GENÊT
guise de câpres, comme on l'a fait en France et en Allemagne. Lobel parle des semences comme succédanées du Café, mais alors elles sont employées après torréfaction.
Les diverses parties du Genista scoparia ont été prescrites comme médicament externe. En mai, l'on récolte les jeunes pousses qu'on fait sécher pour les conserver ; on emploie aussi topiquement les fleurs, les fruits et les graines, soit en décoctions, soit en cataplasmes. On dit qu'appliquées sur les abcès, les tumeurs de nature scrofuleuse, les collections hydropiques, etc., elles en amènent la résolution; on assure avoir obtenu des résultats analogues avec des fumigations de fleurs ou de feuilles. Au temps de Levret, on appliquait sur les seins engorgés, notamment chez les accouchées, des compresses imbibées d'une lessive de cendres de Genêt à balais, et Cazin dit avoir employé ces applications avec succès contre toutes sortes d'engorgements mammaires et articulaires, des tumeurs blanches, des oedèmes, « dans tous les cas, ajoute-t-il, où les fomentations, les douches et les bains alcalins sont prescrits ». Ces propriétés étant dues, paraît-il, à la Scoparine (C'''H^'0"') et à la Spartëine que Stenhouse a retirée du Genista scoparia, on a expérimenté ces substances elles-mêmes, et l'on a constaté que la première double la quantité d'urine rendue dans un temps donné, et que la dernière est un poison violent qui tue rapidement les lapins, à la dose d'une seule goutte.
Le Genêt d'Espagne, si recherché dans nos jardins pour la beauté et le parfum suave de ses fleurs, a aussi été employé comme médicament. C'est le Genista juncea DESF.,plus connu sous le nom de Spartium junceum. C'est un arbuste de la région méditerranéenne, dont les feuilles lancéolées sont peu nombreuses et dont le calice est subbilabié. Son écorce a servi aussi à préparer une fdasse textile. Il a les propriétés des Genêts en général, mais il était surtout employé et préconisé comme diurétique.
Le Genêt purgatif {Genista purgans L.) est une espèce des Cévennes, de l'Auvergne, de l'Anjou, etc. C'est le Spartium purgans de Linné, plante inerme, à feuilles toutes simples, lancéolées, à fleurs axillaires et solitaires, à gousse chargée de poils serrés. Son nom indique qu'il était employé comme purgatif; il ne sert plus maintenant de médicament évacuant que dans quelques campagnes.
Le Genêt herbacé, nommé Genista sagittalis L. {Spec, 998) et G. herbacea Lamk {FI. franc.), espèce humble, commune dans nos bois et remarquable par les ailes membraneuses de ses rameaux et ses courts épis terminaux, a toutes les propriétés du G. à balais. On désignait dans les anciennes pharmacopées ses parties employées par les noms de Herba et summitates Genistellœ s. Genidœ alatœ.
Le Genêt des teinturiers, Géuestrelle ou Génestrolle {Genista tinctoria L.), très-commun chez nous, était et est encore employé pour teindre en jaune vif. Ses diverses parties sont évacuantes, purgatives ou vomitives, principalement les semences. On a fait, à diverses époques, grand bruit de la prétendue propriété qu'aurait cette espèce de guérir la rage. On l'employait, paraît-il, depuis longtemps à cet usage dans plusieurs provinces russes, associée surtout au Mus coriaria. On affirmait que le remède n'agissait que lorsqu'il amenait sous la langue, au bout de quelques jours, l'apparition de pustules qu'on cautérisait pour parfaire la guérison du mal. En 1825, Chabanon affirma même qu'il avait guéri à Uzès plusieurs cas de rage par l'emploi de ce remède, mais à Paris et ailleurs le remède a échoué. Marochetti, médecin de Moscou, a prétendu que les fleurs
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agissent aussi bien que les feuilles de la plante ; mais Salvatori croit que c'est la cautérisation des pustules sublinguales qui seule suffit à gue'rir de la rage.
On a attribué les propriétés du G. linctoria aux G. nervata Kit., ovata Waldst. et Kit., rnanf/ca Poll., sihirica L., hispanica L. Le G. canariensis L. a passé, mais à tort, pour donner le Bois de Rhodes ou de roses. On a encore signalé comme espèces médicinales, aujourd'hui délaissées : le G. Scorpius L., le G. virgata DC, de Madère, le G. acanthoclada, de Grèce, qu'on croit être le MâXawa pîi;a d'Hippocrate, et qu'on a vanté comme antidysentérique, et le G. horrida DC, de l'Europe méridionale. H. Bn.
Bibliographie. — T., Inst., 643, t. 412. — L., Gen , n. 859. — Lamr, Dict. encycl.. Il, 016, t. 619. — DC, Mém. Léguni., 204, t. 56; Prodr., II, 54. — Mer. et Dkl., Dict. Mat. méd., III, 353. — Endl., Gen. plant., n.6509.— Bexth. et J. Hook., Gen. plant., 1,482, 1002, n. 62. — RosENTH , Srjnops. pi. diaphor., 984. 986. — II. En, Hist. des pi, II, 226, 331, .380, lis. 191. II. Bn.
GE\ESTROT.L,E. GEXESTRTiLiiE. Noms vulgaires du Ge/zisto fmctor/fl (voy. Genêt).
GÉXÉTHLIOLOGIE (de -yzviQlio;, qui est relatif à la naissance, et \6yoç, discours). Branche de l'astrologie qui traite de l'influence des astres sur les naissances. Les êtres nés sous tel ou tel signe sidéral participent et participeront toute leur vie de< qualités propres à ce signe. Né sous le signe du Lion, l'enfant sera courageux; sous le signe du Taureau, il sera robuste, etc. A l'influence du zodiaque se joignent celles des différentes planètes, de Vénus, de Jupiler, de Saturne, etc., et de leurs rapports avec les signes du zodiaque lui-même. Le peu qu'il convient de dire sur ce sujet dans un ouvrage comme celui-ci, surtout après l'article général sur r.4STR0L0GiE, se trouve au mot Sidérales (Influences). Nous nous contentons de rappeler que la généthliologie, si respectée an moyen âge, est loin d'avoir perdu tout son empire ; non-seulement elle règne encore avec autorité dans des contrées éloignées de nous, principalement en Orient, mais on la retrouve aussi en Europe dans les classes populaires, sans être même bannie tout à fait des classes élevées. « Le professeur Wuttke, dit Ed. B. Tylor, dans son remarquable ouvrage sur la Civilisation primitive (t. I, p. 155, traduit par M""" Brunet), nous apprend qu'il y a beaucoup de contrées en Allemagne où l'on conserve régulièrement dans l'armoire de la famille l'horoscope des enfants avec les actes de baptême. » Et Tylor ajoute : « Il m'arriva à moimême d'habiter (en Angleterre) à un mille d'un astrologue, et j'ai vu dernièrement un grave mémoire sur les nativités offert de bonne foi à l'Association britannique » (voy. Astrologie et Sidérales [avec la note]). D.
GE\ETTE. La famille des Viverridés (Viverridœ) comprend un si grand nombre de Mammifères carnivores {voy. les mots Garimvores, Viverridés et Civette), que feu le docteur J.-E. Gray a proposé de la subdiviser, pour la commodité de l'étude, en deux sections : les Viverridés à pattes de Félins ou ^muropoda et les Viverridés à pattes de Chiens ou Cynopoda. Dans ce système de classification les Mluropoda sont partagés à leur tour en deux groupes, ^Eluropodes typiques ou digitigrades et Mluropodes aberrants ou suh plantigrades, qui comprennent chacun un certain nombre de genres caractérisés par les dimensions relatives de la tète, des pattes et de la queue, par la présence ou l'absence
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d'une ciiMe de poils sur la ligne dorsale et par la disposition du cadre orbi taire, tantôt complet, tantôt incomplet. C'est dans le premier groupe, parmi les ^Eluropodes typiques ou digitigrades que prend place le genre Genette {Genetta Cuv.), tout à côté du genre Fossa et à la suite des Protèles, des Civettes, des Bassaris et des Viverricula.
Ces derniers constituent pour M. Gray la petite tribu des Viverriens {Viverrina), tandis que les Genettes et les Fossa forment la tribu des Genettiens iGenettina), et que deux autres genres {Poiana eiPrionodon), différant un peu des précédents par leur dentition et par leur corps très-allongé, sont désignés sous le nom de Prionodonticns {Prionodontina).
Cliez tous les Genettiens le corps est svelte, mais robuste, et couvert d'un pelage doux, marqué de taches plus ou moins distinctes qui sur la queue se transforment en anneaux, et la face plantaire du tarse, au membre postérieur, présente une ligne dénudée. En outre, chez les Genettes proprement dites (genre Genetta], le milieu de la région dorsale est occupé par une bande de poils plus ou moins relevés et de couleur noire, la queue est longue, grêle, distinctement annelée, les pattes de longueur médiocre, terminées chacune par cinq doigts, annés d'ongles courts et rétractiles, le crâne est étroit et allongé et les dents sont au nombre de quarante, la mâchoire supérieure ayant une paire de tuberculeuses de plus que la mâchoire inférieure.
On sait que la plupart des Viverridés possèdent des glandes odorantes situées dans la région anale. Chez les Genettes ces glandes sont assez réduites et le réservoir dans lequel s'accumule leur produit est représenté par une simple dépression linéaire comprise entre la verge et l'anus, au lieu de consister, comme chez les Civettes asiatiques et africaines, en une vaste poche précédée d'un vestibule. Sur les parois de cette anfractuosité s'ouvrent, chez la Genette du Sénégal, de petits orifices dans chacun desquels on peut introduire une soie de sanglier et d'oii l'on fait découler, par une légère pression, une matière sébiformc, d'un jaune d'or. Ce produit présente, d'après M. J. Chatin, une grande analogie, dans ses propriétés et dans sa composition chimique, avec le produit des glandes sébacées. Il exhale une odeur des plus pénétrantes : aussi Carus avait-il pensé que la Genette pouvait se servir de cette sécrétion comme moyen de défense; mais c'est là une simple hypothèse que les observations récentes de M. Chatin ne semblent point justifier. En effet, une Civette du Sénégal qui a vécu pendant un certain temps dans un des laboratoires du Muséum d'histoire naturelle, en compagnie d'un jeune chien, n'a jamais eu recours à un semblable procédé pour échapper aux taquineries de son turbulent compagnon.
Dans la même espèce île Genette, M. Cliatin a reconnu l'existence d'un autre appareil, d'une paire de glandes anales s'ouvrant, à la marge de l'anus, par un double orifice. Chacune de ces glandes est déforme sphérique et se trouve enveloppée par une couche musculaire très-épaisse; par sa constitution, elle ressemble aux glandes anales des autres mammifères, et présente au centre un réservoir ovoïde, dans lequel fait saillie une sorte de papille qui n'est autre chose que l'oricine du canal excréteur. Celui-ci est très-court et débouche dans le vestibule anal. Le produit de ces glandes est fdant, jaunâtre et doué d'une odeur repoussante; il s'écoule avec une grande facilité et sous une faible pression peut jaillir à 20 ou 50 centimètres. En l'examinant au microscope, M. Chatin y a découvert des cellules épilhéliales, comme celles qu'on trouve dans les sécrétions sébacées.
GENETTE. 4'.t7
Le genre Genette est répandu sur la plus grande partie du continent africain et se trouve aussi en Syrie, en Palestine et dans le midi de l'Europe. Il comprend cinq on six espèces qui ne diffèrent guère les imes des autres que par les proportions des diverses parties du corps, par la forme et par la coloration de la queue. Chez la Genette vulgaire, chez la Genette féline et chez la Genette du Sénégal la queue est aplatie et garnie de poils allongés et un peu redressés; elle est ornée de nombreux anneaux alternativement blancs et noirs et se termine par une mèche blanche ; chez la Genette tigrine la queue est à peu près cylindrique, couverte de poils courts, ornée d'anneaux mal définis et toujours noire à l'extrémité; enfin chez la Genette panthérine la qneue n'offre dans sa portiou basilaire qu'un petit nombre d'anneaux de couleur blanche, la portion terminale étant colorée comme dans l'espèce précédente.
La Genette vulgaire [Viverra genetta L., Genetta vulgaris Less., G. afra F. Cuv.), qu'on appelle aussi communément Chat iVEspagne, Chat genette ou Chat de Constantinople, a le corps élanié, long de 50 à 60 centimètres, et couvert d'un pelage bien fourni, d'un gris jaunâtre avec des taches noires qui, sur les flancs, sont disposées en séries longitudinales et qui, sur l'échiné, se fondent en une bande continue; sa tête est petite, son museau effilé, d'un brun foncé, tourne au blanc vers la lèvie supérieure et se trouve masqué d'une raie claire sur le dessus du nez; ses oreilles sont courtes et arrondies; ses yeux, encadrés en dessus et en dessous par une bande blanchâtre, ont leur pupille disposée comme chez les chats; ses pattes, relativement basses, sont armées d'ongles rétractiles, et sa queue, presque aussi longue que le corps, est blanche à la pointe et ornée dans le reste de son étendue de sept ou huit anneaux noirs se détachant sur un fond grisâtre. On constate du reste dans cette espèce, comme chez la plupart des animaux du même genre, de nombreuses variations de pelage qui ne correspondent pas à des différences d'habitat.
C'est principalement dans les pays baignés par la Méditerranée, en Algérie, au Maroc, en Tunisie, en Syrie, en Espagne et en Provence, qne se rencontre la Genette vulgaire; mais elle s'avance parfois jusque dans la France centrale et occidentale, et a été signalée notamment dans le Poitou. Elle fréquente aussi bien les vallées humides que les flancs dénudés des montagnes et ne montre aucune prédilection pour les endroits arides oii croissent les genêts. Il me semble donc bien difficile, pour le dire en passant, d'accepter l'étymologie proposée par Buffon qui fait dériver le nom de Genette, employé déjà par Belon et par Gesner, du mot Gi'nêt [Genista], et l'on doit plutôt, je crois, se ranger à l'opinion qui se trouve relatée dans la Faune populaire de M. Rolland, et d'après laquelle Genette ne serait qu'une corruption du mot arabe Djerneyth.
Le régime de la Genette est exclusivement carnassier : les petits rongeurs les oiseaux, les œufs, les insectes constituent la nourriture de cet animal aux mouvements souples et élégants qui se glisse silencieusement entre les rochers, au milieu des buissons, traverse les rivières à la nage, grimpe sur les arbres, et tout à coup s'élance sur sa proie, l'égorgé et la dévore. En général, c'est seulement à la tombée de la nuit que la Genette sort de sa retraite, et comme elle est fort agile et que par la couleur de son pelage elle se confond avec les objets environnants, il n'e^t pas facile de la surprendre. En captivité elle s'apprivoise aisément et vit en bonne harmonie avec ses semblables; mais, quand on l'irrite, elle hérisse ses poils en grondant et en soufflant à la manière du chat dom stique. Dans les États Barbaresques elle remplace même, dit-on, ce dernier animal en DICT. ENC, 4° s. VU. 52
498 GENÉVRIER (botanique).
faisant clans les maisons une chasse active aux rais et aux souris ; mais chez nous l'odeur de civette qu'elle exhale la ferait certainement considérer comme un hôte assez désagréable.
Jadis la peau de la Genette était fort estimée et les historiens rapportent que, après la bataille de Tours, en 752, les soldats de Charles Martel trouvèrent dans le camp sarrasin une grande quantité de vêtements garnis de cette fourrure qui, au treizième siècle, du temps d'Albert le Grand, avait encore une valeur considérable. Au moyen âge on fonda, si l'on en croit Pennant, un ordre de la Genette dont les grands seigneurs s'honorèrent de faire partie, et jusqu'au moment où riiiduï.trie songea à tirer parti des peaux de lapin teintes et préparées, les peaux de Genette servirent à la confection de manchons fort élégants. Enfin il semble résulter de quelques passages des poètes anciens que le corps incinéré de la Genette était employé comme remède dans la fièvre quarte.
Au cap de Bonne-Espérance se trouvent la Genette féline (Genetta felina Smith) et la Genette tigrine {Genetta tigrina Gr.) que les colons désignent toutes deux par le nom de Chat musqué [Musk Cat) et qui diffèrent de la Genette vulgaire par les teintes ici plus foncées, là plus claires, de leur queue et des différentes parties de leur corps. La Genette tigrine est encore appelée Genette d'Abyssinie (G. abyssinica Rûpp.), parce qu'elle remonte sur la côte orientale d'Afrique jusqu'en Abyssinie. Dans cette dernière région habite aussi la Genette du Sénégal [Genetta senegalensis, Fisch.) qui se rencontre d'autre part sur la côte occidentale, en Sénégambie et peut-être même an Gabon, concurremment avec la Berbe de Bosman ou Genette panthérine de Frédéric Cnvier (G. pardina Is. Geoft.). E. Oustalet.
DiDLiooiupiiiE. — Gessner. Quadviip., p. 619 et 1102, et Thierbuch, 15G3, p. 245. — Belon. Observât., p. 76. — Aldrovande. Digit., p. 537 et suiv. — Johxston. Quadr., p. 157 et pi. 72. — Fdnes. Uistoria gênerai de Aves y Animales, 1621, p. 588. — Linné. Syst. ISat., 176(3, t. I, et édit. Gmei.in, 1788, t. I, p. 90, n" 6. — I^ueton. Hist. nat., t. IX, pi. 56, édit. 1832, t. XVI, p. 128, supplément par F. Cuvier, édit 1852, p. 409. — Schreber. Sâugelhiere, 1775, t. III. p. 115. — Lessox. Manuel de Mammalogie, 1827, p. 173. — Gray. Proc. Zool. Soc, 1832, p. 63. et Revision of the Gênera and Species of Viverridœ. In Proc. Zool. Soc, 1864, p. 502 et suiv. — Puchebau. fiev. et mag. de zool., 1855, p. 15i. — Rolland. Faune populaire de la France, Mammifères sauvages, 1877, p. 50. E. 0.
Ge:\évrie:r. Junipems L. § 1. Botanique. Genre de plantes Dicotylédones, appartenant à la famille des Conifères, tribu des Gupressinécs.
Les Genévriers sont des arbustes ou des arbres à rameaux alternes, à feuilles simples, petites, persistantes, rapprochées, opposées, verticillées ou imbriquées, à fleurs unisexuées, portées sur des rameaux différents, tantôt sur le même pied, tantôt sur des pieds distincts. Les fleurs mâles forment des chatons ovoïdes ou cylindroïdes, composés d'écaillés imbriquées et slipitées, qui portent à leur partie inférieure et interne de 5 à 6 anthères uniloculaires. Les fleurs femelles sont disposées en un chaton court, ovoïde, formé de 3 écailles concaves, accrescentes, soudées inférieurement et portant à leur base une sorte de cupule. Le fruit devient bacciforme par la soudure des écailles accrescentes et charnues, qui renferment à leur aisselle une nucule osseuse. On l'appelle vulgairement baie ; mais c'est en réalité un fruit composé provenant de plusieurs fleurs et qui n'a rien de commun que sa consistance charnue avec la baie telle que la définissent les botanistes. On l'appelle plus justement malacône ou cône charnu.
On distingue un certain nombre d'espèces utilisées en médecine ou dam industrie :
GENÉVRIER (botanique). 409
1» Le Genévrier commun [Juniperus communis L.) Cette espèce est d'une extension géographique considérable. On la trouve en elfet dans toute l'Europe, depuis la Méditerranée jusqu'aux régions arctiques, en Asie dans les hautes régions de l'Himalaya et dans la Sibérie, enfin dans l'Amérique du Nord. — C'est un arbuste dioïque, à rameaux diffus, à feuilles ternées, assez rapprochées, rigides, linéaires acuniint'es, aiguës au sommet, glaucescentes et canaliculées en dessus, carénées sur le dos ; les chatons sont petits, axillaires. Les fruits d'abord verdàtres deviennent d'un violet noiràti^e à la maturité, qui n'arrive qu'à la seconde année : ils sont alors de la grosseur d'un pois et contiennent une pulpe succulente aromatique, d'une saveur résineuse, amère et un peu sucrée.
Ou utilise dans cette espèce le bois, qui ressemble à celui du cyprès, et les baies dont on fait dans les pays du iNord une eau-de-vie très-employée, et dont on extrait par distillation une huile volatile ; les pharmaciens prépurent aussi un extrait avec les baies.
2" Le Genévrier oxijcèdre ou Cade [Juniperus Ovycedrus L). C'est une espèce qui croît principalement dans la région méditerranéenne. Elle ressemble à la précédente par ses feuilles, mais s'en distingue par ses gros fruits, de dimensions deux ou trois fois plus grandes, et d'une couleur brun ronge, jamais noir violacé ; en outre les nucules sont renflées à la base, comprimées à la partie supérieure et tronquées au sommet.
L'oxycèdre fournit, parla combustion incomplète de son bois dans un fourneau sans courant d'air, un liquide brunâtre, huileux, d'odeur résineuse et erapyreumatiqne, qu'on appelle huile de cade.
3° Le Genévrier Sabine ou la Sabine [Juniperus Sabina L.) appartient à une section des Genévriers, dans laquelle les feuilles, au lieu d'ètie linéaii'es aiguës et espacées, sont toutes petites, écailkuses et imbriquées comme dans le Cyprès.
C'est un arbuste odorant, de petite taille, ayajit une grande tendance à s'étaler sur le sol ou, dans certains points, dressé et arborescent. Les rameaux sont cylindriques, à ramilles nombreuses, recouvertes de feuilles rhomboïdales, aiguës ou mutiques, très-petites, opposées, rapprochées, étroitement imbriquées et couvrant entièrement les ramilles sous forme d'éeailles : sur les rameaux ces feuilles sont lâchement imbriquées, opposées ou ternées, lancéolées subulées et déciu'rentes. Les fruits sont arrondis, de la grosseur d'une groseille, d'un bleu noirâtre : ils ne contiennent généralement qu'une nucule, par l'avortement des deux autres. Les rameaux ont une odeur très-forte et ti'ès-caractéristi;[ue.
On a distingué deux variétés de cette espèce : l'une dite Sabine mâle ou à feuilles de cyprès, haute de o à 4 mètres, dont les rameaux à angles accentués portent des feuilles à pointes déjetées en dehors ; l'autre, plus petite, Sabine femelle ou à feuilles de tamarix, dont les rameaux sont presque arrondis et garnis de feuilles squamiformes, épaisses, à pointe non déjetée extérieure. Dans l'une et l'autre forme, le dos des écailles foliaires porte une glande vésiculeuse elliptique.
La Sabine est une plante des Alpes da l'Autriche, du Piémont et du Dauphiné ; on la trouve aussi dans les Pyrénées, en Espagne, en Italie, en Crimée, dans la Sibérie.
Il ne faut pas la confondre avec le Juniperus Phœnicea L., espèce méditerranéenne, à laquelle on donne improprement ce nom. C'est un arbuste monoïque facile à distinguer de la vraie Sabine, parce que les rameau'c n'ont point l'odeur
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caractéristique de cette espèce ; en outre les feuilles sont creusées d'un simple sillon sur le dos et ne portent point la vésicule résinifère du Juiiiperus Sabina ; entiii les fruits sont plus gros, dressés et non pendants, et d'une belle couleur rouge, luisante.
Une espèce qui ressemble davantage à la Sabine et qu'il faut signaler spécialement est :
4" Le Genévrier de Virginie (Juniperus Virginiana L.), qui porte au'c États- Unis le nom de Cèdre rouge, Red Cedar ou Sabine {Savin). On le trouve aboudammeut aussi bien dans les États du Nord que dans ceux du Sud. C'est un arbre de 15 mètres de haut, étalé, et qui par son port est très-di féreiit de la vraie Sabine. Il présente deux formes de rameaux qui rappellent celles que nous avons indiquées plus haut pour le Juniperus Sabina, et qui ont une trèsgrande ressemblance avec ceux de son espèce, si bien qu'il est difficile de les distinguer. Une différence qu'on a signalée, c'est que dans la plante américaine la fossette glandulifère est beaucoup moins développée que dans notre plante européenne. Mais ce qui les distingue surtout, c'est l'odeur beaucoup moins développée de la première ; elle contient en effet bien moins d'huile essentielle et doit être d'une moindre activité.
Le bois de Genévrier de Virginie a une odeur assez prononcée : il est rougeàtre, léger, d'un grain fin et facile à travailler ; on s'en sert pour bien des usages, entre autres pour former de petits tubes cylindriques, dans lesquels on enferme les crayons de graphite. Son nom de Cèdre l'ouge l'a fait quel(|uefois confondre avec le Cèdre, dont il est très-différent.
Plusieurs espèces de Genévrier avaient été déjà remarquées et utilisées par les anciens. Le Genévrier commun paraît être l'apzsuôoç de Théophraste, et sa forme naine {Juniperus nana de quelques auteurs), le y.zSpi:, du même auteur ; quant à Voxycèdre, c'est le xiSûoi de Théophraste et de Dioscoride; le Juniperus Sabina est désigné par ce dernier auteur sous le nom de ^piOv;. Pl.
Bibliographie. — Théophraste. ff/sforta. I, 15, 10. — Dioscoride. Maleria medica, I, 104. 105. — Linné. Gênera, 1134; Sjiecies, 1470. — Endi.icher. Gênera. — De Cand-'LLe. Flore française, III, 278. — Gremeu et Godron. Flore de France, III, 157. — Guibourt, Drogues simples. 7° édit., '2";9. — G. Planchon. Déterminât, des drogues simples, I, 127, 5i9. — Asa Gray. Manual of Botany ofthe Nortli Vnil. States, 425. Pl.
§ 11. Emploi médical. Les anciens connaissaient certainement le genévrier, très-répandu en Europe et en Asie. Il en est fait mention dans la P)ible ; on lit, en effet, dans ic Livre de Job, chap.xxx, 4 : « Ils coupaient des herbes sauvages auprès des arbrisseaux et la racine des genièvres pour se chauffer. » Et plusieurs jiassages des écrits de Théophraste, d'Ilippocrate, de Dioscoride, de Pline, paraissent se rapporter bien évidemment à cette plante. Malheureusement, il existe jilusieurs espèces de genévriers et les anciens confondaient avec ceux-ci diverses pl nites assez voisines, de sorte qu'il nous est difficile de prouver d'une façon péremploire que telle description d'un auteur grec ou romain se rapporte à notre Juniperus communis ou bien au J . oxycedrus, les deux variétés qui ont de nos jours des usages médicaux.
Il est toutefois fort proba'de que les médecins de l'anliquité presci'ivaient indifféremment les deux espèces désignées ci-dessus et encore le J. Phœnicea, très-commun en Grèce, qui serait peut-être VÔLp^sudo-, d'Hippocrate.
Tliéophraste parle d'un Juniperus mtde el d'un Juniperus femelle, ce qui s'ap-
GENÉVRIER (emploi médical). 501
plique fort bien au J. communis : « Alii esse Juniperi species, alteram florere quidem sed sterilem esse, alteram non quidem florere sed friictum ferre. . . .
Dioscoride décrit seulement deux genévriers : un grand et un petit; il attribue au premier des vertus stimulantes et diurétiques. Ses graines, dit-il, servent aux faiblesses d'estomac, à la toux, aux veutositcs et tranchées, et sont bonnes contre les morsures de serpent, comme les feuilles du reste. Enfin, la cendre de l'écorce était usitée dans le traitement de la gale et de la lèpre.
L'auteur grec désigne sous le nom A'arcenthides (âp^îvQoç) les baies de ce genévrier, et il indique qu'elles offrent la grosseur d'une noix ou d'une aveline.
Je ne vois guère (|ue le J. oxycedrus qui ait des fruits de cette dimension, de sorte qu'il faudrait admettre que le grand genévrier de Dioscoride est notre G. oxycèdre. A moins de supposer avec Mattlùole que ces grosses baies appelées arcentliides provenaient de petits genévriers cultivés. Par la culture, en effet, ces arbrisseaux deviennent des arbres qui produisent de gros fruits.
Mais celte question n'offre qu'un faible intérêt ; je passe outre, suivant en cela l'exemple du célèbre commentateur de Dioscoride, très-embarrassé par les descriptions de son auteur et qui, pour se tirer d'affaire, suppose que le texte du médecin grec a été boriiblenient maltraité. Après cette boutade, Mattliiole nous indique que l'Uuile de genévrier est bonne contre le mal de dents, (pie les cendres de son bois sont diurétiques et qu'enfin les sujets affectés de scia tique se trouvent bien des bains de genièvre. Je passe sur les propriétés ecboliques de l'arbrisseau, assez mal définies par l'habile commentateur.
A côté de Dioscoride, il nous faut naturellement citer Pline l'Ancien, sou contemporain, qui, lui aussi, parle de deux espèces de genévriers, dont l'une est plus grande que l'autre. Tous deux feraient fuir les serpents lorsqu'on les brûle.
Pline donne comme usages des baies les suivants : elles calment les douleurs d'estomac, de poitrine, de côté. Elles dissipent les gonlleraenls, mûrissent la toux, et, appliquées topiquement, arrêtent les progrès des tumeurs.
Bues dans du vin, elles resserrent le ventre, dissipent les tumeurs abdominales, sont diurétiques et réussissent en collyre dans les Iluxions des yeux.
On les donne à la dose de quatre dans du vin blanc pour les convulsions, les ruptures, les tranchées, les affections de matrice, la coxalgie, ou de vingt, bouillies dans du vin.
Il en est, ajoute Pline, qui se frottent le corps avec ces baies pour se préserver des serpents.
En définitive, l'illustre naturaliste fait du genièvre un stomachique, un diurétique, un résolutif, un alexipharmaque, un stimulant, un balsamique, — vertus que la médecine contemporaine attribue encore à cette plante.
L'usage du genévrier en médecine s'est continué jusqu'à nos jours, et aujourd'hui encore quelques médecins prescrivent ses préparations, qui ont une réelle valeur et me semblent trop négligées. J'ai dit plus haut que deux espèces seulement faisaient partie de notre matière médicale, le J. communis et le J. oxycedrus. Ce dernier nous fournit l'huile de cade, excellent médicament qui rend les meilleurs services dans les dermatoses; c'est la seule application que je lui connaisse en propre. L'huile de cade a été longuement étudiée dans le remarquable article de Bazin {voy. ce mot), c'est pourquoi ma description portera uniquement sur le genévrier commun, l'espèce en quelque sorte officinaleet certainement la plus ordinairement usitée entre ses congénères. — Lasabiue,
502 GENÉVRIER (emploi médical).
Junipenis sa&ma, rangée parfois parmi les genévriers, figurera plus avantageusemenient à une place spéciale {voy. ce mot) ; quant au J. Virginiana, il n'a pas d'applications médicales, quant à présent.
Propriétés physiques. On peut tirer profit en médecine de toutes les parties du J. com?j(imts, mais généralement on n'emploie guère que ses baies, ses sortimiles et plus rarement son bois.
Tout le monde connaît les fruits du genévrier, ces petits cônes verts ou noirâtres suivant leur degré de maturité, vulgairement ajipelés baies de genièvre ou simplement genièvre. Je rappellerai seulement que ces baies, du volume d'un petit pois, ont, telles qu'on les trouve dans les pharmacies, une couleur noire ou violacée, une odeur balsamique forte, une saveur douceâtre, légèrement amère, térébinlhacée. Elles sont arrondies et plus ou moins ridées par la dessiccation, enfin elles olfrent à l'un de leurs pôles trois petites rainures et h l'autre de petites écailles bractées en étoile. Ces caractères physiques permettent de les reconnaître facilement. Le commerce tire les baies de genévrier de Rotterdam, Hambourg, Legburu, Trieste, etc.
Leur composition a été donnée, en 1822, par Trommsdorff [Gmelin's Handh. d. Ch. Il, 133), c'est la suivante:
Huile volatile 1,0
Poix 4,0
Résine 10,0
Siicre particulier, acclale et niolale de chaux 58,8
Gomnii^ sels df j>oia!se et chaus 7,0
Lii;neux . 35,0
Eau 12,9
En somme, les baies contiennent environ 15 pour 100 de matières balsamiques, ce qui est une assez forte proportion de principes actifs. Je parlerai plus loin de l'essence. Quant à la ré>ine, ele est verte et incristalhsée, suivant Trommsdorff, cristallisée, d'après Nicolel, et aur.iitpour formule chimique C'^IPO'. La poix, dit ce dernier chimiste, est cassante et composée de C'^fP^.
J'appelle encore l'attention surla proportion de sucre contenue dans les baies : 23 pour 100, suivant l'analyse de Donalh (1875). Trommsdorff le dit analogue à celui de raisin, Nicolet à la mélasse.
Outre les substances que nous avons indiquées, Donath signale encore dans les baies de petites quantités d'acides prussique, acétique et malique, plus une substance particulière qu'il nomme junipérine, non cristallisable, soluble dans l'eau.
Essence de genévrier. On la connaît depuis fort longtemps déjà, car en 1556 Schnelleuberg l,i préparait par distillation des baies [Artzneijbuch, Kônigsherg, 1556, 35), et Mattliiole la signale. Elle se trouve dans toutes les parties de la planle, mais surtout dans les fruits verts, qui en fournissent 1 à 2 pour 100 par distillation. Uecluz a montré qu'elle se trouve en nature dans des utricules fusiformes supportées par les graines incluses dans ces fruits. Les fruits mûrs contiennent plutôt de la térébenthine, car pendant la maturation une partie de l'essence se résinifie.
Cette huile essentielle est limpide, transparente, presque incolore, d'une densité de 0,859, donc plus légère que l'eau ; son odeur rappelle celle du fruit et sa saveur est balsamique. Elle est peu soluble dans l'alcool et dévie à gauche la lumière polarisée.
GENÉVRIER (emploi médjcal). 505
Blanchet la considère comme formée de deux huiles isomères, ayant la formule C-'II'" : l'une incolore et assez volatile, l'autre colorée peu volatile. La première composerait presque entièrement l'essence obtenue par distillation des baies. Elle est soluble dans l'alcool et aussi dans l'acide chlorhydrique avec lequel elle forme un camphre artificiel. Elle dissout l'iode ou mieux se combine avec lui, car celui-ci ne réagit plus sur l'amidon et ne jaunit plus la peau. Si l'on ingère cette combinaison, on retrouve l'iode dans l'urine, la salive et le mucus nasal (Ileller).
Je n'ai rien de bien spécial à mentionner concernant le bois et les sommités. Ils reproduisent les propriétés atténuées des baies.
Dans le bois, qui n'a point d'odeur et de saveur, on ne trouve jamais de résine eu nature, au moins en Europe. 11 paraît toutefois que dans les pays chauds on en a vu. Ces parties du genévrier sont à peu près inusitées et ne servent guère que pour les usages domestiques. Les anciens taillaient, dit-on, dans ce bois des images de leurs dieux, probablement parce qu'il est incorruptible. On en relire par distillation une huile essentielle. Le bois de genévrier a donné à Stoltz par distillation [Traité des Essais, de Bertbier, t. I, p. 248) :
A. pyrolijineux 15,80
Huili; empyreumatique 19, '75
Chailjon 22,70
Gaz 20,77
Les sommités ont une odeur balsamique, une saveur araère et térébenlhinée et passent pour laxatives. Brûlées, elles répandent, comme le bois et les baies, une odeur aromatique très-forte prisée par certains odorats et qui masque absolument les mauvaises senteurs. Je dis « masque », parce que le genévrier n'est rien moins qu'un désinfectant dans le sens que nous assignons aujourd'hui à ce mot, c'est-à-dire qu'il est incapable de détruire les émanations fétides.
L PuoPRiÉTÉs PHYSIOLOGIQUES. ElIcs n'oiît pas été recherchées d'une façon spéciale par les auteurs, ou du moins je n'ai pas trouvé dans les traités ou mémoires que j'ai consultés, relatifs à l'histoire du genévrier, ces résultats d'expériences physiologiques telles qu'on les pratique aujourd'hui, qui déterminent nettement la valeur dun médicament par ses effets sur les principales fonctions. Je vais essayer, en rapprochant les faits connus, de commencer cette hisfoii-e physiologique.
Lors((u'on mâche des baies de genièvre en petit nombre, il se produit sur les premières voies une action stimulante. La salive est sécrétée en plus grande abondance et la bouche est humidihée à ce point qu'un botaniste de beaucoup de verve, Roques, a pu dire que ces baies pouvaient tenir lieu du verre d'eau de l'orateur. La sécrétion gastrique est elle-même stimulée, la digestion devient dès lors plus rapide et })lus complète, aussi bien l'appétit s'accroît-il. En langage physiologique nous pouvons dire que le genièvre produit sur les premières voies une excitation sécrétoire, en même temps qu'il sollicite les contractions de l'estomac. Pareils faits s'observent sur les intestins, qui sécrètent et se contractent plus activement. Cette action a pour conséquences souvent l'expulsion des gaz et des matières qui remplissent cette partie du tube digestif. Les anciens avaient d'ailleurs bien vu que les préparations du genévrier dissipent les flatuosités abdominales et peuvent avoir des effets laxatifs; c'est pourquoi ils déclaraient le genévrier stomachique, carminatif, à dose faible.
504 GENÉVRIER (emploi médical).
Après absorption, les préparations simples de cette plante produisent quelques effets diffusés bien connus.
Elles stimulent la circulation et donnent lieu à de l'accélération du pouls, puis à une fébricule passagère.
Mais on note surtout une action importante survies reins, la peau et les poumons.
L'urine est rendue en plus grande abondance et elle sent manifestement la violette, ce qui indique des propriétés diurétiques.
La sueur également, ou plutôt la transpiration insensible, la diaphorèse, comme on disait autrefois, est plus considérable, — d'où \dL propriété diaphorétiiiue.
Enfin, l'haleine des sujets prend une odeur balsamique, ce qui indique que certains principes du médicament s'éliminent f)ar les poumons, aussi bien verrons-nous déclarer le genévrier béchiqiie, antiasthmatique, etc.
En somme, ces faits nous apprennent qu'à petite dose ses préparations sont stomachiques, carminatives, stimulantes, diurétiques, diaphorétiques et qu'elles peuvent agir sur les poumons et les voies pulmonaires.
A dose élevée, les préparations deviennent excitantes au lieu de stimulantes. C'est-à-dire qu'elles agissent violemment sur les organes et appareils, troublent leurs fonctions et provoquent chez l'homme des accidents plus ou moins désagré.ibles. Du côté des voies digeslives, ce sont des vomissements, de la diarrhée, de la dyspepsie douloureuse; la circulation et la respiration sont accélérées et du côté des reins il y a des phénomènes congestifs avec dysurie, anurie et même hématurie (Pison).
Ce dernier va jusqu'à dire que ceux qui abusent des baies de genièvre peuvent devenir diabétiques, ce qui me parait inadmissible (icL nat.curios,vol. X, obs. 52).
Enfin, je signalerai parmi les etfets des doses fortes la stimulation des organes génitaux chez la femme, qui peut aller jusqu'à brusquer l'apparition des règles. On sait ({u'un autre Juniperus, la sabine, possède à un très-haut d gré cette action excitante, puisqu'elle est considérée comme un emméuagogue réel, mais dangereux.
Tels sont les principaux faits relatifs à l'action pharmacodynamique du genévrier.
Nous expliquerons ses effets stomachiques par une action stimulante locale sur la muqueuse des voies digestives, et nous pensons qu'il provoque la diaphorèse et la diurèse, grâce à l'élimination de quelques-uns de ses principes vulatils et résineux par la peau et les reins. Enfin nous croyons qu'il doit encore à son huile essentielle ses qualités stimulantes générales.
Topiquement, les préparations de genévrier se montrent stimulantes et excitantes. Ces eifets sont manifestes sur la peau dépouillée de son épideime, et nous verrons que ces propriétés ont été quelquefois mises à profit dans le traitement des plaies. Grâce à la résine, à l'essence, elles peuvent avoir des vertus balsamiques et vulnéraires d'une certaine valeur.
Elles sont certainement parasiticides, car ou les a vantées comme remède contre la gale et la teigne.
IL Applicatioss médicales, a. Usages a l'iintérieur. Les applications dérivent des ellets physiologiques que nous venons de rapporter. En raison de ses effets stomachiques, le genévrier a été conseillé dans cerlàines affections des voies
GENÉVRIER (emploi mkdical). 505
digestiveSyhàppepsie atonique plus particulièrement. Il stimule l'estomac et l'intestin, chasse les llatuosités, excite la sécrétion des sucs digestifs et tonifie les organes, — de sorte qu'il soulage d'abord les patients et les amène peu à peu à la guérison. Hoffmann vantait beaucoup le rob contre l'atonie du tube digestif. Évidemment, ses préparations pourraient devenir anthelmintiques et chasser des voies digestives les ascarides et peut-être les oxyures, mais nul praticien ne recherchera cette application, puisque nous possédons des médicaments vermifuges d'une action plus sûre et agissant sous un plus faible volume. Ici, en elfet, il faudrait de fortes doses pour obtenir un bon résultat.
Est-ce à titre de stimulant et de diaphorétique? est-ce parce qu'on l'a considéré comme un bon succédané du gaïac et du sassafras, qu'on l'a administré dans le rhumatisme et la goutte (Bruch), dans la syphilis (Brassavola, Etlmiiller, Léon l'Africain, Hanin, etc., Sylvius) ? c'est ce que je ne saurais dire, — ce serait au moins rationnel. Quoi qu'il en soit, ces applications sont aujourd'hui tombées complètement en désuétude.
C'est surtout comme diurétique et balsamique que le genévrier mérite ile rester dans notre matière médicale; il est là sur son véritable terrain, champ bien vaste déjà où ses bonnes propriétés trouvent suffisamment à s'exercer.
En provoquant la diurèse, les préparations de genévrier rendent de très-grands services dans les hydropisies, comme l'ont indiqué Van Swieten, Hoffmann, Rosenstein, Duverney, Ilegewick, au siècle dernier.
Aussi, de nos jours. Trousseau n'a-t-il pas manqué de faire entrer les baies de genièvre dans la formule du vin diurétique qui porte son nom, l'un de nos meilleurs médicaments dans les hydropisies, comme chacun sait.
C'est surtout dans les hydropisies généralisées, dans l'anasarque, qu'il faut faire intervenir les préparations de genévrier. En provoquant une abondante diurèse elles feront rentrer dans la circulation, puis disparaître avec l'urine la sérosité des œdèmes. Toutefois, d ins l'emploi de ces actifs médicaments, il y a d'utiles précautions à prendre pour réussir, et si leurs indications sont nombreuses, cependant quelques contre-indications doivent être mentionnées.
J'ai dit, en effet, qu'à dose élevée on avait vu l'anurie, la dysurie, l'iiématurie, résulter de l'emploi du genévrier. C'est donc qu'il peut congestionner les reins et empêcher leur fonctionnement. Par conséquent, on se gardera de prescrire un pareil médicament toutes les fois qu'on soupçonne vme hyperémie rénale ; mieux vaudrait alors user des sels neutres, du bromure de potassium, etc.
Van Swieten conseillait volontiers la formule que voici :
grammes.
Eau distillée de genévrier 1000
Extrait 12U
Esprit de genévrier GO
Dose : Une ou deux cuilleréea à soupe quatre à iiuit fjis par jour.
J'indiquerai plus loin les principales préparations diurétiques à base de genévrier, tirées d'un certain nombre d'ouvrages généraux ou des pharmacopées.
Maladies des organes génito-ur inaires. Son action spéciale, stimulante sur l'appareil urinaire, l'a fait encore employer dans les affections catarihales de la vessie et de l'urèthre, et de plus il a été souvent prescrit pour favoriser l'expulsion de graviers ou de petits calculs arrêtés dans les voies génito-urinaires.
Ces applications ont leur importance, je m'y arrête un instant.
506 GEiNÉVRlER (emploi .mkhical).
On conçoit facilement que grâce à sa résine le genévrier peut devenir un balsamique utile clans le catarrhe vésical et c]ans\iiblennoi'rha(jie. Mais ce ne sera évidemment qu'un adjuvant de nos grands balsamiques, le copahu, l'essence de santal, le cubèbe, etc., d'un usage si général aujourd'hui. A. Fréd. Hecker, Jourdan, conseillaient l'extrait de genièvre dans la blennorrhagie, surtout à la première période, et Plagge l'essence, qu'il considère comme un excellent succédané du cubèbe et du copahu.
Je croirais plus volontiers à ses bons effets dans la gravelle rénale, et c'est sur cette question intéressante que je vais dire quelques mots. Ettmiiller est un de ceux qui ont le plus préconisé les préparations de genévrier, surtout l'extrait et l'eau distillée de baies, contre les coliques néphrétiques. Après lui, divers médecins se sont également bien trouvés de les prescrire contre cet accident. Demangeon, particulièrement, a rapporté deux faits d'un grand intérêt, dont voici le résumé succinct. Un enfant de dix-huit mois offrait des signes manifestes de gravelle et soulfrait cruellement. On lui fit prendre la simple préparation que voici :
Eau 2 litres.
Oifie monilée 1 cuillerée.
finies fie genièvre 1 poignée.
On fait il'oliord la décoction d'orge m l'on jetle dans cette décoction bouillante les baies de genièvre.
Bientôt le petit malade rendit des calculs, dont quelques-uns avaient le volume d'une lentille, et il fut guéri.
Un autre enfant, âgé de trois ans, expulsa, après avoir pris cette tisane, un calcul de 0e%i5 et du volume d'un petit haricot. Ce calcul dut être extrait de Turèthre.
Le genièvre est diurétique, il stimule les contractions des fibres lisses, donc il est apte à favoriser l'issue au dehors d'un calcul engagé dans l'uretère ou tombé dans la vessie; par conscqueiit la théorie comme la pratique nous indiquent qu'il peut être fort utile dans la giavelle rénale.
On aurait tort néanmoins de lui atlribuer dos vertus litliontriptiques. Si quelques agglomérats de sable urique ou de petits graviers ont pu être désagrégés et ensuite expulsés sous son influence, ce n'est pas à dire qu'on puisse compter sur lui pour dissoudre une pierre dans la vessie. Mais je conviens que par ses qualités diurétiques et stimulantes, par ses vertus balsami([ues, il est indiqué chez les sujets prédisposés à la gravelle, pour tenir libres de tout sédiment les voies urinaires et empè lier la foimation des calculs. On prescrira donc aux sujets affectés de gravelle urinaire les préparations de genièvre ou même les baies en natui'e qui, rapporte Geoffroy {Mat. méd.^ t. VIII, p. 128), réussirent si bien à Laurentius, — non-seulement pour débarrasser leurs voies urinaires des calculs qui peuvent s'y trouver, mais encore à titre de prophylactique, pour empêcher la formation d'autres calculs. Je répète que l'action de ce remède n'est rien moins que mystérieuse; il agit comme diurétique stimulant.
Hoffmann faisait prendre le rob de genièvre, et Vogel simplement les baies en nature. Un pliarmiicien, Durand, prétend avoir vu de bons effets d'un étliérolé de genièvre, qu'il prépare en faisant agir l'éther sur l'huile de cade. Il le donne à la dose de4 à 5 gouttes matin et soir. C'est précisément cette qualité de stimulant <iui coutre-indique son u^age toutes les fois qu'on soupçonne tin état inflammatoire un peu aigu des organes génito-urinaires.
On met quelquefois à profit cette vertu stimulante dans un trouble fonctionnel
GE.^ÉVRIER (EMPLOI médical). 507
des organes génitaux, je veux parlor de V aménorrhée . Le genièvre, comme la Sabine, peut devenir un emméuagoguc efficace cliez quelques malades.
Mais ici il faut s'entendre et limiter cette application à certains cas seulement d'aménorrhée. C'est surtout dans l'aménonhéesymptomalique de chlorose, d'anémie, de troubles dyspeptiques que le médicament peut réussir. Dans ces cas il agit à la fois comme stomachique, reconstituant indirect et comme stimulant direct de la fonction de menstruation.
C'est dans des conditions analogues que Cazin s'est bien trouvé de faire prendre les préparations de genévrier aux femmes affectées de leucorrhée.
Roques donne comme formule d'infusion emménagogue la suivante :
Baies 1 pincée.
Thé 1 —
Pour une tasse dVau Ijouillante.
Je ne comprends pas du tout son emploi dans Yorchite blemiorrhagique, préconisé au siècle dernier, c'est pourquoi je me borne à mentionner le fait à titre de renseignement Jiistorique.
Maladies des voies respiratoires. L'huile essentielle de genévrier s'élimine par le poumon; elle peut donc agir sur cet organe et sur les bronches, comme le font bon nombre de balsamiques journellement ordonnés dans les affections catarrliales pulmonaires : le baume deTolu, la te'rébenthine, Vessenced' Eucalyptus globulus, legoudion, la créosote, l'huile de Gabian, etc.
On ne s'étonnera donc pas des succès signalés à l'actif du genévrier dans Vasthme humide et les catarrhes bronchiques subaigus ou chroniques. L'essence me paraît plus particulièrement indiquée.
On comptera moins sur ce médicament dans la pitthisie pidmonaire (contrairement à l'opinion de Deckberg), si ce n'est peut-être pour combattre un élément catarrhal et relever les forces digestives.
B. Usages divers. Je comprends sous ce titre quelques applications d'un moindre inqiortance.
La médecine populaire, dans certains pays marécageux, combat les accès de fièvre intermittente à l'aide des baies de genévrier en nature. Cinq à six sont ingérées par le patient avant l'accès, puis il se met au lit bien enveloppé dans des couvertures imprégnées de vapeur de ces baies. Bientôt une sudation considérable s'établit et la fièvre guérit. Cazin a suivi cette pratique et s'en est trèsbien trouvé contre les fièvres automnales avec engorgement splénique, et il a vu que le vin de genièvre et absinthe réussissait alors que le sulfate de quinine avait échoué.
D'autres médecins ont conseillé ce médicament dans la cachexie consécutive aux fièvres intermittentes, tantôt seul, tantôt associé à la gentiane, à l'absinthe, aux amers d'une taçon générale, à la digitale, etc.
J'indique cette ressource aux confrères qui pratiquent dans les pays pauvres, désolés par la fièvre.
C'est également le diaphorétique du pauvre, qu'on pourra prescrire dans tous les cas oii la médication diaphorétique est indiquée. A l'exemple de Cazin on formulera :
Bois de genévtier râpé 125 grammes.
Faites bouillir dans 1500 grammes d'eau jusqu'à réduction à lOCO grammes; ajoutez 125 grammes de vin blanc.
508 GENÉVRIER (emploi miîdical).
C'est encore un stimulant administré jadis contre les morsures cVanimaux venimeux; d'où les noms de thériaque allemande, thériaque des campagnards, donnés à l'extrait de genièvre. Aujom-d'lmi on n'y compte plus guère.
Enfin les préparations de genévrier ont été indiquées dans le traitement de la scrofule et le scorbut (Pisone). Dans la première de ces maladies, l'extrait de baies était administré en pilules, associé à l'extrait de gentiane et de centaurée.
C. Usages hygiéniques. Ils sont assez nombreux et ont une réelle importance. J'ai dit déjà qu'on biûlait souvent les baies ou les sommités du genévrier pour désinfecter les appartements, les amphitbéâtres de dissection et, en somme, tous les locaux où se développent des odeurs fétides. Ce n'est pas là, je le répète, une bonne application; on se borne dans cette petite opération à substituer une odeur agréable à une mauvaise odeur, mais on n'agit pas autrement sur celle-ci. Je veux dire qu'on détruit peu les gaz odorants ou les émanations nuisibles, on masque simplement leur senteur.
Les baies étaient autrefois très-usitées à titre de condiment dans la cuisine allemande, surtout dans la préparation de la choucroute; c'était, au dire d'Ettmiiller, la principale épicerie des classes pauvres. Les Lapons, suivant Scbeffers, boivent l'infusion des baies comme nous prenons du café ou du thé. A Paris, anciennement, les confiseurs dragéifiaient ces baies et les vendaient sous le nom de dragées de saint Roch , comme préservatifs en temps d'épidémie.
Ces fruits ont, en effet, joui pendant longtemps d'une certaine réputation comme agents de prophylaxie contre certaines maladies infectieuses. On en faisait mille préparations : confitures, vin, eau-de-vie, ratafia, etc., toutes plus ou moins vantées, comme aptes à protéger contre les miasmes ou bien à prolonger l'existence ('l'ackius).
Nous en reparlerons dans un instant.
Sans attribuer une confiance extrême aux vertus antimiasmatiques du genévrier, je crois néanmoins qu'on peut, à l'exemple de Tissotet deCazin, recommander ses baies, ou les préparations auxquelles elles servent de base, aux gens qui habitent des contrées marécageuses où les fièvres intermittentes sont endémiques.
Un médecin français qui écrivait à la fin du siècle dernier, Daignan, a fait un petit livre consacré uniquement à mettre en relief les effets salutaires de l'eaude-vie de genièvre dans les pays bas, froids, humides et marécageux. 11 démontre que, grâce à un heureux instinct, les peuples du nord de l'Europe ont pour boisson habituelle l'eau-de-vie de genièvre, dont ils font une grande consommation. Cette eau-de-vie, tout en facilitant les digestions chez ceux qui la boivent, gros mangeurs très-avides d'une nourriture abondante et succulente, est encore pour eux un préservatif de la goutte et du rhumatisme dans bien des cas.
On a conseillé les. préparations de genièvre contre le scorbut déclaré; je pense que ces préparations agiraient peut-être aussi sûrement comme moyen de prophylaxie à l'égard de cette cruelle maladie. Les baies du genévrier sont trèsriches en principes balsamiques et en sels de potasse, tous agents que Lexpérience l'ecommande comme préservatifs du scorbut.
Yoici maintenant quelques renseignements pratiques sur les boissons à base de genièvre, employées pour les usages domestiques, principalement chez les populations du nord de l'Europe et en Allemagne.
On prépare avec le genièvre, pour les usages domestiques ou hygiéniques, une
GEiNEVRIER (kju-loi jiiîdical). 509
boisson fermentée appelée genevrette, une eau-de-vie et diverses liqueurs. Voici quelques indications sur leur fabrication.
Genevrette. Le Journal économique de 1 768 indique la préparation suivante : « Prenez trois boisseaux de baies de genièvre bien noires, autant d'orge de mars et deux livres de fruits sauvages cuits au four. Remplissez d'eau à moitié un tonneau. Ceci fait, mettez l'orge dans un chaudron assez plein d'eau et failes-lui jeter deux ou trois bouillons ; retirez du feu et jetez dedans cette décoction les baies et les fruits sauvages, puis versez le tout dans le tonneau. Laissez infuser deux jours et alors versez quotidiennement un peu d'eau dans le tonneau, de manière à le remplir. On couvre alors simplement l'ouverture de la bonde. La fermentation ne tarde pas à s'établir, puis le calme apparaît et l'on peut commencer l'usage de la boisson. On ajoute autant d'eau qu'on a pris de genevrette et la liqueur se perpétue ainsi plusieurs mois de suite. »
11 y a diverses variantes à cette préparation, llelvelius conseillait une dose double de genièvre, supprimait l'orge et lui substituait quatre poignées d'absinthe bien épluchée.
Royer ajoutait 10 ou 12 livres de miel commun ou de sirop de mélasse.
Roques donne une formule plus simple :
grammes.
Baies de genièvre conlusées 60
Rameaux coupés menus 30
Vin blanc 1000
Ce dernier vin est plutôt médicamenteux et usité comme diurétique.
En y ajoutant une pincée d'absinthe et 30 grammes de racine de raifort, on a im excellent tonique qui excite l'appétit et réveille les fonctions digestives. 11 faut laisser infuser trois jours et ajouter 60 grammes de sucre.
Vesprit de ^ere/èDre s'obtient en distillant le vin de genièvre; il n'est guère usité; c'est le genièvre des Allemands.
V eau-de-vie de genièvre ou genièvre, le gin des Anglais, est au contraire le stimulant ordinaire, la liqueur habituelle, nationale, si j'ose ainsi dire, chez les peuples du nord de l'Europe.
Elle se prépare le plus souvent à l'aide d'eaux-de-vie de grain qu'on distille sur les baies du genévrier.
Cette liqueur doit être d'une limpidité parfaite.
Le genièvre, dit Daignan, convient dans les pays bas et humides; il restaure, anime, échaufte, aide à la digestion, dissipe les vents et pousse aux urines; il excite la transpiration, fortifie les viscères, ranime toutes les fondions de l'économie. On voit que l'auteur ne lui ménage pas les comphments et qu'il en fait un cordial de premier ordre.
Le ratafia de genièvre est une bonne liqueur stomachique, cordiale, apéi'itive. Roques a donné le mode de préparation que voici :
Baies de genièvre 300 grammes.
Semences d'anis 8 —
Cannelle fine 4 —
Eau-de-ïie de Cognac i litres.
Euu de rivière KOO grammes.
Sucre ... 10; 0 —
Laissez infuser les baies dans l'eau-de-vie huit ou dix jours, avec l'auis et la cannelle; passez à travers un tamis, ajoutez le sucre et ûltrez.
510 GENÉVRIER (emploi médical).
D. Usages a l'extérieur. La décoction de genévrier passe pour résolutive, détersive, tonique, vulnéraire, et a joui autrefois d'une certaine vogue bien diminuée aujourd'hui, comme agent propre à résoudre les engorgements œdémateux et à cicatriser les ulcères atoniques ou scorbutiques. On faisait aussi parfois servir les cataplasmes préparés avec les fruits aux mêmes usages, et Daignaii a conseillé de préférence, en pareils cas, l'esprit de genièvre.
Les fumigations de baies de genièvre ont été également recommandées pour bâter la cicatrisation des ulcères phagédéniques (Pentzin), dissiper une atonie générale comme dans la scrofule, soulager les douleurs de la goutte et du rhumatisme, résoudre l'anasarque, rétablir les fonctions cutanées chez les sujets infiltrés, et combattre le coryza chronique (Caziii), etc.
Ces fumigations se font simplement en faisant brûler les baies dans une bassinoire qu'on porte dans le lit des malades, ou bien ceux-ci exposent directement les parties affectées aux vapeurs balsamiques. Ou bien encore, à l'exemple de Ilufeland, on recueille la fumée des baies de genièvre sur une flanelle et l'on pratique des frictions avec cette flanelle bien imprégnée de vapeurs aromatiques.
Parfois on fait brûler les baies dans la chambre des phthisiques, pour agir sur un élément catarrlial des bronches en créant une atmosphère médicamenteuse propre à éteindre l'irritation bronchique surajoutée à la tuberculose.
Je terminerai cette énumération en disant que le genévrier a été utilisé anciennement contre la gale (Rosenslein), et que c'est un remède populaire contre la teigne dans les campagnes. Les paysans écrasent ses baies, les mélangent à l'axonge et appliquent cette pommade bouillie sur la tête des sujets affectés de teigne. Nous sommes actuellement mieux armés qu'autrefois contre ces deux dermatoses parasitaires, c'est pourquoi on n'a plus recours au genévrier, remède utile, mais peu énergique, recommandé cependant par un médecin du nom de Chomel.
E. Modes d'administration. Doses. Formulaire. A l'intérieur, on administre les préparations suivantes : Infusion, décoction de baies ou de sommités et leur eau distillée ; vin de fruits, vin de cendres, teinture, extrait, huile essentielle, alcoolat, poudre, fruits entiers.
]J infusion se prépare, en vase clos, avec 20-50 grammes de baies ou de sommités pour 1000 grammes d'eau ou de vin blanc. On passe après refroidissement. A prendre par verre.
La décoction est obtenue en faisant bouillir de 40 à 80 grammes de copeaux de genévrier dans un litre d'eau. Mêmes doses que l'infusion.
L'eaM distillée, produite par distillation de une partie de baies ou de sommités sur 4 d'eau, sert de véhicule à diverses préparations de genièvie ou bien à d'autres médicaments dont on veut masquer la saveur.
Le vin de fruits a pour formule la suivante :
grammes.
Genièvre 50
Vin très-chaud 500
Laissez infuser une demi-heure el passez.
Dose : 50 à 60 grammes. — Est parfois employé pour le pansement des ulcères indolents.
Vin de cendres. On traite 150 grammes de cendres de bois par un litre de bon vin ou de cidre. S'administre aux doses de 50, 60 et 100 grammes, comme diurétique, dans les hydropisies.
GENÉVRIER (emploi médical). 511
Teinture. Baies de genièvre, 1 partie; alcool à 53 degrés, 2 parties. Dose : 2 à 10 grammes en potion ou dans du vin. Tiès-peu usitée.
Extrait. Faites infuser pendant vingt-quatre ou qu 'rante-huit heures 1 partie de genièvre dans 4 d'eau et réduisez à consistance d'extrait. Dose : 4 à 8 grammes en potion, pilules.
On prépare aussi un extrait par décoction. Si l'on évapore la décoction jusqu'à ce qu'elle ait pris la consistance du miel et qu'on ajoute un peu de sucre pour conserver le produit, on a le rob de genièvre, préparation très en honneur dans la pratique comme en liippiatrique au siècle dernier. La dose est de 30 à 90 grammes.
Huile essentielle. Elle se prescrit à la dose de quelques gouttes ; 3 à (3 en potion, oléo-sucre, capsules, pilules. L'oléo-sucre se formulera ainsi :
Huile essentielle de genévrier 3 goutte».
Sucre i grammes.
Alexander prescrivait cette huile à la dose de quelques gouttes dans une infusion àQ tiié vert comme un excellent diurétique applicable dans l'hydropisie.
Pour administrer l'essence en capsules, en pilules, on aura bien soin de l'incorporer à une substance inerte (}ui la divise bien, de mmiicre à empêcher son action topique irritante sur les voies digestives. Di-soute dans l'espiit-de-vin. l'huile de genévrier est un bon emménagogue, un canninatif et un diurétique (Daignan).
L'alcoolat se prescrit aux doses de 2 à 4 grammes. Il est également peu usité.
La poudre est rarement prescrite seule. On peut en donner de 2 à 20 grammes, en bols ou pilules.
Les fruits entiers se prennent à la dose de 15 à 25 grammes à la fois, sous forme de dragées ou en nature.
Voici maintenant quelques formules qui m'ont paru bonnes à connaître. Je les tire de la Pharmacopée universelle de Jourdan :