RAPPORT DU LITTORAL A LA SURFACE
Premier couple.
kil. kil. carr.
Amérique du Nord 1 pour 407
Amérique du Sud 1 — 689
Deuxième couple.
kil. kil. carr.
Europe 1 pour 289
Afrique. , 1 — 1420
Troisième couple.
kil. kil. carr.
Asie 1 pour 763
Austra.ic 1 — 534
Ces tableaux mettent en lumière la grande prépondéi'ance de l'Europe sur le reste du monde quant à la richesse exubérante des dimensions côtières. « Les terres et les eaux y sont disposées par couches alternantes comme pour y former une immense pile électrique où les acides, les plaques de métal et les fils conducteurs, sont remplacés par les mers, les terres et les courants aériens >; (Reclus).
Les continents diffèrent par la moyenne de leur élévation au-dessus du niveau des mers, ou par leurs dimensions altitudinales, comme par leurs proportions horizontales, llumboldt est le premier qui se soit occupé, avec la grande ardeur dont il fut doué, de rassembler les chiffres propres à mesurer la verticalité des terres continentales. Les deux Amériques ont un partage presque égal de plateaux et de plaines. Les immenses renflements des montagnes Rocheuses, des Sierras Nevada et du Mexique, des Alleghanis, etc., sont compensés par les plaines des bassins iluviaux de l'Amérique anglaise et du Mississipi avec ses affluents. Peut-être, malgré les hauts plateaux des Andes et les terres sublimes de la Patagonie, l'Amérique du Sud compte plus d'étendue en plaines qu'en élévations. Quoi qu'il en soit, l'altitude moyenne de l'Amérique du Nord est de !228 mètres, celle de l'Amérique du Sud de 351 mètres au-dessus du Ilot marin des deux océans qui les baignent.
L'Asie aux massifs sans égaux de 3,4 à 5000 mètres d'élévation, aux géants himalayens perdus dans les neiges et les nuées des Moussons de l'Inde, possède une altitude moyenne de 355 mètres. L'Australie est peu connue sous ce rapport, mais ses horribles arènes ne doivent pas l'élever à plus du tiers de la hauteur de l'Asie.
L'Europe orientale et arctique est d'une fastidieuse uniformité, à tel point que sur une distance de 3,950 kilomètres, de Nijni-Novogorod à Cologne, il n'existe pas un seul tunnel de chemin de fer. D'après Humboldt la hauteur moyenne de l'Europe serait de 205 mètres. 11 est impossible actuellement de fixer les proportions altitudinales de l'Afrique.
De ces dimensions relatives on a encore prétendu tirer une vérification de la loi des diagonales pour l'Ancien Continent. Les plateaux occuperaient surtout les régions asiatiques et africaines, tandis que les plaines domineraient en Europe et surtout en Australie.
11 est encore quelques grands contrastes qui différencient les grandes parties du globe. On a remarqué que les deux Amériques étaient presque séparées par une grande mer quasi-circulaire semée d'îles, tandis que le vieux monde a son centre occupé par des presqu'îles massives (Arabie, Asie Mineure et Mésopotamie) baignées largement par des mers qui s'insinuent au loin dans les terres, golfe Pacifique, mer Rouge, Méditerranée, Pont-Euxin, Caspienne. On peut ajouter
que le troisième centre, asiatico-australien, est le plus complètement fragmenté, composé de longs canaux et de grandes îles au moyen desquels les terres et les mers sont le plus intimement mélangées. Les plus hauts massifs des deux grands continents occupent des points presque diamétralement opposés sur la rondeur du globe, presque à égale distance de l'équateur. Au nord-est se dressent l'Himalaya et les colosses de l'Asie centrale, au sud-ouest surgissent les Andes chiliennes et boliviennes.
La raison peut-être de la disposition annulaire des terres autour du Grand Océan, c'est que les côtes du Nouveau et de l'Ancien Continent sont symétriques comme les deux mains, c'est-à-dire se ressemblent par leurs côtés qui se regardent, à travers l'Atlantique. Ainsi au nord, c'est la Scandinavie qui l'ait contre-poids au Groenland et ainsi de suite. Quant à l'Afrique et à l'Amérique sud, elles se regardent par leurs deux grandes pentes réciproquement, l'une du haut des monts dits de la Lune à l'est, et l'autre, des cimes andines situées près du Pacifique. De fait elles se contemplent, à travers l'Atlantique, des deux bords extrêmes du Grand Océan. Leurs grands fleuves se jettent dans un même océan intermédiaire, leurs Saharas (les pampas du Venezuela sont une miniature du Sahara africain) penchent vers les mêmes eaux, et les deux isthmes, celui de Panama comme celui de Suez, occupent une position symétrique par rapport aux deux masses qu'ils renouent les unes aux autres. De là l'assimilation du cap Vert au cap San-Roque, etc.
Enfin le plus h^appant contraste résulte de la direction générale de l'axe de chacun des deux mondes. L'ancien se déroule suivant les cercles latiludinaux du détroit de Gibraltar aux mers du Japon, de l'ouest à l'est : le nouveau, comme un long serpent légèrement contourné en S presque coupée par le milieu, s'allonge des glaces du nord au voisinage des mers du pôle sud. 11 est clair que cette dernière direction est propre à barrer le chemin aux flots, aux vents, comme aux courants humains. Aussi c'est du foyer de l'Ancien-Monde que sont ))artis les peuples qui ont civilisé le nouveau.
11 suffit de rappeler que les trois continents du nord occupent exclusivement l'hémisphère du même nom, tandis que ceux du sud sont comme à cheval sur les deux hémisphères, mais avec prédominance de leurs masses vers le sud (l'Australie seule occupe en entier l'hémisplière sud). Il en résulte une série de contrastes qu'il serait impossible de développer. Ce qui, d'un trait, caractérise les productions des continents méridionaux plus favorisés par le soleil, c'est la grandeur de la flore et de la faune.
Entre l'orient et l'occident, entre l'hémisphère est et l'hémisphère ouest du monde, surgit une autre série de contrastes sans nombre. La nature physique, les productions du sol, les êtres humains mêmes qui ont les premiers foulé les vastes solitudes de l'ouest, tout s'exprime par des différences entre l'Amérique et le Vieux-Monde. Même entre l'Europe et l'Asie les dissemblances sont et ont été telles qu'elles avaient frappé l'esprit observateur des Anciens, et tout le monde connaît le tableau éloquent tracé par Hippocrate sur ce sujet. A ces haimonies et à ces divergences on a ajouté celles qui résultent de la disposition des mers sous les deux hémisphères. Aux deux bassins de l'Atlantique on a comparé les deux grandes cuves du Pacifique; l'océan indien demeure isolé, à moins qu'on ne lui cherche un pendant dans le groupe des mers intermédiaires à l'Europe et à l'Asie. Les deux bassins polaires se distinguent assez bien par leurs contrastes et leurs analogies.
tf Les ressemblances ge'nérales et les grands contrastes qui viennent d'être signalés ne sont qu'un bien petit nombre des traits de ce genre qu'offre la surface du globe, et|ce serait chose ftu:ile de poursuivre ainsi le parallèle de mer à mer, de fleuve à fleuve, de montagne à montagne. D'ailleurs la symétrie purement extérieure que présentent les formes continentales est peu de chose en comparaison de l'harmonie profonde qui résulte des alternatives des vents, des courants, du climat et de tous les phénomènes géologiques : c'est non dans les diverses parties du globe, mais dans leur fonctionnement, qu'il faut chercher la véritable beauté de la terre. La vie de la planète, comme toutes les autres vies, est composée de perpétuels contrastes dans une harmonie perpétuelle, et ces contrastes eux-mêmes se modifient incessamment. Les continents, les mers, l'atmosphère, et, d'une manière plus spéciale, chaque mont, chaque péninsule, chaque fleuve, chaque courant maritime, chaque vent de l'espace, peuvent être considérés comme les organes de l'astre qui nous porte, et c'est en voyant ces organes à l'œuvre, en étudiant sur le vif leurs actions et leurs réactions continuelles, qu'on peut arriver à connaître la physiologie du corps planétaire » (E. Reclus).
11 nous reste à mettre en relief la grandeur du rôle qu'a rempli la structure de la terre dans les rapports harmoniques qu'elle a entretenus avec ses habitants. D'abord on peut se demander si la sculpture ou la structure intime du globe ont exercé une influence quelconque sur la genèse de l'homme comme sur sa destinée. L'homme préhistorique a-t-il été fait d'un limon unique ou bien l'argile de tel continent ou de telle localité fut-elle plus plastique, plus ardente ou plus docile à recevoir l'animation du flambeau de la vie? Dans quel lieu, au souffle puissant des mers, sur les monts, sur les plateaux ou dans la plaine, a pris naissance le premier essaim de l'humanité? Autant de questions insolubles aujourd'hui, à notre avis.
Cependant on peut présumer que les grands accidents des terres et les catastrophes ne furent pas sans influence sur la fortune des premiers hommes. Du grand cercle des monts arrondi autour du Pacifique descendirent, comme d'autant de citadelles, les premiers peuples, pour gagner les plateaux, puis les rivages de la mer. D'où l'analogie de la marche des fleuves humains avec les fleuves d'eau ; d'où la grande fonction des Migrations {voy. ce mot et Acclimatement). La fable jadis, aujourd'hui la science paléontologiquc, nous ont appris l'existence des races autochthones toujours rencontrées par les premiers conquérants, les premiers pour l'histoire, car la concurrence à main armée pour l'existence et la possession des terres fertiles était déjà vieille parmi les hommes quand ont paru les premières chroniques ou légendes de notre race.
Quoi qu'il en soit, la configuration géographique du Vieux-Monde dét ermina en grande partie le sens des migrations et la nature des conquêtes pour ce peuple puissant qui, des massifs duPamyr, rayonna au sud, au nord et surtout à l'ouest, le long des vallées et des plateaux de l'Inde, de l'Asie antérieure, de l'Europe et même de l'Afrique {voy. Aryas et Indo-européens). Du côté du versant oriental de bonne heure se développa la civilisation des races jaunes pendant que celles de l'Inde, de l'Iran, de la Chaldée, de l'Kgypte et plus tard de la Grèce, faisaient passer de main en main jusqu'à l'Occident le flambeau des sciences, des arts et des lettres. Au centre et au nord de l'Asie la désolation du désert et du froid a frappé la terre d'une malédiction qui dure encore et qui n'est que la conséquence de la configuration et de la climatologie de ces vastes régions.
Du côté du sud et de l'ouest resplendissaieut les terres aux découpures innombrables, aux îles fortunées, aux vallées, aux collines, aux montagnes entrelacées dans un ensemble harmonieux. C'est là que brillait aux feux du couchant la nappe bleue d'eau salée où se déversent des centaines de rivières et de ileuves venus du Caucase, du Taurus, du Liban, des lointains monts d'Afrique, du Balkan, des Carpathes, des Alpes et des Pyrénées. Il fut facile à la même barque de porter la civilisation et le commerce des pieds du Caucase asiatique jusqu'à l'Atlas et aux Pyrénées qui baignent à l'ouest dans les eaux de l'Atlantique. N'est-ce pas encore du vaste bassin atlantique que s'élèvent ces tièdes vapeurs et ces délicieuses haleines des vents du sud que durent sentir de loin les émigrés de la Bactriane et du Pamyr, habitués à pâlir de la soif et à endurer les supplices alternatifs du chaud et du froid extrêmes ? Nous verrons plus loin que la nature physique avait confectionné tout exprès, pour en faire le foyer de la civilisation moderne, le bassin de la Méditerranée entouré de ses montagnes et de ses vallées étincelanles de fraîcheur et de verdure.
Nous savons que la souche mongolique dut s'installer à perpétuité dans le domaine de l'Orient, au delà de la dépression désertique du centre de l'Asie, en y créant une civilisation propre et distincte de celle des Aryens. Si la géographie physique explique d'une façon satisfaisante le développement intellectuel et la prospérité numérique de la race Jaune dans les fertiles vallées de la Cliine et dans les îles du Japon, rien n'explique le délaissement de la vaste presqu'île indo-chinoise, allongée en une pointe de 1 200 kilomètres. Cette Grèce de l'Asie est d'ailleurs fertile, elle est à proximité de l'Archipel grandiose de l'Océanie, elle est située entre deux fourmilières d'hommes, l'Inde et la Chine, et, malgré ces avantanges variés, elle ne nourrit qu'on nombre restreint d'habitants.
Cependant le centre de l'Indo-Cliine a été peut-être, probablement même, peuplé et civilisé jadis par de nombreux habitants, comme le prouvent les magnifiques ruines d'Angkor-Wat, attribuées aux populations Kmers. Malgré cela il faut convenir que l'Indo-Chine forme une exception à la règle générale d'harmonie qui existe entre la configuration géographique des grandes contrées et le destin des peuples qu'elles nourrissent.
Le « Noir Continent » d'Afrique a sans doute de tout temps porté une rare population, de race inférieure, en rapport avec le manque de côtes accidentées, avec son défaut d'articulations variées et avec la présence de ses déserts répulsifs, mais aussi de ses cieux torrides. Presque seule, l'oasis égyptienne a fait avec la lisière de la Méditerranée une brillante exception sur la terre peu habitée de l'Afrique. Celle-ci est donc, sous tous rapports, l'horrible contraste de l'Europe, cette autre partie du couple continental.
L'Amérique, on sait pourquoi, demeura longtemps isolée et inconnue du monde qui possédait les lumières de la civilisation. Cependant deux centres, le plateau de l'Anahuac et ceux des Andes méridionales, servirent de foyers à la civilisation indigène qui rayonna assez loin aux environs. Aujourd'hui il est facile de constater l'harmonie qui s'est établie ou qui tend à s'établir entre la structure des terres américaines et l'avenir des populations nouvelles qui les occupent. Le massif triangulaire méridional n'a encore que de rares habitants, et, si belles que soient les promesses futures, il est prudent de ne compter que dans un avenir éloigné sur une abondante moisson de peuples pour cette terre d'ailleurs éminemment fertile.
Bien différent est le sort du segment septentrional qui déjà, dans certaines
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partie?, rej^orge d'Iiabitants. Les côtes si favorablement façonnées de ce continent ne sont-elles pas taille'cs sur le modèle do celles d'FAivope auxquelles elles font vis-à-vis? Mais l'imitation est loin d'être complète, car le golfe du Mexique, qui peut figurer notre Méditerranée, est situé sous un soleil trop ardent, et les mers d'Iîudson Jie baignent que des terres glacées pendant les trois quarts de l'année. La vraie Méditerranée de l'Amérique du Nord serait plutôt le bassin du Saint- Laurent avec son vaste estuaire et la chaîne des grands lacs. Cette dépression caractérisliipie de la région est très-certainement appelée à un grand avenir.
L'Océanio proprement dite est peu susceptible de se prêter à de semblables considéniti'jns. Klle n'a pas encore eu le temps de faire ses preuves devant riiistoii'c. Quant au continent Australien, les lisières de ses côtés méridionales sont en raj)ide prospérité, mais la configuratiou physique de son immense dépression intérieure renifdie de sabb'S arides et salés autorise à porter un pronostic sombre sur les destinées qui lui sont ré-ervées.
Telle est l'harmonie (|ui ressort, en génénd, de la conq)ara!soi) à grands traits de la structure de la teire et des mers avec les péripéties et la distribution géographique du genre humain. Celte hainionie s'accuserait encore davantage, si l'on voulait exiniiner le mppoi't ([ni a existé de bonne heure et subsiste encore entre la prépomlérance des populations et le cercle des dépressions fertiles du globe d'une part, et de l'antre côté entre l'anneau déserti(|ue de la terre et la raréfaction des habitants des déserts. Le premier cercle est un vrai centre d'allracliou par ojiposition au second qui est un centre de répulsion pour l'espèce humaine, comme d'ailleurs pour la vie végétale et animale.
Si la surface de notre globe avait été mathématiquement sphérique, on y comprendrait difiicilenient l'exisleuce de la vie en dehors de celle du monde des eaux. Avec une certaine (juantité de continents exactement semblables à des pyramides triangulaires ou quadranguluires on eut rencontré des difficultés d'un autre genre. Aussi les grandes masses continentales sont-elles plutôt un ensemble fort bien agencé de nombreuses masses secondaires en foi'me dtî pyramides, d'où la formation des acculents iimondjiablcs de terrains qui constituent la richesse et la variéié de l'Iiabilalion humaine. Nous avons vu (jue le rapport de ces éléments de la sculpture du globe avec l'abondance des |)opulations et la profusion de la vie est la règle géuéi aie.
Toutes ces harmonies d'ailleurs se confirmeront et se dessineront au fur tt à mesurr:' que nous entrerons dans les particularités de la géographie médicale et quand nous exanunerons les grands départements des It'rres.
Lacoidiguralion générale de la tiTre est aussi eu rapport avec les conditions principales de salubiité ou de nocivdé pour l'homme. En dehors des climats qui ont leur fatale et inévita'./le inOuence, il faut accorder une gi'ande place aux principales lignes structurales d'uiie contrée. Les chances de salubrité et la possibilité de ^assaiHl^selueul sont d'onlinaiie {jroporlionnelles à la facilité de la circulation de ratmosj)hère et des eaux. Donc l'avantage se marque d'une manière décidée eu faveur des contments qui, comme l'Europe et l'Asie, sont plus facilement accessibles à ces doubles courants que les lourdes masses de l'Afrique, de rAniérique du Sud et de l'Australie, qui sont imprégnées d'eaux stagnantes ou mémo privées de circulation liquide dans leurs parties aréuacées et peu accessibles à la vie.
L'habitat suivant la proximité ou Léloiguement de la mer entraine encore de sensibles diirérenccs entre les jxipulations. On connaît le cenre d'influence
qu'exercent sur l'homme le voisinage des mers et des eaux courantes, le séjour dans les îles et mille autres conditions qui fout les peuples voyageurs et commerçants. L'attraction irrésistible de Tliomme pour le mouvement et les vicissitudes des (lots marins est l'un des contrastes les plus caractéristiques qui distinguent l'habitant des plages maritimes de l'inmiobile agriculteur. On a justement fait observer que beaucoup d'iies, et des plus importantes (Maurice, la Réunion, les Antilles, les îles del'Océanie, etc.), n'étaient habitées et fréquentées que sur une lisière étroite du littoral, ce qui témoigne sans doute de la préférence des populations pour ces parages qui leur fournissent du poisson alimentaire et des facilités de communication, sans toutefois faire oublier que souvent les parties intérieures des îles et des presqu'îles plus ou moins montagneuses sont peu propres à la culture et à l'habitat.
Quoi qu'il en soit, el à ne considérer que l'influence générale des conditions de la géographie physique, ce sont les districts côtiers qui avec les îles, « ces perles de la mer », ont joué un rôle prépondérant dans l'histoire et le développement du commerce international, de la civilisation et des découvertes de la terre. Ce soûl ces districis du globe qui fournissent les hommes « aux âmes d'airain » qui ont dompté l'Ucéan, en bravant ses tempêtes et en se jouant de ses colères comme de ses perfides caresses. Ce sont ces hommes d'aventure qui, jadis avec les Phéniciens, plus tard avec les Grecs, ont répandu sur les plages méditerranéennes les bienfaits du commerce avec les lumières des peufdes policés de l'Orient. Ce sont leurs émules dans les temps modernes qui ont découvert et mesuré la forme et la dimension de la terre. Tout tût été changé dans le cours de l'histoire, a dit un émineut géographe, si l' l'Europe n'avait pas en une certaine configuration et n'eût possédé un certain nombre de péninsules et d'îles : la la Grèce, les îles de la mer Egée, l'Espagne, l'Angleterre, etc. (Cari Uitter).
Un genre d'influence encore plus intime, puisqu'elle est toute locale, est exercé par la nature physique sur l'homme suivant les conditions mêmes des lieux ou des localités. Si les grandes plaines, les grands plateaux, les grands monts d'Asie, ont dirigé les mouvements généraux des peuples primitifs, si les accidents plus plastiques d'Europe, ses vallées entre-croisées, ses plaines, ses collines et ses plateaux d'étendue modérée, sont devenus la véritable assiette de la civilisation moJerne, cela ne doit pas nous faire perdre de vue les influences plus minimes dont la somme constitue la résultante grandiose dont on admire les effets : car chaque localité, chaque terroir, chaque district, a aussi sou contingent d'action privée. 11 existe des régions naturelles pour les populations comme pour les terrains : chaque sol porte et nourrit sa race spéciale d'hommes dans une contrée donnée. Le granit, le gravier, le calcaire fertile, les argiles stériles, les landes, les bruyères, les sables, les laves comme les marais et les steppes, tous les éléments telluriques concourent, par les variétés et les caractères si divers de leurs habitants, à composer un ensemble harmonieux et exempt d'une trop grande uniformité.
Mais il ne faudrait pas exagérer l'importance de ces considérations ; elles doivent demeurer limitées comme les localités qu'elles embrjssent et doivent céder le pas à celles qui sont tirées du climat avant tout et des autres données plus générales de la géographie physique. Existe-t-il des maladies particulières à chacune des grandes sections de la terre? Oui, sans doute, s'il s'agit de quelques endémies, de quelques maladies parasitaires, de certaines maladies épidémiques, comme la fièvre jaune pour l'Amérique, le choléra et peut-être la peste pour
l'Asie. Mais encore ici faut-il se tenir sur une grande l'éserve. N'est-ce pas aussi la race, les mœurs, le conflit de certaines condilions peu connues, qui avec la structure continentale engendrent et perpétuent ces fléaux morbides particuliers ? Quand il s'agit de géographie pathologique nous devons user de beaucoup de prudence, dans l'ignorence où nous sommes de la cause de la distribution de nos principales espèces morbides. Cette grave question fera plus loin l'objet de considérations spéciales.
En résumé, la vie, chez l'homme comme chez les autres animaux, comme chez les végétaux, cherche fatalement à s'harmoniser avec plusieurs facteurs dont l'un des principaux est la sculpture ou la configuration extérieure des continents et des mers. L'énergie et l'exubérance de l'espèce humaine sont, en grande partie, proportionnelles à la richesse, à la variété, à l'élégance, à la perfection, en un mot, des formes de « la mère bienfaisante ». C'est ainsi que la force inconnue qui modela les contours si variés et dessina les contrastes si frappants de la planète est précisément celle qui par là même plus tard devait tisser de joie ou de douleur, de luxe ou de misère, les jours des peuples si inégalement partagés dans le lot de terre qui leur était réservé.
II. LES GRANDS DÉPARTEMENTS NATURELS DES CONTINENTS. Les notions précédentes de cosmographie {voy. Tep.ue), de sculpture générale et d'analyse des principes élémentaires de la terre, seraient insuffisantes pour l'intelligence de la géograjihic médicale. En fait de géographie, elles ne sont que l'équivalent des éludes sur les éléments anatomiques des tissus dans une science qui nous est familière. îl nous reste donc à étudier l'agencement, la combinaison des principes élémentaires delà géographie, les systèmes, les organes et les appareils.
Gomme dans les organismes vivants, dans l'organisme de notre planète les systèmes ou parties similaires sont épars, disséminés un peu sur toute sa surface. Celle-ci, en effet, est composée d'un certain nombre de sections qui ont entre elles de réelles ressemblances et qui diffèrent essentiellement d'avec les autres, et cela indépendamment des climats et des localités, parce que ces similitudes ou ces dissemblances sont inhérentes à la texture même des paities. Ces systèmes géographiques constituent donc des sortes de provinces, de districts, de régions, de domaines ou de départements de la terre, comme on voudra les appeler. L'élude de ces régions géographiques capitales sera faite dans l'ordre suivant :
1° Les déserts, régions glacées ou brûlantes, rarement tempérées, dont les caractères communs sont : la stérilité, la rareté des habitants, l'insalubrité ;
2° Les hauts plateaux et les montagnes, régions moins déshéritées, mais encore peu habitées ;
3° Le domaine des forêts et des régions boisées, dont l'influence et si grande sur les climats locaux, sur le sol et sur ses habitants, avec les questions y afférentes du déboisement et du reboisement, des inondations et des défrichements {voy. Déboisement, DÉFRicHEME?iT) ;
4° Les vallées, les plaines, les grands bassins avec leurs cours d'eau, domaines privilégiés oîi fleimt ordinairement la civilisation; sorte de département plus spécialement affecté à l'agriculture dont les pratiques (défrichement, dessèchement, drainage, iiTigalion, engrais, etc.) intéressent à un si haut degré la géographie médicale ;
5° Les parties du globe qui sont encore le théâtre de convulsions et de révo-
lutions d'où résultent des cliangcmcnts soudains ou plus lents dans la structure de la terre, les volcans, les tremblements de terre avec leurs conséquences sur la vie et la santé de l'homme ;
6'^ Les principes de la géobotanique et de la géozoologie ou lois générales de la distribution des végétaux et des animaux dans leurs rapports avec la géographie médicale ;
7" Une esquisse de géographie ethnique et démographique avec l'influence réciproque des milieux géographiques et de leurs habitants les uns sur les autres; 8° Enfin la réaction de l'homme sur la nature physique, l'influence de ses grands travaux et son rôle comme modificateur sur la géologie et la géographie.
Ainsi comprise, la géographie médicale diffère essentiellement de celle qui est exposée dans les traités classiques. Elle diffère également des notions de géographie générale qui ont dû être contenues dans les articles : Afrique, Amérique, Asie, Australie, etc. {voy. ces mots), ainsi que des données de la géographie envisagée suivant l'ordre politii|ue ou selon les régions, dans les diverses sections du Dictionnaire encyclopédique.
De cette façon nous croyons avoir évité les inconvénients qui ont jusqu'ici vicié l'étude de la géographie médicale générale, laquelle, pour être pleinement fructueuse, devra autant que possible s'affranchir des divisions suivant la répartilion politique ou de proximité, pour se baser uniquement sur les grandes coupes qui ont été tracées par la nature même. C'est ainsi que l'on pourra parvenir à dégager la somme des influences qui reviennent à la géographie pure d'avec celles qui appartiennent aux climats, aux races, aux nationalités, aux mœurs, aux lois, en un mot, à tout ce qui concerne la manière d'être et de vivre des populations.
Limitée à nos besoins spéciaux et ainsi simplilice (nous le croyons du moins), La géographie médicale n'est plus qu'une topographie générale appliquée à la médecine, une sorte de tableau animé oij se mêlent aux détails de structure de la terre des peintures des végétaux, des animaux, de l'homme et de tout ce qui se rapporte à ce dernier, non-seulement concernant sa santé et ses maladies, mais encore depuis les grandes vicissitudes de son histoire et de ses migrations sur le globe jusqu'aux travaux gigantesques à l'aide desquels la science et l'industrie modernes promettent de changer la face des choses. D'ailleurs nous crevons que c'est là un minimum de connaissances en géograpliie générale que doit posséder tout médecin instruit qui veut s'occuper avec fruit de suivre les progrès de cette partie de la science médicale que nous avons entrepris d'exposer.
1° Déserts. La région des déserts comprend : les bassins glacés polaires, arctiques et antarctiques, les steppes de l'Europe, les steppes herbeuses de l'Asie, la zone des saharas ou déserts salés formant une sorte d'écharpe qui entoure le Vieux-Monde du sud-ouest au nord-est, le Sahara sud-africain ou Kalahasri, les prairies, les savanes, les Uanos et les pampas d'Amérique, enfin les déserts sablonneux et buissonneux de l'Australie.
a. Les déserts polaires arctiques sont les seuls qui soient quelque peu connus : aussi laisserons-nous les antarctiques pour ne nous occuper que des premiers. Tout ce qui se trouve au nord du 66° parallèle appartient au domaine polaire arctique : en outre beaucoup de terres glaciales situées au sud jusque vers le 60*^ parallèle et même au-desîous doivent en faire partie à cause de leur basse température.
Au milieu du Vieux et du Nouveau Continent, comme un grand bloc de terre
glacée, encombrant la passe qui fail communiquer les océans Atlantique et Glacial, s'allonge le Groenland, qui pousse son cap Farewell au-dessous du 60^ degré et cache ses glaces arctiques inexplorées au delà du 80^ degré. Avec des plateaux de G50 mètres d'altitude et des montagnes de 4500 mètres, il constitue un affreux désert de glaces perpétuelles et dont les seules côtes, surtout l'occidentale, sont quelque peu liabilces. Du côté américain du détroit de Davis se dressent les terres de Baffiu et du Labrador, formant la côte orientale d'un vaste désert connu sous le nom d'Amérique septenli'ionale. Au centre de terres presque inhabitées qui rayonnent autour d'elle se creuse une dépression profonde, large miroir glacé durant neuf mois, et pendant les trois autres chaudière bouillante et couverte d'épaisses brumes : c'est la mer d'Iludson. Au noid, des archipels inextricables s'allongent sous forme d'un long ovale transversalement situé el que couronne tout au nord le groupe des îles Parry.
A l'ouest est la région des lacs incomptables, des eaux dormanles, intimement mélangées avec les terres qu'elles recouvrent de leurs flaques indécises : vers le sud, c'est la région des eaux bifurquées ou des portages, qui fait communiquer les lacs du Canada supérieur avec le golfe du Mexique et avec la mer Glaciale; plus au nord on voit des fleuves iumienses traîner vers vui océan sans navires une onde inutile à ce continent désert. Plus à l'ouest encore et au sud du pied des monts Ilooker et Br'own, aux altitudes de 5000 mèlres, coulent les premières eaux des rivières Nelson, Mackensie, Fraser et Colombia; au nordouest se dirige le Youkon, le fleuve de la terre d'Alaska. Au sud de ces déserts d'eaux et de glaces gît le Far-west canadien, le Manitouba, cette tei're aux récentes et grandioses espérances pour ses nouveaux colons. Enfin la Nouvelle-Colombie avec l'archipel Vancouver forme la lisière la })lus occidentale.
Ainsi que les piles colossales d'un pont jadis étendu d'un contif.ent à l'autre, la longue file des iles Aléoutiennes avec les presqu'îles d'Alaska el de Kanitcbatka relie l'Asie à l'Améi-iquc. En remontant au cap oi'iental et à la terre des Tchouktchis, on regagne les déserts de glace sibériens, dont le vaste hémicvcle s'arrondit autour des eaux solides du pôle, en allant à l'ouest jusqu'à la presc[u"île de Kola et même au cap Nord. Au nord sont disséminées quelques îles : la terre de Wrangel, le groupe de Liakhow ou Nouvelle-Sibéne, la Nouvelle-Zemble, les terres nouvelles de François-Joseph, et le Spitzberg qui nous ramène au Gi'oëiiland, notre point de départ. L'île de Jean Mayen, le pays des Lapons au noi-d de la Scandinavie et de l'Islande, rentrent aussi dans les déserts polaires.
Quoique plongée pendant six mois dans le froid et l'obscurité, la zone polaire désertique n'est cependant pas absolument dépourvue, tant s'en faut, d'animaux ni surtout de végétaux. Le botaniste Grisebach a tracé un remarquable tableau de la nature vivante et surtout du i-ègne végétal de ces réiiioas.