaise alimentation, etc. Enfin, en 1786, un grand observateur, le médecin hanovrien Wichmann, publie un mémoire important dans lequel il expose de main de maître

et établit sur des preuves nouvelles et décisives la doctrine parasitaire de la gale, telle à peu près que nous la connaissons aujourd'hui ; une s.'conde édition de ce travail, p irue en 1791, contient une réponse aux objections tirées des métastases, des répercussions, etc.

Cependant la question du sarcopte u'était pas sortie, à proprement parler, du doui.iine de l'histoire naturelle, et les dilléreutes recherches (jue nouB venous de mentionner restaient à peu près sans inlluence sur la patlio o ie de la gale. La plupart des médecins continuaient à regarder l'éruption psoii|UC comme le résultat dune dysi-rasic spéciale, d'un vice interne plus ou m uns profond, et lui supposaient des relation^ intimes avec une l'oule de maladies graves. Le système llahiiemannien contribuait encore à répandre ces idées, qu'il avait laites siennes et pour ainsi dire érigées en dogme. Du reste, pour se rendre un compte exact de l'état des esprits à la lin du dix-huitième siècle sur le sujet qui nous occupe, il suflit de lire, dans le Tractalus de morhis cutaneis (1777) le passage consacré par le savant Lorry à l'étiologie Je la-^oipa ou scabies. Après avoir exposé la théorie de la gale parasitaire qui compte, dit-il, d'illustres partisans (parmi lesquels Richard Meadj, Lorry lait remarquer que, depuis Gosimo Bonouio, personne n'a revu les insectes et les œufs qu'ils dépo eut dans les plis de la |)cau ; que si cette hypothèse semble en clfet s'ajuster assez bien à certains phénomènes de la gale, elle ne saurait les expliquer tous; qu'elle se trouve par exemple en contradiction : 1° avec les faits de maladies aiguës guéries tout -jl coup par l'éruption psori(jue ; l'' avec les faits non moins certains de rétrocession de la gale sur les organes internes; o" enlin, avec les cas de guérison obtenus dans des maladies très-graves par l'inoculation de la scabies. Lt Lorry conclut en attribuant la maladie h uneacrimouie du sang, à une altération spéciale de sérum par un principe doué de propriétés contagieuses. Du reste, Wichmann lui-même, <pii peut être considéré comme l'un des fondateurs de la doctrine acarieune de la gale, Wjchuiann, dans son mémoire paru en 1786 et complété en 1791, avait laissé une porte ouverte au vieux préjugé des répercussions psoriques : il les admettait comme une conséquence possible de l'absorption des œufs de l'acare. La situation était donc la suivante : la plupart des médecins en étaient encore aux anciennes idées sur la nature de la gale et ne tenaient aucun compte du parasite; paruii ceux qui croyaient à son exi>tence, les uns lercardaient comme un produit et non comme la cause de la maladie; d'autres semblaient incliner vers une théorie mixte et recommandaient à la fuis un traitemeui interne et des lotions externes (Pinel) ; Joseph Adanis, qui avait indiqué avec préciïion le siège de l'acarus et l.i mauière de le découvrir (1807), faisait une distinction chimérique entre la maladie produite par cet animalcule et la gale proprement dite; d'autres enfin admettaient deux espèces de gale : l'une humorale, l'autre acarieune (Bateman).

Les chosesen étaientlà lorsqu'en 18 12 M. Gales, pharmacien del'liôpilal Saint- Louis, publia une dissertation sur la gale et annonça avoir constamment trouvé dans les pustules l'animalcule tant cherclié, dont il donnait le dessin. Ce travail eut un retentissement considérable, quoique personne ne pût retrouver le ciron découvert, car on continuait à le recherc lier dans les \ésicules, selon les indications de Pinel, qui lui avait assigné ce séjour ; et, pendant plus de quinze an; la figure publiée par Gales fut reproduite danstous leslivrcs comme la représeatation exacte du parasite de la gale. Cependaut les recherches toujours infructueuses deLugol, d'Alibert et de Biett en France, de Bateman en Angleterre, de Galeotti et

DICT. E.NC. i' s. VI. 50

de Cliiarugi en Italie, le pays classique du ciron, firent naître des doutes, et enfin M. Raspail, en 1829, démontra que ranimalcule représenté par Gales n'était pas autre chose que la mile du [minage.

L'incrédulité rentra donc dans les esprits et, par une sorte de réaction, s'étendit aux travaux des anciens observateurs. L'existence d'un insecte dans la gale fut révoquée en doute, non-seul, ment par les médecins, mais encore par les naturalistes eux-mêmes et Latreille supprima le genre sarcopte de sa classific.ition. En 1833, dans leur Abrégé pratique des maladies de la peau, Cazenave et Schedel pouvaient écrire : « Quant à la cause prochaine de la gale, elle est encore enlièrement inconnue. On l'a attribuée à la présence d'un insecte, mais nous nous croyons autorisés à penser que l'acarus scahiei n'existe pas »), et ces paroles ne soulevaient aucune contradiction. On avait donc à peu près renoncé à trouver les animalcules insaisissables, lorsqu'en 1834, un étudiant en médecine, François Renucci, assistant à la clinique d'Alihert, proposa de jnontrer, séance tenante, le sarcopte que le maître déclarait n'avoir jamais vu et que les pauvres femmes de la Corse, son pays natal, savaient extraire avec une étonnante lacililé. L'expérience eut un tel succès, que les plus aveugles furent obligés de se rendre à l'évidence; l'existence du sarcopte devint un fait acquis à la science, et dès lors, les partisans les plus exagérés de la doctrine humorale, ne pouvant nier l'animalcule, se virent réduits à le considérer comme un produit de la maladie.

L'acarus de la gale était donc enfin trouvé, ou plutôt retrouvé, mais letle fois d'une manière définitive, car Renucci ne s'est pas contenté de le montrer, il a donné en même temps le moyen de le découvrir, et tout le monde put alors se convaincre que l'animalcule ne doit pas êtie cherché dans les vésicules, mais à côté, à une petite distance, comme l'avait si bien indiqué Th. Mouffet deux siècles auparavant, année pour année, et comme l'avaient répété après lui quelques autres observateurs, Musitanus, Nyander, Wicliraann, etc., qui ne furent pas mieux écoutés. Cette découverte devint aussitôt le point de départ de travaux importants, parmi lesquels il faut citer un mémoire de M. Raspail, in Bulletin général de thérapeutique; l'excellente thèse de M. Renucci (1855), où l'on trouve des détails très-intéressants sur les galeries épidémiques et les sillons; celle de M. Albin Gras, qui étudie au point de vue thérapeutique l'action de certains agents sur le sarcopte; la thèse de M. Aube, où le parasite de la gale est représenté comme un animal noctauibule ; le Traité des maladies de la peau de Rayer, dans lequel la gale est attribuée au contact du liquide contenu dans les vésicules, erreur déjà réfutée par les expériences d'Albin Gras; et enfin l'article Gale du Dictionnaire de médecine en 30 volumes, article écrit par Riett et dont la partie histoiique est due à Dez-imeris (1836).

Quelques années après, en 1842 Monneret et Fleury composaient pour le Compendium de médecine un article important dans lequel on trouve pour la première fois l'exposé analytique et raisonné de toutes les questions qui se rattachent au sarcopte et à la maladie qu'il détermine.

Signalons aussi, en 1843, un mémoire du docteur Ilebra (de Vienne). On y remarque quelques considérations sur le diagnostic, l'éliologie et le traitement de la gale. Pour M. Hebra, les pieds et les mains étaient le siège à ]ieu près exclusif du sarcopte et il préconisait en conséquence, pour tout traitement, des frictions restreintes à ces parties; idée malheureuse, s'il en fut, et qui a peutêtre reculé de cinq ans la découverte du véritable traitement de la gale. £n effet, celte méthode fut adoptée sans aucune modification par Cazenave, et

quand, en 1850, je fus chargé du traitement de la gale à l'hàpital Saint-Louis, la mélhode des frictions partielles était seule en usage. C'est alors que j'élalilis la nécessité des frictions générales comme le seul moyen de détruire sûrement tous les^acares; les guérisons, si rares jusqu'alors, devinrent à peu près constantes et la durée du traitement fut réduite à quelques jours. Je reviendrai, à propos du traitement, sur l'historique de celte découverte thérapeutique, sur son importance, sur les réclamations dont elle a été l'objet au moment où je l'ai fait connaître; mais je devais ici marquer la date d'un fait aussi iaqjortant dans l'histoire de la gale.

En 1851, M. Lanquetin, alors interne de Cazenave, étahlit l'acarus mâle, dont il avait vu un spécimen dans la collection de M. Boargogne. En 1852, l'Académie des sciences couronnait un mémoire très-intéressant et très-complet de M. Bourguignon sur l'histoire naturelle du sarcopte, et sur la maladie qu'il détermine. Dans le cours de la même année, le Moniteur des hôpitaux publiait une leçon de M. Devergie, dans laquelle le sarcopte était considéré, dans certains cas, comme le produit de la maladie : erreur vivement combattue par Jl. Piogey dans un mémoire remarquable où la gale des parties génitales occupe une place importante. En 1855, M. Hardy fit à son tour sur la gale une leçon qui parut dans la Gazette des hôpitaux : pour mon honorable collègue, la maladie est essentiellement parasitaire ; la forme papulense est plus fréquente que la vésiculeuse, mais papules, vésicules, pustules le cèdent beaucoup en importance au sillon et au sarcopte. 11 perfectionne le traitement inauguré par nous en 1850, et en réduit la durée à deux heures. Enfin, en 1857, je consacrai à la gale une des leçons que je fis à l'hôpital Saint-Louis sur les affections cutanées parasitaires, leçons parues en 1858, et dont une seconde édition a été publiée en 1862. C'est dans l'intervalle de ces deux éditions que M. Lanquetin complète sa notice sur la gale par des détails nouveaux et intéressants sur l'anatomie de l'acarus mâle, découvert par lui en 1850. Je dois également mentionner, comme appartenant à la même époque, le mémoire original et à tous égards de premier ordre publié par Fùrstenherg sur les acares psoriques.

Dans cette étude déjà trop longue, et pourtant incomplète, j'ai dû omettre bien des noms qui certainement avaient tontes sortes de droits d'y trouver place; j'aurais pu citer par exemple les noms bien connus de Walz (1809), Gohier Saint-Didier (1812), de Gerlach (1857), et autres savants médecins-vétérinaires dans les travaux ont jeté une vive lumière sur l'histoire de la gale humaine. Mais il fallait se borner. Je ne peux cependant pas passer sous silence deux articles spéciaux sur la gale de l'homme, l'un dû à iM. llebra, et l'autre à mon ancien collègue et ami le professeur H.irdy.

L'article du médecin allemand fait partie intégrante de son Traité des maladies de la peau, dont la publication remonte, si je ne me trompe, à une dizaine d'années au moins. Je me dispenserai d'en donner ici l'analyse, même sommaire, me réservant de revenir, lorsque l'occasion s'en présentera, sur quel jues-unes des questions soulevées dans cette fastidieuse et interminable dissertation.

L'article de M. Hardy a été inséré dans \& Nouveau dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques (1872). Bien qu'écrit sur le même objet, il diffère à tous égards du précédent. En quelques pages claires, rapides et sans aucune prétention, l'auteur expose tout ce qu'il est essentiel de savoir sur la gale, dans l'étaL actuel de nos connaissances. Il rend justice à qui de droit, sans passion ni parti pris, et surtout sans acception de nationalités.

460 GALH.

Tel est l'historique de la gale. On voit tout ce qu'il a fallu de peines, de tâtonnements, de reclierclies, pour arriver à constituer cette maladie sur une base positive et vérital lemeut scicntiiique. Dans l'antiquilé, tout est vague, incertain, confus, objet de conjectures et de discussion. Est-ce bien la gale qu'il fiut entendre par les mots -^woa et scabies? On ne saurait l'affirmer. Et cette période s'étend d'ilippocrate jusqu'au dixième siècle de notre ère. Alors commencent à se dessiner, dans les éciits des Ar.ibes, les premiers linéaments de la maladie : l'éruption cutanée est décrite (Ali-Abbas, Avicenne), le parasite est découvert (Âvenzoar), mais ces deux faits restent longtemps isolés et comme étrangers l'un à l'autre. Plusieurs siècles se passent dans cette situation. On arrive ainsi à Th. Moutfet, (1054), qui découvre le point précis où se tient le parasite, et à Bonomo (1687), qui donne la véritable formule de son rôle pathologique. Mais ces recherches restent à peu près sans influence sur le public médical, et seraient peut-être tombées dans l'oubli, si de savants naturalistes n'étaient venus leur prêter l'appui de bur autorité. Néanmoins, la conviction n'était pas entrée dans les espiils, et ni les travaux de De Geer, qui donne la véritable figure de l'acarus (1778), ni surtout ceux de Wichmann (1780) ne suffisent pour ruiner l'antique théorie de la dyscrasie psorique : témoins Willan, Baleman et Alibert Ici se place l'aventure de Gales, qui servit du moins à ramener fortement l'attention sur la gale et son parasite, quel que soit le jugement que l'on porte sur le persunnage; j'ai dit le succès momentané de cette tentative, puis l'immense déception qui suivit, l'incrédulité générale qui en fut la conséquence. Nous arrivons ainsi à l'année 1854; l'acarus, le véritable acarus de la gale est enfin saisi dans son sillon par Renucci. et son existence rt;ndue évidente pour tous. A partir de ce moment, l'étude de la gale, après tant de fluctuations, entre dans une voie de progrès continu qui la conduit en quelques années au point où nous la voycnN aujourd'hui.

Je termine par une dernière observation (|ui me paraît avoir son importance. Peut-être s'élonnera-t-on qu'une vérité scienliflqiie, eu apparence aussi simple, ait demandé pour s'établir une longue suite de siècles. Ce fait s'explique, selon moi, par deux causes principales : 1" La première cause est, si l'on peut ainsi dire, d'ordre psychologique. La doctrine parasitaire de la gale, comme je l'ai fait remarquer plusieurs fois dans le cours de cet article, avait contre la tradition médicale les préjugés et la tendance générale des esprits ; elle ne pouvait triompher que par la ruine des théories humorales qui, depuis Galien, régnaient presque exclusivement en médecine. Aussi les médecins sont-ils les derniers à se rendre. 2" La deuxième cause doit être attribuée à la difficulté que présentait la recherche de l'animalcule; car on peut dire que, jusqu'à la décou\erte de Pienucci, Vacariis scabiei n a jamais été, aux diverses époques, qu'une sorte de mythe pour la généralité des médecins. Toutefois, cette cause est à mes yeux fort secondaire, et je doute fort que l'existence bien démontrée du sarcople eût suffi pour faire prévaloir avant le temps la vérité sur des erreurs doctrinales plusieurs fois séculaires.

SïMPTOMATOLOGiE. Jc distinguerai trois périodes dans l'évolution de la gale : 1° une période d'incubation; 2° une période d'état; 5" une période de déclin. 1° Incubation. C'est le temps qui s'écoule entre le moment de la contagion et l'apparition des phénomènes caractéristiques de la gale. Sa durée n'a pas été déterminée avec précision. Si j'en crois mon expérience personnelle, la durée de cette première période serait habituellement comprise dans les limites d'un

septénaire, mais elle pourrait s'étendre exceptionnellement à quinze jours, un mois, six semaines-, Biclt l'aurait même vue se prolonger pendant plusieurs mois. Ces variations sont-elles en rapport, comme on l'a prétendu, avec l'âge des sujets, lur degré d'aptitude, l'étut de la peau au point contaminé, la nature même du contagitim, qui peut être constitué par des animalcules plus ou moins près d'éclore, etc.?

Toutes CCS questions ne sauraient être résolues que par expériences nombreuses d'inoculation spécialement instituées dans ce but ; or, ces expériences n'ont pas été laites, et l'on conçoit du reste ce que peuvent valoir en pareille matière les renseignements fournis par les malades.

Cette période n'est pas absolument silencieuse ; elle est marquée par quelques phénomènes qui ne présentent, il est vrai, rien de caractéristique, mais dont la production se lie manifestement à la présence du parasite dans le tissu cutané. Telle est la démangeaison, plus ou moins vive selon les cas, qui se fait sentusur les parties du corps occupées par le sarcopte; telles sont encore des éruptions fugaces, mal déterminées, résultat probable du grattage, et qui peuvent alfectcr la foi'me de l'urticaire ou celle de l'éryllième.

2' Période d'état. Elle est essentiellement caractérisée par un pliénomènc spécial, le silloti ou cuniculus, et accessoitement par des éruptions inflammatoires variables de forme et d'intensité. Le prurit devient un symptôme des plus importants de cette deuxième période.

a. Le sillon ou cuniculus est la seule lésion produite directement par cette cau^e vivante que nous décrirons plus loin sous le nom de sarcopte ou acarus scabiei. Aussi coiistitue-t-il un symptôme d'une extrême importance, et dont l'existence bien constatée suffit pour établir le diagnostic de la gale avec une entière ceilitude. Le sillon est une sorte de t;alcric couverte que l'animal creuse, imçjuihus et roxtro, dans l'épaisseur de l'cpiderme. Examiné à l'œil nu, il se présente sous la forme d'une petite traînée dont la teinte, ordinairement blanchâtre ou d'un blanc grisâtre, peut devenir noirâtre chez les sujets malpropres ou se colorer diversement sous l'influence de certaines professions, k la loupe, les détails s'accusent d'une manière plus nette, et l'on reconnaît que l'apparence grisâtre ou noirâtre de ces traînées est due à une succession de points plus foncés qui correspondraient, s'il faut en croire certains observateurs, à <le petites solutions de continuité donnant accès à l'air et par lesquelles sortiraient les larves après leur éclosion.

La grandeur d'un sillon varie de quelques millimètres à un, deux, trois centimètres et plus; ces différences sont en rapport avec le siège de la lésion et son degré d'ancienneté. C'est principalement aux mains et aux poignets que se rencontrent les sillons de plusieurs centimètres. La direction n'a rien de fixe; rarement rectiligne, elle est le plus souvent courbe, ondulée, tortueuse, contournée en virgule, ou bien figurant un S, un fer à cheval, quelquefois un cercle presque complet, etc.

Chaque sillon a deux extrémités, l'une ouverte, inégale, souvent précédée d'une sorte de vestibule à ciel ouvert, et qui correspond au point où le parasite a pénétré sous la peau ; l'autre fermée, arrondie, qui paraît jilus spacieuse que les parties voisines du cuniculus : c'est là que se tient le sarcopte, où il se dessine sous la forme d'un point blanc, brillant, assez saillant pour mériter le nom à'éminence acarienne que nous lui avons donné. Dans l'intérieur de la galerie, on distingue au microscope des fèces d'acares, des œufs à divers degrés

de développement, enfin des larves et quelquefois des débris de peau flétrie pro- Yenant de la métamorpliose de ces derniers.

La galerie n'est pas toujours située à une égale profondeur dans les couches épiJermiques ; tantôt elle reste très-superficielle, et seulement recouverte par une lamelle très-mince; tantôt elle s'enfonce presque aussitôt et avoisine par la plus grande partie de son étendue la surface papillaire du derme. De là deux espèces de sillons : les uns intra-épidermiques, les autres sous-épidermiques ; et Ton a remarqué que, dans ce dernier cas, le prurit était plus violent et accompagné d'une véritable douleur.

C'est aux mains, dans les intervalles des doigts et sur leurs faces latérales, à la région antérieure du poignet, qu'il faut surtout chercher les sillons ; ils se montrent fréquemment aussi sur les pieds, à leurs faces dorsale et plantaire, sur les membres dans le sens de l'extension (coudes et genoux), sur le pénis chez l'homme, sur les seins chez la femme. Enfin, on peut encore les rencontrer sur d'autres régions du corps, sur les avant-bras, le cou, la paroi antérieure de l'aisselle, les fesses, le dos, le ventre, etc. Sur ces derniers points, la lésion qui constitue le cuiiiculus est généralement mal dessinée et comme à l'état rudimentaire; elle se présente sous la forme d'une petite ligne droite ou sinueuse, longue de quelques millimcties seulement, et dont la teinte pâle se distingue à peine de celle des téguments voisins.

Le nombre des sillons est extrêmement variable ; chez tel malade, en un instant, on en découvre plusieurs, tandis que chez tel autre il faut chercher longtemps pour en découvrir un seul. Cette recherche peut d'ailleurs être rendue fort difficile par l'abondance des éruptions symptomatiques que l'acarus ne manque guère de susciter autour de lui ; il peut arriver aussi que les sillons aient été déchirés par les grattages, et soient devenus complètement méconnaissables.

Le sillon est souvent accompagné d'une vésicule qui correspond assez exactement à sou extrémité vestibulaire; mais cette disposition n'est rien moins que constante, comme l'ont dit certains auteurs. En effet, la vésicule a été rencontrée sur tous les points du sillon; il n'est pas rare de la trouver voisine de l'acarus, dont l'extraction est alors très-difficile ; dans d'autres cas, ou a vu le cuniculus passer sur la vésicule, qu'il semblait traverser, ou bien encore la circonscrire en formant autour d'elle un cercle plus ou moins complet. Tout se réduit d'ailleurs, entre les deux lésions, à un simple rapport de contiguïté : aucune communication n'existe entre la vésicule et le sillon qu'elle accompagne, et de même qu'il est des sillons sans vésicules, celles-ci peuvent se développer indépendamment des sillons.

Au fond du cuniculus se tient le sarcopte, cause de la gale. Mais le décrire ici sei'ait briser l'unité du tableau symptomatique et clinique que nous traçons en ce moment, et il nous semble préférable à tous égards de renvoyer cette étude au chapitre de l'étiologie. Puis, une fois en possession des caractères entomologiques de Vacarus scabiei, nous dirons à propos du diagnostic comment on arrive à le saisir dans son sillon.

b. Éruptions sijmptomatiques. La plus importante, sans contredit, et presque toujours la première en date, se présente sous la forme de papulo-vésicules. Elle manque si rarement qu'elle étiit, avant la découverte du parasite et du sillon qu'il creuse, considérée comme le signe pathognomonique de la gale, et que Cazenave, en 1847, rangeait encore celte maladie dans l'ordre des vésicules. Contemporaine de la formation des premiers sillons, l'éruption dont il

s'agit se montre à peu près exclusivement sur les mêmes lieux d'élcclioa, c està-dire sur les mains, dans les intervalles des doigts et sur leurs faces latérales, sur les poignets, etc. ; c'est là du moins qu'on l'observe avec ses caractères les mieux accusés. Elle se compose d'éléments peu nombreux, habituellement isolés, et dans tous les cas bien distincts les uns des autres : en peut en compter, par exemple, deux, trois, et jusqu'à dix sur une même main, rarement davantage. Chaque élément commence par une élévation papuleuse et d'aspect licliéuoïde bientôt recouverte d'une vésicule acurainée et comme perlée. Arrivée à sa période d'état, cetie papulo-vésiculc est transparente à son sommet, rosée à sa base ; aucune auréole n'en circonscrit les bords. Elle laisse échapper, lorsqu'on la pique ou la déchire, une gouttelette de sérosité parfaitement limpide; mais abandonnée à elle-même, elle prend avec le temps une teinte opaline et parfois lactescente, puis se dessèche et disparaît, laissant à sa place une petite croûte jaunâtre ei mince. Dans d'autres cas, irritée par les frottements ou les applications topiques, la papulo-vésicule s'enflamme et se transforme en pustule.

La production vésiculeuse ne reste pas toujours limitée aux régions indiquées plus haut; des poussées analogues peuvent également se manifester sur d'autres parties du corps, et plus particulièrement sur les avant-bras et les bras, autour des aisselles, sur le ventre, les fesses, la poitrine. Les vésicules qui appartiennent à cette nouvelle production sont souvent très-multipliécs ; ordinairement dépourvues de base papuleuse bien apparente, elles atteignent néanmoins les dimensions d'un grain de millet ou de chènevis; elles n'affectent aucun rapport habituel avec les sillons. Cette forme vésiculeuse diffère notablement, comme on voit, de la véritable vésicule scabieuse telle que nous l'avons décrite aux lieux d'élection; c'est à sa prédominance qu'était due la variété de gale autrelbis désignée sous le nom de gale aqueuse ou plilycténoïde.

A côté des éruptions vésiculeuses, et plus fréquente encore, se place une éruption papuleuse qui présente tous les caractères du prurigo. C'est même assez génér;dement par cette forme morbide que s'ouvre la seconde période de la gale. Sur les mains, les poignets, à la face interne des avant-bras, à la région anlél'ieure de l'abdomen et des cuisses, se développent de petites saillies papuleuses bientôt excoriées par les ongles du malade (car une vive démangeaison les accompagne), et dont le sommet se recouvre d'une croùtclle noirâtre formée par une gouttelette de sang desséché. Ces papules se multiplient avec rapidité; d'abord limitées assez exactement aux régions que nous venons d'indiquer, elles peuvent s'étendre, envahir d'autres parties du corps telles que les épaules, le dos, les lombes, la face externe des membres, mais elles y restent relativement discrètes ou suivies d'excoriations moins prononcées. Toutefois, à quelque degré de généralisation que 1 "éruption parvienne, il est une région qu'elle respecte toujours, la face, et nous verrons celte immunité si singulière et jusqu'à présent inexpliquée se maintenir à l'égard de tous les phénomènes, éruplifs ou autres, qui constituent la gale. Selon M. Hardy, le prurigo psorique ne manquerait qu'une fois sur cent malades.

J'ai dit que les vésicules scabieuses pouvaient accidentellement s'enflammer et se ti'anslormer en pustules; mais la pustule appartient également à la gale au titre de lésion primitive : elle s'y montre pi'incipalemcnt sous deux formes, celle de l'ectliyma et celle de l'impétigo, la première beaucoup plus fréquente que la deuxième. L'ectliyma n'apparaît, en général, qu'à une époque assez éloignée de la contamination ; il est constitué par des boutons plats, arrondis, formés en

AGi GALE,

grande partie par une vésicule purulente qui s';»ffaisse vers le deuxième ou le troisième jour de son développement. Ses jmslules sont très-inégales en \olume, depuis nn grain de cliènevis jusqu'aux dimensions d'une lentille. Leur siège de prédileclion est aux mains, aux }>ieds et aux fesses. Elles sont plus ou moins nombreuses, ordinairement disséminées sui' de larges siirlaces; quelquelbis pourtant, elles se multiplient sur un petit espace, et dans ce cas les piiénoinènes de léaclion locale peuven( èlre assez prononcés pour retentir sympallii(|nemeiil sur les vaisseaux lyiuplialiques et les ganglions qui leur correspondent.

Les éruptions qui précèdent doivent être considérées comme formant le cortège habituel de la gale; mais d'antres formes niorbiles peuvent également apparaître loisipie la maladie se pi'olonge et reste abandonnée à elle-même: tels sont l'eczéma, l'impétigo et le licluMi. Mais il y a lieu ici d'établir une distinction importante. Tantôt, en elTet, les affections dont il s'agit se développent sous la seule inlluence de la cause parasitaire, et l'on a ce que j'ai appelé l'eczéma, l'impétigo et le lichen psorifjues ; tantôt ces mêmes affections, bien qu'occasionnées maiul'estemenl par le parasite, ont leur canse réelle dans une prédisposition morbide de l'organisme (scrofule, ailhritis ou dartre), et n'appartiennent véritablement à la gale qu'à titre de complications. Or, les éruptions d'origine acarienne se distinguent par des caractères parfaitement tranchés des espèces coriespoudantes d'origine conslilutionnelle. Elles en diflèteul d'abord par leur forme irrégulière, ou plutôt par l'absonco de toute forme déleinnnée ; jamais, par exemple, l'ec/.éma sc;ibirux ne prendra la forme nummulaire de l'eczéma arthritique, ni l'impétigo la forme ligurata et surtout larv.ilis delà scrofule, et ainsi des formes du liclu-n. Elles en diffèrent en outre par leur siège : c'est aux mains, aux poignets, aux avant-bras, aux pieds, aux fesses, aux aisselles et aux jan-els que se rencontrent surtout l'eczéma, l'impétigo et le lichen, lorsqu'ils ont la gale pour cause; l'eczéma des seins, chez la femme, la présence de croûtes impéiigineuses sur les fesses ou les coudes ne font-elles pas naître aussitôt l'idée de celle malailic? El par contre, l'extension de ces diverses formes éruplives à la face et au cuir chevelu ne sufiit-e!le pas pour établir leur nature constitutionuelle? Enhn, une dernière différence nous est fournie par la façon doutées affections se comportent sous l'inllucuce du traitement rationnel de la gale : les unes, celles de provenance acariemie, se soumettent d'une manière absolue au toile canmm, tandis que les autres, celles de provenance interne, continuent à persister après la destmction de la cause parasitaire.

Dans certams cas, lorsque l'irritation inllammatoire provoquée par le sarcopte ou toute autre action physique, le grattage par exemple, a dépassé une certaine limite, le travail morbide peut s'étendre aux aréoles dermiques et jusqu'au tissu cellulaire sous-cutané, et l'on voit se développer des furoncles et même de véritables abcès. Le furoncle est généralement contemporain de l'ectliyma, et ses lieux de prédilection sont les mêmes. Un voit, enfin, parfois se produire des éruptions huileuses ou des lympbiles.

Telles sont, considérées isolément, les différentes éruptions que l'on voit se produire pendant le cours de la seconde période, lorsque la gale atteint un certain degré d'intensité ; nous indiquerons plus loin, en traitant de la marche de la mal. 'die, le rôle et l'importance relative de chacune de ces éruptions dans l'ensemble symptomatique dont elles font partie,

c. Le prurit. Le prurit, qui existait déjà à la première période, mais léger,

fugace, limité à quelques points seulement, devient plus intcn?e, plus persistant à la seconde, et tend à se généraliser. C'est un des symptômes les plus pénibles pour les malades, auxijuels il inilige souvent un véritable supplice. La démangeaison augmente sous l'influence de toutes les causes qui ont pour eflet de déterminer l'afflux du sang vers la peau, telles que l'exposition au feu, l'exercice, l'ingestion des boissons alcooliques, etc ; elle présente surtout le caractère de s'exaspérer pendant la nuit au point d'cmpoclier parfois conq)létement le sommeil. On a pensé que cette dernière parlicularité n'était (jas sans rapport avec les habitudes de l'acarus, que l'on s'est représenté blotti pendant le jour dans le terrier qui lui sert de gîte, et en sortant la nuit pour attaquei' la peau sur une multitude de points (Aube); mais cette explication, aussi bien que le fait qui lui sert de base, n'est qu'une vue de l'esprit dont personne n'a jamais constaté la réalité. Tout ce qu'il est permis d'assurer, c'est qu'une certaine part d'influence doit être faite à la chaleur du lit dans la production de ces paroxysmes nocturnes, qui d'ailleurs n'off:ent rien de spécial à la gale, car on les observe dans toutes les affections cutanées accompagnées de prurit. La démangeaison varie du reste dans son intensité selon les sujets, tantôt assez faible, ce qui est rare, tantôt atroce et de tous les instants. Les malades ne cessent de se gratter, et souvent se déchirent la peau avec les ongles. Un voit alors dans la gale, au milieu des diverses éruptions symptomatiques, de longues traînées noirâtres produites par du sang desséché et tout à fait semblables à celles qu'on observe dans le prurigo. Outre ces lésions mécaniques immédiates, l'action des ongles produit presque inévitablement une irritation plus ou moins vive de la peau, et sous cette influence, de nouvelles éruptions se n;ontrent et se confondent avec celles que produit le sarcopte. Le visage présente également, à l'égard du prurit, le même privilège d'immunité que nous lui avons reconnu à l'égard dis autres pliénomènes psoriques.

Je reviendrai plus loin siu- le rôle qu'il convient d'attribuer au prurit, ou plutôt à l'action mécanique des ongles qu'il sollicite irrésistiblement, dans le développement des éruptions psori(|ues ; question simple eu apparence, mais qui a donné lieu à toute une théorie palhogénique dont nous montrerons le peu de solidité.

o" Période de déclin. Que la guérison de la gale se produise spontanément (fait au moins extrêmement rare), ou qu'elle soit la conséquence d'un traitement insecticide, on voit se manifester les phénomènes que nous rattachons à la ti'oisième période. Les parasites meurent et disparaissent dans les divers points qu'ils occupent à la surface du corps, les éruptions symptomatiques n'ayant plus de raison d'être s'éteignent graduellement, l'épidernie se détache au niveau des sillons, dont il ne reste bientôt plus aucime trace. La durée de cette période est d'adieurs sujette à varier dans des limites assez étemlues selon l'abondance, l'intensité ou la forme des phénomènes inflammatoires provoqués par l'acarus. 11 est des cas où quelpies jours suffisent pour rendre à la peau son intégrité norma'e ; il en est d'autres où le malade porte pendant deux et trois septénaires les stigmates encore reconnaissables de l'alfection psorique; on conçiit du reste ((ue des lésions telles (pie l'ecthyma, le furoncle, les abiès dermiques, que de véritables pertes de substance produites par les grattages ne puissei'.t disparaître en peu d'inslants. Quant aux démangeaisons, elles diminuent de jour en jour , et même très-rapidement, pour s'éteindre enfin complètement : telle est la règle; mais il n'est pas très-rare de les voir persister assez

longtemps après les autres svmptôrnes, fait important à connaître, car il pourrait faire concevoir des cloutes sur la réalité de la guérison.

C'est au déclin de la gale que s'établit nettement la séparation entre les symptômes qui lui sont propres, lesquels vont s'atténuant jusqu'à vue d'ceil, et les véritables couiplicalions qui au contraire persistent et semblent s'affirmer au milieu de la décroissance de tous les autres phénomènes.

Complications de la gale. Elles peuvent être de cause externe ou de cause interne.

Parmi les complications de cause externe, il faut d'abord placer la pbthiriase; on la rencontre à peu près exclusivement cliez les individus qui vivent dans la misère et la malpropreté, et qui souvent l'ont prise à la même source que la gale elle-même : travaillée à la fois dans son épaisseur par les sarcoptes et à sa surface par les pcdiculi, la peau se couvre d'éruptions de toutes sortes, et dont les caractères souvent confus portent le cachet de cette double origine. Dans d'autres cas, les symptômes de la gale sont masqués et défigurés par des éruptions artificielles presque toujours produites par des traitements intempestifs.

Les complications de cause interne sont fournies principalement par les maladies constitutionnelles, scrofule, dartre et arlhritis. Mais une question préjudicielle est ici nécessaire: Que faut-il entendre au juste par ces mots « complications de la gïile » ? La chose a été comprise dans des sens très-divers. Pour les willanistes, la gale étant une maladie essentiellement vésiculeuse, toutes les autres éruptions n'étaient, à proprement parler, que des complications. C'est ainsi que l'ont entendu Biett, Royer et Cazenave. Les disciples d'Alibert ont élargi sensiblement le cadre des éruptions scabieuses ; M. Hardy y fait rentrer, comme parties intégrantes, le prurigo, l'ecthyma, et une forme pustuleuse qu'il compare à l'impétigo; mais il en écarte l'eczéma, le lichen et l'impétigo proprement dit : « Ce sont, dit-il, de véritables complications qui viennent s'ajouter aux éruptions spéciales de la gale, et qui souvent eu rendent le diagnostic {)lus difficile. » C'est que pour M. Hardy, l'eczéma, l'impétigo et le Hchen, quels que soient d'ailleurs leurs caractères de forme, de marche, d'étendue, de siège, etc., ne sauraient traduire à la peau rju'une seule cause morbifique, la dartre, et que là où il les rencontre, il se croit en droit d'affirmer ipso facto l'existence de la diatlièse. Mais sans parler des autres différences déjà indiquées plus haut, comment expliquer, je le répète, dans cette manière de voir, pourquoi, parmi ces éruptions prétendues dartreuses, les uns se soumettent absolument au toile caiisam, tandis que d'autres persistent indéfiniment après la destruction de la cause parasitaire ? Cette difficulté n'existe pas dans notre doctrine qui repose, comme on sait, sur la distinction fondamentale des genres et des espèces en pathologie cutanée. Pour nous, l'eczéma, le lichen, l'impétigo, et j'ajouterai le prurigo, l'ecthyma, sont des affections que l'on peut rencontrer dans un grand nombre d'états morbides, et dont les caractères varient selon la nature de la cause qu'elles traduisent sur la peau; il y a un eczéma, un impétigo et un lichen psoriques, différents des espèces correspondantes d'origine constitutionnelle, et ce sont ceux que l'on voit disparaître sous l'influence des insecticides; il y a des eczémas, des lichens, des impétigos de cause interne, lesquels peuvent compliquer la gale, et ce sont ceux-là qui persistent après la mort du parasite qui avait provoqué leur manifestation.

En définitive, l'état de complication étant k un concours de choses de nature différente », cet état existe dans la gale toutes les fois qu'aux symptômes pro-

duils primilivement ou secondairement par Yacarus scahiei se joignent d'autres phénomènes tirant manifestement leur raison d'être et de subsister d'une cause différente, et devant être combattus par un traitement particulier.

Marche de la gale. Tableau de la maladie. Dirée. Terminaisons. Le malade éprouve d'abord sur les points contaminés de légères démangeaisons ; puis paraissent, dans un certain nombre de cas, quelques rougeurs diffuses ou en traînées, spontanées ou provoquées, et sur ces rougeurs d'imperceptibles papules. Bientôt le prurit augmente et s'étend à de nouvelles régions; il devient plus fréquent, d'une durée plus longue. En même temps se développent, sur les points d'élection, les papulo-vésicules caractéristiques, et si l'on cherche avec attention dans le voisinage, on découvre une ou plusieurs de ces petites traînées grises et ponctuées de noir que nous avons décrites sous le nom de sillons. Nous sommes en ce moment, terme moyen, vers le huitième jour à partir de la contamination. Cependant les papules se multiplient, gagnent les avant-bras, te. répandent sur la région antérieure de l'abdomen, sur la face antérieure et interne des cuisses, précédées et accompagnées d'une sensation de prurit qui va croissant en inten>ité; à ces papules se joignent assez fréquemment (le petites vésicules plus ou moins nombreuses et, comme elles, presque aussitôt lacérées par les ongles du malade. Les choses peuvent en demeurer là pendant un certain temps, avec des alternatives diverses. Mais si la gale est abandonnée à elle-même, si surtout elle atteint des individus misérables et malpropres, on observe une complication toujours croissante des phénomènes. Le prurit devient d'une violence intolérable, surtout vers le soir et pendant la nuit, quelquefois au point d'empêcher le sommeil. Alors se produisent, sous l'influence combinée du parasite et de l'action des ongles, des éruptions de toutes sortes, entremêlées confusément sur la plus grande partie de la surface tégumentaire : érythème, pustules d'ectbyma, plaques d'eczéma, de lichen ou d'impétigo, furoncles, abcès dermiques. Parvenue à ce degré d'intensité, la gale devient une maladie sérieuse et susceptible de retentir, dans une certaine mesure, sur la santé générale, ce qu'explique suffisamment l'espèce de torture causée par le prurit et la privation de sommeil qui en est la conséquence.

La marche de la gale n'est pas toujours uniforme. Elle peut subir des temps d'arrêt, ou même présenter des alternatives fréquentes d'amélioration ou d'aggravation ; mais ces variations ne sont qu'aggravantes dans bien des cas et appartiennent bien plutôt aux complications qu'à la maladie parasitaire elle-même. On comprend en effet que des applicalions éniollientes, un régime plus sévère, des soins de propreté mieux entendus puissent faire disparaître ou tout au moins atténuer des éruptions qu'une cause irritante a fait naître.

C'est ici le lieu de rappeler l'influence qu'exercent sur la marche de la gale les maladies générales aiguës, qui affectent profondément l'organisme. Nonseuleraent les éruptions symptomatiques sont modifiées, mais le sarcopte luimême est atteint ; il disparaît avec tous les autres symptômes et il ne reste plus aucune trace visible de l'affection parasitaire. Quand le malade revient à la santé, le parasite ne tarde pas à reparaître, et avec lui son cortège habituel de phénomènes. C'est principalement sur des cas de ce genre que reposait la théorie des métastases, des rétrocessions et des répercussions psoriques, et cette théorie paraissait tellement irrécusable que Lorry n'hésite pas à l'invoquer en preuve contre l'origine parasitaire de la gale. On alla même jusqu'à inoculer cette maladie dans un but thérapeutique. Aujourd'hui que la véritable cause de

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raffectionpsorique est parfaitement connue, de semblables conceptions ne valent plus qu'on s'y arrête; on sait d'ailleurs, à n'en pas douter, que la gale ne commence à rétrocéder qu'après l'explosion de la maladie intercurrente, et que par conséquent ce dernier phénomène ne saumit avoir le premier pour cause. Jlais pourquoi cette singulière disparition des symptômes de la gale, dans les conditions précitées? L'acarus sommeille, dit M. Bourguignon; il abandonne la surface de la peau oîi il ne trouve plus les éléments nécessaires à son existence, dit M. Lanquotin; et le retour de la maladie serait dû, dans le premier cas, au réveil du parasite, et dans le deuxième à l'cclosion d'oeufs qui produiraient une nouvelle génération de sarcoptes à réjioque de la convalescence. Mais qui ne voit que ces explications ne font que reculer la diilicullé sans la résoudre? car il s'agit en réalité de savoir pourquoi les symptômes de la gale disparaissent ou, si l'on préfère, pourquoi la peau, qui jns(pie-là fournissait à l'acarus le gîte et le reste, lui devient tout à coup inhospitalière et funeste. Or, dire avec M. Hardy que les sarcoptes ne se plaisent que sur un organisme sain, et que l'altération des séciétions cutanées est pour eux une cause de dépérissement ou de destruction, c'est avancer une liypotlièse qui n'est que renonciation, en d'autres termes, du fait d'observation.

Variâtes. La gale n'a pas toujours la mcme forme; les éruptions qu'elle détermine peuvent se localiser plus parliculièiement sur certaines régions qui ne sont pas toujours les mômes. 11 y a donc lieu de reconnaître des variétés de forme et des variétés de siège.

\° Variétés de fnrme. Willan et Bafeman ont décrit quatre espèces de gale : 1° une gale papulifoinie ; 2" une gale lymphatique; 5" une gale purulente; 4° une gale cachectique. Ces espèces reposent principalement sur le fait de la prédominance quelquefois en effet très-marquée de telle ou telle forme élémentaire. Plus willanistes ({ue Willau lui-même, Bielt et, ta son exemple, Cazenave ont rejeté celte division qui semblait faire de la gale une m ihidic cutanée à lésions primitives multiples et, conséquents jusqu'au bout, ils ont considéré la forme vésiculeuse comme la seule qui lui appartient en propre, toutes les autres formes n'étant à leurs yeux que des complications, des accidents survenus sous des influences diverses et ne pouvant servir à établir des distinctions spécifiques. Quant à nous, qui ne voyons dans les quatre espèces établies par les pathologistes anglais que de simples variétés de forme, nous pensons qu'elles ne sont pas sans quelque utilité dans la pratique, et qu'à ce titre du moins, et sauf modifications, elles peuvent être conservées sans inconvénient.

a. La variété pnpuleiise (forme sèche de Sennert) est celle où dominait le prui'igo et les éruptions |)apulo-vésiculeuses. Les parasites y sont généralement plus multipliés, et les sillons plus nombreux, plus faciles à découvrir que dans toute autre forme. Cette variété se montre de préférence chez les individus nerveux.

b. La variété lymphatique serait caractérisée par des vésico-pustules suivies parfois d'ulcérations ; elle ne répond à aucune forme bien déterminante et doit être supprimée ou plutôt réunie à la variété suivante. Les sujets lymphatiques y seraient prédisposés.

c. La gale pundenle a pour élément principal la pustule de rpclh\ ma ; elle constitue, réunie à la précédente, la gale humide de Sennert. Les sillons y sont rares, et les acares difficiles à trouver. On la rencontre fréquemment chez les individus pauvres et malpropres.

d. La forme cachecliqne répond sans doute à ces cas dans lesquels, par suite de grattages ou de traitements irrationnels, les éruptions sont contluentes et ten:ices (gales invétérées) ; souvent aussi ces éruptions dépendent d'une complication darlreur^e, scrotnleuse, etc ; éveillée par la présence du parasite (gales conipli(piées) ; on voit alors un mélange obscur de plusieurs éléments éiuptifs. Mais toutes ces distinctions, il faut bien l'avouer, n'ont pas une bien grande importance, et la gale cachectique n'est souvent pas plus sérieuse que telle autre variété.

La gale peut enfin, dans des conditions spéciales et sous d'autres climats que les nôtres, alTecter une forme toute spéciale, décrite pour la première l'ois par MM. Dancillon et Bœck, et plus tard par M. llebra : c'est la gale, dite de Norvège. Dans cette forme, incomparablement plus grave que les précédentes, l'éruption pourrait s'étudier à la lace et au cuir chevelu, et donnerait lieu à la formatiim de croûtes épaisses, dures, semblables à du cuir, recouvrant surtout la paume des mains et la plante des pieds d'une sorte de carapace jaunàti'e et comn)e cornée. Les ongles seraient déformés, cassants, détachés des tissus sous-jucents. Et toutes ces productions, quel que soit leur siège, seraient presi^ne entièrement composées de sarcoptes morts, avec leurs œufs et leurs excréments. Enfui cette variété di gale serait contagieuse au premier chef, mais les pliénomènes produits seraient ceux, de la gale ordinaire.

Variétés de siège. L'affection est tantôt générale et tantôt partielle.

La gale générale est la plus commune. Elle débute presque toujours par les mains et les poignets, qui ne tardent pas à transporter le parasite sur les autres parties du corps. L'une des premières envahies est la région génitale, à cause du contact immédiat si fréquemment occasionné par le besoin de l'émission de l'urine. Aussi la gale de la verge est-elle très-commune, et M. Piogey avance que huit fois sur dix, chez les galeux, ou trouve des sarcoptes sur cet organe. Les caractères sont ici un peu difiérents de ceux qui appartiennent à la gale des mains et des poignets : les vésicules portées sont remplacées par de grosses papules qui deviennent quelquefois purulentes au sommet, et sur lesquelles on distingue ordinairement le sillon sous la forme d'une petite traînée obscure : à l'extrémité de ce sillon se trouve toujours le point blanc caractéristique, l'èminence acarienue.

Dans quelques cas, l'affection n'existe qu'à la verge; c'est une gale partielle qui, à beaucoup d'égards, peut être rapprochée de la gale localisée au sein chez la femme. Quant au mode de transmission, il faut admettre que, dans ces cas, les parasites ont été portés sur les parties par une main contaminée, non plus, il est vrai, par la main du malade, mais par une main étrangère.

La gale du sein chez la femme s'y montre fréquemment sous la forme de l'eczéma ; les sillons y sont rudimentaires et situés sur les côtés du mamelon ; on y trouve quelquefois aussi une élevure enllammée produite par la piqûre de l'acare.

Le début de la gale par les fesses, le ventre, etc., se conçoit aisément. Sur les fesses, le sarcopte produit habituellement des éruptions pustuleuses plus ou moins cnnfluentes, assez souvent accompagnées de véritables furoncles.

EiioLoniE. 11 y a une cause efficiente, le sarcopte ou acariis scabiei, et des causes prédisposantes. La cause efficiente va nous occuper tout d'abord.

1" Cause efficiente, a. Description du parasite. L'animalcule de la gale a été rangé par les naturalistes dans la classe des Arachnides, ordre des acarides

famille des sarcoptidés. Le sarcopte (de o-àp^, cliair, -/.otztclv, couper), se présente sous l'apparence d'un corps ovoïde, testndiniforme, visible à l'œil nu, mesurant Qmai^55 de long sur 0'"'",25 de large pour la femelle, et beaucoup moins pour le mâle. Le dos, plus bombé que le ventre, est garni de prolongements semblables à des squames unguiculées. L'abdomen est sillonné de rides transversales, irrégulières, généralement curvilignes; les bords sont un peu sinueux, et se terminent en arrière, sur la ligne médiane, par une écbancrure au niveau de laquelle se trouve l'anus avec deux paires de longues soies. La tête et le tronc sont distincts. Le rostre est petit, étioit. obtus, de forme ovoïde; il se compose de deux mandibules, de deux mâchoires et de deux palpes maxillaires énormes formés de trois articles et perlant trois poils, le tout entouré d'un rebord mince, membraneux, représentant les joues. Les mandibules, à leur extrémité, sont disposées en crochet, et forment pince avec le prolongement du rostre qui les reçoit. Les pattes, au nombre de huit, sont à cinq articles; elles s'insèrent sur

Sarcopte femolto vu par sa face vciitralc. Sarcopte màlc vu par sa fatn ventrale.

la face ventrale, et sont disposées par paires, deux antérieures et deux postériemes, les unes fort éloignées des autres. Les pattes antérieures sont à ventouses pédiculécs, disposition remarquable qui favorise singulièrement la progression de l'animal. La troisième et la quatrième paires se terminent, chez les femelles, par une longue soie ; chez le mâle, toutes les pattes sont munies de ventouses, à l'exception de la troisième paire.

b. OrjjanUation. Fonctions. Le squelette est composé de pièces de chitine enchâssées dans la peau, et présentant des reliefs et des apophyses pour l'insertion desnmsclcs et l'articulation des membres. Les muscles reçoivent l'innervation par des filets nerveux qui aboutissent à deux ganglions, l'un œsophagien, l'autre cardiaque.

Le tégument est formé de deux couches, l'une mince, le derme; l'autre épaisse et résistante, Tépiderme. Des appendices cutanés nombreux, poils, soies, spinules, squames, hérissent la surllice de cet épiderme. Les poils peuvent être considérés comme des organes tactiles; ils sont surtout nombreux aux pattes de devant. Les soies, plus longues, plus épaisses et plus résistantes que les poils, semblent servir de points d'appui dans l'accomplissement de certains actes.

Les ventouses des pattes antérieures servent à la locomotion, cliez le mâle comme chez la femelle; mais l'existence de ces organes à la quatrième paire, chez le mâle, est en rapport avec l'acte de raccouplement.

Les organes de la digestion se composent de l'appareil masticateur indiqué plus haut, et auquel font suite le pharynx, l'œsophage et l'estomac ; de l'estomac partent de petits cœcums contractiles pour la tète et les pattes. Enlin vient l'intcistin, qui débouche sous le cloaque, où s'insère aussi l'oviducte.

La respiration se fait au moyen d'un appareil composé de deux petits sacs enroulés, situés de chaque côté du corps, et communiquant avec l'air extérieur par de petites ouvertures circulaires (stigmates) maintenues béantes par un anneau de chitine. Le mouvement de l'air dans les sacs est produit par les pressions qu'exercent sur eux les organes voisins et les mouvements du corps.

L'appareil génital de la femelle est constitué par une fente transversale (vulve) située en ariière de l'apodème sternal, et communiquant avec un corps glandulain (ovaire). L'appareil mâle est situé à la partie postérieure et médiane de l'abdomen ; soutenu et protégé par une pièce cornée qui s'articule avec les apodèmes des pattes postérieures, il se compose de quatre testicules, d'où parlent autour de conduits séminifères se réunissant en arrière en un canal unique, le pubis.

Ce n'est pas seulement l'appareil génital qui distingue les deux sexes. Le sarcopte mâle est plus petit (de près de moitié) que la femelle ; chez lui, les saillies cutanées du dos sont moins nombreuses, les pattes postérieures moins écartées et leurs apodèmes unis sur la ligne médiane ; la troisième paire a des poils plus longs, et la quatrième porte, comme nous l'avons dit, des ambulacres terminés par une ventouse.

L'accouplemeut a lieu dans les galeries, où le mâle va à la recherche de la femelle, et le coït s'accomplit à l'extrémité du sillon. Après la fécondation, les oeufs grossissent dans le corps de la femelle, et peuvent acquérir un volume considérable avant leur sortie du cloaque; ils sont ovoïdes, lisses et comme nacrés. Chaque femelle peut dans un mois, et après une seule fécondation, en pondre une vingtaine. Or, la faculté génératrice arrivant à l'âge de quinze jours, on a calculé que deux individus, mâle et femelle, peuvent produire en trois mois un inillion cinq cent mille descendants. Cette pullulation rend compte de la rapidité avec laquelle la gale se propage, et peut servir à expliquer comment, dans des conditions déterminées de milieu, on l'a vu donner lieu à l'étrange affection désignée sous le nom de gale norvégienne.

Il faut environ quatorze jours aux œufs pour se transformer en larves ; d'abord très-petites, celles-ci augmentent rapidement de volume. Lorsqu'elles apparaissent sur la surface de la peau, après avoir quitté le sillon naturel, elles n'ont que six pattes, deux paires antéiùeures et une postérieure, et n'acquièrent leur forme définitive qu'après trois mues successives. Les organes sexuels se montrent avec les dernières pattes, et l'animal arrive à l'état parfait.

c. Rôle pathologique. Nous le connaissons déjà en partie ; nous savons que te sarcopte femelle se creuse dans l'épaisseur de l'épiderme des espèces de galeries couvertes désignées sous le nom de sillons ou caniculi. C'est avec le rostre, et en se soulevant très-obliquement sur les longues soies de ses pattes postérieures, que l'animal attaque la peau ; après avoir creusé pendant quelque temps, il revient en quelque sorte sur ses pas, incise à droite et à gauche de cette première ouverture, afin d'élargir la voie qui doit livrer passage à son corps tout entier. L'animal pénètre alors sous l'épiderme d'oii il ne peut sortir qu'en ouvi\(nt sa galerie, la longueur des pattes postérieures, la direction des appendices cornés étant un obstacle au recul.

Au point de vue pathologique, la femelle seule a une grande importance. Les mâles, beaucoup plus rares, ne creusent pas de sillons ; mais doués d'une certaine agilité, ils parcourent sans cesse la surface du corps, et cherchent habituellement un abri sous les croûtes, sous les saillies épidermiques qui avoi-

siiient les sillons. On n'arrive généralement à les découvrir qu'après de longues et patientes recherches.

Le sarcopte femelle joue dans la peau le rôle d'un corps étranger, et produit, comme les cliampigaons des teignes, diverses éruptions indamraatoires. Mais tandis que les parasites végétaux demeurent fixes dans le lieu qu'ils' occupent, l'acarus de la gale est souvent en mouvement, fouillant, pour ainsi dire, tous les éléments de la peau. Il exerce donc une action incomparablement phis irritante que les cryptogames : de là le prurit si intense qui résulte de l'ébranlement imprimé au système nerveux des papilles cutanées, de là les éruptions multiples, vésiculeuses, papuleuses , pustuleuses, etc., qui se développent simultanément ou successivement sur la peau.

Pour quelques auteurs, l'aclion du parasite animal sur le tégument externe ne serait pas seulement mécanique ; le sarcopte inoculerait, en creusant sa galerie, un venin susceptible de déterminer une éruption cutanée. Moquin- Tandon n'hésitait pas à le considérer comme un animal venimeux, en raison des analogies de conformation qui existent entre les antennes-pinces des araignées et les maudibules des sarcoptes. Bouiguignon était allé plus loin encoi'e, car il dit dans sa brochure sur la gale, p. 27 : « L'acarus inocule in'Onlestablement un pincipe morbide, pour ainsi dire toxique, auquel il faut attribuer l'évolution inévitable, obligée, des érupliuns vésiculeuse, papulcuse et pustuleuse. » Et plus loin: « L'acarus imprime donc à l'ensemble de l'économie des modifications (jénérnles que lui seul est capable de faire naître. » M. Hardy rejette avec raison celte idée d'une intoxication générale, mais il incline à croire, avec Moquin-'fandon, que les acares sont pouivus d'un appareil contenant un liquide venimeux, et que plusieurs des éruptions et en particulier les éruptions vésiculeuses sont le fait de la piqûre de ces petiJs animaux, ainsi qu'on voit des lésions cutanées spéciales suivre les piqûres des poux, des puces, des punaises. Quant aux éruptions ectbymateuses, notre éminent confrère les regarde comme le résultat probable d'une irritation d'un des éléments de la peau consécutive soit à la démangeai-on, soit au grattage.

Une autre opinion est celle qui attribue au grattage toutes les éruptions qu'on observe chez les galeux : c'est la thèse soutenue par le docteur llebra, de Vienne. Je ne m'arrêterai pas à combattre cette théorie évidemment tr.)p exclusive, et dont la prétention mal justifiée serait de ramener tous les phénomènes éruptifs de la psore à une forme unique, la vésicule de l'eczéma. Il est des erreurs qu'il suffit de signaler et qu'on peut ensuite sans inconvénient abandonner à elles-mêmes.

Est-ce à dire cependant que tous les phénomènes éruptifs qui se produisent dans la gale soient le résultat de l'action directe du parasite? Assurément non. Nul doute qu'une certaine part, et parfois considérable, ne doit être faite au grattage, et c'est bien ainsi que nous l'avons toujours entendu. C'est au grattage que sont dues et les croùtelles sanguines qui recouvrent les papules du prurigo, et les excoriations, et cestrahiées noirâtres qui sillonnent la peau dans tous les sens; c'est par l'action mécanique et incessamment répétée des ongles que les vésicules se transforment en pustules et eu bulles, que les éruptions s'étendent, s'entlamnient, que la peau irritée se couvre de rougeurs érythémateuses ou de saillies papuleuses ayant la forme de l'urticaire. Tout cela est iucoiiteslable.

Du reste, ici comme toujours, il faut tenir grand compte des conditions du terrain, des aptitudes, des idiosyncrasies, des prédispositions physiologiques

ou morbides. Tel sujet, dont les mains seront couvertes de sillons, ne présentera que des signes à peine marqués de réaction ; chez tel autre, la peau irritée violemment multipliera autour de l'acarus toutes les formes morbides. Ici, la gale sera surtout papuleuse, là au contraire prédomineront les vésicules, ailleurs les éruptions eclhymateuses et fvirouculaires ; ailleurs enfin, dans les cas complexes, on verra paraître de l'eczéma, de l'impétigo, du lichen. Toutes ces différences restent inexpliquées et parfaitement inexplicables dans le système imaginé par le docteur allemand désigné plus haut. Dira-t-on que ce malade s'est gratté plus que cet autre, ou d'une autre façon? Mais quel est le médecin qu'une sembable solution pourrait satisfaire? Et puis, si l'action mécanique des ongles répond à tout, les lésions de la gale devront nécessairement se manifester avec leurs caractères spéciaux toutes les fois que, dans des conditions quelconques , la peau se trouvera soumise à une telle influence pendant un temps suffisamment prolongé : or, l'expérience démontre absolument le contraire, et, pour citer un exemple, il n'est personne qui ne sache que certains prurigos de cause interne sont précisément caractérisés par l'opposition ou le défaut de rapport qui existe entre l'intensité du prurit et le peu d'importance ou même l'absence complète des éruptions inflammatoires.

En résumé, les éruptions polymorphes que l'on observe dans le cours de la gale ont pour cause principale le sarcopte, que cet animal agisse simplement par sa présence ou bien encore par l'inoculation d'un venia; et pour cause accessoire, l'action mécanique des ongles ou grattage ; et les effets qui résultent de ces deux causes sont à leur tour modifiés par les conditions de terrain, de tempérament, par les influences venues de la constitution.

d. Contagion. La contagiosité de la gale n'a jamais été constatée ; elle était connue d'Avicenne : « de une in alium transit » ; Lorry l'attribuait à un principe pénétrant qui se dégagerait des humeurs viciées ; plus tard, et même après la découverte du sarcopte, on crut qu'elle résidait dans le liquide des papulo-vésicules. On sait aujourd'hui que, pour la gale comme pour les teignes, la contagion n'est autre que le parasite lui-même.

La contagion s'opère par le contact médiat ou immédiat, plus souvent de celte dernière façon.

La contagion immédiate est celle qui a lieu par le contact direct d'un individu sain avec un individu malade. Elle a d'autant plus de chances de se produire que le contact est plus prolongé. Or, cette condition se trouve réalisée au plus haut degré par la cohabitation dans le même lit, et c'est en effet de cette manière que la gale se. transmet dans la grande majorité des cas, 80 fois sur dOO, selon Bourguignon, 19 fois sur 20 d'après les recherches de M. Hardy. Les premières lésions se manifestent dans ce cas sur un point quelconque de la surface du corps, selon le hasard des contacts, le plus souvent sur le tronc, les fesses, le ventre, etc. ; puis le malade venant à se gratter, les mains sont envahies en second lieu, et la généralisation du mal n'est plus dès lors qu'une question de temps. La gale peut survenir primitivement sur la verge, par le fait des rapports sexuels avec une femme galeuse ; chez la femme, c'est aux seins que la maladie sera tout d'abord communiquée, pour des raisons faciles à comprendre. Un autre exemple de contagion immédiate nous est fourni par les nourrices qui transmettent presque toujours la maladie aux cuisses et aux fesses des enfants qui leur sont confiés.

Si les mains et les poignets sont si fréquemment envahis par le sarcopte, ce DICT. ENC. 4« s. VI. 31

n'est point assurément que cet animalcule ait une préférence pour ces organes ; c'est que les occasions de contagion directe y sont plus nombreuses que partout ailleurs, c'est que le galeux se gratte avec ses doigts, et ce simple fait explique tout.

La contagion médiate a lieu par l'intermédiaire d'objets contaminés, tels que draps de lit, vêtements, objets de loilelte, instruments de travail, etc. Elle est beaucoup moins fréquente que la contagion directe. Il n'est pas douteux néanmoins que l'on puisse contracter la gale en couchant dans un lit récemment occupé par un galeux, en revêtant des vêtements, des gants qui ont servi à son usage. Mais il est plus difficile de comprendre la transmission de la maladie par le voisinage prolongé d'un galeux, ainsi que cela peut arriver dans une voiture publique, dans les théâtres et dans certains lieux de réunion ; ces faits, dit M. Hardy, ne sont pas impossibles, mais les conditions de contagion qu'ils •supposent doivent être regardées comme exceptionnelles.

Le Goutagium transmis peut être l'acare mâle, ou l'acare femelle, ou entin des œufs d'acares.

Si les parasites qui envahissent la surface de la peau sont du sexe masculin, ils pourront bien déterminer quelque irritation sur les parties qu'ils occupent ; mais, leur nombre ne pouvant augmenter et la peau n'étant pas creusée par eux, quel que soit leur nombre, il n'y aura pas de véritable psore. Les mêmes considéiations s'appliquent aux nymphes et aux femelles non fécondées, car, dans: ces divers cas, la propagation de l'espèce est impossible à moins d'une contagion nouvelle, qui change alors les conditions dont nous venons de parler.

Mais une seule femelle fécondée peut très-bien, au bout de quelque temps, produire l'affection parasitaire telle que nous l'avons décrite. Les animalcules se propagent assez vile et sont portés sur les différentes parties de la surface du corps. Toutefois, dans la plupart des cas, on peut le supposer du moins, ce n'est pas un seul parasite qui est communiqué au sujet sain par le sujet contaminé.

Enfin, si le contagium est constitué seulement par des œufs d'acares, on conçoit que les clioses se passeraient très-différemment selon que ces œufs donneront naissance soit à des mâles, soit à des femelles, soit à des individus des deux sexes.

Pour terminer ce qui a trait à la contagion, il me reste à parler de la gale humaine dans ses rapports avec celle des animaux ; sujet difficile, et sur certains points obscur encore, malgré les remarquables travaux de Gerlach et de Fûrsteuberg. C'est à ces auteurs que j'emprunte les quelques détails qui vont suivre.

La gale de l'homme ne semble pas contagieuse pour les animaux. Les tentatives faites en ce sens par Bourguignon et Gerlach sur un grand nombre d'animaux, chiens, chats, lapins, cochons d'Inde, rats, mouton, porc, cheval, etc., n'amenèrent que des résultats nuls ou à peu près insignifiants. Quelquefois, une éruption passagère en était la suite, des papules se développaient, mais les phénomènes ne tardaient pas à disparaître.

Une question plus importante est celle de savoir si la gale des animaux est transmissible à l'homme. Il paraît aujourd'hui bien établi que cette contagion est possible, qu'elle a même bien lieu assez fréquemment, mais dans des conditions et sous des formes qu'il importe de déterminer. C'est vraisemblablement pour n'avoir pas fait cette distinction nécessaire que les observateurs ont été

conduits à des résultats contradictoires. La première condition est que le parasite transmis se rapproche par son organisation et ses habitudes de l'acarus de l'homme ; en termes plus précis, qu'il appartienne au même genre. En efi'et, l'étude de la gale chez les animaux domestiques a montré que l'animal qui la détermine paraît appartenir, comme espèce, à quatre genres différents de la famille des sarcoptides : le sarcopte, le dermatodecte, le dermatopliage ou symbiote et le choriopte. Delà trois formes psoriques parfaitement distinctes, celle que produit le choriopte se confondant avec la forme sarcoptique. Or, la gale sarcoptique est la seule qui soit transmissible à l'homme ; le dermatodecte et le symbiote, déposés sur la peau humaine, n'y suscitent qu'un prurit passager et ne tardent pas à mourir. Nous devons ajouter pourtant que le sarcopte de provenance animale semble lui-même s'acclimater difficilement sur l'homme et qu'on voit généralement les phénomènes psoriques, sillons et éruptions, disparaître spontanément après un temps variable, ce qui n'arrive jamais, comme «ous l'avons dit, dans la gale légitime.

La forme sarcoptique se rencontre chez le cheval, sur la peau duquel vivent ■également le dermatodecte et le symbiote; elle est la seule que l'on observe sur le porc, la chèvre, le chien, le chat, le lapin, la poule et le coq ; on ne l'a point observée sur l'espèce bovine, qui est sujette aux formes dermatodectique et symbiotique, ni chez l'espèce ovine, dont la gale est toujours produite par le dermatodecte.

Le sarcopte du cheval est, de toutes les espèces du genre, celle qui réalise le plus complètement sur la peau de l'homme les phénomènes éruptifs de la gale; mais ces phénomènes persistaient rarement au-delà de trois à huit semaines ; <lans un cas cependant, l'éruption aurait duré deux mois, et un traitement antipsorique aurait été nécessaire pour en débarrasser le malade. La gale d'origine chevaline affecte surtout les palefreniers, les cavaliers, les équarrisseurs, et en général les individus qui par leur profession se trouvent exposés au contact des chevaux galeux. Egalement contagieuse pour l'homme, la gale du porc produit une éruption dont la durée ne dépasse guère une quinzaine de jours. La gale transmise par le chien est au contraire opiniâtre et tenace ; elle ne ^iiffère pas sensiblement par sa marche de la gale sarcoptique humaine. 11 en •est tout autrement de la gale d'origine féline, dont la disparition spontanée a lieu en quelques jours, trois semaines au maximum. Enfin, on a observé des •cas qui ne permettent pas de douter que l'homme ne puisse contracter lu gale du lapin ou de certains gallinacés, mais les éruptions'ne persistent que quelques jours, si l'on a soin de se soustraire à des contaminations nouvelles.

2" Causes prédisposantes. Elles n'offrent qu'un intérêt secondaire. Elles «ont relatives à l'ùge, au sexe, à la constitution, aux conditions sociales, etc.

La gale est une maladie de tous les âges, mais elle est surtout fréquente chez les enfants et les jeunes gens. Elle atteint plus fréquemment les hommes que les femmes, mais la différence qui existe, sous ce rapport, entre les deux sexes dépend uniquement des habitudes plus sédentaires dans la femme, qui se trouve ainsi moins exposée aux causes de contagion. Le tempérament, la constitution n'ont pas d'influence sur le développement du parasite, mais seulement sur les formes éruptives qu'il détermine : les sujets lymphatiques auront plutôt des gales vésiculeuses et pustuleuses (gale lymphatique) ; les sujets robustes, sanguins offriront de préférence des éruptions papuleuses et furonculaires. Les conditions sociales jouent un rôle incontestable; la maladie psorique est cWssi

rare dans la classe aisée qu'elle est fréquente chez les pauvres, ce qui tient aux habitudes et au genre de vie, si différents dans l'un et l'autre cas ; en effet, la misère, la malpropreté, la débauche favorisent singulièrement la contagion. Quand la gale pénètre dans une famille riche, elle y est presque toujours apportée par les nourrices ou les domestiques. Toutes les professions qui imposent à ceux qui les exercent l'obligation de vivre en commun prédisposent par ce seul fait à contracter la gale : les marins, les soldats, les ouvriers sont dans ce cas; on peut y ajouter les prisonniers, pour la même raison. On a signalé par contre certaines professions qui auraient pour effet de rendre plus difficile le développement de l'acare ; tels seraient les maçons et les mégissiers, dont les mains et les avant-bras sont continuellement imprégnés de plâtre ou de tan. Les saisons n'ont par elles-mêmes aucune influence, et si la gale est plus commune en hiver qu'en été, comme nous l'avons remarqué, c'est qu'à celte époque de l'année, à cause du froid, les ouvriers se réunissent volontiers et souvent couchent plusieurs dans le même lit. Enfin, la gale n'est ni endémique ni épidémique, et les faits que l'on a cités en ce genre s'expliquent suffisamment par la rapidité des transmissions dans les milieux oiî régnent des habitudes de malpropreté.

Enfin, s'il est vrai que toute peau soit bonne à l'acarus pour y creuser son sillon, il est également vrai que la gale, comme toute maladie parasitaire, ne se développe avec tous ses caractères qu'à la condition de rencontrer chez les sujets contaminés cet état particulier de l'organisme que nous avons désigné sous le nom d'aptitude ou de prédisposition.

DiAG>osTic. Il se présente quelquefois de sérieuses difficultés. Nous exposerons d'abord le diagnostic de la gale considérée en elle-même ; puis, nous chercherons s'il existe des affections qui puissent la simuler.

Diagnostic spécial. Deux signes de certitude : le sillon, la présence du sarcopte ; et des signes de présomption fournis par le prurit et les phénomènes éruplifs ; tels sont les éléments de ce diagnostic.

a. Signes de certitude. Le sillon. En présence d'une éruption suspecte, le premier soin du médecin doit être de rechercher s'il n'existe pas de sillons. Dans ce but, on explorera d'abord la face interne des doigts, leurs commissures, la face antérieure du poignet, lieux où cette lésion se trouve le plus habituellement. 11 faut seulement un peu d'habitude pour découvrir ces lésions de la peau, qui sont parfaitement visibles à l'œil nu, de telle sorte qu'il n'est même pas nécessaire de recourir à la loupe pour procéder à l'examen. Nous ne leviendrons pas sur les caractères distinctifs des sillons, qui ont été donnés plus haut; nous savons qu'aux mains, leur siège de prédilection, ils ont l'aspect de tramées grisâtres, ponctuées de noir, un peu contournées, comparables à première vue à la trace produite par une épingle qu'on promènerait légèrement sur la peau ; qu'à la verge, où fréquemment ils se trouvent, ils ont un aspect un peu différent ; qu'ils varient aussi suivant la durée de la maladie, l'état de la peau, les habitudes des sujets.

Nous rappellerons encore qu'ils sont assez souvent accompagnés d'une papulo-vésicule, qui peut alors servir de point de repère dans cette délicate recherche. Mais quelquefois les caractères des sillons sont assez peu marqués pour que l'hésitation soit possible ; on peut les confondre avec de simples éraillures de l'épiderme, avec des empreintes laissées par les ongles ou dues à de tout autres causes. Il est alors nécessaire de réunir d'autres signes pour se former une conviction.

La présence du parasite. Lorsque l'on a découvert un sillon, il est facile, avec un peu d'habitude, d'ai-river jusqu'à l'animalcule et de le faire sortir de son gîte. On se sert à cet effet d'une aiguille ou d'une épingle; on déchire l'épiderme à un millimètre environ du point blanc vers lequel on se dirige avec précaution, et l'on presse l'instrument sous l'animalcule qui s'y cramponne en se tenant immobile pendant quelques instants ; il ressemble alors à un grain de fécule ; mais bientôt il exécute des mouvements qu'on peut apercevoir même à l'œil nu. Si l'on place ce point blanc, un peu rougeâtre sur les bords, sous le champ du microscope, on trouve tous les détails de conformation que nous avons mentionnés tout à l'heure.

Il est inutile d'insister sur la valeur pathognomonique de ce signe. La présence constatée du sarcopte, c'est la cause ontologique de la gale prise sur le fait, c'est le llagrant délit dans l'ordre pathologique. Nul doute possible devant cette évidence.

b. Signes de présomption. Il est des cas où l'examen le plus attentif ne fait découvrir aucun sillon ; or, pas de sillon, pas de sarcopte. C'est ce qui arrive principalement au début de la maladie, ou bien encore dans la gale pustuleuse accompagnée d'éruptions confluentcs. Il faut cependant porter un diagnostic, car la crainte de la contagion ne permet pas une longue temporisation. Les signes de présomption conduisent généralement à ce but.

La plupart des symptômes de la gale doivent à quelque circonstance particulière, soit de forme, soit de siège, soit de disposition, de pouvoir être transformés en signes, et un certain nombre de ces signes possèdent une valeur considérable. Il y a d'abord le symptôme démangeaison, phénomène commun, il est vrai, à un très-grand nombre d'états morbides de la peau, mais qui présente dans la gale des caractères manifestement en rapport avec sa cause spéciale. Localisée dans les premiers temps aux seules parties contaminées, c'est-à-dire le plus souvent aux mains, aux poignets, etc., où elle précède l'apparition de tout autre symptôme, cette démangeaison s'étend de jour en jour, progressant, aujourd'hui sur les avant-bras, demain sur le ventre, les cuisses, et Unit par se généraliser. C'est un prurit franc, provoquant irrésistiblement le grattage, bien distinct du prurit accompagné de chaleur et de cuisson qui existe dans l'eczéma. Enfin, c'est dans le prurit de la gale que l'on observe surtout et d'une manière plus constante ces exacerbations nocturnes attribuées par Aube aux habitudes du parasite.

Un autre caractère important nous est ourni par les papulo-vésicules dont la présence entre les doigts était autrefois considérée comme le signe pathognomonique de la maladie : papulo-vésicules acuminées, rosées à la base, discrètes et isolées, bien différentes par conséquent des vésicules aplaties, nombreuses et ■agglomérées qui constituent l'eczéma.

L'idée de la gale se présentera naturellement à l'esprit lorsque, chez un individu atteint d'éruptions multiples polymorphes, on constatera soit un prurigo de la région antérieure de l'abdomen et des cuisses, soit un ecthyma des mains, des fesses ou des pieds, soit des croûtes impétigineuses sur les coudes ou la face externe des membres. L'existence, chez l'homme, de grosses papules rouges sur la verge et, chez la femme, d'un eczéma des seins constitue également des signes d'une grande importance séméiotique. Enfin, on tiendra compte de la diversité des formes éruptives, de leur abondance sur certaines régions, telles que les mains, les poignets, les pieds, les aisselles, etc., où le

sarcopte établit son siège si volontiers, et au contraire de leur absence complète sur la face, qui reste généralement à l'abri de ses atteintes.

Lorsque plusieurs de ces signes se trouvent réunis dans un cas donné, la natuie surcoptique de l'affection ne saurait être mise en doute. C'est ainsi que la coexistence de papulo-vésicules sur les points d'élection avec un prurigo abdominal, ou de ce même prurigo avec un eczéma des seins, avec un ecthyma desmains ou des pieds, etc., ne saurait permettre l'incertitude. Mais il peut arriver que les vésicules scabieuses aient disparu on se trouvent masquées par des complications, que les éruptions papuleuses n'offrent pas de caractères suffisamment tranchés, que l'examen des parties génitales ou des seins reste sans résultats ; il faut alors redoubler d'attention, s'enquérir des antécédents, rechercher s'il n'y a pas lieu de soupçonner un contact suspect, si des effets de contagion ne se sont pas produits dans le milieu que fréquente le malade ; il faut enfin et surtout explorer dans tous les sens, avec l'œil armé de la loupe, les points où le sarcopte se rencontre le plus habituellement, pour y découvrir la lésion pathognomonique qu'il détermine.

Dans des cas très-rares, le diagnostic de la gale ne peut être établi avec certitude, et, après quelques jours d'expectatiou vaine, on se trouve fort embarassé sur la conduite à tenir. Dans le. doute, il ne faut pas hésiter à prescrire le traitement insecticide dont les inconvénients, supposé qu'on fasse erreur, ne sauraient entrer en conrparaisou avec les avantages qu'elle peut procurer, au cas où Von aura rencontré juste.

Diagnostic différentiel. Il peut être examiné à deux points de vue : 1° au point de vue de la gale envisagée dans sa marche, dans ses symptômes, dans sa physionomie d'ensemble, c'est-à-dire comme maladie parasitaire ; 2° au point de vue des différentes affections cutanées qui composent son appareil symptomatique.

Comme individualité morbide, lorsqu'elle se présente avec son cortège habituel de phénomènes. La gale est véritablement sans analogue dans les cadres nosologiques ; la seule maladie qui s'en rapproche à certains égards est la phthiriase, dans laquelle existent également des démangeaisons vives, avec exacerbations la nuit, du prurigo et assez souvent des pustules declhyma. Mais la maladie pédiculaire respecte généralement les mains et les parties génitales ; les papules excoriées du prurigo se remarquent surtout et en grand nombre sur la partie postérieure du tronc, à la nuque et aux lombes ; les pustules ecthymateuses n'ont point de siège déterminé; enfin, il est ordinairement possible et même facile de constater la présence des pédicules, cause ontologique de la phthiriase. La question deviendrait plus complexe dans le cas où les deux maladies existeraient simultanément sur le même individu; mais, alors même, un observateur attentif saura trouver dans les phénomènes qu'il a sous les yeux les éléments nécessaires à ce double diagnostic.

Aucun parallèle ne saurait être établi entre la gale, qui est une maladie spéciale à déterminations multiples, et de simples affections cutanées génériques, telles que le prurigo, l'eczéma, le lichen, l'ecthyma, etc., etc. Toutes ces affections peuvent être symptomatiques de la psore comme elles le sont de la scrofule, de la dartre, de l'arthritis, etc.; quelquefois aussi ce sont des éruptions artificielles, différentes des affections parasitaires ou constitutionnelles, dont nous venons de parler. La difficulté ne consiste pas à distinguer une papule d'une vésicule ou d'une papulo-vésicule, mais à reconnaître si papules, vésicules

ou pustules dépendent ou non de la présence du sarcopte. Or, la solution de ce problème se trouve contenue, si je ne me trompe, dans les considérations qui précèdent. Ajoutons pourtant que cette solution doit être cherchée, non pas^ seulement dans les caractères particuliers fournis par telle ou telle forme morbide considérée isolément (les sillons exceptés), mais dans les caractères généraux et les rapports que présentent les diverses éruptions répandues, à un moment donné, sur la totalité de la surface du corps.

11 est des cas, pourtant, oii la question du diagnostic se pose nécessairement en présence d'une éruption unique, limitée à une région bien circonscrite ; je veux parler des cas de gale partielle. Ces variétés sont quelquefois assez difficiles à reconnaître. C'est ainsi que la gale, lorsqu'elle se localise à la verge sous la forme de grosses papules excoriées, au sein sous la forme d'eczéma, aux fesses sous la forme d'ecthyma ou de furoncles, peut en imposer pour des éruptionsd'une tout autre nature. Mais l'affection psorique, même dans ces conditions restreintes, et sous l'apparente uniformité de son type, se compose en réalité presque toujours de lésions multiples, papules, vésicules, pustules, auxquelles se joignent les excoriations produites par le grattage, car la gale ne va pas sans^ prurit, et l'on sait que ce caractère fait défaut dans les syphilides aussi bien que dans le furoncle et l'ecthyma. Enfin, si l'on y regarde de près, on distingue généralement au milieu des éléments éruptifs une petite traînée obscure, signe pathognomonique de la présence de Vacarus scabiei.

Les gales de provenance animale (pseudo-gales) diffèrent de la psore légitime par le peu d'intensité et la décroissance rapide et le plus souvent spontanée des symptômes qu'elles provoquent sur la peau de l'homme. Nous avons vu pourtant que cette règle n'était pas sans exceptions ; dans ce dernier cas, le seul moyen d'arriver au diagnostic complet de la source contagieuse serait d'extraiie l'animalcule et d'en reconnaître au microscope les caractères entomologiques.

Pronostic. Envisagée en elle-même, la gale est une maladie fâcheuse, incommode entre toutes; sans doute elle ne met pas la vie en péril, et la santé générale n'en reçoit aucune atteinte, mais elle couvre la peau de lésions de toutes sorles, incessamment renouvelées et de l'aspect le plus répugnant; elle inflige au malade le supplice d'une démangeaison souvent atroce et sans cesse renaissante; enfin, elle possède à un très-haut degré le pouvoir contagieux. Il est donc facile de comprendre le sentiment de répulsion et de dégoût qui s'attachait autrefois, et qui même de nos jours s'attache encore au seul nom de cette maladie, sentiment qui s"est traduit dans des locutions populaires comme celles-ci : être méchant comme la gale, — c'est une véritable gale, — défionsnous de lui, il a la gale.

.Mais le pronostic d'une maladie ne saurait être considéré indépendamment des moyens thérapeutiques dont on dispose pour la combattre, et, à ce point de vue tout pratique, la gale doit être aujourd'hui comptée au nombre des maladies les plus légères, car il suffit, pour la guérir, de détruire le sarcopte, cause et point de départ de tous les phénomènes, et ce résultat peut toujours être obtenu par des moyens très-simples dans l'espace de quelques heures.

iL'étude des variétés de forme ne fournit au pronostic aucune donnée importante; elles n'exercent aucune influence sur la durée du traitement, mais elles peuvent, dans certains cas, retarder le moment de son application.

Les complications seules peuvent apporter parfois un élément de gravité; c'est

ainsi que chez les individus débilités ou cacochymes, chez les enfants et les vieillards, il n'est pas très-rare de voir l'ecthynia persister après la guérison de l'affection parasitaire, et résister longtemps aux traitements les mieux dirigés. A plus forte raison en est-il de même de toutes les manifestations cutanées de cause interne qui se produisent si fréquemment dans le cours de la maladie psorique, et dont il est ensuite si difficile d'obtenir la disparition. C'est en ce sens que la gale a pu être considérée comme antécédent des autres maladies de la peau, pour nous servir de l'expression de M. Duvergie.

Enfin, il est difficile de parler de la gale au point de vue du pronostic sans au moins rappeler qu'autrefois, et même à une époque voisine de la nôtre, cette maladie était regardée comme pouvant donner lieu, dans certains cas, aux accidents les plus graves. C'est l'histoire, aujourd'hui légendaire, des métastases, des rétrocessions et des répercussions psoriques.

Traitement. Avant d'exposer les principes sur lesquels repose aujourd'hui le traitement rationnel de la gale, il me parait intéressant et utile de rappeler les principales méthodes curatives qui ont été successivement mises en œuvre contre cette maladie aux différentes périodes de son histoire.

S'il est vrai que, sous les noms de -^ûpa. et de scabies, les médecins de l'antiquité ont réellement désigné la gale, il faut avouer qu'ils ont singulièrement varié sur la question de son traitement. Ilippocrate le faisait consister uniquement en remèdes internes et recommandait contre la psore les délayants et les purgatifs drastiques. Celse, au contraire, négligeant le traitement interne, qu'il réduisait à quelques prescriptions hygiéniques, agissait directement sur la peau au moyen de pommades dsns lesquelles entraient des substances très-diverses, le safran, le vert-de-gris, la myrrhe, le nitre, la céruse, le soufre, etc. Archigène voulait qu'avant toute autre chose la veine fût ouverte (97). Galien associait les topiques aux remèdes internes, mais en donnant la première place à ces derniers : l'emploi inconsidéré des topiques avait pour conséquence, selon lui, de refouler à l'intérieur les principes impurs et de mettre obstacle à leur élimination.

Les médecins arabes n'ont été, en ce qui concerne le traitement de la gale, que les continuateurs de la tradition grecque. Pour eux, comme pour Hippocrate et Galien, l'indication fondamentale était de délayer, de corriger ou d'expulser les humeurs viciées, et ce but ne pouvait être atteint qu'en agissant sur l'économie tout entière. Il commençait par une émission sanguine générale, puis donnait des purgatifs cathartiques qui devaient être répétés un certain nombre de fois ; le malade était en même temps soumis à un régime sévère et prolongé, et l'on en venait enfin à l'usage interne des astringents. Cette pratique, dit Lorry, a été celle des médecins du moyen âge. Puis l'usage prévalut de combattre la gale par des purgatifs énergiques et que l'on supposait doués de propriétés dépuratives et détersives; d'où la vogue de la préparation dite « Hamec » par les Arabes, laquelle servait de base à tous les médicaments vantés contre la gale. Lorry cite à ce propos le fait d'Helmontius, qui, ayant contracté la gale par l'intermédiaire de gants contaminés, fut soumis à toutes les rigueurs de la méthode et pensa en perdre la vie, sans que d'ailleurs la maladie ait rien perdu de son intensité : dum liquatis humoribus, ipsoque in maciem redacto, intégra tamen manebat scabies. Cet exemple, que Lorry explique et commente à sa façon, montre que, pour être inefficaces, ces sortes de traitements n'étaient pas toujours sans danger.

La découverte de Moufet (1654) resta sans influence sur la thérapeutique de

la gale. Cependant, quelque trente ans plus tard, Michael EttmùUer, professeur à la faculté de Leipsick, celui-là même à qui l'on doit une ligure assez exacte de l'acarus, recommandait particulièrement les topiques et préconisait comme spécifique de la gale une préparation composée de soufre, d'alcali fixe et de matière grasse, mais à la condition qu'on y joignit l'usage à l'intérieur, soit de la chair de vipère, soit des antimoniaux.

Nous arrivons ainsi à l'année 1687, c'est-à-dire àla publication par Redi de la lettre que lui avait adressée Gosimo Bonomo. J'ai dit plus liant quelle était l'importance de ce document au double point de vue de l'étiologie et du traitement de la gale. Voici le passage qui se rapporte à ce dernier objet : « On comprend aisément aussi comment la gale se guérit par les lessives, les bains et les onguents composés de sels, de soufre, de vitriol, de mercure simple, précipité, sublimé, et d'autres semblables drogues corrosives et pénétrantes; car ces drogues s'insinuent dans les cavités les plus profondes, dans les labyrinthes les plus reculés de la peau, et y tuent infailliblement les cirons, ce qu'on ne peut jamais faire en se grattant, quoiqu'on se fasse des plaies assez considérables, parce que les cirons ne peuvent guère être entamés par les ongles et qu'ils échappent parleur extrême petitesse. Les médicaments internes n'agissent pas non plus sur ces petits animaux et l'on est toujours forcé de revenir aux onguents dont je viens de parler, pour parvenir à une parfliite guérison. Il arrive souvent aussi qu'après avoir fait usage des remèdes externes pendant dix à douze jours et s'être cru totalement guéri, on voie bientôt reparaître la gale comme auparavant; cela vient de ce que l'onguent n'a tué que les cirons vivants, et n'a pas détruit les œufs déposés dans les cavités de la peau, comme dans des nids, où, venant à éclore, ils renouvellent le mal; c'est pourquoi on fait trèsbien de continuer l'usage des onguents pendant quelques jours après que la gale a disparu... »

Cette doctrine ne rencontre généialement, à de très-rares exceptions près, que le doute et l'incrédulité. Dans le temps même où elle se produisait, Frédéric Hoffmann, qui occupait alors une des premières situations médicales en Allemagne, voulait que, dans le traitement de la gale, on se préoccupât beaucoup plus de l'état général du sujet et des symptômes concomitants que de la maladie elle-même. Quant aux topiques, peu confiant dans leur action, ils les choisissait parmi les plus doux résolutifs, tels que : camomille, scabieuse, mélilot, sureau, patience. Et cette méthode, proclamée par Lorry savante et sage, paraît avoir été celle de la plupart des médecins du dix-huitième siècle. Quelques bons esprits, il est vrai, s'étaient ralliés aux idées émises par Bonomo et s'attachaient à les répandre : Luc Tozzi, Lanzoni, Morgagni en Italie, Richard Mead en Angleterre, Linné et ses élèves en France, Rosen de Rosenstein en Suède, etc. ; mais ce n'étaient là, je le répète, que de brillantes exceptions : l'antique dyscrasie psorique restait debout, et avec elle toutes les aberrations thérapeutiques qu'elle avait engendrées. Rien de curieux, à ce point de vue, comme étude rétrospective, que les quelques pages consacrées par Lorry au traitement de la gale. Lorry distingue d'abord la gale en récente et contractée par un contagium évident, et en gale ancienne et invétérée. C'est à la première que convient, dit-il, le traitement que Mead, confiant dans les observations de Bonomo, préconise pour la guérison de cette maladie (frictions faites avec du soufre ou du mercure doux, sans remèdes internes), car on peut alors espérer de détruire le venin avant que, par son introduction dans les vaisseaux, il ait infecté l'économie tout entière. Mais,

cette concession faite, Lorry la retire en partie, car il ajoute aussitôt : « On conviendra avec moi qu'il est nécessaire de joindre aux moyens externes l'usage interne des adoucissants, car la raison indique que, quel que soit le principe âcre^ en entràt-il dans le corps une seule molécule, il faut l'en chasser au plus vite... d'où l'emploi des laxatifs, du petit-lait clarifié, etc., etc. Et la prudence ordonne également, après la disparition du mal, de poursuivre l'ennemi qui s'enfuit par un léger calhartique, afin que l'humeur qui a pu refluer, s'il en existe encore, soit expulsée avec la bile.

« Bien différente, dit Lorry, est la conduite à tenir dans la gale invétére'e et rebelle. En vain, l'attaquerait-on par les topiques; ils ne feraient qu'exaspérer le mal et en rendre la cure plus difficile. La matière morbifiquo a acquis avec le temps et par le fait de sa nature des propriétés très-nuisibles; elle est immobile et tenace, très-diflicile à déplacer; les vaisseaux sont contractés et obstrués par une sorte d'éréthisme. La première indication consiste donc, d'une part, à rendre cette matière plus ténue, plus fluide, plus douce, plus mobile, à lui faire perdre son acrimonie et, d'autre part, à rendre les vaisseaux plus perméables. On commencera donc, comme faisaient les Grecs, par la section de la veine, si la constitution le permet. Puis on gorgera le malade de petit-lait très-doux, et l'on/ y joindra un régime rafraîchissant, laitue, fruits de saison, concombres, herbes, légumes. On évacuera le ventre, de peur que la bile ne trouble la cure, au moyen de purgatifs légers, casse, manne, tamarin, etc. Puis on aura recoursaux bains tièdes répétés... Ces choses faites, continue Lorry, il n'est pas encore bien prudent d'en venir aux topiques, car il faut d'abord et avant tout que les voies sécrétoires soient libres. Or, le meilleur moyen de déterger la peau est de provoquer l'excrétion de la bile et des matières ahines; d'où l'usage plus ou moins longtem[JS continué des plantes apéritives et des carthatiques. Enfin, dès qu'on juge par les symptômes que le mal est adouci, le moment est venu d'employer les remèdes externes : jam soluta sunt mali vincula. On donnera la préférence aux agents qui se distinguent par leurs propriétés détersives, et surtout aux onguents mercuriels, que l'on pourra unir au soufre dans les cas les plus rebelles, etc.

« Mais il est à craindre, dit Lorry, que le mal ne se relève de ses ruines, car quelques restes latents peuvent encore couver sous la cendre. Il faut alors rechercher quelles en ont été les causes premières, et les combattre. Il a été utile de changer de domicile ; la dessication d'un marais a suffi pour supprimer une gale épidémique, etc., etc. »

Voilà de quelle façon Lorry, il y a juste un siècle, comprenait le traitement de la gale. Jamais les théories humorales n'avaient trouvé une plus complète expression. Mais, à partir de cette époque, on voit le galénisme décliner peu à peu, du moins pour ce qui a trait à la gale. Un premier coup lui est d'abord porté par Wichmann, qui vient, en 1766, rétablir et confirmer ce qu'avait dit Bonomo. La médication extei^ne, jusque-là reléguée au second rang, quelquefois même complètement négligée, prend un rôle chaque jour prépondérant, mais on continue longtemps encore, par routine et préjugé plutôt que par conviction, à lui associer les remèdes internes : « Il y a bien peu d'années, écrivait en 1816 l'auteur de l'article Gale du Dictionnaire enQO volumes, qu'un médecin n'aurait pas osé faire l'application des moyens externes sans avoir, au préalable, préparé son malade par l'usage interne des bols, des poudres, des pilules, des tisanes et des purgatifs, dont on continuait l'usage pendant plus ou moins

longtemps. Maintenant encore, la plupart des personnes qui traitent la gale observent scrupuleusement cette méthode... »

Un moment vint pourtant oii il fallut bien reconnaître que de simples applications locales suffisaient pour guérir la gale, mais on différa dans la manière d'expliquer les résultats ainsi obtenus. Pour ceux qui regardaient les animalcules comme la seule cause de la gale, la guérison était due à la destruction de ces parasites; mais d'autres, ne voyant dans les acares qu'un effet de la maladie, ou même doutant de leur existence, attribuaient les bons effets des remèdes topiques,, soit à une action détersive, dépuratoire sur la peau elle-même, soit à l'absorption d'une certaine quantité de la substance médicamenteuse. Or, le choix des agents et leur mode d'emploi devaient nécessairement varier selon le but qu'on se proposait d'atteindre et l'idée qu'on se faisait de leur action thérapeutique. De là, une infinité de remèdes, la plupart tombés dans l'oubli, et dont la simple énumération remplirait plusieurs pages. Obligé de nous restreindre, nous indiquerons seulement les préparations que leur notoriété ou leur importance recommanderont plus particulièrement à notre attention.

Un très-grand nombre de plantes ont été tour à tour essayées avec des succès divers, dans le traitement externe de la gale : l'herbe aux gueux {Clematis vilalha) et la racine de dentelaire [Plumbago europœa), toutes deux populaires en Provence à la fin du siècle dernier ; le straphysaigre, préconisé par Ranque en 1811; l'ellébore blanc, essayé par Biett; le tabac, proposé par J.-P. Franck; le thym, les plantes aromatiques, qui auraient réussi entre les mains de Cazenave, etc. Les préparations faites avec ces plantes avaient généralement la forme liquide (décoction ou macération dans l'eau ou dans l'huile), et servaient en frictions sur les parties affectées ; quelques-unes, douées de propriétés très-irritantes, couvraient la peau d'éruptions inflammatoires. La guérison n'était rien moins que constante ou se faisait longtemps attendre.

Parmi les substances d'origine végétale recommandées comme antipsoriques, nous devons encore et surtout mentionner : l'huile animale de Dippcl, l'huile de cade, l'huile de goudron, l'huile d'olives, l'huile de pétrole, l'essence de térébenthine, le camphre, etc. Tous ces agents ont en effet le pouvoir, à des degrés divers, de détruire le sarcopte et par conséquent de détruire la maladie qu'il détermine; mais les uns sont trop coûteux, d'autres salissent ou altèrent le linge, d'autres ont une odeur insupportable, etc., et quelques-uns présentent plusieurs de ces inconvénients à la fois.

Le règne minéral a été mis largement à contribution. Les lotions savonneuses ont été employées par Thomann etHclmerich en 1815,1e savon noir par Sicherer, en 1836 ; le chlorure de chaux en lotions par Derheins, Fantonetti et Cazenave; l'iodure de potassium par Cazenave; l'ammoniaque par Mélier ; l'acide nitrique par Biett, l'acide sulfurique par le docteur Laine. Le remède de Pihorel, considéré par Biett comme aussi avantageux qu'économique, consistait dans dusulfure de chaux simplement broyé auquel on ajoutait une petite quantité d'huile d'olive ; une friction était faite deux fois par jour sur la face palmaire des mains avec un demi-gros de sulfure. Les mercuriaux se trouvaient naturellement indiqués soit comme parasiticides, soit comme médicaments altérants, selon l'idée qu'on se faisait de la nature de la gale : Biett a expérimenté la pommade citrine, la pommade de Werlhof et les lotions de nitrate acide de mercure, Mélier les lotions mercurielles, d'autres le sublimé, etc.; bien que ces préparations possèdent une grande efficacité comme acaricides, elles doivent être bannies du traitement de

la gale, en raison des graves inconvénients qui peuvent résulter de leur emploi.

Il y a enfin l'antipsorique par excellence, le soufre. On l'a fait entrer dans un très-grand nombre de préparations où il se trouve généralement associé à divers médicaments simples ou composés, appropriés au but thérapeutique qu'on se propose.

Le soufre a été employé contre la gale sous la forme de bains, de lotions, de fumigations, de pommades.

Les bains sulfureux, naturels ou artificiels, conseillés d'abord par J. -P. Franck, puis par Jadelot, constituent un moyen de traitement long et dispendieux, et souvent infidèle. Aussi y a-t-on renoncé dans une maladie qu'il importe de guérir au plus vite, en raison de son caractère contagieux, et à peu de frais, puisqu'elle attaque surtout les personnes peu fortunées.

Les lotions sulfureuses ont été proposées par Dupuytren, qui faisait laver les parties malades deux fois par jour avec une dissolution de 120 grammes de potasse dans 750 grammes d'eau, avec addition de 15 grammes d'acide sulfurique. L'application répétée de ce liquide irritait violemment la peau et la durée moyenne du traitement était de seize jours environ. La lotion d'Alibert ne différait de la précédente que par la proportion plus faible des substances et le mode de préparation ; moins offensive pour le tégument, elle ne présentait aucun avantage au point de vue de la durée de la cure. Le même reproche peut être adressé aux lotions iodo-suUureuses recommandées par Cazanave; iodure de soufre et iodure de potassium, de chaque 6 grammes, pour un litre d'eau. Notons, enfin la lotion belge substituée après 1854 à la pommade anglaise dans les hôpitaux militaires de la Belgique, et qui donnait une durée moyenne de traitement de sept jours (prendre fleurs de soufre, chaux vive, ââ 5 kilogrammes ; eau de pluie, 50 kilogrammes).

Les fumigations sulfureuses ont été introduites dans la thérapeutique de la gale en 1812 par Gales; après avoir été l'objet d'une très-grande vogue, tant en France qu'à l'étranger, ce moyen n'a pas tenu, à beaucoup près, ce qu'on s'en était promis, et il est aujourd'hui à peu près complètement abandonné.

Comme Uniments à base de soufre, je citerai celui de Valentin : prendre soufre natif et chaux vive, parties égales, et triturer avec huile d'olives; le Uniment de Jadelot : prendre sulfure de potasse 192 grammes, savon blanc 1000 grammes, huile d'olives 128 grammes, huile volatile de thym 8 grammes. Ces Uniments étaient appliqués sur les parties malades ; la durée moyenne du traitement était de quinze jours (Mélier et Biett).

Enfin, le soufre et ses différents composés ont été employés comme substances principales ou simplement auxiliaires dans un très-grand nombre de pommades antipsoriques. C'est sous cette forme que Celse le recommandait contre l'affection désignée par lui sous le nom de scabies : « Sulphurpice liquida mixlum, » et nous avons dit qu'Ettmùller, au dix-septième siècle, préconisait également contre la gale un onguent composé de soufre, d'alcali fixe et de matière grasse. De nos jours, ces sortes de préparations se sont multipliées au-delà de toute mesure, et nous n'avons pas la prétention d'en faire le dénombrement. Voici quelques-unes des formules les plus usitées :

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