OBSERVATEURS
EUis.
Wiuterhottom.
Wehh et Goodeve.
Rigler.
Marc (d'Espine).
Douchacourt.
lîacihoisky.
Rohcrtsou.
Lebrun.
Faye.
Wislrand.
Wrcllinliii.
2" Pour l'influence du milieu social, du régime alimentaire, de l'éducation, des mœurs, de la classe sociale, du séjour à la ville et à la campagne, de l'hérédité voy. Menstruation.
Nous n'avons rien non plus à ajouter à ce qui a été dit à cet article sur la ménopause. Les renseignements manquent sur ce point complètement aux particularités suivant les races, les climats et autres circonstances géographiques.
Sur la distribution géographique des dysménorrhées, aménorrhées, catarrhes de Vutérus (flueurs blanches) ou leucorrhées, les diverses lésions or'ïaniques de l'utérus désignées synthétiquement sous le nom de mélrites les changements de position et de conformation de l'organe gestateur, etc., on ne possède que des données très-incomplètes. Cependant on a signalé depuis longtemps la grande fréquence de la leucorrhée chez les populations riveraines de la Méditerrannée, en Algérie, en Egypte, dans la basse Italie, dans l'Asie antérieure dans les provinces sud de l'Amérique du Nord, en Californie, à Monterev (King), etc. Sous les tropiques la fréiiuence de l'aifection serait encore augmentée ; ainsi à Cayenne (Bajon), aux Antilles et dans l'Inde asiatique (Tilt, 1860), en Chine, au Brésil, à Maurice, aux îles Sandwich, au Pérou (Tschudi), et o-énéralement dans la majeure partie des régions tropicales. En Italie la mortalité due aux maladies des organes génitaux de la femme (à l'exclusion des maladies puerpérales et syphilitiques) ont donné le chiffre des 5,5 millièmes; soit 0 18 pour 1000 habitants. L'Angleterre et Londres ont fourni de 0,07 à 0,05 sur iOOO : Bruxelles, 0,06; Paris, 0,15. Plusieurs villes d'Italie ont donné des chiffres très-divers comme Mantoue (0,50 pour 1000), Milan (0,43), Catane (0,22); Livourne (0,05) et Turin ont fourni les chiffres minimums (Sormani). Ajoutons que ces statistiques ne sont que très-provisoires.
E. IIïDROGÈLE. Les renseignements sont très-brefs sur la distribution de cette lésion de la tunique testiculaire. Tout d'abord nous reconnaissons que sa fréquence va en augmentant du nord au sud de la terre ou des pôles vers l'équateur. Déjà la maladie est plus fréquente dans le sud de l'Europe que dans le nord* principalement en Espagne, à Malte, en Turquie (Rigler), en Syrie, en Asie
Mineure et sur le littoral mediterrane'en de l'Afrique, en Algérie, en Egypte, de même que sur les côtes orientale et occident;ile du continent africain. Même fréquence en Asie, dans l'Inde, dans l'Indo-Cliine, dans la Malaisie, principalement dans les archipels de Riow et de Lingga (Overbeek de Jlejer), en Australie, en Polynésie, notamment à Taïti (Bennett) et en Nouvelle-Calédonie (de Rochas).
L'Amérique Iropicale est également le lieu de prédilection de l'hydrocèle, qui devient commune aux Guyanes (Segond), an Brésil (Weddel), à Riode-Janeiro, et surtout à Bahia oii elle constitue un accident vraiment endémique (Sigaud).
On a vainement recherché les canses de cette affection dans les divers éléments du climat, tels que l'élévation de la températnre, les variations brusques de la chaleur, etc. Les races et les nationalités ne sont que des facteurs peu énergiques sur sa production. Pourtant elle atteint de prétérence les indigènes et les Européens déjà acclimatés. Nous savons qu'aujourd'hui il est question de la rattaclier peut-être dans quelques-unes de ses formes, à une cause parasitaire.
F. Maladies de quelques orgakes de l'appakeil digestif et de la cavité abdominale. Nous n'aA'ons que peu de statistiques sur les maladies des organes de la digestion et de leurs annexes considérées in globo. On sait cependant que la dîme mortuaire prélevée de ce chef est de 2,20 sur 1000 habitants en Angleterre, de 2,62 à Paris (pour o ans), et d'environ 4,43 à Bruxelles. En Italie la proportion est la plus élevée : elle atteint près de 10 sur 1000 à Cutané, 6,7 à Messine, 5,18 àTurin, 5,25 à Gênes, 4,44 et 4,30 à Milan et Venise et un minimum de 2,94 à Rome : soit une moyenne de 4,75 pour 1000 ou encore les 144 millièmes du total des décès. Ces chiffres si gros, seraient dus surtout à l'entérite et à la gastrite meurtrières dans la première période de la vie (Sormani).
Des hernies du bas-ventre. Les hernies du bas-ventre (inguinale, crurale et ombilicale) n'ont été l'objet que de fort peu d'attention de la [art des observateurs des contrées exotiques par rapport à l'Europe. Dans celle-ci nous savons que les hernies sont d'une extrême fréquence en Bohême, en Moldo-Valachie (Roumanie) oîi elles atteignent le 1/45^ de la population et en Suisse; elles sont d'une fréquence moyenne en France, un peu plus communes tlans les Vosges, dans la Haute-Auvergne; elles sont d'une fréquence hors ligne en Sicile, à Malte, en Grèce, surtout en Turquie (Bigler). En France il y aurait 55 conscrits sur 1000 atteints de hernie i^Chervin), En Italie la proportion serait de 20,8 sur 1000, en Corse de 16,8 comme en Sardaigne, et à Nice de 28,4 (Sormani). Nous manquons de renseignements précis sur l'Asie postérieure, l'Inde et la Chine. Les nègres de l'Afrique sont extrêmement sujets (et principalement les enfants) à la hernie ombilicale. Les hernies ne sont pas rares en Amérique, sur la même race et sur la race américaine, au Brésil par exemple. Enfin elles se rencontrent en Polynésie, comme aux îles Fidji et en Nouvelle-Calédonie (de Rochas).
Maladies de l'estomac. L'inflammation aiguë, subaiguë et chronique de la muqueuse gastrique (catarrhe aigu et chronique de l'estomac), ainsi que les ulcères, les gastralgies et névroses de l'estomac, constituent des maladies trèsfréquentes de cet important organe.
Voici ce que l'on sait sur les inflammations et catarrhes gastriques. Le catarrhe aigu et subaigu de l'estomac est une maladie fort commune dans les régions intertropicales où elle alfecte une pi'édominance bien marquée. C'est en quelque sorte une maladie climatérique des pays chauds. Avec le catarrhe de l'intestin et les flux bilieux de ces contrées, elle constitue une sorte d'affection endémique
bien connue et souvent observée par les médecins de ces contrées. Ainsi la distiibution géograpliiques des aflections aiguës de l'estomac dans les pays chauds n'est autre que celle de la dysenterie et de la diarrhée des mêmes pays (voy. Géographie médicale de ces maladies^), avec lesquelles elle s'associe d'ailleurs très-fréquemment.
Dans les pays tempérés ou à vicissitudes brusques de température, la gastrite aiguë se montre périodiquement aux changements de saisons, comme au début du printemps et de l'automne, et parfois pendant les chaleurs de l'été. Elle se comporte encore dans ces pays comme dans les climats chauds, en affectant plus ou moins les caractères d'une maladie saisonnière.
Le catarrhe chronique ou gastrite chronique n'est pas, à proprement parler, une maladie climatcrique, quoiqn'on l'observe plus spécialement dans les contrées suivantes. li se rencontre comme maladie prédominante dans plusieurs districts (le l'Allemagne, notamment dans les montagnes de la Saxe, dans le Wurtemberg, en Suisse surtout aux environs de Zurich. Mais nulle part il n'est aussi commun que dans le nord de l'Europe, en Suède, en Russie et sur les côtes riveraines des mers du Nord et de la Baltique. En Suède, Magnus IIus en a fait ressortir la fréquence et l'intensité avec une éloquente vérité. On l'a signalé comme ])resque aussi fréquent en Finlande, en Eslhonie, à Kasan, en Sibérie parmi les mineurs et les chercheurs d'or près des Irontières de la Chine, etc. Il est probable que les mineurs des autres pays n'en sont guère plus exempts.
Ce sont les abus ou les erreurs de régime qui causent les gastrites chroniques. Or c'est dans les pays septentrionaux que régnent surtout ces deux vices de l'alimentalion, et cela un peu par la faute des habitants et beaucoup par celle du climat froid et humide de ces contrées. Ainsi la maladie est placée sous une influence climatcrique médiate on indirecte.
Maladies du foie, hépatites. Splénites. En dépit des nombreux rapports des médecins des pays exotiques sur les maladies du foie, il est difficile de tracer la carte géographique de ces alfections. La raison de celte difficulté gît dans l'incertitude et l'incoirection des dénominations diverses appliquées à des maladies identiques et vice versa, mais surtout dans la regrettable confusion qui a été fréquemment faite entre de simples congestions, de simples troubles hépatiques fonctionnels et les plus graves altérations de l'organe. Enfin il faut y joindre la pénurie de statistiques précises sur le degré de fréquence des hépatites vraies. Cependant grâce à quelques monographies complètes sur les hépatites des pays chauds et intertropicaux, on peut dessiner la distribution géogra[ihique de ces maladies. Personne n'ignore en effet que l'hépatite vraie, hepatitis suppuraliva, avec ses conséquences ordinaires, les abcès du foie, est un procès morbide essentiel aux régions tropicales, et qui va se raréfiant de la ligne aux pôles.
En dehors de l'hépatite secondaire (traumatique, pyohémiquc, etc.), les suppurations du foie sont rares dans le nord et le centre de l'Europe (A. Hirsch), où elles n'apparaissent qu'à l'état d'exceptions. Pour l'Europe centrale et septentrionale on ne trouve l'hépatite mentionnée à part sur les statistiques qu'à Francfort où elle a produit les 2,4 millièmes du total des décès. Cependant récemment l'apparition de quelques thèses sur ce sujet semble devoir le faire sortir du silence exceptionnel où il est demeuré jusqu'ici en France (Dubain, Essai sur l'hépatite suppurée de nos climats. Paris 1876; Berges, Abcès du foie, thèse de Paris 1876, etc.). D'ailleurs ou trouve que hshépatites (mot trop
compréliensif) ont donné les 11 millièmes du total des de'cès pour les villes françaises, les 13 millièmes pour Paris, et un peu plus des 8 millièmes pour Bruxelles et pour Amsterdam (Lombaid).
La proportionnalité des hépatites s'accentue à mesure que l'on gagne le sud de l'Europe, notamment les contrées méditerranéennes et les îles. Ainsi l'hépatite vraie régnerait en Espagne (Hirsch), en Andalousie, à Gibraltar sur les troupes anglaises qui en sont fréquemment atteintes, en Portugal où elle donne 9,4 millièmes de mortalité, en Italie les 9 millièmes, en Sicile; en Sardaigne, à Malle et aux îles Ioniennes les 2,5 pour 100 et les 1,5 pour 100 des troupes anglaises; probablement elle existe en Grèce, principalement sur les individus venant d'Egypte, mais certainement en Morée; dans la Turquie d'Europe les abcès du foie ne. sont pas rares, notamment à Constantinople. On n'a pas de renseignements sur les provinces voisines du Danube : Bulgarie, Serbie, Roumanie, où il est probable que l'hépatite suppurée n'est cependant point inconnue. 11 en est de même du sud de la liussie et des provinces du Caucase.
L'hépatite suppurée augmente de fréquence si nous pénétrons dans l'Asie antérieure. En Asie Mineure, l'hépatite avec ou sans abcès accompagne la dysenterie (Lombard) : en Syrie, l'ictère et les hépatites avec ou sans abcès ont formé les 30 millièmes des malades à l'hôpital de Jérusalem; en Arabie les hépatites suppurées ou non se rencontrent fréquemment, notamment chez les riverains de la mer Bouge (Aubert-Roche), et les Arabes en seraient moins atteints que les Européens. On ne possède aucun document sur l'existence de ces hépatites en Arménie, en Mésopotamie, dans le Kourdistan.
Les hépatites ne sont pas rares en Perse : elles sont endémiques sur les bords delà Caspienne et on les trouve aussi sur le plateau central. Il y existe plusieurs cas d'abcès sur les Européens comme sur les indigènes (Polak). Malgré le manque de renseignements sur l'Asie centrale, on dit que l'hépatite est très-rare au Cachemire, mais qu'elle sévit dans les régions méridionales et maritimes de l'Afghanistan et du Béloutchistan.
L'empire anglo-indien est l'un des plus intenses foyers de suppurations hépatiques. Si l'on accepte quelques statistiques sur ce sujet, voici les principales. La proportion des troupes atteintes d'hépatite a été pour le Bengale des 54 millièmes de l'effectif, des 37 millièmes pour Bombay et des 75 millièmes pour Madras (soit un soldat sur quatorze). L'hépatite serait plus rare, mais aussi plus meurtrière sur les indigènes que sur les Européens, sauf toutefois les erreurs en moins en faveur de ceux-ci, occasionnées par les rapatriements. D'ailleurs s'il est exact que plus des 7 centièmes des hépatites de l'Inde se sont terminées par suppuration, quelle créance peut-on accorder au mot hépatite, quand on voit qu'en 1872, au Bengale, on a compté 1814 hépatites dont 5 seulement se sont terminées par la mort? N'est-ce pas là le cas de regretter ici de nouveau cette déplorable confusion que nous avons signalée plus haut? Et comment après cela oser se fier aux résiillats des statistiques, même les plus rigoureusement faites en apparence?
A Ceylan l'hépatite frapperait les 48 millièmes de l'effectif des troupes européennes, contre seulement les 2,7 des troupes indigènes; en Birmanie elle a atteint les 61 millièmes des soldats européens. Cependant il ne faut pas croire fue les hépatites sont communes à tout district de l'Inde : il est d'heureuses oasis indemnes de suppurations du foie, comme par exemple les possessions françaises de Pondichéry où elles sont excessivement rares (lîuillet). Est-il exact
que Singapour est également à l'abri de riiépatite et de la dysenterie (A. llirscli) ? On n'a de documents certains sur l'Indo-Chine que pour la Cocliinchine française où l'hépatile suppurée est d'une fréquence ordinaire et complique assez souvent la dysenterie ou en est compliquée.
L'hépatite grave est commune en Chine, principalement dans les villes maritimes de l'est et du sud, chez les étrangers comme chez les indigènes. A Shanghaï les hépatites ont formé les 15,7 millièmes des malades du dispensaire et les 74 millièmes des décès de l'hôpital : les abcès du foie ligureraient pour un tiers dans le rôle des morts. A Swatow ils donnent les 72 millièmes des malades et le quart des décès. A Canton les maladies du foie sont plus graves chez les étrangers que chez les natifs : à Hong-Kong elles ont formé les 26 millièmes pour les troupes blanches anglaises et seulement les 2,7 sur les Asiatiques. On n'a rien de précis sur la fréquence des hépatites en Corée, eu Mongolie, au Tliibet.
Au Japon l'hépatite a été signalée comme assez fréquente à Yokohama sur les troupes anglaises dont elle a atteint les 14 millièmes de l'effectif. Mais en dehors de cette mention on ne connaît rien sur l'existence de l'hépatite dans l'empire Japonais. On y a constaté la cirrhose hépatique, et l'on y a jamais vu de calculs hépatiques (Wernich).
Dans le vaste archipel Indo-Malais l'hépatite primitive est fréquente, quoique non rarement la dysenterie s'y complique de la même maladie. Elle prédomine surtout sur le littoral de Java, de Sumatra et sur les côtes ouest et sud-ouest de Bornéo. Elle est rare aux Célèbes et aux Moluques. Elle est si fréquente à Sourabaya que dans nulle autre localité des Indes elle ne dépasse cette fréquence, elle succède en général à la fièvre palustre; c'est dans cette ville que le calomel à doses fractionnées ne causerait jamais la salivation dans le cas d'hépatite suppurative, ce qui, dit-on, constitue un excellent moyen de diagnostic, mais ce qui mérite aussi confirmation. Les congestions du foie sont communes aussi en Malaisie.
Aux Philippines, aux Carolines et aux Mariannes les maladies du foie existent, mais moins fréquentes que dans les îles Indo-Malaises. En Polynésie et en Mélanésie les hépatites ne sont pas absolument rares : sur 758 malades à Taïti, on a compté 5 cas d'hépatite simple, 5 avec abcès et 3 hypertrophies hépatiques. En Australie l'hépatite n'a compté que pour les 5 millièmes sur l'effectif des soldats anglais : on ne connaît pas sa fréquence sur la population sédentaire ni sur les indigènes. En Nouvelle-Zélande sur les troupes elle forme en moyenne les 5,5 milhèmes de l'effectif, soit la dixième partie des hépatites observées dans l'Inde. En résumé on voit que les maladies aiguës du foie sont assez rares dans l'Océanie.
Il en est tout autrement en Afrique. L'hépatite est répandue en Egypte, à l'état d'hypertrophie chronique comme sous forme de suppuration aiguë. On a dit que les Musulmans indigènes en étaient presque indemnes, tandis que les Musulmans de la Malaisie en sont communément atteints. En tout cas c'est sur les étrangers que sévit spécialement l'hépatite en Egypte, comme cela se constate pour le reste de l'Afrique. L'hépatite et les maladies du foie sont fréquentes dans le Haut-Nil, dans le Sennaar, le Gordofan, le Darfour, etc. L'Algérie est un des foyers de l'hépatite. On y trouverait un abcès du foie sur 5 autopsies de dysentériques (Cateloup). L'hépatite est plus fréquente dans la province d'Oran que dans celle d'Alger, comme 206 est à 68 (Rouis). On
a compté 185 abcès développés pendant la saison chaude et seulement 89 pendant la saison froide. Toutes les races en seraient également atteintes, quoique les Français du Nord y paraissent plus disposés que ceux du Midi. C'est pendant la troisième et la quatrième année du séjour que sévit au maximum l'hépatite sur les étrangers. Il y avait 8 fois sur 12 coïncidence d'abcès du l'oie avec des ulcérations du colon et la dysenterie. L'ictère, chose surprenante, est moins fréquent en Algérie qu'en France. L'hépatite existe probablement dans les mêmes proportions à Tripoli, Tunis et au Maroc; on manque de renseignements.
L'hépatite aiguë et chronique, suppurative ou non, idiopathique ou secondaire à la dysenterie, est l'une des maladies endémiques les plus fréquentes du Sénégal et des pays voisins. Pendant 20 ans, elle aurait constitué le 5 pour 100 (soit le 20*" ou les 50 millièmes) de la mortalité dans les hôpitaux de Gorée et de Saint- Louis. Il est probable que toute la côte occidentale depuis la Séuégambie jusqu'aux Congo comporte la même fréquence des maladies du foie. Parmi les îles occidentales de l'Afrique on a noté la non-rareté des hépatites dans l'Archipel du cap Vert, et sa fréquence extraordinaire à Sainte-Hélène où on lui attribue les 29 millièmes de la mortalité totale des troupes.
A la colonie du Cap des hépatites sont loin d'être rares : elles affectent les 22 millièmes de l'effectif des troupes, et même les 27 millièmes en 1869 : elles n'y seraient pas graves, puisque 426 cas n'ont donné que 11 décès, mais il faut défalquer de ce petit nombre de morts un chiffre élevé de malades graves qui ont été rapatriés. L'ictère serait plutôt rare.
Depuis la baie de Oelagoa jusqu'au détroit de Bab-el-Mandeb sur le littoral africain, comme dans l'intérieur et le centre du continent, les hépatites sont communes et se terminent souvent par des abcès que les naturels ont appris, dit-on, à s'ouvrir eux-mêmes. En Abyssinie elles régnent principalement dans les basses régions et sévissent surtout sur les étrangers : pendant l'expédition anglaise de 1866 elles ont atteint les 14 millièmes de l'effectif des troupes et sur ce nombre ou ne constata que deux cas de mort. A Madagascar et aux Gomores l'hépatite est plus rare chez les Européens que sur les indigènes : en quatre ans on en observa douze cas à Mayotte (Grenet). A la Réunion l'hépatite existe, un peu moins qu'à Madagascar. Elle est extrêmement commune à Maurice, puisqu'elle a donné les 24 millièmes de l'effectif des troupes et même une fois les 65 millièmes en 1869 : cependant il paraît que la proportion des abcès du foie est relativement fort rare à Maurice.
Dans l'Amérique du Nord l'hépatite paraît rare, malgré la fréquence de la malaria et de la dysenterie dans ces régions, notamment aux États-Unis. On ne possède point d'ailleurs d'informations précises sur ce point de géographie pathologique. Au Mexique les terres chaudes et tempérées comptent un certain nombre d'hépatites ; mais celles-ci sévissent avec une fréquence et une intensité inou'ies sur le plateau mexicain. Elles donnent à Mexico les 58 millièmes de la mortalité (Reyer). Les abcès hépatiques sont communs chez les Mexicains et les colons temporaires (Jourdanet, Coindet). Dans le Centre-Amérique on signale aussi la fréquence des hépatites, non-seulement dans les plaines, mais jusqu'à plus de 1000 mètres sur les hauteurs, à San-Salvador, à Costa-Rica : elles sont non moins communes au Honduras. On connaît la grande fréquence des hépatites, surtout des abcès du foie aux Antilles, notamment dans les iles françaises, soit sous forme primitive, soit conjonctement avec les diarrhées et la dysenterie
de ces îles. Elles seraient peut-être moins communes sur les troupes anglaises dos Antilles.
On ne connaît pas le degré de fréquence de l'hépatite dans la Colombie : les hépatites graves et suppurées sont assez peu répandues dans les Guyanes. Les hépatites et les abcès du foie sont fort communs au Brésil, on les y fait dépendre ordinairement de la chaleur et du paludisme. Les abcès s'y développent fréquemment et, dit-on, insidieusement (Sigaud). Dans les régions platéennes, dans rUraguay et le Paraguay, on observe un grand nombre d'ictères et de maladies du foie : à Montevideo celles-ci donnent les 34 millièmes des décès : à Buenos- Ayres l'hépatite est encore plus fréquente (Sonnet). On observe, en outre, beaucoup de coliques hépatiques.
Les hépatites sont signalées comme fréquentes sur les régions du littoral du Pacifique dans le Sud-Amérique : les abcès mortels du foie sont communs à Lima, ainsi qu'à Guayaquil, peut-être aussi dans quelques villes du Chili. On pense, sans avoir de documents confirniatifs, que les hépatites sont assez fréquentes sur les hauts plateaux du Péro;i, de la Bolivie et de l'Equateur : on croit qu'elles ne sont pas plus rares à Quito qu'à Mexico (Lombard).
Quelques points de pathologie géographique se rapportent à la question de l'hépatite, ce sont les suivants :
1" Les conditions climatériques influent largement sur la production de l'endémie hépatique qui prédomine quant à sa fréquence et quant à son intensité dans une zone intertropicale comprise principalement entre les isothermes de 28 degrés à 24 degrés centigrades. C'est donc l'action de la chaleur qui s'exerce avec une évidente énergie sur la genèse de l'hépatite qui, à ce titre, peut et doit figurer parmi les maladies à calore. De plus, l'hépatite suppurée est une maladie de la saison chaude sur presque tous les points du globe. Elle est éminemment favorisée par les brusques et forts changements de la température diurne ou saisonnière; exemples : le Sénégal, où elle est si commune par des variations considérables de la chaleur entre le jour et la nuit, et les Guyanes où sa rareté est justement attribuée à l'égalité remarquable de la température jiyctémérale. Ajoutons cependant qu'il y a des exceptions à celte règle d ailleurs si générale qu'elle suffit à beaucoup d'observateurs anglais de l'Inde pour légitimer la fréquence de l'hépatite dans cette contrée.
2° Les conditions géologiques et territoriales n'ont pas une influence marquée sur la production de l'hépatite. C'est vainement qu'on a prétendu la rattacher aux terrains paludiques et à la malaria. Dans plusieurs localités intertropicales elle apparaît endémique en dehors de la malaria; et d'ailleurs elle est inconnue dans presque tous les districts très-palustres du nord et du centre de l'Europe, ainsi que dans les mêmes parages de l'Amérique du Nord.
5" Les races et les nationalités ne sont pas égales devant l'hépatite : elle épargne relativement les nègres à la côte d'Afrique; mais elle les maltraite davantage aux Antilles, et dans l'Inde oii ils sont transportés. Ainsi sur 10 000 soldats à Ceylan, on a constaté 6 cas d'hépatite chez les Hindous, 32 chez les nègres, 49 chez les Européens. Il est possible que l'influence de l'acclimatement et le privilège de l'indigénisation confèrent, au moins en grande partie, cette immunité relative. C'est ce qui apj)araît chez les Européens dont le maximum des atteintes est compris entre la première, la quatrième et la septième année de séjour dans les pays chauds. On a cru remarquer aussi que les peuples du nord de l'Europe y étaient plus sujets que ceux du midi.
4° La coirélalioii de l'hépatite et de la dysenterie dans es pays chauds a fait penser de honne heure à leur dépendance réciproque. Beaucoup d'observateurs ont admis uue loi de coïncidence (par le moyen des infarctus ou de la métastase) entre la dysenterie et l'hépatite, analogue à celle qui existe entre le rhumatisme et l'endocardite. A la rigueur cette opinion peut se soutenir quand il s'agit des pays tropicaux ou subtropicaux ; mais elle est inadmissible pour les pays tempérés et les pays froids où la fréquence des dysenteries et des diarrhées contraste avec la rareté extrême des hépatites. En somme, il est juste de tenir l'hépatite des pays chauds pour une maladie protopathique, non secondaire, et indépendante, au moins dans la majorité des cas, des infarctus purulents émanés du système capillaire de la veine porte dans les dysenteries ou diarrhées de ces pays.
Les autres affections du foie, telles que congestions, dégénérescences diverses (graisseuse, amyloïde, pigmentaire ou foie pigmenté, hypertrophies tropicales, cirrhoses paludéennes, etc.), sont trop peu connues dans leur extension géographique pour être l'objet d'un examen spécic'.l. On sait que le séjour dans les p;iys chauds, surtout quand ils sont palustres, tend à congestionner le foie, ou parfois à produire l'effet inverse comme résultat définitif, en un mot, à produire le plus souvent des congestions, plus rarement des atrophies de l'organe. Mais ce point de nosologie est encore plein d'obscurité : et de plus on ne sait pas au juste quelle est l'influence définitive et permanente des climats chauds sur le volume, le poids et la texture organique du l'oie. C'est une vaste lacune que devra combler l'observation plus attentive de l'avenir.
On sait que la dysenterie et la diarrhée chroniques des pays chauds produisent, sauf le cas d'abcès concomitant, l'atrophie par émaciation du foie. Les affections de la rate, géographiquement parlant, sont sous la dépendance des manifestations de la malaria dont elles sont, en règle générale, comme une sorte de baromètre pathologique. « Elles se règlent sur les fièvres intermittentes », a dit Sigaud. Cependant il y a des exceptions et l'on connaît des pays palustres très-remarques par la rareté de la rate grosse, et d'autres qui sont caractérisés par l'hypertrophie splénique même en l'absence parfois des phénomènes fébriles périodiques. L'Inde, les Pays-Bas, la Turquie d'Europe, les contrées danubiennes, les bords de la Méditenanée sont les foyers principaux de la splénomégalie paludéenne.
Les races indigènes de l'Inde et de l'Afrique ne sont pas à l'abri de ces complications malaisiennes (Sigaud sur les nègres du Brésil, Bajon à la Guyane, Forbes pour le delta du Gange, etc.). On a signalé encore la fréquence de la splénomégalie paludéenne sur les enfants des indigènes de l'Inde et de l'Afrique, chez lesquels elle apparaît et persiste longtemps comme une preuve d'imprégnation précoce par le miasme de la malaria in situ.
G. Maladies du système nerveux. Nosologiquement on peut faire deux grandes divisions dans les affections du système nerveux : 1» les maladies organiques proprement dites à siège anatomique fixe ; 2° les maladies dont la cause anatomique est inconnue ou variable, c'est-à-dire les névroses. Déjà nous avons parlé de la méningite cérébro-spinale épidémique : la méningite tuberculeuse sera renvoyée à la section de la tuberculose. Il nous reste donc à parler ici de l'apoplexie, des méningites et encéphalites, puis des névroses et de l'aliénation mentale ou folie.
Apoplexie, méningite. Les maladies organiques du système nerveux ont été
bien peu e'tudiées sous le rapport de leur fréquence et de leur distribution géographique. En premier lieu nous trouvoms le groupe des maladies encéphaliques désignées sous la dénomination complexe d'apoplexie (hémorrhagies, embolies et thromboses, parfois ramollissement, congestion et anémie, etc.), dont la caractéristique commune et principale est cependant l'altération des vaisseaux, du sang ou des organes circulatoires du système nerveux.
Le tableau suivant dressé par A. Hirsch peut donner une idée sommaire de la fréquence de l'apoplexie dans les diverses localités d'Europe. Sur 10 000 habitants on a compté la proportion suivante de ces cas d'apoplexies.
Ans. Cas.
A Copenhague, pour une moyenne de 11 11, ti
Hambourg 9 15,5
Brunswick 1 12
Halle 10 15,5
Wurtzbourg A 11,6
Berlin 7 16
Islande 1 15,6
Angleterre 5 15,5
En Finlande 2 12,5
Voici d'autres documents empruntés à Lombard pour la fréquence de l'apoplexie en Europe. Elle est plutôt rare en Islande et au Canada où elle ne fait que les 10 millièmes de la mortalité; elle est un peu plus fréquente en Norvège où la capitale en a compté les 22 millièmes, à peu près comme à Pétersbourg à Copenhague; c'est-à-dire les 21 millièmes et les 23 millièmes. En Suède les apoplexies sont plus fréquentes au centre (60 millièmes) et au midi (67 millièmes) qu'au nord (50 millièmes). La Hollande occupe une position intermédiaire avec les 28 millièmes : mais la capitale donne la proportion beaucoup plus forte des 38 millièmes.
A Bruxelles et à Paris l'apoplexie donne des chiffres mortuaires un peu moins élevés : les 31 millièmes et les 55 millièmes, mais pour les autres villes françaises on a noté les 40 millièmes. En Ecosse l'apoplexie et la paralysie réunies donnent les 42 millièmes de la mortalité. Les villes allemandes se rapprochent de cette proportion, car à Munich ce sont les 39 millièmes, à Francfort les 58 millièmes et à Berlin les 41 millièmes. On a les mêmes chiffres à peu près pour quelques villes de Suisse comme Genève et Zurich avec les 40 millièmes, Berne avec les 42 millièmes et Bàle les 35,5 millièmes.
Les statistiques établissent des différences sensibles dans les proportions mortuaires par apoplexie pour le sud de l'Europe. A Turin on a compté les 51 millièmes et les 61 millièmes : à Milan les 20 millièmes, à Bologne les 42 millièmes : dans la province de Grosseto elles ont donné les 29 millièmes de la mortalité générale. L'apoplexie cérébrale seule a fourni, en dix ans et pour dixneuf villes d'Italie, une mortalité équivalente aux 56 millièmes. Les maxima sont donnés par Mantoue avec les 59 millièmes, Rome avec les 53 miUièmes, la moyenne pour Naples avec les 37 millièmes et les minima pour Vicence avec les 6,7 millièmes (Sormani). Les documents sont rares pour la péninsule Ibérique. A Malaga toutes les maladies chroniques des centres nerveux n'ont donné que les 35 millièmes du total des décès, à Gibraltar seulement les 15 millièmes sur la garnison anglaise. En 1880 la mortalité par Vapoplegia, en Espagne, a été des 40 millièmes. Mais Lisbonne a fourni les 68""", 5 de morts par apoplexie, chiffre supérieur à tous ceux que l'on cite pour l'Europe. Cependant Bordeaux aurait donné les 78 millièmes et Athènes, les 65 millièmes.
D'un autre côte les régions sud-orientales de l'Europe fournissent aussi des chiflVos ayant entre eux de grands écarts. La capitale de la Hongrie donne les 14 millièmes de morts dues à l'apoplexie. On a beaucoup parlé du phreiiitls pannonica, comme d'une épidémie apoplectique, mais il est vraisemblable qu'il s'agissait de la méningite épidémique ou du typhus à forme cérébrale. On dit que les apoplexies sont assez fréquentes en Roumanie et dans la Turquie d'Eulope où parfois elles deviendraient comme épidémiqnes (Rigler). Malte a donné près de 12 apoplexies sur 10 000 habitants.
Au contraire l'Asie Mineure, la Syrie, la Perse, la Mésopotamie et l'Arabie sont fort peu sujettes, dit-on, à l'apoplexie. Dans l'Inde on n'a compté que les 0""",6 de l'effectif des troupes, qui en ait été atteint. La province du Bengale n'a donné que les 0,4 millièmes, celles de Madras et de Bombay, les 0'""',7 : Pondichéry a fourni près des 15 millièmes du total des décès par apoplexie. A Ceylan, en Birmanie et dans les détroits l'apoplexie est plus rare encore. Mais il suffit de faire remarquer qu'aucun des chiffres dus aux statistiques anglaises ne porte sur la population civile ni surtout sur l'indigène, ce qui en diminue singulièrement la signification.
L'apoplexie passe pour très-rare dans l'Indo-Chine, tandis qu'elle est fréquenté en Chine. A Siianghaï elle a formé les 20 millièmes de la mortalité, et les maladies totales du cerveau ont amené les 115 millièmes de l'ensemble des morts. Elle est non moins fréquente à Canton, à Pékin et dans l'intérieur de l'empire. Au Japon les maladies cérébrales sont plutôt rares. On ne connaît pas la fréquence de l'apoplexie dans l'archipel Indo-Malais. Celle-ci est rare dans la Polynésie, mais commune en Australie et en Nouvelle-Zélande sur la population civile, tandis qu'elle serait presque inconnue dims l'armée.
L'Afrique n'est que rarement visitée par l'apoplexie. En Egypte et dans le haut Nil l'apoplexie serait due aux rayons solaires trop brûlants et ne serait qu'une sorte d'insolation. En Algérie elle est plus rare qu'en France, puisque dans l'armée elle ne donne que les 0,4 millièmes de la mortalité au lieu de 1,7 millièmes. On ne sait rien sur ce sujet des côtes occidentales d'Afrique, sinon que les apo[ilc.\ies y sont rapportées à l'insolation. Au Cap les apoplexies sont assez rares chez les indigènes, tandis qu'à Sainte-Hélène elles ont formé les 45 millièmes de la mortalité. On ignore leur fréquence dans l'Afrique orientale et centrale : elles sont rares aux Mascareignes ainsi qu'à Madagascar.
En abordant l'Amérique rappelons la rareté de l'apoplexie au Canada oii elle n'a donné que les 10 millièmes des morts. Les États-Unis ne donnent non plus que les 10,6 millièmes en moyenne, et la Nouvelle-Orléans a fourni en 1859 sur 10 000 habitants 9,1 pour les blancs et 10,5 pour les nègres (A. Hirsch). D'ailleurs en comparant six États du Nord avec six États du Sud, on obtient une mortalité des 18,4 millièmes pour les premiers et des 9,6 millièmes pour les seconds, ce qui rendrait les apoplexies deux fois plus fréquentes dans le nord que dans le sud. En résumé l'apoplexie serait assez rare dans les États de l'Union américaine, tandis qu'elle serait commune sur le plateau mexicain oîi elle a fourni les 21 millièmes dans une série d'observations et les 54 millièmes dans une autre série. Jourdanet a signalé la fréquence des apoplexies à Mexico, ce qu'il attribue à l'anémie des altitudes. Elles sont rares près des côtes maritimes et dans le Centre-Amérique, aux Antilles, tandis qu'elles sont un peu plus fréquentes au Brésil et dans les contrées du Rio-de-la-Plata, car à Montevideo eWes ont donné les 45 millièmes de la mortalité. Elles sont peut-être moins ré-
panclues au Pérou, au Chili, en Bolivie, sur les altitudes comme sur le littoral. A Lima elles ont donné les 7 millièmes des décès, les moris subites étant des 4 millièmes.
Avant d'apprécier la valeur des documents précédents, il faut tenir compte de l'exiguïté des statistiques et de leur incorrection tenant à la diversité des dénominations et des appréciations, ce qui ôte beaucoup de poids aux données actuelles. Ces réserves laites, on voit que sous les tropiques l'apoplexie semble beaucoup plus rare sur toutes les races que dans les zones chaudes et tempérées (Dulroulau). Thévenot fait la même déclaration pour le Sénégal. Cependant Forstrôm aux Antilles, Clarke à la cote occidentale d'Afrique, Campbell dans l'Inde, Thompson à Ceylan, Plesants au Brésil, et Smitli au Pérou, ont établi que l'immunité des tropiques contre l'apoplexie est loin d'être absolue. On y a sans doute englobé quelques cas de fièvre paludéenne pernicieuse et de coups de soleil, mais la réciproque a eu lieu peut-être à l'excès. La distribution géographique de l'apoplexie se prête à peu de considérations climatologiques et géologiques.
1" Il ressort que les pays très-chauds en font relativement épargnés. On a dit aussi, avec juste raison, qu'elle était une maladie des e(]f»tHOJ:es, et cela est vrai, parce que la maladie coïncide très-fréquemment avec les brusques et violents changements de température, comme cela a lieu aux équinoxes, comme le fait s'est vérifié pendant les épidémies d'apoplexie à Rome en 1694-1695 (Baglivi), et eu 1705 (Lancisi), en 1798 à Berlin, en 1858 en Suisse (Lebert), etc. Les autres qualités de l'air, telles que l'humidité, n'ont guère d'influence sur la production de la maladie.
2° L'altitude ou l'élévation du sol exerce une influence signalée par plusieurs observateurs, notamment par Jonrdanct qui fait ressortir la fréquence des hémorrhagies cérébrales sur le plateau de l'Anahuac. C'est ce qui se voit au Pérou, dans les sierras et dans plusieurs localités très-élevécs. L'influence des races n'est pas établie faute de renseignements. Sous le nom de meningitis montana Tschudi a décrit un complexus morbide cérébral qui se montre dans les sierras du Pérou sur des indigènes (lui couchent en plein air, sur le sol froid et sont atteints le malin de troubles graves qui les tuent en sept à huit heures. Ce complexus parait être non une méningite, mais plutôt mi trouble grave dii à l'ivresse alcoolique compliquée du mal des montagnes ou de l'anoxyhémie des hauteurs.
Quant aux autres maladies de l'encéphale qui comme les précédentes sont reliées à des lésions organiques, il n'en peut être question ici sous le rapport de leur géographie qui nous est absolument inconnue. Nous devons en dire tout autant des maladies de la moelle épinière. Les méningites inflammatoires aiguës ou subaiguës sont trop peu connues suivant les divers pays pour être l'objet de considérations géographiques. Sont-elles plus communes ou plus rares selon les climats, selon les races, selon certaines particularités topographiques? C'est ce qu'il est impossible même de discuter faute de renseignements. Les méningites purement inflammatoires et les encéphalites ne sont pas rares dans les régions boréales et tempérées : ainsi elles forment à Pétersbouro- les 50 millièmes de la mortalité : à Buda-Pesth, les 46 millièmes, à Christiania les 37 millièmes, à Amsterdam les 35 millièmes, en France les 50 millièmes • en Belgique les 28 millièmes et aux États-Unis les 19 millièmes. Elles sont un peu plus rares sous les tropiques : elles seraient cependant fréquentes au Brésil au
Sénégal, mais rares à Madagascar et aux îles Mascareignes, flans l'Inde et l'archipel Indo-Malais. On pense que les altitudes contribuent beaucoup à la fréquence des méningites et encéphalites, même sous les tropiques (Lombai'd). On ne peut rien dire de certain sur la répartition des autres espèces de méningite, sauf ce que nous disons à propos de la tuberculose. L'ensemble de la mortalité occasionnée par les maladies du système nerveux a été, pour une décade et pour dix-neuf villes d'Italie, de 3,d4 sur 1000 habitants; soit les 108 millièmes du total des décès. Le maximum a été présenté par Venise (près de 6 morts sur 1000 habitants), par Naples, et le minimum par Rome (2,59) et Mantoue (2,30). Les névroses à elles seules ont donné 0,95 pour 1000 habitants, soit les 50 millièmes delà mortalité (Sormani).
Névroses. On possède quelques documents sur la géographie des névroses et des névralgies. Nous allons en extraite les données suivantes que nous résumerons le plus sommairement possible.
1" Hystérie. D'après Meyer-Ahrens, l'hystérie serait assez commune dans les régions circompolaires de l'Europe et de l'Asie pour mériter le nom de maladie endémique de ces régions où elle prédomine chez les Kamtchadales, les Lapons, les Samoyèdes, les Yakoutes, etc. 11 en est de même pai'mi les Lithuaniens, les Esthoniens, les Finlandais, etc. Cela ressort clairement de l'état psychologique de ces populations qui, sous ce rapport, nous offrent, dit-on, l'image assez exacte de l'état mental et moral des divers peuples de l'Europe au milieu du moyen âge. L'hystérie est fréquente dans le nord de la Scandinavie, parmi les Lapons; elle règne avec une grande prédominance et sous diverses formes aux îles Féroë (Panum), en Islande (Schleissner), ainsi que dans les contrées plus méridionales de l'Europe, notamment sur tout le littoral des provinces russes de la Baltique. On a, depuis longtemps, signalé la fréquence toute spéciale de l'hystérie dans le sud de l'Europe, sur les bords de la Méditerranée, en Espagne, en Italie, et spécialement eu Turquie (Rigler), ainsi que dans plusieurs îles de la Méditerranée, notamment aux îles Ioniennes et à Ithaque, dans la patrie même de la sage et prudente Pénélope (Hennen 1850).
Nous ne savons presque rien sur la distribution de la maladie dans le continent d'Asie. On la dit commune à Jérusalem et en Syrie : dans l'Inde elle prédomine chez les femmes d'Europe, mais elle est relativement très-rare chez les femmes hindoues. Elle est commune, au contraire, en Malaisie où elle revêt souvent l'état extatique (Heinemann). Elle ne serait pas rare chez les femmes tahitiennes, ainsi que dans plusieurs îles de la Polynésie; elle est inconnue à peu près en Nouvelle-Zélande (Thompson). On ne sait rien de sa fréquence en Chine et au Japon.
L'hystérie existe non rarement en Egypte (Pruner), en Abyssinie où elle n'est pas plus commune qu'ailleurs, malgré tout ce qu'on a dit de cette maladie qu'on a voulu appeler tigretier. Elle est fréquente à Maurice ; ainsi qu'au cap de Bonne-Espéi'auce, parmi les femmes des Hottentots. On ne possède pas de renseignements sur sa présence à la côte occidentale d'Afrique : Thévenot l'a dit fort rare au Sénégal parmi les négresses indigènes.
En Amérique l'hystérie est particulièrement commune sur les rives du Rio-dela-Plata, à Montevideo, à Buenos-Ayres, dans les provinces de Santa-Fé, Entrerios et Corrientes : il en est de même au Chili, au Pérou, au Brésil (Tschudi, Sigaud, Smith), aux Antilles sur les femmes créoles et les mulâtresses (Savarésy).
Elle est d'une fréquence extrême dans plusieurs endroits des Andes, mais surtout au Mexique, où le lait à été signalé par Jourdanet (Le Mexique 1864). On n'a pas parlé de la fréquence spéciale de l'hystérie dans l'Amérique du Nord, dans les États de l'Union, où elle règne probablement à peu près comme sous les mêmes latitudes en Europe.
Vainement a-t-on voulu attribuer à la climatologie un rôle prépondérant sur l'hystérie dont la cause se rapporte plutôt à l'ensemble des socialia, aux excès de la civilisation, etc. Cependant il ne faut pas oublier que l'hystérie règne fréquemment sur les populations primitives et sauvages du nord de l'Europe, de l'Asie et de l'Amérique. L'hérédité joue aussi un rôle important dans l'hystérie. La question des races est encore un facteur assez influent. Les races colorées, la race noire et la race hindoue y semblent moins prédisposées : mais il faut faire ici la part de la civilisation , du milieu et des auti-es conditions sociales.
2» Épilepsie. Quoique nosologiquement mieux connue que l'hystérie, cette névrose ne l'est guère plus sous le point de vue géographique. Les régions arctiques sont un des foyers de prédilection de l'épilepsie comme de l'hystérie ; on la signale comme extraordinairemeut fréquente en Sibérie parmi les Yakoutes, les Lapons et autres peuplades du nord de la Russie ; il en est de même en Suède, au Groenland et en Irlande. La Lithuanie, les provinces baltiques de la Russie, la Pologne (Frank), sont fertiles en épileptiques,'; en Suède et en Norvège la Iréquence de l'épilepsie l'a fait regarder comme une endémie de ce pays. On sait aussi qu'elle n'est pas rare dans l'Europe moyenne, en Angleterre, surtout en Irlande. En France, d'après les statistiques basées sur les visites médicales de la conscription militaire, elle serait en moyenne de 164 épileptiques sur cent mille habitants, plus fréquente toutefois dans le midi que dans le nord de la contrée. Elle n'est pas plus rare dans les péninsules du sud de l'Europe, en Espagne, en Italie, en Turquie.
Suivant Pruner, l'épilepsie serait plus fréquente en Syrie qu'en Egypte. Dans l'Inde et à Ceylan la maladie est communément répandue, ainsi (jue dans l'archipel indien. Elle n'est pas rare à Tahiti, mais elle serait peu counue à la Nouvelle-Zélande (Thompson). On ne connaît point le degré de fréquence de l'épilepsie en Chine, ni au Japon; mais tout porte à croire qu'elle n'y est pas rare. Elle a été observée en Egypte (Pruner), en Abyssinie(Gourbon), à Tunis, en Alo^érie, et sur la côte occidentale d'Afrique. On ne sait dans quelle proportion elle existe dans l'intérieur et dans le sud de l'Afrique. En Amérique l'épilepsie est fréquente sur les hauts plateaux du Mexique, au Pérou et surtout à Lima, et au Brésil où elle constitue l'une des maladies les plus communes (Rendu). 11 est probable que l'épilepsie règne dans le nord du continent américain avec la même fréquence qu'en l'iurope, à latitude égale.
Vainement a-t-on fait valoir que le froid extrême des contrées polaires lui semblait favorable, puisqu'on la rencontre non moins fréquemment dans l'Inde au Brésil et dans les pays tropicaux. Il en est de même de l'altitude, quoique Lombard ait mis en avant la rareté de l'épilepsie dans les régions élevées d'un peu moins de 2000 mètres au-dessus du niveau des mers. Toutes les races paraissent à peu près jouir de la même vulnérabilité vis-à-vis de cet affreux mal Celui-ci frappe également les Maures de l'Algérie, les races diverses du sol de l'Europe, les Nègres de la côte occidentale d'Afrique, les Mongols du nord de l'Asie, les Javanais et les Hindous, les Polynésiens et les peuples du Pérou du
Mexique et du Groenland. Seuls les Néo-Zélandais en seraient presque indemmes (Thompson).
5° Cliorée. Suivant Rufz, [la chorée serait beaucoup plus rare dans les pays chauds que dans les pays froids. C'est ce qui ressort des observations faites aux Antilles par plusieurs médecins (Chervin, Garnot, etc.). En Europe, la chore'e paraît commune dans les régions du nord, notamment en Lithuanie (Franck), dans les contrées arctiques du vieux et du nouveau continent. Elle n'est pas rare en Espagne (Faure), en Turquie (Bigler), et dans les pays limitrophes du bassin de la Méditerranée. Elle existe en Pjgypte, en Algérie sur les Arabes (Bertherandj : elle n'est pas rare à la côte occidentale d'Afrique (Clarke). Nous manquons de renseignements sur la fréquence ou la rareté de la maladie dans l'Inde et dans les contrées subtropicales de l'Asie. Newton et Jourdanet mentionnent la fréquence de la chorée au Mexique (voij. Danse de Saint-Guy).
4° Névralgies. Suivant Schônlein les névralgies sont répandues à peu près également sur toute la surface de la terre, avec une certaine prédominance, cependant, dans les régions subtropicales. Elles sont relativement rares dans les zones froides, du moins s'il faut s'en rapporter au silence des observateurs sur ce sujet. Leur h'équence augmente dans les zones moyennes de l'Europe, eu Angleterre, où elles sont communes, en Belgique, en France. Elle seraient rares en Danemark (Otto) et, au contraire, très-communes sur les côtes nord-ouest de l'Allemagne; elles ne sont pas rares sur les bords de la Méditerranée et paraissent très-communes dans les provinces de la Turquie d'Europe et d'Asie.
Les névralgies sont communément observées dans l'Inde, dans l'archipel Indo- Malais, en Egypte, en Abyssinie, en Nouvelle-Calédonie (de Rochas), au Mexique et surtout à Mexico, au Pérou, à la Plata, dans la province de l'Entrerios où elles sont d'une fréquence extraordinaire, à Panama, ainsi que dans toutes les parties de l'Amérique du Nord. Nous manquons cependant de points de comparaison sur la fréquence des névralgies dans les régions des États-Unis par rapport aux mêmes latitudes en Europe.
Les névralgies réputées fréquentes dans les contrées tropicales, comme l'Inde, l'Abyssinie, etc., seraient occasionnées par les brusques et grandes variations de la température. On ne peut décider si la particularité des races constitue un élément de prédisposition ou d'immunité à l'égard des névralgies. Suivant Heymann, dans l'archipel Indo-Malais les nègres y seraient moins sujets que les Malais et ceux-ci moins encore que les Européens. En résumé, l'étude géographique des névralgies a laissé de trop grandes lacunes jusqu'ici pour que nous puissions hasarder à ce sujet des conclusions de quelque valeur.
5» Convulsions. On attribue aux convulsions infantiles les 11 millièmes de la mortalité générale à Christiania et les 73 millièmes à Buda-Pesth (Lombard). Les chiffres de mortalité diffèrent beaucoup les uns des autres. Christiania a les 11 millièmes; Edimbourg les 14 millièmes ; Glascow, les 50 millièmes; Pélersbourg, les 20 millièmes ; Londres, les 36 millièmes; Copenhague, les 56 millièmes ; les autres villes danoises, les 66 millièmes ; Amsterdam, les 60 millièmes; Bruxelles, les 45 millièmes et Paris, les 66'""', 7. Enfin dans certains pays les convulsions fournissent une mortalité extraordinaire, comme en Angleterre où trois enfants et demi en meurent sur 100, tandis qu'en Ecosse il n'y en a que 0, 61 sur 100. A Hambourg les convulsions comptent une mortalité équivalente aux 107 millièmes; à Berlin, aux 158 et à Dresde, aux 211 millièmes. Elles seraient moins fréquentes dans le midi de l'Europe : à Turin la
proportion mortuaire ne dépasse pas actuellement les 56 millièmes; cependant d'après Sormani les convulsions sont une fréquente cause de mort chez les enfants dans le sud de l'Italie. Parfois elles donnent les 19 millièmes à Lisbonne et les 26 millièmes, 6 à Athènes.
Les convulsions sont signalées comme répandues en Asie, surtout dans l'Asie antérieure : Asie Mineure, Syrie, Mésopotamie, Arabie et Perse. Elles sont d'une très-grande fréquence dans l'Inde chez les petits Hindous. Il en est probablement de même pour l'Indo-Chine, la Malaisie et la Chine où la mortalité par convulsions a été des 15 millièmes à Shanghaï. Elles sont fréquentes en Australie et à la Nouvelle-Zélande.
En Egypte, on constate une extraordinaire fréquence des morts amenées par les convulsions : au Caire elles donnent les 202 millièmes des décès. Un peu moins communes à Alger, elles y fournissent encore les 79 millièmes du total des morts. On ne sait rien de la fréquence des convulsions pour tout le reste de l'Afrique.
Au Canada elles donnent les 18 millièmes de la mortalité: aux Etats-Unis, les 26 millièmes, les États du nord en comptent plus que ceux du sud dans le rapport des 32 millièmes aux 17 millièmes. Au Mexique la maladie sur le plateau de l'A nahuac a occasionné les 40 millièmes (Coindet) et les 65 millièmes (Heyes) de la mortalité. La proportion est des 52 millièmes à Rio-dc-Janeiro ; elle ne paraît pas plus fréquente qu'ailleurs au Pérou, en Bolivie, au Chili, sur les altitudes comme sur le littoral.
Il est difficile de se rendre compte de la répartition géographique des convulsions infantiles telle qu'elle ressort des chilfies proportionnels ci-dessus empruntés à l'ouvrage de Lombard. D'ailleurs il faut à ce tableau joindre celui du tétanos et du trismus neonalorum pour se faire une idée exacte de l'elfroyable mortalité occasionnée sur l'enfance par le double fléau [voy. ci-après).
6° Tétanos traumatique et idiopathique. Cette maladie est mieux connue que les précédentes dans sa répartition géographique. En Europe elle est relativement rare, principalement dans les régions du nord et de la partie centrale. Elle paraît peut-être un peu plus commune dans certains districts de Pltalie où elle apparut assez fréquemment dans la guerre de 1859 sur les blessés. Elle est rare, en général, sur les bords de la Méditerranée, du côté de l'Europe. Le tétanos traumatique et idiopathique est plus fréquent, dans l'hémisphère occidental, dans l'Amérique du Nord, qu'en Europe, à latitudes égales. II se montre spécialement commun à Long-Island, près New- York, ainsi que dans quelques destricts des États du Sud, en Géorgie où il est fort commun à Savannah, dans la Caroline du sud, ainsi que dans les provinces limitrophes du golfe du Mexique. L'Amérique subtropicale et équatoiiale constitue l'un des plus intenses foyers du tétanos. Il règne fréquemment au Mexique, dans les États du Centre- Amérique, dans la Colombie, dans les Guyanes, aux Antilles où il sévit avec une intensité proverbiale. Quelques points des grandes îles, quelques îles mêmes sont épargnés, sans que l'on puisse en saisir la raison. L'unanimité des observateurs sur la fréquence de la maladie aux Antilles se retrouve pour les Guyanes, pour le Brésil, pour les États riverains des rios de la Plata, à Montevideo et à Bnenos- Ayres où elle est extrêmement commune. Le tétanos sévit d'une façon spéciale dans les villes du Para, de Fernambouc et de Bio-de-Janeiro, au Brésil, à Montevideo où il donne les 75 millièmes des enfants et les 5 millièmes des adultes dans la mortalité générale. Il est plus rare dans les régions montueuses du DicT. ENC. 4° s. Vni. 20
Chili, de la Bolivie, du Pérou; à Lima il a donné le lOOÛMle la mortalité: on ne l'a pas signalé à l'hôpital de Valparaiso.
L'ancien continent n'est pas indemne de la prédominance du tétanos, principalement dans les zones chaudes des tropiques. L'Afrique tropicale est le second foyer le plus énergique de la maladie. Celle-ci est commune chez les nègres, aussi bien sur la côte orientale, aux îles Mascareignes, que sur la côte occidentale, au Cap, à Sainte-Hélène, sur les côtes de Guynée et de Sierra-Leone, à la Sénégambie, etc. La race blanche de ces contrées, bien que moins souvent éprouvée que la noire, est loin d'être épargnée par le tétanos. En Algérie, le tétanos n'est pas très-rare, mais il respecte presque absolument la race arabe (Berlherand). En Egypte, il n'est pas commun sur les races indigènes, mais il a sévi accidentellement sur les blessés français, au milieu des conditions spécialement provocatrices du froid humide (Larrey). On dit qu'il est rare dans la Haule-Égypte et dans la Nubie. 11 est un peu moins commun en Algérie qu'en France sur les troupes.
Le tétanos se montre en Syrie un peu plus fréquent qu'en Egypte: nous manquons de documents pour l'Asie centrale et pour l'Asie orientale. Mais les renseignements nombreux et détaillés sur l'Inde établissent la prépondérance du tétanos dans certains districts de ce vaste pays. Ainsi il est extrêmement commun à Bombay où il occasionne une mortalité de 25 pour 100 sur le total des décès à l'hôpital indigène de Jamsetjee, d'après Morehead. Déjà Bontius déclarait qub le tétanos compte parmi les maladies les plus communes et les plus populaires de l'Inde. Cette fréquence diminue d;ins certaines régions, comme à Cochin et dans la Présidence de Madras, ainsi que dans quelques distrifs du Bengale. Il est fréquent sur le plateau du Dekkan : sa fréquence serait vraiment extraordinaire dans les possessions françaises de Pondichéry (Huillet). Ceylan et les îles voisines n'en sont pas épargnées.
On a dit que le tétanos est fort rare dans les îles de la Malaisie, ainsi que dans les contrées de l'Indo-Chine. Nous manquons de renseignements touchant la répartition de la maladie en Chine, au Japon, et dans les îles de TOcéanie. On affirme qu'il est à peu près inconnu en Océanie, au Japon, mais qu'il existe, quoique rarement en Chine. En tout point du reste, comme le dit Hirsch: «les saisons pendant lesquelles existent les plus grands écarts et les plus grandes variations soudaines de température sont aussi celles de la plus grande fréquence du tétanos. » Il nous suffira de citer ici Larrey pour l'Egypte, Bajon pour la Guyane, et les Antilles, Tschudi pour le Pérou, Guyon pour l'Algérie, etc., etc.
Les races colorées l'emportent sur toutes les autres quant à la fréquence avec laquelle elles sont atteintes par la maladie. La race nègre occupe le premier rang : puis viennent les races hindoues, la race indienne de l'Amérique, peutêtre en suite les races jaunes de l'Asie, et celles de la malaisie. Suivant Bertherand et Clot-Bey les races arabes de l'Algérie et les races indigènes de l'Égvpte jouissent d'une remarquable immunité contre le tétanos. On a remarqué, du reste, que les Européens acclimatés et pour ainsi dire créolisés, à la Guyane, par exemple, étaient plus fréquemment atteints que les autres (Segond).
7° Tétanos ou trismds neonatorum. L'aire de cette variété du tétanos se confond, par plus d'un point, avec la précédente. Comme celle-ci, elle embrasse les zones chaudes du globe : mais elle en diffère d'ailleurs suffisamment pour nécessiter une description rapide particulière. Le trismus des nouveau-nés prédomine avec une funeste intensité dans les districts de l'Amérique tropicale, aux Antilles,
dans les Guyanes où il moissonne au moins la dixième partie des enfants nègres (Campet), au Brésil et sur les rives du Rio-de-la-PIata, à Montevideo où l'épidémie de 1852 enleva une partie de la population des nouveau-nés (Mantegazza), au Pérou, notamment à Lima. Au Brésil où il est connu sous le nom de mal de sept jours, le tétanos tue le quart des enfants jeunes à Rio-de-Janeiro : il est commun à Sainte-Catherine. On en a signalé la fréquence dans les États de l'Union riverains du golfe du Mexique, dans l'Alabama, la Louisiane, le Texas, sur les bords du Mississipi, et dans les Garolines ; dans ces régions il prélève une forte dîme sur les enfants des nègres.
Le trismus endémique règne violemment dans la Scnégambie, à la côte occidentale d'Afrique (Tbévenot, Clark), au Cap sur les enfants des Ilottentots, aux Mascareignes ainsi que dans les autres îles africaines et dans l'Afrique orientale €t centrale. On ne trouve que peu ou pas de renseignements sur le tétanos infantile dans le nord de l'Afrique. Cependant il y est aussi et même plus fréquent qu'à Paris, surtout à Alger, et encore plus en Egypte.
Le trimus existe sans doute dans l'Asie antérieure, mais nous n'avons pas de documents sur sa fréquence. Il est très-commun dans l'Inde où il donne, par exemple, à Pondicbéry, les 290 millièmes de la moitalité chez les enfants hindous, en respectant les enfants blancs (Huillet), dans l'Indo-Chine, et semble très généralisé dans les zones tropicales de laPolynésie, dans l'archipel desTono^a, en Nouvelle-Calédonie, aux îles Samoa, etc. Suivant Bourse, les convulsions sont fréquentes et mortelles chez les enfants à Sidney (Australie). On manque de renseignements sur la Chine et le Japon.
En Europe, le trismus neonatonan est fréquent dans certaines localités assez circonscrites, comme en Espagne, à Minorque, dans quelques districts d'Italie de France, d'Angleterre et surtout d'Irlande, comme à Dublin. Il en est de même dans certaines parties limitées de l'Allemagne et de la Russie du Nord, comme à Pélersbourg, où cependant la maladie est devenue rare depuis quelque temps. Mais nous trouvons les deux foyers les plus intenses du trismus infantile dans deux groupes d'îles de l'Atlantique nord : aux Hébrides, dans l'île de Saint-Kilda et en Islande, principalement sur l'îlot de Westmannoe où le trismus constitue un fléau dépopulateur pour les enfants, puisqu'il a enlevé dans cette localité jusqu'à 64 pour 100 des nouveau-nés. En revanche il paraît rare ou même inconnu aux îles Feroë (Manicus).
Les conditions géographiques n'ont qu'une influence météorologique assez mal définie sur la production du trismus, à laquelle contribuent puissamment l'hérédité et la prédisposition de certaines races.
Aliénation mentale, scrdi-mutité, suicide. D'après les recherches, du reste insuffisantes, faites jusqu'ici, l'aliénation mentale est fréquente dans les contrées du nord de l'Europe. Nous n'avons pas de renseignements sur sa proportionnalité en Islande; mais si nous nous rappelons la fréquence des convulsions infantiles {tétanos neonatorum) et des névroses graves (hystérie et énilepsie^ dans cette île, il y a tout lieu de penser que la folie n'y est pas rare. Aux île^ Féroë l'aliénation est très-fréquente (Lombard). En Norvège, la proportion des suicides est de 1,08 sur 10 000 habitants. On rencontre un ahéné presque sur 500 habitants (1,84 pour 1000), énorme fréquence qui résulterait peut-être de l'excès d'excitation nerveuse produite par les longs jours des hautes latitudes Les névroses y sont communes sous forme d'hystérie, de mélancolie et de fol'* religieuse. La chlorose, l'hystérie amenant assez souvent la folie sont commune^
eu Suède. Cepeudanl ou n'y compterait que 1 aliéné par iOOO habitants, proportion inférieure à celle de la Norvège et même à la totalité des états européens dont la moyenne est de 1,3 sur 1000 habitants. On a signalé en Suède des sortes d'épidémies de démonomanies et de prédicomanies. La proportion des suicides serait de 45 sur 1 million d'habitants. Dans les longs jours, le nombre des suicides serait presque double de celui des jours plus courts (Lombard). Oa ne compte que 7 sourds-muets sur 10 000 habitants, tandis qu'il y en a 8,3 en Norvège.
L'aliénation mentale est probablement commune en Russie, mais nous n'avons aucune donnée statistique qui nous permette d'en fixer la fréquence. Les suicides sont rares en Russie (llermann), puisqu'ils ne sont que de 1,5 à 5,1 sur 100 000 habitants. Mais ces statistiques déjà vieilles ne représentent plus les chiffres aujourd'hui plus élevés. En Danemark la proportion des suicides est la plus élevée de l'Europe; elle atteint le nombre de 27,6 sur 100 000 habitants. Les névroses sont répandues en Danemaik et Taliénation mentale y est si commune qu'il vient en seconde ligne après le Norvège (Lombard). On y compte 280 aliénés sur 100 000 habitants ; l'Islande et la Saxe en comptent 260, le Hanovre 170, l'Islande 150, la France 130, la Bavière 110, la Belgique et la Suède 100, l'Angleterre et l'Ecosse 90 sur 100 000 habitants (Lombard).
Les suicides en Angleterre fournissent le chiffre de 66 sur 1 million d'habitants, soit 0,66 sur 10 000 hommes; la pendaison est le mode toujours cher aux Anglais de préférence aux armes à feu. L'Angleterre seule donne un chiffre élevé d'aliénés; un aliéné sur 1120 habitants, soit 100 sur 112 000 hommes. L'Ecosse compte beaucoup d'idiots surtout dans les régions montagneuses ; comme en Angleterre la proportion des sourds-muets y est d'environ 1 sur 1670 à 1700 habitants. On n'y compterait que 1 aliéné sur 1150, soit 100 sur 115 000 habitants. En Irlande la proportion des aliénés n'est que de 1 sur 1500 habitants, mais celle des idiots étant à peu près aussi grande, la proportion totale de la folie devient assez considérable.
En Hollande la folie va croissant, comme partout, avec la marche de la civilisation; la proportion serait aujourd'hui d'environ 75 sur 100 000 habitants, mais seulement dans les hôpitaux, car il est]probable que la moitié des aliénés de tout le pays vit en dehors, ce qui porterait, comme ailleurs, la somme des aliénés en Hollande à 141 sur 100 000 hommes. En Belgique les relevés de 1858 donnaient 1 aliéné sur 714 habitants; à la même époque on comptait 1 sourd-muet sur 2324 habitants. Il existe en Belgique 1 cas de suicide environ sur 27 000 habitants, proportion inférieure à celle de la Franco oii elle est de 1 sur 18 000, de la Prusse où elle est de 1 sur 14000 et de l'Autriche qui compte 1 cas sur 20 000 habitants.
Le nombre des suicides en Alleznagne est plus grand, sauf pour la Bavière, que celui de la moyenne des autres Etats européens, qui est de 84 annuellement sur 1 million d'habitants ; les modes de suicide les plus usités sont la strangulation, l'asphyxie par submersion, puis les armes à feu. L'aliénation est plus répandue en Allemagne que dans la plupart des autres pays. Le nombre des idiots et des aliénés dans le Wurtemberg forme un peu plus de 3 sur 1000 habitants; après vient la Saxe qui en compte 2,6 sur 1000 individus • puis les duchés de Schleswig et Holstein (2,5 millièmes), etc. La moyenne de 14 États européens étant de 13 aliénés par 10 000 habitants, celle de 5 États allemands est de 22 (Wappàensl. D'après le dernier recensement la Suisse, en réunissant les aliénés,.
les idiots et les crétins, donne les 3 millièmes de la population (5 sur 1000). Mais les divers cantons sont fort inégalement partagés sous ce rapport. U en est de même de la surdi-mutilé qui donne la moyenne de 2,45 sur 1000 habitants, c'est-à-dire 4 fois plus qu'en France.
La moyenne des suicides, en France, donne 111 cas sur 1 million d'habitants. Comme chiffres comparatifs nous avons, pour la même quantité de 1 million d'hommes, 276 suicides en Danemark, 245 en Saxe, 162 en Mecklembourg, 132 en Hanovre et 122 en Prusse, tandis que Ja Norvège n'en fournit que 94, la Suède 71, la Bavière 72, l'Angleterre 62 et la Belgique 47. Mais ce sont là des données seulement approximatives et fort suspectes au point de vue de l'exactitude. L'aliénation mentale augmente sensiblement en France comme partout ailleurs dans le monde civilisé (Lombard). En 1866 sur 100 000 habitanis on y comptait 153 aliénés; en 1875 il y en avait dans les asiles 1 sur 833 habitants. En résumé la movenne générale est de 125 aliénés sur 100 000 habilants. Mais en France, comme ailleurs, le chiffre des aliénés varie beaucoup suivant les déparlements depuis celui de l'Oise (287 sur 100000) jusqu'à celui des Pyrénées-Orientales (47 sur 100 000). L'aliénation mentale est beaucoup plus fréquente dans le centre et le nord qu'à l'est, à l'ouest, et surtout qu'au midi de la France (Lombard).
L'Espagne compterait fort peu de suicides, soit 14 sur 1 million d'habitants (Legoyt), c'est-à-dire le minimum proportionnel des pays civilisés. Il y aurait une moyenne de 1 aliéné sur 1067 habitants en Espagne (Allerspergcr) ; mais cette moyenne se composerait de chiffres tout à fait extrêmes suivant les districts et les provinces du pays. En Italie les suicides sont beauconp moins nombreux qu'en France, mais il y a plus d'homicides. Bien qu'il n'existe pas de statistique pour l'aliénation mentale en Italie on peut juger que les aliénés y sont nombreux par le seul fait de l'existence de splendides manicomes dans maint endroit de ce pays. La statistique, l'ort incomplète il est vrai, de Sormani ne donne que 0,16 pour 1000 d'aliénés en Italie. Les suicides y seraient de 55 sur 1 million.
Dans les provinces orientales de^I'Austro-lIongrie, les suicides ont donné la proportion de 42 cas sur 1 million dhabitants. Les convulsions infantiles et les névroses sont fréquentes dans cette partie de" l'Europe orientale, mais on ne possède aucune statistique d'ensemble sur la fréquence de l'aliénation mentale. Celle-ci serait beaucoup plus rare dans la Turquie d'Europe que dans les régions occidentales, ce que l'on a attribué à l'absence de l'alcoolisme et au fatalisme musulman. Les suicides y seraient non moins rares, mais il convient d'ajouter que le manque de statistique ôte toute valeur à ces assertions. Les névroses et l'aliénnlion mentale n'offrent, dit-on, rien de spécial en Roumanie. On ne possède aucune donnée sur la prédominance de l'aliénation mentale en Grèce.
Une grande lacune demeure à combler pour la répartition géographique de l'aliénation mentale dans l'Asie. Quelles sont les formes et quel est le degré de fréquence de la folie dans l'Asie antérieure, dans l'Inde, dans le centre de l'Asie, dans l'Indo-Gliine et en Chine, c'est ce que nous ignorons. Seulement pour Pékin et les provinces Nord de l'empire chinois, Morache nous apprend que l'idiotie, le crétinisrae et la folie sont assez fréquents ; la folie n'y est pas bruyante, les fous sont libres dans les rues et fort calmes, La maladie résulte souvent de l'abus de l'opium ou des névroses, comme l'épilepsie. Il en est de
même de la manie aiguë (Moraclie). On dit qu'à Canton, malgré les ne'vralgies, les céphalées et les névroses occasionnées par l'abus de l'opium, l'aliénation mentale n'est pas fréquente (Rey). La folie n'est pas rare dans l'Indo-Chine. En Malaisie elle revêt deux formes : l'une furieuse et poussant à l'homicide dans les rues; l'autre, propre aux hommes, sorte de folie dansante. Chez les musulmans la folie religieuse prédomine; tandis que c'est la mélancolie chez les nègres et les indigènes d'Australie, de Polynésie et de Nouvelle-Zélande.
Nous manquons presque absolument de renseignements sur la répartition géographique de l'aliénation mentale en Australie, dans la Malaisie et dans l'Océanie en général.
Dans l'Amérique du Nord, les renseignements écrits sont plus nombreux. Il n'y en a pas pour le Canada et l'Amérique anglaise; mais nous en possédons pour les États-Unis. Disons d'abord que la proportion des suicides y est à peu près la même qu'en Angleterre. En 1870 l'aliénation mentale et l'idiotie donnaient la proportion de 160 cas sur 100 000 habitants, proportion supérieure à celle de plusieurs états européens. On ne mentionne pas le crétinisme dans les derniers relevés américains, mais il est probable qu'il règne dans les régions montueuses. La surdi-mutité serait encore peu répandue dans les États de l'Union, s'il est vrai que l'on n'y compte que 85 sourds-muets sur 100 000 habitants.
Au Mexique et surtout à Mexico, l'aliénation mentale serait assez rare ; l'on compte fort peu de fous parmi les Indiens qui ne fournissent qu'un petit contingent à l'imbécillité, à l'idiotie et'uu crétinisme (Lombard). Aux Antilles l'aliénation mentale n'offre ni plus ni moins de fréquence qu'ailleurs (Rufz) ; les suicides sont rares à la Martinique et, en général, dans les Antilles. Dans la Guyane anglaise il y aurait trois fois moins de cas d'aliénation mentale qu'en Angleterre (Donald). La moitié des aliénés de ce pays sont des coolies indiens maniaques avec tendance au suicide.
Au Brésil les névroses graves, l'aliénation mentale [et le crétinisme existent comme ailleurs, malgré l'absence de documents statistiques. On dit que la folie y est fréquente, surtout chez les étrangers, chez les Indiens et les noirs où elle revêt la forme mélancolique du délire aigu et de la folie religieuse Sur lesrives et dans les provinces du Rio-de-la-Plata, l'aliénation mentale et l'hypochondrie sont considérées comme fréquentes par Saurel ; mais nous ne possédons aucun document précis sur ce sujet, pas plus que pour le reste de l'Amérique du Sud.
On ne connaît que peu de chose de l'aliénation mentale en Afrique. La forme religieuse domine chez les habitants de l'Egypte et du Soudan ; elle y serait fréquente chez les derviches mendiants. En Algérie l'aliénation mentale est plus considérable qu'en France sur les troupes françaises ; mais nous manquons de statistique pour la population arabe.
En ce qui concerne la côte occidentale d'Afrique on sait que les névroses y sont assez communes; il en est de même des aliénés qu'on laisse mourir de faim (Lombard). Dans les provinces du cap de Bonne-Espérance les névroses, comme manie, épilepsie et hystérie se rencontrent chez les indigènes. On se débarrasse des aliénés en les laissant mourir de faim {idem). Suivant Livingstone, la folie serait rare, très-rare même dans l'intérieur du continent sud de l'Afrique. Suivant Grenet, la folie et le suicide seraient excessivement rares à Mayotte et à Madagascar. Davidson a décrit une sorte de folie dansante analogue aux convulsions de Saint-Médard, qui eut lieu en 1865 sur une immense quantité d'habitants de la capitale de Madagascar. Aux Seychelles, à la Réunion, la folie fait
de nombreuses victimes par suite de l'abus des spiritueux ; il en est de même a l'ile Maurice. Les névroses ne sont pas rares en Abyssinie, à part le fameux tigretier qui semble devoir être relégué au nombre des fables et des légendes. La manie simple paraît être très-rare en Abyssinie; il n'en est pas de même d'une forme d'aliénation mentale qui constitue la hjcanthropie ou mieux la zoanlhropie (Lombard).
Il est inutile d'essayer de tirer de ces données si incomplètes, hors d'Europe, des déductions sur l'influence des conditions géographiques relativement à la genèse et à la répartition des maladies mentales sur le globe habité. Il est fort probable que la civilisation excessive joue un rôle assez prédominant dans la diffusion de la folie. Quelle peut être, dans le concours des causes, la part de l'hérédité, des races vieilles, jeunes, pures ou mélangées, des climats, du chaud et du froid, etc. C'est ce qu'il appartient à l'investigation sévère de l'avenir de nous apprendre.
Maladie du sommeil. {Hypnosie, Sleeping dropsij, Somiwlenza, Schîafsticht der Neger (Hirsch), etc. Cette singulière affection mentionnée pour la première fois, comme il a été dit à l'article Maladie du sommeil, par Winterbottom sur les FouUahsau golfe du Bénin (1819), puis par Bacon sur la Côte-d'Or et de Libéria, par Clarke (1840), sur les nègres de la Côte et de Sierra-Leone, a été [de nouveau observée et décrite par les médecins de la marine française plus récemment; par Dangaix (1861) et par Nicolas (1861) sur le littoral de Gabon et du Congo. Puis viennent les notices et observations fournies par Gaigneron (1864), Griffon du Belley (1864), Ghassaniol (1865), Santelli (1868), Guérin (1869).
Suivant Corre [Archiv. de méd. nav. 1871), la maladie du sommeil régnerait fréquemment au Sénégal ; c'est aussi l'avis de plusieurs médecins de la marine depuis un certain nombre d'années. Mais d'après le même observateur distingué, le nélavane (nom chez les Wolofs, dâdane chez les Sérères) qui règne dans le Bas-Rio-Nunez, dans la Cazamance, dans la Gambie, dans le Saloum et dans le Sine, ne serait guère qu'une manifestation cachectique de la scrofulose, et d'ailleurs, non toujours, même assez l'arement, caractérisée par le sommeil invincible. Ce serait une sorte de maladie du sommeil « sans sommeil ». C'est déjà là un point important en litige.
H. Quelques MALADIES des os et do système locomoteur. 1° Rachitisme, malformation des os. On connaît la fréquence du rachitisme en Europe ; mais cependant il nous manque encore des tables comparatives sur ce sujet. On avance qu'il est très-rare en Islande, sans doute à cause de la richesse de l'alimentation publique en matières phosphatiques (Lombard). 11 doit être assez répandu en Danemark, où il est désigné comme occasionnant 1 millième 1/2 des décès à Copenhague. On ne possède aucun renseignement précis sur la proportion du mal dans le nord de l'Europe, en Scandinavie et en Russie. Il est cependant, dit-on, très-rare en Scandinavie, tandis qu'il serait plus fréquent dans les provinces russes de la Baltique. On sait qu'il est endémique dans le centre de l'Europe, principalement dans les grandes villes d'Allemagne et des Pays-Bas, d'Angleterre, de France, de la Haute-Italie, du nord de l'Espagne et dans les villes maritimes y compris Lisbonne. En Belgique le rachitisme paraît être plus fréquent qu'autrefois, surtout parmi les populations minières et industrielles. En Grèce il est rare ou peu commun.
On constate une notable diminution du rachitisme dans les Provinces danubiennes, dans les districts orientaux de l'empire d'Autriche, mais surtout dans
la Turquie d'Europe (Riglcr). La maladie est considérée comme très-rare dans l'Asie antérieure (Asie Mineure, Syrie, Mésopotamie et Iran) ; mais elle régnerait fréquemment sur les populations de la Turcomanie, notamment à Bockhara et dans l'Afghanistan. Dans l'Inde, même rareté du rachitisme et des déformations osseuses d'après les observateurs anglais et Iluillet. Nous manquons totalement de renseignements sur l'existen'je du rachitisme dans l'Indo-Chine et en Chine;
serait rare au Japon.
11 y a peu de rachitiques parmi les populations malaises des possessions néerlandaises de l'Océanie, ainsi que parmi les races bien conformées de la Polynésie ; il en existe en Australie et en Nouvelle-Zélande.
A peu près nuls sont les renseignements sur le rachitisme par rapport à l'Afrique. En Egypte il serait commua suivant Desgenettes; il ne se rencontrerait guère que sur les races mélangées suivant Pruner; en tout cas il y serait aujourd'hui assez rare.
A la côte occidentale d'Afiique on a constaté l'extrême rareté du rachitisme et des difformités en général ; mais on manque de documents sur chaque pays et chaque race en particulier. Par contre les maladies osseuses et les affections rachitiques sont fréquentes k la colonie du Cap et dans l'Afrique méridionale, où elles séviseent surtout sur les populations indigènes. Le contraire a lieu à la côte orientale où les rachitiques et les nains sont extrêmement rares.
La pénurie de renseignements nous laisse ignorer quel peut être le degré de réquence du rachitisme dans les Étals-Unis d'Amérique du Nord; on doit penser cependiuit qu'il y est commun. 11 est fort rare au Mexique, aux Antilles, au Brésil, dans toute la région de la Plala (Martin de Moussy), dans les grandes villes de Buenos- Ayres et Montevideo, où on ne le rencontre que sur les populations européeimes. Le rachitisme et les caries des os se montrent assez fréquemment dans les régions humides et tempérées du Chili méridional ; mais l'on ne sait rien de la maladie pour les populations qui habitent les régions montueuses du Chili, de la Bolivie, du Pérou et de l'Equateur.
Une première conclusion est facile à déduire de cette revue sommaire, c'est l'extrême rareté du rachitisme dans la zone intertropicale et son peu de fiéquence dans l'hémisphère austral, tandis qu'il semble confiné et comme concentré sur les populations d'Europe, principalement sur les l'aces de provenance aryanc. Aussi a-t-il été rationnel de recommander le séjour sous les tropiques comme un moyen curatif contre la maladie (Waitz, 1845).
On a avaucé qu'en Europe le rachitisme sévissait surtout dans les pays bas et humides et qu'à plus de 1000 mètres il n'existerait plus dans les Alpes que par le fait oe l'importation (Maffai). Le rachitisme et le crélinisme se rencontreraient en raison inverse dans les mêmes districts {idem).
La géographie montre un défaut de connexité pathologique entre la scrofulose et le rachitisme. En effet leur distribution sur le globe est fort différente et là où l'iuie diminue on voit l'autre augmenter et réciproquement. Reste la questiou de races et de nationalités. Il est manifeste que la race blanche dite eaucasique est celle qui est la plus maltraitée par la maladie rachitique. La race nègre en est-elle vraiment indemne, comme on l'a dit? D'après Pruner, en Egypte les seules races mêlées en seraient atteintes. On a dit que le rachitisme existait au Sennaar (Brocclii) et au Sénégal (Baffenel) ; mais ces assertions restent à prouver. En tout cas la race nègre n'a été que fort peu touchée par le rachitisme, quoique suivant Levacher, son système osseux soit doue d'une extrême
friabilité. Nous n'avons que des renseignements tout à fait insuffisants par rapport aux autres races humaines.
2" Rhumatisme. Il n'est guère de processus morbide dont la géographie soit plus intéressante que celle du rhumatisme. Les subdivisions à établir dans cette maladie ont été faites avec précision par M. Ern. Besnier, dans son remarquable article Rhumatisme. Malheureusement cette précision fait défaut dans les données que nous avons sur la pathologie géographique du rhumatisme pris dans un sens trop général. C'est donc un problème de géographie morbide à poser, de nouveau, sur des bases également nouvelles. En attendant voici ce que nous savons actuellement sur le sujet.
Le nord de l'Europe est fertile en rhumatisme. Celui-ci serait fréquent sur les Samoyèdes, les Lapons, les Sibériens, les Islandais et autres peuples des pays glacials. En Islande le 8 millième de décès serait occasionné par le rhumatisme qui est l'une des maladies les plus répandues dans ce pays (Schleissner). Le rhumatisme articulaire, musculaire et névralgique peut être considéré comme la maladie dominante des îles Féroë (Lombard). Manicus a étendu d'ailleurs la cause rhumatismale à l'étiologie d'une foule d'autres maladies. Le rhumatisme paraît assez rare en Norvège à Christiania, plus répandu à Dronlheim et à Friderickshall. Au total, il est plus rare dans ce pays que ne le ferait croire le climat froid et humide. En Suède le rhumatisme est fréquent : chez les marins militaires il donne les 77 millièmes des malades admis à l'hôpital de Carlskrona. Dans la province de Moelar la proportion est des 50 millièmes du total des maladies : la ville d'Upsal a les 80 millièmes de rhumatisants au nombre de ses malades (Bergmann). La goutte et le rhumatisme seraient au nombre des maladies les plus répandues en Danemark (Otto). On peut estimer à 5 ou 7 millièmes la mortalité par ces maladies dans les villes danoises (Lombard).
Dans les provinces russes de la Baltique, on signale le rhumatisme comme fréquent, surtout en hiver et au printemps. Ainsi à Riga il forme l'énorme proportion de 84 millièmes du total des malades, et les 4 millièmes du total des morts. On sait que le rhumatisme est fréquent dans l'intérieur et au sud de l'empire russe mais on ignore dans quelle proportion.
En Angleterre la mortalité par le rhumatisme est de 0,105 sur 1000 habitants, soit le triple de la mortahté dans le canton de Genève. Dans le nord de l'Angleterre on a trouvé jusqu'à près de iO pour 100 de rhumatismes parmi les maladies : à Londres il y en aurait 6 pour 100. De plus la maladie y est grave : d'où l'on peut conclure que le rhumatisme est une des maladies caractéristiques de la pathologie anglaise, principalement dans le nord et dans le centre du pays. L'Irlande donne les mêmes proportions de léthalité que l'Angleterre pour le rhumatisme. Il en est autrement de l'Ecosse où avec une morbidité analogue la mortalité est moitié moindre, puisque Glascovv et Edimbourg ne donnent que les 2 millièmes du total des décès et que le pays entier ne compte que 76 morts rhumatismales au lieu de 105 pour un million d'habitants comme en Angleterre et en Irlande. En Hollande la statistique ayant réuni les rhumatismes aux maladies du cœur, il est difficile de faire le départ de leur fréquence, qui, d'après les probabilités, doit être grande.
En Belgique le rhumatisme est fréquent. A Bruxelles le rhumatisme articulaire aigu a donné les 5 millièmes de la mortalité totale; moins qu'à Londres (5"'"',5), plus qu'à Glascow (2""", 5), et moins qu'à Copenhague et dans les
villes danoises (4 millièmes à ^'""^ô). En somme le rhumatisme est l'une des maladies les plus re'paadues en Belgique, surtout chez les campagnards, quoique sa gravité ne soit pas aussi prononcée que dans d'autres pays (Lombard).
La fréquence du rhumatisme en Allemagne varie suivant les localités. A Francfort elle donne le septième du total des maladies. Cela peut s'appliquer aux villes allemandes du nord, du midi, de l'est et de l'ouest. Après Francfort qui a une mortalité des 4""", 6, vient Vienne pour la fréquence du rhumatisme, puis Brunswick, Berlin avec les 1""',1, en dernier lieu Munich et Marbourg. La comparaison de la proportion de la maladie dans les villes allemandes avec celle des autres villes de l'Europe, montre qu'elles n'en sont ni plus ni moins chargées : la mortalité moyenne y est de 2"^"% 1/2 par le rhumatisme.
En France les données statistiques nous manquent. On sait que le rhumatisme y est fréquent, surtout dans le nord et dans le centre plus que vers le midi. La statistique de Lyon assigne aux diverses formes de rhumatismes les 98 millièmes, soit près du dixième, des maladies. La morbidité par le rhumatisme articulaire en Suisse est des 20 aux 51 millièmes des maladies totales. La mortalité oscille autour de2 à 3 millièmes. En somme le rhumatisme est fort répandu en Suisse si l'on y comprend les formes névralgiques et musculaires (Lombard). C'est une des principales plaies des montagnes suisses sous ses formes aiguës et chroniques : il joue donc un rôle prédominant dans la pathologie alpine et alpestre {idem). En Italie la fréquence du rhumatisme varie aussi avec les localités : d'une fréquence moyenne à Turin et à Milan, il semble plus rare à Rome : il est assez fréquent dans le midi de l'Italie. Dans sept villes d'Italie il a donné les 2,12 millièmes de la mortalité (Sormani).
Eli Espagne on a signalé la fréquence du rhumatisme sur le plateau des Castilles (Thierry). Il serait aussi fréquent en Espagne qu'en Angleterre sur les troupes, surtout dans l'Estramadure (Mac Grégor) et dans les provinces situées au nord du Tage. A Malaga la morbidité rimmatismale est des 51 millièmes : à Gibraltar elle est des 47 millièmes. Malgré cette fréquence les rhumatismes en Espagne ne sont cependant pas aussi communs qu'en Angleterre. A Lisbonne la morbidité rhumatismale est des 40 millièmes et la mortalité, des 4""", 5. Elle est donc plus élevée que celle de Copenhague (3°"", 5), Bruxelles, Glascow, mais moindre qu'à Bordeaux (5 millièmes) et à Londres (5'»'",5).
Les provinces orientales de l' Austro-Hongrie sont fertiles en rhumatismes. A Buda-Pesth, pendant deux ans, la goutte et le rhumatisme ont formé les 65,4 millièmes de la morbidité totale. Même fréquence excessive en Roumanie. Dans la Turquie d'Europe le rhumatisme prédomine dans l'intérieur et sur les montagnes comme sur le littoral. Il est fréquent à Constantinople (Bigler). Les rhumatismes musculaires, articulaires et névralgiques sont communs dans les régions montueuses, comme en Epire (Schlaefli), au Monténégro (Ferrière). Fréquents dans les contrées méridionales de la Grèce, ils se compliquent souvent de la malaria. Aux îles Ioniennes la morbidité par le rhumatisme était des 35 millièmes. Ainsi, comme dans les temps anciens, le climat de la Grèce est actuellement favorable au développement des rhumatismes.
On rencontre le rhumatisme endémique dans la plupart des régions de l'Asie antérieure, comme en Asie Mineure, en Arménie, en Syrie, en Arabie et en Perse, à Bockhara, dans l'Afghanistan, mais surtout dans l'Inde. Ce que les
médecins anglais ont écriL sur la fréquence de la maladie dans l'Inde, dépasse ce qui en a été dit en Europe. La plupart de ces médecins n'ont pas craint d'avancer que le rhumatisme, beaucoup plus fréquent dans l'Inde que dans les pays tempérés et dans les autres pays tropicaux, marchait à côté de la malaria dans la morbidité du pays, où il serait un vrai fléau pour les natifs comme pour les Européens. A Madras et dans la province il formerait le 6 pour 100 de la morbidité : à Bombay il frapperait o hommes sur 1000. La morbidité moyenne en chiffres ronds, a été des 56 millièmes sur les troupes européennes de l'Inde anglaise. Les natifs donnent presque la même proportion (Lombard). Dans la Birmanie la morbidité des troupes européennes a été des 48 millièmes. En Malaisie le rhumatisme atteindrait aussi le 6 pour 100 de la morbidité générale. Dans les troupes indiennes il serait de 7 pour 100 et même de 10 pour 100.
On sait que le rhumatisme, sans être rare, n'est pas très commun en Gochiuchine oiî d'ailleurs il n'est point grave (Harmand). On a affirmé la fréquence du rhumatisme sur les régions cùtières de la Chine. Mais ces assertions auraient besoin d'être confirmées. Cependant voici quelques données sur ce sujet. A Shangaï la morbidité rhumatismale a été des 92 millièmes au dispensaire des missions : elle a été des 39 millièmes à Amoy : à IIong-Kong les troupes européennes ont donné les 30 millièmes et les Asiatiques les 78 millièmes. Nous manquons de renseignements sur le Japon. A Yokohama et Nagasaki les troupes anglaises ont eu les 65 millièmes de morbidité rhumatismale. Le rhumatisme est fréquent à llokodadé : il augmente du sud vers le nord.
En Australie, en Polynésie, dans la Nouvelle-Zélande, le rhumatisme passe pour fréquent, ainsi qu'aux îles Sandwich, à Taïti, aux Fidji. En Australie l'hôpital Victoria a donné les 77 millièmes du rhumatisme : l'armée a eu les 41 millièmes : à la Nouvelle-Zélande les 32 millièmes. A Taïti il y a eu les 40 millièmes, et au.x Sandwich autant.
En Egypte on rencontre assez souvent le rhumatisme et la goutte. Le rhumatisme serait la maladie la plus répandue dans le désert (Pruner), ainsi que dans les régions du Haut-Nil, où l'humidité glaciale des nuits saisit les organismes au sortir de l'ardeur brûlante du jour. En Algérie le rhumatisme n'est pas rare, en 1865 il y a donné les 12 millièmes de la morbidité générale : le rhumatisme musculaire s'y est montré un peu plus commun. Suivant Laveran, la maladie serait beaucoup plus rare, ce qui n'est pas exact, bien qu'elle soit loin d'y être commune. Sur la côte occidentale d'Afrique le rhumatisme sans être rare, n'est pas très-commun. Au Sénégal il règne cependant dans la saison fraîche et sèche (aoiit, septembre à mars). Les indigènes de la côte d'Afrique en sont atteints pendant cette saison.
Dans les colonies du Cap les maladies rhumatismales sont fréquentes, chez les colons temporaires comme chez les indigènes. Parmi les troupes la morbidité rhumatique a fourni les 50 millièmes du total : ce qui fait moins qu'à Gibraltar, à Malte et au Canada. Même fréquence dans les États de Natal, d'Orange et de Transwaal. D'après Livingstone le rhumatisme est assez répandu dans les régions du centre et de l'est de l'Afrique, principalement dans les régions montueuses. Les indigènes le traitent par la chaleur, le feu et l'eau chaude. En Abyssinie règne sous toutes ses formes le rhumatisme articulaire, musculaire, névralgique, surtout au niveau des altitudes. Il en est de même à Madagascar et aux Comores. Cependant le rhumatisme y serait très-rare à l'état
aigu. A Maurice et à la Réunion la maladie n'est pas rare. Dans la première de ces îles il a donné jusqu'à 31 millièmes de morbidité parmi les troupes anglaises et même les 45 millièmes en 1875.
On a dit que le rhumatisme était fréquent parmi les Esquimaux et les habitants delà côte nord-ouest de l'Amérique ci-devant russe. Dans le pays de la baie d'IIudson, dans la Nouvelle-Bretagne et le Groenland les rhumatismes sont fort répandus, surtout depuis que les indigènes ont adopté quelques-unes des coutumes des européens (Lombard). Au Canada les rhumatismes et la scrolule ont formé les 7 millièmes des décès : leur ensemble n'a pas dépassé les 11 millièmes de la morbidité totale {idem).
Aux États-Unis la goutte et le rhumatisme donnent les 6 millièmes de la mortalité, seul le rhumatisme compte pour les 5'""', 9. Ce sont les États du sud qui donnent la plus forte mortalité, qui est de 7'"'",o (Lombard). C'est le maximum de léthalité par le rhumatisme de toutes les statistiques. Londres en a les 5'""', 5 presque comme les États du nord, tandis que Glascow n'en a que les 2""','l et Edimbourg les 2""", 5. Ces données sont en contradiction formelle avec la conclusion de A. llirsch qui, d'après un tableau de Coolidge (1856) contenant la morbidité rhumatismale des diverses stations militaires des Etats, Unis (29 millièmes ou plutôt 29 malades sur 1000 hommes d'effectif), avançait la rareté relative de la maladie dans les États de l'Union, rareté relative qu'il se plaisait à opposer avec la fréquence des rhumatismes sous le climat brûlant de rinde.
Les rhumatismes articulaires sont fréquents à Mexico, sans doute sous l'action du refroidissement nocturne et de l'humidilé du sol. Il en est de même dans l'Amérique centrale et sur les côtes et dans les hautes régions. Le rhumatisme varie de fréquence aux Antilles suivant les localités. A la Martinique Rufz n'en a vu que quatre cas articulaires et fébriles : il n'y a jamais l'encontré d'endo-péricardite rhumatismale. Mais les rhumatismes musculaires y sont communs. D'après les statistiques militaires anglaises, la morbidité rhumatismale a donné les 14 millièmes de l'effectif à la Jamaïque et les 7 millièmes dans les petites Antilles pour les blancs, et les 20 millièmes à la Jamaïque, avec les 15"'", 5 aux petites Antilles pour les nègres (Lombard).
Dans les Guyanes le rhumatisme est assez fréquent pendant et après la saison des pluies. Au Brésil, d'après Sigaud, le rhumatisme aigu et chronique est trèsfréquent : il serait plus souvent mortel dans les mois chauds que dans les mois d'hiver (Bourel-Roncière). La maladie y semble donc assez répandue : mais il n'y a pas de statistique. Dans les provinces du Rio-de-la-Plata le rhumatisme aigu articulaire et musculaire est très-répandu surtout au printemps, et il se complique assez souvent de péricardite. A Montevideo il figure pour les 6 millièmes dans le total des décès, proportion supérieure à celle de toutes les villes du nord de l'Europe. Même observation pour les provinces centrales et du midi. Le rhumatisme atteint fréquemment les équipages des navires qui séjournent à la terre de Feu ou en Patagonie (Lombard).
Sur les côtes occidentales du Pacifique on connaît la fréquence du rhumatisme articulaire et névralgique. Ces rhumatismes sont le fléau caractéristique de la population de Valparaiso où ils n'épargnent ni hommes, ni femmes, ni étrangers, ni indigènes. La léthalité rhumatismale hospitalière figure pour les 4'"'", 4 (Lafargue). Mais dans les régions élevées des Cordillères le rhumatisme est presque inconnu (Tschudi), tandis que dans les régions du
versant oriental des montagnes il existe sans doute assez répandu (Lombard). Le relevé de la proportionnalité des rhumatismes parmi les trouiies anglaises disséminées sur la plupart des points de la terre, a fourni aux patientes redierches de Lombard les résultats suivants. Le nombre des soldats malades est rapporté à mille hommes d'effectif.
Dans les îles Britanniques on obtient les 51 millièmes; aux îles Ioniennes les 55 millièmes; à Malte les 49 millièmes; à Gibraltar les 44 millièmes. En Amérique on a les 47 millièmes, au Canada les 7 millièmes pour les troupes européennes et les 15 millièmes pour les nègres aux petites Antilles; les 14'"'", 3 pour les soldats européens et les 20 millièmes 4 pour les nègres à la Jamaïque. En Afrique et à Sainte-Hélène on trouve les 57 millièmes. En Asie les régions tropicales ont une moyeane supéiieure à celle de toutes les autres colonies. Ainsi en Birmanie la proportion a été des 48 millièmes 4, et dans les détroits des 44 millièmes pour les blancs, et des 184 millièmes pour les Asiatiques. Aux Indes le Bengale donne les 68 millièmes, Bombay les 52 millièmes, et Madras les 48 millièmes. A Ceyian on a les 29 millièmes pour les troupes européennes et les 40 millièmes pour les asiatiques. A Hong-Kong Jes soldats européens fournissent les 30'""',4 et les soldats asiatiques les 78 millièmes : au Japon on a compté les 62 millièmes et à Maurice les 57 millièmes. En Australie la proportion a été de 41 millièmes, et en Nouvelle-Zélande des 52 millièmes de l'effectif, malgré la grande variabilité et l'humidité froide de ce dernier climat.
De ce tableau il doit ressortir que les troupes anglaises d'Europe transportées dans les diverses colonies sont beaucoup plus souvent atteintes de rhumatisme dans les pays chauds que dans les pays froids et tempérés; que les troupes nègres et asiatiques payent un tribu plus fort à cette maladie que les européennes, même dans les régions subéquatoriales ou tropicales, comme dans les détroits, aux Antilles, aux Indes, à Geyian et à Hong-Kong.
En rapprochant cet aperçu du tableau dressé par Besnier (Rhumatisme, 5^ série, tome IV, p. 460) pour la proportionnalité des rhumatismes dans la flotte de guerre anglaise, on voit que, si la fréquence absolue en est plus grande pour les marins, la fréquence relative en est à peu près la même eu égard aux stations et aux divers climats.
Il serait du plus haut intérêt d'en pouvoir tracerle domaine au moins approximatif du rhumatisme articulaire aigu en particulier. On ne possède là-dessns que peu de données. On sait que le rhumatisme articulaire est loin d'être étranger aux régions boréales, qu'il règne avec prédominance sur les Esquimaux, les Samoyèdes, les Lapons, en Islande, aux îles Féroë et dans le noi^d de la Russie; qu'il constitue l'un des fléaux morbides des régions tempérées d'Europe, d'Amél'ique et même d'Asie; qu'il n'est pas aussi rare dans l'Inde que l'ont avancé quelques observateurs; qu'il paraît assez fréquent en Chine et peut'-être non fort rare dans les îles de l'Océanie ; qu'il est relativement beaucoup plus rare dans certaines contrées tropicales de l'Afrique, mais surtout de l'Amériaue notamment dans certaines Antilles; qu'enfin il se montre de rechef plus commun lorsque l'on descend vers les trois grands caps du monde, aux régions du cap Horn, du cap de Bonne-Espérance, et dans les parages de la Tasmanie, de l'Australie et de la Nouvelle-Zélande.
L'opinion générale que le rhumatisme (surtout le rhumatisme articulaire aigu) est une maladie spécialement climatérique ne ressortirait pas du tout
des faits connus de son extension, d'après A. Hirsch. Elle ne ressortirait pas davantage de la statistique à laquelle s'est livré Ern. Besnier au sujet de la maladie dans la marine anglaise dispersée sous les climats les plus divers. Les statistiques de Lombard y sont non moins opposées, comme nous l'avons vu plus haut. Mais, en l'absence de statistiques réelles, malgré les interprétations des statistiques actuelles viciées et adultérées par la confusion de toutes les formes de la maladie sous un chef unique et trop exclusif, il est manifeste que le rhumatisme aigu, surtout le rhumatisme polyarticulaire aigu est essentiellement une maladie des climats chauds- et tempérés, à température variable, humide et éminemment changeante; qu'il ne règne que relativement beaucoup moins dans les zones tropicales, surtout dans la zone torride où il est à la fois et rare et peu grave.
On peut dire le contraire pour le rhumatisme dit musculaire, vague ou névralgique, qui, lui, est essentiellement une maladie des pays intertropicaux. Telle est l'impression qui résulte de la pratique médicale dans ces climats ainsi que de la lecture des principaux onvrages des observateurs les plus justement autorisés de ces pays. Mais, nous le répétons, la statistique dans l'avenir, devra s'appliquer à vérifier les résultats de l'impression générale. Or pour cela elle devra nécessairement et non-seulement se préciser, mais encore faire un lot à part pour les diverses sortes de rhumatismes, notamment pour l'articulaire et le musculaire aigus, pour les autres formes de rhumatisme chronique, etc.
Quant à l'influence des saisons, elle paraît se traduire par des exacerbations verno-estivales et automnales en France (Besnier) comme du reste dans les autres pays. On ignore quel peut être le rapport du rhumatisme avec les conditions hydro-telluriques du globe. Les questions de race sont actuellement tout aussi obscures. Il semble qu'en général, le groupe dit caucasique est le plus exposé au rhumatisme polyarticulaire aigu. Mais ni les Nègres, ni les Esquimaux, ni les Hindous, ni les Malais, ni les peuples d'Océanie, n'y échappent. Seuls les Indiens du Haut-Pérou paraissent jouir d'une immunité assez grande.
K. Maladies de la peau. Une nomenclature confuse, disparate, des plus variées, une synonymie inextricable, des classilications systématiques, obscures, tombées en désuétude, des appellations particulières suivant les langues, les lieux, les préjugés populaires, un chaos monstrueux de formes, d'espèces et de genres nosologiques impossible à débrouiller, un manque de connaissance presque absolu de la cause et de la nature de ces maladies, telles sont les principales raisons qui rendent compte des difficultés que nous rencontrons ici. Les documents d'ailleurs fort épars, tout à fait isolés que l'on trouve sur la répartition des maladies de la peau dans les contrées exotiques, sont donc insuffisants pour tracer le tableau même succinct de cette partie de la noso-géographie. Nous devons cependant citer ici une louable tentative résultant d'une enquête faite par un certain nombre de médecins anglais civils et militaires exerçant dans l'Inde et dans les diverses parties du globe. C'est un premier essai qui mérite d'être suivi et complété [On Certain Endémie Skin ami other Diseuses of India and Hot Cliniates generally, par Tilbury Fox et Farquhar, London, 1876).
Malgré cela on peut dire d'une façon générale, avec A. Hirsch dont les patientes recherches sont un guide en celte matière, que les maladies de la peau sont aussi communément répandues sous les tropiques que dans les régions froides et dans les hautes latitudes contre l'assertion de Rufz et de quelques autres
observateurs. D'un autre côté dans quelques districts des régions tempérées et même des zones froides, les maladies de la peau sont fort communes, comme en Islande, aux îles Féroë, dans les provinces baltiques de la Russie, en Sibérie, au Kamtchatka, et cela par endroits fort limités.
Il en est de même dans certaines contrées de l'Europe méridionale, par exemple en Espagne, dans la Basse-Italie, en Turquie, en Syrie, etc. On voit la même fréquence des affections cutanées dans les contrées de l'hémisphère sud correspondantes à celles de l'hémisphère nord par les conditions climatériques, comme en Nouvelle-Zélande. Non-seulement ces contrées sont remarquables par la grande fréquence des maladies de la peau, mais elles offrent encore une multiplicité et une variété de formes et de manifestations nosologiqucs presque inépuisables. On constate la même fréquence et la môme diversité des maladies cutanées dans certaines régions subtropicales, comme sur la côte septentrionale d'Afrique, dans les États de Berbérie, à Tunis, à Alger (Bertherand), en Algérie où certaines localités comme Blidah sont si fertiles en maladies de la peau, que l'on y voit des enfants couverts littéralement de croûtes et de pustules ou d'écaillés.
Il en est de même en Egypte (Pruner) dans les districts méridionaux de la Perse, dans l'Inde, en Chine, à Amoy, à Shanghaï (Wilson) et dans les localités de l'Asie subtropicale, même au cap de Bonne-Espérance. C'est encore sous les tropiques que l'on trouve des contrées où, outre les maladies de la peau qui sont plus ou moins répandues sur toute la terre, l'on voit certaines formes ou certains groupes de ces maladies qui leur sont propres, ou du moins qui sont rares et même inconnues en dehors de ces contrées particulières. C'est ainsi que Bajon dit en parlant de Cayenne, que les maladies de la peau y sont plus nombreuses, plus dangereuses et qu'elles sont plus réfractaires aux ressources de l'art, que dans les autres pays chauds. C'est aussi ce qu'affirment les comptes rendus de ces maladies pour le Brésil (Sigaud), pour le Pérou (Tschudi), pour le Centre-Amérique (Bernliard), pour les Antilles (Desportes), pour l'Abyssinie (Gourbon), pour la côte occidentale d'Afrique et pour l'Inde (Twining, etc.), pour l'archipel Indo-Malais (Ileymann), pour la Polynésie australienne (Chopin, Wilkes, etc.).
Il est encore un petit nombre de maladies de la peau qui sont cantonnées dans un habitat spécial et fort limité, par exemple comme la verruga, dans certaines vallées des Andes. Plusieurs maladies de la peau des régions tropicales ont été décrites sous des noms particuliers, alors qu'elles appartiennent manifestement à la syphilis comme nous le verrons plus loin. II n'est pas douteux non plus que le pai^asitisme, si fréquent dans les pays chauds, joue un rôle considérable dans la production de plusieurs maladies cutanées.
Herpétides. Nous comprenons sous ce nom Y eczéma avec ses variétés Vinipétigo, le lichen, le pityriasis et le psoriasis. Nous ne connaissons que très-peu de chose sur la fréquence absolue et relative des dartres dans les diverses contrées du globe, les renseignements précis faisant défaut. Ce que peuvent imprimer à ces affections en fait de variétés, de modalités, de gravité, de fréquence et de nature, les éléments étiologiques tirés des localités, du climat, des races des habitudes et des mœurs des peuples, nous l'ignorons donc à peu près complètement. C'est là une vaste lacune à combler dans l'avenir. Voici pourtant quelques données incomplètes et incertaines empruntées à l'ouvrage de A. Hirsch (t. II, p. 445, etc.).
520 GÉOGRAPHIE 3IÉDICALE.
1" Eczéma. On a regardé comme se rattachant à l'eczéma, les éruptions culaliées suivantes.
Veczéma solare, décrit également sous le nom d'érylhime par insolation, de lichen tropicus, de boutons de chaleur, bourbouille^, etc. C'est une éruption papuleuse ou papulo-vésiculeusc régnant principalement aux poignets, aux aisselles, au devant de la poitrine, à la ceinture, aux cuisses, etc., et provenant de sueurs profuses sous l'impression d'une trop forte chaleur. C'est un mélange de lichen, d'eczéma, et parfois d'urticaire, souvent mobile, s'exaspérant par la chaleur, les sueurs, et occasionnant un insupportable prurit. On le rencontre dans les pays inlertropicaux et au delà, par une température d'environ 26 degrés centigrades.
Cette éruption a reçu différents noms suivant les localités et les peuples; les Anglais le nomment Prickly heat (chaleur avec picotements), les Allemands rotlier Hiind (chien rouge); elle se nomme gale bédouine à Alger, gale des Illinois dans l'État de ce nom, Ghamachi dans l'Inde, etc. Outre les contrées tropicales oiî elle est endémique surtout sur les nouveaux arrivés, elle règne encore dans les pays chauds et subtropicaux, en Egypte, en Algérie, en Berbérie, dans le sud de la Perse, pendant la saison chaude, en Sicile, à Minorque, sur les rives méridionales du Mississipi ainsi que dans plusieurs régions situées plus au nord.
Tschudi a décrit sous le nom de Chunu une affection érythémo-eczémateuse qui se manifeste sur les hautes plaines du Pérou, par suite des changements brusques et énormes de température de diverses couches de l'atmosphère qu'on y rencontre à quelques mètres de distance. C'est une sorte d'insolation compliquée d'engelures. Dans ces rapides passages du chaud au froid au milieu de ces couches si diversement chauffées de l'air, on ressent d'abord une sensation de piqûre et de formication, une brijlure insupportable; alors apparaissent des fissures sur les parties découvertes, le visage, les mains, accompagnées d'érythème.
On appelle boutons du ISil ou chaleurs du Nil une éruption cutanée qu'il ne faut pas confondre avec d'autres boutons, les vrais boutons du Nil qui sont les analogues de ceux d'Alep et de Biskra. La première affection offre les caractères assez tranchés de l'eczéma; peut-être même n'est-elle que le lichen tropicus des climats tropicaux. Elle a été signalée par Ehrenberg et Pruner. Cette affection rèo'ne annuellement en Egypte, surtout là où l'air est humide, comme dans le haut du fleuve. Elle atteint les Européens et. les Arabes indigènes, mais elle est inconnue chez les indigènes de la Nubie, de la Dongolie, et chez les nègres, sans doute à cause des qualités de la peau chez ces races. Vainement a-t-on attribué la cause de cette affection à l'eau du Nil, puisqu'elle existe chez les Européens qui n'en buvaient pas.
Sous le nom à'intertrigo scrotalis navium les mêmes observateurs (Pruner, Ehrenberg) ont décrit une sorte d'eczéma des bourses et des autres parties du corps, fréquent chez les pêcheurs et les marins de la mer Rouge et de la côte africaine. Ehrenberg a rencontré cette affection en Amérique et Bruuel (1842) l'a décrite d'après une épidémie qu'il observa sur les marins de la flotte française pendant le blocus de Cuenos-Ayres, au Rio-de-la-Plata. Elle a été principalement observée sur les marins et les pêcheurs. On l'attribue à l'irritation occasionnée par le contact de l'eau de mer, notamment de celle qui renfermerait des animalcules microscopiques et des cryptogames (Ehrenberg).
Enfin la gale des Illinois {Illinois itch) a été rapportée à l'eczéma par quelques
observateurs, notamment par Newliall qui l'a de'crite. Suivant quelques-uns ce serait une éruption composée de moitié eczéma, moitié impétigo. Elle constituait jadis une vraie endémie de l'État de j'illinois, à tel point que les -4 cinquièmes des immigrants en étaient atteints pendant la première année de leur séjour. Elle prédominait en hiver et subissait toujours une recrudescence marquée par les temps froids. Il est douteux que cette affection fut un simple eczéma et il y a lieu de suspecter fortement une gale endémique répandue dans le pays, car depuis 1824 on n'a plus entendu parler de cette maladie, et on peut croire que des soins et une hygiène mieux entendus ont débarrassé les habitants de ce pays de l'affection due à l'animal parasite.
2° Impétigo. Celte affection — affection presque toujours symptomatique, et qui ne serait, d'après Hardy, qu'une variété de l'eczéma — règne dans toutes les contrées de la terre, mais principalement dans les pays tropicaux et subtropicaux, en Algérie, en Egypte, en Abyssinie, dans l'Inde, dans l'archipel Indo-Malais, aux Antilles, dans le Centre-Amérique, etc., et cela aussi bien sur les Indigènes que sur les Européens.
L'impétigo serait parfois endémique sur les enfants aux îles Féroë, surtout pendant l'hiver (Manicus). Dans quelques contrées il affecte également tous les caractères d'une vraie endémie. Peut-on rapporter à l'impétigo endémique l'éruption décrite par Fox sur les habitants des îles Fidji, et qui, suivant A. Iliisch. offre la plus grande analogie avec la syphilis? D'après un observateur récent (Messer, in Statistical Report on the Health of the Navy for theYear 1874), les indigènes de Fidji et des Samoa, sont sujets à cette maladie qu'ils nomment thoka ou coca, et que les blancs désignent encore sous le nom de Fidji small-pox ou variole des Fidjiens. C'est une affection cutanée apyrétique caractérisée par de nombreux tubercules ulcérés, très-saillants à la surl'ace de la peau, situés ordinairement aux angles de la bouche, mais pouvant affecter toute autre partie du corps. On observe ces tubercules presque invariablement sur les enfants au-dessous de trois ans. Les indigènes cherchent à les propager par une sorte d'inoculation. Suivant Messer cette affection est fort distincte de la syphilis; c'est une maladie de malpropreté entretenue de propos délibéré et propagée grâce à l'ignorance et aux préjugés des indigènes.
L'impétigo règne sous sa forme la plus grave, sous forme d'ecthyma, en Nouvelle-Calédonie (de Fiochas) où. sa fréquence est entretenue parmi les indigènes par le manque de soins de propreté et la nourriture défectueuse. Il sévit surtout chez les personnes âgées, aux jambes, aux extrémités et affecte une marche chronique. Suivant Rufz, l'impétigo est tx'ès-commun dans certaines localités de la Martinique. Enfin Tschudi a décrit la grande fréquence de cette maladie dans certains districts et certaines vallées étroites et limitées des Andes péruviennes, principalement dans la vallée située entre Huauru et Sayan, à la plantation de Lichmayo oh. tous les ouvriers en sont plus ou moins atteints. L'observateur en question ne connaît rien de probable relativement à l'étiolonie de la maladie.
3° Psoriasis et pityriasis, etc. Presque tous les observateurs des zones tempérées et même des hautes latitudes, comme Panum pour les îles Féroë, s'accordent à regarder le psoriasis comme l'une des maladies de la peau les plus communes et les plus i-épandues dans ces contrées. 11 en est de même dans les régions tropicales et subtropicales comme en Turquie, en Egypte (Rigler, Pruuer) et dans d'autres contrées de l'Orient en Perse (Polack), dans l'Inde (Macpherson etc.) DICT. ENC. A' s. VIII. 2^
en Chine (Friedel), en Polynésie (de Rochas), en Nouvelle-Zélande (Thompson), en Âbyssinie (Gourbon), en Algérie (Hermann, Cambay, etc.), dans le Centre- Amérique (Bernhardt), aux Antilles (Savarésy), au Brésil (Martins), au Pérou (Smith), à Suriman, etc. Cependant la maladie sévit endémiquement et avec intensité particulièrement sur les races colorées des tropiques, sous les différentes dénominations suivantes.
LesHe a donné à une endémie de psoriasis ou de pityriasis régnant dans le royaume d'Assam, le nom de Daud. C'est un exanthème papuleux, extrêmement prurigineux pendant la saison des pluies et surtout la nuit, et s'accompagnant de l'émission d'écaillés sous forme de son. C'est la partie supérieure du corps qui est ordinairement atteinte du daud, parfois aussi les hanches et la partie interne des cuisses en sont le siège. Faut-il ranger dans le genre des psoriasis, une affection cutanée observée fréquemment au Brésil (Martius) et connue parmi les Indiens sous le nom de Curuba? C'est un psoriasis chronique, indolore, qui s\é"e chez les Indiens vivant dans les plaines, surtout autour des articulations et chez ceux qui vivent dans les forêts, au visage, aux mains et aux pieds. D'ailleurs il atteint fréquemment les animaux, les chiens par exemple. La cause de cette alfection ainsi limitée, ne pourrait-elle pas provenir d'une irritation extérieure produite par les plantes cryptogamiques ou des coutumes spéciales aux habitants comme d'ailleurs aux animaux?
Fox a décrit une maladie de la peau assez singulière qui était endémique il y a près d'un demi-siècle, aux îles Kingsmill (Polynésie), et que les indigènes appelaient gune. Suivant l'observateur, la maladie commence par un petit cercle d'un pouce de diamètre et recouvert de squames. Pendant que ce cercle augmente de grandeur il se forme à son intérieur un nouvel anneau qui, quand il a atteint une certaine dimension, en renferme un troisième. Souvent il arrive que la formation de plusieurs anneaux sur une même région les rend confluents et dessine les figures les plus variées, mais conservant leurs contours primitifs. Enfin tout le corps se couvre ainsi d'une éruption squameuse qui occasionne une très-vive démangeaison. A la chute des squames il reste sur la peau de nombreux cercles et des lignes ulcérées d'une couleur livide, qui en altèrent l'aspect et qui persistent souvent pendant la vie sans troubler pour cela en rien la santé "énérale de l'individu. Il est possible que cette affection, comme tant d'autres des pays chauds, soit d'origine parasitaire.
Le pityriasis n'est pas rare, d'après plusieurs observateurs (Pruner, Bigler, Gourbon, Rufz, etc.), sur les races colorées des tropiques, principalement sur les nè'ïres dont la peau noire couverte d'écaillés fines semble ainsi comme saupoudrée de farine.
4» Ichthyose. Cette maladie ou anomalie spéciale de la peau, que l'on peut classer à côté des herpélides, est assez fréquente dans les pays exotiques, principalement dans les régions tropicales. Ainsi elle est commune au Pérou (Tschudi), dans l'archipel Indo-Malais (Heymann); elle est endémique aux Moluques, à Banka, ainsi que dans plusieurs îles de cet archipel où elle est désignée sous le nom de Cascadoe, ou rouille de la peau (Meerdervoort) . On cite comme un fait des plus remarquables que la lèpre, qui est habituelle à plusieui's de ces îles, ne se rencontre que rarement avec l'ichthyose qui est extraordinairement rare là ou prédomine la lèpre.
Sous la dénomination fort vague de Chloasma (A. Hirsch), on a décrit et signalé comme fréquentes diverses altérations de couleur de la peau, seules ou
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compliquées de plusieurs lésions de cet organe. Les taches cutanées pathologiques ou anormales seraient fréquentes d'après Â. Hirsch, chez les populations colorées des tropiques. Elles ont été mentionnées comme telles en Egypte, en Syrie, en Arabie et dans les contrées asiatiques par Piiiner, à la Réunion par Chapotin, à Tunis par Ferrini, dans l'Inde par Leslie, au Brésil, dans la Colombie et au Mexique. C'est dans cette dernière contrée que l'on a décrit une variété commune du chlousma sous le nom de mal de los pintos, pinta, Quiricua, Tinna, etc. Suivant quelques observateurs (Mac-Clellan, Heller, etc.), la pinta serait propre au Mexique, où elle occupe surtout la côte occidentale en s'étendant vers l'est jusqu'à Tabasco; elle ne régnerait pas sur le plateau central ni sur la côte orientale.
La pinta se caractériserait par l'apparition de taches autour des yeux, sur la poitrine et sur les extrémités, puis la peau devient tellement irritable qu'elle s'ulcère au moindre contact et se couvre d'ulcères sordides et si repoussants, que l'on sent à distance un individu atteint du mal de los pintos. Il est probable que l'on a décrit sous ce nom des maladies très-diverses, notamment des cas de lèpre vraie.
Nous en dirons autant d'autres affections cutanées signalées sous des noms de localité peu connus, comme la carate observée par Young sur la côte de Mosquitos, par Bonpiand, Daste, Roulin, etc., dans l'Amérique du Sud, à la Nouvelle Grenade, sur les nègres, les mulâtres, les Indiens. Car comme la pinta, la carate sévit de préférence sur les races colorées ou leur métis. Alibert en adonné une description succincte d'après un cas qu'il aurait observé chez un chiruri^ien qui avait séjourné sur les rives de la Magdalena. Telle est encore sans doute la maladie de la peau décrite sous le nom de Lota par quelques observateurs de la Guyane et par Popp à Surinam ; par Levacher pour les Antilles, par Savarésy à Port-de-France (Martinique) ; au Brésil par Ribero de Sampaio et par Martius; enfin au Pérou sur les Indiens ainsi qu'au Chili par Pôppig.
Dermatoses diverses. Relativement aux affections prurigineuses, Pruner a donné la description d'un prurigo qu'il a fréquemment observé en Éo-ypte sur les Arabes qui l'appellent « Atescli-el-Medinah » et sur les nègres. Allan a aussi décrit un prurigo mitis qui sévirait sur presque tous les Européens aux îles Seychelles, pendant les six ou douze premiers mois de leur séjour dans ces îles.
Herpès proprement dit. La géographie uosologique de l'herpès est peu ou pas connue. D'ailleurs ce groupe a été singulièrement démembré et par suite amoindri par les dermatologistes modernes. Pruner a fréquemment observé l'herpès zoster chez les nègres : Polak n'a observé que rarement en Perse les formes diverses de l'herpès; Thompson déclare qu'à la Nouvelle-Zélande il n'a vu ni l'herpès zoster, ni aucune des formes de cette maladie. L'herpès circinnatus revient au groupe des maladies parasitaires.
Le pemphigus est une affection cutanée très-répandue dans certains climats tropicaux comme l'ont observé Sigaud pour le Brésil, Rufz pour les Antilles Tschudi pour la côte du Pérou, Courbon pour l'Abyssinie. Cette maladie constitue une véritable endémie chez les enfants dans quelques pays, notamment en Perse suivant Polak, et à la côte de Coromandel, dans l'Inde d'après Souty. L'on doit se demander si dans ces derniers cas le pemphigus n'est pas sous la dépendance de la syphilis des nouveau-nés chez les enfants des Européens comme chez les enfants des indigènes. Mais il est d'autant plus difficile de se prononcer sur ce sujet, que même eu Europe la nature syphilitique ou autre de cette affection
des nouveau-nés est encore l'objet des plus vives controverses et ne saurait actuellement être fixée.
Viirticaire est répandue sur toutes les parties de la terre. C'est ce qui résulte du compte rendu des observations de Panura pour les îles Feroë, de Bogodonoski pour le Kamtchatka, des communications dePruner pour l'Egypte, de WaiLz, de Heymann et Voigt pour les Indes, de Hermann pour l'Algérie, de Drake pour les côtes du golfe du Mexique, de Rufz pour les Antilles, de Sigaud pour le Brésil, etc. C'est principalement pendant la saison chaude que sévit l'urticaire dans ces contrées : sa genèse semble presque toujours liéeàl'ingesliou de certains aliments comme le poisson de certaines côtes, les crabes, les écrevisses et les moules, ou autres mollusques de cette catégorie. Polack a aussi décrit une forme spéciale d'urticaire qui se montre fréquemment en Perse et qui est due à la piqûre d'une très-petite mouche de sable couleur de terre. Dans certains pays la race influe beaucoup sur la fréquence de l'urticaire; Pruner affirme n'avoir jamais observé cette éruption sur aucun individu de couleur ca Egypte.
Furoncles, anthrax, panaris. Ces affections cutanées et du tissu cellulaire n'ont pas de lieu de prédilection et sont ubiquitaires. On a souvent, en outre, signalé de vraies épidémies de furoncles, comme celle qui sévit dans l'automne de 1780 en Hongrie (Frank), comme celle qui frappa les soldats de Mauléou (Basses-Pyrénées) en 1854 et 1835 (Martin), comme enfin la grande épidémie furonculeuse qui apparut de 1849 à 1852 sur divers points du globe, sur la côte orientale de l'Amérique du Nord, à New- York, Philadelphie, etc., dans la vallée du Mississipi, aux Antilles, mais surtout dans le Royaume-Uni d'Angleterre, dont elle envahit une foule de villes populeuses et de districts. Eu même temps l'épidémie fit des apparitions en Irlande, sur quelques points de l'Espagne, en France, au cap de Bonne-Espérance, dans l'Inde, etc., puis plus récemment en 1855-1859 on observa la maladie furonculeuse épidéraique en Suède et dans plusieurs contrées du nord de l'Europe avoisinantes.
Quelle peut être l'influence des climats sur la production des éruptions furonculeuses, c'est ce qu'il n'est pas facile de démêler au milieu de l'étiologie complexe de cette alfection. Cependant l'influence des saisons chaudes du prin temps et de l'été a été mise hors de doute par l'exemple des observations.
Les relevés des statistiques anglaises faits par Lombard donnent la proportion suivante de furoncles sur 1000 soldats, dans les diverses stations : Uoyaume- Uni, 20; Malte, 27; 'Gibraltar, 18; Canada, M; Antilles, 21; Cap et Sainte- Hélène, 15; Maurice, 20; Détroits, 21; Ceylan, 12,5; Bengale, 15,5; Madras, 25,6; Bombay, 15; Hong-Kong, 12; Japon, 28; Australie, 11; Nouvelle- Zélande, 14. Il ressort de ce tableau que le climat n'aurait pas un rôle prédominant sur la production des affections furonculeuses. Quant aux races, les Européens seraient plus atteints que les nègres, mais moins que les Hindous (Lombard).
Aux furoncles se rapporte V anthrax, dont on a observé plusieurs fois l'irruption épidémique, comme en Angleterre en 1849, époque à laquelle la maladie causa une assez forte mortalité dans le pays. Il est d'observation que les furoncles et surtout les anthrax de la face, des lèvres et des joues sont de beaucoup les plus graves et les plus dangereux.
Des furoncles on peut aussi rapprocher le panaris. Cette inflammation des doigts et des mains se montre parfois en quelque sorte à l'état épidénuque.
comme l'a observé Ravaton. comme en 1766 et 1767 à Landau, comme en 1819 dans le Îs'ord-Amérique chez les noirs, comme en 1828-1829 à Svendbovg, en 1856 dans le cercle de Malmedy, etc. Fiank, Martin (à Mauléon) ont également observé des épidémies de panaris concurremment ou consécutivement à des éruptions de furoncles. De même en fut-il dans les explosions -ie furoncles et de panaris observées dans l'Amérique du Nord, en Angleterre, à Majorque, en Suède, etc.
Los médecins navigants ont maintes fois observé de véritables petites épidémies de panaris dans les mers du nord, à Terre-Neuve et en Islande, sur les pêcheurs qui sont très-sujets à ces phlegmons occasionnés par le froid et la profession.
Bouton iVAlep, de BisLra, de l'Inde, etc., etc. Le bouton d'Alep, règne sur une zone étendue de l'Océan Atlantique, sur la côte du Maroc jusqu'cà l'empire des Birmans et comprend une bande latitudinale qui va du 10* au 40* parallèle nord. 11 porte seulement différents noms, suivant les différentes contrées où il a été observé [voy. Bouton). 11 est remarquable qu'on ne l'observe que rarement dans les localités de la Syrie situées au sud et à l'ouest d'Alep, comme par exemple à Ale\audrelte, ainsi q\ie chez les habitants du Liban, comme à Antara ou Antaradus. H est inconnu, dit-on, parmi les habitants du désert, les Bédouins et les Arabes, de même que^dans les monts du Kourdistan. Par contre, on en trouve des cas isolés dans certaines parties de l'Asie Mineure, comme à Brousse au pied de l'Olympe bithynien, à Chypre; puis dans quelques contrées de l'Egypte, comme à Suez, au Caire sous le nom de bouton, du JNil.
On a observé le boulon d'Alep parmi les Tatares de la Crimée, à Eupatoria, dans des familles Tsiganes de Pérékop, à Elisabethpol en Géorgie et dans plusieurs régions de la Perse méridionale, à Ispahan, Kaschan, Téhéran, plus rarement à Hamadan, tandis qu'il est tout-à-fait inconnu dans le nord-ouest de ce pays, comme à Tauris. En Perse, le bouton d'Alep est connu sous le nom de bouton à'un an, en raison de sa durée ordinaire; il y produit une telle déformation du visage que le proverbe dit en parlant des filles d'ispahan , qu'il fimt toujours les regarder d'un seul côté, sans doute de celui qui est indemne de la cic;)trice indélébile. Le bouton d'Algérie, dit de Biscara (Biskra) ou des Ziban, non plus que le boulon de l'Inde, ne se distinguent en rien du bouton d'Alep. Le bouton dit ù'Amhoine se rapporte plutôt au pian ou framhœsia. C'est à tort que A. llirsch a cru devoir ranger à côté des boutons sus-nommés les affections de la peau signalées en Polynésie sous le nom de Tonga, de Rua, de Pupa, etc. Ces productions se rapportent à la syphilis ou à d'autres maladies cutanées. On ne connaît pas bien l'inducnce des races qui paraît nulle sur la détermination de ces produits morbides. Cependant, le bouton d'Alep ne frappe guère que les indigènes, et cela au visage, tandis que celui de Biskra atteint les soldais fran çais, soit au visage, soit aux mains.
Dermatose I^•CERT^ sEDis. 1° Pian, yaws, frambœsia, boiibas, verrng\ a'inhum, etc. Le pian, le yaws des pays tropicaux, le bouton d'Amboine et des Moluques, le tonga de Nouvelle-Calédonie, des îles Wallis et des Fidji, les houbas du Brésil, sont considérés par quelques médecins comme formant une section spéciale des maladies cutanées sous le nom générique de frambœsia (De Rochas, article FRAJiBoesiA). D'autres observateurs rangent ces affections parmi les syphiloïdcs (Rayer) ou la syphilis dégénérée (Rollet). Quoi qu'il en soit, nous n'avons qu'à nous borner ici à faire remarquer que le domaine géographique de ces manifestations cutanées ne s'étend guère au-delà de la zone intertropicale.
Le pian, le yaws, le frambœsia proprement dit sont assez communs sur la race nègre, à la côte est et ouest d'Afrique, aux Comores, dans l'Inde même, aux Antilles sur les noirs, en Amérique, etc. Nous y reviendrons à propos de la géographie de la syphilis.
L'auihum (da Sylva Lima, 1867. Collas, Archiv. de méd. navale, t. VIII) qui sévit à la fois sur les nègres, sur les Hindous et sur les Malgaches (Corre), porte à peu près exclusivement, dit-on, sur le petit orteil, qui s'étrangle en bout de massue et finit par se détacher si on ne l'excise auparavant. Est-ce une sorte de lèpre dactylienne (Collas) ou une affection siii generis (da Silva Lima, Moncowo)? C'est ce qu'il nous paraît difficile de décider. L'aïnhum est commun sur les nègres du Brésil.
La Verniga (Tschudi, Salazar, Dounon, Thèse de Paris, 1872; Bourse, Archiv. de méd. nav., 1876), appelée aussi pian hémorrhagique , est une affection caractérisée principalement par l'éruption des verrues vasculaires. Elle est spéciale à un district limité du Pérou, compris dans un rectangle formé entre les 75 et 81 degrés de longitude ouest, et les 9 et 10 degrés de latitude sud. Elle embrasse les vallées de Ulaya à 1700 mètres d'altitude; on l'observe tout le long du chemin de fer de la Oroya, dans la province de Cocachacra, à San Bartholomeo, Aqua de Verrugas, Cuesta Rlanca, Surco, Matacana, San-Matteo, Yarcil, Oroya, Chagaye. On observe encore la verruga sur les hauteurs de Chancay, aux environs de Huaras, dans la province de Chiquiang, à Saint-.Iean-d'Ulaya, dans la province de Huarichi, par conséquent sur le versant occidental des Andes péruviennes entre 860 et 2 500 mètres d'altitude.
Depuis 1872 à 1875 le verruga devint épidémique sur les ouvriers du chemin de fer de la Oroya. Elle frappait principalement les blancs sans épargner complètement les indigènes.
Pour se l'endre compte de l'étiologie de la verruga et des autres maladies cutanées de cette section, on a tant invoqué une foule de particularités géographiques dépendantes du sol, des airs, des eaux, des localités et des races. Malgré cela il a été impossible de trouver dans ces éléments extérieurs la vraie cause du frambœsia, des boubas et de la verruga.
2° Élépha7itiasis. Nous distinguons d'abord l'éléphanliasis des Arabes de celui des Grecs {voy. Eléphantiasis et Lèpre).
1° L'aire géographique de V Eléphantiasis arabiim est très-étendue, quoique beaucoup plus limitée que celle de la lèpre. Cette affection est commune dans le golfe du Mexique, aux Antilles, à la Martinique, à la Guadeloupe, à la Trinité, à Saint-Vincent, à Saint-Barthélémy et notamment à la Barbade qui lui a donné l'un de ses noms. On observe encore l'éléphantiasis sur les côtes du Centre-Amérique, à Nicaragua, sur les côtes de la Nouvelle-Grenade, du Venezuela et aux Guyanes, ainsi qu'au Brésil, où il est fort répandu depuis quelques années surtout. On le rencontre dans tout le nord de l'Afrique, plus spécialement en Egypte, en Algérie parmi les Kabyles surtout et larement parmi les Arabes. 11 existe aux Canaries parmi les individus pauvres; il est assez commun au Sénégal (Chassaniol, Berville, Thaly) parmi les indigènes ; il est encore beaucoup plus commun sur la côte orientale d'Afrique, à Zanzibar et dans les îles de l'Océan Indien (Mac-Auliffe).
11 est extrêmement commun dans toute l'Inde, où il pullule sous des noms variés; parfois il y attaque jusqu'au vingtième de la population entière (A. Hirsch). A Pondichéry il est non-seulement fréquent, mais parfois de grandeur monstrueuse
chez les Tapas et chez les Indiens (Huillel) ; les blancs, quand ils en sont atteints, le sont moins que les naturels. A Ceylan on observe très-communément l'eléphantiase, notamment aux environs de Colombo, oii, suivant Boudin, il n'attemt que les indigènes, les métis et les créoles. Il est fréquent dans l'ile de Pinang, dans l'archipel Malais, aux Philippines, à Chusan, à Canton, à Amoy (Manson) et généralement dans le sud des provinces côtières de la Cbine. Il en est de même en Cochinchine, où il attaque les grandes lèvres, le scrotum et les jambes (Piichaud). L'éléphantiase est fort répandu dans toute l'Océanie, même en Australie, mais principalement dans les Arcbipels polynésiens. A Tahiti, la prédominance de cette maladie est telle que 5 indigènes sur 5 en sont plus ou moins atteints. Au Sandwich il est commun sur les Canaques (Quémar) et l'on sait qu'il n'est pas rare à la Nouvelle-Calédonie. Suivant Bennet et Thompson il serait inconnu comme maladie endémique à la Nouvelle-Zélande. 11 est assez fréquent au cap de Bonne-Espérance, ainsi que dans les îles africaines de l'hémisphère sud.
C'est à tort que A. Hirsch affirme la présence de l'éléphantiase sur les rives européennes de la Méditerranée, en Espagne, en France et en Turquie. Si l'on trouve dans la littérature médicale de telles descriptions, elles sont inexactes et ne méritent aucune créance.
Nous n'examinerons pas ici les circonstances étiologiques de Véléphantiasif. arahiim relativement au climat, à la géologie, à la géographie physique, aux races, etc. Car nous reviendrons sur les conditions étiologiques sommaires de cette affection dans le groupe des maladies d'origine parasitaire, parmi lesquelles certains observateurs récents rangent aujourd'hui l'éléphantiase.
2" L'historique de la lèpre des Grecs sera fait à l'article Eléphantiasis [voy. ce mot). Elle existait probablement en Asie, dans le Levant et dans le sud-est de l'Europe avant Père chrétienne.
On sait que les médecins arabes, Rhazès, Avicenne, Haly-Abbas, ont signalé la fréquence de la lèpre, de leur temps, en Mésopotamie et dans l'Asie antérieure. Quant à l'opinion accréditée par les historiens que la maladie aurait pris une extension extraordinaire en Europe du douzième au quatorzième siècle, à la suite et comme conséquence des croisades, elle est beaucoup plus arbitraire que fondée. En tout cas, Pimportation de la lèpre par contagion, de l'Asie en Europe à cette époque, n'est pas prouvée et n'est que l'écho d'une légende. Quoi qu'il en soit, aux treizième et quatorzième siècles l'Europe se couvrit de léproseries pour combattre et éteindre les progrès de la maladie.
Au seizième siècle, le nombre des lépreux diminua en Europe; au dix-septième, la maladie était éteinte dans beaucoup de pays; le dix-huitième siècle vit sa décroissance graduelle et générale, sauf certaines localités restreintes, et vers la fin de ce siècle on put assister à la disparition presque totale du fléau du sol eui'opéen. Les reliquats de lèpre qui depuis sont cantonnés dans certahis districts, comme en Scandinavie, et dans quelques recoins de l'Europe méridionale et orientale, tendent de plus en plus à s'effacer, sous l'influence de l'isolement des sujets atteints et des progrès de l'hygiène publique.
Actuellement le domaine géographique de la lèpre est fort étendu, quoique beaucoup resti'eint en Europe. Elle y est cependant encore endémique dans les pi'ovinces du sud-est voisines de l'Asie antérieui'e. Elle règne dans plusieurs îles de la mer Egée, comme à Eubée, à Andros, Ténédos, Patmos et Samos, principalement en Crète. Dans cette dernière île la statistique de 1855 fournissait
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encore l'énorme proportion de i lépreux sur moins de 500 habitants (A. Hirsch). De même les îles Ioniennes et Malte comptent quelques cas de lèpre. Rigler portait le chiffre des lépreux de la Grèce vers 1850 à 350 environ. La Turquie d'Europe compte un nombre encore assez considérable de malades atteints de lèpre. Aujourd'hui il est douteux que la maladie i-ègne dans les provinces Danubiennes. Mais elle est endémique dans maintes localités de la Russie méridionale, comme en Crimée, sur le littoral est de la mer d'Azof, sur la ligne du Caucase jusqu'à Astrakhan et principalement aux environs de Cherson et sur tout le cours inférieur du Don.
La Russie centrale en est indemne, mais elle reparaît sur quelques points du littoral russe de la Finlande et de la Baltique, notamment en Esthonie et en Courlande, près de Dorpat sur les bords du lac Peipus. La Suède, qui, il y a cinquante ans, était ravagée par la lèpre {Spedalskhed), a vu diminuer heureusement cette maladie dans de considérables proportions. Néanmoins l'on a constaté officiellement une légère augmentation du chiffre des lépreux en Suède, depuis 1869, on il était de 95, jusqu'à 1873, où il atteignait 120 et 100 en 187i. La lèpre est presque cantonnée en Suède, dans le Gefleborg.
La Spedalskhed (Danielssenet Boeck) est encore le fléau des côtes et des baies profondes ou fiords de Norvège depuis le 60* au 7(1* degré de latitude nord, entre Stavanger et certains districts du Finmarken. Les cas de lèpre sont beaucoup plus rares dans l'intérieur des terres. En 18M, les rapports officiels accusaient 1122 lépreux en Norvège; en 1865, le chiffre dépassait deux mille. Mais il est probable que cette différence en plus actuellement tient, en grande partie, an recensement incomplet fait des lépreux en 1844. Les provinces les plus maltraitées en Norvège sont : la partie nord de Bergen, dont la partie sud et la province de Drontheim ne viennent qu'en seconde et en troisième ligne ; le Nortland et Stavanger occupent les quatrième et cinquième rangs; enfin, bien après, vient le Finmarken. La lèpre est rare au-delà du cercle polaire en Norvège. Le chiffre actuel des lépreux y est de 2196, deux fois plus élevé qu'il y a vingt ans.
En Islande la spedalskhed est en décroissance, quoiqu'elle y occasionne encore les 12 millièmes des décès, d'après Schleissner. Le docteur Finsen n'en a signalé que 13 cas en 1877. Elle n'existerait plus dans l'Archipel des Féroë (Lombard). En Allemagne, en Belgique, en Hollande, en Angleterre et en France la lèpre est actuellement éteinte. L'Italie en compte encore quelques cas dans certains points, comme sur le golfe de Gènes, à Turin, dans l'ancien comté de Nice, à Monaco, et sur quelques points du littoral, en Sardaigne et à Malte. La célèbre vallée d'Aoste est complètement veuve de lépreux, mais elle est, en revanche, peuplée d'une multitude de crétins et de goitreux. La péninsule Ibérique (Espagne et Portugal) possède aussi quelques lépreux.
L'Espagne, l'un des foyers anciens de l'endémie, nourrit actuellement des hommes atteints de lèpre en Catalogne, en Andalousie, en Galice et dans les Asturies. On observe la lèpre dans les provinces du nord et du midi, en Portugal, aussi bien que dans la capitale. Cependant, elle a son principal centre dans le district de Lafès, où, il y a quelques années, l'on comptait 3000 lépreux, chiffre sans doute exagéré. Ainsi la lèpre sévit surtout dans le sud du royaume, dans les Algarves et dans le Beira; quoique Lisbonne ait fourni sept décès de lépreux en une seule année.
C'est bien à tort que Hirsch avance que la lèpre existe encore dans certains
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Doinls du midi de la France, et notamment dans la Provence, car on n'y en trouve plus un seui cas depuis longtemps.
L'Afrique constitue actuellement peut-être le plus considérable et le plus intense foyer de la lèpre tuberculeuse. En Egypte elle est fre'quente surtout vers le sud et elle sévit principalement sur les nègres et les Arabes, moins sur les Européens. Le Haut-Nil n'est pas plus épargné; on manque de renseignements sur le Sennaar et le Darfour. En Algérie même fréquence de la maladie qui atteint surtout les Juifs à Alger et les Arabes dans les vallées de l'Atlas et dans les oasis du désert. Il existe des villages entiers de lépre**K d;ms les environs de Hiskra. La lèpre est grave et fréquente au Maroc; sur la côte occidentale d'Afrique, au Sénégal, chez les Mandingues (Mungo-Park), au Congo (Mahé) elle est loin d'être rare. Elle existe à Madère, aux Canaries, aux Açores, plus rarement à Sainte-Hélène.
Suivant Livingstone, la lèpre existe aussi dans le centre de l'Afrique, notamment chez les Batokas et chez les Mokololos ; elle n'est pas rare dans les régions méridionales, au cap de Bonne-Espérance, où il existe des léproseries. La côte orientale d'Afrique et les îles voisines sont des foyers de lèpre; telles sont Zanzibar, Madagascar, où la maladie est en grand accroissement, surtout chez les Ilovas (Davidson) et dans la petite possession française de Sainte-Marie, où l'on a compté jusqu'à 24 lépreux (Borius). La Réunion compte environ 000 lépreux et Maurice, 3500 dans toutes les classes et les races de la population, sauf sur les Européens, où ils sont très-rares. Ainsi à la Réunion dans une léproserie qui a leçu 95 malades de 1868 à 1872, il y avait 2 Européens, 20 créoles, 46 Hindous, 2 1 Cafres et 6 Malgaches. On dit que la lèpre existe également en Abyssinie.
Le continent d'Asie n'est guère moins fertile en lépreux que l'Afrique. L'Asie antérieure, sous ce rapport, donne la main à l'Egypte et à l'Archipel méditerranéen appartenant à l'Europe. L'Asie Mineure compte des lépreux en maints endroits, par exemple à Kastambolu, à Karaliissar (Bigler), à Smyrne et sur plusieurs points de la côte occidentale. La lèpre est surtout répandue dans les îles asiatiques de Mytilène, de Chypre, qui est fort maltraitée et de Samos. La Crète ne compterait guères moins de 900 lépreux (Lombard). La Syrie et la Palestine ont quelques lépreux, presque tous Arabes, qui ont été réunis à Jérusalem dans l'hospice des frères Moraves. La lèpre n'est point rare en Arménie, en Mésopotamie et en Perse. Cependant, on dit qu'elle n'existe guère en Perse que dans le district de Chamseh entre Tauris et Kaswin, surtout dans les cercles de Chœlchal et de Karadagh. On a signalé l'existence de la maladie en Arabie, où elle serait néanmoins plus rare chez les Arabes dans leur pays que chez ceux qui ont
émigré.
La lèpre n'est point inconnue dans l'Asie antérieure et centrale; on l'a donnée comme frécjuente à Bockhara et à Samarkande. Mais le foyer principal de la maladie est constitué par l'înde anglaise, où elle frappe presque exclusivement les populations indigènes et fort peu les Européens. Le recensement, ordonné par le gouvernement anglais en 1874, a donné 102 276 lépreux (sur 185 millions d'habitants), ce qui forme l'énorme proportion de 1 lépreux sur 1800 personnes. La présidence de Madras est la plus éprouvée; puis viennent celles du Bengale, de Bombay et la Birmanie. Les districts les plus maltraités sont ceux de Sindh, d'Assam, d'Orissa, de Chota, de Nagpour; les plus épargnés sont : Tennasserim, le Pégou et le Dekkon. On compte dans la péninsule de nombreuses léproseries, notammant à Madras, à Bombay; Ceylan est visité par la lèpre qui compte un
établissement à Colombo, où l'on voit les formes les plus graves de la maladie. Toutes les régions de rindo-Chine participent de cette fréquence de la maladie lépreuse; la Cochinchine, Siam, l'Annam et les hautes vallées du Mékong.
En Chine, la lèpre est plus répandue peut-être qu'ailleurs, surtout dans quelques provinces ; à Canton on estime à 10 000 le nombre des lépreux. Toutes les classes en souffrent, mais plus spécialement les agriculteurs. On trouve aussi la lèpre à Shanghaï, à Amoy, à iVingpo, Hank-Khau, Fou-Tchéou, Tien-Sin, etc. On en soigne fréquemment des cas dans l'hôpital des Missions à Shanghaï. Elle règne à Formose, en Mongolie, en Mantchourie, au Thibet. En Chine, la lèpre n'atteint jamais ou presque jamais les Européens. Elle existe dans toutes les parties du Japon; elle est fort répandue dans l'île d'Yesso, surtout à Ilokodade; on la rencontre aussi dans les îles Liou-Tcheou. La lèpre a été constatée comme assez fréquente au Kamtchatka et aux îles Aléoutiennes.
La lèpre est grave et commune dans l'archipel Indo-Malais. On l'observe surtout dans l'ouest, de Java et de Sumatra, notamment sur les hauts plateaux; elle règne encore dans l'ouest de Bornéo, principalement chez les Chinois; à Célèbes clans la province de Minahassa, dans l'intérieur de Timor et à Florès, aux îles Banda et Ternate. Les Malais, surtout les métis, sont plus atteints que les Arabes et les Européens. 11 existerait une sorte de lèpre à forme d'ichthyose, à Céram et Aroe dans les Moluques (Meerdervoort). Les archipels des Philippines, des Marianes, des Carolines offrent une extraordinaire fréquence de lépreux que l'on estime à un dixième de la population; ils sont ségrégés dans des léproseries.
La lèpre est très-répandue on Polynésie, principalement aux Sandwich, où l'on évalue les lépreux à près de 1800. On y désigne la maladie sous le nom significatif de mal chinois et on isole les malades dans une île à part, par suite de la croyance à la contagion. Les autres archipels polynésiens comptent aussi des lépreux, mais eu moindre quantité. L'Australie et la Nouvelle-Zélande offrent assez souvent des cas de lèpre (amiral Freycinet). Mais ce qu'il y a de propre aux archipels et aux grandes îles de l'Océanie, c'est la fréquence et la violence extraordinaires de l'éléphantiasis arabum qui y frappe un dixième, parfois un cinquième de la population.
L'hémisphèi"e occidental de la terre est occupé, dans sa majeure partie, par les foyers de la lèpre. Celle-ci est depuis longtemps endémique au Mexique, oii elle fut, dit-on, importée par les nègres esclaves, et où elle fait des ravages surtout parmi les Indiens. Il en est de même aux Antilles, où la maladie sévit surtout sur la population de couleur et fort rarement sur les Européens créolisés et les créoles. En 1860, la léproserie de la Désirade établie parle gouvernement français comptait cent lépreux adultes et neuf garçons ou filles. Le Centre-Amérique est non moins fréquenté par la lèpre qui a pris aussi une extension hors ligne sur la côte de la Colombie, dans la Nouvelle-Grenade et le Venezuela, Les Guyanes sont depuis longtemps l'un des centres les plus actifs de la maladie qui y fut, dit-on, importée par les nègres sous le nom de mal rouge de Cayenne (Campet). Le vaste Brésil est le théâtre de maintes circonscriptions de lépreux, comme les provinces de Matte-Grosso, Minas-Geraes, San-Paolo, etc. La capitale Bio-de-Janeiro possède une léproserie de cent vingt lits. Sur les rives du Rio-dela-Plata, la lèpre ne régnerait, dit-on, endémiquement que dans les provinces de Parana et d'Uraguay. Le Chili et le Pérou seraient indemnes (Tschudi). Elle frappe presque exclusivement les Indiens.
L'Amérique du Nord ne possède que peu de districts à lèpre ; celle-ci règne
avec fréquence aux îles Aléoutiennes d'une part et au Groenland de l'autre. Elle existe aussi dans l'Acadie (Nouveau-Brunswick) , où elle aurait été, dil-on, importée de Normandie avec la colonisation. Elle est très-rare sur le territoire de l'Union Américaine, oià l'on n'en signale plus aujourd'hui aucun cas.
Aladisti'ibution géographique de la lèpre se rattachent quelques questions étiologiques sur cette maladie. D'abord les conditions climatériques ont été souvent invoquées comme facteurs étiologiques de la maladie. On a tour à tour mis en avantl a chaleur élevée des tropiques et le froid humide des contrées glaciales, llest de fait que la lèpre règne aussi bien en Islande, en Norvège, au Kamtchatka que dans les régions torrides de l'Afrique, de l'Amérique et de l'Asie, de même que vers le pôle sud, à la Nouvelle-Zélande; mais c'est précisément là la preuve la plus efficace de son indépendance presque absolue de l'influence de climats.
La lèpre sévit sur de grandes hauteurs, au Mexique, à Quito, au Liban, en Abyssinie et même sur des lieux secs et sablonneux, et par conséquent, la configuration des terrains n'a qu'une influence restreinte sur la production de la lèpre.
Les races ne sont pas égales devant la lèpre, car, actuellement, elle sévit avec plus d'intensité sur les races colorées que sur les blanches. On a avancé que la forme anesthésique était plus fréquente que la tuberculeuse chez les races noires; mais cela n'est que peu significatif. Le fait que la lèpre aurait perdu de sa malignité en Europe depuis quelques siècles, n'est pas établi ; il est même complètement infirmé parles observations de Danielssen et Boeck. Il sera parlé plus loin des maladies parasitaires de la peau au sujet du parasitisme.
V. MALADIES SPÉCIFIQUES PARTICULIÈRES. Syphilis. Nous ne nous occuperons pas ici de la distribution géographique des maladies vénériennes en général, mais seulement de la syphilis proprement dite. Nous laissons à l'auteur de l'article Syphilis la question de l'origine de la maladie, pour ne traiter que de sa diffusion sur le globe.
Cette dernière question de la syphilis a été l'objet des patientes recherches de A. Hirsch, de Lancereaux et de Lagneau, de RoUet, d'où nous extrayons le résumé suivant.
Le nord de l'Europe est fort inégalement partagé sous le rapport de la syphilis. Tandis qu'elle est fort rare aux îles Féroë où elle a été importée en 1844 pour la première fois (Panum), tandis qu'elle n'a pu prendre racine parmi les habitants de l'Islande, bien que souvent importée parmi eux par les marins danois, français et anglais (Mackensie, Schleissner, Jacolot), la vérole est, au contraire, extrêmement répandue dans la Suède et la Norvège. Dans ces deux pays, elle était jadis très-grave, et la mort en fut souvent la conséquence. L'influence du climat froid se borne à ralentir la marche de la maladie dont les éruptions secondaires n'apparaissent que six mois après le chancre initial. C'est le mal endémique de la Norvège, répandu profusément depuis le commencement du dix-huitième siècle, sous le nom de radesyge (mal immonde). Suivant la tradition c'est en 1710 que la radesyge fut importée à Ergesund et à Stavanger par un navire russe. La radesyge a beaucoup diminué de nos jours en Norvège : en quatre ans on n'en a constaté que 24 cas dans les hôpitaux ; presque disparue de la province de Bergen, elle existe encore dans celles de Christiansund et d'Ackerhus. La syphilis aurait aussi, dit-on, diminué de gravité eu Norvège où elle ne donne que peu de mortalité (le O'^.S à Christiania). En Suède, il y a 1 syphilitique sur
1000 habitants, ce qui paraît peu ; mais ce cliiffre est vraisemblablement trop faible.
Mainte contrée du nord, le Jutland, l'Estbonie, laCourlande, la Lithuanie, le Holstein offrent, sous des noms divers, des exemples de syphilis endémique analogues à ki radesyge (syphilis jullandaise, ayphilà huontium, morbus vénèrent dit marsiermis, etc.). La syphilis a fourni les 5""", 4 de mortalité à Gopenhiigue et les 2 millièmes dans les autres villes danoises.
La Russie tout entière payerait un lourd tribut à la syphilis (de Valcourt), surtout au voisinage de la Baltique, en Podolie, à Kasan, en Sibérie et au Kanitchalka. Les femmes qui ont desservi les nombreuses troupes russes retournent dans les campagnes où elles apportent la syphilis en se mariant. A partir de vingt-cinq ans le personnel presque entier des maisons de prostitution en Russie serait sy[thililique (Schperk). Les Samoyèdes n'ont que rarement une syphilis qui est Irès-bénigne. A Pétershourg on attribue les 2 millièmes de la mortalité aux maladies vénériennes. A Riga la syphilis constitue les 79 millièmes des maladies civiles et les 5""",0 de la mortalité. En 1858 et 1858 la syphilis dans les hôpitaux civils de la Russie a donné les 10 millièmes et les 7 millièmes du total des décès. Elle est fort répandue et grave en Pologne.
La syphilis frapperait, annuellement, plus de 1 652 500 individus des deux sexes en Angleterre (lloUand). Presque le dixième de l'effectif de l'armée de terre est, chaque année, atteint de syphilis primitive : il y a plus de 500 vénériens sur iOOO hommes, et sur 1000 vénériens on compte 543 chancreux et 119 sujets atteints de syphilis constitutionnelle. Depuis la fni du dix-septième siècle, l'Ecosse a vu apparaître le sièèeus ou .siit'eus, qui n'est autre chose qu'une syphilis modifiée, très-contagieuse, maligne presque autant que celle du quinzième siècle, caractérisée surtout par des excroissances spongieuses ou fongueuses de la peau, partout où existe la moindre tache ou écorchure. Dans la province de Dunfries et dans le Galloway la même maladie est connue sous le nom de Yaws. Ces formes syphilitiques ont, dit-on, aujourd'hui totalement disparu. Les statistiques attribuent à la mortalité syphilitique les 5,6 aux 6,8 millièmes à Londres, les 5 millièmes aux 6 millièmes à Edimbourg, seulement le 1""",7 en Ecosse, et les 4 millièmes environ pour toute l'Angleterre. La majeure partie de cette mortalité doit être rapportée à la syphilis héréditaire, puisque 75 pour 100 des morts ont été des entants au-dessous d'un an (Lombard) ; la syphilis donne la moitié moins de mortalité en Irlande.
La France souffre moins de la syphilis que la Grande-Bretagne : les campagnes ont été respectées pour la plupart jusqu'ici. La proportion des maladies vénériennes déclarées dans l'armée est, annuellement, du dixième de l'effectif total, soit 102 sur IOOO hommes. La statistique sur les maladies vénériennes dans les armées de l'Europe donnerait les résultats suivants : les 95 millièmes de l'effectif pour la France, les 329 millièmes en Angleterre, les 95 millièmes en Portugal, les 100 millièmes en Belgique, les 105 millièmes en Hollande, les 54 millièmes en Prusse et les 63 millièmes pour l'Austro-Hongrie (Lombard). (Cependant dans les grandes villes, les ports, les agglomérations, la syphilis est fort répandue; la capitale notamment cumule la vérole des autres villes et de l'éti'anger. La syphilis a donné moins d'un millième de décès à Lyon; les 0,57 millièmes à Rochefort, les 4,2 millièmes à Bordeaux, les 1,4 millièmes à Strasbourg. Presque toujours il s'agit dans ces cas de la syphilis infantile.
Quelques endémies, quoique moins graves que la radesyge et le sibbens, ont
régné dans certaines localiiés de la France, comme le 7nal de Sainle-Euphemle, qui se manifesta en 1727 dans le village de ce nom (Drôme). C'était un échantillon de syphilis insoniium transmise par une accoucheuse au doigt contaminé, qui infecta plus de 50 femmes, leurs victimes immédiates, lesquelles transmirent le mal à leurs maris et à leurs enfants. Le pian de ISérac (Lot-et-Garonne) résulta d'un nouveau-né qui reçut le virus d'une nourrice syphilitique et le communiqua à d'autres nourrices (1785); il y eut plusieurs victimes dont plus d'unemounit. La maladie de Chavanne-Lure fut importée en 1815 dans ce bourg de la Haut- Saône par un jeune homme contaminé. Enfin à Luxeuil (1840) et à Limoges (1875), la syphilis, dans des conditions analogues, se multipha avec une grande intensité. Parfois aussi la France a vu apparaître la syphilis dite vaccinale, c'est-à-dire, à la suite de l'inoculation de la syphilis avec ou sans le vaccin.
En Hollande les maladies vénériennes atteignent environ 100 hommes sur 1000. Le Danemark et la Suisse sont atteints dans une proportion moyenne. La Belgique n'olfre que relativement peu de vérole. La statistique ne donne qu'une proportion de 90 vénériens sur 1000 soldats, et dans ce nombre les blcnnorrhagies représenteraient 38 sur 90 (Vleminckx). Malgré ce résultat fort enviable pour la France et pour l'Angleterre, la vérole a cependant fait d'épouvantables l'avages en Belgique, comme pendant la terrible famine de 1846-1847. Ajoutons que la statistique confirme la gravité de la syphilis en Belgique ; Bruxelles donne les 4mm 2 (jg mortalité par la syphilis, tandis que Amsterdam n'a que les 1""",84.
En 1867, l'armée prussienne ne compta que 15 641 vénériens, soit 54 pour 1000, la plus petite proportion citée jusqu'ici. Ce chiffre est éloquent en face des 5 1755 soldats qui, en 1868, en France, entrèrent dans les hôpitaux militaires pour une maladie vénérienne récente ou une récidive. La Bavière prend une marche inverse, et la syphilis a doublédans ses armées depuis 1861 (Seitz). Voici quelques chiffres relatifs aux hôpitaux et aux armées en Allemagne. Sur 1000 malades du sexe léminin on a compté à Brunswick 855 syphilitiques; 508 à Stetlin; de 200 à 300 à Hanovre, Berlin, Magdebourg ; de 100 à 200 à Wurzbourg et Hanau. Les hommes syphilitiques ont formé les 583 millièmes du total des maladies à Strasbourg, les 331 millièmes à Brunswick, de 100 à 200 à Stettin, Kiel, Vienne, Berlin, Nuremberg, de 50 à 100 à Wurtzbourg, Brème et Dantzig, etc.
L'armée austro-hongroise a compté en 1809 le chiffre de 16928 vénériens. Excepté les populations juives de la Galicie et les Hongrois du comté de Neustra, où la vérole est fréquente, l'empire austro-hongrois ne présente qu'un fréquence ordinaire de la maladie. Cependant le ma/ de Brunn (Moravie) en 1578, paraît devoir être rapporté à la vérole transmise au moyen des instruments à ventouses scarifiées. La syphilis est exceptionnellement grave en Bohême, d'après Lombard.
En 1850, sur 11527 soldats espagnols atteints de maladies vénériennes et admis dans les hôpitaux, 79 moururent et un beaucoup plus grand nombre durent être réformés (MoUinedo). Le Portugal semble aussi maltraité; la syphilis y est fréquente et assez grave. AMalaga, la syphilis a fourni les 182 ndllièmesdu total des malades, seulement les 82 millièmes sur la garnison anglaise de Gibraltar. En Portugal l'armée a donné les 155 millièmes et la mortalité dans la population civile, par suite de syphilis, a atteint le chiffre considérable des 8 millièmes. L'Italie offre des dissemblances marquées vis-à-vis de la syphilis suivant les régions. Bénigne dans le nord du pays, celle-ci est sévère et grave à Borne, Naples
et Palerme. Sur les côtes de l'Adriatique, depuis le commencement du siècle, elle constitue une endémie des plus rebelles, connue sous le nom de mal de Scherlievo, mal de Fiume, du nom des localités qui l'ont vue se développer, ou encore sous le nom populaire de Margherita. Bien que les opinions médicales aient varié sur l'origine et la nature de ce processus pathologique, il est aujourd'hui généralement rapporté à la vérole modifiée par les mauvaises conditions hygiéniques locales. Elle est si fréquente dans ces parages que vers 1800 sur sur 16000 habitants 4500 en étaient atteints (Masich). La facaldina, ende'jîiie qui régnait récemment à Facaldo, village de 800 habitants ne la province de Belluno, offre la plus grande ressemblance avec le mal de Scherlievo. 11 s'agit aussi de la syphilis qui fut introduite dans le pays en 1786, sous le nom de gale vénérienne par une mendiante infectée de vérole. S'il est vrai que pendant dix ans (1828-1837) la syphilis fournit dans la province de Turin les41 millièmes de la mortalité, aujourd'liui elle n'y dozme plus que les 5 millièmes. A Milan la mortalité par syphilis n'a été que de G'""", 49 en 1871 (Lombard). Dans l'armée itahcnne sur 1000 militaires il y avait 120 vénériens en 1864-1865; mais en 1874-1875-1876, il n'y en avait plus que 72, 66 et 59. La mortalité dans 18 villes d'Italie serait de 0,15 sur 1000 habitants, soit presque les 5 millièmes des décès. Le maximum serait fourni par Rome (0,64 sur 1000 habitants) et le minimum par Gènes (0,06) et Alexandrie (0,05) (Sormani).
La syphilis est loin d'être rare dans la partie orientale de l'Europe, mais on ne possède que des renseignements fort incomplets sur sa diffusion dans ces pays. Les maladies vénériennes seraient rares en Albanie (Berlillon et Guillard). La syphilis est commune dans la Turquie d'Europe (Bigler); elle est d'une fréquence excessive dans les provinces danubiennes (Lecomte) ; dans la Serbie, dans la Bulgarie, en Bosnie, en Herzégovine, au Monténégro et en Epire. A Constantinople la syphilis est d'une fréquence et d'une gravité toutes particulières (Bigler, Mahé). Elle est non moins commune dans la majeure partie des provinces orientales de l'Austro-Hongrie.
La vérole vient immédiatement après la malaria dans l'ordre de fréquence des maladies de Roumanie. Les diverses formes de la maladie s'y rencontrent presque chez tous les habitants, jeunes et vieux, enfants et adultes, dans les campagnes comme dans les villes (Lombard). En Grèce, la syphilis est assez fréquente et se montre sous toutes les formes. Cependant dans la population civile les maladies vénériennes seraient beaucoup moins répandues qu'en Turquie et dans le reste de l'Euz'ope. Sur les troupes anglaises des îles Ioniennes la vérole était jadis commune : il en est de même à Malte ainsi qu'à Gibraltar. L'on manque d'ailleurs de renseignements sur la fréquence de la maladie dans les diverses îles de l'Archipel.
La vaste région de l'Asie présente d'innombrables et intenses foyers de syphilis, dont elle est peut-être le véritable berceau, de même qu'elle est réputée être celui de notre espèce. La vérole est aussi grave que commune parmi les populations de la Bussie asiatique, en Sibérie, au Kamtchatka. Cependant il n'y aurait que 29 vénériens sur 1000 soldats de l'armée du Caucase. Même le fléau n'a pas, dit-on, épargné les habitants des îles Aléoutiennes, cette immense chaîne de rochers qui relient l'Asie à l'Amérique, par une température moyenne de — 5 degrés centigrade.
La vérole n'est pas rare sur les côtes de la Turquie d'Asie, de la mer Noire, de la mer Egée, en Asie Mineure, sur la côte de Syrie et d'Arabie. Nous ne possé-
GEOGRAPHIE MEDICALE. àùô
dons que peu de renseignements sur la fréquence de celte maladie dans l'intérieur de ces contrées, pas plus qu'en Mésopotamie. La syphilis est commune et bénigne sur le grand plateau de l'Iran (Perse, Bélontchistan, Hérat, Afghanistan), dans les plaines du Touran ou Turkestan (Khiva, Bouckhara, Kokand, les Kirghizes, etc.). Dans l'Arabie, elle ne serait commune que sur les côtes, dans les ports de mer. Elle affecterait un caractère de gravité exceptionnelle sur les hauts plateaux de l'Arménie (Poyet). On dit que les Arabes la traitent par le Cinabre et les Kirghizes par une plante diurétique et diaphorétique puissante, VEphedra equisetina.
Depuis une haute antiquité, la syphilis existe dans l'Inde où on lui a donné le nom à'Ateshec, c'est-à-dire petit feu, en persan. Les noms de bâo, qnrâ, medhrovôg, servent à la désigner dans la langue hindy des aborigènes de l'Inde, et en hengaly. Les Malais l'appellent rastongkôcliij . Elle exerce de grands ravages sur les populations hindoues et malaises. Les troupes anglaises et néerlandaises sont loin d'être épargnées. Sur 1000 hommes de l'effectif anglais on trouve 284 vénériens parmi lesquels 105 syphilitiques. La plupart de ces malades sont gravement atteints. Les statistiques concernant les troupes anglaises de l'Inde établissent la diminution de la syphilis dans ce pays : les maladies vénériennes atteignaient presque le quart de l'effectif en 1859 ; elles ont baissé aux 90 millièmes aujourd'hui. C'est le Bengale qui en fournit le plus, et Ceylan le moins ainsi que la Birmanie, Singapour et les autres stations d'Indo-Chine. La syphilis frappe aussi sévèrement les Hindous que les colons européens.
La syphilis n'est pas moins répandue dans l'Indo-Chine et particulièrement en Cochinchine; Annamites, Chinois et Malais en sont fréquemment infectés et les Européens payent un très-lourd tribut à la vérole en Cochinchine où elle est grave et non rarement mortelle. Le Tonkin, le Laos, Siam et les tribus du Haut-Mékong en seraient également atteints.
L'empire du Milieu est un foyer fort intense de maladies vénériennes et nous savons pertinemment que les fils du Ciel sont ravagés par la vérole, qui règne dans toute l'étendue de ce vaste pays. Les plaines immenses de la Terre des herbes sont, depuis les temps les plus reculés, parcourues par des peuplades nomades qui, malgré leurs vertus patriarchales, paraissent profondément saturées de virus syphilitique (Morache). La constitution de la race chinoise et des races de l'extrême Orient ne paraît pas trop profondément débilitée par la vérole qui y vit comme à l'état latent. Mais qu'un Européen vienne à eu être infecté, on voit éclater chez lui les accidents les plus graves de la vérole maligne (Morache). Cette remarque s'applique aux véroles de tout l'Orient proprement dit. Voici quelques chiffres concernant des villes connues de la Chine. A Shanghaï les maladies vénériennes ont donné les 5 millièmes de la mortalité; à Amoy, les 451 millièmes des maladies étaient syphilitiques, elles formaient les 234 millièmes à Tché-Fou. Les armées anglo-françaises furent maltraitées par la vérole dans la dernière expédition en Chine. Les Européens furent atteints dans les 160 millièmes de leur effectif et les Asiatiques dans les 91 millièmes.
Les maladies vénériennes ont acquis, au Japon, un très-grand développement, d'ailleurs proportionnel à la prostitution. Le feu de volupté des Japonais s'accompagnerait fréquemment d'affections osseuses (Friedel, Potocnik). En 1868, une inspection médicale officielle établit que 53 pour 100 des femmes publiques examinées étaient en proie à la vérole constitulionnelle (Newton). On a dit que les conditions climatériques spéciales du Japon développent rapidement l'hydrar-
gyrie et annihilent ainsi les vertus curatives du spécifique (Pompe). Mais celte assertion aurait besoin d'être établie par des faits, ce qui ne paraît pas avoir été essayé. Au Japon, la gonorrhée aurait atteint les 205 millièmes de l'effectif des troupes anglaises et la syphilis, les 300 millièmes, proportion qui a dépassé de beaucoup celle des troupes françaises dans les mêmes localités.
L'Afrique du nord, mieux connue palhologiquement que les autres parties de ce continent, nous offre d'abord à considérer, sous le rapport de la distribution de la syphilis, l'Algérie française. Les troupes de ce pays ont, en moyenne. 8i vénériens pour 1000 soldats français, et 104 pour les indigènes. Parmi certaines tribus arabes, se livrant à la prostitution et à la débauche, la vérole rappelle, dit-on, par ses ravages, la grande épidémie du quinzième siècle. D'abord connue sous le nom de « mal des Kabyles, mal de Djurdjura », el longtemps confondue avec la lèpre, la syphilis des Arabes affecte une marche trèsrapide, ne permet que rarement de constater les accidents primitifs, et se range dans la catégorie des véroles à caractères malins précoces. Les douleurs oste'ocopes nocturnes feraient généralement défaut, ce qui serait en rapport avec le manque d'usage des lits. La syphilis héréditaire y est commune et fort maligne. 11 en serait de même dans la régence de Tripoli (Richardson et Hofmann). Le mercure et l'iodure de potassium, d'ailleurs inconnus des Arabes, établissent cnergiquemenl la différence entre la syphilis et la lèpre qui règne aussi parmi eux.
En Tunisie la fréquence de la vérole est telle, que les individus qui ne l'onl pas sont la très-rare exception. Aux yeux des Tunisiens, d'ailleurs, c'est le « giand mal )) simplement, sans signification honteuse ; une particularité curieuse serait la fréquence des lésions du nez et du voile du palais relativement à la rareté des autres accidents tertiaires (Tirant et Rebatel). La syphilis paraît moins commune au Maroc.
La syphilis est très-commune en Egypte, surtout dans les grandes villes. Elle y serait bénigne (Glot-Bey, Griesinger).
La syphilis s'amende, dit-on, à mesure que l'on se rapproche de l'équateur en Afrique; en Nubie, oîi elle est fort répandue, elle se montre déjà très-bénigne; les indigènes la guérissent, par l'ingestion d'une sorte de terre contenant peut-être des sels mercuriels. La vérole aurait été importée par les Portugais, au quinzième siècle, en Abyssinie (H. Blanc), où elle est aussi répandue que peu grave, comme en Tunisie : 90 sur 100 en seraient atteints. On peut en dire autant du Sennaar, du Cordofan, du Darfour et du Soudan. Le pays des Gallas et les contrées situées au sud de la rivière Blanche seraient presque complètement indemnes de vérole.
La syphilis est, dit-on, tellement fréquente chez les populations de la côte occidentale d'Afrique, qu'elle les accompagne partout dans leurs immigrations forcées sur divers points de l'Amérique et des îles de l'Océan. C'est elle qui donne lieu aux lésions cutanées spéciales décrites sous les noms àe pian, yaws, frambœsia,elG. (RoUet). On a donné encore au pian les noms de guignes et de crabes (plaques muqueuses ou tubercules muqueux syphilitiques), quand il se développe sur la paume des mains ou sur la plante des pieds. La région du sud de l'Afrique est loin d'être épargné par la vérole, qui sévit à la Réunion (depuis le commencement de ce siècle, Chapotin, Lesson), à Madagascar où elle existe surtout fréquente chez les Hovas de la race malaisienne. Plus rare à Sainte-Marie de Madagascar, à Nossi-Bé, à Mayotte, elle frappe ici surtout la population
malgache, sous forme de pian, frambœsin, de kessa ou changou (Grenet). Le chiffre des vénériens est des 103 millièmes pour les troupes françaises du Sénégal; les nègres en comptent deux fois plus que les blancs. Même observation pour les troupes anglaises nègres de Sierra-Leone et de la côte d'Or où les vénériens ont donné les 260 millièmes. Au Cap on a compté les 303 millièmes, et à Maurice, les 103 millièmes.
Au Cap la vérole est aussi fréquente que dans les villes les plus corrompues d'Europe. Elle y sévit sur les troupes anglaises dans l'énorme proportion de 250 à 700 sur 1000 hommes. Suivant Livingstone, elle est inconnue chez les nègres de l'intérieur qui n'ont pas subi de croisement avec les races d'Europe et, au contraire, fréquente chez les populations métisses. Si ce f;iit était confirmé, il permettrait de conclure que la fréquence de la syphilis chez les indigènes est, toutes choses égales d'ailleurs, en raison directe de leurs relations avec les Européens (Jullien).
Le nouveau monde, la patrie présumée de lu vérole, compte cependant aujourd'hui beaucoup de peuplades chez lesquelles la syphilis est inconnue, qui n'ont pas encore eu de rapports avec les Européens, ou qui ont à souffrir du mal en proportion du degré de leur civilisation. D'après cela il semblerait donc prouvé que la syphilis est pour l'Amérique une maladie d'importation (Jullien).
Bellebon et Guérault ont observé la vérole chez les esquimaux et les Groënlandais sur quelques points du littoral où abordent les baleiniers; mais elle n'aurait pas pénétré dans l'intérieur. La vérole est signalée dans l'île de Sitka où elle est assez bénigne. On l'a observée chez les peuplades de la Nouvelle-Bretagne, dans les environs de la baie d'Hudson, sous le nom de « maladie des Ottowas ». A la fin du dix-huitième siècle la vérole envahit le Canada aux environs de la baie de de Saint-Paul, d'où son nom de mal de la haie de Saint-Paul. On l'a aussi nommée mal anglais, maladie des Éboidements (du mont des Éboulements près la baie de de Saint-Paul dans le Saint-Laurent), syphilis canadienne, mal de Chicot, etc. De nos jours les soldats anglais offrent 160 vénériens sur 1000 hommes. La syphilis donne les 123 millièmes de l'effectif dans la Nouvelle-Ecosse, les 88 millièmes au Nouveau-Brunswick ef à Terre-Neuve.
Aux États-Unis, la vérole est à peu près de même fréquence qu'en Europe. Elle s'est principalement attaquée, comme extension et comme gravité, aux populations de couleur, aux nègies et aux tribus indiennes, surtout dans la Californie et le Texas. New- York donne les 4 millièmes de mortalité par la syphilis; la Pensylvanie 0'"'",9 ; les Massachusetts, 1 '"">,2 ; la Louisiane, 2"'"\3. La moyenne des États ne serait que 0'"'",13 (Lombard). La vérole, si fréquenteau Mexique (Jourdanet, Libermann,Heynemann) chez les Européens et chez les indigènes, y revêt une malignité toute spéciale. Actuellement la vérole est universelle au Mexique; elle attaque toutes les familles et y fait de grands ravages (Lombard). Elle n'est guère moins rare dans le Centre-Amérique.
Les Antilles sont hantées très-communément par la vérole, qui est loin d'être rare chez les nègres et chez les gens de couleur, mulâtres et même chez les coolies hindous. Elle est particulièrement fréquente à Saint-Domingue. En général la vérole n'est pas absolument grave dans les îles Caraïbes. On dit qu'elle est fort rare dans les possessions hollandaises, notamment à Curaçao. On rencontre fréquemment le pian ou yaws chez les nègres des Antilles.
Dans l'Amérique du sud la vérole est assez répandue, surtout dans les contrées de la côte occidentale, en Bohvie, au Pérou, au Chili, dans les États du Rio-de-
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la-Plata où elle est un vrai fle'au. A Valparaiso la sypliilis est très-maligne et en quelque sorte galopante : elle adonné les 57 millièmes des décès à l'hôpital de la Charité. Au Brésil les maladies vénériennes et syphilitiques sont très-nombreuses (Bourel-Roncière), mais elles ne paraissent pas très-graves. C'est dans ce vaste empire que l'on observe les fameux boubas, rapportés par les uns à la syphilis (RoUet), mais qui doivent en rester bien distincts (Bourel-Roncière, d'après les médecins brésiliens). Le Paraguay et l'Uruguay sont plus maltraités. Mais les tribus qui ont peu de communications avec les Européens, comme celles de l'ouest, en demeurent indemnes.
En Océanie la vérole serait d'importation toute récente d'après l'ensemble des probabilités. En Nouvelle-Zélande et aux Sandwich Cook le premier transporta la vérole qui y reçut le nom de mal des Anglais (1769). La Tasmanie ne la reçut qu'en 1821, Sumatra, les Marquises, les Gambier la virent en 1841, et la vaste Polynésie compterait encore beaucoup d'îles vierges du néfaste virus La syphilis est très-fréquente en Malaisie, et notamment à Java où elle prend des formes graves. On estimait jadis que les 7/8 de la population de la Malaisie étaient atteints de sypliilis. Les troupes ont donné les 400 milUèraes de leur effectif. En 1718 on vit apparaître le bouton cV Amboine dans l'île du même nom (Moluques), affection d'abord regardée comme syphilitique, quoique l'on ne soit pas d'accord sur sa vraie nature.
Nous avons déjà parlé du tongades indigènes de Calédonie et d'autres îles, et nous faisions la même réserve sur l'essence syphilitique de cette singulière affection de la peau. A Noukahiva la vérole est extrêmement commune, puisque aucune femme presque n'y échappe (Delarue), mais heureusement elle n'j est pas grave : il en est de même à Tahiti. La syphilis est assez rare en Australie et en Nouvelle-Zélande; les maladies vénériennes, notamment la blennorrhagie, le sont moins (Bourse, 1876). En résumé, la syphilis est un fléau tout moderne pour l'Océanie, mais il n'en est que plus désastreux parmi ces populations vierges qu'il éteint avec la phthisie et menace de supprimer à bref délai. Comme déduction de la distribution géographique de la syphilis se placent ici quelques remarques :
i° La maladie se transmet par le contagium sui generis, le virus syphilitique, suivant divers modes dont tous ne sont pas encore probablement connus ;
2° Les races ne sont pas absolument égales devant la vérole. On voit que les races vierges du mal en subissent les atteintes plus promptement et plus grièvement. Il est des populations qui sont presque réfractaires à la syphilis, comme celles d'Islande, des Féroë, etc. Mais on connaît mal les conditions de cette imnmnité. Quant à la race noire, elle est ravagée comme les autres toutes les fois qu'elle se trouve dans les conditions à subir la vérole ;
Suivant une remarque de Pruner, plus la peau est blanche et fine, plus aussi il y a tendance à la formation de taches, vésicules, et surtout de squames, ainsi qu'à la production d'abcès tardifs. Plus, au contraire, la peau est foncée et épaisse, plus aussi il y a tendance à la formation d'excroissances et d'hypertrophies de toute sorte, etc. Cette remarque est propre à rendre raison des formes étranges de la syphilis que nous avons énumérées comme particulières aux races colorées ;
5° Suivant Hirsch la syphilis est d'autant plus bénigne que le climat est plus constant. On sait qu'elle est plus fréquente, en général, dans les villes du littoral que dans l'intérieur des continents. D'après JuUien, la syphilis est redou-
table dans les pays à basse température. « La syphilis primitive et la syphilis constitutionnelle exigent cinquante- deux jours et même cent vingt-quatre jours de traitement à Christiania suivant Bœck, tandis qu'elles n'en exigent que trentesept à cinquante en France et vingt-sept à trente-huit en Algérie. Aussi est-ce toujours une heureuse circonstance pour un syphilitique que de passer d'un pays froid dans un pays chaud. Il n'est pas rare de voir des hommes du Nord partis pour l'Amérique méridionale avec des symptômes de syphilis, guérir pendant la traversée, sans le secours d'aucun spécifique. Inversement, les lésions palliées par un changement de climat peuvent reparaître quand le malade revient sous un ciel plus rigoureux » (Jullien).
Cette proposition, vraie en général, souffre pourtant pas mal d'exceptions. C'est ainsi que l'anémie rapide des pays tropicaux aggrave parfois singulièrement la syphilis, et que le prompt rapatriement est la seule curation efficace, et même la seule chance de salut. Cela se voit fréquemment dans nos possessions de Cochinchine par exemple. Le pays et le climat de la patrie sont alors et bien souvent les meilleures conditions de guérison.
« La gravité de la syphilis en Arménie, dans le Djardjura, l'Abyssinie et le Mexique, semble attester la fâcheuse influence qu'impi ime à la marche des accidents le séjour dans les lieux d'une altitude considérable (Jullien).
« La diffusion de la maladie paraît, en outre, sensiblement liée à ^a ne^/i^ence de r hygiène tant privée que publique (idem). »
VL DÉGÉNÉRESCENCES SPÉCIALES. A. Goitre et crétinisme endémiques. La distribution géographique du goitre et du crétinisme est loin d'être connue exactement. Aussi n'est-ce qu'à titre d'essai que nous proposons l'esquisse suivante :
Le domaine européen du goitre et du crétinisme est essentiellement formé par le massif des Alpes, parleurs contre-forts, leurs hautes et moyennes vallées, ainsi que par les rivières qui découlent de ces citadelles de notre continent. Le principal foyer des maladies gît dans les Alpes grées et pennines, au pied du mont Blanc et comprend principalement les vallées de la Dora Baltéa, de l'Isère, de l'Arve, de l'Arc et de l'Orce.
En Italie, legoître et le crétinisme ont leur patrie de prédilection dans le nordouest du Piémont, dans le pays d'Aoste, dans les nombreuses plaines et vallées de Gunéo, de Saluzzo et dans plusieurs contrées de la province de Pignerole. Les deux maladies sont presque inconnues dans les Alpes liguriennes, oiî du moins elles sont très-rares. En Lombardie, elles sont généralement répandues, surtout dans la partie nord du pays, dans les provinces de Corne, de Soiidrio (la Valteline), de Bergame et de Brescia, ainsi qu'aux environs de Milan. On a avancé qu'elles étaient endémiques dans les Alpes vénitio-tyroliennes. Elles sont rares ou inconnues dans la moyenne Italie et dans les Apennins : il en serait de même du crétinisme dans le Napolitain, tandis que le goître serait répandu surtout dans la Terre-de-Labour, mais inconnu à Otrante. II n'y aurait ni goître ni crétinisme dans l'île de Sardaigne. 11 en est de même de la Sicile et de la Corse. Dans l'armée italienne le crétinisme est cause de réforme dans la proportion de 2 pour 1000; le goître dans celle de 20,9 pour 1000 conscrits. Dans la vallée d'Aoste les réformés crétins s'élèvent à 1 sur 100 (Sormani).
Après le Piémont vient la Suisse pour la fréquence du goître et du crétinisme. Le Valais en est le siège principal, surtout dans la haute vallée du Rhône à partir du canton de Genève. Les deux affections régnent encore en masse dan
le canton du Tessin, dans le canton des Grisons, ainsi que sur quelques points de celui de Saiat-Gall. Elles sont sporadiques dans le canton de Glaris, très endémiques dans le canton d'Uri ; elles se montrent fréquentes dans le canton d'Untervvald seulement au pied du Pilate, sur les bords du lac des Quatre- Cantons. Elles sont très-répandues dans le canton de Lucerne, elles ne sont que sporadiques dans le canton de Thurgovie, dans celui de Zurich le goitre est prédominant sur le crétinisme qui ne règne que sur quelques points. Rares dans le canton de Bâle, dans ceux de Neuchâtel, de Fribourg, les deux maladies, surtout le crétinisme, deviennent foi*t communes dans celui de Vaud, surtout dans la vallée du Rhône. Enfin dans le canton de Genève le goitre est grandement endémique, mais le crétinisme est à peu près inconnu.
Les deux maladies ont pris une diffusion toute spéciale dans certains districts bien délimités de la France. Leurs centres d'extensions sont dans le nord-est les vallées de la Lorraine, des Vosges, les Alpes, le Lyonnais, la Savoie, puis les vallées de l'Isère et du Rhône ; au sud, les Pyrénées, au centre du pays, les vallées de l'Auvergne, ainsi que quelques districts plus ou moins étendus.
Il y a, en France, au moins 46 départements atteints plus ou moins fortement par l'endémie du goitre, et dans lesquels la proportion des goitreux parmi la population au-dessus de vingt ans varie de 10 à 150 pour 1000. 55 autres départements comptent parmi la population au-dessus de vingt ans, de 1 à 10 pour 1000 de goitreux et huit ont moins de 1 pour 1000. Le nombre total des goitreux peut être évalué au chiffre minimum de 420 000. Depuis cinquante ans, l'endémie du goitre est allée progressivement en augmentant dans 26 départements : l'augmentation moyenne a été de 2/5 environ. L'endémie n'a diminué que dans 17 départements, assez peu d'ailleurs (Baillarger),
L'endémie du crétinisme sévit avec intensité dans les départements des Hautes- Alpes et de la Savoie. Il y a 22 pour 1000 de crétins et d'idiots dans les Hf.ules- Alpes, et 16 pour 1000 dans la Savoie : il y a 110 et 150 pour 1000 de goitreux dans les mêmes départements. Dans la Haute-Savoie, les Basses-Alpes, l'Isère, l'Ârdèche, la Drôme, les Alpes-Maritimes, les Hautes-Pyrénées, l'Ariège, la Haute-Garonne, il existe des crétins et des goitreux : la proportion des goitreux s'y élève de 20 à 100 pour 1000. Le crétinisrre, quoique à un moindre degié, existe encore dans les départements de l'Aveyron, du Lot, de la Haute-Loire, des Vosges, du Puy-de-Dôme, des Pyrénées-Orientales, de l'Oise, de l'Aisne, de la Meurthe, de la Moselle et de la Haute-Marne (Baillarger). Pour la distribution géographique détaillée du goitre et du crétinisme en France, voy. l'article Crétinisme et goitre endémique du Dictionnaire encyclopédique, t. XXlll, 1'''' série.
En Espagne le goitre et le crétinisme régnent dans les vallées qui constituent le versant méridional des Pyrénées, dans les Asturies, dans l'Estramadure et dans la Nouveîle-Castille.
Au nord et surtout à l'est du massif alpestre, nous retrouvons les deux endémies dans les contre-forts des Alpes de la haute Autriclie et de la Bavière. Elles existent en Styrie, dans le Salzbourg, dans le Tyrol : l'un des principaux foyers se trouve situé sur les rives du Danube et de la Traun. Le bassin du Danube dans la basse Autriche offre aussi des foyers de la double endémie qui règue en outre sur les bords de la Leitha. Citons, pour le nord des Alpes tyroliennes les districts de la Bavière, puis la basse Frauconie, les bords du Rhin, quelques contrées de lu Forêt-Noire, etc. L'endémie règne dans le Wurtemberg, dans les
vallées du Neckar, sur le haut Danube, dans le grand duché de Bade, dans le grand duché de Hesse, dans les vallées qui aboutissent au Rhin, notamment dans les provinces prussiennes, etc. Dans le Harz règne le goitre endémique, mais le crétinisme n'y est plus qu'à l'état d'exception : il en est de même dans les forêts de la Thuringe. La Saxe a encore les deux endémies dans quelques localités ; la Silésie n'a plus que le goitre, le crétinisme y est rare : on trouve le crétinisme dans les districts montagneux de la Bohême entre 500 et 500 mètres d'altitude (Klebs, 1877).
Le massif des Karpathes est habité par le goitre qui s'y trouve disséminé, quoique assez rare, sur plusieurs points. Le goîlre et le crétinisme régnent dans la Bukovine; on ignore s'il en est de même pour les pentes méridionales des Karpathes. En Hongrie la double endémie sévit dans plusieurs localités; comme dans les districts montagneux du comtat de Neutraer, sur les bords marécageux du Danube et delaDrave, etc. Le goitre règne aussi dans la Transylvanie, surtout dans le district de Rodna.
Le nord-ouest de l'Europe est relativement fort épargné par les deux endémies. Inconnues dans les Pays-Bas, elles n'existent guère, en Belgique, que dans la province de Liège, du Hainaut, dans la Flandre occidentale et dans les régions raontueuses du Luxembourg. Le Danemark et la Norvège sont exempts de goitre : en Suède on n'en constate que dans une ou deux localités.
En Angleterre le goitre occupe une proportion assez notable parmi les endémies. Il y règne dans les vallées des collines calcaires du Sussex et du Hampshire, dans les contrées élevées de Surrey, dans le Worcestershire, à Monmouth, à Norfolk, dans les régions montagneuses du pays de Galles, dans le Derby; il devient plus rare quand on s'avance vers le nord, dans le Yoikshire, dans le Westmorelaud, le Northumberlaud, ainsi que dans la haute Ecosse qui jouirait d'une complète immunité contre la maladie. Celle-ci n'y existe à l'éfat endémique que dans le Perthshiie et dans l'île d'Ârran. Ces assertions de A. Hirsch doivent être corrigées aujourd'hui. Le goitre, sans être aussi prononcé que dans les Alpes, n'est pas rare dans certaines régions des Ilighlands d'Ecosse. On n'y voit pas de vrais crétins, mais des demi-crétins {fatuous), suivant Lombard.
Le crétinisme n'existerait que sur deux points de la Grande-Bretagne : 1° dans une vallée étroite et humide du sud du Sommersetshire ; 2" dans un petit village de l'île d'Arran. On n'a jamais fait mention de l'existence des deux maladies en Irlande.
En Russie le goitre existe aux environs du lac Ladoga, près de Viborg, ainsi que dans les contre- forts de l'Oural, dans le gouvernement de Perm, il est accompagné dans les dernières régions du crétinisme endémique. La Russie asiatique est loin d'être exempte des deux endémies. Celles-ci existent sur les pentes septentrionales de l'Altaï ; le goitre principalement règne dans les districts montagneux du gouvernement de Tomsk, dans le gouvernement d'Irkoutsk, à l'ouest du lac Baïkal, dans les vallées de la Lena, ainsi qu'aux sources de l'Obi et de riénisséi.
En revenant vers l'Occident, vers les provinces danubiennes, on remontre quelques îlots de goitreux dans les districts montagneux de Valachie, de Moldavie, des Balkans en Bulgarie et en Roumélie. La Grèce semble indemne de l'endémie, ainsi que les îles de l'Archipel.
L'Asie antérieure ne possède que de très rares localités oià règne le goitre, le crétinisme y est encore plus rare. L'Asie Mineure cependant nous offre la
double endémie aux environs de Bolat, au sud de Brousse, et dans la vallée du Kutschuck-Mender, aux environs d'Aïdin, au Sud de Smyrne. On retrouve le goître seul dans la vallée supérieure de l'Euphrate, au nord-ouest d'Arabkir, à Egin, dans un col profond. Très-rares en Syrie, les deux maladies sont inconnues en Palestine, en Arabie, sur les hauts plateaux de la Perse et à Bockliara. Sur le haut plateau central de l'Asie on retrouve le goître fréquent au petit Thibet, à Ladack ou Leh, sur les bords de l'indus, près de ses sources, puis au nord, sur les pentes septentrionales des Tchsung-ling, à Yarkand. Les deux maladies existeraient même plus au nord et à l'est, dans la Tartaiie.
Les versants méridionaux du gigantesque Himalaya constituent l'un des plus ardents foyers de l'endémie du goître et du crétinisme dans l'Asie centrale. Elle y règne depuis le Boutan, le long des vallées du Népaul, jusqu'aux provinces occidentales de Kumaon, de Gurwal, jusqn'à la vallée même de Caschemire et sans aucun doute bien au delà vers l'occident. Du côté des pentes plus adoucies, au nord de l'Himalaya la double endémie n'est pas moins fréquente, si l'on s'en rapporte à ce qni se passe à Ladack et au dire des voyageurs qui l'ont observée dans les districts thibétains et mongoliques de la région de l'Himalaya. Dans la province de Gumaon, la fréquence les deux maladies est telle qu'elles frappent près de la moitié des habitants. On rencontre ces endémies sur les bords du Brahmapoutra, du Gange, à Gagra d'un côté, et de l'autre à Assam, à Patna et même bien au delà, jusqu'à Hardwar. le célèbre lieu de pèlerinage des Hindous.
Un deuxième foyer de l'endémie se voit entre les provinces du Bengale et de Gondawana, sur le haut plateau de Bamagur, de Ragapur et de Sambalapur. Dans le Dekkan il existe sans doute plusieurs points où sévit la double endémie, mais nous manquons de renseignements pour les Gatths de l'est et de l'ouest ainsi que pour les Neilgherries. Le goître règne à Ceylan, à Pointe de Galles, dans la partie montagneux de l'île. Il existe dans les vallées et sur les hauteurs de Sumatra, isolément mais aussi avec le crétinisme, ainsi qu'à Java, etc., dans les vallées élevées. On ne sait presque rien de l'existence du goître et du crétinisme en Chine, si ce n'est que le premier se rencontre près de la grande muraille, entre celle-ci et Jehol et qu'il est fréquent dans les montagnes centrales de ce pays. On manque de renseignements sur la Corée, la Mongolie, le Kamtchatka et le Japon.
Même ignorance, faute de documents, relativement au goître et au crétinisme sur le continent australien et dans la Polynésie. On a affirmé qu'ils n'existent pas à la Nouvelle-Zélande, qu'ils sont sporadiques seulement à Tahiti.
L'Afrique ne nous offre que quelques lisières maritimes et intérieures où régnent le goître et le crétinisme. Inconnus en Egypte, ils sont manifestes en Abyssinie (Blanc, 1867), dans le Sennaar; ils existent en Algérie, sur les hauteurs, dans les hautes vallées du Maroc, et passent pour introuvables sur cette longue bande de terres basses qui bordent l'Afrique à l'occident. Ils existent aux Açores, pas à Madère. On les a rencontrés dans les montagnes de Kong (Bénin) et près des sources du Niger. Ils sont inconnus dans la partie australe et orientale de l'Afrique, qui pourtant en est la plus montagneuse.
Le goître et le crétinisme sont loin d'être rares sur le continent américain. L'endémie accouplée se rencontre par le 62« degré de latitude nord, sur les rives glacées du Saskatchewan, sur les bords de la baie d'Hudson, comme à Edmontoun, et à Roky-Moontain-House, ainsi que sur les bords des rivières de l'Élan et de la Paix. Le crétinisme est d'une grande fréquence sur les enfants des
indigènes de ces contrées (Richardson), Il paraît que le goitre n'est pas rare dans le bas Canada, entre Saint-Jean et Montréal (Burton).
Les États-Unis d'Amérique comptent deux foyers principaux de goitre, l'un sur les versants de Alleghanys, et l'autre sur les montagnes Rocheuses. ^ Les principaux États du nord et de l'est qui ont beaucoup de goitre et de crétinisme endémiques sont : le Maine, le Yermont, le Connecticut, les Massachusetts, New- York, la Pensylvanie, le Maryland, les Carolines. Puis viennent quelques districts du sud, l'Alabama, la Louisiane où le goitre est fréquent parmi les créoles, etc. La double endémie se voit aussi dans l'état de Michigan, près du lac Saint-Clair ; la Californie est, dit-on, un foyer intense de goitre, soit parmi les Espagnols dans la partie montagneuse, soit sur les indigènes.
Au Mexique le goitre et le crétinisme ont été signalés dans l'État de Tabasco; très-rares sur l'Anahuac, ils occupent les niveaux intermédiaires entre les plateaux élevés et les terres basses, comme à San-Ândrès au pied de l'Orizaba, dans les sierras qui dominent Jalapa; ils régnent encore aux environs d'Oaxaca. On a signalé le goitre dans le Guatemala ainsi que dans toutes les contrées montagneuses du Centre-Amérique, à San-Salvador, dans le Nicaragua, etc.
Le goitre est rare aux Antilles : cependant Rufz l'a signalé dans les districts montagneux de la Martinique : les médecins militaires anglais de ces contrées en font également mention.
A côté des Alpes d'Europe et de l'Himalaya asiatique, les Cordillières des Andes américaines forment un troisième grand foyer de goitre et de crétinisme. Ici, comme là-haut, la double endémie part d'un centre commun comme pour rayonner au loin vers les vastes plaines de l'Amérique du Sud. La Nouvelle- Grenade est très-fertile en goitre et en crétinisme. Ces maladies remontent le cours de la Magdalena, depuis Neyva jusqu'à Santa-Fé-de-Bogota et Mariquita oii l'on rencontre à peine un individu qui en soit exempt. Même fréquence du double Héau sur les versants orientaux des montagnes de la Colombie, dans les hautes vallées des grands affluents de gauche de l'Orénoque. Humboldt a signalé l'égale fréquence des deux maladies dans l'Equateur, notamment dans la province de Quito ; au Pérou la double endémie est très-ancienne et sévit de temps immémorial dans les hautes vallées des sierras, bien que d'après Smith et Tschudi le crétinisme y serait fort rare et presque inconnu. Au Chili le goitre endémique est fort répandu et il a pris une grande extension sur le versant oriental des Andes chiliennes, dans les longues vallées qui plongent du côté du Rio-de-la-Plata. Il n'est pas question du crétinisme dans ces contrées.
Le vaste bassin de l'Orénoque et les Guyanes semblent à peu près indemnes de goitre et de crétinisme. Mais il en est tout autrement du Brésil dont les plaines et les montagnes sont des repaires de l'endémie, sauf le littoral atlantique. L'endémie y a pris une grande extension depuis le commencement du siècle. Elle règne principalement dans la province de Paranahylba, de Saint-Paul, de Saint-Catherine, de Rio-Grande-do-Sul, de Mato-Grosso, de Minas-Geraes, etc. Il s'agit à la fois du goitre et du crétinisme qui sévissent côte à côte dans ces riches provinces de l'empire brésilien.
Telle est l'aire immense de l'endémie des deux formes similaires et graduelles de la dégénérescence humaine, sauf sans doute bien des lacunes dues à l'état encore fort incomplet de nos connaissances sur la distribution géographique des maladies. Il n'est pas utile, après ce qui a été dit à l'article Crétlmsme, de traiter longuement ici des questions de géographie médicale qui se rattachent à l'étiologie
de ces endémies. Nous dirons seulement un mot de deux influences toutes géographiques : celles des altitudes et de la constitution géologique.
Récemment un observateur dont l'autorité est incontestable sur la matière, a cherché à établir que la cause atmos[^ihérique du goitre et du crétinisnie git dans la raréfaction de l'air ou insuffisance de l'oxygène, due aux altitudes [Étude sur le goitre et le crétinisme endémiques et sur leur cause atmosphérique, par Lombard, 1874).
On ne peut s'empêcher, à cet égard, de rappeler que la double endémie règne à divers hauteurs depuis et même au delà de oOOO mètres (Humboldl), jusques au-dessous de 1000 mètres et encore beaucoup plus bas. Quand elle existe dans les plaines, c'est habituellement au débouché des grandes vallées par où elle semble descendre, à la manière de ces moraines que les anciens glaciers ont transportées à de très-grandes distances des glaciers actuels et des monts qui leur ont donné naissance. Il semble donc que le goitre et le crétinisme endémiques aient ainsi rayonné d'un foyer premier des altitudes vers les vallées en suivant la pente des terrains, car il est à remarquer que le cours supérieur des rivières en est ordinairement indemne, plus encore que le cours inférieur. C'est donc le cours moyen, là oîi la vallée est encaissée et profonde qui est le paradis en quelque sorte des goitreux et des crétins.
A peu près seuls, les bords de la mer, le littoral maritime, sont épargnés par l'endémie, quelles que soient du reste leurs autres conditions climatériques et géologiques.
Le goitre et le crétinisme ne sont point liés non plus à une formation géologique quelconque et ne dépendent nullement de la constitution structurale i!u sol. La composition chimique du sol ne suffit pas non plus à rendre compte de l'endémicité de ces affections. La théorie de l'origine ou de l'intoxication miasmatique analogue à l'intoxication paludéenne n'est pas soutenable, l'endémie s'observant dans des contrées sèches et exemptes de marécages, tandis qu'au contraire elle épargne beaucoup de pays où sévissent les fièvres palustres.
B. ScROFULOSE. Nous prcuons cette maladie dans le sens qui a été adopte à l'article Scrofule.
L'aire géographique de la scrofulose, on le conçoit aisément d'après ce qui précède, n'a de limites que celles de l'espèce humaine elle-même. Cependant la maladie est assez inégalement répartie, comme va le démontrer le résumé suivant de son extension actuelle. L'Europe est un des pays classiques de la scrofulose. C'est sur le continent que d'ailleurs la maladie a été profondément étudiée sous toutes ses formes et dans tous ses degrés.
En Islande la scrofule serait rare suivant Schleissner, fréquente au contraire suivant Finsen. Aux Féroë elle est relativement rare (Panum, Manicus). En Norvège la maladie est assez répandue, puisqu'elle donnerait les 8 millièmes des décès (Lombard). En Suède les scrofules sont très-communes, surtout dans les districts d'Helsingborg, Landskrona, Halland, Lônkôping et Calmar : elle sont endémiques dans quelques parties de la Suède méridionale, dans les provinces de Stockholm, d'Upsal, etc.
La scrofulose donne 6 ou 7 millièmes de la mortalité des villes danoises, notamment pour Copenhague. Aucune classe de la société n'en paraît à l'abri, à cause des conditions du climat froid et humide (Lombard).
La Russie septentrionale est un des plus intenses foyers de la scrofulose. Près
GÉOGRAPHIE Médicale; 545
de la moitié des enfants d'un orphelinat étaient scroftileux (Hirsch). Dans les provinces septentrionales rnsses, l'année 1870 a donné les 18 millièmes des morts par la scrofule. A Saint-Pétersbourg la statistique a donné 26 millièmes de mortalité par la scrofulose, c'est-à-dire une proportion deux ou trois fois plus considérable que dans les autres pays de l'Europe du Nord. La scrofulose serait moins commune dans les quatre provinces baltiques que dans celles de Jaroslaw, Plescov, Novgorod, Pétersbourg et Minsk (Lombard), oii elle est très-répandue cbez les enfants juifs. Elle se montre sous les formes les plus graves dans les provinces du centre et de l'ouest de l'empire.
Suivant A. Hirsch les scrofules seraient plus rares dans le midi de la Russie que dans le nord : elles seraient presque inconnues des habitants de la Crimée et des peuplades kirghizes. En Sibérie la scrofulose serait rai'e tout à fait au nord, tandis qu'elle serait assez commune dans le centre : elle devient plus fréquente en descendant vers le sud, principalement dans la vallée de l'Altaï. En résumé, la scrofule est extrêmement commune en Russie, où personne n'hésite à dire que ses enfants sont scrofuleux (Lombard).
L'Europe moyenne est un second foyer de scrofulose. L'Angh terre offre une assez grande mortalité chez les enfants par les suites de cette maladie : le carreau et la scrofulose sont spécialement communs en Ecosse, chez les enfants. A lui seul le carreau donne les 17 millièmes des morts chez les enfants écossais. Ces alTections offrent leur maximum en Irlande, par suite de la misère et de la mauvaise alimentation : la scrofule donne une mortalité moyenne atteignnnt les 14 millièmes pour toute l'Irlande. En Hollande la scrofulose est fort répandue : elle constitue l'une des maladies les plus communes parmi les classes pauvres de la Belgique. Cependant à Bruxelles les maladies scrofuleuses ne forment que les neuf millièmes des décès, proportion inférieure à celle d'Amsterdam où elles donnent près des lA millièmes; Edimbourg est à peu près au même taux avec les 9™"", 5 ; par contre, à Londi^es et à Glascow, les décès scrofuleux n'atteignent pas les 6 millièmes (Lombard). Mais il faut ajouter qu'à Bruxelles le carreau donne l'énorme mortalité des 30 millièmes, presque le double de l'Ecosse.
En France les maladies rapportées à la scrofulose composeraient les 13 millièmes des cas de mort, proportion fort élevée sans doute, et que l'on rencontre principalement dans les grands centres, comme Lyon et Paris, notamment dans la pi:emière de ces villes où la mauvaise hygiène et le travail dans les ateliers insalubres contribuent beaucoup à la diffusion de la maladie. La scrofule seule ne fournit qu'une mortalité moyenne des 9 millièmes pour l'ensemble des villes françaises : Paris ne dépasse pas les 4'"™, 7 ; Lyon atteint les 6 millièmes, et Bordeaux les 6""", 7. Mais en ajoutant les maladies des os et le carreau, Bordeaux donne les 23 millièmes. La scrofule est plus répandue dans les départements du nord que dans ceux du midi, et dans ceux de l'est et du centre que dans ceux de l'ouest et du sud (Lombard).
D'après Hirsch la scrofulose prédominerait en Allemagne dans plusieurs localités comme à Munich, Vienne, Stuttgardt, Dresde, Leipzig, Berlin, Stettin, Hambourg, Dantzig, Breslau, etc , et Berlin et Munich. Les hospices des enfants trouvés donneraient plus de la moitié de scrofuleux. L'endémie scrofuleuse existe principalement dans les districts du Holslein, dans les vallées de l'Erzgebirge saxonne, de la haute Silésie, du Riesengebirge, dans la Westphalie, dans le cercle de Schmalkalden, dans les régions raontueuses de la Bohême, dans la haute Autriche, principalement dans les provinces de Salzbourg et de Styrie. En Aile-
magne la morbidité scrofuleuse est des 22 millièmes dans 29 villes : tandis que la mortalité n'a pas dépassé les 10 millièmes à Berlin, les 9 millièmes à Dresde, et n'a donné que les 3™° ,3 à Munich, où pourtant les deux tiers des enfants trouvés sont scrofuleux : d'où ressort à nouveau la difficulté d'apprécier la fréquence des maladies par la mortalité déduite des registres mortuaires. En résumé, la scrofulose ne semble pas beaucoup plus commune en Allemagne que dans les pays limitrophes des contrées septentrionales de l'Europe ; mais elle y est pourtant très-fréquente.
La scrofulose est fort répandue en Suisse, spécialement dans les régions basses et moyennes, ainsi que sur les versants du Jura et des Alpes. Il est évident qu'elle est plus répandue dans la zone montueuse moyenne que dans les parties inférieures des vallées (Lombard, d'après les recherches de Lebert) . Les vallées du pied des Alpes' dans le canton de Berne, et celles qui débouchent sur le lac des Quatre-Cantons en sont fortement atteintes. Mais rien n'égale la fréquence de la scrofule dans la vallée du Rhône, depuis le haut Valais jusqu'à Saint-Maurice. En résumé la scrofulose est une maladie endémique en Suisse, dans la majeure partie de ce pays, mais surtout dans les régions basses (Lombard).
Les scrofules régnent en Italie, surtout dans les régions montueuses du nord, en compngnie du goitre et du crétinisme. Dans la province de Turin elles donnent environ les 3 millièmes de la mortalité totale. Il ne semble pas que la scrofulose soit plus rare dans les autres villes ou districts de l'Italie que dans les contrées du nord (Lombard). Sur la côte de Ligurie où la maladie est endémique. Gênes et Livourne feraient une remarquable exception (Hirsch). La proportion des conscrits réformés en Italie pour cause de scrofule varie de 9 à 5 sur 1000. La mortalité par la scrofule et le rachitisme, dans 11 villes d'Italie, est de 1 sur 1000 habitants, soit les 50 millièmes des décès (Sormani). En Espagne les scrofules sont moins communes que dans les contrées du nord et du centre de l'Europe : cependant elles sont loin d'être rares à Madrid et sur le haut plateau des Castilles, ainsi qu'à Valence et dans toutes les grandes villes espagnoles. Elles sont considérablement répandues en Portugal, surtout à Lisbonne où elles figurent pour les 11 millièmes dans les tables de la mortalité. Leur fréquence est inconnue pour le reste du pays.
En Grèce, les scrofules ne sont pas rares, sans y être aussi répandues que dans les pays septentrionaux de l'Europe. Elles n'y ont été cependant inconnues ni dans l'antiquité, ni de nos jours. Dans les provinces orientales de l'Austro- Ilongrie les scrofules sont extrêmement répandues, au point que Tormay les estimait aux 25 millièmes du nombre total des maladies dans la ville de Buda- Pesth. Cette proportion est confirmée par les auteurs de la récente carte sanitaire de cette partie de l'empire. Elles sont assez fréquentes en Roumanie où elles se développent sous l'influence des habitations insalubres et de l'insuffisance de l'alimentation (Lombard).
Dans les provinces danubiennes et dans la Turquie d'Europe la scrofulose est extrêmement commune, tant à cause de la vie sédentaire qu'à cause de l'hérédité syphilitique. Elle s'observerait plus souvent chez les enfants juifs et grecs que chez ceux des Turcs (Schlsefli). Suivant Rigler ce serait le contraire à Coustantinople. Les pays montueux de la Bosnie, de l'Herzégovine et du Monténégro contiennent beaucoup d'enfants scrofuleux (Lombard). A Gonstantinople même les scrofules sont fort répandues dans toutes les classes et chez toutes les races et nationalités de la capitale (Mahé). Il paraît qu'en Pologne ce sont surtout les
Israélites qui sont en proie à la scrofulose. En Bohême la maladie est généi'alement assez répandue.
Nous ne possédons que des données incomplètes sur l'expansion de la scrofulose dans l'Asie. Elle serait très-fréquente dans les régions côtières de la Syrie et de l'Anatolie, à Jérusalem et dans les autres villes de l'intérieur du pays, dans l'Arabie, en Mésopotamie et surtout à Bagdad ; cependant elle serait rare dans les parties montagneuses de la Syrie (Robertson). En Perse les ophlhalmies scrofuleuses sont extrêmement communes (Tholozan), quoique la scrofule même y soit rare (Polakj. Dans la péninsule de l'Himalaya, la scrofule serait proportionnellement rare suivant les uns (Scott, Morehead), au contraire, très-répandue d'après la majorité des observateurs de ce pays (Gordon, Mac Glelland, Pbilïpps etc). La vérité est manifestement du côté de la dernière opinion. Cela s'applique surtout aux indigènes, car les statistiques feraient croire que les troupes anglaises ont moins de scrofule dans l'Inde que dans la mère-patrie. Heymann affirme la fréquence de la scrofulose dans la Malaisie : cependant elle devient très-rare chez les adultes et épargne beaucoup la race malaise. En Cochinchine et en Chine la scrofule est loin d'être rare ; elle constitue l'un des fléaux des populations chinoises des grandes villes comme Pékin, Amoy, Canton, etc. Elle paraît non moins commune au Japon, où les opiitlialmies purulentes et scrofuleuses sont d'une extrême fréquence.
En Egypte la scrofulose sévit surtout sur les esclaves de Géorgie et de Circassie, comme sur les enfants des fellahs et les Turcs des liarems ; elle est commune en Abyssinie et dans les pays voisins (Pruner). En Algérie elle règne orincipalement parmi les enfants des Maures et des Juifs des villes ; plus rarement chez les Kabyles des hauts plateaux de l'Atlas. Elle est moins fréquente qu'en France sur les troupes dans la proportion de 0,26 à 1 millième. Nous manquons de renseignements précis sur la présence de la scrofulose sur la côte occidentale d'Afrique. Cependant nous savons qu'elle est fort commune et grave parmi certaines populations de la Sénégambie (Corre), à Sierra-Leone (Clarke) et qu'elle est très-répandue au cap de Bonne-Espérance parmi les colons hollandais et parmi les enfants des Hottentots. Dans la partie de l'Afrique centrale située entre le 15^ et le 25° degré latitude sud, la maladie serait presque entièrement inconnue (Livingstone). Elle serait commune à Sainte-Hélène, rare à Madère, etc.
Est-il exact que la scrofulose, jadis inconnue des populations de l'archipel de l'Océanie, n'y ait fait son apparition qu'avec les Européens et le changement d'habitudes et de vie des indigènes? Cela est improbable. Aux îles Sandwich, à Tahiti, à la Nouvelle-Zélande ces faits auraient reçu confirmation. En Nouvelle-Calédonie, aux Fidji, aux îles des Amis, les maladies scrofuleuses sont loin d'être rares (de Rochas). On peut dire que les archipels polynésiens sont fortement atteints par la scrofule qui s'y montre sous les formes les plus graves. Elle est moins fréquente en Australie, où elle existe chez les indigènes, et chez les Européens comme dans nos grandes villes : mêmes observations pour la Nouvelle-Zélande.
Dans l'Amérique du Nord la scrofulose est fort répandue dans la partie qui appartenait jadis à la Russie, ainsi que dans le bassin de l'Orégon. Suivant Lombard, la scrofulose comme la phthisie serait inconnue des Esquimaux et des Groënlandais. Nous manquons de renseignements pour le vaste pays de la baie d'Hudson. Au Canada la scrofule est rare, puisqu'elle n'y fournit que le 1,5 millième de décès.
Aux États-Unis la scrofule forme les 7 millièmes des décès et même atteint les8,3 raillièmesà New-York. Elle est commune principalement dans l'Ohio où elle a augmenté de fréquence proportionnelle avec le luxe et la civilisation des grandes villes. Elle est presque trois fois plus commune chez les nègres que chez les blancs. Elle serait assez rare en Californie et dans les terres tempérées du Mexique.
Dans le Centre-Amérique on ne possède de renseignements sur la scrofulose que pour le Guatemala où elle serait commune chez les enfants nègres. Aux Antilles les scrofules ont sévi chez quelques soldats européens, mais elles doivent être fort rares. Rufz affirme qu'elles n'existent point à la Martinique. Elles sont presque inconnues aux Guyanes.
■Au Brésil, malgré les assertions contraires de Sigaud, la scrofulose est commune et fait autant de ravages que dans nos grandes villes d'Europe (Tschudi, Plagge). Il en est de même pour le Pérou, non-seulement sur la côte, mais même sur les parties les plus élevées des sierras, comme à Ccrro de Pasco où sévit la scrofulose à une hauteur de plus de 4000 mètres. Elle existe d'autant plus prononcée que l'on descend vers le sud. Si elle existe à Lima, à Guayaquil, à Valparaiso, elle devient extrêmement commune àValdivia, à Chiloë et dans les terres magellaniques où elle acquiert une très-grande fréquence. Dans la Plata elle serait beaucoup plus rare qu'en Europe (Maitin de Moussy).
Ce que nous savons de l'influence des conditions géographiques sur la genèse de la scrofulose peut se résumer dans les propositions suivantes: l^Les climats chauds, toutes choses égales d'ailleurs, ont moins de scrofuleux que les tempérés, les froids et et surtout les froids et humides. La scrofulose frappe fréquemment dans nos pays les provenants des pays chauds. Les districts montueux semblent aussi favorables à la propagation de la scrofulose. Mais est-il vrai qu'elle se raréfie sur les altitudes (Lombard) ? 2° Les conditions géologiques du sol agissent sur la détermination de la scrofulose par leur humidité, })ar les influences marécageuses qui débilitent les individus, et par la stérilité et l'ingratitude des terrains qui agissent dans le même sens. 3" On ne voit pas que les races et les nationalités offrent, par elles-mêmes, une action marquée sur la production de la scrofulose. Enfin des rapports certains existent entre la scrofulose et d'autres maladies diverses, comme la cachexie palustre, le goitre, le rachitisme, la tuberculose, etc., mais ils sont du ressort de la pathogénie générale et ne nous concernent pas ici. En résumé la scrofulose est une maladie de misère qui frappe sur toutes les races et n'épargne relativement que les contrées situées entre les tropiques, et peut-être un peu les altitudes.
C. Tdbercolose : phthisie pulmonaire. Les formes les plus communes de cette néoformation dégénérative sont : la phthisie pulmonaire et la méningite tuberculeuse : nous les examinerons séparément. Quant à l'aire géographique de la tuberculose généralisée, de celle du péritoine, des organes génitaux, etc., elle ne saurait être déterminée.
1" Le domaine géographique de la phthisie pulmonaire embrasse l'immense majorité des terres habitées. Si nous commençons par l'Europe, nous voyons que les régions polaires, telles que le Spitzberg et la Nouvelle-Zemble sont à peu près exemptes de la maladie. Celle-ci est excessivement rare en Islande (Hjaltelin, Finsen), dans la proportion de 4 sur 7559 malades (Finsen), merveilleuse immunité due à l'égahté de température suivant les uns, et à l'alimentation extrêmement riche en éléments hydro-carbonés suivant les autres. Aux îles Féroë
la phthisie est à peu près inconnue (Panum). II en est de même pour les Samoyèdes, les Kamtchadales et les Lapons nomades de Scandinavie et de Finlande.
La plithisie pulmonaire forme les 128,82 millièmes de la mortalité en Norvège, ce qui avec le chiffre de la tuberculose aiguë donne les 150 millièmes des décès, soit plus du 8" de la léthalité norvégienne. La région la plus méridionale de Mandai et de Ciiristiansand est celle qui compte le plus de phthisiques, de 20 à 22 pour 100, dans la mortalité totale. En seconde ligne, viennent Ic'S contrées méridionales de Stavaiiger, Jarslsberg, Smaalenen, Buskerud, Christiania, Bratsberg et Bluskeryd, ainsi que le district méridional de Drontheim, dont la mortalité est de 15 à 17 pour 100. La troisième région, comprenant presque toute la côte occidentale depuis Bergen jusqu'au Norrland et au Finmarken, ne contient que 10 à 15 pour 100 du chiffre total des décès (llomnnn). A l'exception de Bergen oii la phthisie est très-rare, on peut conclure que la fréquence de la maladie est d'autant plus grande en Norvège, que la latitude est plus méridionale et que le climat continental et baltique prédomine sur le climat marin et atlantique » (Homann). Il n'y aurait pas, en Norvège, antagonisme entre la lèpre et la phthisie, et celle-ci n'aurait pas de rapports directs avec la syphilis ; elle régnerait aussi bien sur les altitudes de 700 mètres qu'au ni\eau de la mer (Larsen).
En Suède, la phthisie pulmonaire est assez grave pour occasionner les 147 millièmes des décès dans les villes du nord, les 125 millièmes dans les villes du centre et les 151 millièmes dans celles du sud. A Stockholm elle donne les 160 millièmes. 11 semble donc qu'ici la prédominance de la phthisie n'existerait pas, comme en Norvège, pour les régions du sud. La petite île de Marstrand, la Madère suédoise, est à peu près exempte de phthisie ; elle sert de sanatorium aux malades du pays (Hœrlin). La phthisie sévit en Suède un peu partout, aussi bien dans les districts à malaria que sur les hauteurs de 700 mètres, au nord comme au midi et au centre du pays. Les classes aisées en seraient spécialement atteintes (Lombard).
Le Danemark compte un peu moins de phthisiques que la Scandinavie. Copenhague en donne les 127 millièmes de la mortalité totale; les autres villes danoises ne fournissent que les 120 millièmes. Par comparaison l'on voit que la proportion des décès par phthisie à Amsterdam (87 millièmes) est moindre d'un tiers que celle de Copenhague; qu'elle est à peu près égale à Londi'es (121 millièmes), mais plus grande à Glascow (158 millièmes). En Scandinavie elle atteint à Christiania les 172 millièmes et les 150 millièmes pour l'ensemble de la Norvège. Il en est de même pour la Suède oii la proportion oscille entre les 125 et les 160 millièmes, pour Stockholm par exemple. Mais la capitale de la Hollande a moins de phthisiques que le Danemark (Lombard).
En Russie les proportions de la phthisie varient suivant les parties de cette vaste étendue de pays. A Pétersbourg elle est très-répandue, puisqu'elle donne les 151 millièmes du total des décès, chiffre qui n'est dépassé que par deux villes du nord de l'Europe, Glascow eL Bruxelles (175 millièmes). Dans les quatre provinces baltiques (Esthonie, Livonie, Courlande et Kovno), la phthisie pulmonaire est assez rare, sauf dans les grandes villes comme Dorpat ; Riga fait exception, puisque la phthisie n'y figure que pour les 5 millièmes des maladies, tout en comptant cependant pour les 50 millièmes de la mortalité totale.
La rareté relative de la phthisie dans le nord de la Russie paraît un fait bien
démontré (Lombard). La moiHalité spéciale de la phthisie en Finlande n'est que dos 84 millièmes et des 54 millièmes à Olonetz. Mais le gouvernement de Vologda donne les 206 millièmes, Arkhangel les 196 millièmes. En 1858 et 1859 la mortalité des hôpitaux en Russie a donné les 196 millièmes, soit près du cinquième pour cause de phthisie pulmonaire. C'est le centre de la Russie qui a fourni le chiffre le plus élevé de cette mortalité, car la phthisie est encore moins fréquente dans les régions méridionales que dans les septentrionales. Les gouvernements qui comptent le moins de phthisiques sont ceux d'Erivan, Stavropol, Schemacha, Derbent, la Tauride, Tiflis et Kutaïs (Térokopp). Ainsi l'on constate une diminution bien manifeste de la phthisie dans les portions du Caucase où prédomine l'influence paludéenne, de même que d'un autre côté on voit apparaître l'immunité presque absolue de la maladie chez les Khirghizes, attribuée à l'usage abondant et constant du koumys ou lait de jument fermenté. Le fait est exact, quelle qu'en soit d'ailleurs l'interprétation.
En Angleterre on compte 2675 décès par la phthisie sur 1 million d'habitants. La moitié des adultes qui meurent entre 20 et 25 ans, succombe à la phthisie en Angleterre (Bertillon) ; de 25 à 35 ans la proportion est encore de 440 pour 1000; elle n'est plus que du tiers de 55 à 45 ans; et après cette période la proportion diminuant rapidement n'est plus que d'un cinquième, puis d'un dixième pour disparaître totalement (Farr).
Les régions les plus chargées de mortalité phthisique sont le pays de Galles, les comtés du Chester et du Lancaster, qui offrent 1 décès sur 305 à 347 habitants. Les régions les plus allégées sont les comtés du sud-ouest et ceux du centreouest, où la proportion n'est plus que de 1 décès sur 356 habitants; dans le comté d'York il y a un décès sur 569. Dans certains districts du pays de Galles la population va jusqu'à un décès sur 278 habitants ; on pense qu'elle est due à l'humidité combinée avec une certaine élévation du teirain. Au total il résulterait qu'au nord de l'Angleterre la phthisie est plus commune que dans le centre et vers le sud.
En Ecosse, la phthisie compte 2595 décès sur 1 million d'habitants, un peu moins qu'en Angleterre. Dans les villes la proportion des morts phthisiques est des 127,5 millièmes des décès; tandis que la population rurale de terre ferme n'a que les 115,5 millièmes des décès et celle des îles les 121,5 millièmes. Les grandes villes d'Ecosse, comme Edimbourg, Glascow, Paisley, etc., sont les plus chargées de décès phthisiques. De même les parties occidentales de l'Ecosse comptent beaucoup plus de phthisiques que celles de l'orient, ce qui paraît tenir à la plus grande humidité des premières (Lombard). Mais ces dernières assertions ont été contredites. On pense que les légions montueuses du pays sont encore favorables à la production de la phthisie,
La phthisie ne donne que 1747 décès sur 1 million d'habitants en Irlande; elle est inférieure d'un tiers aux deux autres pays pour la proportion des décès. Le chiffre léthifère n'y est que des 116 millièmes. Quant à la répartition c'est la partie occidentale qui est la moins chargée; dans le nord-est cette proportion est trois fois plus considérable. Puis viennent, en diminuant, le sud-est, le nordouest, le centre-sud, etc. Cette distribution paraît attribuable à l'agglomération des populations (Lombard).
En Hollande la phthisie, non très-répandue, a donné pour quatre ans les 95 millièmes des décès de ce pays. Les provinces les plus impaludées sont les plus épargnées par la phthisie pulmonaire. La moyenne mortuaire due à la
GÉOGRAPHIE MÉDICALE. ô'A
phthisie en Hollande est des 95 millièmes : elle n'est que des 64 millièmes dans la Zélande ; mais l'Over-Yssel donne les 135 millièmes et le nord de la Drenthe les 141 millièmes. La proportion de léthalité par la phthisie en Hollande est fort inférieure à celle de l'Ecosse et de la Bavière où l'on compte les 121 elles 122 millièmes, ainsi qu'à celle de la Belgique où la proportion est le double, c'est-à -dire les 1 90 millièmes. Pour ce qui est des villes, la moyenne générale de 25 cités étant d'environ 96 millièmes, elle est loin de la mortalité de Bruxelles (165 millièmes) et d'Anvers (159 millièmes), de Paris (1-43 millièmes), de Londres (121 millièmes), et de Copenhague (120 millièmes). La conclusion est donc que la phthisie est assez rare en Hollande, aussi bien dans les provinces que dans les villes. Cette immunité est-elle due au climat, à la race ou à l'influence de la malaria? Il paraît probable qu'elle est due au concours des influences telluriques et atmosphériques tout à la fois.
En Belgique, la mortalité par la phthisie oscille entre le cinquième ou le sixième du total des décès (Meynne, Bertillon), soit environ les 190 millièmes. Sous ce rapport la Belgique prime la Norvège, l'Angleterre et l'Ecosse, l'Irlande et le canton de Genève, quoiqu'elle jouisse des deux conditions qui paraissent atténuer l'influence sur la phthisie, l'air marin et le travail des mines, auxquelles on pourrait adjoindre l'influence marécageuse. Or, ce sont ici les }u'ovinces marécageuses qui sont les plus ravagées par la phthisie, comme le Limbourg avec les 240 millièmes, la Flandre orientale avec les 260 millièmes, Anvers, la Flandre occidentale, etc. Au contraire encore de ce qui se passe ailleurs, en Belgique ce sont les régions niontueuses qui sont les plus exposées à la phthisie. Les décès par la phthisie sont plus fréquents dans les villes que dans les campagnes, suivant la règle générale.
Suivant A. Hirsch, la tuberculose en Allemagne est plus fréquente dans le midi que dans le nord, et dans les vallées que dans les régions montueuses. Mais, d'après les récentes recherches de Zùlzer (1876), à l'exception de Dantzig, la phthisie est très-commune sur les côtes septentrionales et occidentales de l'Allemagne, comme à Kiel, à Oldenbourg, Hambourg, etc. Mais la seconde assertion de llirsch est vraie concernant la fréquence de la phthisie vers le centre et le sud de l'Allemagne ; à Munich on aurait trouvé les 132 millièmes de léthalité parla phthisie; à Augsbourgles 100 millièmes, àUlm les 113 millièmes, à Nuremberg les 141 millièmes, et enfin à Vienne les 208 millièmes de 1859 à 1873! Cependant il convient d'ajouter que cette règle comporte trop d'exceptions pour qu'elle puisse être acceptée.
Il n'en est pas de même de l'immunité des altitudes qui se vérifie principalement pour les régions montueuses du Harz, de la Thuringe et de la Saxe, ainsi que pour les mêmes régions autrichiennes de la Styrie, de la Carinthie et du Tyrol. En somme la phthisie n'est ni plus rare, ni plus fréquente en Allemagne que dans les autres parties de l'Europe centrale ; mais elle y présente de grandes différences à latitude égale et est toujours moins fréquente dans les hautes que dans les basses régions (Lombard).
En Suisse la mortalité moyenne par la phthisie (de 1866 à 1870) serait de 76 à 77 millièmes. Cependant la statistique pour 1876 donne les 108 millièmes, ce qui paraît plus conforme à la réalité. On y remarque la grande fréquence de la phthisie dans les cantons composés de plaines et de hautes montagnes comme les Grisons et le Valais, ainsi que dans les cantons industriels comme Neufchàtel, Genève, Appenzell, Saint-Gall et Bâle-Ville. En Suisse, la diminution de la phthisie
serait très-sensible à mesure que l'on s'élève au-dessus du niveau des mers; elle est très-rare, quoique non absente, dans les lieux habités les plus élevés; les régions basses auraient deux fois plus de mortalité par la phthisie que les lieux élevés (Lombard).
La phthisie pulmonaire est aussi fréqiiente en France que dans les autres contrées du Nord et du Centre de l'Europe. Elle donne environ les 112 millièmes, soit un neuvième de la mortalité totale pour l'ensemble des villes françaises. Par comparaison nous trouvons que c'est à peu près la proportion des villes danoises ; plus qu'à Edimbourg, mais moins qu'à Londres et Glascow, qu'à Christiania et surtout qu'à Bruxelles. Donc la phthisie serait moins répandue dans les villes françaises que dans celles du Nord, à l'exception d'Amsterdam. En tenant compte des conditions de latitude et de longitude, d'altitude et des particularités de conformation géograpliique, on arrive à cette conclusion : « Que la phthisie pulmonaire est à son maximum de fréquence dans le nord comparé au midi, dans l'occident comparé à l'orient, tandis qu'elle est plus rare au centre do la France qu'à l'occident ou sur les bords de l'Océan ; elle est également moins fréquente au midi et sur les bords de la Méditerranée, snr les montagnes que dans la plaine, et dans les petites que dans les grandes villes. « (Lombard.) D'après le même auteur, en France il existerait un antagonisme complet et constant entre la fréquence de la phthisie et de la fièvre typlioïde. Les données nous manquent pour établir la vérification de cette assertion, mais elle paraît cependant inexacte.
Les documents exacts inanquent pour la distribution de la phthisie en Espagne. Hirsch admet qu'elle est plus commune sur les plateaux des Castilles et de l'Estramadure que dans les autres régions de l'Espagne. La grande fréquence de la maladie à Madrid (675 mètres) est connue depuis longtemps. La phthisie est beaucoup plus rare dans le midi de l'Espagne, comme à Malaga et à Gibraltar. Elle serait plus commune à Cadix, et non rare à Valence parmi les classes pauvres de la population. A Lisbonne la phthisie occasionne les 11 4'°'", 7 de la totalité des décès, proportion qui rapproche la capitale du Portugal de celle d'Edimbourg, des villes françaises, tandis qu'elle est beaucoup moins élevée qu'à Paris (143 millièmes), qu'à Lyon (134 millièmes) et à Bordeaux (162 millièmes) (Lombard).
L'Italie est un foyer assez intense de la phthisie pulmonaire ; elle donne les 83 millièmes de la mortalité totale à Turin, les 152 millièmes à Milan, et les 114 millièmes à Rome. La moyenne de mortalité par phthisie et tuberculose, sur 18 villes d'Italie, serait de 2,88 sur 1000 habitants, soit les 88 millièmes du total des décès. Le maximum serait fourni par Bologne et Milan (5,80), Rome (3,42) et le minimum par les villes du sud, notamment Catane (1,42). Cette mortalité serait moindre en Italie que dans les autres pays d'Europe, sauf l'Espagne et l'Angleterre (Sormani). C'est un résultat curieux de la statistique. En Sardaigne et en Sicile la phthisie est plutôt rare que commune ; elle est fort répandue à Malte, et sa marche est très-rapide surtout parmi les troupes anglaises, et encore plus sur les indigènes (Lombard). Elle n'est pas très-fréquènte en Corse.
Dans les provinces orientales de l'Austro-Hongrie, la phlhisift est loin d'être rare, malgré la prédominance de l'influence palustre qui s'y fait sentir. A Buda- Pesth elle a atteint les 154,5 millièmes de la mortalité totale en 1874. Il n'existe pas de statistique sur sa fréquence dans les diverses provinces orientales; mais leS'
lïiédcciiis hongrois n'y admeltent pas l'antagonisme entre la malaria et laphthisie. Celle-ci est très-fréquente en Roumanie et cela prouve qu'il n'y a pas d'antagonisme, au moins ici, entre les deux maladies précitées. La phthisie est trèsfréquente et très-grave en Pologne, sur toutes les classes de la société.
Eu Grèce la phthisie pulmonaire existait fréquemment du temps d'Hippocrato, d'après ses pronostics. En 1877, elle aurait donné les 185,4 millièmes de la totalité des décès à Athènes (Dinnis). La maladie serait surtout fatale aux hôtes asiatiques du pays, comme les Turcs (Grieshach). Aux îles Ioniennes la maladie a donné les 219 millièmes de mortalité parmi les troupes anglaises. La phthisie se rencontre à peu près partout dans la Turquie d'Europe, dans les pays à malaria comme dans ceux qui en sont indemnes. Elle serait fréquente dans la Bulgarie et dans les provinces danubiennes (Lecomte). En Houmélie, surtout à Constantinoplc, la maladie est très-fré({uente, autant que dans les grandes villes européennes (Rigler). Elle serait très-commune eu Épire, concurremment avec le paludisme et cela sur le même malade (Schlaefli). Elle serait, par contre, trèsrare, presque inconnue dans le Monténégro (Ferrière). Le nombre des phthisiques tendrait à augmenter présentement à Constantinople (Marroin).
Nous ne possédons que des renseignements épais et insuffisants sur l'extension de la phthisie dans l'Asie antérieure. D'abord nous en manquons presque totalement sur l'Asie Mineure. Si l'on a égard à la fréquence de la malaria et à la température relativement assez élevée ainsi qu'à l'altitude moyenne des plateaux de ce pnys, on sera porté à croire à la rareté ou du moins à la proportion moyenne de la phthisie dans celte péninsule. Mais les documents statistiques nous font défaut. La haute plaine d'Arménie serait presque indemne de phthisie (Wagner), excepte chez les individus venant des contrées plus méridionales, de la Mésopotamie, de l'Arabie ou de l'Afrique. Cependant la phthisie n'est pas rare dans les villes du littoral de h mer Noire et de la Méditerranée appartenant à l'Analolie. En Syrie la maladie est également rare en général (Yates). Elle n'est fréquente qu'à Alep (Tobler, Robertson). Suivant Pruner elle ne serait fréquente dans le Liban qu'à Alep et à Balbek, le pays des ruines colossales de civilisations aussi antiques qu'inconnues. On la rencontre aussi à Beyrouth et à Jérusalem.
En Arabie, la phthisie n'est pas rare sur le littoral de la mer Rouge parmi les Bédouins qui ont échangé la tente contre une maison de pierre (Pruner). En Perse sur les hauts plateaux comme partout, la phthisie serait fort rare, suivant Polack. On ne possède pas de renseignements sur la distribution de la maladie dans le centre de l'Asie, dans l'Afghanistan et le Turkestan; on l'a signalée à Bockhara et dans le Cachemire.
Dans le nord de l'Asie, dans la Sibérie russe la tuberculose serait fort rare même chez les déportés exposés à succomber à la phthisie en demeurant dans leur propre pays. Dans le nord extrême, à Tourouschank (66 degrés), on a rencontré à peine quelques cas de phthisie compliquant le scorbut (Krivoschapkin). Elle n'existe pas chez les habitants de Nijni-Kolimsk (68°, 32), suivant Wran'Tel. La rareté de la tuberculose dans ces parages glacials est en rapport avec ce que nous savons de l'Islande et des régions septentrionales de la Norvéo^e. Mais quelle est la proportion de la maladie dans les régions situées plus au sud, dans les plaines et les vallées qui rayonnent au pied des Monls Altaï, parmi les populations des mines, parmi les hordes errantes des Mongols, etc.? C'est ce que nous ignorons complètement.
DICT. EMC. 4 s. Mil. 25
L'Inde antérieure est, quoi qu'on en ait dit, un foyer modéré sans doute, mais réel de la phthisie pulmonaire (Gonwell, Twining, AUan Webb, Gordon). Elle prédomine surtout dans le haut Bengale, sur les pentes méridionales de l'Himalaya, puis sur la côte du Malabar, comme à Cannanare, puis à Bombay, niais surtout dans les provinces du nord-ouest, ainsi que dans toute l'Inde supérieure et à Umritsir, capitale du Penjaub (Hinder), parmi les habitants du Cachemire qui y séjournent. Plus rare dans quelques districts du bas Bengale, la plitliisie devient presque inconnue sur les plateaux du Dekkan, surtout dans les Chutes occidentaux et dans les Neilgherries, sur des altitudes de 4000 à 7000 pieds anglais. Tous les observateurs (Gibbs, Twining, Morehead) s'accordent à signaler la pernicieuse influence du climat de l'Inde sur la marche galopante de la phthisie pulmonaire. Dans l'Inde anglaise la phthisie donnerait les 10 millièmes de l'effectif des troupes européennes et seulement les 2 millièmes de la mortalité. A Geylan elle n'est pas moins fréquente ni moins grave parmi les Européens et leurs descendants, quoique beaucoup plus rare et bénigne chez les indigènes. Les troupes européennes donnent les 12 millièmes de leur effectif, tandis que les troupes indigènes n'en fournissent que les 3 millièmes.
On connaît peu la distribution de la phthisie dans l'Indo-Chine ou Inde postérieure. A Siam les cas de tuberculose pulmonaire ne sont pas rares parmi les indigènes (Bradley) et la phthisie y ravage les Européens, surtout ceux des missions (Rey). D'autres renseignements donnent la phthisie comme presque inconnue à Bankok, très-rare en Birmanie anglaise, mais fréquente sur les troupes européennes à Malacca et à Singapour (Lombard). En Cochinchine, malgré l'influence de la malaria qui y est constante et intense, la phthisie s'observe, mais cependant l'arement chez les indigènes et peu fréquemment chez les Européens. Mais la chaleur anémiante et déprimante du climat contribue à hâter peut-être la marche de la maladie confirmée avant l'arrivée. Cependant les phtlnsiques ne souffrent pas en Cochinchine et s'accommodent à merveille de la chaleur du pays (Hai'mand). On a avancé que la phthisie sévit dans toute la vallée du Mékong sur les indigènes: Annamites, Cambodgiens, Laotiens, dans une proportion directe de l'état de misère des habitants (Thorel). Sans doute la maladie n'est pas inconnue sous ces latitudes, mais il faut pourtant convenir qu'elle est autrement rare que dans nos pays d'Europe. D'ailleurs c'est ce qui ressort de l'impression générale que produit le séjour dans ces pays, car il n'existe aucun document statistique qui puisse régler notre jugement sur ce sujet (Mahé).
La phthisie règne dans la Malaisie et aux Philippines, chez les blancs comme chez les indigènes. Les Javanais et les Africains y seraient plus sujets que les Chinois habitant le même pays (Heymann, cité par Rey). La phtliisie est loin d'être rare en Chine, mais elle varie de fréquence suivant les climats et nous manquons de renseignements statistiques sur son extension. Elle est très-fréquente à Pékin (Morache) et donne pendant l'hiver la majorité des décès de cette capitale, elle règne aussi dans les principales stations visitées par les Européens, à Tien-sin, à Tche-fou, Amoy et Canton. Dans cette dernière ville la maladie sévirait sur les Chinois, les Siamois, les Malais et les Indiens (Rey). En somme la phthisie n'est point rare dans le nord et dans le centre de la Chine ; elle diminue un peu vers le sud. A Sanghai elle a donné les 60 millièmes des morts à l'hôpital chinois. A Canton et à Hong-Kong elle n'est point rare.
Le Japon est moins atteint par la phthisie que l'Europe ; on l'a constatée à Nagasaki et à Yokohama ; ici les troupes anglaises n'ont eu que les 6 millièmes
de leur effectif atteints, au lieu des 15 millièmes à Hongkong et des 12 millièmes à Geylan.
L'Océanie serait devenue depuis un demi-siècle l'un des plus immenses foyers de la phthisie ; ainsi en est-il de l'Australie et de la Nouvelle-Zélande, depuis que les indigènes ont adopté les habitudes et les mœurs des Européens (A. Hirsch). Elle est très-répandue à la Nouvelle-Calédonie où elle affecte une marche souvent rapide (de Hochas). On la trouve aussi aux îles Fidji, dans l'archipel des Amis, et aux îles Gambier oii elle fait de terribles et rapides ravages (Le Borgne). Elle serait, au contraire, rare au Sandwich (Hawai) suivant Chopin et Dumas. A Tahiti la phthisie pulmonaire exercerait les plus grands ravages, surtout chez les femmes, et enlèverait rapidement les Européens prédisposés (Rey, d'api'ès Winson, Comeiras, Erhel, Dutroulau) ; il en serait de même pour les îles Marquises et plusieurs groupes polynésiens (A. Hirsch).
Mais il paraît que l'on a beaucoup exagéré la fréquence de la phthisie dans ces îles, notamment à Tahiti. Elle serait relativement rare parmi les indigènes chez lesquels elle revêt surtout la forme de phthisie caséeuse plutôt que tuberculeuse; de même le carreau et la méningite tuberculeuse y seraient peu communs. Quant à la marche de la phthisie chez les Européens, le climat tahitien ne semble pas agir autrement que celui de la France (Chassaniol et Guyot, 1878). Nous pensons que les mêmes restrictions doivent être faites pour plusieurs parties de rOcéanie, notamment pour l'Australie. A Melbourne la phthisie a fourni les 74 millièmes de la mortalité ; à Hobart-Town en Tasmanie elle n'a donné que les 7 millièmes des maladies soignées à l'hôpital civil. A Sydney elle est moins commune qu'en Angleterre (Bourse). En Nouvelle-Zélande la maladie serait plus rare qu'en Australie sur les Européens ; mais elle est, dit-on, fort commune sur les indigènes.
Le continent africain, presque entièrement situé dans les zones chaudes ou torrides du globe, n'est cependant pas exempt de la phthisie, comme va nous le prouver l'exposé suivant.
En Egypte règne la tuberculose pulmonaire, quoique moins fréquente qu'en Europe. Elle ne donnerait que les 25 millièmes des décès à Alexandrie, mais les 101 millièmes au Caire, presque un peu plus du dixième de la mortalité des indigènes (Schnepp). Ces documents sont contraires à l'opinion de Pruner qui regarde lu phthisie comme plus fréquente en Egypte sur les bords de la Méditerrannée. La phthisie serait beaucoup plus rare dans la haute Egypte (Lombard). Elle frapperait en Egypte, non-seulement les Nubiens et les Abyssiniens transportés dans un climat plus froid que le leur, mais aussi les indigènes de la haute Egypte. Les Syriens, Turcs, Arméniens et Européens en sont rarement atteints, ds peuvent même en guérir par leur séjour en Egypte, tandis que les Juifs y deviennent scrofuleux et meurent souvent phthisiques. Dans les régions du haut Nil, c'est-à-dire dans la Nubie, le Soudan, le Kordofan et le Sennaar, le Darfour, on rencontre très-peu de phthisiques. Les vigoureux Bédouins et les nègres de ces contrées sont rarement atteints de phthisie (Lombard).
11 résulte des travaux et des statistiques empruntés aux médecins militaires d'Algérie que la phthisie est beaucoup moins commune dans ce pays que dans la mère patrie parmi les militaires. Mais il faut ajouter pourtant que la mortalité y est plus forte qu'en Europe, malgré une moindre morbidité. Dans la population civile elle ne donnerait que le cinquième des décès qui ont lieu en France par la même cause. La province de Couslantine en donne plus qu'Aller
et celle-ci plus qu'Oran, En somme, la phthisie est rare sur le littoral algérien, tandis qu'elle est plutôt tïéquente sur les hauteurs et à la limite du désert. Ceci s'accorde assez bien avec l'hypothèse de Boudin sur l'antagonisme entre la phthisie et la malaria. Voilà pour les militaires et les colons. D'après Feuillet (1874), la phthisie est assez rare chez les Arabes, mais sa marche est rapide à cause de la misère et du manque absolu de soins. Elle frapperait surtout les métis issus des Arabes et des nègres (Laveran). D'après Guyon, les Européens seraient plus sujets, en Algérie, à la phthisie que les Maures et ceux-ci que les Juifs.
La phthisie n'est pas rare au Maroc dans les villes, comme en Algérie. Elle est presque inconnue chez les Arabes nomades de l'intérieur. La ville de Mogador passe pour un des meilleurs sanatoriums pour les phthisiques. Sur les populations indigènes de la côte occidentale d'Afrique la pJithisie pulmonaire existe, même dans les régions où sévit le plus la malaria. La phthisie est fréquente au Sénégal surtout sur les nègres venus de l'intérieur. Dans la garnison les troupes blanches en ont compté les 8 millièmes de l'effectif et les troupes noires les 10 millièmes. La mortalité par cette cause dépasserait le tiers du total des décès. Le climat du Sénégal serait défavorable aux phthisiques (Bérenger-Féraud), au lieu de leur être favorable (Ghassaniol). En somme la phthisie est plus rare au Sénégal qu'en Europe.
Dans la Sierra-Leone et à la côte d'Or, la phthisie a donné les 6 millièmes de la mortalité des troupes anglaises nègres.. Elle serait rare chez les natifs, plus commune chez les Foulahs et les Mandingues (Winterbottom). Elle serait rare chez les natifs de la côte d'Or et chez les populations d'Assinie (Jubelin). Elle serait fréquente au Bénin (Daniell), ainsi que sur le cours du Niger (Oldfield). Au Gabon la phthisie serait rare et s'accorderait fort bien de l'égalité du climat (Quétand, Griffon du Bellay). On manque de renseignements sur la phthisie quant à sa répartition géographique dans le sud-ouest de l'Afrique. En résumé la tuberculose pulmonaire est rare sur la côte occidentale d'Afrique (Mahé).
A Madère la phthisie est rare et n'atteint que les indigents, tandis qu'aux Canaries elle compte le cinquième des décès dans les hôpitaux civils et le douzième dans les hôpitaux militaires. Vainement avait-on pensé que l'air de la vallée d'Orolava serait favorable aux phthisiques, les malades venus d'Angleterre et d'Allemagne y ont vu s'aggraver complètement leur état. L'archipel du cap Vert est un séjour favorable aux Européens atteints ou menacés de tuberculose. La phthisie est plutôt rare à File de Mai, mais assez fréquente à Saint-Jago et à Fago, quoique ces îles soient palustres. Les altitudes ne paraissent pas favorables dans ces montagnes aux phthisiques. La phthisie est assez répandue à Sainte-IIélèae. Elle est fort rare aux Açores (Bullar).
Dans l'Afrique méridionale, notamment dans la colonie du cap de Bonne-Espérance, la phthisie est excessivement rare, à tel point que le Cap est désio^né comme sanatorium pour les phthisiques. Dans l'intérieur du pays elle est encore plus rare; elle est inconnue chez les Bassoutos (Casalis), ainsi que dans la province d'Albany et dans le Natal. Cependant, comme exception, la phthisie existerait dans la colonie hottentote de Guadenthal, située à quelques lieues et l'est de CapetoAvn. Il en serait de même, pour la rareté de la phthisie, dans les états d'Orange et du Transwaal.
Dans l'Afrique orientale et centrale on dit que la phthisie est d'une grande rareté aussi bien dans les plaines que sur les hauts plateaux, comme au pays des
Bassoutos situé à une altitude de 1600 à 1800 mètres. Suivant Livingstone elle serait presque inconnue dans le vaste district intérieur del'Arrique qu'il a visité. En Âbyssinie la plithisie est excessivement rare (Diane). Cependant Petit et Courbon en ont rencontré quelques cas à Halay par une altitude de 2500 mètres. A Madagascar et aux Comores la plilhisie n'est pas rare chez les indigènes avec une marche plus rapide qu'en Europe ; les matelots malgaches en sont souvent atteints (Lombard ). La plilhisie n'est pas très-rare à la Réunion ; il en est de même pour Maurice. C'est à Saint-Denis que sévit la maladie, à la Réunion, tandis que le climat de Saint-Paul et de Saint-Leu lui convient mieux.
Dans l'Amérique polaire la phthisie est à peu près inconnue sur les colons temporaires qui y vont en bonne santé. Chez les Esquimaux elle est à peu près inconnue comme la scrofulosc. Elle est également fort rare dans l'Amérique ci-devant russe, à l'île de Sitka, mais elle paraît régner chez les Aléoutes. Dans les régions voisines de la baie d'Hudson la phthisie, inconnue il y a vingt ans, serait devenue assez fréquente depuis la récente invasion de la grippe ; elle aurait aussi paru au Labrador et au Groenland, récemment. Au Canada la fréquence de la maladie serait telle qu'elle y cause les IGl millièmes du total des décès. Les provinces les plus atteintes par la phthisie sont celles des côtes de l'Atlantique, tandis que les plus épargnées sont riveraines des grands lacs ou du Saint-Laurent. On ne connaît pas le degré de fréquence de la phthisie pour la grande île de Terre-Neuve. A Saint-Pierre elle est fréquente, au point de fournir le dixième ou le dix-huitième des décès (Nielly).
La phthisie est très-répandue aux États-Unis d'Amérique où elle paraît en croissance, puisqu'en 1860 elle ne donnait que les 124 millièmes de la mortalité, tandis qu'elle en fournit en 1870 les 142 millièmes. Un second fait cà noter est la grande prédominance de la maladie sur le sexe féminin. Les États qui comptent le plus de phlhisiques sont : le Maine (les 258 millièmes de la mortalité), le New-Hampshire, Vermont, Rhode-Island, les Massachusetts (les 200 millièmes), le Delaware, l'Orégon, le Connecticut, l'Ohio, la Virginie ouest, le Kentucky, le Maryland (les 172 millièmes), New-Jersey, Michigan, New-York (les 167 millièmes), le Tennessee, l'indiana et la Pensylvanie (142 miUièmes). Ceux qui en ont le moins sont: la Californie (158 millièmes), la Virginie est, riowa, le Minnesota, le Wisconsin (152 millièmes), la Caroline du Nord, l'Illinois, la Louisiane (97 millièmes), le Missouri, le Kansas, la Caroline du Sud, le Mississipi (75 millièmes), l'Alabama, l'Arkansas, la Géorgie, le Texas (65 millièmes) et la Floride avec 57 millièmes du total des décès (Lombard).
On voit donc par là que : la phthisie fait des ravages croissants aux États-Unis, surtout dans les États du Nord, tandis que ceux du Sud sont moins atteints, principalement là où la malaria règne avec une certaine intensité et là où il existe une nombreuse population de couleur (Lombard). 11 faudrait peut-être ajouter que cela tient aussi à des différences tranchées dius la latitude et partant dans la climatologie des États de l'Union. Quant à l'influence de l'altitude, l'ensemble de la mortalité par la phthisie des États les plus élevés (Arizona, Californie, Colorado, Dakota, Idaho, Montana, Nevada, New-Mexico, Orégon, Utah, Washington et Wyoming) a fourni les 121 millièmes des décès, contre 142 millièmes. Les altitudes paraissent donc conférer un certain degré d'immunité contre la phthisie aux États-Unis (Denison, 1877).
Le chiffre léthifère de la phthisie prime donc ici celui de la plupart des États européens. Quant aux grandes villes, les 155 millièmes de New-York, les
152 millièmes de Philadelphie et les 159 millièmes de San-Francisco restent au-dessous des 208 millièmes de Vienne, des 175 millièmes de Bruxelles et des 172 millièmes de Christiania, mais ils de'passent les 143 millièmes de Paris et les 112 millièmes des villes françaises, les 121 millièmes de Londres avec les 158 millièmes de Glascow, etc.
La pblhisie est rare au Mexique. A Mexico elle n'a donné que les 49 millièmes du total des décès, à peine la vingtième partie (Reyes). Ces faits sont en rapport avec l'immunité aujourd'hui prouvée que confèrent les altitudes contre la phthisie (Lombard, Jourdanet). Les phthisiques des basses terres viendraient chercher lenr rétablissement sur les hauts plateaux, ce à quoi ils réussissent, excepté quand le mal est trop avancé, car alors la mort a lieu rapidement, par défaut d'oxygène ou anoxhémie.
La phthisie pulmonaire a été signalée de tout temps aux Antilles, à Saint- Domingue par Pouppé-Desportes, qui en rapporte la fréquence chez les nègres, par Rufz, par les médecins anglais sur les troupes de l'Angleterre et par d'autres observateurs. On compterait deux fois plus de nègres phthisiques que de blancs parmi les troupes anglaises. L'ensemble des colonies anglaises des Antilles donne presque autant de phthisiques sur les militaires européens qu'au Canada. A la Martinique la phthisie serait, après la dysenterie, la maladie la plus commune (Rufz de Lavison). Elle produit fréquemment des hémoptysies. L'armée en présente un assez grand nombre aussi bien sur les nègres que sur les blancs.
La phthisie est plus rare aux Bermudes pour les troupes que dans les autres colonies anglaises. La partie nord de l'Amérique du Sud, désignée collectivement sous le nom de Colombie, nous demeure inconnue quant à la prédominance de la phthisie, faute d'aucun document sérieux. Aux Guyanes la phthisie apparaît sous divers aspects et avec assez de fréquence; toutes les races en sont à peu près également atteintes. Elle a une marche rapide chez les jeunes gens, lente au contraire chez les personnes plus âgées.
Au Brésil chaque année voit augmenter la fréquence de la phthisie aussi bien dans le nord qu'au n)idi du vaste empire (Otto Wucherer, Bourel-Roncière). A Rio le quantième de la mortalité étant des 141 millièmes du total des décès pour la période 1761 à 1864, a atteint, pour celle de 1868-1869, les 188 millièmes du même total, soit une augmentation de 45 millièmes. La mortalité par la phthisie prédominerait de beaucoup sur le sexe masculin. En première ligne de léthalité viennent les nègres, puis les métis, les blancs et enfin les Indiens. Non-seulement tréquente au Brésil, la phthisie est encore rapide dans son évolution, non pour les seuls habitants du pays, mais pour les colons temporaires, notamment pour les marins étrangers chez lesquels elle devient galopante (Bourel- Roncière). Cette fréquence de la phthisie au Brésil constitue, comme dans l'Amérique du Nord, un flagrant contraste avec l'hypothèse de Boudin vis-à-vis de la malaria. La proportion de léthalité par la phthisie place la capitale du Brésil immédiatement après celle de l'Autriche. C'est pendant les mois chauds que la maladie cause le plus de mortalité (Bourel-Roncière).
Dans les vastes régions delà Plata la phthisie pulmonaire est l'une des plus fréquentes maladies. Elle prédomine chez les femmes, elle marche très-rapidement sur les colons comme sur les indigènes. A Montevideo elle occasionne les 127 mi-llièmes de la mortaUté totale : un peu moins qu'à Paris (145 millièmes) ou Francfort (155 millièmes), mais plus qu'à Berlin (110 millièmes), plus qu'à Londres (121 millièmes) ou à Edimbourg (108 millièmes). Elle règne aussi dans
les provinces centrales (Martin de Moussy), mais les régions sèches et les versants des Andes eu sont presque complètement préservés (Lombard).
Quant à l'Amérique occidentale du sud ou peut, avec Lombard, la partager en trois régions relativement à la distribution géographique de la phthisie : 1» Les côtes du Pacifique sont un intense foyer de la phthisie pulmonaire, à la hauteur du Pérou et du Chili, très-fréquente à Guayaquil, elle donne à Lima les 177 millièmes du total des décès. A Valparaiso même fréquence sur les indigènes et sur les étrangers : dans les hôpitaux de cette ville elle a donné jusqu'aux 434 millièmes de la léthalité générale. La marche de la maladie y est galopante chez les étrangers (les médecins de la marine française) . Le salut des phthisiques des côtes basses paraît résider dans leur transfert sur les altitudes andines;
2" Dans les régions montueuses, en effet, la phthisie pulmonaire n'existe pas. En prenant la statistique mortuaire des villes des Cordillères on voit augmenter la phthisie à mesure que l'on descend des hautes vallées vers le littoral, aussi bien au Pérou qu'au Mexique (Guilbert). La maladie serait incomuie parmi les Indiens du Pérou; quelques cas seulement existeraient parmi les métis (Tschudi);
5" Enfin les régions orientales de l'Amérique du sud-ouest, c'est-à-dire le versant oriental de la Cordillère tourné vers les bassins de l'Amazone et de la Plata, sont fort peu connues au point de vue de l'extension géographique de la phlhisie pulmonaire.
En résumé la phthisie n'épargne que certains districts du globe : absolument les contrées glaciales de l'hémisphère nord, la majeure partie de l'Amérique arctique, du Groenland, de la Laponie et de la Sibérie septentrionale. L'absence de la phthisie en Amérique va jusqu'aux 52 ou bù" degrés de latitude, tandis que pour l'Europe il faut remonter jusqu'au 70'^ degré; eu Asie elle dépasse peu le 60" degré (Lombard). Relativement sont épargnées les contrées suivantes : certaines îles du nord de l'Europe, le nord de la Scandinavie, le pays des Kirghizes, quelques altitudes des Alpes et des montagnes d'Europa : les plateaux centraux d'Arabie, de Perse, d'Anatolie peut-être, les hauts plateaux de l'Himalaya, du Dekkan, quelques localités des climats tempérés des îles du Japon et de notre Méditerranée d'Europe ; la majeure partie du centre et la côte orientale d'Afrique et peut-être l'Amérique Australe au delà du 40" degré de latitude sud, mais sûrement les hauts plateaux du Mexique, du centre Amérique et des Cordillères des Andes.
De cette longue revue il est permis de poser quelques propositions sous forme de conclusions seulement provisoires, tant sont encore obscures les questions qui se rattachent à l'étiologie géographique de la phthisie pulmonaire.
i° Il faut d'abord reconnaître que la maladie étant presque ubiquitaire, elle comporte des facteurs nombreux, qu'elle est, partant, réfractaire étiologiquement parlant à l'explication par un élément uniforme, comme le climat, par exemple. Et cependant combien d'observateurs n'ont-ils pas vainement cherché dans cette seule condition la solution du problème ! On a dit que la phthisie n'aime pas la grande chaleur et qu'elle diminue des pôles vers l'équateur.
Cela n'est pas rigoureusement exact, et il suffit de jeter les yeux sur les tableaux dressés ad hoc pour voir que la température moyenne, ressortant de la situation géographique d'une contrée, n'exerce que peu d'influence sur la production ou la fréquence de la phthisie pulmonaire. Cependant il est clair que d'un autre côté l'on s'est jeté, depuis quelque vingt à trente ans, dans une
aveugle exagcration en sens contraire, en affirmant par exemple, que la pluliisie dévore littéralement les habitants des pays tropicaux comme à Tahiîi (de Comeiras), comme dans l'Inde (Twining). i\ous avons vu qu'il n'en est licn pour la première asseition, et nous allons voir que la seconde n'est pas plus soutenable.
Nous manquons encore, il est vrai, de statistiques exactes sur tous ces pt)ints; mais s'il faut s'en rapporter à l'impression des souvenirs laissés chez nous comme chez la plupart des médecins qui ont exercé dans les mêmes conditions, par la pratique des hôpitaux des colonies intertropicales, on doit bien convenir que la comparaison de la léthalité par la phthisie avec celle des hôpitaux de la mère patrie, est tout à l'avantage des pajs chauds. En d'autres termes nous pensons que si la phthisie est très-rare et presque inconnue dans certains pays très-froids et glacials, si elle est la plus commune dans les climats dits tempérés, elle est souvent rare ou du moins modérément fréquente sous le ciel dos tropiques.
Mais ce qui paraît primer le facteur de la simple élévation thermique, c'est la variation brusque et violente dans les éléments de la climatologie et surtout de la température d'une contrée. Telle est la part, peut-être même un peu large, qui réellement revient à l'intluence climatologi((ue sur la genèse de la phlhisie. Si les pays chauds en général ont été jadis considérés comme le paradis dos phthisiques ou des candidats à la phthisie, à tort bien certainement, il ne i'aiit pas cependant les considérer comme indifférents, à plus forte raison défavoiabics à la cuiation delà maladie ilans certaines conditions données de chois.
2° Les conditions géologiques et géographiques n'ont guère d'influence sur la phthisie que par la configuration locale des terrains et surtout par Valtilude. Nous conclurons des nombreux détails précédents qu'une moyenne altitude, variant d'ailleurs suivant les lieux et les climats, est la condition géograi)liique lapins avantageuse pour conférer l'immunité ou du moins l'atténuation de la phthisie. Mais il est clair que les altitudes agissent avant tout par la diète lespiratoire, par une anoxhémie relative dont les effets sont favorables.
3° La question de fréquence de la phthisie dans la vie civile ou militaire des peuples civilisés est devenue aujourd'hui un sujet de discussion. Un statisticien, d'ailleurs recommandable, avait commis la grave erreur de ne fixer qu'à 0,16 pour 100 le chiffre de mortalité par la phlhisie dans l'armée de terre eu France (Benoiston de Cliateauneuf). Or nous savons que cette mortalité, au lieu d'être de 1/15 (Benoiston) sur la totalité des décès, va jusqu'à 1/3, parfois 1/2 : soit, en d'autres termes, de 5 et 4 sur 1000 hommes d'effectif et qu'elle progresse avec la durée du service militaire [voy. L. Colin, Morbidité militaire, article remarquable, 2*^ série, tome IV), D'un autre côté les recherches faites sur la fréquence de la phthisie dans l'armée de mer ont démontré que la mortalité par cette maladie varie entre 1/9, 1/4, 1/6 dans les ports du nord de la France et 1/7,5 dans diverses stations navales des pays intertropicaux (J. Rochard). Ces chiffres donnent des proportions, à peu de chose près, équivalentes, si l'on tient compte de la mobilité des éléments de la statistique.
En somme on peut en conclure que la maladie fournit à peu près les mêmes moyennes de mortalité dans les deux corps de l'armée de terre et de mer, et que cette mortalité est plus élevée que celle de la population civile, alors même que les chiffres qui l'expriment sont moindres. Car il ne faut pas oublier qu'une grande partie des phthisiques sont laissés au préalable ou renvoyés postérieu-
remeni de l'armée dans la populalion civile qui s'en trouve ainsi surchargée au bénéfice de la population militaire. Suivant Parkes la mortalité par la phllusie des soldats anglais dans l'Inde et dans les colonies est à peu près la même que dans les armées françaises. Dans l'Inde la léthalité par la phthisie est moindre sur les troupes que dans le Royaume-Uni (Parkes).
4° Aucune race, aucune nationalité n'est absolument indemne de la maladie. Les populations de race dite caucasique en Europe, en Asie, en Afrique et en Amérique payent le plus onéreux tribut à l'endémie tuberculeuse, mais on constate également celle-ci parmi les Mongols de l'Asie centrale, les nègres d'Arnqiic, les Hottentots, les Cafres, les Cejlanais, les Javanais, les nombreuses variétés d'indigènes des mers du Sud ou de l'Océanie, les Aléoutes, les races indiennes du nord et du sud de l'Amérique. Cependant celles-ci jouissent parfois d'une complète immunité comme sur les côtes péruviennes. On sait, de plus, qu'eu général le déplacement des races du midi vers le nord, ou des pays chauds vers les pays froids, hâte et favorise singulièrement la production et l'extension de la phthisie. C'est ce qui ressort avec une douloureuse évidence du fait de la transplantation des nègres de l'Afrique en Europe ou dans les pays froids. Mais la proposition inverse n'est pas toujours vraie, et l'émigration vers les pays chauds ne confère pas une immunité constante.
5° Il est impossible de tracer la répartition géographique de la méningite tuberculeuse, faute de documents suffisants. II est probable d'ailleurs qu'elle échappe aux conditions géographiques, sauf qu'elle est peut-être plus i-arc sous les tropiques.
D. Carcinose 00 CANCER. Yoici une maladie de dégénérescence intime qui, à rencontre de la tuberculose et surtout de la méningite tuberculeuse, s'attaque à l'âge avancé, très-rarement à la jeunesse. Malgré les nombreuses lacunes concernant la géographie pathologique de l'affection carcinomateuse, en voici le tableau sommaire {voy. Carcinose [Clinique]).
C'est aussi une endémie ubiquitaire ou, à peu de chose, près comme la phthisie, et son absence signalée en quelques lieux n'a sans doute d'autre signification que le manque de renseignements sur ce sujet.
Le cancer serait rare en Islande s'il est vrai qu'il n'y a fourni que les 5 millièmes de la mortalité totale. Ce qui ferait douter de la réalité de cette rareté relative, c'est la fréquence de la même affection sur les populations de même sang. Car on sait qu'en Norvège la maladie a produit jusqu'aux 32 millièmes des décès. Christiania a donné les 29 millièmes; les villes en fournissent plus que les campagnes, et les régions du centre et de l'intérieur, plus que celles de l'extrême nord, du midi et du littoral. On constate à peu près la même proportion de cancer en Suède dont la mortalité spécifique a été des 24 millièmes à Stockholm. En Danemark la fréquence du cancer est à peu près la même : Copenhague donne les 36 millièmes de mortalité, et les autres villes danoises, près des 26 millièmes.
On n'a que des renseignements très-incomplets pour la Russie : à Pétersbourg les cancers ont ont fourni les 15 millièmes de la mortalité totale : mais on ignore qu'elle peut être leur fréquence dans l'empire russe ainsi qu'en Sibérie.
En Hollande les affections cancéreuses ont donné une moyenne de mortalité équivalente aux 18 millièmes; aux 23 millièmes dans la capitale. La Belgique n'aurait que les 14 millièmes, quoique Bruxelles donne les 42 millièmes. Dans
la Grande-Bretagne la proportion mortuaire par les cancers a oscillé entre les 17 et les 23 millièmes; la proportion étant des 30 millièmes pour les femmes et seulement des 17 millièmes pour les hommes. L'Ecosse donne les 17 millièmes, et l'Irlande, les 19 millièmes. Les grandes villes ont fourni des chiffres suivants : Londres les 20 millièmes, Edimbourg les 23 millièmes et Glascow les 15 millièmes. Ces chiffres font nécessairement soupçonner la justesse des résultats de la statistique mortuaire qui probablement repose sur des différences notables d'appréciation.
En France les villes au-dessus de 10000 habitants ont fourni une mortalité par les cancers des 24 millièmes : la Seine a donné les 27 millièmes et Bordeaux les 52 millièmes. En Suisse Genève a fourni les 53 millièmes, Bâle et Berne les 32 millièmes et Claris les 36 millièmes. C'est en Suisse, sans doute comme en France, une pure alfaii'e de diagnostic plus ou moins soigneusement fait.
En Allemagne, la statistique de Zuelser, déduite d'une seule année, a fourni les chiffres suivants : à Berlin il y a eu les 16 millièmes, à Darmstadt les 17 millièmes, à Dantzig, à Kœnigsberg les 18 millièmes, à Stettin les 21 millièmes, à Dresde les 24 millièmes, à Postdam les 25 millièmes, à Hambourg les 25 et les 33 millièmes, à Mayence et à Altona les 29 millièmes, à Garlsriihe les 33 millièmes, à Kiel les 34 millièmes, à Breslau les 56 millièmes, à Francfort les 57 millièmes. Ces données suffisent à établir que le cancer est aussi commun en Allemagne que dans les pays limitrophes.
Sans posséder de statistique pour la fréquence des cancers dans la péninsule Ibérique on pense qu'ils y sont assez communs. La seule ville de Lisbonne a fourni les 26 millièmes de mortalité par ces affections.
En Italie, Turin donnerait les 16 millièmes. Milan les 22 millièmes (Lombard). D'après Sormani la mortalité moyenne du cancer, dans 19 villes d'Italie, serait de 0,55 sur 1000 habitants, soit les 16 millièmes. Milan aurait les 27 millièmes, Udine les 11 millièmes et Rome les 17 millièmes.
D'après Bigler, le cancer serait rare dans les provinces turques de l'Europe, notamment à Constantinople. Mais on manque de documents à ce sujet sur la Turquie et les îles de la Méditerranée. Il serait peu fréquent pour la majeure partie de la Grèce.
On ne sait presque rien du cancer en Asie. Il serait rare en Arabie, en Perse. Tobler le cite à Jérusalem ; au dispensaire de Shanghaï il a donné les 50 millièmes de la mortalité. On l'a signalé en Polynésie.
Les maladies cancéreuses sont très-rares en Egypte, d'après Pruner et Hamon : les Arabes comme les Turcs en seraient très-épargnes. On ignore ce qui en est pour l'Algérie, le Maroc et la côte occidentale d'Afrique. Le cancer serait également fort rare dans le reste de l'Afrique, sur les nègres : les Abyssins en seraient plus atteints (Petit).
Aux Etats-Unis la mortalité cancéreuse n'a donné que les 13 millièmes des décès : New-York n'a fourni que les 8 millièmes ; onze États du nord ont donné les 17 millièmes, tandis que huit du sud n'ont eu que les 9 millièmes, conséquence probable de la quantité élevée dans le sud des noirs qui seraient presque moitié moins atteints de cancer que les blancs. Le cancer paraît plus rare aux Antilles et dans le Centre-Amérique qu'en Europe. On le rencontre au Brésil ; à Montevideo il a fourni les 15 millièmes des décès. On ignore sa fréquence au Pérou, au Chili et dans le reste de l'Amérique australe.
D'après cela on ne peut rien conclure de l'influence de la géographie sur le cancer, sinon que celui-ci est assez rare dans les pays tropicaux. La race noire et même la jaune y paraissent moins sujettes, surtout la première. Peut-être aussi les populations de l'extrême nord en sont-elles relativement épargnées.
VII. VICES DE NUTRITION. A. Goutte. La difficulté de délimiter exactement cette espèce nosologique et la confusion qu'on en a faite avec d'autres maladies, surtout avecle rhumatisme, ont empêché de déterminer son domaine géograpliique. Voici pourtant quelques indications à ce sujet.
Les pays tempérés du globe sont la principale patrie de la goutte qui y est endémique. En Espagne répandue seulement à l'état sporadique, elle est fréquente dans les Asturies. En France, en Suisse elle est endémique, ainsi qu'en Italie, dans la Haute-Italie, à Naples en Sardaigne. En Allemagne elle règne surtout sur le littoral du nord et dans quelques districts montagneux du pays, comme dans la Haute-Autriche. Remarquablement fréquente dans les Pays-Bas, c'est en Angleterre qu'elle a ti'ouvé son sumnum d'extension, à tel point qu'elle existe même parmi les classes laborieuses des villes et de campagnes, bien que, suivant Forbes, elle ait subi une réduction de fréquence dans ces derniers temps. La goutte est beaucoup plus rare en Ecosse et en Irlande qu'en Angleterre même. La goutte serait aussi fort fréquente en Danemark, on manque de renseignements sur la Scandinavie.
La goutte serait inconnue en Laponie, en Islande, aux île Féroë et dans les climats froids et glacials des provinces de la Russie septentrionale, mais elle serait fréquente dans les Etats riverains de la Baltique, ainsi qu'à Odessa. Rare en Turquie (Rigler), elle serait inconnue en Transcaucasie, en Syrie, en Perse où sa fréquence au moyen-âge aurait disparu grâce à l'observance des lois du Coran.
Dans l'Inde la goutte est rare ou tout à fait inconnue sur les natifs, ainsi que dans l'archipel Indo-Malais, où cependant elle existe chez les Européens et les colons temporaires. Elle serait de même rare en Chine, dans la Polynésie où elle n'existe même pas, tandis qu'elle serait fréquente à Sainte-Hélène.
Nous manquons de renseignements pour la majeure partie de l'Afrique, pour le centre et le sud de ce continent. La goutte est très-rare dans les contrées du nord, comme l'Algérie, l'Egypte et le pays du haut Nil; elle est aussi fort rare à Madère (Kâmpfer).
Il n'existe pas plus de renseignements précis sur la distribution de la goutte dans l'hémisphère ouest ou le nouveau monde. Elle paraît exister dans les États de la Nouvelle- Angleterre et dans les États-Unis de l'Amérique du Nord à peu près dans les mêmes proportions qu'en Europe. Il paraîtrait qu'inconnue avant 1830 sur les indigènes du comté de Washington, elle y est devenue fréquente depuis. Extrêmement rare aux Antilles, la goutte est plus répandue auxGuyanes. Elle serait inconnue encore au Brésil, au Pérou et dans les sierras.
On sait que l'hygiène domine la production de la goutte ; c'est le morbus dominorum. On sait de plus qu'elle est très-rare dans les pays tropicaux : le passage de ces pays aux pays froids augmente sa fréquence. Quant à l'influence des races sur sa production et sa généralisation, elle n'est pas facile à dégager des autres agents étiologiques. Sans doute la goutte est fort rare ou inconnue chez les nègres, chez les Hindous, chez les peuples de l'Océanie, chez les Indiens de l'Amérique du Nord et du Sud, mais cela tient-il à la physiologie particulière de la race même ou bien au climat, ou encore à l'influence du
régime alimentaire ? Peut-être la ve'rité est-elle dans le concours de ces influences réunies.
B. DiABiTE. Encore une maladie dont la nosogéographie demeure à tracer. En Angleterre et en Irlande la mortalité par le diabète serait de 1 sur 08 000 habitants. Quant à la Russie le diabète y serait rare, suivant Lefèvre et Attenhofen. Dans le sud de l'Europe le diabète est encore assez fréquent aujourd'hui comme dans l'antiquité, en Italie, en Grèce, en Turquie, en Egypte. Il serait toujours fréquent à Ceylan, dans certaines parties de l'Inde, comme à Tranquebar sur les indigènes (Ruhde, 1851), tandis qu'il serait moins commun à Bombay (Morehead) et à Calcutta (Hunter). Le diabète n'est pas rare en Chine. A Shanghaï, il a donné les 15 millièmes de la mortalité chez les Chinois. Il est signalé à Svatov. On ne sait rien sur le Japon. 11 existe en Australie.
Dans l'Amérique du Nord, aux États-Unis, le diabète ne paraît pas plus rare ni plus commun que dans les latitudes tempérées correspondantes de l'Europe. Il est très rare ou presque inconnu aux Antilles, dans les Guyanes et au Brésil, de même qu'au Pérou.
Le diabète passe pour plus fréquent dans les climats froids et humides que dans les pays chauds. On a aussi avancé, mais sans preuve, que le régime alimentaire principalement végétal des populations de l'Inde favorisait l'extension du diabète parmi elles.
C. Chlorose. Impossible de délimiter le domaine précis d'une maladie qui est ubiquitaire. Fréquente en Europe, surtout en Suède depuis un temps peu reculé, elle ne l'est probablement pas moins ailleurs.
On ne connaît pas sa fréquence d'après les races humaines. On a dit qu'elle se révèle, chez les négresses, par une sorte de perversion de la coloration noire qui devient gris-jaunâtre et tranche sur le fond franchement noir de l'état de santé.
Anémie des nègres. Anémie intestinale. Cachexie aqueuse. Chlorose d'Egypte. Géophagie. Mal-cœur. Mal d' esto^nac des nègres. Cachexie africaine. Hypohémie intertropicale, etc. [voy. Cachexie aqueuse et Anchïlostome).
Ce qui a été dit à l'article Cachexie aqueuse sur le domaine géographique de la maladie pourrait suffire. Cependant un tableau résumé du sujet sera peut-être à sa place ici.
La maladie lègne et a régné dans toutes les Antilles on pour la première fois elle fut signalée sur la race africaine. Elle existe également sur la côté du golfe, dans les Guyanes, puis elle est fort commune au Brésil (Jobim, Sigaud et les médecins actuels de cet empire), à Rio, àBahia. On manque de renseignements sur la présence du mal-cœur dans les provinces méridionales du Sud-Amérique sur les rives du Rio-de-la-Plata ainsi que dans l'intérieur même du continent sudaméricain.
Le mal-cœur règne dans la Louisiane, dans l'Alabama, en Géorgie, en Floride, dans la Caroline du Sud. On ne possède pas de renseignements sur les autres contrées du Nord- Amérique.
L'Afrique semble avoir été et demeure encore le berceau du mal-cœur. On le rencontre, quoique assez rarement, au Sénégal (Chassaniol), sur toute la côte occidentale d'Afrique depuis la Sénégambie jusqu'à Benguela ; à Sierra-Leone, à la côte d'or. Il n'a pas été signalé au cap de Bonne-EspézMnce. On n'en parle pas non plus aux Mascareignes (Réunion et Maurice), ni à la côte orientale d'Alrique.
Mais comme il a été fréquemment observé à Mayotte (Greuet et les médecins de la marine françaisee), il est probable qu'il existe sur la côte opposée africaine, ainsi qu'à Madagascar. La chlorose des nègres est fréquente en Egypte (Savarésy, Pruner, Glot-Hey, Griesinger, etc.), où elle règne dans toutes les classes de la société, et frappe au moins le quart de la population de ce pays. Il est douteux que la maladie existe en Algérie. L'existence du mal-cœur dans le vaste continent asiatique, dans l'Inde, dans rindo-Cliinc, en Cochinchiae, en Gliiiie, dans la Malaisie, en Océanie, n'a été nulle part signalée. Il est vrai que l'on a admis sa présence dans la Haute-Italie, où il a été décrit par Salvagnoli, Marchetti, Volpati et Pleusinger. Mais il n'est pas certain qu'il s'agisse ici de la géophagie africaine plutôt que de la cachexie malarienne. Cependant l'ankyloslome duodénal a sévi récemment'sur les ouvriers du Saint-Gothard. Tel est le domaine géographique assez étendu, quoique limité, de la chlorose des nègres.
Les conditions géographiques, telluriques, atmosphériques ou autres ne semblent pas avoir une influence marquée sur la distribution et sa prédominance.
D. Scorbut. Nous avons tracé dans ce Dictionnaire (article Scorbut) l'aire complète et détaillée du scorbut. Nous n'avons pas à y revenir. Rappelons seulement qu'il n'est peut être pas de maladie qui se prête aussi peu que le scorbut à des considérations de géographie proprement dite. Car nous avons vu que cette dégénérescence singulière de notre économie, d'ailleurs non permanente, sait s'affranchir des lieux et des climats.
Le scorbut, en effet, et son histoire contemporaine le prouve amplement, naît au milieu des agglomérations humaines souffrant des privations de mainte nature, principalement du côté de l'alimentation par les végétaux frais et succulents.
Nous ne savons des sévices du scorbut, quoique incomplètement, que ce qui concerne l'Europe et surtout les races blanches. Nous ignorons presque absolument quelle peut être l'existence, quelle est la fréquence du mal parmi les autres races, sur les Nègres, sur les Jaunes, sur les Malais, sur les races rouges de l'Amérique, etc. C'est là une grande lacune à combler et qui pourra apporter un contingent d'éléments étiologiques pour éclairer l'obscur problème de la genèse de la maladie.
E. Béribéri. Signalé pour la première fois dans l'Inde par Bontius (1758), puis par Fontana, par Lind, le béribéri [voy. ce mot) a sa vraie patrie dans l'Inde, rindo-Chine et l'archipel Indo-Malais. La maladie règne principalement sur la côte de Coromandel, de Grandjam à Madras; elle est plus rare dans l'intérieur. A la côte du Malabar et dans le Dekkan elle est plus rare également. En 1828, la mortalité fut d'un dixième par le béribéri sur les malades fournis par les troupes du nord de Madras. Mais, de 1859 à 1873, il n'est fait mention que d'un cas dans la même localité. Toutes les races en ont été également atteintes dans l'Inde. Assez commune à Ceylan, surtout à Trinconomali et à Kandy, elle règne aussi dans l'Inde postérieure, notamment à Singapour, où elle serait endémique, à Malacca, à Rangoon, etc. Le béribéri est endémique dans l'archipel Indo- Malais, dans les grandes îles comme Bornéo, Java, Sumatra et Baiika. Il règne aux Moluques, à Amboine (Lesson), à la Nouvelle-Guinée et probablement dans tout l'archipel Malais, où le départ exact de son extension géographique est encore à faire. En Malaisie, la fréquence du béribéri suit celle de la malaria. Dans la dernière guerre, 13 Européens en furent atteints et sur 176 indigènes atteints 8 moururent. Les forçats, les mineurs et les Chinois en sont souvent frappés. Existe-t-il aux Philippines? Cela est probable, car il est avéré aujourd'hui
qu'il règne dans tout le vaste groupe d'îles connues sous le nom de Malaisie. Au Japon il existerait, d'après Friedol et Pompe von Meerdervoort , principalement à Nagasaki, ainsi que dans le nord-est de l'île Kiou-Siou. C'était une question fort importante à éclairer et un point intéressant de géographie médicale à fixer. Wernich a constaté récemment le béribéri au Japon, où il tue des centaines de personnes, soit des mineurs, soit des agriculteurs. 11 règne au nord et au midi dans toutes les îles. Il est fréquent à llakodadé. L'existence du béribéri en Chine est probable, mais le fait mérite confirmation. Récemment on en a observé 6 cas à Hong-kong, mais dans la garnison anglaise. La maladie n'a pas été signalée en Australie, ni dans l'Océanie, sauf le cas du navire de la marine anglaise, la Junon, qui aurait vu survenir quelques cas douteux de béribéri sur les côtes d'Australie (Morehead). Mais jusqu'à présent la maladie n'a pas été observée sur les indigènes de l'Océanie.
L'Afiique n'est peut-être pas indemne du béribéri, mais celui-ci n'y a point été signalé cependant comme endémie. Sans doute on l'observe dans quelques îles africaines, comme à Maurice et à Bourbon, mais il est probable qu'il y a été apporté par les Indiens venant de la côte de Malabar ou de la côte de Coromandel. Il a été observé à Aden et dans la mer Rouge, mais toujours chez des indigènes de l'Inde et des Cipayes (Pruner).
Il n'en est pas de même du continent américain qui a été fréquemment visité par le béribéri, surtout dans les dernières années, où il a été mieux étudié et mieux connu. On l'a observé à Cuba sous le nom de « maladie des sucreries. » En 1859, à la Guadeloupe, sur la commune du Moule, apparut une épidémie de béribéri qui sévit avec violence sur des immigrés afiicains provenant du Congo et apportés dans l'île par le navire Sie//a (J. Mahé). A la même époque la maladie était observée sur des convois d'immigrants également nègres se rendant du Gabon à Cayenne (docteur Nicolas sur le Méridien).
Ces faits établissent l'existence de la maladie sur les nègres pendant le voyage sur mer et pendant leur séjour aux Antilles et à la Guyane française. Plus récemment le béribéri a été observé dans cette dernière colonie en 1876 sur des coolies indiens dans l'intérieur même du pays (François). Enfin, nous savons que le béribéri a été observé au Brésil sur une large échelle, dans les provinces du Para, de Bahia, de Fernambouc, de Mato-Grosso et le long du cours du Paraguay. La maladie a sévi principalement sur les militaires et les mainns pendant la campagne de Mato-Grosso et l'expédition du Paraguay. Suivant Da Silva Lima, le béribéri serait devenu une véritable maladie endémique au Brésil (Da Silva Lima, Ensaio sobrao béribéri no Brasil, Bahia, 1872).
Le béribéri a été fréquemment observé en mer à bord des navires. Il suffit, pour s'en convaincre, de citer les épidémies plus ou moins graves qui ont été relatées par divers médecins sur les navires montés par des Indiens, dans les mers de l'Inde, de l'Afrique, dans la mer Rouge, dans les mers d'Australie, sur des marins malabars provenant du Faiz-Allum (Morehead, 1855), par Mazé sur VEurydice dans la mer Rouge, par Guy sur l'Indien (1865), par Richaud sur le Jacques-Cœur (1865), par Plomb sur le Nicolas-Poussin (1864), par Dounon sur la Marie-Laure (1878). Tous ces navires étaient affectés au transport de coolies indiens de l'Inde aux Antilles françaises ou réciproquement. Le plus éprouvé d'entre eux, le Parmentier, perdit plus du tiers de son chargement en 1861-1862, pendant une traversée de la Martinique à Pondichéry. En cinq mois de 401 coolies pris aux Antilles, il en remit à destination seulement 258.
L'uire géographique du béribéri s'est donc considérablement agrandie depuis quelques années, puisque cette maladie, que l'on croyait propre à l'extrême Orient ou au sud de l'Asie il y a vingt ou trente ans, est en train de faire le tour du monde, du moins en longitude, spécialement dans la zone tropicale ou subtropicale.
En effet la maladie est demeurée propre aux pays chauds. La question des races semble plus décidément influente à priori. Il est manifeste que la race hindoue paraît le principal suhstratum de la maladie. La race malaise vient en seconde ligne; puis la race jaune et enfin la race noire peut-être. Les Cafres, transportés à Ceylan, sont atteints facilement du béribéri. En Malaisie et surtout dans l'Inde, comme au Brésil, la maladie atteint, quoique rarement, les Européens. Elle frappé les soldats de préférence aux officiers anglais de l'Inde. En somme, elle n'épargne aucune race absolument. Il semble que l'acclimatement y expose plutôt qu'il n'en préserve. Il est probable que la cause effective du béribéri gît dans l'alimentation; c'est là un point qui est étranger à notre sujet.
VIII. ABUS DE GEBTAINES SUBSTANCES ET INTOXICATIONS. Ivrogneries.
A. Alcoolisme et ivrognerie alcoolique. Depuis les temps les plus reculés l'homme s'est ingénié à se procurer des boissons enivrantes. Dans l'Europe et l'Asie civilisées ce furent d'abord la vigne et le vin qui donnèrent satisfaction à celte jouissance brutale. Mais les successeurs d'Arnaud de Villeneuve (1300) et de Raymond LuUe ont poussé jusqu'aux dernières limites l'art de la distillation et de la fabrication de l'alcool. Partout où la nature fait un grain d'amidon le chimiste peut aujourd'hui faire de l'alcool. Il y a plus, on peut le reproduire par la synthèse avec des éléments tirés du règne minéral (Berthelot). Aussi les eaux-de-vie de grains, de pommes de terre, etc., etc., sont-elles répandues à flots parmi les peuples les plus civilisés de l'Europe, de l'Asie et des ûenx Amériques, sans compter le continent africain [voy. Alcoolisme).
Les peuples moins avancés ne semblent être demeurés en arrière sous ce rapport qu'à cause de leur industrie et de leurs connaissances insuffisantes et retardataires. L'Hindou a son racki (eau-de-vie de riz), l'habitant du Turkestau le nomme rack; le Kirghize de la steppe s'enivre avec son koumys (alcool de la fermentation du lait de cavale); le Chinois a le cham-chou, autre produit alcoolique du riz. Le Malais tire du suc de l'aren [Arenga saccharifera) un vin enivrant, le sagoevir ou tesvah. Le nègre africain soutire aux palmiers leur sève descendante au moyen de trous pratiqués à l'aide de tarières ; il recueille encore les sucs des spathes incisés du cocotier qu'il convertit en boisson fermentée agréable « le vin de palme », avec laquelle il se procure une ivresse ai^uë extrêmement bruyante ou bien toute la série des accidents de l'alcoolisme chronique. L'araki des bords de la mer Rouge n'est qu'un alcoolat fabriqué avec des plantes aromatiques et de l'eau-de-vie de riz. C'est l'analogue de l'absinthe d'Europe et du mastic du Levant. Le nègre d'Afrique s'empoisonne sur une immense échelle avec de l'eau-de-vie de « traite » ; cette immonde boisson, qui a tant poussé à la vente des esclaves.
L'Océanien s'enivre avec le kawa ou awa, boisson fernientée obtenue par le mélange de la salive humaine avec la racine mâchée du piper methysticum. Le Tahitien sait aussi convertir le jus exprimé des oranges en boisson fermentée. L'Américain du sud et le Péruvien ont le célèbre chica (eau-de-vie de maïs?) et le paysan de l'Ucayale tire de la racine de l'Yucca insalivée un alcool excitant
le niasato. V Agave americana fournit au Mcxicaiu dans son bourgeon terminal coupé et creusé des (lots de « p\ilqué », produit fermenté qui sert de boisson rafraîcbissante et enivrante à l'Indien des bauts plateaux. Le « magney » est une boisson analogue à notre cidre ; elle se tire de Y Agave Cuhensis ou vigne du Mexique; c'est lepulqué de Cuba. Le wbisky du Nord-Amérique n'est autre cliose que (le l'eau-de-vie fort impure de grains des Étals-Unis (seigle, liz, etc.). Dans la zone cliaude du globe, outre les produits susnommés, on fait encore du vin et des boissons fermentées avec la plupart des fruits sucrés et acides qui y abondent; tels sont les vins de dattes, d'oranges, d'ananas, du lait de coco, etc., etc. Les régions du nord sont moins fertiles en matériaux fermentescibles, et le Samoyède et l'Esquimau sont obligés de se contenter de l'alcool fabriqué avec le lait de leurs rennes, comme le Tatare de celui (tu lait aigri de ses juments.
Ainsi riiomme s'est évertué à tourmenter la matière pour se créer et se procurer la jouissance de cet « esprit de vie », de cette « eau ardente », dont l'excitation lui devient à la fois généreuse et fatale au milieu de la barbarie sauvage comme au sein de la civilisation. Comme si sa fragile et précaire existence n'était pas en butte à une somme de maux assez grande, il s'est fait l'artisan de sa propre ruine en ajoutant une cause de destruction de plus à celles qui l'assiègent.
D'après les expériences de Dujardin-Beaumetz et Audigé, tous les alcools, monoatomiques ou polyatomiques, sont toxiques. Pour les alcools monoatomiques, leur puissance toxique est d'autant plus grande que leurs formules atomiques sont plus élevées, qu'ils sont plus solubles, qu'ils se décomposent plus facilement en aldébydes et en éthers, si toutefois ces alcools ont la même origine. En i^ésumé, le pouvoir toxique des alcools du commerce a pu être classé dans l'ordre ascendant suivant : i" alcool et eau-de-vie de vin; 2° eau-de-vie de poire; 5" eau-devie de cidre et eau-de-vie de marc de raisin ; 4° alcool et eau-de-vie de betteraves ; 5° alcool et eau-de-vie de grains ; 6° alcool de mélasse de betteraves ; 7° alcool et eau-de-vie de pommes de terre. Le danger de ces eaux-de-vie, en dehors de celles de vin, tient surtout à la présence des alcools propylique, butylique, amylique ; le meilleur moyen de rendre ces eaux-de-vie inoffensives serait de les priver de ces produits dangereux. Un examen sommaire de la distribution géographique de l'alcoolisme va nous démontrer que ce mal est devenu presque ubiquitaire.
Si nous commençons par le nord de l'Europe, nous voyons que l'alcoolisme et le delirium tremens sont rares en Islande, chez les indigènes (Schleissner, Finsen). En Norvège et en Suède, l'alcoolisme était jadis extrêmement commun; peut-être a-t-il un peu diminué en Suède depuis les remarquables travaux de Magnus Huss. En Danemark, la mortalité par l'alcoolisme et le delirmm tremens cause les 7 millièmes des décès à Copenhague, et les 10 millièmes dans les autres villes danoises.
En Finlande et à Pétersbourg, la maladie alcoolique n'est pas rare; il s'y consomme une grande quantité d'eau-de-vie ; l'alcoolisme, quoique n'y faisant pas autant de victimes directes qu'en Danemark, y occasionne cependant de nombreux accidents, notamment des fractures. Il y a cinquante ans, l'alcoolisme était encore modérément répandu dans les provinces russes de la Baltique , mais il semble l'être beaucoup aujourd'hui. 11 est difficile d'apprécier le degré d'expansion de l'alcoolisme en Russie, faute de documents et de statistiques.
L'alcoolisme est si répandu en Angleterre qu'il occasionne 42 décès (26 par
GÉOGRAPIlIt: MÉDICALE. 569
suite d'alcoolisme et 16 par ivresse) sur un million d'habitants. Mais ces chiffres sont loin de donner la proportion des ivrognes dans le Royaume-Uni. Suivant quelques statistiques partielles, l'alcoolisme aurait des conséquences immédiate^ moins graves en Hollande que dans le Danemark (Lombard). On ne possède pas de statistique pour la Belgique, quoique la maladie y soit répandue et y fasse des progrès notables depuis plusieurs années.
En Allemagne, l'alcoolisme est moyennement répandu, mais diversement suivant les lieux. La ville de Kiel donnerait les 0 millièmes des décès par suite de l'alcoolisme, et Oldenbourg les 8,7 millièmes (Zùlzer) ; Vienne et Breslau n'ont pas les 2 millièmes; Berlin et Wurtzbourg les 1,5 millièmes et 1,6 millièmes; enfin, ,\ Municii, la maladie ne compterait que les 0,6 millièmes de mortalité. Quant au chiffre des malades soignés dans les hôpitaux pour cause d'alcoolisme, ce seraient Hambourg et Breslau qui auraient le contingent le plus fort ; dans cette dernière ville les alcooliques formeraient les 15 millièmes des malades du Grand-Hôpital; à Nuremberg ils donnent les 7,6 millièmes. En résumé, l'alcoolisme paraît moins répandu dans les villes du midi de l'Allemagne, comme Vienne, Nuremberg, Francfort que dans celles du nord, comme Kiel, Oldenbourg, Hambourg, Breslau, etc., c'est-à-dire que les pays à vignobles sont plus épargnés par la maladie que ceux où les spiritueux remplacent l'usage du vin.
La comparaison avec d'autres villes donne les résultats suivants : les décès annuels par l'alcoolisme sont pour Copenhague les 7 millièmes et pour les autres villes danoises les 10 millièmes; les trois capitales des îles britanniques donnent les 5,4 millièmes et les 2,6 millièmes ; à Bruxelles ce genre de mort dépasse les 4 millièmes, tandis qu'Amsterdam n'en compte qu'un demi-millième; Stockholm donne les 9 millièmes; Berne, les 5,5 millièmes; Bâle, les 2 millièmes; Kiel, les 9 millièmes, et Turin, le demi-milhème, etc. (Lombard). Mais, redisons-le, ces quantièmes ne sont peut-être pas d'une rigoureuse exactitude; en tout cas, ils ne représentent pas la vraie proportion des alcooliques dans chacun des pays sus-mentionnés.
La France ne possède pas de statistique mortuaire ou autre sur le nombre des alcooliques qui, cependant, y est considérable. D'ailleurs, ici, encore plus que pour l'Allemagne, il faut distinguer plusieurs localités ou régions. On connaît la tempérance relativement grande du midi de la France, du sud-ouest et du sud-est, comparativement à l'ivrognerie fort répandue dans le nord, dans l'est et dans l'ouest, notamment dans les pays de l'ancienne Flandre, dans la Picar» die, la Normandie et surtout dans la Bretagne. L'alcoolisme et le de/irm?nf remens sont devenus assez communs en Suisse ; notamment à Genève, la progression serait effrayante comme au reste pour un grand nombre d'autres villes du pays (Lombard).
En Espagne, l'alcoolisme a été signalé comme très-rare. 11 en est de même en Italie, où il est beaucoup moins répandu que dans les pays du nord ; on peut même ajouter que la maladie y est rare d'une façon absolue, grâce à la plus grande sobriété des habitants. En Italie, d'après Sormani, la proportion mortuaire due à l'alcoolisme, serait de 1,77 sur 1 million d'habitants. La province de Gènes en donnerait de ce chef, 10,88; celle de Padoue, 6,51 ; de Ferra re 203 Suivant Ern. Terzi le nombre des alcooliques en 1875 était de : 1,2 sur 1000 habitants dans le Pô supérieur, de 1 en Vénétie, de 0,70 en Lombardie, de 0 56 en Emilie, de 0,56 en Ombrie et en Latium, et de 0,56 à 0,24 dans l'Italie méridionale, en Sicile et en Sardaigne. En Pologne on fait une consommation
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universelle d'eau-de-vie; l'alcoolisme y est sans doute fréquent, mais nous n'avons pas de renseignements sur ce sujet. Nous manquons aussi de documents sur l'état de l'alcoolisme en Hongrie et en Roumanie.
L'alcoolisme est fort rare dans la Turquie d'Europe, comme d'ailleurs dans celle d'Asie, grâce à la sobriété remarquable non-seulement des musulmans, mais de presque toutes les races qui habitent l'empire, notamment des Grecs et des Arméniens. Il en est de même dans la Grèce et dans les îles de l'Archipel, où les populations se font remarquer par leur belle sobriété.
Bien que nous manquions de documents suffisants sur l'état de l'alcoolisme en Asie, nous pouvons affirmer, d'après quelques auteurs et d'après notre expérience personnelle de l'Asie antérieure et de l'extrême Orient, que l'ivrognerie alcoolique est relativement rare sur les populations de ce vaste continent qui contient presque les deux tiers des habitants de la terre. A part quelques excès par l'eau-de-vie de riz dans l'Inde, en Malaisie et en Chine, on peut dire que les peuples asiatiques se font distinguer par leur tempérance remarquable vis-à-vis de l'alcool. Nous verrons qu'il est loin d'en être ainsi de leur appétit pour l'opium, et qu'ils sont fort inclins à l'ivrognerie morphinique.
Quant aux races infortunées de l'Océanie, leur sobriété primitive les a longtemps préservées de ce genre d'abus, mais le commerce et les relations avec les Européens leur ont inoculé le vice de l'ivrognerie qui a contribué à un haut point à les décimer.
L'alcoolisme a fait aussi de grands ravages parmi certaines populations de l'Afrique. En Egypte l'ivrognerie est assez rare parmi les indigènes pour qu'on l'ait passée sous silence. II en est de même en Algérie pour la race arabe, mais les colons et soldats français s'y livrent là, peut-être plus qu'ailleurs, à leur funeste penchant pour les alcools plus ou moins déguisés. Nous manquons de renseignements sur le Maroc. A la côte occidentale d'Afrique, outre l'abus du vin de palme, auquel se livrent les chefs, nous savons, par notre expérience personnelle, que l'alcoolisme est devenu une plaie de la population africaine de cette côte, grâce aux commerçants européens qui échangent les produits du sol africain contre des alcools qui sont éminemment malsains et deviennent un poison rapidement destructeur pour les indigènes (eaux-de-vie dites de traite, etc.).
Dans l'Afrique méridionale, principalement dans la colonie du Gap, le delirium tremens est fort fréquent parmi les troupes anglaises. Les Hottentots et les Cafre& se livrent à l'ivrognerie; les habitants des villes consomment les alcools d'Europe, et ceux des campagnes s'enivrent avec une bière alcoolique qui est fabriquée dans l'intérieur du pays (Lombard). L'Afrique orientale est exposée aux mêmes inconvénients que l'occidentale par l'effet du commerce des Européens; cependant l'alcoolisme y semble plus rare. Au centre du continent, malgré l'usage immodéré d'une bière faite avec le sorgho, qui détermine souvent des désordres nerveux, l'alcoolisme même est très-rare. On ne connaît que peu de chose sur l'alcoolisme à Madagascar, et les auteurs n'en parlent pas parmi les habitants de l'Abyssinie. L'alcoolisme est commun chez les nègres des îles Mascareignes comme chez les nègres d'Amérique.
Comme dans le nord de l'Europe, la passion pour les eaux-de-vie existe chez les populations nord-américaines. Dans les régions glacées le besoin d'alcool se fait sentir; il ne paraît pas cependant que l'alcoolisme soit très-répandu dans l'Amérique anglaise et au Canada, du moins plus que sous pareille latitfide en Europe. Il Test davantage à Terre-Neuve chez les populations sédentaires comme
chez les pécheurs, pour lesquels il est devenu un fléau meurtrier. Ou connaît suffisamment l'intensité et la diffusion grandes de la passion alcoolique sur le sol des États-Unis. Le chiffre de mortalité alcoolique est à peu près six fois plus fort à New-York (7'"™,5) qu'à Londres (1"'",17). On serait, d'après cela et d'après quelques autres données, autorisé à conclure que l'alcoolisme fait beaucoup plus de ravages aux États-Unis qu'en Angleterre (Lombard). Au Mexique l'alcoolisme n'est pas très-rare; on y attribue un grand nombre d'aliénations mentales à celte maladie qui y est désignée sous le nom à'alcolioloris.
Grâce au tafia et aux alcools malsains de l'Europe, l'alcoolisme est d'une regrettable fréquence aux Antilles et aux Guyanes, surtout parmi les troupes européennes, ainsi que sur quelques nègres des deux sexes. En somme, cependant, la population de couleur y est assez sobre. 11 en est de même au Brésil pour les marins étrangers ; l'alcoolisme est devenu fréquent dans l'empire chez les noirs qui font un usage abusif de l'eau-de-vie et du rhum ou tafia que l'on relire de la canne à sucre. Les renseignements sur l'alcoolisme manquent pour l'Amérique du Sud comprenant les régions de la Plata. Au Chili et au Pérou l'alcoolisme paraît assez rare ; cependant il s'y montre quelquefois à la suite des abus de plusieurs liqueurs fermcntées qui y sont fabriquées (Lombard).
Comme on le voit par ce résumé succinct, l'alcoolisme a certaines relations nettement marquées avec les climats; il aime les climats froids et tempérés beaucoup plus que les pays chauds. Mais il s'y mêle aussi des influences de races et d'habitudes sociales qu'il n'est pas facile de toujours apprécier.
B. Abus et ivresse du hachisc». Hachischisme. 1° Hachischisme. On pense que \e .népenthès d'Homère n'était autre chose qu'une préparation de hachisch (extr. du Cannabis indica) ; il donnait une propriété exhilarante extraordinaire et il provenait de l'Egypte, où le hachisch est l'enivrant par excellence. Depuis lors, et avec la religion musulmane, l'usage du hachisch se répandit beaucoup en Orient. On connaît l'histoire des furieux sectaires du Vieux de la Montagne, qui devinrent les redoutables hactiischins (assassins) des croisades. Plusieurs fois, d'ailleurs, les Arabes, les Égyptiens et les musulmans de l'Asie et de l'Afrique se sont servis du hachisch pour ranimer le fanatisme religieux.
La drogue enivrante, qu'on la fume, qu'on la mange, suivant tel ou tel mode de préparation, est en grand honneur en Turquie, en Syrie, dans l'Inde, ea Arabie et sur la côte occidentale d'Afrique. Les poètes orientaux n'ont-ils pas vanté jusqu'à l'excès ce baume consolateur et surtout susceptible de produire un enthousiasme sans limites si bien en rapport avec l'imagination exaltée des peuples de l'Orient? « Le pauvre, quand il eu prend seulement la valeur d'une drachme, lève une tète superbe au-dessus des émirs. » Malgré les monographies assez nombreuses traitant du hachisch, il manque un recueil renfermant les documents concernant les effets du hachischisme sur la santé publique des populations qui s'y adonnent. Il est donc impossible d'entrer à ce sujet dans des détails suffisants pour tracer la distribution géographique exacte de celle aberration singulière qui porte les peuples musulmans surtout à remplacer l'excitation alcoolique par celle du hachisch {voy. ce mol).
C. Ohakisme ou Narcotisme opia.mqle. C'est un vice d'intempérance beaucoup plus répandu que le hachischisme, quoique moins peut-être que l'alcoohsme. Si cette dernière maladie est la gran le plaie de l'Occident et du nord du monde, l'opianisme est le mal du vieux continent, des contrées asiatiques de l'Asie antérieure et de l'extrême Orient. La maladie de l'opiuiu en
effet, est répandue clans les régions du fond de la Méditerranée, jusque dans l'Asie Mineure, mais surtout en Perse et dans l'Hindoustan, Mais nous manquons de documents sur la fréquence de ro})ianisme dans ces pays. Dans la Malaisie et rindo-Chine, notamment à Siam et dans la Gocliinclune, commence l'étalage des finneries à' o])mm répandues sur une large échelle, et des boutiques de cette drogue, dont l'impôt constitue l'un des plus clairs revenus des gouvernements de ces pays. En Chine, suivant Armand, le nombre des fumeurs d'opium serait d'au moins 1 pour 100 du chiffre de la dense population de ce pays.
C'est de la Perse et de l'Inde, croit-on, que l'usage de l'opium aurait été introduit en Chine. En 1740, les fonctionnaires de la Compagnie des Indes cherchèrent à l'y propager activement. En 1798, l'importation de Topium des Indes en Chine, montait à environ 355 tonnes de 1000 kilogrammes; en 1866, elle atteignit 5 905 tonnes, c'est-à-dire qu'elle avait plus que décuplé. Jlais ces chiffres sont loin de représenter la somme de la consommation de ropiuiii en Chine, car la culture du pavot est, depuis quelques années, poursuivie avec succès dans les provinces du centre, et les habitants du Céleste-Empire se procurent eux-mêmes un produit, moins pur il est vrai, mais beaucoup moins onéreux que celui de l'Inde anglaise.
Dans le nord de la Chine, l'usage de l'opium est aussi répandu que celui du tabac en Europe. On va fumer l'opium au théâtre, dans les maisons de prostitution; les riches fument l'opium chez eux en compagnie de leurs femmes; le pauvre va satisfaire sa passion dans les boutiques à opium. De ces habitudes nait promptement l'abus. Mais à côté de cela l'immense majorité des consommateurs se contente de fumer de temps en temps, pour ranimer les esprits endormis, avant son travail intellectuel, avant une conversation d'affaires, après la conclusion d'un marché (Morache). D'ailleurs, les quantités d'opium consommées varient depuis le minimum quotidien de 1 gramme jusqu'au maximum de 5t> à 60 grammes à Pékin; on est déjà un fumeur d'opium passionné quand on atteint 6 à 7 grammes par jour (Morache).
Quant à l'inlluence de l'opianisme sur l'économie, nous renvoyons à l'article de M. Fonssagrives sur I'Opium. Disons seulement, pour ce qui concerne la race chinoise, que sa vitalité n'est guère atteinte par cette pratique, puisque l'énergie et la prolifération de cette race semblent plutôt augmentées qu'amoindries malgré l'abus toujours exceptionnel de l'opium.
L'opianisme ne s'est jamais répandu en Europe, et jusqu'ici l'on n'a compté que quelques adeptes de l'opium par ci par là. Mais depuis quelques années la vulgarisation de la morphine en injections hypodermiques, a mis entre les mains des médecins, et même des malades à la fois, un remède et un poison. Nous signalons ce fait, en renvoyant pour le détail à l'article Opium.
G. NicoTisME. L'abus du tabac ou nicotisme est fréquent chez les peuples civilisés. L'usage du bétel {piper bétel) assaisonné avec la noix d'arec {Areca Catechu) s'associe à l'usage du tabac, ou le remplace dans quelques contrées de l'Inde et de l'Indo-Ghine, en Malaisie, etc.
E. Intoxications produites par les substances alimentaires. Maladies produites PAR LE seigle ALTÉRÉ. Ergotisme. Raphame, ctc. 1» Ergotisme. L'auteur du savant article Raphaîjie a tracé une histoire détaillée des épidémies d'ercrotisme qui ont régné de 1581 à 1874. Nous ne présenterons ici qu'un court tableau d'ensemble. Dans une période de près de treize siècles, de 501 à 1856, Ilirsch compte 151 explosions plus ou moins étendues, dont 70 se rapportent à la foi me
Gl'OGr.APlIIE MÉDICALE. 375
gangreneuse, 56 à la forme convulsive et 5 ou C à la forme mixte ou au mélange des deux premières. 11 est à reniiu-quer que la France ligure pour 41 dans cette nomenclature ; qu'elle est le foyer prépondérant de l'ergotisme gangreneux {voy. Raph.ume, par L. Colin), que la mention de l'ergotisme convulsif apparaît pour la première fois en 1460 en Sicile, puis cette forme se répand et se repète en Allemagne, dans les Pays-Bas et dans le nord de l'Europe. Jusqu'à cette date c'est la France qui est le tliéàtie presque exclusif de l'ergotisme gangreneux avec l'Espagne et l'Angleterre qui ne comptent d'ailleurs que fort peu d'épidémies relativement à notre pays.
Le nord de l'Europe compte quelques explosions d'ergotisme. La forme convulsive a régné en Suède eu 1745, en 1745 et 1747, en 1754, 1765 et 1785, puis en 1804 et 1845. Dans ces dernières années les rapports en signalent quelques épidémies partielles. En Finlande, l'ergotisme a sévi cruellement en 1840-1844 dans les régions nord et est du pays. On ne possède que des renseignements nuls ou insuffisants sur le Danemark pendant les derniers temps. Sur 15 épidémies que compte la Russie il y en a eu 4 grandes en 1408, 1710, 1804 et 1805, le sud a été plus souvent visité que le nord par l'ergotisme.
L'Angleterre a été le théâtre de rares épidémies d'ergotine, la maladie y a surgi d'une façon plutôt partielle et sporadique que vraiment épidémique, surtout depuis deux ou trois siècles. Il en est de même des Pays-Das et de la Belgique qui furent assez éprouvées dans les temps anciens par la maladie du seigle. Cependant la Belgique a vu surgir des épidémies d'ergotisme en 1845 et 1846 à Gand, Namur et Saint-Bernard. En Suisse, on ne mentionne que les épidémies de 1650, 1674, 1676, 1715 et 1799. En Allemagne, on a compté 22 épidémies de l'année 857 à 1856 (A. Hirsch). La maladie a principalement régné dans le nord-est, spécialement dans la Silésie et la Bohème. En somme, d'après celte statistique l'ergotisme serait deux fois plus rare en Allemagne qu'en France.
En France les 41 à 42 épidémies d'ergotisme ont principalement régné dans quelques localités comme les parties supérieures et moyennes de la Loire et du Rhône, surtout dans l'Oiléanais, le Blaisois, le Gatinais et la Sologne, dans l'Anjou, la Marne, le Bourbonnais, en Languedoc, dans le Dauphiné, le Lyonnais, dans la Bourgogne, puis dans le nord-est, comme dans le llainaut, les Flandres et dans l'Artois. Dans notre siècle l'ergotisme en France s'est montré eu 1815 et 1814 dans la Haute-Saône et l'Allier, dans l'Isère et la Gôte-d'Or; en 1816 à Lyon et dans les départements de l'Isère et de la Drôme ; en 1844 et 1845, même apparition de la maladie dans les mêmes départements qu'en 1816. Dans les trois années 1854, 1855 et 1856 on n'a signalé aucun décès par suite d'ergotisme. Depuis cette époque il n'a pas été constaté de grande épidémie de la maladie du seigle en France.
L'ergotisme s'est montré assez fréquemment en Espagne dans les temps anciens. Hirsch mentionne d'après Yilalba des épidémies en 922, en 999 dans le royaume de Léon, en 1180, 1214 et 1215, en 1250 à Majorque, en 1256 à Salamanque, puis ailleurs en 1565 et 1590. Depuis lors, il n'est plus fait mention de l'ergotisme en Espagne.
En Italie, la maladie de l'ergot a été assez rare. D'abord en Sicile on mentionne les épidémies de Tropano et de Palerme en 1460. En 1690 l'ergot fut signalé à Crémone et en 1710, puis en Toscane en 1785, à Turin en 1789, puis en 1795 et m 1795 à Milan. Le dix-neuvième siècle ne compte plus d'épidémies
d'ergot en Italie où d'ailleurs la maladie a été rare et peu étendue. Il semble donc qu'il y ait ici, sous quelque rapport, antagonisme entre la maladie du maïs et celle du seigle. «
C'est vainement que l'on a recherché les traces de l'ergotisme dans les contrées de l'Europe orientale et de l'Asie antérieure, en Asie, en Afrique et en Amérique. Ni le Canada, ni les États-Unis d'Amérique n'ont présenté la maladie soit à l'état épidémique, soit à l'état sporadique, sauf peut-être New- York en 1825.
Si, comme c'est probable, l'ergotisme est dû aux productions mycosiques du seigle et du blé, on ignore la vraie cause de sa distribution géographique. La singulière affection décrite sous le nom de Buniing ofthe /eei (Brûlure des pieds) a été rapprochée de la pellagre et de l'ergotisme. Celle question a été traitée à fond à l'article Blrining of tue feet.
2" Pellagre. Les plus anciens renseignements sur la pellagre nous viennent d'Espagne où elle fut signalée et observée à l'état endémique en 1755 (Casai et Thierry) sous les noms de mal de la rosa (rosa asturienne, etc.), principalement dans le district d'Oviedo. Elle demeura étrangère aux autres régions des Asturies, ainsi qu'aux provinces limitrophes du Léon et de la Galice. Aujourd'hui la pellagre est endémique dans les Asturies, le bas Aragon, aux environs de San-Iago, dans les provinces de Guadalajara, de Burgos, en Navarre, le long des rivières Douro et Tormès, dans les provinces de Zamora, de Galice, de Grenade, ainsi, quoiqu'en moindre proportion, que dans celles de Madrid, de Tolède, de Séville, de Cuenca, de Longo et de Oviedo (Sormani).
C'est un peu plus tard que surgit eu Italie la pellagre (1750), dans les provinces de la Lombardie, de Brescia, de Bergame et de Milan. La maladie règne actuellement dans les districts ou provinces suivants : 1° dans le Piémont, on n'en connaît pas la quotité relative à la population, mais elle est assez élevée. On a signalé l'antagonisme existant en Piémont entre la pellagre et l'endémie du goitre et du crétinisme et vice versa. 2° En Lombardie, la pellagre est assez répandue pour qu'elle y figure dans les proportions de 1 à 2 sur 10 000 habitants (Sondrio, Lodi), de 4 à 12 (Crémone, Milan), de 24 à 29 (Bergame, Brescia), jusqu'à 79 et 85 sur 10 000 habitants (Bollata, Saronne), etc. La maladie est allée en augmentant d'une façon effrayante, jusqu'au triple, dans ces dernières années, pour quelques localités de la Lombardie, notamment pour le Milanais.
La Vénétie a été si cruellement éprouvée par la pellagre qu'en 1 856 cette province comptait plus de 10 000 pellagreux et plus de 1000 décès par an dus à cette maladie. Un sixième des habitants du district de Feltre en était atteint. 5° La pellagre s'est propagée dans le Bolonais où l'on a remarqué que les prisonniers, qui sont soumis à la même nourriture que les paysans, mais non à l'action du soleil comme les derniers , sont ordinairement indemnes de la pellagre. 4" En Toscane la maladie, inconnue avant le commencement du dixneuvième siècle sauf dans le district de Mugello, la pellagre a étendu ses ravages jusqu'à Florence, et aujourd'hui elle est apparue dans le district de Pérouse et jusque dans la campagne de Rome.
Jusqu'ici on n'a observé que quelques cas isolés de pellagre dans l'ancien royaume de Naples, et dans les îles de Sicile et de Sardaigne. Ainsi donc en résumé la pellagre, inconnue en Italie avant la dernière moitié du dix-huitième siècle, a d'abord frappé le nord et l'est de la haute Italie, principalement le Milanais et la Vénétie, elle est apparue successivement dans le Bolonais, en Toscane, ainsi que sur les côtes de l'Adriatique, elle s'est montrée isolément
dans quelques régions du Napolitain, mais n'a pas encore paru en Sicile, en Corse et en Sardaigne (Lombard). Un recensement officiel plus récent (été de 1879) a donné les documents suivants sur la pellagre en Italie. Le maximum a été constaté dans l'arrondissement de Verolannova, soit 60 sur 1000 habitants : d'autres districts ont donné 21 à 45, d'autres 10 à 20, et beaucoup moins. En première ligne sont la Lombardie, l'Emilie et la Vénétie. Puis viennent le Piémont, la Marche, la Toscane. Elle a déjà touché l'Ombrie et le Latium, et elle menace les Abruzzes (Sormani).
La pellagre possède un second foyer intense dans la région du sud-ouest de la France, dans les Landes et dans la Gironde. Signalée pour la première fois à la Teste de Buch, dans le bassin d'Arcachon (Hameau, 1818), elle se répandit assez rapidement aux environs et de là se propagea dans les Landes et dans la Gironde, depuis les lords de la Garonne jusqu'à la côte et depuis l'embouchure de l'Adour jusqu'à celle de la Gironde. En 1847 la population si raréfiée des Landes comptait déjà plus de 3000 pellagreux. La pellagre se montre encore, •quoique plus restreinte, dans les départements des Basses et des Hautes-Pyrénées, dans la Haute-Garonne et dans les Pyrénées-Orientales.
Depuis environ quarante ans, il s'est produit des cas plus ou moins isolés de pellagre dans diverses parties de la France, comme dans les départements de la Seine-et-Marne, Seine-et-Oise, dans certaines maisons d'aliénés et dans les prisons, ainsi que dans quelques districts de la Savoie.
En 1846-1847 la pellagre s'est manifestée en Moldavie et en Valachie (Caillât, Theodori). Elle y existe encore, quoique non fort étendue {De la Pellagre en Roumanie, par Scl)reiber, 1875). La pellngre existe en Hongrie, principalement sur les bords du Danube et de la Theiss (Sigmund). En 1846 pendant une disette qui amena l'usage presque exclusif du mais la pellagre régna en Pologne. En Grèce la pellagre est endémique à Corfou.
Pruner déclare qu'il n'a rencontré que quelques cas de pelladre sporadique en Egypte, et de Bucherie a fait la même observation en Algérie aux environs de Constantine. Il est difficile et même impossible de ne pas considérer comme suspectes les autres relations de pellagre qui, du reste fort rares, ont trait à l'existence de la pellagre dans diverses parties de la terre. Peut-être faut-il faire une exception en faveur d'un petit mémoire de Vandyk Carter sur la pellagre dans l'Inde {On Certain Endémie Ski7i and other Diseases of India and Hot •Climates generally .London, 1876).
On a cependant rattaché à la pellagre les variétés suivantes d'affections cutanées observées à la suite de l'usage du maïs altéré. 1" La maladie du mais de la Colombie, comme sous le nom de mais pelladero dans ce pays, a été décrite par lloulin [Journal de Chimie médicale). Suivant Heusinger, la Pinta et la Carate se rapporteraient aussi à l'affection pellagreuse du maïs, dans le Sud-Amérique.
2" Peut-on rapporter encore à la pellagre la maladie signalée par Bruce et plus tard par Brocchi dans le Sennaar, sous le nom de Cak et qui fit d'assez grands ravages pendant les années 1816-1817? 3° Enfin le Namby de Tytler observé sur les indigènes de Bencoulen (Sumatra) et le Cascade {Herpès ichthyodes et circinatiis] de Smithmuller observé dans l'est de l'archipel Indo- Malais , sont aussi des affections cutanées offrant quelque analogie avec la pellagre, sans qu'il soit possible de se prononcer sur leur véritable nature (A. Hirsch).
Quant à la question de l'étiologie parasitaire, vôy. Pellagre.
3" Acrodynie. La distribution géographique de cette singulière maladie ou plutôt ce bizarre syndrome qui a été aussi désigné sous les noms de mal des pieds et des mains, c/iiropodalgie, érytlième épidémique, pldegmasie gastro-cutanée aiguë mxdtiforme, etc., est très restreinte et a été tracée à l'article Acrodynie. Observée par la première fois à Paris en 1828, elle s'est étendue dans un très-petit rayon de territoire. La maladie semble disparaître après 1852. Du moins, il n'est pas certain pour nous que les faits pathologiques de Belgique, observés en 1844, 1845 et 1846 à Bruxelles, àNamur et à Gand, se rapportent à l'acrodynie. Quant aux phénomènes observés en 1854 sur quelques militaires de Crimée dans les hôpitaux de Constantinople (Tholozan, Gazette méd., 1861), il est infiniment plus probable qu'il s'agissait non d'acrodynie, mais bien de résultats delà froidure ou de congélations qui furent si fréquentes pendant cette campagne.
IX. MALADIES PARASITAIRES. A. Épiphytes de la peau [et maladies cutanées PARASITAIRES d'ordre VÉGÉTAL, PIED DE MADURA. Les papasitcs végétaux de la peau dont l'histoire est aujourd'hui bien connue et auxquels se rapporte le titre ci-dessus sont VAchorion Schœnleinii, le Tiichophyton tonsurans (Malmsten), le Microsporon fur fur du pityriasis versicolor (Eichstedt), le Microscoporon Audouini (Gruby, Malassez) et le parasite du pityriasis capitis décrit par Malassez en 1874.
Nous ne possédons pas de documents suffisants pour tracer ici une distribution géographique même approximative des maladies cutanées d'origine parasitaire végétale. La teigne faveuse {Achorion schœnlenii) est une maladie à peu près ubiquitaire, sans que nous connaissions son degré de fréquence dans chaque grande contrée de la terre.
L'herpès tonsurans [ringworm des Anglais) est une affection de même fort répandue. Encore plus répandu est le yrai ringworm, l'herpès circinatus. Celui-ci existe à profusion sur les nègres de l'Afrique : il a été signalé comme fréquent dans l'Inde, à Serampour notamment oîi, sur 100 natifs, il en existe à peine 10 qui en soient indemnes (Voigt, Young). Le Burmese Ringworm et les affections désignées par nos voisins sous les noms àe Indian, Chinese, Tokelau Ringworm, sont de nature parasitaire, bien que l'observation microscopique fasse défaut pour plusieurs d'entre elles. Les recherches récentes {On Certain Endémie Skin and other Diseuses of India, etc., London, 1876) tendent à établir l'identité de ces affections avec l'herpès circinatus. La maladie pullule dans l'archipel Indo- Malais et dans l'Indo-Chine, en Cochinchine, en Chine, etc., et sur les indigènes et sur les Européens, principalement aux environs des aines où nous l'avons si fréquemment observée dans ces contrées sur les blancs.
Il y a longtemps Lesson l'avait également signalée chez les populations de couleur de Java et d'Amboine, etc. L'herpès tonsurans et circinatus existe aussi dans l'Amérique septentrionale, aux Antilles (llillary), dans les Guyanes et dans la Nouvelle-Grenade, au Brésil, au Pérou (Tschudij. Dans cette dernière contrée il se remarque principalement comme très-fréquent aux tempes, sur les côtés du cou, et dans les creux axillaires : dans plusieurs villages de la sierra, notamment dans la province de Jauja il constitue une endémie des bergers qui habi- (tcnt les plus hautes stations et s'observe jusqu'à la limite des neiges éternelles A. Hirsch).
Le pityriasis versicolor (crasses parasitaires) est aussi une maladie ubiquitaire.
Plique polonaise [trichoma, Weichselzopf, etc.) Maladie essenliellement
polonaise et des bords de la Vistuie {Weicliselzopf. cheveux de la Vistule) dont elle occupa jadis presque tout le bassin; elle fut, dit-on, impoitée dans ces régions vers la fin du treizième siècle, par les Mongols. Du temps de de la Fontaine (1792) elle y était si fréquente que l'on comptait un pliqué sur 7 personnes. En 1808 on n'en comptait plus qu'un sur 14 habitants. La plique a régné depuis l'embouchure de la Vistule jusqu'aux Carpathes, surtout dans le duché de Posen et en Lithuanie, en Galicie, en Yolhynie, en Ukraine; elle a été observée aussi, mais à l'état sporadique, en Silésie, en Bohème, en Souabe, en Saxe et en Prusse.
La plique est actuellement en grande décroissance dans toutes les régions précitées et le professeur Skobel, de Cracovie, pouvait écrire en 1875 : « La fameuse plique polonaise n'existe plus et n'est plus regardée comme une maladie spéciale. » Cela est sans doute exagéré, mais la plique tend à disparaître.
Pied de Madiira. Le pied de Madura ou pied de Cochin, gros pied, pied d'éléphant, mycétome, est une affection propre à certains districts de l'Inde où elle constitue une endémie. Son domaine géographique a été exactement déterminé à l'article Mycétome.
Cette maladie atteint surtout les hommes qui vont pieds nus ; elle respecte les Européens, et frappe plus spécialement certaines classes ou castes, comme les laboureurs, comme l'a dit l'auteur de l'article Mycétome. Elle serait due, suivant quelques observateurs, notamment suivant Vandyke Carter, à la présence dans le pied d'un champignon appartenant aux My.wsporées, un Mycetoma que Berkeley, le savant et illustre mycologiste a baptisé du nom de Chionyphe Carteri {On Mycetoma or the Fungus Foot of India, London, 1874, by Vandyke Carier). Mais depuis cette publication, les recherches microscopiques de Lewis et Cunningham tendent à infirmer (nous ne disons pas encore infirment) l'opinion de Vandyke Carter. Les petites masses décrites par celui-ci [voy. Mycétome) seraient simplement constituées par de la matière grasse, casécuse au centre et cristallisée à la périphérie. Les spores de champignons y seraient rares et n'y rempliraient en tout cas qu'un rôle tout à fait accessoire Telle est la situation actuelle.
B. Des maladies produites par les parasites du règne animal. Les parasites de l'ordre animal sont divisés au point de vue qui nous occupe, en épizoaires et entozoaires.
1" Épizoaires. Parmi les épizoaires l'un des plus répandus est le Sarcoptes {Acai'us) scabiei ou sarcopte de la gale. La gale, en effet, est une maladie probablement cosmopolite. Plusieurs observateurs ont décrit une forme spéciale de la gale, Bœck à Christiania, Fuchs à Gottingue, Bigler à Constantinople, Bamberger à Wurtzbourg, Bergh à Copenhague.
Cette forme est caractérisée par une grande intensité et une grande extension sur toute la surface du corps, même aux parties habituellement épargnées ; par la formation de grosses croûtes et de grandes crevasses : c'est la scabies crustosa, Borkenkràtze (gale aux crevasses). Hebra, qui d'abord avait cru à une espèce particulière d'acarus au sujet de cette gale, a constaté plus tard qu'il ne s'agit que d'une énorme quantité de parasites qui, alors, sont forcés de chercher un asile dans les parties inusitées comme la face. Leurs masses sont si considérables qu'avec leurs œufs, les produits épidermiques et la suppuration, elles forment des amas de presque un pouce de hauteur.
C'est cette forme de gale qui est signalée dans plusieurs régions de l'Inde, à
Aurungabad, sur la côte du Malabar et parmi les esclaves amenés de la côte Mozambique au Cap ; on la rencontre encore sous le nom de Craw-craw à la côte ouest d'Afrique.
Le larhisch (Bérenger-Fe'raud, Maladies du Sénégal. Paris, 1876), sorte de gale des Wolofs et des Towcouleurs, présente de gigantesques sillons analogues à <.eux du Sarcoptes scabiei, sauf les dimensions qui sont énormes. On n'a pas pu mettre la main ou l'œil sur le parasite. Est-ce une sorte de gale analogue au craw-craw, ou bien une autre maladie cutanée parasitaire?
Peut-être aussi doit-on rapporter à la forme ci-dessus décrite la Carracha sierrana du Pérou (Smith) ? Ce sont là autant de points nouveaux à étudier et à éclairer.
D'autres épizoaires pénètrent encore plus profondément sous les tissus de la peau. D'abord la Chique, Pidex penetrans, sous les noms : deChîgœ aux Antilles, de S/kka a. Cayenne, de Bicho, de Ttinga au Brésil, de Nigiia au Mexique, de Pique au Pîiraguay. Les contrées où l'on observe ce parasite sont indiquées avec détails à l'article Chique. Puis viennent les Pediculus {capitis, corporis, pubis), les Ixodes ou Tiques {Ix. ricinus) ou ricins, les Argas (Arachnides analogues aux punaises) de Perse et de Colombie, qui seraient, dit-on, capables de produire la consomption et même la mort; les Rougets (larves de Trombidion), les Demodex folliculorum, ÏAcarops Mericourti trouvé à Terre-^'euve, etc.
Des Diptères déposent leurs œufs et leurs larves [voy. Œstres) sous la peau de l'homme : tels sont les Cnterebra noxialis, la mouche hominivore [Lucilia hominivorax; Coquerel, in Arch. gén. de méd., i858), observée notamment à Cayenne par Chapuis, Saint-Paire, Kérangal, etc., dans les fosses nasales et par fois dans l'oreille; elle cause souvent la mort.
Le Ver du Cayor {Ochromya anthropophaga Blanchard) est la larve d'une mouche qui s'introduit sous la peau de l'homme et y détermine de petites tumeurs. Elle semble particulière à certaines régions sablonneuses de la Sénégambie (Coquerel, Ga%. heb., 1862). Dutrieuxa observé dans l'Afrique orientale un parasite occasionnant des effets analogues à ceux de la chique. C'est une grosse mouche qui dépose ses œufs sous la peau ; on la nomme « Mouche de bœuf » , parce qu'elle l'accompagne presque toujours. Enfin la Musca carnaria dépose parfois ses œufs dans les cavités naturelles (nez, oreille, sinus maxillaire, vagin) en produisant plus tard de graves désordres chez l'homme.
Peut-être enfin doit-on ranger parmi les épizoaires de l'ordre précédent : 1" le petit ver cité par Solander qui, en Bothnie, cause le shott (coup de feu); 2° un second ver également capillaire, décrit parGmelin, est connu sous le nom de volosez des habitants du pays de Nertschinsk oià il règne, près du lac Baikal, parmi les Burètes ; 3° un insecte qui, sous le nom de macaque, serait endémique à Cayenne (1785) {voy. M-^caque).
Ici encore se place lopiquement la Filaria hominis {dragonneau, filaire de Médine, ver de Guinée, fertit des Éthiopiens, naru, neeria ou neruah et narambu de l'Inde, risteb ou rester à Bochara, etc.). L'Asie en partie, mais surtout l'Afrique, sont la patrie de la filaire {voy. Filaire, Dragonneau, etc.).
On a parfois rencontré la filaire en Turquie et en Amérique, mais toujours sur des individus provenant des pays oiî règne le parasite {voy. Filiaire).
Le genre filaria comprend de nombreuses espèces autres que la filaria medinensis. L'une d'elles, la filaria sanguinis humani, et qu'on a trouvée dans le sang et les divers liquides chez les individus atteints de chylurie,
d'hématurie tropicale, chez les éléphantiaqiies, etc., intéresse vivement hi patliologie des pays chauds. Nous renvoyons sous ce rapport aux mots Eléphantiasis, Hématurie, Urines.
Pour la géographie pathologique de l'hématurie et de la chylurie des pays chauds, voy. Les maladies des organes îiropoié tiques.
2" Entozoaires. La filaire forme, pour ainsi dire, la transition entre les épizoaires et les entozoaires. Parmi ces derniers, nous signalons d'abord l'anguilluie de la diarrhée de Cochinchine. 11 en sera traité à l'article Diarrhée.
Un autre nématoïde fort nuisible, quoique de dimension fort exiguë, échappe à toute espèce de doute relativement à sa nocuité chez l'homme et les animaux, est la Trichina spiralis (Owen) (wy. Trichine). La trichine a été principalement observée en Europe et en Amérique : en Angleterre, en Ecosse, en Irlande, en Allemagne principalement, en Danemark, parfois en France, en Russie, etc.
Un nématoïde de l'ordre des entozoaires qui habite exclusivement l'intestin de l'homme est le Trichocephalus dispar. Ce ver qui siège surtout dans le cœcum €t dans le gros intestin paraît cosmopolite.
L'ordre des nématoïdes nous fournit encore un hôte presque propre aux pays chauds, V anchylostome duodénal [voy. Ainchylostome qui a été observé en Egypte par Bilharz, Pruner et Griesinger, par Dubini à Milan, par Grenet et Monestier à Mayotte (Comores), à Cayenne par Riou-Kérangal, au Brésil par plusieurs médecins (Rodriguez de Moura), et même dans l'Inde et dans l'archipel Indien où cependant son existence est problématique. Le même nématoïde vient d'apparaître, sous forme d'épidémie, parmi les ouvriers du tunnel du Saint- Gothard. On a attribué à la présence de ce vers dans le duodénum et l'intestin grêle ia production de cet état singulier appelé : mal-coeur, cachexie aqueuse, géophagie, anémie des nègres, etc., et que récemment on a longuement décrit sous le nom d'hypohémie intertropicale {voy. les articles Anchylostome et Cachexie AQUEUSE, ainsi que ce qui est dit plus haut du domaine géographique de la cachexie.
Aux nématoïdes se rapportent enfin les parasites de l'helminthiase vulgaire, Yascaride lombricoïde et l'oxyure vermiculaircy deux vers devenus presque ubiquitaires (voy. ces mots et Entozoaires).
Mentionnons en passant, les entozoaires Cestoïdes Téniadés, Bolhriocéphales, Cysticerques,Hydatides, dont la distribution géographique est tracée aux articles qui traitent de ces mots {voy. Cestoïsde, Entozoaires, etc.).
X. MALADIES PRODUITES PAR LES ANIMAUX VENIMEUX OU TOXICOPHO- RES. A. Arthropodes et reptiles venimeux. Les animaux dont le venin est nuisible ou fatal à l'homme sont si nombreux que nous n'en ferons que mentionner les principaux.
a. Parmi les Arthropodes on trouve divers Insectes, des Arachnides et Myriapodes venimeux, entre autres de grosses Araignées, les Scolopendres, les Scorpions, etc. , qui sont surtout répandus dans les contrées chaudes du globe {voy. ces mots).
Les Reptiles sont au premier rang des animaux venimeux. Ce sont eux qui contiennent les plus terribles venins dont l'activité sans égale détruit une énorme quantité de vies humaines chaque jour, chaque année. Déjà les Batraciens, Crapauds, Salamandres, etc., sont redoutables par les liquides qui s'exhalent de leur peau. Cependant ce sont les Ophidiens qui seuls servent de réceptales aux venins puissants et concentrés dont ils se servent comme d'armes si souvent meurtrières {voy. Serpents).
L'auteur du The Thanatophidia of India, le docteur Fayrer de Calcutta, a porté à 20000 victimes le nombre des individus qui succombent annuellement dans l'Inde anglaise aux morsures seulement des venimeux reptiles. Or ce chiffre est très-probablement bien au-dessous de la réalité.
B. Poissons toxicophores. Ici nous aurions à dresser la longue liste des animaux nuisibles que renferme la mer, en dehors des Ophidiens aquatiques, à commencer par certains Malacozoaires et en Unissant par les Poissons. Mais nous renvoyons aux articles spéciaux {voy. Poissons nuisibles et le nom de chacun de ces poissons).
C. Animaux communiquant a l'homme des maladies spéciales : rage, morve, PUSTULE maligne *. Z00N0SE. La rage est commune en Europe : mais elle est loin d'être rare dans les autres parties du monde où elle n'est inconnue que parce qu'elle n'est pas mentionnée ni signalée dans les rapports officiels. Il est avéré néanmoins qu'elle est infiniment plus rare dans les contrées du Levant, comme en Turquie, en Syrie, pays oii cependant les chiens errent ordinairement en pleine liberté. H en est de même dans l'Inde, en Cochinchine, en Chine et au Japon, quoique ces pays possèdent de nombreux chiens errants et vagabonds. La rage paraît avoir été souvent du moins, importée dans des contrées lointaines comme en Amérique, par l'immigration des chiens d'Europe qui y sont les plus sujets. En somme, c'est une maladie presque ubiquitaire et qui coûte annuellement la vie à quelques milliers d'hommes. Pendant vingtsept ans, de 1850 à 1876, la rage a causé la mort de 28 personnes annuellement en France, d'après la statistique qui d'ailleurs est incomplète {voy. Rage).
La morve et le farcin ou l'affection morvo-farcineuse, transmis du cheval à l'homme, font moins de victimes que la rage, quoiqu'ils ne soient pas très-rares dans certains pays et dans certaines circonstances. Mais nous manquons de renseignements exacts sur la distribution géographique de ces maladies {voy. Morve) .
Il en est de même d'une troisième maladie transmise également à l'homme par certains animaux, notamment les Ruminants, il s'agit de la pustule maligne et des affections charbonneuses. Les maladies régnent à l'état sporadique probablement partout où il existe de ces animaux. Cette affection, très-contagieuse, est de nos jours, non rarement transmise à l'homme par les débris d'animaux, notamment par les cuirs provenant en Europe de toutes les parties du monde, surtout du nouveau monde et de l'Asie antérieure. On admet que l'agent de transmission est la bactéridie (Davaine) qui, par sa pénétration dans le courant du sang, généralise la pustule maligne et occasionne ainsi la mort.
D. Animaux DESTRUCTEURS DE l'homme.. Nous entendons par là les animaux qui, sans posséder comme les précédents, de propriétés nuisibles particulières, livrent combat à l'homme pour le dévorer ou simplement pour le tuer. Voici, à cet égard, quelques données statistiques. Le docteur Fayrer {Death by Wild Animais in India) a relevé les chiffres suivants sur la mortalité occasionnée dans rinde par les animaux divers en 1875 ; 61 cas de mort par l'éléphant^ 68 par Yhyène, 84 par ïours, 187 par le léopard et 828 par le tigre; 1016 par le loup et 1446 par \e jaguar, Y alligator., etc.
Quelque éloquents que soient ces chiffres, ils sont loin d'être complets. La part de léthalité faite au Tigre royal semble particulièrement minime, lorsqu'on sait que cette vorace bête se nourrit de chair humaine à défaut d'animaux, sur une vaste échelle, non-seulement dans la péninsule Hindoue,
mais dans toute l' Indo-Chine, en Chine, dans les vastes forêts qui couvrent les bassins et les sources des grands fleuves descendant du Thibet et de l'Himalaya, depuis l'ile de Ceylan et de Singapour jusqu'au delà de la Mongolie, depuis les roseaux des grands fleuves de l'Asie centrale, de l'Oxus et de l'Yaxartes près du lac d'Aral jusqu'aux rives du fleuve Amour où le tigre est aussi commun que dangereux. Les îles de l'archipel Indo-Malais sont de'solées par la présence du même fauve ainsi que par celle plus fréquente encore, de la non moins homicide panthère dite de Java. Telle est l'étendue de ces vastes régions « où l'homme est la souris du tigre. «
Joignez à cela les morts humaines causées par les mêmes carnassiers et les mêmes reptiles ou les animaux analogues dans tous les pays de la terre ; ajoutez-y les accidents mortels occasionnés par les Crocodiles et les Caïmans des grandes rivières de l'Asie, de l'Afrique et de l'Amérique, ainsi que le tribut payé aux carnassiers de la mer {Requins, Squales, etc.) et aux poissons vénéneux : faites la récapitulation, d'après les données et les estimations probables, des vies humaines sacrifiées aux animaux malfaisants et vous verrez qu'il s'agit d'une somme d'environ cent à deux cent mille existences que l'humanité paye, par année, à ce Minotaure bien plus exigeant que celui de la fable antique.
On voit par là combien de maux l'homme a encore à redouter de la gent animale armée de crochets ou de griffes qui ne pardonnent que bien rarement à leur proie. Ces exemples ne sont sans doute qu'une faible image des hccalonibes qui résultaient chaque jour du combat sans merci entre l'homme, et les grands animaux dans les premiers âges de la misérable existence du genre humain sur la surface de « la Mère bienfaisante ». Sans doute aussi il y a progrès de nos jours et l'on peut espérer que le moment viendra où l'homme ayant exterminé jusqu'à la dernière forme de ces bêtes ennemies, ne sera plus environné que d'animaux paisibles ou inoffensifs, quand ils ne seront pas pour lui des compagnons dociles. Mais d'ici là le fleuve du Temps coulera de longs siècles, et le sang humain ruissellera sous la dent des fauves et sera corrompu sous le crochet des Thanatophidiens bien des fois avant que l'homme puisse sans conteste se proclamer « le Roi des animaux ».
XI. Accidents et maladies produits par les végétaux toxiques. Nous nous contenterons de la liste fort succincte qui va suivre, une indication même trèssommaire de la distribution géographique des végétaux toxiques demandant plus d'espace que nous n'en avons à notre disposition, et cette indication étant d'ailleurs fournir aux noms de ces végétaux.
A. Champignons vénéneux {voy. Champignons) ; Aroïdées, Euphorbiacées (Euphorbia, Hippomane mancenilla, Hura crepitans, Jatropha manihot, Ricinus communis, Jatropha curcas, Croton tiglium, Croton cascarilla, etc.) ; Solanées vireuses, Scrofularinées, Convolvidacées, Loganiacées (Spigelia anthelmintica et marylandica, Ignatia amara seu Strychnos Ignatii, Strichn. nux vomica, S. potatorum, S. tieutté de Java et les strychnos divers qui donnent les poisons dits curare, etc.) ; Asclepiadées (Asclepias vincetoxum) ; Apocynées (Inée ou poison du Gabon, Strophantus hispidus Gelsemium sempervireus, Thanginia venenifera Madagascar, Nerium oleander) ; Lobéliacées, Ombellifèves (Conium, Jilthusa, Cicuta, Pliellandrium, Œnanthe, etc.) ; Cucurbitacées (Bryone, Colocynthus) ; Rosacées (Amygdaliis, Cerasus, Lauro-
Lauro-Cerasus) ; Légumineuses (Physostigma veneuosum ou fève du Calabar, Téli ou Erythrophlseum guineense, poison d'épreuve analogue à l'ine'e, à la fève du Calabar et au M'bondou); Térébinthacées et Anacardiées (Anacardium, Rhus toxicodendron) ; Rltamnacées, Rutacées, Papavéracées, Renonculacées, etc.
B. Maladies et accidents occasionnés par Vingestion de certains produits animaux, tels que lait et miel, mais probablement dus à des principes végétaux toxiques. Au point de vue géographique, ce sujet n'est guère susceptible de considérations particulières, puisque les maladies dont il est ici question se produisent nécessairement là où vivent les animaux qui fournissent des produits alimentaires et les plantes qui fournissent l'élément nuisible. Rappelons seulement quelques faits inhérents à certaines localités.
Miel. On cite avec raison les empoisonnements qui eurent lieu parmi les soldats de Xénophon sur la cote pontique de la mer Noire, Beaucoup furent gravement malades et quelques-uns moiu-urent pour avoir mangé du miel des abeilles sauvages de ce pays, aux envii'ons d'Héraclée. Sur cette côte, en effet, croissent VAzalea pontica et le Rhododendron poniicum (Ericacées) dont les fleurs donnent encore de nos jours au miel les mêmes propriétés toxiques. Certaines Âpocynées lui communiquent les mêmes qualités pernicieuses (Tournefort, A. Saint- Hilaire, etc.). De même en Suisse en est-il des miels dont les éléments ont été recueillis sur les Aconitum (Renonculacées), notamment sur l'A. napellus. [Voij. Miel).
Lait. Le lait des herbivores peut acquérir des propriétés analogues par l'alimentation au moyen d'herbes vénéneuses [lEthusa cynapiuni [petite ciguë], Euph. helioscopia, etc.). Ce fait, qui n'est pas très rai-e, a pris parfois les proportions d'une véritable endémo-épidémie [Voy. Swamp-Sickness).
Mais nous ne connaissons qu'une endémo-épidémie singulière de ces faits, qui s'est montrée dans les districts ouest des Etats-Unis, et qui y a sévi presque continuellement depuis le commencement de ce siècle jusque vers 1860 (Hirsch, t. II, p. 282). Elle a été longuement décrite par les médecins américains, notamment par Gralf (184 1 ) sous les noms divers de Milk-Sickness, Swamp- Sickness, sick stomach, en allemand Milchkrankheit, etc.
D'abord elle frappait certains troupeaux paissant dans les vastes prairies situées à l'ouest des Alleghauys. On la rencontrait en remontant le Mississipi jusque vers la Colombie, et des districts indiens de l'ouest jusqu'aux Alleghanys. Sa patrie était: le pays à prairies de l'indiana, de l'IUinois, de l'Ohio, du Missouri, du Michigan, puis à l'ouest, les contrées du Tennessee, du Kentucky, etc ; parfois on la trouvait isolément dans la Virginie, la Géorgie et la Caroline du Sud, etc. Les particularités les plus importantes consistaient dans l'intoxication même des vaches qui parfois en mouraient. On voyait les vautours tombés morts sur le cadavre même des bêtes dont ils avaient pris le poison avec la chair. Les symptômes de la maladie chez les personnes qui usaient du lait toxique rappelaient ceux de l'empoisonnement par les substances dites narcotico-âcres. Quelquesuns ont pensé à la présence dans les prairies des ciguës ou de plantes analogues. La culture régulière faisait disparaître ces accidents. >'ous manquons de renseignements sur ces faits après 1860.
Xlt. MLADIES PRODUITES PAR LES SUBSTANCES MINÉRALES : coliqoe s\T^JR^'IKE ET coLiQOE DITE VÉGÉTALE. Pûur Compléter l'ordre logique de nos
maladies accidentellement produites par les trois règnes de la nature, il nous resterait à mentionner les accidents et les intoxications occasionnés par les substances minérales. Nous n'aurions ici à signaler que les effets produits par certains minéraux à l'état naturel, car les accidents dus aux métaux (plomb, mercure, argent, phosphore, etc., etc.) ainsi qu'à leurs composés, se rapportent presque toujours à des circonstances qui en font des maladies artificielles, professionnelles et dépendant de l'hygiène publique. Nous ne parlerons ici que de la colique saturnine, parce que cette affection a été considérée tantôt comme de nature végétale, tantôt comme de provenance minérale ; c'est ce qui ressort de l'immense majorité des endémo-épidémies dont nous allons retracer la distribution géograghique {Voy. Coliques).
D'après A. Hirsch, les plus anciens documents sur la manifestation de la colique en question se retrouvent dans Paul d'Égine qui écrivait vers la dernière moitié du septième siècle, puis dans Œthœus, dont les écrits datent du seizième siècle et qui la signale comme ayant envahi plusieurs points de la France et de l'Allemagne. Ce clairvoyant observateur en accuse les qualités du vin et son mode de préparation d'alors.
Citesius décrivit aussi une maladie analogue qui régna, selon lui, pour la première fois dans le sud et l'ouest de la France, en 1572, sous le nom de Colica Pictonum, ou colique du Poitou. Dans les cours des dix-septième et dix-huitième siècles on trouve plusieurs écrits témoignant de la nature métallique de cette maladie qui reconnaissait pour cause la falsification du vin par les selsplombiques.
Bonté a décrit la colique de Normandie qui sévissait vers le milieu du dixhuitième siècle dans cette contrée où le cidre était également adultéré par les préparations de plomb. En 1737 Hernandez signala la colique de Madrid {Trati del dolor collco) qui régnait endémiquement aux environs de cette ville, sur l'origine de laquelle discutèrent plus tard les médecins de l'expédition française de l'empire, qui la i-etrouvèrent persistante sur le plateau des Gastilles. La maladie paraîl avoir été occasionnée par l'acétate de plomb que formait au contact des vases vernis en plomb l'alimentation végétale acide des habitants de ces régions.
Un peu plus tard Grashius et Tronchin (1755-57) appelèrent l'attention sur la même maladie dans les Pays-Bas. Puis liuxham attribua la cause de la colique duDevonshire à l'usage du cidre altéi'é (1767).
En 1786, Franklin signalait la colique susnommée comme étant le résultat, dans la Caroline et les États de la Nouvelle-Angleterre, du rhum mal préparé avec des appareils dislillatoires en plomb. Plusieurs observateurs constatèrent l'existence ultérieure de la maladie aux Etats-Unis, notamment à la Nouvelle- Orléans, de 1845 à 1850, et l'attribuèrent à la même cause, à la consommation du rhum mal préparé, dans lequel l'analyse chimique dénota la présence du plomb. Les Antilles, la Guyane et les autres contrées riveraines du golfe du Mexique, le Texas, etc., ont été longtemps considérés comme l'un des foyers principaux de la colique sèche dite endémique (Smith, Hillary, Clark). Plus tard Dutroulau n'observa que des cas isolés pendant son long séjour aux Antilles. A la Guyane, Ségond en rapporta de nombreuses observations sous le nom de Névralgie du grand sympathique (Paris 1857), occasionnée surtout par les influences climatériques. A Surinam Hille la regarda comme une colique de plomb (1842) : Blair en 1852 parlait de la colique saturnine comme non rare dans la Guyane anglaise. Pour la Guyane française Lefèvre et Daniel regardent
la colique sèche comme y étant rare; mais plus récemment Chapuis l'a signalée comme y étant devenue presque endémique en 1856-1858.
On n'a jamais remaz^qué une maladie analogue à la précédente, dans les contrées tropicales de la côle occidentale de l'Amérique du Sud; Sigaud en a observé quelques cas au Brésil.
D'après Thévenot, Berville et Dutroulau, la colique sèche n'est pas commune au Sénégal, à terre seulement ; car elle s'est montrée extrêmement fréquente, surtout dans les quarante dernières années, sur les navires de la station de la Sénégambie et du reste de la côte occidentale d'Afrique (Fonssagrives, etc.). On n'a que peu ou pas signalé l'affeclion en Algérie, en Egypte, en Abyssinie; mais elle paraît avoir existé fréquemment dans les îles des mers africaines, comme aux Mascareignes, à Madagascar, où le médecin voyageur français Dellon (1685) la remarqua principalement sur les individus qui « faisaient leurs débauches avec de l'eau-de-vie. » De nos jours, sauf sur les navires, la colique endémique est très-rare à Maurice, à Bourbon et à Mayotte (Lefèvre, Dutroulau).
La colique sèche n'a été observée que fort rarement en Asie, surtout dans l'Inde. Cependant Smith en a décrit une explosion épidémique en quelque sorte, qui sévit à Geylan sur des troupes dont elle atteignit 147 hommes: elle atteignit aussi la population civile (1856). L'analyse chimique démontra que la cause de cette maladie n'était autre que l'usage du sucre et de Varack plombifères.
Nous devons ajouter que presque tous les navires à vapeur de la marine française de l'État, pendant une période de trente années» (de 1830 à 1860) ont été plus ou moins éprouvés par la colique endémique, dans toutes les mers et les stations, mais principalement dans les contrées intertropicales (A. Lefèvre, Rech. sur les causes de la colique sèche, Paris, 1859).
§ ïll. Généraïîtés et conclusions. Nous exposerons ici brièvement quelques notions et déductions générales qui auraient rompu le cours régulier de notre exposé. Aussi bien ce complément devra servir de conclusion au présent travail qu'il est destiné à parachever.
A. Historique succinct. La géographie médicale est de date récente; ses annales sont à peine centenaires. Sans doute, le livre d'Hippocrate sur les airs, les eaux et les lieux, est une esquisse nosogéographique des quelques parties alors connues de l'Europe et de l'Asie. Cependant, il ne contient qu'un système ingénieux propre à montrer que l'homme, au physique et au moral, a été comme lié et assujetti à la glèbe qui le voit naître et le nourrit, ainsi qu'aux coutumes et aux institutions qui régissent les races et les nationalités différentes.
Les travaux de géographie médicale générale se réduisent aux suivants, dont on trouvera les titres détaillés à l'article Bibliographie. Le dix-huitième siècle compte le De morbis endermis libellus de Cartheuser (1771); l'œuvre importante de Finke (1792-1795, 3 vol.) et YEssai sur les maladies des Européens dans les pays chauds, de Lind (traduct. fr. par Thion de la Chaume, 1785). Mais il faut arriver à Fr. Schnurrer pour trouver un plan complet embrassant la géographie pure, l'anthropologie et la nosogéographie , suivant les races humaines et les climats.
Citons, en passant, la compilation de Hasper Sur les maladies des pays chauds (1831), les Eléments de géographie et de statistique médicales, d'Iscnsee (1833), les essais de Fuster Sur les maladies de la France (1840) et de Boudin
sur la Géographie médicale (1845), enfiu les ébauches de H. Marshall (1852), (le Pruys van (1er Hœveu (1846) et de Hoffmann Sur les maladies de l'Europe méridionale (1858). En 1855 parut la Géographie médicale de Fuchs; en 1856, l'ouvrage de A. Mûhry, quoique n'étant qu'une simple compilation, vint résumer et dépasser tout ce qui avait été écrit sur la matière.
Le grand Traité de Boudin (1857) fut sans doute un événement dans la littérature médicale française. Assemblage trop compréhensif et désordonné de notions sur la géographie, la statistique médicale et les endémies, fourmillant d'erreurs acceptées faute de contrôle, sacriliant outre mesure à l'hypothèse d'une flore nosologique comparable à la diversité des plantes et des animaux suivant les différentes parties de la terre, l'œuvie du savant médecin militaire manqua son but, qui était de donner l'état exact de la géographie médicale et d'inspirer parmi nous le goût de cette science.
Le volumineux et consciencieux ouvrage de Aug. Hirsch (Erlangen, 1860-1864) comprend deux parties distinctes : l'historique et la géogiaphie des maladies. La première contient le résultat de patientes investigations sur l'histoire des grandes espèces morbides, des endémies et des épidémies. Cependant, bien qu'instructive, elle eût gagné beaucoup à être concentrée en des résumés plus substantiels, plus précis, moins diffus, et à être débarrassé d'une érudition parfois hésitante ou inopportune, notamment en ce qui concerne les discussions étiologiques des maladies. La nosogéographie proprement dite a été mieux conçue et mieux exécutée, mais elle ne pouvait être que l'expression de la pénurie ou de la superfétation des documents existant sur la matière il y a plus de vingt ans; en somme, c'est un vaste recueil de faits et un précieux compendium de recherches historiques ^
En 1865 parut le manuel d'Œsterlen : Sur la statistique médicale des principaux États de VEurope. Peu de temps après, nous voyons apparaître en France une série de publications sur la nosogéographie : le très-remarquable article de .1. Rochard (article Climat du Nouv. Dictionn. de med. et de cliir. pratiques) et celui de H. Roy {Géographie médic, ibidem, 1872), puis le Traité de climatologie médicale d'Armand (1875), VEsquisse de Pauly (1874).
Citons au premier rang le journal mensuel, intitulé Archives de médecine navale (t. I à XXXVI, 1864-1881), qui offre une mine inépuisable de recherches et de travaux originaux dus au zèle et au dévouement scientifiques des médecins de la marine française ; le Recueil des Mémoires de médecine militaire et le Recueil des travaux du comité consultatif d'hygiène publique de France (t. I à IX, 1872-1880). L'Angleterre nous offre ses Annual Statistical Reports de la marine et de la guerre. Mais il est fâcheux que le résumé d'observations concernant de si nombreux points du globe soit limité à des listes ou cataloo^ues chiffrés de noms de maladies qui les privent d'une partie de l'intérêt qu'elles devraient avoir pour notre sujet. Le gouvernement des États-Unis publie depuis quelques années son National Board of Health Bulletin; enfin, l'Allemagne possède des publications périodiques spéciales sur la nosogéographie, sans compter les articles des Mittheilungen von Petermann, et l'Italie vient de faire connaître quelques-uns des matériaux de sa géographie médicale dans l'ouvraue intitulé Geograjia nosologica f/e//'/to/m (Giuseppe Sormani, Roma, 1881).
En dernier lieu. Lombard a donné à notre littérature médicale son Traité de climatologie médicale (1877-1880). Nous avons dû souvent recourir aux
\. Le premier fascicule d'une nouvelle édition, corapléleintiit reniauiLe, de cet important ouvrage vient d'être publié à Stuttgard, au moment où le présent article allait paraître.
DICT. ENC. 4= S. VIII. 25
immenses matériaux contenus dans les trois derniers volumes. Sous la plume facile, élégante et érudite du médecin de Genève, les documents abondants prennent souvent un air de précision chiffrée, contre laquelle il faut se mettre en garde. D'un autre côté, sous prétexte de climatologie médicale, l'auteur nous a donné de longs articles de géographie descriptive et politique qui sont, en réalité, une intrusion de la climatologie dans un domaine qui ne peut lui revenir, outre que la division politique de la géographie générale est par trop factice.
Ajoutons que le savant nosogéographe a fait, il nous semble, une part bien trop large aux inflnences climatologiques, en attribuant notamment au froid des zones tempérées et froides, au calorique des zones torrides, l'immense majorité de la morbidité et de la mortalité du fait des maladies aiguës. Mais, à part ces réserves, l'œuvre de Lombard (de Genève) est digne des plus grands éloges; elle constitue un savant compendium de climatologie et de nosogéographie, qui fait autant d'honneur au talent qu'à l'érudition de son auteur.
B. Principes sommaires de kosogéocraphie. Pour créer et développer l'étude de la géographie pathologique il fallait non-seulement des observateurs en divers lieux du globe, mais encore et surtout des observateurs qui pussent travailler sur une base commune, en se servant d'une nosologie analogue ou identique. Or on sait que la nosographie actuelle est de date fort récente. Il y a plus, elle comporte bien des dissemblasnces qui constituent parfois, comme nous l'avons vu pour la pyrétologie géographique, de vraies barrières entre les nationalités, voire entre les écoles d'une même nationalité. Cela est d'autant plus regrettable que les progrès de la nosogéographie exigent l'adoption d'une nomenclature pathologique claire, intelligible et uniforme pour tous les médecins de tous les pays et de tous les temps.
Nous avons dit tout à l'heure, à propos de certaines tendances de l'ouvrage de Boudin, combien la doctrine de l'existence illusoire d'une flore pathologique avait amené la confusion dans l'étude et dans l'exposition de la géographie nosologique. Nous n'avons pas à insister ici. D'autres vues non moins systématiques, tout aussi erronées, ont entravé les progrès de notre science. Les dénominations de maladies basées sur les préjugés populaires, sur la routine de la médecine locale, sur l'esprit de clocher, sur des erreurs de synonymie, sur une observation incomplète ou à courte vue, sur des systèmes d'école, sur des doctrines trop tôt et trop loin généralisées, parfois sur cet amour irréfléchi de la nouveauté que doit exclure la saine curiosité scientifique, qui est le fait de la pratique et de l'expérience, voilà quelques-unes des causes d'erreur, quelques-uns des obstacles qui ont enrayé la marche de la nosogéographie. En bonne justice, ne doit-on pas y ajouter ces illusions de nos jours qui font voir à tant de médecins la pathologie presque entière à travers un prisme qui, pour se nommer \e paludisme, le tellurisme, la microbiatrie, n'en lait pas moins apercevoir à chaque observateur les conceptions et les vues que chacun a en tête?
Si le cadre restreint de cet article ne nous interdisait toute excursion dans le domaine de la pathologie historique, nous trouverions de ce côté aussi mainte cause d'erreur et de confusion. La doctrine de l'évolution lentement séculaiie des maladies épidémiques, ou de leurs transformations successives dans le temps, a été aussi nuisible à la nosogéographie que celle de la flore pathologique dans l'espace. Poussées à l'extrême, ces vues systématiques, qui sont le pendant l'une de l'autre, conduisent également à des erreurs très-préjudiciables. Sans doute, suivant Littré, le médecin doit se faire cosmopolite par l'étude , comme par
celle-ci il doit se faire contemporain de tous les âges. Mais il y a loin de là à la proposition suivante : « A des maladies qui ont disparu et dont on ne retrouve le souvenir que dans les archives de la science succèdent d'autres maladies inconnues de la génération contemporaine et qui viennent, pour la première fois, fiiire valoir leurs titres. En d'autres termes, il y a des maladies éteintes et des maladies nouvelles » (Anglada).
Peut-être, en effet, mais sans être absolument nouveaux, devons-nous regarder comme relativement jeunes parmi nous le choléra indien, la syphilis du quinzième siècle en Europe, la fièvre jaune, la suette miliaire, etc. Mais, en somme, rien ne prouve que ces espèces morbides n'aient pas toujours existé quelque part sur notre globe depuis qu'il a été couvert d'habitants, A la rigueur on peut admettre, comme hypothèse, qu'il y a eu des maladies préhistoriques, des maladies aujourd'hui éteintes, qu'il y aura des maladies nouvelles. Cette doctrine de la mutabilité des maladies dans le temps est conforme au système si en voo^ue àe nos jours, qui consiste à regarder notre planète exiguë, de même que l'incommensurable masse de l'univers, comme en état instable de transmutation incessante et d'évolution insensible.
Cependant, le médecin géographe doit faire comme le naturaliste, dont le but principal est de commencer par étudier, distinguer et enregistrer toutes les espèces aujourd'hui existantes. Il peut admettre, au moins pour le présont, la permanence et l'invariabilité des types morbides. Il doit les bien fixer tels qu'ils existent et en tracer les aires actuelles avec assez de précision et de rigueur pour que ses descriptions puissent servir de termes exacts de comparaison dans l'avenir. Or c'est là un des grands desiderata de la géographie nosologique.
Un autre sujet de litige en nosographie, comme en pathologie géographique, est le suivant qui concerne les formes, les degrés, des modalités de certaines endémo-épidémies. Tout le monde connaît ces singulières manifestations épidémiques qui ont été désignées sous les noms divers de : maladies frustes, léoères ébauchées, lévissimes, formes effacées [iinaiisgehildete Fdlle), abortives, imprégnations à petites doses, etc. Pour le choléra, ce sont la cholérine, les diarrhées suspectes, les choléras infantiles, larvés ou latents; pour la peste, ce sont : les pestes ambulatoires., bénignes, les états buboniques ou ganglionnaires, l'aura pestilentialis minor; pour le typhus, ce sont les formes abortives, fièvres dites muqueuses, typhus levissimus, etc. ; la fièvre jaune a ses formes frustes ou ses ébauches, ses esquisses, les fièvres dites inflammatoires bilieuses (Rufz de Lavison, Lotta, Guéguen, Bérenger-Féraud , Burot, etc.). Les fièvres exanthématiques, la diphthérie, les fièvres traumatiques et la septicémie elle-même nous offrent de ces degrés légers, de ces formes atténuées et bénignes de leur manifestation.
Nous n'ignorons pas que la nature de ces maladies à bas bruit est contestée par plusieurs médecins en tant que parties intégrantes du corps des «randes épidémies, dont elles seraient comme la miniature. Cependant, leur admission en nosographie dissiperait bien des obscurités. Elle expliquerait d'une façon satisfaisante le génie épidémique, les constitutions épidémiques, les aura pestilentialis des anciens épidémiologistes, elle pourrait rendre compte du mécanisme de ces précieuses immimités acquises, quoique trop rarement, dans les milieux épidémiques, comme pour le cas de la fièvre jaune en Amérique (Rufz, Lotta). Cette explication si rationnelle de l'assuétude, de l'acclimatement des natifs durant le cours de leur enfance et de leur adolescence, à l'endroit du typhus amaril, nous retendrions volontiers aux faits de même ordre qui s'observent
pour la fièvre typlioïde en Europe, ainsi que pour plusieurs endémo-épidémies. Ainsi comprendrions-nous l'immunité relative dont semblent jouir certaines individualités ou certaines catégories sociales; en d'autres termes, il y aurait une sorte de baptême salutaire par le milieu épidémique, résultant de l'imprégnation préservatrice à doses parfois très-minimes. Ces formes minimes et adultérées des espèces morbides seraient les analogues, si magna licet componere parvis, de ces mêmes espèces végétales qui, quoique nées de germes de la même plante, diffèrent cependant, suivant les terrains et les milieux, au point que le naturaliste seul parvient à en reconnaître l'identité.
Un autre argument, qui plaide en faveur de notre manière de voir, est le fait que les formes bénignes peuvent reproduire les formes les plus sévères et les plus foudroyantes. La cholérine reproduit parfois le choléra rapidement mortel; la varioloïde et la diphthéroïde engendrent les varioles noires et la diphthérie la plus infectieuse; la fièvre jaune est parfois bénigne, comme, en 1859, à la Nouvelle-Orléans, en 1872 et 1876 à la Martinique, en 1880 à Plaquemines sur le Bas-Mississipi, où elle succéda à l'épidémie terriblement meurtrière de l'année précédente.
Tout récemment la peste larvée sous forme d'état bubonique de la ville d'Aslrakhan donna naissance à la maladie de Yetlianka, qui rappela complètement la mort noire du quatorzième siècle.
C. Des limites ou des aires de certaines maladies. L'examen du domaine ou de l'aire des maladies donnerait lieu à de longues considérations que l'on trouvera éparsos dans la deuxième partie de ce travail. Disons tout d'abord que, s'il n'existe pas de plantes et d'animaux cosmopolites, il y a quelques maladies qui le sont devenues.
Avec Mùhry, on peut diviser les maladies, quant à leur extension, en : 1" maladies universelles ou ubiquitaires ; 2° maladies zonales; 5° maladies locales ou aréales; 4° enfin, immunités pathologiques propres à un petit nombre de régions. 1" Parmi les maladies ubiquitaires ou cosmopolites nous comptons les pandémies : fièvres exanthématiques, influença, coqueluche, érysipèles, pyohémies, diphthérie, typhus, dysenterie épidémique. Sur la limite se trouve le choléra asiatique, qui est en voie de conquérir le titre de citoyen du monde ou d'hôte ubiquitaire. Quoique plus rares sous les zones intertropicales, les typhus sont devenus à peu près cosmopolites aujourd'hui.
D'autres maladies ubiquitaires sont : les affections diathésiques ou constitutionnelles, telles que la tuberculose, la scrofulose, la carcinose, la goutte et la gravelle, le rhumatisme, le diabète, la syphilis ou peu s'en faut ; puis presque toutes nos maladies ordinaires d'organes, de systèmes et d'appareils, dont la fréquence ou la rareté relatives constituent précisément l'objet de la nowgéographie. Les trois plus grands fléaux exotiques, par rapport à l'Europe, ont affecté des étendues variables suivant le temps. Le choléra a déjà fait plus d'une fois le tour du monde dans le sens des parallèles ou en longitude, mais il n'a pas encore visité toute la terre dans le sens de l'équateur aux pôles: sa marche générale la plus fréquente a été d'orient en occident. La peste n'a point quitté le vieux monde; son extension vers le sud n'a dépassé le tropique du Cancer qu'en deux endroits (Guzerate dans l'Inde et l'Assyr en Arabie par 18-20 degrés 1. n.) ; encore dans le dernier cas l'altitude peut remplacer la latitude. Quant à ses limites boréales, on sait qu'elle a sévi en Islande et en Laponie, quoique rarement. En somme, l'aire anciennement connue de la peste s'allonge en une
immense ellipse allant du fleuve Bleu de la Chine aux rivages les plus occidentaux d'Europe; elle aime aujourd'hui les régions montiieuses, comme les Alpes Kourdes, l'Âssu-, les grandes alliludes du Gurwal et du Kumaon (Himalaya) et celles du Yun-nan.
La fièvre jaune a démesurément allongé son aire du sud au nord suivant son espace de plus de 70 degrés en latitude dans le continent d'Amciique. Plus mobile et plus envahissante que la peste, elle a franchi l'Atlantique, au niveau de l'Europe méridionale et de l'Afrique tropicale où elle a conquis un second loyer. Si la peste est propre au vieux continent, le vomito negro semble vouloir s'établir sur les deux. La dengue a aussi fait le tour du monde, mais seulement sur les zones chaudes. Enfin, les maladies de malaria peuvent être considérées comme en général ubiquitaires, sauf aux deux extrémités polaires.
2" Les maladies zon;des des régions froides et des tempérées sont surtout constituées par les maladies dites à frigore, les exanthèmes fébriles, les maladies typhoïdes, etc., en un mot, ce sont elles qui composent le cadre nosologique classique qui nous serl de terme de comparaison. Les maladies zonales des tropiques et des régions chaudes sont : la malaria, la dysenterie et la diarrhée endémiques, l'iiépatite suppurée; puis les éléphantiasis, les fiambœsia et certaines affections cutanées sui generis, le béribéri, le tétanos épidémique, l'hématurie tropicale, les anémies tropicales, le coup de chaleur, certains ulcères et boutons spéciaux, etc.
5° Les maladies localisées sont rares ; on peut citer à ce sujet : le goitre et le crétinisme, la pellagre, les boutons spécifiques dits de Biskra, d'Alep, de Perse, de l'Inde, la verruga, le pied de Madura, certaines affections parasitaires, etc.
4° Quant aux régions indemnes de certaines maladies, elles tendent à devenir d'autant plus rares que se perfectionnent nos connaissances sur cette matière. Cependant elles existent à l'état relatif.
En tout cas, cette esquisse du domaine de nos principales maladies ne saurait être que provisoire, car les maladies exotiques d'aujourd'hui pourront devenir, par acclimatement, des espèces indigènes dans la suite des temps.
D. Influeince des divers éléments de la géographie générale sur la distribution DES maladies. D'abord on peut se demander si la structure pljysique des grands continents n'influe pas sur la répartition de certaines maladies. Le lit toral et le centre des masses continentales, les îles, diffèrent souvent par leur physionomie pathologique générale. La peste et le choléra sont des maladies du vieux continent, et elles appartiennent plus spécialement à l'Asie. Au contraire, la fièvre jaune est essentiellement américaine, malgré sa tendance de plus en plus prononcée à s'indigéniser sur le continent africain. Les boutons spécifiques dits d'Alep, de Biskra, de l'Inde, n'ont jamais été vus en dehors d'une certaine zone de l'Asie et de l'Afrique du Nord. La verruga est propre à un coin des Andes ; beaucoup de maladies parasitaires sont cantonnées à telle localité, limitées à une partie de continent, etc. La malaria est très-rare, presque absente, des îles de la Polynésie. Les altitudes ont leurs immunités pathologiques au moins trèsgrandes, comme elles nous offrent leur anoxhémie : le goitre et le crétinisme semblent plus particuliers aux élévations moyennes {voy. Altitudes). En poussant plus à fond l'analyse, on trouverait que la nosogéographie diffère parfois sensiblement suivant les grands départements du globe, sur les plateaux et les monts d'avec les plaines et les marais, dans les déserts {voy. Sahara), dans les parties couvertes de forêts, etc.
Les influences hydrogéologiques ont une action incontestable sur la nosogéograpliie {voy. Sol, Défrichement, DéboisemeiNt). Et cependant, en dépit des études approfondies sur la géologie, sur la composition physico-chimique du sol et de l'écorce superficielle de notre terre, cette partie du milieu pathogénétique est encore pleine d'inconnues. Tout ce que nous savons actuellement de l'intluence nosogéographique du sol que nous foulons aux pieds, c'est qu'il s'en exhale des produits subtils, produits de sa vie lente et obscure, sorte de résidus impurs de l'expiration terrestre. Sont-cc des gaz de nature physique, sont-ce des germes, des microbes, que le sol nourrit par milliards dans son sein impur? C'est ce que nous ne savons. En les nommant miasmes nous avouons ignorer leur essence, mais nous connaissons par leurs effets l'importance qu'ils ont sur la dissémination et la production de beaucoup de nos maladies.
Si la chaleur appartient avant tout au climat (uoî/. ce mot), elle n'en exerce pas moins indirectement une puissante influence sur les conditions géographiques des maladies. Nous avons vu que les aires des grandes épidémies et endémies sont singulièrement influencées par le calorique, que la fièvre jaune est avant tout une maladie des pays très-chauds, contrairement à la peste qui affectionne les régions fraîches et un peu chaudes, mais qui disparaît devant la chaleur élevée, et qu'enfin le choléra brave souvent les deux extrêmes de la température. La dengue appartient exclusivement aux pays chauds. D'ailleurs ce ne sont pas les isothermes, mais bien plutôt les isothères et les isochimènes qui prédominent en nosogéographie. Nous avons vu qu'il existe deux catégories de maladies bien distinctes, quant à leur origine : les maladies à colore et les maladies à frigore.
Lombard, qui s'est spécialement attaché (ti'op peut-êti'e) à faire ressortir l'influence générale du calorique dans nos climats, a avancé les propositions suivantes :
Le froid augmente la morbilité et la chaleur la diminue. L'hiver augmente l'hyperémie et développe la tendance à la morbidité, qui augmente aussi avec la pléthore printanière , tandis que l'hypohémie estivale et l'anémie automnale sont accompagnées ou suivies d'une faible morbidité : la chaleur abrège la durée des maladies et le froid les augmente. La sécheresse de l'air développe une grande morbidité : une faible pression atmosphérique coïncide avec une forte morbidité et vice versa. Quant à la mortalité, elle serait, d'après Lombard, soumise aux mêmes règles que la morbidité, sauf dans certains pays chauds où la chaleur excessive produirait les mêmes conséquences que les froids, surtout là oii règne la malaria. Partout ailleurs, là oià dominent l'hypohémie et l'anémie, la mortalité est à son minimum.
Ces propositions, qui peuvent être vraies pour les climats tempérés et froids de l'Europe, de l'Asie septentrionale et de l'Amérique du Nord, sauf de nombreuses exceptions, ne semblent pas applicables au reste de la terre, et la réciproque, c'est-à-dire l'action de la chaleur excessive, n'a pas absolument lieu pour les régions intertropicales. En tout cas elles réclament une vérification que l'avenir ne leur refusera sans doute pas.
Ainsi, déterminer la part d'influence absolue et relative qui appartient aux modificateurs ciimatologiques et géographiques sur la genèse des maladies et par suite sur la nosogéographie est un problème encore difficile à résoudre. J. Rochard, dans un exposé fort lucide, en avait déjà présenté la solution acceptée par Lombard. D'après lui, les maladies qui dépendent des émanations du sol sont de beaucoup les plus graves ; elles ont leur maximum d'intensité dans les régions torrides, disparaissent auprès des pôles. Les pyrexies, les maladies de
malaria, y ont le premier rang; puis viennent les phlegmasies des organes abdominaux auxquelles il faut ajouter les redoutables épidémies qui viennent de temps en temps effrayer le monde. Les maladies qui dérivent des vicissitudes atmosphériques marchent en sens inverse des précédentes; elles forment le fonds de la pathologie des pays froids et tempérés, c'est-à-dire, les maladies à frigore, les phlegmasies franches de la poitrine et des organes de la locomotion, les fièvres exanthématiques et les typhus.
Nous n'avons pas à faire ressortir ce qu'il y a de trop général et d'exagéré dans cet aperçu d'ailleurs si brillant et si séduisant. Seulement on doit remarquer : 1" que la concession de la cause des phlegmasies abdominales aux émanations du sol dans les pays chauds n'est qu'une assertion qui ne repose pas sur des faits indiscutables; 2" que 'les fièvres exanthématiques sont ubiquitaires, plus fréquentes peut-être dans les climats péritropicaux que dans les nôtres, et que les typhus, bien que plus rares, existent cependant sous les tropiques ; 3° que, si la malaria sévit cruellement sous les tropiques, elle se montre non moins meurtrière dans certains pays chauds et tempérés, et que, si le sol est sa matrice, elle dépend, quant à sa gravité et à son extension, au second chef, de la chaleur atmosphérique. Celle-ci occasionne d'ailleurs, pour son propre compte, un certain nombre de maladies dans les i»ays tropicaux.
Enfin la proposition qui veut qu'un chmat soit, en général, d'autant plus salubre qu'il est plus éloigné de l'équateur, souffre un très grand-nombre d'exceptions. On sait qu'à latitude ég.de, et à climatologie égale, l'hémisphère sud du monde est bien plus sain que le septentrional. On a voulu attribuer ce surplus de salubrité à un excès de ventilation (Pauly), mais cette assertion manque également de preuves. Tout bien considéré, il est possible que les régions les plus malsaines du globe se trouvent de fait être situées sur la limite des pays tempérés et tropicaux, les régions chaudes, comme on les appelle; car elles offrent l'assemblage des causes morbiliques des uns comme des autres.
E. Lnfluence des races. Ce problème de premier ordre en nosogéographie n'est guère que posé, il est encore insoluble faute de données exactes. On peut admettre que les modifications biologiques imprimées aux différentes races humaines par la diversité des milieux géographiques correspondent à des variations sensibles dans la manière de réagir contre les causes perturbatrices de la santé, principalement quand ces causes limitent leur action à cette sorte de changement indéterminé qui est le résultat du médium ambiens. De là on conçoit que les maladies demeurant les mêmes pour le fond peuvent varier quant aux formes. Mais là-dessus il n'existe que des probabilités, et rien n'est définitivement établi.
En fait, l'immense majorité des maladies est commune à l'espèce et aux races humaines. Quant aux nombreuses immunités dont la race nègre est censée jouir sous les tropiques eu égard aux Européens, elles sont réelles, mais on les a exagérées. Suivant des statistiques anglaises, reproduites par Boudin, la mortalité des blancs serait, pour Sierra-Leone, à celle des noirs, comme 483 est à 30, c'est-à-dire 16 fois plus forte. D'autres statistiques empruntées par Lombard à la même source tendent à établir que la mortalité par suite des maladies Ihoraciques, notamment de la phthisie, serait plus grande, dans les pays intertropicaux, chez les nègres que chez les blancs, mais qu'en revanche les premiers seraient relativement très-épargnes par la malaria. Mais, sans avoir égard à ces statistiques qui sont d'avance frappées de nullité pour des raisons exposées ci-
dessous, nou> conclurons en acceptant la moindre fn'quence, chez les nègres d'Afrique, de la plilliisie pulmonaire et de la malaria, sans admettre avec Lombard (( l'immunité de la race éthiopique à l'égard de la malaria ».
En géne'ral les races sont égales devant les grandes épidémies, sauf pour la fièvre jaune. Le clioléra, la peste, les fièvres exanthématiques, semblent même sévir avec plus de violence sur les Hindous, les jaunes, les nègres, que sur les blancs. La vérole maltraite également toutes les races, ou mieux les races inférieures sont les plus sévèrement frappées par ce mal devenu nbiquitaire. Existet-il des formes bâtardes de la syphilis spéciale aux populations des tropiques, notamment aux nègres? C'est là une question qui demeure en litige (voy. Fram- BŒsiA et Syphilis). Certainement le nègre jouit d'une immunité relative assez grande vis-à-vis de la lièvre jaune. Disons toutefois qu'il est bien établi que celle-ci a souvent sévi sur les noirs, comme à la côte d'Afi ique, en Sénégambie, en 1776 (Schotte), en 1850 et 4859, en 1878-1879 dans la vallée du Bas-Mississipi, où la proportion des décès sur les nègres fut le quart ou le cinquième de celle des blancs, etc., etc. Ajoutons encore que certains observateurs ont mis cette immunité indéniable, en partie du moins, sur le compte de l'acclimatement susceptible de conférer ce privilège également aux créoles.
L'hépatite et la dysenterie régnent avec une fréquence presque égale sur toutes les races ; le typhus aussi, mais non la fièvre typhoïde, qui est plus fréquente chez les races blanches. Aux États-Unis le tétanos tuerait 5 fois plus de nègres que de blancs ; le coup de chaleur 3 fois moins, la lèpre 5 fois plus, les entozoaires 8 fois plus et le choléra infantile 5 fois moins. Mais quel est le degré de vérité de cette statistique basée pourtant sur des relevés officiels? Enlin, si les nègres sont, sous leur climat natal, ménagés par la phthisie pulmonaire, ne sait-on pas que leur immigration dans les pays froids et tempérés équivaut à leur sacrifice presque total pai- la même maladie?
Ne rayons pas cependant rimmunilc pathologique des races, par cela même qu'elle a été exagérée dans des proportions inouïes il y a un demi-siècle. De même reconnaissons-leur des particularités ou spécialités morbides : quelques affections de la peau : tonga, boubas (voy. ces mots), éléphantiasis, béribéri, peut-être la maladie du sommeil? La pathologie des races dites cuivrées ou américaines est encore presque inconnue : on dit que la phthisie serait rare parmi elles. D'ailleurs il leur manque encore d'avoir subi la grande épreuve de l'émigration en masse dans d'autres pays.
La pathologie générale et spéciale de la race jaune et de ses diverses variétés nous demeure tout aussi ignorée. Les Chinois, depuis un siècle, ont prouvé qu'ils jouissent d'une assez grande aptitude au cosmopolitisme : ce qui les fait redouter en Australie et dans l'Amérique du Nord, lis colportent avec leurs migrations deux hideuses maladies : la lèpre et la syphilis.
Une grande lacune à combler dans l'étude de la pathologie ethnique, c'est l'histoire clinique et l'état des maladies communes et vulgaires, chroniques, diathésiques, constitutionnelles, acquises ou héréditaires. L'influence héréditaire chez les races jeunes ou vieilles, noires ou blanches, chez les peuples sauvages ou civilisés, le résultat pathogénétique des croisements entre différentes races, le degré de vulnérabilité ou de résistance morbide des races primitives, vieillies, métissées, faibles ou énergiques, tous ces points et d'autres constituent autant de problèmes de géographie pathologique à poser et à étudier à l'avenir.
F. liSFLUENCE DES MIGRA.TIO'!<S, DES VOYAGES, DU COMMERCE, DE LA. NAVIGATION, CtC.
Le besoin de locomotion est un des éléments les plus puissants de la vie de l'homme et des sociétés : on l'a dit, les migrations sont une des fonctions de l'humanité. Aux migrations {voy. ce mot) en masse, aux invasions tumultueuses des peuples de l'Asie centrale vers l'occident, ont succédé de nos jours des émigrations partielles, disciplinées, qui ont pour but d'épancher le trop-plein des populations de l'Europe vers le vide du nouveau monde, des îles du Pacifique et de l'Australie, même un peu vers le sud de l'Afrique et l'extrême orient asiatique La race chinoise tend aussi à chercher un peu plus de place vers l'Amérique et 1 Océanie.
Les migrations ont un rôle nosogéographique qui commence à être connu : elles colportent et mélangent souvent des maladies nouvelles là oii elles étaient peut-être inconnues. L'Anglo-Saxon, l'Irlandais, l'Allemand, ont acclimaté avec eux sur le sol de l'Améiique du Nord les typhus pétéchial et récurrent ; le Français importe sur ses pas ordinairement les germes de la fièvre typhoïde ; par contre, l'émigrant hindou, avec ses légions de travailleurs, a transporté la fièvre récurrente (dite de Bombay) aux îles Mascareignes et ailleurs : peut-être est-ce lui qui a implanté le béribéri au Brésil et aux Antilles oiî il est nommé la « maladie des sucreries )> .
Les guerres ont opéré bien d'autres échanges de maladie, que nous ignorerons toujours, depuis la plus haute antiquité ; il en est de même des grandes invasions par lesquelles la pathologie des vainqueurs fut mêlée et croisée avec celle des vaincus et des Aborigènes. Les relations commerciales, par leurs voies de communication, sont encore de puissants moyens de propagation des épidémies et des endémies. Les caravanes qui jadis, bien avant notre ère et depuis, établissaient des rapports commerciaux à travers les cols élevés du Pamyr et des monts circonvoisins entre la Chine, l'Inde et l'Europe, colportaient avec leurs marchandises précieuses probablement la peste, peut-être le choléra, et à coup sûr contribuaient à disséminer les maladies, en les entremêlant, du sud et du nord, surtout de l'extrême orient et de l'occident. Plus tard le navire substitué à l'animal porteur du désert, mettant encore plus rapidement en communication les deux bouts du vieux monde, a servi de trop facile transport aux maladies comme aux ballots. Les navigateurs ont emmêlé la pathologie presque entière, ils ont semé la syphilis sur maint rivage, les lièvres exanthématiques, etc., et le vaisseau n'a que trop souvent abrité dans ses cales impures les germes de la peste, du choléra, de la fièvre jaune et de tant de terribles épidémies.
Sans doute un jour viendra où la locomotive franchira avec la vitesse de l'ouragan les steppes et les saharas de l'Asie. Quand l'Oural sera relié à la fourmilière chinoise, quand les plaines insalubres de l'Inde communiqueront par voie ferrée avec l'Asie Antérieure, qui peut prédire ce qui arrivera pour la peste et pour le choléra qui actuellement d'ailleurs ont des foyers si voisins l'un de l'autre? Sans redouter outre mesure une pareille perspective, la médecine publique aura charge de surveiller la marche des deux fléaux asiatiques, parce qu'ils auront toute facilité pour suivre les voies nouvelles qui leur seront si largement ouvertes dans un temps forcément voisin du nôtre.
On a longtemps regardé comme une sorte de fatalité la marche de l'orient vers l'occident des principales épidémies, ncftamment de la peste et du choléra. Rien ne nous dit que la première n'ait pas souvent reflué vers l'orient au travers du Pamyr et des défilés du Turkestan : on sait que le choléra se répandit d'abord
vers le sud-est de l'Asie, en Indo-Chine, en Malaisie, avant de visiter l'Europe au commencement de ce siècle. En tout cas, la fièvre jaune a suivi une marche presque inverse, en s'étendant d'abord au nord et au sud de l'Amérique, puis à l'Afrique et à l'Europe. Il n'est qu'une loi pour la marche des épidémies, c'est la direction prépondérante des courants humains. Les grands fléaux pathologiques suivent la piste des grandes collections d'hommes en locomotion, l'épidémie obéit au mouvement. De là une fatale tendance des épidémies actuelles à se concentrer sur l'Europe qui les attire, comme par aspiration, avec les richesses et les produits de toutes les parties du monde.
Il est donc de toute évidence que l'espèce humaine est elle-même, par son besoin de mobilité, la cause prépondérante du changement dans son cadre nosogéographique. L'homme, sous ce rapport, joue un rôle analogue à celui qu'il remplit dans la dissémination des plantes et des animaux dont il a maintes fois changé les habitats et les centres principaux. Ces vues sont sans doute fort éloignées des idées propres à certaines écoles. « Comme les anges exterminateurs des Livres Sacrés, les épidémies s'abattent, quand l'heure a sonné, sur les réunions d'hommes, et couchent dans la tombe des générations entières. Leur tâche accomplie, elles disparaissent sans qu'on puisse dire si leur retraite est temporaire ou définitive » (Anglada). Moins de déclamation et plus de science servent mieux la cause de la vérité et du progrès.
G. Esquisse d'une MAPPE-M0^DE pathologique. On ne saurait aujourd'hui faire pour la nosogéographie que ce que fit Linné en dessinant à grands traits les grandes régions bjtaniques du globe. Pour le naturaliste européen arrivant soudain au milieu des terres tropicales, rien n'est éblouissant comme le changement profond qui apparaît dans la flore ainsi que dans le ciel de ces régions nouvelles pour lui. De même le médecin venant de l'Europe occidentale sous les tropiques sera frappé de l'aspect étrange des maladies du nouveau pays. Tout d'abord il se trouvera face à face avec le sphinx de la malaria, aux attitudes protéiformes, aux manifestations pernicieuses aussi diverses que perfidement trompeuses. Néanmoins, si, par exception, il aborde les îles de la Polynésie, situées cependant sous les rayons verticaux du soleil, il les verra presque indemnes du miasme paludéen.
Puis viendront les maladies de la digestion : la diarrhée, la dysenterie tropicales, qui causent à elles seules la moitié de la mortalité des Européens; qu'il prenne garde, car ces maladies, avec celles du foie, ont une allure insidieuse souvent latente qui amène sûrement la lésion mortelle. Sur ce sol inondé de flots calorifiques et lumineux, couvert de fleurs et de fruits superbes, qu'il se méfie : de ces terres et de ces eaux enchanteresses s'exhale un souffle qui porte la mort sur ses ailes empoisonnées ; là fourmillent encore d'innombrables légions de parasites cherchant l'homme pour le dévorer : Latet anguis in herba. Presque partout il aura sous les yeux l'image de l'anémie tropicale et cette physionomie blême de l'homme blanc, stigmate inévitable de ces dévorants climats.
D'autres formes morbides inaccoutumées lui apparaîtront : au sud-est de l'Asie le spectre livide et glacé du choléra, parfois difficile à distinguer des fièvres pernicieuses cholériformes ; à l'occident, au sein des mers Caraïbes ou sur le littoral du golfe mexicain, le masque jaune du vomito negro; ailleurs, les fantômes étrangement délirants des typhus bilieux et récurrents pourront dérouter sa perspicacité insuffisamment éveillée. A côté se placent des morts soudainement terribles, les accidents du coup de chaleur et les sidérations
(le la fièvre de soleil. La dengue aux bizarres allures de récurrence pourra parlois passer sous ses yeux ; il verra aussi le chaos des fièvres dites bilieuses, climatiques, ardentes, etc. Il constatera la fréquence des éléphanliasis, de la lèpre vraie, de quelques maladies cutanées spéciales. Par contre il sera frappé de la rareté des maladies aiguës de la respiration, de la circulation, et même de la plithisie pulmonaire. Semblables à des oasis dans le désert, il trouvera dans la zone torride quelques altitudes situées entre 2000 et 3000 mètres, véritables sanatoria, ordinairement exemptes de maladies tropicales, oii l'Européen anémié et fléchissant sous le poids de la chaleur vient chercher du repos, de l'invigoration ou une convalescence souvent illusoire {voy. Sanatorium). En général, c'est le littoral des pays tropicaux qui est le plus dangereux : les altitudes et même parfois l'intérieur des continents jouissent d'une assez grande salubrité.
Dans la zone chaude ou péritropicale notre observateur rencontrera l'entrecroisement des maladies des pays tropicaux et tempérés. Celle de l'hémisphère sud est relativement saine, mais celle du nord est extrêmement fertile en malaria, en typhus, en fièvres exanthématiques, en phthisie, voire en fièvre jaune à i'ouest, en choléra et en peste à l'orient. Cette zone chaude septentrionale est, en réalité, la boîte de Pandore de la nosogéographie. Inutile d'ajouter que les régions tempérées des deux hémisphères offrent le tableau classique de nos espèces morbides , celui qui sert de modèle pour l'étude comparative des autres, et que l'australe, d'ailleurs très-réduite, est plus salubre que la boréale. Les régions glaciales sont affranchies de quelques maladies : la malaria, la phthisie et les maladies zymotiques y sont plus rares : on y souffre terriblement du froid et des congélations. En définitive, l'homme, rabougri par le milieu, appartenant aux races jaunes en Asie et à la race esquimale en Amérique, y languit, en usant une dure existence dans la lutte implacable contre le sol et le ciel. Près des pôles, les ressources alimentaires des pauvres habitants se réduisent à la chair de quelques rares animaux : rennes nourris de Cladonia rangiferina, l'unique végétal des glaces polaires ; phoques, morses, ours blancs, baleines et eider ; on ne connaît que bien peu le cadre de leurs maladies.
Ainsi les zones chaudes et tempérées ont le plus grand nombre de types pathologiques ; mais c'est peut-être sous les tropiques que domine la gravité des maladies, surtout pour les Européens. Telle est, quant à présent, la simple esquisse des différentes cartes pathologiques composant la mappe-monde médicale. On en peut facilement tracer les contours, mais le dessin complet est trèsdifficile à présenter aujourd'hui, faute de données exactes et suffisantes. En attendant le lecteur devra se reporter à chaque article du Dictionnaire encyclopédique où. il trouvera le développement de ce que nous n'avons pu qu'effleurer ou indiquer dans cette introduction générale à l'étude de la nosogéographie.
Mahé.