MANIFESTATIONS DE LA PESTE DANS L INDE ET EN CHINE
ANNÉES
MALADIES
LOCALITÉS
SOURCES
Peste avec bubons pétéchies,
Ile de Koustch, Wagour et la
Ilirsch, Ilisl.-geogr., i'a-
pneumonies et héraorrha-
majeure partie de l'ile :
thulugie, 1860.
gies.
presqu'île de Guzerate, Maravi.
Rbadanpoiir : dans le Shind à llaiderabad.
Peste à forme pulmonaire.
Dollera, Dundaka, Limree,
AUanWebb, PothoZojia in-
dite peste indienne, ana-
Wadwan, Saila, Wukaiiir,
(lica. Calcutta, 1843.
logue à la peste dite mort
Buriad,
noire.
Idem.
Dollera, Zillah, Ahmadaljad.
Kirsch, loco citato.
Idem.
Pâli et à 50 milles aux envi-
rons, îlarwar et monts de Mawar, Djiodpour.Deoghar, Rbainghour; entre Nimah et Nusirabade jusqu'à Bilwarah et lloumerghour,
Peste avec bubons, délire, peste classique.
^;ewar.
Himalaya nord-ouest Gurwal et Kumaon : à Nagpour et
Ilirsch, loco citato.
Allou Webb, loco citato.
Boudha : le Inng des rives de la PiridaJi, jusqu'au.x sources de la Rangounga dans le Kamaon ainsi que
Peste bubonique ordinaire.
dans les contrées au sud.
Montagnes de Kamaon et de
Dunlop, The Dublin Qiiar-
Apparaît chaque année au
Gurwal, endescendant par-
terly Jotirnat, 1871.
printemps et à l'automne.
fois aux plaines de Rohil-
Peste bubonique classique,
cund.
Mêmes districts raonlagneu,\
Planck et IS'etten Radcliffe.
parfois avec détermination
de Gurwal et Kumaon.
Rapport au gouvernement
pectorale, sous forme fou-
Anglo-Indien, analysé in
droyante. Est à l'état per-
Médical Times and Gaz.,
manent.
23 novembre 1878, et Netten Radcliffe. Ejidcmic plaque in India. In Ann. Report. Londou ,
Peste endémique dans l'Inde.
Gurwal et Kumaon.
Docteur Francis, Lancet, 1880, t. ], p. 997.
Depuis
Peste bubonique, avec ses
En Chine : aurait été peut-
David Manson, d'après un
formes ordinaires et par-
être importée de Birmanie;
rapport et un voyage au
fois foudroyantes.
aurait débuté par Tali-fou:
\un-nan de M. Rocher,
jusqu'en
a ravagé et ravage actuelle-
analyse in Médical Ti-
1878, etc.
ment la grande province
mes and Gaz., 25 de
du Yun-nan, -principale-
novembre 1878.
ment dans les districts de
l'ouest.
ni en Oceanie. C'est une maladie essentiellement propre à certaines contrées du vieux continent. On pourrait même préciser encore plus en disant que la peste orientale à presque toujours eu un centre de gravitation autour de la Méditerranée orientale, de la mer Rouge, du golfe Persique et de la mer Caspienne. II y a trente à quarante ans que les limites du domaine de la peste se sont amoindries : cependant depuis dix à quinze ans, elle s'est montrée depuis le plateau saharien de la Cyrénaïque jusqu'au voisinage des déserts du Turkestan (Khorassan) ; depuis les monts d'Assyr, au sud du tropique, jusqu'à Yetlianka sur
les rives du Volga. Si l'on y joint les deux autres foyers asiatiques, celui de l'Himamalaya indien, celui du Yun-nan chinois, on voit qu'il reste encore à la peste de magnifiques dépendances de son ancien royaume.
On peut actuellement regarder comme foyer de production de la peste : 1° uce bande de terre allant de la Caspienne au golfe Persique, comprenant les Alpes du Kourdistan persan et turc, avec leurs vallées élevées et les sources qui s'en échappent vers trois bassins; celui du Tigre, celui du lac d'Ourmiah et la Caspienne. L'Aderbaïdjan, le Kurdistan proprement dit et la Mésopotamie sent les provinces géographiques qui occupent surtout l'aire du foyer pestilentiel. Ce qu'il y a de remarquable, c'est que la maladie frappe spécialement les tribus nomades ou bédouines de cette vaste région et qu'elle ne paraît se communiquer que plus tard aux populations sédentaires ; 2° un second foyer est constitué par la Cyrénaïque ou le plateau de Barkah (Tripoli) ; 5^ enfin un troisième habitat, plus limité, mais certain, est le massif montagneux de l'Assyr (Yémenj où la peste paraît exister à courts intervalles sur des Arabes cantonnés par les 1 8-20^ degré de latitude nord, au sud du tropique septentrional, point extrême de la limite méridionale actuelle du règne de la peste.
D'où il est facile de conclure que deux de ces foyers sont exclusivement du ressort de l'empire Ottoman et que le troisième, est commun à cet empire et à la Perse. Mais il convient d'ajouter que le nombre des épidémies el l'extension de la peste sont loin de nous être connus sur le territoire persan. En vain a-t-on dit qu'elles y étaient rares, qu'elles provenaient presque toujours du territoire ottoman : que la peste n'avait point dépassé Kaswine en Perse. La probabilité est que la Perse est l'un des habitats actuels de la peste ; celle-ci y règne sans conteste souvent dans l'Aderbaïdjan, surtout chez les Kourdes insoumis et inconnus quant à leurs maladies ; il est certain d'ailleurs qu'elle a existé tout récemment sur le littoral caspien de la Perse, dans le Ghilan et le Mazcndéran, le Tabéristan, à Recht, à Asterabad probablement, à Charond certainement et dans le Khorassan. Quant à Mesched, au Hérat et autres contrées adjacentes, il est probable que la peste y règne aussi parfois, de nos jours mêmes.
Telle est la circonscription des foyers occidentaux de la peste actuelle par rapport à ceux de l'Asie sud-orientule qui sont au nombre de deux : l'un, situé dans les contreforts méridionaux de l'Himalaya occidental, près des sources du Gange et de la Setledjé, affluent de l'Indus, dans les pays de Gurwal et de Cumaon, vers le 50^ degré latitude nord; l'autre habitat chinois du Yu-nan, situé beaucoup plus à l'est et un peu plus au sud, vers le SS*" degré latitude nord. Tels sont les détails qui appartiennent strictement à la géographie médicale de la peste. Quant aux données étiologiques qui peuvent se lapporter aux conditions géographiques, nous les renvoyons à l'article Peste.
Fièvre jaune. Si, tournant le dos au continent asiatique, nous regardons vers l'hémisphère occidental du monde, nous y verrons régner une autre endémoépidémie qui semble avoir trouvé son foyer primitif au centre du nouveau monde. Il s'agit de la fièvre jaune ou vomito negro. Sa découverte est de beaucoup plus récente que celle de la peste : et pourtant même incertitude sur son domaine originaire. On ne peut avoir de renseignements valables sur son histoire qu'à partir du seizième siècle.
Suivant Herrera (1601) elle existait déjà à Saint-Domingue lors du premier voyage de Colomb : elle y était autochthone : des naturels qui en étaient porteurs l'avaient transmise aux compagnons du grand navigateur. Rochefort et Dutertre
GÉOGRAPHIE MEDlCÂLll. 173
répètent les mêmes assertions en ajoutant que les indigènes incendiaient fréquemment leurs cases dans le but probable de les purifier des agents infectieux du vomito.
Il faut arriver à Raymond Breton pour avoir une description sommaire, mais réelle de la fièvre jaune que l'auteur décrit sous le nom de coup de barre, dans l'épidémie de la Guadeloupe en J635. On sait aussi que le vomito régna à la Barbade en 1647 ; et qu'il sévissait sur presque tout le littoral du golfe mexicain, dans la Nouvelle-Espagne surtout.
Faute de documents précis Userait difficile de tracer l'historique des endémoépidémies simultanées ou périodiques qui ont désolé le berceau probable de la fièvre jaune. Ses irradiations vers le sud, mais surtout vers le nord, nous sont mieux connues.
La littérature nord-américaine des États-Unis est riche de détails sur ce sujet. Cependant les premières épidémies qui sévirent sur les populations européennes et indigènes de ces contrées sont de nature trop incertaine pour que l'on puisse les rapporter sûrement à la fièvre jaune. Voici la liste des principales épidémies de vomito qui ont régné aux États-Unis à partir de la seconde moitié du dixseptième siècle, d'après le tableau dressé par Carpenter (Delery, Nouvelle-Orléans 1859), remanié par Hirch et complété par nous depuis 1856.
1668. New-York. — 1695. Boston. — 1699. Charleston, Philadelphïa. — 6712. Ncw-Yoïk, Biloxy-Bay (Mississipi). — 1703. Charleston. — 1728. Charleston. — 1732. Charleston. — 1737. Norfolk (Virginia). — 1759. Charleston. — 1741. Norfolk, Philadelphia. — 1742. Norfolk. — 1743. New-York, Newhaven (Connecticut). — 1744. Philadelphia. — 1745. Charleston. — 1746. Albany (New- York). — 1747. Norfolk, Philadelphia. — 1718. Charleston. — 1760. Philadelphia. - 1762. Philadelphia. — 1765. Mobile, Pensacola, (Florida). — 1783. Baltimore. — 1791. New-Orleans, New-York, Providence, (Bhode-Island). — 1792. Charleston. — 1795. Philadelphia. — 'l794. Charleston, Philadelphia, Baltimore, New- York, Newhaven. — 1795. Charleston Norfolk, New-York, Mill River (Connecticut). — 1796. New-Orleans, Charleston^ New-York, Boston, Wilmington (North-Carolina), Gallipolis (Ohio) Newbur^-port (Massachusetts). — 1797. Charleston, New-Design (par 58 degrés, a 20 milles à Saint-Louis du Missouri), Philadelphia, Norfolk, Baltimore, Mifflin-City (Pensylvanie) Providence, Bristol (Rhode-lsland). — 1799. New-Orleans, Charleston, Washington (South Carolina), Noifolk, Philadelphia, Mifflin-City, Baltimore Providence, Hawford (Connecticut). — 1800. Charleston, Norfolk, Baltimore New-York, Providence. — 1801. Norfolk, Block-lsland (Rhode-lsland). — 1802. Charleston, Philadelphia, Welmington et Boston. — 1803. Alexaiidria (Virginia), Philadelphia, Baltimore, New -York. — 1804. New-Orleans Cliar-
leston. — 1805. Philadelphia, New- York, Providence, — 1807. Charleston.
1808. Saint-Mary (Georgia), Baltimore. — 1809. New-Orleans, Brooklyn (New- York). — 1811. Francisville (Louisiana) Pensacola, Perth Amboy (iNew-Jersev) — 1812. New-Orleans. — 1817. New-Orleans, Bàton-Rouge, Natchez (Mississipi), Savannah (Georgia), Charleston. — 1819. New-Orleans, Bàton-Rout^e Natchez, Mobile, Baltimore, New-York, Boston. — 1820. New-Orleans Schieldsborough (Mississipi), Savannah, Philadelphia, Baltimore, Sliddletown (Connecticut). — 1821. Welmington, Norfolk, Baltimore. — 1822. New-Orleans Baton- Rouge, Blakeley (Alabama), Pensacola, Baltimore, New-York. — 1823. Natchez Key-West (Florida), Fort Smith (Arkansas). — 1824. Key-West, Charleston. —
n.4 GKOGHAPHIE MÉDICALE.
1825. Natchez, Washington (Mississipi), Mobile. — 1827. Francisville, Mobile, l'ensacola, Charleston. — 1828. New-Orleans, Memphis. — 1829. New-Orleans, Francisville, Bàton-Rouge, Plaquemiiies (Loui>iana), Shieldsborough (Missis.) Mobile, Key-West. — 18/)0. New-Orleans. — 1855. New-Orleans. — 1854. Pensacola. — 1857, New-Orleans, Opelousas (Louisiana), Mobile. — 1858. Charleston. — 1859. Galveston, Houston (Texas), New-Orleans, Francisville, Opelousas, Kranklin, New-lberia, Alexandria, Ponaldsonvillc, PortHoudson, Waterloo (Louisiania), Fort-Adams, (Missouri), Mobile, Savannah, Augusta (Georgia) Pensacola, Tampa (Florida), Sainte-Angustine (Florida), Charleston, Biloxy-Bay. —
1841. New-Orleans, Wicksburg, Pensacola, Key-West, Sainte-Augustine. —
1842. New-Orleans, Opelousas. Mobile. — 1845. Galveston, Houston, New- Orleans, Francisville, Bâton-Bouge, Hodney (Mississipi), Mobile, Charleston. — 1844. Woodville (Missip), Mobile. — 1847. Galveston, Houston, New-Orleans, Mobile, W'icksburg. — 1848. New-Orleans, Pascagoula (Mississipi), New- York. — 1849. New-Orleans, GharLeston. — 1852. Charleston. — 1855. Texas, grande expansion de la fièvre jaune dans cette province; New-Orleans, Francisville, Bâton-Rouge, Port-Hudson, Madisonville (Louisiana), Natchez, Wicksburg, Fort Adams. Grand Gulf et Yazoo (Mississipi), Mobile, Selma (Alabama), Philadelphia, Pascagoula. — 1854. Mobile, Savannah, Charleston, Arkansas (grande expansion). — 1854. Norfolk. — 1856. New-Orleans, Charleston, New-York. — 1857. New-Orleans. — 1858. New-Orleans. 1864. New-Orleans, quelques cas sporadiques. — 1867-68. Texas ? épidémie douteuse. — 1870. New-Orleans. (Joseph Jones). — 1871. A Halifax (nouvelle Ecosse) : quelques cas d'importation. — 1875. Texas, elle pénétra dans l'intérieur à Marshall, à Columbus du Texas); de là à Shrewport (Louisiana), puis à Memphis (Tennessee) : descendit vers le sud-est à Monlgomery (Alabama) et enfin s'éteignit à Bainridge. Grande extension. — 1874. Mêmes localités. — 1876. Savannah : importée de Cuba.
En 1878 la fièvre jaune frappa le sud de l'Union, surtout le bassin du Mississipi. Du mois de juillet à la fin d'octobre elle occasionna plus de 10 000 décès dont plus de 5000 à la Nouvelle-Orléans, et 2469 à Memphis. Ses foyers principaux furent : la Nouvelle-Orléans, Memphis et Grenada : elle remonta la vallée Mississipienne jusqu'à Saint-Louis. Elle atteignit successivement ou en même temps les villes ou localités suivantes : Nouvelle-Orléans Memphis, Wicksburg, Greenville, Grenada, Hollyspring, Port-Gibson, Canton, Stickman, Brounsville, Morgan-City, Plaquemine, Bâton-Rouge, Louisville, Grand-Junction, Pattersonville, Labadieville, Chattanogom, etc. Le fléau fut importé à la Nouvelle-Orléans, croit-on : c'est de cette ville que les habitants dans leur fuite le transportèrent dans la vallée du grand fleuve. L'épidémie fut meurtrière, frappa d'abord sur les étrangers, puis sur les habitants, sur les enfants en bas-âge ainsi que sur les
nègres.
En 1879 vers l'été la fièvre jaune se montre sur de nouveau sur quelques points de la vallée du Mississipi, à Memphis, à la Nouvelle-Orléans; Memphis fut encore très-épi'ouvée et la maladie n'y était pas éteinte en automne: même en aoiit 1880 il y eut une apparition de fièvre jaune légère à Plaquemine, sur le bas Mississipi.
Ce tableau donne lieu à quelques considérations que l'on peut formuler ainsi :
Ce sont les grandes villes côtières du nord de l'Union qui d'abord lurent
envahies : New-Yoïk, Boston, Philadelphia : puis les côtés maritimes du sud-est.
GÉOGRAPHIE MÉDICALE. 'i7o
principalement Charleston, qui, à elle seule, subit une dizaine d'irruplions dans l'espace du premier siècle de l'invasion. On peut remarquer que la Nouvelle- Orléans, qui cependant est aux portes du foyer du golfe mexicain, ne fut atteinte pour la première fois qu'en 1791.
De 1668 à 1794, les épidémies prirent peu d'extension, se bornant ordinairement à une ou deux ou trois villes importantes. C'est à partir de cette époque que date la diffusion simultanée de la fièvre jaune à plusieurs villes. Jusqu'en 1 794 la maladie n'avait guère atteint que les localités maritimes ou situées sur (le grands cours d'eau près de leur embouchure : elle n'avait jias dépassé le 42" degré nord (Albany, sur l'Hudson).
Dans les dernières années du dix-huitième siècle, elle prit une extension effrayante. Elle frappa plus de trente localités diverses, depuis la Nouvelle- Orléans jusqu'au New-Hampshire, à Portsmoutli, vers le 43'" degré nord, franchissant ainsi un espace de plus de 13 degrés de latitude, touten contournant les côtes du grand continent des États de l'Union. De plus, elle ne sévit pas que sur les rivages atlantiques, car elle pénétra, à plusieurs endroits, jusque dans l'intérieur de la contrée ; par exemple, à Gallipolis, dans l'Ohio, loin de tout centre maritime, à Milflin City, sur la Juniata, affluent du Susquehannah, et à Germaiitown, dans la Pensylvania. Est-il exact qu'on l'ait constatée à .\e\v-])esign, près de Saint-Louis du Missouri, au cœur même de l'Union en 1797 ?
A partir de cette époque nous voyons la Louisiane fi'cquemment envahie par les explosions épidémiques. Par contre la Floride fut longtemps épargnée et d'ailleurs la pointe même de cette péninsule est demeurée presque indemne de fièvre jaune jusqu'à nos jours. Pourquoi ce privilège, et faut-il l'attribuer d'un côté au peu de densité de la population de ce pays coupé de bois, de savanes et de marais, et de l'autre au peu de commerce et partant de communications maritimes avec les pays voisins, avec les Antilles et les côtes du golfe du Mexique? L'Alabama est demeuré indemne de fièvre jaune jusqu'en 1822, et l'Arkansas jusqu'en 1823: le vaste Texas n'a été envahi que beaucoup plus tard en 1859, époque à partir de laquelle il a été cruellement et fréquemment éprouvé. D'ailleurs la grande extension de 1839 rappela celle des dernières années du siècle précédent. Tout récemment pareille diffusion épidémique a ravagé le Texas, la Louisiane, le Mississipi, l'Alabama et la Georgia (1875-1874).
La vallée du Mississipi a été le siège des nombreuses stations de la fièvre jaune à diverses époques; celle-ci a remonté le grand fleuve en 1828 jusqu'à Memphis ainsi qu'en 1873 et en 1878; jusqu'au fort Smith en 1823. En 1853 il y eut une vaste expansion du typhus amaril dans les pi-ovinces du sud, et l'immense delta du fleuve fut presque totalement envahi à la fois. Les Bermudes ont présenté à plusieurs reprises des épidémies plus ou moins graves de fièvre jaune: en 1812, 1818, et 1819 d'abord, puis en 1837, en 1843, en 1853 et enfin en 1856.
Dans l'impossibilité où nous sommes de réunir l'historique complet des épidémies de fièvre jaune qui ont régné au centre même du foyer de cette maladie, dans son habitat, qui est principalement le golfe mexicain et le littoral des mers Caraïbes, mentionnons seulement quelques-unes des plus récentes apparitions. A Saint-Pierre Martinique la fièvre jaune a régné pendant les années suivantes: En 1^838, 1859, 1840, 1841, 1842, 1845, quelques cas en 1844, 1851, 1852! 1853, 1854, 1855, et 1856 (Rufz de Laviron). La Guadeloupe a éprouvé à peu près les mêmes vicissitudes épidémiques. En 1867 on observa à la Martinique
,]ry GÉOGRAPHIE MÉDICALE.
une petite épidémie restreinte sur le navire Rienzi. En 1868-1869, épidémie à la Guadeloupe assez grave, plus légère à la Martinique. En 1880-1881 nouvelle épidémie à la Guadeloupe et à la Martinique.
En 1866, épidémie à la Jamaïque, surtout à Port-Royal. A la Havane, à Saint- Domin'^ue,'etc., la fièvre jaune est presque à l'état permanent, soit endémo-épidémiqîie, 'soit quelque peu sporadique. Sur le littoral mexicain du fond du 'roMe et notamment à la Vera-Gruz, même permanence du foyer eudémo-épidé mique du vomito. A Campêche, à Carmen, à Mérida, on a noté assez fréquemment des apparitions de fièvre jaune : tandis que dans l'état de Tabasco, à San Juan Baptista, sur le Grijalva, pays d'ailleurs horriblement malsain, on n'a jamais vu la fièvre'jaune (Jourdanet). D'après de patientes recherches opérées par Bouffier sur les re"-istres de l'hôpital de Saint-Sébastien à la Vera-Gruz, on a pu relever la présence de la fièvre jaune dans cet hôpital pendant le cours de 1802 à 1847. Pendant ce laps de 45 ans on ne compte que peu d'années frustes, 1807, 1818; 1814 et 1815; 1832 où il n'y eut qu'un cas. Les renseignements nous man quent pour les années comprises entre 1848 et 1854. De 1854 à 1864, l'endémoépidémie régna constamment sauf pendant les années 1855 et 1859-1860 où il n'est enregistré qu'un seul cas. En 1862, 1863, et 1364, l'épidémie fut en permanence à la Vera-Cruz. En 1863, elle sévit à Tampico sur un régiment d'infanterie de marine français. Pendant toute la durée de la guerre française au Mexique la fièvre jaune fit des victimes, principalement à bord des navires stationnant en rade de Vera-Cruz.
De la Vera-Cruz la fièvre jaune a souvent rayonné jusqu'à la limite des terres froides à la Soledad, au Chiquihuite, à Cordova même, c'est-à-dire à 70,500 et 900 mètres d'altitude et à 20 lieues du foyer central. Ou a noté des cas de vomito à Orizaba (1280 mètres d'altitude] et à Puebla, mais les malades provenaient des terres chaudes oir ils avaient puisé les germes de la maladie devenant mortelle sur les hauteurs, mais ne s'y propageant pas. De même il en a été parfois sur le sol de Mexico. En moyenne l'indemnité deviendrait un fait acquis par une altitude de 790 mètres, selon Jourdanet, sur le penchant de la Cordillière mexicaine. L'Amérique centrale a été atteinte par quelques épidémies de fièvre iaune principalement sinon exclusivement sur la côte orientale, au Honduras, à Gosta-Rica, à Panama, etc.
L'Amérique du Sud a présenté aussi une assez grande extension de la fièvre iaune, extension qui tend à s'accroître manifestement dans ces derniers temps. La côte de la Colombie confinant au golfe des Antilles offre plusieurs points comme Galuayra, Caracas, Maracaïbo, Carthagène, etc., où la maladie est fréquente sinon endémique. Elle a régné à Demerary, importée des AntiUes, en 1793, en 1800, en 1857, époque où elle rayonna vers l'Esséquibo, vers New-Amsterdam, et Berbice. Depuis 1837 on l'observa annuellement dans la Guyane anglaise où elle s'éteignit en 1846. En 1852, la fièvre jaune fut importée de Surinam à Georo^es-town, elle ravagea les rives de l'Esséquibo qu'elle remonta à plus de 60 milles. En 1851 et 1856, elle sévit épidémiquement à Surinam. Dans la Guyane française la fièvre jaune apparut en 1802, à Gayenne; en 1850, importée du Brésil; en 1852 et 1853. Depuis cette époque notre colonie était restée à peu près indemne d'épidémie jusqu'en 1876, 1877, etc., où elle a été cruellement éprouvée par le typhus amaril. Celui-ci s'est manifesté avec une grande intensité dans certains endroits où, comme aux îles du Salut et au Maroni, il a sévi à la fois sur les Européens, sur les Arabes et sur les coolies indiens et
même les nègres, A la date delà fin de 1879 l'endémo-épidemie de notre Guyane subsistait encore.
On assure que le territoire du Brésil est demeuré vierge de la fièvre jaune jusqu'enl849. En 1849 la fièvre jaune fut importée par unnavire venant de la Nouvelle-Orléans et de la Havane à Bahia, d'où elle se lépandit au nord à Pernambuco. à Para, remontant le fleuve des Amazones, à plus de 150 milles, jusqu'à son confluent avec le Rio Negro, et dans la province de Altos Amazones, dans les SoIimoes(1856). Au sud le fléau envahitRio de Janeiro, et toute la côte jusqu'à Santa Catharina, et se propagea également vers les rivières de l'intérieur. En 1857 la fièvre jaune se manifesta à Montevideo. En 1858 elle gagna Buenos- Ayres. En 1870-1871 une nouvelle invasion apparut à Buenos-Ayres, ayant cette fois débuté en amont du fleuve de la Plata, par l'Assomption, capitale du Paraguay au moment de l'occupation par les troupes de l'armée brésilienne ; puis elle descendit le fleuve par Gorrientes, atteignit Buenos-Ayres, et fît en moins de quatre mois plus de trente mille victimes. En juin elle s'éteignit, et depuis elle n'y a plus fait d'apparitions.
En 1872, Montevideo aurait été visité par la fièvre jaune: mais c'est une erreur de diagnostic, car l'épidémie de 1872 à Montevideo était bien le typbus exanthématique {voy. Typhus plus loin), (Ghampeaux, thèse de Montpellier, 1874). Mais la fièvre jaune a existé à Montevideo en 1878. A Rio de Janeiro, à Babia, à Pernambuco, la fièvre jaune est demeurée endémo-épidémique depuis une dizaine d'années. En 1875 il y eut une grave épidémie à Bahia; à Rio de Janeiro de 1850 à 1858 la fièvre jaune fut épidémique presque constamment, faisant explosion chaque année vers l'été. De 1858 à 1869 elle ne fut que sporadique, sauf en 1861 où elle fut épidémique. Depuis 1869 elle n'a cessé d'être permanente, et maintenant elle compte dans les endémo-épidémies de cette localité (Bourel-Boncières).
La côte occidentale du continent sud-américain fut épargnée jusqu'en 1842 car il est douteux que la fièvre jaune ait sévi à Guayaquil en 1740, suivant Ulloa. En 1842 elle apparut à Guayaquil importée par des voyageurs venant de la Nouvelle-Orléans. En 1852 Lima la reçut par des voyageurs venant du Brésil : eUe irradia le long du littoral vers le sud, et apparut an Ghili en 1856, atteignit San-Iago et Yalparaiso jusque vers le 34« degré sud. En 1808-18G9 le Pérou et le Chili furent le théâtre d'une terrible épidémie de fièvre jaune. On n'a pas encore signalé de manifestation de la fièvre jaune sur la côte ouest du Nord-Amérique ni du Mexique.
La côte occidentale d'Afrique est une seconde patrie de la fièvre jaune depuis un siècle au moins. En 1766 elle est signalée et décrite pour la première fois au Sénégal par M. Bishop, médecin en chef de Sénégambie, qui rapporte que la maladie sévit alors avec beaucoup de fureur, et qu'elle était aussi mortelle que celle qui reparut en 1778. Cette dernière épidémie a été longuement et complètement décrite par J.-P. Schotte {Traité de la synoque atmbilieuse ou de la fièvre contagieuse qui régna au Sénégal en lllS et qui fut mortelle à beaucoup d' Européens et à un grand nombre de naturels, etc., par J.-P. Schotte, docteur médecin, à Londres et se trouve à Paris chez FrouUé, libraire, quai des Aunistins, 1785). Sur 92 blancs l'épidémie n'en laissa vivants que 33 au moment où les Français arrivèrent pour prendre possession de Saint-Louis du Séné'^al.
L'île de Corée a été successivement visitée par la fièvre jaune en 1850 1837 1859, 1866 et 1878. Chaque fois, il a été à peu près complètement établi que
DICT. ENC, 4* S. VIII. ^2
178 GÉOGRAPHIE MÉDICjALE.
l'épidémie provenait du sud, des possessions anglaises de Sierra-Leone. En 1850, les noirs et les mulâtres de la colonie donnèrent une grande mortalité : de plus l'épidémie se propagea à Saint-Louis du Sénégal. En 1859, les nègres et la population indigène furent absolument épargnés. En 1878, au mois de juillet, une terrible épidémie de fièvre jaune éclatait à Corée et se propageait à Dakar, Hann, Rufisque, au cap Manuel et aux environs. En novembre, elle avait tué 295 Européens sur 580, plus de la moitié. La fièvre jaune i^agna Saint-Louis et même le poste de Bakel dans le haut Sénégal. Dans l'arrondissement de Saint-Louis elle fit 595 victimes parmi les Européens ; la moitié des médecins de la marine y succomba. Elle s'éteignit vers la fin de novembre 1878, après avoir causé un deuil immense : nouvelle épidémie au Sénégal en juillet 1881.
La fièvre jaune est considérée par plusieurs observateurs de ces contrées comme à peu près endémique à Sierra Leone. De fait elle y a été constatée en 1816, en 1825-1826 (Bancroft, Boyle), en 1850 où elle fut très meurtrière, en 1857, en 1845, en 1848, en 1859, enfin en 1865-1866. C'est de là qu'elle a rayonné vers le nord, à Sainte Marie de Sénégambie, à Corée, à Saint-Louis du Sénégal. C'est aussi de ce foyer qu'elle a été importée à l'île de l'Ascension en 1825, à Saint-Vincent et Boa-Vista, dans l'archipel des îles du Cap- Vert (1845) et peut-être encore à Ténériffe en 1810, quoiqu'elle ait pu venir également de Cadix aux Canaries par une autre voie.
Les Canaries ont eu de nombreuses épidémies de fièvre jaune dans le dix-huitième siècle, en 1701, 1771 et 1772 et dans le dix-neuvième en 1810, 1811, 1828, 1846-1847 et 1862.
Dans les possessions françaises de Grand-Bassam,Assinie etDabou, on a constaté l'apparition épidémique de la fièvre jaune en 1852 pour la première fois (mais d'une façon douteuse), en 1857 oîi elle tua plus des trois quarts de la population européenne et fit beaucoup de victimes parmi les noirs; de même en 1862 dans les mêmes localités (lluarl). Saint-Paul de Loanda, centre des possessions portugaises sur le littoral ouest de l'Alrique sud, a été souvent visité par la fièvre jaune; en 1860 par une épidémie très meurtrière, en 1865 par une irruption moins sévère. Cette ville a de fréquentes communication avec le Brésil et avec la Havane par l'intermédiaire des négriers et des bâtiments destinés à charger des esclaves. Ainsi peut s'expliquer sa contamination provenant des pays infectés. D'ailleurs la fièvre jaune aurait été observée, en 1862, sur plusieurs navires de la station française de guerre dans ces parages ; au Gabon, etc. Il est probable que toutes ces importations de la fièvre jaune dans le sud du littoral africain ont été de provenance américaine par la voie des na\ires négriers (Huart, ibèse de Montpellier 1868.)
Sur le continent européen la fièvre jaune compte de nombreuses apparitions dont voici les principales : En 1750, à Cadix, d'oii elle rayonna en Espagne. — En 1741, àMalaga.— De 1764 à 1780, quelques apparitions à Cadix. —De 1800 à 1804, à Cadix, importée de Charleston, la fièvre jaune remonta le Guadalquiver, vers Séville, puis Antignera, Grenada, Cordova, etc., et s'étendit le long des côtes jusqu'à Valencia. . — En 1810 à Carthagena, Cadix, Gibrultar. — En 1815 sur les côtes de l'Andalousie, de Murcie, de Valence. — De 1819 à 1820, à Cadix, Xérès, Séville, Malaga, et autres localités nombreuses d'Andalousie. — En 1821, en Catalogne, à Barcelone, à Tortosa et dans l'intérieur du bassin de l'Èbie. — En 1825, au petit port de los Passages, au nord. — En 1828, à Gibraltar, importée des Antilles. — En 1870, à Barcelone à' où elle envahit le
littoral jusqu'à Alicante et se propagea même aux Baléares, — Fnfm en 1878 elle fut importée de la Havane à Santander et de là à Madrid vers la fin de l'année.
En J823 et 18571a fièvre jaune sévit à Lisboa (Portugal) avec une intensité extraordinaire lors de la dernière épidémie qui coûta la vie à plus de dix mille personnes. Aux Canaries, à Sainte-Croix de Ténéritïe, importée par le navire îS'ivaria, en 1862, la fièvre jaune s'étendit par toute la ville.
En 1804 la fièvre jaune sévit à Livorno (Italie).
La France a compté des appaiitions beaucoup plus rares que l'Espagne. En 1802 et 1821 la fièvre jaune se manifesta à Marseille sans s'y propager; — il en fut de même à Brest, en 1852 et 1856; — à Saint-Nazaire en 1861, et au Havre à diverses reprises. L'Angleterre en a vu quelfues rares apparitions; à Soutbampton en 1852 : à Swansea en 1866, où sur 20 cas il y eut 15 morts; à Soutliampton en 1869, etc. Il est digne de remarque qu'en France et en Angleterre, soit à cause de la sévérité des mesures de police sanitaire, soit pour toute autre cause, la fièvre jaune n'a jamais pris une extension considérable, comme, par exemple, en Espagne et en PortugaL En ce qui concerne l'origine de la fièvre jaune épidémique du continent ou plutôt du littoral occidental de l'Europe, l'importation provenant de l'Amérique, principalement de l'Amérique centrale, a presque toujours été facile à établir toutes les fois qu'une enquête sérieuse a été faite sur ce su jet -
L'aire de la fièvre jaune, d'après cet exposé encore incomplet, est donc fort étendue et embrasse des pays très-divers. Sur le nouveau monde, elle a régné du 53" 16' latitude sud (Santiago du Chili) et du oi' 54' id. (Montevideo) au 43° 4' latitude nord (Portsmouth, New Hanipshire), entre des cercles de latitude séparés entre eux par l'intervalle de 77 à 78 degrés. Elle a visité Goayaquil à l'ouest et Pernambucco à l'est du continent sud-américain. Dans le vieux monde moins étendue, et plus disséminée, elle a sévi récemment par le 8'^' déféré latitude sud (Saint-Paul de Loanda, Ascension) et elle a fait des apparitions courtes, mais bien réelles, jusque par le 51'' et le 52" degré latitude nord (Royaume- Uni, Soutbampton et Swansea, dans le golfe de Bristol),
Elle a pénétré en Europe jusqu'au 9'= degré longitude est, mais seulement sur le littoral méditerranéen (Livorno). En Espagne elle a envabi souvent les bassins fluviaux tels que ceux du Guadalquivir, de l'Èbre, et plusieurs localités de l'intérieur de ce pays. Dans le nouveau monde, la fièvre jaune a remonté assez fréquemment l'immense vallée du Mississipi jusqu'à Memphis : il est sérieusement à craindre qu'elle ne gagne les sources de ce grand courant à la suite des bateaux à vapeur et des chemins de fer. Tout récemment enfin elle a frappé la capitale (l'Assomption) du Paraguay sans passer par les bouches du fleuve qui porte cette ville.
De même que la peste a sévi avec fureur sur les îles de la Méditerranée au temps de sa diffusion épidémique, de même la fièvre jaune a franchi de «^rands espaces sur les navires pour frapper des îles presque perdues au milieu de l'Atlantique : l'Ascension par 7»,57 latitude sud, les Bermudes à 950 kilomètres de la côte du South-Caroline, l'archipel du Cap-Vert à 480 kilomètres du cap africain de ce nom, etc., sans compter les Antilles considérées comme le principal de ses foyers.
En somme la fièvre jaune a un pied sur chacun des rivages de ce bassin Atlantique dont la largeur effraya jadis les compagnons de Colomb, mais qni,
iSO GÉOGRAPHIE MÉDICALE.
de nos jours ne présente jilus, grâce à la rapidité et à la sûreté de la navigation, que les dimensions ordinaires d'une seconde Méditerranée placée entre l'Europe, l'Afrique et l'Amérique. Elle n'a qu'accidentellement visité le littoral du Pacifique. Mais il faudrait se garder de croire que le voniito sévit avec une égale intensité sur ces points si distants et sous toutes ces latitudes. Sur un relevé comprenant 196 épidémies, on en compte 106 du 0 au 30^ degré latitude nord; 76 du 50« au 40= degré; 13 du 40^ au 50 degré; et peut-être 1 du -50^ au 60" degré. Les épidémies de l'iiémisphère sud sont beaucoup moins nombreuses. La fièvre jaune est donc surtout une épidémie de l'hémisphère nord et de l'hémisphère ouest du globe {voxj. Jacine, fièvre).
La fièvre jaune n'aime ni les altitudes ni les grandes plaines : rarement elle y fait des irruptions étendues et durables. Rarement elle pénètre dans l'intérieur des continents ou des grandes îles, mais on peut dire qu'elle aime les rivages marins, les bords des fleuves et des cours d'eau situés à proximité de la mer. Elle lampe pour ainsi parler le long des immenses lisières maritimes du golfe mexicain, où parfois elle s'insinue, comme à travers des fissures, dans les estuaires, dans les embouchures des rivières qui arrivent cà l'Atlantique et jusque vers le cours moyen du Mississipi. Le même phénomène se produit, bien que sur une échelle moins vaste, sur la côte orientale du Sud-Amérique, pour la côte ouest d'Afrique, comme pour les points plus rares de l'Europe. C'est donc une espèce nosologique essentiellement marine, jusqu'à présent du moins. La fièvre jaune a régné avec une égale intensité et continuité sur les îles volcaniques ou calcaires des Antilles, sur les sables de la Vera-Cruz, sur les vastes Cyprières des États sud-est de l'Union ; elle s'est montrée d'une égale violence dans les estuaires de la Gambie, de Sierra-Leone, au Sénégal, comme sur l'îlot basaltique de Gorée, aux îles du Cap-Vert, sur les monts moyens et les plateaux granitiques de l'Espagne, etc. [voy. Jadne, fièvre).
En résumé la fièvre jaune est une endémo-épidémie essentiellement maritime, surtout urbaine, peu rurale. Son assiette de prédilection se place sur les terres humectées par les eaux marines ou saumâtres; elle recherche la chaleur parfois intense, elle fuit devant le froid et aux approches de la glace ; elle semble détester les altitudes d'abord pour elles-mêmes, beaucoup sans doute à cause de la raréfaction de leurs habitants. Elle affecte la même aversion relative pour le sang noir; c'est un fléau de la race blanche non acclimatée.
Mystérieuse encore dans sa nature, mais pleine d'énergie comme le continent ([ui la vit naître (malgré l'opinion qui en place le berceau en Afrique), elle s'est agrandie rapidement en dehors de son berceau; elle est devenue endémique sur certains points du littoral brésilien : elle tend à le devenir dans la vallée .Mississipienne et sur les côtes sud-est du Nord-Amérique. Elle n'a guère fréquenté qu'accidentellement le littoral du Pacifique : comme la majeure partie des terres du nouveau monde, elle a une inclinaison décidée pour le bassin Atlantique ; elle menace l'Europe et surtout l'Afrique, beaucoup plus que l'Océanie et l'Asie.
JNon cosmopolite comme le cboléra, non dissimulée ou retirée comme la peste en ce moment dans les terres et les monts d'Asie, la fièvre jaune flotte de rivage en rivage, et balance sa demeure mobile à bord des navires, ou bien elle s'établit pour un temps parfois court, mais parfois définitif au bord des mers tièdes de l'hémisphère uord.
Choléra, asiatique et nostkas. On ne connaît qu'imparfaitement l'histoire et la géographie du choléra-morbus mentionné par Hippocrate et les anciens, décrit
plus tard par Rivière, par Sydeuham vers le milieu du dix-septième siècle, et qui, à ces époques comme maintenant, apparaissait dans les grands centres populeux vers la fiu de l'été ou au commencement de l'automne avec la régularité des hirondelles au printemps et du coucou en été, suivant la pittoresque expression de Sydenham. On sait encore que ce choléra-nostras, ce trousse-galant du moyen âge, est endémique dans presque toutes les contrées de la terre. Au Sénégal on l'a décrit sous le nom de N'diank (Vauray. Des accidents cholériformes vulgairement appelés N'diank au Sénégal, Thèse de Montpellier 180G).
Mais quelle est la patrie originaire (prava parens) de celte autre forme pathologique qui depuis un demi-siècle est devenue presque cosmopolite par ses irruptions périodiquement dévastatrices? Sans doute les médecins portugais et hollandais qui, les premiers, visitèrent le berceau présumé du choléra asiatique (Garcia dOrta 1563 et Bontius 1629), nous ont tracé la description du choléra indien régnant à Goa et à Batavia. Le voyageur français Soimerat avait vu le choléra épidémique aux envirozis de Pondichéry en 170(S-1771, il y a plus d'un siècle; mais à part quelques autres mentions de celte maladie et même des descriptions plus complètes et plus médicales, il faut arriver en 1817-1818 pour trouver une littérature médicale suivie sur le choléra indien.
Avant cette période il paraît que le redoutable Iléau n'avait parcouru que l'Inde, complètement il est vrai, de l'Himalaya à la pointe australe de Ceylan, et des embouchures du Gange jusqu'aux hautes sources de l'Indus. Que si pourtant il était sorti de la péninsule en lointaines ou voisines irradiations avant 181 7, c'est ce qui ne peut être rigoureusement décidé, car l'histoire n'en l'ait pas mention. Quoi qu'il en soit, depuis celte date les renseignements précis que nous possédons sur la marche extensive du choiera nous permettent d'en tracer nettement les aires épidémiques eu dehors duberceau indien.
Sans revenir sur l'histoire des grandes et successives irruptions du choléra, qui a été faite précédemment [voy. Choléra, t, XVII), il nous suffa-a de savoir que la première explosiou (de 1817 à 1825) eut lieu vers l'Orient, couvrant une partie de l'Indo-Cliine, de la Chine, de l'archipel Indo -Malais, jusqu'au sudouest, suivant quelques-uns, de l'Australie. Dans cette première invasion le Iléau avait touché le 40'^ degré nord et le oS*^ degré sud; il avait marché du 70" degré (sources de l'Indus) au 150^ degré longitude e^t. Mais le grand mouvement devait se faire vers l'Occident. Déjà en 1823 le choléra avait atteint Astrakan au nord, l'Asie Mineure au milieu et les îles Mascareignes au sud.
A la fin de l'année 1837 l'épidémie indienne avait conquis l'hémisphère boréal de la terre presque en entier, sauf les régions glaciales. Sur le vieux continent elle avait occupé depuis le Sennaar (lO'' degré latitude nord) jusque près du 70'= degré : sur le nouveau monde, elle était descendue d'Halilax jusqu'aux savanes Guyanaises, soit du 45== degré jusqu'auprès de l'équateur. Des bouches du Gange, elle avait poussé en Orient jusqu'aux Philippines et vers l'Occident franchissant l'Atlantique, elle avait atteint le 124" degré de longitude occidentale sur la côte Californienne dans le bassin du Pacifique. Ainsi de 1817 à 1837 le choléra avait parcouru les deux tiers du globe habité. Dans cette gigantesque pérégrination de l'Inde vers l'est d'abord, puis vers l'ouest, le choîéra était
arrivé des deux côtés sur les rives du Grand Océan : des côtes Chinéso-Japonaise à celles de la Californie, il ne lui était resté à franchir qu'un isthme d'eau asseï étroit pour être parcouru, de nos jours, dans une semaine et demie paroles paquebots rapides. Mais à cette époque la barrière était considérable, car les
s sez
communications étaient rares, sinon inconnues, entre ces deux points extrêmes des deux conlincnts, sous les latitudes dont il s'agit,
La seconde pandémie cholérique, après s'être élaborée dans l'Inde comme la première, commença en 1847-1848 et dura jusqu'en 1855-1856. Elle se fit en quelque sorte en deux temps, sans être moins tenace ni moins meurtrière que la première qu'elle surpassa encore en extension, car elle frappa de nouveau presque toutes les régions atteintes précédemment, et de plus elle envahit au loin l'Amérique du Sud jusqu'au 35* degré de latitude australe, la côte occidentale d'Afrique, le Centre-Amérique et les Antilles, le illexique, sans épargner les États de l'IJuioii qu'elle ravagea plus que la première irruption. La diagonale de celte aire immense décrite par le choléra de la seconde pandémie, tirée du nordest au sud-ouest du monde, ne comprend pas moins de 124 degrés de longitude sur 93 degrés de latitude : elle va des plaines glacées de Tobolsk sur l'Obi (66'= degré nord et 58^ degré longitude est) jusqu'aux pampas du Rio de la Plata, à Montevideo (35*^ degré latitude sud, 58* degré longitude ouest).
La troisième pandémie par ordre de date commença en 1865-1866 : pendant près de onze années le choléra avait laissé respirer le monde. La marche de cette dernière irruption fut foudroyante, car elle emprunta ses voies de communication et d'expansion principalement aux routes maritimes. Parti probablement de l'Inde et de l'archipel Indo-Malais, le choléra subit une sorte de concentration et d'élaboration au grand pèlerinage de la Mecque, au commencement de 1865. De là il rayonna dans dix à douze directions vers les grands ports de la Méditerranée, vers Gonstantinople, vers la mer Noire, le sud de la Russie, vers la Syrie, le golfe Adriatique, le golfe du Lion, etc. D'un seul bond, pour ainsi dire, il poussa jusqu'à New-York et Halifax, à la Guadeloupe, au Centre-Amérique, et dans l'intérieur des plaines argentines jusqu'au Paraguay. Il descendit avec la vitesse de l'ouragan vers la côte occidentale et orientale d'Afrique en 1868.
En 1871-1872, il visitait Constantinople, la Russie, la Hongrie, pénétrait en France de nouveau en 1875. En 1875 apparaissait une mystérieuse explosion de choléra dans les déserts syriaques, à Hamah, aux sources de l'Oronte, doia elle se répandit en se limitant à Damas, Antioche, Alep, Beyrouth, Lattaquié et quelques villages de Syrie. En 1877-1878 (le 24 décembre J877), vers la terminaison de la fête jusque-là heureusement accomplie du pèlerinage saint de la Mecque, éclata soudain une petite épidémie cholérique qui, après avoir gagné Djedduh, Médine et Yambo avecquelqucs poussées légères vers l'Arabie et l'Yémen, s'éteignit devant les barrières quarantenaires établies aux lazarets de Djebel-Thor et des visites sévères à l'arrivée à Suez avant de transiter le canal.
Enfin en 1878, le Maroc fut le théâtre d'une épidémie localisée de choléra qui frappa d'abord Tanger, Ceuta, puis Mequinez, Fez et Casabianca (Darbeida), qui perdit jusqu'à 377 habitants en troisjours sur une population de 7000 individus. Le choléra s'éteignit, sans se propager, au Maroc même, vers la fin de l'automne.
En résumé, ce qui frappe dans la diffusion de la grande irruption cholérique de 1865-1866, c'est la rapidité encore plus étonnante que l'étendue de l'expansion. Elle arrivait à la Guadeloupe vers la fin d'octobre 1865, après avoir parcouru en dix mois plus de 170 degrés de longitude de l'est à l'ouest (de Singapore aux Antilles), avec nne vitesse moyenne de près de 50 kilomètres par jour dans ce mouvement jusque-là inouï de translation.
Conformément au programme de la nosologie géographique nous aurions à retracer ici point par point les régions innombrables de la terre qui forment le domaine presque ubiquilaire du choléra épidémique. Mais il est plus simple de procéder par exclusion dans cette revue sommaire, et de n'insister que sur les contrées indemnes ou légèrement atteintes par le fléau.
Jusqu'ici les régions boréales du globe ont été singulièrement épargnées : en Europe, l'Islande, les Archipels des Hébrides, des Shetland et des Féroë amsi que la Laponie norvégienne et suédoise n'ont pas encore été visités par la maladie asiatique. Mais la Scandinavie proprement dite, la Finlande et la Russie du Nord jusqu'à la mer Blanche ont été atteintes. Le Jutland danois a été aussi toujours indemne. Les réaions montueuses d'Angleterre ont été presque entièrement préservées : les highlands d'Ecosse ne l'ont jamais vu. En Fiance on cite comme à peu près indemnes du choléra les régions montueuses de l'Auvergne, des Vosges, de la Bretagne, des Pyrénées et des Alpes, ainsi que la ville de Lyon parmi les centres populeux. Même immunité pour la Suisse des montagnes où le fléau n'a jamais atteint ni le massif central des Alpes, ni celui du Jura. En Italie les versants des Alpes et des Apennins ont été pareillement préservés. Le choléra a relativement épargné le nord de l'Espagne et les Baléares ainsi qtie le Portugal où il n'a sévi qu'une ou deux fois. Ou ne compte qu'une épidémie en (Irèce; la maladie paraît inconnue ou très-rare dans les hautes régions de l'Europe orientale; telles sont les montagnes élevées de la Styrie, de la Bosnie, du Monténégro, de la Grèce, des Balkans et des Carpathes.
L'Asie est le foyer même de la célèbre endémo épidémie. Mais il faut néanmoins distinguer deux classes de régions asiatiques, celles où la maladie est endémique et celles où il est fort rare et où il n'a jamais régné. Les premières sont : la péninsule hindoue, la Birmanie, l'Indo-Chine, les îles de la Sonde, et peut-être la Mésopotamie inférieure ; les secondes comptent les parties boréales et oiientales de la Sibérie et le Kamtchatka. Quelques districts montagneux de l'Himalaya et des Gatthes ont été beaucoup plus ménagés que les plaines de l'Inde. Le choléra ne paraît pas avoir dépassé de beaucoup vers le sud-est la grande île de Timor qui fut in !emne jusqu'en 1870. L'Australie presque entière (.■^auf quelques points du golfe de Carpentarie), la Nouvelle-Zélande, la Tasmanie ainsi que toute la vaste Polynésie, sont demeurées à l'abri du fléau jusqu'à ce jour.
La marche des invasions du choléra en Afrique ne nous est qu'imparfaitement connue. On sait la violence et la fréquence avec laquelle il a sévi en Egypte, vers le haut Nil, sur le littoral méditerranéen, jusque sur les plateaux algériens de l'Atlas; il est descendu jusqu'au sud du Sénéiial en 1868 avec une vitesse et une mortalité effroyables; mais il n'aurait cependant point atteint les colonies de Libéria et de Sierra-Leone, ni les Guinées, ce qui paraît douteux. Quant aux régions centrales du continent nous ignorons si la maladie de l'Inde y a jamais pénétré ; mais cela est fort probable, malgré le dire de Livingstone affirmant qu'il y est complètement inconnu.
Parmi les îles africaines vierges du choléra on compte : les Açores, Sainte- Hélène, l'Ascension, probablement le groupe du fond du golfe Guinéen; les îles du Cap-Vert furent atteintes en 1855, les Canaries ne comptent que l'épidémie de 1857 qui fut limitée à la Grande-Canarie qu'elle ravagea; Madagascar fut infectée par la côte orientale d'Afrique en 1869 et 1870, ainsi que les Comores. Les Seyehelles compteraient aussi parmi les localités indemnes. Toute la vaste étendue des possessions du cap de Bonne-Espérance et les régions du littoral
occidental de l'Afrique austrule appartiennent encore aux terres préservées jusqu'ici du choléra.
L'Amérique polaire, la Nouvelle-Bretagne, le Groenland, la Colombie anglaise, l'Amérique jadis russe (aujourd'hui appartenant aux Etats-Unis) et les îles Alcouliennes n'ont pas encore été atteints. Le Canada n'a été visité qu'un nombre de fois assez restreint.
Les États-Unis ont été souvent ravagés par le choléra indien ; cependant les provinces occidentales, comme d'adleurs le littoral américain du Pacifique en général, n'ont été que plus rarement atteintes. Le Mexique n'a point été épargné dans ses hauts plateaux par le choléra qui a pénétré jusque dans les ports d'Acapulco et de Mazatlan ; même fait s'est passé pour l'Amérique centrale.
Parmi les Antilles c'est la grande île de Cuba qui a reçu les visites et les importations les plus fréquentes et les plus meurtrières du choléra, à ce point qu'elle est devenue souvent un foyer de rayonnement cholérique soit pour les autres Antilles, soit aussi pour l'Europe et l'Amérique. On ne cite qu'Antigoa et quelques iles voisines comme ayant été épargnées dans les eaux Caraïbes. La petite île de Saint-Thomas, en raison de son rôle d'aboutissant des grandes lignes de bateaux à vapeur, a souvent répandu le choléra dans le groupe antillais. Les Guyanes n'ont été que peu touchées par le fléau en 1855, par suite d'une importation probable des Antilles.
Le vaste Brésil était demeuré presque indemne du choléra jusqu'en 1865- 1867. Le bassin de la Plata avait vu le choléra s'arrêter et se limiter sur ses lisières marines jusqu'en 1866-1867; mais depuis cette date les régions platéennes ont été cruellement maltraitées par l'épidémie indienne. En somme Montevideo et Buenos-Ayres ont été la barrière méridionale du choléra en Amérique; il n'a jamais atteint la Patagonie, pas plus qu'il n'a pénétré dans les régions occidentales du continent sud-américain. Ainsi sont demeurés vierges du fléau l'Equateur, le Pérou, la Bolivie et le Chili, aussi bien sur les côtes que dans les altitudes des Andes. En terminant, rappelons que les Bermudes tropicales ont été épargnées jusqu'à ce jour.
En résumé presque toute la zone froide et glaciale de l'hémisphère septentrional, quelques îles lointaines de l'Atlantique, l'immense majorité des îles et des grandes terres de l'Océanie, la côte occidentale de l'Amérique, peut-être l'intérieur de l'Afrique, en tout cas les deux grandes pointes continentales qui supportent les deux grands caps de la terre, ainsi que le troisième cap, celui de l'Australie et de la Tasmanie, quelques districts montagneux de l'Europe et de l'Asie, telles sont les régions qui composent le domaine jusqu'ici soustrait aux atteintes du choléra indien épidémique. Celui-ci, dans ses invasions progressives vers l'Orient, mais surtout vers l'Occident, a facilement franchi de vastes espaces marins, comme l'Atlantique ; mais il s'est presque toujours arrêté sur les rivages du Grand Océan, comme s'il eût rencontré une barrière devenue infranchissaide à son énergie épuisée graduellement ou tout à coup brisée.
En d'autres termes plus géographiques, le choléra indien reconnaît actuellement comme limites septentrionales le 50*^ degré sur la côte asiatique à l'est; on ne connaît pas ses limites en Mongolie et en Sibérie; maison voit qu'il a remonté jusqu'auprès du cercle polaire, vers le 66^ degré nord en Russie et en Scandinavie; redescendant au-dessous de l'Islande et du Groenland, il n'a atteint l'Amérique que vers le 45^ ou le 50^ degré nord, au-dessous de la mer d'Hudson, près des grands lacs, pour gagner la côte occidentale au-dessous de
rOregoii, vers le 40« degré nord, plus bas, par conséquent encore, que sur le rivage asiatique opposé. Au sud le choléra n'a pas dépassé le 10'' degré de latitude dans l'archipel indien-malais (Timor); en Afrique il a alteml le 'lO' degré (Madagascar) et même le 22-= degré (les Mascareignes)^ sans franchir le cercle du Capricorne; mais en Amérique il a poussé jusque près du o5^ degré latitude sud ( Buenos- Ayres). On remarquera qu'il s'agit ici des côtes orientales seulement des continents d'Afrique et d'Amérique.
En partant des foyers centraux actuels de l'endémo -épidémie cholérique, c'est-à-dire de l'Inde, de l'Indo-Chine, du sud de la Chine et des îles de la Sonde, il est facile de remarquer que si le fléau a rayonné vers l'Asie orientale jusqu'aux îles Philippines et Japonaises, c'est surtout vers l'occident de la terre qu'il a poussé 'ses formidables irruptions. Il a marché, parfois galopé vers les côtes occidentales de l'Asie, de l'Europe, vers les rivages orientaux de l'Afrique en respectant au moins largement le littoral occidental de ce continent ; vers la côtes est d'Amérique depuis l'estuaire du Saint-Laurent à celui de la Plata, tout en épargnant encore presque complètement (sauf en Californie, au Mexique et au Centre- Amérique) les hautes terres qui font la bordure américaine du Pacifique.
La majeure partie des terres australes, notamment les trois grands caps des continents méridionaux, demeurent indemnes du choléra, ainsi que de vastes étendues désertiques, des massifs montagneux sublimes et quelques îles perdues au milieu des océans Indien et Atlantique, sans compter les groupes si nombieux du Pacifique.
Il n'est pas besoin de faire ressortir, après cet exposé, les conclusions générales qui découlent de semblables faits : l'expansion du mal indien s'est faite principalement dans le sens des grands mouvements de l'homme. Le choléra a suivi l'homme, qui en est le support et le colporteur, sur ses grandes routes de pérégrination, de commerce, de voyage, soit par terre, soit par mer comme dans les dernières épidémies, empruntant de nouvelles forces d'expansion dans les grands centres de concentration humaine, dans nos modernes fourmilières, se raréfiant et s'affaiblissant par contre et s'é teignant enfin faute d'aliment sur les limites des déserts de terre ou d'eau, sur les lisières des saharas comme sur les rivages du Pacifique, et sur les altitudes ou les régions de glace inhabitées.
D'après la majorité imposante des faits on peut formuler la proposition suivante en conformité avec le résultat des recherches de Boubée, de Foiu'canll, de Dechambre, de Ilirsch et de von Pettenkofer : une grande extension du choléra n'est possible que sur un sol, mieux encore, un sous-sol poreux et favorable à l'imprégnation par les eaux. Au contraire un terrain compacte et rocheux, peu perméable et imperméable à l'eau, on bien encore s'il est trop prompt à laisser rapidement filtrer les eaux sans pouvoir les retenir par imbibition dans ses couches superficielles ou moyennes, ne saurait être propice à la dissémination et à la reproduction du choléra. On ne compte que peu d'exceptions à cette règle {voy. Sol).
Les races et les nationalités se sont montrées presque égales devant le choléra. Quand il y a eu quelques différences, Uelles-ci se sont prononcées aux dépens des races les moins énergiques, de même que les coups les plus uiortels du fléau portent le plus souvent sur les parties les plus misérables de la population d'une localité. Les nègres d'Afrique, les Hindous succombent souvent avec une étrange rapidité au moindre souffle du contage et sans présenter parfois
d'autres signes que ceux d'une sidéralion inouïe chez les autres races plus résistantes. Aux Antilles, notamment à la Guadeloupe, les nègres ont payé un tribut double ou quadruple des blancs; dans l'Inde, à Pondichéry, par exemple, Huillet a constaté qu'en temps ordinaire le choléra limite ses coups à la population de la ville noire. Nous avons vu la même chose sur les indigènes de la Coi^hinchine. C'est par erreur que l'on a prétendu à l'immunité de la race juive par le choléra.
Des typhus ou maladies typhoïdes. De toutes les grandes maladies épidéraiques qui moissonnent en quelque sorte, par intervalles, l'espèce humaine, il n'en est guère de plus meurtrières ni de plus largement répandues que les lyphus Seules les fièvres éruptivesou exanthématiques sont plus communément disséminées sur toute la superficie de la terre. Mais les typhus sont, par excellence, les maladies de l'Europe et des parties continentales civilisées. Leur ixteusion, leur intensité, leur généralisation, surtout en Europe, as.>ignent le premier rang selon l'importance à leur histoire. Ces épidémies nous metlenl, pour ainsi dire, en coupe réglée depuis des siècles. Leur étude géographique L't historique mérite donc une place à part qui sera justifiée par l'importance des résultats obtenus et des questions soulevées, mais dont souvent la solution seulement posée aujourd'hui regarde l'avenir.
La nosologie permet de diviser nettement les typhus en quatre espèces : l^la fièvre typhoïde ou iléo-typhus ou abdominal typhus; 2" le typhus exanthématique ou pétéchial; 3" le typhus récurrent ou relapsing fever. fièvre récurrente; 4" le typhus bilieux ou ictérode, nommé encore mal à propos fièvre typhoïde bilieuse.
\° Fièvre typhoide ou mieux typhus abdominal ou iléo-typhns : typhus abdominalis. L'histoire de cette espèce de typhus est de date récente eu égard au typhus lui-même : l'origine, ou, si l'on veut, la constitution nosologique de cette espèce morbide, ne date que du commencement du dix-neuvième siècle (l"^*, 2^ et 3* décades), précisément alors que le typhus paraissait devenu rare sur le sol de l'Europe et de l'Amérique du Nord.
On a dit que la fièvre typhoïde était rare parmi les peuples habitant le nord de l'Europe, dans les régions glaciales ou froides. Cependant elle a ravagé plusieurs fois le Groenland : en 1876, à Lichtenau, sur 186 indigènes, 100 en ont été atteints, 71 sont morts; à Sydproeven, un quart des habitants danois y a succombé. Au Labrador, lesMoraves ont compté 120 morts, presque tous Esquimaux comme les Groënlandais (Lombard). La fièvre typhoïde est commune aux îles Féroë où elle se nomme Landfarsot comme en Islande ovi elle a sévi depuis longues années, notamment en 1857, 1858, 1859 à 1861 (Finser), et où elle a atteint une mortalité de 15 pour 100. En 1871, l'Islande fut éprouvée par une épidémie assez intense (Hjaltelin). Dans le Nord-Amérique elle est devenue commune depuis quelques années, principalement autour des grands lacs du Canada. En 1870 elle causa 1264 cas de mort, soit le 36 millième des décès. A Terre-Neuve, elle règne d'ordinaire au printemps et à l'automne. A l'île française de Saint-Pierre, elle figure pour le l?** des décès.
\L\\ Norvège, la fièvre typhoïde est si fréquente qu'elle occasionne plus du 10^ de la mortalité (Eger) de tout le royaume (sans doute, pour les maladies aiguës). A Christiania elle sévit avec intensité et l'on peut dire que la fièvre typhoïde est l'un des traits caractéristiques de la pathologie noi-végienne. En Suède, la statistique a compris sous le même clief les fièvres typhoïde et bilieuse. De 1865 à
1867, elles ont constitué le 18Q millième des maladies aiguës ; elles ont attemt le cliilïre énorme de près de 60 000 dont 5585 morts ; elles ont été plus fréquentes au nord qu'au midi du royaume. A Stockholm, elles font le 5= des maladies des troupes de terre et de mer. En 187-2-1873, on compta 50 111 fièvres bilieuses et typiioïdes sur 62 475 cas de maladies épidémiqiies, soit la moitié, avec une mortalité de 2283 ou le 15^ On peut donc affirmer la très-grande Iréquence actuelle de la fièvre typhoïde en Suède comme en Norvège.
Le Danemark compte les épidémies de 1816, 1836, 1842 à 1849, qui ont fourni presque le 40 millième des décès. De 1863 à 1872 la proportion a été un peu moindre. A Copenhague le chiffre de mortalité par la fièvre typhoïde est plus élevé que dans la moyenne des capitales d'Europe ; il égale presque celui de la ville de Paris (68 millièmes).
La Russie qui, comme le Danemark et la Suède, est rangée en majeure partie dans les pays froids, fournit un contingent élevé de cas de fièvre typhoïde. En Finlande la fièvre typhoïde est très-répandue à l'état épidémique sur les Lapons dans le nord, quoique moins que dans le sud, où la moitié de la population, suivant les rapports cités par Hlrsch, aurait succombé à la maladie. A Saint-Pétersbourg de 1864 à 1869, une période de six années a donné 3664 fièvres typhoïdes, 6785 typhus exanthématiques et 13 057 récurrents, avec une mortalité en sens proportionnellement inverse de ces nombres. Parmi les maladies qui sévissent sur les marins des ports de Kronstadt et de Pétersbourg ainsi que sur les ouvriers d'ishora, le typhus et la lièvre typhoïde figurent pour le quart (soit les 248 millièmes). Dans les provinces baltiques, l'Esthonic, la Livonie, la Courlande, le Kowno, la fièvre typhoïde est très-répandue : elle fait les 36 millièmes des maladies et les 48 millièmes des décès (à Paris elle fait les 68 millièmes).
La [îussied'Europeproprement dite peut se diviser, sous le rapport géographique des maladies, en Russie du nord, du centre et du sud. La fièvre typhoïde semble moins fréquente dans la Russie septentrionale. A Moscou, Russie centrale, la fièvre typhoïde est fiéquente à toutes les époques, principalement en hiver et au printemps ; parfois elle y fait de très-grands ravages. Elle règne dans tous les gouvernements du centre. Dans les provinces du sud, surtout dans les gouvernements de Saratov, Kerson, Bessarabie, Crimée, Stavropol, dans ceux du Caucase et dans les provinces transcaucasiques de Kutaïs et de Tiflis, la fièvre typhoïde est fréquente. A Astrakan, le typhus et la fièvre typhoïde forment les 87 millièmes des maladies.
En Sibérie les relevés n'ont pas établi ordinairement la distinction entre la fièvre typhoïde et le typhus exanthémalique ; mais ils nous montrent ces deux maladies suivant les prisonniers, les mineurs, comme l'ombre suit le corps, partout, à Tobolsk (Sokoloff), à Irkoutsk (le typhus). Une forme de typhus appelée Povérié règne sur les rives de la Kholyma. Ces deux affections figurent assez souvent au premier rang pour la mortalité en Sibérie. La Sibérie orientale, les provinces de l'Amour nous sont presque inconnues sous le rapport de leur pathologie. On sait que le typhus exanthémalique est fréquent au Kamtchatka vers le printemps.
Si nous avons insisté à ce point sur les détails du règne de la fièvre typhoïde dans les régions glaciales et froides, c'est pour appuyer dès à présent une proposition que nous développerons plus tard, la non-rareté, disons mieux, la fréquence de cette fièvre dans les deux zones que nous avons examinées, les zones froides.
Les régions tempérées de l'Europe sont le siège de prédilection des foyers de la fièvre typhoïde. En Angleterre, oiî régnait principalement le typhus exanthématique, la fièvre typhoïde passait pour rare avant 1846; Bennet affirme qu'en Ecosse elle était peu commune avant celte date où elle décima certaines villes. Eu Irlande la première épidémie de fièvre typhoïde accusée remonte à 1826 à Duhlin, puis à 1855 à Templemore. Des statistiques recueillies depuis nous donnent les chiffres suivants : pour l'Angleterre, la fièvre typhoïde, qui y est actuellement endémique, a donné, à Loudoii-Hospital, une mortalité de 17 à 18 pour 100 durant quinze ans. Pendant une période de dix ans, le même hôpital a fourni parmi les fièvres typhiques, 55 pour 100 de typhus exauthématique, 27 pour 100 de fièvre typhoïde, 60 pour 100 de typhus récurrent et 15 pour 100 de fièvres continues diverses. Dans tout le royaume les typhus ensemhle ont donné 91 décès sur 100 000 habitants ou 0,91 décès sur 1000 habitants. En Écossse, de 1855 à 1864, pendant une décade, les typhus occupent le troisième rang pour la niortalilé; ils font les 47 millièmes du total des décès. L'Irlande est la terre classique du typhus exauthématique ; la fièvre typhoïde y est un peu moins commune. L'ensemble des fièvres typhiques occasionne 60 millièmes du total des décès. En somme, ce qui caractérise la pyrétologic irlandaise, c'est la fréquence extraordinaire des fièvres continues sous forme de typhus exanthématique, d'iléo -typhus ou fièvre typhoïde et de typhus récurrent.
En Hollande, les trois fièvres continues désignées sous les noms de synoque, de fièvre typhoïde et de typhus exanthématique forment les 45 millièmes des décès. Dans ce chiffre, la fièvre typhoïde n'entre que pour les 11 millièmes, tandis que la synoque y est pour les 15 millièmes. A Amsterdam, la mortalité pour les fièvres continues est de 46 millièmes, tandis qu'à Edimbourg elle est de 46 millièmes également, à Copenhague et à Bruxelles, de 22 millièmes, à Strasbourg, de 25 millièmes, à Lyon et à Liège, de 27 millièmes, à Anvers, de 29 millièmes, à Glascow, de 81 millièmes, à Turin, de 46 millièmes, à Christiania, de 65 millièmes, et enfin à Paris, de 68 millièmes. Ainsi la Hollande et sa capitale présentent une proportion moyenne de la fièvre typhoïde. En Belgique la période décennale de 1841 à 1850 a donné 94 épidémies de fièvre typhoïde qui ont régné surtout pendant l'hiver; ce qui a constitué les 46 millièmes des décès pour tout le royaume belge, soit environ 0,7 décès pour 1000 habitants.
En France où manque la statistique mortuaire générale et où les documents ne concernent que les villes de plus de 10 000 habitants, et cela pour une période évidemment trop courte de trois années, nous trouvons que les fièvres typhoïdes forment les 65 millièmes du total des décès spécifiés, ce qui fournit une moyenne supérieure à celle de toutes les capitales de l'Europe, sauf Glascow. La France, en effet, est la terre classique de la fièvre typhoïde. C'est d'ailleurs sur son sol que cette espèce nosologique fut bien étudiée, d'abord par Bretonneau (1826), puis définitivement et solidement instituée par les immortels travaux de Louis (1829). C'est presque exclusivement à partir de cette dernière date que la connaissance exacte de la fièvre typhoïde, en Europe et aux États-Unis, a permis d'en faire l'histoire et la statistique précises dans les différents pays du monde civilisé.
L'Allemagne compte des observations et des relations de fièvre typhoïde dès 1762 (Bœderer et Wagler), en 1821 (von Pommer), puis en 1826; mais c'est à partir des travaux de Louis que cette maladie a été l'objet d'études très-
exactes dans les diverses contrées germaniques. Les statislifjues établissent que dans ces pays, des trois formes principales de typhus régnant, c'est la fièvre typhoïde qui est de beaucoup la plus commune. La moyenne de mortalité occasionnée par cette endémo-épidémie oscille outre les 50 millièmes et les GO millièmes du total des décès. A Munich, elle s'élève aux 45 millièmes des décès. Dans le sud et dans l'est de l'Europe la fièvre typhoïde est également répandue, quoique peut-être un peu moins que dans le centre de l'Europe. En Italie et en Sicile elle a pris une grande extension, coïnciderament d'ailleurs avec le typhus exanthématique.
En Italie et en Sicile pendant la décade de 1869-1878, la moyenne mortuaire de dix-huit villes par le typhus et la fièvre typhoïde a été des 29 millièmes du total des décès. Le maximum a été fourni par Catane (les 84 millièmes ou 2,0 morts par an sur iOOO habitants), et le minimum par Messine (les 15 millièmes) ; Rome a donné les 25 millièmes, Naples les 50 millièmes et Milan les 52 millièmes (G. Sormani, Geografia nosolocjica, Roma, 1881).
En Espagne les rapports trop rares et trop isolés nous laissent presque sans documents certains; de même en est-il pour la Hongrie avant ces derniers temps. Cependant on sait que la fièvre typhoïde i^ègne endémo-épidcmiquement dans ces deux pays. On ne connaît pas sa fréquence en Grèce : en 1877, elle a occasionné à Athènes les 52 millièmes des décès. Dans les provinces danubiennes et dans la Turquie d'Europe la fièvre typhoïde n'est pas rare non plus, mais l'on constate le même manque de relations médicales et de statisîique sur celte affection [voij. DanubieniXe, région). A Gonstantinople, elle règne à peu près à toutes les époques de l'année sur les Européens étrangers et sur les indigènes, et cela concurremment avec les fièvres paludéennes, ce qui, suivant la remarque de Faiivel, est une preuve de plus contre la théorie de Boudin,
L'étude de la fièvre typhoïde sur le continent asiatique est pleine de lacunes, ou pour mieux dire, elle reste presque entièrement à être instituée. 11 faut donc se contenter de quelques renseignements qu'il est d'ailleurs difficile de colhger. Suivant les documents rassemblés par Ilirsch, elle serait inconnue dans le nord de la Syrie, rare dans les plaines, rare à Beyrouth. Mais depuis nous possédons des renseignements exacts qui ont été fournis par un médecin sanitaire français, le docteur Suquet (de Beyrouth). Il résulte des très-remarquables rapports de ce médecin [Recueil des trav. du Comité consultatif dliygiène puM. de France, t. V, 1876, et t. Yll, 1878) que la fièvre typhoïde i-ègne à peu près chaque année à l'état épidémique à Beyrouth, de novembre à avril. Elle offre exactement les mêmes caractères qu'en Europe, elle y est grave, quoique cependant moins mortelle; en avril 1865, elle n'occasionna que "s cas de mort sur 82 malades. Les relevés faits sur les malades de l'hôpital de Beyrouth fournissent 144 cas de fièvre typhoïde pour 1864, 199 pour 1865, 15{ pour 1866, 112 pour 1867 et 12 pour 1868. L'auteur l'avait observée peu après son arrivée à Beyrouth, en 1848 et 1849.
D'ailleurs elle règne en Syrie sur une large échelle. Suquet l'a observée sur des nègres venant de l'intérieuf du désert, chez les Kurdes, les Albanais habitant le pays, et chez les Arabes nomades. A Damas elle est sporadique ou épidémique (Amstein et Villemin, cités par Suquet); elle existe à Jérusalem (docteur Mendelssohn) ainsi que dans toutes les villes de Syrie et d'Asie Mineure (Gaillardot, ancien médecin en chef de l'armée égyptienne) , principalement à fiom. Alep, Diarbekir. Chaque année on la signale à Alexandrette, Lattakié et Tripoli
de Syrie (Siiquct). En Perse, la fièvre typhoïde s'est montrée fréquente parmi les troupes, quoique peu grave, 1 cas de mort sur 25 malades, A Téhéran elle est rare cependant (Tholozan). Les renseignements nous manquent pour l'Arménie, le Touran et l'Afghanistan. La fièvre typhoïde existe rarement au centre de l'Arabie, mais elle sévit à Médine, à la Mecque et sur le littoral de la mer Rouge.
C'est à tort que quelques auteurs ont émis l'assertion que la fièvre typhoïde n'a pas été observée dans la péninsule hindostanique. Annesley l'a décrite ; Geddes dit qu'au Bengale elle est plus rare et moins contagieuse qu'en Angleterre (1846). Morchead pourtant met son existence dans l'Inde en doute (1856j et d'un autre côté il décrit une fièvre de Bombay qui lui ressemble. 11 y a lieu de croire que la fièvre continue ardente si souvent décrite par les médecins de l'Inde où elle règne durant la saison chaude et sèchi', a dû plus d'une fois prendre la place de la vraie fièvre typhoïde, d'autant plus qu'elle est donnée comme frappant souvent les nouveaux venus ou les non acclimatés. La fièvre typhoïde existe dans l'Inde anglaise au rapport de R. Lyons {îndian Medic. Jom?'«., janvier 1873. Typhoïd Fever in the Native Anny). Bryden {Medlc. Tint, and Gaz., 1875. On Enteric Fever among European Troops in India) nous décrit cette maladie comme la fièvre des sujets non acclimates dans l'Inde; c'est presque toujours dans ces cas la fièvre typhoïde vraie. Elle est la cause de mort la plus fréquente parmi les jeunes soldats ; elle survient dans la première année de séjour dans le pays, principalement pendant la saison chaude. L'existence des lésions intestinales ne laisse aucun doute sur sa nature (Bryden). Contre la supposition que la fièvre typhoïde était une maladie nouvelle dans l'Inde, Bryden démontre par des faits nombreux empruntés aux médecins militaires qui ont observé dans l'Inde pendant les trente dernières années, que la dothiénentérie régnait alors comme aujourd'hui.
Pour l'Inde postérieure ou Indo-Chine, les renseignements, quoique rares, établissent facilement l'existence de la fièvre typhoïde. Scriven [London Med. Tim. and. Gaz., 1854) rapporte trois cas de cette affection avec autopsie à l'appui observés à Rangoon; d'autres médecins militaires ont également démontré la présence de la fièvre typhoïde dans l'Indo-Chine. La Cochinchine devenue récemment possession française a permis de mieux préciser la question. La fièvre typh'tïde existe dans la vallée et le delta du Cambodje (Thorel, thèse de Paris 1870). La fièvre typhoïde est, dans ces régions, une endémie meurtrière. En 1862, 100 cas de cette affection ont fourni 37 décès (Richard) ; en 1863, elle n'a été qu'une maladie de transition ; en 1864, l'épidémie comprenant 107 cas a donné 35 décès; en 1870, le seul mois de juillet a fourni 135 cas dont 54 décès (Talairach) ! Il va sans dire que des autopsies pratiquées avec soin ne permettent aucun doute sur ce sujet. L'auteur de cet article a personnellement pratiqué et fait pratiquer plusieurs nécropsies qui ont toujours révélé nettement les lésions entériques et mésentériques de l'iléo-typhus (1863-1864).
Il est juste d'ajouter que la fièvre typhoïde atteint plus particulièrement les nouveaux venus de France, ou ceux qui ne sont pas encore acclimatés. Cependant j'en ai rencontré chez des militaires séjournant depuis plus d'un an dans le pays. On dit que non très-grave toujours, elle le devient fatalement et entraîne la mort par sa complicité avec la dysenterie ; ce serait là un point de pathologie extrêmement intéressant à vérifier et à bien mettre hors de dnute (docteur Harmand, Aperçu pathol. sur la Cochinchine, Versailles 1874). Le même observateur ajoute qu'il n'a jamais pu observer une seule fois les taches rosées de la
dothiénentérie. Je rappellerai encore ici que cette éruption ne m'a pas fait défaut principalement à l'ambulance de Mytho. Les indigènes sont-ils atteints de fièvre typhoïde ? C'est probable, mais en tout cas c'est là une question très-importante à résoudre.
Dans la Malaisie, à Java, à Sumatra, on a observé plusieurs épidémies de fièvre typhoïde (lleyraann cité par Hirsch) ; Pecqueur a confirmé ces faits dans un travail relativement récent {De climatis trop, in corpus hum. effi cacia, Berolin, 1853). Cependant les renseignements plus nouveaux sembleraient infirmer les premiers: « la fièvre ty[)hoïde est absolument rare dans nos Indes », écrivait il y a quelques années un médecin hollandais, Van Leent [Archiv. de méd. nav.). Avant ces dernières années on ne possédait presque aucune notion sur l'extension de la fièvre typhoïde en Chine et au Japon (A. Hirsch). Morache nous apprend que la fièvre typhoïde n'est pas rare à Pékin même {voy. article Chine de ce Dictionnaire). Au Japon, principalement vers le sud, àKiou-siou, la fièvre typhoïde règne périodiquement pendant l'été (Friedel), notamment à Nangasaki. Wernicli l'a tnitée à Yeddo avec tous ses caractères cliniques, sauf l'éruption qui manquait dans le tiers des cas. Elle serait plus r;u-e à Yokoliama, ou plutôt elle s'est montrée bénigne sur les troupes anglaises (Lombard). On a décrit sous le nom de fièvres de Hong-Kong, de Canton, de Shanghaï, etc., des processus fébriles qui sentent singulièrement la fièvie tvphoïde. Max Durand-Fardel {Une mission médicale en Chine, in Recueil des trav. du Comité consult. dliyg. puhl. de France, 1877) nous a recueilli des renseignements plus précis. A Canton il existe une fièvre dite tachetée par les Chinois {spotted fever des Anglais), quoique les taches s'y montrent rarement. Est-ce une fièvre typhoïde, un typhus pétéchial, une fièvre rémittente? Tout porte à penser que c'est un typhus abdominal ou exanthématique. A Tchefou, Carmichael a décrit une fièvre qu'il appelle Japan-fever, parce qu'il la dit apportée du Japon ; elle sévit sur la population flottante, les équipages des navires, elle est fort contagieuse, elle offre les symptômes dominants des typhus avec une éruption noire survenant de bonne heure et des hémorrhagies ainsi que des perforations intestinales. A Shanghaï, sur 2107 malades traités à l'hôpital des Missions, de 1868 à 1872, on a relevé 76 cas de fièvre continue dont 4 morts, 69 fièvres typhoïdes dont 12 morts, et 14 typhus dont 6 morts. La fièvre typhoïde est encore donnée comme commune à Fou-tchéou.
Ainsi aucun doute n'est plus permis : la fièvre typhoïde existe bien en Chine et au Japon. Mais les dissensions portent principalement sur les différences entre la forme chinéso-japonaise et celle d'Europe. On en jugera par la description suivante donnée par Henderson, en 1861, de la fameuse fièvre de Shanghaï ;
« C'est simplement une forme de fièvre rémittente avec exacerbations et rémissions journalières. Si elle est négligée, alors commencent à apparaître tous les symptômes d'une fièvre continue, et elle diffère peu d'une fièvre typhoïde grave. En général il y a début soudain, frisson violent ; les trois stades de la fièvre se manifestent avec des symptômes d'une grande violence. Si la maladie est laissée à elle-même, la langue devient briîlée, il survient des vomissements bilieux et de la diarrhée accompagnée de sensibilité et de douleurs dans l'hvpocliondre droit, des symptômes rhumatiques, une éruption pourprée : le sang s'échappe des muqueuses, le malade tombe dans une grande prostration et la mort survient dans le coma ou le délire ». Cette maladie présente ceci d'intéressant qu'elle diminue d'année en année, au rapport de Jamieson.
Nous pensons qu'il s'agit là d'nnc vraie fièvre typhoïde dont le début est rémittent sous l'action des conditions palustres au milieu desquelles elle apparaît. D'ailleurs nous ne tarderons pas à retrouver ailleurs une forme aaialogue del'iléo-typhus. Toutefois il est très-regrettable que l'autopsie n'ait pas permis de vérifier la nature anatomique de ce processus. Le docteur Jamieson a également décrit à Shanghaï une fièvre du nom de typho-malarial fever, dénomination en vogue de nos jours, principalement aux États-Unis. Ce serait une fièvre qui tiendrait à la fois de la rémittente et de la typhoïde. Là comme ci-dessus manquent encore ^les autop>ies. Après tout, dit Durand -Fardel, à Shanghaï on observe, mais très-peu, des fièvres typhoïdes régulières et classiques.
La fièvre typhoïde n'a pas été mieux suivie dans son expansion sur le continent afric;iin que dans l'Asie. Tbévenot l'a observée au Sénégal, à terre comme à bord des navires. Elle serait fréquente à Angola (Moreira). Sur les rives du Niger il n'y aurait aucun doute sur l'existence de la fièvre typhoïde d'après les autopsies faites par M. William [Medic. Hist. of the Expédition to the Niyer. London, 1843). Lichtenstein dit que le typhus cause, au cap de Bonne-Espérance, de grands ravages chez les nègres et qu'il ne frappe les blancs que sporadiquement ; mais il ne donne pas de renseignements suffisants sur la nature de ce typhus. Œlsner rapporte qu'on observe la fièvre typhoïde à l'île Bourbon (A. Ilirsch).
Depuis ces données déjà vieilles l'on a pu se procurer quelques renseignements nouveaux sur le règne de la fièvre typhoïde dans l'Afrique centrale et méridionale. Ainsi au Gap, pendant l'été de 1867 et 1868, on vit une fièvre épidémique voisine du typhus ou de la fièvre typhoïde sévir sur les nègres, les Malais et les individus misérables; la mortalité fut de 10 pour 100; il mourait jusqu'à 50 personnes par jour sur une population de 50 OOU habitants. A la iléunion la fièvre typhoïde vraie est assez fréquente, ordinairement sporadique, parfois épidémique (Rey). A Maurice dominerait surtout le typhus bilieux de Bombay. A Madagascar la fièvre typhoïde existe, ({uoique rare ; elle atteint surtout les nouveaux arrivés ; elle frappe aussi les jeunes indigènes des îles ou de la côte ; elle serait modifiée, et sa forme pectorale serait très-grave (Grenet). On possède peu de renseignements sur l'intérieur de la grande île. A Nossi-Bé, elle est à l'état d'exception. Sur la côte de Mozambique la fièvre typhoïde est rare
Au Sénégal la fièvre typhoïde est assez commune, mais elle n'atteint d'ordinaire que les individus non acclimatés. On observe parfois la fièvre en question dans l'archipel du Cap-Vert, aux Canaries, à Sainte-Hélène, de loin en loin sous forme épidémique. On ne connaît rien de la fièvre typhoïde dans l'intérieur de l'Afrique, shion qu'elle est grave et fréquente sur les hauteurs en Abyssinie. Dans le nord de l'Afrique, la maladie a été explorée et étudiée avec beaucoup plus de soin. En Egypte, Primer nous a appris que la fièvre typhoïde simple était fréquemment épidémique; Griesinger l'y a trouvée plus rare, mais il ajoute d'après Penay qu'elle règne à Chartoum oij elle est très-répandue et très-maligne pendant la saison des pluies. Même rapport de Schnepp {Union médic, 1861).
Le début de l'occupation de l'Algérie par les Français fut marqué par un grand nombre d'observations et de relations contradictoires relativement à la fièvre typhoïde. Cette terre nouvelle médicalement parlant devint comme un champ de discussion entre les théories et les doctrines du passé et celles de
l'avenir. ABone, Haspel trouva la fièvre typhoïde beaucoup plus rare qu'il ne le supposait ; elle n'y règne que sur les nouveaux venus et sur ceux qui habitent le pays depuis un an (1850). Cambay, qui a observé une épidémie de fièvre typhoïde à Tlemcen en 1845, note qu'effectivement les atteintes sont en raison inverse du temps de séjour dans la contrée. Antonini vit la lièvre typhoïde trèsmaligne parmi les troupes françaises à Constantine. Elle ne serait pas rare chez les Indigènes parmi lesquels régnèrent de graves épidémies dans les années 1848- 1850 ; la mortalité fut considérable dans les cercles de Milianah sur les Arabes en 1850 (Bertherand, Méd. et hyg. des Arabes, 1855).
Laveran {Recueil de mém. de méd. et chir. mllit.) étudia plus à fond la question. Sur 48 cas observés aucun malade n'avait plus de liuit mois du séjour, ce qui établit le règne de la fièvre typhoïde presque exclusivement sur les nouveaux venus en Algérie. Suivant le même observateur, elle débute par des frissons périodiques, il y a rarement des taches rosées (4 sur 48 cas), les parotidites sont fréquentes, la diarrhée est persistante et grave ; dans la convalescence 6 malades sur 16 moururent de la dysenterie chronique. Plus tard Collin {ibidem) afiirma que la maladie offre les mêmes symptômes qu'à Paris, sauf la rareté des taches rosées ; mêmes relations de Netter {ibidem). D'après ces observateurs les accès intermittents ou rémittents du début se fondraient ensuite dans une fièvre continue, sévissant peu sur les indigènes ou les acclimatés et ne frappant guère que les nouveaux arrivés, marquée par la rareté ou l'absence des éruptions rosées, et subissent ainsi une sorte d'adultération et de transformation. Telle serait la fièvre typhoïde d'Algérie. D'après Laveran elle semble plutôt modifiée par le climat que par le paludisme; elle paraît se développer surplace et coexister avec les fièvres à quinquina. A Alger elle donne les 34 millièmes de la mortalité (Lombard).
L'Américiue est une succursale de l'Europe pour la fièvre typhoïde qui y compte un vaste empire étendu du golfe de Mexique à la baie d'Hudson. Elle règne parfois comme nous l'avons vu, au Groenland, à l'état épidémique et elle y a été observée avant ces derniers temps par SundhedskoU en 1848. Elle régnerait aussi à la iXouvellc-Arkhangel pendant l'hiver (Blaschke, 1842). Elle était rare autrefois dans le Canada, surtout à Québec (A. Hirsch). Nous savons maintenant qu'elle y est fort commune.
Mais c'est dans les provinces des États de l'Union qu'elle a pris une vaste extension de 1856 à 1856 et depuis cette date jusqu'à nos jours. Elle a sévi principalement dans les Ét;its de la Nouvelle-Angleterre. Déjà elle y avait été observée de 1821 à 1825, à l'hôpital général de Massachusetts, par Jackson qui plus tard (1838) rappela y avoir trouvé les mêmes lésions que Louis. La fièvre typhoïde prit une grande extension à New-York, dans la Pensvlvanie, dans l'Oliio, leMaryland, le Kentucky, la Virginie, le Tennessee, la Caroline du Nord; elle a augmenté de fréquence au Missouri depuis 1847. Dans les États du Sud on l'a signalée comme occasionnant une grande morlaUté sur les nègres dès 1826 (Tidyman) ; mêmes observations par Barlett pour la Caroline du Sud, par Gibbs et Gaston (1855); elle régna en Géorgie, dans l'Alabama et la Louisiane (Dracke, Clarke et Lewis, in New-Orleans M éd. Joiirn. 1847). Elle s'étendit aussi épidémiquement vers les États de l'ouest, dans les prairies en 1847-1850 principalement dans l'Indiana. Vers 1844 et depuis, jusqu'en 1854, on la vit sévir très-violemment dans la vallée du Sacramenlo et dans les régions aurifères de la Californie (Stilman, Ediub. Joiirn., et Dracke, Americ. Joimi., 1852). mcT. ENC. 4° s. VIIL 13
En général les décès par fièvre typhoïde sont aux Etats-Unis de 5 pour 100 sur le total de cette fièvre. Il résulte de cet aperçu que la vallée du Mississipi est également un foyer commun au paludisme et à la fièvre typhoïde, ce qui, avec tant d'autres preuves, contribue à infirmer la prétendue loi de Boudin. Au total la fièvre typhoïde constitue les 45 millièmes des décès aux Étals-Unis (Lombard).
Le centre Amérique a été éprouvé aussi par la fièvre typhoïde. Au Mexique elle a sévi récemment, non moins qu'aux Étals-Unis (Dracke, 1855). En 1855 elle s'étendit du sud du pays vers l'intérieur, à la Vera-Cruz et à Mexico (Newton, i 848). Elle est plus fréquente dans les plaines et sur les plateaux de ces contrées. La fièvre typhoïde de la Vera-Cruz, dit Bouffier [Arch. de méd. nav.) ne serait qu'une sorte de typhus sans exanthème. Jourdanet mentionne la fièvre typhoïde comme maladie endémo-épidémique de Mexico. Elle est la même qu'en Europe, à part l'adjonction de l'élément intermittent palustre qui parfois la complique. On y remarque toutes les formes, bien que l'adynamique et l'ataxique y soient prédominantes (Coindet). En somme, la fièvre typhoïde est assez rare dans l'Anahuac et le typhus en prend presque toujours la place. Ces conclusions sont également celles de Jourdanet {votj. Mexique).
Aux Antilles, Levacher {Guide méd. des Ant., 1840) alfirme l'existence de la fièvre typhoïde dont la'principale forme y est adynamique : elle est x'emarquable par la régularité des crises, par la longueur et la difficulté de la convalescence, les rechutes fréquentes dues à la faiblesse imprimée par le climat aux convalescents. Ghervin nia la présence de la fièvre typhoïde aux Indes occidentales, en ajoutant que des médecins établis depuis longtemps à la Martinique ne la connaissaient pas. Duchassaing n'en avait vu que 6 cas en six ans à la Guadeloupe : Segond 5 cas en 1834 à Gayenne sur des soldats débarqués depuis six mois. Dutroulau disait lui-même qu'il ne l'avait observée que très-rarement dans les deux îles françaises. Rufz de Lavison affirme n'avoir jamais observé la fièvre typhoïde à la Martinique sur un créole; mais aujourd'hui il n'en est peut-être pas ainsi. Saint-Pair la regardait comme commune chez les nouveaux arrivés, ainsi que Walther. De 1848 à 1849 on nota la fièvre typhoïde à la Basse-Terre (Guadeloupe). En 1858 on compta à la Guadeloupe 21 cas de fièvre typhoïde dont 5 mortels; en 1860, il y en eut 15 cas dont 2 mortels; une troisième année on en compta 15 cas dont 1 seul mortel, mais l'on ne possède pas les relevés complets de cette année. En prenant deux années 1858 et 1860, on voit qu'à la Guadeloupe il y eut au moins 54 cas de fièvre typhoïde dont 8 ont été mortels.
Il est juste d'ajouter que Brassac auquel nous devons ces renseignements considère la fièvre typhoïde des Antilles comme sévissant plus spécialement sur les soldats récemment débarqués. Cependant elle règne sur les créoles de diverses couleurs, quoique moins fréquemment que chez les blancs; elle frapperait souvent les créoles revenus dans leur pays après une absence de plusieurs années (Brassac). La maladie a une tendance funeste vers l'adynamie et l'ataxie : les taches rosées y sont rares : on y trouve à l'autopsie les lésions caractéristiques des plaques de Peyer et des ganglions méseutériques. En 1867, Carpentin observait au camp Jacob (Guadeloupe) une petite épidémie de fièvre typhoïde comprenant 46 cas, dont 2 mortels. La maladie était identique à ce qu'elle est habituellement en France, sauf sa plus grande mobilité et irrégularité. Du reste les établissements militaires du camp Jacob comptent la fièvre typhoïde parmi leurs endémies, peut-être à cause des conditions climatologiques spéciales
(altitude d'environ 500 mètres, fraîcheur de l'air, eaux vives, etc.). {Archives de méd. nav, 1868 : Fièvre typh. épkl. du camp Jacob, par le docteur Carpcntin),
A Saint-Domingue, la fièvre typhoïde a été signalée par Christine en 1853, par Dupont à la Trinidad (Thèse de Montpellier 1868). A Cuba et à la Havane elle serait rare, mais grave (Le Coat Kernoter), elle y sévit de temps en temps, surtout dans la dernière moitié de l'année, dans le mois de novembre (Rey).
A la Guyane française nous avons dit que la fièvre typhoïde était présentée comme très-rare autrefois. Laure y avait observé une épidémie sur des soldats, mais il regarde cette fièvre comme plutôt analogue au typhus même qu'à la fièvre typhoïde. En 1852, Colson signala une petite épidémie de cette maladie à l'îlot la Mère, près de Cayenne, sur des déportés ou des transportés. Depuis on l'a retrouvée non rare dans notre colonie de l'Amérique du Sud. Elle y sévit dans les accalmies de fièvre jaune; elle y est meurtrière. Elle y fut observée en 1874 par Courrier. La mortalité y a été jusqu'au tiers des individus atteints. On y a observé quelques cas sur des nègres et des Indiens (de l'Hindoustan). Pourtant là, comme aux Antilles (Dutroulau), elle est rare chez les races colorées et les créoles, chez les Européens résidant depuis longtemps dans le pays (Dupont : Fièvres typhoïdes et fièvre rémittente dans la zone torride. In Archives de méd. nav. 1878). De 1869 à 18731e même observateur dit avoir constaté quelques cas sporadiques de fièvre typhoïde sur tous les points de la colonie de la Guyane. Voilà qui est clair.
Mais ici commence l'obscurité. A côté de ces cas bien manifestes de la fièvre typhoïde l'observateur a vu et décrit un processus fébrile épidémique qu'il dénomme : fièvre rémittente typhoïde. Il avait d'abord cru à la présence de l'iléo-typhus, mais en présence de l'état à peu près sain de l'intestin et des ganglions mésentériques ; il porta le diagnostic précédent. L'observateur paraît avoir été assez embarassé ou hésitant et il semble qu'il s'est décidé à maintenir le diagnostic, surtout après la lecture du mémoire de Léon Colin (Arch. gén. de méd., 1878) sur la fièvre typhoïde palustre. Nous avons déjà critiqué {Archives de méd. nav., 1873-1874) cette doctrine du professeur du Val-de-Grâce en pyrétologie et nous aurons plus loin l'occasion de la combattre. Son admission serait la confusion dans le langage et dans le cadre de la pathologie.
L'auteur du mémoire sur les fièvres de la Guyane n'ose pas se rallier franchement à cette doctrine, mais il y tend visiblement. D'ailleurs ses observations sont incomplètes et insuffisantes, malgré leur prolixité, et ne sauraient permettre de résoudre k question de savoir précisément à quelle espèce nosologique il a eu affaire dans cette petite épidémie. Il ne faut pas oublier que la fièvre jaune régnait aux environs de cette époque (1874) à la Guyane, que le typhus vrai y a été parfois observé, peut-être sous sa forme récurrente. Pour la Colombie la bronchite et la fièvre typhoïde y régneraient presque partout (de Rochas) ; celle-ci prédominerait dans les grands centres tels que Caracas, Bogota et Quito (Equateur) et serait assez rare dans les ports et sur la lisière maritime.
Au Brésil l'existence de la fièvre typhoïde a été accusée il y a longtemps par Sigaud (1844) et par Pleasants (1842), ainsi que par Tschudi (1858) qui a écrit à ce sujet : « les affections typhiques sous les tropiques s'étendent du bord de la mer aux neiges éternelles » . La statistique médicale de Rio de Janeiro faite de 1830 à 1870 par Pereira Rego y relève 2 épidémies de fièvre typhoïde en 1838 et 1842. En 1859 la même maladie y revêtit une gravité épidémique spéciale de juillet à septembre; puis en 1869 on vit h forme typhoïde s'associer
aux fièvres pernicieuses (Bourel-Roncière : Archives de méd navale 1875). D'autres relevés s'ajoutent aux premiers. En 1868 on trouva inscrits dans l'obituaire de Rio 1" trimestre, 18 décès par suite de typhus et 101 par suite de dothiénentérie, enfin 126 par suite de fièvres pernicieuses de diverses formes. Les relevés faits à l'hôpital de la Miséricorde donnent les résultats suivants : dans l'année 1860-1861 (un an) sur 2041 morts 121 sont imputées aux fièvres pernicieuses et typhoïdes. De 18GI à 1866 sur 8965 décès il n'y en eut que 428 par les deux espèces de fièvres précédentes.
Il s'en faut d'ailleurs que les médecins de la capitale du Brésil soient d'accord sur la fréquence, sur l'existence même de l'iléo-typhus dans leur ville. Les uns avec Pereira Regn affirment l'excessive rareté de la dothiénentérie à Rio où elle aurait été importée en 1858 par des colons venant des Canaries, Depuis cette époque l'infectieux typhique ajouterait son influence à celle de l'infectieux palustre. Mais encore une fois la forme pure de l'iléo-typhus y serait presque inconnue. Ce qui en a fait admettre la fréquence ce sont et le manque d'autopsie et l'impéritie dans le diagnostic (Pereira Rego). Ici encore l'on a inventé un type mixte, une espèce bâtarde, un métis commode qui s'appelle « fièvre rémittente pernicieuse typhoïde ». Eu voici un échantillon fourni par le docteur Torrès Homen et emprunté au compte rendu de Bourel-Roncière.
« La pernicieuse typhoïde débute le plus ordinairement par des accès franchement rémittents, moins souvent par le type contraire; ces accès précèdent l'apparition des symptômes typhoïdes, et lorsque ceux-ci sont établis on peut observer de véritables paroxysmes quotidiens accompagnant les phénomènes ataxo-adynamiques de la maladie et diversement caractérisés par le coma, du délire, de l'algidité et une diaphorèse abondante. La céphalalgie frontale, la stupeur de la face, l'indifférentisme du malade, les épistaxis, la rougeur des bords et de la pointe de la langue, les taches rosées lenticulaires sur les parois du ventre, la diarrhée bilieuse, le gargouillement iliaque, une bronchite concomitante, sont des symptômes communs aux deux maladies (la vruie fièvre typhoïde et la fièvre palustre qui lui emprunte son aspect). Mais dans la rémittente typhoïde paludéenne, il y a absence de météorisme abdominal, et c'est un signe négatif sur lequel insiste le professeur Torrès Homen. A Rio dans les tîèvres typhoïdes légitimes qui se présentent revêtues des caractères d'une intermittente quotidienne ou tierce, ou parfois de ceux d'une fièvre rémittente bilieuse, on rencontre toujours le météorisme abdominal, même en rabsencede tous les autres symptômes de la maladie. Dans la pernicieuse typhoïde on ne trouve souvent rien du côté de la fosse iliaque droite; le gargouillement du reste n'aurait pas une grande importance, et lorsqu'il existe il est remarquable par son peu de persistance. Ces fièvres ne présentent pas non plus, en général, les complications thoraciques des véritables dothiénentéries, ei jamais les lésions intestinales propres à ces dernières.
« Il est enfin un signe d'une très-grande valeur qui peut aider considérablement le diagnostic : à Rio, les pyrexics palustres, comme nous le verrons plus loin s'accompagnent beaucoup plus habituellement de fluxions hépatiques que de congestions de la rate. Ce signe acquiert une grande importance : quand on le rencontre, le diagnostic différentiel est presque assuré.
« Mais quand les symptômes précédents sont peu tranchés, on comprend qu'il \ ait hésitation : dans ces cas, la rapidité de la marche de la maladie, la précipitation avec laquelle on voit apparaître le coma ou l'ataxie, et enfin l'efficacité-
du sulfate dequinine commepierre de touche, seront les ressoui'ces du diagnostic. » (Bourel-Roncière).
On a encore ajouté aux caractères des fièvres pernicieuses palustres du Brésil des douleurs vives, de forme névralgique, dans les membres inférieurs. Comme on le voit, à Rio les partisans du monstre mi-palustre, mi-typhoïde, sorte de minotaure morbide, ne sont pas, comme L. Colin, pour l'incorporation ou la transformation d'une forme de fièvre dans l'autre; ils se contentent d'un produit mâtiné de paludisme et d'infectieux typhique. Cela est peut-être plus commode. Il pourra sembler au lecteur quelque peu sévère que le thermomètre de Wunderlich ne serait pas de trop dans l'étude de ces fièvres : en tout cas le scalpel de Louis y est d'une urgente nécessité. Quoi qu'il en soit de cette digression que nous ne pouvions éviter à cause de son importance en géographie nosologique il ressort cependant de l'opinion de la majorité des médecins de Rio, que la fièvre typhoïde vraie n'est pas rare dans cette ville; qu'elle y demeure à peu près la même qu'en Europe, sauf les complications paludéennes dont elle s'accompagne fréquemment.
Au Chili la fièvre typhoïde {Chavalonga dans le pays), règne surtout pendant l'été et sur le littoral comme à Valparaiso, beaucoup plus que dans l'intérieur. On y signale la rareté des éruptions, la prédominance des symptômes cérébraux, principalement durant la sécheresse de l'été. En parlant du Pérou, Tschudi avance que la fièvre typhoïde y règne comme au Brésil, mais avec |)lus d'intensité (1846). Elle se rencontre dans les régions de la Puna et dans celles de la Sierra au Pérou. Sigaud dit que d'après Hanvel la fièvre typhoïde régna à Guayaquil en 1855 pendant le siège de cette ville ainsi que sur les navires en rade.
Dans les vastes régions de la Plata et dans les pays voisins la fièvre typhoïde est identique à celle d'Europe. Elle y règne assez fréquemment, mais attaque plus les immigrants que les Argentins. Elle évolue un peu plus rapidement qu'en Europe; elle est plus répandue sur le littoral que dans l'intérieur. A Montevideo L.-A. Petit a vu en 1849 une grande quantité de fièvres typhoïdes remarquables par leur tendance aux hémorrhagies des muqueuses. Elle l'ègne constamment dans cette ville ainsi qu'à la Plata, mais plus fréquemment vers le printemps de ce pays (Petit et Saurel).
Nous arrivons à cette partie dispersée des terres au milieu des eaux, aux îles de l'Océanie jusque sur les bords desquelles a pénétré la fièvre typlioïde, à moins qu'elle n'y eût devancé la venue des Européens, ce qui est une question à débattre, mais qu'il ne nous est point permis de résoudre faute de renseignements. En Australie on voit régner sur les populations européennes à la fois la fièvre typhoïde et le typhus (ever ; ces deux maladies y sont communes. Power a signalé la fréquence de la fièvre typhoïde en Tasmanie. Déjà Milligan l'avait observée en 1830 sur les troupes anglaises dans cette île. Récemment les médecins de Melbourne ont signalé la fréquence de la fièvre typhoïde dans cette ville ainsi que dans la province de Victoria. Thomson avance qu'elle n'est pas rare sur les habitants (naturels) de la Nouvelle-Zélande (1854); on y a signalé sa présence assez fréquente depuis quelques années surtout. Dans les îles de la Société principalement à Tahiti on trouve la fièvre typhoïde à l'état endémique (Gallerand 1849, Prat 1855) et épidémique sur terre et à bord des navires. L'hivernage de 1853-1854 n'en fournit pas moins de 174 cas (Prat). Elle attaqua pareillement les indigènes. Aux Marquises, à Nukathtiva, les fièvres typhoïdes
sont communes comme à Tahiti ; elles y sont d'ordinaire d'une mtensité moyenne. Elles ressemblent complètement à la forme européenne. On manque de renseignements sur les Mariannes; aux Sandwich, la fièvre typhoïde serait presque inconnue (Rey),
Dans la possession française de la Nouvelle-Calédonie, la fièvre typhoïde est très-fréquente, endémo-épidémique. Elle y est grave et y revêt toutes les formes, parmi lesquelles prédomine pourtant l'adynamique. On ne sait pas au juste si elle règne parmi les Canaques. Aux îles Fiidji ou Viti la fièvre typhoïde serait presque inconnue (Adam R, Messer, Staiistic. Report on the Health of the Navy, 1874). Mais il s'en faut que l'exploration médicale des Iles Océaniennes soit assez avancée pour qu'il soit permis de résoudre, d'après les renseignements actuels, la question de la géographie médicale de la fièvre typhoïde en Océanie.
La fièvre typhoïde a régné encore fréquemment en mer, à bord des navires, non-seulement en Europe, mais dans les stations subtropicales. Ainsi elle apparut dans l'escadrille des navires français du blocus de la Plata (Brunel 1842); à bord de l'Érigone, dans une traversée de Manille à Macao, on vit apparaître beaucoup de cas de fièvre typhoïde (Ragot). Sur le Nisus, à Sierra-Leone, Fournier a donné des observations détaillées de l'existence de celte fièvre. Récemment elle a été observée près de Rio de Janeiro, sur le Laplace (de Champeaux en 1874).
2" Typhus exanthémati que ou pétéchial. Typhus fever [anghis). Typhus simple des Français. Il est peu utile de discuter si cette espèce de typhus était la maladie constitutive de la célèbre épidémie d'Athènes, ni de rechercher, vainement d'ailleurs, quelle a été la prédominance dans l'antiquité et pendant le moyen âge. Tout ce que l'on sait, c'est que son origine réelle est fort ancienne et que son existence médicale est bien antérieure à celle de la fièvre thyphoïde qui, pour la médecine, est de date toute moderne. Fracastor [Liber de contagione II, caput^V, Lugd., 1554) nous apprend que le typhus épidémique venu de Chypre avait en 1501 envahi l'Italie, d'où il se répandit en Europe; d'après les témoignages unanimes des médecins et des chroniqueurs de l'époque, c'était bien la première grande invasion européenne. Vers le milieu du seizième siècle on vit le typhus sévir de concert avec la peste; et pendant deux siècles nonseulement il suivit les armées, les sièges et les camps, mais il s'acclimata à demeure fixe dans tous les pays d'Europe, où il fut désigné sous les noms de fièvre à macules {fleck-fieber), de maladie hongroise, de fièvre putride, fièvre des camps, des prisons, des vaisseaux, etc. Avec les armées de la Révolution et de l'Empire français, il parcourut l'Europe, frappa surtout les débris de la grande armée pendant l'hiver glacial de 1815, à Wilna (Gasc), fit d'épouvantables ravages au siège de Mayence et s'éteignit momentanément avec les grandes guerres en 1814 et 1815 {Épidémie de 1813 et 1814, par H. Breslau et J.-C. Gasc, médecins des armées, Paris 18 15).
Depuis cette dernière grande généralisation, le typhus exan thématique sembla se reposer, demeurant limité à des localités restreintes. De 1845 à 1860, il reprit de nouveaux accroissements et dans ces vingt dernières années une étude plus attentive a démontré que c'est une maladie presque ubiquitaire par intervalles de temps. Voici quelques données particulières sur l'extension du typhus exanthématique en Europe et dans les autres parties du monde.
Dans la région polaire le typhus jiétéchial, comme la fièvre typhoïde, est
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inconnu. Cki n'a pas, que nous sachions, signalé sa présence sur les équipages des nombreuses expéditions arctiques. Il n'en est plus de même dans la région des climats froids, caractérisée par des isothermes de— 5 degrés à + 5 degrés centigrades. On ne l'a pas signalé sur les Esquimaux de l'Amérique du Nord et du Groenland. En Islande le typhus pétéchial est un hôte occasionnel qui visite plus rarement l'Islande que la dothiénentérie (Lombard). En Norvège il paraît rare; il y est signalé pour la première fois en 1865; il s'en montra depuis quelques cas sporadiques en 1869 (Larsen). Le typhus exanthématique en Suède, décrit et bien étudié par Magnus Huss (1855), sévit spécialement et endémoépidémiquement en mai, juin et décembre. Les deux typhus (l'iléo et l'exanthémato-typhus) entre-croiseraient, en Suède, leurs symptômes, pour produire un typhus bâtard ou mixte (Magnus Huss). Mais cette opinion n'a pas été admise par les médecins suédois qui, dans les statistiques, distinguent toujours les deux espèces. L'an 1874 a donné 1434 cas de typhus pétéchial et 7858 cas de lièvre typhoïde à Stockholm en majeure partie. En Danemark on ne mentionne qu'une seule apparition du typhus pétéchial, en 1843, dans la prison d'Odensee. Le typhus est inconnu dans l'archipel des Féroë (Lombard).
La fièvre typhoïde et le typhus exanthématique sont très-répandus en Finlande, chez les Lapons. A Saint-Pétersbourg on rencontre les trois formes classiques des typhus, l'iléo-typhus, le pétéchial et le récurrent; même on y voit parfois le typhus bilieux ou ictérode. C'est un assortiment pathologique complet en fait de typhus. De 1864 à 1869, pendant six ans, on a relevé à l'hôpital d'Obuchov, 6785 cas de typhus exanthématique. Le typhus sévit également sur les marins et les ouvriers des ports de Cronstadt et de Pétersbourg. 11 règne dans les provinces baltiques d'Esthonie , de Livonic, de Courlande, de Govno. Le typhus pétéchial est endémo-épidémique dans les gouvernements du Nord de la Russie d'Europe : dans ceux du centre et du midi les années qui suivirent la guerre de Crimée furent marquées par une explosion générale du typiius criraéen qui prit naissance partout où séjournèrent les troupes de Sébastopol. Les relevés de cette époque donnent 45000 typliiques dans les hôpitaux de ces provinces en 1856, 57000 en 1857, 18000 en 1858 et 16000 en 1859. A Moscou le typhus pétéchial fait de grands ravages concurremment avec le récurrent et l'abdominal.
Dans les gouvernements du Sud, outre l'endémo-épidémique de Crimée, le typhus exanthématique sévit habituellement dans les provinces de Saratov, Kerson, Bessarabie, Crimée, Stavropol, à Astrakhan, et dans les provinces de Routais et de Tiflis. Dans la Sibérie el le reste de la Russie d'Asie, le typhus suit les mineurs, les exilés et les prisonniers. Il désole les prisons à Tobolsk, à Irkoutsk, à la suite des inondations amenées par le dégel. Le typhus nommé povetrié met en coupe réglée les rares habitants des bords de la Kholyma. On ne connaît que trop incomplètement la pathologie des populations du Kamtchatka et des régions montueuses de la Sibérie orientale.
Depuis longtemps le typhus pétéchial était endémique en Irlande et en Angleterre sous le nom de fièvre putride. Il y est signalé par Gerald Boate {Hist. natur. de V]rlande, 1652). On y connaît les grandes épidémies des seizième, dix-septième et dix-huitième siècles. On y a décrit 7 à 8 épidémies de 1 797 à 1803. En 1817-1819 sur 6 millions d'Irlandais 800000 furent atteints de typhus exanthématique, presque le septième de la population; il en mourut 45000. De longue date cette maladie a donc pris de solides racines dans le sol
irlandais, elle s'est incorporée dans le peuple irlandais qui en est comme profondément et congénitalement imprégnée : i'émigrant de la verte Erin sènie le typhus sous ses pas, il le colporte et le dissémine dans tous les pnys par oii il passe et où il se fixe. Ce sont les émigrants Ii'landais qui l'ont répandu en Angleterre, en Ecosse dans les districts miniers et manufacturiers; ils l'ont passé aux États-Unis et l'ont porté probablement jusqu'au delà des monts Rocheux, par delà la Sierra Nevada de Californie sur les rives du Pacifique.
Le typhus exanthémalique, typhus fever, est endcmo-épidémique aujourd'hui en Angleterre. Les différentes épidémies qui l'ont ravagée ont été celles de 1838, 1843, 1846, 1847, 1850 et 1861. 11 règne à Londres, surtout au printemps, ^a mortalité va jusqu'à 1 sur 5 malades. II prélève environ par an 2000 victimes sur la capitale du Royaume-Uni, ce qui fait une moyenne de 10 à 15000 typhiques à Londres par an. Liverpool, Manchester, Rirmingham et Leeds sont les autres villes anglaises où il sévit le plus violemment. Dans le rapport pour l'année 1874, on n'a compté que les 26 millièmes et demi des morts amenées par les trois fièvres typhiques en Angleterre; le typhus a formé les 3 millièmes et quart, la fièvre typhoïde les 17 millièmes et la fièvre synoque les 6 millièmes. En somme les typhus occupent chez nos voisins d'outre-Mancln;, le septième rang pour la mortalité générale, ce qui en indique éloquemment la gravité.
Il suffit d'ajouter qu'en Ecosse les typhus de 1855 à 1S64 ont occupé le troisième rang des maladies mortelles et constitué à eux seuls les 47 millièmes du total des décès. L'Irlande est avant tout la terre classique du typhus pétécliial qui y est plus commun que la fièvre typhoïde. Dans ce pays les typhus forment les 60 millièmes de la somme des décès. Ce qui caractérise exactement la pathologie irlandaise, c'est la fréquence extraordinaire des fièvres continues, sous forme de typhus pétécliial, abdominal et récurrent (Lombard). En regard il y a lieu de placer la fréquence et l'étendue non moins extraordinaires de la misère et de la famine irlandaises.
En Hollande on a signalé une épidémie de typhus en 1826. Il règne habituellement dans les Pays-Ras, oîi il fait beaucoup de victimes puisqu'il compte pour les 21,5 millièmes de la mortalité. A Amsterdam il va jusqu'aux 23 millièmes dans les dernières années, à Middelbourg, aux 33 millièmes, à Rotterdam seulement aux 10,7 millièmes, à Groningue aux 29 millièmes. Il a été signalé dans toutes les parties du royaume. La Relgique a vu le typhus exanthématîquc en 1846-1847, seulement dans les Flandres. A Rruxelles il est .demeuré limité aux prisons et aux hôpitaux. On ne l'a pas constaté dans le royaume durant ces dernières années.
La France est la terre classique de la fièvre typhoïde, et le typhus n'est que son hôte accidentel et passager. A partir de 1814-1815 le typhus exanthéniatique ne régna plus en France que dans les prisons et les bagnes. Le bagne de Toulon compte les épidémies de 1 829 (sur 1050 forçats atteints il en mourut 1 50), de 1835, de 1845, 1851 et 1853. Il apparut, en 1827, dans la prison deReaulicu, en 1837 dans celle de Reims (Landuuzy. in Arch. gén. de méd.). En 1823 il fut importé par les réfugiés espagnols à Albi. En 1856 quelques militaires de în guerre de Grimée le répandii'ent à Marseille, Avignon, Paris même ; mais il ne larda pas à s'éteindre sur le sol français. Plus récemment on l'a constaté épidémique en Rretagne, d'abord à Riantec en 1870 (Gillet, Thèse de Paris, 1872) près de Lorient, puis dans le Finistère, arrondissement de Rrest, où il paraît
endémique et méconnu depuis de longues années (Gestin, Mémoire couronné par l'Âcad. de méd., 1876; Martin, Thèse de Paris, 1876). Enfin une petite ilc de la pointe du Finistère, Molène, a été le théâtre d'une petite épidémie de typhus exanthématiqne qui a atteint successivement presque tous ses habitants (Danguy- Desdéserts, Arch. de méd. nav., 1877). Quoiqu'il en soit, le typhus pétéchial le cède de beaucoup, comme on le voit, en fréquence et en étendue à la fièvre typhoïde sur le territoire français.
L'Allemagne a été, de bonne heure, envahie par le typhus exantliématique, quoiqu'il n'y soit pas endémique, mais simplement sujet à des irruptions épulemiques. Sous le premier empire, de 1812 à 1814, les hôpitaux d'Allemagne regorgèrent de typhus; celui-ci pourtant ne tarda pas à s'éteindre dans l'Europe centrale. Plus tard, en 1825, 1826, 1831 et 1832, il reparut au milieu des populations pauvres de Pologne et de Galicie, d'où il gagna l'Allemagne par le duché de Posen et la Silésie; puis les provinces balliques, la Prusse, la Westphalie, le Hanovre, les provinces rhénanes; puis les régions montueuses du Spessart.
Le typhus exanthématiqne a ravagé la Silésie et les provinces orientales de la Prusse, à plusieurs reprises, sous l'action de la misère et de la famine (Vii'cliow). S'il a épargné les armées allemandes et françaises durant la guerre de 1870-1871, il n'a pas tardé à se manifester sur plusieurs points du nord de l'Aileniagne; à Berlhi, en 1873; à Francfort, à Breslau, où il existait depuis 1868 à 1870. Dans le reste de l'Allemagne le typhus exanthématiqne ne s'est montré qu'à l'état sporadique et n'a fait qu'un petit nombre de victimes. Il a régné en 1867-1868 en Thuringe, ainsi que dans les hôpitaux de Vienne de 1867 à 1870. En Suisse on a observé de petites épidémies de typhus pétéchial en 1844-1845, dans le canton de Zurich.
En Espagne il semble rare; mais les informations nous manquent comme pour la fièvre typhoïde; à Gibraltar on en signala quelques cas en 1853. L'Italie possède le typhus exanthématique à l'état endémique, principalement depuis 1814, surtout dans la Haute-Italie, en Toscane, à Brescia et même en Sicile. En 1817 une épidémie s'étendit sur toute l'Itahe supérieure et centrale; en 1828- 1829, le typhus existait dans le pays de Brescia, dans la Lombardie; en 1837 et 1841, à Naplcs, à Milan, etc. Nous n'avons pas de renseignements précis sur le typhus en Italie pour les vin^t dernières années. Cependant, il y a existé, comme le prouve la bibliographie suivante : Gallarini, SulVepidemia di tifo esanthematico (Ann. univers, dimed., 1869); Ferrini, Del tifo esanthematico e délia sua comparsa in Tunisi (ilîidem), épidémie qui se rattache à la régence de Tunis. Tarchetti, Sid tifo epidemico net 1870 in Mandrogne [Ann. univ. di med., 1871).
Les provinces danubiennes et la Hongrie ont vu éclater plusieurs fois le typhus épidémique; à Pesth il sévit en 1823; en Roumanie, où la fièvre typhoïde est, dit-on, plus rare que dans l'Europe moyenne, le typhus a souvent régné depuis 1849, notamment en 1853 et pendant la guerre turco-russe de 1878. En Turquie, le typhus a été observé en 1842 par Bigler à côté d'autres formes typhiques. On sait l'extension qu'il prit aux environs de Constantinople sur les troupes des Alliés pendant la guerre de Crimée (1855-1856). [1 accompagna depuis lors les émigrations successives en Turquie d'Europe des Tatares Nogaïs (1860) et des Circassiens ou Tcherkesses en 1863 (Fauvel, Recueil des trav. du Comité consult. d'hyg.publ. de France).
Pendant l'hiver 1877-1878 le typhus exanthémaiique a sévi cruellement sur les émigrés musulmans de la guerre entassés dans les mosquées et livres en proie au froid et à la famine. On peut évaluer qu'il a tué plus de 15 à 20 000 malheuieux et frappe' le double ou le triple. Il s'est cantonné parmi les réfugiés et n'a sévi que sur les Européens ou les individus de la population sédentaire qui soignaient les malades ou vivaient quelque temps avec les émigrés. L'armée russe a été non moins cruellement éprouvée, à la même époque, par le même typhus, dans les environs de Constanlinople et dans toute la vallée de la Maritza, dans les Balkans, en Bulgarie, en Roumanie, etc. (J. Mahé). En un mot, le typhus exanthémaiique a régné pendant plus d'un an depuis les Balkans jusqu'à la mer, de S;donique à Varna et au-dessus, tant sur les populations civiles que sur les armées russes. L'armée turque paraît avoir été relativement épargnée en Europe, Mais elle a été ravagée par le typhus en Asie, à Kars, à Erzeroum surtout, d'où le typhus s'est répandu sur le littoral jusqu'à Trébizonde. L'armée russe d'Arménie paya, durant la même guerre, un effroyable tribut de mort au typhus pétéchial.
L'année 1879 a vu encore de fréquentes, explosions du typhus en Asie Mineure, en Macédoine et dans plusieurs localités oîi les émigrants des Balkans ont apporté le typhus qu'ils ont disséminé avec eux. Enhu, la famine de l'hiver 1879-1881, en Arménie, fit éclore le typhus pétéchial dans les districts d'Erzeroum, de Van, de Mossoul et dans les massifs montagneux du Kourdistan.
Le typhus pétéchial serait très-rare aux îles Ioniennes, d'après les Anglais; à Malte on le déclare inconnu, depuis la grande épidémie de 1792. Nous verrons bientôt ce qu'il faut penser de cette assertion, ainsi que de la dénomination de « fièvre continue, fièvre de Malte » donnée à des procès fébriles graves et souvent mortels.
Le typhus exanthémaiique semble inconnu en Asie, dit A. Hirsch, excepté à Simla (Himalaya) oià il a régné à côté de la peste. Morehead affirme qu'il n'a pas vu le typhus dépasser les limites antérieures de l'Inde. Heyman dit qu'il n'existe pas dans l'archipel Indo-Malais (A. Hirsch, 1860). Nous venons de voir que les Russes, les Gircassiens et les Turcs avaient en quelque sorte semé le typhus pétéchial en Arménie et dans l'Asie Mineure en 1863 et 1877-1878. Le typhus tacheté existe en Mésopotamie, en Anatolie et probablement sur les côtes de l'Arabie, En Syrie, Suquet a signalé quelques cas rares ou quelques petites épidémies fort limitées d'ailleurs. En Perse, il serait très-rare (Tholozan). Dans l'Inde, le typhus pétéchial existe d'après le rapport de plusieurs médecins militaires de ce pays (Lyons, Typhus in India, in the Lancet, 1871 ; Ewart, On Thyphoid and Typhus F ever at the Aj mère Jail, in Indian Ann. of Med., 1856; Walker, On Epid. of Typhus at the Nord West Provinces of India, in Edinh. Med. J., 1861, etc)
Dans l'Indo-Chine les renseignements sont plus rares. Cependant, suivant Thorel (Thèse de Paris, 1870), le typhus exanthémaiique existerait à l'état endémique dans les hautes vallées du Mékong, dans les pays de Laos, où il serait terrible et bien connu des indigènes sous le nom topologique de fièvres des bois. Nous avons vu qu'en Chine, dans plusieurs points du littoral, notamment à Shanghaï, on a parfois observé quelqu es petits groupes de typhus exanthématique, A Pékin, chaque année, vers la fin de l'hiver, il règne sporadiquement et quelquefois il se montre sous forme d'épidémies très-meurtrières (Morache), Il serait rare au Japon.
Le lyphus exanthématique n'a été étudié que très-peu eu Afrique, à peuie sur le littoral de la Méditerranée. En Egypte il a existé, mais peut-être plus rarement que les trois autres iornies de typhus qui y ont sévi à l'état épidémique. Chez les indigènes on a remarqué une forme de typhus qui ne diffère du vrai typhus pétéchial que sur le manque d'éruption. En Algérie il avait été observé à l'état sporadique (Léonard et Marit, 1864) dans quelques tribus du cercle de Sétif (Constantine), dans les années 18G1 et 1862 il a régné épidémiqueraent dans la province d'Alger, d'où il gagna la province de Constantine. En 1862, existant dans le massif de Bougie, il gagna les tribus kabyles, ainsi que quelques tribus voisines des oasis. En 1863 il apparut à Constanline au printemps, où il sévit durant plusieurs mois, surtout sur les Juifs. Il continua de sévir les années suivantes au milieu d'autres épidémies survenues. Mais en 1867 il prit un accroissement considérable en Algérie, grâce à la famine qui porta la misère au comble parmi les populations algériennes. 11 sévit à l'état épidémique pendant près de deux ans (1867-1868) sur les Arabes nomades et sédentaires, peu sur les Kabyles et sur la population européenne qui, cependant, fut loin d'être indemne. Cette épidémie fut très-meurtrière. Au cap de Bonne-Espérance, le typhus, à l'état sporadique et épidémique, s'est montré plusieurs fois. Il frappe plus particulièrement la population de couleur à cause des mauvaises conditions d'hygiène dans lesquelles elle vit (Rey).
Malgré le manque de renseignements sur le reste de l'Afrique, il paraît extrêmement probable que le typhus règne à l'état de fréquentes épidémies sur les populations nègres vouées, en raison de leur incurie native, aux famines et à la misère épouvantable. Plusieurs narrations de voyageurs et d'Européens étrangers à la médecine parlent de ces épidémies meurtrières que l'on met, comme toute maladie de ces pays à symptômes nerveux, sur le compte de la maladie dite du S07nmeil. En Abyssinie, le fameux JSedad, fièvre continue avec symptômes nerveux profonds (Aubert-Roche) est probablement aussi une affection du genre des typhus. Le typhus a régné à Tunis et au Maroc. Comme on le voit, le typhus est loin d'être étranger au continent africain, comme le croyait A. Hirsch il y a vingt ans.
L'Amérique a vu plusieurs épidémies de typhus régner vers la fin du dix-huitième siècle, et au début du dix-neuvième, surtout aux États-Unis (A. Hirsch). Vers 1820, la spotted fever y régna avec une extension qui devint presque générale. Elle avait été importée principalement par les immigrants irlandais. De 1817 à 1856 on a compté sept épidémies de typhus vraiment nées sur le sol des États de l'Union. La première débuta dans l'hôpital de Boston, d'où elle se répandit à Philadelphie, à New-York^ etc. Le typhus importé a surtout frappé les villes du littoral, sous le nom de fièvre des navires, fièvre irlandaise. En 1847-1848 on en vit une grande épidémie envahir successivement New-York, Philadelphie, Boston, Baltimore, Harfort, etc.
Les États britanniques de l'Amérique du Nord ont passé par les mêmes vicissitudes par rapport au typhus exanthématique. Il y est parfois né sur les lieux; d'autres fois il y a été importé par les Irlandais émigrés, principalement à Halifax et dans les villes maritimes, d'où il a été colporté dans les villes riveraines du Saint-Laurent et dans l'intérieur même du pays. Cependant il n'y a pas atteint d'expansion généralisée jusqu'ici. L'hôpital de Québec, en quinze ans, n'avait reçu que 291 cas de typhus; mais en 1847 on constata le chiffre énorme de 8574 typhus sur une population de 98 000 ha-
bitants, presque le dixième de la population. A Terro-Neuve, le typhus pétéchial est peu connu et ne figure pas sur les relevés morbides des possessions françaises de ces îles.
Aux Antilles on a noté parfois un certain nombre de cas de typhus dû à l'importation par les trou[)es anglaises, de même aux Bermudes en 1857 et 18 il. Au Mexique le typhus pétéchial est fort commun. Il y règne sur toutes les couleurs de la population ; il a fait de temps immémorial de grands ravages sur la population indigène sous le nom de « Matlazahualt » (Jourdanet, Coindet). On le rencontre souvent à l'état sporadique ou d'épidémie limitée. Il a sévi sur les troupes de l'expédition française (Coindet, Brault, Du typhus de Mexico, Recueil de Mém. méd. mil., 1864). Du côté du Centre-Amérique on l'a signalé à Nicaragua en 1851 (Bernhard).
Au Pérou et au Brésil il existerait quoique assez rarement. Cependant, suivant Tschudi, il régnerait épidémiquement à Lima, au Callao et sur presque toute la côte occidentale du Pacifique. 11 aurait été inconnu dans ces régions avant l'arrivée des Européens (Tschudi). C'est le tabardillo des Espagnols. Ici s'arrêtent nos connaissances, bien qu'insuffisantes, sur la distribution géographique du typhus exanthématique, car nous ne savons rien d'exact sur son existence ou son absence dans les diverses terres de l'Australie et les îles de l'océan Pacifique. Les îles de la Sonde n'auraient été atteintes par le typhus qu'une seule fois en 1864 (Lombard).
3° Le typhus récurrent, relapsing fever, fièvre récurrente, à rechute, est la troisième forme des typhus pour l'importance [voy. Relapsing fever, Dict. encyclopédique, t, 111, 5^ série). Quand vers la fin de l'année 1842 et au commencement de 1843, apparut dans plusieurs grandes villes d'Ecosse le relapsing fever à l'étal d'épidémie, ce typhus passa pour inconnu jusque-là aux médecins. Plus tard, Griesinger établit la véritable origine lyphique de la maladie. Mais les recbei'ches sur la littérature médicale de l'Irlande ont démontré que la fièvre a rechutes n'était pas nouvelle dans ce pays; qu'on en trouve beaucoup de relations partielles depuis 1759 jusqu'à Graves. Celui-ci (1826-1850) signala le typhus récurrent parmi les épidémies de typhus fever de son pays. Il est probable que la fièvre récurrente existait également depuis longtemps en Angleterre. Mais c'est en 1842 que pour la première fois elle surgit seule et à l'état épidémique. A cette date on trouve le relapsing fever en Irlande, à Kilkenny, régnant à côté du typhus fever jusqu'en 1846 ; en Ecosse il existe à Dundee, àGlascow, à Aberdeen en 1843, à Edimbourg à la même époque, à Leith en septembre; il s'éteint à la fin de cette année. En 1847-1848 il reparaît avec une grande extension et se disperse cette fois sur plusieurs points de l'Angleterre; à Londres (1846-1847); Manchester, Liverpool jusqu'à la fin de 1848.
La fièvre à rechute, dite encore fièvre de famine en Angleterre, s'accompagne, dit-on, fréquemment d'ictère dans ce pays, se rapprochant ainsi de la forme du typhus ictérode. Son importation d'Irlande ne fait de doute pour aucun des médecins anglais. Elle règne principalement à Londres, mais ordinairement sur des Irlandais qui y ont émigré. Elle n'est pas très-mortelle dans les hôpitaux de la capitale, puisqu'elle n'a donné que 2 pour 100 de mortalité. Il y eut une recrudescence de cette maladie à Londres en 1851, 1852, puis elle s'éteignit presque jusqu'en 1862. Depuis elle y règne sporadiquement parmi les autres typhus.
En Allemagne, le typhus à rechute fit son apparition en Silésie à côté du typhus
exanlhématique lors de l'épidémie de 1847. Depuis il apparut à Breslau en 1868 (Lebert), où il fit seulement 12 victimes sur 484 malades;] il se montra aussi à Posen et dans quelques districts de la Prusse orientale. A Berlin il régna dans l'épidémie du typhus exanthématique de 1875 (Obermeyer, etc.), et de là il s'étendit sur plusieurs endroits de la Prusse et de l'Allemagne. Il a régné également à Vienne, et dans quelques districts de l'empire d'Autriche; en 1847, il affecta, en Bukwine, une allure grave, celle de la lièvre typhoïde bilieuse (Engel).
En Russie c'est dans les grands centres, à Moscou et à Saint-Pétersbourg, que sévit surtout le typhus récurrent. La statistique des maladies de l'hôpital d'Obuchov pendant si.x ans, de 1804 à 1869, donne 13 057 cas de typhus récurrent (Uerniann) contre 6875 typhus exanthématiques , et seulement 3664 fièvres typhoïdes, plus que les deux autres réunis. Mais la mortalité a été trouvée en raison inverse de la fréquence des formes de la maladie. En 1870, la fréquence relative du typhus récurrent avait un peu diminué (Petersb. niéd. Zeitschrift, 1870). A .Moscou il a régné également à plusieurs reprises (Saclierjin, Dia Febris recurrens in Moscou, Wiener, Medic Wochen, 1866). Il s'est également montré depuis 1845 dans quelques gouvernements du centre, de l'ouest et du midi de l'empire.
>"ous n'avons que des renseignements insignifiants sur la prédominance du typhus récurrent sur le territoire asiatique. 11 règne en l'erse, et à Téhéran il a été observé plusieurs fois par Tholozan. On trouve bien quelques descriptions de cette forme du typhus dans l'Inde, notamment dans Morehead [Clinical Researches on Disease in India, 1860), qui a décrit la maladie en question sous le nom de fièvre rémittente infectioso-paludéenne. Il en rapporte une épidémie qui sévit en 1858-1859 dans la prison da Sattara. Or tous les caractères de cette fièvre [rémittent fever) sont exactement ceux de la fièvre récurrente. On nota \Q fois un ictère léger, 5 fois le délire, 2 fois l'épistaxis. D'ailleurs, elle paraît régner à l'état endémique à Bombay, car nous verrons qu'elle a été importée de cette ville ainsi que de Calcutta dans les îles Mascareignes sous le nom de fièvre de Bombay. Il ne nous paraît donc pas douteux que le typhus récurrent a régné et rè<^ne probablement encore dans la grande péninsule hindostanique , où il trouve d'ailleurs toutes prêtes les conditions habituelles de sa genèse c'est-à-dire la misère, l'encombrement et surtout les grandes famines.
Il est non moins probable que le typhus à rechute existe quelquefois sur Ja population chinoise dans les vastes contrées si populeuses du sud et de l'est ainsi que dans les ports et les villes maritimes. Les fièvres vaguement dénommées « de Hongkong, de Shanghaï, etc. », sont trop incomplètement étudiées pour ne pasjaisser quelque doute sur la présence de cette forme du tvphus parmi elles. En tout cas, le typhus récurrent existe à Pékin, où Morache en a observé une épidémie nettement dessinée.
Dans le nord de l'Afrique, l'apparition du typhus à rechute a été constatée assez fréquemment depuis quelques années. En Egypte, Griesinger l'a observé régnant au Caire concurremment avec le typhus exanthématique et l'ictérode. Il a coexisté en Algérie, dans l'épidémie de 1866 à 1867, sur les Arabes affamés dans la localité d"Aïn-el-bey , près d'Alger, avec le typhus exanthématique (Arnould, Archiv. gén. deméd., 1867). Nous avons une excellente relation de la maladie pour l'île de la Réunion, où elle a régné sur une grande échelle en 1865-1866 (Mac-Auhffe, Mém. sur la fièvre à rechutes. In Archives de méd.
navale, J868, t. IX). 11 est probable qu'elle fut importée dans l'île par VEastern-Empire apportant des émigrants indiens de Calcutta. Elle fut trèsgrave, donnant une mortalité de jusqu'à 38 pour 100.
A Maurice, à la même époque la fièvre dite de Bombay fit environ 6000 victimes choisies pom* la plupart dans la population indienne de cette île. On remarqua que dans l'île de la Réunion elle avait épargné relativement les Cafres et les Malgaches qui ne fournirent qu'un nombre restreint de malades, ainsi que les créoles et les blancs. Parmi les Indiens, les Malabars furent les plus gravement frappés et en plus grand nombre; dans certaines localités, ils furent les seuls atteints. A Maurice la fièvre récurrente est appelée fièvre de Bombay; elle règne dans celte île depuis une époque assez reculée que l'on fait remonter à 1859. Elle a désolé l'île de 1865 à 1869, frappant d'abord presque exclusivement les Indiens, puis les créoles et les habitants de diverse couleur. Coïncidemment avec elle se sont déclarées des épidémies qui paraissent avoir surgi sous l'influence de la malaria.
Il en est résulté une confusion indescriptible dans les dénominations, sur la nature et le rang nosologique des fièvres de Maurice, à tel point qu'il devient impossible d'éclaircir ce chaos pathologique. Ici, comme dans la Méditerranée, comme en Chine, comme à Rio, l'imagination a trop souvent tenu la place de l'observation; on a discuté, on s'est noyé dans un byzantinisme médical déplacé au lieu de recourir aux méthodes et aux moyens d'une étude sévère et minutieuse des faits, basée sur l'investigation rigoureusement clinique et anatomopathologique. "*
Jusqu'ici le typhus récurrent n'a été que rarement signalé sur le continent américain. Il aurait été transporté par les Irlandais à New- York, où il n'a pas trouvé d'extension (A. Hirsch). Cependant, la bibliographie américaine plus récente semble en indiquer l'existence : Relapsing Fever as it occurred in Pliiladelphia, etc. (Parry, in Americ. Journ. of Medic. Sciences, 1870).
4° Typhus bilieux , fièvre typhoïde bilieuse, typhus ictérode : typhus ictéroides seu biliosus. Cette quatrième forme du typhus n'était qu'un groupe ou plutôt un conglomérat de syndromes bilieux divers jusqu'à ce que la patiente et sévère observation de Griesinger en eût démontré les caractères d'une espèce pathologique clinique (irc/u'i; /?«' physiol. Heilk,). C'est l'une des formes les mieux dessinées des typhus; cliniquement par son ictère, et anatomiquement par sa double lésion de la rate et du foie, qui en fait une sorte de spléno-hépato-typhus, une forme plus grave du typhus récurrent (Griesinger). Indemne de lésions intestinales graves, elle se rapproche pourtant, au point de vue anatomo-pathologique, de l'iléo-typhus par les lésions spéciales des corpuscules malpighiens de la rate, en admettant toutefois l'analogie de ces corpuscules avec ceux des plaques de Peyer.
Déjà Pruner en avait donné quelques indications on Egypte, quand Griesinger l'observa et la décrivit à côté du typhus exanthématique et récurrent. Les recherches historiques de A. Hirsch ont établi que le typhus ictérode a été observé, quoique non désigné par son véritable nom, dans le bassin de la Méditerranée, sur le littoral et dans les îles; par les Anglais aux îles Ioniennes, à Malte, Minorque, etc. Il a été décrit sous le nom vague et antinosologique de « Mediterranean fever » et presque toujours confondu avec la fièvre rémittente bilieuse. Burnett {A Pract. Account ofthe Médit. Fever., 1816, London) en fit l'objet d'un remarquable rapport pour Malte et Port-Mahon. 11 le distingua fort
bien de la rémittente bilieuse et de la fièvre jaune. Il en reconnaît et décrit deux formes , la forme grave et la légère [fehricula) ; il signale les rechutes fréquentes comme dans le relapsing fever. En 1810, Roberston l'avait observé à Céphalonie, et il fut bien décrit par Goodison (1823) à Corfou et Saint-Maur. En décrivant le typhus d'Irlande en 1817, Bonnar déclarait que c'était exactement la même fièvre qu'il avait observée précédemment dans la Méditerranée en 1810, 1812. Larrey l'avait vue en Egypte.
On ne possède que des données précaires sur la partie asiatique du littoral méditerranéen; cependant il est certain que le typhus ictérode existe en Syrie et en Asie Mineure. Tout récemment, en 1875, le docteur Sarouf a observé une épidémie de typhus bilieux dans la ville de Jaffa. Elle atteignit plus de 100 habitants, dont plus de la moitié moururent. Le traitement par la quinine demeura sans succès (communication du docteur Sarouf). Il est probable que le typhus bilieux règne sur la côte de la péninsule asiatique, notamment à Smyrne, où une note d'Aubert-Roche {De la peste, Paris 1840) signale l'existence d'une « espèce particulière de typhus avec teinte jaune », que Floquin, ajoute-t-il, a décrite sous le nom de « typhus ictérode ». Roser dit avoir observé « la fièvre jaune » dans la même localité. On pense que l'épidémie de typhus d'Athènes de 1835, décrite par Rothlauf en 1856, était aussi une irruption de typhus bilieux. Pour la Turquie, Rigler dit que dans l'épidémie de 1842 le typhus ictérode [sic) rtïgna beaucoup et fut très-meuriiier [Die Turkei und deren Bewoliner, Wien, 1852).
En Europe proprement dite, c'est d'abord sur le sol britannique que le typhus bilieux fut signalé et décrit, par Graves et Stokes en 1820, sous le nom de hèvre jaune atténuée d'Irlande. En 1826 il régnait épidémiquement à Dublin, puis, en 1845, 1844 et 1847, 1848 en Ecosse et en Irlande à côté du relapsing fever. On le vit surgir à cette époque en même temps que celui-ci dans plusieurs contrées d'Europe, notamment en Bukowine (Engel).
On peut, à la rigueur, en France, rapporter à ce typhus les épidémies de 1822 dans la Mayenne (Lemercier cité par Fodéré dans ses Leçons de 1822), de 1850 dans la Moselle. Peut-on y rapporter aussi les récentes épidémies localisées de fièvre ictérique grave observée en France depuis dix à quinze années, dans certaines casernes, certaines prisons et quelques hôpitaux? Cela est fort rationnel en tout cas. En Allemagne on cite l'épidémie de Kônigsberg (Lange, 1850) et les cas plus récents qui ont accompagné le typhus récurrent de Breslau (5 cas observés par Lebert) et de la Prusse. En 1840, 1841, en Russie, il a été décrit comme épidémique à Moscou (Hermann, Pelikan et Levestanira), où il devint à la fin une fièvre typhoïde franche.
On ne possède que des données incertaines sur le règne du typhus ictérode dans les autres parties de la terre, sauf l'Amérique du Nord. En 1821 et à d'autres époques, c'est sans doute lui qui a ravagé les esclaves nègres de cette contrée. En 1821 il éclata sur les noirs et dans les prisons de Philadelphie, d'où il se répandit dans la ville (Emerson) ; en 1829, il atteignit quelques comtés de la Garohne du Sud (Hopton). Cependant il n'est peut-être pas suffisamment établi que cette maladie n'était pas la fièvre rémittente bilieuse qui est réputée si commune dans les localités mentionnées.
Dans toutes les autopsies pratiquées à propos des épidémies dont nous venons de faire mention, on trouva la muqueuse intestinale intègre dans ses glandes de Peyer, ainsi que les ganglions mésentériques. On mentionne spécialement les
lésions du foie et surtout de la rate qui était toujours plus volumineuse du double ou du triple, parfois comme crevassée, ramollie, parsemée de petites tumeurs ou de corpuscules blancs, gros comme des tètes d'épingle. Plusieurs lois elle fut trouvée énorme, gaufrée, rompue. Ceci se passait avant les travaux de Griesinger dont les recherclies anatomiques n'ont fait que confirmer ce qu'avaient vu ses prédécesseurs (A. Hirscli).
L'exposé précédent sur la géographie du typhus bilieux est le résultat de la littérature médicale. Mais il y a bien des objections à faire à cette manière d'interpréter les faits. La fièvre typhoïde bilieuse observée par Griesinger en Egypte, les quelques petites épidémies notées en Europe, surtout en Allemagne, les groupes isolés d'ictère fébrile grave apparus eu France dans les casernes, les prisons, etc., les fièvres dites bilieuses des pays chauds, rémittentes, inflammatoires, etc., de nature paludéenne ou non, tous ces procès morbides, à la fois fébriles et ictériques, sont-ils en réalité des maladies si différentes d'après leur nature, leurs lésions anatomiques, le climat et d'autres conditions peu connues? Nous pensons que c'est à l'analyse clinique à éclaircir ce chaos, de même que nous croyons qu'elle y apportera une grande simplification, dont le résultat principal sera de supprimer la plupart de ces lièvres en les rapportant à un même type.
Tel est, à peu près, aujourd'hui le bilan de la géographie médicale du typhus. C'est aux articles Typhus, Typhoïde (fièvre) qu'on trouvera l'étude des conditions géographiques qui jouent un rôle dans la genèse ou la propagation de ces maladies. Disons seulement que la question des races, des nationalités, de l'état social civil et politique, considérée ici comme facteur étiologiqu-3 des typhus, pourrait ressortir de ce que nous avons dit et trouver d'elle-même sa solution si nous étions réellement bien informés sur la fréquence, la gravité et l'étendue dans le temps et dans l'espace des diverses formes de typhus. Les races et les nationalités n'ont qu'une importance relative dans l'étiologie de ces maladies, d'après A. Hirsch, qui cependant a examiné à fond celte question depuis les temps les plus reculés jusqu'en 1856. En effet, une égale réceptivité a semblé le lot des populations les plus diverses et les plus distantes : Européens, Arabes d'Algérie, de Syrie, Arméniens, vivant en Egypte et en Turquie, Asiatiques, Hindous, Javanais, indigènes de la Nouvelle-Zélande, fils de Brahma, fils du Ciel (Chinois), sauvages de l'Amérique du Sud et du Nord, Esquimaux des glaces polaires et fils des Incas péruviens, nègres exilés loin de la patrie comme ceux des zones brûlantes de l'Afrique, tous, avec une inégale fréquence sans nul doute, ont porté le joug meurtrier du typhus exanthématique et de la fièvre typhoïde. Même les rares et moribondes populations des îles perdues au sein du Grand Océan ont recula visite de l'hôte malsain que leur a porté l'Européen. Les typhus sont donc devenus des maladies largement cosmopolites aujourd'hui, bien que leur principal foyer soit en Europe.
Méi\l\gite cérébro-splxale ÉpiDÉMiQUE. Synouymie : cérébro-spinite (Chauffard); cerebral-typhus (Allemands); t'ifo apoplettico, tetanico (Italiens); épidémie meningitis (Américains); hjerufeber (Suédois), etc. L'histoire des épidémies de cette maladie a été faite dans ce Dictionnaire par un observateur des plus compétents {Méningite cérébro-spinale, par A. Laveran, t. VI, 2' série). Nous ajouterons les données nouvelles qui ont été recueillies et publiées depuis peu.
On ne connaît d'ailleurs qu'imparfaitement le domaine géographique de cette
maladie. D'une manière générale ce fut la France qui fut la première frappée en grand : puis l'Europe et l'Amérique du Nord. En France la maladie est devenue très-rare depuis trente ans. En Allemagne on a vu la grande épidémie de 1865-1865. Depuis lors on en a toujours observé quelques apparitions çà et là comme en 1871 à Berlin, à Bonn, à Nurenbug, à Fûrth, à Munich et à Bade et comme en 1875 dans la Franconie et la Haute-Bavière (von Ziemsscn). Elle a pris droit de cité sur le sol allemand.
Récemment en Austro-Hongrie on a noté les épidémies de Vienne en 1865 et en 1872, de Lissa et Trieste en 1867, de Pola en 1866 et de Papa (Hongrie) en 1879 {Lôw, in Wieii medic. Presse, 1 879j. On Va signalée enfin en Turquie et en Grèce et dans l'Asie Mineure, où elle a régné par épidémies localisées et restreintes, comme à Nauplie en 1868-1869 (Kotsonopoulos), à Smyrne en 1870 (Diamantopoulos), et à Jérusalem en 1872 (Sandreczki, in 5er/m. klin. Wochenschrift, 1872).
Dans les États-Unis de l'Amérique du Nord la méningite épidémique apparut en 1842 : elle y fit de grands ravages dans le Tennessee, l'Alabama ; puis dans l'Hlinois, l'Alabama, le Mississipi, l'Arkansas, à la Nouvelle-Orléans; en 1856 et 1857 à New-York et dans la Caroline du Nord; dans l'hiver de 1865-1864, dans la Caroline du Nord et dans plusieurs États de l'Union pendant la guerre do sécession. Enfin elle a sévi àNew York en 1872 (Lewis Smith in Tlie Ain. Journ., ofMed. Se, 1875). Elle s'est montrée dans le cours des dernières années au Canada, en 1870, et depuis cette époque elle se maintient dans les États de l'Union, tantôt à l'état sporadique, tantôt à l'état légèrement épidémique (vol Ziemssen). On l'a signalée sur quelques points du Brésil et à Montevideo eu 1840. Nous manquons absolument de renseignements sur les autres parties du globe relativement à la méningite cérébro-spinale épidémique.
Cette épidémie offre constamment un type curactéristique quanta sa marche; son développement est successif, comme si la maladie passait d'une personne à une autre par transmission. Son extension est toujours limitée dans un rayon étroit : une famille, un régiment, un établissement, bagnes, maisons de détention, instituts agricoles, etc. On a vu des populations spéciales, comme les Maltais, attaqués isolément et exclusivement au milieu d'autres groupes civils. En France sur 57 épidémies, 59 ont régné excluivement sur les militaires, 7 exclusivement dans la population civile, 5 sur les deux, et 6 fois la maladie s'est étendue de la population militaire à la population civile. En Suisse et en Italie, la méningite épidémique ne régna guère que sur la population civile. Dans l'Amérique du Nord, de 19 épidémies 17 ont régné sur la population civile et deux exclusivement sur les militaires. En Danemark, en Suède, dans les provinces baltiques, la population civile a été presque seule atteinte. En France ce sont les recrues, les jeunes soldats qui ont été frappés de préférence et cela dans une grande proportion.
La marche des épidémies dans les régiments français fait ressortir indubitablement la transmissibilité de la maladie ou son rayonnement d'un point central vers une périphérie toujours assez limitée.
Sans presque aucune dépendance des conditions de la géographie elle n'a ^uke égargné que les régions tropicales ; elle a sévi du 56« degré (monts aurès Batna) au 65« degré nord (Suède) et de la Crimée aux États de l'Union américaine, sans que l'on puisse découvrir aucun lien géographique ou autre dans cette expansion à bas oruit. La gestion des races et des nationalités est aussi
DICT. ENC. 4 S. Vlil. |«
sans influence sur la production de la méningite épidémique. A la Nouvelle- Orléans elle frappa exclusivement Jes noirs. En Europe elle a sévi sur toutes les branches de la population ; en Afrique elle attaqua les Arabes ; elle aime à choisir ses victimes parmi les enfants et les jeunes gens, comme les jeunes militaires. Sa mortalité dépasse, en moyenne, 50 pour 100.
B Fièvres EXAîNTHéMATiQUES : Variole, rougeole, scarlatine, suette miliaire,
DEiNGUE.
Variole. On a souvent discuté sur l'origine de la variole, sur sa patrie première, sur la connaissance plus ou moins certaine qu'en avaient les anciens depuis ou avant Hippocrate, sur l'époque et les voies d'extension de cette maladie de l'Orient vers l'Occident. On pense qu'elle régnait depuis longtemps en Arabie ; elle y fut constatée à l'état épidémique vers le milieu du sixième siècle, au siéo'e de la Mecque par les Abyssins. D'après d'autres versions puisées à d'autres sources la variole serait d'une date bien antérieure dans l'Inde, puisqu'il en est fait mention dans les Athar-Vedas, l'un des plus anciens écrits de l'Inde, où h maladie est représentée sous l'emblème d'une déesse, la Divinité de la variole. D'après Moore, la variole serait tout aussi ancienne en Chine. Une autre opinion regarde l'Afrique et notamment l'Abyssinie comme le foyer originaire de la variole. Quand et comment la variole est-elle venue de l'Orient et de l'Arabie dans l'ouest de l'Europe? C'est ce qu'il est impossible de décider faute de renseignements. Ce que l'on sait, c'est qu'elle prit une grande extension au commencement de l'ère chrétienne, c'est qu'elle régnait sur une vaste étendue en Europe dans les provinces méridionales au sixième siècle, d'après Grégoire de Tours.
Au moyen âge, le grand mouvement des croisades en favorisa l'expansion. Au douzième siècle on la représente comme fréquente en France (Gordonius). En Irlande elle était épidémique en 1241 et 1242. Elle apparut en Danemark en 1527, en Suède, en 1598, d'après les données écrites ; mais il paraît certain qu'elle existait bien auparavant dans ces régions. Eu 1650 on la vit éclater en Sibérie ; de là elle envahit les populations de l'extrême nord, Yakouts, ïon^houses, Ostiaks et Samoyèdes. Le Kamtchatka en demeura indemne jusqu'au dix-huitième siècle où elle se montra pour la première fois en 1767.
Dans l'iiémisphèreouest du monde, la variole suivit les Espagnols et elle yapparut quinze ans seulement après la découverte de Colomb. Elle anéantit, dit-on, plus de 3 millions et demi d'indigènes dans le seul Mexique. Peu après elle sévissait dans les îles des Antilles et sur le littoral du Golfe ; mais il est certain qu'elle a été également importée dans ces îles par la traite des nègres du Continent africain. Dans le Sud-Amérique la variole fut constatée au Brésil en 1650; plus tard ce pays reçut aussi de nouvelles irruptions, provenant de l'Afrique avec les esclaves noirs. Aux Guyanes elle était rare et Bajon ne l'observa qu'une fois en 1766. Dans le Nord-Amérique, elle apparut à l'état épidémique vers le commencement du dix-septième siècle, où elle sévit surtout sur le littoral de l'Atlantique. Au Groenland, elle fut importée en 1753 pour la première fois du Danemark.
En résumé, on peut dire que la variole ne règne que médiocrement aux États- Unis d'Amérique, mais beaucoup au Mexique, notamment sur les Indiens non vaccinés, qu'elle est fréquente aux Antilles, aux Guyanes, dans le Centre-Amérique, ainsi qu'au Brésil où elle diminua avec la cessation de l'importation des esclaves africains ; à la Plata elle sévit avec violence surtout chez les Indiens non vaccinés. Elle existe aussi au Chili, eu Bolivie et au Pérou (Lombard).
Eu Europe, la grande découverte de Jeûner (1796-1798) changea la face des choses, restreignant l'intensité et l'extension de la variole en raison directe de la propagation de la vaccine. Si la variole continue depuis quelque temps à ravager encore l'Europe, on peut dire cependant qu'elle a diminué de fréquence et de violence. Malgré l'explosion épidémique qui l'a désolée depuis 10 ou 15 années, la variole épidémique est rare dans le nord de l'Europe; fort rare en Islande; on ne l'a pas vue aux Féroë depuis 1705; peu commune en Norvège et en Suède, en Danemark et en Russie, sauf de graves apparitions on 1872- 1873, elle s'est montrée de nouveau en Hollande et en Belgique en 1871 ; en France elle a aussi éclaté récemment, comme en 1868-1869 et 1871-1872, de même en Suisse. Elle aurait été rare en Espagne, Portugal. En Italie la décade de 1869-1878 pour 18 villes a donné les 5,6 millièmes du total des décès par suite de la variole qui a sévi épidémiquement en 1870-1872. Elle est fréquente en Austro-Hongrie, en Pologne, Roumanie et Turquie d'Europe; elle serait rare en Grèce (Lombard).
En Afrique, la variole est épidémique. Elle sévit avec son maximum d'intensité en Egypte, en Nubie, en Abyssinie, et sur tout le cours supérieur du Nil (Pruner). Le Sud-Afrique n'en est pas indemne; elle régne à la côte Est, au Mozambique et dans les vastes solitudes intérieures. Au Cap, elle aurait été importée de l'Inde; mais elle sévissait depuis longtemps chez les Cafres (I80i, Lichtenstein) qui l'auraient reçue des populations situées au nord de leur pays. Du reste les Hottentots se préservaient de la maladie en pratiquant la vaccination (Sclieuzer). Sur la côte occidentale d'Afrique, elle a montré une grande violence, à Sierra-Leone (Boyle), dans la Sénégambie (Daniell, Thévenot). Sur la côte méditerranéenne et dans le noi d de l'Afrique elle a sévi souvent sur les Arabes (Bertherand). Le foyer principal, sinon originaire de la variole, serait le Soudan, d'où elle rayonnerait au loin par le fait du commerce des esclaves ; elle aurait diminué à Maurice et à Bourbon depuis la cessation de la traite des noirs, suivant Lombard ; mais il est de remarque que le transport des Hindous dans ces îles y a souvent importé et y importe encore la maladie.
Dans toute l'Asie même extension sur des populations vierges de la vaccination préservatrice : en Asie Mineui-e, dans l'Inde, dans l'archipel indo-malais, en Chine et au Japon. En somme, la variole épidémique sévit en Asie presque autant qu'en Afrique; l'Arabie est l'un de ses plus intenses foyers. Elle lavao^e l'Asie centrale et l'Inde où pourtant se pratique actuellement la vaccination; elle décime les grands centres de l'Indo-Chine, de la Chine, la Mongolie et le Thibet (Lombard).
Dans l'Amérique du Nord, elle sévit sur la population blanche comme en Europe ; mais elle a fait d'incalculables ravages sur les Peaux-Roun^es de ces contrées. Elle fut apportée en Californie, cà la suite des chercheurs d'or et des coolies chinois. Elle y a atteint d'ailleurs, d'une façon presque égale, les Indiens les Nègres et les Chinois. Au Brésil, oij la vaccination a été répandue en I8I4' la variole frappe les Indiens un peu moins que les nègres. Cependant d'après Tschudi, elle constitue toujours le principal fléau du pays. Elle apparut en 1829 sur les bords du Rio de la Plata, dans l'armée argentine et atteignit Buenos- Ayres ainsi que les districts indiens. Au Chili, elle sévit avec une grande violence, et un seul hôpital de Santiago a compté plus de 1725 cas de mort par la variole en moins de cinq années. Le Pérou n'a pas été non plus épar-^né. Elle a pénétré jusque dans l'immense solitude des pampas sud-américaines, et elle a
fnippé les Patagons (1809-1811) jnsc|n'auprès de la terre de Feu (Aie. d'Orbigny).
La variole endémo-épidémiqiic est permanente au Japon, aux Philippines;; elle est d'une extrême gravité dans les grandes îles de l'archipel Indo-Malais, comme aux îles de la Sonde, aux Moluqnes, aux Célébes, etc. L'Australie tut visitée par la variole vers la fin du dix-huitième siècle ; elle y sévit gravement, sur les indigènes. La Tasmanie et la Nouvelle-Zélande en étaient encore indemnes vers 1850, ainsi que la majorité des îles de la Polynésie australienne. Cependant la variole a fait de nombreuses apparitions dans l'Océanie, à Taïti, à la Nouvelle-Calédonie, aux Fidji, aux Sandwich (1855) où en huit mois elle emporta le huitième de la population. Elle détruit avec une violence inouïe les populations vierges des îles Océaniennes déjà si diminuées par le contact des Européens, et tout fait craindre des ravages irrémédiables parmi les Canaques si la vaccination tentée en quelques endroits ne vient diminuer au moins les premières atteintes du fléau.
Les éléments tirés de la géographie n'agissent que fort peu sur l'intensité et la diffusion de la variole. Les conditions climatériques générales n'ont qu'une influence bien peu marquée ; mais les saisons froides ou fraîches exercent une action notable et incontestée sur l'apparition et l'intensité des épidémies varioleuses. L'influence des Socialia ne se révèle que par les particularités et les mœurs attenant aux nationalités et surtout aux races humaines. Les races colorées, en effet, principalement la noire, semblent présenter le maximum de réceptivité pour le poison variolique; elles sont les premières et les dernières à en subir l'action, et elles en reçoivent les sévices au maximum d'intensité (Bajon, Sigaud, Pruner, Daniell, etc.). Le continent africain a été parfois dévasté par les épidémies de petite vérole. Au second rang viennent les races indiennes et polynésiennes.
Enfin il est des constitutions épidémiquesvarioleuses, suivant l'expression des épidémiographes dont il n'est pas donné de trouver la raison {constitutio varialosa). De là, la supposition de l'apparition cyclique des épidémies de variole, qui sans doute n'a rien de fondé en soi, mais qui témoigne probablement du fait de l'accumulation de la réceptivité variolique finissant par faire éclater les irruptions épidémi(iues, à certaines périodes encore mal déterminées.
Rougeole. Quel est le berceau de la rougeole, à quelle époque eut lieu sa diffusion, et quelle fut l'aire de son extension première? C'est ce que l'on ignore complètement. Dans les derniers siècles, la rougeole a régné sur la majeure étendue de la terre. Sans être inconnue, elle paraît être assez rare dans les terres antiques, comme à la baie d'Hudson où elle se manifesta cependant en 1 846, au Groenland, au Labrador et en Islande où l'on a constaté de rares importations en 1644, 1694, et 1846. On ne compte que deux irruptions aux Féroë depuis près d'un siècle, de 1781 à 1846 et de nos jours; elles ont été plus fréquentes et plus graves en Norvège comme en 1861 et 1867. Les épidémies rubéoliques ont été graves aussi en Finlande, à Pétersbourg et surtout dans les provinces Baltiques. Rien de spécial à ce sujet pour la Russie, la Sibérie, le Danemark, la Hollande, la Belgique, les îles Britanniques, la France, la Suisse et l'Allemagne. La rougeole serait plus bénigne dans le sud de l'Europe, en Ibérie, en Grèce : elle aurait plus de gravité en Hongrie, en Autriche, Roumanie et Turquie d'Europe. En Italie la rougeole aurait causé, dans la décade de 1869-1878 plus des 9 millièmes des décès, presque le double de la variole (Sormani)
Tandis que les deux autres exanthèmes diminueraient, la rougeole augmenterait sur. le sol italien (Id.).
Signiilée dans l'Asie occidentale, la rougeole y serait, dit-on, assez )are, en Arabie par exemple : plus rare encore serait-elle dans l'Asie antérieure et centrale, dans l'Inde, à Ceylan, en Birmanie, Chine et Cochinchine ; elle serait non moins , bénigne au Japon et dans l'archipel Indo-Malais. Elle est peu commune dans la Polynésie : apparue en 1854 à la Nouvelle-Zélande, elle serait assez fréquente, mais surtout plus grave que la variole en Australie. Elle apparut aux Sandwich en 1818.
On a constaté égalemeat la rougeole épidémiquc dans le nord de l'Afrique, en Nubie, en Egypte, en Algérie, aux Açores, à Madère, sur la côte occidentale d'Afrique, au Gap, etc.
Elle serait rare aux États-Unis qu'elle envahit d'abord par Test pour se propager d.uis le grand bassin mississipien ; on la signala à Monterey en 1846; elle est peu commune en Californie et sur la côte occidentale jusqu'à la i\ouvelle-Arkhangel. Bénigîie et rare au Mexique, dans le Centre-Amérique, aux Antilles, aux Guyanes, elle acquiert plus d'intensité au Brésil où elle apparut vers le seizième siècle, à la Plata ; et elle existe modérée à la côte ouest, au Chili, au Pérou et en Bolivie.
L'éliologie géographique de la rougeole se prête à quelques considérations intéressantes. D'abord les nationalités et les races sont complètement égale devant ses atteintes. Elle a sévi partout, en Asie, dans l'Inde, en Europe, en Afrique, sur les Nègres, les Hindous, sur les Indiens de l'Amazone qu'elle ravagea en 1749. Mêmes sévices sur les populations rouges et noires de l'Amérique du Nord, sur les rares habitants des régious arctiques du nouveau continent depuis 1846 (Esquimaux). La rougeole n'emprunte aucun élément éliologique aux conditions topographiques et géologiques. En Europe, en Egypte, sur le sol brûlant de l'Inde comme sur les bords des grands lacs du Nord- Amérique, le catarrhe pulmonaire constitue une complication souvent et à peu près également funeste. Au Brésil, le catarrhe gastro-intestinal a souvent accompagné la rougeole sur les nègres en la rendant fréquemment mortelle. Mais on ne peut pas établir que des deux sortes de catarrhe, l'intestinal et le pulmonaire, le premier soit plus fréquent dans les pays chauds, et le second dans les pays Iroids, car ces complications apparaissent sans raison ni distinction de pays.
Dans le même ordre d'idées on a avancé que la rougeole était bien plus souvent maligne dans les pays froids que dans les régions chaudes. Si le fait est vrai, d'une manière générale il comporte de fort nombreuses exceptions. Du reste la raisou de la gravité de certaines épidémies de rougeole demeure absolument inconnue. En résumé, la rougeole est bien moins répandue et surtout moins grave que la variole, sauf en Australie, elle est d'ordinaire rare et bénigne dans toute la zone intertropicale. i ■ .
De nos jours on a constaté et décrit un certain nombre d'épidémies de rougeole qui ont reçu la dénomination caractéristique de « rougeole et catarrhe suffocant » et qui ont sévi, presque exclusivement sur les militaires à Nantes (1840-1841), à Saint-Omer (1840-1841), à Lyon, à Paris (1842), à Boulogne (hiver 1854-1855, au camp sur les falaises) et tout récemment durant le'siéo-e de Paris (1870-1871, L. Colin, Brouardel, etc.). Ces irruptions constituant, en quelque sorte, des affections mixtes, d'une gravité immédiate souvent trèsgrande, et qui se développent : 1° pendant une période de froid intense; 2" sous
l'influence d'une constitution médicale exanthématique, caractérisce surtout par la prédominance des rougeoles ; o° au milieu d'une agglomération exceptionnelle de recrues el de jeunes soldats (L. Colin). Quant à la rougeole noire ou hémorihagique, qui est si souvent mortelle, sa cause première demeure totalement inconnue.
Scarlatine. Voici le résumé sommaire des principales données de géographie médicale sur la scarlatine.
Le nord de l'Europe paraît avoir été relativement peu envahi par la scarlatine. Presque inconnue, dit-on, dans les régions boréales de notre continent, elle est fort rare en Islande, et n'aurait jamais paru aux îles Féroë. Elle n'est pas commune en Scandinavie; elle serait bénigne en Suède et en Norvège, mais elle serait plus grave en Danemark. Elle est fréquente et grave en Russie, dans les provinces Baltiques, dans toute l'étendue de l'empire et même en Sibérie. Elle constitue une endémo-épidémie assez grave en Hollande, en Belgique, en France : mais c'est peut-être en Angleterre qu'elle revêt le plus haut degré de gravité par la fréquence et la mortalité de ses complications ordinaires qui sont la diphthérieet la gangrène : elle y a donné parfois jusqu'à l'énorme proportion de 1/25 des décès. Elle se montre moins sévère en Allemagne, quoiqu'elle y soit souvent mortelle quand elle vient à se compliquer d'éruption miliaire Friesel). Elle est d'une gravité moyenne en Suisse.
On dit que les régions du sud et de l'est de l'Europe n'ont qu'une scarlatine ordinairement bénigne : elle serait rare en Espagne et en Portugal, en Grèce et dans les îles méditerranéennes. En Italie, en 10 ans, elle aurait donné les 5,7 millièmes des décès, plus que la variole (Sormani). Zigler signale l'existence épidémique et sporadique de la scarlatine à Constantinople et en Turquie : celle-ci est donnée comme non fréquente en Austro-Hongrie, en Pioumanie et dans les provinces Danubiennes.
En Asie la scarlatine paraît beaucoup plus rare qu'en Europe, mais cela tient peut-être, partiellement au moins, à l'insuffisance et im manque de renseignements. On la donne comme rare et bénigne en Anatolie (en 1 844 à Smyrne elle occasionna cependant une grande mortalité), en Syrie, en Mésopotamie, en Arabie et eu Perse oii elle aurait fait sa première apparition en 1869. Elle serait encore plus rare dans l'Hindoustan, quoiqu'elle y ait été signalée récemment en 1873 et en 1876, à Ceylan, en Birmanie, en Cochinchine, dans toute la péninsule Indo-Chinoise, et même en Chine et au Japon : cependant elle a donné les cinq millièmes de la mortalité à Shanghaï et elle est peut-être commune à Pékin.
Elle serait presque inconnue dans les îles de l'archipel malais, mais nous manquons de bonnes informations sur ce sujet. Elle serait inconnue totalement en Polynésie : mais elle a offert beaucoup de gravité parfois en Australie, ainsi qu'à Auckland, dans la Nouvelle-Zélande, où apparut, dit-on, pour la première fois en 1848 l'épidémie scarlatineuse.
Nous possédons encore moins de documents exacts sur la distribution géographique de la scarlatine en Afrique. Elle est fort rare d'ailleurs en Egypte, dans le haut Nil, sur la côte méditerranéenne au Maroc, en Algérie. Elle est ou très rare ou inconnue à la côte occidentale, au cap de Bonne-Espérance; elle existe mais peu fréquente en Abyssinie : mais on l'a constatée assez souvent aux Açores, à Madère et aux îles Mascareignes (Maurice et la Réunion).
Elle serait moins rare dans les deux péninsules d'Amérique : on l'a constatée
à Terre-Neuve, aux îles Aléoutiennes, dans laNouvelle-Arkhangel, en Californie, quoique rarement dans cette dernière région. Elle aurait existé au Groenland : elle s'est manifestée au Canada vers 1848. Constatée dans les provinces du nord des États-Unis vers 1735, elle parcourut toute l'étendue des États de la Nouvelle-- Angleterre, atteignit New-York, Philadelphie, plus tard en 1746, pous^sa jusqu^à la Caroline du sud et pénétra dans le bassin intérieur de l'Union en 1791-1793; par le Kentucki et l'Ohio. Depuis elle a présenté aux États-Unis le même phénomène de gravité que chez la race anglo-saxonne dans les îles Britanniques (Lombard). Au Mexique la scarlatine fut de moyenne intensité : elle a fait d'assez fréquentes, mais bénignes apparitions aux Antilles, notamment en 1829, 1830 et 1843.
Il n'est pas certain que la scarlatine ait régné en 1796 sur le Rio de la Plata; mais elle y a sévi, au moins depuis 1829. En 1831 elle se montra grave à Buenos-Ayres, et depuis elle est demeurée fréquente et sévère dans la République Argentine. Apparue pour la premièie fois, dit-on, au Brésil en 1831, elle fut très-maligne à Rio-de-Janeiro en 1839-1841. Au Chili elle régna peut-être en 1819, sûrement en 1827 et plus tard; au Pérou elle serait loin d'être rare d'après Tchudi.
Les races et nationalités ne semblent jouir d'aucune différence aux atteintes de la scarlatine. Elle s'affranchit aussi de l'influence des saisons : mais elle est incontestablement plus rare et plus bénigne dans les zones chaudes que dans les tempérées et dans les froides. Elle a fourni des pandémies comme en Allemagne en 1818, dans le nord-ouest de l'Europe en 1825-1826, dans l'Amérique du Nord, et aussi lors de sa grande invasion de l'Amérique du Sud de 1851 à 1857. Sa gravité et sa malignité en cei'tains lieux, à certaines époques, demeurent inconnues dans leur cause : sa mortalité a été estimée de 3 à 5 pour 100 jusqu'à 30 pour 100. Elle a revêtu parfois un caractère pernicieux dans les climats chauds et sous les tropiques, comme à Smyrne (1844), aux Antilles, au Brésil, au ChiH, au Pérou, etc. Comme on le voit, la scarlatine est la moins «tendue des trois fièvres dites proprement exanlhématiques.
Telles sont les considérations sommaires de géographie nosologiqne sur les trois grandes fièvres exanthématiques, qui, au demeurant, sont devenues à peu près cosmopolites ou ubiquitaires aujourd'hui. Si elles ont jamais eu un berceau primitif, un domaine circonscrit, elles n'ont plus aucune tendance à y rentrer ni à se limiter à une patrie quelconque. En cela elles diffèrent, comme sous d'autres rapports, de la peste, de la fièvre jaune même et du choléra : elles en diffèrent aussi par l'énergie et surtout la facilité de leur expansion. Ces trois exanthèmes endémo-épidémiques depuis longtemps ont conquis leur droit de naturalisation parmi les populations du globe. Il faudra cependant tout faire pour les restreindre quand leurs foyers deviennent trop intenses. Mais ils vivent peutêtre trop intimement avec nous pour que nous puissions leur opposer avec be'néfice les mesures quarantenaires applicables avec tant d'avantages aux endémoépidémies précédentes, sauf les typhus.
SuETTE MiLiAiRE, FEBRis MiLiARis, ScHWEissFRiESEL. Rieu dans les écrits des anciens ne fait allusion à l'existence de celte espèce nosologique qui et de date relativement fort récente. Disons d'abord quelques mots de la suette anglaise, qui soudain apparut à la fin du quinzième siècle et au commencement du seizième et se montra très-pernicieuse. Partie en 1486 du pays de Galles, elle se répandit sur l'Angleterre entière. En 1508 elle y fit une deuxième irruption
moins extensive : en 1518 elle y prit une diffusion très-généralisée, passa la Manche et apparut sur les côtes nord de France où elle sévit avec intensité. En 1529 elle fut propagée d'Angleterre en Allemagne, en Scandinavie, en Russie, dans les Pays-Bas, dans une partie de la France et de la Suisse. En 1551 elle envahit une dernière lois l'Angleterre, en respectant, comme elle l'avait fait jusqu'alors, l'Ecosse et l'Irlande, par une singularité inexplicable. La suette anglaise avait ainsi épargné, en outre, en Europe, presque toute la portion méridionale et orientale, principalement les deux péninsules ibérique et italique.
La suette anglaise disparut et n'est nulle part mentionnée dans le long intervalle qui sépare l'année 1551 de 1650, époque où se manifesta pour la première fois, exclusivement parmi les femmes en couche à Leipzig, au centre de l'Allemagne, une maladie fébrile caractérisée par « une sueur abondante et durable, une éruption érylhémateuse rouge, papuleuse ou vésiculeuse, discrète, non constante, par une série de phénomènes très-caractéristiques, procédant du système spinal et du grand sympathique » (A. Hirsch). Cette fois c'était la vraie suette miliaire, celle qui a régné sans interruption depuis cette date jusqu'à nos jours.
Après avoir débuté sur les femmes dans l'état puerpéral, elle atteignit les autres femmes et les hommes; elle prit alors une grande extension, vers le commencement du dix-huitième siècle. Une première, puis une deuxième épidémie apparurent en Allemagne dans les 2« et 3^ décades du dix-huitième siècle. Alors pour la première fois la suette passa le Rhin et vint en Alsace, dans la Franche- Comté, dans la Picardie, la Normandie, l'Artois, etc. Au milieu du dix-huitième siècle elle envahit la France centrale : dans le dernier tiers du siècle, elle atteignit le midi de la contrée. En même temps elle faisait son apparition dans le Piémont, d'où, après avoir frappé d'abord sur les femmes en couche, elle gagna la haute Italie, puis plus tard la basse Italie. Sur ce dernier terrain elle fut l'objet de discussions et de dissensions sans fin; les uns la méconnurent ou la nièrent, les autres la virent partout : d'autres la confondirent avec toutes les fièvres éruptives, même avec le typhus exanthématique. On la décrivit sous le nom de purpura. Elle ne fut plus acceptée comme espèce morbide spéciale, et l'on vit alors régner à son sujet la plus déplorable confusion. . Pendant les 5'= et A^ décades du dix-neuvième siècle (1820 à 1840) elle hanta toujours la France, le midi de l'Allemagne et l'Italie. Alors une étude plus sévère faite par les pathologistes français fixa définitivement le rang nosologique et la nature de la maladie. Cependant encore même aujourd'hui le fantôme de la suette n'a pas disparu du ciel médical et l'on trouve des têtes obstinées qui rêvent bien souvent suette là où il n'y en n'a pas les moindres apparences.
En somme l'aire de la suette miliaire moderne est demeurée assez restreinte : elle comprend la France, le centre, la partie sud de l'Allemagne, l'Italie, les Pays-Bas, et peut-être un peu le nord de l'Espagne. Elle est restée inconnue dans les autres continents et particulièrement dans les régions intertropicales. Le sol français a été le théâtre de sa plus large extension et de beaucoup. C'est ainsi que les tableaux dressés par A. Hirsch, pour la France, depuis 1715 à 1856, ne contiennent pas moins de 129 épidémies de suette miliaire, près d'une épidémie chaque année. Ces 129 irruptions portèrent sur 45 départements dont 20 furent visités plus de 1 à 2 fois. L'aire française de la suette comprend une étroite zone où figurent les anciennes provinces de la Franche-Comté, l'Alsace, la
Lorraine, le nord de la Champagne, l'Ile-de-France, la Picardie et la Normandie. Ce sont aujourd'hui les départements suivants : .lura, Doubs, Haute-Saône, Vosges, Bas-Rhin, Haute-Marne, Marne, Seine-Inférieure, Seine-et-Marne, Semé, Oise, Seine-et-Oise, Somme, Aisne, Pas-de-Calais, Nord, Kure, Orne, Calvados et Manche. Dans cette bande de territoire ont sévi 96 épidémies sur 129. Les 55 autres ont régné dans l'Auvergne, dans l'Allier, la Dordogne, le Poitou, le Midi, etc. On remarquera que la Bretagne, le Lyonnais, etc., ont été épargnés. Les relevés des années 1855-56-57 ont tourni 455 décès par la suette miliaire.
L'Allemagne a été moins atteinte que la France par la suette épidémique. Elle régna d'abord au centre, en Saxe et en ^^■urtemberg, puis en Bavière, dans les Alpes pennines à Groslar en 1717 et 1758; en 1799 dans le Hartz, dans la petite ville d'Elbingerode : en liiver 1801, à Wittemberg. En 1828-1834, elle prit une extension maximum, à l'époque du premier choléra épidémique : elle gagna le sud-ouest de l'Allemagne, sévit surtout en Wurtemberg, en Bavière. De 1836 à 1840, elle atteignit, par des épidémies isolées, la Styrie, la basse Autriche et la Bohème en 1838. En automne 1844 elle prit une grande extensionen Bavière. Depuis celle époque on ne compte guère plus de suette épidémique en Allemagne où elle est demeurée seulement à l'état isolé et sporadique.
En Italie elle sévit épidémiquement de 1715 à 1720 à Turin exclusivement sur les femmes en couche. Puis elle se répandit dans le Piémont atteignant tout le monde indistinctement. En 1742, 1755, 1 755 elle apparut à Novare; en 1774 elle se dissémina dans le Piémont et dans la haute Italie. Elle ne devint généralisée dans la péninsule que vers la fin du dix-huitième siècle : alors elle frappa la Vénétie, les États de Modène, Vicence, Trévise et Padoue, Venise, le Frioul de 1800 à 1829. Dans la 5" décade, elle pénétra dans le Milanais, à Pavie; alors aussi elle apparut épidémique pour la première fois en Toscane (1856-1853), à Ravenne, à Pise, à Livourne (1846). On ignore si elle respecta les États de l'Église.
En dehors de ces trois grands foyers de la suette nous n'avons ({ue des renseignements insuffisants pour ce qui l'egarde le reste de l'Europe. On dit qu'en Suisse elle aurait sévi d'abord sur les femmes en couche, puis à Bàle en 1750 et à Schaffhouse en 1754 (Allioni), à Bàle derechef en 1756 (Zwinger), et n'aurait plus reparu à l'état épidémique en Helvétie. Elle se montra autrefois fréquemment épidémique en Belgique : en 1858 elle apparut dans le Ilainaut; en 1849-1850, dans le Limbourg et le Liégeois; ce fut sa dernière manifestation épidémique. En Espagne elle aurait régné dans la Biscaye en 1789, suivant quelques médecins français. La Grande-Bretagne, la Scandinavie, le sud-ouest de l'Europe, la Turquie, sont demeurés indemnes de la véritable suette miliaire moderne. Elle a été jusqu'ici inconnue dans les élats de l'Union nord-américaine, suivant les recherches de Dracke.
De nos jours la suette épidémique s'est raréfiée en Europe; cependant la France et l'Italie ont encore vu apparaître quelques irruptions depuis les vingt dernières années. Le département du Var a été éprouvé par une épidémie assez sérieuse en 1860 (Dumas). En 1861 et 1863 la suette s'est montrée dans le nord de l'Italie. Galtier a décrit l'épidémie de Castelnaudary (Aude) en 1864; Gonral, celle de l'Hérault (Saint-Chinian) pendant les années 1865 et 1866; Bernard, celle de Béziers en 1868; Plouviez, celle du Pas-de-Calais en 1868. Enfin la suette s'est montrée à l'état épidémique en Auvergne, à Aubière (Puyde-Dôme), où elle a été très-maligne, au point d'enlever le quart des personnes
atteintes (Mazuel, thèse de Paris, 1876). La dernière épidémie française a eu lieu à l'île d'Oléron en juillet 1880.
On a parfois observé une anomalie singulière du choléra, une sorte de forme mixte, composée de quelques-uns des facteurs des deux épidémies, le choléra sudoral ou cutané (Jules Roux) que l'on a voulu donner comme exemple et comme preuve des relations d'intimité et de parenté qui existeraient entre elles. Cette forme hybride avait été signalée auparavant par Murray, par les médecins anglais de l'Inde, à Madras, à Magdebourg, en France, à Villejuif (1854), à Condé (Bourguignon). Mais elle n'a été mise en relief avec toute sa symptomatologie et le vrai sens de sa signification nosologique que par Jules Roux {Union médicale, 1855). Quoi qu'il en soit, la forme morbide existe réellement : mais l'interprétation pathologique en demeure non fixée définitivement.
Elle a régné à Fusignano (Italie) en 1871 (Liverani) : et elle a été, dans la péninsule italique, récemment l'objet de discussions qui ne sont pas sans rappeler les anciennes erreurs et les discussions vieilles de plus d'un siècle et demi. La migliare a fourni, dans la décade 1869-1878, pour 11 villes du nord et du centre de l'Italie, une mortalité moyenne des 4 millièmes des décès. Nulle part ailleurs en Italie elle n'est signalée. 11 s'agit sans doute ici de miliaire symptomatique de maladies graves diverses. Ce sont là des errements propres à l'école toscane (Sormani).
Les éléments climatologiques ne sont pas sans quelque influence sur l'étiologie de la suette. Ainsi, les saisons exercent une puissante action sur les épidémies de miliaire, puisque 104 fois sur 130, c'est-à-dire dans les 5/6*= des cas, le printemps et l'été ont été les époques d'irruption épidémique. Il en a été de même pour la suette anglaise.
Dengue. C'est le nom donné dans les Indes occidentales, principalement dans les pays espagnols à une fièvre exanthématique spéciale, à forme rhumatismale, qui sévit épidémiquement et fut observée et décrite par les médecins des Antilles et de l'Amérique du Nord vers le premier quart du siècle (1826-1828). Le mot espagnol dengue (prononcez Dangh') est à peu près le synonyme de la dénomination anglaise « Dandy fever ». La maladie en question a d'ailleurs reçu une très-grande quantité de désignations les plus diverses {voy. Dengue). Un rapide coup d'œil sur l'extension géographique de cette maladie singulière va nous démontrer qu'elle possède un domaine assez bien délimité, contrairement aux fièvres exanthématiques examinées précédemment. En Europe la dengue a passé pour inconnue jusqu'à ces dernières années où les recherches bibliographiques ont appris qu'elle avait existé sous les noms de « Piadosa », de « Pantomima » à Cadix en Espagne vers 1784, à Séville en 1785, puis derechef à Cadix en 1788 (suivant don Cristobal Cubillas). Ce qui est certain c'est qu'elle a régné près de notre époque, en 1864-1865 et 18(58, à Cadix, peut-être importée de Santa-Cruz de Ténériffe où elle existait en 1865 (Ramon Hernandez Poggio, 1871, Madrid). Enfin on a observé la dengue à Malte et à Gozzo en 1878.
L'Asie paraît être l'un des centres ou foyers endémo-épidémiques de la dengue. Persin, missionnaire et voyageur français dans l'Inde, a donné la description succincte d'une fièvre « atmosphérique » dont le portrait est bien celui de la dengue, et qui sévissait épidémiquement en 1780 sur la côte de Coromandel. Suivant de Wilde, un médecin de Java. David Rrylon, décrivit une maladie qui
n'était autre que la dengue et qui frappa plusieurs milliers d'indigènes et des colons européens à Java vers 1779-1780. Mais c'est vers 1824 que la maladie apparut à l'état de grande épidémie dans l'Hindoustan. Observée en 1824 a la fois à Guzerate et à Rangoon (Birmanie), elle gagna la vallée du Gange et Calcutta en 1825; puis elle reparut à Calcutta en 1844 et en 1855. Depuis cette époque elle est devenue tantôt sporadique, tantôt endémo-épidémique dans le Bengale : une grande épidémie y a sévi en 1871-1872 et 1873, amsi que dans la province de Madras et dans nos possessions françaises.
On connaît moins l'existence de la dengue dans l'Indo-Chine : cependant on sait qu'une épidémie apparut en 1875 dans la Cochincliine où elle atteignit à la fois les Européens et les indigènes : en Chine, à Amoy en 1871 , elle frappa également les indigènes dans la proportion de 95 pour 100 et les Européens dans celle de 56 pour 100 seulement (Muller et Manson). On n'a pas de renseignements précis sur la présence ou l'absence de la dengue au Japon, ni pour le reste de l'Asie, quoiqu'on ait dit que l'épidémie de 1871 se soit étendue de l'Inde vers le Népaul, la Birmanie et la Chine.
La dengue a sans doute plus d'une fois régné dans la Malaisie, cependant on n'en signale guère qu'une petite épidémie localisée à Fort-Willem, et aux environs à Java, vers 1861 (de Wilde : Dengue in Fort-Willem, Java, m Nederl. Tijd. 1873). En Océanie on a observé la dengue à Taïti, depuis 1847 à 1856 ; en rade de Papéété elle apparut sur les navires de l'État la Loire en 1847 et la Sirène en 1848. Il paraît que l'Australie, la Nouvelle-Zélande et la majeure partie des terres de la Polynésie en ont été indemnes jusqu'ici.
L'Afrique a été de bonne heure signalée comme offrant des épidémies de dengue. D'après le chroniqueur Gaberti, cité par Pruner, la dengue régna en 1779 en Egypte, au Caire et dans les environs, d'une façon très-intense, sous le nom de « mal de genoux » . Suivant Pruner elle fut constatée également sur la côte arabique de la mer Rouge vers 1835, et de nouveau en Egypte, au Caire et à Alexandrie, en 1845. Enfin de nos jours elle a régné épidémiquement à la Mecque (1871), à Médine, à Aden, le long du canal de Suez, et probablement sur plusieurs autres points de l'Egypte, où enfin elle a éclaté de nouveau en 1877- 1878 et en 1880. Vers la même époque où elle occupait les bords de la mer Rouge, vers 1871 et 1872, la maladie fit aussi une appnrition à Zanzibar ainsi que sur la côte orientale d'Afrique. Le pays de Tripoli est fréquemment visité par la dengue qui paraît y être endémo-épidémique : on cite les épidémies de 1855 et de 1878 ; cette dernière coïncida probablement avec celles de Malte et de Gozzo, qui dit-on , étaient le résultat de l'importation par les troupes anglaises venant de l'Inde.
La dengue n'a point été signalée en Algérie ni au Maroc ; mais elle a été observée au Sénégal et à Corée en 1848, 1844, 1856 et 1865. On manque de renseignements pour le reste de l'Afrique. La dengue a régné au moins une fois à Sainte-Croix de Ténériffe en 1865 : elle existe depuis assez longtemps aux îles Mascareignes, probablement importée de l'Inde ; à la Réunion elle a fait de remarquables apparitions en 1851 et en 1875.
C'est en Amérique, avons-nous dit, que la dengue reçut le nom populaire qui lui est devenu aujourd'hui classique. Elle fut menlionnée pour la première fois en 1780 par Rush à Philadelphie; puis à Lima en 1818 par Pezet, enfin en
1826 par Waringà Savannah où elle fut grandement épidémique. Apparue vers
1827 dans le groupe des îles Vierges, elle ne tarda pas à envahir les principales
Antilles, d'où elle gagna, par Curaçao, Carthagène et plusieurs points de l'Araérique du Sud. Elle se dirigea vers l'ouest dans la mer des Antilles et prit une grande extension dans l'Amérique du Nord, à ce point qu'elle gagna iNew-York, Philadelphie et Boston. Depuis cette époque, elle n'a point cessé d'être au moins sporadique dans les États de l'Union oii elle a fait des apparitions épidémiques comme en 1848 et 1850 vers le sud, en 1856, en 1861, en 1866, en 1876 (Herelord) et enfin pendant l'automne de 1880 (à Charleston).
Dans l'Amérique du Sud, ladengue est signalée pour la seconde fois en 1846 au Brésil, au Pérou de nouveau en 1852, avant la fièvre jaune, ainsi que dans d'autres localités du Sud-Amérique où elle n'a pas été toujours décrite ni reconnue. On sait aussi qu'elle régna à la Havane en 1854, à la Martinique en 1860 (Ballot), Quelques-uns prétendent même qu'elle est endémique ou sporadique aux Antilles depuis plus d'un demi siècle.
On sait qu'elle est une maladie presque exclusivement tropicale et subliopicale, et que, quand elle a fait irruption au delà du 35*= degré latitude nord, comme en Espagne, comme dans le Nord-Amérique, c'était toujours dans la saison chaude, en été ou en automne. Les races, les nationalités, les conditions sociales, etc., jouissent d'une complète égalité devant la dengue. On a remarqué que, dans l'Amérique du Nord, elle préférait les villes et les agglomérations aux populations isolées. Il résulte de ce court aperçu géographique que la dengue est une maladie dont la connaissance est de date assez récente, ce qui ne veut pas dire qu'elle soit une maladie jeune ou nouvelle ; car elle a été sans doute longtemps méconnue et on doit penser qu'elle l'est encore de nos jours dans maint endroit où elle règne. Cette connaissance inexacte de la dengue, en tant qu'espèce morbide sui generis, pourrait peut-être aussi expliquer la bizarrerie apparente de sa distribution géograjihique, telle que nous venons de la signaler.
C Grippe ou influenza, coquellche, oreillons.
Grippe. La grippe est une maladie épidémique qui a régné sans aucun doute depuis la plus haute antiquité. Cependant ainsi que tant d'autres maladies elle a été .méconnue comme espèce morbide à part, et il faut arriver au commencement du seizième siècle pour trouver des relations précises de cette affection. A. Ilirsch a résumé les épidémies de grippe qui ont été l'objet de travaux spéciaux de 1510 à 1850 (540 ans); ce tableau ne contient pas moins de 300 irruptions de grippe. L'épidémie de 1510 partit de Malte pour se répandre du sud-ouest vers le nord-ouest du continent européen sur lequel elle s'étendit complètement sans épargner presque personne. Elle fut très-maligne chez les enfants, mais elle ne tua que peu de monde en dehors d'eux. La maladie se manifestait par des douleurs supra-orbitaires, du délire, de la gastiodynie, des syncopes, des troubles de la vue, des altéiations des gencives devenant noires : elle comporta aussi parfois exceptionnellement des sueurs, de la diarrhée, des hémorrhagies de mauvais augure, etc.
L'épidéiKie de 1557 vint de l'Asie en Europe, traversa l'Océan, et alla jusqu'en Amérique. Elle commença vers la fin de l'automne et dura pendant l'hiver, le printemps et l'été. Cette épidémie fut également parfois meurtrière par suite d'hémorrhagie, de fièvre ou d'épuisement, par la dyssenterie même. C'est ce qui s'observa principalement en Sicile.
L'épidémie de l'année 1580 partit du sud-est pour se diriger vers le nord-ouest du monde, en se répandant sur l'Asie, l'Afrique et l'Europe. La maladie provenant
de Constantinople et de Venise marcha sur Ja Hongrie d'une part et sur l'Allemagne de l'autre : puis de là en Norvège, en Danemark, en Suède, en Russie. En Espagne elle sévit pendant tout l'été; en Italie, du mois d'août à la fin de septembre. Cette épidémie fut ordinairement Irès-ma ligne; elle tuait au milieu des sueurs profuses. Ainsi à lîome elle fit près de 9000 victimes, et à Madrid elle enleva presque toute la population. Le nombre des personnes atteintes était toujours fort considérable : en Saxe, par exemple, il comprit les 4/5 de la population. En 1591, l'influenza apparut de nouveau en Allemagne, en Hollande en 1593, en France et en Italie; en Italie et en France en 1G26-1C27; en Hollande en 1642-1645; en Espagne, dans le nord et le sud de rAmérinueen 1647 : dans l'Amérique du Nord derechef en 1655 ; en Allemagne, en Autriche, en Angleterre et ailleurs en Europe en 1658 et 1675; dans la Grande- Bretagne en 1688 et 1695 ainsi qu'en France et en Hollande; dans tout le centre de l'Europe en 1709 et principalement en Danemark, en Allemagne et en Italie en 1712.
L'épidémie de 1729-1750 fut remarquable par sa grande expansion européenne et extra-européenne. Dans l'espace de cinq mois elle envahit la Russie, la Pologne, la Hongrie, l'Allemagne où elle frappa à Vienne plus de 60 000 personnes, la Suède, le Danemark; elle sévit en automne en Angleterre et en France, en Suisse d'où elle gagna le nord de l'Italie : elle visita en février Rome, Naples, d'où elle se répandit en Espagne et alla même jusqu'à Mexico. On observa parfois, dit-on, dans cette manifestation épidémique, des éruptions de taches noirâtres, des phénomènes cérébraux graves : la terminaison s'obtenait habituellement au moyen de crises et de flux critiques par les urines, les sueurs et les évacuations alvines, les épistaxis, etc. En Suisse il ne mourut que des enfants et des vieillards.
L'épidémie des années 1732-1735 se répandit de la Saxe et delà Pologne, vers le milieu de novembre, sur l'Allemagne, la Suisse, la Hollande : vers le mois de décembre elle gagna la Grande-Bretagne. Vers la fin de janvier elle poussa d'un côté vers le sud-ouest de l'Europe (Paris, l'Italie, Naples, Madrid), et de l'autre côté elle traversa l'Atlantique pour atteindre le Nord-Amérique et gagner la Jamaïque, la Barbade, le Mexique et le Pérou. Pendant les années 1754-1757 l'épidémie se maintint dans les régions du nord-est, et du sud-est de l'Europe. Ordinairement l'issue fut favorable et critique dans le cours de cette épidémie. Elle n'emporta guère que les vieillards, les asthmatiques et les phthisiques. En Ecosse on observa trois formes distinctes de la grippe : la forme encéphalique, la ihoracique et l'abdominale. Presque tous les observateurs attribuent l'épidémie des années 1752-1737 à des changements considérables survenus dans la météorologie. Dans le cours des années 1737-1758 l'influenza régna de nouveau en Angleterre, dans l'Amérique du Nord, aux Indes occidentales et en France ; en 1742, en Allemagne, en 1742-1745 en Suisse, en Italie, en France, en Hollande, en Angleterre. En 1757, la grippe sévit dans toute l'étendue de l'Amérique du Nord ainsi que dans les Indes occidentales et en France. En 1758 elle s'abattit sur la France et sur l'Ecosse : enfin en 1761 elle se répandit en Amérique et aux Indes occidentales sous forme de pandémie.
L'épidémie de l'an 1762 frappa surtout l'Allemagne où le dixième à peine de la population en demeura indemne, puis la Hongrie, la France, l'Italie, la Grande-Bretagne. En 1767 elle revint en Allemagne, en France, en Italie' en Angleterre, en Espagne, en Amérique; en 1772 elle régnait dans l'Amérique du Nord. L'épidémie de 1775 visita de nouveau l'Europe : en Allemagne prédominait la forme abdominale (Stoll). De l'Angleterre elle passa en Amérique. Er
1779-1780, nous trouvons la grippe en France, en Allemagne, à Saint-Péterîbourg-, en 1781 à Wilua, dans l'Ame'rique du Xord et en Chine.
L'épidémie de l'année 1782 appartient à l'une des constitutions les plus remarquables de l'influenza. Elle débuta par la Russie, suivant d'autres elle vint d'Amérique ou d'Asie, en passant par la Russie. Dans une seule nuit, celle du 2 janvier, le thermomètre de 55 degrés au-dessous de zéro monta sid)iteraeQt à 5 degrés au-dessus (40 degrés de différence!). Le même jour 40 000 personnes furent atteintes de la grippe dont la cause fut imputée à ces énormes oscillations de température. D'après S. Frank l'épidémie apparue à Saint-Pétersbourg en février se dirigea vers Astrakhan et de là vers Tobolsk. De Russie elle gagna la Suède, l'Allemagne, la Hollande, la France : en automne elle régnait en Italie, en Espagne, en Portugal, et elle atteignit même les vaisseaux anglais et hollandais qui tenaient la haute mer, A Vienne elle frappa les trois quarts de la population, et elle apparaissait si soudainement qu'on la nomma catarrhe en un clin d'oeil (Blit:^ Katar rh) ou mieux catarrhe-éclair. Elle respecta les enfants. Sans être très-sévère, elle fut marquée fréquemment par les récidives, la pneumonie et les inflammations de l'intestin.
Ensuite survinrent les nombreuses épidémies des années 1788-1790 en Europe et en Amérique, dont quelques-unes récidivèrent, puis celles des années 1798 à 1805, où la .nouvelle irruption de la maladie débuta dans le nord-est de la Russie et se répandit de là dans toutes les provinces russes, en Allemagne, en Angleterre et en France, puis en Italie. De 1805 à 1827 on trouve une série d'épidémies de grippe en Europe et en Amérique : quelques années seulement dans cette période demeurèrent indemnes de cette affection.
La série des épidémies ou mieux la grande pandémie de l'an 1850 est l'une des plus remarquables qu'on ait vues par son extension aussi rapide que peu limitée. Elle a été d'ailleurs l'objet de très-nombreux travaux que la littérature médicale a soigneusement enregistrés. Les comptes rendus de la marche de l'épidémie démontrent qu'elle lit invasion en Chine en l'an 1850 ; en septembre elle apparut dans les îles de l'archipel indien, à Manille, en novembre et décembre, elle se montra en Russie, à Moscou- en janvier 1851, elle régnait dans la plus grande partie des îles de la Sonde ainsi qu'à Pétersbourg : en février, en Courlande et en Livonie ; en mars, à Varsovie et dans le A'ord de Java. Plus tard on vit la grippe en avril dans la Prusse orientale et dans la Silésie, en mai dans le Danemark, en Finlande, dans la majeure partie de l'Allemagne et à Paris : dans les mois suivants elle apparut en Angleterre, en Suède en même temps que dans l'Inde postérieure à Singapoure, et dans l'archipel indien. En juillet elle sévit dans le Wurtemberg, dans la Suisse, à Toulouse, en Angleterre, en Suède et dans l'Inde postérieure, à Pinang; au commencement de l'hiver, eu Italie, dans quelques districts de l'Amérique du Nord oii elle fut également observée en février et janvier de l'année 1852.
Après s'être éteinte une première fois en Europe, elle se ralluma dans l'Inde antérieure et réapparut de nouveau en Russie eu janvier 1855; eu février elle régnait en Galicie, dans la Prusse orientale, en mars en Egypte et en Syrie, en Prusse, en Rohême, à Varsovie, en avril dans plusieurs contrées de l'Allemagne et de l'Autriche, puis à Pesth, à Copenhague, dans le Jutland, en France et dans la Grande-Rretague. Jusqu'en juillet elle demeura encore en Allemagne et dans l'Italie supérieure : en septembre on la vit en Suisse, en France, dans le département de la AToselle; enfm en navembre elle régnait à Naples. Dans le
cours de l'an 1856 la grippe se montra en décembre en Russie, en Suède, en Danemark, dans le mois de janvier 1837 à Londres, d'où elle se répandit en peu de temps sur toute l'Angleterre, puis en Allemagne et en France. A Berhn elle apparut en janvier; un peu plus tard, à Dresde, à Munich et à Vienne. Au commencement de février, elle régnait en Suisse et en France, et à la fin de mars en Espagne, à Madrid. A Londres la population presque entière y passa et grande fut la mortalité consécutive. Cette épidémie apparut également dans l'hémisphère austral du monde, à Sydney, au cap de Bonne-Espéranee, en même temps qu'elle visitait le nord de l'Europe.
Dans les cas graves il y avait des douleurs lombaires et articulaires intolérables et il en résultait un grand épuisement. Le catarrhe suffocant fit périr beaucoup d'individus par asphyxie. La plupart des observateurs de cette épidémie furent frappés de la mortalité étonnante qu'elle occasionna (Landouzy, Rebouillet, Heine, Giïnther, Piorry,etc).
Depuis cette époque jusqu'en 1850 nous trouvons encore, ça et là presque tous les ans, des épidémies de grippe plus ou moins répandues, mais non des pandémies comme les précédentes, notamment en 1857, 1858, 1860. En 1864 la grippe apparut en Suisse (Biermer); au printemps de 1867, à Paris (Martin) ; depuis on en a décrit encore quelques épiilémies dans l'Amérique du Nord (Webster, etc.). La grippe existe toujours parmi nous; elle fait parfois des irruptions épidémiques, mais elle semble avoir perdu de sa force d'expansion et surtout beaucoup de sa gravité. Elle a régné à Berlin en iSlA, dans plusieurs parties de la France de 1873 à 1875 (Trastour, Journal de l'Ouest, 1873, Nebout Etude sur la grippe. Thèse de Paris 1876 ; Lapia, Thèse de Paris 1876, etc.), ainsi qu'en Angleterre {Relat. d'une épid. d'influenza, par Francis Henderson dans The Glasgow Med. Journ. octobre 1877). Une particularité remarquable de la grippe c'est son développement chez les animaux, notamment cheziecheval, isolément, ou coïncidemment avec les épidémies chez l'homme. En 1827 une meurtrière épidémie de grippe chevaline sévit en Europe. En 18721a grippe tua 16000 chevaux à New- York. Aucune donnée géographique ne paraît influencer efficacement la distribution de Finfluenza. Celle-ci offre tous les caractères d'une pandémie, quoiqu'elle n'ait point été mentionnée à la côte occidentale de l'Afrique, le sud extrême de l'Amérique et en Polynésie [voy. Grippe.)
Coqueluche : Pertussis coîsvulsiva, Keuchhusten, Hoopiing cough. Bien qu'il soit probable que la médecine antique ait connu la coqueluche il faut arriver à Baillou (1578) pour avoir une description médicale exacte de cette maladie épidémique {voij. pour l'historique Coqueluche).
Les notions de géographie médicale de la coqueluche en Europe peuvent se résumer dans la presque généralisation actuelle de la maladie sur le sol de notre continent. On pense que la coqueluche est assez rare dans les régions très-froides et glaciales du nord ; elle n'aurait régné que deux ou trois fois en Islande et aux îles Féroë (A. Hirch). En Scandinavie elle s'est montrée grave; elle compte pour les 19 millièmes des décès en Norvège, en Danemark et en Hollande pour les 16 et 18 millièmes; à Saint-Pétersbourg une seule année a donné les 5 millièmes; elle sévit activement dans les provinces russes de la Baltique, à Kasan, à Astrakhan, à Orenbourg, dans le Caucase, etc., tandis qu'elle serait tout à fait inconnue dans les steppes desKirghises.
Bien que commune en Allemagne, la coqueluche y serait probablement plus bénigne que dans les autres contrées de l'Europe centrale ; sa mortalité moyenne
varie entre les 6 et les 15 millièmes. Les villes qui se rapprochent le plus de cette proportion mortuaire sont : Bruxelles (les 7 millièmes), Amsterdam et Christiania (les 10 millièmes), tandis que Copenhague (les 16 millièmes) et les autres villes danoises en comptent davantage.
Cette différence s'accentue pour les trois capitales du Royaume-Uni; Londres a les 37 millièmes, Edimbourg les 56 millièmes ; il y a plus, Glascow atteint les 61 millièmes. Mais il convient d'ajouter que ces chiffres ne reposent que sur une trop courte période de cinq années (Lombard). En Belgique la coqueluche donne les 28 millièmes des décès; ce qui, en d'autres termes, fait près de 5 décès sur 10 000 habitants, à peu près comme en Angleterre (5,1). Les décès sont plus nombreux dans les campagnes que dans les villes et ce sont le Luxembouig et les deux Flandres qui ont la mortalité la plus élevée. Bien que commune en France, la mortalité due à la coqueluche n'y a pas été traduite en chiffres statistiques. En Suisse, comme partout ailleurs en Europe, règne la coqueluche...
En résumé la coqueluche aurait peut-être son maximum de fréquence et de sa mortalité au centre et au nord de l'Europe, en Ecosse et en Irlande surtout oij cette mortalité atteindrait le cinquième rang parmi les endémies (Wylde). Le midi de l'Europe n'est point épargné. Si nous manquons de renseignements sur la coqueluche dans la péninsule ibérique, nous savons qu'elle est trèsfréquente et grave en Italie, notanmient à Turin, à Milan, à Rome, à Lucques, etc. En dix ans et pour quatorze villes d'Italie la coqueluche {pertosse) a fourni les 5,3 millièmes de la mortalité, presque autant que la variole. La gravité paraît plus grande au nord qu'au midi ; la mortalité de Padoue étant de 0,47 par année sur 1000 individus, celle de Naples et de Messine n'est que de 0,08 (Sormani).
La Grèce et les îles de la Méditerranée, ainsi que la Turquie d'Europe, sont fréquemment visitées par la coqueluclie. Il en est de même des provinces orientales de l'Austro-Hongrie ; cet empire a été éprouvé par de récentes épidémies très-meurtrières.
La coqueluche n'est point rare dans l'Asie antérieure, en Asie Mineure, en Arménie et en Mésopotamie où elle apparaît en hiver (Schlsefli), en Palestine (To'nler), en Syrie (Suquet) et en Perse (Tholozan), contrées dans lesquelles elle succède souvent à la rougeole, comme cela se voit ailleurs, et oii elle est ordinairement peu grave. On manque de renseignements exacts à ce sujet sur l'Arabie et la vaste étendue de pays désignés sous le nom d'Asie centrale. Dans l'Inde anglaise, Evans, Morehead et Huillet mentionnent la coqueluche, mais sans lui attribuer de gravité. Elle paraît assez rare en Chine, à Pékin, à Canton, à Shanghaï. Les renseignements manquent à peu près complètement pour l'Indo- Chine et pour le Japon.
Dans les possessions néerlandaises de l'archipel indo-malais la coqueluche est signalée comme fréquente, mais sans gravité. Elle règne en Australie où elle atteint fréquemment toute la population infantile : elle y aurait été inconnue ainsi que dans l'Océanie jusqu'à ces derniers temps. C'est de la Terre de Van Diemen qu'elle fut, dit-on, importée en Australie. Suivant Thompson elle était inconnue à la Nouvelle-Zélande avant 1847; elle y existe depuis. La coqueluche apparaît souvent et se répand au loin dans les îles de la Polynésie où elle fait de nombreuses victimes ; elle se complique ordinairement de symptômes typhiques comme à Tahiti et aux îles Sandwich.
A Madagascar et aux Comores la coqueluche règne souvent épidémiquement chez les enfants malgaches. Dans l'Afrique méridionale, à la colonie du Cap, la maladie s'est montrée parfois très-meurtrière, comme en 18-45 et 1850; elle a souvent régné en Cafrerie d'où elle s'est étendue aux pays voisins. La coqueluche ne serait pas rare dans l'intérieur de l'Afrique, suivant Hirsch; elle serait également fréquente sur la côte occidentale, suivant Lomhard, quoique les renseignements soient rares pour cette partie du Continent africain. Elle est signalée sur le littoral méditerranéen de l'Afrique, comme en Egypte, mais elle n'y parait pas très-fiéquente ni très-grave.
La coqueluche serait apparue pour la première fois au Labrador en 1 875-1876, elle a été signalée depuis longtemps au Groenland (Hirsch); elle figure parmi les maladies thoraciques fréquentes au Canada. Elle n'est point rare aux États-Unis de l'Amérique septentrionale sur la côte atlantique comme dans la vallée du Mississipi; en Californie elle ne datei-ait que de l'année 1846, c'est-à-dire du commencement de l'immigation nord-américaine. On l'a signalée dans le Centre- Amérique ainsi que dans les Antilles où elle est ordinairement bénigne, malgré la sévérité exceptionnelle de quelques épidémies, notamment à la Jamaïque et à la Grenade. A la Martinique trois épidémies de coqueluche observées par Rufz de Lavison furent assez graves par leurs complications vers la fin de l'épidémie. La maladie est de fréquence moyenne aux Guyanes, mais elle est commune au Brésil, notamment à Rio-de-Janeiro, où elle se montre habituellement bénigne, quoique occasionnant annuellement un certain nombre de morts. Dans les provinces platéennes la coqueluche est fréquente et assez souvent mortelle dans certaines épidémies; à Montevideo elle a atteint les 10 millièmes de la mortalité totale ; elle serait également commune sur le versant du Pacifique, au Pérou, pour les régions montagneuses et les hautes plaines, tandis qu'elle serait extrêmement rare sur la côte et dans la Montana (Hirsch).
Aucune condition géographique spéciale n'agit manifestement sur la production ou le développement de la coqueluche, devant laquelle les races et les nationalités semblent aussi jouir d'une complète égalité. Bien qu'elle soit plus rare et plus bénigne dans les tropiques, elle doit être considérée comme une maladie ubiquitaire.
Oreilloxs. Mimps (anglais) ; parotitis polymorpha ; Ourles (Suisse) ; Mal de mouton (Inde Française) ; Angina maxillaris; A. parotidea (.1. Franck) ; Cynanche parotidea (Cullen) ; Sialadenites psyctica (Hildebrand), etc. Il s'agit ici des oreillons proprement dits (connus d'Hippocrate, qui en décrit une épidémie), et non pas des parotidites simples.
Pour établir l'extension presque universelle dans le temps et dans l'espace de l'angine parotidienne, A. Hirsch a eu la patience de dresser un tableau comprenant toutes les épidémies importantes qui ont régné depuis 1714 jusqu'à 1859. Cette liste ne compte pas moins de 120 lieux cités qui ont vu sévir les oreillons épidémiques. Il suffit, pour se faire une idée d'une pareille extension, de savoir que les oreillons épidémiques ont visité : Paris, l'Istrie, Charleston (Caroline du Sud), Marseille, Erlangen, Stockholm, Londres, Milan, New- York, Berlin, Mont- Louis (Pyrénées-Orientales), Dorpat, l'Islande, les îles Sandwich, Toulouse, la iNouvelle-Arkhangel, Munich, etc., etc.
En dehors de nos climats et de nos latitudes tempérées, les oreillons ont et ' constatés, à l'état épidémique : sur les côtes et dans les îles de la Méditerranée en Turquie, en Egypte, en Arabie, dans l'Inde (Morehead), dans l'Archipel
DICT. ENC. 4° S. VIU. JK
Indo-Malais, aux Sandwich, au Pérou (Tscbudi). Parfois les épidémies ont été très-limitées, comme dans les prisons de New-York (1856), dans certaines institutions, à bord des navires où la maladie est commune, etc. Parfois elle a pris une véritable expansion pandémique, comme dans les épidémies d'Italie et de ristrieen 1714, d'où elle rayonna sur une grande partie de l'Europe méridionale et centrale. Les oreillons sont aussi, avant tout, une maladie des armées et des navires. Tout médecin navigateur a pu être en position d'observer à bord des épidémies plus ou moins étendues d'oreillons dans tous les parages et sur toutes les mers du globe. C'est du reste ce qu'établissent les récentes publications sur ce sujet : Épidémie (Voreillons siw des émigrés hindous transportés de l'Inde aux Antilles (Dangaix, Thèse de Paris, J8bO); Relation de deux épidémies d'oreillons observées sur des émigranls indiens en 1871 et 1875 (Jobard, Thèse de Paris, 1874). Les épidémies d'oreillons dont nous possédons des comptes rendus tout récents foisonnent depuis une dizaine d'années sur les militaires en France {voy. les Recueils de mémoires de méd. etchir. milit.,en 1875, 1876, 1877, etc-).
D'un relevé de 117 épidémies dont la saison d'apparition se trouve indiquée A. Hirsch a pu conclure que les oreillons sont souvent une maladie de la saison froide. Mais il se hâte d'ajouter qu'on l'a vae régner bien souvent pendant la saison chaude et dans les pays chauds. Ce seraient surtout les grandes et subites variations thermales qui influeraient beaucoup sur l'apparition des raumps. Les circonstances géologiques, géographiques et toutes locales, n'ont aucune action sur la genèse ou l'extension des oreillons épidémiques. Il en est de même des races et des nationalités, puisqu'ils régnent sur les nègres de la côte occidentale d'Afrique comme sur les Américains des Andes péruviennes, sur les Océaniens des îles Sandwich comme sur les Hindous de Bombay, sur les Aryans de Perse comme sur les indigènes de la ÎSouvelle-Arkhangel. Cependant, à propos de ce dernier lieu, Romanowski fait observer que la maladie n'atteint guère que les naturels (Créoles, Aleutes et Koloches) et qu'elle épargne complètement la population européenne.
Quoi qu'il en soit de nos connaissances actuelles sur la nature des oreillons, il est probable qu'ils ne sont pas seulement une maladie causée par le froid (à frigore), mais bien un procès pathologique de provenance ou d'essence infectieuse, zymotique (voy. Oreillons).
D. DiPTHÉRiE (Diphtbérie et Croup), Stomatites spécifiques.
DiPHTHÉRiE. « La diphthérite est une maladie générale, spécifique, infectieuse, transraissible par inhalation, par contact et probablement par inoculation, dont le caractère principal est la production sur les muqueuses ou sur la couche profonde de l'épiderme d'exsudations fibrineuses appelées communément fausses-membranes (Sanné) » . Les prétentions de diverses écoles, surtout des écoles allemandes, à établir des distinctions entre la diphtbérie et le croup, n'ont plus guère de raison d'être et ne comptent plus qu'un nombre de partisans qui va diminuant même en Allemagne [voy. Œrtel, Diphthérie. InHandbuch von Ziemssen, Août. Infectionskrankh., 1874).
11 n'entre point dans la nature de notre travail de rechercher à quelle époque probable remonte l'origine de la diphthérie, ni de faire l'historique détaillé des épidémies ûiphlhériques et croupales (]ui ont régné sur le monde jusqu'à nos jours. Pierre Forestus paraît être le premier qui décrivit l'une de ces épidémies observée en Hollande vers 1557; puis vinrent les observateurs d'Allemagne et
surtout ceux d'Espagne, où régna la maladie avec violence durant plus d'un siècle; enfin les médecins anglais et les français (Brctonneau) laissèrent un portrait plus exact et une idée plus netle sur la nature de la maladie.
Il nous suffit, pour le moment, de savoir que les dernières grandes épidémies de diplithérie ont eu lieu dans les localités suivantes, pour l'avant-dernière décade : à Paris, en 1860; à Bordeaux, en 1861 ; aux États-Unis, en 1862; en Angleterre, en 1862; à Prague, en 1862-1865; dans l'arrondissement de Montbéliard et de Clermont,en 1864-1865; en Hollande, en 1864; à Berne, en 1868; en Hollande, en 1866; en Hanovre, en 1866; en Belgique, en 1866; en Danemark, en 1865 et en 1869; à Munich et à Bukarest, en 1868; dans le Wurtemberg, en 1868; dans la Franconie moyenne, en 1871; à Nogent-le-Roi (Haute-Marne), en 1871-1872; à Florence, de 1862 à 1872; à Agnetheln (Transylvanie), en 1875, et en Russie, en 1872-1881, etc.
D'ailleurs, l'aperçu suivant donnera une idée approximative de l'extension géographique de la diphthéiie sur le globe. L'Europe est encore le siège de prédilection des affections diphthéritiques. Le croup et les angines malignes avaient été observés en Islande, quoiqu'ils ne fussent pas mentionnés par Schleissner. Sur 60 cas il y a eu 59 morts de croup (Finsen). La diphthérie aurait fait sa première apparition à Reïkiavick en 1856 et a rayonné dans toute l'île qu'elle a visitée de 1860 à 1864. Sur 294 cas il y eut 35 morts (le 12 pour 100, Finsen). Le croup et la diphthérie sont, dit-on, inconnus aux îles Féioë (Lombard). En Norvège, la diphthérie est commune de longue date. A Christiania, les maladies diphthéritiques ont causé l'énorme mortalité de un septième du total des décès (Lombard).
En Suède, même fréquence, peut-être encore est-elle plus grande. De 1868 à 1874, en sept ans, il y a eu en moyenne par année 561 cas de croup, dont 515 morts. Il est endémique dans le royaume, surtout dans les provinces du centre. Pendant cinq ans, de 1865 à 1867, on a trouvé 14 555 cas de diplithérie dont 5550 morts, soit le quart des malades. La diphthérie est donc épidémique dans tout le royaume et principalement plus au nord que vers le centre et le raidi. C'est depuis 1846 que la diphthérie a régné épidémiquement en Danemark. En 1847, une grande épidémie ravagea tout le pays. En 1848 et en 1850 elle continua ses ravages. Le croup a sévi violemment par trois grandes irruptions en Danemark, en 1825 à Copenhague, en 1859 dans le pays de Veile, et au printemps de 1844. Pendant cinq ans, de 1865 à 1867, on a signilé 899 décès par le croup dans le royaume; de 1868 à 1872 il n'y en a eu que 264.
En Finlande, les affections diphthéritiques régnent endémiquement, surtout dans les districts bas et humides de Jacobstadt. En 1868, les statistiques fournissent une mortalité de 19,4 pour 1000 de croup et 7,2 pour 1000 d'esquinancie. En 1870-1871 on relève 24,9 cas de mort pour 1000 de croup et 11 5 d'esquinancie pour le même total de malades. A Pétersbourg, le croup et la diphthérie comptent pour les 21 millièmes et demi du total des décès. Les provinces baltiques russes (Esthonie, Livonie, Courlande, Kovno) sont fréquemment visitées par des épidémies dipbthériliques, surtout la Courlande, un peu moins la Livonie et Kovno (Lombard). Dans le reste de la Russie, le croup et la diphthérie paraissent plus communs dans les gouvernements du centre vers l'ouest que vers l'est, par exemple, dans ceux de Grodno, Kovno, Yilna et la Livonie. Dans les gouvernements de l'est il y en a peu relativement surtout à ceux des régions méridionales (Lombard). Une meurtrière épidémie de diplithérie
sévit sur les bonis du Don en '18G8 et dans les années suivantes. Une terrible explosion du même mal a débute en 1872 vers la Bessarabie et n'a pris encore pris fm. Elle s'est répandue dans les gouvernements de Kcrson, Podolie, Tauride, Kief, Poltava, Tchernigof, Caterinoslav, Koursk, Voronescb, Karcov, Tambov, Saratov et Samara. En trois gouvernements elle a tué plus de 50 à 60000 habitants. En 1879 elle a gagné le gouvernement de Stavropol, la région du Caucise et l'Arménie russe.
En Angleterre la diphthérie occupe une grande place dans la mortalité générale. En 1862 et 1864 elle en a constitué les 23 et 24 millièmes, en 1867 les 35 millièmes; dans la décade de 1861 à 1871, elle en a lourni les 8,2 millièmes. Les chiffres mortuaires ont oscillé entre 5774, 11 127 et 11 558 sur un million d'habitants. On a signalé en Angleterre la fréquence énorme de la mortalité par la scarlatine compliquée de diphlbérite secondaire et d'angine maligne [Cynanche maligna). De 1855 à 1864, dans une période de dix ans, ces deux complications ont occasionné 45 964 décès, et la diphlbérite secondaire, à elle seule, 59 981 décès (Lombaid).
En Hollande le croup et la diphthérie régnent endémiquement. De 1869 à 1871 le croup a occasionné les 15 millièmes des décès seulement. A Amsterdam il a causé, durant treize années, les 20 millièmes des décès. 11 a porté dans cette ville, comme à Vienne et à Bruxelles, principalement sur les enfants juifs, dont la mortalité a été toujours deux fois plus forte ([ue chez les autres enfants (Stokvis). Sans pailer des épidémies du seizième et dix-huitième siècles, la Hollande a été visitée par des épidémies de diphthérie en 1854, 1857, 1859, 1860, 1867 et 1869, et elle n'a pas trop souffert de ces irruptions fréquentes. En Belgique, la réunion des manifestations du croup, de l'angine couenneuse et de la diphthérie sous un même chef, dans les registres mortuaires, a donné les 28 millièmes des décès, proportion très-élevée. Le danger de mort par le croup, dans ce pays, atteint la proportion considérable de 12 sur 10000 habitants, soit 1,2 sur 1000, tandis qu'en Angleterre les mêmes chances par le ci'oup et la diphthérie réunis ne donnent que 5,25 décès sur 10,000 habitants. Parmi les provinces le Hainaut est celle oii s'élève au maximum le chiffre de ces décès, et le Limbourg, celle où ils sont les plus rares. La période décennale de 1851 à 1860 a fourni 24 142 décès par suite du croup.
D'après les tables d'A. Hirsch, le croup a été excessivement fréquent en Allemagne avec la diphthérie épidémique. Sur 33 épidémies de croup plus ou moins largement répandues, 20 se sont développées en Allemagne. Le contraire aurait eu lieu pour la diphthérie que Hirsch envisage à part du croup, puisque, sur 139 épidémies de son tableau, 11 seulement concernent l'Allemagne. A Hambourg les décès par la diphthérie (croup et diphthérie) ont constitué pour 1873 les 32 miUièmes des décès. A Berlin, les chiffres mortuaires se sont élevés, en 1868 et 1869, à près de 55 miUièmes du total des décès. En 1872 et 1873 ils sont tombés aux 31 et 32 millièmes. A Francfort, de 1866 à 1873, les maladies diphthéritiques ont donné les 13 millièmes des décès; à Munich, les 11 millièmes avant 1863 et les 24 millièmes en 1872 et 1873; dans la Haute-Bavière, les 41 millièmes; à Dresde, dans la décade de 1859 à 1868, les 13 millièmes des décès; à Breslau la mortalité des deux maladies a atteint i4 miUièmes, etc.
Lombard donne quelques chiffres comparatifs pour les autres villes du nord de l'Europe. Christiania fournit les 44 millièmes des décès parla diphthérie;
Copenhague, les 16 millièmes; les autres villes danoises, les 51 millièmes; Amsterdam, les 20 millièmes; Bruxelles, les 44 millièmes; Londres, les 1« millièmes; Glasgow, les 22 millièmes; Edimbourg, les 25 millièmes. ^
En France, pendant les années 1855, 1856 et 1857, le croup seul a amené 8545 cas de mort, soit environ les 20 millièmes de la mortalité générale. Les angines ont donné les 16 millièmes, total 36 millièmes. Mais, peut-être, ce dernier chiffre est-il un peu trop élevé à cause de la réunion des décès par les angines. Il ne semble pas qu'il y ait de différence réelle enti-e les contrées du nord e celles du midi de la France relativement à la mortalité par la diphthérie. En Suisse, le croup a été surtout prédominant à Genève, où il a été si bien étudié par Vieusseux et Jurine. Baup y a observé une épidémie de diphthérie en 1826; en général la diphthérie simple est rare à Genève (Statistiques de Marc d'Espine de 1858 à 1855). Mais depuis quelques années l'angine diphthéritique deviendrait plus commune dans cette ville.
Nous avons vu la fréquence inouïe des épidémies meurtrières de diphthérie en Espagne pendant les sixième et dix-septième siècles. Aujourd'hui on ne possède presque aucun renseignement sur la fréquence de celle aiïeclion dans la péninsule Ibérique, sauf les écrits de Burbosa {Estudios sobre o garolUho o crup, Lisboa, 1861; Mémoire sur la trachéotomie dans le croup, 1805; 0 tratamento de angina diphtherica pslas flores de enxofre, Lisbon, 1868). Sans doute le croup et la diphlhérie régnent en Espagne et en Portugal, mais nous ne savons pas dans quelle proportion. Cependant la statistique; de l'Espagne pour 1880 porte la morlalité par la diplitliérie à (1,51 par mille habitants.
En Italie, la diplitliérie paraît avoir diminué de fréquence pendant la première moilié du siècle présent, d'après Frank, Boffano, Palloni, Bérard, à Rome (1847). Elle serait encore fréquente dans quelques vallées du Piémont, à Civila-Yeccbia, dans le Milanais, mais elle y serait assez bénigne. On observe assez souvent la maladie en Sardaigne (A. Ilirsch). Un relevé décennal de dixneuf villes italiennes attribue au croup et à la diphthéiie les 56 millièmes des décès (Sermani). 11 en serait de même dans les provinces danubiennes (Barasch, in Wien. med. Woch., 1854). Le croup a été observé sur les enfants dès 1848 par Bigler à Constantinople, où la diphthérie dans ses diverses manifestations est actuellement endémo-épidémique. D'ailleurs, nous manquons pi'es(|uc absolument de renseignements sur la diphthérie dans l'immense presqu'île des Balkans.
ABukarest, une grosse épidémie de diphthérie a régné en 1869-1870; sur 415 personnes atteintes il y eut 200 morts. Ici la population juive, qui est nombreuse, fut à peu près complètement indemne, contrairement à ce qui se présente habituellement dans les villes du nord de l'Europe (Félix, Beitràge zur Kenntn. der Dipht., in Wien. medic. Wochen., 1870). La diphthérie est devenue endémique en lioumanie.
L'opinion générale des médecins sur la rareté relative de la diphthérie dans les contrées qui forment le littoral du bassin méditerranéen est probablement vraie, bien qu'il soit impossible de la contrôler aujourd'hui, ni de l'étayer sur des preuves tirées de la statistique ou même d'une quantité quelconque de relations médicales sur ce sujet. On sait qu'à Athènes en 1877 le crou() et la diphthérie ont causé les 36 millièmes des décès (Dinnis), comme en Italie.
Les documents sur la diphthérie en Asie se réduisent à quelques données for* insuffisantes. Tobler rapporte que le croup est fréquent à Jérusalem. Li
diplithérie existe en Syrie, en Asie Mineure et dans la majeure partie de l'Asie Ante'rieure. En Perse, le croup règne aussi fréquerameat, du moins à Téhéran, qu'en Europe (Tholozan). Assez rare, paraît-il, avant 1869, la diphtliérie a ravagé la Perse dans les dix dernières années, notamment Téhéran, où elle existait encore en 1880. En Sibérie, le croup n'est jamais aussi fréquent qu'en Europe; en quatre ans, de 1856 à 1859, on n'en a noté qu'une petite épidémie à Tobolsk et quelques cas à Irkoutsk (Lombard).
Pour ITnde les renseignements sont rares ; cependant nous apprenons [Gordon, in M edic. Tim. and Gaz., 18;i6) que la diphtliérie règne de préférence dans les pays montagneux et élevés de la contrée : ainsi, par exemple, sur les enfants des natifs à Secunderabad (Shanks). Elle serait plus rare dans les vastes plaines de l'Hindoustan. Suivant Huillet, la diphthérie n'existe pas à Pondichéry. En somme, la maladie piuaU fort rare dans l'ensemble de l'Inde.
Suivant A. Hirsch, la diphthérie serait à peine connue sur les côtes de la Chine. On sait aujourd'hui qu'elle sévit dans ce vaste empire rarement en été, mais non rarement eu hiver, saison pendant laquelle elle fait d'atfreux ravages sur la population pauvre du pays. L'épidémie de 1865-1866 n'enleva pas moins de 25 000 victimes. La diphthérie et le croup sont excessivement répandus au Japon. Nous ne possédons aucun renseignement sur la Malaisie. On observe le croup en Australie et dans la Nouvelle-Zélande dans les mêmes conditions que sur une latitude serablible de l'hémisphère nord (A. Hirsch). La maladie existerait aussi aux îles Sandwich et en Nouvelle-Calédonie.
La diphthérie et le croup semblent inconnus dans l'Afrique tropicale, d'après le silence des médecins sur ce sujet. Cepend;int Livingstone déclare que la maladie est fréquente dans le sud de l'Afrique centrale. Elle aurait été importée une première fois en 1827 sur le Zambèze, oîi elle a depuis sévi bien souvent. La diphthérite existe au Cap, parfois grave. En Egypte, Pniner ne l'a observée que sur les enfants d'origine laucasique. En Algérie elle paraît assez fréquente; on a pu observer, pendant le premier semestre de 1859, dix cas de croup à Alger seulement (Guyon, Gaz. méd. de Paris, 1859). Au contraire le croup serait très-rare à Madère. A Maurice, la diphthérite est endémique et fait beaucoup de victimes. A la Réunion il y a aussi de la diphthérie et du croup, qui s'y montrent parfois avec une grand gravité.
La diphthérie a pris une extension et une intensité remarquables sur les cotes orientales des latitudes moyennes de l'Amérique du Nord. C'est ce qu'accusent hautement les rapports médicaux provenant, des États voisins de l'Atlantique, de New-Hampshire, Massachusetts, New-York, Philadelphie, MaiTland, Caroline du Sud. Il en est de même des contrées de l'intérieur et de l'ouest de l'Union; de même aussi dans les districts de la vallée du Mississipi. La mortalité par le croup, dans les Massachusetts, de 1844 à 1848, fut de 9,4 pour 100, et à Boston même de 10 pour 100 de la mortalité totale des maladies zvmotiques. A Philadelphie, pendant trente-quatre ans (1807 à 1840), c'était le 5,7 pour 100; à New-York, de 1805 à 1856 (trente-deux ans), c'était le 5 pour 100. etc. Bref, la statistique récente accorde à la diphthérie une proportion de 50 millièmes sur la totalité des décès pour le Canada ; dans l'ensemble de l'Union elle ne serait pas moindre et même atteindrait les 54 millièmes (Lombard). Sur la côte ouest du Nord-Amérique on a signalé le croup comme prédominant à Sitka, à la Nouvelle Arkhangel, où l'épidémie de 1841 fit de grands ravages. 11 serait également fréquent en Californie, d'après la déclaration de Gibbons (1857). En
tout cas, la diphthérie paraît non rare en Californie. A Terre-Neuyo, les îles françaises de Saint-Pierre et Miquelin ont la diphthérie à l'état endémique; le croup a sévi violemment en 1860 sur l'île seule de Saint-Pierre.
Au Mexique, la diphthérie est rare, quoiqu'on l'observe quelquefois (P.ey). On manque de renseignements sur le Centre-Amérique. Aux Antilles la diphthérie passait pour rare, mais elle y a pris depuis une quinzaine d'années et plus une assez grande fréquence et beaucoup d'extension. Rufz l'a rencontrée et signalée à la Martinique (Gaz. méd. de Paris, 1845). Au Brésil on manquait de renseignements absolument quand Bourel-Roncière a pu s'en procurer quelques-uns concernant la ville de Rio-de-Janeiro. Une statistique, défectueuse et incomplète d'ailleurs, estime pour cette seule ville une mortalité par le croup et les angines (sur les enfants de un à sept ans), qui altei,:;nit 86 décès en 1860, 17 en 1868 et 10 en 1869. A Rio, depuis l'épidémie, qui sévit violemment en 1860, époque avant laquelle, dit-on, la maladie avait été inconnue dans la ville, le croup et la diplithérie ont pris droit de cité ; et cette ville tous les ans maintenant paye un tribut plus ou moins lourd à la mortalité par ces affections (Bourel-Roncière).
D'après Tschudi, la diphthérie serait plus commune sur les hauteurs du Pérou que sur la côte; aujourd'hui les angines graves sont fréquentes au Pérou, et le croup y sévit avec sévérité sur les enfants (Rey). Importée, dit-on, en 1816 pour la première fois au Chili, la diphthérie y a sévi depuis, ainsi qu'au Pérou. Sur les bords du Rio de la Plata on rencontre fréquemment le croup et la diphthérie, à peu près aussi communément que par les mômes latitudes septentrionales (A. Ilirsch).
Les conditions de géographie médicale n'agissent pas sensiblement sur la genèse et l'extension de la diphthérie. Cependant il y a longtemps que l'on a remarqué la plus grande fréquence de cette affection dans les latitudes élevées et surtout dans les latitudes moyennes et tempérées de l'Europe et de l'Amérique. Par contre, les régions subtropicales et intertropicales paraissent beau- <;oup plus indemnes de la diphthérie, quoique sous le rapport des renseignements fournis par les médecins de ces régions nous soyons dans un état de pénurie vraiment tel qu'il nous est impossible de nous prononcer en connaissance de cause sur cette question.
La question de races et de nationalités appliquée à la diphthérie n'est pas actuellement susceptible d'une complète solution. Que cette affection soit le triste partage des races blanches, qu'elle moissonne la précieuse fleur naissante de la jeunesse et de l'enfance sur le sol d'Europe et d'Amérique, principalement dans les grandes cités et dans les principaux foyers de civilisation, cela n'est que cruellement exact. Mais nous manquons véritablement trop entièrement de détails sur la prédominance de la diphthérie en Afrique, en Asie, en Australie et ailleurs, pour pouvoir affirmer qu'elle ne sévit pas, quoique plus rarement peut-être, sur toutes les races si nombreuses qui habitent ces pays.
En tout cas, nous ne croyons pas que l'on ait cité jusqu'ici aucune race humaine dont les enfants soient réfractaires à la terrible maladie. Pruner, il est vrai, a dit, en parlant de l'Egypte : a Les hommes de couleur n'ont aucune tendance à les contracter (les affections voisines de l'angine diphlhéritique), à ce que nous savons du moins ». Mais, au contraire. Petit assure que la diphthérie est commune en Abyssinie; on a indiqué aussi sa prédominance dans le Darfour. Elle aurait même sévi avec malignité sur les naturels de l'île de Van-Diemen. Contre les affirmations d'Oriozola déclarant que les nègres du Pérou sont protégés
contre la diphthérie aussi bien que contre la fièvre jaune nous trouvons celle de Tschudi qui fait ressortir que ce sont justement les jeunes nègres que frappait spécialement l'angine diphthéritique. Enfin Goldsmith a formellement déclaré qu'à Oakland (Mississipi) la diphthérie frappait précisément de prétérence sur les nègres adultes et enfants, et qu'elle avait pris sur eux une grande extension. Nous ne pouvons admettre, et aujourd'hui il y a presque unanimité des médecins sur ce sujet, que la diphthérie et le croup soient deux procès morbides différents, comme l'a prétendu A. Hirsch.
Stomatites spécifiques. i° Stomatite ulcéreuse, Stomacase, Aphthes malins, Fégarite, Stomatite ulcéro-membraneuse, etc.). Cette maladie, dont on retrouve la description dans Hippocrate et Celse, etc., sévit surtout épidémiquement sur les militaires et sur les enfants, parfois aussi sur la population adulte civile. C'est surtout en Allemagne qu'elle a nombre de fois atteint cette dernière catégorie (Hirsch). Les orphelinats, les ouvriers, les hôpitaux, les institutions destinées à recueillir la jeunesse misérable des grandes cités, les casernes, les camps, les navires, voilà le théâtre habituel de la stomatite épidémique depuis une trentaine d'années.
Van Swieten, l'un des premiers, puis les médecins militaires français, la décrivirent sur les soldats. Bergeron (1859. De la stomatite ulcéreuse des soldats) . en donna la description en France. Contrairement à l'ojtinion de cet observateur, elle n'est pas rare parmi les marins (Martin Dupont, De la gingivite ulcéreuse des viatelots. Paris, 1872. — Catelan, De la stomatite ulcéreuse épidémique, Archiv. de méd. nav., 1877) ; elle est fréquente en Portugal, en Belgique, en Turquie (Mûhlig), en Egypte (Pruner) et sur les enfants à Gonstantinople (Bigler). 11 est probable qu'elle est presque ubiquitaire. On ne sait rien, à ce sujet, des races ni des climats.
2° ISoma gangrœnosa. Stomatite gangreneuse. A. Hirsch déclare que, d'après les documents qu'il possède, aucune partie de la terre ne peut être dite absolument exempte de la stomatite gangreneuse. L'opinion que les pays chauds en seraient indemnes est sans fondement. On l'a signalée en Grèce, en Corse, en Perse à Téhéran (Polack, 1855 à 1854), à l'état épidémique; dans l'Inde (Twining, Webb, Hinder, etc.), où elle est très-fréquenle ; en Algérie (Bertherand) dans les régions subtropicales; à Augusta {Dugas 1850) ; dans la Géorgie, aux États-Unis.
La genèse de la maladie dépend peu des conditions du sol et du climat, si ce n'est de cette condition spéciale qui amène la malaria. Ce fait a été signalé un nombre incomptable de fois. C'est ce qu'ont indiqué Gendrin, Tourdes, Jackson, en Pennsylvanie, Baron à Paris, Pauli à Landau, Elliotson à Londres, Courbon Pérusel à Garhaix (Finislère) en 1821. Dans les régions paludéennes où l'humidité du sol et de l'air ajoute encore à l'insalubrité paludique, le noma devient une véritable endémie, un succédané en quelque sorte de la malaria, à tel point que dire paludisme, c'est presque dire noma (A. Hirsch).
C'est ainsi que nous rencontrons le noma dans les contrées marécageuses des Pays-Bas, dès le dix-septième siècle, en Suède, à Stockholm et à Schonen, pays à fièvres paludéennes de longue durée (Lund), à Copenhague et dans d'autres îles marécageuses du Danemark, également à la suite des accidents chroniques de la malaria (Staal). Mêmes faits dans les basses plaines d'Allemagne, à Breslau, où Benedict a signalé la fréquence du noma et du paludisme, ainsi que pour l'Allemagne centrale, où Deutschbein [Die noma infantium, 1840) a signalé la
coexistence des deux affections à Halle, à Marbourg. etc. Semblables conditions ont amené des résultats semblables à Mulhouse, on Corse, en Algérie, dans la Géorgie américaine, dans l'Inde, au rapport de Twining, Webb, Yoigt, Raleigh, qui déclarent unanimement avoir observé souvent le noma cbez les mdividus atteints d'hypertrophie de la rate, par suite de malaria, même chez les adultes, et cela sans qu'ils eussent pris du mercure (calomelas). De même en 18o-, d'après Hinder, éclata dans le Punjab, à Umritsir, une épidémie de noma à la suite d'une première épidémie de malaria qui avait sévi sur les enfants et qui avait produit chez eux une splénomégalie très-prononcée, ainsi qu'une cachexie
palustre profonde.
La conclusion naturelle de tous ces faits est la corrélation d'effet à cause du noma à la malaria, conséquence très-importante dont il faut tenir le plus grand compte dans les contrées paludéennes. Ajoutons toutefois que la cachexie palustre n'est qu'une des causes du noma : A. Hirsch a exagéré la dépendance du paludisme, et beaucoup de pays infectés de malaria sont exempts de noma {voy. ce mot). Il nous manque des enseignements sur la fréquence du noma visà-vis des races et des nationalités. On a parfois constaté des irruptions de noma vulvce chez les jeunes filles ou chez les femmes à la suite des couches. Morell (1840) a aussi décrit un noma ou gangrène de l'anus.
E. Érysipèle, pyohémies et septicémies, pourriture d'hôpital, pyohémie et
FIÈVRE puerpérales.
Érysipèle. Admis aujourd'hui comme maladie d'origine infectieuse au moins pour la plupart des cas, l'érysipèle trouve sa place dans le groupe des proces^s ubiquitaires et transmissibles. A. Ilirsch a établi plusieurs distinctions suivant les causes spéciales ou selon les formes de l'érysipèle. Verysipelas simplex et l'erysipelas nosocomiale du même auteur ne sont à vrai dire que la même es pèce. Nous consacrerons quelques lignes aux erysipelas neonatorum et typhoïdes en terminant.
a. Érysipèle simple, isolé ou nosocomial. II est essentiellement ubiquitaire, mais il paraît plus ou moins fréquent suivant les diverses contrées. Voici une esquisse de sa distribution géographique.
Il est mentionné dans les régions boréales, aux îles Aléoutiennes, à la baie d'Hudson, et notamment au Labrador, où il s'est montré sévère. On manque de renseignements pour la Sibérie. Très-rare en Islande et à l'archipel des Féroë, il est très-commun en Norvège, beaucoup plus au Sud qu'au Nord; il y a constitué les 27 millièmes de la mortalité totale. Il existe en Suède ; en Danemark il a donné les 7 millièmes de la mortalité à Copenhague et les 4 à 5 millièmes dans les autres villes. Fréquent à Pétersbourg et dans les provinces baltiques, on n'en connaît pas la proportion pour la Russie entière. Suivant la statistique l'érysipèle serait une maladie des plus fréquentes et des plus meurtrières en Angleterre ; en Irlande il serait de moitié moins fréquent qu'en Ecosse et en Angleterre; il ne donnerait qu'un demi au lieu de un cas de mortalité sur 10000 habitants (Lombard).
En Belgique la proportion mortuaire par l'érysipèle est des 4 millièmes : en France elle atteint aussi les 4,8 dans les villes ayant plus de 10000 habitants, et même les 7 millièmes à Paris. En Allemagne la proportion varie assez grandement suivant les villes, mais elle se rapproche des 5 millièmes aux 4 millièmes. En Suisse la fréquence de l'érysipèle est la même qu'ailleurs. Nous manquons
presque absolument de renseignements sur la fréquence de la maladie en Espagne, oii l'on croit qu'elle est plus rare que dans le nord et le centre de 1 Europe. Cependant la statistique partielle d'Italie donne la mortalité par l'érysipèle comme plus élevée que dans l'Europe moyenne : soit des 5 millièmes (Sormani). En Austro-Hongrie, en Roumanie, dans les provinces danubiennes, dans la Turquie d'Europe et en Grèce, l'érvsipèle ne serait ni très-l'réquent ni trèsgrave Lombard).
L'énsipèle n'est pas rare en Asie Mineure, en Syrie, en Palestine, où il a donné les 14 millièmes des malades dans un hôpital de Jérusalem. On ignore ce qui concerne cette maladie en Arabie ; en Perse on l'observe assez souvent au printemps et à l'automne. Aux Indes anglaises, l'érysipèle simple serait plutôt rare que fréquent : mais le nosocomial y serait fort répandu, surtout dans les régions marécageuses et humides, où il se termine fréquemment par la gangrène. En Birmanie il se serait montré commun et sévère sur les garnisons anglaises.
Si l'on consulte les statistiques d'outre-Manche, voici les résultats tirés de la fréquence de l'érysipèle sur l'effectif des troupes stationnées dans les divers points les plus opposés du globe, pour une période quinquennale : 1° le Canada donne les 4 millièmes; 2" le Cap et Sainte-Hélène, les 2,5; 5° le Royaume- Uni, les 2,5; 4" les Indes Orientales, le 1,7; o" Gibraltar, 1,5; 6° Malte, 1,4; 7° les Antilles : a. Troupes européennes, 1 millième; b. troupes nègres, 0,1; 8° Ceylan : a. Troupes européennes, 1 millième; b. tioupes asiatiques, 0.8. Mais il ne faut peut-être pas trop se hâter de tirer des conclusions prématurées de nombres insuffisants quant à la durée et à la masse des observations.
On ne possède que peu ou pas de documents sur l'existence et la fréquence de l'érysipèle dans l'Indo-Chine, la Chine et le Japon. Il est donné comme fréquent dans l'archipel Indo-Malais, surtout à Batavia; dans la Polynésie, en Australie et en Nouvelle-Zélande, il apparaît aussi communément qu'en Europe.
L'érysipèle est fréquent en Egypte, mais assez bénin, tandis qu'il serait plus grave en Nubie et au Soudan. Le Caire et Alexandrie ont presque à perpétuité l'érysipèle nosocomial. H en a été de même pour nos hôpitaux d'Algérie au début de la conquête ; mais aujourd'hui la maladie y est plus rare qu'en Fraiice. On ne sait que peu de choses sur la fréquence de l'érysipèle à la côte occidentale d'Afrique; au Cap, à part quelques graves épidémies (1825, 1S67 et 1869), il paraît plutôt rare que fréquent. On l'a signalé parfois à Madagascar, à la Réunion, à Maurice, où il a été souvent confondu avec la lymphangite de l'élépbautiasis arabum. Nous ne savons rien au sujet de l'érysipèle en ce qui concerne l'Afnque centrale et orientale.
En Amérique l'érysipèle est très-répandu surtout vers le Nord. Nous en savons la fréquence vers le pays d'Hudson et au Canada. Aux États-Unis il a formé les 6 millièmes et les 7 millièmes de la mortalité totale; il est plus répandu dans les Etats du Nord que dans ceux du Midi. Au Mexique l'éiysipèle est moins commun que dans les Etats de l'Union : à Mexico il n'a donné que les 2 millièmes de la mortalité. Aux Antilles il est plutôt rare et il frappe, paraît-il, de préférence sur les nègres. Au Brésil il est endémique partout, mais plus fréquent à Rio qu'à Bahia et à Fernambouc. L'érysipèle rouge de ce pays est une Ivmphangite éléphantiasique. Les provinces platéennes sont éprouvées par l'érvsipèle, qui a donné les 5,3 des décès dans la ville de Montevideo. Les côtes occidentales du Sud-Amérique en sont aussi visitées; il est spécialement fréquent dans les régions montueuses du Chili, du Pérou et de l'Equateur.
Venjsipelas simplex est remarquablement rare sous les tropiques : plus rare aussi y est le nosocomial que dans les pays froids et surtout tempérés. Les conditions de géologie, de géographie, de races, de nationalités, ne paraissent pas beaucoup influencer la fréquence ou la rareté delà maladie. Peut-être pourtant les races colorées y sont-elles moins sujettes, mais peut-être aussi plutôt en raison du climat que de I;i race. La variété nosocomiale dépend principalement des conditions particulières d'insalubrité que semblent favoriser les pays du Nord.
b. Erysipelas neonatorum {érysipèle des nouveau-nés). Cette forme offre avec la précédente une analogie intime qui lésulte de son mode primitif de production, à l'occasion de la section ou du traumatisme du cordon ombilical. Ainsi que le premier d'ailleurs il règne sur toutes les latitudes et dans tous les climats : en Europe, en Turquie, dans l'Amérique du Nord, aux Antilles, à Santiago du Chili, etc. Mais il se localise principalement dans les crèches, les hôpitaux d'enfants et les orphelinats. Les accoucheurs et les médecins des maternités ont fait observer la fréquence de relation qui existe entre les fièvres puerpérales et les érysipèles neonatorum (Pihun-Dufeillay, Union médic, 1861; Hervieux, Gaz. méd. de Paris, 1865). Au dehors et dans les familles cet érysipèle est rare et il a été souvent accusé là où il n'y avait qu'un simple érythème.
c. Erysipelas typhoïdes [Erys. malignum gangrenosum).
On ne cite d'ailleurs que peu d'épidémies de cette espèce dans l'hémisphère oriental du globe : celle de Caillan en 1730 (Darluc, Journal de médecine), celle de Naples en 1700 (Tozzi), de 1786 à Padoue, de 1822 à Montrose (Gibson), celle de Dublin en 1835-1834 (Mac-Dowel), celle de Londres en 1847 (Gall). Plus près de nous on a cité aussi quelques rares épidémies comme celle de l'hôpital Beaujon en i^Qi [Épid. d'érysipèle à forme typhoïde à Beaiijon. Fenestre, Thèse de Paris, \%Qi).
Il n'en est pas de même dans l'hémisphère occidental, en Amérique, où l'érysipèle gangreneux a acquis une grande extension. Il est signalé pour la première fois en 1726 à l'état épidémique à Kingston [Jamaica] ; en 1822 une épidémie surgit à la Nouvelle- Ecosse (Bayard), puis au Nouveau-Brunswick ; puis vinrent les grandes épidémies des États de New-York, de l'Ohio, en 1847. Plus récemment il est devenu en Amérique un peu plus sporadique.
Dans cette grande épidémie nord-américaine les plus petites plaies étaient souvent des causes suffisantes d'appel. On rapporte que dans l'année 1851, à Boston, tous les vaccinés furent frappés de cette affection qui y régnait alors à l'état épidémique et qui fut très-meurtrière dans cette circonstance (Morland). En 1854 les mêmes accidents se présentèrent dans les pays voisins de Montgomery (Conneclicut et Pennsylvanie), où l'érysipèle gangreneux survenait à l'occasion des plus minimes plaies. Les premières traces de cette maladie sur le sol des États de l'Union remontent à l'année 1841, oii elle existait au Canada et d'où elle rayonna vers les États-Unis, principalement dans la direction du sud-ouest. Dans un tableau dressé par A. Hirsch, on ne compte pas moins de 55 épidémies ayant régné dans cette partie de l'Amérique de 1841 à 1854.
L'érysipèle typhoïde échappe aux circonstances climatologiques comme aux conditions géologiques et géographiques des localités; il sévit au Groenland, aux bords du Mississipi, sur le sol volcanique des Antilles, comme dan&les prairies de l'illinois, et sur les côtes de l'Atlantique comme sur celles du Pacifique. Il est donc futile de vouloir en localiser l'ori^ne aux marais de la Gai-oline du Sud et
de la Virginie (Nathusius). Quant aux races, elles paraissent offrir à la maladie une réceptivité décroissante dans l'ordre suivant : race blanche, mulâtres, nègres, à peu près dans la relation chiffrée de 20 : 15 : 10 : mais on l'a vue sévir avec fréquence et intensité sur les nèyres (Farrar). Un trait distinctif de cette forme, c'est qu'elle a régné plus souvent sur les campagnes que sur les villes peuplées et fermées; elle ne s'est montrée qu'à l'état isolé dans les villes de Québec, Montréal, Buffalo, Pittsbourg, Cincinnati, Nouvelle-Orléans, Cleveland, Louisville, dans lesquelles elle n'est apparue que dans les hôpitaux. C'est là une particularité curieuse dont la cause reste à élucider.
PvoHÉMiE. Fièvre pueupérale. Pourriture d'hôpital. 1° Sous les expressions classiques de septicémie et de pyohémie l'on désigne aujourd'hui un empoisonnement du sang que les chirurgiens considèrent comme d'origine extérieure, c'est-à-dire provenant de la pénétration dans l'organisme de principes septiques oupyogènes. C'est une sorte d'auto-infeclion. A proprement parler, elle n'a pas de patrie particulière. Cependant on a remarqué qu'elle est surtout le fléau des grands centres civilisés de l'Europe et de l'Amérique du Nord; qu'elle est rare dans l'extrême Orient et dans une grande partie de l'Asie, de l'Afrique et de l'Océanie. Rarement aussi les blessés de race colorée, jaune ou noire, succombent à l'infection purulente. D'où il ressort que la dissémination des blessés, la race, les conditions sociales, etc., ont une influence marquée sur la production et l'extension de la pyohémie. Suivant Sormani la dinie mortuaire de la pyohémie, pour neuf villes d'Italie, serait des 5 millièmes des décès.
2° La pourriture d'hôpital {gangrœna nosoconûalis, Hospitalbrand, ulcère gangreneux, typhus des plaies, etc.), connue à l'état sporadique dans l'antiquité et pendant le moyen âge, n'a clé décrite à l'état épidémique que par A. Paré, au siège de Rouen, où elle régna sur les plaies d'armes à feu, puis par de la Motte à r Hôtel-Dieu de Paris et par Pouteau à l'Hôtel-Dieu de Lyon. Enfin parut la monographie de Dussaussoy (Genève, 1786j. Vers la fin du dix-huitième siècle la pourriture d'hôpital fut observée et décrite par les médecins de la marine anglaise (Gillespie, Trotter, etc.), tant sur les navires de guerre en station ou en croisière sous les tropiques que sur les escadres de la Méditerranée, vers le commencement du présent siècle. Elle fut observée à la même époque et plus lard dans la péninsule Ibérique (Gerson), dans les Pays-Bas (Brugmans), en France (Delpech) ; plus récemment elle a été observée en Allemagne, en Belgique, en Angleterre, en Italie, en France, en Hongrie, eu Turquie, en Crimée et à Conslantinople pendant la guerre de 1854-1856, en Egypte, à Alger (Baudens), dans l'Amérique du Nord (Vright, 1851), aux Indes Orientales, en Chine (Friedel, 1863) et en Cochinchine (J. Malié).
On a en vain voulu faire dépendre la pourriture d'hôpital des conditions de climatologie des pays méridionaux (Faure) et des basses latitudes : elle a sévi à peu près partout, dans toutes les saisons, sur tous les terrains. Elle est donc indépendante des circonstances cosmiques ordinaires. La question des races et des nationalités ne peut être tranchée actuellement. Nous savons qu'elle est commune en Cochinchine sur les Annamites comme sur les Européens, où elle complique et parfois constitue à elle seule les ulcères dits phagédéniques de ce pays et des pays chauds.
5° Fièvre puerpérale. État puerpéral. Empoisonnement piierpéral. Infection purulente puerpérale. Ces dénominations diverses expliquent suffisamment l'opinion que les observateurs se sont faite de la maladie qui va nous occuper.
Elle peut être considérée, en effet, comme l'un des types exacts de la pyohémie, car c'est la pyohémie par suite d'accidents dus au trauni;itisme puerpéral.
D'un tableau chronologique dressé soigneusement par A. Ilirsch il résulte cpie la fièvre puerpérale sévissait à Paris, à l'établissement des femmes en conclies, en 1664 (Peu), que durant le dix-huitième siècle elle régna à plusieurs reprises à Paris, à Lyon, à Londres, à Aberdeen, à Copenhague, en Normandie, à Dublin, à Vienne, à Edimbourg, à Berlin, à Cassel, à Arzago (Lombardie), àGladeiibach (Giessen), à Poitiers, à Amsterdam, à Rouen, à Créteil (Seine), à Grenoble; dans le dix-neuvième siècle, à Roslock, dans le Yorkshire, à Milan, dans le Landsberg (Saxe), à Heidelberg, à Durham, dans le Norlluimberland, à Abingdon, à Prague, à Philadelphie (1816, dans l'hôpital de Pennsylvanie), à Wurtzbourg, à Glasgow, à Stockholm, àKiel, à Dresde, dans plusieurs villes de la Bavière, dans plusieurs villes d'Ecosse, à Marbourg, à Munich (1824), en Hanovre, à Birmingham, à Amsterdam, à Toulouse, à Giessen, à Manchester, à Aylesbury, à Plymouth, à Bonn, à Gratz, à Bamberg, à Groifswald, à Wangen, à Dùlmcn, à HalJe, à Doncaster, à Millersbourg (Ohio), à Peitz, à Rennes (Hôtel-Dieu, 1845), àDorpat, à Aalborg, à Groningue, à Stuttgard, dans plusieurs villes de l'Ohio, à Pctersbourg, àBornliolm, à Tubingue, et à New- York en 1850.
Depuis cette époque on a signalé des épidémies de fièvre puerpérale dans les villes suivantes : en 1851 à Stockholm, Christiania, Bordeaux, en Pennsylvanie et à Brakel; en 1852 à Pétersbourg; en 1853 à Pétersbourg et à Groningue; en 1854-55 à Dûukirchenelà Dubhu; en 1855 à Pétersbourg; en 1851 àMiddelbourg et à Munich; en 1857 à Strasbourg, à Prague, à Berlin et à New- York; en 1858 à Prague, à Helsingfors, à Trient et à Berne; en 1859 à Pétersbour>, à Wurtzbourg et à Pétersbourg derechef; en 1860 à Prague, Berlin, à Stockholm, à Giessen, à Wurtzbourg et à Munich de nouveau.
Parmi les 217 épidémies signalées par A. Hirsch, on remarque que ce sont les villes possédant les plus grandes maternités qui ont été les plus maltraitées, comme Paris (22 épidémies), Dublin (19), Londres (15), Copenhague (12), Prague (M), Berlin (8), Wurtzbourg (7), etc. Il ressort des documents récents que la fièvre puerpérale est sept à huit fois plus fréquente dans les maternités que chez les personnes disséminées dans les villes.
Voici d'ailleurs un aperçu sommaire de la répartition de la maladie en Europe et sur quelques points de la terre. En Islande, en dix ans, elle aurait donné les 7 millièmes des décès (Lombard); elle existe au Groenland. A Pétersbourcr les fièvres puerpérales ont formé les 50 millièmes du total des décès, pendan^t une période de trente-deux ans. On ignore leur proportionnalité en Scandinavie : il n'est fait mention que d'une épidémie en Suède et de cinq pour Stockholm (A. Hirsch), d'une seule à Christiania. En Danemark elles sont fréquentes ; elles ont donné les 16 millièmes de mortalité à Copenhague et les 9 à 10 millièmes dans les autres villes danoises, dans la décade de 1862-1872.
Elles sont plus rares en Hollande, où la statistique ne fournit que la proportion mortuaire des 5 millièmes pour la totalité du pavs et les 5,3 pour Amsterdam. A Bruxelles l'ensemble des décès post partum donne les 21 millièmes" Aucun des trois royaumes de la Grande-Bretagne n'est épargné par la fièvre puerpérale, qui parait avoir son maximum à Dublin et à Londres. Dans les villes de France, sur une période de cinq ans, elle a fourni les 5 millièmes des décès ou encore les 10 millièmes, si l'on comprend l'ensemble des morts post puer' pérales. C'est Pans et Lyon qui semblent les plus maltraitées. La maladie est
assez répandue en Suisse : elle a fourni les 9 millièmes à Bâle, les 8 millièmes à Berne; à Genève, les différences varient entre 15 millièmes et 6 millièmes; eu 1876 on a compté les 7,7 pour l'ensemble de la Suisse (Lombard).
Nous avons vu que la statistique de A. Hirsch fait ressortir la iréquence delà fièvre puerpérale en Allemagne, surtout dans l.s grandes villes, au premier rang desquelles se trouvent Prague, Berlin, Wurtzbourg, Vienne, Dresde et Munich. En Austro-Hongrie elle a occasionné les 4 millièmes des décès. Dans les t.ibleaux de A. Hirsch, comme dans la statistique moderne, on ne voit figurer que |jeu ou pas, pour la fréquence de la fièvre puerpéiale, les Etats du sud de l'Europe, l'Espagne et le Portugal, l'Italie, la Grèce et la Turquie l'Europe : il est probable que c'est par suite de manque de documents bien plutôt que grâce à l'absence de la maladie dans ces contrées. Cependant Bigler dit que, plus rare à Constantinople que dans les autres grandes villes de l'Europe, à cause de la non-existence des maternités, elle y est rencontrée pourtant de temps en temps. En 1877, à Athènes, les maladies puerpérales ont donné les 11 millièmes de la mortalité. On ne possède que peu de documents sur l'existence épidémique de la fièvre puerpérale en Asie. On l'a signalée en Syrie, en Palestine, en Asie Mineure. En Perse elle est, dit-on, rarement mortelle, ce qui veut dire sans doute qu'elle est vraiment rare.Webb et Tvvining affirment que, dans l'Inde, les femmes des natifs en sont souvent atteintes. On manque de renseignements sur l'Indo-Chine : cependant la fièvre puerpérale existe sporadiquement en Cochinchine, où les matrones la combattent, comme d'ailleurs tous les accidents de la puerpéralité, par les sudations prolongées, provoquées à l'aide de brasiers ardents (J. Mahé). En Chine, la fièvre puerpérale n'est point rare; à Shanghaï elle a formé les 15 millièmes de la mortalité du dispensaire Chinois. On assure qu'au Japon elle est excessivement rare, sinon tout à fait inconnue (Wernich). On n'a pas de renseignements pour la Malaisie ; la fièvre puerpérale paraît rare en Polynésie ; elle a été récemment observée en Australie, en Nouvelle-Zélande et en Tasraanie où elle aurait paru pour la première fois en 1833.
On trouve des épidémies de fièvre puerpérale en Egypte, mais assez rarement; elles existent, mais rares aussi, en Algérie; on ne sait rien de ce qui les concerne pour Tunis, le Maroc et généralement toute la côte septentrionale de l'Afrique. Même manque de documents pour l'Afrique occidentale et méridionale, tandis que dans la petite île de Sainte-Hélène la fièvre puerpérale, réunie avec les suites de couches, a donné les 11 millièmes de la mortalité. On n'a guère signalé de vraies épidémies de puerpéralité sur la côte orientale d'Afrique, pas plus qu'à Madagascar, Maurice et la Béunion.
Au Canada la mortalité par suite de la fièvre puerpérale n'a pas atteint 1 millième, tandis que, aux États-Unis, elle a donné les 4 millièmes. Suivant Hirsch il n'y aurait eu que 5 épidémies de cette nature à Philadelphie et 2 à New-York. Plus récemment, en quatorze ans, la ville de New- York a donné les 5,6 de la mortalité totale (Lombard). On ne sait rien de précis sur ce sujet ni au Mexique, ni au Centre-Amérique, aux Antilles ni auxGuyanes; nous savons seulement que la fièvre puerpérale n'est pas rare au Brésil et qu'elle est signalée comme fréquente à Rio-de-Janeiro (Bourel-Rimcière, 1874). Il en est de même à Montevideo oiî elle se rencontre principalement chez les femmes indigentes. A Lima les suites des couches donnent les 6 millièmes de la mortalité générale; on observe aussi les conséquences graves de la puerpéralité dans les régions montueuses du Pérou et du Chili.
Comme on le voit, c'est en Europe et surtout dans l'Europe centrale et septentrionale que sévit au maximum la puerpéralité épidémique. Elle est plus rare dans l'Amérique du Nord et dans l'Amérique du Sud ; l'Afrique, l'Asie et l'Océanie en sont moins éprouvées que l'Europe, sauf les réserves à fane par le manque de renseignements. Comme la pyoln'^mie épidémique dont elle n'est qu'une variété particulière, la fièvre puerpérale est donc une maladie de la civilisation ou du moins est-elle lavorisée par celle-ci dans sa production et son extension parmi les femmes en couches sœimises aux inconvénients si graves de l'encombrement et de la contagion. Il est possible, même probable, que les races colorées y soient moins sujettes que la blanche. Mais uu demeurant c'est la moins géographique des maladies dites infectueuses.
Ophthalmies pdrulente et épidémique. Cette maladie contagieuse a probablement toujours existé à l'état ubiquitaire. En France elle a été apportée du Levant par les croisés et par l'armée d'Egypte. Elle est endémique en Egypte (Prosper Alpin) depuis toute antiquité, et sur la rive africaine de la Méditerranée ; elle est fréquente dans l'Asie intérieure, en Syrie, en Perse, en Afghanistan ; dans l'inde, en Chine, au Japon, en Malaisie, sur la côte ouest d'Afrique, sur les navires négriers ; elle sévit aux Etats-Unis sur les nègres, au Brésil (Sigand), etc. On connaît sa fréquence en Europe. Avec les navires elle a fait le tour du monde et nombre de vaisseaux de la marine française de l'État en ont été atteints épidémiquenient sous tous les climats du globe {voy. Ophthalmie).
F. Dysenterie endémique et épidémique, diarrhée, choléra infantile : DIARRHÉES TROPICALES. 1° Ou sait quc la prédominance de la dysenterie et des catarrhes intestinaux se remarque surtout sous les basses latitudes, dans les régions tropicales et subtropicales où leur fréquence fait un contraste marqué avec la rareté des bronchites et le catarrhe pulmonaire. Mais cependant la distribution de ces maladies de l'intestin est loin d'être uniforme sous les tropiques et dans les pays chauds et tempérés, comme nous allons le voir.
Le continent de l'Afrique est l'un des foyers les plus intenses de la dysenterie endémique. L'Egypte jouit d'une réputation aussi ancienne que proverbiale sous ce rapport. Moins maligne sur les côtes maritimes que dans la Haute- Egypte, la dysenterie atteint son maximum d'intensité et d'expansion en Nubie, à Khartoum, dans le haut Delta du Nil, et dans les hauts parages des sources du Nil ; dans le Cordofan elle sévit avec une égale intensité. En Abyssinie elle est répandue sur le littoral, dans les vallées humides comme sur les bords du marécageux Tacazé ; elle se raréfie avec l'altitude et la sécheresse du pays et ne se présente pas sur les élévations montagneuses considérables. Elle règne avec intensité dans tout l'intérieur du noir continent visité par Livingstone, qui en fut victime près du lac Tanganyika. Elie est violente et fort étendue à Zanzibar, sur toute la côte de Mozambique, aux Comores, aux Mascarei^nes (Maurice et la Réunion), à Madagascar, à Sainte-Hélène, oià elle a donné les 42 millièmes de la mortalité totale, et à l'Ascension, au cap de Bonne-Espérance sur les troupes européennes et aussi sur les populations Cafres et Hottentotes chez lesquelles la dysenterie occasionnerait une mortalité du quart des maladies • sur 2500 soldats hollandais 637 en furent atteints en 1804-1805 et 155 en moururent (Lichtenstein).
Sur la côte Occidentale, à Loanda et Benguela, la dysenterie est commune : elle augmente d'intensité dans les parages du Congo jusqu'au cap Lopez . dans
le golfe du Gabon elle est un peu plus rare, quoique assez grave, puis elle atteint un maximum d'intensité et d'expansion sur la côte de Guinée, aux embouchures du Niger, sur la Côle-d'Or, jusqu'à Sierra-Leone et à la Sénégambie. Sur la côte de Guinée elle frappe 504 hommes sur 1000 et en tue 41,5 d'après Mac- Tulloch. Elle ne frappe pas seulement les Européens, car elle atteint les indigènes, les nègres, dans une forte proportion. Dans la Sénégambie la dysenterie est encore la maladie qui fait le plus de ravages sur les Européens, comme sur les indigènes; elle règne depuis la côle de Saint-Louis jusque dans l'intérieur, comme à Backel et à Médine dans le haut Sénégal. Au Sénégal elle fait les 500 millièmes de la mortalité des blancs et les 250 millièmes de celle des nègres (Bérenger-Féraud). La dysenterie règne dans quelques îles de l'Archipel du cap Vert, à l'état endémique ; à Madère elle est presque inconnue, sauf à l'état épidémique sur les misérables populations de l'intérieur.
La dysenterie est le principal fléau de l'Algérie française, où elle sévit sur les indigènes, bien que moins que sur les étrangers, qui échappent rarement à ses atteintes. C'est la province d'Oran qui en a le plus souffert : dans quelques endroits elle y fait la moitié du chiffre de la mortalité. Dans la province d'Alger la maladie règne surtout le long des côtes et dans la plaine de la Mitidja, où elle affectait jadis le tiers des militaires qui y campaient. Elle sévit dans plusieui"s localités assez élevées, situées près des montagnes de l'Atlas, comme dans la province d'Oran. La province de Constantine tient le milieu entre les deux autres pour la fréquence de la dysenterie. Ici aussi elle prédomine le long de la région côtière, à Philippeville, Bône, puis à Constantine, dans l'oasis de Biskra, et dans beaucoup d'autres oasis qui sont des foyers de cette maladie. On a une idée de la fréquence de la dysenterie en Algérie quand on sait qu'elle constitue les 270 millièmes des malades des hôpitaux militaires et les 450 millièmes de leur mortalité. Les côtes du Maroc, de la Tunisie, et Tripoli, sont aussi des régions où sévit la dysenterie endémique avec la même violence qu'en Algérie.
L'Asie Antérieure, la Syrie, l'Asie Mineure, présentent plusieurs localités où règne la dysenterie endémique ; mais c'est à partir de l'Arabie et de la Mésopotamie que cette maladie devient commune et maligne. Elle sévit sur la côte du Hedjaz, sur celle de l'Yémen; elle ravage la garnison anglaise à Aden. A Mascate et sur la côte du golfe Persique, en Perse, dans le Béloutchistan et l'Afghanistan, elle est aussi meurtrière que dans l'Inde. Les troupes de l'expédition anglaise de 1859-1840 à travers le Caboul furent beaucoup plus que décimées par la dysenterie. On n'a pas de renseignements pour l'Asie centrale,
L'Inde paraît être le foyer le plus intense de dysenterie endémo-épidémique avec la vallée du Mékong et certaines régions de la côte Occidentale d'Afrique. Depuis Bontius, qui la signalait comme une maladie terrible dans ces climats jusqu'à nos jours, la dysenterie a été unanimement déclarée la grande endémie de ces contrées asiatiques ; elle invalide ou tue, à elle seule, autant, même plus d'Européens que toutes les autres maladies, et elle est loin d'épargner les indigènes. Hulchinson attribue les 5/4 des cas de mort qui atteignent les Cipayes dans les prisons et dans les hôpitaux militaires à la diarrhée ou à la dysenterie. C'est dans les présidences de Madras et du Bengale, dans les vastes plaines du Gange et du Brahmapoutre, dans les Circars du Nord de la côte de la province de Madras, dans les deltas des rivières de cette côte jusqu'à la limite des hautes terres des Neilgherries et du Mysore [Hill diarrhœa), que prédomine le règne de la dysenterie endémique. Les hauts plateaux sont relativement épargnés.
Suivant Aiineslcy, sur 1000 hommes de garnison la proportion annuelle des militaires atteints de dysenterie est la suivante : pour la division du Nord 120, pour la division moyenne 581, pour la division de Madras -472, pour celle du sud 539, à Ilydeiabad 560, dans le Mysore 220, et à Travancore 160. D'après les rapports de Marjhall confirmés par ceux de Balfour la dysenterie dans ces régions est plus iréquente de plus de moitié sur les européens que sur les Cipayes, mais elle est plus grave et occasionne plus de mortalité chez les derniers que chez les premiers.
La Présidence de Bombay est moins éprouvée par la dysenterie que les deux autres, non pas sans doute parce qu'elle est la plus au nord (Lombard), puis (pi'elle est en moyenne plus méridionale que celle du Bengale. On n'a pour cette province qu'une proportion d'atteintes du 95 sur 1000, dont 9 pour 100 de mortalité. Elle est rare sur le grand plateau du Dekkan, dans la presqu'île marécageuse de Guserate et même dans les vastes districts paludéens et désertiques du Siudh, le long des vallées de l'indus elde ses affluents, ainsi que dans la majeure partie des provinces du nord-ouest de la grande presqu'île llindoustanique (Mac- Gregor). Mais elle se retrouve dans les hautes vallées près des sources du Gange et de la Djumna.
Nous savons déjà que sur quelques hautes terres, comme dans les Ghattes, les provinces élevées de Delhi et de Gachemir, la dysenterie fait des victimes iiombi'euses, même chez les indigènes, sous le nom de Hill diarrhœa ou white purging (diarrhée des hauteurs ou purgation blanche). A Geyian la maladie est encore plus commune et plus maligne que sur la presqu'île, sur les côtes comme dans les vallées de l'intérieur, et elle est si meurtrière que la garnison y compte le chiffre énorme de mortalité de 25 pour 100 par année (Tulloch).
Aux foyers endémiques les plus intenses de la dysenterie appartient l'Inde postérieure ou rindo-Chine, depuis le golfe du Bengale jusqu'aux frontières de la Chine. Elle règne dans les basses plaines de l'Irawaddy, à Rangoon, à martaban, jusqu'à la presqu'île de Malacca et à Siam. Comme pour les fièvres de malaria, Singapore est presque indemne de dysenterie, suivant les rapports de Crawfurd, Carswell, Mac Leod, etc. Par contre les îles grandes et petites du vaste archipel Indo-Malais sont dévastées par la dysenterie et les catarrhes intestinaux endémiques : tous les observateurs en signalent la fréquente violence à Java oii elle occasionne le tiers de la mortalité totale, à Timor, ainsi qu'aux Philippines. Elle serait moins sévère à Sumatra, aux Célèbes et aux Moluques, peu à Amboine.
11 n'est pas nécessaire d'insister ici suvhmorbidité et la mortalité étonnantes qui sont occasionnées par la dysenterie soit aiguë, soit chronique, soit par la diarrhée d'ordinaire chronique dans nos possessions françaises de la Cochinchine et des pays voisins. C'est peut-être le foyer le plus ardent et le plus pernicieux de tout le globe pour la dysenterie et la diarrhée. En Cochinchine elles donnent le tiers du chiffre des maladies et la moitié de celui de la mortalité totale. Les cotes de la Chine sont connues par la gravité de leur endémie dysentérique. L'archipel des Chusan est relativement peu éprouvé par la dysenterie qui, au contraire, sévit beaucoup sur les Chinois, à Mngpoo, à Amoy ; elleatteint un maximum de léthalité à Hong-Kong, à ce point qu'un ré-iment de 682 Cipayes a présenté dans un court espace de temps 244 cas de dysenterie dont 42, c'est-à-dire 20 pour 100, furent mortels. A Shanghaï, la dysenterie endémique est fréquente "et grave sur les enfants et aussi sur les adultes. Il en est de même à Tien-sin à Pékin où la maladie, prenant souvent la forme gangreneuse, n'est pas, pendant 0ICT. ENC. 4^ S, VIII. j^q
la saison chaude, sans analogie avec celle des pays tropicaux (Morache); elle ne règne pas à Tciié-fou. Il ne paraît pas que la dyseiilerie soit fréquente au Japon, où elle n'existe à l'état endémique que vers le sud, à Nagasaki et un peu à Yokohama.
L'Australie possède la dysenterie endémo-épidémique qui atteint surtout trèssouvent les natifs, et moins les blancs. La Nouvelle-Zélande a été, depuis ces dernières vingt années, éprouvée aussi par la dysenterie. Quant aux autres îles de l'Océan Pacifique, la plupart sont le théâtied'endémo-épidémies de dysenterie et de diarrhée qui sévissent sur les indigènes comme sur les Européens; cependant il ne faut pas en exagérer la gravité, car elles ne sont mortelles que par exception ou bien dans la période aiguë. Telles sont les îles de la Nouvelle- Calédonie, les Fidji, les Marquises, Taïti, les îles Sandwich, etc.
L'Amérique du Sud est un teri'ain favorable à la dysenterie endémique. Celle-ci règne grave et fréquente dans les Guyanes, dans la Colombie. Le Brésil offre parfois des épidémies de dysenterie outre l'état endémique de la maladie, qui frappe beaucoup plus les enfants des blancs que ceux des nègres ; elle règne dans le vaste bassin des Amazones, sur la côte, à Sainte-Catherine et dans l'intérieur du pays. Les États de la Plata, du Paraguay et de l'Uruguay, ne sont pas exempts de la dysenterie : sous forme épidcmique elle a occasionné à Montevideo les 57 millièmes des décès. Elle est, dit-on, plus rare vers les régions de la Patagonie.
On rencontre la dysenterie endémique sur les côtes Occidentales de l'Amérique du Sud, à Guayaquil, au Callao, à Lima, où elle a constitué en 1854 le 5* des morts, et les 61 millièmes les années suivantes. A Valparaiso elle a fait les 106 millièmes des décès à l'hôpital. Elle est moins meurtrière, quoique fréquente, sur les hauts plateaux de l'Equateur, de la Bolivie, du Pérou et du Chili, où elle se montre comme sur les hautes terres du Mexique.
Dans le Centre-Amérique, la dysenterie existe à l'état endémique, non moins maligne, à Panama, où elle est pernicieuse pour les étrangers et pour les indigènes, à Nicaragua, sur la côte de Mosquitos, etc. Au Mexique, principalement sur les côtes, dans les tierrascalientes, elle sévit avec intensité, à la Véra-Cruz, à Tampico, à Mazatlan, dans les régions orientales des tierras templadas, et même dans la ville de Mexico, où la dysenterie amènerait près du cinquième de la mortalité, suivant Ntwton, tandis que les terres tempérées de l'ouest jouiraient d'une immunité plus grande. C'est une erreur que de vouloir établir une sorte d'antagonisme entre la rareté prétendue de la dysenterie dans les terres chaudes du Mexique et sa fréquence sur les hauteurs (Lombard). La véiité est qu'elle sévit avec une égale fréquence sur les deux localités. C'est ce qui résulte pour les terres chaudes des observations des médecins de la marine française {voy. Thèses de Paris, Lucas, 1868, Vaillant, 1869, Corre, etc.).
Les îles nombreuses et fertiles des mers des Antilles sont un foyer classique de dysenterie et de diarihée endémo-épidémiques : elles occupent, sous ce rapport, un rang qui les place presque à côté de la côte occidentale d'Afrique, de l'Inde, de Tlndo-Chine, de l'Algérie et de rÉgyple. La dysenterie sévit spécialement dans les deux îles françaises principales, à la Martinique et à la Guadeloupe, et dans cette dernière c'est la partie haute et volcanique de l'île qui est la plus maltraitée, la Grande-Terre ou partie basse, calcaire, étant très-épargnée (Cornuel). La Jamaïque et plusieurs îles Anglaises sont relativement peu atteintes ; la Dominique l'est beaucoup. D'ailleurs un assez grand nombre de petites île? en sont presque indemnes.
La dysenterie ne règne q\ie sur une aire assez limitée du continent Nord-Américain. Elle ne se montie à l'ëtat endémique que dans les États du sud, du sudouest, sur certains points de la côte du golfe du Mexique, sur la côte sud de l'Atlantique, puis sur les rives du Mississipi, de l'Arkansas et des autres grands fleuves des contrées sus-nommées. Les troupes de l'Union ont en beaucoup à souffrir de ces diarrhées (Dmrr/ifert oftlie South, Evans) ou catarrhes intestinaux très-malins et de la dysenterie endénio-épidémi(|ue des mêmes contrées. Dans les États du nord-ouest, du Nord et de la Nouvelle-Angleterre, on ne mentionne nullement l'existence endémique de la dysenterie, mais son rôle épidémique y est cité comme important (Currie). Au demeurant, la dysenterie épidénii((ue des États du Nord de l'Union causerait plus demorlalilé que l'endémique dans ceux du Sud. La dysenterie donnerait les 16 millièmes de la mortalité totale de l'Union (Lombard). Aux Bermudes on a constaté une fréquence moyenne de la dysenterie. Rare et même très-rare au Canada, la dysenterie l'est encore plus dans la Nouvelle-Ecosse et dans le Nouveau-Brunswick, comme d'ailleurs à Terre-Neuve.
L'Europe ne connaît la dysenterie endémique que dans quelques-unes de ses régions assez restreintes, dans les péninsules du Sud et d;ms quelques îles de la Méditerranée, comme en Espagne, que ses conditions climatologiques rapprochent delà côte Africaine opposée, surtout dans l'Andalousie, l'Estremadum, les Castilles, l'Aragon, en Catalogne; elle n'existe pas comme endémie à Gibraltar. En Sicile, en Sardaigne et dans la Basse-Italie, la dysenterie se voit à l'état endémique pendant l'été et l'automue : en dix ans la dysenterie, la diarrhée et le choléra nostras ont occasionné les 15 millièmes des décès dans dix villes d'Italie (Sormani). A Malte et aux îles Ioniennes elle est rare, mais elle est plus fréquente et plus répandue en Grèce et en Turquie, où elle constitue une véritable endémie, en Bonmélie surtout et en Asie Mineure, même à Constanlinoplc (Rigler) Elle fait aussi des apparitions annuelles dans les provinces situées au nord du Bosphore, en Bulgarie, en Mohio-Yalachie, dans la Transcaucasie. Enfin elle sévit annuellement dans quelques districts riverains du Bas-Danube, comme en Hongrie.
La dysenterie est rare en Allemagne où elle n'existe à l'état épidémique qu'en Styrie, et clans quelques lieux de la Haute et Basse-Autriche ; dans presqut- tout le reste de l'Allemagne elle n'est guère connue que par des irruptions épidémiques. La France, l'Angleterre et la Belgique n'ont que la dysenterie épidémique, excepté l'Irlande (jui, déjà du temps de Sydenham, offrait la maladie à l'état endémique. En Danemark et en Scandinavie on ne retrouve plus l'endémie dysentérique que dans quelques espaces limités au voisinage des grands lacs de Suède. En Hollande elle est encore très-fréquente et meurtrière sous forme d'épidémies : elle forme des 26 millièmes aux 52 millièmes de la mortalité. En Islande et aux îles Féroë la dysenterie est très-fréquente et elle y a fait de grands ravages par ses nombreuses apparitions épidémiques (Hirsch) : selon d'autres elle y serait à peu près inconnue (Lombard).
Dans plusieurs contrées du Nord de la Russie, comme dans les provinces baltiques, en Finlande, en Esthonie, à Dorpat, à Pétersbourg, la dysenterie et le catarrhe intestinal sont très-fréquents, mais d'ordinaire dépourvus de oravité* la première est moins commune dans le iVord que dans le centre des provinces de l'empire où elle existe, dans les gouvernements de Moscou, Grodno, Vitepsk, Orel, Tver, Minsk et de Volhynie, comme maladie épidémique. Dans ces districts c'est la diarrhée bilieuse d'été qui règne prmcipalement chez les enfants qu'elle
sacrifie en grand nombre. La dysenterie et la diarrliée bilieuses sont endémiques dans le Caucase, elles apparaissent pendant l'été dans les gomernements de Kutais, de Schemaclia, Derbent et Tiflis, oîi elles prennent le caractère endémique et deviennent souvent mortelles chez les adultes comme chez les enfants qu'elles tuent en grand nombre : d'ailleurs elles régnent à l'état épidémique dans la Russie méridionale assez fréquemment.
2" Comme maladie épidémique la dysenterie échappe à l'examen et au cadre de la géographie pathologigue. D'ailleurs, à en juger par la multiplicité des écrits sur ce sujet et par la seule énumération des épidémies des derniers siècles dans les parties connues du monde habile, on voit que c'est l'une des maladies les plus répandues, que c'est une vraie pandémie ou mieux une maladie très-largement cosmopolite. A ce titre de maladie pandémique la dysenterie doit trouver sa place nosologique à côté du choléra, du typhus, de la fièvre jaune et de la peste, il y a plus, car sous le rapport de la diffusion épidémique et de l'ubiquité la dysenterie tient le premier rang.
Cependant, de même que l'endémique, la dysenterie épidémique n'a pas été répandue unilbrmément ou au hasard sur lu terre. Voici, d'après la statistique et l'analyse des principales épidémies dysentériques faites par A. Hirsch, les déductions géographiques les plus importantes qu'il soit permis d'en tirer :
l" En général, comme à l'état endémi(|ue. de même à i'élat épidémique la dysenterie règne avec prédominance dans les régions tropicales et subtropicales. Mais cette règle souffre de nombreuses exceptions suivant certaines conditions de localités et de contrées. Ainsi en est-il pour certains pays du Nord où la dysenterie épidémique s'est montrée fréquente, comme la Suède, la Russie septentrionale, les îles Feroë, les États du nord de l'Union Américaine, etc. D'après Lombard, qui émet au contraire l'opinion que la dysenterie épidémique est rare et inconnue dans les contrées du Nord, même en Islande et aux îles Féroë, les pays de la baie d'Hudson, du Labrador et du Groenland en seraient indemnes;
2o L'opinion qui tend à faire admettre les poussées périodiques de dysenterie épidémique, par une sorte de retour cyclique, tous les trois, cinq ou dix ans, n'est pas appuyée par les faits tirés de l'histoire des épidémies. Cependant on a remarqué dans ces dernières années que certains pays étaient périodiquement visités par la dysenterie une fois que celle-ci y avait fait une première apparition;
3" Au sujet de la puissance d'extension épidémique de la dysenterie le dépouillement des faits nombreux pai'aît avoir établi les circonstances suivantes :
a. La dysenterie épidémique se circonscrit assez étroitement dans des localités fermées : prisons, hôpitaux et hospices, casernes, navires, etc. D'autres fois elle se limite à des villages, à des communes, à une ville, sans se répandre aux alentours. Telle est la règle habituelle.
h. Plus rarement on voit la maladie acquérir une grande extension et envahir un groupe de communes et de villes oii elle sévit simultanément ou successivement, en marchant en ligne droite ou plutôt en rayonnant d'un centre commun, parfois en suivant une marche plus ou moins capricieuse. A. Hirsch cite à ce propos une longue liste de contrées où l'on remarque : l'Amérique du Nord (1775, 1775, 1815, 1817) et plusieurs États du Nord-Amérique, la Yalteline en Italie (1635), la France (1635) en Lorraine, l'Aisne (1851), la Suisse (1791 et 1841) dans le canton de Zurich, l'Allemagne (1709) en Thuringe et en Saxe, etc., la Scandinavie (1649) dans l'Ost-Gotlilund et à Seeland (1766), etc., etc.
c. En troisième lieu l'invasion de la dysenterie épidémique s'étend à de grands
espaces de pays; elle réapparaît pendant deux ou trois années consécutive> aux mêmes lieux, sans pourtant se propager aux contrées circonvoisines. On connaît un grand nombre de ces épidémies à grande portée, plus fiéquentes autrefois qu'elles ne paraissent de nos jours. Comme types de pareilles irruptions on peut citer : celles de la Nouvelle-Angleterre (1749-51 et 1759), du nord de la France en Picardie, Flandre, Artois, Normandie et Champagne (1750), celles de la Suisse (1659, 1726-27), de la Hollande (1550), de la Hollande et de l'Allemagne (1024), celles des provinces àe Belgique (surtout de Namur et d'Anvers en 1851), de l'Angleterre presque entière (1540), de la majeure partie de l'Irlande (1817-18), des mêmes contrées (1824-1826), celles d'une grande partie de l'Allemagne (1583, 1076-76, 1726-28, 1800, etc.); celles enfin qui sévirent sur la majeure partie de la Suède en 1785-80 et plus tard en 1815.
d. Dans d'autres épidémies la dysenterie, envahissant de grandes étendues de pays où elle sévit avec violence, y séjourne et g;u-de sou caractère de maladie populaire pendant un grand nombre d'années successives avant de s'y éteindre, sans cependant se prop;iger à l'état de pandémie. Sous cette forme, A. Hirsch compare la dysenterie à la malaria quand celle-ci envahit e'piilrmiquement certaines contrées où elle n'a pas paru depuis longtemps.
La pi-emière épidémie de cette sorle, signalée dans les annales de la médecine, date de 1538 en Europe; la deuxième est celle de 1719. Une autre grande invasion européenne par la d;jSenterie eut lieu en 1779, en France, en Hollande, en Angleterre, en Allemagne et en Scandinavie. Flic dura en certains lieux jusqu'en 1783 et fut d'une insigne malignité. C'est ainsi qu'au rapport de Cirille elle se répandit en France comme l'une des plus meuitrières épidémies « qu'on ait encore vues régner en France, si l'on en excepte la peste ». Los Pays-Bas furent non moins maltraités ; l'Allemagne fut ravagée de 1779 à 1782, puis le Danemark, la Suède et ia Finlande. Fn 1781 la dysenterie se répandit en Suisse, en Allemagne, en Scandinavie, en Italie.
Mais l'épidémie de 1834-1856 fut l'une des plus grandes de l'Europe centrale. En France elle débuta en 1834 par le nord et l'ouest, puis vint au sud ; en 1855 elle se restreignit, mais en 1836 elle surgit de nouveau dans le nord, l'est et le centre. En Suisse elle se généralisa, elle sévit en Belgique; mais ce fut dans l'ouest et le sud de l'Allemagne qu'elle acquit toute la violence d'une vraie, pandémie. Du côté du Sud-Est la dysenterie s'étendit vers la ILiule et Basse- Autriche, dans la vallée de l'Inn, enStyrie, dans le Tyrol, et jusqu'en Dalmatie. Du côté du nord-est elle apparut dans le Brandebourg, en Silésie, en Bohêm en 1855 et en Galicie.
e. Enfin mic vraie pandémie dysentérique a régné de 1 846 à 1848 ; en voici les principaux traits géographiques. Elle prédomina en 1845-46 dans les provinces russes de la Baltique, ainsi qu'en Pologne : elle apparut en Belgique (18 i6) dans les Flandres Orientales, dans le Brabantet dans la piovince d'Anvers; en 1846- 1847 en Irlande en même temps que dans plusieurs contrées d'Ecosse et d'Angleterre, à la même époque en Allemagne. Cette même épidémie, dit A. Hirsch, fit sentir son influence énergique dans les États du Nord et du centre de l'Union américaine, notamment en 1847 et en 1848-49, dans les États delà Nouvelle- Angleterre, dans le Maine, New-York, Pennsylvanie, Maryland, Indiana, les Massachusetts, cà Baltimore, etc., puis en Pennsylvanie en 1850-53. En 18541a dysenterie épidémique se montra prédominante en Suède et en Allemagne, en Wurtemberg, dans le Palatinat et vers le sud. En Suède la maladie régna avec une
grande violence de 1851 à 1854, puis elle diminua de 1854 à 1856 (A. flirsch, loc. cit.).
1° D'après cet exposé sommaire de l'endémicité et de l'épidémicité de la dysenterie, on doit conclure que cette maladie est absolument ubiquitaire ; que, si l'endémie aime les pays interlropicaux, l'épidémie s'affranchit de tout rapport géographique, puisqu'elle sévit aussi gravement que sous les tropiques, par irruptions épidémiques dans les contrées du i\ord, au Groenland, en Lafionie, au Kamtchatka, dans la Russie Septentrionale, etc. Un fait cependant parait se dégager de notre revue, c'est que la maladie sous l'une et l'autre forme est moins commune et moins grave absolument et relativement à la latitude dans l'hémisphère austral que dans le boréal.
Nous devons laisser à l'auteur de l'article Dyseaïerie l'examen détaillé des influences saisonnières et particulièrement de l'influence de la température sur la production de la maladie. Rappelons seulement que, suivant un tableau de Hirsch, sur 546 épidémies 404 eurent lieu pendant l'été, ou pendant la période de l'été à l'automne, 113 en automne et en hiver, 15 en hiver et 16 au printemps.
2° La question de la configuration gf'ographique et de la nature des terrains n'a que peu d'influence sur la distribution de la dysenterie. Celle-ci sévit à la fois sur les régions montueuses, les terres volcaniques, le granit, le calcaire, dans les plaines (voy. Sol). Quant à l'influence des ingesta, on peut dire que les boissons aqueuses sont une des causes indirectes de la dysenterie épidémique et même de l'endémique.
3" Il est suffisamment démontré qu'il n'existe pour aucune race, aucune nationalité, une préservation entière de la dysenterie. Notre coup d'oeil géographique nous a fait voir l'endémie sévissant sur le nègre du Soudan, sur l'Arabe et le Kabyle algériens, comme sur l'habitant de la plaine de l'Inde ou des îles Malaises, sur la race jaune de Chine et de l'indo Chine comme sur les Canaques des îles de l'Océanie, sur les races américaines du Pérou comme sur les Yankees^ de l'Amérique du Nord. Cependant cela n'éiablit pas l'égalité des races devant la dysenterie. Les nègres et les Hindous en sont moins souvent atteints que les blancs. Est-il vrai que les Hindous en meurent pourtant la moitié plus que les Européens (statistiques de Balfoui')? En définitive, c'est V indigénat \)\u\.oi que la race proprement dite qui paraît conférer une certaine immunité contre la dysenterie ainsi que contre la malaria.
4° Une question beaucoup plus importante que les dernières est celle de savoir si les climats, si les localités, si les autres causes géographiques, impriment à l'affection des intestins un cachet particulier pouvant se traduire par des formes, des degrés ou des modifications sensibles de la dysenterie. Pour nous, la dénomination de dysenterie tropicale n'est justifiée qu'en ce qu'elle désigne un processus généralement endémique, et souvent chronique. La pathologie dite tropicale ou des pays chauds a singulièrement abusé de la synthèse malarienne pour grouper sous celte rubrique étiologique la triade morbide composée de la fièvre paludéenne, de la dysenterie et de l'hépatite. On connaît la connexité qui relie partout les deux dernières. L'impaludisme est une prédisposition à la <iysenterie, voilà tout.
Les foi mes symptomatiques et aussi sans doute anatomo-pathologiques de la dysenterie, les formes surai;;uës , gangreneuses , ou latentes, insidieuses et asthéniques, comme celles qui se déclarent chez les sujets affaiblis ou impaludés, les formes subaiguës ou chroniques d'emblée, pour ainsi dire, tiennent-elles
GÉOGPAPHIE MÉDICALE. 2"
à des circonstances géographiques de terrain, de climat, de localité, de race, à quelque cause extérieure ou cosmique, ou plutôt à quelque particularité ou disposition corporelle et individuelle? Nous manquons de renseignements précis sur tous ces points.
Enfin les observateurs et surtout les auteurs qui ont compulsé les archives volumineuses contenant les annales de la maladie qui nous occupe (A. Hirsch) n'ont pas, en général, spécifié s'il s'agit toujours de la même alfection quand ils ont parlé de dysenterie et de citarrhe intestinal. Les médecins anglais de l'Inde, notamment Ranald Martin, ont décrit une diarrhée particulière qu'ils attribuent à l'impression de l'air froid et humide des montagm-s de l'Himalaya sur la peau habituée à l'atmosphère cliaude des plaines de l'Inde. Cette diarrhée séreuse, subaiguë ou chronique, nommée Hill trot (courante des hauteurs) ou encore White purging {diarrhée blanche), sévit particulièrement à Simla et dans les contreforts de l'Himalaya voisin, au Caboul sur les troupes anglaises qui abordent ces hauteurs au sortir des plaines du Sindh, et dans les hautes stations du Dekkan. Elle est caractérisée par des selles blanches, décolorées, nombreuses, par une sorte de lientérie qui semble dépendre d'une brusque suppression du cours de la bile dans l'intestin par suite de l'impression du froid sur la surface de la peau. H en résulte non-seulement cette diarrhée séreuse, mais en même temps un trouble général de la digestion. La même affection est produite par l'exposition des troupes en campagne aux injures du temps, au froid de la nuit et du matin, durant les marches forcées dans l'Inde, principalement dans la saison fraîche (Horton).
Il existe dans les possessions françaises tropicales, mais spécialement en Cochinchine, sur les Européens, un processus que l'on a longtemps englobé dans la dysenterie chronique, et qui a reçu le nom de diarrhée de Cochinchine pour ce dernier pays. Dans quelques cas de celte maladie, l'examen microscopique a révélé une altération intime et totale de la muqueuse, dont les glandes tubulaires et les follicules clos ou lymphatiques sont toujours lésés. De plus, Normand a découvert dans les selles de beaucoup de ces diarrhéiques la présence de nombreux petits parasites, microscopiques, se rapportant au genre Anguillula de Oujardin {Anguillula stercoralis ei Anguillula intestinalisi) . Cet observateur distingué attribue la cause et la nature spéciale de la diarrhée de Cochinchine à cette particuharité, et en affirme par conséquent l'origine parasitaire. Cette question sera examinée au mot Diarrhée de Cochiinchine.
Comme on le voit par ce qui précède, rien de plus vague et de moins défini que ce qui est fréquemment mentionné par les observateurs sous le nom de diarrhée, surtout pour les pays chauds. Néanmoins voici, d'après Lombard, la distribution géographique sommaire de cette affection.
La diarrhée est signalée comme fréquente dans l'Europe et dans l'Amérique septentrionales : dans cette dernière région elle est très-meurtrière chez les jeunes enfants et s'appelle choiera infanlmn. A Berlin le choléra infimtile occasionnerait jusqu'au tiers des décès chez les enfants; le même fait existe dans plusieurs autres villes d'Allemagne, mais avec une moindre gravité. New-York et les grandes villes de l'Amérique du Nord viennent après Berlin pour la fréquence de la maladie. Le choléra infantile règne aussi à Pétersbourg, à Londres ; il est plus rare à Paris et dans les villes françaises, ainsi qu'en Europe, en Italie, en Grèce. Il est fréquent dans les régions tropicales oii il n'est souvent qu'une vraie dysenterie, comme cela a lieu ailleurs.
Mais la diarrliée des adultes n'est pas rare non plus dans les régions froides, tempére'es ou tropicales. Elle est jjsignalée comme fréquente en Suède, en Finlandi', dans lus provinces baltiques, dans quelques districts de rAIlemagne, de TAustro-Hon^rie, de la Turquie d'Europe; elle est moins répandue eu A'orvcge, en Hollande, en Belgique et en France. Elle atteint surtout les enfants en Angleterre ; on l'observe en Italie et en Espagne avant tout dans les contrées marécageuses; elle est plus rare en Portugal.
Si la diarrliée augmente pour l'Italie et l'Espagne en allant du nord au sud, c'est le contraire pour l'Amérique du Nord, sauf pour le Canada où elle ne fait que les 11 millièmes des décès, tandis qu'aux États-Unis elle atteint les 143 millièmes dont il millièmes sont dus au choléra infontile. Sur le liaut plateau du Mexique les diarrhées forment les 95 millième; de la totalité des décès, mais elles sont plus rares sur le littoral. Elles sont fréquentes dans le Centre- Améri({ue, les Antilles, les Guyanes, au Brésil, plus rares dans la Plata. au Pérou, au Cliili, en Bolivie.
Les diarrhées sont fort répandues en Afrique, en Egypte, en Algérie, au Maroc, oii elles causent la grande mortalité des enfants, en Abyssinie, au Gap ; elles frappent à la côte occidentale surtout les enfants nouveau-nés et les Européens, sans épargner les natifs. Mêmes observations pour les côtes orientales, pour Zanzibar, Madagascar, les Mascareigues, ainsi que pour les îles du Gap Vert et pour Sainte-Hélène.
La diarrhée est fréquente dans les régions froides et glaciales de l'Asie, eu Sibérie, oîi elle précède ou suit, comme ailleurs du reste, les dysenteries; elle se montre au centre de l'Asie Mineure, en Syrie, Mésopotamie, en Perse, dans le Turkestan et l'Afghanistan- Mais c'est au Sud et notamment dans l'Inde, à Ceyian, dans l'Indo-Gliinc (Birmanie, Malacca, Siam, Cochinchine), qu'elle atteint son plus haut degré de prédominance. La même chose se remarque en Chine, surtout sur la côte où dans quelques localités la diarrhée occasionne une grande mortalité : les 75 millièmes à Shanghai et les 148 millièmes à Hong-Kong, sur les troupes anglaises. Assez rare au nord du Japon, elle se montre davantage au sud. La diarrhée très-fréquente dans l'archipel Indo-Malais l'est moins en Polynésie, en Australie, surtout en Nouvelle-Zélande. Les agents de la géographie, de la météorologie, de rhydro-géo!ogie,etc., semblent exercer la même iniluence sur les diarrhées que sur la dysenterie : ils sont susceptibles des mêmes considérations.
II. ENDÉMO-EPIDÉMIES SPÉCIALES. Des affections palcdéennes ou maladies DE MALARIA. DeS FJÈVr.ES BILIEQSES ET CLIMATÉRIQUES DES PAYS CHAUDS : FIÈVRES INCERTjE SEDIS.
A. Affections paludéennes ou maladies de malaria. On peut répartir dans les groupes suivants les diverses affections d'origine malarienne ou paludéenne : 1" affection fébriles aiguës : fièvre intermittente, rémittente, pseudo-continue ou subcontiuue, hèvre ictéro-hémorrhagique de nature paludéenne : simples, compliqui'cs, pernicieuses, etc.; 2" affections subaiguës, larvées, dissinmlées, extraordinaires, de la malaria : exanthèmes paludéens, urticaire, etc. , névralgies diverses (de la cinquième paire principalement), sciatique, ictères palustres, etc. ; û°rjirtnifestations habituellement chroniques; anémie, cachexie, mélaiiémie et mêlanose palustres, altérations du foie et de la rate ; cirrhoses et hypertrophies du tbie. s;)léuopati:iies palustres, affections pulmonaires subaiguës et chroniques, endocardites et cardiopathies organiques paludéennes, néphrites de même origine, etc.
GÉOGRAPHIE MÉDICALE. 2i9
Nous allons sommairement parcourir l'immense domaine de la malaria en général ou le royaume des afieclions paludiqucs. Nous devons prévenir le lecteur que le tableau que nous allons tracer des régions à malaria différera sur beaucoup de points de celui qui a été donné précédemment dans le travail si complet et si remarquable de Yallin, article Marais. Cela dépend de ce que marais et malaria sont loin d'être synonymes et réciproquement.
L'Europe n'est point iiilerlile en maladies paludéennes, tant s'en faut. Même la Scandinavie compte un certain nombre de ces affections. En Norvège la fièvre palustre est rare dans le sud, très-rare dans la partie moyenne, tout h fait inconnue dans le nord, dans le Norrland et le Finmarck. En Suède, suivant A. llirsch, la malaria n'avait pas dépassé l'Elf Angerman situé par 62»,20 à son embouchure : mais des recherches plus récentfs ont démontré qu'elle a remonté, de d854à 1860, du sud au nord, depuis l'extrémité méridionale de la Suède jusqu'au delà du golfe de Bollinie, dans le voisinage d'Haparand:i, près du 66« degré de latitude nord sur l'Elf Tornea, d'après Bergman (1875). De 1863 à 1873 les statistiques officielles accusent de trois à six mille maladies de malaria par année. La fièvre intermittente est donc endémique en Suède où elle rè,-ne surtout à l'est et au sud, principalement à Nortlége, port de mer près de Stockholm, à Gothembourg, à Stockholm {VAdwnà, Stockholm au point de vue hy/jiénique. In Archiv. de méd. navale, 1878), à Strômsliolm, dans le district d'OUred. àWenersborg, àPhilipstad, etc., etc. Les fièvres palustres apparaissent surtout au printemps, en avril, mais plus rarement en automne et en hiver. Les fièvres tierces l'emportent numériquement de beaucoup sur les quotidiennes et b'S quartes : celles-ci y sont rares. En 1860-1865 elles occasionnaient de 558 à 105 déchs par an; de 1864 à 1870, elles n'ont plus donné annuellement que 72 à 37 morts, ce qui doit être attribué soit au progrès de l'hygiène, soit à l'infinence de la quinine, soit à la diminution de l'intensité de la malaria.
En résumé, quoique bénigne, la fièvre intermittente doit être placée au ])remier rang de la pathologie suédoise (Lombard). En Danemark, aujourd'hui, les fièvres palustres sont rares. Elles y sont très-rarement mortelles dans les villes. Mais, s'il faut en croire l'histoire, il y a cinquante ans, de 1828 à 1852, elles enlevèrent plus de 50 000 liabitants au royaume. Les cas graves prenaient le type rémittent, souvent inême ils devenaient continus avec des complications typhiques (Lombard). Mais on doit se demander s'il s'agissait bien là de lièvre paludéenne ou de fièvre typhoïde? La fièvre de malaria n'existe presque pas en Islande (4 cas en dix ans, suivant Finsen). Les matelots qui l'apportent sont promptement guéris sans aucun traitement. Les marais y sont très-nombreux. Dans l'archipel des Féroë la malaria est inconnue et ceux qui l'y apportent en guérissent promptement.
Les fièvres paludéennes sont l'une des maladies les plus répandues en Finlande : elles ont occasionné, depuis dix ans, les 18 millièmes tics décès, chillre supérieur à celui de tous les États européens (Lombard). A Pétersbourg elles sont rares et bénignes; ce qui n'est pas en rapport avec la nature du sol, les inondations, la chaleur des étés et suitout la fréquence de la malaria en Finlande Cependant les engorgements viscéraux et les anasarques ne sont pas rares à la suite des effets de la malaria. Dans les provinces russes baltiques de l'Esthonie, de la Livonie, de la Courlande et de Kovno, les fièvres paludéennes occupent le premier rang nosologique et régnent toute l'année surtout en Livonie : fièvres tierces et quotidienne du printemps et de l'automne se compliquant souvent
d'embarras gastrique simple et fébrile, en général bénignes, à formes pernicieuses très-rares. A Dorpat elles sont communes, à Riga, sur la Duna, elles sont encore plus fréquentes sons forme inlermiltente, mais toujours bénignes.
Dans la Russie septeiitiionale les fièvres paludéennes sont très-rares. Cependant en 1856 on observa 286 cas de fièvre tierce dans le cercle de Pélrosawodsk, au bord du lac Onega par le 62*^ degré de latitude nord : huit lurent mortels. Dans les gouvernements de Vologda et d'Arkliangel on rencontra à la même époque quelques fièvres intermittentes sans gravité.
Aujourd'hui la fièvre intermittente est rare en Angleterre ; les comtés de Norfolk, Cambridge, Lincoln, ont été admirablement drainés. Il en existe encore dans le pays de Galles, dans l'île d'Anglesea et de Man. La mortalité par la malaria y est très-faible. Ainsi on peut dire que, si les effets du paludisme étaient trèsprononcés à Londres il y a deux siècles (Sydenham, Morton), cette maladie a presque disparu maintenant du cadre nosologique de la grande cité. En Ecosse elle est encore plus rare, si c'est possible ; on en observe aussi quelques cas dans les comtés de l'ouest, dans ceux d'Ayr, de Renfrew, de Lanark, dans la ville de Paisley (Renfrew), ii Glasgow, à Greenock, à Dundee et à Aberdeen. La mortalité par cause de malaria y est quatre fois moindre qu en Angleterre. Or le climat d'Ecosse est très-humide, mais aussi fort tempéré, sans chaleur élevée. Malgré ses nombreuses tourbières (bogs) l'Irlande est presque totalement affranchie de l'influence du paludisme. Suivant O'Rrieu les fièvi-es paludéennes sont devenues plus rares en Irlande à mesure que les fièvres continues y ont augmenté de fréquence. La statistique mortuaire n'y donne qu'un cas de murt par la malaria sur un million d'habitants : pour l'Ecosse c'est 2 et pour l'Angleterre 9 morts sur la même proportion.
En Hollande l'influence de la malaria est telle qu'elle élève de beaucoup la mortalité d'Utrecht, de la Hollande septentrionale et méridionale, et surtout de la Zélande, eu un mot, de toutes les provinces riveraines de la mer du nord ou du Zuydersee. C'est au printemps et en automne que frappe au maximum la malaria en Hollande. A Middelbourg, capitale de la Zélande, la mortalité paludéenne atteint les 8 millièmes des décès , à Harlem les 7 millièmes , à Groningue les 4, 7 millièmes, à Leyde seulement 1 millième, à Amsterdam les 10,6 millièmes : ce qui démontre que dans la capitale de la Hollande on meurt 60 fois plus de la malaria qu'à Londres. Dans la Zélande les fièvres palustres sont souvent rémittentes et continues. On cite sous ce rapport comme sous celui de la grosse mortalité l'épidémie de 1810, à l'île de Walcheren, sur les troupes anglaises, celle de 1826 qui coûta 2390 morts à la seule ville d'Amsterdam, celle de 1854 qui amena 1060 décès survenus surtout après les chaleurs de l'été. L'épidémie de Groningue de 1826 fut le point de «lépart d'une extension générale très- meurtrière pour tout le royaume. Mais on doit se demander si les irruptions épidémiques que l'on n'a plus observées depuis plus d'un demi-siècle n'étaient pas des fièvres typhoïdes, des typhus, bien plutôt que des affections paludéennes.
La malaria en Belgique, de 1856 à 1860, a occasionné 1696 décès dont 684 dans la Flandre occidentale, et 525 dans la Flandre orientale, soit les deuxtiers du total, 141 dans le Limbourg et 139 dans la province d'Anvers. Elle sévit surtout dans les campagnes, autour des marais, des criques et des prairies palustres. Heureusement que la fièvre raalarienne est plus nombreuse que grave et mortelle dans ces contrées. De l'est à l'ouest la patrie du paludisme
est : Furnes, Dixiiumde, Ostende, Nieuport ; les régions situées au nord et à l'est de Bruges, comprenant Blankenberghe, l'Écluse, Maldeghew ; au nord de Gand se trouvent les criques et les polders des Sas, de Gand, d'Axel, de Hulsl, de (vielprecht, Doel et Galloo. Au Nord d'Anvers mêmes polders, c'est-à-dire mêmes lieux de malaria.
En Allemagne les fièvres intermittentes sont limitées à quelques régions, comme celles de la grande plaine du nord, avoisinanl l'embouchure du Weser, dans l'Oldenbourg, où, pendant l'année 1859, dix médecins en ont signalé l'exi.-tence de 1058 cas dans la ville et le district de Varel. Elles régnent aussi dans les deux Mecklembourg, dans la Poméranie et la Prusse orientale, à Dantzig et à Kœnigsberg. Dans l'intérieur du pays elles se raréfient : on n'en rencontre que quelques cas dans les hôpitaux de Leipzig, de Berlin et de Gcittingue. La Bavière et le midi de l'Allemagne sont peu fiévreux, ainsi que les provinces rhénanes appartenant à l'Allemagne.
Dans l'empire Austro-Hongrois la malaria sévit localement avec une grande intensité {Erlaûtemde Bemevkungea ziir Sanilàts-Karte der Oesterreicliischen Monarchie, Wien, 1861). En Bohème le cours de laMoldau est fiévreux, et pourtant à Prague la malaria ne règne qu'occasionnellement. La Silésie et la Moravie sont peu visitées par les fièvres, excepté sur le cours de l'Oder et de l'Oppa depuis Troppau jusqu'à Bielitz, ainsi que sur les deux rives de la Marche aux fréquentes inondations.
Le cours du Danube est presque partout infecté par les fièvres : cependant depuis son confluent avec la Traun jusqu'à Vienne il n'a presque plus aucune localité insalubre. La capitale elle-même n'en est pas trop atteinte : mais à l'est jusqu'à Presbourg le fleuve est très-malsain, comme du reste il le demeure constamment sur tout le reste de son parcours jusqu'à la mer Noire. Le Tyrol compte quelques localités très-fiévreuses ; la Slyrie et la Carinthie sont les parties les plus malariennes de l'empire. On rencontre encore les fièvres paludéennes sur les frontières de la Hongrie, dans les vallées du Lefen et du Lafnitz, aux environs de Klagenl'urth. La Hongrie est on ne peut plus infectée par les maladies de la malaria. Au sud des Carpathes s'étend une vaste plaine qui est l'une des plus mal lamées de l'Europe quant à la malaria : cette plaine d'ailkurs se continue avec celle de la Basse-Autriche. C'est la plaine de Hongrie si célèbre par ses fièvres malignes de nature paludéenne (fièvres de Dacie, Morbus Hungaricus, etc.), la poustza hongroise.
En résumé : la Gallicie, la Bukowine, la Transylvanie, ne sont visitées par la malaria que dans quelques districts sur le bords des cours d'eau. La Hongrie est tout l'opposé : la malaria y existe presque partout sur le trajet des principales rivières qui sont si nombreuses. En sorte que l'on a proposé de partager ce pays en trois parties à peu près égales : la première, presque indemne de malaria : région très - insalubre sur le cours des rivières et région insalubre qui est plus éloignée des cours d'eau (Lombard). A part les basses régions de la Drave et de la Save, la Croatie, l'Esclavonie, les frontières militaires, la Garniole, l'Istrie et la Dalmatie, n'ont que d'assez rares foyers d'endémie malarienne.
La Russie centrale est une des contrées où la malaria est le plus répandue, dans les gouvernements de Kovno, de Vilna, de Vitepsk et de Mohilev, un peu moins dans ceux de Grodno, de Minsk (marais de Minsk), de Novgorod et de Kiev. Cependant, en allant plus vers le centre et vers l'est, les régions sont
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moins gravement atteintes de malaria : Kursk, Voronetz, Tanibov et Moscou, où les fièvres sont encore assez fréquentes. Les gouvernements de Kostroma et de faroslav n'en comptent presque pas. Les gouvernements de l'est, situés sur le cours des grands fleuves, ont la fièvre paludéenne à l'état endémique : Sirabirsk, Samaia et Kazan. Mais il y a augmentation de la malaria dans la Russie centrale en allant de Lest à l'ouest. Le sud de la Russie est aussi très-sujet à la malaria.
En Friiuce le manque de statistique générale relativement à la mortalité par la malaria ne permet pas de donner des chiffres précis sous ce rapport. On peut cependant avancei- que la France occupe une position intermédiaire, quant au paludisme, entre la Hollande, pays très-fièvreux, et les îles Britanniques, pays presque indemne de malaria. Mais il y existe des régions plus infectées encore de malaria que la Hollande elle-même, comme le littoral méditerranéen, une bonne partie de celui de l'Océan, les Landes, le Bordelais, les Charcutes, la Vendée, l'embouchure de la Somme à un degré beaucoup moindre. L'intérieur compte les régions très-paludéennes de la Sologne et de laBrenne, du Forez, de la Bresse et des Dombes, ainsi que les régions subpyrénéennes.
Bien que la Suisse ne soit pas une contrée à malaria, on observe celle-ci sur le bord de quelques lacs, surtout aux environs du lac de Zurich et de Constance, dans quelques vallées et même sur les lieux élevés entourés de prairies. Mais la fièvre y est cependant toujours assez localisée. A part quelques portions du Tessin, du Haut et du Bas- Valais, la malaria n'est pas endémique en Suisse (Lombard). L'Europe méridionale avec ses péninsules frangées et élégamment découpées dont la bordure forme le littoral du bassin de la Méditerranée est remarquablement féconde en fièvres paludéennes. Le littoral africain au sud, adriatiqueàl'est, et les nombreuses îles méditerranéennes, complètent le système tellurique spécial qui fait des rivages de la mer intérieure du Vieux-Continent l'un des pays les plus fiévreux du globe entier. C'est ce que prouve l'examen rapide suivant :
La ressemblance géologique qui rattache la péninsule Ibérique à la côte africaine qui lui fait face se vérifie à propos de la malaria, notamment pour la région du sud-ouest, la basse Andalousie et le bassin du Guadalquivir, pour les plaines sablonneuses de l'Algarve comme pour le district de Grenade. La malaria règne encore en Portugal au nord du Tage, dans le plateau même des Castilles, au fond des vallées marécageuses et parmi les sables altérés d'Estramadure, à Madrid et Mérida principalement, même sur les hautes chaînes de ces contrées, comme dans la Sierra Guadarrama, sur les côtes sèches et pierreuses de la Galice et des Asturies cantabres, puis dans la région opposée du sud-est, à Valence, à Barcelone, à Malaga, mais pas à Gibraltar. Elle est devome rare à Minorque où jadis on l'accuse d'avoir tant fait de ravages.
Quelques statistiques montrent la fréquence et la gravité de la malaria en Portugal : elle a donné dans l'armée le 100" des maladies et les 12 millièmes des décès, dans la population de Lisbonne les 6 millièmes (Lombard). Si en France et en Espagne les fièvres intermittentes augmentent en allant du nord au sud, le contraire se produit en Portugal. Ce pays a été d'ailleurs visité par huit épidémies de fièvres intermitentes de 1849 à 1860.
Nous connaissons déjà le littoral français fiévreux de la Méditerranée, les rivages bas et sablonneux, mais noyés de marais mixtes, des Pyrénées-Orientales, de l'Hérault, des Bouches-du-lihône avec l'infecte plaine de la Camargue, et les localités malsaines de la côte du Var. Les îles de la Corse et de la Sardaigne
sont entourées d'une lisière maritime de terres devenues presque inhabitables par la violence des fièvres paludéennes.
L'Italie est un foyer classique de malaria : celle-ci est endémique dans la Haute-Italie, dans beaucoup des plaines du Piémont et de Lombardie où l'on cultive le clianvre, le riz, etc., dans les plaines de la Vcnétie, aux enviions de Crémone, de Padoue, de Mantoue, de Venise même. Du côté opposé, elle n'est endémique que sur la côte abiupte de Ligurie ; Gènes est indemne, mais aussitôt commence vers le sud un foyer palustre des plus intenses qui règne sans discontinuité jusqu'à Naplcs. Lesmaremmes de Toscane, les terres incultes du Latium, les marais Poiitins, la campagne de Rome, régions auxquelles on peut joindre la contrée maremmatique de Kaplcs, celle de la terre de Labour et desCalabres, de la Rasilicate et des côtes ioniennes, forment les éléments de l'un des districts marécageux les plus dangereux du globe et les plus feitiles en formes variées de malaria. A l'exception du littoral qui va des bouches du Pô à Rimini où il y a des rizières, la côte orientale de la péninsule est moins insalubre que la côte opposée ; là la malaria est restreinte aux embouchures des petites rivièi'es et aux salines de l'Apulie. En Sicile même développement de la malaria dans les mêmes conditions qu'en Italie, jusque sur les lieux élevés, tandis qu'elle est plus rare sur le rocher de Malte où elle ne sévit que dans les endroits marécageux.
En résumé, on compte en Italie 5 grands foyers de malaria : les maremmes de Toscane, les marais Pontins avec le Latium et la Sardaigne. Plus récemment Sormani a précisé le domaine de la malaria en Italie. La mortalité annuelle, dans douze villes, durant dix ans, par suite d'impaludisme, a été des 10 millièmes. En tête figure Rome avec 46 millièmes (1,51 décès par 1000 habitants); en queue vient Catane avec moins d'un millième; Gênes a 1,55 millième, Naples 10,7 millièmes. Les statistiques militaires de trois ans donnent un résultat analogue. La masse de ces faits démontre que, si la mortalité malarienne est peu élevée dans la vallée du Pô, la mortalité de même cause l'emporte vers le centre et le sud de l'Italie, en Sardaigne et en Sicile. Dans les îles Ioniennes la malaria a pris une remarquable extension et une grande intensité, soit dans les endroits marécageux; soit, comme en Italie, dans les lieux secs et élevé?; elle prédomine surtout à Céphalonie, Sainte-Maure et Corfou.
La Grèce n'est que trop fertile enfièvres de paludisme : celles-ci, parfois trèsgraves et malignes, régnent principalement en Réotie, en Livadie, en Attique et dans les environs d'Athènes, en Locride, aux environs des Thermopyles, en Étoile et Acarnanie, dans le bassin de l'Aspro-Potamos, dans l'Eubée, dans le Péloponèse, près de Corinthe, à Mistra, à Navarin, à Modon, etc., etc., en général sur tout le littoral de la péninsule. D'une façon générale la malaria est prépondérante en Grèce et dans la plupart des lies de l'Archipel, sauf Chio et Salamine, dit-on. A Athènes elle a donné en 1877 les 42 millièmes du total des morts. En Albanie la malaria paraît non moins répandue qu'en Grèce. A Janina il y a prédominance des fièvres quotidiennes et tierces sur la rémittente qui est rare (Schlgefli), contrairement à ce qui a lieu dans les îles lonniennes d'après la statistique anglaise.
La presqu'île des fialkans est infectée par la malaria. Les riches vallées de la Thessalie, de la Macédoine et de la Thrace, les bassins du Pénée, du Vardar, de la Stryma, de la Mesta et surtout celui de la Maritza qui coule au pied même de la chaîne des Balkans, sont désolés par les fièvres paludéennes (Philippopolis
Andrino[)le, etc.). La Roumélie, la Bulgarie, ne sont pas plus salubres sous ce rapport. La Dobrudjcha est demeurée célèbre comme foyer palustre, et les embouchures du Danube sont non moins justement renommées et redoutables. En Valachie et Moldavie (la Roumanie actuelle) il règne, comme aux bouches du Danube, des fièvi'es pernicieuses semblables à celles qui ont été nommées jadis fièvres de Dacie, ainsi que dans quelques localités de la Bulgarie, de la Roumélie et même de la Serbie {voy. Da>'ubie.^.\es [Régions]).
Au demeurant la malaria prédomine avec violence et fréquence, quoiqu'à divers degrés, dans toutes les régions basses du vaste pays qui s'appela jadis la Turquie d'Europe, mais principalement sur les bords de l'Adriatique, de la mer Egée, de la mer Noire, et encore plus sur les rives pestilentielles du Danube. Les régions montagneuses de la Bosnie, de la Serbie, de la Bulgarie, de la Roumélie, de la Thessalie, de la Macédoine et de l'Épire, de l'Herzégovine et du Monténégro, seules en sont indemnes, non toutefois dans leurs hautes vallées qui sont parfois atteintes par l'impaludisme. En Roumanie de mai à septembre sévit la malaria, suitout sur les affluents torrentiels qu'envoient au Danube les monts de Transylvanie. Le pays figure au premier rang des pluspaludéens.
Les fièvres intermittentes deviennent plus fréquentes à mesure que l'on descend du nord vers le sud de la Russie. Elles constituent la maladie prédominante sur les bords de la Yolga, du Don, du Dnieper, principalement à l'embouchure des grandes rivières russes dans la Caspienne, la mer d'Azof et la mer Noire. La Bessarabie, la Tauride, la Crimée et le Caucase, sont des foyers endémiques très-intenses de malaria. Dans le Caucase, au sud comme au nord, dans le Daghestan sur la Caspienne, comme dans les vallées du Kour et du Rioo (ancien Phase), dans le gouvernement de Kutaïs et de Tiflis, en toute saison, mais surtout au printemps et en automne, prédominent des fièvres intermittentes avec des complications bilieuses et des engorgements considérables de la rate et du foie : alors la forme intermittente et régulière fait place à la rémittente accompagnée de symptômes bilieux et typhoïdes.
L'Asie Mineure est bordée de rivages désolés parla malaria, du côté de la mer Noire, depuis Batoum et la vallée du Tscharok jusqu'à Trébizonde et Sinope; dans le golfe d'Ismid, sur la côle des Dardanelles, sur les ruines de l'antique Troie, sur les bords paludéens du Scamandre, aux environs de Smyrne, de Tarsus, d'Adana, et dans toutes les localilés maritimes de la côte sud. Dans l'intérieur de l'Anatolie beaucoup de terres incultes sont ravagées parles fièvres paludéennes. Les hauts plateaux, les environs des grands lacs salés d'Anatolie, les rives des fleuves, les légions de Sivas, de Césarée, etc., sont ravagés par la malaria. Celle-ci règne sur tout le littoral de la Syrie, à Iskanderoum (Alexandrette), Acre, Tripoli, Beirout, Sidon, Tyr, et depuis Jaffa jusqu'à Gazza; dans l'intérieur de la contrée, à Alep où elle est parfois pernicieuse, dans les environs humides de Damas, dans les vallées du Liban, à l'est de Beirout, à Jérusalem et dans les environs. L'ancienne Judée est désolée par les maladies de malaria. La moitié ou \o. quart des malades des hôpitaux sont atteints de fièvres paludéennes.
Une partie de la côte nord-ouest de l'Arabie est un peu épargnée, mais la malaria pi-édominedans leHedjaz, à Yambo, Djeddah, à La Mecque, dans l'Yémen jusqu'à Moka, à Aden où elle se raréfie, pour prendre une intensité et une perniciosité plus grandes dans les districts de Mascate et sur !a côte du golfe Persique. Dans l'intérieur de l'Arabie même règne du paludisme, partout où les eaux des mon-
tagnes s'infiltrent en y croupissant sous les sables stériles, principalement aux environs de Médine et de Mohila, dans la plaine du Téhama, le long de la mer Rouge, etc. Peut-être, d'après Palgrave, le plateau central de la péninsule et le Nedjed sont-ils plus épargnés par la malaria.
La Mésopotamie, le long des fleuves du bas Tigre et de l'Eupbrate, aux environs de Bagdad et de Bassorah, est l'un des plus pestilentiels foyers de malaria. Il est impossible de renchérir sur ce qui a été dit de l'étonnante prédominance de la malaria en Mésopotamie, dans le Kurdistan et même en Arménie. Cependant il est clair que plusieurs fièvres de nature absolument dilférente, les coups de chaleurs, la peste même, ont été, dans ces contrées, rangés de gré ou de force dans la malaria. Aussi bien au nord qu'au sud-ouest et dans l'immense bassin sablonneux et couvert de flaques d'eau saumâtres creusé dans ses régions du centre et du sud-est, la Perse est un réceptable de fièvres palustres graves ; à Téhéran elles sont souvent pernicieuses. Le Béloutchistan et l'Afghanistan, la vallée du Caboul, comme l'immense plaine de sables et les déserts de Thour qui environnent le cours de l'Indus, sont désolés par l'endémicité des fièvres paludéennes graves. Tout le bassin de Sindh, depuis les contreforts de l'Himalaya jusqu'à son delta dans la mer Arabique, est ravagé par la malaria, ainsi que les régions du Penjab et du Cachcmir.
La vallée du Gange est d'une notoriété proverbiale en fait de maladies paludéennes, sauf certains districts, véritables oasis indemnes de malaria, telles que celles de Ludianah,Mirut, Moradabad, Ramapur, Delhi, Bareilly, Muttra,Agra, etc. Depuis Benarès jusqu'aux jungles du delta du Gange et du Brahmapoutre la dynastie des fièvres pernicieuses (fièvres des jungles) règne sans discontinuité. Les vallées de l'Himalaya, du Sikkim, les inextricables forêts marécageuses du Téraï, limite des terres montagneuses expirant avant de se résoudre dans la vallée du fleuve sacré, les immenses plaines du bassin du bas Brahmapoutre, sont non moins éprouvées par le fléau commun des plus fertiles contrées de IHindoustan. La côte orientale du Dekkan est un peu moins malsaine vers le milieu de la péninsule oii les plaines sont plus élevées, mais au nord et vers le sud de la presqu'île elle redevient très-fiévreuse (Présidence de Madras). La Présidence de Bombay et la côte du Malabar sont encore plus maltraitées par la malaria, à cause sans doute de la sinuosité du rivage bas et humide, semé de lagunes salées et couvert de rizières et de bois marécageux.
L'immense plateau du Dekkan lui-même, compris entre les monts Windhya au nord et les deux chaînes des Ghattes à l'est et à l'ouest, composé d'un terrain granitique sec, parfois nu, couvert d'une épaisse couche de trapp noir, ne semble pas favorable au développement de la malaria. Cependant celle-ci yrèo^ne dans les vallées riches en humus ; sur les hauteurs elle y est bien connue sous le nom de Hill fevev ou fièvre des hauteurs, remarquable par sa fréquence et sa malignité, principalement sur les plateaux du Mysore. A Ceylan les fièvres palustres ont acquis un développement et une perniciosité vraiment extraordinaires qui ne peuvent être comparés qu'aux caractères analogues des fièvres de l'Inde occidentale et de la côte ouest de l'Afrique. On les trouve dans l'île partout dans les localités sèches du littoral comme sur les montagnes (Hill-fever).
En résumé, la malaria joue un rôle prédominant dans l'empire indien ; on la rencontre aussi bien au pied de l'Himalaya et dans les vallées qui en descendent que dans les vastes plaines des provinces centrales du Bengale et du Dekkan mais surtout dans les deltas des principaux fleuves (Lombard).
256 GÉOGKAPIIIE MÉDICALE.
L'Inde postérieure n'est suffisamment connue sous le rapport de la maladie qui nous occupe que dans les régions soumises à la domination anglaise ou française, sur la majeure partie de la côte est du golfe de Bengale, à Singapour, dans les possessions françaises de Cocliinchine, dans le vaste bassin du Bas-Cambodge, qui est bien l'un des foyers les plus intenses de malaria que l'on connaisse. La grande vallée du Tonquin ne le cède pas à l'Indo-Chiiie en énergie et en diffusion du poison paludéen. La Malaisie entière, Sumatra, Java, Boi'nco, les Moluques, les Philippines, etc., sont de semblables berceaux de l'endémie palustre.
Le littoral sud-est de la Chine que nous connaissons par les principales villes de commerce, Canton, Hong-Kong, Amoy, Chusan, Shanghaï, n'est dépassé en malignité et en fréquence de maladies fialustres que par celui de la côte ouest d'Afrique. Suivant A. Hirsch, d'ailleurs, ces deux terres riveraines ne différeraient entre elles que par des conditions en apparence opposées, il est vrai, mais produisant les mêmes effets, c'est-à-dire qu'en ce que la côte africaine est couverte de forêts séculaires, tandis que la côte chinoise est soumise à une culture constante et régulière. Tout cela ne semble pas suffisamment clair, à moins d'admettre avec Hirsch que les analogies des agenis météorologiques et du climat n'exercent la même influence sur la production de la malaria. Ce qu'il y a d'assez remarquable sur la côte chinoise, c'est que le paludisme est aussi malin sur les roches élevées de l'îlot de Hong-Kong que sur les rives plates et les terres noyées du Yang-tse-Kiang. Cependant il ne faut pas exagérer jusqu'à dire que la malaria prédomine dans toute la Chine (Lombard).
Les fièvres paludéennes existent au Japon, surtout dans l'île Kiou-Siou et dans le sud ; elles n'y sont peut-être pas communes. L'état de la Corée est inconnu sous ce rapport. On ne signale pas de fièvres de malaria au Kamtchatka. Dans les provinces de l'Amour, elles ont été observées à xMarûnsk oij le sol est marécageux, pas à Nikolajev.
En Sibérie, très-rares dans le nord, elles se montrent vers le sud, dans les gouvernements de Tobolsk et les environs d'Omsk. Les steppes de la Sibérie méridionale sont aussi visitées par elles au printemps et en automne. Elles sont fréquentes, mais pas graves, dans la Transbaïkalie, à Irkoutsk et sur le lac Baïkal. Elles sont communes dans la Sibérie orientale, chez les Ochotz (59 degrés delatiludenord). Enfin on les rencontre dans les gouvernements les plus septentrionaux de lénisséisk et de Iakoutsk, bien au delà du 60^ degré de latitude nord, qui n'est donc pas la limite nord de la malaria (A. Hirsch).
Le Turkestan et les vallées du Syr et de l'Amou-Daria sont peu connus, mais il est probable qu'ils récèlent plusieurs foyers de paludisme très-intense.
L'Australie n'a, principalement dans la partie du sud-est, que des fièvres paludéennes modérées et en petit nombre. Elles existent un peu plus vers le nord, dans la presqu'île du cap York (Bourse). La Tasmanie en serait vierge, ainsi que la Nouvelle-Zélande, malgré les innombrables marécages qui existent dans ces îles. On connaît la rareté proverbiale de la malaria dans les iles de la Polynésie, de la Mélanésie et de la Micronésie. A la Nouvelle-Calédonie les fièvï-BS palustres sont si rares que c'est à peine si l'on en a constaté quelques cas dans ces dernières années (Lacroix, Rapport manuscrit). On les aurait observées aux îles Tonga ou des Amis (Ellis, en i 836). Wilson avance qu'il en a vu ime épidémie fort maligne à Taïti. Mais, en présence d'observations rigoureuses et longtemps continuées des médecins de la marine française qui pratiquent dans
cette île (Gallerand, Aze, Cliassaniol et Guyol), il est bien difficile de ne pas croire à une erreur de diagnostic de Wilson, car, de l'avis unanime des médecins précités, on n'observe pas un seul cas de fièvre palustre développée dans le pays, soit sur les Européens, soit sur les indigènes. Les îles Sandwich et Samoa sont également exemptes de la malaria; il eu est de même du groupe des Fidji (Messer).
Le continent africain est la région la plus féconde de tout le globe en fièvres paludéennes, et dans celte vaste étendue c'est la côte occidentale depuis la Sénégambie jusqu'au golfe de Guinée qui est le plus intense foyer de malaria. L'archipel du Cap Vert, celui du golfe de Guinée (Fernando-Po, Principe, Saint- Thomas, etc.), sont compris dans cette région éminemment fiévreuse. Sur la côte de la Sénégambie, de Sierra-Leone, de Libéria, depuis le cap Palmas jusqu'au fond de l'estuaire du Gabon, sur les côtes des Graines, des Dents et d'Or (côte de Guinée), sur le littoral de Grand-Bassam et d'Assinie, des Ashanti, du Dahomey, du Bénin, y compris le grand delta du Niger et celui du vieux Caiabar, partout le rivage bas et sablonneux s'enfonce lentement sous les eaux de la mer, de façon qu'au large le navigateur ne peut pas distinguer nettement où commence et où finit l'un ou l'autre élément. Le phénomène de la barre mêle éternellement les flots salés aux sables amoncelés du rivage avec grand fracas, et deirière ce premier mélange de la terre et des eaux s'allon;?ent parallèlement à la côte des bandes de terre argileuse remplies de débris de la végétation et couvertes de palétuviers, alternant avec des lagunes et des marigots d'eau saumâtre. C'est ainsi que sur une épaisseur de plusieurs lieues s'étend une lisière ininterrompue de marais salés, vrais laboratoires de la malaria la plus intense et la ;>Ius pestilentielle qui existe dans tout le globe. L'atmosphère répond à ce triste aspect de la terre : près de l'Equateur, au sud des Guinées, le ciel est presque toujours obscurci par l'anneau équalorial des pluies, des calmes et des orages, connu des marins sous le nom de zone des calmes ou potau-noir.
On a représenté la côte sud d'Afrique, qui s'étend du cap Lopez à Saint-Paul de Loanda etàBenguela, comme faisant un heureux contraste avec la précédente et par l'aspect du rivage plus élevé, du sol et de la végétation, et par le bleu du firmament qui a remplacé le sombre manteau de nuages et de pluies du ciel des Guinées (A. Hirsch). Sans doute le sol du littoral s'élève à partir de l'embouchure insalubre de l'Ogo-Waï, sur la côte de Loango et aux approches de Loanda, mais il est coupé de nombreuses petites rivières, il est interrompu par le vaste bassin du Congo ou Zaïre, qui est l'un des estuaires les plus malsains de toute la côte.
Le reste de la côte méridionale n'est pas connu. On a avancé que la région du Cap jouissait d'une immunité presque absolue, ainsi que les îles de Sainte- Hélène, les îles MaJ^careignes, Maurice et la Réunion (A. Hirsch). Si le fait demeure vrai pour la colonie du cap de Bonne-Espérance, il est loin d'en être ainsi pour les deux grandes îles Mascareignes qui sont, depuis quelques années surtout, ravagées par les fièvres paludéennes très-graves.
La côte sud-est de l'Afrique, depuis la baie de Delagoa jusqu'à celle de Mozambique, y compris l'embouchure du Zambèze et du Limpopo, les rivages bas et marécageux de Madagascar, les îles de l'archipel des Gomores (Mayotte, Johanna, Slohila, etc.), tous ces parages maritimes sont inhabitables pour les Européens à cause de la fréquence et de l'intensité des fièvres palustres. La cote
DICT. ENC. 4" 8. Vin. \1
et l'île de Zanzibar sont non moins fiévreuses ; on ne connaît qu'imparfaitement le littoral africain de la côte nord-est et du cap Gardafui.
L'Abyssinie se distingue naturellement en deux parties, l'une basse, comprenant les l'ives des fleuves, principalement du Mareb, et les vallées humides où l'on observe des fièvres palustres graves et parfois pernicieuses, l'autre montagneuse où il suffit de se transporter pour guérir des accès ; à une altitude de plus de 2000 mètres on ne constate plus de fièvre paludéenne { Aubert-Roche) . La côte ouest de la mer Rouge, surtout le district de Massawa, est également trèsfiévreuse. La Nubie est un foyer palustre sur les bords du Nil là où celui-ci déborde en inondations, comme à Dongola, à Kbartoum, dans le Sennaar, au confluent des deux fleuves. Sur les hauteurs et dans les lieux secs la malaria y est très-peu fréquente.
Quant à l'intérieur même de l'Afrique, il est trop peu connu pour que l'on sache quel est le degré de salubrité ou d'insalubrité de ce vaste territoire relativement à la rareté ou à la fréquence de la malaria. On a signalé comme trèsfiévreux les environs du lac Tchad, les grands bassins du Niger, du Haut-Gongo et de Zanzibar, mais les documents précis nous manquent sur l'état du centre de l'Afrique.
On peut cependant considérer comme important l'accord des témoignages des voyageurs tels que Livingstone, Rarth, Schweinfurt, Stanley, etc., unanimes à dénoncer la pernicieuse h'équence de la malaria dans les régions visitées par eux au centre de l'Afrique.
En É"ypte comme en Nubie la malaria n'est commune et grave que dans les régions basses où le Nil fait subir des inondations de longue durée, comme dans la dépression du Fayoum où les fièvres périodiques sont endémiques ; elles sont assez rares au Caire, mais leur foyer de prédilection bien connu est le delta de la Basse-Égypté. Le Fezzan et les oasis situées à l'ouest de l'Egypte sont infectés de malaria. Celle-ci existe, mais pas très-fréquente, dans les autres oasis du Sahara africain.
L'Algérie est la terre classique du paludisme qui y existe à l'état endémique non-seulement sur le littoral de la Méditerranée, mais aussi dans les vallées et sur les hauteurs de l'intérieur, et principalement sur les pentes méridionales de l'Atlas, dans les oasis du Sahara algérien. La province d'Oran est la moins fiévreuse, celle de Constantine est la plus éprouvée par les flèvres graves et pernicieuses, celle d'Alger tient à peu près le milieu. Nous rappellerons que le rivage sud de la Méditerranée entier, depuis la limite de la Syrie jusqu'à la côte ouest du Maroc, est le théâtre de nombreux et intenses foyers de malaria qui le rendent encore beaucoup plus insalubre que le rivage opposé formé par les péninsules européennes.
Les principaux foyers des fièvres palustres dans les États-Unis du Nord-Amérique sont les côtes riveraines du golfe du Mexique, le Texas, la Louisiane, le Mississipi, l'Alabama et la Floride, les prairies immenses de l'ouest du Mississipi, ainsi qu'une grande partie des États voisins des grands lacs du nord. Les vallées du Mississipi et de ses affluents, du Colorado, du Rio del Norte, de la Colombie ou Orégon, les vallées profondes, qui descendent des Monts-Rocheux ainsi que des AUeghanys vers le Mississipi, sont encore des régions de malaria. Celle-ci se trouve aussi localisée dans quelques États dits du centre ou du milieu vers la côte Atlantique, Tennessee, Kentucky, Ohio, etc. Elle est rare dans les États compris dans la Nouvelle- Angleterre, dans le Canada, dans les territoires
situés autour de la baie d'IIudson; le Groenland et l'Amérique ci-devant russe sont indemnes de paludisme.
Dans cette vaste région les principaux foyers de malaria sont : le Texas, l'état et toute la vallée de l'Arkansas près des bords duquel est situé le fort Gibson surnommé la Maisonmortuaire de l'armée de l'Union, tout le territoire de la rive occidentale du Mississipi jusqu'au Missouri ; la Louisiane, la Floride et la Géorgie jusqu'à Savannah. A partir de ce point la côte Atlantique devient moins insalubre. La grande plaine des Prairies qui du Missouri s'étend jusqu'aux pentes occidentales des AUeghanys en passant par l'Iowa, le Minnesota, le Wisconsin, le Micliigan, l'illinois, l'indiana et l'Ohio, sur une étendue de plus de 45 degrés de longitude, offre une vaste arène aux fièvres de malaria, quoique moins malsaine dans les régions du nord comme l'Iowa, et très-insalubre, au contraire, comme dans rindiana et l'Obio, où cependant la culture et les défrichements ont produit des améliorations déjà sensibles (A. Hirsch). L'assèchement et les cultures ont donné les mêmes résultats avantageux pour plusieurs localités jadis mar^ cageuses de l'État de New-York.
11 n'y a que peu ou pas de malaria sur les rives du lac Supérieur, sur la presqu'île du Saut-Sainte-Marie; vers Chicago et sur le lac Michigan elle apparaît assez fréquente; en général elle ne remonte guère à l'état endémique au delà du 43'= ou du k¥ degré de latitude nord dans ces régions qui cependant, bien au delà du côté du nord, sont semées et comme noyées de marécages.
Dans le bassin intérieur du Noi'd-Amérique Kingston par 44 degrés et pour le littoral Atlantique Halifax par 44°, 39 marqueraient la limite extrême du règne endémique des fièvres paludéennes, suivant A. Hirsch.
Du côté de l'Atlantique, la malaria se montre encore à New- York, aux embouchures de la Susquehannah, du Delaware ; elle sévit malignement sur la côte de Virginie jusque sur les lieux secs et élevés, dans la plaine sablonneuse et marécageuse de la Caroline du Nord, ainsi que dans la Caroline du Sud jusqu'à Charleston.
Du côté de l'océan Pacifique la malaria remonterait beaucoup plus haut, puisqu'elle règne à la Nouvelle-Arkangel, par 57 degrés de latitude nord; il est du moins certain qu'elle a désolé l'embouchure et le bassin inférieur de l'Oré^on ou Colombie (forts Vancouver et Victoria, par 45 et 46 degrés latitude nord). Elle y ravage aussi bien les indigènes que les soldats de l'Union (Gairdner, Simpson). En Californie la malaria est presque limitée aux vallées du Sacramento et du Sau-Joaquim ; cependant elle atteint les mineurs de l'intérieur occupés à remuer des terres vierges (fièvre tellurique). Le sud du rivao^e californien est généralement exempt d'endémie malarienne.
En résumé : le sol des États-Unis paraît fécond en malaria pour deux causes • 1" l'existence de nombreux terrains marécageux; 2" la vaste étendue des défrichements. Enfin il convient d'y joindre un quid ignohmi qui fait que l'Amérique du Nord, depuis le golfe mexicain jusqu'aux grands lacs, est le pays tempéré et à latitude égale le plus malarien du globe. Le coefficient de la mortalité due à cette cause n'a pas été moindre des 24 millièmes en 1870, et cependant ce chiffre accuse une notable diminution sur les années précédentes.
Au Mexique les fièvres malariennes atteignent une grosse gravité sur le littoral des deux mers, dans les terras calientes, sur les côtes du Yucatan de Tabasco de la Vera-Cruz, et du côté de l'ouest, sur les côtes des États d'Oaxaca de Mexico, de Xalisca et d'Occidenle, principalement aux environs des ports et' des
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mouillages d'Acapulco, de San Blas et de Mazatlan, où elles prennent un caractère de liaute malignité. Les vallées humides et les bords des rivières des terras templadas sont aussi le siège de nombreux loyers palustres. Enfin sur le plateau même de l'Analiuac (ferras frias), dans la vallée de Mexico et ailleurs, on rencontre des fièvres intermittentes, quoique rarement, et même quelques fièvres rémittentes qui ne seraient pas sans gravité. Dans le Centre-Amérique la dynastie des fièvres palustres est d'ordinaire limitée aux bords plats et marécageux des cinq petits États qui s'y trouvent rapprochés ; elle règne depuis Aspinwal jusqu'au nord du cap Gracias à Dios sur la côte Atlantique; sur le rivage occidental, depuis Panama jusqu'au Guatemala. Sur les hauts plateaux du centre les fièvres malai'iennes sont plus rares et bénignes. La côte orientale du Centre-Amérique est bien plus malarienne que l'occidentale, et elle peut être comparée sous ce rapport avec les Guyanes et la côte occidentale d'Afrique. L'établissement du chemin de fer de Panama y a révélé une intensité inouïe de l'impaludisme.
Les nombreuses îles du golfe ou mieux de la mer des Antilles ont une réputation bien connue d'insalubrité due à la fréquence et à l'intensité de la fièvre paludéenne qui les désole grandes et petites, sauf quelques-unes comme Antigoa, Saint-Vincent et la Barbade, qui sont sèches et dépourvues de marais. La malaria est le trait caractéristique et dominant de la pathologie du blanc dans les Antilles. Mais est-il vrai que les races colorées en soient plus éprouvées qu'ailleurs (Lombard) ?
Les Guyanes sont aux fièvres paludéennes comme une seconde côte occidentale d'Afrique. Les côtes du Venezuela et de la Colombie, les bassins marécageux, mais presque déserts, de l'Orénoque et de ses nombreux affluents, sont des régions éminemment palustres et fébrigènes. Au Brésil les fièvres malariennes sont aussi répandues que diverses et malignes; elles sont l'un des plus grands fléaux de la santé dans ce vaste pays. Elles régnent sur tout le littoral Atlantique, surtout aux environs de Rio-de-Janeiro, dans la plaine de Campofrio, dans les marais des provinces de Matto-Grosso, du Para, de Piauhy et de (ioyaz ; elles sont moins pernicieuses à Bahia, Fernambouc, Saint-Paul, Sainte-Catherine et Rio-Grande. Il y a longtemps que l'on a signalé le gâteau splénique des Indiens qui habitent le haut cours des rivières brésiliennes (Martius, Aug. Saint-Hilaire).
Il n'y a rien à dire du bassin aussi immense que peu connu de l'Amazone et de ses affluents, sinon qu'il est probablement le plus grand laboratoire de la malaria.
Dans l'Equateur et la Bolivie les fièvres palustres se montrent non moins communes et non moins graves. Au Pérou les vallées profondes occidentales et les plaines palustres inondées par la mer et par les pluies descendues des montagnes, particulièrement à Arica, Camana, Pisco, Callao et Lima, sont communément fréquentées par les fièvres palustres ; celles-ci sont plus rares au nord de Lima, mais elles régnent avec prédominance sur les hauts plateaux des Sierras, non-seulement dans les vallées humides, mais encore elles envahissent les hauteurs sèches. Elles sévissent à leur summum d'intensité sur le versant oriental des Andes où la saison des pluies amène la création de marais et de terres inondées. Suivant Tschudi, Lombard, la malaria serait inconnue sur les hauts plateaux du Pérou et de la Bolivie ; mais d'après Hamilton, A. Hirsch, etc., elle y serait commune. Le fait est que l'on ne connaît pas suffisamment la pathologie de ces régions pour pouvoir se prononcer là-dessus. Le Chili, jadis indemne de malaria, dit-on, a vu apparaître cette endémie depuis i851, particulièrement
à Valparaiso (A. Hirsch). Mais depuis les nombreux mcdecins delà marine française qui ont séjourné dans ce pays ont pu s'assurer que la malaria est fort rare au Chili et qu'elle y est presque inconnue dans l'intérieur.
La région orientale de l'Amérique du Sud a longtemps passé pour être exempte complètement de la manifestation de fièvres paludéennes (A. Hirsch), sauf quelques provinces comme celles de Corrientes, de Tacaman et l'Uruguay. Mais pendant la saison chaude de l'été la malaria fait de grands ravages sur les bords du i^arana et de l'Uruguay; en 1868 et 1869 elle a frappé gravement les équipages de la Décidée et des canonnières anglaises et italiennes qui avaient remonte les rivières. Les fièvres de malaria de diverses formes et de divers types ont été les endémies qui ont prédominé dans l'armée et la marine des alliés, sur les troupes brésiliennes pendant la guerre de 1868-1869. Ainsi les événements récents ont démontré l'erreur qui avait accrédilé l'imniunité de cette vaste contrée vi^-à-vis du paludisme (Bourel-Roncière). Quoiqu'il en soit, les fièvres de malaria sont très-rares à Montevideo et à Buenos-Ayres et dans leurs environs. Au-dessus du 50* degré de latitude austialc. la malaria est fort exceptionnelle dans l'Amérique du Sud.
La Patagonie et les Terres magellaniques, d'ailleurs peu connues, ne possèdent probablement pas la malaria.
Ce serait ici le cas d'examiner les épidémies de fièvres de malaria. A. Hirsch et Gendrin en ont donné un résumé embrassant les deux ou trois derniers siècles, depuis celles que signala Sydenham jusqu'à celles qu'observèrent Sarcone à Naples (1764), Lincisi à Rome (1695) et Bakker à Groningue (1825-1826). On ne peut dire qu'une chose, c'est que plusieurs de ces épidémies sont inconnues dans leur nature et que d'autres furent sans doute des maladies typhoïdes.
Jetons un coup d'œil maintenant sur la prédominance spéciale des principales formes de la fièvre paludéenne suivant leur distribution géographiiiue.
La fièvre intermittente simple a pour domaine principal la région des zones tempérées et froides où les aulres formes de la malaria ne régnent qu'accessoirement ; dans les pays tropicaux et subtropicaux elle occupe des localités isolées, les altitudes et les hauts plateaux comme au Pérou, au Mexique, au Texas ; l'Australie et quelques localités tempérées lui sont favorables, comme les hautes plaines d'Espagne, le sud de la France, les régions montagneuses de l'Italie, de la Turquie. Son empire européen comprend principalement la Bohême, la Silésie, la Galicie, les Marches, le nord de l'Allemagne, la Pologne et les provinces baltiques russes, le Danemark, la Scandinavie, l'Angleterre, la Hollande, la Belgique et le nord de la France. Dans l'Amérique du Sud, elle est limitée à quelques régions peu étendues du nord-est de la Plala et sur les montagnes du Pérou. Son domaine asiatique est beaucoup moins connu.
La fièvre rémittente passe pour une maladie spéciale à l'hémisphère occidental du monde (A. Hirsch). Dans l'Ancien-Monde la patrie de la fièvre rémittente existe sur presque toute la côte occidentale d'Afrique, depuis le Sénégal jusqu'au Congo, dans les régions tropicales de la côte orientale, à Maurice, Bourbon, Madagascar, les Comores et Zanzibar; elle comprend la vallée du Nil, le Darfour, les côtes d'Arabie, les côtes de Syrie, d'Asie Mineure, de la mer Noire, les steppes de la Russie, les rives empestées du Bas-Danube, la Hongrie (lues Pannoniae), les provinces danubiennes, les côtes de la Roumélie, de la Grèce, de la Dalmatie et de l'istrie, celles de la haute Adriatique, de l'Italie
occidentale et de la Sicile, les rivages des îles Ioniennes, de la Sardaigne et de la Corse, de la Péninsule ibérique.
Avec les côtes palustres du Maroc, de l'Algérie, de Tripoli et du delta égyptien où règne non moins endémiquement la fièvre rémittente, nous avons parcouru le littoral de la Méditeri'anée, qui peut être regardé comme l'un des foyers les plus intenses et les mieux localisés de la lièvre rémittente que tous les observateurs y ont signalée et déciite sous divers noms, parfois sous la désignation expressive de fièvre de la Méditerranée. La fièvre rémittente sévit encore au nord de l'Europe, en France dans les Gharentes, dans la Bresse, parfois en Sologne, dans certains districts de la Belgique et de la Hollande (dans laZélande), dans les Frises, le Ilolstein, etc.
En Asie la fièvre rémittente prédomine dans la Mésopotamie, la Transcaucasie, les hautes terrasses de la Perse, l'Inde antérieure et postérieure, dans la Malaisie et les régions fiévreuses de la Cochinchine et du sud-ouest de la Chine. L'Amérique du Nord est la vraie patrie de la fièvre rémittente endémique, qui prédomine surtout sur les rives des grands lacs, sur les bords marécageux des rivières du sud, sur le littoral de l'Atlantique et du golfe du Mexique, dans les prairies de l'ouest, dans les États du sud, du sud-est et de l'est, et même, suivant quelquesuns, jusque dans le nouveau Brunswick. Cette fréquence de la forme rémitteote de la fièvre malarienne dans le Nord-Amérique dépose contre l'opinion qui consiste à la regarder comme plus particulièrement propre aux basses latitudes.
11 s'agit maintenant de tracer l'aire approximative de lu fièvre paludéenne dite pernicieuse. On sait bien qu'il n'existe pas une fièvre particulière, soit par sa nature, soit par ses symptômes, soit par sa cause, que l'on puisse exactement définir comme uniquement et spécifiquement pernicieuse, car la fièvre intermittente, comme la rémittente ou la subcontinue, peut devenir pernicieuse. La perniciosité n'est qu'un effet, un résultat, non une forme ni une cause essentielle de la malaria. Cependant au point de vue de la clinique, fièvre pernicieuse veut dire manifestation grave ou très-grave de la fièvre paludéenne, et ainsi compris ce terme est à conserver.
La fièvre pernicieuse accompagne donc les formes précédentes ; on la rencontre principalement à la côte occidentale d'Afrique, à Madagascar, à Zanzibar, aux Comores, à Maurice dans ces derniers temps, en Algérie, au sud comme au nord de l'Atlas, en Egypte et en Nubie, en Abyssinie dans les terres basses, dans l'Amérique du Sud, au Brésil et dans les Guyanes, dans l'Amérique du Nord, sur le littoral du golfe du Mexique, dans les Antilles, les terres basses du Mexique, les provinces du sud et du sud-est des Etats-Unis; en Europe, en Corse, Sardaigne, Sicile, Italie, en Hongrie, sur les rives du Bas-Danube, en Turquie, en Crimée, en Asie Mineure, en Syrie et en Palestine, dans la Perse, l'Inde, rindo-Chine, dans le sud de la Chine et de la Malaisie.
Il nous reste à examiner sommairement quelques problèmes relatifs aux causes géographiques des manifestations de la malaria.
1" Voyons d'abord si la latitude géographique exerce une influence sur le type des fièvres de malaria, si cette influence se traduit par la fréquence dans les hautes latitudes des fièvres intermittentes à type long, tierce ou quarte, et dans les pays chauds par la même fréquence des types courts, quotidiens et rémittents. Contre cette manière de voir Griesinger avait invoqué un grand nombre d'exceptions tirées des localités paludéennes. L. Colin au contraire, à l'appui de cette doctrine, a dressé le tableau suivant, dont il a emprunté les éléments à 1
statistique générale de Vienne (1855-1862), à celle de l'Algérie (1842), et pour celle de l'Inde au livre de Ranald Martia (1856) :