C. M. Gariel
GALYAXOPLASTIE (IIyGIÈNE INDUSTRIELLE). VoiJ. DoREURS.
GAi.VAXO-PU!\CTURE. Lagalvano-puncture, ouélectro-puncture, consiste à implanter dans les tissus vivants, pathologiques en général, et dans un but thérapeutique, des aiguilles métalliques par lesquelles on fait passer un courant électrique.
La définition que nous avons adoptée fait rentrer dans la galvano-puncture certains procédés d'ilectrisation qu'on attribue à V éleclrolyse ; mais, comme diverses applications médico-chirurgicales de cette méthode se font sans acupuncture, nous réservons la description de ces applications et celle de leur théorie pour l'article Electrolyse.
Cette définition confond aussi Yélectro-punctnre, dans laquelle on met en jeu les propriétés excitantes de l'électricité, et la galvano-puncture proprement dite, qui a pour but de faire subir aux tissus ou aux liquides de l'économie l'action chimique de l'électricité, et qui constitue ce qu'on appelle maintenant electrolyse. Mais celte confusion de termes, impossible à éviter dans certains cas (on la trouve à chaque instant dans les auteurs), n'a que peu d'inconvénients dans d'autres au point de vue pratique, parce que les indications de chaque procédé sont spéciales à certaines affections. Par exemple, on sait que les propriétés excitantes de l'électricité sont recherchées dans le traitement des névralgies, des paralysies, de l'asphyxie chloroformique ou d'une autre nature, qu'on a recours aux propriétés chimiques dans le traitement des anévrysmes, des tumeurs sanguines, du cancer et autres tumeurs bénignes ou malignes ; mais on est bien moins renseigné sur la manière dont agit l'électricité sur les kystes séreux de l'ovaire et du foie, et sur l'hydrocèle. Tandis que certains auteurs pensent que l'électricité agit en excitant les propriétés absorbantes des vaisseaux qui avoisinent les kystes et provoque ainsi la résorption du contenu de ces tumeurs, d'autres soutiennent que le courant modifie la composition du liquide ; d'autres enfin sont d'avis que la galvano-puncture n'agit que comme l'acupuncture, et que le liquide ne disparaît qu'en s'écoulant dans la cavité péritonéale, ou au dehors par l'orifice qu'a laissé l'aiguille. Dans le traitement des pseudarthroses, on a employé empiriquement les courants continus et les courants interrompus, et dans les deux cas on a obtenu la guérison.
L'action chimique elle-même n'agit pas toujours de la même façon. Tandis que dans les tumeurs solides on cherche la formation d'une eschare au point d'application des aiguilles, dans les tumeurs liquides et les anévrysmes on s'efl'orce au contraire d'éviter la formation de cette eschare. De là une diversité d'opinions au sujet des procédés opératoires et des appareils, qu'il a paru nécessaire de réunir dans un seul article.
La dénomination même de la méthode thérapeutique qui nous occupe ne se
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borne pas aux termes galvano-puncture, étectro-puncture , électrolyse, que nous avons indiqués. Ciniselli et après lui Tripier, Monoyer, etc., l'ont aussi appelée galvano-caustique chimique, par opposition à galvano-caustique thermique, qui représente un autre mode d'action du courant galvanique sur ses conducteurs. Nous nous servirons donc de ces différents termes lorsque nous arriverons à parler des auteurs qui les' ont employés, mais il était bon de prévenir le lecteur, afin d'éviter toute confusion à cet égard. Nous ferons remarquer encore que l'électro-puncture est appliquée surtout avec les appareils à inductions (courants interrom|)us) et que la galvano-puncture, la galvano-caustique chimique et l'électrolyse, qui en ce sens sont synonymes, exigent l'emploi d'appareils à courants continus.
Historique . Bien que Verzy en 1 801 et Berlioz en 1 81 0 eussent signalé la possibilité et les avantages probables de l'adjonction d'un courant galvanique à l'aiguille à. acupuncture, les premiers documents importants publiés sur cette méthode ne datent que de 1825. Toutes les applications de la galvano-puncture, sauf à la cure des anévrysmes, ont été essayées dès cette époque. Cette même année, Sarlandière, Bailly et Meyranx firent connaître les résultats qu'ils avaient obtenus dans la cure des névralgies. Bailly et Meyranx et Fabré-Palaprat annonçaient en outre avoir constaté la disparition de tumeurs solides et de collections liquides par l'électro-puncture. Koenig, en 1829, publia également deux cas de guérison d'ascite parce moyen, que dès 1859 Scimster employa sur une large échelle au traitement des diverses hydropisies, hydrocèle, hydarthroses, hydrothorax, kystes, etc. Roux et Blandin, en 1845, traitèrent de la même manière l'bydrocèle, et Teissier la pleurésie.
Les troubles de l'innervation n'avaient pas été négligés pendant ce temps : Strambio, en 1828, avait publié des faits de paralysie traités par l'électro-puncture; Fabré-Palaprat (1853), des maladies par cessation ou diminution de l'innervation; Jobert, des faits de surdité (1842), et Person, des cas d'amaurose (1845) plus ou moins guéris par ce moyen. Mais la sphère d'action de la galvano-puncture s'était élargie déjà.
En 1857 paraît la thèse de Clavel, premier travail important sur le traitement des anévrysmes par l'électro-puncture; mais ce ne fut qu'après la publication du fait de Pétrequin (1845) etdumémoirede la Commission italienne (1847) que la méthode eut droit de cité dans la tiiérapeutique des anévrysmes. Son essor fut si rapide, que dix ans après, en 1857, Ciniselli pouvait en réunir cinquante cas.
Vers la même époque (1844) Valentine Mott traitait avec succès un cas de pseudarthrose par la galvano-puncture, et Crusell (1845), un cas de fongus hématode. L'exemple de Valentine Mott ne trouva que peu d'imitateurs. Quant au fait de Ctusell, il ne fut tiré de l'oubli où l'avaient laissé les diverses commissions nommées par l'Académie des sciences pour rendre compte de son mémoire qu'après 1860, lorsque Ciniselli eut publié ses premiers résultats relatifs à la cure électrolytique des tumeurs.
La galvano-puncture a donc été employée successivement au traitement des névralgies et paralysies, des hydropisies, des tumeurs liquides, solides, vasculaires, et des pseudarthroses ; nous étudierons chacun de ces chapitres. Nous insisterons sur ces faits malgré leur ancienneté relative, parce qu'actuellement ils nous paraissent tellement oubliés qu'on ne parle plus guère dans les travaux récents, surtout en France, que de l'application de l'électro-puncture au traitement des anévrysmes.
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A diverses reprises il a déjà été question de la galvano-puncture dans des articles de ce Dictionnaire publiés antérieurement : Acupuncture, Anesthésie, Ané- VRYSME, Cancer, Girsoïde {Anévryfime) , Névrai-gie, N/evus, Naso-pharyngiens (Polypes), Foie [Kystes du); nous reviendrons néanmoins sur ces applications déjà signalées parce que depuis la publication de ces articles il a paru des travaux importants que nous avons cru nécessaire de mentionner ici. De même, pour ne pas nuire à l'ensemble du présent travail et pour suivre le plan général du Dictionnaire, nous signalerons l'emploi delà galvano-puncture dans d'autres affections dont l'ordre alphabétique ne permettra l'impression que plus tard ; nous laisserons cependant aux auteurs de ces articles le soin d'établir les indications et contre-indications de la galvano-puncture comparée aux autres méthodes de traitement dirigées contre ces affections {voy. Hvdrocèle, Ovaire [Kystes de V), Utérus [Tumeurs fibreuses de /'), Varices, Varicocèle).
AITectJons nerveuses. Sarlaudièrc est, de l'avis de tous, le premier qui ait appliqué la combinaison de l'acupuncture et du galvanisme au traitement de ces affections. Cependant Magnien l'avait employée eu 1811 dans un cas d'hémiplégie incomplète, mais le fait ne fut publié qu'en 1826 dans le Traité de Vacupuncture de Cloquet et Dantu (p. 120). Sarlaudièrc trouvait que ce procédé permettait mieux que tout autre de diriger et de limiter la puissance électrique dans la profondeur des tissus. Certains auteurs, ayant probablement borné leurs recherches au titre du travail de Sarlaudièrc ', ont prétendu que ce médecin avait voulu faire de l'électro-puncture un succédané pur et simple du moxa. Mais il déclare bien nettement que c'est pour lui un moyen de combattre l'irritation nerveuse directement dans le tissu affecté, et la lecture de ses mémoires ne laisse aucun doute sur la manière dont il faut interpréter sa pratique. 11 reconnaissait d'ailleurs à l'électro-puncture une activité très-grande dans les affections nerveuses simples et dans les accès de goutte et de rhumatismes récents, mais surtout lorsque les accidents inflammatoires qui les accompagnent quelquefois, dit-il, ont été suffisamment et convenablement combattus. Il a traité ainsi les affections suivantes : céphalalgie, épigastralgie, douleurs fixes de la poitrine, asthme, suffocations, étouffements, difficultés de respirer, toux convulsive, pleurésie costale, coliques violentes, de quelque espèce qu'elles fussent (entre autres les coliques de plomb, que Rayer traita depuis avec succès par le même procédé, — voy. thèse de Clavel, p. 53), néphrite, douleurs liées aux affections de matrice, affections rhumatismales des diverses régions, etc. Sarlandière se servait d'aiguilles en platine, inattaquables par la pile ; il en avait de trois modèles, suivant les cas; il les enfonçait à une profondeur variable avec l'épaisseur de la couche sous-cutanée, soit obliquement, soit perpendiculairement; la source d'électricité était la pile de Volta ou l'électromètre de Lane, ou la machine à plateau. Dans ce dernier cas, le malade étant as^is dans un fauteuil placé sur l'isoloir, on mettait les aiguilles en communication avec la machine à l'aide d'un excitateur boutonné ou à pointes. Le nombre d'étincelles était de 50 à 40, et le nombre de commotions données avec l'électromètre, de 8 à 10.
Sarlandière prétendait que pour n'influencer que les nerfs de la sensibilité il fallait charger la cuve d'eau et d'un acide végétal, et immerger les deux con-
* Mémoire sur l'électro-puncture, considérée comme moyen nouveau de traiter efficacement la goutte, les rhumatismes et les affections nerveuses, et sur l'emploi du moxa japonais en France. Paris, 1825.