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''tails par Billroth, était bilatéral; le redressement a été complet sur les deux genoux et sans aucun accident.
En France, Bonnet (de Lyon), qui pensait que le genou valgus est déterminé par la rétraction du biceps, coupa le tendon de ce muscle. « Cette section, dit-il, facilite le redressement, mais celui-ci ne tend pas à être permanent, il est bientôt détruit pai- la marche. Parmi les cas où je l'ai pratiquée, il m'est impossible d'en citer un seul où j'aie obtenu un succès véritable » [Traité des sections tendineuses, etc. Paris-Lyon, 1841, p. 575).
J. Guérin, conformément à sa théorie des phases successives que parcourt le genu valgimi, a sectionné tantôt isolément, tantôt ensemble, le ligament latéral externe, l'aponévi-ose du fascia lata, le tendon du biceps.
En Angleterre, Tamplin, qui a pratiqué la ténotomie du tendon du biceps, a sectionné deux fois le sciatique poplilé externe. La paralysie n'a duré que deux mois.
Les sections sous-cutanées, dont l'utilité est si rarement démontrée, sont presque abandonnées aiijouidhui, excepté en Allemagne, où Langenbeck pratique encore la ténotomie du ligament latéral externe, mais chez les enfants seulement. Ce chirurgien ne redoute pas chez eux la pénétration de l'air dans l'articulation. En France nous sommes plus timorés, surtout lorsqu'on possède des moyens moins dangereux que l'opération dont il s'agit.
b, Osléoclasie manuelle. Cette méthode a été menlionnée pour la première fois par Delore (de Lyon) en 1861. Plus tard, en 1873, il en fit l'objet d'une communication à la réunion de l'Association française pour l'avancement des sciences, et l'année suivante il présenta à la Société de chirurgie de Paris les résultats de sa pratique. Voici comment il décrit son procédé opératoire :
« Le malade (étant anesthésié) est placé sur le bord du lit. Au-dessous de la malléole externe, on dispose un coussin qu'un aide maintient solidement, pour élever le genou au-dessus du plan du lit. Dans cette situation, le genou en dedans se présente directement en haut, et le chirurgien passe sur lui avec les mains sur lesquelles il fait porter le poids du corps, donnant de petits secousses. 11 ne faut pas employer une force trop grande. La malléole externe ne doit pas être soulevée trop haut, afin que le genou ne soit pas trop éloigné du plan du lit, qui est destiné à prévenir un trop grand effort fait par le chirurgien ; quand on éprouve un peu de fatigue, il faut se faire remplacer par un aide dont on dirige les manœuvres. On procède lentement, progressivement, sans ^e décourager, et au bout d'un temps variable suivant la force du sujet on voit le redressement s'opérer. Ce temps varie de cinq minutes à une demi-heure. Chez les enfants de deux à trois ans, encore en puissance de rachitisme, il faut une pression trèsmodérée, chez les individus de dix-huit à vingt ans, dont le ramollissement rachitique a disparu depuis longtemps, il faut user d'une grande force.
« Pendant l'opération, il est fréquent d'entendre des craquements plus ou moins accentués suivis du redressement immédiat » (Delore, Du mécanisme du genou en dedans, etc., Compte rendu de VAssoc. franc, pour Vavanc. des se, Lyon, 1873, p. 796).
Tillaux a modifié de la manière suivante le procédé de Delore : « Le sujet profondément endormi repose sur une table couverte d'un seul matelas peu épais. Le membre inférieur est appliqué sur le rebord de la table de façon qu'il porte sur sa face interne. Le point d'appui doit être pris sur le condyle interne du fémur. La jambe tout entière dépasse donc la table. Il faut confier à un aide
vigoureux le soin d'immobiliser la cuisse dans cette position, de façon à l'empêcher de tourner. Saisissant alors de la main droite la jambe sur sa partie moyenne, je m'en sers comme d'un bras de levier et, pendant que de la main gauche je continue à bien maintenir le genou appuyé sur sa face interne (car de là dépend le succès de l'opération), j'exerce des pesées successives et de plus en plus fortes, jusqu'à ce que l'on perçoive un craquement caractérisque. Le membre est ensuite placé bien droit dans un appareil silicate avec attelles latérales, oij je le maintiens pendant soixante jours » {Anatomie pathologique, Paris, 1877, p. 1U9).
Ces deux procédés ont chacun leur avantage et leur inconvénient. Dans le premier la puissance porte sur le genou lui-même, les diaphyses ne sont pas exposées à être fracturées, ce sont les cartilages épiphysaires qui cèdent les premiers. Par contre, il faut déployer une force considérable, et le concours de plusieurs aides est souvent nécessaire pour obtenir le redressement. Dans le second, la puissance appliquée à l'extrémité de la jambe qui fait office de levier n'éprouve aucun déchet. Mais, si les os de la jambe n'offrent pas une résistance suffisante, ils peuvent se briser. Cet accident n'est cependant pas très à craindre, parce que la main de l'opérateur l'avertit du moment où il doit s'arrêter.
Aussitôt que le redressement est obtenu, il faut maintenir le membre dans un appareil plâtré auquel on ajoute une longue attelle externe qu'on laisse en place jusqu'à ce que le plâtre soit sec. Cette précaution empêche la déviation de se reproduire, par l'effet de la tonicité musculaire. On réveille ensuite le malade, qui est transporté sur son lit.
La réaction qui se produit après l'opération est très-légère : un peu de fièvre, une élévation de température de 1 degré environ, un peu de douleui- les premiers jours, et puis le malade guérit suivant le mécanisme des fractures incomplètes ; la solidité de l'os est complète après deux mois. Cependant les choses ne se passent pas toujours aussi simplement ; j'ai vu plusieurs fois la douleur devenir as«ez forte pour qu'on fût forci d'enlever le bandage plâtré le lendemain de son application.
Delore laisse le bandage en place pendant un mois, ensuite il applique un tuteur qui immobilise le genou et l'empêche de fléchir sous le poids du corps. Ce tuteur doit être porté pendant dix à quinze mois au moins. Tillaux n'enlève l'appareil qu'après deux mois, après Lesquels il mobilise l'articulation. OUier, qui pratique presque toujours le redressement forcé, même chez les enfants de trois ou quatre ans, regarde, dans ce dernier cas l'état de l'articulation au bout de trois semaines, et, s'il existe do la tuméfaction du genou ou de la région épiphysaire, il réapplique le même bandage, sinon il en met un plus léger et. après sept ou huit jours, il fait porter l'appareil à tuteur qui doit être conservé pendant un an environ. Chez les enfants plus âgés, il laisse le premier bandage pendant cinq ou six semaines après lesquelles il le remplace par le tuteur. OUier règle sa conduite, au commencement du traitement, sur l'état de la portion juxtaépiphysaire du fémur et de l'articulation correspondante, et, pendant la période de consolidation, sur l'état constitutionnel du sujet. Chez les racbitiques, par exemple, il prolonge l'usage du tuteur pour éviter les récidives et même des déformations en sens inverse.
Delore, qui lors de sa communication à la Société de chirurgie avait déjà pratiqué 200 fois l'opération, ne mentionnait que des succès. Deux de ses élèves,
Sauiel (loc. cit., p. 52) et Barbarin (Contribution à V étude des fractures chez les enfants. Paris, 1873, p. 45) ont rapporté dans leur thèse quelques résultats éloignés qu'ils avaient pu constater. Le premier dit que deux fois le tuteur a pu être quitté au bout de huit mois et une fois au bout d'une année. L'enfunt, âgé de sept ans, ne portait plus l'appareil depuis six mois lorsque Saurel l'a examiné; la marche était facile ; les deux membres avaient exactement la même longueur, mais les malléoles présentaient encore un écartement de quatre travers de doigt. Le second rapporte que chez un assez grand nombre des anciens opérés de Delore la rectitude du membre n'était pas absolue, mais la déviation n'avait plus rien de gênant ni de choquant; chez quelques-uns il subsistait un peu de faiblesse dans le genou, par suite d'une laxilé très-grande des ligaments, et un peu de dislocation de la jointure. En somme, dans tous les cas, le malade avait bénificié de l'intervention chirurgicale.
Jusqu'à quel âge peut-on opérer le redressement forcé? D'après les expériences cadavériques et l'autopsie de Delore que nous rapportons plus loin, il est probable que le redressement se fait par un décollement du cartilage: or c'est vers vingtcinq ans qu'il s'ossifie. On peut donc fixer de vingt à vingt cinq ans l'époque au delà de laquelle cette opération redresserait le genou en déterminant une fracture.
Il nous reste maintenant à examiner quels sont les désordres produits pendant le redressement forcé. Delore a constaté les lésions suivantes sur le cadavre d'un enfant de trois ans, mort accidentellement dix jours après qu'il l'eut opéré d'un genu valgiim :
« Les ligaments n'avaient pas été déchirés, les articulations n'avaient subi aucun traumatisme.
« Le système osseux, au contraire, portait des traces manifestes du redressement opéré. L'épiphyse du fémur droit avait été décollée dans sa moitié externe, et en bas, sur le périoste de la face antérieure, on constatait une ecchymose étendue. Cette lésion et les autres que je vais décrire étaient en voie de réparatien et ne présentaient aucun signe d'inflammation.
« L'épiphyse tibiale était décollée dans la partie qui constitue la tubèrosité externe du tibia. Au niveau de la tubèrosité interne, on constate à la sui'face osseuse des signes de tassement.
« La tète du péroné a été arrachée complètement par le ligament latéral externe et le tendon du biceps, et séparée de sa diaphyse par un intervalle de 4 millimètres.
« A gauche l'épiphyse du fémur est décollée encore plus complètement qu'à droite ; un cal exubérant commence à réparer la lésion produite.
« Le décollement du tibia est le même qu'à droite. Rien du côté du péroné.
« A l'extérieur, on ne reconnaissait aucune trace de traumatisme. »
Delore conclut de cette autopsie que le redressement doit être attribué à une seule des causes suivantes ou à la réunion de plusieurs d'entre elles :
« 1" L'écartemeut des surfaces ariiculaires, qui peut se constater par des mouvements de latéralité ;
(( 2° L'arrachement du périoste par les ligaments latéraux externes;
v^ 5" Le décollement des épiphyses qui porte sur le condyle externe du fémur, la tubèrosité externe du tibia et même la tète du péroné. Ce décollement est quelquefois brusquement accompli et accompagné du craquement dont j'ai déjà parlé. Dans la plupart des cas, il est impossible de le constater chez le vivant ;
« ¥ Le tassement de la tubérosité interne du tibia ;
« 5" L'élasticité du fémur et du libia est encore un élément de redressement ; cette élasticité est prononcée jusqu'à dix ans. »
Les quelques autopsies qui ont été faites depuis par Delore \Lyon médical, 1874-1879) et celle de Ménard {Revue de chirurgie, 1881, p. 758) justifient les premières conclusions de Delore. Ces nécropsies ont en effet conlirnié le décollement de l'épiphyse et celui du périoste. Les surfaces décollées étaient séparées par une substance molle sanguinolente. Enfin les expériences cadavériques de Saurel, Barbier, Ménard et autres, ont montré qu'il se produit une rupture habituella soit de l'extrémité épipbysaire du fémur, soit de celle du tibia, quelquefois du péroné ; un décollement presque constant du périoste audessus de son insertion épipbysaire, quelquefois une déchirure du ligament latéral externe, lorsque le redressement était fait avec la main ; cet accident n'a pas eu lieu lorsqu'on a employé la machine GoUin que nous décrirons plus loin.
La rupture du cartilage, d après Barbier et Ollier, se fait toujouis du côté de la diapliyse; le cartilage de conjugaison reste attaché à l'épiphyse. Le décollement est donc diaphysairc et non épiphysaire.
Ce décollement est un accident qui pouvait faire craindre que l'accroissement de l'os en longueur n'eût à en souffrir. Mais les recherches d'Ûllier ont démontré qu'il est facile de se placer dans des conditions convenables où il n'y ait rien à craindre.
« L'expérimentation, dit-il, nous démontre que les décollements du cartilage de conjugaison influent d'une manière variable sur le développement du membre. L'arrêt d'accroissement paraît nul, si la réduction a été faite immédiatement et si l'inflammation a été soigneusement évitée.
« On peut admettre comme un fait général l'observation de Foucher et de Goyraud sur le parfait accroissement des membres dont les épiphyses ont été disjointes.
« La plaie se cicatrise comme une plaie osseuse et non comme une plaie cartilagineuse, la séparation se faisant au niveau de la couche chondroïde et non au niveau du cartilage lui-même. Le tissu intéressé n'est déjà plus du tissu cartilagineux. »
On a encore observé quelques autres accidents à la suite du redressement forcé. Lannelongue a mentionné une arthrite consécutive. Reuss cite une observation recueillie dans le service de Bœckel et dans laquelle il se produisit une périostite phlegmoneuse diffuse de toute la diapliyse fémorale avec abcès multiples. On fut contraint d'établir de nombreux drainages. Le fémur se dénuda sans pourtant qu'il y eût élimination de séquestre; à un moment donné, la mort paraissait certaine, et ce n'est qu'au bout de quatre mois que l'on obtint la guérison de ces accidents consécutifs (Peyre, loc. cit., p. 74).
L'hydartlirose du genou est un accident très- fréquent à la suite de l'opération. En général elle se dissipe d'elle-même.
Machine ColUn. Nous donnons la description et le dessin d'une machine construite par M. CoUin pour redresser le genu valgum. Elle est très-facile à manier et d'une puissance supérieure à celle qui est nécessaire pour redresser les genoux les plus résistants.
« Cet appareil se compose de trois pièces principales, à savoir : deux demigouttières s'appliquant l'une à la partie moyenne de la cuisse, l'autre au tiers
inférieur de la jambe, ot formant les deux extrémités d'un porte à faux dont la branche agissante est supportée par un levier.
Ces demi-gouttières sont supportées par deux tiges en fer glissant à coulisse sur une branche d'acier, afin de pouvoir l'adapter à toutes les tailles.
Une partie mobile, mobilisée par une longue tige faisant levier, attire le genou en dehors, pendant que les deux gouttières indiquées ci-dessus maintiennent le membre.
Pour empêcher les rotations de la jambe, on maintient la rotule au moyen d'une pelotte concave qui peut s'abaisser à volonté entre deux montants.
Tout l'appareil est monté sur une planche qui le rend très-solide.
Peyrot a fait avec cette machine une expérience à l'école pratique pour redresser le genu vaîgum sur le cadavre d'un enfant de quatorze ans et demi, bien conformé. Il a présenté les pièces à la Société de chirurgie (décembre 1879).
« Des deux côtés, l'épiphyse fémorale inférieure est décollée. Le c'-rtilage est resté adhérent à l'épiphyse. L'articulation n'est pas ouverte. Les ligaments sont absolument intacts. Elle ne présente aucun mouvement de latéralité. L'extrémité inférieure de la diaphyse est libre dans sa gaîne périostique, sur une hauteur très-faible en dedans, très-grande en dehors et en arrière (0"%iO).
Du côté droit, la jambe a simplement été portée en dedans avec rotation interne, du fait de l'appareil ; le périoste est décollé en dehors et en arrière, dans toute la bifurcation externe de la ligne âpre, sur une hauteur de O^jlO environ. Ce décollement est accompagné d'élongation et d'éraillures, le mouvement possible était plutôt de la flexion antérieure que de l'adduction, ce qui s'explique par la prédominance du diamètre transverse des surfaces décollées sur le diamètre antérieur.
Du côté gauche, à l'action de l'appareil qui avait porté la jambe en dedans on avait ajouté des violences manuelles pour la porter ensuite en dehors. Le périoste était un peu plus décollé du côté interne. Du côté droit, les màchoiz'es fémorales avaient été appliquées juste sur les condyles, bien placées pour dé-
terminer l'arrachement des ligaments plutôt que le décollement qui s'est produit néanmoins. A gauche, les mâchoires fémorales embrassaient et fixaient l'extrémité de la diaphyse. De chaque côté, le péroné avait supporté une forte pression latérale, non sans fléchir, mais sans se rompre.
Le décollement épiphysaire a été produit par une traction uniformément progressive, pratiquée avec uu moufle, sans la moindre secousse et sans qu'aucun assistant ait perçu le moindre craquement. Le cadavre était resté gelé pendant une seaiaine et avait été dégelé complètement le matin même de l'expérience. »
Ménard est arrivé au même résultat. Dans toutes ses recherches cadavériques faites avec i'ostéoclaste l'articulation du genou a toujours été trouvée intacte. Deux fois au contraire les ligaments ont été arrachés pendant les redressements faits avec la main {Revue de chintrg., n" 9, 1881).
L'année dernière nous avons, de Saint-Germain et moi, essayé cet appareil sur des enfants de différents âges et affectés de genu valgum. Au-dessous de 10 ans le redressement s'est fait avec la plus grande facilité; il n'y a eu ni résistance ni craquement. Chez les adolescents de 13 à 15 ans la lésistance était très-notable, mais le membre restait redressé, tandis que chez les enfants il reprenait sa position déviée aussitôt qu'on l'abandonnait à lui-même.
c. Ostéotomie. Cette opération est pratiquée en Allemagne et surtout en Angleterre où elle a pris une extension considérable. Meyer Ta faite le premier en 1852, puis viennent Lister et Annandale en 1875-1876, Bœckel (de Strasbourg), Ogstou, Reeves, Macwen. Le procédé d'Ogslon, qui paraît de plus en plus abandonné, a été très répandu. Voici comment le Journal d'Edimbourg, 1877, décrit l'opération laite par ce chirurgien sur un jeune homme de dix-huit ans, dont le genu vaJgum avait débuté à l'âge de sept ans après une fièvre typhoïde pour s'exagérer ensuite de plus en plus :
« Le patient étant chloroformé, son genou gauche fut fléchi autant que possible la cuisse tournée en dehors. Un long et fort ténotome d'Adanis fut introduit sous la peau à trois pouces et demi au-dessus du condyle interne et assez profondément pour qu'on put sentir la ligne de bifurcation interne de la ligne âpre du fémur. La lame fut ensuite dirigée en avant et en bas sur la face antérieure du fémur, le bord tranchant étant tourné du côté de l'os. Lorsqu'il put sentir la pointe sous la peau, au niveau de la gouttière verticale intercondylienne dans laquelle se loge la rotule pendant l'extension de la jambe, M. Ogston pressa le ténotome sur l'os, puis divisa ainsi les parties molles et le périoste eu retirant lentement son bistouri. La plaie cutanée avait moins de 1 centimètre de lar^e, elle formait l'orifice d'un canal sous-cutané, dirigé obliquement sur la face antérieure du fémur et aboutissant à la cavité articulaire.
Le chirurgien prit alors la scie dont se sert Adams pour la division souscutanée du col du lémur et, l'introduisant dans ce canal, il scia le condyle en allant d'avant en arrière. Dès que l'on pensa que la scie était arrivée au voisinage du creux poplilé, on la relira, le condyle ne tenant plus que par un pont osseux très-mince. La jambe fut ensuite placée dans l'extension, et l'opérateur redressa le "-enou en portant fortement en dedans la jambe du malade; il suffit pour cela d'une foice modérée ; on entendit un petit craquement, et le membre redevint absolument droit comme à l'état normal. Toute l'opération fut faite sous la vapeur phéniquée et pour le pansement on suivit exactement la méthode de Lister. La réaction fut à peu près nulle. L'articulation, d'abord pleine de sang, ne devint ni chaude, ni tendue, et quelques jours après on pouvait retirer le
pansement et commencer les mouvements. Le 6 juin, l'autre genou fut opéré de la même manière, avec le même résultat, et c'est le 21 juin qu'on enleva le pansement. Les mouvements étaient complètement rétablis, des deux côtés, le 9 juillet, et moins de sept semaines et demie après l'opération du genou gauche, cinq semaines après celle du genou droit, le malade put se lever et marcher. Lorsqu'il partit le 31 juillet, il marchait parfaitement. »
Reeves, au lieu de la scie, emploie, pour diviser le condyle interne, le ciseau et le maillet, afin d'éviter que la sciure d'os laissée dans la plaie occasionne une inflammation. Cette opération n'en reste pas moins très-grave. Mais la méthode antiseptique de Lister absout toutes les audaces chirurgicales.
L'ostéotomie cunéiforme de la partie interne du condyle fémoral a été faite en 1877 par Macwen et Chiene, dont les procédés sont assez voisins l'un de l'autre. Macwon fit, sur le condyle interne du fémur une incision dont le centre correspondait à la partie supérieure du condyle, dans le but d'arriver aussi près que possible de l'articulation sans l'ouvrir. Une portion en V de la partie interne de l'extrémité condylienne fut enlevée avec le ciseau, le reste de l'os fut brisé, le membre fut ramené à la rectitude (the Lancet, 1878).
Chiene pratiqua une incision verticale à partir du tubercule sur lequel s'insère le long adducteur et qui comprenait la peau et l'aponévrose ; il écarta les fibres obliques du vaste interne et arriva sur le périoste, puis, à l'aide du ciseau et du maillet, il sectionna une portion osseuse en forme de coin et l'enleva. Le membre fut alors redressé (British médical Journal, 1877, t. ÎI).
Malgré les bons résultats que donnèrent ces opérations, Macwen, modifiant son procédé, fit la section transversale de l'extrémité inférieure du fémur dans les deux tiers de son étendue et le brisement consécutif. Voici, du reste, le résumé de son procédé opératoire (Peyre, loc. cit.) : « Le malade étant étendu, on choisit un point situé au-dessous du bord supérieur de la rotule et on trace une ligne circulaire correspondant à la direction que devra avoir la section osseuse. On fait une incision longitudinale au devant du tendon du grand adducteur, le centre de l'incision correspondant à la ligne circulaire. La longueur de l'incision est un peu plus considérable que la plus grande largeur de la cisaille à employer.
<( La division des parties molles se fiiit d'un seul coup, et le bistouri doit aller jusqu'à l'os. On introduit alors la cisaille, à l'aide de laquelle on pratique la section transversale de l'os en retirant l'instrument le moins possible. Il faut que cette section porte au moins sur les deux tiers de l'épaisseur de l'os, sinon on s'expose, au moment où. l'on pratiquera le brisement, à produire la séparation du condyle interne et à n'avoir en réalité que l'opération de Reeves et d'Ogston modifiée.
« Lorsque les deux tiers de l'os sont ainsi sectionnés, on opère le redressement, qui amène la fracture du reste du iémur. »
Au dire de son auteur, ajoute Peyre, les avantages de cette méthode sont les suivants :
« La cisaille même, par le fait de son épaisseur, produit à la partie interne une perte de substance osseuse en forme de V dans le genre de celle que l'on obtient dans l'ostéotomie cunéiforme, mais celte perte de substance est bien moins considérable ; et, en outre, lorsque le redressement est opéré, la perte de substance se répartit entre le côté interne et le côté externe; elle est de peu d'étendue sur l'un et l'autre côté, et la guérison est bien plus prompte, tandis
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que dans l'ostéotomie cunéiforme la perte de substance est telle qu'il existe un vide difficile à combler.
« Tandis que dans l'opération d'Ogston et de Reeves l'articulation est presque toujours ouverte, elle reste dans ce cas complètement indépendante de la section, qui se trouve à peu près à égale distance entre la surface articulaire et le cartilage épiphysaire; c'est en réalité en présence d'une fracture compliquée que l'on se trouve, et, avec les moyens actuels de pansement, on peut envisager avec moins de crainte qu'autrefois une telle éventualité.
« Le périoste est le plus souvent conservé à la partie externe, et la réparation en est d'autant plus complète » (xMacwen, the Lancet, 30 mars, 28 décembre 1878, 26 avril 1879).
Ainsi, en Angleterre, les uns, comme Macvven, opèrent avec le ciseau (section supra-condylienne du fémur j, les autres font l'ostéotomie sous-cutanée avec une petite scie cultellaire. Mais le ciseau paraît avoir la préférence : on opère à ciel ouvert, on a une plaie plus nette et on ne craint pas d'y laisser de poussière osseuse.
En Allemagne, on pratique aussi l'ostéotomie pour redresser le genii valgum Billroth, Scheede, Volkmann, von Heine, Nussbaum, sont les cbirurgiens dont le nom revient le plus souvent dans la presse allemande.
Les suites de l'opération sont ordinairement assez simples : la cicatrisation se fait, en général, en un mois. Mais on a constaté des accidents très-graves : tumeur blanche, ankylose, perte d'un membre, issue funeste. Barkcr {British médical Journal, 1878. — Peyre, loc. cit., p. 90) rapporte un cas de mort survenu sous ses yeux, 48 heures après l'opération. « A l'autopsie, on trouva, dit-il, que la cause de la mort était une pneumonie septique avec infarctus hémorrhagiques dans le lobe inférieur du poumon droit. L'articulation était absolument saine, la plaie suppurait légèrement. On trouva dans le corps de différents muscles de la partie antérieure de la cuisse du pus n'ayant aucune communication avec l'articulation. Un trouva neuf foyers purulents dans les muscles de la cuisse; toutes les veines étaient absolument normales. La section de l'os était telle qu'elle le devait. Les ligaments cruciaux étaient intacts. L'intérêt de cette communication, dit M. Barker, réside tout entier dans le développement rapide de la septicémie, malgré l'emploi le plus rigoureux des précautions antiseptiques pendant et après l'opération. »
La division suscondylienne du fémur jouit aujourd'hui, en Angleterre, d'une faraude vo^ne. Le 28 avril 1881, Macvven avait opéré 52'J genu valgum par ce procédé, et sa première opération daterait, d'après Peyre (loc. cit.), de la fin de 1877. Ainsi que nous l'avons dit, la méthode opératoire d'Ogston est de plus en plus abandonnée. Ollier en a cependant vu un beau résultat chez un enfant : le membre était droit et l'articulation très-mobile.
Eu résumé, malgré tous les cas heureux que mentionnent les statistiques, l'ostéotomie dans le genu valgum est une opération qui peut avoir des conséquences beaucoup plus graves que le redressement forcé. Aussi pensons-nous qu'il est rationnel de i^éserver la division suscondylienne pour les cas où la soudure des épiphyses rend impossible tout autre mode de redressement (wi/. Attitude et Déformatio.n). Pierre Boulasd.
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GE^'OUILLIÈRE. La genouillière, de même que la guêtre (voy. ce mot), doit être considérée comme une parlie retranchée d'un bas compresseur, et, de même que celui-ci, peut être élastique ou simplement lacée.
La genouillière élastique peut consister en un manchon de caoutcliouc vulcanisé, plus ou moins mince suivant le degré de contention qu'on veut obtenir. 11 est bon en général, avant de l'appliquer, de recouvrir le genou d'un morceau ou d'une bande de toile, le caoutchouc appliqué directement sur la peau y produisant facilement de rirritation ; mais cette irritation même peut être utile en certains cas. Même avec la précaution que nous venons d'indiquer, ce manchon n'est pas toujours bien supporté, à cause de la grande chaleur locale qu'il occasiomie, surtout s'il existe de l'arthrite. Dans la grande majorité des cas, il vaut mieux se servir de la genouillière de tissu élastique, composé, comme on sait, d'une trame de fils de caoutchouc vulcanisé tissés avec des lils de chanvre, de coton ou de soie. Nous renvoyons sur ce point à ce oui sera dit des bas élastiques au mot Varice.
GENSEL. ''OS
Les genouillères lacées sont faites avec du coutil ou avec de la peau de chien ou de chamois. Elles se lacent à la manière d'un corset, sur un côté du genou, ordinairement le côté externe. Leur avantage est de permettre de varier à volonté le degré de compression ; mais elles s'adaptent difficilement à tous les accidents de forme de la région, surtout au creux poplité.
On fahrique quelquefois des genouillères destinées à agir moins par constriction que par la chaleur qu'elles entretiennent dans la partie. Telles sont les genouillères de tricot ou celles de peau de chat ou de lièvre non tannée, et dont le côté velu forme la surface interne du manchon. D.
GEX«>1]ILI.ET. Nom donné quelquefois au Sceau deSalomon [Pohjgonatitm vulgareL.]. Pl.
GE:\re {Gemis). En zoologie, réunion d'espèces qui présentent un ou plusieurs caractères communs plus ou moins remarquables. Dans l'espèce, les caractères communs sont fondamentaux, essentiels, fixes, et celte fixité s'accuse par la reproduction indéfinie. Un cheval ne donne et n'a jamais donné naissance qu'à un cheval, un chien qu'à un cliien, un aigle qu'à yn aigle. Dans le genre, les caractères communs sont extérieurs, superficiels et ne se transmettent pas nécessairement par génération, ou ne se transmettent que dans un nombre de générations très-limité. Exemple : le mulet. Cette intransmissibililé des caractères du genre à des descendants n'empèclic pas le genre hii-mème d'être immuable dans le temps. Le mulet d'aujourdluii est le mulet d'il y a mille ans.
La question se présente à peu près sous le même aspect en botanique où le métissage donne sensiblement les mêmes résultats.
On sait que la réalité des genres et des espèces, tels qu'ils sont ici définis et tels que les admettent d'illustres zoologues ou botanistes, a été toujours contestée et l'est surtout aujourd'hui. Suivant une doctrine très en faveur, il n'y aurait sur la terre que des individus. C'est au mot Espèce que cette grande question sera étudiée avec toute l'attention qu'elle mérite. D.
GEXSAXA (ToMMASo). Médecin italien, pratiquait son art à Saluzzes, dans le Piémont, dans le premier tiers du dix-neuvième siècle. 11 s'est beaucoup occupé de variole et de vaccine, et a fait des efforts pour la propagation de la vaccination. La plupart de ses publications sont relatives à ce sujet. Nous connaissons de lui :
I. Del vajuolo vnccino, memoria storico-crilico . Cuneo, 1809, in-8°. — II. Biflessioni sopra i vantaggi délia vaccina e sopra il vajuolo pecorino dell Doit. Francesco Bruni. Fireiize,
1809. III. Dottrina vaccinica, in dialoglii, compilala e publicala pcr ordine del prcfcllo
délia Stura. Cuneo, 1812, in-8°. — IV. Une traduct. A. Matuias. Del morbo mercuriale, eic- Milano, 1819, trad. de l'angl. — V. Storia di iina nuova paralisi. In Giorn. délia Soc. mcd.chir. di Parma, t. VII, p. 109. — VI. Sul salasso equinoziale nuove considerazione. Ibid ,
p. igi. YII. Consideraz. inlorno ad un nuovo perfaionamenlo delta vaccinazione c
descrizione del vajuolo miùgato. In Aunali. uiiiu. di medicina, t. XK, p. 107, 1819. — VIII. Cenni intorno alla gaslro-i teroloniia. Ibid., t. XIV, p. 52, 1820. — IX. Sperienze suir uso délia china biclorata. Ibid., t. XXXV, p. 388, 1825. L. IIx.
GEXSEL, (Joha^k-Adam). Médecin hongrois, né à Œdenburg le 26 octobre 1677, ,„ort le 51 août 1720. Il éludia à léna tout d'abord la théologie, mais sa sauté délicate ne lui permit pas d'embrasser la carrière ecclésiastique. 11 s'appliqua en DicT. E^c. i." s. Vil. 45
moi
706 GEiNSOUL.
conséiiuence à la médecine, et fut reçu docteur, sous la présidence de Wedel, en 1699. Il se rendit ensuit© en Italie et visita Bologne, Florence, Rome et passa deux ans à I\uloue, où il fut nommé chevalier de Saint-Marc par le doge de Venise, et en 1705 se fit agic'cr docteur en philosopiiie et en médecine.
A son retour, Gcnsel exerça son art successivement à Eisenburg et à Œdenburg, puis fut nommé médecin pensionné du comte d'iiisenburg et enfin médecin du prince dEsterhazi. En 171^, il devint membre de l'Académie descurieux delà nature, dont il fut nommé vice-président deux ans après. Il était en outre membre de la Société royale de Berlin. Il légua par testament une forte somme à l'Académie des curieux de la nature et ce legs fut emplo;,é, en 1752, à agrandir et à enrichir la Bibliothèque de la Société, qui avait été fondée par J.-J. Baier en 1711. Les ouvrages de Geiisel ne présentent rien de bien remarquable; ils se bornent à fUielques dissertations académiques et à des observations publiées dans les Êphémérkles des Curieux de la nature. Nous citerons cependant :
I. Dhs. med. (Cfiruin ischuria laborantein exhibens. leiiœ, 1099, in-4°. — II. Thèses philos. -med. S. fter/. Maj. Josepho [ dlcatœ pro siiprema in philosnphia et medicina laurea conscquenda, imponenle eam Bcrnardino Ramazzini. Ticiiii, 1705, in-(ol. — III. De procideiilia uleri lolali qiioad fandum cumfebve maligna. In Ephem Nalwœ Curiosoriim , Centur. I et II, obs. l'Jô (lélniin-. clans Acla Erudil. Lips., 1716). — IV. De procidciitia oculi quoad loluiii. fbid., obs. 19i. — V. De pica virili, seu inordinato appctitu rerum ciliosarum et a iialitra kumana alieiiovum ne inedibiliwn. Ibid., obs. 195. — VI. De fcbri inaligna .nimme pcriculosa,eliam quasi deaperala, inqua to Q-:ïovemicuit Ilippocrulicuni. Ibid., Centur. III et IV, obs. 48 — VII. De conceptione in soinnio. Ibid., obs. W. — V 111. De hijdvophobia. Ibid., obs. 50. — W. De hœinorrliaqia pénis. Ibid., obs. 51. — X. De pilorum effluvio fofius corporis. Ibid., obs. loi. — XI. De caruncida iirelhrœ in lue venevea. Ibid., Centur. VI, obs. 84. — XII. Analomica de subiner.so. Ibid., obs. 85. — Xlll. Constitulio epidemica inferiori-s Ilungariœ. an. 1711, 1712, 1715, cuni historicis et meteorologicis observalionibus. In Append. Ephem. fiât. Cui: Centur. VII et VII, p. 1. — XIV. ElogiumMed. Doct. Caroli Raygeri, Acad. Leopoldina-Caes. Nat. Ciir. Collègue et Praclici Posoniensis. Ibid., p. 195 (réiinpr. dans Bibl. scriptor . med. Mangeti, t. II, part. 2, p. 57). — XV. Thea Iliingarica ejusque euUura. In Kundmann, llarior. nat.ct art , sect. II, art. 18. L. Hx.
GEK-SEXG. Voy. Gin-Seng. Pl.
GEKSOUL (Joseph). Célèbre chirurgien des hôpitaux de Lyon, où il naquit. Son père, Joseph-Ferdinand Gensoul, était un savant modeste, mais qui a rendu à l'industrie de la soie de grands services par l'application de la vapeur aux appareils pour la filature. Sa mère était une demoiselle lAIarie-Joséphine Lécuyer, En 1814, le jeune Gensoul terminait ses études classiques, et il entrait à l'Hôlel- Dieu de Lyon, guidé par Bouchet et Janson. Son choix est bientôt fait : il veut se consacrer exclusivement à la chirurgie, et obtient le premier rang au concours du majorât. Ouels concurrents, pourtant : Serres, Battigne, Clerion, Bottex! A la fin de 1822, riche d'espérances, Gensoul se rend à Paris et s'attache particulièrement à Lisfrauc.
Promu au doctorat en 1824, il est, contre son attente, rappelé à Lyon, et se place sous la tutelle de Janson, alors chirurgien en chef de l'hôpital principal de la ville. Deux ans après il le remplace dans ces hautes fonctions, c'està-dire qu'il est appelé à diriger un service de plus de 400 malades. A peine était-il installé, qu'il débute par une de ces opérations qui font époque dans la science, en désarticulant, en enlevant la mâchoire inférieure d'un malheureux atteint dune affection cancéreuse de cet os. L'amputation réussit; depuis cette époque la chirurgie est armée d'un moyen nouveau, très-fréquemment mis depuis lors en usage dans de semblables altérations pathologiques.
GENSOUL. 707
D'autres opérations hardies n'ont fait que grandir la réputation de l'audacieux chirurgien. 11 sulfit de citer l'extirpation en totalité des tumeurs cancéreuses de la parotide, celles de certaines affections du sinus maxillaire, de fongus sarcomateux, suivies d'un heureux résultat. Il ne faut pas oublier que Gensoul a apporté dans la science de véritables créations chirmgicales, décelant la fécondité de son esprit ; que ses travaux relatifs à la guérison de la fistule lacrymale ont €u du retentissement ; qu'il a eu, le premier, recours au caustique pour la guérison des veines variqueuses ; qu'il a érigé la cautérisation de la cornée en méthode thérapeutique; qu'il a conseillé l'élranglement des polypes pédicules de l'utérus, sans arrachement ni section; qu'il a simplifié le traitement des fractures; que pour l'ablation de certains lipomes, pour l'extirpation de quelques tumeurs enkystées, il a imaginé le procédé opératoire dit par embrochenient, etc., enfin qu'il a relevé le journalisme médical de Lyon, en fondant en 1850, de concert avec Alphonse Dupasquier, la Clinique des hôpitaux de Lyon, recueil mensuel, auquel il a collaboré activement pendant deux ans.
Cette vie sans repos épuisait les forces de Gensoul ; en i 8 45, les premières atteintes du mal auquel il devait succomber le contraignirent de passer l'hiver en Italie. Il a même laissé écrite de sa main une relation d'un autre voyage qu'il avait fait en Allemagne, en 1838, consignant jour par jour ses remarques, ses observations sur les habitudes, sur les mœurs des contrées, sur l'état de l'agriculture, sur l'industrie, etc., relatant les curieuses expériences physiologiques auxquelles le professeur Millier s'est livré en sa présence, et <iaus lesquelles il dilatait sa pupille à volonté, suspendait devant lui les battements de son cœur, et faisait mouvoir isolément les muscles des cartilages de l'oreille.
Joseph Gensoul a succombé à la peine le 5 novembre 1858. Il avait atteint sa soixante et unième année. Homme d'action plutôt que de plume, il n'a pas eu le temps d'écrire beaucoup. Cependant on lui doit les publications suivantes :
I. Tumeur carciaomateuse très-volumineuse située à la tête, enlevée avec succès par la ligature. In Arch. gén. de méd., t. XXI, 1829, p. 597-598. — IL Cancer de la langue, ligature partielle de cet organe, suivie de guérison. In Arch. gén. de méd., t. XXI, 1821), p. 599-601. — III. Lettre chirurgicale sur quelques maladies graves du sinus maxillaire et de l'os maxillaire inférieur. Lyon, 1833, in-8°, et allas, gd. in-fol. — IV. Moyen à employer pour arrêter la propagation du choléra épidémique. In Moniteur des hôpitaux, 1834. — V. Nouveau procédé pour opérer les polgpes de In matrice. Lyon, 1851, iii-S". — VI. Sur le mécanisme de la vision. Réponse à 51. Serre (d'L'zès). Paris, in-8°. In Gaz. des hôpitaux, 1851, p. 497. — VII. Prophylaxie du choléra. In Moniteur des hôpitaux, 1854, p, 8J7 — Vin. Mémoire sur V abstinence des boissons ap.n de diminuer la formation du sérum dans le sang, et de laisser la fibrine dans une plus grande proportion relative (nous n'avons pas vu ce travail).
Dansle/ownirt/ clinique des hôpitaux de Lyon fondé par Gensoul et Alph. Dupasquier . IX. Exposé de quelques opérations pratiquées dans le but de corriger certaines difformités de la face, t. I, 1830, p. 10-30, planche. — X. Inflammation des muscles de la région supérieure du cou. t. I, 1830, p. 121.— XI. Note sur une hémorrhagie épidémique. t. 1, 1830, p 290. — XII. Nouveau procédé pour extraire les corps étrangers volumineux introduits dans l'œsophage, t. I, 1830, p. 217-224. — XIII. Observations et réflexions sur les accouchements compliqués par la présence de tumeurs développées dans les parties molles de l'appareil génital de la femme, t. I, 1850, p. 500-313. — XIV. Quflques considérations sur la manière de corriger les difformités qui résultent des adhérences vicieuses, t. I, 1850, p. 485-498. — XV. Tumeur fibreuse de la dure-mère, t. I, 1830, p. 153.— XVI.* Observation d'une tumeur cancéreuse énorme s élevant de la partie supérieure de l'humérus, et entourant l'épaule gauche, t. II, 1830, p. 98-117, planche. — WII. Rapport sur les travaux présentés par M. le docteur Gensoul, à l'appui de sa candidature au litre de membre correspondant de la Société de chirurgie de Paris. In Gazette des hôpitaux, 1851, p. 430. A. C.
708 GENTIANE (botanique).
GEl^SSAî^E (De). Naturaliste français, né dans la première moitié du dixhuitième siècle, fut directeur des mines du Languedoc, concessionnaire de celles de Franche-Comté, membre de la Société des sciences de Montpellier, membre correspondant de l'Académie des sciences de Paris. Il mourut en 1780, laissant divers ouvrages, surtout relatifs à l'exploitation des mines. Nous nous bornerons à citer de lui :
I. Observation sur un météore igné en forme de comète, 1738. — II. Traité de la fonte des mines par le feu du charbon de terre, l'aris, 1770-1776, 2 vol. in-4°. — III. Histoire naturelle de la province de Languedoc, etc. Montpellier, 1776-1779, 5 vol. in-8°. — IV. Recherches 2>our constater l'origine du plomb métallique tvoui'é dans le déjmrtement de l'Ardèche. Jn Jown. des mines, t. IV, 1796, etc., etc. L. Hn.
GEi%Tiiii:>iE. Gentiana Tournefort. § I. Botanique. Genre de plantes Dicotylédones, formant le type de la famille des Gentianées. Les espèces de ce groupe sont de belles plantes, remarquables par leurs fleurs d'un vif éclat ; elles sont caractérisées de la manière suivante : calice à quatre ou six lobes, ou en forme de spathe membraneuse ; corolle marcescente, infundibuliforme, campanulée ou rotacée, à gorge nue ou appendiculée, à limbe divisé en quatre à six lobes; élamines en nombre égal aux divisions de la corolle; ovaire \iniloculaire, surmonté d'un style partagé eu deux divisions sligmatiques. Le fruit est une capsule oblongue, acuminée, bifide à sa partie supérieure, uniloculaire et bivalve , contenant de nombreuses semences, entourées d'un rebord membraneux, portées sur le bord rentrant des valves.
Toutes les Gentianées ont une saveur amère et pourraient être employées comme toniques. Nous ne citerons que les principales :
1° La Gentiane jaune ou Grande Gentiane, Gentiana lutea L., qui est chez nous l'espèce particulièrement officinale.
C'est une grande plante herbacée, dont la tige, haute de 1 mètre environ, porte de grandes feuilles opposées, sessiles, connées à la base, ovales, larges, plissées dans leur longueur, glabres. Les Heurs sont jaunes, groupées en faisceaux dans l'aisselle des feuilles supérieures : le calice est membraneux, fendu, denté au sommet; la corolle est rotacée, à cinq ou six divisions lancéolées aiguës.
La plante habite les l'égions sous-alpines dans les principales montagnes de l'Europe : Alpes, Pyrénées, Cévennes, Vosges, Jura, etc. On emploie principalement la racine pour l'usage médicinal.
2" La Gentiane pourprée, Gentiana purpurea L., à tige de 20 à 40 centimètres, garnie de feuilles eUiptiques ou lancéolées, de couleur rouge brun, a une racine encore plus amère que celle de la Gentiane jaune et qui est employée en Allemagne et dans le nord de l'Europe.
0" Il en est de même de la Gentiane ponctuée, Gentiana punctata L.,qui rappelle beaucoup la précédente par son port; les fleurs sont d'un jaune paie, ponctués de pourpre noirâtre.
Les Gentianes à fleurs bleues, qui ornent de leurs corolles brillantes les pâturages des Alpes, sont moins employées que les précédentes, quoiqu'elles aient aussi une grande amertume. Nous en mentionnerons seulement quelques-unes :
4" La Gentiane grandi flore, (je»ha«aarait/«s L., très-répandue dans les prés subalpins.
5» La Gentiane d'Allemagne, Gentiana germanica \Ni\d. {Gentiana amarella L.), plante qu'on emploie comme un léger tonique. C'est la Gentianella des
GENTIANE (emploi médical). 709
dispensaires. En Russie, on l'a préconisée comme préservatif de la rage. La tige, de 15 à 20 centimètres, porte des feuilles ovales lancéolées et des fleurs d'un bleu violet, à corolle tubuleuse, appendiculée à la gorge, à cinq lobes ovales lancéolés.
6° La Gentiane champêtre, Gentiana fa??ipps/rjs L., très-rapprochée de l;i précédente, dont elle cJiffère par sa corolle étroite à quatre lobes, a été employée aux mêmes usages. On l'a employée aussi comme vermifuge.
7° La Gentiane croisette, Gentiana cruciataL., à feuilles nombreuses, opposées en croix, peu amèie; elle a été donnée comme tonique et fébrifuge.
8» La Gentiane Pneiimonanthe, Gentiana Pneumonantke L., à feuilles toutes caulinaires, étroites, à Heurs étroitement campanulées, vient dans les marécages ; aussi l'appelle-t-on Gentiane des marais. En Russie, on a donné son infusion dans du lait contre les convulsions des enfants (Pall.vs. Vojages, t. LUI). l\.
Bibliographie. — Tournefort. Inst., p. 80, t. 40. — Lin\iî. Species, Ô29. — Endlicher. Gênera. — De Candolle. Flore française, III, (ioO. — Giienir et Godron. Flore de France^ II, 488. — GuuiouriT. Drogues simples, 2"= édit., p. 551. — Méiut et de Lexs. Dictionnaire mat. médicale, XWyoÇ)^. Pl.
§ II. Emploi niédical. La famille des Gentianées, singulièrement décbue aujourd'hui, n'en garde pas moins des parchemins illustres. La petite centaurée {Enjthrea centaurium) fait remonter ses titres de noblesse à Chiron, l'éducateur d'Achille, qui mêlait, au profit du héros grec, les leçons de tir à l'arc à la botanique des simples ; et la gentiane réclame ses origines de Gentius, roi d'illyrie, qui malheureusement pour sa renommée, ne puisa pas dans son goût pour la recherche des herbes salutaires une grande douceur de mœurs fit, comme on sait, périr son frère de mort violente pour se substituer à lui sur le trône, eut la malheureuse idée de s'allier à Persée, roi de Macédoine, et traîné à Rome en 168 par le généi^al romain Anicius qui l'avait vaincu, alla y finir sa vie et apporta peut-être aux Romains la notion des vertus de la gentiane à laquelle il avait donné son nom.
Quoi qu'il en soit de l'histoire et de létymologie, la gentiane (ou plutôt les gentianes, car il en est plusieurs de composition et de propriétés très-analogues à celles de la gentiane jaune ou gentiane officinale) entra dans les habitudes des médecins grecs et romains et il n'est guère d'antidotes, c'est-à-dire de préparations empiriques formées d'un grand nombre de substances, dans lesquelles la gentiane n'eût sa place.
Si l'histoire de Gentius est vraie, et elle ne repose bien entendu que sur une tradition confirmée, il est vrai, par les témoignages importants de Dioscoride et de Pline, on s'explique qu'ilippocrate n'ait pas mentionné ce médicament, mais on s'explique moins qu'il ait passé inaperçu pour Galien. Les recherches que j'ai faites à ce propos dans les œuvres du médecin de Pergame, si je pouvais les donner comme complètes, tendraient à faire croire qu'il ne l'a pas connu ou qu'il l'a dédaigné. Aétius qui exerçait la médecine à Alexandrie au cinquième siècle, c"est-à-dire deux siècles et demi après Galien, indique de la manière suivante les propriétés que l'on attribuait, de son temps, à la gentiane : Gentianœ radix efjicax est uhi opus est attenuare et depurgare, extergereque et ah obstructionibus liberare (Aetii Opéra, De simplicibus pharmacis ex plantis. Tetr. [, sermo I). C'est la répétition textuelle de ce qu'en avait dit un siècle auparavant le compilateur Oribase qui avait porté témoignage de l'activité de la gentiane comme substance amère et qui faisait dériver toutes ses applications de celte
710 GENTIANE (kmploi mkdic.vi,).
propriété: « Aniara est enim vehementer » {Oriham Medicinalium coUectorum liber decimus quintus).
La fortune de la gentiane a singulièrement grandi plus tard et elle a pris place en thérapeutique, à litre de fébrifuge et d'antigoutteux, jusqu'au monieni où le quinquina, qui a été funeste aux amers indigènes, est venu les supplanter. Nous verrons bientôt si la gentiane n'aurait pas dû conserver, non pas à côté mais au-dessous de l'écorce du Pérou, la place honorable que lui méritent ses propriétés fébrifuges.
Je disais tout à l'heure qu'il y avait un bon nombre de gentianes, rapprochées les unes des autres par une grande uniformité de propriétés médicales et de composition chimique. Toutes les espèces du genre GentianasoxAen effet amères et peuvent être employées aux mêmes usages. Les pharmacies en réunissent du reste habituellement un certain nombre, et les racines de lu gentiane jaune officinales {Gentlana lutea) s'y mélangent presque toujours des fragments de racines à'amarelle (Gentiana amarella), de Gentiana Burseri, etc., dont elles se distinguent par des particularités de structure et par leur grosseur.
La gentiane jaune croît en abondance dans les contrées montagneuses de l'Europe, et en particulier dans les Alpes, les Vosges, les Pyrénées, en Auvergne; on en récolte aussi des quantités assez considérables dans le département de la Gôte-d'Or. Les morceaux de cette racine, ou plutôt de cette tige souterraine,, sont d'une grosseur qui varie depuis celle du pouce jusqu'à celle du poignet; ils sont cylindriques, rugueux à leur surface, comme annelés, d'une couleur brun foncé ou fauve, d'un parenchyme spongieux, hygrométrique, de couleur jaune rougeâtre; la gentiane a une odeur forte, un peu vireuse; sa saveur est trèsamère, persistante. La couleur jaune de la racine de gentiane ne se développe que par la dessiccation, le suc propre qui la constitue est en effet incolore pendant la vie de la plante. M. Planchon, qui a étudié avec tant de soin la texture microscopique des médicaments végétaux pour en tirer des caractères de diagnose, a placé la gentiane parmi les racines anomales dépourvues de glandes et de vaisseaux laticifères, à zone ligneuse non amylacée, à rayons médullaires larges, striant le tissu ligneux bien visible. M. J. Ville, à qui nous devons une très-bonne étude sur la gentiane (J. Ville, Rech.pour servira V histoire clinique delà racine de gentiane. Thèse de l'École de pharmacie de Montpellier, 1877), a reconnu, à la surface de section de la racine de gentiane (c'est la Gentiana Burseri des Pyrénées Orientales qui a servi à ses études) trois zones concentriques : l'une périphérique ou corticale formée de plusieurs couches de cellules dont la configuration varie suivant qu'elles sont plus ou moins rapprochées de l'épiderme; la seconde constituée par un anneau cambial, formant un cercle jaunâtre ; la troisième centrale constituée par des vaisseaux que séparent les rayons médullaires. En opposition avec l'opinion de Pockhington, il ne croit pas que les cellules de la racine de gentiane contiennent d'amidon.
La racine de gentiane a été accidentellement mélangée quelquefois des racines vénéneuses d'une aconit, le Thora valdensis Raù ou Aconitiim parlianches de Gesner qui se distingue aisément de la racine de gentiane par sa couleur blanche et l'absence d'amertume. Au dire de Lewis, des empoisonnements mortels auraient été quelquefois en Angleterre la conséquence de cette confusion qui, du reste, est bien facile à éviter (Lewis, Connaissance pratique des médicaments les plus salutaires. Paris, MDCGLXXV, t. I, p. 501).
L'histoire chimique de la gentiane est très-intéressante et elle a été l'objet de
GEXTIAIVE (emploi médical). 711
recherches iiomhreuses auxquelles se rattaclient les noms de Planche, Henry et Gaventou, Guillemin, Jacquemin, Ch. Leconle, et que ,1. Ville a récemment complétées en démontrant Ja présence dans la racine de gentiane d'un tannin particulier.
Jusqu'au travail de ce dernier chimiste, on admettait que la composition de la racine de gentiane pouvait être représentée par les éléments suivants : 1" un principe colorant, incristallisable et insipide, le gentianin ou gentisin {voy. ce mot) ; 2" un principe très-amer, incolore, cristallisabie, le gentiopicrin {voy. ce mol); 0" du sucre incristallisable; 4" un principe odorant dû à une essence; 5° de la pectine, de la gonmie, de la cire, du caoutchouc, etc. M. Ville a constaté que la macération de la racine de gentiane se comporte, eu égaid aux réactifs des tannins (sels de fer, albumine, gélatine, etc.), comme toutes les substances tannifères. Restait à déterminer quel était, entre les principes décelés par les précédentes analyses, celui qui contenait le tannin de la gentiane. Constatant que la macération de gentiane perdait par le charbon animal sa couleur et sa saveur et en même temps ne décelait plus de traces de tannin, il vit ainsi ses recherches limitées à deux termes. Isolant successivement le principe colorant ou gentisin et le principe amer ou gentiopicrin, il constata que le résidu de la première analyse conservait seul les réactions du tannin. M. Ville a appelé ce tannin de la gentiane acù/e gentiotannique. Ainsi se trouve augmentée d'un terme la série des tannins fournis par la noix de galle, le café, le cachou, le bois jaune, le chêne, le quinquina (acides gallotannique, cafétannique, morintannique). Ces recherches intéressantes laissent une lacune à remplir, à savoir : la richesse tannique proportionnelle de la gentiane, mais elles justifient, dès à présent, le déplacement de la gentiane du groupe thérapeutique des amers purs pour celui des amers astringents.
L'odeur de la racine de gentiane est due à la présence dune huile essentielle, signalée en dSlo par Planche, qui complétait à ce propos les observations de Haller et de Buchner. Planche ayant préparé une eau distillée de racine de gentiane, à odeur vireuse, en prit une cuillerée à bouche et éprouva pendant une heure des nausées et une sorte d'ivresse. La dessiccation dégageant ce principe volatil, ce qui explique l'odeur fugace de la gentiane, on ne saurait faire jouer aucun rôle à cette essence dans les propriétés thérapeutiques de la racine sèche.
Les quantités de lévulose ou sucre incristallisable que contient la racine de gentiane expliquent l'usage économique que l'on en fait dans certains pays pour la préparation d'un alcool, d'im goiit médiocre sans doute, mais dont les paysans des Alpes ne font pas fi. Ce n'est pas seulement la gentiane officinale qui est employée à cet usage, mais on distille, à cet effet, le suc retiré des racines fraîches de la plupart des autres gentianes. En Suisse la fabrication de l'eau-devie de gentiane [Entziamvasser) se fait sur une assez grande échelle; elle se prépare par fermentation d'une macération de rondelles de racines de gentiane ; au bout de quinze jours on distille ; le premier produit est amer et rappelle le goût de la gentiane; on distille de nouveau sur de l'hysope ou de l'absinthe pour enlever, ou plutôt masquer, l'odeur assez désagréable de cet alcool qui est aussi en grand usage en Poméranie et en Lithuanie.
On a songé à isoler le principe actif de la gentiane. Le gentianin de Henry était un produit complexe formé par le mélange d'un principe cristallin jaune sans amertume et d'un principe amer (voy. GeiMisin).
Mais ces recherches n'ont guère qu'un intérêt spéculatif; l'extrait de gentiane
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renferme en effet tous les principes actifs de la racine de gentiane dégagés de leur gangue inerte et il n'y a pas grand avantage à obtenir un principe plus énergique, d'autant plus que le genlianin n'est pas un alcaloïde et que, par suite, la fixité de sa composition ne peut pas inspirer une grande confiance.
La gentiane, comme les autres amers indigènes, n'a pas d'action physiologique immédiatement appréciable; elle excite l'appétit et exerce sur l'estomac une action tonique; Murray croit qu'elle stimule la sécrétion biliaire, mais cette assertion aurait besoin d'être prouvée, bien que Barbier d'Amiens [Traité élém. de matière médicale, 2" édit., 1824, t. I, p. 208) l'ait reproduite et ait cherché à démontrer que la gentiane est très-utile dans les cas où la sécrétion biliaire languit, où le foie est diminué de volume ou a subi une dégénérescence. Le fait n'est pas suffisamment démontré sans doute, mais comme l'indication de donner des amers aux cirrhotiques est habituellement posée, il y aurait lieu, dans le doute, de donner la préférence à la gentiane.
La gentiane est susceptible de toutes les applications des amers parmi lesquels elle occupe sans contredit le premier rang, comme le fait remarquer Murray. Prœstantixsima inter amara, dit-il, à propos delà gentiane. Il ne voit guère que ' le quassia qui puisse lui être comparé (Murray, Apparatus medicaminum, etc., vol. H, p. 17). La constatation du tannin au nombre des principes chimiques de la gentiane la rapproche remarquablement du quinquina avec lequel d'ailleurs ses applications se confondent. Et je ne saurais, à ce propos, trop faire ressortir l'abus routini?r que nous faisons du vin de quinquina comme apéritif, alors que nous pourrions lui substituer du vin de gentiane qui est, à ce point de vue, autrement actif et qui a l'avantage de ne pas coûter cher. Il y a longtemps que, dans la médecine des gens qui sont obligés de compter avec leurs ressources, j'ai renoncé à l'habitude de prescrire du vin de quinquina et que j'ai remplacé celui-ci par le vin de gentiane que les malades préparent eux-mêmes et qui leur épargne une dépense très-superflue. Si la gentiane ne justifie pas, à tous les points de vue, le nom de quinquina des pauvres (que l'on a attribué avec une moindre raison à l'ai-nica), sa substitution au quinquina est parfaitement licite pour l'usage apéritif que l'on fait de ces deux médicaments.
Ce serait oublier gratuitement ce que l'analyse cb'nique a eu tant de peine à démêler dans l'étude des maladies de l'estomac que de répéter avec Murray, Desbois (de Kochefort), Barbier (d'Amiens), etc., que la gentiane est très-utile dans le pyrosis, l'anorexie, les digestions lentes et imparfaites, les coliques, les pneumatoses, les nausées, etc. Chacune de ces étiquettes contient trop de choses pour qu'on puisse la transporter sur un médicament; tout ce que Ton en peut dire aujourd'hui, c'est que l'atonie digestive (l'anorexie, la lenteur des digestions et la pneumatose en relèvent directement) indique l'usage de la gentiane. Peutêtre, suivant la judicieuse remarque qui en a été faite, faut-il rapporter à cette action de la gentiane les éloges qui lui ont été prodigués jadis comme moyen de traitement de la goutte, qui s'accompagne toujours comme on le sait de ce mélange de dyspepsie atonique et de flatulence que les Anglais décrivent sous le nom de goiding-indigestion? « C'est surtout, dit Martin- Solon, quand la digestion et la circulation sont languissantes que la gentiane peut-être employée cf\'ec avantage. Nous avons, dan^ plusieurs circonstances, fait usage de ses préparations avec avantage, lorsque dans les convalescences difficiles les malades conservaient un teint blafard, de la dyspepsie sans soif vive, de la lenteur dans la digestion, une faiblesse notable dans le pouls et une disposition à l'œdématie des membres
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inférieurs. Je l'ai vue, dans un cas de convalescence difficile qui suivit une hépatite et un ictère très-intenses, ramener rapidement l'économie à un état satisfaisant. » (Martin-Solon, D<c^ (/e met/, et de chirurg. prat., 1853, t. IX, p. 195). Les indications de la gentiane dans les maladies du tube digestif peuvent, encore aujourd'hui, être circonscrites dans le cercle que leur a tracé cet excellent thérapeutiste.
Avant l'intronisation du quinquina, la gentiane était le nieilleiir et le plus sûr de nos fébrifuges ; on y recourait comme on recourt ajjourd'luii au quinquina et à la quinine. C'était le médicament classique des fièvres intermittentes. Gesner employait le suc de cette racine ; d'autres l'administraient en poudre ; mais le plus habituellement elle figurait dans des fébrifuges complexes. C'est ainsi qu'on l'associait ù la noix vomique (il y aurait lieu peut-être de restaurer ce mode d'emploi), à l'écorce de frêne, au tan de chêne, etc. Murray considérait le mélange de racine de gentiane et de quinquina comme particulièrement utile dans les cas oii l'estomac ne pouvait supporter le quinquina seul et où il existait un engorgement des organes abdominaux {Quum viscera obi^triicfionibus laborant). Cette dernière indication nous ramène à l'idée d'Aétius formulée dans le texte que nous avons cité au commencement de cet article. M. Chabasseu a expérimenté, en 1860, à la Guyane, les propriétés fébrifuges de la gentiane et il lui a reconnu une action sensiblement analogues à celle du quinquina. 11 Ta vue prévenir les accès, les arrêter quand ils s'étaient produits, et réussir également très-bien pour affranchir les maladies qui sévissent dans les pays palustres de l'élément intermittent ou rémittent qui vient si habituellement les compliquer, (l/n/on me'rf., janvier, 1860). 11 est impossible, quand on se reporte à tous les témoignages qui ont été produits en faveur de la réalité des propriétés fébrifuges de la gentiane; à sa notoriété, i!i ce titre, avant que le quinquina fût venu laire abusivement oublier tous les fébrifuges indigènes; à l'analogie de composition de l'écorce du Pérou et de la gentiane, de se soustraire à la pensée que l'oubli dans lequel est tombé ce médicament n'est pasjustifié et qu'il y a lieu de lui restituer sa place parmi les fébrifuges. Sans doute, là où la perniciosité peut apparaître, la quinine n'a pas de rivaux et n'en aura probablement jamais; mais, dans les formes ordinaires du paludisme, il est parfaitement loisible de recourir à la gentiane; et même quand on a cru devoir préférer le quinquina, on peut soutenir utilement et économiquement l'action de celui-ci par l'emploi prolongé de la gentiane. Le paludisme ne recrute pas sa clientèle exclusivement dans les classes riches et quand on songe qu'une dose de quinine représente la valeur d'une journée de travail d'un paysan ou d'un ouvrier, on se tourne volontiers vers les fébrifuges indigènes, plus dédaignés aujourd'hui qu'il ne convient. C'est ce que je ne manque pas de faire pour mon compte.
La gentiane a joué dans le traitement de la goutte un rôle aussi important que celui qui lui a été attribué dans le traitement des fièvres d'accès. Boerhaave n'était pas loin d'en faire le médicament de la goutte. Son commentateur van Swieten a confirmé les éloges de Boerhaave et il a reproduit la formule de la fameuse poudre antiarthritique du duc de Portland, composée comme chacun sait, de racine d'aristoloche, de gentiane, de chamœdrys, et de petite centaurée. Que lord Bentinck en ait retiré des avantages pour rétablir ses fonctions digestives délabrées par la goutte, il n'y a là rien qui doive surprendre; mais que la gentiane ait, au même titre que le colchique, vertu d'éradication de la diathèse goutteuse, c'est ce qui n'est pas chose démontrée (Gérard van Swieten, Commen-