IV. MALADIES DES ORGANES ET DES APPAREILS
A. Maladies principales des organes de la respiration. On a affirmé que le catarrhe bronchique et la bronchite elle-même étaient surtout des processus a frigore, des maladies climatériques (A. Uirsch), beaucoup plus que la pleurésie et la pneumonie. Peut-être effectivement la cause dos premières affections estelle plus indépendante de la géographie que celle des secoiules; mais ce n'est qu'une question de fréquence relative ou de degré, car les trois sortes d'inllammations se manifestent très-ordinairement sous l'empire des mêmes circo.'islances extérieures.
Pneumonies, pleurésies, bronchites. Voici quelques données propres à montrer ce que l'on sait de la prédominance des maladies précitées, notamment de la pneumonie dans divers lieux pris sur des points différents du globe. C'est un extrait du tableau de A. Hirsch {Handbuch der histor-geographisch. Pathologie, Bd. Il, p. 27).
Sur un millier d'habitants on a constaté les chiffres suivants de mortalité par pneumonie et pleurésie : à Copenhague 1,7; à Hambourg 2,1 ; à Berlin 1,5; à Halle 2,3 : à Dresde 0,4 ; à Wurzbourg 1 ,5 ; en Angleterre 1 ,3 ; à Londres 1,7; à Edimbourg 1,6; dans le canton de Zurich 2,1 ; à Genève 1,5; à Paris 2,5; à Turin 2,2; d;ins lesmaremmesde Toscane 5,8; à Malte 0,5 ; à Sainte-Hélène 0,8; à la Nouvelle- Arkhangel 2,5 ; à Bostonl, 3 ; à New-York 1,6 ; à PhiUuielpliie 1,1 ; à Baltimore 0,8; à Memphis 2,5; à la Nouvelle-Orléans 1 pour les blancs et 0,8 pour les nègres, etc.
Des données plus récentes empruntées au livre de Lombard, pour ce qui regarde l'Europe, fournissent les résultats suivants quant à la fréquence de la bronchite, de la pleurésie et de la pneumonie.
Dans la zone circompolaire, au Spitzberg, à la Nouvelle-Zemble, dans le nord de la Sibérie, en Laponie, on a accusé la fréquence des bronchites, comme d'ailleurs dans les zones parallèles du continent américain. Les Esquimaux, les Groënlandais, les Lapons et les peuplades de la Sibérie asiatique glaciale, sont
sujets à une bronchite épidéniique de la fin du printemps ou du commenceraeiil de l'été, appelée influenza arctica, à cause de sa ressemblance avec la grippe, sorte de grippe de dégel qui est souvent grave et se complique d'aliections parfois mortelles. D'ailleurs elle ne se lésout pas toujours et dégénère en bronchite chronique simple. En Islande cette influenza bronchique et climatérique occasionne une grande mortalité sur les enfants et les vieillards, ainsi que dans les îles Féroë. Les pleurésies et les pneumonies sont d'ailleurs assez fréquentes dans ces deux locaUtés.
En Norvège la bronchite e?t très-fréquente comme la pleurésie et la pneumonie ; il en est de même en Suède , en Danemark , etc. En Finlande les maladies inflammatoires de la respiration sont aussi nombreuses que fréquemment mortelles : à Pétersbourg, la mortalité par les trois maladies a fourni les 130 millièmes des décès totaux, dont 116 millièmes par la pleurésie et la pneumonie. Celte mortalité dépasse celle des autres villes du nord de l'Europe et serait due à la permanence du catarrhe pulmonaire durant toute l'année parmi les habitants de celte capitale. Les catarrhes pulmonaires aigus et les fièvres dites fièvres catarrhales seraient, dit-on, particulièrement communs dans les provinces baltiques rnsses (Eslhonie, Livonie, etc.). Dans la vaste étendue de l'empire russe les pleurésies et les pneumonies sont très-répandues dans le nord et dans ie centre particulièrement : elles diminuent de nombre et de gravité dans les régions méridionales. En Hollande les trois maladies donnent les 76 millièmes des décès; les 80 millièmes à Amsterdam. Le chiffre des décès par pneumonie est des 57 millièmes dans la capitale des Pays-Bas. Voici d'ailleurs des tableaux comparatifs qui sont instructifs sous le rapport de la fréquence et de la mortalité relative dans quelques villes du nord de l'Europe.
1" Les villes danoises donnent les 70 millièmes de la mortalité totale, pour l'ensemble des trois maladies; viennent ensuite : 2° Amsterdam avec 79 millièmes; 5° Copenhague avec 101 millièmes; 4° Christiania avec 112 millièmes; 5" Londres avec 154 millièmes; 6" Stockholm avec 195 millièmes, et Glascow avec 214 millièmes. Pour ce qui est du chiffre des décès par la seule pneumonie, nous avons Copenhague avec iOl millièmes, Christiania avec 76 millièmes, Paris avec 68 millièmes, Amsterdam avec 57 millièmes, Londres avec 53 millièmes,Glascow avec 49 millièmes et enfin Edimbourg qui n'a que 27 millièmes. Bruxelles donne 45 millièmes. L'ensemble de la mortalité par la bronchite, la pleurésie et la pneumonie donne 105 millièmes dans toute la Belgique, ce qui est une proportion intermédiaire ou moyenne.
Les pneumonies, les bronchites et les pleurésies sont, ainsi que toutes les maladies aiguës des poumons, très-répandues et Irès-graves dans les trois royaumes constituant l'Angleterre actuelle. Si l'on compare la mortahté par la bronchite et la pneumonie en Angleterre avec celle que l'on observe en d'autres pays, on voit qu'elle est beaucoup moins forte dans la Grande-Bretagne qu'en Hollande et en Belgique, tandis que les deux maladies soldaient plus répandues dfins les trois capitales que dans celles des pays du Nord (Lombard).
En France, malgré la pénurie des renseignemenls, on trouve que la pneumonie donne les 70 millièmes du total de la mortalité, dans les principales villes françaises ; ce qui est un chiffre plus élevé que ceux de Londres 53 ; d'Amsterdam 57 ; de Glascow 49; de Bruxelles 43; et surtout d'Édimboug 27. La bronchite fournirait, dans les mêmes villes principales de la France, les 48 millièmes de la mortalité d'ensemble; d'où il résulterait qu'il n'y a que
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les villes d'Amsterdam et de Christiania qui domieraient une mortalité supérieure à celle des villes françaises.
En Allemagne (l'empire allemand avec l'Autriche allemande) les trois maladies sont aussi communes; mais les relevés et les cliil'fres de chaque localité sont si nombreux et si divers qu'il est impossible d'en tirer aucune conclusion. Les trois inflammations pulmonaires aiguës dont il s'agit sont communes en Suisse, plus encore à l'ouest qu'à l'est. Leur fréquence augmente avec l'altitude et atteint son maximum vers 1200 mètres (Lombard) dans les hautes vallées. Il existe dans les régions montagneuses une pleurésie spéciale fort grave, souvent mortelle, qui a été décrite sous le titre iValpenstich, plenritis pestilens, maligna et contagiosa, à forme typhoïde, parfois épidémique
En Italie, dans la province de Turin, les trois maladies ont donné les 54 millièmes des décès, et les 55 millièmes pour la seule ville de Turin en 1871. Les récentes statistiques deSormani ont établi que la bronchite, la pneumonie et la pleurésie ont donné, pour 10 villes et dans la décade de 1869-1 878, la proportion élevée des 144,5 millièmes des décès. En dehors de la bronchite très-m^■urtlière, la pneumonie a fourni un chiffre plus élevé que dans les autres villes d'Europe , Aux premiers rangs figurent Mantoue, Naples, Gènes, Rome, Catane tient le milieu. — On manque de statistique pour l'Espagne et le Portugal. Cependant on sait que les maladies aiguës du thorax sont communes au nord et au centre de l'Espagne : à Madrid. A Malaga elles ont fourni les 119 millièmes des maladies aiguës : à Lisbonne les bronchites donneraient les 42 millièmes des morts, et la ville serait aussi peu épargnée que celles du nord de l'Europe.
La Hongrie serait au premier rang pour les maladies aiguës pulmonaires qui y seraient très-graves et ont donné le tiers de la mortalité en 1874 (Schlesinger) dans la ville do Buda-Pesth. Même fréquence en Roumanie. La Turquie d'Europe, bien que les renseignements statistiques nous manquent, offre un grand nombre d'affections bronchiques et pneumo-pleurétiques, piincipalement dans les régions des Balkans à température très changeante. La Grèce, comme au temps d'Hippocrate, est fertile en maladies aiguës de la poitrine, quoique les bronchites et les pneumonies en 1877 n'aient donné que les 14 millièmes delà mortalité à Athènes. Les troupes anglaises des îles Ioniennes y furent fort éprouvées par ces affections dont la gravité cependant ne fut pas proportionnée à la fréquence (Lombard).
Les statistiques de A. Hirsch et celles de Lombard ne sont pas, tant s'en faut, toujours concordantes dans leurs résultats, notamment sur le sujet qui nous occupe. Et d'ailleurs de combien de causes d'erreurs ou de différences ne sont pas hérissés les calculs mis en œuvre avec les matériaux de ces statistiques ! Des diagnostics divers, souvent fort différents, des dénominations variées, des enregistrements erronés, en tout cas basés sur des modes contraires et divers, des errements incertains ou suivis en sens inverse, une presque universelle insuffisance des chiffi-es qui doivent ici porter sur des milliards de cas et pendant des centaines d'années, tels sont les éléments manifestes dont la discordance frappera certainement longtemps encore de nullité les résultats de statistiques entreprises dans de pareilles conditions.
Si pourtant il est permis d'accorder quelque créance aux chiffres sus-mentionnés
il sera aisé de voir que les broncho-pneumonies et les pleurésies ne sont p&s
toujours absolument dépendantes, en Europe, du climat et de la latitude
géographique, pas plus qu'elles ne sont en rapport direct avec la chaleur ou les
ignés isothermes. Lee localités et les circonstances sociales générales exerceiît
sans doute une grande influence sur la fréquence et la gravité des maladies aiguës pulmonaires dont il s'agit.
Nous ne possédons que les documents plus qu'incomplets sur la prédominance des mêmes] maladies en ce qui concerne les autres parties du monde, notamment pour l'Asie. En Asie Mineure et en Syrie, sur les montagnes du Liban, comme sur les plateaux élevés de l'Arabie, la pneumonie, la bronchite et la pleurésie se présentent assez fréquemment pendant la saison froide et au printemps. Il en est de même dans les régions du Caucase, de l'Arménie et du nord de la Perse, oi\ la bronchite principalement est fort commune. Les maladies aiguës de poitrine seraient assez rares dans le Tnrkestan et l'Asie centrale, malgré les énormes oscillations de la température; elles sont communes en Afghanistan et au Cachemire.
Règle générale, assez rares près des côtes maritimes et dnns les plaines de l'Asie antérienre, elles sont communes et graves sur les plateaux élevés et dans les reliions monhiprueuscs. Dans l'Inde antérieure la bronchite est très- commune sur les hauts plateaux et dans les contre-forts de l'Himalaya, des Gatthes et des montagnes du nord-ouest de la péninsule. Mais la pneumonie est d'une trèsgrande rareté dans l'Inde. Elle n'y est cepeudant pas inconnue, et Morehead en décrit ime variété adynamique, avec crachais parfois gangreneux, qui sévit sur les indigènes de Bombay profondément impaludés ou débilités par des maladies antérieures ou la misère.
Dans les parties élevées de l'Inde supérieure, dans l'Himalaya la plenrésie et la pneumonie ne sont pas rares, ainsi que dans l'île de Ceylan, sur les indigènes comme sur les soldats anglais. L'effectif des troupe a donné, pour la pneumonie dans l'Inde, les 4 millièmes de mortalité dans la province du Bengale, les 2,6 à Bombay et les 2 millièmes à Madras; ce qui est une proportion assez élevée. La pneumonie sévit plus sévèrement sur les troupes asiatiques que sur les européennes.
L'Inde postérieure ou ludo-Gliine (Malacca, Siam, Cambodge, Cochinchine, Tonkin) présente quelques épidémies de bronchite sur les hanteurs, mais trèsrarement des pleurésies et des pneumonies; il en serait de même de l'Archipel malais et des Philippines. En Chine les bronchites et les pneumonies sont communes durant l'hiver à Pékin oîi elles ont une tendance à la terminaison caséeuse (Morache); elles régnent aussi fréquemment sur les points connus des Européens sur la côte nord-est de l'Empire jusque vers le sud, à Amoy, par exemple. Elles sont, en somme, communes dans le nord, assez fréquentes dans le centre, et plus rares vers le midi de la Chine. Elles sont loin d'être lares au Thibet et en Mongolie. Au Japon les pneumonies sont fréquentes pendant la saison froide.
Les affections inflammatoires et catarrhales des voies respiratoires sont communes à Sydney, ce qui tient aux changements si brusques de température et à l'humidité qui est souvent très-forte, ce sont : les bronchites, les pneumonies et les pleurésies qu'on observe le plus fréquemment (Bourse). Ceci s'apjdique d'ailleurs à presque tout le continent australien et à la Tasrnanie. La pneumonie est grave et fréquente à la Nouvelle-Zélande (Lombard) ; elle serait fréquente aux îles Gambier (Lesson) ; les pneumonies n'y sont pas rares et les pleurésies y sont plus communes encore de même que les bronchites (Le Borgne, 1868). Eu Nouvelle-Calédonie la bronchite, la pleurésie et la laryngite ne sont pas rares pendant la saison fraîche parmi les indigènes; elles régnent aussi sur les Européens. En résumé les maladies aiguës de la poitrine ne sont pas rares en
Polynésie; elles sont souvent adynamiques et ataxiques, moins intlammatoiies qu'en Europe.
En Afrique nos renseignements positifs sont presque nuls. A Maurice et à la Réunion, uux Seycheiles, les pleurésies cl pneumonies ne seraient pas très-raies (Allan, Dutroulau). L'Egypte jouit d'une immunité relative assez grande, tandis que sur les hautes régions de l'Abyssiuie et dans l'intérieur du continent africain vers le sud (par 15", 25 latitude sud), les inflammations pulmonaires seraient, avec la malaria, les maladies les plus communes (Livingsloiie). Les Hottentots du Cap y seraient aussi très sujets alors que les Européens y seraient épargnés relativement.
La pleurésie et la pneumonie ne sont pas rares sur les indigènes de la côte occidentale d'Afrique, de Benguela à Sierra-Leune. Au Sénégal les maladies aiguës des organes respiratoires comptent parmi les plus graves sur les indigènes (Thévenot, RalTenel). D'après Bérenger-Féraud les bronchites donneraient les 55 millièmes et les pleuro-pneumonies les 11 millièmes du total des malades parmi les troupes au Sénégal, où elles seraient plus communes sur le bas que sur le haut du fleuve. En Algérie elles sévissent aussi sur les pentes de l'Atlas, sur ses hauts plateaux, dans les plaines du littoral (Catteloup), sur les Arabes voisins du Sahara (Bertherand). Les statistiques des maladies rie l'armée française établissent que les trois maladies thoraciques sont plus rares de la juoitié ou des deux tiers eu Algérie qu'en France. La pleurésie et la pneumonie ne sont pas rares à Madère (Kiimpfer). Les trois maladies sont fort rares au Maroc.
En Auiérique la prédominance des maladies pulmonaires aiguës est mieux connue pour ce qui regarde la partie nord de ce continent. Suivant A. Ilirsch elles seraient rares dans l'Amérique ci-devant russe, parmi les Esquimaux et au Groenland. Au rapport de Lombard, au contraire, elles seraient trèsfréquentes parmi les Esquimaux et les Groënlandais, chez lesquels règne épidémi(|uement Vinfluenza arctica qui y fait des victimes à l'état aigu et chronique, tandis que la phthisie pulmonaire y serait presque inconnue. Dans l'Amérique russe cédée récemment aux Américains, à l'ile Sitka, les plemo-pneumonies régnent parles vents du nord et de l'est (Romaiiowski, 1842). Au Cimada les maladies pulmonaires aiguës sont fréquentes ; les bronchites font les 13 millièmes, les lésions du poumon, les 66 millièmes de la mortalité. A Terre-Neuve les pneumonies ne font que les 8 millièmes, mais les bronchites chroniques y sont tellement fréquentes qu'avec les aiguës elles donnent le chiffre exceptionnel des 233 millièmes (Lombard).
Les Etats-Unis du Nord donnnent à peu près les mêmes proportions que les contrées d'Europe pour les maladies inflammatoires de la respiration ; cependant elles sont un peu plus rares vers les États du sud et du littoral du golte du Mexique. Dans quelques États comme l'Arkansas, le Tennessee, l'Alabama, les pneumonies donneraient les 194 millièmes de la mortalité. La moyenne de tous les États occasionnée par les trois maladies serait des 92 millièmes (Lombard).
L'Orégon et la Californie, nous dit A. Ilirsch, à titre d'exceptions jouiraient d'une immunité remarquable vis-à-vis des inflammations pulmonaires, d'après tous les observateurs. D'un autre côté nous apprenons que les bronchites aiguës et chroniques sont très-fréquentes à San-Francisco. tin 1873 l'obituaire a donné 228 cas de mort par pneumonie , presque tous chez les enfants et chez les jeunes geus de vingt ans (Bourse, Archives de me'd. nav., 1876, t. XXV).
Au Mexique, les inflammations respiratoires ne sont pas rares sur les plateaux.
dans les tierras frias et tompladas. Au Mexique les bronchites sont fréquentes. Les pleurésies et les pneumonies auraient occasionné jusqu'aux 123 millièmes des décès. Les inflammations aiguës thoraciques donneraient le 8** ou le 9' du total des décès (Lombard). Elles sont assez fréquentes dans certaines îles des Antilles, sur les hauteurs (Guadeloupe); sur les races blanche et nègre.
La pneumonie et la pleurésie ne seraient pas rares dans les Guyanes, au Brésil sur les côtes comme dans l'intérieur, au Pérou et au Chili dans les hautes vallées des Andes et sur le littoral, surtout dans les régions orientales du Rio de la Plata, où elles appartiennent, comme les catarrhes bronchiques, aux affections les plus communes. Au Brésil, les bronchites seraient relativement rares, quoique les pleurésies et pneumonies y soient graves et répandues chez les enfants et chez les adultes. La Plata est caractérisée par la fréquence des bronchites et pour la proportion moyenne des pleuro-pneumonies qui donnent les 40 millièmes de la mortalité, comme Bordeaux et Francfort. Les statistiques de Lima attribuent les 40 millièmes de la mortalité aux pleuro-pneumonies; celles de l'hôpital à Yalparaiso vont jusqu'aux 189 millièmes (Lombard). Les bronchites et pleuro-pneumonies sont ti'ès-répandues dans les régions de la Patagonie et de la Terre de Feu.
Quelque incomplets, quelque contradictoires même que soient les documents précédents, on peut en tirer, vis-à-vis des catarrhes bronchiques et des bronchiLes une conclusion formulée par A. Hirsch, dans les termes suivants : « Les affections catarrhales des organes de la respiration deviennent d'autant plus fréquentes que l'on s'élève davantage des régions tropicales vers les latitudes plus élevées; le maximum de leur fréquence se trouve dans les zones froides et tempérées, et en général on le rencontre là oia, à côté d'un climat froid et humide, il existe de fréquents changements de température violents et subits. »
Cette proposition peut, avec quelques restrictions, s'appliquer à la distributien géographique de la pneumonie et de la pleurésie. Vainement A. Hirsch voudrait-il invoquer quelques statistiques plus qu'incomplètes tendant à établir que la morbidité et la mortalité sur les troupes anglaises seraient plus élevées aux Antilles qu'en Angleterre, et même sur les noirs que sur les blancs. Tout médecin qui a pratiqué et observé dans les pays tropicaux sait combien ces deux maladies y sont relativement rares, sauf dans quelques localités spéciales. On sait d'ailleurs que la même rareté existe dans les régions glaciales. Dans les pays chauds, péritropicaux, la fréquence de la pleurésie et de la pneumonie est bien connue; en Algérie, dans l'Asie antérieure, etc. Elle résulte des alternatives brusques et considérables de la température, comme dans les climats dits tempérés. On soupçonne, mais on n'en a point encore démontré l'existence, des rapports assez importants entre les éléments hydrogéologiques du sol et certaines épidémies de pneumonie [voy. Sol).
A-t-il existé à l'état épidémique, et existe-t-iî encore des pleuro-pneumonies dites typhoïdes? Suivant A. Hirsch, l'histoire de cette maladie remonterait au seizième siècle et comprendrait une foule d'irruptions épidémiques dont il donne de longs tableaux. Ce serait une maladie infectieuse aiguë, à marche très-rapide, à terminaison funeste dans l'espace de trois à quatre jours. Elle serait remarquable par l'altération prononcée des ganglions bronchiques, résultat d'une sorte d'infection analogue à celle des glandes mésentériques de la fièvre typhoïde; elle a régné, d'après Hirsch, en Itahe, en France, en Suisse, en Allemagne, en Hongrie, en Angleterre, dans la Scandinavie, en Amérique dans les États-Unis du Sud et du Nord.
La pneumonie malarienne [Malarial pneumonie) ou paludéenne comprend deux variétés de cette affection : 1" la coïncidence ou coexistence des deux maladies, fièvre paludéenne et pneumonie; 2° la pneumonie développée chez des individus atteints de cachexie paludéenne. La première sorte ne mérite aucune considération spéciale. La deuxième est un processus passif pour amsi dire, tout à fait adynamique, latent, insidieux ; elle se rencontre principalement dans certains districts à malaria comme aux États-Unis, dans la vallée du Mississipi, à la Nouvelle-Orléans, où elle sévit avec intensité sur les Indiens comme sur les nègres et les blancs, au Brésil, en Algérie (sous les deux formes), dans les maremmes de la Toscane, dans l'Inde (à Bombay, d'après Moiehead), etc.
Catarrhe estival. Hay fever. Il existe une sorte particulière de catarrhe bronchique qui paraît tenir à quelque circonstance géographique encore peu connue, c'est l'affection désignée sous les noms de Catarrhe estival, Haij fever, Summerasthma, fièvre de foin, Heufieber, etc. Ces dénominations indicjuent suffisamment l'idée que l'on s'est faite sur la nature de cette maladie. Elle semble tenir à la fois de l'asthme et de ïinfluenza et a une tendance prononcée à récidiver chaque année chez les personnes qui en ont subi les premières atteintes. Signalé d'abord du temps d'Heberden, puis bien décrit par Rostock, l'asthme d'été est assez commun en Angleterre, où on l'a décrit au mot Asthme. Il a été signalé en Angleterre par plusieurs médecins, en Amérique (Cincinnati, Philadelphie) par Drake, etc. ; en Allemagne, par Phœbus ; en France, par Dechambre et quelques autres. Mais là se bornent nos connaissances sur l'étendue géogi aphique de cette sigulière affection. Pour les autres maladies de la respiration voy. Coqueluche, GiuppE, Phthisie pulmonaire, etc.).
B. Maladies des orgaives de la circulatioiv. L'insuflisance actuelle de la statistique ne permet pas de tracer la distribution géographique des maladies de ce groupe. Cependant notre expérience personnelle nous permet de penser qu'elles sont beaucoup moins communes dans les pays chauds que dans les pays tempérés, surtout dans les régions tropicales, non-seulement sur les races colorées indigènes, mais encore sur les Européens acclimatés et sur les créoles.
La péricardite et l'endocardite qui, on le sait, sont fort dépendantes, surtout la dernière, du rhumatisme polyarticulaire aigu, paraissent beaucoup plus rares dans les pays intertropicaux que dans les pays tempérés malgré les assertions de A. Hirsch et de Lebert qui ne reposent que sur des données insuffisantes. Les affections organiques du cœur et des gros vaisseaux sont spécialement fréquentes en Australie (Bourse); il en est de même en Nouvelle-Zélande. En Chine on a constaté une égale fréquence chez les Européens, puisque la mortalité par suite des maladies du cœur ne serait pas moindre de 151 millièmes du total des morts à Shanghaï.
Nous pensons qu'il n'est pas possible de s'en référer à de pareilles statistiques, si insuffisantes par l'exiguïté de leurs nombres, ainsi que par le manque de circonstances explicatives. En faisant appel aux souvenirs et à l'expérience des médecins qui ont observé dans les pays tropicaux, on ne manquerait pas de recevoir une réponse conforme à ce que nous avons déjà dit plus haut, à savoir l'affirmation de la rareté relative de toutes les maladies du cœur dans ces contrées aussi bien des maladies organiques (sténoses et valvulites chroniques) que des lésions plus aiguës.
On a avancé que les maladies organiques du cœur étaient plus spécialement
communes dans les pajs montagneux, sur les liauls plateaux, comme dans les Alpes, en Perse, au Mexique, et c'est ainsi que l'on a attribué la Iréquonce des hyperlropliies et des dilatations cardiaques aux excès de l'aligue corporelle occasionnée par l'ascension des montagnes. C'est un point à vérilier.
Il existe une péricardite spéciale décrite surtout par les observateurs russes, c'est la scorbutique {vuy. Scorbut). Elle a été bien décrite par Seidlitz, Himmelstiern et Krebcl pour la Russie du Nord, les rivages de la Baltique et Sainl- Pétei'sbourg, puis par lieinricli à Sébastopol en 1849. Elle semble endémique dans certains gouvernements de la Ruïsie concurremment avec le scorbut auquel elle est intimement liée; elle fait ses apparitions particulièrement au printemps. Sporadique en d'autres endroits du globe, elle semble dépendre principalement des conditions de froid et d'bumidité du climat.
Les maladies des artères et des veines ne sont pas mieux connues que celles du coeur dans leur distribution géographique. On a dit que les anévrysmes étaient plus spécialement communs chez certains peuples du nord, chez la race anglo-saxonne, en Australie aussi bien qu'en Angleterre et aux Etats-Unis. Cela est probable, mais demanderait cependant à être établi sur des bases plus solides qu'une simple assertion. La dégénérescence artérielle n'est pas plus fréquente chez les Hindous que chez les autres races (Treille). On pense que les anévrysmes sont relativement rares chez l.i race nègre et chez les races colorées. Sont-ils moins fréquents dans les pays tropicaux que dans les tempérés? Cela est probable, mais non prouvé.
Si nous avons recours, pour éclaiier la question géographique des maladies du cœur, à la statistique actuelle, voici ce que nous trouvons dans le récent ouvrage de Lombard.
Ea Europe, la Norvège donne les 16 à 17 millièmes de la mortalité occasioiméc par les maladies organiques du cœur et des gros vaisseaux. Le Danemark fournit les 52 millièmes à Copenhague et les 20 millièmes pour les autres villes; Pétersbourg donne les 20 millièmes; en Hollande, Amsterdam donne les 29 millièmes sur une moyenne des 18 millièmes; la Belgique donne les )9 millièmes avec l'énorme proportion des 68""", 5 pour Bruxelles ; l'Angleterre fournit les 45 millièmes; l'Ecosse, les 57 millièmes et l'Irlande, les 51 millièmes, mais Londres atteint les 42 millièmes; Edimbourg, 49 millièmes.
Les chilfres de la France sont de 29 millièmes et de 27 millièmes seulement pour Paris. L'Allemagne offre une moyenne de 25 millièmes, dont 20 millièmes pour les villes du nord, 26 millièmes pour celles du centre et 55 milliètues pour les villes du sud. La Suisse atteint les 50 à 40 millièmes. En Italie, Turin a donné 49 millièmes et Jlilau G4 millièmes. D'après Sormani les maladies de la circulation donnent pour vingt villes d'Italie la proportion élevée des 58,5 millièmes de la mortalité totale. A elles seules les cardiopathies dites vices du cœur fournissent les 45 millièmes. La mortalité la plus élevée se trouve en Lombardie, en Vénétie, en Ligurie, en Toscane et en Calabre. Les varices, cjmme en France, sont plus communes dans les pays de plaines que dans les montagnes. Elles seraient moins fréquentes qu'en France (:: 11 : 19). La Hongrie a donné les 17 millièmes pour l'année 1874; Athènes enfin, les 48 millièmes. On manque de statistique pour l'Espagne et le Portugal, pour la Pologne, la Roumanie et la Turquie d'Europe.
Dans l'Asie antérieure et dans l'Inde les maladies du cœur sont de fréquence moyenne. Le Canada a fourni les 57 millièmes y compris les maladies
du sung; les États-Unis, les 55 millièmes; le Mexique, un minimum de 9 à 10 millièmes. Au Brésil, la statistique de l'hôpital de la Miséricorde a donné les 55 millièmes et celle de l'hopilal de Montevideo, le chiffre fort considérable des 47 millièmes. D'ailleurs, les affections du cœur ne seraient pas rares sur les rives de la Plata, au Chili, oij elles seraient plus communes qu'en France (Lafargue), sur les hauteurs du Pérou (Lombard).
Très-rares en Egypte (Pruner), plus fréquentes dans le haut Nil, formant les 10 millièmes seulement à Alger, elles seraient d'une fréquence exceptionnelle au cap de Bonne-Espérance, de même qu'à Maurice, où prédominaient singulièrement les dilatations des oreillettes du cœur (Chapotain, 1812).
Toutes ces statistiques, malgré leur fausse apparence de précision chiffrée, ne changent guère la somme fort exiguë de nos connaissances sur la distribution géographique des maladies de la circulation. Quelquefois même elles conduiraient à des résultats étranges et plus qu'invraisemblables, si nous ne connaissions les réserves préalables qu'il convient de faire, sous maint rapport, relativement à la statistique en général, et spécialement vis-à-vis de l'insullisancc manifeste de celle qui concerne notre sujet. C'est d'ailleurs là un point essentiel qui sera traité sommairement dans les considérations générales qui termineront cette section de nosogéographie.
C. Maladies du système uropoiétique. La géographie pathologii[ue des maladies des reins serait fort intéi'essante à étudier, si les documents ne faisaient pas à peu près complètement défaut. Voici les quelques renseignements qu'il a été permis de recueillir sur ce sujet.
D'abord on a avancé, qu'en raison de la solidarité qui existe physiologiquement entre les fonctions des reins et celtes de la peau, les premiers devaient subir un certain degré d'atrophie dans les pays chauds, et peut-être un peu d'hypertrophie dans les pays froids. Ces vues ont paru se confirmer par quelques fiiits d'atrophie rénale contractée dans les climats chauds à la suite de malaria et d'autres maladies ayant amené la dégénérescence brightique des reins (Rayer) ; mais il serait impossible d'établir aujourd'hui que l'atrophie des reins est une conséquence de l'acclimatement ou du séjour prolongé dans les pays chauds.
Néphrites. Sous le nom de maladie de Bright on a décrit des processus un peu différents. A la rigueur, ce terme ne devrait s'appliquer qu'aux états chroniques de la néphrite, d'après la description donnée par Bright lui-même. Il est vrai que souvent la néphrite albumineuse aiguë ou subaiguë conduit à l'affection brightique. Quoi qu'il en soit, suivant A. Hirsch, la maladie de Bright serait répandue, presque à l'égal de l'Europe, dans les contrées d'Egypte, de l'Inde, (surtout chez les Hindous) delà Chine, du Japon, desGuyanes et du Brésil, comme étant liée aux refroidissements, à l'alcoolisme, à la goutte, aux maladies des poumons et du cœur. Cependant, la néphrite primaire ou subaiguë serait principalement commune dans les pays froids et humides, à vicissitudes atmosphériques variables, tandis qu'elle serait rare dans les pays intertropicaux.
L'influence des localités se ferait sentir puissamment sur la fréquence ou la rareté du mal de Bright dans les pays chauds; rare au bas Bengale (Allan Webb), il serait commun à Bombay (Morehead), sporadique au Brésil, assez fréquent, mais curable aux Guyanes (BLàr), etc. 11 ne se rencontrerait presque jamais' à la Nouvelle-Zélande, suivant Thomson, malgré la grande analogie du climat de cette contrée avec celui de l'Europe occidentale. Panum affirme aussi n'avoir
jamais observé la maladie de Briglit aux îles Féroë sur un grand nombre de malades. Elle serait rare en Polynésie, en Australie; on ne sait rien à ce sujet de l'Afrique et de l'Amérique méridionale. Suivant Lombard, l'albuminurie serait non mentionnée dans le cadre nosoiogique du Canada et de l'Islande, rare dans les contrées du nord extrême.
En Norvège elle donne les 6 millièmes de la iTiortalité; en Danemark les 8 millièmes (même les 10 millièmes à Copenhague); les 5 millièmes en Hollande (les 1 2 millièmes à Amsterdam) ; les 5 millièmes à Bruxelles ; les l'"''»,^ pour les villes françaises; les 14 millièmes à Bâle; les 10 millièmes à Berne; les l'"'",5 à Genève ; les 13 millièmes à Francfort ; les 3 millièmes à Munich et les 9 millièmes à Buda- Peslh. Elle est peu signalée en Grèce, Espagne et Portugal ; à Lisbonne elle a donné les 5 millièmes de la mortalité; aux États-Unis elle a fourni les 3™'", 5. En Italie les maladies des reins ont fourni, dans huit villes et pendant une décade, les 4 millièmes de la mortalité. Celle-ci a été plus élevée au nord et au centre qu'au midi du royaume. Les affections des reins et de la vessie réunies ont donné les 9 millièmes du total des décès soit 0,30 sur 1000 habitants (Sormani).
Tels sont les résultats fort singuliers et de valeur très-douteuse qui sont dus à la méthode des statistiques concernant une maladie diversement connue et appréciée de même suivant les lieux, les temps et les doctrines médicales. Ajoutons qu'elle serait assez commune dans certains ports de la Chine pour avoir donné les 15 millièmes de la mortalité totale parmi les Chinois du dispensaire des missions à Shangaï.
En résumé , d'après les documents incomplets de la littérature médicale actuelle sur ce sujet, d'après notre propre observation sur la diffusion géographique de la néphrite, nous croyons pouvoir conclure que :
1" La néphrite albumineuse ou catarrhale aiguë est une maladie plus particulière aux pays froids et humides susceptibles de brusques variations de température, comme les contrées du nord-ouest et du centre de l'Europe, certaines régions péritropicales à température extrême, comme celles de l'Asie et de l'Afrique, mais qu'elle est relativement assez rare sous les tropiques mêmes. C'est là une maladie à laquelle convient merveilleusement la dénomination de JSéphrite a frigore et qui peut figurer avantageusement dans le cadre des maladies causées par le coup de froid à côté des maladies de même origine de la poitrine (pneumonies, pleurésies, bronchites et catarrhes bronchiques), à côté des rhumatismes polyarticulaires aigus et d'autres processus dits catarrhaux;
2" Quant à la maladie chronique de Bright, celle-ci serait plus également répartie sur le globe, en ce qui concerne sa pi'oduction par des causes étrangères à celles de la néphrite aiguë. Elle est, cependant, en somme, toutes choses égales d'ailleurs, plus rare dans les climats tropicaux que dans les climats froids. Elle est très-commune, par exemple, en Angleterre, son terrain classique par excellence.
3° Il est fort douteux, quoi qu'on en ait dit, qu'il existe dans les climats chauds une néphrite spéciale de cause parasitaire, déterminée par le Billharzia liœmatobium (A. Hirsch). Quant à l'existence de la néphrite subaiguë ou chronique d'origine paludéenne, les faits bien observés l'ont suffisamment établie; cependant, ce serait une erreur de croire qu'elle est commune même dans les contrées essentiellement nialariennes. C'est d'ailleurs un sujet que l'observation des médecins des pays palustres n'a pas suffisamment exploré.
GÉOGRAPHIE MÉDIGALK. 287
Hématurie tropicale. Appartenant par sa nature au groupe des maladies parasitaires, cette maladie ne sera ici le sujet que de quelques notions géographiques sommaires.
On ne l'a observée en Europe que sur des individus provenant des pays chauds. Elle est fort répandue en Egypte, où elle est produite par le BiUharzia hœmatobia ; Griesinger a trouvé ce nématode dans la moitié des autopsies. Ellea élé observée dans l'Afrique méridionale, sur les bords du lac Nyassa, sur le Zambèze, sur la côte de Natal et dans la colonie du Cap, où règne le nématode égyptien. L'hématurie règne à Madagascar, aux Comores, aux Mascareignes (Réunion et Maurice) où elle est assez commune pour former chez les enfants les trois quarts des malades (Lombard), et où elle atteint surtout les créoles de préférence aux Indiens et aux Nègres.
On observe l'hématurie dans l'Inde, à Calcutta, à Bombay, mais très-rarement chez les Européens; 1 cas sur 10 000 hommes de troupe au Bengale, 1 cas et demi à Madras et moins de I cas à Bombay; elle est plus rare à Ceylan. Elle serait inconnue (Van Leent) ou fort rare dans les îles Indo-Malaises; elle est rare en Cochinchine; on ne sait si elle existe en Chine et au Japon. On en aurait vu un cas en Australie et à Tahiti. L'hématurie existe aux Antilles et surtout au Brésil, sur une vaste échelle. Iillle y est connue sous le nom à'Hœmaturia brasiliensis, et elle est due au filaria de Wucherer. Klle frappe surtout l'enfance et la race blanche, principalement les créoles de source européenne. Les nègres et les Indiens en sont atteints chez eux et paraissent en être piéservés au dehors de leur pays.
De la lithiase dria'aire et des calculs urinaires. Quelque incomplète que soit la littérature médicale sur la géographie de la lithiase urinaire, voici cependant quelques données propres à fix«r provisoirement les idées sur la proportionnalité géographique de cette affection dans les principales contrées de la terre.
Les calculs urinaires forment en Islande les 2 millièmes de la mortalité (Schleissner), nombre relativement considérable. Ils ne sont pas rares aux îles Féroë. En Norvège ils n'ont donné que 0'"™,5 de la mortalité; ils sont encore bien plus rares en Suède, à ce point qu'il n'eu tigure aucun cas sur les obituaires des sept dernières années (Lomliard). Les villes danoises ont donné près de 1 millième de mortalité due aux calculs urinaires, et Copenhague 1"'",3. Suivant Civiale, il y aurait 4,14 calculeux sur 10 000 Danois, et le maximum s'observerait à Odensee, à Aarhuus, à Copenhague et à Tondern, le minimum à Âltona, à Elseneur et à Kiel, avec un écart inexplicable de H """,4 à 1 millième.
La lithiase urinaire est fort rare dans les provinces russes de la Baltique; en Finlande, à Pétersbourg, en Esthonie, en Livonie et à Kovno ; elle ne donne à Riga que le 0'"™,34 de la mortalité. Pour toute la Russie elle a fourni le demimillième des admissions dans les hôpitaux civils. Elle est donc rare, d'après ces chiffres, surtout au nord et au midi, mais plus fréquente aU'Centre de l'empire. A Moscou il se fait annuellement plus de 125 lithotomies; plus de 2000 sont dues au professeur Hildebrand; à l'hôpital Sainte-Marie il y avait eu 1411 calculeux, dont 922 venaient du gouvernement de Moscou, 162 de Vladimir, 141 de Twer, 65 de Kalouga, 46 de Varoslavet 25 d'Orlov. On rencontre de la lithiase dans le sud, surtout à Samara, Odessa, à Orenbourg, en Géorgie, en Caucasie, mais peu en Grimée. On ne sait rien de la lithiase pour la Sibérie. Sur les deux années, 1857 et 1858, les opérations de lithotomie forment presque le dixième des grandes opérations pratiquées dans les hôpitaux civils de la Russie.
La Hollande était un pays si calculeux au dernier siècle qu'un seul chirurgien, Rau de Leyde, se vante d'avoir pratiqué avec succès 1547 lithotomies ; à cette époque les calculeux étaient spécialement nombreux dans quelques localités comme aux environs de Gouda et de Rotterdam, où l'on en rencontre encore quelques-uns. Mais aujourd'hui les registres mortuaires ne donnent que 0"'™,55 attribue à la mortalité par les calculs urinaires. En Belgique, ceux-ci n'ont donné que 0°"",4.
L'Angleterre, qui a passé et passe encore pour la terre classique des calculeux, n'a cependant fourni que le 0""",6 de mortalité due à cette catégorie. Dans le nord du pays de Galles ou compte 5,6 morts sur 100 000 habitants, 2,8 dans le Westmoreland, 2,6 dans le Middiessex, 0,5 dans le Gheshire et le Sommerset, soit une moyenne générale de 1,2 mort sur 100 000 habitants ou, en d'autres termes, les 0"'"S6 du total des décès. Londres fournit à peu près cette moyenne et Ton n'a rien constalé de particulier en ce qui concerne l'Ecosse et l'Irlande.
En France, les départements qui ont le plus de calculeux sont ceux du nord et de l'ouest, relativement à ceux du sud et de l'est. La proportion mortuaire par cette catégorie a été en moyenne de 1 millième pour les villes françaises. Lunéville fut pendant longtemps un rendez-vous pour les calculeux qui semblent avoir beaucoup diminué sur tout le cours delà Moselle. On peut aussi considérer que la mortalité due aux calculs a sensiblement baissé grâce à la pratiqiie assez récente de la lithotritie en France.
Les calculs urinaires sont très-rares en Suisse, surtout à Berne, Genève et Bàle; à Genève ils n'ont donné que les 0'"'",6 de la mortalité; depuis vingt-deux ans il n'y a eu qu'une seule opération de taille et de lithotritie dans l'hôpital de cette ville.
DiUîs quelques parties de l'Allemagne on constate une pareille rareté de la lithiase urinaire; à Francfort, en dix ans il n'y a eu qu'ime mort de calculeux; 2 en sept ans à Berlin ; à Munich, pas une seule en treize ans ; à Hambourg, la mortalité due aux calculs n'a été que des 0™'",24. L'enquête faite dans vingt-neuf villes d'Allemagne n'a fourni qu'une morbidité par les calculs urinaires équivalente à O^'^sOû. Jadis les régions du nord-ouest étaient indemnes, tandis que l'on trouvait des calculeux dans celles du sud et du centre, surtout en Bavière, entre Munich et Landshut, dans le Wurtemberg, etc. On les rencontre principalement dans le cercle du Danube, puisque sur 158 lithotomies 95 ont été prati- (juées dans celte région. On a compté 160 calculeux en vingt ans, soit 8 par an dans la principauté de Sigmaringen.
Sur environ quinze millions d'habitants en Autriche il a été pratiqué 500 opérations en dix ans, soit 50 par an. Vienne a fourni 0,70 lithotomies sur cent mille habitants ; la Galicie et l'Illyrie seulement 0,04 et 0,05, d'où l'on peut conclure que la lithiase urinaire est plus rare en Autriche que dans le reste de l'Allemagne méridionale.
En Italie elle est très-répandue au nord comme au sud. En Lombardie, pendant dix ans, on a compté annuellement 5,5 calculeux sur 100 000 habitants, et 1,4 en Vénétie. Dans la province de Lodi la proportion a été de 11,4, tandis qu'à Mantoue il n'y en a eu que 0,5; les provinces de Crémone et de Venise ont donné 4,5 et 4,2. Jadis à Turin la mortalité par la lithiase avait fourni les 5""", 6 du total, tandis que récemment une seule année n'a donné que les 0°"",16. Très-rares à Gènes et sur toute la côte de la Méditerranée, en Toscane et à Home, où il n'y en a que fort peu, les calculeux sont nombreux à Naples, où l'on opère
un grand nombre d'enfants et d'adultes à l'hôpital Majeur. Ils sont aussi nombreux dans plusieurs parties de la Sicile, de la Sardaigne, de la Corse, de Malte et des Baléares. En Espagne et en Portugal, plusieurs provinces sont spécialement atteintes de lithiase; telles sont les Asturies, l'Estramadure et Malaga, mais elle est presque inconnue à Madrid et dans les Castilles.
L'on ne possède que peu de documents sur les contrées de l'Orient de l'Europe. A Buda-Pesth, les calculs urinaires auraient donné les 0""",Û2 de la mortalité. En Grèce on a constaté de tout temps l'existence de la lithiase, mais on ignore dans quelle proportion. L'existence des calculs urinaires est assez rare à Constantinople (Rigler, Malié).
En Asie il existe des différences fort tranchées suivant les régions sous le rapport de la fréquence de la lithiase urinaire. Celle-ci est commune en Asie Mineure, à Smyrne, etc. (West); en Syrie, surtout aux environs d'Alep et de Damas. Elle serait rare en Palestine et en Mésopotamie. On l'observe fréquemment en Arabie, où existent d'habiles opérateurs indigènes ; la pierre est endémique au Taïf, au sud-est de la Mecque. Les calculs vésicaux sont communs en Perse, sauf à Schiraz. Ils ne seraient peut-être pas très-rares dans l'Asie centrale, dans le Turkestan, dans le tlérat et l'Afghanistan.
Dans l'Inde la lithiase urinaire est fréquente, non-seulement dans le nord, comme au Punjab, dans le pays des Sicks, dans le Kumaon, le Sindh et le Bundelkund, mais aussi dans tout le Bengale et dans la province de Bombay. On la rencontre encore dans les provinces du centre, notamment dans celles de Nagpour et d'Haïderabad, où elle est endémique, tandis qu'elle est beaucoup plus rare dans la province de Madras. 11 nous manque des renseignements précis sur l'Indo-Chine, les îles Indo-Malaises, la Polynésie, les Philippines et le Japon. On observe quelques cas de calculs en Australie et dans la Nouvelle-Zélande. En Chine ils seraient rares ou inconnus dans les villes fréquentées par les Européens, sauf dans la ville et la province de Canton.
L'Afrique laisse non moins à désirer que l'Asie en fait de documents relatifs à l'existence de la lithiase urinaire. Elle y serait très-rare d'une manière générale. On la rencontre cependant en Egypte, surtout chez les fellahs, plus rarement chez les nègres. On ne sait rien de sa fréquence en Algérie et au Maroc sur la race indigène. On dit que la pierre est inconnue sur la côte occidentale d'Afrique; mais il n'en est pas ainsi pour la colonie du Cap, pour l'intérieur du continent et pour l'Abyssinie. On dit la gravelle très-répandue à Madagascar, sans que l'on sache s'il en est de même de la pierre.
Si nous arrivons à l'Amérique, nous voyons que les calculs urinaires passaient pour fréquents au Canada et dans le sud des États-Unis. En revanche, depuis le commencement du siècle le nombre des calculeux aurait notablement diminué dans ces contrées. Les listes mortuaires des États-Unis ne donnent actuellement qu'une mortalité de O'"'",lo pour les calculs urinaires; mais la proportion des États du Sud était le double de celle des États du Nord. Dans la première moitié du siècle on comptait sur cent mille habitants 1,7 calculeux à New- York, parfois 2; il en était de même à Philadelphie et à Baltimore. Jadis les calculs étaient, dit-on, fréquents à Boston.
Les calculs urinaires sont Irès-rares au Mexique, aux Antilles, dans le Centre- Amérique, aux Guyanes; il en est de même au Brésil, où pourtant Sigaud en a signalé quelques échantillons à Bahia et à Rio. Ils sont rares dans les réo^ions lier, E.NC. 4' s. Vlli, J9
orientales et méridionales du Sud-Amérique. On ne les mentionne guère sur les côtes du Pacitique.
Les données de la géographie ne fournissent que peu ou pas d'éclaircissements sur la genèse et la fréquence de la lithiase urinaire. Théoriquement on peut être porté à penser que les climats chauds, en raréfiant l'eau des urines, favorisent la formation des calculs. Il n'en est rien, et les climats n'ont aucune influence manifeste sur ceux-ci. Il en est de même des conditions hydro-géologiques, malgré tout ce qui a été débité sur l'action nocive de certaines eaux et de certains terrains contenant des sels phosphatiques, calcaires et autres.
Les races ne semblent pas également prédisposées à la lithiase urinaire ; la blanche en est la plus atteinte et la noire la plus indemne. La race imglosaxonne paraît occuper les premiers degrés de l'échelle. On ne peut accuser de ces différences exclusivement les excès du régime animal, car nous trouvons parmi les races les plus maltraitées par la pierre la race hindoue qui pèche par le côté opposé, par l'abus du régime végétal. La pierre est beaucoup plus fréquente dans les villes que dans les campagnes, sur les enfants que sur les adultes dans certaines localités.
En résumé, si le régime alimentaire excessif, si le défaut de combustion complète des aliments, faute d'exercice et de travail suffisant d'assimilation, si certaines eaux et certaines terres, contribuent à rendre plus fréquente la lithiase chez les individus et dans quelques localités, il n'en demeure pas moins vrai que nous ignorons la cause de cette maladie qui, d'après les statistiques modei'nes (Lombard) irait en décroissant. Mais il faut ici se mélier comme ailleurs du résultat provisoire de la statistique. D'après ce provisoire la mortalité par les maladies des organes uropoiétiques seiait, à Londres, de 0,505 sur 1000 habitants, à Paris, de 0,24; à Bruxelles, de 0,39 (Sormani).
D. Quelques maladies des organes de la génération chez la femme. Cette catégorie de troubles fonctionnels et de maladie est l'une des moins bien connues sous le rapport géographique.
D'abord on a été jusqu'ici peu d'accord sur les principales époques où se fait d'une façon précise l'évolution de certaines viscissitudes importantes de la grande fonction delà génération chez la femme, suivant les races, les climats, les habitudes sociales, les dispositions individuelles, etc. Deux termes limitent la durée du temps d'aptitude à la reproduction, l'apparition et la cessation des menstrues, la menstruation et la ménopause [voij. Menstruation). Pour le premier point, les faits parlent suffisamment et l'on peut voir les différences corrélatives aux diverses stations géographiques sous-mentionnées dans un tableau d'ensemble emprunté à l'ouvrage de A. Ilirsch.
Il résulte de ce tableau et d'un autre encore plus complet et reposant sur 25592 observations emprunté à Raciborsky (article Menstruation) ainsi que des observations recueillies par divers auteurs dans les pays chauds :
1" Que les deux principales influences portant sur l'époque d'apparition de menstruation sont : a la race; h le climat.
a. La race exerce ici une action incontestable. C'est ce qui ressort manifestement de la précocité des menstrues chez les jeunes filles hindoues, chez les juives par rapport aux populations au milieu desquelles elles habitent, pour les jeunes Hongroises dont les règles devancent de deux ans l'époque de la moyenne meOBtruelle chez les autres populations de l'empire austro-hongrois, etc.
b. L'influence de la latitude ou de la température cliniatérique est non moins évidente, et d'ailleurs elle se combine diversement avec celle des races et des nationalités.