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GALVANO-PUN€TURE

ducteurs dans les liquides de la cuve ; dans les cas où l'on se proposait d'agir sur la contractilité, il fallait se servir d'un acide minéral et, au lieu de plonger doucement la plaque de cuivre qui termine l'un ou l'autre fil conducteur dans le liquide qui sépare chaque élément, ainsi qu'on doit le faire toutes les fois qu'on se propose d'agir sur la sensibilité, il fallait frapper avec cette même plaque sur le champ du métal composant l;i case ; pour agir sur la contractilité et la sensibilité en même temps, il fallait placer les deux conducteurs dans des cases différentes, et frapper avec une tige métallique sur les fils conducteurs, etc. Je n'insiste pas sur ces détails qui n'ont plus maintenant qu'une valeur historique [voy. Sarlandière, Traité du système nerveux, 1840, deuxième partie,

La lecture du mémoire de Sarlandière engagea Fabré-Palaprat à faire esssayer sur lui-même, en 1825, la galvano-puncture, contre une affection nerveuse avec accès de spasme extatique durant depuis plusieurs années. Le malade guérit au bout de quelques mois [Du galvanisme appliqué à la médecine, par la Beaume, traduit de l'anglais, avec notes par Fabré-Palaprat. Paris, 1828, p. 94-114).

Ce succès engagea l'auteur à essayer la galvano-puncture dans divers autres cas rebelles aux traitements ordinaires et dont il rapporte l'observation : gastrohépatite, avec tumeur inflammatoire à l'estomac et fièvre quarte (p. 115); cécité attribuée à un traitement mercuriel, mais probablement syphilitique (p. 129) ; impuissance de la volonté sur les muscles du bras gauche (p. 156) ; cécité à la suite de convulsions (p, 144) et d'autres causes (149), apoplexie (157), tumeur stéatomateuse au cou (159), en 1825, hydro-sarcocèle (1826, p. 164), épilepsie (175), tic douloureux de la face (185), entérite chronique (188).

Fabré-Palaprat se servit surtout des courants continus. On a élevé, avec raison, quelques doutes sur l'exactitude du (hagnostic de certains de ces cas. La guérison de la tumeur inflammatoire de l'estomac, de l'hydro-sarcocèle, de l'épilepsie, a paru des plus hypothétiques à certains auteurs. Becquerel entre autres.

En 1825 également, Bailly et Meyranx publièrent deux cas d'affection rhumatismale, dont l'une du bras droit, avec impossibilité de le mouvoir, guérie par l'application de l'clectro-puncture. Quatre séances avaient sulfi dans le premier cas, et deux dans le second.

En outre, dix séances par le même procédé ont guéri une névralgie frontale, un cas de chorée a cédé après six séances d'environ une demi-heure. Ils citent encore une vingtaine d'observations de rhumatisme chronique dont la cure, après bien d'autres tentatives infructueuses, a été due à l'application du galvanisme; plusieurs névralgies de la face et des membres, plusieurs indurations cellulaires, des tumeurs et des engorgements scrofuleux, se sont terminés par résolution, une aseite par résorption du liquide {Arch. gén. deméd., 1825, t. IX, p. 66).

Quelques années plus tard, Fabré-Palaprat publia d'autres cas non moins intéressants que les précédents. Un homme de quarante-cinq ans était atteint d'un mutisme presque complet, à la suite d'une apoplexie survenue treize ans auparavant. Une aiguille enfoncée à la nuque, dans la direction de la base du cerveau, fut mise en communication avec le pôle négatif d'une forte pile voltaïque à courants interrompus ; le pôle positif était représenté par une plaque de platine enveloppée d'un linge imbibé d'eau salée et appliqué sur la langue. Dès la première

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séance, le sujet put émettre quelques mots articulés nettement. A la fin de la cinquième séance, la parole était entièrement revenue. Un cas de paralysie des membres pelviens et un autre d'amaurose furent également guéris après quelques séances de galvano-puncturc (BiiUetin de thérapeutique, 1855, t. IX, p. 84).

Piet fils, en 1859, encouragé par plusieurs exemples de succès rapportés par Biett dans le traitement de paralysies, employa, dans un cas de paralysie faciale, une pile à colonne de huit couples, en foisantdeux séances par jour. La guérisou fut obtenue, et Piet remarqua en passant que l'excitation galvanique, portée sur la glande parotide par les aiguilles qui la traversaient, n'influait en rien sur la sécrétion salivaire et que celle-ci n'était pas augmentée par la galvano-puncture {Bull, de the'r., 1859, t. XVI, p. 368).

L'éleclrisation céphalique était donc pratiquée sans crainte et avec une certaine hardiesse dès le début de la méthode. Les accidents signalés dans ces dernières années nous paraissent avoir été rarement observés alors, ou du moins on n'en a publié qu'un petit nombre de cas. Le seul que nous ayons trouvé est dû à Strambio, qui l'a rapporté en 1828, et encore la tète ne se trouvait-elle pas dans le circuit. A la suite d'une apoplexie suivie d'hémiplégie, on pratiqua l'électro-puncture dans le but de ramener la sensibilité. Une aiguille fut implantée à la partie inférieure du cou et une autre à la malléole externe, et on les mit en rapport avec une pile voltaïque de cinq disques. Après les deux premières séances, il y eut amélioration de l'état du malade, mais il survint des accidents d'encéphalite après la troisième (Archives géne'r. de médecine, 1828, t. XVII, p. 426).

Bientôt après, nous arrivons aux délicatesses de procédé.

En 1859, Magendie employait depuis plusieurs années l'électro-puncture dans le traitement des névralgies {voy. l'art. Acupuncture du Dict. en 25 vol.). Son procédé consistait à piquer, avec une aiguille très-tine en platine, le nerf douloureux, et à le faire traverser par des courants galvaniques. Des névralgies qui, depuis des années, résistaient à tous les traitements internes et externes, ont, dit-il, disparu en quelques minutes et comme par enchantement, sous l'influence de l'électricité ainsi administrée {Leçons sur les fonctions et les maladies du système nerveux, 1841, t. II, p. 124. — Becquerel, Traité des applications de Vélectricité, 1857, p. 262).

La source d'électricité dont il se servait de préférence était la machine de Clarke, comme étant plus commode et n'exigeant pas l'emploi d'une solution acide (Magendie, ih., p. 258). Const. James a rapporté d'autres observations à ce sujet, tirées delà pratique de Magendie, dans la Gazette méd. de Paris, 1840, p. 674 et 708, et dans sa thèse inaugurale (Paris, 1840. Voy. également celle de De Puysaye, Pans, 1844).

On peut s'étonner, avec Duchenne (de Boulogne), de cette pratique de Magendie. Il faut en effet une grande habitude de la chose pour pouvoir atteindre les troncs nerveux avec une aiguille, même lorsqu'ils sont superficiels, comme quelques-uns de la face et du membre supérieur ; mais il est bien difficile de traverser avec certitude le nerf radial au bras et le sciatique ou ses branches.

Plus récemment, Gérard (de Berne) s'attaqua aussi directement au tissu nerveux, mais dans un cas particulier où le siège du mal était facile à trouver. Il s'agissait en effet de névromes douloureux consécutifs à une amputation du bras. Des aiguilles furent enfoncées dans les névromes situés dans le moignon

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et mises en rapport avec trente-six éle'ments de Bunsen. La douleur disparut (Deutsche Zeilschrift. f. Chir. iS12, t. I, p. 137).

Jobert de Lamballe et Person ne craignirent pas d'enfoncer des aiguilles l'un dans la membrane du tympan, l'autre dans l'œil, pour essayer de guérir la surdité et l'amaurose. Jobert s'y prenait comme il suit :

« La sonde d'Itard est introduite par la fosse nasale dans la trompe d'Eustache, et dans cette sonde on fait glisser une aiguille fine à acupuncture de manière à venir l'implanter dans un point des parois de la trompe d'Eustache; tandis que l'autre extrémité sort en dehors de la sonde, une autre aiguille à acupuncture est implantée dans la membrane du tympan ; on arrive directement et sûrement dans cette membrane, à travers le conduit auditif externe, en faisant élever le pavillon de l'oreille par un aide. Cela fait, on passe l'un des fils conducteurs d'une pile galvanique, dont l'auge est préalablement chargée avec l'eau et l'acide chlorhydrique, dans l'œil d'une des aiguilles, et au moyen du conducteur de l'autre pôle delà pile on touche l'aiguille opposée. »

Jobert a employé de 8 à 40 couples de la pile ; il donnait 1 à 3 secousses, suivant l'irritabilité des malades, et laissait huit jours d'intervalle entre les épreuves. Il cite 4 cas de guérison. On a prétendu que ce résultat était causé par la perforation de la membrane du tympan. Mais Jobert a répondu à cette objection en disant que, comme chez certains malades il a appliqué jusqu'à 7 et 8 fois l'électropuncture, la guérison serait arrivée dès la première, si la perforation de la membrane en avait été la cause {Bull.gén. de thér., 1842, t. XXIll, p. 105).

Person (de Bordeaux) a employé ce moyen chez des malades atteints d'affections tenant à une innervation particulière du nerf optique ou de ses dépendances, mais sans altération organique sensible. L'auteur rapporte 12 observations dans 5 desquelles il a obtenu un résultat avantageux; dans les 7 autres cas, cette médication a été insuffisante. Deux cas de succès ont été traités par un procédé des plus hardis : Peisoii a enfoncé dans la conjonctive et le corps vitré une aiguille et une autre à la nuque, afin d'établir le courant entre ces deux points. Dans un cas (obs. IV) la vision se rétablit et ne dura que le temps de la séance. Le lendemain, la même méthode de traitement fut employée et produisit le même phénomène que la veille, mais alors la vue ne se dissipa qu'en partie et la malade continua à jouir depuis ce temps des bienfaits de la médication. Dans l'autre cas, le malade fut soumis deux fois au même procédé opératoire; la vue se rétablit chaque fois pendant la séance d'électro-puncture, mais des douleurs qui se manifestèrent dans le globe de l'œil et dans la tète ne permirent pas de revenir à cette opération. Les autres malades furent traités par le procédé ordinaire, c'est-à-dire qu'on enfonça une aiguille dans l'orbite et l'autre dans la nuque. L'auteur pense qu'il ne faut pas renoncer trop tôt à ce traitement, puisque l'un des malades ne fut guéri qu'après 150 séances, réparties en quatre mois. Pour les autres, le nombre des séances a varié entre 15 et 60 (Journ. des conn. méd. chir., novembre 1845, p. 195).

A partir de cetle époque, l'application de la galvano-puncture aux maladies nerveuses devient de plus en plus rare.

Neuhausen, en 18 H, cite un cas de spasme chronique des muscles de la face et de l'orbiculaire des paupières traité et guéri par ce moyen {Rhein. u. Westf. Corresp.-BL, 1844, n" 40). Chapel (de Saint-Malo) traite sans succès un cas de paralysie rhumatismale avec contractui-e consécutive (Journ. de méd., 1845, t. If, p. 274). Hirtz guéiit une paralysie de la face et une sciatique rebelles et

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cite des cas analogues de Reil, Wildberg, Haugton [Gaz.méd.de Strasbourg, 1847, p. 561).

Peu d'années après, Duchenne (de Boulogne) combattit l'emploi de l'électropuncture dans le traitement des névralgies. Contrairement à l'opinion de Sarlandicre, il soutenait que l'électro-puncture ne localise pas exactement l'excitation électrique dans les organes, et qu'elle ne peut provoquer la contraction musculaire sans exciter en même temps la sensibilité de la peau. Il est d'avis que l'électro-puncture est insuffisante ou inapplicable dans les anestbésies ou dans les lésions de la sensibilité tactile, donne des résultats inlérieurs à ceux de la faradisation cutanée, et que celle-ci a en moins les dangers de la première. Il fait allusion à la douleur inséparable de l'électro-puncture, aux abcès qu'elle provoque quelquefois, et rappelle la mésaventure arrivée à Aug. Bérard. Celui-ci, élève de Magendie, consentant un jour à se prêter à une expérience électrophysiologique, permit à son maître de lui pratiquer l'électro-puncture de la face. Sa complaisance lui coûta bien cher, car l'opération fut suivie d'une névralgie faciale qui le fit souffrir cruellement pendant cinq à six mois {Rev. méd., 1852, 1. 1, p. 333, reproduit dans De l'électrisation localisée, 1875, o"^ éd., p. 105-111).

Tripier n'est pas davantage partisan de l'électro-puncture, et pour les mêmes raisons [Manuel de V électrothérapie, 1861).

Malgré l'opinion favorable émise par Becquerel en faveur de la méthode, les progrès accomplis en électrisation localisée, grâce aux perfectionnements apportés aux appareils par Duchenne (de Boulogne), Legendre et Morin, Breton, Gaiflé, etc., ont peu à peu détrône l'électro puncture dans le traitement des afi'ections nerveuses. Nous ne trouvons plus qu'une note publiée par Demarquay, en 1854, dans le Journal des connaissances médico-chirurgicales, sur le prolapsus du rectum ; une autre du même auteur sur une paralysie de l'œsophage, traitée une première fois avec succès et une seconde sans succès par l'électro-puncture [Bull, de thér., 1869, t. LXXVII, p, 82); un cas de hoquet rebelle, de cause hystérique, guéri par la galvano puncture (Losana, La Sahile, 15mars 1871, p. 65); un cas de spasme rliythmique des muscles innerves par l'hypoglosse et le pneumogastrique, guéri par le même moyen (Mucci,i«n. iiniv di med., iSll , t. CCXWW, p. 15), et deux cas de paralysie consécutive, dans l'un à une méningite spinale et dans l'autre à une myélite, et améliorés par l'électro-puncture (Morgan, the Lancef, 1879, t. II, p. 454 et 499).

La vogue dont l'électro-puncture avait joui en médecine de 1825 à 1845, et dont Becquerel a bien résumé l'histoire dans son Traité des appl ications de l'électricité à la thérapeutique, Paris, 1857, passa à la chirurgie, et nous voyons, à partir de cette époque, ce moyen appliqué avec persévérance à la cure des anévrysmes et des tumeurs.

Actuellement, la thérapeutique des névralgies semble partagée entre les courants continus externes, les injections sous-cutanées et la section ou la distension des nerfs. Toutefois, en présence des bons résultats constatés sur le phénomène douleur dans les tumeurs cancéreuses et dans les anévrysmes que l'on a traités par la galvano-puncture, il nous semble qu'avant d'avoir recours à la distension des nerfs ou à leur section, opérations toujours délicates, et quelquefois graves, on devrait avoir recours à la galvano-puncture par le procédé de la galvanocaustique chimique, positive comme dans les anévrysmes, ou négative comme dans les tumeurs cancéreuses. Lorsqu'il y a deux ou plusieurs points douloureux, comme dans la sciatique, peut-être y aurait-il avantage à mettre à la fois les

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deux pôles de la pile en rapport avec deux aiguilles implantées sur deux points douloureux. Nous ne croyons pas qu'il soit nécessaire de chercher à piquer le nerf avec l'aiguille, comme faisait Magendie, puisque dans les cas auxquels nous faisons allusion le soulagement est survenu sans qu'on ait cherché nullement à atteindre un tronc ou un filet nerveux quelconque.

Quant aux paralysies rebelles, nous pensons, avec les auteurs qui ont émis cette opinion, qu'il y aurait avantage à faire pénétrer les courants électriques dans les tissus au moyen des aiguilles.

Mort apparente par asphyxie ou par syncope chloroformique. Après le

sujet précédent, nous croyons devoir placer celui-ci ; tous deux ont en effet certains points communs, puisque dans ce dernier c'est l'élément névro-musculaire que Ton met enjeu pour rappeler le patient à la vie.

On a déjà vu, à l'article Acupuncture, que Berlioz se demandait, en 1816, si l'acupuncture du cœur, jointe à l'action galvanique, ne pourrait pas rappeler les asphyxiés à la vie. Avant lui, Verzy avait conseillé l'éleclro-puncture pour s'assurer si la vie était réellement éteinte, et éviter l'inhumation d'hommes vivants. « Il suffirait pour cela, dit-il, d'introduire d'abord légèrement dans quelque partie musculaire les pointes aiguës d'un excitateur galvanique ; on pourrait les enfoncer de plus en plus, s'il ne se manifestait aucun reste de vitalité » {Journ. de Paris, 5 vendémiaire an XI, cité par Clavel, De Vélectro-puncture, thèse de Paris, 1857, nM82, p. 7).

Le 10 octobre 1826, Leroy d'Éliolles envoya à l'Académie de médecine une lettre sur les applications de l'électro-puncture au traitement de l'asphyxie des noyés; il enfonçait entre la huitième et la neuvième côte, sur les côtés du corps, une aiguille courte et très-fine ; il suffirait de la faire pénétrer de quelques lignes pour qu'elle rencontrât les attaches du diaphiagme ; puis il établissait le courant avec une pile de 25 ou 50 couples d'un pouce de diamètre : aussitôt le diaphragme se contractait, et il se faisait une inspiration ; alors il interrompait le cercle pendant que l'inspiration avait lieu, et le rétablissait ensuite, pour exciter une seconde inspiration. Leroy fait remarquer que, si le galvanisme ne produit que des mouvements désordonnés lorsqu'il est continu, il provoquait une respiration régulière lorsqu'il était appliqué de la façon qu'il indiquait. Il avait plusieurs fois asphyxié par submei'sion des animaux de même espèce et de même force, et tandis que ceux qu'il abandonnait périssaient, ceux qu'il limitait par le galvanisme étaient sauvés {Ai'ch. gén. de méd., 1826, t. XII, p. 461).

A une époque que je ne puis préciser, mais antérieure à 1840, Sarlandière avait fait des expériences analogues, et il cite à ce sujet le curieux fait suivant : « Un médecin de Madrid, ayant eu connaissance de mes expériences d'électropuncture dans le diaphragme pour rappeler à la vie des animaux asphyxiés par cessation des mouvements respiratoires, me communiqua l'observation d'un homme supplicié par le garrot, dont le cadavre lui fut apporté pour la dissection, pendant qu'il était encore chaud. Il lui implanta trois aiguilles qui pénétrèrent, dit-il, jusque dans la moelle sus- spinale, vers les insertions de la huitième paire et du nerf diaphragmatique, et six autres traversèrent la région intercostale et entrèrent dans le diaphragme. Il galvanisa par l'acide sulfurique à haute dose et réussit à rappeler le supplicié à la vie; celui-ci, ayant changé de nom, existe comme nouvel individu. Un pen^e bien que la justice ignore ce fait » (Sarlandière, Traité du système nerveux, 1840, ll'^ partie, p. 62, en note).

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Malgré leur intérêt, ces essais tombèrent dans l'oubli, et lorsque plus tard il fut question d'appliquer l'électro-puncture au traitement de la syncope chloroformique, personne ne les rappela.

En 1847, Abeille avait conçu l'idée d'un antagonisme entre l'électricité et l'anesthésie chloroformique, et avait appliqué l'électro-puncture en 1848 dans un cas de mort apparente par le chloroforme.

En 1851, il adressa à l'Académie des sciences un mémoire basé sur ces faits et sur des expériences faites sur les animaux, et démontrant que l'électricité, mise en jeu au moyen d'aiguilles implantées sur divers points du corps, et notamment sur l'axe cérébro-spinal, réveille promptement le malade, dissipe l'insensibilité et rend leur action aux muscles en état de relâchement. L'électrisation de la bouche à l'anus est moins efficace. En 1855, Jobert de Lamballe communiqua à l'Académie des sciences un travail analogue, basé uniquement sur des expériences de laboratoire (C. rendus, t. XXXVII, p. 344). 11 est encore fait mention de ce moyen dans le rapport de Robert à la Société de chirurgie s;ir les accidents consécutifs à l'administration des anesthésiques, en 1855 {Bull., t. III, p. 582), dans le Traité d'anesthésie chirurgicale de Ludger-Lallemand et Perrin, 1862, etc.

En 1866, M. Le Fort communiqua à la Société de chirurgie un fait des plus intéressants au cours d'une nouvelle discussion sur ce sujet. Un malade soumis à la chloroformisation paraissait sur le point de succomber aux inhalations lorsque le chirurgien prend deux épingles ordinaires, les enfonce sur les parties latérales du cou, et met les rhéophores d'une pile électrique au contact des épingles ; des secousses successives, espacées, ramènent en quelques minutes lo sujet à la vie [Bull. Soc. de chir., 1866, t. Vil, p. 285). En 1870, à propos d'un rapport de Liégeois sur un travail de MM. Legros et Onimus relatif à l'emploi de l'électricité contre la syncope chloroformique [Bull. Soc. de chir., 1869, t. X, p. 120), Abeille fit une nouvelle série d'expériences comparatives de celles de ces auteurs. Pour lui, ce serait l'appareil induit qui offre la plus grande puissance d'action, à la condition qu'on veuille interrompre les courants, quelle que soit l'explication qu'on veuille donner de l'action de l'électricité, qu'il pense ne pouvoir être jugée que par ses effets. Il dit en outre que l'électropuncture est le meilleur procédé d'application, à la condition qu'on mette un espace de dix secondes entre chaque secousse, et qu'on espace davantage les secousses à mesure que les fonctions se rétablissent. Un appareil à courants continus, avec une forte tension, tel qu'une pile à auges de vingt couples de 10 cent, de côté, serait supérieur aux appareils induits : mais la difficulté de l'avoir tou • jours à sa disposition lui fait préférer la boîte de Morin et Legendre (appareil induit), parce qu'elle est portative et d'ailleurs suffisante pour tous les cas (t'O?/. Abeille, L'électricité appliquée à la thérapeutique chirurgicale. Vairis,{H10) .

lians ses expériences sur les animaux, Abeille avait constaté que c'est en agissant sur l'axe cérébro-spinal, au moyen de l'électro-puncture, qu'on détermine avec plus d'énergie les contractions immédiates du cœur, tandis que, portée sur le cœur lui-même, l'électricité semble d'abord en arrêter les contractions, puis les arrêter définitivement, si on les continue.

En 1859, Lecoq avait de son côté étudié la question. A l'aide d'expériences faites sur les animaux et de faits cliniques, il établit d'abord que la mort par le chloroforme se produit de trois manières différentes : par asphyxie, par sidération générale, quand la chloroformisation a été précédée d'un traumatisme grave,.

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enfin par paralysie du cœur. Trois moyens correspondent à ces trois causes : i" élec.tro-puncture du diaphragme, si la mort est due à l'aspliyxie; 2° électrisation très-active de Tenveloppe cutanée, au moyeu du balai électrique, si elle a pour cause une sidération générale; 5° enfin, élcctro-puncture du cœur, si, comme cela arrive le plus souvent, c'est une syncope, une paralysie du cœur qui menace d'entraîner la mort. Dans ce dernier cas, Lecoq s'appuie sur des faits d'acupuncture du cœur rapportés par Bretonnean, par Velpeau et par Jamain, pour démontrer le peu de danger de la blessure de cet organe par une aiguille. Mais il faut se hâter d'intervenir, car au bout d'une demi-heure l'électricité est impuissante à ramener les contractions du cœur. La contradiction qui existe entre l'opinion d'Abeille et de Lecoq à ce sujet tient peut-être à la différence du temps écoulé entre la syncope et le moment où la galvanisation du cœur a été pratiquée {Bull, de thér., 1859, t. LVI, p. 129).

Les applications de l'électro-puncfure du cœur à la mort apparente ont été l'objet de recherches plus étendues de la part de Steiner. Cet auteur s'appuie sur les faits cliniques connus et sur des expériences personnelles sur les animaux et arrive à conclure que : la piqûre avec une fine aiguille pratiquée dans une partie de la paroi venlriculaire sans produire la perforation n'offre pas de danger. Lorsque l'aiguille pénètre dans le ventricule, il n'y a pas d'accident, si elle €st retirée rapidement. Dans ce cas il ne se produit ni cardite, ni péricardite. La piqûre des oreillettes est dangereuse parce qu'elle provoque l'écoulement de sang pendant la systole et la diastole. Le point d'élection pour la piqûre est la pointe du cœur : il faut donc explorer d'abord la région pour reconnaître exactement le siège de l'organe.

Les expériences sur les animaux ayant démontré à Steiner que l'excitabilité du cœur est très-rapidement éteinte dans la mort par le chloroforme (ce que Regnaull, Gosselin et Lecoq avaient déjà démontré bien auparavant), l'emploi de l'électro-punctui'e après l'arrêt du cœur dans la syncope chloi'oformique n'est donc pas un moyen certain de résurrection. La galvanisation du cœur doit être préférée à la respiration artificielle lorsque l'arrêt du pouls et le collapsus font craindre la perte d'irritabilité de cet organe. Les cas heureux dans lesquels l'emploi de la respiration artificielle a ramené la vie s'expliquent par la persistance de l'irritabilité cardiaque, et parce que la respiration artificielle a été accompagnée d'irritation mécanique du cœur.

Le courant électrique employé doit être très-faible ; l'auteur s'est servi d'im élément de Sraee avec un appareil d'induction ; le courant doit toujours être transmis par voie indirecte, le pôle positif porté dans le cœur par l'aiguille à électro puncture, le pôle négatif placé sur le côté gauche de la poitrine, dans le septième espace intercostal. La galvanisation du cœnr n'est pas seulement le moyen le plus actif de l'excitation de la force cardiaque, mais elle agit énergiquenient sur les mouvements respiratoires. Lorsque, pendant la galvanisation du cœur, il survient passagèrement un mouvement dans l'aiguille, des mouvements respiratoires, et la réapparition du pouls, il faut continuer la galvanisation tant que les mouvements du cœur ne sont pas redevenus rhythmiques et forts; mais, dans cette période, les mouvements de la respiration artificielle sont un bon moyen complémentaire. Lorsque, au bout de 15 minutes, la galvanisation ne produit aucun effet, l'irritabilité du muscle cardiaque est à jamais complètement détruite, ettouie tentative pour la rétablir est inutile [Arch. fur Klin. Chir., 1871,t. Xn,p. 741).

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Aujourd'hui que l'on est un peu plus familiarisé avec la manœuvre du chloroforme et que les accidents deviennent de plus en plus rares, il semble que tous ces moyens, que nous n'avons jamais vu employer, soient superflus. Néanmoins, ■en cas de syncope chloroformique, si la flagellation, la suspension par les pieds, la respiration artificielle, ne parvenaient pas à ramener l'opéré à la vie, nous pensons qu'on devrait avoir recours à 1 électrisation du diaphragme sans acupuncture d'abord, puis avec acupuncture, et enfin, comme dernière ressource, à la galvano-puncture du cœur.

Étranglement hernîaJre. Lcroy d'Étiolles , en 1826, proposa d'agir sur l'anse étranglée en a[)pli(iuant les extrémités des conducteurs sur la tumeur, ou mieux en pénétrant jusqu'à lintestin au moyen d'aiguilles à acupuncture [Arch. gén. de méd., 1826, t. XII, p. 274, exp. vil[, et 275).

La galvanisation externe a été appliquée maintes fois dans l'étranglement interne et dans les hernies étranglées, mais nous ne connaissons que l'exemple suivant d'application de l'électro-puucture au traitement d'une hernie •étranglée.

Le docteur Morari a rapporté un cas de réduction d'une hernie inguinale directe par l'éleclropuncture, alors que tous les autres moyens avaient échoué. Le patient était un homme de 50 ans, atteint depuis plusieurs années de cette affection ef, n'ayant jamais porté de bandage. Lorsque Morari le vit, la hernie était sortie depuis 20 heures, et tous les symptômes de l'étranglement existaient, bien qu'à un degré peu alarmant. Le taxis fut essayé avec patience et persévérance sans succès et on était sur le point d'avoir recours à la kélotomie, lorsqu'on eut l'idée d'essayer l'électro-puncture.

On employa la machine électromagnétique de Breton, un rhéophore étant appliqué dans l'anus, et l'autre mis en contact avec une aiguille enfoncée profondément dans la tumeur. Le courant fut appliqué par séances de dix minutes. Dès la première, le volume de la hernie fut considérablement réduit. Après la seconde, on enleva l'aiguille, et le taxis fit rentrer facilement toute la masse dans l'abdomen. On appliqua ensuite un bandage en spica, et le malade guérit rapidement et sans interruption [El siglo niedico, 1880, n" 1356, et Bull, de thér., 1880, t. XCVUl, p. 473).

L'introduction d'une aiguille à acupuncture dans une hernie ne nous paraît pas plus dangereuse que celle de l'aspirateur : aussi pensons-nous qu'il serait bon d'essayer cette méthode avant d'avoir recours à la kélotomie dans les hernies récentes. Leroy d'Étiolles ne redoute nullement la piqûre de l'intestin, mais il recommande de ne pas introduire les aiguilles obliquement, parce que, si elles entraient dans l'intestin, leur pointe pourrait être tordue ou brisée par les contractions de cet organe; il conseille encore de placer quatre aiguilles très-courtes et très-fines que l'on ferait pénétrer jusqu'à la surface de l'intestin ; mais cela nous paraît bien difficile à exécuter en pratique.

Grossesse extra-utérine. Dans un cas de grossesse diagnostiquée tubaire, Burci et Ëartolini , chez une malade de Bacchetli, proposèrent de pratiquer l'électro-pimcture dans le but de tuer le fœtus. Burci exécuta l'opération : deux longues aiguilles d'acier, introduites dans la tumeur, furent réunies aux deux pôles d'une machine magnéto-électrique mise en mouvement par deux éléments de Bunsen. On donna deux secousses à cinq minutes d'intervalle. La deuxième fut

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très-violente, car elle arracha un cri à la malade, qui refusa de laisser recom • mencer l'opération. Il n'y eut aucun accident ; le lendemain la tumeur était sensiblement diminuée, et au bout d'un mois, en continuant des frictions mercurielles qu'on avait commencées avant l'éleclro-punclurc, elle n'avait plus que la grosseur d'un œuf de' pigeon. La malade guérit bien [Uiiion méd-, d857, p. 168).

Duchenne (de Boulogne) fait observer à ce propos que l'emploi de l'électroj)uncture par les courants continus ou interrompus doit être rejeté en principe du traitement des grossesses extra-utérines : d'abord à cause de l'incertitude que l'on a d'avoir réellement pénétré dans le kyste, ensuite à cause 'de la désorganisation des tissus au contact des aiguilles, et de la formation facile de petits abcès dans ces conditions. 11 propose la décharge, soit par la bouteille de Leyde, soit par une batterie électrique, et l'emploi de deux rhéophores appliqués l'un dans le vagin et l'autre dans le rectum ou sur les parois abdominales. Lesouef redoute le décollement du placenta par suite des contractions provoquées par l'électricité dans les muscles de l'abdomen, et rejette l'emploi de ce moyen (Thèsede Paris, 1862, p. 98).

Un fait remarquable de Ciniselli nous paraît de nature à jeter un certain jour sur la question. Une femme, arrivée au cinquième mois de la grossesse, présentait ù l'orilice utérin un petit polype charnu de la grosseur d'un œuf de pigeon. On y enfonça deux aiguilles mises en communication avec la petite pile de Grenet à huit couples -, on fit passer le courant pendant dix minutes sans que la malade accusât la moindre souffrance. Il n'y eut aucun accident local ; les eschares formées autour des aiguilles se détachèrent, et la tumeur diminua peu à peu, de sorte qu'il n'en restait plus de traces quinze jours après. Mais en même temps l'accroissement du ventre s'était arrêté, ainsi que le cours de la grossesse, et quatre semaines après l'opération la malade accouchait d'un fœtus de cinq mois et demi, mort et putréfié (// Galvani, Bologne, 1875, p. 22, cité par Corradi, Dell' ostetricia in Italia, 1877, p. 1504).

Ce fait démontre qu'un courant continu assez faible peut en dix minutes déterminer la mort du fœtus. Ceci donné, pour éviter les contractions de la paroi abdominale que craignait Lesouef et les eschares que redoutait Duchenne (de Boulogne), il nous semble qu'on pourrait se servir d'aiguilles en acier recouvertes de vernis comme celles que l'on emploie à la cure des anévrysmes, les enfoncer dans la tumeur fœtale, et les mettre en rapport avec une pile à courant continu analogue à celle dont Ciniselli s'est servi.

Pseiidarthroses. Nous ne connaissons que peu de cas dans lesquels on ait appliqué l'électro-puncture au traitement des pseudarthroses ; mais, comme dans ces cas ce moyen a été employé avec succès alors que tous les autres procédés de douceur connus l'avaient été sans succès, on peut le ranger parmi les moyens exceptionnels, si l'on veut, mais néanmoins précieux.

Yalentine Mott nous paraît être le premier qui ait mis ce procédé en pratique, en 1844.

Dans un seul cas, celui de M. Azam, l'inflammation provoquée fut beaucoup plus vive qu'on ne l'aurait voulu et inspira même des craintes pour la vie du malade ; mais un traitement énergique et habilement dirigé parvint à conjurer le danger.

Dans le cas de V. Mott, il s'agissait d'une fracture intra-utérine de la jambe chez un enfant de quatre mois. Insuccès dans un appareil inamovible, frottement

GâLVâNO-PUNCTURE. 560

des fragments, vésicatoires, enfin galvano-puncture ( Trans. ofthe New-York Academjj, cité p^r Gm\i, Kjiochenbriiche, i'" part., p. 705, n" 271).

Packard (in Malgaigne, Treatise on Fractures, trad. amer., par Packard, Philadelphie, 1859, p. 261, cité par Gurlt, p. 687, n» 24) a traité un homme de trente ans, atteint d'une fracture de l'humérus depuis huit mois. Perforation sous-cutanée et frottement des fragments, puis acupuncture avec électricité. Guérison.

Moore, dans un cas de fracture de l'humérus suivie de pseudarthrose chez une femme de cinquante ans, fit l'acupuncture pendant trois semaines ; commencement de consolidation; nouvelle fracture; nouvelle tentative d'acupuncture pendant vingt jours environ, avec galvanisme. Guérison (Gurlt, p. 697, n° 150).

HoU a traité de même une fracture de jamhe très-mobile encore au bout d'un an. Il introduisit une aiguille de chaque côté du membre, dans l'espace situé entre les os, et fit passer entre elles un courant galvanique constant. L'opération fut répétée tous les deux jours pendant une quinzaine. Guérison {Med. Tim. and Gaz., 1855, t. Il, p. 501).

Dans un cas de fracture du tibia et du péroné non consolidée au bout de quatre semaines, Burmann appliqua un appareil convenable et fil passer un courant électrique dans le foyer de la fracture au moyen de deux aiguilles allant à la rencontre l'une de l'autre; la séance dura une demi-heure, et il recommença tous les jours jusqu'à ce que le foyer s'enflammât ; le cal se forma alors et le malade guérit parfaitement (Heidenreich, Elemente der ther. Physik, 1854, p. 279).

Pour une fracture de la cuisse, survenue chez un ouvrier de vingt-neuf ans, et que plusieurs traitements n'avaient pu rendre solide, Spath essaya l'électro-puncture contre la pseudarthrose (six éléments zinc-cuivre), aiguille en acier dans l'intervalle des fragments (catode), éponge humide (anode) sur la face interne de la cuisse. Séance de dix minutes, en changeant souvent la direction. Puis de nouveau appareil plâtré. Au bout de six semaines, réunion osseuse solide ; trois semaines après le malade pouvait marcher sans canne.

L'auteur cite d'autres cas dcBirch, Lente, Burmann, Koll et Ilahn, mais sans détails (Spath, Pseudarthrose durch Electropunctur geheilt. In Wurtemb. med. Corresp.-bl, 1875, n» 27).

M. de Saint-Germain a essayé la galvano-puncture dans un cas de fracture de l'humérus non consolidée depuis dix -huit mois. Tous les moyens usités en pareil cas avaient été employés sans succès. Deux longues aiguilles de fer furent introduites entre les deux fragments et on fit passer un courant durant vingt minutes environ. Après neuf séances de vingt minutes chacune, à deux ou trois jours d'intervalle, la consolidation avait fait de tels progrès, que le passage des aiguilles entre les fragments était devenu impossible. Une saison à Enghien termina la guérison, constatée six mois après la première séance de galvano-puncture {Nouv. Dict.deméd. et de chir. prat., art. Électricité, t. VII, p. 540). L'appareil était à courant interrompu. Depuis, M. do Saint-Germain a essayé le même moyen dans quatre cas, mais sans succès (comm. orale).

En 186i, M. Azam eut à traiter une pseudarthrose de la cuisse chez un sujet vigoureux, et datant de deux ans. 11 existait un cal fibreux et un raccourcissement d'environ dix centimètres. Divers moyens ayant été employés sans succès pour irriter le foyer (injections irritantes, acupuncture), M. Azam introduisit deux aiguilles entre les fragments et fit passer par elles un courant à intermittences DICT. ENC. i° s. YI. 57

570 GALVANO-PUNCTURE.

rapides au moyen d'un appareil de Legendie et Morin monté au maximum. Onfit pendant huit jours, tous les jours, une séance de cinq minutes. Une violente inflammation survint, plusieurs abcès se formèrent autour du foyer ; on les^ draina, et au bout de plusieurs mois seulement le malade guérit de la pseudarthrose et de l'inflanmiation provoquée par la galvano-puncture {Mém. et Bull. de la Soc. méd.-chir. de Bordeaux, 1866, t. 1, p. 88).

Le but que l'on se propose dans le traitement des pseudarthroses étant de provoquer dans le foyer une irritation vive, mais en respectant autant que possible la peau, ce but nous paraît devoir être atteint de la manière suivante : une aiguille enmétalnon oxydable piu^les produits de décomposition delà pile, afin que ces produits attaquent plus profondément les tissus, eu or ou en platine par conséquent, enduite de vernis jusqu'à un centimètre de sa pointe, pour protéger les partiesmolles qu'elle rencontre dans son trajet, sera enfoncée dans le foyer de la fracture, et mise en rapport avec le pôle négatif d'une pile à courant continu. Il est nécessaire que ce soit le pôle négatif afin d'avoir une eschare plus étendue, et que la pile soit à courant continu, afin d'éviter les contractions musculaires produites par le passage du courant des appareils induits. Quant à la pile ellemême, il faut qu'elle soit construite de façon qu'on puisse graduer le courant. On ne fera durer les séances que dix minutes environ.

Destruction permanente des poils par l'électrolyse. Ce moyen a été mis eii

pratique par Fox dans les régions où les clieveux et les poils croissent en trop grande abondance, au front, aux sourcils, sur les joues, etc. Le principe de la méthode est la destruction des follicules pileux. L'appareil opératoire se compose d'une pile de 5 à 10 éléments Bunsen, de conducteurs, et de deux électrodes. L'électrode posiîive est une tige métallique isolée terminée par une éponge, et s'applique en un point voisin de celui sur lequel on opère. L'électrode négative est une fine aiguille d'acier identique à celle dont se servent les dentistes pour Y extraction du nerf. C'est elle qui doit pénétrer dans le follicule et détruire par électrolyse la papille du poil. On peut s'aider d'une lampe susceptible de se fixer sur l'œil comme la loupe des horlogers. Toutes les lois que le follicule pileux est de grande dimension il est bon d'extirper préalablement le poil ; mais si les cheveux sont fins, cette pratique est mauvaise, car alors il devient très-difficile de reconnaître l'orifice. L'opération achevée, quand le poil n'a pas été préalablement arraché, la résistance qu'il offre à la pince est un. moyen de contrôle : elle doit être nulle ; dans le cas contraire, c'est une tentative à recommencer. L'opération ne se fait pas sans quelque souffrance en rapport avec la force électrolytique et l'étendue des parties à détruire. Le courant doit être assez fort pour que son action chimique provoque l'apparition de petites bulles ou d'écume le long de l'aiguille, à l'orifice du follicule. Le premier effet du traitement est une tuméfaction inflammatoire diffuse de la peau. Dès le lendemain, celle-ci se limite au voisinage immédiat des follicules sous forme de petites saillies papulo-pustuleuses. En quelques jours tout s'apaise, mais le résultat définitif n'est manifeste que plus tard, quand les poils non détruits commencent à repousser. Plus la difformité est grande, plus le traitement est efficace; la barbe proprement dite ne résiste jamais ; il n'en est pas de même du duvet souple et fin qui, chez nombre de femmes, couvre la lèvre supérieure [Revue des sciences méd., 1879, t. XIV, p. 235).

Collections séreuses. Hydrocèle, KYSTES, efc. Nous avons VU quB Cette appli-

GALVÂNO-PUNGTURE. o7f

cation de la méthode avait été faite dès 1825 par Bailly et Meyranxet par Fabré- Palaprat.

Kœnig, dans un cas d'ascite, se servit d'une pile de 55 à 60 disques de zinc et de cuivre. Deux aiguilles à coudre ordinaires furent enfoncées dans la peau du ventre et mises en communication avec les pôles de la pile, en touchant de vingt à trente fois de suite les aiguilles, deux ou trois fois par jour. Plus tard on employa un plus grand nombre d'aiguilles. On observa une augmentation do la sécrétion urinaire, puis la disparition de l'ascite. Dans un second cas de cette affection, divers traitements furent mis en usage sans succès ; on employa le galvanisme de la même manière avec le même résultat (Kœnig, ISeue Anwendung der Galvanismus gegen die Wassersuclit, m Hnfeland' s Journal^ 1829, Bd. 29, 1. Stock, p. 115).

Récamier et Teissier obtinrent une amélioration considérable dans un cas de pleurésie après deux séances d'électro-puncture. Dans un autre, il y eut un soulagement momentané, mais on fut ensuite obligé de recourir à l'opération de l'empyème [Gaz. des hôp., mars 1843, p. 142). Ces tentatives ne furent pas renouvelées.

Dès 1 839, Schuster essaya de traiter l'hydrocèle par l'acupuncture ; mais, voyant (lu'il n'obtenait par ce mojen que des résultats palliatifs, et bien rarement des succès définitifs, il eut l'idée de se servir des aiguilles comme conducteurs de courants galvaniques. Il en obtint de nombreuses guérisons qui le conduisii'ent à appliquer le même procédé au traitement des hydarthroses, de l'hydrotliorav, du goitre enkysté, de kystes athéromateux, séreux, de dilatations vasculaires et de diverses autres formes pathologiques analogues.

Dans un premier mémoire présenté à l'Académie des sciences en janvier 1843, 11 donnait un résumé général des affections qui avaient cédé à l'électro-puncture {Comptes rendus, t. XVI, p. 136, 511).

1° Certaines hydropisies, libres ou enkystées, telles que l'hydrocèle, l'ascite, l'hydrothorax, les hydropisies articulaires, les kystes séreux ou synoviaux, à moins, toutefois, que ces épanchements n'aient été l'effet symptomatique d'une lésion matérielle et incurable du système vasculaire. 2" Les kystes graisseux, athéromateux, mélicériques, elc. (loupes). 3° Certains engorgements et indurations, surtout des ganglions lymphatiques, les tuméfaclions indolentes du testicule et de l'épididyme, les indurations, callosités du tissu cellulaire, d'origine rhumatismale ou traumatique, soit au voisinage des articulations, dans l'épaisseur des faisceaux musculaires ou au pourtour do quelques ulcères, dans les parois des trajets fisluleux ; enfin quelques développements anormaux du foie et de la rate, divers engorgements pulmonaires, etc. 4° Les tumeurs variqueuses, dans les cas surtout où la structure des parties sous-jacentes permet de joindre au traitement par l'électro-puncture une compression méthodique. 5" L'hypertrophie et riiydropisie de la glande thyroïde confondues vulgairement sous le nom crénérique de goitre. 6" Les rhumatismes chroniques, et plus particulièrement les rhumatismes localisés (inflammations , exsudations, indurations et atrophies rhumatismales des' systèmes fibreux, musculaire, nerveux et séreux; névrites et névralgies rhumatismales).

Le second mémoire, présenté à l'Institut en octobre 1843, est plus spécial à l'hydrocèle [Comptes rendus, t. XYll, p. 917).

Depuis, parmi les collections séreuses, c'est surtout contre l'hydrocèle et les kystes de l'abdomen qu'on a dirigé le traitement galvano-puncturaL

572 GALVANO-PUNCTURE.

Hydrocèle. Schuster a traité 21 cas d'hydrocèle par l'électro-puncture. Chez 15 malades la guérison est survenue après 1,2, 4 et même 6 séances ; les autres ont renoncé au traitement avant la guérison. Il a employé la métliode suivante. Deux aiguilles à acupuncture, fines, eu acier trempé, à bouton sphérique, étaient implantées aux deux points opposés du diamètre vertical de la tumeur; on les faisait pénétrer à une profondeur suffisante pour perforer le feuillet scrotal de la tunique vaginale. On faisait communiquer ensuite ces aiguilles chacune avec un des pôles d'une pile de Yolla de 30 à 40 éléments, chargée d'eau acidulée par l'acide azotique ou sulfurique dans la proportion d'un vingtième ou d'un dixième d'acide. Au début on ne donnait que peu d'intensité au courant, et on l'augmentait peu à peu après s'être assuré de l'absence de douleur chez l'opéré. Au bout d'une dizaine de minutes, on retirait les aiguilles pour les remplacer par une compression circulaire ou par l'application d'un simple suspensoir.

En cas de récidive l'auteur n'a pas craint d'implanter plusieurs aiguilles dans le tissu même du testicule {De l'emploi de l'électro-puncture comme traitement de rinjdrocèle, in Bull, de thér., 1859, t. LVI, p. 175 et 225).

La publication de ce travail en 1859 seulement nous paraît avoir été provoquée par une communication de Pétrequin à l'Académie des sciences, sur une méthode particulière pour guérir l'hydrocèle presque extemporanéraent et sans opération [Comptes rendus., 1859, t. XLVlIl,p. 190).

Cette méthode consistait à enfoncer dans l'hydrocèle deux aiguilles, l'une au sommet, l'autre à la base de la tumeur, et à faire passer le courant d'une pile de Bunsen par ces aiguilles. Chez un malade sur lequel ce traitement fut employé, le liquide avait disparu dès le lendemain de la premièi'e séance et ne reparut pas.

Scoutetten a pi-atiqué deux opérations du même genre, l'une chez un jeune homme de vingt-six ans, l'autre sur un enfant de sept ans ; il obtint la guérison après une seule séance chez l'enfant, après deux chez l'homme. D'après lui, il est utile d'enfoncer les aiguilles jusqu'à ce que la pointe aille toucher un des points de la tunique vaginale. 11 se forme alors dans la partie touchée une petite eschare qui favorise le succès [Bull, de VAcad. de méd., 1864-65, t. XXX, p. 983).

Dès 1843, Blandin et Roux avaient aussi, comme Schuster, employé le même moyen; ils obtinrent une diminution et même une disparition complète du liquide, mais quelques jours après celui-ci se reproduisit. Roux dut avoir recours à la ponction suivie de l'injection iodée [Gaz. des hop., 1843, p. 151 et 169).

Plus récemment Vivarelli [Canstatt's Jahresb., 1852, t. 111, p. 293), Burdel [Unionméd., 1851, t. I,p. 195), Delstanche (Jour, de méd. de Bruxelles, 1859, t. XXIX, p. 20), Lehman [Deutsche Klinik, 1859, t. Il, p. 365),Quilard, de Toulouse (Jowrna/ de méd. de Toulouse, \m\iei 1860, p. 208), Rodolfi, dès 1857 [Bull, de thér., 1858, t. LIV, p. 138, Gaz. med. ital. Lomb., 1857, n» 48, 1858, noSO, 1874, 11» 32), Friedenthal [Wienermed. Woch., 1869, n° 40, col. 674), ont cité des cas de guérison. Erhardt aurait aussi obtenu la guérison radicale de l'hydrocèle parla galvano-puncture [Betzs Memorabilien, 1874, t. XIX, p. 357). Althaus rappelle encore les succès obtenus par Ruschenbetger, Pétrequin, Scoutetten, dans des cas rebelles, en introduisant les deux électrodes dans la collection. Lui-même a conseillé d'introduire seulement le pôle négatif dans l'hydrocèle et de laisser le pôle positif à l'extérieur. Ce procédé, employé par

GÀLVANO-PUNCTURE. 575

Freidlânder (de Vienne) et| H. Campbell, leur aurait donné de bons résultats. Allhaus recommande d'employer deux aiguilles et 15 à 20 couples; il faut prendre soin aussi que les pointes des aiguilles pénètrent dans le sac, car, si elles restaient dans le tissu cellulaire sous-culané, ou dans le darlos, le courant n'agirait que sur ces membranes, et non sur le liquide accumulé dans la tunique vaginale (Althaus, A Treatise on médical Electricity. London, 1873, p. 671, 3« édition).

De 1869 à 1876, Friedenthal a employé un procédé analogue dont voici les résultats.

Une aiguille d'or est introduite dans le scrotum liorizontalement après avoir été mise en rapport avec le pôle négatif d'une batterie galvanique ; ensuite on applique le rhéophore réuni au pôle positif sur un point voisin du scrotum. L'auteur a remarqué aussitôt des mouvements vermiculaires dans le scrotum. Le courant a duré à peu près trois minutes ; le jour suivant la tumeur, qui était très-tendue, se ramollit, et au bout de cinq ou six séances reproduites tous les deux jours elle avait complètement disparu. Douleur faible. Des symptômes d'inllammation n'ont jamais été observés. Dans quelques cas il y eut récidive au bout de quelques mois; dans d'autres, la guérison fut complète (Friedenlhal, Die Behanlhung (1er Hydrocele mittelst Electricitàt. In P rager med. Wochenschr., 1876, n° 56).

Le docteur Macario, de Nice, a traité deux cas d'hydrocèle par la galvanopuncture. Il enfonça deux aiguilles, l'une au sommet et l'autre à la base de la tumeur, et mit les deux pôles en communication avec un appareil à induction Morin-Legendre. La douleur fut extrêmement vive, mais le liquide dispiiriit complètement dans les vingt-quatre heures. La guérison fut complète dans le premier cas; il y eut récidive dans le second et une seconde séance faite dans celui-ci n'eut aucun résultat {Gaz. med. Lomb., 1877, n" 56, p. 551).

Zamboni a opéré de la môme manière une énorme hydrocele ; trois séances en ont amené la guérison [Giorn. veneto di scienze med., octobre 1877).

Garreau (de Laval) a opéré avec succès trois cas de ce genre [Joitrn. des conn. méd.-chir., 1876, p. 127).

Bonadei a cité un cas qui semblerait donner raison à ceux qui prétendent que l'électrolyse n'agit qu'en donnant issue au liquide par le trajet de l'aiguille. La première séance donna lieu à une eschare et à une réaction locale vive ; à la chute de l'eschare le liquide s'écoula entièrement et la guérison s'ensuivit, constatée trois ans après [Rivista clinica di Bologna, 1879, p. 276, obs. 3).

Kystes. Kystes de Vovaire. Le premier fait de ce genre paraît dû à Flies, qui en 1869 cita un cas de guérison après vingt séances d'électrolyse. Le pôle positif d'une pile était mis en communication avec l'aiguille d'un trocart enfoncé dans le kyste, et le pôle négatif restait appliqué à l'extérieur sur la paroi abdominale; mais le cas n'est pas bien concluant {Berl. Klin. Woch., 1869, p. 103, col. 2).

En 1871 Fieber, de Vienne, traita de cette manière un kyste multiloculaire de l'ovaire de la grosseur d'une tête d'homme. Une aiguille d'or en rapport avec le pôle positif fut enfoncée en plusieurs endroits à un pouce et demi de profondeur ; on fit passer un courant d'une pile de Daniell de vingt à vingt-cinq éléments pendant sept à quinze minutes suivant les séances, qu'on fit à grands intervalles, puisqu'il y en eut douze en six mois. Peu de réaction après les séances ; peu de résultat immédiat; en deux ans et demi, la tumeur diminua au point de n'avoir

Ô74 GALVÂNO-PUNCTURE.

plus que le volume d'un œuf de poule {Wiener med. Presse, 1871, tome XII, p. 15, col. 572).

Clemens, en 1874, a publié un article sur la manière dont agissaient l'électricité et l'acupuncture employées simultanément dans le traitement des kystes de l'ovaire, mais sans rapporter d'observation (DeM^sc/ie Klinik, 1874, n"^ 16 et 28, p. 124 et 219).

Dans un travail inséré dans V American Journal of Obstetrics, 1876, p. 589, Fieber attire de nouveau l'attention sur le traitement des kystes de l'ovaire, A cette époque, sa confiance dans cetle méthode est telle qu'il la croit destinée à diminuer considérablement 1;> nécessité de l'ovariotomie. D'après lui, l'éleclrolyse agirait en décomposant le liquide kystique.

L'auteur se sert ordinairement d'une pile à éléments zinc et charbon dont le liquide est une solution de bichromate de potasse additionnée d'acide sulfurique. Les électrodes sont une aiguille et une électrode ordinaire qu'on applique sur la peau. Lorsque le kyste contient une grande quantité de liquide, il faut le vider avant de procéder à l'électrolyse, afin de soulager la malade le plus tôt possible et de concentrer toute la force du courant sur les parois du kyste, au lieu de l'employer à décomposer le liquide dont on peut se défaire autrement.

Semeleder, qui paraît avoir une grande expérience de ce mode de traitement, partage au point de vue théorique les opinions de Fieber ; il a obtenu six cas de guérison d'hydropisie de l'ovaire par cette méthode. La durée du traitement avait varié entre quatre semaines et cinq mois ; dans un cas de tumeur fibro-cystique de l'utérus le contenu des kystes fut résorbé, l'élément fibreux ne fut pas modifié. Dans tous les cas, l'auteur employa un courant constant assez faible; les électrodes lurent placées à la surface de la peau. Les séances étaient journalières. Le procédé ne provoqua pas de phénomènes inflammatoires sérieux, pas d'adhérence, peu de douleur. Au moment de la publication du travail, il n'y avait pas eu de l'écidive (Trans. of the Internat. Congress of Philadelphia, 1876, p. 859).

Dans un travail postcrieui-, Semeleder rapporte une observation où la malade, traitée ipAV l'électricité, fut enlevée par une péritonite. Celle-ci avait été provoquée par la cautérisation des aiguilles; au lieu de l'application de l'aiguille négative était une eschare de la peau mesurant un demi-centiràètre ; au pôle positif on ne voyait qu'une plaque brune, sèche, légèrement brûlée {New-York Med. Journ., mars 1877).

Citons encore un cas de Hesse, amélioré par l'électfolyse (Amer. Journ. of Obstetrics, janvier 1877, p. 78).

Cependant les succès sont loin d'être la règle, et la pratique de Fieber luimême ne serait pas à beaucoup près aussi favorable qu'il l'a annoncé.

Wilheim, un des assistants de Fieber, a vu les essais de son maître sur l'électrolyse, et prétend qu'il n'y eut pas de réussite dans un seul cas. Les principaux sont : 1° une femme supposée atteinte d'un kyste ovarique, qui fut soumise à l'électrolyse. Celle-ci provoqua un développement considérable de gaz qui causa une dyspnée intense et nécessita la ponction de l'abdomen. La malade mourut peu après, et à l'autopsie on ne trouva aucun kyste, mais un cancer de l'épiploon avec ascite; 2" hydrocèle traitée par vingt séances d'électrolyse qui enfin déterminèrent une inflammation du scrotum, plus tard il fallut faire la ponction ; 3" polype muqueux du col. Après six séances, gangrène de la tumeur, puis violente métrite et paramétrite, avec symptômes dangereux pour la vie, quoique le

GALVâKO-PUNCTURE. 575

|)olype eût été amputé ; 4° Injgroma prépatellaire. Après plusieurs séances, inflammatioa aiguë du genou qui ne céda qu'au bout de plusieurs semaines. L'hygroma avait un peu diminué ; 5" ganglion des tendons extenseurs. Le traitement électrolj tique occasionna une inflammation violente des gaines avec lymphangite du bras tout entier qui dura six semaines; 6° un kyste ovariqite ■mentionné par Fieber comme guéri par l'électrolyse fut encore une fois guéri par un autre électrolhérapeute, après avoir été traité pendant longtemps.

Dans des cas de tumeurs du membre inférieur, de polypes du larynx, de cancers de l'utérus, on n'obtint aucun effet autre que l'esclw'e au point d'implantation du pôle négatif.

Quelques glandes hypertrophiées paraissent avoir diminué sous l'influence de la méthode électro-cataiytique.

Les cas mentionnés plus haut prouvent au moins, ajoute Wilheim, que l'électrolyse employée sans discernement n'est pas un moyen inoffensif [Wiener allg. med. Zeitung, 1877, n"' 4 et suivants, et Centralbl. fur Chir., 1877, t. IV, p. 246).

Cutter, qui en 1870 avait annoncé la guérison de plusieurs cas de kystes de l'ovaire par l'électrolyse, observa la récidive de trois de ces cas. Une malade refusa de se Liisser opérer ; l'autre subit avec succès l'ovariotomie ; la troisième mourut depéiitonite à la suite d'une ponction simple avec un trocart ordinaire, €t on trouva à l'autopsie une tumeur fibro-kyslique [New-York Med. Journ., 1878, t. XXVlll,p. 297). Lorsqu'on voit des hydrocèles récidiver si facilement, on comprend bien que des kystes de l'ovaire puissent en faire autant, et, si les malades étaient conservées plus longtemps en observation, il est probable que la e^uérison annoncée d'abord, au bout d'un certain nombre de séances, ne serait pas aussi définitive que les partisans de l'éie^tro-puncture l'ont prétendu.

Grenser et Mossdorf n'ont signalé que des cas d'insuccès de l'électrolyse dans le traitement des kystes de l'ovaire. Pour Grenser les guérisons annoncées s'expliquent soit par des erreurs de diagnostic, soit par un effet tout mécanique, tel que la résorption du liquide qu'on note parfois après une rupture spontanée ou une ponction unique du kyste. D'ailleurs les insuccès de cette méthode ne sont pas rares, et, quoi qu'en dise Ehrenslein [Allg. med. Centraheitung, 1876), elle peut donner lieu à des eschares. En peu de temps Grenser a vu deux femmes traitées sans succès par Ebrenstein.

Mossdorf a soumis à l'électrolyse quatre femmes. Dans le premier cas on fit cinq séances pendant vingt jours. La femme ayant succombé peu de temps après, on ne constate à l'autopsie aucune modification dans le contenu du kyste. Dans le troisième cas l'autopsie ne révèle de changements que dans les alentours immé- •diats des piqîires. Troisième cas: dès.la deuxième séance, rupture du kyste dan? le rectum. Insuccès complet dans le quatrième cas, malgré soixante séances [Berl. Min. Woch., 1878, p. 324).

La manière dont l'électricité agit dans ces cas a été interprétée de diverses manières.

Pétrequin, frappé de l'action que la pile exerce sur la circulation capillaire, avait pensé que la disparition des tumeurs llcjuides se faisait par résorption de leur contenu à travers la paroi kystique profondément modifiée par le courant.

Scoutetten, de son côté, a soutenu que la disparition du liquide d'une tumeur n'était pas due à une simple action chimique opérée par l'électricité. Pour le ■démontrer, il s'appuie sur ce fait qu'il faut beaucoup moins de temps pourfaire

576 GALVANO-PUNCTUKE.

disparaître le liquide d'une hydrocèle que pour décomposer une quantité égale d'eau, et qu'en outre dans le premier cas il n'y a pas de dégagement de gaz en rapport avec la quantité du liquide sorti de la tumeur. Ces gaz ne peuvent s'être infiltrés dans le tissu cellulaire, car il y aurait alors un emphysème énorme qui n'existe pas. Le transport du liquide, molécule par molécule, d'une électrode à l'autre n'est pas plus admissible, car il ne peut rendre compte de la disparition en un temps très-court d'une hydrocèle contenant, par exemple, 100 grammes d'eau. Scoutetten pense qu'il se fait une résorption du liquide par les vaisseaux de la tumeur, dont la fonction absorbante est stimulée par le courant électrique qui la traverse, et il propose de remplacer le ternie de méthode électroly tique par celui de résolution électrique. La même explication peut s'appliquer à la disparition des liquides accumulés dans des cavités naturelles ou des parties accidentelles, pourvu qu'il n'y existe ni inflammation iguë ni fausses membranes.

Dans les anévrysmes, la guérison a été déterminée pai des effets caloriques et nullement par des actions électriques (De la résorption électrique, in Compt. rend. del'Acad. des sciences, 1868, t. LXVII, p. 540).

En s'appuyant sur une série d'expériences, UItzmann prétend que les résultats obtenus par l'emploi de l'électrolyse dans le traitement de l'hydrocèle et des kystes de l'ovaire ne doivent pas être attribués à l'action du courant électrique sur le contenu des tumeurs, mais qu'il faut en chercher ailleurs la cause. Cet auteur employait un courant constant d'une pile de 24 éléments Léclanché ; une aiguille d'or ou de platine enfoncée dans le kyste était en rapport avec le pôle négatif, et le pôle positif représenté par une éponge était posé sur la peau ; séance de dix à quinze minutes tous les deux ou trois jours. Des hjdrocèles grosses comme le poing ont disparu quelquefois après une séance, mais Ullzmann l'a constaté de la manière suivante : l'aiguille fait, comme on le sait, à l'endroit où on l'applique, une petite marque de brûlure qui empêche la fermeture du trajet; aussitôt l'aiguille retirée, il s'écoule du liquide; cela dure aussi longtemps que le trajet reste ouvert, de sorte que le liquide de l'hydrocèle coule dans les vingt-quatre heures suivantes soit dans le tissu du scrotum, soit dans le linge. Cette influence, purement mécanique, est favorisée par la production au pôle négatif de gaz hydrogène qui chasse le liquide. Cet effet favorable n'est possible que lorsque le liquide est séreux ou séro-albumineux, et n'irrite pas les tissus. Si le contenu est épais, alors rien ne s'écoule; de même on n'a aucun résultat, si l'aiguille ne traverse que la paroi du kyste. Si le kyste contient du sang ou du pus coagulé, comme beaucoup de kystes ovariens, alors le moyen devient même dangereux, parce que le liquide qui s'écoule peut déterminer une péritonite de voisinage, comme UItzmann l'a observé dans un cas après la première séance. On dut aussitôt ponctionner le kyste. Dans ces cas, le courant coagule l'albumine et le contenu du kyste ne peut sortir (UItzmann, Zur Electroly se der Cystengeschwûlste, in Wiener med. Presse, 1876, n"^ 42 et suivants).

Nous devons encore mentionner les faits suivants, à titre de documents îv consulter :

Kyste hydatique du foie. Galozzi s'est servi de l'électrolyse dans un gros kyste hydatique du foie pour obtenir l'évacuation du liquide après la création d'adhérences préalables entre la paroi du ventre et celle du kyste. Sept aiguilles positives sont enfoncées en cercle dans la tumeur ; l'électrode négative est placée dans le voisinage, sur la peau. Pendant quinze minutes on fait passer le courant de

GALVANO-PUNCTURE. 577

9 éléments d'une pile de Léclanché. Au bout de quelques jours on fait une deuxième et une troisième séance. Dans la suite, le volume du kyste diminua sensiblement, des adhérences s'établirent et l'opération définitive (ponction et drainage de la tumeur) fut suivie d'un succès complet (// Morgagni, 1877, p. 26).

Kyste de la raie. Michon enfonça dans un kyste hydatique de l'abdomen deux aiguilles à acupuncture, puis fit passer par leur intermédiaire un courant électrique dans l'espérance de tuer les hydatides. Dans les deux jours qui suivirent le kyste sembla tout d'abord diminuer de volume, mais alors éclatèrent les signes d'une péritonite q;ii durèrent une quinzaine de jours et Unirent par s'amender graduellement (Magdelain, thèse de Paris, 1868, p. 40).

Kystes du cou du volume d'une noix. Tous les deux jours, introduction de deux fines aiguilles d'acier, mises en rapport pendant cinq minutes avec une pilfi de Bunsen dont on augmente progressivement la force. Quatre séances. Amélioration très-sensible. Guérison par les badigeonnages à la teinture d'iode (Amussat, Bull, de thér., 1873, t. LXXXV, p. 323).

Ce cas traité par plusieurs méthodes a été suivi d'une guérison qu'on ne peut guère attribuer à l'une plutôt qu'à l'autre.

Hygroma de l'angle de lamâchoire. Bonadei a employé dans ce cas la petite pile de Grenet à 4 éléments ; trois séances ont été nécessaires ; dans les deux premières les eschares, petites, n'ont pas ouvert largement la poche; la Iroisième laissa sortir du kyste un liquide pareil à du blanc d'œuf; la guérison fut un peu lente, mais deux ans après il ne restait du mal primitif qu'une petite cicatrice {Riv. clin, di Bologna, 1879, p. 277, obs. 5).

Tumeur kystique volumineuse de la parotide. Deux séances, suivies de la production d'une eschare dont la chute laissa un trajet fistuleux par lequel sortit un liquide comme du blanc d'œuf; drainage du deuxième trajet, lavages phéniqués, guérison en deux mois {ih., p. 277, observ. 9).

Gasparini a cité deux cas de grenouillette guéris par l'électro-puncture {Revue internationale de rÉlectr. y XV, janvier 1874, p. 3j.

Kyste radio-carpien [g^nghou] . Mucci a rapporté un cas de guérison par la galvano-caustique chimique, d'aprèsle procédé de Ciniselli [Ann. univ. dim'ed., 1877, t. CCXXXlX,p. 13).0mboni se proposait d'obtenir par l'éiectrolyse l'évacuation du liquide par l'eschare négative, et l'atrophie des parois et des corps hordéiformes par l'action polarisante. Dans ce but, il enfonça dans la tumeur une aiguille de platine en communication avec le pôle négatif et une d'acier avec le pôle positif d'une batterie de 24 éléments Ciniselli. La séance dura vingt minutes. On prescrivit les bains froids et le repos. En trois mois Ja tumeur avait disparu, mais elle récidiva cinq mois après {Ann. univ. di med., 1878, t. CCXLIV, p. 548). Bonadei a signalé deux cas analogues; dans le premier, les choses se passèrent comme dans celui d'Ûmboni ; dans le second, il n'y eut pas d'eschare ; le kyste conserva à peu près le même volume pendant deux mois, puis diminua peu à peu et s'atrophia complètement {Rivista clin, di Bologna, 1879, p. 275, n"^ 1 et 2).

Scoutetten a rapporté cinq cas de ce genre, dans lesquels il a obtenu un succès prompt, complet et définitif {Bull. deVAcad. deméd., 1864-65, t. XXX, p. 983).

Dans le goitre cystique l'électrolyse a donné également de très-bons résultats à Althaus {Brit. Med. Journ., 1875, t. II, p. 606).

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Tumeurs solides. Dès 1828, Fubié-Palaprat annonçait avoir amélioré une tumeur stéatomateuse du cou et un hydrosarcocèle par rélectro-punctiire, et Schuster, en 18 iô, des tumeurs diverses. De 1845 à 1848, Crusell (de Saint- Pétersbourg) envoya à l'Académie des sciences plusieurs notes relatives à un cas de fongus hématode guéri par l'éleclrolyse ; mais ses travaux furent renvoyés à des commissions qui ne firent jamais de rapport, de sorte qu'on ne sait guère quelle était la pratique de Crusell. Cependant Tripier paraît avoir connu un travail du même auteur où se trouvent indiquées plusieurs applications de la méthode au traitement du cancer {Arch. gén. de méd., janvier 1866, t. I, p. 19).

D'après Tripier, « c'est à Ciniselli (de Crémone) que revient le mérite d'avoir fait de la galvano-caustique chimique une méthode bien définie, d'en avoir saisi le mécanisme et la portée, et d'en avoir réglé les procédés de manière à ne laisser aucune hésitation sur la nature et l'étendue des services qu'elle peut rendre ». Après avoir fait diverses expériences sur l'action des courants continus et des électrodes de formes variées sur les tissus, Ciniselli établit les conditions qu'il croyait nécessaires à la cautérisation galvano-chimique : appareil électro-moteur donnant un courant de forte tension et d'une intensité aussi faible que possible, c'est-à-dire pile formée d'un grand nombre d'éléments à petite surface, électrodes faites d'un métal ou de deux métaux qui ne soient pas attaqués par les produits de l'électrolyse.

Les électrodes à surface nette et polie doivent être mises en contact immédiat avec les tissus et agir sur deux points distincts. Enfin, les tissus soumis à l'action du courant doivent être suffisamment humides pour être dans une condition favorable à la production des effets chimiques » [OeW azione chimica delVelectrico sopra i tessuti organici viventi e délie sue applicazioni alla terapeiitica. Cremona, 1862).

Le procédé opératoire donné par Ciniselli est très-simple ; malheureusement l'absence de données scientifiques et cliniques fit que cet auteur employa tout d'abord son procédé aux cas les plus disparates : tumeur fibreuse, tumeur érectile, ankylose, etc., et jeta certainement une légèi'e défaveur sur la méthode. En France, Nélaton, Maisonneuve et Sédillot sont à peu près les seuls qui aient essayé le procédé de Ciniselli à cette époque, et il faut arriver aux quelques dernières années pour voir encore quelques essais timides. Peut-être les succès annoncés par nos confrères étrangers, et qui, il est vrai, sont peu connus en France, contribueront-ils à faire essayer ce mode de traitement, qui mérite une des premières places parmi les moyens non sanglants.

Tumeurs diverses dh nature bénigne. Polypes naso -pharyngiens. Aux faits de Nélaton, Dolbeau {Bidl. Soc. de chir., 1865, p. 559), Guyon, cités par M. Spillmann dans l'article Nez de ce Dictionnaire (p. 119), nous ajouterons les suivants :

En 1866, Ciniselli envoya à la Société de chirurgie une note publiée en 1865 sur l'emploi de la galvano-caustique chimique et qui renferme deux faits de ce genre {Bull. Soc. chir., 1866, t. VU, p. 8 et 9).

Dans un cas, le polype occupait la fosse nasale dans toute son étendue, déplaçant la cloison et l'os nasal correspondant ; il a été défruit en neuf séances parla galvano-caustique alcaline, c'est-à-dire par l'introduction dans sa masse d'une seule aiguille communiquant avec le pôle négatif (obs. Xll). L'autre cas (obs. Xlll) regarde un enfant de vingt-deux mois, dont le polype, après avoir rempli la fosse nasale et avoir déplacé l'os du nez correspondant, se fit jour à la région lacrymale et grossit au point de chasser le globe oculaire hors de l'orbite.

GAEVANO-PUNCTURE. 579

C'est sur la tumeur orbitaire que la galvano-caustique a été appliquée, en ayant soin d'enfoncer les aiguilles à travers la perforation de l'unguis qui avait livré passage au polype. Cinq séances suffirent pour débarrasser le petit malade ; la tumeur orbitaire détruite, l'œil reprit sa place, la cavité nasale devint libre, et l'ouverture de l'unguis se ferma. Cbose remarquable, les restes de la tumeur qui existaient encore après la chute des eschores disparurent spontimément, sans apparence de mortification. Une des guérisons date de six mois, l'autre de cinq, et ont été constatées par des examens successifs.

La même année Fischer publia un autre cas de guérison. Il s'agissait d'une tumeur fibro-celluhiire du pharynx dont l'extirpation paraissait impossible. Fischer essaya de la détruire par l'électro-puncture. La première application eut lieu le 26 février au moyen d'une pile de Grove. Dlux aiguilles en rapport avec les deux pôles furent, à travers le voile du palais, enfoncées profondément dans la tumeur : au bout de six minutes, les aiguilles furent implantées dans d'autres points, et ainsi de suite jusqu'à ce que toutes les parties de la tumeur qui pouvaient être atteintes eussent été soumises à l'influence de l'électricité. L'opération dura environ vingt minutes et ne fut pas très-douloureuse. La nuit suivante, vives douleurs dans la tumeur avec augmentation de la dyspnée; le lendemain la tumeur était augmentée de volume et les points où les aiguilles avaient été enfoncées étaient ulcérés. Le 3 mars, seconde séance analogue, qui détermina une telle augmentation de la douleur, de la dyspnée et de la dyspliagie, que Fischer n'osa plus recommencer. Du 5 au 27 mar« la tumeur fut atteinte de gangrène partielle, tout en continuant de s'accroître; les ganglions du cou s'engorgèrent, il y eut une fièvre intense. Le 29 mars, nouvelle séance d'électropuncture. A [lartir de ce moment, amélioration de l'état local et général. Trois nouvelles séances. A la fin de mai le malade pouvait être considéré comme guéri; le pharynx ne présentait plus de tumeur [Wien. med. Woch., 1865,

col. ms).

En 1872, Paul Bruns (de Tiibingen) rappelle les succès obtenus par Nélaton, Ciniselli et Fischer, et cite un nouveau cas observé à la clinique de son père {Berl. klin. Woch., 1872, n. 27 et 28, p. 321 et 336).

Dans ce cas, un polype naso-pharyngien gauche avait été opéré sans résultat p:ir la galvano-puncture appliquée directement sur le polype après qu'on eut fendu le voile du palais. On tenta alors l'extraction avec le serre-nœud, mais il Testa un pédicule qu'on ne put enlever à cause d'hémorrhagies profuses. Récidive trois ans après, avec prolongement nasal. On tente de nouveau la galvanopuncture. On emploie la batterie de Frommhold composée de trente-deux éléments de zinc, plomb et platine, avec deux aiguilles dont l'une fut introduite dans le prolongement nasal et l'autre dans le prolongement pharyngien. On varie le nombre des éléments, de 8 en général; durée de la séance, dix à quinze minutes, 150 séances en onze mois. Sensation de brûlure assez forte, et douleur dans la moitié gauche de la face. Après chaque séance, diminution de la tumeur et des douleurs qu'elle occasionnait. Comme dans les cas de Ciniselli, on observait après chaque séance une ulcération au point d'application de l'aiguille, puis une eschare grisâtre qui grandissait, sélimiuail, et laissait une perte de substance qui se rétractait ensuite. A la fin du traitement il ne restait de la tumeur qu'un pédicule du volume d'un haricot au bord postérieur du vomer. Pas de récidive deux années après.

Dans un autre cas de tumeur uaso-pharyngienne, la guérison eut lieu au bout

580 GALVANO-PUNCTURE.

de onze se'ances d'électro-puncture {Berl. klin. Wochens., 1873, n" 52, p. 375).

Bruns fait suivre la relation des faits de remarques intéressantes. Pans ces cas, il y eut une mort par typhus concomitant; dans les autres la guérison fut constatée plusieurs années après. Presque tous étaient 'd'une nature très-grave, et toute opération était impossible. Des indications plus exactes de la méthode électrolytique ne peuvent être établies contre les polypes naso-pharyniiiens, car il y a des cas dans le'^quels on ne peut rien obtenir. On pourrait peut-être conclure de là que la structure fibreuse du polype permet d'obtenir un résultat favorable, tandis que l'électrolyse reste impuissante contre les tissus qui s'approchent du sarcome, qui sont tantôt fibreux et tantôt cellulaires, mais Bruns donne cela comme une simple hypothèse.

Pour l'opération, il faut se servir d'une batterie qui permette de diminuer et d'augmen'er à volonté le nombre des éléments. On y introduit les deux aiguilles ou seulement la négative; dans ce dernier cas l'électrode positive est munie d'une éponge et appliquée sur la joue ou tenue à la main. La crainte de Tripier, que l'application d'une électrode en forme d'aiguille retentisse d'une manière fâcheuse sur la base Hu crâne, n'est pas fondée.

Quant à la force du courant. Bruns recommande, dans les polypes du nez et du phnrynx, nu voisinage du cerveau et des gros troncs nerveux, d'employer à plusieurs reprises des courants faibles et de les laisser longtemps. L'emploi d'un conrant faible continué pendant longtemps a réussi à Groh dans d'autres sortes de tumeurs.

L'influence de la galvano-puncture est surtout expliquée par son effet caustique ; l'élimination de l'eschare se fait petit à petit, mais on observe quelquefois la chute de portions plus volumineuses. A cela se joint le processus ulcératif qui produit la diminution et la contraction de la tumeur. Peut-être y a-t-il en même temps une influence catalytique ou dynamique, comme, par exemple, dans les casoîi des parties de tumeurs non touchées ont disparu complètement.

Viganoni a traité par l'électrolyse un volumineux polype naso-pharyngien opéré vingt etun mois auparavant par l'écraseur et récidivé. Deux aiguilles d'acier en rapport avec le pôle négatif furent implantées dans la tumeur par la bouche, et une d'argent, reliée au pôle positif, y fut introduite par le nez. On employa une pile zinc-cuivre de 21 couples, avec une solution de sulfate de cuivre. Les séances, d'un quart d'heure à une heure chaque, eurent lieu à intervalles de trois mois, six semaines, dix-sept jours, quinze jours et un mois ; il n'y eut d'abord qu'une légère diminution de la tumeur, mais quatre mois après la dernière séance le polype avait tellement diminué qu'il était à peine appréciable. Cependant deux mois après il y eut une nouvelle récidive contre laquelle on eut recours au galvano-cautère {Ann. tmiv. di Med., février 1877, t. CCXXIX, p. 147).

Dans un cas de polype naso-pharyngien occupant toute l'arrière-cavité et empêchant la respiration et l'accès des instruments, Omboni lit sept séances de vingt minutes chacune, avec la pile de Ciniselli, ou parfois celle de Grenet, à intervalles de vingt à trente jours pour les six premières et de trois mois entre la sixième et la septième; le volume de la tumeur diminua de manière à permettre son ablation avec le galvano-cautère (Omboni, Ann. iiniv. diMed., 1878, t. GCXLIV, p. 548).

Au moment où les chirurgiens semblent avoir une tendance assez marquée à repousser les opérations sanglantes dans bon nombre de cas, surtout depuis les succès obtenus à l'aide des injections interstitielles de liquides caustiques, il était nécessaire d'insister sur les bons résultats donnés par la galvano-causlique chi-

GALVANO-PUNCTURE. 581

mique, auxquels on ne paraît guère songer en France à l'heure actuelle. Nous indiquerons plus loin comment on pourrait appliquer la galvano-puncture en pareil cas.

Fibromes utérins. La première application de l'électro-puncture à cette affection pnraît dater de 1838. A cette époque Alf. Becquerel, interne de Breschet à l'Hôtel-Dieu, fit dans ce service avec son maître et Becquerel père diverses expériences dans le but d'appliquer l'électricité à la médecine. Une femme de cinquante ans, atteinte d'une tumeur qu'on supposa fibreuse et siéger dans le grand épiploon, parce qu'elle était à la région hypogastrique, entra dans ce service. L'état générai était assez bon. On introduisit des aiguilles de platine dans divers points de la tumeur, points qu'on faisait varier matin et soir. On employa une pile à auge de 20 éléments, chargée d'eau salée ou très-légèrement acidulée; le courant fut laissé en circulation pendant quinze jours consécutifs, sauf quelques instants de repos. Au bout de ces quinze jours, la tumeur était diminuée d'une manière notable. Le traitement ennuya la malade, qui s'en alla ( Becquerel, Traité des applications de l'électricité à la thér. méd. et chir., 1857, p. 811). Que cette tumeur ait eu pour siège l'utérus ou un organe voisin, l'heureuse influence du courant continu sur sa régression n'est pas moins remarquable. Néanmoins on fut longtemps sans renouveler cette tentative, car je n'en ai trouvé aucune mention avant 1874.

A cette époque, Gilman Kimball publia un travail sur le traitement des fibroïdes utérins par l'électrolyse. Lorsque les tumeurs proéminent du côté de l'abdomen, il y enfonce deux aiguilles électrodes à travers la paroi abdominale. Si elles proéminent du côté du vagin, on introduit une électrode à travers la paroi abdominale et l'autre par le vagin. Après l'opération on observe dans le basventre des douleurs parfois assez vives, et un mouvement fébrile prononcé-, mais, ces premiers symptômes apaisés, survient la diminution des douleurs et des hémorrhagies. Dans quatre cas, Kimball obtint de bons effets de ce mode de traitement, mais les malades n'ont pas été suivies assez longtemps pour qu'on puisse donner aux résultats le nom de guérison (Boston Med. and Siirg. Journ., 1874, t. XGX, p. 105).

Kimball employait le procédé suivant, décrit par Cutter : la malade étant anesthésiée, une électrode est introduite dans une partie de la tumeur, d'un côté de l'abdomen, obliquement de dehors en dedans, à la profondeur d'au moins quatre pouces. L'autre électrode est enfoncée de la même manière de l'autre côté ; les pointes des électrodes ne doivent pas se toucher. On fait alors passer pendant cinq à quinze minutes le courant d'une pile de peu d'intensité. Des compresses imbibées d'alcool sont placées sur l'abdomen après l'opération. Suivant les cas on peut admmistrer ensuite de la morphine en injections sous-cutanées ou du veratrum viride. Ordinairement la douleur cesse au bout de quelques heures.

Les résultats obtenus par Cutter dans environ 25 cas sont les suivants. Dans deux cas la tumeur, de 8 pouces sur 10, disparut entièrement après trois applications. Dans plusieurs cas les tumeurs ont été réduites de plus de moitié; dans l'un d'eux, où le ventre paraissait aussi volumineux que pour une grossesse de sept mois, la tumeur devint imperceptible à un observateur non prévenu. Deux malades, qui pendantdeux ans n'avaient pu croiser les jambes, purent le faire facilement. Une, qui gardait le lit, put marcher dans son appartement au bout de deux séances ; après la troisième la tumeur avait diminué de moitié. Dans pins des quatre cinquièmes des cas la marche de la tumeur fut arrêtée, ce que l'on se pro-

58^2 GALVAlNO-PUNCTURE.

posait surtout d'obtenir. Dans trois cas la galvano-puncture fut impuissante, Dans presque tous il y eut amélioration de l'état général, les malades avaient pris de l'embonpoint et avaient été délivrées de leurs douleurs, difficultés de la miction, coliques nocturnes. Dans beaucoup de cas dans lesquels la tumeur avait une dureté pierreuse, on obtint un ramollissement caséiforme de la partie intéressée par l'aiguille. Dans un cas où le tibrome était central et remplissait tout l'utérus, la première opération fut suivie de la cessation des hémorrhagies et de l'issue d'une grande quantité de détritus noirâtres par le vagin. Dans les séances suivantes, l'électrode parut entrer dans une cavité spacieuse centrale. Dans un autre cas l'ascite et l'anasarque disparurent entièrement après la première opération {Boston Med. Journ., 1876, t. XCXIV, p. 177).

La pile employée par Cutter et Kimball consistait en huit paires de lames, charbon et zinc, de 8 pouces sur 9. Les électrodes, spécialement inventées pour cette opération, de façon à pouvoir assurer la pénétration dans les fibromes durs, ont la forme de stylets cannelés, fort aigus ; leur longueur totale est de 7 pouces 1/2 en comprenant le manche, la lame a 5 pouces l/!2. La partie du stylet qui est en contact avec la peau est recouverte d'un vernis non conducteur afin de garantir celle-ci. Le temps consacré au passage du courant constant varie de trois à quinze minutes. Le nombre des séances a varié depuis une jusqu'à dix-neuf; elles avaient lieu depuis une fois par jour jusqu'à une fois tous les deux mois. Le liquide excitateur consistait en une solution saturée de bichromate de potasse additionnée de une à deux onces d'acide sulfurique.

Webber a émis une opinion défavorable à l'emploi de la pile de Cutter. D'après lui, celle-ci, montée en quantité et non en intensité, possède plutôt les propriétés de la galvano-caustique thermique que de la galvano-caustique chimique; son emploi en pareil cas est donc contraire à l'avis de toutes les personnes compétentes. Il faut craindre les effets d'une pile de ce genre sur le péritoine, et il est à regretter qu'on ne connaisse pas les insuccès de Cutter {Boston Med. Journ., 1876, t. XCXIV, p. 209). Semeleder partage l'avis de Webber à l'égard de cette pila {voy. le travail suivant et Wiener med. Presse, 1876, n. 50 et 52, col. 1557 et 1661).

En 1877, Gaillard Thomas fit à la Société obstétricale de New-York un rapport sur 36 cas de fibromes utérins opérés depuis six ans au moyen de l'électrolyse par Kimball et Cutter.

Le développement des tumeurs avait été arrêté dans 26 cas, non arrêté dans 10 cas. La diminution eut lieu dans 20 cas, et il y eut en outre trois guérisons complètes; la diminution n'eut pas lieu dans 15 cas. Dans 4 il n'y eut aucun résultat ; deux tumeurs étaient de mauvaise nature; deux cas eurent une terminaison tatale; la plupart des malades furent soulagées. Le rapporteur attire encore l'attention sur les particularités suivantes : la difficulté qu'on éprouvait à retirer des tissus l'électrode zinc et la grande facilité avec laquelle on retirait l'électrode charbon; la miction très-abondante qui suivait chaque application dans la grande majorité des cas ; l'écoulement aqueux abondant qui se faisait hors de la cavité de l'utérus lorsqu'on touchait cet organe avec l'électrode {Amer. Journ. of Obstetncs, 1877, p. 117).

Enfin le docteur Cliéron a pratiqué un certain nombre de fois la galvano-puncture dans le cas de ûbroides utérins et dans le cas de régression incomplète de l'utérus avec ou sans flexion. Les aiguilles ont toujours été introduites par la voie vaginale {comm. écrite).

GALVANO-PUNCTURE. bS?>

Goitre. La Beaume, dans son ouvrage traduit par Fabré-Palaprat, rapporte qu'il a traité par la galvanisation trois cas de goitre : l'un fut guéri, le second amélioré, le troisième n'éprouva aucun elfet du traitement (p. 356). Nous avons vu plus haut que Schûster avait annoncé plusieurs succès dans les affections du corps thyroïde désignées sous le nom de goîlre (p. 559). En i850 on trouve de nouveau la mention de l'emploi de l'électro-puncture dans la thérapeutique de cette affection. Massé publia à cette époque deux faits qui ne sont pas des plus concluants. Dans le premier, il s'agissait d'un goitre dur et bosselé qui fut traité d'abord par l'électro-puncture, puis par l'électrisation simple avec l'appareil d'induction de Clarke. L'auteur prétend avoir obtenu un demi- succès, mais le malade n'en fut pas moins étouffé par les progrès du goître. Dans le second cas l'électro-puncture fut appliquée pendant un mois à un petit goître, sans résultat {Jour, des conn. méd.-chir., 1850, t. XXXV, p. 98).

Un peu plus tard, Jobert employa la galvano-puncture au traitement du gohre parenchymateux. Il enfonça deux aiguilles dans la tumeur et fit passer le courant d'une pile. Il renouvela l'opération tous les jours, sans grande douleur pour le malade. La tumeur diminua de consistance et de volume, Jobert annonça avoir obtenu déjà plusieurs succès par cette méthode. Dans un cas il compléta la cure par l'injection iodée {Gaz. des hôpitaux, 1855, p. 52). Dans sa thèse d'agrégation (Paris, 1880) M. Boursier dit que Franz Chvostek (de Vienne) a rapporté les observations d'environ 30 malades qui avaient tous été plus ou moins améliorés par l'action des courants continus, et qu'en 1875 Morell Mackenzie comptait 9 succès sur 13 ; mais le défaut d'indication exacte m'a empêché de vériher ces faits.

Althaus recommande fortement l'emploi de l'électrolyse dans les cas inopérables ; il pense que, quel que soit leur volume, on peut les guérir, si le traitement est continué avec une persistance suffisante. La variété kystique serait d'après lui plus facile à guérir que les tumeurs solides {A Treatise onmed. Electricitu, 3^ édit., p. 689). Morell Mackenzie a suivi plusieurs fois avec succès la recommandation d'Althaus (même ouvrage). Wahltuch, de Manchester {Bril. Med. Journ.,i^' novembre, 1870, p. 517), Beard et Bockwell, Campbell (Althaus, p. 692), ont obtenu aussi des succès. Le procédé d'Althaus consiste à enfoncer dans la tumeur plusieurs aiguilles qu'il met en rapport avec le pôle négatif d'une pile, tandis que le"pôle positif est représenté par une éponge appliquée près de là.

Le Fort (Thèse de Boursier, p. 177) et Gherini (^nn. nniv. di med., 1876 t. II, p. 485) ont cité des cas d'insuccès, et Duncan un cas de mort. Pendant l'opération, la malade fit un mouvement malencontreux qui déplaça lesaio-uilles et mit en contact leur partie non isolée avec la peau : il en résulta une petite eschare qui provoqua la formation d'un abcès suivi de pyohémie. La malade mourut alors que le goître était presque guéri {Brit. Med. j ., 1876, 1. 1", p. 716).

Bonadei a signalé aussi un cas d'insuccès. 11 fit six applications d'électrolvse avec une pile de Grenet à 4 couples, en enfonçant les aiguilles de 4 à 6 centimètres ; les séances durèrent de quinze à vingt minutes, et produisirent des eschares suivies d'une diminution notable de la tumeur et de la cessation d'une dyspnée assez marquée. Mais cette amélioration fut de courte durée : la tumeur reprit sa marche; la dyspnée reparut et la mort s'ensuivit {Riv. clin, di Bologna, 1879, p. 276, observ. 4).

Tumeurs sébacées. Lipomes. Nous avons déjà vu qu'en 1825 Fabré-Palaprat avait obtenu la guérison d'un stéatome du cou et que plus tard Schûster

584 GALVANO-PUNCTCRE.

annonçait des guérisons dans des cas analogues. Scoutetlen a opéré trois loupes à la tête, de grosseur variable, deux sur des hommes, une sur une femme. Deux séances d'un quart d'heure pour chaque personne. Après l'opération la tameur a diminué, mais n'a pas disparu, ce qui s'explique par la présence de la matière ffrasse contenue dans le kyste, et indécomposable par l'électricité. Trois éléments de Bunsen valent mieux que deux ; il est désirable ici qu'il se produise autour des aiguilles une eschare de toute l'épaisseur du derme. Lorsque celte eschare, <jui n'a que 1 ou 2 millimètres de diamètre, tombe, on presse la tumeur, la matière grasse sort par les ouvertures, et cinq ou six jours plus tard des lambeaux du kyste se présentent à leur tour ; on les tire, ils se détachent sans douleur, la tumeur s'affaisse et disparaît pour toujours {Bull. Acad. de méd., 1864-5, t. XXX, p. 684).

Althaus pense également que, la graisse étant un corps mauvais conducteur de l'électricité, les lipomes offrent plus de résistance au traitement électrolytique <jue les autres tumeurs. Il cite néanmoins (p. 689) une tumeur sébacée du nez qui fut guérie par 4 séances pratiquées en 10 jours. En 1867, il avait déjà traité 14 cas de tumeurs sébacées du cuir chevelu et de la face, dont 13 avaient guéri. Le 14^ sujet avait été perdu de vue avant la fin du traitement, mais la marche favorable du cas donnait à penser qu'une ou deux séances auraient suffi pour amener la guérison {Brit. Med. Journ., 1867, t. Il, p. 521). Scoutetten a aussi opéré un kyste mélicérique situé à l'extrémité externe du sourcil gauche chez un enfant de six ans ; l'électrolyse a été impuissante et la tumeur a été enlevée plus tard au bistouri.

Clarke cite un cas de lipome de l'épaule gauche guéri. On mit 5 aiguilles dans la tumeur, en rapport avec le pôle négatif d'une pile; le pôle positif commu- «iqiiait avec une éponge appliquée au voisinage. On fit 15 séances de vingt à quarante minutes, le traitement dura un an ; du lipome, qui mesurait 21 pouces sur 14, il ne restait plus qu'une petite tumeur du volume d'une noix [Brit. Med. Joum., 1875, t. 1, p. 275, obs. 2).

Tumeurs diverses. Ciniselli a tenté la cure d'une tumeur cutanée très-dure, arrondie, du diamètre de 5 millimètres, siégeant à la jambe droite cliez une femme de vingt-cinq ans. Cette tumeur (névrome?) paraissait être la cause de douleurs névralgiques que réveillait la compression. On a employé une pile à colonne de 40 couples d'un décimètre carré, chargée avec de l'eau acidulée par un trentième d'acide sulfurique; aiguille de platine positive enfoncée dans la tumeur; rhéophore négatif aboutissant à une compresse imbibée d'eau salée et appliquée sur la jambe , l'opération dure dix minutes. Douleur vive. Chute de l'eschare au bout de 8 jours. Plaie profonde en entonnoir, du diamètre de l'eschare primitive (6 millimètres), cicatrisation au bout de 20 jours (BmW. Soc. chir., septembre 1860, p. 470, et Tripier, Arch. de méd., 1866, t. I, p. 21).

Sédillot essaya l'électro-puncture sur plusieurs tumeurs fibreuses siégeant aux avant-bras et datant de dix ans. Il fit deux séances à l'aide de deux aiguilles •de platine en rapport avec les pôles d'une pile de Bunsen, mais sans résultat [Contributions à la chirurgie, t. I", p. 600). Scoutetten, dans un cas de tumeur fibreuse siégeant sous la mâchoire inférieure, fit 5 séances d'électro-puncture, mais sans succès [Bull. Acad. de méd., 1864-65, t. XXX, p. 985).

Parmi ses nombreuses observations, Allhaus cite encore (p. 688j une tumeur papillo-vasculaire de l'aisselle guérie par l'électro-puncture.

Végétations. Dans deux cas de végétations occupant les trois quarts anté-

GALVANO-PUNCTURE. 585

rieurs de l'urèthre chez une femme, et saignant facilement, Omhoni employa le traitement suivant : il introduisit dans l'épaisseur de la paroi uréthrale, jusqu'à 3 ou 4 millimètres du col de la vessie, en se guidant sur le doigt porté dans le vagin, deux aiguilles de platine; une sonde métallique, recouverte d'une sonde en gomme élastique fenêtrée au niveau de la partie malade, fut enfoncée dans l'urèthre et on la mit en communication avec le pôle positif d'une pile de Ciniselli de 2i couples, dont le liquide était une solution d'acide sulfuriqueù 4 pour 100 d'eau. Deux séances suffirent pour amener la guérison.

Dans un autre cas il traita de la même manière deux corps fibreux du parenchyme du col utérin, du volume d'une noisette, et causant des métrorrliagies. Deux séances déterminèrent la guérison par atrophie des tumeurs {Annali iiniv. di med., 1878, t. CGXLIV, p. 548).

Tumeurs ganglionnaires. On avait déjà publié des faits de guérison ou d'amélioration d'affections de ce genre par la galvanisation lorsque Jules Massé fit paraître en 1850 son mémoire sur l'électricité en thérapeutique {Journ. des conn. méd.-chir., t. XXXV). Il y rapporte que Récamier fit traiter avec un succès complet par l'électro-puncture une tumeur ganglionnaire abdominale assez volumineuse pour comprimer l'intestin et pour arrêter le passage des matières fécales. Au bout de huit jours le cours des matières était rétabli ; au bout d'un mois la tumeur avait entièrement disparu (p. 97,obs. 19).

Dans un autre cas, Massé employa d'abord l'électrisation simple, puis l'électropuncture contre des tumeurs cervicales multiples et bosselées de nature scrofu leuse. 11 y eut plusieurs points de suppuration et les tumeurs diminuèrent sensiblement iyib., obs. 20). Broca, qui rapporte ces faits, considère l'électro-puncture comme un procédé peu efficace lorsque la dose d'électricité employée est légère, et défectueuse lorsqu'elle est plus forte, car alors l'électricité, exerçant une action très-considérable sur le trajet des aiguilles et infiniment moins intense sur le reste de la tumeur, produit dans celle-ci des loyers d'irritation qui augmentent beaucoup les chances de la suppuration ( TraiVe rfes tumeurs,i. I, p. 469).

Boulu essaya à son tour, dès 1853, de faire pénétrer l'excitation électrique dans l'épaisseur de la tumeur ganglionnaire. 11 employa pour cela de petites aiguilles courbes à pinces, qu'il mettait en rapport avec les pôles d'une pile de Breton. Il obtint par ce moyen, le même que celui de Massé, un certain nombre de guérisons.

Bouvier fit un rapport à ce sujet à l'Académie et dit que ces essais sont de nature à encourager les médecins à entrer dans cette voie. 11 avait lui-même adressé à Boulu deux malades dont l'affection datait de dix ans, et qui avaient éprouvé une amélioration notable {Bull. Acad. deméd., 1855-56, t. XXI, p. 678). Alf. Becquerel, qui reprit la question dans son Traité d'électricité, n'est pas aussi favorable que les médecins précédents à l'emploi de la galvano-puncture dans tous les cas d'hypertrophie ganglionnaire. 11 rappelle que son père et Breschet firent des essais de ce genre eu 1858, et que dans deux cas de tumeurs scrofuleuses du cou, en chapelet, ayant pour siège les ganglions, le résultat fut complètement nul (p. 310); il pense que l'adénite chronique des sujets lymphatiques est seule capable d'être améliorée par ce mode de traitement,

Scoutetten {loc. cit.) a également traité par ce moyen des ganglions lymphatiques très-mous au cou, et les a guéris; mais il a échoué centre un gant^lion induré situé au devant du conduit auditif externe.

Tumeurs malignes, cancéredses. Plusieurs auteurs ont cité des cas de a '

DICT. ENC. 4° s. VI. 70

586 GALVANO-PUNGTURE.

rison de tumeurs cancéreuses par l'emploi de la galvano-puncture. Dès 1867, Althaus signalait les bons effets de cette méthode dans des cas graves, et depuis 'il a recueilli d'autres cas analogues {voy. Althaus, A Treatise on médical Eleciricity, 4875, p. 696).

Neftel, partant de ce point que le cancer est primitivement une affection locale, mais se propage rapidement aux tissus voisins, pense que l'électrolyse est le seul moyeu qui convienne au traitement de cette affection. En effet, cette méthode aurait sur les autres l'avantage de détruire, outre la manifestation primitive du cancer, les germes de la maladie répandue dans le tissu environnant. Cette théorie serait confirmée par les recherches de Kiihne, Engelmann, Golubew, qui ont démontré que l'électricité avait une influence puissante sur le protoplasma, dont elle peut détruire les propriétés vitales. Neftel en a conclu que le prolophisma des cellules cancéreuses est tellement altéré par l'électrolyse qu'il en perd sa vitalité. Mais malheureusement ce protoplasma cancéreux a une immense puissance de prolifération, qui l'emporte jusqu'à un certain point sur la puissance destructive de l'électrolyse, ce qui expliquerait les succès et les insuccès delà méthode. De là l'indication donnée par Neftel de ne pas borner le traitement à l'électro-puncture, mais, dans l'intervalle des séances, de continuer la faradisation externe à l'aide d'uncournnt faible. Si l'on omet cette précaution, la marche rétrograde de la tumeur cesse, et la progression devient même plus rapide qu'auparavant [Virchoivs irc/î»), 1873, t. LVII, p. 249). L'auteur est arrivé à ce résultat général que le cancer est curable par l'électrolyse. Sans doute quelques-uns des cas cités par lui étaient de nature bénigne ; mais d'autres, dont la nature maligne avait été affirmée par le microscope, ont été très-améliorés par le traitement.

L'électro-puncture agit favorablement contre l'élément douleur, aussi bien dans le cancer que dans les anévrysmes; Schwanda et Lawson Tait l'ont constaté de la manière la plus manifeste, l'un dans un cas de cancer du sein, l'autre dans lun cas d'encéphaloïde du fémur {voy. Althaus, p. 696). Cet auteur l'avait indiqué aussi dès 1867. C'est à ce point de vue que Neftel a recommandé d'avoir recours à l'électrolyse même dans les cas incurables, parce qu'elle améliore l'état général du malade, et calme la douleur. Dans les cas où la cachexie existe, l'électrolyse est indiquée parce qu'elle soulage la douleur et rend l'appétit et le sommeil aux malades. Ce résultat serait dû à la destruction des parties mortifiées de la tumeur, qui par l'électrolyse sont décomposées en leurs constituants chimiques, l'hydrogène et les alcalis, lesquels sont dépourvus de propriétés nuisibles.

Neftel procède de la manière suivante : si la tumeur est de volume modéré et à -marche lente, on introduit 2 ou 4 aiguilles (cathodes) à égale distance l'une de l'autre, réunies avec le pôle négatif par le conducteur à serres-fmes, et on place à quelque distance de la tumeur une large plaque en communication avec le pôle positif (anode). Le circuit est alors fermé avec quelques éléments, que l'on porte rapidement à trente-cinq ou quarante. On change l'anode de place toutes les cinq minutes environ en lui faisant faire le tour de la tumeur, et au bout de trente ou trente-cinq minutes on diminue le nombre des éléments et on retire les aiguilles l'une après l'autre. Si l'on n'emploie pas le chloioforme, il faut diminuer le nombre des éléments lentement et graduellement. On répète la même cho^ au bout de 5 ou 4 jours, en changeant les aiguilles de place, et après 2 jQu 3 séances on commence les applications quotidiennes d'un courant continu

GALVANO-PUNCTURE. 587

faible. Le pôle négatif (cathode) est placé sur la tumeur, recouverte d'une compresse mouillée, et l'anode à une assez grande distance, puis on les change de place toutes les cinq minutes environ, en laissant toujours le petit cathode sur le trajet des aiguilles et le grand anode assez loin. Ceci peut être continué pendant des mois ; les eschares se détachent peu à peu et les ulcérations se cicatrisent. Lorsque la guérison est obtenue, on continue encore le traitement tous les jours d'abord, puis 2 ou 3 lois par semaine.

Si la tumeur est très-volumineuse, on n'emploie pas plus de quatre aiguilles à la fois, mais on les change de place l'une après l'autre au bout de dix minutes environ, jusqu'à ce que toute la tumeur ait été puncturée, aussi bien le centre que la périphérie. En général il n'y a pas d'bemorrhagie. S'il en survenait, on appliquerait l'anode sur le point saignant.

Si la tumeur est énorme, ulcérée, dure, et menace d'envahir des organes importants, la plaque anode est remplacée par une aiguille de platine que l'on enfonce perpendiculairement au centre de la tumeur, et on place à la périphérie A aiguilles cathodes parallèlement à la base et à une petite distance l'une de l'autre,' mais sans se toucher entre elles ni avec l'aiguille cenliale; puis on fait passer le courant. Au bout de vingt minutes on enlève les aiguilles l'une après l'autre, en les replaçant dans d'autres points jusqu'à ce que toute la tumeur ait été ainsi traitée. Enfm on enlève toutes les aiguilles; l'opération peut durer de trente à quatre-vingt-dix minutes. La tumeur prend une teinte d'abord bleuâtre, puis noire {Virchoiv's Archlv, Bd. LXX, p. 170).

Bruns pense que l'électrolyse n'agit que par cautérisation ; celle-ci provoque une inflammation suppurative, suivie de granulation, de cicatrisation, enfin de rétraction de h lumauv {Galvano-chirurgie, Tùhïngen, 1870). D'après Althaus, cela ne serait pas exact. « De petites tumeurs disparaissent sans ulcération ni suppuration; elles deviennent simplement plus petites et plus molles, et s'évanouissent. Dans ces cas il est nécessaire d'isoler les aiguilles, pour ne pas léser la peau ; si elles ne sont pas isolées, il faut les enlever rapidement et appliquer tous les jours la plaque cathode sur le trajet des aiguilles. On voit souvent un liquide clair, transparent, inodore, alcalin, sortir de ces trajets ; ce n'est ni du pus ni de la matière putride, mais simplement la tumeur décomposée et fluidifiée par l'électrolyse w (p. 702).

Le cas suivant peut être signalé comme exemple des heureux effets du traitement électrolytique du cancer par Neftel. Homme de cinquante-six ans, tumeur de la région mammaire gauche enlevée par Marion Sims, qui la déclara de nature cancéreuse. Récidive dans les ganglions de l'aisselle. Ablation. 3 tumeurs dans la région mammaire droite, grosses comme une orange. Électrolyse : 2, puis 3, puis 4 aiguilles dans la tumeur, en rapport avec le pôle négatif, pôle positif dans le voisinage. D'abord 10 éléments, puis 20, 30. 3 séances de deux, cinq et dix minutes, à sept et trois jours d'intervalle. La tumeur, augmentée, devint plus molle et plus élastique; pas de fièvre; le malade, cachectique auparavant, devint plus fort. Puis la tumeur diminua ; de sorte qu'au bout de deux mois il n'y avait plus qu'un petit reste, et plus de trace au bout de trois mois. Depuis, pas d'autre loyer développé (Neftel, Yirchoiu's Archiv, 1869,t. XLVllI, p. 521).

Voii- encore : Benedikt, Veher die eleklroJytische Behandlung der Geschwûlste, in Wiener med. Presse, 1871, col. 1349 (pour résumé de la question). Caldwell, Electrotherapeutics, in New-York Med. Rec, i" sept. 1871 (Tumeur du sein

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ulcérée, séances tous les dix jours, guérison en trois mois). — Crosby, ACase ofScirrhus ofthe Rectum irealed by Electrolysis {Arch. of. Electr. and NeuroL, t. I, p. 98). — Ehrensleiii, Elektrohjtische Ausrottung eines kindskopfqrossen Clavicula-osteoidenchondroms,'\n Wiener med. Woch., 1871, n°^ 36, 59 47, 48. — Fieber, Xortràge ûber Laryngoskopie {Tumeurs du larynx). In AUg. Wiener med. Zeitung, 187'2, n'^^ 55, 40. — Kùster, Ueber die Behandlung bôsartiger Geschiviilsle der Brustdruse, in Deutsche Zeitschrift flir prakt. Med., 1874, 55, 54. — Esmarcli, Amélioration d'un cystosarcome de la racine de la cuisse, in Arch. fur Min. Chir., 1878, t. 22, p. 452.

Cependant, il ne faudrait pas croire que ce mode de Irailcment n'a pas rencontré d'adversaires. Comegys {New-York Med. Rec, oct. {815,eiCansttat's Jahresb., 1875, t. 1, p. 555) rapporte un cas dans lequel un petit fibrome (?) récidivé du cou commença d'abord par augmenter sous l'influence de la galvanopuncture et prit tous les caractères d'une tumeur maligne. Le malade mourut après plusieurs opérations. L'auteur part de ce fait pour recbercher la valeur du traitement électrolytique dans les tumeurs, et arrive à ce résultat que ce traitement est applicable dans les cas oii on ne pouvait intervenir chirm'gicalement, mais qu'il est en tout cas incertain et dangereux : incertain, parce qu'il ne réussit que dans les tumeurs petites et de bonne nature; dangereux, parce qu'il produit souvent des ulcérations, dont les suites peuvent être funestes pour le malade. De plus, l'auteur se demande si l'irritation liée à l'électrolyse ne serait pas capable, même dans les tumeurs bénignes, de les changer en malignes, comme cela est bien connu pour d'autres irritations ; il arrive à la conclusion que c'est ce qui eut justement lieu dans ces cas et en outre que l'électro-puncture ne devrait être appliquée que comme traitement des tumeurs très-petites et inaccessibles à toutes les autres méthodes.

Scoutelten rapporte un fait analogue qui pourrait servir à confirmer l'opinion de Comegys. Un homme de soixante-six ans portait une tumeur fibreuse du pharynx qui a continué à se développer malgré 6 séances, et devint cancéreuse (Bull, de l'Acad. de med., 1864-1865, p. 905). Cependant, avant d'adopter cette manière de voir, il faudrait se demander s'il ne s'agissait pas de tumeurs cancéreuses auxquelles l'irritation causée par les séances d'électro-puncture a donné une sorte de coup de fouet, comme toutes les irritations, de quelque nature qu'elles soient.

Dans un cas de sarcome pulsatile du cou cité par Duncan, l'électrolyse soulao-ea la douleur, mais parut accélérer la marche du mal {Brit. Med. Journ., nov. 1875, p. 265).

D'ailleurs, Scoutetten et beaucoup de chirurgiens avec lui pensent que l'électrolyse ne peut rien contre le cancer. Callender et Holden n'ont rien obtenu, l'un dans un cas de cancer et dans un cas de fibrome récidivé, et l'autre dans un cas de tumeur fibreuse {Brit. Med. Journ., 1872, t. 1, p. 150 et 287).

Chez un autre malade, Callender a mis en pratique un procédé qui paraît lui avoir réussi. Après avoir enlevé au bistouri une tumeur fibreuse qui en était à sa seconde récidive, il mit en œuvre l'électrolyse à la base de la tumeur, qui se cicatrisa comme une plaie simple. Hutchinson a fait la même chose dans un cas de tumeur du sein, enlevée au galvano-cautère. L'opération fut terminée par une application d'électrolyse à la base de la tumeur; plusieurs aiguilles y furent enfoncées et mises en communication avec une pile de 32 éléments. Néanmoins, il y eut récidive {Boston Med. and Surg. Journ., 1874, t. XCI, p. 106). Beard a

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préconisé également ce procédé {AlSew Method of Ireating Malignant Tumours by Electrolysing the Base, in Arch. of Elect. and NeuroL, t. I, p. 74).

L'épithélioma a été traité avec succès par Groli {Die Electrolyse in der Chirurgie, Wien, 1871] et Bcard et Rockwell {New-York Med. Record, 1872, p. 292). Groh dit avoir traité 18 cas, dont 15 furent guéris et 2 améliorés; dans

2 il n'y eut pas de résultat, et 1 cas se termina par la mort. Dans ces cas il pense qu'il est nécessaire de détruire non-seulement la tumeur elle-même, mais encore les tissus de voisinage, afin d'éviter l'infection consécutive. Dans certains cas une seule application, dans d'autres deux ou plusieurs, furent nécessaires. Dans un cas d'épithélioma de la lèvre inférieure, l'ulcération s'étendait jusqu'au menton, et l'os était envahi, ainsi que les ganglions sous-maxillaires; 4 applications suffirent pour détruire la tumeur; la cicatrisation se fit bien.

Enchondrome. Omboni a guéri par l'électro-puncture un enchondrome partant du quatrième cartilage costal, arrondi, à base de 4 centimètres 1/2, après

3 séances, la première avec la pile de Grenet, de petit modèle, à 6 éléments, la deuxième avec la pile de Ciniselli, à 24 éléments, et la troisième comme la première.

Un mois après la première, on nota une augmentation de la tumeur, mais une dureté moindre; un mois et demi après la seconde, survint une fièvre qui dura cinq ou six jours, pendant laquelle la tumeur diminua et reprit son volume primitif, livra passage à un peu de pus et se ferma spontanément. Treize mois après la deuxième séance, on fit la troisième qui amena la guérison définitive {Ann. univ. di med., 1878, t. CCXLIV, p. 547).

Collections liquides et tumeurs solides nous paraissent relever des mêmes principes dans leur traitement par la galvano-puncture. Deux opinions se trouvent en présence, les uns pensant que la galvano-puncture agit en déterminant des modifications dans la composition de la tumeur, les autres qu'elle se borne à remplir le rôle d'un caustique. Dans les deux cas, si l'on veut éviter de faire communiquer la cavité de la poche avec l'extérieur, ou, pour les tumeurs solides, si on veut éviter de détruire la peau, il faut se servir d'aiguilles enduites de vernis jusqu'à 1 centimètre environ de leur pointe. Cette indication nous paraît indispensable pour les kystes de l'abdomen, du poignet, pour les hydrocèles, parce que la pénétration de l'air dans leur cavité peut provoquer des accidents inflammatoires graves. On peut, quelle que soit l'opinion théorique qui sert de ^uide, mettre les deux pôles de la pile en communication avec les aiguilles électrodes ; mais, si l'on veut obtenir des elïets chimiques, on emploiera une pile à éléments nombreux, et de petite surlace (Ciniselli) ; les effets caustiques s'obtiendront au contraire avec des piles à éléments peu nombreux, mais à large surface (Cutter). Les acides et alcalis provenant de la décomposition des liquides de la pile, devant servir en entier à agir sur les tissus, il faut alors se servir d'aiguilles faites d'un métal inattaquable par ce liquide, or ou platine.

Tumeurs sanguines. Anévrysme cirsoide. M. Le Fort, dans son article CirsoÏDE, p. 560, cite les cas de Nélaton et de Chelius comme étant les seuls xju'il conniit. Cependant il en avait signalé trois dans l'article Anévrysme, p. 577, d'après le mémoire de Ciniselli. D'autres ont encore été mentionnés par les auteurs.

Miller a rapporté un cas d'insuccès dans un cas de varice artérielle de la paume de la main {Principles of Surgery,2'^ éàit., p. 602). Meyer, dans un cas d'aneurysma racemosum du genou gauche consécutif à un accident, implanta

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dans la tumeur trois aiguilles qu'il mit en rapport avec le pôle positif d'une pile de vingt éléments. Au bout de quinze minutes on leva la séance, puis on fit la compression de la fémorale pendant vingt-quatre heures. Dans la suite il y eut encore quatre autres séances analogues, à six ou huit jours d'intervalle, et suivies de la compression de l'artère. La tumeur durcit, puis diminua considérablement au point de ne plus laisser qii'une petite dureté [Die Electricitàtin ihrer Anwendung anf prak. MecL, o" édit., 1868, p. 45).

Hutchinson a traité également avec succès une varice anévrysmale congénitale de la joue d'un volume d'une grosse orange, et qui avait pris une marche rapide depuis quelques mois. Toutes les artères de la face communiquaient avec la tumeur. On enfonça dans celle-ci six aiguilles en cercle, à un pouce du centre, et on les mit en communication avec le pôle positif d'une pile de trente-deux éléments ; au centre de la tumeur, grosse aiguille reliée au pôle négatif. Au bout de douze minutes, la tumeur était entièrement solidifiée. Elle diminua progressivement, sans accident, et avait disparu en quatre semaines [Boston Med. Journ., t. XCl, p. 101, obs. 2).

Denonvilliers a traité et guéri une tumeur érectile artérielle de la région frontale de la manière suivante : après vingt-cinq ou trente applications de galvanopuncture, il y eut une amélioration très-marquée, c'est-à-dire que la tumeur, grosse comme un œuf, était réduite de volume, et n'était presque plus pulsatile.Mais deux gros vaisseaux afférents n'ayant pu être oblitérés et continuant à charrier du sang dans la tumeur, Denonvilliers la disséqua pour achever la guérison. Il n'en resta plus de traces {Bull, de la Soc. de chir., 1853-1854, t. IV, p. 353).

M. Terrier cite ce fait comme un cas d'insuccès de la méthode [Des anévrysmes cirsoïdes, thèse d'agrégation, 1872, p. 137). Cependant il nous semble qu'ici la galvano-puncture a donné tout ce qu'on pouvait exiger d'elle, puisqu'elle avait amené la coagulation du sang dans la tumeur et une diminution de son volume. Denonvilliers aurait pu se borner dans ce cas à lier ou comprimer les deux artères afférentes à quelque distance de la tumeur, ou encore à attendre, comme l'a fait Duncan dans un cas analogue, la diminution de volume de ces artères.

Dans un cas du même genre, llulke, après avoir obtenu la coagulation du sang dans la tumeur, fit la compression des vaisseaux afférents et obtint une guérison parfaite. Il s'agissait d'une tumeur pulsatile de la région sourcilière, grosse comme la moitié d'une noix, avec dilatation considérable de l'artère temporale superficielle et du rameau susorbitaire de l'ophthalmique, qui s'y rendaient. Insuccès de la compression. Guérison en deux mois, après deux séances de galvano-puncture, suivie chaque fois de la compression des artères afférentes.

Un second cas fut, sinon guéri, au moins très-aniélioré. Anévrysme cirsoïde des artères du cuir chevelu partant des deux oreilles, et se i^ejoignant en arrive sur la ligne médiane, avec participation des artères occipitales, de la branche postérieure des temporales superficielles et communications intra-cràniennes probables. On fit une séance de galvano-puncture, les deux pôles étant en communication avec les aiguilles; elle provoqua la coagulation du sang dans quelques artères et une légère inflammation autour des points d'application des aiguilles; le résultat définitif fut une amélioration marquée de la masse principale; malheureusement le malade voulut quitter l'hôpital et fut perdu de vue (Hulke, Two Cases of Cirsoid Aneurism treated by the Continuons Galvanic Current, in Med. Times et Gaz., 9 juin 1877, p. 612).

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Peut-être faut -il réunir à ces cas ceux de Spence (d'Edimbourg), où il s'agit de tumeurs érectiles où l'élément artériel était très-marqué. Spence cite plusieurs cas de guérison. Dans un cas la tumeur, animée de battements, siégeait à la paume de la main; la guérison eut lieu, bien que les séances n'eussent été faites qu'irrégulièrement et à longs intervalles, Ln autre cas concerne une tumeur érectile volumineuse de la face, également guérie [Med. Times a. Gaz.^ 21 août 1875, t. XCI, p. 209). D'après lui, ce mode de traitemeut convient surtout aux tumeurs profondément situées et recouvertes de téguments sains. C'est aussi l'opinion de Broca qui, bien que favorable à la méthode, pense qu'elle est en général inférieure à d'autres plus efficaces et d'une application plus spéciale. « Mais, dit-il, elle répond à quelques indications qui peuvent, dans quelques cas particuliers, décider en sa faveur le choix des chirurgiens. Convenablement appliquée, elle ne produit pas d'eschares et ne laisse pas de cicatrices ; elle peut en outre atteindre des tumeurs érectiles profondes, difficilement accessibles aux autres méthodes. Elle mérite donc d'être étudiée avec plus d'attention qu'on ne lui en a accordé jusqu'ici » {Traité des tumeurSr t. I", p. 487, 1866).

Dans un cas rapporté par Jùngken, un enfant de deux ans était affecté d'une tumeur télangiectasique de la moitié droite de la tête et du cou, en grande partie de nature artérielle. On opéra l'enfant pendant l'anesthésie chloroformique. Six aiguilles furent enfoncées dans la tumeur et mises en communication deux par deux, et au bout de cinq minutes chaque paire, avec une forte pile de Siemens. On fit trois séances à quatorze jours d'intervalle. Après la troisième la tumeur était diminuée d'un tiers, de la moitié au bout de trois mois, et guérie entièrement au bout de six mois {Berl. Min. Wochens., 1869, p. 74, col. 2).

Comme on le voit, les succès obtenus par la galvano-puncture dans le traitement des anévrysmes cirsoïdes ne sont pas aussi rares qu'on le croit généralement. M. Le Fort pense qu'ils seraient plus fréquents, si la méthode était mieux employée. Nous pensons que la meilleure manière de faire serait d'avoir recours à la galvano-puncture positive, avec une ou plusieurs aiguilles, suivant l'étendue du mal, d'employer des aiguilles fines et revêtues d'un vernis isolant jusqu'à peu de distance de la pointe, de ne faire durer les séances que dix minutes environ et de les espacer suffisamment. De cette manière on éviterait les hémorrhagies, les eschares, l'inflammation trop considérable de la peau ou de la tumeur, et on obtiendrait des foyers de coagulation autour desquels de nouveaux caillots amèneraient l'oblitération des dilatations vasculaires restantes. Quant à la source d'électricité, elle serait la même que pour les autres anévrysmes.

Duncan dit que l'électrolyse doit être considérée comme un des meilleurs modes de traitement de l'anévrysme cirsoïde. L'action de l'aiguille sur les vaisseaux est non-seulement de coaguler leur contenu, mais encore, en cautérisant et détruisant leurs parois, de donner plus de solidité et de fixité au caillot. Il ne lui paraît pas nécessaire de soumettre toutes les parties de la tumeur à l'action de l'aiguille ; dans un cas, l'oblitération des principaux affluents détermina la diminution des autres, et l'artère carotide qui conduisait à l'anévrysme et était Irès-dilatée reprit bientôt son volume normal après la guérison [Edinb. Med. Joum., 1867, l''" part., p. 105). Dans un autre cas, la guérison eut lieu au bout de six séances et fut constatée dix ans après.

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Dans deux cas d'anévrysme par anastomose, l'un de la région parotidienne, l'autre de la région scapulaire et très-volumineux, Duncan n'obtint que des améliorations passagères, surtout dans le second cas, où il y avait de larges communications artério-veiiieuses. Peut-être dans les cas de ce genre serait-il indiqué d'agir directement sur les artères afférentes, après avoir obtenu la coagulation du sang dans la tumeur {Brit. Med. Journ., 1876, t. I, p. 715).

Tumeurs érectiles. Nœvi. Angiomes. 11 règne une assez grande confusion dans la description des faits de ce genre, sur la nature exacte de l'affection qui a nécessité la galvano-puncture. Nous avons déjà rangé parmi les anévrysmes cirsoïdes certains cas dans lesquels la lésion était constituée par une tumeur érectile en rapport avec des vaisseaux artériels très-dé veloppés. Nous sommes obligé de reporter dans le chapitre actuel d'autres cas moins précis à cet égard, ou de nature veineuse bien marquée.

En 1862, Giniselli publia l'observation d'une tumeur érectile de l'aile du nez qui fut guérie après deux séances, l'une avec une aiguille positive seule, et l'autre avec une aiguille positive et une aiguille négative.

En 1867, White Cooper, sur le conseil d'Althaus, qui avait déjà exécuté cette opération onze fois en pareil cas, pratiqua la galvano-puncture d'un petit naevus de la paupière. On fit deux séances, à l'aide d'une seule aiguille en rapport avec le pôle négatif d'une pile à courant continu et l'opéré guérit (Altliaus, A Treatiseon Med. Eledricity, 3* édit., 1873, p. 685). Dans le même ouvrage, Altliaus (p. 686) rapporte un cas de naevus congénital de l'orbite pour lequel on fit plusieurs séances (plus de cinq) d'électro-puncture,; le traitement dura environ deux ans, et l'enfant guérit très-bien.

M. Monoyer, en 1871, fit à la Société de médecine de Strasbourg une communication sur deux cas de tumeurs érectiles des paupières, traitées et o^uériespar la galvano-caustique chimique. La cautérisation électro-chimique fut répartie en cinq séances et pratiquée à l'aide de huit à douze éléments de la pile Stœhrer : l'électrode positive, terminée par des aiguilles de platine, fut seule introduite dans la tumeur ; l'électrode négative, terminée par un bouton de charbon, fut appliquée sur la région voisine {Gaz. med. de Strasbourg, 1871, p. 123).

Gioh a traité dix cas de naevus en mettant les deux pôles en communication avec les aiguilles. Tous furent guéris, et l'auteur pense que l'électrolyse est préférable à tout autre mode de traitement par l'absence de dano^er, d'hémorrhagie et de cicatrice visible {Die Elektrolyse in der Chirurgie, Wien, 1871).

Bœckel (de Strasbourg) opéra en 1871 une tumeur érectile de la joue du volume d'un petit œuf. U fit passer un courant très-intense, produit par douze à seize couples de la pile de Stœhrer, par des aiguilles très-longues, enfoncées dans la tumeur en sens différents. Sous cette influence, des eschares nombreuses, donnant heu à des nodosités (tissu cicatriciel), se produisirent dans la tumeur. Celle-ci devint plus dure et diminua beaucoup de volume, mais la guérison ne fut jamais atteinte {Gaz. med. de Strasbourg, 1871, p. 124).

En 1872, Lincoln cite le cas d'une tumeur érectile veineuse du cou grosse comme un œuf. Quatre aiguilles furent introduites et mises en rapport avec les deux pôles d'une pile dont les éléments actifs furent portés jusqu'à quinze. Au bout d'un quart d'heure on retira deux aiguilles, et on laissa les deux autres, une négative et une positive, un quart d'heure encore. La tumeur était alors dure; pas d'hémorrhagie ; guérison {New-York Med. Record, 1872, p. 465). Dans un travail publié en 1874, Beard pense qu'il faut employer le pôle positif

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seulement quand on a affaire à un naevus ou à une tumeur érectile ; mais il est d'avis, dans ce cas, de changer fréquemment les aiguilles de place {Philadelphia med. Times, 5 sept. 1874).

Knott [Furty Cases of Nœvi successfuUy treated ivith Electrolijsis. In Lancet, 20 mars 1875, p. 401) emploie de six à huit éléments Stôhrer, ou Meyer et Meltzer, eu enfonçant dans les petits naevus une ou deux aiguilles en rapport avec le pôle négatif, et une avec le pôle positif ; dans les tumeurs plus grosses il met un nomhre proportionné d'aiguilles négatives, et l'électrode positive avec une pointe en charbon ; il fait alors passer le courant. Au bout de peu de temps, la tumeur prend une couleur blanc bleuâtre, le sang se coagule, et plus tard elle subit une dégénéralion fibreuse et finalement laisse une cicatrice. La douleur cesse immédiatement après l'opération {voij. également Mosengeil, Galvanische Zerstôncng eines grossen Cavernoms, in Arch. fur klin. Chir., 1874, t. XVI, p. 692).

En 1867 Althaus avait, comme nous l'avons dit, traité déjà onze cas de naevus ; sept avaient été guéris ; un malade n'avait été vu qu'une fois, et n'était pas revenu ; un avait cessé le traitement avant qu'on eût obtenu un résultat appréciable ; deux étaient encore en traitement, et ou en espérait le meilleur résultat. Dans aucun de ces onze cas on n'avait constaté aucun symptôme fâcheux, et dans la plupart ou n'avait pas perdu une goutte de sang. Dans un cas, la tumeur était si étendue que Paget et Fergusson, qui avaient été consultés, avaient refusé de pratiquer une opération. Dans un autre cas, où le naevus était situé à la paupière inférieure, Dixon avait conseillé de l'abandonner à lui-même, à cause de son siège. Althaus pense que ni le siège défavorable, ni la grande étendue du naevus, ne sont des contre-indications au traitement électrolytique, qu'il croit convenir à tous les cas, sans exception {Brit. Med. Journ., 1867, t. II, p. 521, et 1875, t. II, p. 606).

D'après Althaus, les complications ordinaires des plaies, indammations diffuses, pyohémie, etc., ne s'observeraient pas après la galvano-puncture. Ciniselli a néanmoins cité un fait où la mort survint à la suite d'un érysipèle : il s'agissait d'une tumeur érectile du volume d'une grosse noix, occupant presque toute l'étendue du nez chez un enfant de huit mois. Ciniselli emploie 50 couples d'une pile à colonne horizontale rendue constante par le renouvellement du liquide acidulé. La tumeur est traversée par quatre aiguilles, deux de platine, positives, deux d'acier, négatives. L'opération dure dix minutes. Fièvre et réaction locale cessant le sixième jour. Chute des eschares du neuvième au douzième jour. Accidents généraux, érysipèle. Moit le dix-neuvième jour (Tripier, Arch. de med., janvier 1866, t. 1, p. 22).

Althaus {Further Observations ofthe Electrolytic Dispersion of T amours, in Brii. Med. Journ., nov. 1875, t. II, p. 606) revint plus tard sur ce sujet. 11 vante l'électrolyse comme le moyen le plus précieux pour la destruction des naevi ; elle est surtout rapide dans les formes aplaties, rondes, de la grandeur d'une pièce de deux francs, mais moins pour les taches de vin ; on introduit des aiguilles dans le néoplasme ; la destruction est plus marquée du côté de l'anode que du cathode. Généralement on ne perd pas une goutte de sang. Après l'opération, les douleurs sont insignifiantes ; pansement inutile ; au bout de dix à quatorze jours, il tombe une croûte qui laisse une cicatrice parfaite.

Hume a opéré avec succès deux cas de naevus, l'un du nez, l'autre de la joue [Brit. Med. Jour., 1875, t. II, p. 265). Frank Buller cite aussi un cas de tumeur veineuse de l'orbite dans laquelle il n'enfonça qu'une aiguille à chaque

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séance; au bout de 4 ou 5 séances, la tumeur avait beaucoup diminué [Trans. of the Canada MeiL Assoc, 1877, t. I, p. 176).

Duncan, qui avait publié un premier mémoire sur la question, en 1870 {On Galvano-puncture of Nœvus, in Edinb. Med. Journ., mars 1870), en écrivit un second en 1876. D'après lui, l'électrolyse peut être pratiquée de deux manières : avec des aiguilles isolées ou non. Lorsqu'elles ne sont pas isolées, l'opération a simplement pour effet de causer un spliacèle plus ou moins étendu du naevus ; les eschares sont semblables à celles des acides au pôle positif, et des alcalis au pôle négatif. Ce procédé n'a qu'un avantage sur la destruction de la tumeur par un caustique, c'est d'être moins douloureux; il a, sur l'ablation, celui de laisser une cicatrice moins grande. Lorsque la peau est largement envahi î, Duncan procède au moyen d'aiguilles enfoncées parallèlement à sa surface, mais il ne paraît pas être satisfait des résultats obtenus. Les aiguilles isolées n'ont qu'une application très-limitée dans le traitement des naevi ; elles causent plus d'inconvénients que les injections, et sont moins certaines que la ligature.

La force du courant peut varier de 3 à 12 éléments d'une pile de Smee Weiss, suivant la distance entre les pôles, et l'emploi ou non d'un anesthésique ; la durée de l'action est déterminée par la sensation de dureté produite. 11 faut employer les deux pôles parce que le courant est alors plus efficace, c'est-à-dire que la résistance est diminuée, et qu'il y a deux points d'action. Le nombre des aiguilles variera avec les dimensions de la tumeur. Voici les résultats annoncés par Duncan : « Dans un grand nombre de cas je n'ai jamais eu de résultats fâcheux. Dans deux cas de nsevi situés à la tète, j'ai constaté une pâleur subite et alarmante pendant l'opération, mais je suis porté à l'attribuer à l'aneslbésique donné à trop forte dose, car chez les mêmes patients les séances suivantes furent pratiquées sans incident analogue. On est porté à donner trop de chloroforme parce que le patient, quoique complètement anesthésié en apparence, est souvent réveillé lorsqu'on ferme le courant, et alors il faut donner plus d'anesthésique pour le calmer. 11 est généralement nécessaire de chloroformer le patient, parce que les séances sont prolongées et douloureuses ».

Avec des précautions on peut éviter la gangrène et on ne doit jamais avoir de suppuration. On peut toujours avec de la persévérance obtenir la guérison. D'autre part ce procédé est extrêmement incommode à cause du temps qu'il nécessite. Il n'y a pas grand avantage à opérer plus souvent que (ouïes les trois ou quatre semaines, et pour un naevus de dimensions modérées il faut 5 ou 6 opérations [Edinburc/h Med. Journ., février 1876, p. 705).

Ce court exposé de la question nous montre la plus grande divergence dans la manière d'appliquer la galvano-puncture, et néanmoins tous les opérateurs n'annoncent que des succès ou à peu près. Althaus et ses imitateurs n'emploient que le pôle négatif ou les deux pôles dans certains cas; Groh, Lincoln, Knott, Duncan, emploient les deux pôles ; Monoyer n'emploie que le pôle positit\ De quel côté est la meilleure pratique ? Puisqu'on se propose surtout d'obtenir par l'électrolyse la coagulation du sang dans le naevus, il nous semble qu'on devrait se borner à mettre le pôle positif en rapport avec les aiguilles, puisque c'est ainsi que l'on obtient les plus petites eschares.

Broca a d'ailleurs cité un fait qui vient à l'appui de cette manière de voir. II est assez instructif pour que nous le rapportions en entier : « J'ai guéri par ce moyen (la galvano-puncture), sans le vouloir, une tumeur érectile grosse comme une petite amande, qui occupait presque toute l'étendue de la lèvre d'un enfant

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encore à la mamelle. — La tumeur faisait des progrès rapides. — Je me décidai à la traiter par la galvano-puncture, espérant obtenir seulement la coagulation du sang. J'enfonçai dans la tumeur les aiguilles, dont trois furent mises en communication avec le pôle positif d'une pile de Yolta ; la quatrième aiguille communiquait seule avec le pôle négatif. Les disques n'avaient que 43 millimètres de diamètre, et, avec une aussi faible intensité, j'avais cru pouvoir porter la tension jusqu'à .^0 couples. C'était beaucoup trop. Avant que la coagulation du sang fût complète, je m'aperçus qu'une eschare s'était produite autour de la pointe de l'aiguille négative, qui arrivait jusqu'à une très-petite distance de la peau. Je m'arrêtai aussitôt. L'eschare paraissait d'abord assez mince, mais dès le lendemain je pus m'assurer qu'elle avait 4 millimètres de diamètre. Lorsqu'elle se détacha, elle laissa une cavité large et profonde, et le reste de la tumeur se modifia si bien pendant la cicatrisation, que la lèvre de l'enfant revint peu à peu à son volume normal. Cette tumeur avait guéri comme elle aurait pu le faire, si je l'avais lardée avec une llèche de chlorurede zinc » ( Traité des fMmewrs, t. I, p. 479, 1866). Je remarque que l'eschare s'est produite autour de l'aiguille négative et que la tension de la pile avait été portée trop loin, deux conditions qui nous semblent contraires au succès.

Le professeur Monoyer emploie de préférence à tout autre mode de traitement la galvano-puncture positive dans la cure des tumeurs érectiles. Stœber a rapporté trois observations recueillies dans son service et en conclut que ce moyen est supérieur aux autres systèmes curatifs, surtout dans les tumeurs qui touchent de près à l'organe de la vue. Employée comme dans le traitement des anévrysmes, la galvano-puncture positive met sûrement à l'abri des hémorrhagies ; toutefois elle nécessite des séances répétées et suffisamment espacées, ce que l'auteur considère comme un léger reproche que l'on peut adresser à la méthode {Revue méd, de l'Est, janvier et février 1878 et mars 1879).

Nous pensons qu'on pourrait éviter ce reproche en employant pour l'opération les électrodes ramifiés d'Althaus. De cette manière on enfoncerait plusieurs aiguilles dans la tumeur, et on pourrait les mettre toutes en même temps en communication avec les ramifications du conducteur positif. On aurait ainsi,, dans une séance de courte durée, plusieurs caillots, ce qui activerait beaucoup la cure de l'affection.

Monoyer et Stœber pensent que la galvano-caustique chimique positive ne produit que les effets suivants : ou bien une simple coagulation du sang ou des liquides albumineux avec astiiction des tissus ; ou bien, si la proportion des acides augmente, une irritation suivie de réaction inflammatoire et de suppuration; ou bien encore, si leur action est insulfisammenl prolongée, une véritable cautérisation avec mortification d'emblée des tissus. D'après les auteurs le rôle de cette méthode dans le cas d'angiome n'est pas seulement de coaguler le sang, mais en outre d'accélérer l'oblitération de la lumière des vaisseaux en provoquant une constriction des enveloppes vasculaires au moyen des acides dégagés. Cette manière d'agir du courant électrique devient très-visible lorsqu'on l'applique sur des vaisseaux tout à fait sous-cutanés ; au moment où l'on fait passer le courant par les aiguilles, on voit aussitôt pâlir la peau qui les environne, puis les petits vaisseaux devenir invisibles sur une étendue plus ou moins grande {Revue méd. de lEst, d879, p. 145).

Des trois observations de tumeurs érectiles veineuses traitées avec succès par la galvano-puncture positive, l'une est relative à une tumeur de la paupièie

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supérieure guérie après 3 séances (obs. \ , 1878, t. IX, p. 79) ; la seconde à un nœvus de la main et guéri ; la troisième à un groupe de tunaeurs érectiles occupant les régions temporale et auriculaire ; ici il n'y eut qu'une amélioration parce que le traitement fut cessé trop tôt (obs. 2 et 3, 1879, p. 137 et 140).

Tout récemment, le docteur Albert René a rapporté l'histoire d'une tumeur érectile volumineuse des paupières opérée par le procédé de Monoyer (sauf que la pile de Stôhrer a été remplacée par celle de Gaiffe) et guérie au bout de 10 séances [Gaz. des hop., 1880, p. 92).

Signalons encore un travail court, mais intéressant de Hardaway sur l'oblitération des vaisseaux vari |ueux dans Vacné rosacea par l'électrolyse [Arch. of dermatology , oct. 1879, p. 356).

Varices. Dès 1837, Glavel émettait l'idée que la galvano-puncture était le moyen le plus avantageux que l'on puisse employer pour Toblitération des veines dans les cas de varices : il pensait qu'il faudrait oblitérer la veine variqueuse à ses deux extrémités, et agir également sur les anastomoses volumineuses ou variqueuses qui viendraient se rendre dans la veine dilatée (Thèse citée, p. 46). Dans son important mémoire sur une nouvelle méthode pour guérir certains ancvrysmes, sans opération sanglante, à l'aide de la galvano-puncture, Pétrequin pensait également qu'on pouvait employer ce moyen au traitement des tumeurs variqueuses {Gaz. méd. de Paris, 18i0, p. 775, col. 1). Bertani et Milani {Gaz. med. de Milano et Gaz. méd. de Paris, avril 1847, p. 206) ont publié trois cas de succès dans le traitement des varices par la galvano-puncture : 1° (Bertani). Une seule séance de galvano-puncture, avec une pile de Volta, pendant dix minutes ; deux aiguilles dans les veines, avec les deux pôles; coagulation du sang dans les veines ; amélioration; 2» (Milani). Dix séances sur une seule jambe; en dix journées les varices avaient disparu; 3° (Milani). Une varice grosse comme un œuf d'oie s'est remplie de caillots sous l'inlluence de deux applications de galvano-puncture, et elle a diminué des deux tiers de son volume primitif. L'appareil employé était une pile de Volta à 20 disques. Gamberini a cité deux cas de ce genre, également guéris ; il nota de petites ulcérations au point où l'aiguille négative avait été appliquée (Ga3. méd. de Paris, 1847, p. 561).

Ferro (de Bologne) a publié aussi deux observations de guérison {Bull, de thér., J849, t. XXXVI, p. 253) : 1° Jeune homme de 15 ans. Ulcères variqueux des deux jamber, depuis plusieurs années et traités sans succès par divers moyens. Tilalations variqueuses des deux jambes et des deux cuisses. Séance de galvano-puncture de 40 minutes; 3 aiguilles enfoncées le long des veines variqueuses. Toute la veine saphène était convertie en un cordon tendu. Le membre fut ensuite enveloppe de compresses trempées dans l'eau de mer. Trois jours après, même opération sur l'autre membre, même succès. Vingt jours après les ulcères étaient cicatrisés et les varices n'existaient plus ; seulement le malade avait souvent les pieds gonflés quand il marchait trop longtemps; 2» Le second malade portait, à la partie interne de la jambe droite, une tumeur variqueuse, ovoïde, de quatre pouces de long, qui avait fourni une hémorrbagie très-abondante ; la veine saphène présentait, à la cuisse, une dilatation variqueuse très-notable. La galvano-pimcture entraîna l'oblitération de la veine dans toute son étendue, la tumeur variqueuse suppura, mais, deux mois après, la guérison des varices était complète : il ne restait qu'une petite plaie superficielle suppurante, au centre du point occupé par la tumeur variqueuse, qui ne tarda pas à guérir.

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Schuh {Galvanopiinctur ziir Heihiny von Krampfadern und Pulsader-Geschloulsten, in Wiener Zeitschrift, 1850, VI, 6); Sleiiilin [Veher Galvanopunktur bei Behandliing von Varices und Aneurysmen, \\\ Zeitschrift f. Gessels. der Aerzte z. Wien, 1855. t. I. p. ùl'2); Jasclie [Bcseitignng varicôser Venenausdehnung durcli die gahanokaiistischen Strome., in Petersb. med. Zeitschr., 1867, Bd. XII, p. 36), ont obtenu également de bons effets de ce mode de traitement.

Broca a observé un cas d'insuccès en d852. Il s'agissait de varices énormes et innombrables du membre supérieur, traitées par Wertheimber dans le service de Malgaigne, à l'hôpital Saint-Louis. Plusieurs séances eurent lieu à quelques jours d'intervalle. Cbaque fois, on introduisait une dizaine d'aiguilles d'acier extrêmement fines dans les veines variqueuses. Toutes ces aiguilles étaient mises simultanément en communication avec le pôle positif et on fermait le circuit en plaçant dans la main de la malade une boule métallique continue avec le fil négatif. Huit à dix minutes suffisaient pour faire oblitérer les veines au niveau des aiguilles. La malade obtint d'abord une véritable amélioration, mais les caillots galvaniques ne résistèrent pas ; ils furent peu à peu redissous et le traitement fut abandonné {Des Anévnjsmes, p. 357).

Malgré cet insuccès, qui peut tenir à bien des causes que nous ne pouvons examiner ici, nous pensons que la galvano-puncture positive employée comme nous le dirons à propos des anévrysmes, avec plusieurs aiguilles, est le procédé qui conviendrait le mieux dans le traitement des varices.

Varicocèle. Dans une thèse sur le traitement du varicocèle par l'électricité (Paris, 1877, n» o5i), M. Percepied rapporte trois observations dans lesquelles on obtint la coagulation des veines par l'éleclro-puncture. Dans le premier cas, ce résultat est certainement dû au hasard. Il s'agit d'un malade atteint d'bydrocèle et de varicocèle. Dans le but de traiter l'hydrocèle avec plus de succès, Onimus injecta dans la cavité de la tunique vaginale quelques gouttes d'une solution concentrée d'iodure de potassium mêlée d'un peu de teinture d'iode, alin d'avoir par l'électrolyse de l'iode à l'état naissant et d'obtenir ainsi de cet agent des effets caustiques sur la tunique vaginale. Le varicocèle fut guéri du même coup. 11 est assez difficile de rapporter à l'iode et à l'électricité la juste part qui leur revient dans la guérison, mais il est bon de rappeler qu'.Allbaus associe ces deux agents dans le traitement du goitre et qu'il obtient ainsi des succès qu'il a en vain demandés à l'électro-puncture seule ; il croit que la présence de l'iode favorise beaucoup l'action du courant voltaïque {Brit. Med. Joum., 1875, t. 11, p. 606).

Le second cas fut traité par l'électro-puncture positive et une seule aiguille ; une seule séance, en portant la force du courant ausai loin que le malade put la supporter, suffit pour coaguler le sang dans les veines variqueuses. Le troisième cas a été communiqué à Percepied par G. Clementi. Dans ce cas, on a employé la pile et le procédé de Ciniselli pour les anévrysmes (plusieurs aiguilles successivement en rapport avec les deux pôles). Le succès a été le même que dans le cas précédent.

Anévrysmes. L'histoire de l'application de la galvano-puncture au traitement des anévrysmes a été faite par M. Le Fort à l'article Anévrysme de ce Dictionnaire. Nous y ajouterons seulement quelques détails. On attribue généralement au chirurgien anonyme dont parle Clavel dans sa thèse la priorité dans l'emploi de ce mode de traitement. Alfred Becquerel rapporte qu'il fit la même année, en 1837, dans le service d'An g. Bérard, la tentative suivante : dans un cas d'anévrysme

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de la sous-clavière, une aiguille de platine très-mince fut introduire à chaque extrémité de la tumeur, de manière à pénétrer dans son intérieur, mais disposées de telle façon que l'une n'y put rencontrer l'autre. Les deux aiguilles furent mises en communication avec les deux pôles d'une pile à auge de 20 couples, peu chargée. Un emplâtre résineux fut placé entre les deux aiguilles sur la peau, afin d'empêcher le courant de suivre cette voie. On fit passer le courant pendant ■quarante-huit heures sans aucune interruption. Au bout de ce temps, Aug. Bérard examina la tumeur, qui était toujours aussi molle et aussi fluctuante. Il ■ne semblait y exister aucun caillot. De plus, la peau était rouge, douloureuse, légèrement érysipélateuse, et la piqûre des aiguilles paraissait un peu plus grande qu'à l'instant de leur applic;ition, ce qui semblait indiquer un commencement d'ulcération. A. Bérard, en présence de ces lésions, crut devoir renoncer immédiatement à cette méthode; il exerça pour l'instant une légère compression et quel'|ues jours après il opéra le malade (Becquerel, Traité des applications de l'électricité à la thérapeutique médicale et chirurgicale, Paris, J857, p. 515).

Benjamin Phillips ne vient donc qu'après le chirurgien anonyme de Glavel et après Becquerel ^

Les premiers résultats de l'application de la galvano-puncture au traitement ■des anévrysmes de l'aorte avaient été si peu favorables, que M. Le Fort avait pensé qu'il fallait réserver cette méthode pour les anévrysmes éloignés de l'artère principale. Mais depuis 1865, époque de la rédaction de l'article de M. Le Fort, la question a fait de grands progrès. En Italie, Ciniselli et ses disciples ou collègues, Yanzetti, de Cristoforis, Machiavelli, Omboni, Yerardini, Franzolini, Bidgheri, Burresi, etc. ; en Angleterre, Duncan (d'Edimbourg'), Dreschfeld, Browne, Mac Call Anderson *, Bastian, Althaus, Simpson, David Drummond, etc. ; ■en Amérique, Keyes, Bowditch ; en Allemagne, Fischer; en France, Dujardin- Beaumetz, puis Proust, Bncquoy, Teissier (de Lyon), ont employé l'électrolyse au traitement des anévrysmes, surtout de l'aorte thoracique. Mais les applications pratiques avaient été précédées de recherches théoriques et expérimentales <;onduites avec habileté et sagacité, et nous pouvons dire que les progrès les plus importants réalisés dans cette voie depuis Ciniselli, Duncan et Anderson, sont dus à l'initiative de M. Dujardin-Beaumetzet aux expériences récentes de Teissier et Franck, Bacchi et Bochefoataine, et enfin de L. Robin. L'usage d'appareils perfectionnés leur a permis d'étudier dans leurs moindres détails les phénomènes intimes de la coagulation du sang sous l'influence des courants continus, et de donner plus de précision au manuel opératoire et aux indications de la méthode.

* A propos d'une lettre de Phillips, M. Broca dit (Des anévrysmes, 1856, p. 304) : « Cette lettre n'est que mentionnée aux Comptes rendus de l'Académie des sciences, l. XVI, p. 1279. Paris, 1845, in-4''. Mais il parait qu'elle a été publiée en extiait dans le Médical Times, n° du 29 décembre 1845, p. '255. Je n'ai pu me procurer ce numéro du Médical Times. » Ayant eu ce journal à notre disposition, nous avons vériflé l'indication donnée sous réserves par M. Broca, et nous avons trouvé qu'elle était exacte.

* Depuis quelques années toutes les personnes qui ont écrit sur le traitement galvanopunclural des anévrysmes disent qu'Anderson a publié son premier cas en 1870, et renvoient à llie Laniet, 13 juin 1870. Or, non-seulement l'indication est fausse, car il n'y a pas de numéro de llie Lancet portant cette date, mais encore .anderson n'a publié s n premier cas, opéré en 1872, que le 22 février 1873, ainsi qu'il résulte du passage suivant de son travail : « Autant que je sache, la galvano-puncture n'a encore été ap|.liquée dans ce pays que deux fois dans des cas d'anévrysme de la crosse de l'aorte, et tons deux appariiennent à Duncan » (Lancet, 22 février 1873, t. I, p. 262, col. 1). Certainement, si Anderson avait pratiqué celte opération en 1870, il ne se serait pas exprimé ainsi.

GALVANO-PUNCTURE. 599

M. le professeur Le Fort a décrit, dans son article Anévrysme, le procédé suivi par Ciniselli et ses prédécesseurs. Nous rappellerons seulement que Ciniselli, voulant employer les deux pôles dans ses séances d'électrolyse, mettait d'abord les aig-iilles en contact avec le pôle positif, atlu de créer dans les tissus traversés une couche isolante contre l'action nuisible du pôle négatif sur ces mêmes tissus.

Cependant il y a déjà longtemps qu'on s'était élevé contre l'emploi du pôle négatif. Hamilton (1846), Strambio(1847), Baumgarten et Werlheimber (1852), Qiiitard(1854),Tripier(l861), en avaient signalé soit l'inutilité, soit les dangers. Anderson et Duncan, qui ont en Angleterre le plus d'expérience dans le traitement <les anévrysmes de l'aorte par l'électralyse, préfèrent également se servir du pôle positif. Dans un seul cas, c est-à-dire lorsqu'on s'efforce de prévenir une héniorrliagie externe, qu'on vent par conséquent remplir de caillots le sac aussi complètement que possible, Duncan recommande d'employer les deux pôles. Althaus pense qu'il vaut mieux employer les deux pôles dans tous les cas. En France, on s'est généralement rangé de l'avis d'Anderson.

En présence de ce désaccord entre Ciniselli et ses successeurs, M. Teissier crut devoir faire, en 1878, de nouvelles expériences sur la coagulation du sang ■an moyen des courants continus. 11 a constaté, comme Strambio, la fréquence des hémorrbagies parla piqûre de l'aiguille négative; il a vu en outre que l'électrolyse du eang déterminait un dégagement de gaz au niveau du pôle positif et il en a conclu qu'on pourrait craindre la production d'embolies gazeuses. Enfin, un autre inconvénient résulterait, d'après lui, de l'introduction des deux pôles dans l'anévrysme. Comme il faut toujours les placer à une laible distance l'un de l'autre, la résistance du conducteur animal interpolaire est beaucoup moin- <li'e, et les douleurs, violentes se font sentir au niveau du pôle négatif, lequel est d'autant plus pénible à supporter que son point d'application est plus circonscrit (Tlièse d'agrégation, 1878, p. 148).

Peu après, Bacclii répéta les expériences de Teissier, avec le concours de Bo- ■chefontaine. Il conclut que le gaz hydrogène développé au pôle négatif est trèssoluble dans le sang et qu'il ne donne pas lieu à des embolies, si, comme cela arrive dans le procédé opératoire de Ciniselli, on l'injecte dans les artères avec les précautions voulues. Il déclare, en outre, qu'en opérant dans les mêmes conditions que Ciniselli, il n'a pas eu d'eschares sur la paroi de l'artère, pas même de traces d'inflammation; que, par conséquent, l'affirmation de Teissier est contraire à la vérité.

Les résultats annoncés par Bacchi rejetaient donc la question dans l'incertitude et nécessitaient de nouvelles recherches. M. Laurent Bobin, interne distingué des hôpitaux, a entrepris à ce sujet plusieurs séries d'expériences d'où résultent les faits suivants : lorsqu'on introduit dans une artère les deux aiguilles à la fois, on obtient une coagulation plus rapide qu'avec une seule, mais imparfaite €t faible. Lorsqu'on introduit l'aiguille négative seule, en se contentant de mettre le pôle positif en rapport avec les téguments, on n'obtient pas de caillot et on évite difficilement une hémorrliagie. Lorsqu'on introduit l'aiguille positive seule, en mettant le pôle négatif en contact avec les téguments, on obtient un caillot, le plus souvent petit, mais solide, résistant, adhérent. L'alternance des pôles est très-dangereuse (Thèse de Paris, 1880, p. 25).

Ces expériences sont donc en faveur de l'opinion de Teissier et infirment complètement celles de Bacchi. En particulier, Robin a démontré à nouveau que

600 GALVANO-PUNCTURE.

l'emprisonnement des molécules d'hydrogène dans le coagulum formé pouvait déterminer consécutivement sa dissociation, et que ce même gaz pouvait aussi produire la distension parfois considérable de l'artère ou de la poche anévrjsmale. Teissier, de son côté, a l'ait de nouvelles recherches, moins hâtives que celles qu'il avait entreprises au moment de la confection de sa thèse d'agrégation, mais démontrant également l'activité du pôle positif, l'inutilité et la nocivité du pôle négatif, et la nécessité d'employer la monopnnclure positive dans le traitement des anévrysmes (mémoire inédit). Tel est l'état actuel de la question.

Nous allons donner maintenant quelques détails sur les piles, le courant, les aiguilles et le manuel opératoire de la galvano-puncture.

Indiquons cependant auparavant dans quelles circonstances on peut attendre de bons elfets du traitement des anévrysmes de l'aorte par la galvano-puncture. Bien qu'on ne connaisse pas encore toutes ces circonstances, on peut néanmoins dire que les chances favorables sont : le petit volume de l'anévrysme ; sa situation dans le thorax, sans tumeur secondaire à l'extérieur ; son siège latéralement au vaisseau (forme ampuUaire) ; sa date récente; sa situation en dehors des gros troncs de la crosse. Si la communication entre la poche et la cavité de l'aorte est très-large, ce qui annonce en général une altération athéromateuse de l'artère, et s'il existe des lésions concomitantes du muscle ou des oridces cardiaques, la galvano-puncture ne donnera que des résultats mauvais ou un bénéfice passager. Néanmoins, il ne faut pas hésiter à intervenir, même dans ces cas, parce qu'alors la galvano-puncture agit très-bien sur les deux phénomènes les plus gênants pour les malades : la douleur et la dyspnée. Ne serait-ce donc qu'à titre d'opération palliative, la galvano-puncture doit être employée à peu près dans tous les cas, de même qu'on a recommandé la trachéotomie dans tous les cas de croup, si désespérés qu'ils fussent.

Piles. Les piles dont on se sert en Italie sont celles qui ont été inventées par Giniselli, dont elles portent le nom; en France, on emploie une pile construite par Gaiffe ; en Angleterre, on se sert des piles de Stôhrer, Smee ; en Amérique, de Beard et Rockwell, etc. ; toutes sont des piles à courant continu.

Celle de Giniselli est composée de 24 éléments, placés sur deux rangs. Les éléments sont formés par deux lames, cuivre et zinc, séparés par une double feuille de papier destinée à s'imprégner du liquide excitateur, qui est une solution d'acide sulfurique au trentième. Un récipient placé au-dessus des éléments est destiné, par l'intermédiaire de plusieurs siphons de verre, à mouiller continuellement les éléments et à maintenir ainsi l'intensité constante du courant. Un autre récipient, placé au-dessous des éléments, reçoit le liquide qui s'écoule.

La batterie de Gaiffe se compose : 1° de couples d'un nombre variant de 24 à 60, au bioxyde de manganèse et chlorure de zinc, enfermés dans une boîte; 2' d'un collecteur double, qui ferme le dessus du compartiment réservé aux couples ; 5** d'un galvanomètre ; 4" d'un rhéostat ; 5° des conducteurs, excitateurs et accessoires.

Le collecteur est un appareil qui permet de mettre en action le nombre que l'on désire des éléments d'une batterie. Le collecteur double imaginé par Gaiffe permet de mettre dans le circuit tout ou partie des couples, de faire travailler tour à tour toutes les parties de la batterie et d'user ainsi les couples régulièrement, de renverser le courant sans choc voltaïqiie, c'est-à-dire graduellement,

GALVANO-PUNCTURE. 001

sans secousse électrique pour le malade ; il permet aussi de vérifier la batterie sans rien démonter et de reconnaître quels sont les couples en défaut, lorsqu'une cause accidentelle en a mis quelques-uns liors de service.

Le voltamètre de Gaiffe, à l'aide duquel on peut mesurer la force du courant, présente cet avantage que les cloches destinées à évaluer la quantité de gaz produite sont surmontées de robinets et d'aspirateurs à l'aide desquels on fait remonter facilement le liquide au zéro de la division avant chaque opération.

Le rhéostat de Gaiffe permet de faire varier séparément la tension et l'intensité du courant, et son galvanomètre est construit de façon qu'un courant qui dévie l'aiguille de 1 degré donne à très-peu de chose près, par l'électrolyse de l'eau, 1 millimètre cube de gaz mélangé par minute, à la température de zéro et à la pression de 760 millimètres.

Andersen a employé la pile à courant continu età grands éléments de Stôlirer, en ajoutant à la charge de chaque élément 4 grammes d'une solution d'acidi' chromique, de couleur vineuse, comme le recommande Althaus, pour augmenter les effets chimiques.

Courant. La plus grande partie des expériences de L. Robin ont été répétées plusieurs fois avec des piles différentes : de Yolla, Daniell, Bunsen, Gaiffe, Trouvé, Grenet. Toutes ont déterminé la coagulation du sang : il suffit donc, d'après lui, pour obtenir ce résultat, que la pile soit à courant continu, que les éléments soient réunis en tension, c'est-à-dire communiquant par leurs pôles de noms contraires, que l'intensité du courant ne reste pas au-dessous de 45 à 50 milli-Weher marquée au galvanomètre Gaiffe, et que ce courant soit constant pendant vingt à trente minutes. Ajoutons que le milli-Weher est l'unité anglaise d'intensité (Robin) et que le voltamètre gradué peut aussi servir à mesurer l'intensité du courant. Dans ce cas, la pile devra donner 1 centimètre cube de mélange gazeux en deux minutes. Ciniselli avait indiqué une proportion semblable; pour lui, la force chimique du courant devait être capable de donner 25 millimètres cubes de gaz en cinq minutes, en décomposant l'eau acidulée avec un trentième de son poids d'acide sulfurique du commerce.

Presque tous les auteurs ont du reste employé des piles à courant continu, seuls, Zdekauer et Piédagnel se sont servis d'appareils à courant interrompu, mais les résultats qu'ils ont obtenus sont loin d'être satisfaisants.

Aiguilles. Après bien des essais, on est arrivé à recommander actuellement d'employer des aiguilles fines, longues de 6 à 7 centimètres et d'un diamètre de 6 à 7 millimètres (Ciniselli, Anderson, Beaumelz, Tcissier, Robin). Elles sont enduites de vernis dans leur partie supérieure pour préserver autant que possible les tissus de l'action caustique du courant positif, et en fer doux pour ne pas se briser en pénétrant à travers la tumeur.

D'après Dujardin-Beaumetz, il est utile que les aiguilles soient en fer, parce que l'action des acides sur le métal donne naissance à un sel de fer, peut-être d'un chlorure, qui peut avoir une certaine action sur la coagulation.

Pour que le conducteur qui réunit les aiguilles cà l'appareil ne gêne pas les mouvements de l'aiguille, Gaiffe a construit des fils d'une légèreté extrême et d'une grande élasticité. Le nombre des aiguilles est variable ; il dépend des dimensions de la poche et de la facilité de la pénétration; on ne place pour commencer que 2 ou 3 aiguilles, et davantage aux séances suivantes.

Le pôle négatif est mis en communication avec une plaque métallique souple,

DICT. ENC. 4" S. VI. 59

Go3 GALVANU-PUNCTUHE.

recouverte d'une peau de chamois, toujours humide; on la plaçait d'abord au voisinage de la tumeur, on la fixe maintenant soit au bras, soit à la cuisse.

Manuel opératoire. L'introduction et l'extraction des aiguilles se l'ont à l'aide d'instruments ingénieux imaginés par Dujardin-Beaumetz, et qui évitent aux aiguilles des mouvements de rotation lorsqu'on ies enfonce ou qu'on les retire.

L'opération décidée et l'appareil instrumental réglé, on procède comme il suit (Dujardin-Beaumetz, etc.) :

Premier temps. A l'aide de l'enfonce-aiguilles, on dispose sur la tumeur, aux points les plus éloignés possible du maximum d'intensité des souffles, 5 ou 4 aiguilles espacées les unes des autres de 1 centimètre au moins. Ces aiguilles sont enfoncées à une profondeur variable suivant l'épaisseur des tissus et du sac (généralement 2o à 55 millimètres). On est certain qu'elles sont bien dans la tumeur lorsqu'on les voit animées de pulsations isochrones à celles de l'anévrysme, et qu'on sent leurs pointes tout à fait libres. Les aiguilles doivent être placées bien perpendiculairement à la paroi du sac et parallèlement entre elles alla d'éviter tout contact des pointes.

2"" temps. La large plaque humide représentant l'électrode négative^ est appliquée sur la cuisse ou sur le bras. On l'y fixe à l'aide de lacs afin que l'adaptation soit tout à fait complète. Le pôle positif est mis en rapport avec la première des aiguilles. Le circuit est ainsi fermé.

o*' temps. On laisse passer le courant galvanique en augmentant graduellement son intensité jusqu'à ce que l'aiguille du galvanomètre marque 45 milli- V/eber. Après vingt minutes, on cesse, et l'on ramène l'intensité à zéro, à l'aide du commutateur. On porte alors le pôle positif sur la deuxième, puis sur la troisième aiguille, et l'on procède au passage du courant avec les mêmes précautions que précédemment. 11 faut avoir soin d'humecter souvent la plaque négative, afin d'éviter la brijlure des téguments, tout en laissant le contact trèsintime.

4° temps. On enlève les rhéophores, et l'on procède à l'extraction des aiguilles à l'aide du petit extracteur, en ayant soin de ne pas les ébranler, et surtout en n'exerçant aucune pression sur la tumeur. On recommande ensuite à l'opéré de rester le plus longtemps possible dans l'immobilité.

Ce procédé, le plus employé actuellement en France, semble de nature à produire à la fois plusieurs noyaux de coagulation solide et à diminuer les chances de l'escharification et de l'inflammation des poches anévrysmales. Ces complications se manifestent assez souvent dans les premiers jours qui suivent l'opération, mais on y remédie facilement par le repos absolu et l'applicption de vessies de glace ou de compresses d'eau fraîche sur la tumeur. Immédiatement après l'extraction des aiguilles, Dujardin-Beaumetz ne fait aucune application de glace ni de collodion. Les médecins français recommandent en outre de laisser un intervalle de quatre à cinq semaines entre les séances, sauf indication contraire, afin de laisser se dissiper l'end artérite légère qui se produit, et de ne pas replacer les aiguilles aux mêmes points d'implantation.

Une modification assez importante à la galvano-puncture a été apportée récemment par le professeur G. Corradi.

* Électrode étant un substantif masculin et l'éminin (Liltré], on trouvera les deux genres dans cet article, suivant que les auteurs cités ont adopté l'un ou l'autre.

(iÂLVA.NO-l'U.SCTUllt;. {yùô

Procédé de G. Conadi. Le professeur Baccelli avait essayé d'obtenir la coagulation du sang dans le sac anévrysmal en y introduisant un ressort de montre. Les résultats furent peu satisfaisants. Corradi voulut ajouter rélectricité à ce procédé. Il introduisit dans le sac une aiguille tubulée de 8/10 de millimètre de diamètre, et fit pénétrer par là dans l'anévrysme -40 centimètres environ de lil recuit n" 30 du commerce, en lui imprimant des mouvements de circumduction dans le but de l'enrouler sur lui-même. L'aiguille fut alors retirée et on mit le fil en communication avec le pôle positif d'une pile dont le pôle né^-alif était réuni à une éponge humide appliquée au voisinage de la '.umeur. Au bout de quinze minutes l'anévrysme ne battait plus, mais donnait une sensation de frémissement; au bout de vingt-deux minutes apparut autour du iil une aréole pâle, large comme une lentille, qui dura trois minutes, puis disparut. L'opération fut bien tolérée; le lendemain, les battements avaient cessé. L'amélioration se maintenait vingt-cinq jours après {Lo Sperimentale, avril 1879, p. 415).

La suite de l'observation, publiée un an après par Burresi, nous apprend que l'amélioration constatée doit être mise au compte des applications de "lace faites sur la tumeur, que les douleurs, la dyspnée, les battements de ranévrysme, augmentèrent bientôt, et que le malade mourut quatre mois après l'opération, par rupture de l'anévrysme à l'intérieur [Lo Sperimentale, mai 1880, p. 465).

Je crois que le fait méritait d'être signalé, mais qu'il serait prématuré de porter un jugement définitif sur ce procédé.

Voici encore quelques points de la pratique des médecins anglais qui nous paraissent dij^nes d'être plus connus qu'ils ne le sont communément.

L'anestbésieest employée couramment dans les opérations de galvano-puncture soit par le chloroforme, soit localement par la pulvérisation éthérée. On se propose ainsi, bien entendu, de diminuer ou même d'annihiler complètement la douleur inséparable des séances de galvano-puncture ^

Althaus a imaginé un conducteur qui nous paraît très-ingénieux. II se compose d'un fil principal, réuni par une extrémité à l'appareil électroTène, et divisé à l'autre en plusieurs fils secondaires terminés par une serre-fine. Les aiguilles étant enfoncées dans les tissus, on applique sur chacune d'elles un de ces fils secondaires au moyen de la serre-fine, et on fait passer le courant par toutes les aiguilles à la fois.

Par les différents procédés que nous venons d'cnumérer, la galvano-puncture a été déj,\ appliquée un grand nombre de fois au traitement des anévrysmes de l'aorte thoracique. Nous en avons trouvé 114 cas, résumés à la fin de cet article.

Ces 114 cas se répartissent ainsi, au point de vue des résultats bruts •

Améliorés gg

Morts sans amélioration notable 30

Statu quo -

Résultats douteux ^

L'amélioration constatée dans les cas suivis assez longtemps pour être confirmatifs a duré ;

1 Dujardin-Beaumetz croit que les pulvérisations dether saccompagneiU d'une réacf peu lavorable à la coagulation sanguine ; il repousse l'emploi du chloroforme comme dÔ°" vant amener chez les malades a! teints de troubles circulatoires des phénomènes svnco " graves, et cela d'autant plus qu'un très-grand nombre d'individus, porteurs d'an^vrvs^"^ thoraciques, sont atteints d'insuflisance aortique [Bull, de thér., 15 juiilet 1880 06)'"^^

GALVA.NU-l'L'ACTLUL.

Cas.

Plusieui's mois ^

Un mois et plus 4

Deux raoi-5 5

Trois mois

Quati-c

Six

Sept ...

Huit

iSeuf moij et plus

Un an et plus i

Treize mois

Cas

Plus de quinze mois 1

Seize mois {obs. 15) 1

Dix-sept (obs. 1, 28) 2

Viiipt et un {obs. 8) 1

Vingt-deux (obs. 11) 1

Vingt-huit (obs. 12) 1

Trois ans (obj. 47) 1

Plus de cinq ans (obs. 52) 1

Soit 59 malades qui ont survécu moins d'un an; 11 de un à deux ans. Les 15 derniers malades (de un à cinq ans) pourraient être considérés comme guéris, si l'on considère comme guéiison un état dévie très-supportable; mais je ne sais s'il y eut guérison absolue dans un seul cas. Peut-être pourrait-on l'admettre pour la malade de Verardini (n° 52), en bonne sanlé cinq ans après le traitement; mais dans quelques observations la récidive eut lieu au bout de plusieui's mois, cbez des sujets considérés comme guéris (obs. 5, 88). En résumé, GO malades sur 114 ont retiré un bénéfice sensible et plus ou moins durable de l'opération de la galvano-puncture, et quelques-uns même ont pu vivre longtemps comme s'ils étaient en bonne santé. Un certain nombre des malades qui ont été ainsi améliorés temporairement ont été suivis assez longtemps pour qu'on itit pu voir la terminaison mortelle do la maladie. Les causes de la mort se répartissent de la manière suivante :

Fois.

lUipture interne du sac (Iracbée, plèvre, péricarde, etc.) .... 24

Rupture externe 14

Aspliyxie par compression des poumons 9

Mort subite sans autre désignation l

Pleurésie i

liupture sous-cutanée du sac 2

Affection cardiaque concomitante i

Pneumonie 1

Plcuro-péricardite 1

Oblitération du tronc iunominé 1

Plilegmon autour du sac 1

Anthrax sur le sac externe (obs. 46) 1

Opération de Brasdor 1

Méningite spinale 1

Excès de fatigue 1

Suicide .••• '

Inanition? (n° 108.) '...-, 1

Mort de cause inconnue o

On voit que la rupture du sac anévrysmal a été de beaucoup la cause la plus commune de mort, puisqu'elle a été notée au moins quarante fois ; car les morts survenues subitement, sans autre désignation, sont probablement des cas de rupture interne de l'anévrysme, sans autopsie. Il eijt été assurément fort intéressant de rechercher quelle part il fallait attribuer au procédé opératoii'e dans la terminaison fatale ; mais après avoir fait quelques essais dans cette voie j'ai dii y renoncer devant la multiplicité des causes, encore peu connues, de l'augmentation et de la distension du sac anévrysmal après la galvano-puncture, et le manque de renseignements sur un assez grand nombre de cas de rupture survenue chez des malades perdus de vue pendant un certain temps.

Nous devons donc nous contenter de signaler les causes de mort et d'inviter les observateurs à les étudier exactement. Nous insisterons seulement sur le

GALVANO-PUNCTLRE. 605

fuit de Oi-d (11° 29), dans lequel la mort a été causée par la propagation du caillot anévrysmal dans le tronc innominé. Ce fait m'a paru intéressant à signaler parce que, bien que le voisinage des gros vaisseaux ait été donné comme une contre-indication à l'opéralion, c'est la seule fois qu'un accident semblable ail été noté.

Après la disparition des accidents immédiats, ou, dans les cas plus heureux, dès les premiers jours qui ont suivi la séance, l'amélioration s est manilestee par la diminution des douleurs, des battements, l'augmentation de la consistance de la tumeur , puis sa diminution progressive. Cette marche rétrograde du mal a continué dans 24 cas après une seule séance et a duré de deux a dix-sept mois, résultat fort remarquable, car les malades n'étaient pas dans des conditions meilleures que les autres, en apparence du moins. Dans d'autres cas on a dû faire trois, quatre, cinq séances; dans d'autres on a été jusqu'à onze et même douze, mais c'est parce que l'amélioration était de courte durée après chacune d'elles, et que l'on intervenait de nouveau dès la réapparition des accidents. Les sujets de cette catégorie ont tous succombé peu de temps après la dernière séance (n"45, 63, 81, 82, 91, 93, 105).

On donne généralement comme contre-indication, sinon d'intervention, du moins de bons résultats à la suite de l'emploi de la galvano-puncture à la cure des anévrysmes de l'aorte llioracique, l'existence d'une tumeur secondaire externe ayant perforé la paroi de la poitrine. Mais cette opinion n'avait pas été jusqu'alors basée sur des chiffres. L'examen de nos observations nous a montré que les succès étaient en effet beaucoup plus fréquents lorsqu'il n'y avait pas de tumeur secondaire externe que lorsqu'il y en avait une.

De nos 114 cas, 41 étaient intra-tlioraciques et 70 extra thoraciqnes. Les 41 premiers ont donné 30 succès et 7 insuccès; les 70 autres, 56 succès et 31 insuccès, c'est-à-dire que la proportion des succès a été de 73 pour 100 dans les anévrysmes intra-thoraciques et de 51 seulement pour les anévrysmes extra- (horaciques, soit une différence de 22 pour iOO en faveur des premiers.

Cette constatation, qui est loin d'être absolument défavorable aux anévrysmes de l'aorte compliqués de tumeur externe, montre qu'on peut, même dans ces cas, espérer de bons résultats dans la moitié environ d'entre eux, et que par conséquent l'intervention doit être tentée.

Les cas non compris dans ces chifftes ont dû être éliminés faute de détails suffisants.

Les 114 cas représentent 292 séances qui se répartissent ainsi quant au résultat immédiat :

Amélioration 186 | Slatu quo ii

Aggravation 61 | Non indiqué exactement . . , . 31

L'amélioration a surtout porté sur le symptôme douleur, et a été signalée par presque tous les médecins qui ont pratiqué la galvano-puncture. Des douleurs extrêmement vives, continues, au point d'enlever tout repos, ont été calmées dès la première séance. Chez une malade de M. Dujaidin-Beaumetz, où la douleur était portée à ce degré excessif, l'amélioration s'est montrée immédiatement, dès le soir même, après la disparition de la cuisson occasionnée par le passage du courant, et l'opérée se trouvait dans un tel bien-être qu'elle se disait guérie. Chez le malade de Teissier, l'électro-punclure a fait disparaître non-seulement les douleurs, mais encore les accès d'angine de poitrine.

606 galvano-puncturp:.

Les accidents qui ont caractérisé l'agsravation ont été de diverses espèces. On a. constaté :

Fois.

L'augmentalion de volume de la tumeur 21

L'inflammation du trajet des aiguilles iO

Le sphacèle circonscrit 8

Des hémorrliagies assez persistantes 6

Douleurs vi^es, indépendantes de ces accidents. . . plusieurs fois.

Uémorrhagie sous-cutanée considérable 1

Accidents nerveu.' , 1

Ilcmipléçie 1

Emphysème sous-cutané au voisinage des piqûres et persistant. 1 Oppression et œdème du liras, probablement par augmentation de l'anévrysme interne 1

Dans deux cas on dut renoncer à la galvano-[)uncture à cause de la tendance aux syncopes.

L'augmentalion du volume de la fumeur s'est manifestée dans la plupart des cas assez rapidement, dans la journée même de l'opération. Parfois sa marche s'est arrêtée aa Lout d'un joui' ou deux, mais dans d'autres cas la progression a été continue et s'est terminée par la rupture de la poche soit à l'intérieur, soit à l'extérieur, au hout d'un temps variable de quelques jours à deux mois. Il est probable que cette augmentation a pour cause le défaut d'adhérence entre le caillot formé et la paroi interne du sac ; le sang pénètre alors dans les deux et sa pression tend à dilater la poche, dont l'inextensibilité finit par déterminer la rupture. Dans un cas, Dujardin-Beaumelz a observé après deux séances la formation rapide d'une tumeur du volume d'une aveline au point où l'aiguille avait été introduite. La peau était tellement amincie et distendue qu'on craignait une rupture immédiate ; néanmoins le sang contenu dans celte petite tumeur s'est coagulé, et la tumeur a fini par disparaître.

L'inflammation du trajet des aiguilles a été notée comme une complication grave dans quelques cas où l'ouverture d'un a'.icès ou la suppuration du trajet a déterminé la rupture du sac. Dans le fait de Althaus et Holmes (n" 54) il s'est produit autour du sac un véritable phlegmon. Le sphacèle a eu la même cause que rinflanimation, c'est-à-dire une action chimique, caustique, tropprononcée sur le trajet des aiguilles. Le résultat a été aussi le même. Tantôt les eschares étaient superficielles, et leur élimination s'est faite sans accident; tantôt elles étaient profondes, et alors la poche s'est ouverte lorsqu'elles sont tombées.

Les hémorrhagies constatées immédiatement après l'opération, et assez persistantes pour constituer une conîplication, ont eu lieu le plus souvent quand on avait fait communiquer les deux pôles ensemble avec l'anévrysme, ou le pôle négatif seul {voy. n»^ 89, 91, 95). Dans le cas n° 91, il y eut sept séances ; les trois premières faites avec l'aiguille positive seulement ne donnèrent pas d'hémorihagie ; la quatrième fut pratiquée avec une aiguille positive et une négative. Il y eut un jet de sang quand on retira l'aiguille négative. On n employa plus ensuite que le pôle positif, mais néanmoins la tumeur augmenta après la cinquième séance, et on eut de nouvelles hémorrhagies après la sixième et la septième. Le sac se rompit à l'extérieur quelques jours après la dernière. Il est curieux de noter l'hémorrha^ie survenue dans le fait n" 97. Dans les deux premières séances on avait introduit plusieurs aiguilles, qu'on avait mises en communication avec le pôle positit ; pour la troisième, neuf jours après la deuxième, on se contenta d'appliquer sur la tumeur deux éponges réunies aux

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pôles, et de iaire passer le courant pendant trois heures. Le sang sortit alors par

les piqûres.

Le cas le plus remarquable au point de vue des accidents immédiats est certainement celui de Habran et Henrot (n» 108). Ces deux médecins ont suivi le procédé de Ciniselli, c'est-à-dire qu'ils ont mis successivement sur chaque aiguille le pôle positif, puis le pôle négatif. La première séance fut nulle au point de vue de l'électro-puncture, car elle fut suspendue presque immédiatement, parce que la pile fonctionnait m;d; elle eut néanmoins pour résultat d'aggraver considérablement les douleurs. La seconde séance eut lieu quatre jours après. Il y eut une amélioration pendant deux jours, mais au troisième jour survint une syncope suivie d'hémiplégie droite, attribuée à une embolie. Les doideurs diminuèrent, ainsi que la paralysie, en une quinzaine de jours. Puis les douleurs reparurent avec de la dyspnée. Dix-neuf jours après la deuxième séance, on en fit une troisième qui fut très-douloureuse et suivie d'un épanchement sanguin sous-cutané dans toute l'étendue de la face antérieure de la poitrine. Les douleurs et la dyspnée diminuèrent néanmoins, puis reparurent, accompagnées d'une dysphagie qui rendit l'alimentation impossible. Le malade mourut d'épuisement le treizième jour. On chercha vainement à l'autopsie une lésion cérébrale.

Tous les accidents que nous venons de signaler, observés surtout dans des cas où le pôle négatif avait été employé, semblent donner raison à ceux qui recommandent la mono ou poly-punctui'e positive, et conseillent de ne pas faire passer le courant négatif sur les aiguilles. Les accidents signalés par Ilabran et Henrot donnent encore plus de ïocce à cette remarque, car jusqu'alors personne n'en avait publié de semblables, et on pouvait mettre en doute leur ■existence clinique, parce qu'ils n'avaient encore été signalés qu'à titre de rareté même, dans des expériences de laboratoire.

En résumé, les résultats obtenus dans le traitement des anévrysmes de l'aorte thoracique par la galvano-puncture sont assez salisiàisants pour que l'on puisse recommander chaudement cette méthode.

Le procédé quia donné jusqu'alors le plus d'avantages et le moins d'accidents est cehii qui consiste à faire communiquer les aiguilles enfoncées dans la tumeur anévrysmale avec le pôle positif seul. Les avantages sont les suivants : cessation ou tout au moins diminution considérable de la douleur et de la <lyspnée; repos et sommeil possibles; retour de l'appétit; amélioration de l'état général; du côté de l'anévrysme, formation d'un caillot ferme et résistant. Sauf de rares exceptions, ce procédé a procuré du soulagement aux malades, même dans des cas désespérés. Les accidents : hémorrhagie, sphacèle, inflammation et suppuration du trajet des aiguilles, si fréquents lorsqu'on a mis le pôle négatif en contact avec celles-ci, ont été au contraire très-rares lorsqu'on a eu recours au pôle positif seul.

Jusqu'alors nous avons en surtout en vue, dans les pages qui précèdent, les applications de l'électrolyse au traitement des anévrysmes de l'aorte thoracique. Nous devons ajouter que ce mode de traitement est absolument le même pour les autres anévrysmes. D'ailleurs le nombre de ceux-ci, au point de vue du traitement par la méthode qui nous occupe, est fort petit relativement à celi/i des anévrysmes de l'aorte thoracique. L'opinion que M. Le Fort émettait en 1866 sur le traitement des anévrysmes par la galvano-puncture ne s'est pas li'ouvée justifiée par les faits. Rappelons son jugement à ce sujet : « L'intro-

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duction d'aiguilles dans une poche anévrysmale en rapport plus ou moins direct avec la cavité de l'aorte ou de l'innominée nous parait présenter de trop graves dangers. Si une hémoirhagie survient en retirant les aiguilles, elle pourii* amener d'une manière rapide la terminaison fatale par l'iiémorrliagie, entre le^ mains mêmes du chirurgien, et cette hémorrhagie sera bien plus redoutable et plus rapide encore, si une eschare se forme autour des aiguilles : aussi, jusqu'à ce qu'on ait pu trouver le moyen de se mettre à l'abri de la mortification de la peau et des parois du sac, tout en employant des aiguilles fines et un courant un peu énergique, nous pensons qu'il ne faut employer l'électro-puncture que sur les artères susceptibles de pouvoir être comprimées efficacement entre l'anévrysme et le cœur » (art. Anévrysme, p. 582).

Les dangers signalés par M. Le Fort, et qui étaient réels, n'ont pas empêché les médecins d'employer la galvano-puncture au traitement des ancvrysmes de l'aorte. En 1856, sur 50 cas, Cinisellt ne trouvait que 2 cas d'anévrysmes de l'aorte ; en 4866, époque de la publication du travail de M. Le Fort, il en existait 1 0, dont 5 seulement avaient été publiés; en 1876, Duncan rassemblait 89 cas, dont 37 d'anévrysmes de l'aorte, 13 de l'innominée, de la carotide, de la sous-clavière, 2 de l'iliaque externe, 29 de la fémorale, de la poplitéeet delà brachiale, et 8 des vaisseaux plus petits. J'ai pu réunir, jusqu'en juin 1880, 1 J4 cas d'anévrysme de l'aorte thoraciquc, dont 110 environ publiés de 1869 à 1880, mais dans celte période seulement 2 cas d'anévrysme de l'aorte abdominale, 1 du tronc cœliaque, 6 du tronc bracbio-céphalique, o de la sous-clavière, 1 de la carolide, 1 de la fémorale, 1 de la poplilée, et 1 de la cubitale. On voit donc que la galvano-puncture a été presque uniquement réservée à l'aorte et à l'innominée, contrairement aux conseils doimés par M. Le Fort. Nous avons vu (|ue les résultats avaient été en faveur de cette manière de faire, indiquée dès 1847 par Ciniselli et les membres de la Commission de Turin. Rappelons toutefois que la monopuncture positive tj^uvoliI être ce «moyen de se mettre à l'abri de a mortification de la peau et des parois du sac » réclamé par M. Le Fort. Les dernières expériences de M. Teissier et de M. L. Robin semblent le démontrer péremptoirement, et M. Dujardin-Beaumetz, qui en France a la plus grande expérience dans l'emploi de la méthode, est arrivé à adopter cette opinion.

Dans les faits que nous avons recueillis, relatifs à des anévrysmes siégeant sur d'autres artères que l'aorte thoracique, les résultats ont été peu satisfaisants. En général, l'amélioration n'a été que passagère, et même nulle dans quelques cas,

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