V, cap. XXV, p. 2G
De même que pour les peuples Transrliénans le nom de Galates paraît avoir été remplacé par celui de Germains, de même ce nom de Germains phis tard semble lui-même avoir été remplacé au centre et au sud-ouest de la Germanie pas ceux de Suèves et d'Allamans, au nord-ouest par celui de Francks et au nord par celui de Saxons. Aussi Procope remarque-t-il que de son temps, au sixième siècle après J.-C, les Germains sont appelés Francks : olSè ^pd'/yoi outw
repuavoi pÈv t6 iraXatov wvojxâlovro {De Bello Gothico, 1. I, § 2, t. II, p. 61; VOV.
anissi De BelloVandalico, I, g 3, p. 519, éd. de Niebùhr).
Ces confédérations complexes et mutables ont été étudiées par Fréret et le baron d'Eckslein, quelques-unes d'entre elles par M. Pllster et M. ObermuUer et autres historiens (Fréret, OEuvres de l'origine des Français, t. V, 1798. — Raron d'Eckstein, Dissert, sur les confédérations franques ou germaines : Le catholique, pnyier et mai, 1828, p. 54, 157, 180. — H. Pfister, Zur Vorgeschichte der Hochdeidschen oder Suewischen Stamme. Kassel, 1875. — W. Oberrauller, DieHessen Volker, 1874, etc.).
Les mêmes peuples parfois se trouvent successivement faire partie de différentes confédérations. Les Sicambres, qui, à l'époque de César, à l'époque des premières campagnes des Romains en Germanie, sont rangés au nombre des Germains par ce proconsul, par Strabon, par Tacite, au cinquième siècle de notre ère se trouvent placés à la tête des Francks. Hlodowig, Glovis était un Sicambre, ainsi que le rappelle Grégoire de Tours (César, De Bell. Gall., 1. IV, cap. xvi; 1. VI, cap. XXXV. — Strabon, 1. VI, cap. i, § 5, et cap. ii, § 4. — Tacite, Ann., 1. XXXIX. — Gtégoire de Tours, Hist. Franc, 1. Il, cap. xxxi, t. I, p. 218, Guadet et Taranne).
Par suite de l'immigration à l'ouest du Rhin de nombreuses tribus germaniques, au troisième siècle de notre ère, alors que la Gaule, d'abord divisée en quatre provinces, fut partagée en sept parties, la dénomination de Germanie ne fut pas seulement donnée aux vastes contrées situées à l'est de ce fleuve, mais sur sa rive occidentale deux nouvelles provinces, en partie occupées par ces immigrés, reçurent également le nom de Germanie. La Germania inferior, qui s'étendait du Rhin à l'Escaut, avait pour chef-lieu Colonia Agrippina, Cologne. La Germania superior, qui s'étendait des Vosges au Rhin et comprenait le bassin de la Rasse-Moselle, avait pour chef-lieu Magontiacum, Mayence.
La Germanie est ici considérée dans son ensemble, des Gaules à la Scythie, des mers du Nord aux Alpes et au Danube. Telle est généralement l'étendue assignée à la Germanie par les auteurs anciens. Mais au sud de ce vaste territoire, long-
temps mal connu des Grecs et des Latins, se formèrent de grandes provinces habitées par des peuples peu différents des Germains. Auprès de l'Ilelvétie, de l'ouest à l'est, au sud du Danube, se trouvaient la Rhétie avec Curia,\ Coire, et Brigantium, Bregenz, la Vindclicie avec Aîigusta Vindelicorttm, Augsbourg, le Norique avec Jura^ia, Salzbourg, et Virunum, Klagenfurt, la Pannonie avec Vindobona, Vienne, et Sirmnim, Sirmich ou Mitrowitz. La Dacie, située au nord du Danube, séparée par ce fleuve de la Pannonie à l'ouest, de la Mœsie au sud, s'étendait vers le nord jusqu'aux Alpes Bastarniques, les Krapacks, et vers l'est jusqu'au pont-Euxin, la mer Noire.
Au troisième siècle après Jésus-Christ, au sud-ouest de la Germanie, à l'est des Gaules, au nord de la Rhétie et de la Vindelicie, s'étendaient les Champs Décumates, Decumates agri, la Germanie tributaire, oià de nombreux vétérans romains étaient étabhs. Séparés de la Germanie indépendante ou barbare par une tranchée, dont, sous le nom de Pfahlgraben (le fossé des pieux), on verrait encore les vestiges, les Champs Décumates paraissent s'être étendus depuis près de Regimim, Ratisbonne, sur le Danube, jusque près de Colonia Agrippina, Cologne.
Tacite, l'historien des Germains, insiste sur la pureté et l'homogénéité de leur race, qui n'aurait été altérée par aucun croisement : Germaniœ populos nullis aliis aliarum nationum connubiis infectas, propriam, et miceram, et tantum siii similem gentem exstitisse arhitrantur {De Mor. Germ., IV).
Cependant, dès l'antiquité, les Germains ou plutôt les habitants de la Germanie paraissent s'être distingués en plusieurs groupes ethniques différents...
Cet auteur indique lui-même, ainsi que Pline, cette répartition en groupes distincts. Toutefois, si tous deux ils s'accordent sur les dénominations de trois de ces groupes, les Ingœvons, les Istœvons et les Hermions, alors que Tacite rappelle que l'on a mis en dehors de ces groupes les Vandales, les Marses et les Gambrives, Pline forme un quatrième groupe, celui des Vandiles de différents peuples de la Germanie septentrionale, et un cinquième et dernier groupe de plusieurs peuples du bassin du Bas-Danube.
... proximi Oceano Ingœvones, medii Hermiones, ester i Istœvones vocentur... pluresque gentes appellationes , Marsos, Gambrivios, Suevos, Vandalicos adfirmant (Tacite, De Mor. Germ., 11).
Germanorum gênera quinque : Vandali : quorum pars Burgodiones, Varinnœ Charini, Gutones; Alterum genus, Ingyœones, quorum pars Cinibri, Teutoni ac Chaucorum gentes. Proximi autem Rheno, htyœones, quorum pars Sicambri. Mediterrancei Hermiones, quorum Suebi, Eermqnduri, Chatti, Cherusci. Quinta pars Peucini, Basternœ..., contermini Dacis (Pline, 1. IV, cap. xxviii, p. 177, L. James, Bibliotheca Teubneriana).
Lorsqu'on rapproche ce groupement de certaines différences remarquées dans les caractères anthropologiques, on semble amené à reconnaître plusieurs types ethniques, plusieurs races distinctes.
Selon M. Virchow, dans les tombeaux antérieurs aux longs tumuli on trouverait les ossements d'une race brachycéphale, race dont les Allemands bruns et brachycéphales seraient encore actuellement les représentants [Bev. d'anthrop., 1877, t. VI, p. 555). Ces bruns habitants de la Germanie ne paraissent pas cependant avoir attiré l'attention des auteurs anciens, plus frappés sans doute de la blonde chevelure, des yeux bleus et de la haute stature des Germains, dont il sera plus tard parlé.
Avec M. Pruner-Bey, considérera-t-on ces brachycéphales d'antique origine comme des Touraniens, des Mongoloïdes ayant peuplé l'Europe avant l'arrivée en Occident des peuples Aryens asiatiques? [Congrès hist. d'arch. et d'anthrop. de Paris, 1867, p. 347, etc.) M. de Quatrefages semblerait porté à rattacher les habitants bruns de petite taille de la Prusse à la race Finnoise (la race Prussienne, Revue des Deux-Mondes, 12 février 1871). A l'époque de Tacite les Fennes habitaient déjà au delà, vers le nord-est des Venèdes. Ils étaient encore vêtus de peaux, vivaient de chasse, se servaient de flèches munies d'os pointus : Fennis mira feritas.. victui herba, veHitui pelles, cuhile humus ; sola insagittis spes, quas, inopiâ ferri, ossibus asperant {De Mer. Germ., XL VI). Ces Finnois à une époque antérieure auraient-ils occupé les régions centrales de l'Europe et, subjugués dans ces régions par les immigrants venus d'Asie, n'auraient-ils conservé leurs noms de Finnois ou de Finns que dans les régions septentrionales où ils auraient su plus longtemps conserver leur autonomie, comme dans la Finlande, comme dans la Scanzia, la Scandinavie, où Jornandès signale les Finnaithes, Finnaithœ, et les Finns, les plus paisibles des habitants de cette presqu'île. Finni mitissimi, Scanziœ cultoribus omnibus mitiores [De Getarum sive Gothorum origine, cap. m).
En 1872, au Congrès d'anthropologie de Bruxelles, je me suis élevé contre le prétendu mongolisme des anciens crânes recueillis par M. Dupont dans la caverne de Furfooz, dans la vallée de laLesse. Ces têtes nullement losangiques, ces crânes nullement pyramidaux, ne me paraissaient pas pouvoir être considérés comme des Touraniens, comme des Mongoloïdes. M. Yirchow, au Congrès des anthropologistes allemands tenu à léna en 1876, s'est également élevé contre cette théorie mongolofinnoise [Congr. intern.d'anthrop.àe^vnxeWes, 1872, p. 549, etc. — Congrès d'anthrop. d'Iéna [Revue d'anthrop., t. YI, p. 356, 1877J).
Pour certains ethnographes, ces bruns brachycéphales de l'ancienne Germanie seraient des Celtes, surtout nombreux dans le haut bassin du Danube. MM. Desor, Hovelacque, Obédénare, Topinard, ont insisté sur la présence de Celles brachycéphales, bruns, de petite taille, depuis le centre de notre pays, depuis nos provinces de Bretagne, d'Auvergne, de Savoie, depuis l'ancienne Celtique, dans le sudouest de l'Allemagne, jusquedans l'Europe orientale. Cette race aurait anciennement peuplé les contrées actuellement comprises dans le Duché de Bade, le Wurtemberg, la Bavière, l'Autriche, etc. {Congr. allemand d'anthrop., Munich, 1875 [Rev. d'anthrop.^ t. Y, p, 561, 1876], — Hovelacque, Rev. d'anthrop., t. VI, p. 252, 1877. — Obédénare, Les Celtes de l'Europe orientale [Revue d'anthr.., t. VI, p. 253-255]. — Hovelacque, Topinard, Bull, de la Soc. d'antrop., 2^ sér., t. XH, p. 334, etc., 1877).
En effet, Hérodote dit que l'Ister, le Danube, prend sa source au pays des Celtes "IdTpoç Ts yâp 7roT«|/ô; «p?âf/£voç Iz KsXtwv, 1. II, cap. XXXIII, Dindorf, Millier.
Dion Cassius rappelle que très-anciennement les habitants des deux côtés du Rhin s'appelaient Celtes. 'Eitû to-ys Trâvu o:pyjxioi> KsXtoI ï-/.â.-:spoi oi im «p.çéT£pa ToO TTOTapoû otxoOvTEç wvo!/â*ovTo {Hist. rom., I. XXXIX, ch. xLix, Gros, 1851).
Piutarque rappelle que l'on regardait la Celtique comme s'étendant de la mer Extérieure et des climats glacés vers 1 Orient et la Méotide, actuellement la mer d'Azof. .. r/jv KsXtixàv.. «7^6 ta; è'^wOsy 6aXâ(7(rv3ç xa't twv VTia.py.TicùV x>.tptâT&)> Ttphç Hkiov àiiLo-x^ovTx xai tàv MatwTtv... {Vie de Marins, § XI, Dœhner).
D'ailleurs, de nombreux auteurs anciens, qui se servent des noms de Gallia
et Gain sans prétendre assigner à nos anciens compatriotes une origine plus galalique que celtique, signalent leur parenté avec certains peuples de la Germanie.
Tite-Live dit que Sigovèse, neveu d'Ambigat, roi des Bituriges, anciens habitants des environs de Bourges, avec de nombreux émigrants, se porta vers la forêt hercynienne [Tum Sigoveso sortihuf. datl Hercynii saltus, 1. Y, cap. xxxiv).
César parle des Volces Tectosages, anciens habitants des environs de Toulouse, allant occuper les terres les plus fertiles de la Germanie auprès de cette forêt Hercynienne: I laque ea quœ ferlilissima surit, Germaniœ loca circum Hercyniam sylvam... Volcce Tectosages occupaverunt atque ihi consederunt [De Bello Gallico, 1. \I, cap. xxiv).
Enfin, Tacite considère comme deux peuples d'origine gauloise les Boies et les Helvètes, qui habitaient cette forêt, sur les bords du Rhin et du Mein; peuples dont les noms sont encore restés à la Boliême etàrilélvétie: Hercyniam silvam, Rhemimqne et Mcenum omnes, Helvetii, ulteriora Boii, Gallica utraque gens, tenuere (De iMor. Gecm., XX VIII).
Sans contester le rapprochement pouvant être fait entre les bivichycéphales allemands et nos brachycéphales de l'ancienne Celtique, certains observateurs, avec M. Pruner-Bey, ont lait remarquer que ces Allemands ont le crâne gros et large, présentent une brachycéphalie volumineuse, et ont rappelé, avec MM. Stœber et Tourdes, que leur conformation céphalique leur a fait donner la dénomination de têtes carrées (Pruner-Bey, Bull, de la Soc. d'anthrop., t. II, p. 650, 1861 ; 2*= sér., t. II, p. 453, 1867, et Mém. de la Soc. d'anthrop., t. H, tabl. 5. — Stœber et Tourdes, Topographie et Hist. méd. de Strasbourg, p. 268, 1864).
A cette race celtique ou, plus exactement, à celte race brachycéphale, à la chevelure brune, à la taille peu élevée, quelle qu'ait été sa dénomination ethnique, appartiennent la plupart des habitants du sud-ouest de l'Allemagne, auxquels M. Ecker reconnaît un indice céplialique moyen de 83 pour 100; à cette race brachycéphale paraissent se rattacher les anciens Baïuwares, suivant M. Schmidt; beaucoup de Suisses, anciens et actuels, selon MM. His et Rûtimeyer; de nombreux habitants du Wurtemberg, d'après M. Ilœlder, qui remarque que les cheveux et les yeux se foncent en raison directe du degré de brachycéphalie. Enfin, M. Yirchow, qui, en maintes circonstances, aux Congrès de Bruxelles, à celui d'Iéna, a insisté sur la grande proportion de brachycéphales bruns existant en Allemagne, a montré, en s'appuyant sur la vaste enquête faite dans les écoles, que les bruns sont nombreux, non-seulement dans la Bavière, dans le Wurtemberg, mais aussi dans le Palatinat, dans la Hesse, le Nassau, dans la Province Rhénane, jusque dans le Hanovre aux environs de Meppen, au milieu des populations blondes. Le savant anthropologiste de Berlin croit devoir regarder ces bruns hanovriens comme les descendants des Amsivariens. Quoique M. de Schaaffhausen soit disposé à attribuer au sang romain dans l'ancienne colonie de Magontiacum la réputation des femmes brunes de Mayence, il semble donc que plus anciennement une race brune, petite et brachycéphale, ait occupé la région occidentale de la Germanie, particulièrement le bassin du Rhin ; répartition géographique qui semble rappeler celle des Istyœones de Pline : Proximi Rheno, Istyœones (1. IV, 28). D'ailleurs, si ces bruns brachycéphales se montrent en grand nombre sur les bords du Rhin, ils sont plus nombreux encore dans le bassin du Danube, la grande artère de la population brune, qui paraît s'être étendue également dans le centre de la Germanie, voire même vers le nord, le
long du cours de l'Oder. Aussi dans rAllcm.igne centrale et septentrionale les bruns ne sont-ils guère que d'un quart moins nombreux que les blonds, ainsi qu'on peut eu juger d'après les recherches statistiques de M. Louis Majer sur l'âge des jeunes lilles lors de la première menstruation; recherches portant sur 1941 jeunes blondes et 1470 brunes (Ecker, Cranta Germaniœ meridionalis occidentalis, 1865. — Schmidt, Les Vindéliciens, les Romains et les Baïuwares dans la Haute-Bavière. — Ilis et Rutimeyer, Crania Helvetica, 1864, et Bull, de la Soc. d'anthrop., t. V, p. 869, 1864. — H. von Ilôlder, Zusammenstellung dey iyi Wurtemberg vorkommenden Sdiàdelformen. Stuttgart, 1876; ext.. Revue d'anthrop., 2-^ série, t. I, p. 116, 1878. — L. Mayer, Congrès médical internalion. de Paris, p. 212, 1867. — Schaaffhausen, Schmidt, Hœlder, Yirchow, Congr. des anthrop. allemands, de Munich 1875 et d'Iéna 1876, Rev. d'anthrop., t. V, p. 561, 1876, et t. VI, p. 555-540, 1877. — Yirchow, Congr. intern. d'anthrop. de Bruxelles, p. 504, 1872).
Lorsqu'on sait que les Romains se trouvèrent d'abord en rapport avec les Germains des bords du Rhin, avec ceux que Pline appelle les Istyoeons ou Istœvons, c'est-à-dire avec les Sicambres, les Ubiens, les Ghamaves, les Usipètes, les Tenchthères, les Bruclères, les Saliens, etc., etc., on est porté à leur rapporter les caractères anthropologiques que tous les auteurs anciens, en particulier Tacite, assignent aux Germains : ces yeux bleus et féroces, ces cheveux rouges ou plutôt blonds, ces corps grands... truces et cœrulei oculi, rutilce comœ, magna corpora [De Mor. Germ., IV).
Cette caracléiistique ethnique semble d'autant plus êti-e celle de ces riverains du Rhin, de ces Istœvons, que parmi eux, selon Pline (1. IV, 28), se trouvaient des Sicambres, dont Claudien et Sidoine Apollinaire signalent tous deux la blonde chevelure: flavani sparsere Sycarnbri cœsariem {Claudien, De IV consulatu Honorii, p. 599, coll. Nisard)
... et flavis in pocula fracte Sicambris. Sidoine Apollinaire, Tancg. Avili, v. 42, p. 112 du t. III, Grégoire et CoUombet.
Cependant, quand on voit les descendants de ces riverains du Rhin être en grand nombre bruns, ainsi qu'il a été dit précédemment, il est permis de se demander si la plupart de ces riverains de race brune ne seraient pas les descendants des anciens Istœvons, et si les blonds, descendants des Sicambres, des Saliens et d'autres tribus, ne se rattacheraient pas aux llermions, qui, venus d'une région plus centrale ou plus septentrionale, plus tard auraient pris une part piédominaute à l'invasion des Franeks dans les Gaules.
En effet, bien que les ethnographes allemands, entre autres M. Pfister, désignent ces riverains sous la dénomination de Rheinfrdnkische Stàmme, race franque du Rhin (/. c, p. 80), M. Yirchow, qui nous montre les Franeks habitant les bords de l'Elbe et de son affluent la Saale, et semble les rapprocher ethnologiquement des Suèves s'étendant vers le nord sur les rives de l'Oder, semblerait rattacher ces Franeks aux Hermions que Pline et Tacite disent occuper l'intérieur de la Germanie ; medli mediterranei Eermiones. La vaste enquête relative à la coloration des yeux, des cheveux et du teint, faite sur 5 619 728 écoliers allemands principalement du royaume de Prusse, tend à montrer que la proportion des blonds est plus élevée dans le nord et le centre de l'Allemagne que sur les bords du Rhin. Très-nombreux dans les cei'cles de Cœslin et de Slralsund en Poméranie, dans le Slesvig-Holstein, dans le Hanovre, où ils constitue-
raient les 47 ou 41 centièmes de la population ; très-nombreux dans l'ancien pays des Chérusques, dans le bassin du baut Weser, nombreux encore en se portant de l'est à l'ouest jusque vers la Belgique par Minden, Munster, Dusseldorf, les blonds diminueraient en allant du nord au sud, dans le Palatinat, le Wurtemberg, la Bavière, derniers pays où leur propoition ne serait plus que de 20 pour 100 (Virchow, Septième congrès des anthropologistes allemands d'icna, 1876, ext., Revue d'anthrop., t. VI, p. 352, etc.)-
Celte repartition des blonds, non-seulement dans les régions septentrionale et centrale de la Germanie, mais aussi dans une région occidentale s'étcndant du centre de ce pays vers le tiers inférieur du cours du Rhin, peut en effet être en rapport avec la répartition de ces Hermions, que d'une part Pomponius Mêla place à l'extrémité de la Germanie sur les bords du golfe Codanus, actuellement la mer Baltique, au delà des Cimbres et des Teutons, et que d'autre part nous venons de voir Pline et Tacite placer dans l'intérieur de celte vaste contrée, en rangeant parmi eux les Suèves, les Ilermondures, les Galles el les Chérusques. In 60 (Codano) sunt Cimbri et Teutoni; ultra, ultimi Germaniœ Ilermiones (Pomp.'Mela, 1. III, cap. ni, p. 649, coll. Nisard).
L'extension de cette race blonde vers l'occident, vers le bassin du Bas-Rhin, est également en rapport avec les migrations que beaucoup de peuples de la Germanie effectuèrent à diverses époques dans celte direction.
Les anthropologistes allemands, en particulier JIM. Virchow et lltilder, paraissent assigner à cette race blonde une dolichocépbalie remarquable. Selon ce dernier savant, qui, dans le Wurtemberg, constate trois ty[ies différents, dont l'un dolichocéphale, qu'il dénomme type germanique : « Les cheveux et les yeux sont de coloration d'autant plus claire que l'indice céphalique de l'individu se rapproche davantage du type germanique: on voit fréquemment des yeux bleus et une chevelure blonde accompagner une haute stature » (II. von Holder, loc. cit.., Revue d'antlirop., 2" sér., t. I, p. 116, etc., 1878).
Outre la dolicliocéphalie, le type franck-mérovingien , suivant Broca, serait caractérisé par la mésorrhinie, par un nez moyennement large et court [Bull. de la Soc. d'anthrop., 5" série, t. II, p. 706). Ces dolichocéphales mésorrhiniens de Broca sont regardés par M. Kollmann comme des dolichocéphales chamœprosope (%«j:jiaî, bas, npoirMizov, visage). La face assez longue des Francks semblerait plutôt devoir les faire considérer comme des dolicbocéphides leptoprosopes (>s7tt6v, mince) que d'ailleurs des Allemands regarderaient comme leurs ancêtres (Kollmann, Europœische Menchenrassen; Mittheilungen der anthropologischen. Wien, vol. XI, n" 1, 1881, et Kraniologie der Europœischen Voelker. Archiv fur Anthropologie, vol. XUl, 1881, ext. Revue d'antlirop., 'i'' sér., t. V, p. 164, etc., 1882).
Cette conformation dolichocéphale s'observerait surtout sur les crânes des HuGELGRŒBER, tombes tumuli, et des Reihengrœber ou tombes en rangées du nord et du centre de l'Allemagne, regardées comme les sépultures d'anciens Francks. Mais, ainsi que l'a fait observer M. Zaborowski, certains crânes dolichocéphales et mésoiThiniens provenant de diverses sépultures successivement de l'époque néolithique, des époques du bronze et du fer, ont montré à MM. Kopernicki, Ostrowski, Lissauer, que le même type aurait existé en Podolie, en Volhynie, en Galicie, en Pologne, dans le duché de Posen, en Prusse; répaitition géographique qui tendrait à faire remonter jusqu'aux rives du Dniestr, à l'époque néolithique, le type des Germains-Francks [Sur le type des Francks-Germains dans les sépultures
préhistoriques de la Baltique et sur le Dniestr [Bull, de la Soc. d'anthrop., 3^ sér., t. III, p. 456-440, 1880]; Paléoethnologie des provinces polonaises [Revue d'Anthrop., S'user., t. lil, p. 678-687, 1880]).
Mais c'est surtout dans l'Âllemaçne septentrionale et centrale que se trouvent les dolichocéphales des anciens Reihengrœber. M. Yirchow a reconnu que les crânes extraits du champ funéraire de Camburg sur la Saaie, de tumuli allongés du dernier âge du fer, présentaient un indice céphalique moyen de 73,7, leur indice vertical étant de 76,8 ; qu'ils étaient longs, étroits et considérablement élevés (Congrès d'iéiia : Rev. d'Anthrop., t. VI, p. 752, 1877).
Dans la région anciennement occupée par les Hermundures, au nord de la Bavière actuelle, par de nombreuses mensurations, M. Ranke aurait constaté l'existence du ty|)e dolichocéphale des Reihengràber, le type des Francks s' avançant encore de nos jours au milieu des brachycéphales des régions voisines [Essais sur VAnthrop. et la préhistoire de la Bavière, Congr. anthr. allem. de Berlin, 1880 [Revue d'Anthrop., 2-^ sér., t. IV, p. 167, 1881]).
Se basant principalement sur les données archéologiques fournies par leur mobilier funéraire, colliers, fibules, plaques de ceinturons, etc., M. G. de Mortillet, qui ne paraît pas distinguer suffisamment les Francks des Burgundes, croit devoir limiter ainsi leur aire géographique sur la rive droite du Rhin : (( Au nord ils ne remontaient pas au delà de Dusseldorf. Ils occupaient la Hesse-Darmstadt, le grand-duché de Bade, le Wurtemberg jusqu'à Ulm. Ils allaient jusqu'à Signiaringen sur le Danube. Ils touchaient à la Bavière du côté de Nordendorf, rive droite du Danube, et ils faisaient défaut dans la Suisse de langue allemande... » [Bull, delà Soc. d' Anthrop., 3^ sér., t. II, p. 705).
A mesure que cette race à la stature élevée, à la chevelure blonde, à la tête allongée, se porta vers l'ouest ou le sud-ouest en se mêlant avec des populations brachycéphales, de moindre taille, de chevelure brune, les caractères anthropologiques qu'elle présentait devinrent plus rares ou se modifièrent. Cependant, sur 81 crânes extraits des cimetières mérovingiens de notre pays, Broca constata encore un indice céphalique de 76,56 pour iOO, indice de sous-dolichocéphalie [Revue d' Anthrop., t. 1, p. 425, 1872, et Bull, de la Soc. d' Anthrop., 2'^ sér.,. t. XI, p. 469, 1877).
A cette race dolichocéphale, grande et blonde, MM. Hôlder etlvollmann croient devoir réserver spécialement le nom de race germanique. Cette dénomination de race germanique semble, en effet, devoir être appliquée aux descendants des Germains dont Tacite dépeint si bien les principaux caractères anthropologiques : yeux bleus, cheveux roux, corps grands. La caractéristique anthropologique de cette race paraît bien déterminée. Cependant, M. Virchow, qui distingue plusieurs types ethniques très-différents en Allemagne, croit ne pas devoir restreindre à ce type blond et dolichocéphale la dénomination de race germanique, les autres types ou races lui paraissant sans doute avoir les mêmes droits à être appelés germaniques, puisqu'ils habitent l'ancienne Germanie et parlent des dialectes germaniques. L'opinion du savant anlhropoiogisle de Berlin semble donc avoir une base plus géographique et linguistique, voire même politique, qu'ethnologique. Avec la plupart des naturalistes, qui pensent que les types divers doivent recevoir des dénominations différentes, réservons à celte race blonde, grande dolichocéphale, le nom de race germanique, et continuons à passer rapidement en revue quelques autres types ou races qui, pour être moins spéciaux aux pays d'oulre-Rliin, n'en occupent pas moins également le sol germanique..
M. Virchow a beaucoup insisté sur la distinction d'un type très-diffcrent du précédent. Ce type serait propre aux Frisons, aux anciens liabitants du littoral nord-ouest de la Germanie, des pays maritimes que baigne la mer du Nord. Il s'observerait en Belgique, en Hollande, spécialement dans la Frise, en Hanovre, principalement jusqu'au Weser. Cette répartition territoriale semble auloriser à inférer que les habitants présentant actuellement ce type spécial sont les descendants des Ingœvons de Pline et de Tacite. En effet, ce dernier auteur dit que les Ingœvons habitent près de l'Océan septentrional [proxhni Oceono Ingœvones), et Pline range au nombre de ces Ingœvons non-seulement les Chauques, habitants du littoral de la mer du Nord, mais aussi les Teutons et les Cimbres, qui, habitant plus au nord-est, ont longtemps laissé leur nom à la Chersonèse cimbrique, le Julland actuel- Cette race, que M. ^Virchow trouve actuellement depuis les Flandres jusqu'au Weser, aurait donc anciennement occupé les pays maritimes s'étendant jusqu'à la partie occidentale du golfe Codanus, actuellement la mer Baltique. Quoique ce type frison, que M. Lubach, M. Van der Hoeven, M. Virchow et M. Sasse, ont étudié diversement, paraisse être notablement différent des autres types ethniques auprès desquels il se trouve, ces divers anthiopologistes ne semblent pas être parfaitement d'accord sur certains de ses caractères. M. Lubach, qui a grand soin de différencier les Frisons des Bas-Allemunds, Francks ou Saxons, donne à ces Frisons une grande taille, un crâne dolichocéphale, à tubérosité occipitale saillante, à vertex déprimé, une face longue, un nez long, une mâchoire inférieure haute, des cheveux blonds ou jaunes, des yeux bleus ou gris, une peau remarquablement blanche (D. Lubach de Ilaarlem, Les habitants de la Néerlande [Bull, de la Soc. d'Anthrop., t. IV, p.49o-495, 1863]).
M. Virchow regarde les Frisons comme étant brachycéphales ou beaucoup moins dolichocéphales que les habitants de la race germanique précédemment décrite, mais comme ayant un développement encéphalique considérable. Aussi les considère-t-il comme étant des macrocéphales. Leurs crânes seraient larges et déprimés supérieurement, surbaissés, bas, peu développés suivant le diamètre vertical, platycéphales. Aussi les range-til au nombre des crânes chamœcéphales ixxiJL'xi, bas, à terre). Les Frisons auraient souvent le menton très-saillant {Beitràge zur physichen Anthropologie der Dsutscheii mit hesonderer Berûck- Sichtigung der Friesen. Berlin, 1876, in-4° et pi. — Congrès int. d'anthrop. et d'archéol. préhist. de Stockholm, p. 318, 1874. — Congrès des anthrop. allemands, léna, 1876 [Revue d' Anthrop., 2^ sér., t. I, p. 558, 1877]).
Enfin M. Sasse, qui a relevé des mensurations sur 19 crânes de Frisons, tout en constatant de notables différences dans l'indice céphalique, trouve qu'en moyenne il est de 77,5 pour 100. Ils seraient donc sous-dolichocéphales, mais presque sur la limite de la mésaticéphalie. Selon ce médecin, ces crânes présenteraient un remarquable développement de la partie postérieure, de la région occipitale [Sur les crânes frisons [Revue d'anthrop., t. lll, p. 654-655, 18741).
Malgré certaines divergences dans les caractères assignés par ces savants à ces Frisons, à ces Chauques, que Velleius Paterculus, le commandant de la cavalerie romaine lors de l'expédition de Tibère en Germanie, dit êlre gigantesques : Cauchorum... juventus immensa corporibus {Hist. Rom., c. v, p. 599, coll. Nisard), cette race du nord-ouest de la Germanie semble être caractérisée par une haute stature, par un crâne volumineux sous-dolichocéprialc ou mésaticéphale, au vertex large et déprimé, à l'occiput très-développé, par une chevelure blonde ou jaune, par une peau remarquablement blanche.
Les Frisons différeraient donc surtout des Francks par leur conformation céphalique, leur crâne platycéphale, macrocépliale, étant déprimé supérieurement, celui (les Francks étant dolichocéphale et haut suivant le diamètre vertical. Il faut d'ailleurs remarquer que M. de Ilolder conteste fortement la valeur des caractères anthropologiques différentiels assignés par M. Virchow aux Frisons chamœcéphales {Ueber die in Deutscliland vorkommenden... den Friesen zugesprochenen niederen Schàdelformen [Archiv fur Anthropologie, B. 12, 1880, p. 315-359, ext. Revue d'Anthrop., 2« sér., t. Ill, p. 715-721, 1880]).
Outre les Istœvons des bords du Rhin, outre ces Ingœvons du littoral, d'oii seraient descendus les Frisons, outre les Hermions, d'où seraient descendus certains Francks, Pline parle d'un quatrième groupe ethnique, celui des Vandiles, comprenant les Varins, les Carins, les Gutons et les Burgodions (1. IV, cap. xxviii). Cette distinction semble également acceptée par Tacite, qui, d'après leur langue, suivant lui gallique, pense que les Gothins ne sont pas Germains : Gothinos Gallica... lingua coarguit non esse Germanos {De Mor. Germ., XLIII). Et quant aux Vénèdes, cet historien ne sait s'il doit les regarder comme des Germains ou comme des Sarmates, tant leur sang a été mêlé à celui de ces derniers : ... Venedorvm... nationes Germanis an Sarmatis adscribam... procei-mn connubiis mixtis, nonnihil in Savmatarum habitum fœdantur (cap. xlvi).
. Aussi Ptolémée place-t-il en Sarmatie les Vénèdes qui habitaient sur tous les bords du golfe Vénédique, actuellement le golfe de Dantzig, au sud-est de la mer Baltique : l^o.'ziyzi §ï tvjv Sapi-iartav È'Qvïj pijytçra ot ts OùsvÉïîat ■Kao' ôXov tov OÙ£v£(îi/.ôv zôÀTTov (Ptolémée, 1. m, cap. v, p. 200, éd. de Wilberg).
Pareillement Procope, qui différencie ces peuples du nord-est de la Germanie, des Germains, à son époque appelés Francks, considère-t-il les Goths, les Vandales, les Wisigoths, les Gépides, comme les descendants des Sauromates et des Mélanchlaines, et Jornandès regarde-t-il les Antes et les Sclavins comme des
Vénèdes : roxQtzà è'Svvj Tro^Aà... i<iTi, rà ^ï Sv TrâvTwv [/.éyiara te /.al àîtoXoywTaxa TôQot TÈ dat /.al BxviîîXot vcal OÙta-t-yoTQot /.al rflTrauîs; îrâXat i/.hzQi. Saypo,aarai xal
Msldyx^a.tvoi MvopLdlovzo (Procope, De Bello Vandalico, I, § 2, t. I, p. 512, texte et trad. lat. deNiebuhr).
Et ah ortu Vistuice fluminis per immensa spatia venit, Winidarum natio populosa consedit... principaliter tanien Sclavini et Antes nominanlur (Jornandès, De Getarum sive Gothorum origine, cap. v).
Ces peuples sarmates, parlant le slave, ainsi que l'indique Alexandre Guagnin, auraient été appelés Vandales, Wenden, V^inden, Vindis : Pory^o omnes Germani denominatione a Vandalis sumpta, omnes Sarmatas Slavonica lingua ulentes, Wenden sive Winden et Vindis promiscue appellant (A. Guagnin, Sauromatia Europœa dans Respublica Poîonia, Lituan.,Livon., 1627, p. 241 , Lugd. Batav.).
Au nombre de ces peuples de langue slave habitant le nord-est de la Germanie, Martin Cromer indique plusieurs peuplades dejiuis peu étudiées par MM. Virchow, Schneider et Charnock. Tels sont en particulier les Obotrites du Mecklembourg, les Rugiers de Tïle de Rugen, les Lusitzers de la Lusace, les Lutizes du Brandebourg, et beaucoup d'autres situés plus au nord-est, constituant une population de Wends de 150 000 à 200 000 âmes (Virchow, Congrès intern. d'anthrop. et d'archéol. de Paris, p. 408, 1867. — Charnock, Les Wends de Bautzen : Anthropologia, vol. I, n° 2, mars 1874, et Rev, d'Anthrop., t. IV, p. 165, 1875).
Eos qui versus occasum Germanis erant viciniores, partira Sorabos, partim
Obotritos, Lutitios sive Luzitios, Vinulos, Ranos, Vihos, Riigios, Velalahos, Retarios, Liclcavicos, Helvedos, Vuîoinos etlam... dictos esse. Qiios Slavicœ nationis atque linguœ fuisse (Martin Gromer, Polonia, dans Respublica Polonue, Litiian..., loc. cit., p. 37).
De tous ces témoignages il semble re'sulter que ces peuples du littoral de Tancien golfe Codanus, de l'ancien golfe Venedicus, actuellement la mer Baltique, furent les uns des Germains Hermions, ainsi que précédemment on a vu l'omponius Mêla l'indiquer (1. 111. cap. m), les autres des Yandiles, Vandales, Vénèdes ou Wends, Sarmates ou Slaves, ainsi que le disent Pline, Plolémée, Jornandès, Guagnin, Gromer, MM. Yirchow, Schneider et Charnock.
Ces peuples, qu'ils aient été des Germains juxtaposés ou mêlés aux Vandales ou Vénèdes, aux Sarmates ou Slaves, d'après Procope, auraient tous été blancs de peau, blonds de cheveux, hauts de taille et beaux à voir: Asuzol yàp ârravrc; rà. acouotrà ré dm xat ràç xôiiaç ^avôot, eùj^flzeiç ts aoll àyixBoï zâ; o-^îiç {De Bello VandalicOy § 2, t. I, p. 512). Tels sont du moins les caractères qu'il assigne aux Goths, aux Vandales, aux Wisigotbs et aux Gépides. En parlant des Gauligoths, Jornandès les dit également plus grands que les Romains : gentes Romanis corpore, et anima grandiores [De Get., Ill, p. 427). Enfin les Burgundions, que Pline place parmi les Yandiles, nous sont dépeints par Sidoine Apollinaire comme étant gigantesques, comme ayant sept pieds romains de haut, 2", 07 : Hic Burgiindioseptipes (1. VIII, epist. ix, p. 316 du t. 11).
Cette haute stature, cette peau blanche, cette blonde chevelure, semblent les rapprocher beaucoup au point de vue ethnologique des Germains décrits par Tacite.
De même que dans le nord-ouest de la Germanie le sang germain se trouve mêlé dès l'antiquité au sang vénède ou sarmate , de même au centre et au sud-ouest de la Germanie du sixième au huitième siècle de nombreux immigrants sarmates ou slaves vinrent ainsi se fixer au milieu des Germains. Les Lecks ou Polènes, les Moraves, les Tchèques, les Slavons, les Sorabes ou Serbes et autres peuples slaves occupèrent les pays qui s'appellent la Pologne, la Moravie, la Bohème, l'Esclavonie, la Servie, etc. Aussi Alexandre Guagnin croit il devoir ranger au nombre des peuples slaves, parlant des idiomes slavons, les Bosniens, les Serbes, les Croates, les Istriens, les Polonais, les Masoviens, les Pomératiiens, les Lusatiens, les Rulhènes, les Moldaves, les Moscovites, les Cassubiens, les Vandales, les Silésiens, les Moraves, les Bohèmes et d'autres peuples encore : Alice omnes orientales et septentrionales maximœ et forlissimœ gentes, qiiœcunque slavonico idiomate utuntur, iitpote Bulgari, Bosnce, Serbii, Croatœ, Carnii, Rascianii, Dalmatœ, Istrii [Burgundi jam Slavorum linguam amiserunt), Stirii, Poloni, Masovitœ, Pomerani, Lusatii, Podolii, Volinii, Rutheni, Moldavi, Moschovitœ latissime imperantes, Cassubii, Vandalii, Silesii, Moravi, Bohœmi, etc. [Descriptio Poloniœ, dans Respubl. Poloniœ, p. 245, 1627].
D'autres immigrés vinrent encore à diverses époques se fixer dans les vastes régions qui jadis étaient désignées sous la dénomination de Germanie. Sans insister sur tous ces immigrés, il importe encore de rappeler quelques peuples qui vinrent de l'Asie ou de ses frontières occidentales, sans oublier les Juifs et les Tsiganes. Parmi les peuples ouralo-altaïques de races mongole, ougrienne ou finnoise, il faut indiquer les Huns, les Awares, les Bulgares, les Khazars, les Magyars, etc.
Les Huns, divisés eu Huns noirs et en Ephtalites, les seuls qui fussent blancs et ne fussent pas difformes selon Procope, paraissent avoir été originaires du nord
de l'Asie : 'EçQaÀtTai... jixôvot Sk Oùvvwv ourot Xsuxot te Ta c-wtxara zaî où/, â^j-oofoi zàç
6'i|>£iî dab {De Bello Persico, 1. I, § 3, t. I, p. 16,Niebuhr).
Habitant au quatrième siècle les plaines situées auprès du lac d'Aral et de la mer Caspienne, les Huns envahirent la région que les Alains occupaient au nord du Caucase. D'invasions en invasions, soumettant à leurs armes tous les peuples qui se trouvaient sur leur passage, entraînant avec eux vaincus ou alliés, ces Huns redoutés, après s'être portés vers l'occident jusque dans les Gaules, après avoir été vaincus à leur tour en 451 dans les champs catalauniens, se retirèrent sur les bords du Danube et du Dniepr, A la mort d'Attila, l'empire des Huns, s'ètendant du bassin du Danube à la Crimée, se morcela entre les Awares, les Gépides, les Hunigares et Hounigours eux-mêmes divisés en Outourgours et Koutourgours. Le nom de Hongrie, pays des Hunigares, rappellerait encore celui de ces Huns.
Le portrait d'Attila, que nous a laissé Jornandès, donne quelques-uns des caractères anthropologiques de ces intrépides cavaliers. Il était de petite taiHe, il avait la poitrine large, la tète volumineuse, les yeux petits, la barbe rare, le nez camus, le teint basané. Il présentait les caractères de sa race : Forma brevis, lato pectore, capite yrandiori, minutis oculis, rara barba, simo naso, teter colore, originis suœ signa restituens (cap. xxxv). Pareillement Ammien Marcellin dépeint les Huns comme ayant des membres trapus et vigoureux, un cou gros, prodigieusement recourbé : Compactis omnes firmisquemembris etopimis cervicibus; prodigiosa formœ et pandi (1. XXXI, cap. ii).
Les Magyars et autres tribus d'origine ougrienne, finnoise, qui vers le septième siècle seraient venus sur les bords du Don et du Dniepr, vers la fin du neuvième siècle, sous la conduite d'Arpad, se seraient emparés de la Hunigarie, précédemment occupée par les Huns et les Awares. Actuellement encore une région de la Transylvanie, située entre le cercle hongrois de la Theiss et la Valachie, porte le nom de Magyarok-resze, le pays des Magyars.
D'après Huschke, Van der Hœven, M. Pruner Bey et M. Lenhossek, le Magyar serait sous-brachycéphale, aurait la tète petite, son ossature serait fine, sa face serait longue et orthognathe (Van der Hœven, Descript. de crânes hongrois [Mém. de VAcad. Roy. des Pays-Bas, p. 85, 1861]. — Pruncr-Bey, Sur les origines hongroises [Mém. de la Soc. d'anthrop., t. H, p. 205-220, 1865]. — Lenhossek, Crânioscopie [Mém. de T Académie des sciences de Buda-Pest, 1875; Revue d'Anthrop., t. VI, p. 552, etc. 1876]).
C'est sans doute à quelques-unes des peuplades entraînées vers l'occident par ces Huns ou ces Awares que doivent être rapportés les crânes déformés, macrocéphales, qui, recueillis à Csongrad au bord de la Tisza, à Krenis, auprès des fortifications circulaires ou rings des Awares, près de l'embouchure de la Kamp dans le Danube, à Graffeneg, à Atzgersdorf, ont été étudiés récemment par M. de Lenhossek, et précédemment par M. le comte de Brenner et M. Fitzinger (Fitzinger, Mém. de l'Acad. des sciences de Vienne, 1853-7. — Lenhossek, Des déformations artificielles du crâne, Congr. anthrop. de Buda-Pest en 1876 et éd. franc. Buda-Pest, 1878. — Topinard, Des déformations ethniques du crâne [Rev. d' Anthrop., 2^ sér., t. H, p. 496, etc.]).
Ces macrocéphales sont signalés dans la région caucasienne au temps d'Hippocrate [Des airs.., § 14, t. H, p. 58, Littréj et de Strabon (1. XI, cap. xi, § 8,
coll. Didol), mais d'après les fouilles faites par MM. de Bayern, Smirnow, Scjépoura, Felimouow et Chantre, ils auraient occupé cette région dès le premier âge du fer. Pareillement des guerriers au crâne et à la face déformés nous sont montrés au cinquième siècle de notre ère, par Sidoine Apollinaire, franchissant le Danube glacé pour envahir la Dacie sous les ordres d'IIormidac (De Smirnow, Broca, Bull, de la Soc. d'anthrop., 2" sér., t. VIII, p. 572, 1872, t. XII, p. 541- 553, 1877. — Scjépoura, Bull, de la Soc. méd. du Caucase. ïillis, 1874-1875. — Scjépoura et Ghudzinski, iîej^Me (/'4?î^/irojj., t. IV, p. 755, 1875. — Chantre, JSécropoles préhistoriques du Caucase [Bévue d'Anthrop., 2» sér., t. IV, p. 247, etc., 1881]).
Gens animis membrisque minax, ita vultibus ipsis Inraiilurn suus horror inest; consurgit in arctum Massa rotunda caput,..
Tuiic, ne per nialas excrescat fistula duplex, Obtundit teneras circumdata lascia nares.
Sidoine Apollinaire, Panegyr. Anthemii, vers 244.
Ce sont probablement ces macrocéphales qui dans leurs incursions avec les Ouigours, les Hongrois, vers l'Occident, ont laissé quelques-uns de leurs guerriers jusque dans notre Jura, où leurs crânes déformés, recueillis dans le Faucigny, à Villy, près Régnier, à Bel-Air, près Cbezeaux, à Voiteur, près de Lons-le-Saulnier, à Corvaissiat, dans le département de l'Ain, ont été étudiés par MM. Gosse père et fils, par MM. Troyon, Gindre, Moretin et Chantre (II. Gosse, Anciens cimetières trouvés en Savoie [Mém. de la Soc. d'hist nat. de Genève, t. XI, pi. I, 1855], Genève, 1857. — Moretin, Bull, de la Soc. d'anthrop., t. V, p. 585, 388, 1864. — Chantre, Bévue d'Anthrop., 2« sér., t. IV, p. 254, pi. Il, 1881).
Les Khazars blancs ou noirs avec les Bulgares des bords de la mer Caspienne ou Chwalizers, vers le sixième siècle, occupaient la région située entre le Volga et le Don, la Grimée et le littoral septentrional de la mer Noire. Devenus trèspuissants, leurs Khagans étaient constamment en relations avec les Empereurs de Byzance. Aux septième et huitième siècles, Justinien II Rhinomète, Constantin Copronyme et autres empereurs d'Orient, épousèrent les filles des souverains des Khazars. Vainqueurs des l'etcheneckes, des Sévérienset de maints antres peuples voisins, ils s'avancèrent de plus en plus vers l'Occident. Quoique plus tard vaincus par les Polaniens et par les Russes, leurs descendants habitent encore le sud-ouest de la Russie, la Roumanie et certaines parties de la Hongrie ou les signalent encore M. Karl de Czoernig et M. Joseph Bergl (Czoernig : Ethnographie der Oesterreichischen monarchie, Bd. H, §37, p. 115, et — J. Bergl, Geschichte der ungarischen Juden, p. 19, 1879. Leipzig).
Ces Khazars, anciennement judaisés, quoique n'étant nullement de race Sémitique, amènent à parler des Juifs qui se trouvent disséminés dans les pays ayant fait anciennement partie de la Germanie.
Avant l'ère chrétienne, mais surtout depuis, lorsqu'après le sac de Jérusalem par Titus les Juifs de race Sémitique abandonnèrent en grand nombre la Palestine, ils se répandirent dans le monde civilisé, c'est-à-dire principalement dans les Etats que baigne la Méditerranée. De nombreux marchands Juifs suivirent les armées romaines, plus tard les armées franques, lorsqu'elles hrent des expéditions dans l'intérieur de la Germanie. Ainsi paraît avoir eu lieu cette dissémination des Juifs dans les villes, dans les centres urbains de ce vaste pays.
Mais, outre ces nombreux Juifs de race réellement juive, de race sémitique,
a60 GERMAINS.
ce
ainsi que l'ont rappelé Broca, WM. Duchinski et Priiner-Bey, d'autres peuples, en particulier les Khazars pre'cédemmeut indiqués, les Ghwalizers ou Bulgares, les Bourtas et autres peuplades de race Mongole ou Tartare vivant alors sur les confins de l'Europe et de l'Asie, auraient adopté le judaïsme. En effet, Ebn Massoudy et Ebn Haukal, dont Karamsin rapporte un extrait, disent qu'un Chakan des Khazais aurait en 740 embrassé le Judaïsme. Aussi Ahmed Ebn Fozzlan, Légat du Khalif Abbaside Muktedir auprès du souverain des Bulgares, dit-il que chez les Khazars le Chakan doit toujours être de religion juive (Ebn Haukal [Geography of] : On Arabian Traveller of the Tenth Century hy W. Ouseley, p. 185-190. — Karamsin, Hist. de lemp. russe, trad. de Jauffret et Saint- Thomas, t. 1, p. 354 et 48, 1819. — Ebn Fozzlan rapporté par C. M. Fraëhn, De Cliazaris : Acto)\ Acad. imp. Pétropol, vol. Vlll, p. 13, 1822).
Les descendants de ces Khazars et des autres peuples judaïsés immigrés à diverses époques dans la région du Bas-Danube, au point de vue ethnologique, doivent donc différer notablement des autres Juifs de race vraiment Sémitique.
Avant de clore ce court exposé de l'ethnogénie des peuples, sinon de l'ancienne Germanie, du moins de l'Allemagne actuelle, il faut encore parler des Tsiganes.
L'origine orientale des Tsiganes est assez généralement admise. Mais, si la plupart des auteurs s'étant occupés de la déterminer les font venir à diverses époques de différentes régions de l'Asie, particulièrement des Indes, quelquesuns avec M. Hasse et M. Bataillard sont portés à les considérer comme les descendants des Sigynnes, qu'Hérodote lui-même suppose être venus, à une époque fort reculée, de Médie sur les bords de l'Ister, le Danube ; otzsc/VTaç nip^-j zoit
"Icnpov... etvat Styûwï;... sïvai §k MflScov o-fia; àTtotzouî )i£yc(U(7t... èv tw ^xoix^ow %povw
(Hist., liv. V, § X, p. 241, coH. Didot).
Ces Tsiganes très-nombreux dans la région inférieure du bassin de ce fleuve parcourent en nomades la plupart des pays de l'Allemagne comme des autres parties de l'Europe. En France, on ne paraît leur donner le nom de Bohémiens que parce que les premiers arrivés dans notre pays venaient de Bohème. Cependant le Bourgeois de Paris, qui signale l'arrivée de ces nomades « le dix-septième jour d'aoust, au dit an 1427 », leur reconnaît une provenance plus éloignée, car il dit qu'ils viennent de la Basse-Egypte {Journal d'un bourgeois de Paris sous le règne de Charles VU : Nouvelle collection demém. pour servir à Vhist. de France, par Michaud et Poujoulat, t. 111, p. 248, 1857).
Les mensurations prises sur les Tsiganes, les descriptions recueillies par Broca, MM. Hovelacque, Kopernicki et autres ethnographes, semblent montrer que leur tète est peu volumineuse, leur crâne peu capace, leur ossature fine, leur chevelure noire et abondante, leurs yeux bruns, brillants, leur peau basanée, etc. (Hovelacque, Crânes tsiganes [Revue d'Anthrop., t. 111, p. 254- 265, 1874, et Bull, de la Soc. d'anthrop., 2« sér., t. IX, p. 596, 1874]. —Isid. Kopernicki, Ueber den Bau der Z igeunerschddel : Vergleichend-kraniologisch Untersuch. [Arch. fur Anthrop.,i. V, 1872, ext. par de Nepveu, in Bev. d'Anthrop.,i. H, p. 161-170, 1875).
Il résulte de cet aperçu ethnographique de la Germanie que de nombreuses races ont concouru et concourent à la formation de la population de l'Allemagne. Une race brachycéphale, aux cheveux bruns, se montre principalement dans le sud-ouest en Bavière dans la vallée du Danube, mais s'étend également sur les bords du Rhin, l'ancien pays des Istœvons. — Une race au cr^ine volumineux, macrocéphale, déprimé supérieurement, paraît descendre des Ingœvons. Elle occupe
GERMANDRÉE (botanique). 56!
la région nord-ouest, la Frise actuelle et le littoral de la mer du Nord. — Une race dolichocéphale, de haute stature, aux yeux bleus, aux cheveux blonds, à la peau blanche, telle que Tacite dépeignait les anciens Germains, paraîtrait des' cendre des Hermions. Elle occuperait la partie centrale et septentrionale de l'Allemagne. Ses migrations l'auraient également portée vers l'ouest, vers le Rhin. — Une race blonde, de grande taille, aurait habité le nord-est et l'est de la Germanie. Elle serait descendue des Vaiidiles, ou Vénèdes, et semblerait issue des Wends ou Slaves mêlés aux Germains. — Dans le sud-est se trouveraient des immigrés de race ougrienne ou finnoise, 'particulièrement les Magyars. — Dans toute l'Allemagne seraient disséminés des Juifs de race sémitique. Mais dans le sud-est existeraient également des descendants de Khazars avant embrassé le Judaïsme. — Enfin, des Tsiganes habitent principalement les provinces danubiennes.
Dans cet exposé des éléments ethniques de l'Allemagne, il n'a pas été question de toutes les nombreuses peuplades ou tribus habitant l'ancienne Germanie, ou étant venues s'y fixer, mais seulement du groupement, de la répartition par races des principales de ces peuplades. Pline, César, Strabon, Tacite, Ptolémée, Jornandès et maints autres auteurs anciens, indiquent un grand nombre de ces peuplades, dont souvent les noms sont diversement rapportés. D'ailleurs, leurs territoires se sont fréquemment modifiés par suite de migrations ou de conquêtes.
Avant et surtout depuis la destruction de l'Empire Romain d'Occident, la carte de la Germanie ne cessa de se modifier suivant la prépotence dans les diverses régions des Francks, des Suèves, des Alamans, des Saxons, des Vandales, des Goths, des Gépides, des Awares, des Slaves, des Magyars et de maints autres peuples. Il est inutile ici de suivre ces mutations géographiques et politiques, résultats constamment variables soit de fédérations, soit de guerres survenues entre peuples, entre gouvernants.
Si des cartes sur la proportion des blonds et des bruns, sur la répartition proportionnelle de certains caractères anthropologiques, peuvent un jour être publiées pour toute l'Allemagne, ainsi qu'elles ont été données par M. Virehow pour quelques États de ce vaste pays, elles pourront utilement compléter au point de vue anthropologique les cartes ethnologiques, ou plus exactement linguistiques de M.\l. Kiepert, Berghaus, Haeufler, Petermann et de Gzoernig ; cartes intéressantes, qui déjà nionlrent combien sont multiples, combien sont fragmentés les divers éléments ethniques qui peuplent actuellement l'ancienne Germanie (H. Kiepert, Geneval-Karte von Europa. Berlin, 1873. — 11. Berghaus, Pliysikalischer Atlas, t II, part. YllI, cartes 4-11. — Haeufler, Sprachenkarte der OEsterreischischen Monarchie, Pest, 1846. — Petermann, Ethnographie Œsterreich's, in Geograph. Mittheilungen, 1864, tabl. 5. — K. von Gzoernig : Ethnographische Karte der OEsterreichischen Monarchie).
De même que pour l'indication des peuples qui de Germanie passèrent dans notre pays, il suffira de renvoyer à Fha.nce (Anthropologie), de même pour l'étude démographique et géographique des divers Etats existant sur le sol de la Germanie ancienne, de l'Allemagne actuelle, il suffira de renvoyer à AllemaGiNE, Autriche, Bade [Grand-Duché), Bavière, Bohème et Moravie, Danubienne {Région), etc., etc. Gustave Lagneau.
gerhaivdréE. TeucriumL. §1. Botanique. Genre déplantes Dycotylédoues, appartenant à la famille des Labiées, et ayant pour caractère principal DICT. ENC. A' s. VIII. 36
562 GERMANDRÉE (botanique).
une corolle à lèvre supérieure fendue de manière à paraître unilabiée et à 5 lobes. Le calice est à 5 dents, dont la supérieure est quelquefois plus large que les autres et disposée en forme de lèvre. Les étamines au nombre de 4 sortent, avec le style, à travers la fente de la lèvre supérieure de la corolle et portent des anthères à deux loges opposées bout à bout et s'ouvrant par une fente longitudinale commune.
Le genre Teiicrium est très-riche en espèces. Ce sont des plantes herbacées ou ligueuses, habitant la plupart les parties tempérées et chaudes de l'Europe et le bassin méditerranéen. Exiles sont toutes aromatiques et amères. Nous citerons parmi les plus connues et les plus intéressantes :
L Dans la section des Scordium, dont les fleurs sont en glomérules pauciflores axillaires et ont un calice à 5 dents :
1" La Germanclrée Botrys ou simplement Botrijs [Tencrium Botrtjs L.)- Plante herbacée, dont les feuilles sont toutes pétiolées, velues, glanduleuses, molles, bipennalifides, à segments oblongs et obtus, et dont les fleurs lilas sont réunies 2 ou 5 à l'aisselle des feuilles supérieures. Elle est commune dans les jachères et fleurit de juillet à octobre;
2" Le Scordium ou Germandrée aquatique [Teucrium Scordium L.), dont les tiges également herbacées portent des feuilles sessiles d'un vert cendré ou violet oblongues, profondément crénelées, et des fleurs lilas, géminées à l'aisselle des feuilles supérieures. L'espèce est commune dans toute la France. Elle a une odeur forte et alliacée, qui disparaît presque complètement par la dessiccation, tandis que se développe la saveur chaude amère.
C'est le i-MpSiov des Anciens, auquel on attribuait des propriétés antiputrides, et qu'on employait contre les maladies contagieuses, et Galien raconte même ({ue les cadavres se corrompent moins vite aux lieux oià croît la plante. A la Renaissance on chercha le Scordion des Anciens, et Lobel raconte combien furent heureux Rondelet et l'évêque Pélicier de le retrouver dans la flore montpelliéraine.
IL Dans la section des Scorodonia, dont les fleurs ont un calice bilabié et sont solitaires à l'aisselle des bractées formant une grappe terminale :
S" Le Teucrium Scorodonia L. ou Sauge des bois. C'est une plante de 30 à 50 centimètres, à tiges dressées à feuilles pubescentes, ovales, en cœur à la base, crénelées sur les bords. La grappe terminale est allongée^ lâche, unilatérale, composée de fleurs d'un jaune^verdâtre. Elle est amère et légèrement aromatique. 111. Dans la section des Chamcedrys, dont les fleurs ont un calice à 5 dents et sont disposées en glomérules pauciflores, formant une grappe terminale:
A° La Germandrée Petit Chêne [Teucrium Chamœdrys L.). C'est une plante commune dans toute la France, dont les tiges presque ligneuses à la base donnent de nombreux rameaux dressés et velus. Les feuilles, de consistance ferme, sont pubescentes, luisiuites en dessus, d'un vert pâle en dessous, fortement crénelées ; les fleurs purpurines forment une grappe feuillée, assez dense, unilatérale, oblongue et peu allongée. C'est la Germandrée officinale, de toutes la plus employée. Elle est identique avec le Xanoi^poç des Anciens ;
5" Le Teucrium flavum L. ou Pouliot jaune. Plante frutescente à la base, à
feuilles pétiolées, pubescentes veloutées, plus pâles en dessous, largement ovales.
crénelées, presque tronquées à la base, à fleurs géminées ou ternies, jaunâtres
formant une grappe feuillée, interrompue à la base. Elle croît dans le Midi;
6° Le Marum ou Germandrée maritime ( Teucrium marum L.). C'est un sous-
GERMANDRÉE {emploi mé-dical). 565
arbrisseau de la région méditerranéenne, dont 6 rameaux dressés blanchâtres portent des feuilles vertes en dessus, blanches tomenteuses en dessous, ovales entières, à bords roulés, et des fleurs purpurines en grappe oblongue, ordinairement assez serrée, presque unilatérale. Les Grecs le nommaient Mâpov. L'odeur en est chaude, très-forte, et attire les chats, qui viennent se rouler sur la plante comme sur la cataire et la valériane.
IV. Dans la section des Poliiim, dont les fleurs sont en capitules terminaux : 7° Le Poidiotde montagne {Teucrium monlanum L.). C'est une espèce des coteaux calcaires, dont la souche courte émet des tiges couchées en cercle sur la terre, presque ligneuses, portant au-dessus de leur base nue des feuilles, fermes, très-entières, linéaires, atténuées en un court pétiole, vertes en dessus, blanches tomenteuses en dessous. Les fleurs en capitules serrés sont d'un blanc jaunâtre. C'est le nôXtov ôpstvov de Dioscoride.
On donne le nom de Pouliot et on attribue les mêmes propriétés aux : 8" Teucrium Poliiim L. De la région méditerranéenne, plante à odeur forte et agréable, à feuilles linéaires oblongues, cunéiformes, crénelées dans leur moitié supérieure, à fleurs purpurines ou blanches ;
9° Teucrium capitatum L. A fleurs en petits capitules, de petites fleurs blanches ou roses, à feuilles petites, linéaires, grisâtres en dessus, blanches en dessous, siiperliciellement crénelées au sommet.
Outre ces Germandrées européennes, citons parmi les plantes exotiques : Le Teucrium inftatum?>vi., qui, d'après Descourtilz, est employé aux Ântillds comme la Germandrée d'Europe : on la donne comme alexitère. Enfin le Teucrium Thea de la flore de Gochinchine de Loureiro, dont les feuilles, employées en guise de thé, sont diurétiques, désobstruantes, et servent à faciliter les digestions.
Les Teucrium Chamœpitys et T. Iva sont des Ajuga{voy. Bugle). Pl.
Bibliographie. — Thiïophraste. Hislor. plant., I, 16, IX, 10. — Dioscoiude. Mat. médic, III, 49, 11'2, 125. — LoBEL. Adversaria, 210. — Linné. Gênera, 706; Specics, 787-791. — De Casdolle. Flore française, III, 516. — Bentham. Lobiatac, 68, et Prodromus et De Caudolle. — Grenikr et GoDRox. Flor. de France, II, 708. — Mérat et De Le\s. Dictionnaire mat. inédic., VI, 703. — GuiBoniiT. Drogues simples, II, 478. Pl.
§ II. Emploi médical. I. La germandrée Chamœdrys ou officinale, qui a joui longtemps d'une grande réputation, aujourd'hui presque délaissée, peut être employée avec avantage comme stimulant et tonique; double propriété qu'elle tient de l'huile essentielle, du principe amer et du tannin contenus dans les parties usitées, et toutes solubles dans l'eau. On comprend aisément qu'elle soit indiquée dans un grand nombre d'états caractérisés par la débilité, soit la débilité générale, soit celles d'organes particuliers sur lesquels les principes actifs peuvent aller porter leur action, raédiatement ou immédiatement, comme les voies respiratoires et les voies digestives. Chomel en faisait grand usage dans la convalescence des fièvres continues et Cruveilhier la prescrivait journellement, sous le nom de petit-chêne, dans la dyspepsie.
C'est principalement contre les fièvres intermittentes que la germandrée était autrefois administrée avec confiance; on l'appelait Vherhe aux fièvres, et certains auteurs, tels que Vitet, en ont fait un succédané du quinquina. Il est évident que la germandrée agit ici à peu près comme la camomille {voy. ce mot), c'est-à-dire, non pas par une action vraiment antipériodique, mais' bien
561 GERMANDRÉE (emploi' médical).
par l'action tonique exercée sur réconomie en général ou sur les organes digestifs en particulier. Aussi Vitet recommande-t-il de l'administrer à Irèshaute dose (deux poignées de Heurs et de sommités en décoction dans 500 grammes d'eau).
C'est de la même manière qu'elle a pu être quelquefois utile contje la scrofule, le scorbut, la chlorose, l'améuorrhée, certaines hydropisies, la convalescence des fièvres continues, la goutte atonique, etc. Sennert, Bodart et d'autres l'ont particulièrement préconisée contre cette dernière affection. Mais il ne manque pas d'autres médicaments jouissant de propriétés analogues et les possédant à un plus haut degré.
C'est surtout contre la dyspepsie stomacale que la germandrée est employée avec avantage, et c'est sans doute de cette manière qu'elle a pu agir efficacement, comme le disent quelques auteurs, contre les maladies du foie et l'ictère. La tisane de germandrée est en effet une excellente boisson à conseiller aux sujets atteints d'embarras gastrique ou d'atonie digestive, chez lesquels on ne veut obtenir qu'un effet modéré. En outre, comme nous l'avons dit, l'action du principe volatil delà plante peut s'exercer, par voie d'absorption, sur la muqueuse respiratoire, sur les reins, sur la vessie, et c'est cette action qui expliquerait certaines vertus qui lui ont été attribuées. On l'a surtout vantée contre la plithisieet le catarrhe chronique. Mais, quand on voudra recourir à ce genre de médication, il y aura toujours avantage à employer des labiées plus riches en huile essentielle, comme le lierre terrestre, le marrube, celles notamment qui contiennent à fois le principe amer et du camphre, comme l'hysope. On a d'ailleurs à sa disposition une autre germandrée plus active, celle dont il va être question.
Les parties usitées du Teucrium chamœdrys sont les feuilles et les sommités fleuries. On les emploie généralement en infusion aqueuse de 50 à 60 grammes par 500 grammes d'eau, par verrées dans le cours de la journée, ou aux repas avec le vin. On peut aussi l'administrer en décoction, ainsi qu'on l'a vu plus haut. Dans l'ancienne pratique, on préférait souvent des décoctions vineuses.
Quelquefois, mais rarement, on donne la germandrée en poudre à la dose de 5,4,5 grammes et plus. Ce mode d'administration convient aux estomacs qui ne peuvent supporter les médicaments liquides.
Enlin on compose avec la germyndrée un suc par expression (do;e de 15 à 50 grammes), une eau distillée (dose de 50 à 100 grammes dans une potion), un extrait (dose de 1 à 8 grammes en bols ou dans du vin), une teinture (dose de 10 à 20 grammes).
II. La. germandrée aquatique ou Teucrium scordium, d'une odeur pénétrante, alliacée, infectant le lait des vaches qui ont ingéré la plante, et renfermant un principe actif dune grande amertume, h scordéine [voy. ce mol), est peut-être plus oubliée encore que la précédente, après avoir été plus célèbre, et son existence comme plante médicinale serait inconnue à beaucoup de praticiens, si elle ne faisait partie d'un électuaire fort usité dont il sera question tout à l'heure.
Après ce qui vient d'être dit des propriétés de la germandrée officinale, nous n'avons pas à insister sur celles de ia germandrée aquatique, qui sont semblables aux premières, à cette différence près qu'elles sont plus énergiijues, aussi bien comme stimulantes que comme toni-iues. Cette activité plus grande des propriétés
GERMANN. 565
stimulantes a étendu le cercle de son emploi à des affections pour lesquelles on recourait peu ou point à la germandrée chamaedrys, par exemple, les paralysies, les étourdissemenis. Elle marchait à cet égard de pair avec la sauge ou la menthe. Sous un autre rapport, on la rapprochait de raj)sintlie et on l'administrait comme \ermifuge. Mais c'est surtout dans les affections respiratoires chroniques qu'elle trouvait son emploi le plus ordinaire.
Aujourd'hui, sans partager l'enthousiasme des temps anciens pour le scordium, les médecins qui l'ont expciimenté, comme Roques et Cazin, lui reconnaissent, en outre de ses propriétés stimulantes et toniques, qui sont indiscutables, une véritable efficacité contre les vers intestinaux, spécialement contre les lombrics. Comme médicament pectoral, A est indiqué surtout dans le catarrhe chronique, à la fin des rhumes ou même des pneumonies, lorsqu'il s'agit de communiquer aux forces vitales l'activité nécessaiic à la résolution. On sait le grand usage que l'on continue à faire du vieil électuaire qui porte le nom de diascordiimi; mais cet électuaire a une composition si compliquée qu'il est impossible d'y démêler la part d'action de la germandrée, et l'on peut même dire en toute sécurité qu'elle est insignifiante.
Quant à cette action antiputride du scordium au nom de laquelle on l'employait autrefois contre lu peste et autres affections contagieuses, et dont la présence sur un champ de bataille empêchait les morts de se corrompre, elle n'est pas autre que celle de toutes les plantes aromatiques. Si, comme nous le croyons, elle peut être utile dans la peste, le typhus, la fièvre typhoïde, l'infection putride, c'est uniquement en s'opposant à la dépression des forces nerveuses.
Ce sont, comme pour l'espèce précédente, lesfeuilleset sommilésfleuries qnisont usitées ; on les emploie sous les mêmes formes et à peu près aux mêmes doses.
Le scordium entre dans l'eau vulnéraire, la thériaque, et donne, ainsi qu'on vient de le voir, son nom au diascordium [voy. ce mot).
III. Le Teucrium manim, moins employé que les espèces précédentes, jouit pourtant de propriétés actives. Il a une odeur pénétrante qu'il doit à la présence d'une huile volatile particulière : il contient du tannin. lia les vertus de toutes les plantes aromatiques et agit un peu comme le camphre, avec lequel son huile essentielle a des analogies. On l'a vanté comme astringent résolutif, sous forme de poudre à priser, contre les polypes nasaux; c'est d'ailleurs un léger sternutatoire. On l'administre à l'intérieur en infusion (15 à 20 grammes pour 1 litre d'eau bouillante); en poudre (2 à o grammes) ; en extrait (I à 2 grammes).
IV. Le Teucrium scorodonia (sauge des bois) peut être considéré comme un succédané du scordium; on l'a préconisé spécialement, mais sans raison suffisante, contre la syphilis invétérée. Le mode d'administration et les doses sont les mêmes que pour le scordium.
Quant aux autres espèces de germandrée, il suffira de dire ici qu'elles sont toutes plus ou moins toniques ou stimulantes. Le pouliot jaune notamment est un aromatique d'une certaine puissance. A. Dechambre.
GERnAiVl\ (Les deux).
Germaiin (Gottfried-Albert). Né à Riga le 8 décembre 1775, étudia la médecine à léna en 1792, puis en 1795 à ^Vurtzbourg, en 1796 àRerlinetà Kiel, et fut promu au doctorat la même année dans cette deiniière école. De retour
en Livonie, il exerça d'abord la médecine à la campagne, puis à Saint-Pétersbourg, et en 1800 à Wolmar. En J802, il fut nommé professeur d'iiistoire naturelle à Dorpat et directeur du jardin botanique de cette université; en 1804 il fit aux frais du gouvernement un voyage scientifique en Finlande, avec six étudiants. Il moui'ut, jeune encore, à Dorpat, le 16 novembre 1809. Nous citerons de lui :
I Diss. inaug. de influxu aeris frigidi et calidi in inorbos et sanilatem hominuyn. Kiliae, 179G, iii-8°. — II. Verzeichniss der Pflamen des botanischen Garlens der kaiserlicheii Universilât an Dorpat bn Jalire 1807. Dorpat, 1809, in-8°. — III. Ornithologie Lief-und Esihlands. Aus dessen Nacldasse herausgegcben von Bern. Meyer. Nûrnbci'g', 1815, gr. in-8° (posthume). — IV. Nach?-icht von, drei unverweseten menschlichen Kôvpern, die in der kaljalischen Kirche bei Wesenberg gefunden wordeti. In Janus von Heidecke, Bd, I, p. 143, 1808. — V. Veber eine nordische Mevenart (Larus canus L.). In Annal, d. Welter. Gesellsch. f. d. ges. Nalurk., BJ. I, p. '240, 1809. L. Un.
Geriiiann (IIeinrich-Friedrich). Né à Wittgensdorf, en Saxe, prit le degré de docteur à Leipzig, en 1848, devint l'année suivante privat-docent à la même université et ouvrit une policlinique gynécologique privée, puis, en 1861, devint professeur extraordinaire d'obstétrique et des maladies des femmes à Leipzig; en 1876, il fut nommé assistant de la policlinique obstétricale et gynécologique do la maison royale d'accouchements. Il mourut à Marienbad le 9 octobre 1878.
Germann s'est fait connaître surtout par son hostilité contre la vaccination. Nous mentionnerons de lui :
I. Die gebiutis/iitfticlie Poliklinik zu Leipzig in ihi'cni Vo'thcidigungskatnpfe gegen Prof, Jôig. Leipzig, 1853, gr. in-4°. — II. Ein offenes Wort gegen Impfung and hnpfzwang. Leipzig, 1875, gr. in-8°. — Articles contre la vaccination dans divers journaux. L. IIn.
CiERMEi^. § I. Historique. L'article Maladie (p. 245 et 260) faisait présumer que des parties spéciales de ce Dictionnaire devraient être consacrées à l'étude des corps solides ou liquides prenant part à la constitution des milieux ambiants qui, par leur contact superficiel ou profond avec l'organisme, deviennent des causes de troubles de la santé. Tels sont les parasites végétaux ou animaux parmi lesquels comptent les germes de ceux-ci, c'est-à-dire toute partie de leur corps qui peut reproduire le tout dont elle est née.
Depuis des siècles, ces dernières notions ont donné lieu à la théorie des germes supposant que quelque chose du malade, force ou matière invisible et impalpable, qui serait à l'organisme ce que la graine ou un bulbille sont à la plante, s'en échapperait, atteindrait l'homme sain pour évoluer et se propager là, en y suscitant le même ordre d'altérations que dans le premier.
Parcelles du malade ou de la maladie pour les uns, parasites encore petits ou non pour les autres, ont été plus ou moins tôt présentés comme devant être ces germes, les agents, le contagium vivum des Anciens, comprenant ici, on le voit, deux ordres d'objets, de nature laissée incertaine. Per contagium intelligitur activitas iila qua affectus quispiam residens in uno corpore sui similem excitât in alio; et quidem vel immédiate et corporaliter per contactum, vel médiate et ad distans (Gastelli, Lexicon medicum, 1746, 111-4", p. 212).
L'historique de la période durant laquelle on n'a pu émettre que des hypothèses sur les corpuscules reproducteurs des animaux et végétaux parasites aujourd'hui connus reste actuellement sans importance. Notons seulement que
îurscner d'abord, puis plus tard Linné, supposèrent que les maladies épidémiijues reconnaissent pour cause des germes invisibles qui lloltent dans l'atmosphère, pénètrent dans l'organisme et y produisent des troubles plus ou moins graves ■en s'y développant d'une vie parasite.
Bourguet [Lettres philosophiques. Amsterdam, 1729-1762, in-12, préface, p. XX) dit, en parlant des germes, des plantes et des animaux, « qu'il ne peut plus y avoir lieu à la supposition que ces corps organisés puissent être formés par le concours de particules non organiques, ni même qu'ils puissent être le résultat d'un assemblage mécanique de parties déjà organisées comme les Jiexagones du crystal et du nitre le sont d'une infinité de petits triangles.... C'est pourquoi il faut en venir par rapport aux germes à l'idée d'une prédéline'ation divine, comme M. de Leibniz l'appelait »
Sennebier, dans ïlntroduction à la traduction des OEuvres de Spallanzani (Paris, 1787, in-8°, t. I, p. XXXVIII et suiv.), note que les expériences de cet observateur montrent que les germes des animalcules (des infusions) sont contenus dans l'air, qu'ils tombent de l'air dans les vases, dans les infusions, et qu'ils s'y développent lorsque ces infusions sont propres à favoriser ce développement (voy, ibid., p. 260); elles font présumer que l'air en abordant continuellement dans le poumon doit laisser une grande quantité de germes; que les sérosités et le pus des boutons de la gale et de la petite vérole ne sont autre chose qu'une infusion animale favorisant le développement de quelques-uns des germes flottant dans l air; qu'on doit en trouver dans tous les boutons purulents et qu'il (Sennebier) multipliera ses observations de médecine microscopique pour le voir. De son côté, dans ce même ouvrage (t. II, p. 502), Spallanzani montre que les petits grains microscopiques ou poussières qui sont les semences ou graines des moisissures résistent au temps et à un degré de chaleur qu'aucune autre graine ne peut supporter sans perdre la faculté de germer; que répandues partout en raison de leur finesse, disséminées dans l'air et dans les corps terrestres, toujours prêtes à germer, elles donnent naissance à la multitude des moisissures naturelles dès que surviennent les conditions nécessaires à leur croissance; par de nombreuses expériences dans des ballons, avec ou sans ébullition préalable, effilement ou occlusion du col, à l'air ou dans le vide, il a déterminé les conditions de leur germination (p. 308), guidé toujours par la méthode suivie durant ses observations sur les conditions d'existence des spermatozoïdes [voij. Sperme, p. 132).
C'est dans cet ouvi-age encore (t. I, p. 320, 522) que, s'appuyant sur les expériences de Spallanzani concernant les animalcules des infusions et les plantules, Ch. Bonnet fait remarquer que, si depuis un siècle tous les bons écrits d'histoire naturelle et de physiologie parlent des germes, ils n'ont pas creusé comme lui le Système ou Théorie des germes. Ce sont ses expressions. Cette belle partie de l'économie organique^ l'origine des êtres organisés, exige, dit-il, une détermination précise du mot germe. Ce mot ne doit pas désigner seulement un corps organisé réduit extrêmement en petit, mais encore toute espèce de préformation originelle dont un tout organique peut résulter comme de son principe immédiat. Il admet que les germes ou touts organiques ont été préformés et que ceux d'une même espèce ont été enfermés les uns dans les autres pour se développer les uns par les autres, le petit par le grand, l'invisible par le visible [Palingénésiey part. Xj. Il y a une préformation originelle qui détermine ce qui précède, accompagne et suit la division naturelle de l'animal, pour ceux dont la
propagation a lieu d'après ce mode [voy. Généra.tion, p. 474). Quant au reste, il s'en rapporte à ce que dit Spallanzani des animalcules et des moisissures, admettant d'après les expériences de ce dernier que les -principes producteurs de ces êtres organisés voltigent dans l'air.
La théorie des germes ne date donc pas de nos jours {voy. Contagion, p. 6) ; même aux points de vue de l'observation et de l'expe'rimentation les publications actuelles ne sont qu'une reprise, seulement, ce qu'il y a de nouveau, ce sont les expériences qui n'avaient pu être exécute'es ni même conçues autrefois, montrant que les germes des moisissures ou cryptogames jouent le rôle de ferment au même titre que la levître de bière, sur d'autres organismes tant morts que vivants, et que par suite les putréfactions des premiers ainsi que les maladies des seconds ne seraient que des fermentations. La théorie actuelle des germes est donc la même que l'ancienne au point de vue de l'étude de la provenance aérienne ou par les poussières, des germes. Le mode de leur action restait indéterminé, mystérieux même. Les modernes, M. Pasteur surtout, en ont montré la nature {voy. Bactérie, p. 29). Seulement M. Pasteur admettait que ce sont des animaux. Mais, après Burton (1851) et Davaine (1864), j'ai montré que ces levures ou ferments figurés des poussières sont des plantes cryptogamiques unicellulaires, comme l'avaient fait Cagnard-Latour, Turpin et Schwann (1837 à 1858) pour les levures alcooliques.
Dès l'époque de Bichat, on parlait couramment des germes des maladies, principes étrangers funestes aux humeurs, qui en s'y introduisant y déterminent des réactions irrégidières et fout de celles-là le véhicule de la matière morhifique. Pour Bichat, une triple porte était ouverte aux germes, principes morbifiqueSy substances étrangères aux principes constituants naturels de l'air et des aliments, savoir le tube digestif, la peau et le poumon, sans parler du cas accidentel des plaies (Bichat, Anat. générale, 1. 1 [Considérations générales, § IV]). Nylander soutenait que la variole, la rougeole, la peste, la dysenterie et la coqueluche, sont toutes causées par des animaux microscop'ques. Sir H. Holland a pensé que l'épidémie d'abcès charbonneux que l'on a vue sévir il y a plusieurs années en Angleterre peut avoir eu son origine en dehors de l'organisme, par exemple, dans un virus ou une forme quelconque de vie organique. Henle affirmait que l'élément matériel de toute maladie contagieuse n'cit pas seulement de nature organique, mais encore que c'est une matière douée de tous les caractères d'une vie parasite. Eiselt a constaté la présence de corpuscules de pus dans un hospice d'enfants trouvés, dont les pensionnaires souffraient épidéniiquement de blennorrhée conjonctivale ; et il pense avoir montré que l'épidémie se propageait par ces corpuscules, sans que le contact direct avec une personne infectée fût nécessaire. A. Pouchet a imaginé un instrument, nommé aéroscope, pour saisir ces particules microscopiques de l'atmosphère. C'est de cet instrument que s'est servi Eiselt dans ses recherches. De Saussure a prouvé qu'un ciel bleu foncé présage de la pluie, tandis que l'air est rendu trouble par une série de beaux jours successifs. De la Rive a attribué cette opacité à des germes organiques, qui enveloppent la terre comme un léger brouillard ; il a inventé un photomètre pour étudier la transparence de l'air durant les maladies épidémiques comme en dehors de ces époques.
L'idée de la spécificité morbide attachée à ces organismes et non au malade, spécificité flottant dans l'air ou l'eau, hors du premier, jusqu'au moment où un organisme se montre pour subir et manifester les effets de cette cause, cette
idée, on le voit, s'est elle-même dégagée avant que l'on eût reconnu avec Cagnard- Latour que les principes immédiats tels que le sucre, l'urée, les tarlrates, etc., servent d'aliment à des cryptogames ou ferments, que par ce fait ils les décomposent et rejettent comme excréments l'acide carbonique, l'acool et autres composés.
Le nom de panspermistes a depuis longtemps aussi été appliqué à ceux qui adoptent cette manière de séparer spécifiquement le mal du malade à l'égard duquel il n'attend que l'occasion favorable pour de l'état de germe y passer à son plein développement.
En 1855 {Hist. nat. des végétaux parasites de l'homme, etc. Paris, 1855, in--8*», p. 287), j'ai donné comme conclusion du chapitre mixinM H^jpothèses sur les végétaux parasites donnés comme causes d' épidémies ^ et en m'appuyantsur des observations : que les causes des affections morbides sont plus générales que celles qu'on leur attribue en les supposant dues à l'action de quelques végétaux microscopiques introduits comme parasites. La cause des troubles morbides est due à des changements survenus dans la quantité et la nature des principes immédiats de la substance même des tissus et des humeurs. Ce sont alors ces altérations qui rendent possible le développement des spores de très-petit volume (micrococcus, etc.). La multiplication des végétaux microscopiques est un épiphenomène et non la cause déterminante et spécifique même. La présence du parasite végétal est une complication prise pour la cause {ibid., p. 494, etc., et Ch. Robin, Du mode de pénétration des germes, des végétaux dans les animaux vivants [Comptes rendus et mémoires de la Société de biologie. Paris, 1852, p. J80J).
En 1860, M. Lemaire [Comptes rendus de ÏAcad. des sciences, t. LI. p. 556) conclut de ses expériences que « les infusoires constituent le primum movens des phénomènes de fermentation » parmi lesquels il range les putrides. Des premiers il rapproche à tort, comme d'autres le font encore, les phénomènes de germination et de fécondation. Mais, de 1860 à 1866, il a étudié la manière dont les microphytes et les microzoaires sont ou ne sont pas emportés dans l'atmosphère par les gaz et les vapeurs des matières morbides et en fermentation putride, etc. H est le premier et le seul qui ait démontré dans les salles hospitalières de teigneux des spores de VAchorion, c'est-à-dire, comme il le remarque, déterminé l'espèce des germes du microphyte qui reproduit en se développant la maladie contagieuse (ou mieux parasitaire) dont il est une provenance (Lemaire, ibid., 1864, t. LIX, p. 127, etc.). Et encore est-il que VAchorion n'agit que physiquement, et non chimiquement, en décomposant la substance du parasitifère, par assimilation de celle ci d'abord et par désassimilation propre ensuite. On s'étonne ici de voir que les spores de YOidium alhicans n'aient pas encore été signalées parmi toutes celles qu'on a trouvées dans les poussières {yoy. p. 595, et Muguet).
De ses nombreuses expériences sur les microphytes du sang dans leurs relations avec les maladies (trad. franc. Paris, 1880, in-12, p. 88 et 95) T.-R. Lewis arrive également à cette conclusion : qu'il est de toute évidence que ces microphytes ne sont que des épiphénomènes, que le changement spécifique des liquides du corps se fait avant qu'on puisse découvrir la moindre trace de leur présence; que la virulence des substances septiques ne dépend pas delà vie végétale. On demeure même surpris de voir les auteurs actuels de la théorie des germes continuer à produire leurs publications, comme si un silencieux
dédain était tout ce que méritent les observations contraires à leurs interprétations, données comme les seules hors desquelles il n'y a plus à chercher le vrai.
Un petit nombre seulement des médecins qui depuis ont étudié au point de vue médical les germes dans les poussières atmosphériques pourra être cité dans les paragraphes suivants (î;oî/. du reste Contagion, p. 9, Miasjie, etc.).
§11. Définitions ET nature. Anatomiquement et physiologiquement, le mot germe a d'abord désigné et désigne encore tout corps ou corpuscule, ovulaire ou autre (unicellulaire et pluricellulaire), qui en se développant devient soit plante, soit animal ; et cela quelle que soit sa provenance, connue ou non.
Tout est germe en physiologie qui par la génération et les développements d'unités anatomiques diverses en vient à constituer un organisme pareil à celui dont il sort {voy. Œuf, Génération, p. 483 et 486, et Organisation, p. 503).
En embryologie on dit qu'après avoir été fécondé l'ovule produit le germe qui est ï embryon ànns la graine, \dL cicatricule de Y œuf des oiseaux {voy. Œuf, p. 571) et par analogie le blastoderme juscin h l'époque où le développement l'a séparé : 1" en portion embryoyène ou en embryon, avec tête et membres distincts du tronc, et 2" en portion extra-embryonnaire.
Quelques-uns font rentrer, soit Vovule, soit le vitellus, dans ce qu'ils disent germe, lorsqu'ils appellent ainsi tout rudiment non développé d'un organisme fécondé ou qui attend la fécondation nécessaire à son évolution.
Ch. Bonnet (dans Spallanzani, lac. cit., 1787, t. I, p. 276) considérait déjà le germe comme distinct de Y embryon et comme pouvant supporter des situations qui font périr l'animal développé.
Pour d'autres, germe est synonyme d'embryon, ou désigne le fruit même de la conception, un commencement d'évolution. Le germe est ici réellement l'organisme, non réduit extrêmement en petit, mais encore petit, incomplètement développé. Ce terme a de la sorte aussi le sens donné au mot graine, à Y embryon dans celle-ci parmi les phanérogames, mais il est encore étendu à toute autre partie qui détachée d'un organisme est susceptible de le reproduire par son propre développement [voy. Génération, p. 431).
L'analyse anatomique a montré que les parties se trouvant dans ce cas sont les unes multicellulaires et la plupart unicellulaires ; que le nombre de leurs variétés est des plus considérables, mais que ce qu'ils sont au point de vue de leur provenance et de leur constitution simple ou complexe peut toujours être déterminé; que par conséquent le mot germe n'est scientifiquement acceptable qu'à la condition de dire de quelle espèce d'organisme est reproducteur le corpuscule qu'on vient à désigner par ce nom.
S'il est germe, un objet l'est toujours d'une espèce animale ou végétale qu'il faut nommer. De même cellide embryonnaire n'est qu'un mot vide de sens, si l'on ne désigne pas l'espèce d'élément anatomique dcthiitif dont la cellule serait Yembryon, c'est-à-dire un état transitoire.
Les unités anatomiques, les corps ou organes multicellulaires, bulbes, gemmes et bourgeons proprement dits, les fragments d'organes, de tissus, de mycéliums, etc., qui détachés naturellement ou accidentellement sont susceptibles de reproduire un être semblable à celui dont ils proviennent dès que, près ou loin de ce dernier, un milieu se prête à la continuation de leur nutrition ou rénovation moléculaire continue, ces corps-là sont nombreux et divers.
GERMES. " oU
Quand on applique le nom de germe à quelque chose d'organisé, il faut donc spécifier s'il est œuf, larve, gemme, etc., spore, mycélium, graine, bulbille, bouture quelconque, etc., c'est-à-dire s'il est végétal ou animal, unicellulaire ou multicellulaire, et dans ce dernier cas s'il est arrivé à un degré d'organisation déjà plus ou moins complexe avant de se détacher ou d'être détaché comme germe. On constate en elïet que chacune de ces sortes de corps tant qu'y persiste l'état d'organisation, en se nourrissant et se développant, reproduit le tout dont elle provient; qu'avec ou sans fécondation, selon leur constitution, chacune représente le rudiment d'un tout semblable à l'antécédent.
Depuis longtemps du reste les observateurs ont insisté sur ce que partout où se développe un mycoderme, c'est que sou germe y préexistait et que par son développement celui-ci ramène invariablement à la production d'un germe pareil au premier (Blondeau, De la préexistence et de l'invariabilité des germes [Comptes rendus de V Académie des sciences. Paris, 1847, t. XV, p. 559]).
Le mot germe, on le voit, est un terme général et non générique. C'est par abstraction comparativement aux germes ou graines des plantes qu'il est employé lorsqu'on ne lui ajoute pas la désignation de l'espèce animale ou végétale dont le corpuscule ainsi nommé est un état évolutif isolable et pondérable. De là l'obligation dans cet article de revenir plusieurs fois au même sujet, sans répétitions pourtant, mais pour en examiner toutes les faces.
Les phénomènes de génération proprement dite et d'évolution qui partent de chacun des divers états organiques diffèrent naturellement avec chacun de ces états. Par suite ces parties diverses d'un organisme pouvant ramener à la production d'un tout semblable au premier ne passent pas par des phases évolutives smiilaires absolument telles que, par exemple, celles que présentent les embryons qui ont un ovule pour point de départ.
Ainsi le mot germe si souvent employé par les médecins, les chimistes et dans le langage général à propos des poussières, etc., n'a, comme le mot globule, aucune valeur scientifique tant qu'on ne spécifie pas si le germe dont on parle est de nature soit animale, soit végétale. Or on sait que, si la détermination de l'espèce dont on voit, soit la spore ou le mycélium, soit l'ovule ou l'infusoire animal, enkysté ou non, est difficile, il est toujours possible de dire si c'est un corps reproducteur animal ou végétal qui se présente. La rapide dissolution des parties animales (les enveloppes chitineuses et les épilhéliums exceptés) dans l'ammoniaque, l'absolue insolubilité sans aucune déformation dans ce liquide de toutes les cellules végétales à parois cellulosiques, qui pourtant arrête leurs mouvements propres, quand elles en ont, donnent à cet égard des résultats différentiels très-nets. Il faut toutefois noter que, lorsqu'il s'agit de spores ayant un diamètre de 0'""',00i ou environ, comme celles des Leptothrix, ce moyen ne permet plus de les distinguer des granulations dites moléculaires, de ce volume, qui seraient de nature cellulosique ou amylacée; l'existence de celles-ci mêlées aux spores est possible, mais n'a pas été déterminée jusqu'à présent [voy. Cellule, p. 587, Globule et Sarcode, p. 785).
A plus forte raison y a-t-il erreur, si ce que le mot germe désigne est considéré comme étant un petit corps qui vivrait sans être analomiquement ni végétal, ni animal. C'est ce qu'implique le terme microbe (dû à M. Sédillot, Comptes rendus de VAcad. des sciences. Paris, 1878, t. LXXXVI, p. 654), et son succès près des médecins vient de ce qu'il laisse croire que par un mot on peut échap-
per à la nécessité de déterminer si les corpuscules, causes des fermentations, peuvent être vivants sans qu'ils soient animaux ni plantes.
Dans l'ordre pathologique, par analogie avec ce fait que le germe ou bourgeon végétal fait éruption à la surface des rameaux, en devenant lui-même l'origine d'autres de ceux-ci {germinis pullulatio et augmentatio), les Anciens appelaient germen seu hlastema toute éruption d'une matière pustuleuse, croùteuse, fongueuse (Castelli, Lexicon medicum, 1746, in-4°).
On trouve fermentum dit au lieu de germen dans les cas où il y avait intumescence au lieu de simple éruption.
Ici germe ne désignait pas une unité anatomique et physiologique reproductrice, mais hprincipe, selon un des anciens sens du mot, c'est-à-dire la cause inconnue de l'éruption, etc., à savoir : l'ensemhle des conditions organiques moléculaires ou d'état d'organisation, l'état général des tissus et des humeurs, alors indéterminés, qui sous telles ou lelles conditions de milieu se prêtent à l'apparition d'un état morbide plutôt que d'un autre, chez l'individu ainsi constitué et non sur celui qui est autrement organisé {voy. Organisation). C'est dans ce sens que les médecins disent d'un homme qu'il portait en germe l'affection qui se manifeste, la phthisie, par exemple, lorsqu'on le voit atteint plutôt que d'auti'es, sans que jusque-là les causes de ces différences aient été déterminées; et ainsi encore pour nombre de maladies, surtout générales, épidémiques, miasmatiques, etc.
Le mot germe a encore un sens général plutôt que générique sous la plume de ceux qui sans détermination précise de nature désignent ainsi les humeurs, les desquamations pulvérulentes, ou les émanations chimiquement sudorales, pulmonaires, fécales, etc., les anciens miasmes, contages et virus, en un mot, de la syphilis, de la morve, etc., toutes parties de nature non définie sous leur plume, mais au moins de provenance organique, qu'on peut dire tangibles et même pondérables. Ces provenances, jadis appelées mauvais germes, semences de qualité délélère, étaient supposées visibles ou non, transmissibles, médiatement et à distance, du malade à l'homme sain, pour y faire éruption à la manière d'un bourgeon ou du levain. On voit ici combien de fi:^ures du langage ont été prises pour des réalités.
Pour les uns le germe restait une inconnue, un mystère, pour les autres une force, une activité, un principe d'activité ou, pour ceux qui disaient ferment, quelque chose d'analogue, au moins quant aux propriétés, à la pâte qu'on prend pour levain.
Mais le mot germe et tous les synonymes que l'empirisme médical lui a donnés n'implique pas l'existence dans les cellules cryptogamiques ainsi désignées d'un mode d'activité quelconque autre que celui des ferments figurés. Chacun de ceux-ci n'offre rien autre qu'un cas particulier de ce que Cagniard- Latour avait démontré pour les globules des levures de bière et vineuse lorsqu'il eut prouvé que ce sont des cellules végétales (1832, et Comptes rendus de l'Acad. des sciences. Paris, 1837, t. IV, et 1838, l. VU, p. 227; qui vivent aussi bien dans l'acide carbonique qu'à l'air {voy. Contagion et Miasme); lorsqu'il eut montré aussi que l'étude de la fermentation est un chapitre de la physiologie botanique où la chimie n'a à intervenir que pour donner la composition du principe fermentescible et comme moyen d'étude de ce que rejette la plante ou levure {voy. Organisation, p. 409).
On trouve le mot germe pris dans un tel sens parfois qu'il signifierait que les
maladies, les infectieuses spécialement, ont des germes ou graines comme les plantes; germes de la lièvre typhoïde, du charbon, du choléra, etc., représentant celles-ci infiniment en petit, et que ce sont précisément des spores ou graines cryptogamiquGS qui se trouveraient ainsi à la fois germes, chacune d'une plante et de plus d'une maladie.
C'est évidemment ce que signifient les expressions germes de contagion sous la plume des médecins qui sans détermination scientifique désignent ainsi ce que les botanistes ont prouvé être des spores et des mycéliums cryptogamiqnes et non des animaux. Notons du reste que pour nombre de ceux qui se servent le plus du mol germe ce terme ne désigne qu'une inconnue pour eux, une chose qu'ils n'ont jamais vue ou qu'ils voient sans pouvoir en déterminer la nature végétale ou animale, les caractères de structure, l'aclion /ymotique en raison de sa germination, de sa croissance, de sa reproduction.
Pour les panspermistes tout est devenu ici du parasitisme, du parasitisme végétal spécialement. Toulelois ils ne spécifient jamais de laquelle de ces deux sortes de parasitisme il s'agit ; détermination importante pourtant, pour qui connaît des symptômes de la trichinose ou de la présence dans l'intestin de divers filariens, causant V anémie des mineurs; détermination importante surtout depuis qu'on sait que les maladies de causes déterminantes communes, de beaucoup les plus importantes de toutes, tjue ces affections, disons-nous, ne sont qu'une simple extension des limites entre lesquelles varie journellement, en plus ou en moins, chacun des phénomènes normaux de l'économie, ne sont qu'une déviation directe d'un équilibre organique plus ou moins instable, et non la conséquence de phénomènes nouveaux, étrangers à la physiologie individuelle ; depuis enfin qu'on peut séparer des maladies précédentes les affections de causes déterminantes spécifiques, parmi lesquelles rentrent les perturbations organiques dues à l'activité propre d'un parasite dans le parasitifère.
Les maladies, l'ensemble des états anatomiques et fonctionnels morbides ou accidentels, ne partiraient plus d'une altération delà substance organisée provenant du fonctionnement de l'économie dans des coiiiiitions accidentelles par un côté quelconque. L'altération serait déterminée par la jjénétration totale, la nutrition et le développement d'un autre organisme, s'ajoutant au premier, et représentant lui-même la cause, l'agent destructeur du second, etc., et spécifiquement préexistant à l'alléralion en tant que partie constituante des milieux ambiants géologiques et aériens. Le sang et la lymplie seraient le point de départ de la fermentation, de la maladie, non leurs éléments solides, seulement on n'indique pas comment il se fait que les épithéliums et le mucus du nez, de la trachée, du poumon, de l'intestin, et autres éléments, ne fermentent pas partout et toujours pendant que les germes les traversent avant d'arriver aux capillaires, ce qui du moins rend ces éléments moins lermentescibles que les humeurs précédentes ou fermentescibles après elles seulement.
Ce qu'ils ne disent pas non plus, c'est que le parasite est ce qu'ils nomment germe; c'est que le germe est celui d'un cryptogame; de ceux qui en se nourrissant jouent le rôle de levure ou ferment figuré ; qu'il est tel partout où on le trouve, sans devenir autre chose qu'un végétal plus ou moins allongé. Il est facile de voir même que pour beaucoup de ceux qui écrivent maladies zijmotiques ce dernier mot veut dire encore quelque chose de caché, de mystérieux, comme si on ne savait pas encore ce qu'est la fermentation.
Notons ici que restent en opposition avec les pre'cédents ceux qui considèrent comme n'étant pas encore prouvé que des cryptogames sont les agents de la production de toutes les maladies dites zymotiques ; plusieurs pensent qu'il en est parmi celles ainsi appelées qui résultent d'altérations des divers principes immédiats des humeurs, de la substance organisée elle-même, dont la connaissance doit être acquise pour se rendre compte des lésions, des perturbations dont elle est le siège. Ceux-ci, rejetant l'emploi des mots germes et ferments morbides ou infectieux, admettent ici que les virus et miasmes n'existent pas en tant qu'organismes distincts ou genres de matières spécifiquement différentes de celle de l'animal malade dont ils viennent. Ce seraient des parties de celui-ci, des substances virulentes, des états d'altération totius subsfantiœ de tels et tels humeurs et tissus, sans que leur matière ait perdu son état d'organisation propre en tant que plasma ici, tissu ailleurs, sérosités, mucus, etc. Dérivant de l'économie et quittant l'être où elles se sont formées, sans cesser d'être ce qu'elles y étaient, les parcelles des humeurs devenues virulentes et miasmatiques agiraient après contact direct ou après transport aérien, grâce à quelque véhicule. Elles ne cessent pas d'être ce qu'elles sont, pas plus que ne le font les organismes réviviscents, pour se retrouver dans les animaux qu'elles atteignent, telles qu'elles étaient au point de départ, puis pour transmettre à ce qu'elles touchent leur propre état organique d'altération, d'après le mécanisme moléculaire même qui a déterminé celle-ci {incubation). D'où la propagation des états virulents et l'augmentation de quantité des matières virulentes, sans fait de génération quelconque, car, contrairement à ce que disent les médecins panspermistes, dont les nombreuses pages abondent en préconceptions sans observations à l'appui, la doctrine des états virulents ne concède aucunement par là une faculté de génération à des matières amorphes. Elle reconnaît des altérations par changements d'états moléculaires, sans destruction ni cessation de la nutrition dans la substance organisée qui est le siège de changements, chimiques en fait. Mais l'extension de ces détériorations ou altérations à la substance même de tels ou tels tissus et humeurs ou de la généralité d'entre eux n'est en rien une génération. L'état virulent de ceux-ci rentre dans les lois générales des altérations pathologiques connues de la substance organisée [voy. Ch. Robin, Sur les états de viridence et de putréfaction, etc.. Comptes rendus et mém. de la Soc. de biologie. Paris, 1863, et G. Colin, in Bidl. de VAcad. de méd., 1879 etpassim).
Cette théorie admet que ce n'est pas un organisme autre que celui qui est malade qui détruit ce dernier à la manière de ce que peut faire un parasite. Elle admet que l'altération pathogénique, que l'action de l'humeur ou du tissu déjà altérés vient non pas d'un cryptogame qui lui est étranger et se nourrit de sa substance, mais qu'elle est due à une combinaison, qu'elle tient à cette humeur même, etc. ; qu'elle est directe, qu'elle est de l'ordre des actions naturelles ayant lieu dans les tissus et les humeurs, mais troublée, dérangée; que malgré cette perturbation cette action reste directement chimique au fond, mais du genre de chimie complexe qui caractérise la nutrition ; que les virus, miasmes, contages, sont de la matière organisée faisant, ou ayant fait partie du malade, en provenant sous un état d'altération susceptible d être transmis, après mélange, aux parties de l'organisme sain, par action chimique graduelle.
Ici les inconnues restent nombreuses, comme les invraisemblances le sont dans la théorie du parasitisme cryptogamique quand elle attribue au moins
GERMES î)75
cent affections morbides différentes à autant d'espèces cryptogames qui auraient leur spécificité d'action zymotique, alors qu'il n'y en a pas ici dix que la botanique anatomique et physiologique puisse distinguer les unes des autres.
Comme conséquence de la conservation de cet état accidentel d'organisation, dit virulent, et de sa transmission moléculaire à toutes les parties constituantes de l'économie, on constate la transmission héréditaire de cet état par le générateur à son descendant : or la théorie des germes reste muette sur ces faits de transmission héréditaire, par des (jermes parasitaires, de la syphilis, la phthisie, etc. {voy. Fécondation, p. 564), si ce n'est de la part de quelques chimistes cités plus loin.
Par cet ensemble de notions, la théorie de la virulence des parties ou de fout l'organisme affecté reconnaît dans celui-ci ce que la théorie des germes attribue aux bactéries-virus, c'est-à-dire aux cryptogames parasites zymogènes, corps étrangers à cet organisme et agissant comme tels. Elle fait le contraire de l'invention qu'on lui reproche sans fondement, celle d'un troisième règne organique intermédiaire; elle fait l'inverse de ce qu'imagine précisément la théorie des germes [voy. Sarcode, p. 771 et 785), dont quelques fauteurs, parmi ceux précisément qui n'ont jamais étudié hors du malade les cryptogames unicellulaires de même ordre que ceux vus sur celui-ci, ont imaginé un règne de la microbie qui serait composé de tout un monde de familles, de genres, d'espèces et variétés d'organismes, causes des fermentations et dont l'étude constituerait la science de la microbie. La théorie précédente n'est pas moins contraire à l'hypothèse des chimistes qui, méconnaissant toutes notions d'organisation, croient que ce qui précède implique pour le virus une spécificité chimique en tant que composé pondérable, séparable par l'analyse, tout en restant alors encore virus, comme pour les poisons minéraux et autres.
La réalité est que les sporules cryptogamiques, aujourd'hui appelés germes, sont de celles qui jouent le rôle de ferments (voy. Bactérie, p. 26), de levures; que par suite toutes les altérations qu'on leur attribue, depuis les putréfactions cadavériques jusqu'aux altérations morbides sur le vivant, virulentes, infectieuses, tuberculeuses, hypertrophiques, suppuratives et autres, devraient par les panspermistes être appelées des fermentations animales ; des fermentations non pas de simples principes d'origine animale comme l'urée ou le sucre de diabète, mais fermentations des organismes animaux mêmes; des fermentations soit d'un, o\i deux, etc., de leurs principes immédiats, soit de toute la substance à la fois de tel ou tel élément ou de telle humeur.
Il faut que ceux qui les appellent des maladies parasitaires sachent que le parasite est un ferment, cryptogamique comme tous les aulres, dont l'action palhogénique est une fermentation; que le composé fermentant est l'organisme malade parasitifère; que le cryptogame offre le même degré de netteté et de simplicité organique que tous les aulres végétaux unicellulaires jouant le rôle de levure; que devant les similitudes botaniques de ces derniers nul pathogéniste ne donne la raison de ce qui rend ces ferments \es uns inoffensifs, les autres nocifs ou meutriers autrement que cela n'est pour les moisissures, etc. ; que parmi ces derniers nul ne sait rien de ce qui établit des spécificités morbides, des diversités d'actions pathogéniques, c'est-à-dire d'actions zymotiques, aussi grandes que celles qu'on voit dans le charbon ou le choléra, d'une part, la lèpre, la tuberculose, la vaccine ou le furoncle, d'autre part.
Seulement l'absence de détermination scientifique des choses, ferment figuré
et principes immédiats, de la part de ceux qui disent microbe, etc., sans noter s'il est animal ou plante, alors qu'il faut écrire levure, cette absence de détermination fait que nul ne tient compte de ce que le composé, qui est considéré ici comme fermentant, Vorgaiiisme animal, soit mort, soit vivant, offre des degrés divers de la plus grande complexité connue de composition moléculaire; composition pouvant le rendre plus ou moins fermentescible. Or ces degrés demanderaient à être définis aussi nettement que \e sucre l'est par rapport à la levure de bière pour qu'il fût possible d'arriver ici à des conclusions scientifiques.
Nul ne dit ce qui, dans ces degrés de complexité de l'état d'organisation, rend suivant les circonstances plus ou moins fermentescibles tels individus d'une même race, telles races ou telles espèces de mammifères ou d'oiseaux. C'està-dire que nul n'indique si c'est l'organisme animal qui est devenu moins fermentescible cbimiquement par rapport à la levure ou si ce végétal, le ferment, est devenu moins zyinogène, par rapport à l'animal, de manière à rendre compte de ce qui fait que la variole, la rougeole, le typhus, la syphilis, le charbon, etc., sont malins ici, bénins ailleurs, pour user du langage imagé, mais non scientifique, des médecins; comment il se fait qu'après avoir fermenté une fois l'animal n'est plus fermentescible, quand de nouveau certaines levijres l'atteignent comme parasites, tel est le cas de la vaccine par rapport à la variole; pourquoi dire germe on virus atténué dânsle cas où, après avoir c/iau/'/è' du sang ou du jus de viande, avant de les inoculer, on admet que c'est le ferment figuré qui agit autrement, ou moins, sur un animal que sur un autre, de même espèce ou non, lorscju'il est question de savoir si c'est l'action zymotique de la première qui a diminué, ou si au contraire c'est l'animal qui est devenu moins fermenlescible (voy. Chevreul, Sur l'infection produite par les jus de viande chauffés. Comptes rendus de VAcad. des sciences. Paris, J881, t. XClll, p. dOô)? Pourquoi ne pas déterminer non plus si c'est bien la levure seule dont la clialeur a modifié l'action, comme si les principes albuminoïdes de ces liquides, chauffés et inoculés en même temps, ne méritaient d'être ici étudiés comme pouvant être quelque chose dans la transmission, vaccinatoire ou autre?
Dans le cas même de la culture de ces cryptogames la preuve qu'ils sont la cause spécifique du mal produit par leur inoculation ne sera complète qu'après que ces dernières déterminations auiont été faites.
On pourrait comprendre du reste les spécilicités pathogéniques diverses, en supposant que chaque espèce de cryptogames détermine la fermentation de tel ou tel des principes immédiats constitutifs de la substance organisée dans l'animal parasitifère de préférence à tel autre; mais personne encore n'a renseigné sur ce point.
Au fond, en effet, rien ne dit que les maladies en question ne puissent être le fait de la décomposition par une leviàre de tel ou tel des principes constitutifs des tissus et des humeurs : d'où telle ou telle désagrégation moléculaire des autres, avec telle ou telle formation de principes immédiats accidentels, fétides ou non, vénéneux ou non, pouvant réellement intoxiquer le sang, et par lui le cerveau, les muscles, etc., à la manière des poisons proprement dits; d'oii telle ou telle succession de symptômes correspondants, indiquant que les propriétés des éléments, comme leur substance même, ne sont plus ce qu'ils étaient; mais rien ne le prouve encore. La conviction que les choses sont ain^i eût dû, dès lu
découverle du végétal réputé morbigèue, conduire à étudier logiquement chaque maladie comme on le tait de toute fermentation pour laquelle on détermine : 1" les caractères botaniques de la levure (germe) ; 2" la constitution du composé fermentescible (le malade) ; o" et surtout les produits de la fermentation du corps étudié.
La préoccupation première en toute expérience est en effet la détermination nette de la nature chimique ou composition de cha(iue corps ou objet servant à l'étude et en physiologie de la nature animaleouaucontraire végétale de celui-là, de son état ovuluire ou plus avancé, etc. C'est ce que n'ont pas fait et ne font pas ceux qui, malgré des prétentions de rigueur : 4" ont considéré les germes comme étant des animaux, sans chercher même à vérilîer les déterminations de ceux qui les avaient leconnus comme étant des plantes ; 2" qui de plus les ont donnés comme ferments-animaux, alors qu'on savait déjà que les fermentations ne sont qu'un cas particulier de la nutriton végétale {voij. Ouganks, p. 400) et qu'il n'y a pas de ferments figurés représentés par des animaux infusoires. Personne également n'a recherché ce qui fermente dans le parasitifère, si ce sont : IMes principes crislallisables d'origine organique comme les sucres; 2'' ou bien les principes coagulables ou alcaloïdes; 5° ou enfin si c'est la substance organisée du mahide, du sang, de la lymphe, des muscles, etc., intégralement.
Ici encore nul pathologiste ne dit que le développement des fermenta figurés est subordonné à leur nutrition, qui de la part de ces organismes est nue aciion zymotique, c'est-à-dire décomposante des principes immédiats dont est constituée la substance organisée du parasitifère, d'où les changements morbides des propriétés de celle-ci. H n'y a rien là du reste qui soit en quoi que ce puisse être assimilable à l'action d'un venin ou d'un poison. Aussi y a-t-il méconnaissance formelle et dangereuse de la réalité de la part de ceux qui décrivent et envisagent les ferments comme causes de nature parasitaire des fièvres typhoïdes et autres, comme constituant autant de poisons spécifiques {voy. Fersiektation, p. ()66). Rien de plus déplorable sous tous les points de vue pathologiques et thérapeutiques que de voir ainsi confondues par la plupart des médecins des modilicalions de l'économie aussi différentes que les vénéneuses, les venimeuses et les zymotiques, lesquelles ont dos causes aussi radicalement différentes que le sont les poisons, les venins et les levures, aux points de vue physique, chimique et anatomo-physiologique {voy. Moisissures).
D'autre part, c'est ferment syphilitique, vénérien, varioleux , vaccinal typhique, infectieux, cholérique, furonculeux, pleurétique, néphrétique, etc., qu'il faudrait dire, et non plus virus; tout varioleux, rabique, furonculeux, érysipélateux, devrait être noté comme malade en voie de fermentation variolique, etc., de même qu'il y a des fermentations alcoolique, acétique, tartrique, etc., car en elles-mêmes les bactéries, etc., n'ont pas d'autres propriétés que celle de déterminer quand elles végètent une fermentation des principes dont elles se nourrissent. Dès qu'on admet que le vi7-us n'est pas Vhumeur arrivée à un certain état d'altération dit virulent, mais un végétal, parasite, corps étranger, ferment en suspension dans l'humeur, c'est ferment et fermentation, infectieux, etc., choses connues, qu'il faudrait dire, et non virus et virulence, états considérés comme indéterminés en eux-mêmes, laissant le va^ue et l'obscurité partout. Virus-bactérie, germe-virus est un pléonasme dès l'instant oiî l'on sait que tout cryptogame, bactérien ou sporoïde, joue le rôle de ferment, et qu'on admet que le virus n'est pas autre que ce même ferment, que
DICT. ENC. 4° S. Vllf. 57
pour une humeur virulence est parasitisme végétal zymotique. Il y a ici pour le sang, par exemple, des hématophyles, comme ailleurs des hématozoaires ; héma^tophytes, etc., qui partout où ils sont portés déterminent un dédoublement ou décomposition de principes immédiats dont on ne parle pas. Pourquoi virus, si c'est levure et ferment qu'il faut dire, alors que virus a toujours dit chose d'origine et de nature animale, alors que ferment figuré comme /ei>»/-e désignent des objets d'origine et de nature botaniques?
Cet usage des termes empiriques ou cliniques, virus, miasmes, contagex. etc., ne désignant aucun objet dont la nature soit considérée comme scientifiquement déterminée, alors que c'est ferment ou levure que devraient dire les panspermistes, laisse voir que ceux qui s'en servent n'ont pas de notions précises sur la nature chimique et analomique des corps qu'ils voient, ni sur les actes chimiques et organiques qui les frappent. De là vient que, sans nier les faits, la science doit voir si leur interprétation est logique.
^ III. Dk la nature végétale des corpuscules appelés germes par les médecins. Il importe de rappeler qu'avant toute recherche au lit du malade il faut déjà connaître les faits suivants. 11 faut savoir qu'en raison de ce qu'il y a partout des matières d'origiue organique en voie de décomposition, servant directement à la nutrition et au développement des cryptogames, miscroscopiques ou non, le difficile est de trouver de l'air ou des solides et des liquides terrestres qui soient purs, c'est-à-dire où il n'y ait pas des spores ou des mycéliums. Quelques heures après la mort, plus ou moins suivant la température, etc., ne pas en voir sur le cadavre est impossible, dans quelque organe que ce soit ayant communication avec l'extérieur {voy. Bile, p. 268, et Organisation, p. 405).
Tout cryptogame rencontré à l'autopsie n'apporte donc aucune preuve sur la question de savoir si sa présence est bien la cause spécifique du mal dont est mort l'individu, jusques et y compris Vaction stéatoyène dans l'intérieur des cellules que quelques-uns leur attribuent (Bolzer). C'est à peine si les humeurs et les tissus pris sur le vivant ou peu d'heures au plus après la mort peuvent être considérés comme étant dans les conditions voulues pour qu'on puisse dire que ce qui s'y trouve ne s'est pas développé dans des conditions d'état cadavérique.
A l'état normal il n'y a pas de bactéries, etc., dans la cavité des séreuses, l'épaisseur des tissus en général, du foie et des reins, malgré les communications de leurs excréteurs avec l'intestin ou l'extérieur. Aussi les liquides qui s'en échappent et leurs fragments pris avec les précautions voulues sur les animaux vivants ne déterminent aucime altération des liquides fermentescibles ou de culture des bactéries. On en trouve au contraire dans toute la longueur du tube digestif: aussi les moindres parcelles prises à sa face interne déterminent à bref délai la putréfaction des liquides précédents avec multiplication proportionnelle des bactéries ; même résultat pour le tissu pulmonaire proprement dit (Miquel, Annuaire météorologique. Paris, 1882, p. 496).
C'est pour n'avoir pas tenu compte de ces faits, connus de tous les naturalistes {voy. Bactérie, p. 30, et Lepïothrix), qu'à chaque autopsie nouvelle un germe prétendu nouveau est donné comme cause spécifique de la maladie, tandis que, se guidant sur l'expérimentation, d'autres considèrent qu'il n'est dans cette multitude d'indications hâtives que deux cas dans lesquels le germe supposé pathogénique reproduit par inoculation la maladie durant laquelle on l'a observé
dans le sang, etc., savoir celui du charbon et celui du choléra des poules (Du Cazal et Zuber, Du rôle pathogénique des microbes, Paris, 1881).
il importe en effet de ne pas oublier que partout, même sur le vivant, la présence des cryptogames microscopiques montre que là quelque parcelle du tissu ou de l'humeur, quelque principe immédiat y est en voie de décomposition, de désagrégation moléculaire ou d'état cadavérique {voy. Organisation, p. 405); reste encore à savoir si c'est ici la cause première du mal, de la maladie, si post hoc, ergo propter hoc; ce qui n'enlève rien à la gravité possible de répipliénomène quand il est observé sur le vivant et non sur le cadavre, depuis la lèpre jusqu'au charbon. Car encore une fois il y a longtemps qu'on sait qu'il est difficile d'examiner une production pathologique dans laquelle il n'y ait pas quelque particule en voie d'altération et par suite dans laquelle on ne trouve pas des bactériens, aussi bien que dans les milieux ambiants, air, terre et eaux.
Les spores et les mycéliums des cryptogames appelés germes des maladies, mis en présence des matières d'une faible stabilité chimique, facilement décomposables, assimilables, puis désassimilables, fermentescibles, en un mot, s'en nourrissent, se les assimilent d'abord et comme produit de désassimilation ou excrément rendent ce qu'on nomme les produits, soit de la fermentai ion, soit de la putréfaction; là est la fermentation, fait incompréhensible, si l'on ne lient compte des données exposées aux articles Cellule, p. 588-589, et Organisation, p. 409. C'est ainsi que pour 100 parties de sucre, 51 parties d'alcool et 48 d'acide carbonique sont formées dans l'intimité des cellules de la levure de vin ou de bière, ou dans les cellules des pommes en voie de maturation, puis sortent de celles-ci comme excréments au même titre que l'urée et l'acide carbonique sortent des cellules animales par désassimilation desquelles ces principes cristallisables ou volatils sans décomposition se sont produits! Lorsqu'il s'agit des autres fermentations, la porportion et la nature des composés fournis par le corps fermentescible d'une part, ce qui en provient d'autre part au profit du ferment ou agent de décomposition, sont deux termes nettement pesés et mesurés {voy. Fermentation, p. 570 et suiv.) : or aucune détermination n'est donnée par h théorie des ^grmes touchant l'espèce d'altération ou désorganisation présentée par les tissus et les humeurs de l'animal subissant la fermentation qui serait la maladie.
Ces objets sont bien des germes ou corps reproducteurs. Ce sont ceux de certains cryptogames appartenant à la classe des champignons {voy. Champignons), du groupe des Schizomycètes ; ce sont : soit leurs spores proprement dites, soit des spores-conidies, c'est-à-dire naissant du mycélium. Leur passage évolutif de l'état de spores à celui de filaments comparables au mycélium, de ee dernier état à la production des tubes sporophores et des spores, est certain, et a été suivi expérimentalement. On ne sait pas encore exactement si, comme plusieurs Mucorinées, tous ces cryptogames sont polymorphes, et quel est le nombre des formes évolutives et des fructifications de chaque espèce. Quant à leur transformation de specie in speciem, il est bien certain qu'elle n'a pas lieu, et cette étude n'est pas de ce sujet.
Dire que les ferments, les Schyzomycètes, sont des Monères {voy. Cellule, p. 617) qui ne révèlent aucune trace d'organisation (Périer, La formation des organismes, etc. Paris, 1881, in-8% p. 74), êtres intermédiaires du règne des Protistes {voy. Sarcode, p. 771-785), n'est que fiction, hors de toute observation réelle de la constitution et de la physiologie de ces divers êtres.
à tel point qu'il n'y a pas lieu à discussion ici. Inutile de parler des cas où l'on voit des médecins décrire à propos des fièvres paludéennes de l'Algérie, etc., comme germes d'origine parasitaire, les leucocytes du sang (Laveran) dont ils n'ont su déterminer la nature, les modifications qu'ils présentent, dans les vais'^eaux et au dehors, etc.
La distribution des spores et mycéliums, appelés germes, dans les genres connus ou à créer, n'est pas exactement faite, ni même actuellement possible, et le classement que les botanistes en ont donné n'est lui-même qu'un groupement empirique. Il n'est fondé que sur des caractères de formes et de dimensions d'une part, de mouvement de l'autre, mais au moins il exprime les rudiments de la méthode et par suite sert à éviter trop de confusion dans les indications. Les spores et les mycéliums qui se trouvent le plus habituellement dans les poussières, qui reçoivent improprement les noms de germes ou de microbes de ceux pour qui les notions de botanique sont lettre morte, appartiennent aux trois groupes mycologiques : 1" des Mucorinées {voy. ce mot); 2" des Sacchai-omycètes {voy. ce mot) ; 0° des Schizomycètes (Nœgeli, Die niederen Pihe, etc. Mùnchen, 1877. T. R. Lewis, Les microphytes du sang. Trad. franc., Paris, 1880); ce sont des champignons minces, comprenant ceux qui ont forme de corpuscules sphériques ou ovoïdes, se multipUant par scission seulement et restant isolés ou constituant des rangées, des filaments ou bùtonnels, tués à une plus basse température que les précédents; eux seuls jusqu'à présent ont été trouvés dans le sang.
Leurs propriétés physiologiques sont celles des autres champignons unicellulairesoupaucicellulaires, propriétés purement végétatives de nutrition, évolution et reproduction. Aucun n'est poison comme les slrychnos ou l'amanite {voy. Moisissures), ni venin comme la sécrétion propre de l'ortie, de la guêpe ou de la vipère. Il n'est pas prouvé qu'il y en ait parmi eux qui au caractère de ferment inoffensif et purement végétatif des autres ajouteraient celui d'être au contraire ferment meurtrier en tant que formateur d'un produit de sécrétion, le virus de la syphilis, de la blennorrhagie, delà variole, de la rage, etc.
C'est surtout aux Schizomycètes que se rapportent les remarques précédentes concernant ce qu'a de purement empirique la classification des germes. Nœgeli conclut toutefois de ses observations que, malgré la difficulté et souvent l'incertitude de celles-là, on doit admettre que les Schizomycètes n'ont que peu de ra(jports génériques avec les Saccharomycètes et avec les moisissures ; qu'ils ne produisent pas de formes végétales qui ressemblent a celles-ci (fo*/. Moisissures). De Bary [Veber Schimmel und Hefe, 1869) a déjà émis cette opinion.
Il est certain que les cellules mycélioïdes qui dérivent de l'allongement soit d'une, soit de plusieurs de leurs spores juxtaposées suivant une seule direction, ne se ramifient pas comme celles des Mucorinées et n'ont pas le même mode de fructification aérienne; que les filaments qui proviennent de ce développement sont toujours simples et non bifurques, etc. Mais nul ne saurait mettre en doute que dans les matières interstitielles des dents, dans les couches gélatiniforraes surnageant des infusions datant de plusieurs mois, certaines matières ayant fermenté ou fermentant, etc., on voit des Cryptogames à l'état de spores {micrococcus) dont certaines sont (fig. c, d) en voie de se développer {a e) en courts filaments (soit Bactéries, soit Bacilli), puisqu'on trouve ces derniers arrivant à l'état de filaments longs de un à plusieurs dixièmes de millimètre {Leptothrix), avec production de spores dans l'intérieur de ces filaments (Ch. Robin, Hist. nat.
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des vég. parasites, i" édit., Paris, 1847, et 2' édit., 1855, pi. I, fig. 1, i, et Traité du microscope. Paris, 1877, p. 868, fig. 3U0), c'est-à-dire qu'on voit là un même cryptogame pour lequel chaque période d'évolution est considérée comme un individu différent, et ces périodes sont nommées et classées comme si chacune cessant d'être une suite de l'antécédente constituait un représentant d'organismes lui restant étrangers et d'espèces, de genres ou même de tribus (Cohn) éloignées.
D'après M. Van-Thieghem {Dull. de la Soc. bot: de France. Paris, t. XXIV, p. 129), dans le développement de tout hacillus on constate : 1° la germination de la spore ; en un point oh son contour pâlit elle pousse un petit tuhe un peu plus mince qu'elle-même, qui s'allonge rapidement et se cloisonne; tantôt les articles se séparent [Bacillus siibtilis), tantôt ils restent unis en longs filaments (6. anthracis); 2° alors ces articles grossissent soit uniformément dans toute leur longueur en restant cylindriques, soit en se renflant à une extrémité en tbrme de têtard ou au milieu en forme de fuseau ; 5" enfin dans chaque article ainsi développé, ainsi nourri, il se forme une spore sphérique ou ovoïde, homogène, très-réfringente, à contour foncé ; elle est dans le renflement terminal, si l'article est en forme de têtard, au milieu, s'il est fusiforme, vers une extrémité sur toute ia lonen nombre plus ou
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Figure montrant des haclcricns développés en couche épaisse dans leur gangue amorphe hyaline mucilagineuse, couverte de saillies on doigt de gant, à la surface d'une inlusion ù froid d'écorce de saule datant de deux mois, à l'air lilirc.
a, partie centrale d'une digitolion contenant des spores isolées, d'autres articulées en courts filaments, et de courts filaments non articulés. — b, petites digitations ne contenant que des spores. — b,c,d, digitations constituées comme en o. — (', groupes de filaments plus longs, libres au bout d'une digit.ition à laquelle ils adhèrent par une de leurs extrémités; tous par un mouvement rapide autour (le cette extrémité décrivaient une figure en conc creus.
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plus ou moins grand, s'il est cylindrique. Un liquide hyalin remplit le reste du filament, sépare la spore de la paroi, et, celle-ci se liquéfiant, la spore est mise en liberté. Les spores se forment aussi en quantité plus ou moins grande en vingt-quatre à quarante-huit heures ou environ selon les espèces et l'clat du milieu, en remplaçant souvent ainsi par myriades ce qui avant n'était que filaments. Cette description peut être donnée comme un résumé de celles qui avant et depuis ont été faites par tous ceux qui, sans nombre, publient leurs observations sur des phases se répétant partout sans différences essentielles.
En pâlissant graduellement, avec ou sans allongement, devenant de plus en plus hyalins, puis disparaissant comme il vient d'être dit, ces tubes cryptogamiques mettent ainsi en liberté leurs spores (conidies) endogènes plus petites et fortement réfringentes. Celles-ci, en nombre proportionnel à celui des cellules filamenteuses dont elles sont les reproducteurs, par myriades souvent, constituent ce
que quelques-uns appellent les germes ou grains, granulations ou points brillants des -virus, etc. (isolés ou groupés par 2, 4, ou en chapelets, chaînettes, etc.).
D'après M. Pasteur le microbe du choléra des poules, toujours sous forme de petites cellules sphériques, ne s'engendre que par scissiparité, tandis que le microbe du charbon a deux modes de génération : il est scissipare et il est également sporipare (Pasteur, Bull, de VAcad. de médecine, 1881). De plus la bactéridie charbonneuse multiplie encore très-bien par scissiparité entre 42" et 43 degrés, mais n'engendre plus de spores. Reportées dans un milieu froid les spores se forment de nouveau dans les segments du mycélium ou bactéridies (Pasteur). Notons en outre que ces dernières sont facilement altérables par l'air, tandis que leurs spores restent inaltérables dans ces conditions et ne sont détruites que par une température élevée. Lewis croit avec Naegeli, de Bary, etc., que les Schizomycètes se multiplient seulement par scission. Pourtant les conidies de provenance soit endogène, soit segmentaire, germent ou s'allongent incontestablement en bactéries. C'est donc à tort qu'actuellement encore quelques auteurs admettent que les micrococcus (Hallier) constituent un genre de microbes et les bactéries un autre genre.
M. Miquel [Annualise météorologique de Montsouris. Paris, in-12, 1880, p. 460) a aussi constaté la multiplication des Schizomycètes sous leur état spori(]ue dit de micrococcus comme pour les Saccliaromycètes. Il a suivi la multiplication de ceux des poussières par bourgeonnement et ])ar scissiparité, puis leur germination à la manière des spores mucédinées, quand ces micrococcus sont placés dans des conditions de température et d'aération convenables. Ces spores germent en longs mycéliums droits ou contournés, en forme de Leptothrix de 0'"'",0010 à 0'"'",0015, souvent avec renflements d'espace en espace, puis par segmentation se réduisent en chaînettes à cellules rectangulaires devenant globuleuses. Alors les renflements se segmentent en cellules plus grosses que les autres, 0'"'",008 à 0""",009. Pour les bacilles toutes les spores n'ont pas la même façon de germer (p. 467). Les unes donnent des mycéliums, les autres n'en donnent pas.
Cohn est de ceux qui ont admis avec divers médecins et chimistes que les différences supposées dans les propriétés physiologiques de ces cryptogames peuvent suffire pour autoriser à leur donner des noms spécifiques, Nœgeli au contraire pense que cette supposition n'est fondée sur aucun fait certain ; que les résultats des cultures expérimentales n'ont pas toute la valeur botanique que beaucoup d'auteurs leur attribuent parce que ces cultures peuvent être contaminées; que, quoique toutes leurs formes ne rentrent pas dans une seule, on ne peut se fonder sur elles seules pour diviser en espèces les Schizomycètes. Il admet que suivant les circonstances dans lesquelles ils se développent ils prennent des aspects différents qui s'arrêtent à un certain degré, mais que les termes déjà employés autrefois suffisent pour la désignation de ces formes. Il est certain que l'abus de prétendues nomenclatures qui donnent un nom à tout corpuscule qui diffère un peu d'un second par son volume ou sa contiguration, imaginées par Billroth, Hallier et tant d'autres, tend à jeter plus de trouble que de clarté dans ces études.
Il serait difficile de ne pas en dire autant de celle de Cohn. Ce dernier, considérant ces corpuscules végétaux comme des Algues et non comme des champignons, a changé le nom de Schizomycètes en celui de Schizophytes.
Quoi qu'il en soit, tous les corpuscules appelés germes ont une épaisseur qui ne dépasse pas 0""",0050, mais n'est pour quelques-uns, ou pour l'un de leurs états, que de 0"'", 0005 environ, et ils sont rendus encore un peu plus petits par l'alcool. Ils sont incoloi'es, grisâtres, plus ou moins foncés, réfractant tantôt plus, tantôt moins fortement la lumière.
D'après leur forme, subordonnée à leur longueur et à leur structure, on en trouve : [° des spliériques ou ponctiformes ; 2" des filamenteux. Ces derniers sont les uns droits ou coudés [Bacterium Dujardin), les autres ondulés [Vibrio Elu-.), et d'autres enfin sont contournés en spirale {Spinlluiu Ehrenberg).
L'emploi de la potasse, de l'ammoniaque, des matières colorantes comme la fuchsine, etc., montre dans les uns et les autres l'existence d'une paroi de cellule distincte de la cavité. Ceux qui sont spliériques sont bien des cellules et non des globules pleins. Les différences de pouvoir réfringent, de netteté des contours, qui en résultent pour certains d'entre eux, alors même qu'ils sont de même forme, tiennent à la substance de cette paroi plus qu'à la nature du contenu. Celui-ci est sans coloration propre ainsi que la paroi ; on n'y voit pas de granules, excepté dans quelques-uns des filamenteux, indépendamment des cas où ces derniers renferment des spores développées dans leur cavité, du volume de <;elles qui sont libres ou un peu plus petites. Parmi ceux quisontà bords rectilignes il en est qui ont un aspect articulé dû à ce que des portions du cylindre, longues de 2 à 5 millièmes de millimètre, sont écartées les luies des autres par <les intervalles longs de 0"'",00l à 0""",00o, intervalles dans lesquels la substance du filament est plus pâle que les articles, d'où pour la totalité l'aspect d'un fin tube de verre dans lequel seraient [)iacées des portions de matière plus réfringente, peu écartées les unes des autres.
Pour les médecins ce sont autant d'espèces dans le sens botanique et zoologique du mot, mais qui ne se distinguent les unes des autres et des cryptogames inollensifs de l'enduit interdentaire ou lingual, ou de ceux des matières quelconques en voie de putréfaction, que par des différences moindres que celles qui séparent les bactéries des bacilli; que par des différences de volume, de Ibrme, de groupements cellulaires, de réfraction, qui échappent à la mensuration, à la représentation et presque à la description. Cela est surtout frappant lorsqu'il s'agit des germes du groupe des Micrococcus ou Microzymas.
Toutefois il importe de spécifier que constamment dans des maladies semblables on trouve des Schizomycètes semblables, à l'état de spores presque uniquement, comme dans le choléra des poules, par exetnpie, ou au contraire à l'état de filaments, comme les bactéries d'une part, les bacilli de l'autre, dans les deux espèces de charbon, la lèpre, etc. Mais encore est-il qu'en dehors du résultat des inoculations on ne sait pas s'il s'agit là d'espèces différentes ou de cryptogames d'une même espèce, dont l'un se reproduit sous l'état de spores, sans arriver à un degré plus avancé d'évolution, comme divers hyménomycètes, etc., se développent et se reproduisent sous l'état mycélial, tant que ne surviennent pas les conditions favorables au développement de leur réceptacle.
En suivant la voie adoptée par les médecins, ce nombre ne pourra qu'augmenter, car à chaque nouvelle autopsie « tous les avocats de la théorie des germes, à très-peu d'exceptions près, maintiennent que l'organisme particulier, dans la maladie particulière à laquelle il se rattache, est complètement distinct de tous les autres, du moins s'il est quelque chose de plus délini qu'un granule
ou une molécule des tissus ou des humeurs (Lewis, Les Microphytes du sang, trad. franc. Paris, 1880, in-8, p. 57).
C'est de la sorte que le cryptogame trouvé dans la salive rabique et cultivé comme l'agent pathogénique, c'est-à-dire le ferment de la rage, a été reconnu bientôt comme le cryptogame inoffensif du mucus des enfants morts de bronchopneumonie (voy. Bull, de l'Acad. de méd. Paris, !"■ mars, 1881), et non de la salive, comme on l'a dit, les morts manquant de salive. Pour distinguer les germes inoffensifs, dont l'existence n'est pas douteuse, des germes meurtriers dont on admet l'existence, on est obligé de supposer, en effet, que des organismes très-voisins par leurs formes peuvent être très-différents par leurs propriétés physiologiques (Pasteur, Comptes rendus de lAcad. des se. Paris, 1879, t. LXXXVIll, p. 12-17).
Au moins faudrait-il dire, pour être clair, que des ferments très-voisins par leurs formes pourraient être chacun très-différemment zymotiques pour les principes immédiats de nos humeurs et tissus sous les points de vue de la rapidité et du mode d'assimilation et de desassimilation de chacun d'eux, etc. ; que peut-être devant un même ferment le corps humain donne-t-il des maladies diverses, selon la constitution des individus, comme le même raisin donne du vin bon ou mauvais, selon les modes de sa maturation, etc., bien que la levure alcoolique reste ici la même.
On se demande, d'ailleurs, ce que devient scientifiquement la diagnose du Bacillus anthracis de Cohn ou bactéridie du charbon, lorsqu'on dit que : les bactéridies nont aucun caractère qui permette de les reconnaître au milieu des nombreuses espèces de bactéries qui pullulent sur le moindre brin d'herbe, sur la terre humide, etc. (voy. Revue scientifique. Paris, 1870, n" 48, 31 mai, p -1143 et 1144). Que devient celte diagnose lorsqu'on ne dit nombreuses ces espèces que d'après la diversité des matières ou des milieux dans lesquels on en trouve, d'une pari, et lorsque, de l'autre, en l'absence de caractères chimiques, de forme, de volume, etc., de caractères botaniques distinclifs, en un mot, on les classe d'après le nom employé en médecine pour désigner la maladie dont est atteint l'animal dont les humeurs en contiennent ? Pourquoi dire nombreuses les espèces de bactéries sur la terre humide, etc., alors qu'on reconnaît qu'on ne possède aucun moyen de les distinguer les unes des autres sous le microscope ; lorsque ce sont seulement des individus nombreux que nous voyons là et ailleurs, sans qu'on sache encore s'ils viennent d'antécédents, adultes ou non, représentés par une ou plusieurs espèces cryptogamiques?
Sous le rapport des différences de vitalité de ces cryptogames, notons encore que d'api es Arloing, Cornevin et Thomas, la bactéridie, bâtonnet absolument mmoZ?i/e, causant \a fièvre charbonneuse ow charbon bactéridien, est en quantité prodigieuse dans le sang et se multiplie abondamment après l'inoculation, mais ne passe jamais du sang de la mère dans celui du fœtus. Au contraire, la bactérie, bâtonnet d'une extrême mobilité, causant le charbon symptomatique ou bactérien, est difficile à découvrir dans le sang, vu sa rareté, est concentrée dans les tumeurs de ce charbon, s'inocule difficilement, ne trouve pas dans le sang un milieu favorable à son développement, ne détermine qu'une fièvre légère qui laisse l'animal ensuite doué d'immunité contre le charbon; elle passe souvent du sang de la mère infectée dans celui du fœtus, et son inoculation sur place cause les tumeurs emphysémateuses du tissu cellulaire.
Tous ces faits ne sont encore donnés qu'empiriquement et nul ne signale ce qui
l'ail que deux cryptogames qui botaniquement diffèrent si peu l'un de l'autre, la /^ac/eV^V/ieetlaèacfeV/e, ont surdes animaux d'une même race des actions patliogéniques telles que les effets ou accidents causés par la bactérie constituent une affection morbide très-distincte de celle que suscite la bactéridie ; que l'inoculation de la bactérie par injection donne l'immunité contre le charbon bactérien, mais non contre le charbon bactéridien (ou fièvre charbonneuse), et que le charbon bactéridien ne donne pas l'immunité contre le charbon bactérien (ou symptomatique) . Nul ne dit non plus comment le cryptogame supposé de la tuberculose suscite par la fermentation qu'il produit les modifications bien connues du tissu cellulaire (voij. Drgénérescence, p. 252).
La promptitude avec laquelle les cryptogames apparaissent dans les humeurs accidentellement, mais hors de tout état morbide proprement dit, a été spécifiée dans nombre d'expériences par Cunningham et Lewis (Choléra, Becherches microscopiques, etc. Calcutta, l''" série, 1872 ; 2" série, 1874), puis récemment par Lewis (loc. cit., 1880, p. 59). Ce dernier en cultivant ces bacilli a suivi leur accroissement, leur arrivée de l'état de bâtonnets à celui de longs lilamenls, comme on le voit pour le Leptothrix buccalis entre les dents et à la surface de la langue, leur reproduction par segmentation en petites plaslidcs (cellules) et par production intérieure de spores ou conidies très-réfringentes (brillantes par suite), ovales ou sphériques, telles que celles des bacilli ou bactéridies du sang de rate, etc.
Dès 1875, M. S'ignol ([Comptes rendus de l'Acad. des se, Paris, t. LXXXI, p. 1116]; Sur l'état virulent du sang des chevaux sains, morts par assommement ou asphyxie) a particulièrement démontré la présence de bactéridies, semblables à celles du charbon, dans le sang des animaux tués comme il a été dit. 11 est inoculable et mortel par virulence alors qu'il ne présente encore aucun signe de putridité ou autre altération quelconque. De six heures et demie à neuf heures et demie après la mort celui des veines profondes tue les chèvres et les moutons par inoculation à la dose de 80 gouttes, alors que celui des veines sous-cutanées est encore inolîensif. Sur les animaux morts après inoculation, avec les symptômes du charbon, après inoculation du sang d'animaux tués non charbonneux, les bactéridies ne pullulent pas comme dans les cas où il s'agit du sang de rate. Il considère qu'il est loin d'être démontré que les bactéridies sont les agents de la production du charbon [voy. Bactérie, p. 5ô).
M. Onimus a montré, d'autre part, que du sang venant des individus atteints des affections dites fièvres typhoïdes chez l'homme, le porc, le cheval soumis à la dialyse, donne, en quelques heures, un liquide rendu lactescent par les bactéries qui s'y développent et qui ne diffèrent pas de celles du sang dont elles ne sont séparées que par le papier dialyseur. Or, injectées sur les lapins, elles restent inoffensives alors que le sang qui a fourni l'eau et les composés dialysables oii elles se sont formées reste infectieux (Onimus, Bulletin de l'Acad. de médecine. Paris, 1873, p. 465). Il en conclut avec raison que ce ne sont oas les bactéries qui sont virulentes, mais le plasma sanguin en entier, altéré de telle ou telle manière. En un mot, germe n'est pas synonyme de meurtrier.
Nous verrons que jusqu'à présent dans l'observation des poussières on n'est jamais encore tombé sur des germes nocifs ou meurtriers. On n'a trouvé dans ceux de l'air qui ont été soumis à la culture que des inoffensifs seulement. On n'a trouvé, cultivé et inoculé en fait de cryptogames meurtriers, virulents ou autres, que ceux recueillis sur des malades ou des cadavres dans lesquels l'action
palhogénique antécédente et la mort ont été supposées dues à ces cryptogames parasitaires. On est par suite obligé de croire que ces levures ou ferments entrés inoffensifs sortiraient meurtriers, virulents, etc., de l'organisme mort, ou encore vivant, mais malade, varioleux, cholérique, etc. Ce ne pourrait être ici qu'en raison de leur imbibition molécule à molécule, ou pénétration nutritive, par de la substance même de l'animal devenue virulente, laquelle assimilée par les cryptogames, inoffensifs avant, conserverait en eux sa virulence, la communiquerait même à la leur, pendant et après chaque culture successive. Le cryptogame entré en tant que levure ou ferment inoffensif en sortirait doué de propriétés virulentes rubéolique, variolique, infectieuse, cholérique, vénériennes, syphilitiques, c'est-à-dire en sortirait ferment ou leviire virulent, infectieux, etc. On voit que, d'après la théorie des germes, les virulences, les infections, les fièvres, etc., rentreraient ainsi dans le groupe des maladies zymotiques des anciens médecins, et leurs ferments retirés du mort ou du malade pourraient être conservés et multipliés par la culture, avec leurs propriétés nocives plus ou moins modifiées par cette dernière, comme on le fait pour la levure de bière {voy. Fermentation, p. 567, 571 et 588).
D'après Greanfield (1881), le hacillus d-? l'infusion de foin peut être trans formé par certaines cultures en hacillus anthracis ou du charbon et vice versa. D'autre part encore, le hacillus de l'infusion de foin peut acquérir des propriétés virulentes par culture dans un liquide albumineux, et il en serait de même des aspergillus (Buchner, 1881).
On sait que les bactéries, certainement inoffensives, abondent dans les eaux de fumier et autres dont les Gallinacés domestiques s'abreuvent incessamment.
M. Miquel considère la Bactérie commune de la surface du sol, de l'air, des eaux de pluie, de Seine, etc., comme un oxydant et un hydratant énergique; elle dédoublerait les matières organiques partiellement en acide carbonique et ammoniaque en fixant sur elle les éléments de l'eau et l'oxygène de l'air. Pourtant, injectée par milliards dans les veines et le tissu cellulaire des lapins et des chiens, elle reste incapable de porter un trouble appréciable àans Y économie [Annuaire météorolocjique de Montsouris. Paris, 1879, in-18, p. 508-509). Fait important aussi, en raison de la nature du cryptogame, les bacilli des salles de l'Hùtel-Dieu de Paris, cultivés sur la gélatine, injectés à plusieurs millions sous forme de bâtonnets, en partie de longueur démesurée, dans les veines des lapins, restent également inoffensifs (Miquel). Et pourtant, sous l'inlluence de l'eau dans laquelle on a recueilli les organismes de l'air des salles de l'Hôtel-Dieu, la corruption des solutions minérales de tartrate d'ammoniaque, d'urine, de petit-lait, de bouillon, etc., est rapide, tandis qu'il n'en est pas de même avec l'eau qui a retenu les poussières de l'air de Jlontsouris (Miquel, lac. cit., 1880, p. 479).
Ainsi, en injectant dans le sang des animaux les levures (micrococcus, bactéries et baciWes) des poussières soumises à la culture, on n'a pas encore pu déterminer une maladie infectieuse ou virulente; la poussière n'a pas encore fourni l'un des ferments figurés qu'on appelle germes de telle ou telle maladie virulente ; ceux-là seuls sont cités comme des germes continuant à donner des spores inoculables qui, provenant des liquides ou des tissus d'un malade infectieux, ont été conservés et propagés par la culture {voy. Ferme>tatio.\s, p. 567 et suiv.). Des données précédentes doivent être rapprochées celles dans lesquelles
la terre au-dessus de l'endroit où des vaches ou moutons morts du charbon étaient enfouis depuis un et deux ans a inversement fourni des corpusculesgermes de la bactéridie, des germes du charbon, qui par l'inoculation aux cobayes ont provoqué la maladie charbonneuse et leur mort (Pasteur, Roux et Chaniberland, Comptes rendus des séances de V Académie des sciences. Pans, 1880, t. XCl, p. 91 et 456).
Les observations de M. Miquel sont aussi une confirmation expérimentale de l'innocuité constatée sur les Leptothrix, dans la bouche, à la surface des aphthes, etc., dans l'intestin de tous les vertébrés, surtout dans les cas de troubles digestifs. Parmi ces cryptogames, on en trouve de semblables aux bacilli ou bactéridies du charbon, ainsi que je l'ai indiqué dans la l""*^ édition de mon Traité du microscope (1806, p. 926) et que le rappelle Lewis. Cohn a constaté depuis que les bacilli de Vinfusion de foin sont identiques à ceux du sang de rate, si ce n'est que les premiers sont morbides. Ce fait, comme le note Lewis, ne constitue pas une différence entre eux.
Si la spécificité morbide est si bien attachée à autant d'espèces botaniques qu'il est permis de dire que la bactérie est le virus, et de l'appeler bactérie-virus y microbe de la virulence, il est certaines conséquences auxquelles on ne pourrait échapper. Il serait en effet dès lors impossible de refuser à Boinet la priorité de l'emploi des injections sous-cutanées de teinture d'iode pour détruire /es principes virulents, le virus ou ses effets [Traité d'iodothérapie, 1855 et 1800) dans les cas de morve, de charbon, de rage, de variole, etc. 11 est vrai que pour lui, ainsi que pour plusieurs autres encore, l'action du virus est considérée comme ayant lieu par imprégnation ou absorption d'un liquide. Ce serait au contraire par pénétration graduelle dans les tissus jusqu'à la lymphe et au sang {voy. p. 598) d'un parasite solide, la bactérie-virus, qu'aurait lieu la propagation virulente dans la théorie des germes. Mais tuer la bactérie-virus en croyant détruire un virus liquide n'enlève rien à la priorité de l'essai d'annihilation de la cause morbigène; empêcher la pénétration des bactéries par la production d'une eschare, en croyant arrêter l'absorption d'une humeur, revient ici au même.
Tant que ces données ne sont qu'empiriquement suivies, le rajeunissement de la théorie des germes apparaît à l'égal de l'hétérogénie et du transformisme comme un artifice logique, une tentative d'explication qui manque de démonstration, malgré l'accumulation des probabilités.
En effet, le manque de détermination précise sur ce qui rend ces cryptogames, les uns inoffensifs, les autres meurtriers, bien que vivant ainsi en présence les uns des autres, fait que dans chaque expérience nouvelle le résultat soulève plus de difficultés qu'il n'en résout, toutes aussitôt expliquées par une série d'hypothèses nouvelles appelant elles-mêmes leurs preuves.
g IV. États morphologiques et dénominations des corpuscules appelés GERMES. Tous très-pctits, microscopiques, les uns sont globuleux, ponctiformes. Les autres, dont la largeur est égale au diamètre des précédents ou un peu supérieure, sont allongés, filiformes (p. 583).
Les corpuscules ponctiformes se voient non-seulement à l'état libre, avec un pouvoir réfringent plus ou moins prononcé, qui les rend plus ou moins brillants, mais encore ils se retrouvent en nombres variés dans l'intérieur de certains des filamenteux ou tubuleux. Bien que pouvant se produire par scission directe sous cet état unicellulaire et ponclil'orme, ils ne représentent pas des
formes spécifiques définies. lis ne sont autre chose que les spores, dites endogènes, de ceux qui sont arrivés à l'état de cellules ou tubes minces, allongés. On peut voir ces cellules filamenteuses se détruire par ramollissement et liquéfaction en laissant en liberté chacune leurs corpuscules reproducteurs unicellulaires ponctifornies plus ou moins réfringents {voy. Sarcode, p. 784); spores de l'ordre de celles dites conidies ou spores-conidies (voy. Saccharomycètes).
Dans l'air et dans l'eau, ils sont généralement à l'état libre. Mais les ponctiformes et les filamenteux peuvent être adhérents aux épilhéliuras des muqueuses, etc. Les premiers, en particulier, recouvrent parfois, par juxtaposition en une ou plusieurs couches, la totalité ou une partie de la cellule épilhéliale, etlui adhèrent, en donnant à ses surfaces un aspect très-nniforménient grenu des plus remarquables. Dans les infusions et macérations de vieille date ou les matières diverses en voie de putréfaction, ces mêmes cryptogames ponctiformes et filiformes qui, à l'état libre, reçoivent le nom de germes, se voient immobiles et fixés en d'autres endroits (mêlés ou non d'autres sortes de corpuscules). Ils sont adhérents, sur une seule ou plusieurs rangées, à tous les corps solides, et aussi agglomérés en des pellicules plissées ou chargées de saillies villiformes, molles, grisâtres, etc. (p. 581), de l'ordre de celles primitivement appelées mycodermes {voy. ce mot). On les croyait organisées et même de nature animale, d'où leur autre nom de zoogloea (colle animale). Là est une gangue hyaline, homogène, qui lei englobe et les retient, comme on le voit pour nombre d'autres cryptogames, aljjues et champignons unicellaires ou pauci-cellulaires, et c'est cette gangue qui est disposée en couches mycodermiques. Dans les liquides ordinaires et les humeurs morbides des spores et les filaments peuvent être entourés d'une mince couche de cette gangue hyaline. Celle-ci, du reste, a les réactions des mucilages végétaux et non celles des matières amorphes ou inlercellulaires animales. Ce sont ces dispositions, depuis longtemps connues, qui, selon qu'elles renferment des micrococcus ou des baclerium, ont inutilement reçu de Billroth les noms de petalococciis et de petalobactéries quand elles sont à la surface des liquides, et de gliococciis et gliabacléries quand elles sont disséminées en nuages dans la profondeur des vases.
Les spores ou conidies des cryptogames vibrioniens, que M. Pasteur appelle des corpuscules-germes , ont été considérées d'abord comme « vivant de la vie latente des germes, ne craignant plus l'action destructive de l'oxygène » (tandis que le filament qui les engendre meurt et disparaît dans la couche de liquide au contact de l'air), ce qui permet de comprendre l'ensemencement des liquides putrescibles par les poussières de l'atmosphère (Pasteur, Joubert et Chambei"land, La théorie des germes, etc. Comptes remlus des séances de l'Acad. des sciences. Paris, 1878, in-4", t. LXXXVl, p. 1040-4041). L'ensemencement est ici, comme en tout autre cas, suivi du développement et de la reproduction de ces spores (dites corpuscules-germes) en mycéliums cryptogamiques (appelés ici vibrions sans désignation de nature, soit animale, soit végétale). Plus tard {ibid.. 1879, t. LXXXVllI, p. 107), M. Pasteur pense que « les germes du vibrion sepliqiie ne retloutent pas l'action de l'oxygène, qui tue les vibrions eux-mêmes; que, par conséquent, ces germes ne sont pas tués par l'air, dans lequel ils sont conservés et par lequel ils sont dispersés et semés. Donc ils sont aérobies et les vibrions qu'ils produisent anaérobies. »
Or, à la page suivante, M. Pasteur affirme, au contraire, tout spécialement, que : « Les corpuscules-germes ne vivent pas et n'ont aucun des caractères de
la \'ie, c'est-à-dire de la nutrition, du développement et de la génération » ; que les questions que couvrent les mots vie latente des germes n'ont jamais été abordées par lui [ibid., 1879, t. LXXXVIII, p. 108). 11 y a ici contradiction de l'assertion précédente ; on ne saurait, en tous cas, appeler aérobies des organismes qui n'ont aucun des caractères de la vie, ni la nutrition, ni le développement, ni la reproduclion.
Si les corpuscules-germes ne vivent pas, il faut nécessairement admettre que la vie apparaît à nouveau en eux, spontanément, lorsqu'après ensemencement ils produisent des vibrions semblables à ceux dont ils dérivent. Ecrire {ibid., p. 254) que ces mots : vie latente des germes, couvrent un mystère, ne suffit pas pour détruire la contradiction, ne lut-elle qu'apparente {voy. OugaiMsation, p. 408).
D'autre part, il importe de bien spécifier que les êtres que M. Pasteur appelle anae'robies, c'est-à-dire vivant sans oxygène libre, sont des plantes cryptogames et non des animaux ; que ceux qu'il nomme aérobies sont dans le même cas et souvent de même espèce, mais à une autre période de leur existence. D autre part, les êtres qu'il a décrits comme étant des animaux vivant sans oxygène libre, ou anaérobies, et qu'il a donnés comme le premier exemple connu de ferments-animaux (Pasteur, Animalcules infusoires vivant sans gaz oxygène libre et déterminant des fermentations. — Comptes rendus des séances de VAcad. des sciences. Paris, 1861, in-4", t. LU, p. 544-546, et 1865, t. LVl, p. 1192), sont des cryptogames.
Or, rien n'est moins surprenant que de voir des plantes vivre dans uji courant d'acide carbonique, sans oxygène libre, anaérobies, suivant l'expression de M. Pasteur.
Notons toutefois que depuis que j'ai insisté sur le fait de la nature végétale et non animale des ferments, des levures et des germes morbides {Sur la nature des fermentations en tant que phénomènes désassimilateurs des plantes. Journal d'anatomie et de physiologie. Paris, 1875, p. 559), on voit appliquer les noms botaniques de mycélium, de spores, à ce qui était dit de nature animale (Pasteur, Bulletin de TAcad. demédecine, 1875, p. 249 à290), soitaérobie, soitanaérobie ; mycélium du charbon est devenu synonyme de bactéridie ; les ternies microbemycélium et microbe-spore, etc., viennent aussi çà et là appuyer insciemment ou non les faits notés page 578 et suiv.
Il n'est pas impossible que l'on découvre que certains animaux sont anaérobies à telle ou telle période de leur évolution. Mais on n'en connaît pas encore. On ne connaît également aucun animal unicellulaire ou nmlticellulaire jouant le rôle de ferment dans ses actes nutritifs. A peu près tous les produits de la désassimilation végétale, sous sa forme dite de fermentation, tuent au contraire les protozoaires {voy. Ch. Robin, Sur la nature des fermentations, Journaldel'anat. et de la physiol. Paris, 1870, in-8'>, p. 387, 595, 402, et 1879, p. 465). Le prétendu polype du vinaigre des Chinois n'est lui-même autre chose qu'une masse gélatiniforme du ferment figuré acétique, dit mère du vinaigre, ainsi que le montre son examen microscopique qui, porté d'un liquide sucré ou alcoolique dans un autre, y suscite la fermentation.
Des Bacterium de Dujardin M. Da vaine a fiiit deux groupes : l» celui des Bactéries comprenait les filaments mobiles ; 2" celui des Bactéridies, dans lequel il range les filaments immobiles {voy. Bactérie).
Cohn a procédé également ainsi en s'appuyant sur d'autres indications. Usant
du même terme, grec d'un côté, latin de l'autre, il conserve le nom de Bacterium à ceux qui sont inarlicule's et plongés dans une gangue hyaline ; il appelle Bacillus tout mince fdament rigide, libre et indistinctement articulé. Ces derniers ne sont autre chose que les Leptothrir de Kûtzing {voy. Gh. liobin, Leçons sur les humeurs. Paris, 1874-, et Leptothrix), mais à l'état de brièveté, au lieu d'avoir une longueur d'un dixième de millimètre et plus. Les Bacilli répondent surtout aux cryptogames décrits par M. Davaine sous le nom de Bactéridies.
Les filaments ou bâtonnets, courts, rectilignes, formés de petites cellules ou spores globuleuses ou légèrement ellipsoïdes placées bout à bout, sont rangés parmi les Bactéries par quelques auteurs, quoiqu'ils soient articulés et parfois en chamelte [voxj. Bactérie).
Les Spirillum et les Yihrio sont manifestement doués de mouvements de translation dans les conditions naturelles de leur existence. Comme les Diatomées les Bacilli sont tantôt mobiles, tantôt immobiles dans ces conditions; tel est le cas de leur adhérence par une de leurs extrémités aux cellules épithéliales, etc., etc., et celui de leur arrivée à l'état de Leptothrix (Kûtzing) fascicules ou non. Les Bactéries ne sont pas toujours mobiles, contrairement à ce que disent quelques auteurs. Elles sont immobiles tant qu'elles sont plongées dans leur gangue hyaline, mobiles (p. 581), si elles sont libres dans Teau, les mucus, etc., puis elles retombent dans l'immobilité. Les spores ou cellules ponctiformes n'ont qu'un mouvement brownien sautillant très-vif, sans translation, au lieu de celui de cet ordre qu'elles ont dès que, par accroissement en longueur ou par association de deux ou davantage, elles forment un très-court filament, long de 0'""', 003 ou au delà {voy. Sarcode, p. 785), jusqu'à près d'un dixième de millimètre.
Les mouvements autres que ceux d'oscillation autour d'un centre fictif, c'est-àdire de mouvement brownien, de progression ou de translation, au contraire, peuvent être rattachés aux types ou variétés suivantes :
1» Il est des bactériens longs de 0"^™,003 à 0""",020 et plus, articulés ou non, qui ont un mouvement rectiligne, sans oscillation du corps, souvent assez rapide pour laisser à peine le temps de les bien voir traversant le champ du microscope. Il n'est pas possible de distinguer si le cryptogame toui'ne autour de son axe longitudinal ;
ii" Sur d'autres de même longueur, la locomotion est rectiligne par oscillation plus ou moins rapide du corps de chaque côté de l'extrémité antérieure, qui sans dévier de la ligne de progression progresse {voy. aussi Bactérie, p. 24, Bacterium capitatum) ;
3» Parmi ceux qui sont courts, il en est qui progressent, en ligne droite ou non, par sauiillement total peu étendu de chaque côté de la ligne qu'ils suivent ; par moment ou sur quelques-uns, ce sautillement de chaque côté d'un point peut avoir lieu sur place sans ])rogression ;
4° Il en est qui progressent, souvent très-vite, en ligne droite ou courbe, à la manière d'un bâton lancé, tournoyant, de telle sorte que l'extrémité antérieure devient promptement postérieure et vice versa ; ou bien, sans changer de place, ils n'ont qu'un mouvement de rotation autour de leur centre, ou au milieu de leur longueur, comme celui des deux rais d'une roue placés sur la même ligne relativement au moyeu ; cette rotation est, soit vive, soit lente.
Dans tous les cas précédents, on voit de ces Sohizomycètes qui, dans un liquide doué de mouvement en masse plus ou moins lent sous le microscope,
progressent : a, eu sens oppose ou perpendiculairement à la direction du courant du liquide; h, en sens opposé les uns aux autres ; c, qui, après avoir progressé dans un sens, se dirigent en sens inverse ou à peu près; d^ qui progressent en cercle complet ou non ;
5° 11 en est qui, sans progression proprement dite, ont un mouvement gyratoire autour de quelque corpuscule immobile auquel adhère une de leurs extrémités (p. 581, e) ; si le diamètre du corps étranger ne dépasse pas O^^jOÛ^ à 0'"™,00o, et surtout si trois ou quatre bactériens lui adhèrent, il peut être entraîné plus ou moins vite par ceux-ci. La gyration peut se montrer, soit régulièrement coulinue, soit avec des alternatives de promptitude et de ralentissement.
Il en est qui, réunis en V, pi'ogressent ainsi à deux, en ligne droite ou non, dans la direction de l'ouverture du V, en tournoyant autour d'un axe fictif passant par leur point de contact ;
0" Les vibrions ont particulièren^ent un mouvement locomoteur par inllexions anguillifoimcs, soit courbes, soit anguleuses, au niveau de la jonction bout à bout des articles du végétal. Il suffit ici d'en noter l'existence. Même remarque pour les suivants ;
7» Les spivillum ont un mouvement en spirale autour de l'axe fictif qu'ils suivent dans leur progression.
Pour expliquer ces diverses sortes de mouvements, il est des auteurs qui supposent l'existence sur ces divers cryptogames d'un ou plusieurs cils vibraliles ou de flagellucums. Mais jusqu'à présent personne n'a pu en démontrer la présence, la longueur. L'insertion, ni indiquer les procédés ta suivre pour les voir.
Les changements de conditions, souvent peu considérables, qui amènent à l'état d'immobilité tel ou tel Schizomycète Iransitoirement mobile, soit avec continuation ultérieure du développement, soit suivi de destruction pour tels autres {voy. Sarcode, p. 784), comptent parmi les caractères qui ont conduit Burnett à spécifier que ces êtres sont des plantes et non des animaux (Burnett, The Family of Vibrionia, Ehr., Not Animais but Plants. London, 1850), fait toujours confirmé depuis (Davaine, Comples rendus de l'Acad. des sciences. Paris, 1864, t. LXIX, p. 651) et trop singulièrement méconnu de ceux qui ont continué et continuent encore à les prendre pour des animaux infusoires, jouant ou non le rôle de ferments ; de ceux aussi qui supposent l'existence d'un microbe cholérigène animal (Pacini, Du choléra asiatique, trad. franc., Marseille, 1881, in-8'^, p. 52) autre que le Schizomycète du choléra de Klob, Hallier (1867), de Klebs (1875), etc.
. Pour la plupart de cesSchizomycètes, au bout de trois quarts d'heure ou environ, les mouvements de progression cessent graduellement, et ceux de sautillement et de tournoiement sur place plus ou moins rapide continuent encore sur la moitié ou le quart d'entre eux. Bientôt le mouvement brownien persiste seul. L'addition d'eau, en remplacement de celle qui s'est évaporée, fait réapparaître les divers modes de locomotion qui avaient cessé, mais sur un nombre des individus qui, à chaque fois, est moindre; enfin au bout de cinq ou six heures ou environ tout reste immobile.
Dans leur ensemble, ces formes cryptogamiques, mal déterminées spécifiquement, ont reçu les noms suivants, considérés ou non comme génériques, etc. : bactériens, saprophytes, causes animées, microgermes, infiniment petits, microrganismes, mauvais germes, germes animés, germes putrides, germes infectieux, germes morbifères ou nocifs, miasmes figurés, poisons morbides,
infusoir es-ferments, acimalciUes- ferments, tant aérobies qnanaérobies (Pasteur), ferments morbides, agents zymotiques, microzoaires, microphytes, microzymas ou germes septiques ou septicémiques, monde des germes, microbes, microbes infectieux, pathologiques, etc., cellules organisées des poussières, cellulesqermes, etc., saprophytes ou Schizomycètes atmosphériques ou aériens, microbes- ferments, tant inoffensifs ou communs qu infectieux, agents, ferments, ou germes de contagion, poisons morbifiqnes, ferments organisés, organismes bactériens, germe?, QM ferments atmosphériques, etc.
Les objets mêmes répartis dans les prétendus ordres ou familles précédents ont reçu les noms qui suivent :
1" Sous l'état de cellules ou spores ponctiformes ce sont, d'un auteur à l'autre, les Bacterium punctum, monas, termo, crepusculum, microzymas (Béchamp, Comptes rendus de VAcad. des sciences. Paris, 1866, LXIII, p. Ao'ô), bactéries sphériqnes, germes des bactéries {EoUinger), poussière et points animés, mobiles, sautillants ou vibrants, microbactéries, microsporum septicum (Klebs), coccobactéries, micrococcus (Hallier), coccos, monococcos, micrococcos, mesococcos, megacoccos (Billroth, \Sli), cellules-globules et co7'puscules-germes [Pasleur), microgermes des Schyzomycètes (Miquel), spores permanentes, corpuscules et points brillants, molécules réfringentes (p. o87), champs de poussière ou de points brillants, etc., œufs, semences, spores ou graines des bactéries, des vibrioniens (Miquel, /or. cit., \SSi, p. 456-466), etc. ;
2" Les Bacterium et 5° les Bacilli ont reçu les noms de desmoh aciéries (Cohn), bactéridies, streptococcos et streptobactéries ou en chaînette (Billroth), virus-bactéries, bactéries septiques , etc. [voy. Bactérie), filaments coudés, filaments en chaînette, Leptothrix, bactéries allongées, filamenteuses, etc., distingués même en bactéries et bacilles, les uns vulgaires, inoffensifs ou communs, les autres nocifs, infectieux ou meurtriers ;
4" Les Vibrioniens ont été appelés vibrions-ferments, vibrions-virus {voy. Bactérie), vibrions de putréfaction, vibrions septiques, etc. ;
b° Les Spirillum ont reçu des noms analogues {voy. Bactérie), ceux aussi de Spirobactéries (Cohn) ou de Spirochœte plicatilis, denticola, etc.
Toutes ces dénominations doivent être notées ici, parce qu'il importe de retenir qu'elles désignent des formes évolutives de 6 à 10 cryptogames environ du même groupe et non des corps différents, comme le végétul diffère de l'animal, par exemple, le champignon du chêne, le ciguë du persil, etc. Jamais si peu d'espèces n'ont reçu tant de noms, et devant un pareil abus les médecins ne sauraient accuser les botanistes, etc. , d'exagérations ou d'inutilités polynomiques.
Les médecins reconnaissent du reste aujourd'hui que les plus longues observations, à l'aide des plus forts grossissements, etc., ne permettent pas de distinguer les uns des autres les champignons trouvés dans les bulles, vésicules, pustules, etc., se reproduisant enfin dans nombre de maladies cutanées inoculables, de ceux qu'on voit dans les humeurs non inoculables, y compris les bulles et les phlyctèiies produites par les agents vésicants. « Pour affirmer leur spécificité il faudrait les cultiver et reproduire la lésion par l'inoculation avec le liquide de culture » (Vidal). D'autres, admettant que ces champignons sont causes et non épi phénomènes, concluent de l'identité constatée qu'avec des caractères physico-chimiques ou extérieurs semblables ces cryptogames peuvent être causes d'elfets physiologiques et pathologiques les plus dissemblables (voy, Union médicale, 1881, 1. 11, p. 971, et ci-deirisus, p. 586).
^ Y. Proveinances et dissémination des corpuscules appelés germes. Ceux qui étudient scientifiquement ces questions reconnaissent que la recrudescence dans l'air des bactéries vulgaires ou communes doit coïncider avec celle des infectieuses; qu'on ne peut distinguer les ferments morbides perdus au milieu de millions d'organismes microscopiques de même aspect que par les probabilités que donnent les relations des courbes de quantité des bactéries atmospliériques avec les courbes d'accroissement des décès causés par les maladies zymotiques, épidémiques ou contagieuses (Miquel, loc. cit., p. 497), ce qui est tout un {voy. p. 576 et suivantes).
Les distinctions spécifiques faites liors des humeurs et des tissus des malades n'ont pas encore pu être poussées plus loin et fondées sur l'examen des caractères du végétal même, tel que celui de la variole, qu'il importerait tant de distinguer de celui de la fièvre typhoïde, et ainsi des autres.
Jusqu'à présent il a été constaté seulement que lu fièvre typhoïde, le choléra infantile, l'athrepsie, puis les fièvres éruptives, ont coïncidé avec la recrudescence des bactéries atmosphériques. Quant au nombre des malades emportés par la diphthérie, le croup, la coqueluche, il ne présente aucun rapport avec celui des bactéries aériennes (Miquel, loc. cit., 1881, p. 500-503, et 1882, p. 523).
Quand on voit l'athrepsie, le défaut de nutrition, au nombre des affections générales que ce mode d'examen rangerait parmi celles qui sont dues à l'action des bactéries meurtrières , on ne peut considérer les relations précédentes comme preuves d'une distinction possible entre ces bactéries-là et les inoffensives.
D'autre part ces relations sembleraient s'établir plus nettement encore à l'air libre, ce qui paraît contradictoire, que dans les hôpitaux; M. Miquel dit en effet : « L'air des hôpitaux ne nous a p,»s encore montré de vibrions septiques ni d'autres espèces microscopiques jouant un rôle probable dans les cas de contagion à distance, pour les y rencontrer il faudra vraisemblablement les y chercher avec des liquides spéciaux et pour les caractériser ensuite les inoculer aux animaux vivants » (ihid., 1882, p. 490).
D'après les observations de M. Miquel {Annuaire de lObs. de Monlsouris. Paris, in-18, 188i, p. 504) les spores aériennes des bactéries varient de quantité avec chaque saison et avec les conditions météorologiques. Le chiffre des bactéries atn)osphériques, faible en hiver, reste habituellement élevé en été et décroit rapidement à la fin de l'automne. Celles de l'air des cimetières ne diffèrent pas de celles qu'on trouve ailleurs. Contrairement à ce qui s'observe pour les semences aériennes des moisissures, le chiffre des bactéries est taiblc en temps de pluie, et il s'élève quand le sol est devenu sec. La présence des germes bactériens dans la boue, la suiface du sol, les eaux qui la recouvrent, est constante. L'eau de Seine, etc., en contient 10 à 20 fois plus que la grêle, la neige et l'eau de pluie (Miquel, loc. cit., 1879, p. 504; 1880, p. 490).
Les bactéries sont fortement retenues dans les liquides et les substances en vole d'altération, non pas (\n elles les infectent, comme le disent plusieurs, mais parce qu'elles déterminent la putréfaction, en tant que ferments, des combinaisons chimiques constituant ces liquides, etc., avec production d'autres composés, qui Gont odorants, mais qui peuvent être séparés des levures sans odeurs [voij. p 606, 607), comme on le fait dans le cas de l'alcool, etc.
Pour passer à l'état de germes errants, aériens, les liquides doivent être évaporés et réduits en poussière fine et sèche. C'est ce qui a lieu pour les DICT. EXC. 4' s. VIIL .58
poussières venues des masses putréfie'es, du pus, des déjections des pièces à pansements. // nen est plus de même, si ces matières sont humides, et pour l'air des ëgouts, qui par suite en renferme peu, etc. (Miquel, loc. cit., 1881, p. 485), ne les recevant pas de l'eau de Tégout, mais des poussières portées par l'air extérieur. La sécheresse favorise l'action du vent qui augmente d'abord le nombre des germes dans l'air et amène ensuite sa diminution, par épuisement de leur quantité. La pluie entraîne et fixe sur le sol les inoffensifs comme les meurtriers. Quant aux gaz et aux vapeurs qui s'élèvent du sol, des eaux, même putrides, etc., ils n'enlèvent pas les bactéries (Miquel, loc. cit., 1880, p. 491), contrairement à ce que M. Lemaire avait admis {voy. p. 596).
Ces données tendent à prouver que, ainsi que je l'ai avancé après d'autres, ce serait par des composés différant des ferments végétaux unicellulaires que les vapeurs des marais en eaux, des cimetières, des égouts, des puisards et des fosses d'aisances, seraient morbifiques. Les germes qui s'y trouvent ne seraient à craindre ici et ailleurs, hors le cas d'ingestion par les aliments solides et liquides, (|u'après leur dessiccation, qu'après passage à l'état pulvérulent et soulèvement en poussières. La poussière et non l'eau, ni ses vapeurs, tel est ce qui serait à craindre comme véhicule des végétaux unicellulaires réputés meurtriers. Ces faits importent beaucoup à l'hygiène.
Fétides ou non, les odeurs, les composés chimiques odorants, n'ont rien à i'aire avec les ferments meurtriers ou autres, si ce n'est en tant que produits zymoliqucs excrémentiticls de ces levures; mais les mauvaises odeurs et les actions morbides peuvent être dues à des composés chimiques d'une autre provenance. Seulement d'après la nature des premières on peut penser qu'il y a des Schizomycètes dans l'endroit d'où elles partent. Quant à ces cryptogames, on n'en connaît pas qui soient odorants par eux-mêmes, ou du moins qui le soient autrement que le sont la levure de bière et les moisissures.
Il est certain seulement que les cryptogames apportés par les poussières dans les lieux humides y germent facilement et non dans une atmosphère sèche.
Sans avoir encore constaté la présence réelle des bactéries meurtrières dans l'air, M. Pasteur pense pourtant que ce serait prendre une responsabilité redoutable que de réunir en un même lieu la masse de germes morbides qui s'échappent chaque jour, dans une grande cité, soit des hôpitaux, soit des maisons particulières où il règne quelque maladie contagieuse.
Supposons, dit-il, une épidémie : le choléra. On n'a pas encore découvert le microbe qui cause la maladie, mais tout porte à croire que ce microbe existe, que les germes en sont rejetés en abondance avec les selles; que ces germes, comme ceux du charbon, se conservent indéfiniment à la surface du sol. Qui oserait prendre la responsabilité d'accumuler ces germes dans un endroit d'où les vents et mille autres causes pourraient les ramener au milieu de la population? Ce que l'on dit du choléra s'appliquerait à la fièvre typhoïde et sans doute à beaucoup d'autres épidémies. Ne serait-ce pas entretenir ces épidémies à l'état permanent, et serait-il temps d'enrayer le mal après qu'il aurait fait de nombreuses victimes? Sans doute, on ne peut affirmer d'une façon absolument positive qu'il en serait ainsi, mais ne suffit-il pas qu'un tel danger soit possible pour l'écarter à tout prix? D'après M. Pasteur, les eaux d'égout proprement dites ne présentent pas d'inconvénients aussi graves; elles ne tiennent pas en suspension de germes de maladie et ne peuvent pas les créer, mais il faut en séparer soigneusement les déjections humaines. M. Wurtz, au contraire, est d'avis
<jue c'est avant tout aux bouches d'égout qu'est due en général l'infection des villes, c'est par les bouches d'égout que nombre de germes morbides sont ramenés à l'air libre (Académie des sciences, séance du 2 mai 1881, Journal officiel, 7 mai 1881)/
Mais, dès l'instant où les liquides et les matières solides humides contenant •des germes ne les abandonnent pas à l'air par l'intermédiaire des gaz et des vapeurs qui s'en échappent, ces dernières suppositions demandent vérification.
Les observations précédentes de M. Miquel rendent compte du résultat des ■expériences de Tyndall montrant que l'air qui entre chargé de poussières dans les bronches et les poumons en est expiré absolument pur de toute particule en suspension. 11 ne faut pas conclure de cette particularité que le poumon est fermé à Vissue des particules solides venant de sa profondeur, mais elle infirme les suppositions sans preuves des médecins disant que les germes virulents sont cédés à l'air par le poumon et les mucus.
Quelques auteurs admettent que les spores des Vibrioniens {voy. p. 590 et 592) comptent à profusion parmi les innombrables micrococcxis des poussières dont on ne peut distinguer les espèces les unes des autres (Miquel, loc. cit., 1879, p. 505), •et la bactérie commune de l'air ne devient pas vibrion par la culture (p. 507). Le nombre des Scbizomycètes est deux fois environ plus grand dans les appartements habités qu'à l'air libre, huit fois plus grand dans les égouls et cinq ct:!nts fois plus dans les salles de l'Ilotel-Dieu de Paris. 11 est moindre qu'à l'air libre dans les salles non habitées (Miquel, loc. cit., 1880, p. 475, et 1881, p. 394, 427 et 409), et le dixième à la campagne de ce qu'il est dans les rues de Paris (Miquel, loc. cit., 1882, p. 455).
Dans l'air ce sont les micrococcus (66 pour 100) qui sont de beaucoup les plus nombreux, dans les salles de chirurgie particulièrement (Mi([uel, loc. cit., 1882. p. 491), puis viennent les Bacilli dont il y a environ 5 fois moins (25 pour 100), \e^ Bactéries (6 pour 100), puis enfin les vibrions, qui sont rares (1 à 2 pour 100) et manquent même souvent. Les Spirillum semblent y faire complètement défaut. Sous le même volume l'eau de pluie et les eaux potables sont de 400 000 à 500 000 fois plus riches en Scbizomycètes que l'air atmosphérique. Or il y aurait environ de 500 à 600 de ces cryptogames par mètre cube d'air au centre de Paris en hiver et le double au printemps et en été; puis seulement de 30 à 190 au parc de Montsouris; de 2000 à 3000 dans les maisons et de 7000 à 8000 dans les salles d'hôpitaux. On en compte 700 000 ou plus par gramme de terre, parmi lesquels les bacilles sont dans la proportion de 90 pour 100 et les micrococcus peu nombreux dès qu'on s'éloigne de la surface du sol (Miquel, loc. cit., 1882). Les bactéries et les bacilles abondent dans les rivières, leurs spores [micrococcus) y sont très-rares, tandis que c'est l'inverse dans l'atmosphère. M. Miquel pense que la moindre sécheresse détruit les premières dans des proportions énormes, en laissant libres leurs spores.
Il n'est pas fait mention ici, comme on le voit, des spores ni des fragments de mycéliums des mucorinées (do?/, p. 569) et des Saccharomycètes ; on les trouve pourtant en proportions variables d'une époque et d'une région aux autres comme composants des poussières hors des villes du moins; d'une manière générale ils méritent autant le nom de germes que les corpuscules précédents, bien qu'ils intéressent moins la pathogénie; plusieurs agissent comme ferments figurés [voy. Fermentation, p. 573, et Moisissures). Dans les fruits et les plantes grasses,
la pourriture marche de front avec la pénétration graduelle dans chaque cellule des mycéliums à' Aspergillus , de Pénicillium {voy. Aspebgille), ainsi que de bactéries {vojj. Bactérie, p. 25); rwais la hlétissure n'est pas la pourriture; elle consiste en une modification du contenu cellulaire ayant lieu en l'absence de ces parasites.
Parmi les bacilles dont l'air est cliargé, et de dimensions peu comparables, les aérobies seraient les plus nombreux, agiraient en brûlant les composés hydro-carbonés et les matières albuminoïdes à la façon des moisissures vulgaires. Les anaérobies seraient les plus rares et les agents actifs de la putréfaction. Les bacilles qui ne pourraient vivre ni fructifier sans l'intervention de l'oxygène de l'air pourraient se présenter sous la forme de longs Leptothrix dans une phase de leur existence (Miquel, loc. cit., 1880, p. 471).
Ici encore c'est fermentation au lieu de combustion, comme de virulence et ^'infection, qu'il faudrait lire.
En faible épaisseur la terre retient les germes et ne les laisse pas arriver dans l'eau des sources, etc. (Pasteur); fait que confirment les expériences de M. Marié- Davy sur V Epuration des eaux d'égonls [Annuaire de 1882, p. 541).
L'action des agents physiques n'est pas absolument la même sur les Schizomycètes adultes et sur leurs spores. Une spore morte pour une liqueur nutritive est souvent vivante pour une autre plus propre à son développement (Miquel, loc. cit., 1881, p. 458), n'y eiit-il que dilïérence de densité dans un milieu de même nature chimique. Les spores des Schizomycètes perdent la faculté de germer pour le plus grand nombre des espèces quand on porte à 40 ou 45 degrés le liquide qui les contient (chaleur humide) pendant deux heures.
Celles des Bacterium sont celles qui sont tuées le plus facilement. Mais il est des spores de bacilles qui germent après avoir supporté 70 et d'autres 94 et 100 degrés même; parmi les Saccharomycètes et les Mucédinées il y en a qui ne sont tuées qu'à 60 degrés ou un peu au delà.
Les Schizomycètes bactériens adultes ou filamenteux sont tués à une température humide inférieure à celle que supportent leurs spores. Ceux qui ne sont tués qu'à 45 ou 50 degrés laissent des spores qui ne perdent qu'à 55 ou 60 degrés leur faculté de germer. D'après M. Pasteur le Bacillus anthracis est tué à 41 degrés et pour Cohn c'est à 55 degrés seulement qu'est tué le Bacillus snbtilis.
La composition du liquide, eau, bouillon, etc., acides ou alcalins, fait varier de quelques degrés en moins, parfois en plus, la température à laquelle meurent ces cryptogames. C'est vers 58 à 40 degrés que la plupart croissent et se multiplient le plus rapidement. Ils croissent et se multiplient lentement comme les autres cryptogames en général au-dessous de 20 et surtout de 10 degrés.
D'après M. Pasteur les réactions acides ou alcalines agiraient en empêchant ou en favorisant la pénétration de l'humidité dans les germes, plus ou moins suivant la température. D'après Tyndall ces réactions influeraient sur le pouvoir nutritif du liquide où tombent ces corpuscules. Il est évident qu'il s'agit là d'une influence chimique s'exerçant sur les actes de rénovation moléculaire nutritive et de rien autre.
On sait que les spores des Mucédinées ne se développent bien que dans les liquides faiblement acides [voy. Moguet, p. 379), mais nombre de Schizomycètes croissent et se multiplient dans des liquides dont la réaction alcaline est plus forte encore que celle du sang et de la lymphe [voy. Fermentation, p. 589 et 614) aussi bien que dans les liquides acides [voy. Bactérie, p. 17).
Ces mêmes cryptogames supportent de une à quatre heures, sans perdre la faculté de germer, les températures de 125 à 140 degrés dans les étuves à air sec (voy. p. 593).
D'après M. Miquel,dans les bouillons et les conserves à oO degrés C. c'est d'un à dix jours après leur ensemencement qu'eu général les spores commencent à germer; pourtant il en est de plus tardives. Dans les cas les plus favorables la germination d'une spore de bactérie paraît exiger de cinq à six heures au moins (Miquel, loc. cit., 1882, p. 509).
Notons ici que ces liquides et autres milieux de culture, devant les Schizomycètes {germes), sont des substances comparables à la substance organisée dont la nutrition vient de cesser, dont commence l'état cadavérique {voij. Organisation, p. 405).
Les cryptogames les plus lents à germer se trouvent parmi les micrococcus. Les Bacillus et les Bacterium germent ordinairement avant le sixième jour, rarement après (Miquol).
Les chimistes disent avec étonnement que les microbes, les cryptogames précédents, résistent à l'air, à l'oxygène, l'azote, l'acide carbonique et l'hydrogène carboné, c'est-à-dire séjournent dans ces gaz sans y perdre leurs propriétés végétatives : or ils n'en ont pas d'autre. Mais [les spores des champignons, des liclicus et même de nombre d'algues, sont dans le môme cas. 11 n'est pas plus surprenant de constater que la bactéridie, le germe du charbon, ne disparaît pas en terre, y conserve ses propriétés. Reste toujours à savoir si, outre ses propriétés zymotiqucs en tant que cryptogame, il en aurait une autre spéciliquement pathogénique que ses homologues n'auraient pas [voy. p. 575). Tout dépend de l'idée qu'on se fait des corps qu'on nomme ici des germes, en méconnaissant leur nature végétale, pour en faire un groupe d'êtres à part.
Pour d'autres savants au contraire les germes s'affaiblissent par le temps, la sécheresse, et la raison se refuse à les voir parle plus grand des hasards, respires par un être vivant, devenir le point de départ d'un foyer pestilentiel. Mieux vaut admettre que les germes des épidémies lointaines sont apportés par les voyageurs et les objets des localités infestées. C'est alors que les microbe,^: contagieux sont livrés à l'atmosphère qui porte la cause du mal de maison en maison, |)uis les germes morbides vieillissent, perdent leur vitalité, diminuent, périssent, et la cause du mal disparaît avec eux (Miquel, Annuaire météorologique, 1881, in-18, p. 595).
Il importe aux médecins, comme on le voit, de ne pas prendre pour des faits constatés toutes les opinions avancées par divers et admises trop promptement sur ces questions.
De plus, M. Toussaint a vu qu'en chauffant le sang charbonneux défibriné à 55 degrés pendant vingt minutes il reste virulent, mais ne donne qu'une faible fièvre charbonneuse, et que l'animal qui l'a eue ne prend plus le charbon lorsqu'on l'inocule avec du sang charbonneux non chauffé, qui donne le charbon à d'autres moutons; de même le pus varioleux ne donne plus la variole à qui a été inoculé d'abord par le liquide des pustules vaccinales. Le sang virulent des animaux charbomieux, de ceux atteints du choléra des poules (Pasteur), a par suite été considéré comme virus fort, servant à la fabrication d'un virus dit atténué, d"un vaccin n'ayant plus qu'une virulence atténuée {Bulletin de l'Académie de médecine, juin 1881). Par suite ceux qui appellent virus ou matière virulente les cryptogames mêmes les disent microbe atlénué, mycélium
atténué, spores atténuées, microbes de la virulence; virulence qui pourrait être obtenue, atténuée ou non, parla culture, transmissible héréditairement par la génération pour la syphilis, la plilhisie, etc. La spore provenant d'un ??i!/ce//Mm atténué n'aurait qu'une virulence exactement proportionnelle à la sienne et les bactéridies ou mycélium dérivant de celte spore originelle atténuée ne posséderaient elles aussi qu'une virulence exactement proportionnelle (Pasteur). Or ici encore nulle indication sur la question de savoir si dans ce qu'on appelle atténué c'est l'organisme une première fois inoculé, dont la substance a une première fois fermenté {voy. p. 008), qui par là est devenu moins fermentescible devant une nouvelle arrivée de la levure, ou si au contraire ce sont les propriétés assimilatrices et désassimilalrices, c'est-à-dire zymotiques des levures [virulence) à l'égard des humeurs de l'animal, qui auraient diminué.
§ YI. Pénétration et vie dans les animaux des cryptogames répqtés GfiRMEs rAxnoGÉNiQUES. En ra[)pelant ce qu'on peut dire de la génération spontanée de ces Schizomycètes {voy. Génération, p. 597) nous avons vu quels sont ceux qui sans s'expliquer aucunement sur leur origine ont admis depuis longtemps leur préexistence dans les tissus et les humeurs (ihid., p. 399).
Beale admet qu'<7 n existe probablement pas un tissu qui soit privé de germes; que le sang d'aucun homme n'en est exempt; il pense en effet que la manifestation la plus haute de la vie est pénétrée, pour ainsi dire, par la manifestation la plus basse (L. Beale, Disease Germs; their Real Nature. London, 1870, p. 64). Ce n'est là qu'une manière, peu exacte au fond, de répéter que les phénomènes d'ordre supérieur, tant cosmologiques qu'organiques, sont chacun subordonnés à une série de conditions d'ordre inférieur, mécanique, physique, chimique, biologique et sociale enfin; qu'il n'y a pas de substance organisée sans principes d'origine minérale, etc., que la névrilité est subordonnée à la nutrition des cellules et des fibres nerveuses, et ainsi des autres.
Du reste, M. Béchamp, seul ou avec M. Estor [Comptes rendus de l'Académie des sciences, Paris, 1868, t. LXVl, p. 422, 800, 865, etc.), avait dit que les corpuscules dits granulations moléculaires qu'on trouve universellement dans toutes les cellules animales et végétales, dans les cellules du foie, du pancréas, du rein, de la rate, etc., seraient des microzymas, agents des fermentations, insolubles dans l'acide acétique, la solution potassique au dixième, imputrescibles en quelque sorte. Normalement sphériques, ces corpuscules, en l'absence de toute intervention d'autres germes venus du dehors, perdraient leur forme normale, s'associeraient en chapelets à deux ou trois articles d'abord, etc., et formeraient ce qu'on a nommé des torula. Un peu plus tard les corpuscules non disposés en torula s'allongeraient, évolueraient en bactéries isolées ou associées et passeraient quelquefois par l'état de vibrion. En outre, ils arriveraient à l'état de bactéries dans l'épaisseur des tissus avant que des bactéries se montrent dans le liquide où plonge le tissu. La présence des bactéries dans le sang ne serait pas du parasitisme ordinaire, mais le développement anormal d organismes normaux, les microzymas. Les bactéries, loin d'èlre la cause des maladies, en seraient un effet. Les muscles contiendraient non-seulement des germes, mais encore des bactéries à un degré inférieur de développement.
M. Béchamp expliquait là d'avance, sans le démontrer du reste, pourquoi sur les animaux surmenés la putréfaction se montre bien plus rapidement qu'après les autres genres de mort (voy. Bulletin de ï Académie de médecine.
Paris, i881,p. 587-598) ; ce serait, si l'on veut, le surmenage qui rendrait plus facilement fermentescible ou' putrescible la substance des tissus et des humeurs et amènerait en même temps pins vile le passage des microzymas naturels à l'état de bactéries de la putréfaction (roy. p. 508, et Org\nes,p. 412).
Sans dire d'où il arrive dans l'œuf, d'après M. Bécbamp le microzyma procéderait de l'œuf; l'origine des microzymas se confondrait avec celle de l'être et de l'organe qui les contient ; là il évoluerait parallèlement à l'élément anatomique. Il y aurait évolution fonctionnelle qui aboutirait à la spécificité des usages de chaque organe {ibid., p. 652, t)55), à autant de sortes de microzymas ou ferments organisés qu'il y a de propriétés spécifiques des produits de ces organes. C'est ainsi que le suc pancréatique ne devrait pas ses propriétés aux granulations moléculaires ou microzymas qu'il ne contient pas, mais il les aurait reçues de ces microzymas comme la zymase de levure de bière l'a reçue .des globules de levure. Les propriétés du liquide sécrété, le principe actif du suc, ne seraient pas dus au microzijma, mais seraient le fruit de l'activité physiologique de ces granulations utilisant les matériaux du sang {ihid.,^. 655 et 659). Elles seraient tout dans l'organisation au moins fonctionuellement. L'activité propre des microzymas serait une activité chimique (p. 646). Dans le pancréas, comme dans les autres organes, l'activité propre de ces organes serait le résultat d'une évolution fonctionnelle, parallèle à celle de l'organe même, n'existant pas dans le premier âge fœtal et survenant ensuite à une période donnée de l'accroissement témoignant d'un état adulte, d'une sorte de maturation des microzymas, éléments primitifs auxquels il faut attribuer l'usage et non aux cellules de l'organe même comme on le faisait {ibid., p. 652). Sans eux, sans leur spécificité d'action, la spécificité de fonction du pancréas, etc., ne se comprend pas (p. 065).
Les physiologistes considèrent les actes biologiques comme reconnaissant pour condition d'existence l'arrivée à un certain degré de développement des organes, de leurs cellules constitutives, de la composition de la substance même des éléments : or d'après M. Béchamp il n'y aurait là qu'illusion; c'est au microzyma qu'il faudrait reporter ce qu'on attribuait aux unités anatomiques de nos tissus; c'est à un végétal et non à l'animal qu'il faudrait attribuer ce qui se passe en celui-ci.
Outre leur évolution fonctionnelle les microzymas seraient susceptibles d'une évolution morbide transmissible. Ferments organisés, agents vivants, dits préexistant dans l'organe où. normalement ils accompliraient les actes chimiques et physiologiques nécessaires et bienfaisants, s'ils s'introduisent dans le sang, dans un milieu qui ne leur était pas destiné, ces mêmes agents bienfaisants y deviendraient nocifs, y provoqueraient les phénomènes morbides les plus graves. Dans d'autres cas les microzymas, d'une puissance nocive si grande, seraient capables de la perdre d'une manière inattendue {loc. cit., p. 654).
Quant aux germes atmosphériques, ils seraient de l'ordre des microzymas et proviendraient des êtres qui chaque jour se détruisent à la surface et dans la profondeur de la terre (p. 655). Les ??iirro/>e,'? seraient des microzymas déguisés, mais les microzymas ne seraient pas des microbes (p. 665). Pour lui encore c'est la zymase ou ferment soluble sécrété par le corps organisé cellulaire qui ferait fermenter les composés fermentescibles et non le corps organisé même {voy. Organes, p. 409).
Ces vues sur les germes ne sont exposées ici qu'en raison de ce que depuis qu'elles ont été émises plusieurs, sans les citer, ont admis aussi que ce sont les
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bactéries ou les bacilli, cryptogames unicellulaires agissant comme ferments, qui dans l'intimité des éle'ments anatomiques des animaux et même des végétaux, qui, en un mot, dans nos organes, rempliraient les rôles sécréteurs, liquéfiants ou digestifs, etc., et non les tissus mêmes composant ces organes. Ce qu'a prouvé jusqu'à ce jour la physiologie devrait ici rester lettre morte. Ces interprétations remontant au delà de la réalité anatomique reportent au végétal cryptogamique, qui est l'accident parasitaire [voij. p. 578) et de quantité accessoire, ce que l'observation attribue à la substance même des cellules pancréatiques, hé[ialiques, rénales, spléniques, nerveuses, etc., et ainsi des autres. Mais au moins ici le microzyma, agent végétal cryptogamique, ne serait pas pris pour un animalferment ou pour un microbe {voy. p. 572). Scientifiquement l'hypothèse ne mérite ni plus ni moins de considération que toutes ses analogues considérées comme exprimant seules la doctrine du vrai.
D'après M. Béchamp, les microzymas seraient personnellement des ferments organisés, qui pour chaque organisme dans chaque centre d'activité ont quelque chose de spécifique caractérise par la fonction {loc. cit., p. 655). Devant ces assertions il importe de noter que les éléments de la substance grise cérébrospinale, sur le vivant déjà et davantage encore dès l'état cadavérique, sont des plus riches en granulations telles que celles dites microzymas et aussi les cellules des phanérogames. Les cellules des ferments, d'autre part, étant incontestablement des cellules végétales cryptogamiques, les unités anatomiques animales et des phanérogames se trouveraient constituées pour plusieurs dixièmes au moins de leur masse par des cellules végétales cryptogamiques, et dans l'animal c'est au végétal que serait dû ce qu'a de spécifique l'action de chaque glande, des cellules du sang, etc. Rationnellement, l'état des granulations dans les cellules nerveuses porterait par suite à supposer que la névrilité serait le fruit de l'activité physiologique de ces microzymas, cellules cryptogamiques, utilisant les matériaux du sang.
Si les faits avancés par M. Béchamp étaient vrais, tous les éléments anatomiques animaux à l'état normal détcrmineiaient la fermentation des liquides appropriés. Or les expériences de M. Miquel (p. 578) prouvent qu'il n'en est rien, que ces fermentations n'ont lieu que là où sont arrivés des cryptogames.
On sait d'ailleurs que le premier signe de la mort des éléments est un certain degré de coagulation avec passage immédiat de l'état hyalin à l'état finement grenu {voy. Cellule, p. 581) qui les rend moins translucides à divers degrés comme on le voit pour le tissu du corps des embryons et de nombre d'animaux hors de l'œuf, pour le passage instantané à un état grenu semblable lors de la coagulation des albuminoides par la chaleur, l'alcool, etc., qui comme conséquence de cet état grenu deviennent opaques.
D'autre part il importe de noter que, si toutes les cellules et fibres passent à l'état finement granuleux au début de leur putréfaction {voy. Cellule, p. 587), et peuvent être considérés comme pleins de microzymas, les granulations qu'on voit se produire par coagulation dans les éléments après la mort ne sauraient être toutes considérées comme étant des microyzmas (ou petits ferments).
Dans l'hypothèse des microzymas le fait de leur développement et de leur multiplication reconnaîtrait pour condition l'arrivée à un certain état soit accidentel, soit cadavérique, de la substance des tissus et des humeurs, dans
lequel état pourrait être compris celui de la virulence, etc. [voy. p. 574). Leur multiplication deviendrait ici un épiphénomène plus ou moins grave.
Depuis que ces granulations moléculaires ont été considérées par M. Bécliamp comme des organismes vivants jouant le rôle de fer)nents dans les couches géologiquescrayenses,dansleslerresarables, les eaux, la vase, etc. (/oc c/i., 1^06), des corpuscules brillants considérés comme germes de bactéries, analogues a ceux trouvés dans les eaux par M. Pasteur, ont été décrits dans le sol sous le nom de ferment nitrique comme cause de sa nitrification naturelle, d autres comme y déterminant la fermentation alcoolique [voy. Schlœsing et Muntz, Comptes rendus de VAcad. des sciences. Paris, 1879 et 1881).
De plus, M. Pasteur pense que toutes les terres naturelles examinées par lui et MM. Roux et Chamberland renferment des germes propres à donner une septicémie particulière (Pasteur, Bulletin del'Acad. de médecine. Paris, 1879, p. 1065); que ces microbes et autres restent indéiiniment en terre sans y donner de germes, mais se multiplient lorsqu'ils arrivent dans un milieu convenable [Acad. des sciences, juin 1881).
Dans les conditions naturelles, ces cryptogames arrivent dans l'organisme, soit par les aliments liquides ou solides, soit par les poussières de l'air inspire, ou autrement mises au contact de la peau et des muqueuses [voy. Berger^l, Composition et formation du pus, journal de l'anatomie et de la physiologie. Pans, 1875, p. 541).
D'après M. Chauveau, la plupart des muqueuses par la minceur de l'épi thélium présenteraient les conditions les meilleures qui permettent la pénétration des corpuscules virulents. La muqueuse respiratoire serait aussi apte à l'entrée qu'à la sortie de ces corpuscules (w//. p. 599). La muqueuse gastro-intestinale serait aussi une surface admirablement disposée pour se laisser traverser par eux. Rien déplus facile à mettre en évidence que la pénétration du virus claveleux à rétat pulvérulent par la surface pulmonaire.
Les corpuscules figurés solides, qui sont les agents virulents, seraient, d'après lui, cédés à l'air par lapeauet lepoumon, dans le cas de la variole, par exemple, par le mucus nasal, dans le cas de la morve, etc. (Chauveau, Comptes rendus des séances de VAcad. des sciences. Paris, 1868, t. LXYII, p. 74G, 747, 900, etc.). Ils pourraient être isolés des humeurs, puis lavés, sans cesser d'être aussi actiis que dans les cellules des humeurs et des tissus animaux; éléments dans lesquels on doit supposer nécessairement qu'ils ont été engendrés, fussent-ils eux-mêmes de nature végétale.
Mais à côté de ces suppositions pour nous inadmissibles il faut noter les expériences de Tyndall qui ont démontré que l'air inspiré loge si bien ses impurtHés dans les canaux bronchiques que les dernières parties de Ihaleine expirée sont absolument privées de matières en suspension. Il a rendu manifeste le dépôt des matières étrangères dans les tubes pulmonaires d'une part et de l'autre qu'ils sont entièrement arrêtés par les respirateurs d'ouate, filtrant Vair inspiré. 11 considère du reste comme probable que les germes qui font naître dans l'économie les maladies épidémiques sont précisément ceux qui se logent dans les voies aériennes et qui peuvent à loisir pénétrer au travers de la muqueuse respiratoire (Tyndall, Poussières et maladies. Revue des cours scientifiques. Paris, in-4°, 1870, p. 238. Sur le mécanisme de la pénétration dans le sang par les poumons et l'intestin, des poussières en particulier et des spores, voy. Ch. Robin et Verdeil, Chimie anatomique. Paris, 1852, in-8, t. 111, art.
Anthf.acosis, p. 520-521. Cil. Robin, Hist. nalur. des végétaux parasites. Paris, J855, p. 280, et l'art. Siîreux, p. 320).
Quant à l'oxygène qui arrive au sang, il s'ea est dépouillé; les gaz expirés étant optiquement purs, chacun purifierait l'air pour son ensemble (Tyndall). Hors ce qu'indi(jue ici Tyndall, du reste, nul ne dit ce que deviennent dans le poumon de l'Iiommc et des animaux domestiques les poussières organiques réputées germas des maladies, si cet organe les garde ou les rejette par expuition bronchique, etc.
Sans dire comment naissent ou pénètrent dans les cellules mêmes des tissus et des humeurs ces corpuscules figurés isolables, agents de la virulence, M. Chauveau, imitant M. Bécliamp, les considère comme représentés par les gramdations intra-celhdaires {voy. p. 598), et, quand ces granulations sont libres, elles procèdent des cellules. Les leucocytes en particulier en suspension dans les humeurs virulentes sont des réceptacles des virus [ibid., 1869, t.LXVIlI, p. 850, etc.).
Ces virus ainsi représentés par les spores cryptogamiques se trouveraient répandus dans l'air, surtout par la respiration des sujets malades, à l'état de particules solides en suspension. L'infection viridente se manifesterait fréquemment par V intermédiaire de l'air confiné, mais non à l'air libre. La contagion à de grandes distances aurait lieu par le transport de matières contagifères fixées à des intermédiaires divers (Chauveau, Comptes rendus de l'Acad. des sciences, 1871, t. LX.Xlll, p. 117).
De phis la tuberculose, identique sur le bœuf à celle de l'homme, serait contagieuse; chez l'un comme chez l'autre elle se prendrait par ingestion digestive. Le tube digestif serait une voie de contagion pour la tuberculose, comme il en est une pour d'autres agents virulents, tels que celui du sang de rate et de la morve (Renault, 1851 ; Davaine), de la clavelée (Roclie-Lubin et Relliot), etc. L'agent serait aussi un germe virulent et dans les tissus du bœuf tous les germes ne seraient pas détruits par la cuisson (Chauveau, Bulletin de l'Acad. de médecine. Paris, 18G8, p. 1008, 1020).
L'activité virulente serait inhérente aux particules granuliformes libres en suspension dans toute humeur dite virus; cette activité se déduirait, par extension, pour les aidres éléments anatomiques de l'humeur, de la présence des granulations dont la substance de ces éléments est parsemée ; l'activité virulente serait absolument absente de la partie liquide des humeurs; les plasmas ou les sérums dans lesquels flottent les éléments granuliformes les plus virulents seraient toujours tout à fait inactifs, quand ils sont privés de ces éléments granuleux : ce seraient donc ces derniers qui constitueraient exclusivement les agents de la virulence. La cause intime de la virulence l'ésiderait dans les propriétés spécifiques qu'acquerrait la substance des éléments qui naissent et se développent au contact d'un germe virulent déjà doué de ces mêmes propriétés spécifiques, en produisant des germes semblables ; l'activité virulente se développerait et se confinerait étroitement dans la matière granuleuse des néoplasies que provoquerait Virritation spécifique due à la présence du principe virulent [ibid. et Gaz. hebdomadaire, 1868).
Mais, d'une part, on sait que la plupart des granulations observées dans l'épaisseur des cellules, ainsi que dans les humeurs, n'apparaissent que lorsque, l'état d'organisation disparaissant par coagulation, etc., survient l'état cadavérique, dont cette apparition même est un signe ; d'autre part, la nécessité de faire
intervenir une vue fictive, telle que l'entité irritation, pour expliquer ces phénomènes, doit mettre en garde contre de telles interprétations {voy. Blastème, p. 578, et Dégékération, p. 227).
Le nom d'éléments figurés donné par M. Chauveau aux germes, considérés comme agents de la virulence, comme étant les virus, fait supposer que ce seraient là des cellules. Gomme on sait que tous les germes trouvés dans les matières virulentes de la morve, etc., sont des cellules végétales, ce seraient des cellules végétales nées ou arrivées dans des cellules animales, les leucocytes, les épithéliums, etc. {voy. p. 601). Car en anatomie élément figuré ne signifie que cellule, fibre ou tube, mais les granules solides ou demi-liquides dont ils peuvent être plus ou moins parsemés ne sont pas eux-mêmes des éléments ou unités anatomiques.
De plus, malfaisants ou non, les germes ne sont que des corps reproducteurs et inévitablement soit des plantes, soit des animaux. Or, M. Chauveau n'indique pas si ces germes virulents solides et figurés sont de nature végétale ou au contraire animale ; si, en un mot, par leur développement, ils conduisent à la production d'une plante ou d'un animal de telle ou telle espèce; si, en d'autres termes, ils représentent un organisme soit élémentaire, soit multicellulaire encore à l'état de germe, ovule ou embryon, mais parasite se multipliant dans l'intimité des cellules du parasitifère.
Si cela n'est pas, ce germe ne peut être tel qu'eu égard aux troubles morbides qu'il détermine; il serait ainsi représenté simplement par des corpuscules ou granulations de matières animales, ayant été d'abord partie constituante de certaines des cellules du vertébré malade dont ces granules sphéroïdaux procéderaient, ne se reproduisant et ne se multipliant que là.
Dans cette dernière hypothèse, cet agent de la virulence rentrerait absolument dans le cas des matières animales virulentes solides ou demi-solides. Ce ne serait alors qu'un exemple particulier de la doctrine que j'ai toujours soutenue, d'après laquelle on dit d'une humeur ou d'un tissu quelconque qu'ils offrent Vétat virulent ou de virus, lorsqu'ils ont subi, par actes isomériques, une modification telle que, sans que leurs caractères physico-chimiques soient notablement changés, ils ont acquis la propriété de transmettre aux tissus et aux humeurs avec lesquels ils sont mis en contact la modification acquise. L'altération isomérique porte essentiellement sur les substances organiques ou sur le principe immédiat fondamental de ces formes de la matière organisée. D'abord spécial à l'animal chez qui a lieu l'altération de l'humeur, l'état virulent pourra être communiqué à d'autres individus de la même espèce ou d'espèces différentes : soit directement, c'est ce qu'on appelle Vinoculation, soit indirectement, c'est-à-dire sans contact immédiat de l'humeur virulente ou de l'animal sain avec le malade, c'est ce qui caractérise l'infection. Si l'espèce animale est trop différente par son organisation, la transmission pourra ne pas avoir lieu, quels que soient les moyens employés, ou au moins la forme de la maladie transmise sera changée, dans le cas oià il y aura eu action. Bien que la virulence ne s'observe que sur des solides ou des liquides qui ont, ou qui ont eu, l'état d'organisation, et participent, ou ont participé récemment encore, aux actes vitaux de la nutrition, rien ne peut être assimilé aux actions dites vitales dans la production des états isomériques qui caractérisent la virulence des humeurs et des tissus. Dans le fait même de la transmission graduelle de ces états, transmission qui s'accomplit d'après les lois mêmes des actions chimiques
COi GERMES.
qui les ont amenés, il n'y a de vital {voy. Organisation, p. 396, 405) que les troubles que ces modifications ainsi transmises suscitent dans les propriétés naturelles des éléments, des tissus et du plasma des humeurs jusque-là demeurées saines. La virulence, l'état moléculaire des tissus et des Imnieurs qui caractérise la virulence peut, dans certaines conditions mauvaises de nutrition, survenir sur le vivant, 11 se produit aussi après la mort, comme l'un des premiers degrés de l'arrivée à l'état cadavérique. Dans l'un et l'autre cas, cet état est transmissible à l'individu sain, par inoculation volontaire ou accidentelle. Dans les mucus et le pus devenant virulents sur les malades, l'état virulent se produit très-certainement comme premier degré déjà de l'état cadavérique de ces éléments anatomiques, plus ou moins longtemps avant la mort, et sans même que celle-ci survienne (voy. Fécondation, p. oU4-o6ô).
Quoi qu'il en soit du reste, il est aujourd'hui des médecins qui, sans se préoccuper des données précédentes, sans déterminer par quels caractères on reconnaît un germe, admettent que la tuberculose n'est pas une dialhèse comme la scrofule, une maladie procédant du jeu fonctionnel même de la substance organisée animale dans ses rapports avec les milieux ambiants; qu'elle a les allures d'une affection parasitaire, spontanée peut-être dans la race bovine. Elle serait ainsi acquise chez l'homme au niême litre que la trichinose, toujours prête à éclure, mais seulement dès que l'organisme vient à être débilité. Us admettent que ce n'est pas le germe de la tuberculose qui est transmis par hérédité, mais uniquement cette débilité qui rend l'homme, affaibli par une cause quelconque, apte à devenir la proie du germe tuberculeux [voy. p. 602), apte à l'infection, à l'état morbide secondaire, comme les végétaux sont envahis par les champignons dès que leur sève coule moins vigoureuse. Bien qu'introduits de même par le lait des vaches tuberculeuses, par les aliments solides, par la respiration, par l'inoculation sans doute aussi, dans les organismes non débilités, les germes infectieux de la tuberculose restent, ou passent ici sans y trouver le milieu ou terrain voulu pour leur prolification (Rendu, Scrofule et tuberculose. Union médicale, Paris, 1881, p. 49).
Le manque des notions élémentaires d'anatomie générale, qui fait que la plupart des médecins ne voient en tout que la forme des objets dont ils ne sauraient nier la présence, est ici la source de confusions de toutes sortes. Faute de déterminer la nature organique et le rôle nutritif zymotique de leurs germes, les fictions hyperphysiques sont les bases sur lesquelles reposent leurs explications; il en est ainsi de ceux qui font intervenir l'irritation spécifique, provoquée par la présence, le contact du germe, qui détermine la succession des altérations et des symptômes morbides observés.
Même remarque sur l'hypothèse disant que les effets locaux dus aux bactéries paraissent résulter de la présence d'une matière soluble sécrétée ou excrétée [voy. p. 61 !2) par les parasites [diastase?) qui jouit à un haut degré de propriétés />/i/o^oryènes( Toussaint, Comptes rendus deVAc. des sciences. Paris, 1878, t. LXXXVI, p. 8ôo).
D'après M. Pasteur, le corps humain est complètement /erme à V introduction des germes des fermentations, excepté le tube intestinal, excepté encore dans certains cas pathologiques [Bulletin de l'Acad. de médecine. Vans, 1874, in-8, p. 61). 11 admet cependant qu'on devrait voir si, au lieu d'arriver dans l'urine vésicale par le canal de l'urèthre, le ferment ammoniacal n'y serait pas apporté « par le sang qui aurait pu lui-même prendre ce germe dans quelque partie du
corps, par exemple, par une blessure quelconque, ou communiquant avec le canal intestinal » (Pasteur, Comptes rendus de l'Acad. des sciences . Paris, 1874, t. LXX, p. 46) ; car il admet que « le sang d'un animal en plein'', santé ne renferme jamais d'organismes microscopiques ni leurs germes » [ihid., 1877, t. LX\XV, p. 408).
Ceci signifie que le ferment ammoniacal ainsi entré dans le sang, après y avoir séjourné sans en faire fermenter l'urée, en sortirait par le rein ou par la muqueuse vésicale pour tomber dans l'urine et faire fermenter son urée. Les conditions d'issue de ces germes, que quelques médecins aussi supposent réelle, dans les albuminuries, etc., ne sauraient être autres ici que celles de leur entrée, une lésion comprenant la rupture des épithéliums, des tubes propres du rein, de ses vaisseaux ou de la muijueuse vésicale ailleurs, c'est-à-dire les conditions aussi de l'hématurie.
Du reste, il se pourrait que ces lésions de continuité des épithéliums, etc., ne fussent pas nécessaires. Les conditions de l'issue de ces parasites ne doivent pas être autres là que celles de leur entrée. Celle-ci n'est pas brusque et subite comme un fait traumatique. Elle consiste en une pénétration graduelle et lente, s'opérant molécule à molécule en quelque sorte, comme dans le cas de la pénétration inlra-pulmonaire des poussières charbonneuses et autres {voy. Séreuses, p. 205 et 520, et Ch. Robin et Yerdeil, Chimie anatomique. Paris, 1853, t. 111, p. 525). Ces dernières progressent de la surface épitliéliale vers la profondeur et, arrivées dans les capillaires sanguins et lymphatiques, elles en sortent par un mécanisme semblable sans aucun doute, plus ou moins loin de leur point d'entrée, pour séjourner dans les tissus cellulaire et ganglionnaire où on les trouve. Mais, quoique le fait n'ait pas encore été constaté, rien ne contredit la possibilité d'une issue analogue de ces poussières inorganiques, ni des parasites cryptogamiques passant ainsi des vaisseaux dans les follicules sudoripares, les canalicules rénaux, etc.
Si l'expérience rend valide cette hypothèse, on pourra en chaque cas d'ulcération de l'intestin sans lésion rénale ou vésicale trouver dans le sang les spores du ferment ammoniacal circulant entre ses globules. On devra en outre, non plus rechercher comment les germes entrent dans le sang, par les blessures quelconques de la peau, de l'intestin, de la bouche, du pharynx, du nez, de la trachée, etc., mais comment il se fait que ces germes n'atteignent qu'un si petit nombre de ceux qui ont des ulcérations dysentériques, tuberculeuses et autres. Les malades des hôpitaux en particulier doivent être ici spécialement compris. Même remarque pour la pourriture d'hôpital, si, comme le croit M. Pasteur, « il n'y a pas un seul cas de putréfaction pendant la vie ou après la mort sans qu'il y ait eu pénétration des germes venus de l'extérieur » (Pasteur, Bull, de l'Acad. demédec, 1874, p. 181). En tous cas ce ne peut être aux faits de gangrènes, nécroses, sphacèles ou mortifications diverses, suites de ligatures et d'oblitérations artérielles, d'ergotisme, d'empoisonnements par le phosphore, la cantharidine et tant d'autres, que doit s'appliquer cette formule.
Du reste, en fait de pénétration, on ne sait guère plus que ce qui a lieu pour les maladies cutanées et pour diverses glandes superficielles et viscérales. Un sait que les spores sont susceptibles d'adhérer à la surface de la peau et des muqueuses, puis de pénétrer dans les follicules pileux et môme entre les cellules épithéliales, ainsi que dans les conduits glandulaires. Là quelquefois on en rencontre jusque dans la cavité des culs-de-sac sécréteurs.
Dans tous ces exemples, la progression qui caractérise la pénétration n'est pas du fait des germes, mais résulte d'une pression en sens inverse, dont la cause diflère pour chaque cas examiné. 11 en est plus d'un même où ces germes, ces cryptogames, peuvent arriver dans les tissus vasculaires sous-jacents aux épithéliunis, au même titre qu'on le voit pour les germes ou ovules microscopiques de plusieurs vers parasites [voy. Séreux [Système], p. 520).
En raison de leur petit volume encore, les embryons de ces derniers (qui méritent aussi bien le nom de causes animées des maladies que les spores cryptogamiques) pénètrent dans les glandes et les tissus vasculaires, dans les cavités closes même, séreuses et vaisseaux sanguins, sans exciter la sensibilité du parasitifère. Tantôt ici le mécanisme est encore celui qui vient d'être indiqué ; pour beaucoup d'auti^es, au contraire, l'animal intervient du fait de ses contractions totales, plus énergiques dans un sens que dans l'autre, ou partielles, mettant en jeu des crochets, dentelures et autres organes {voy. Cestoïdes, p. 555).
La phase de la pénétration des Schizomycèles dans le sang, etc., n'a jamais été suivie comme l'a été celle des œufs et des larves d'helminthes ; elle peut avoir lieu, avons-nous dit, comme celle des poussières charbonneuses, etc. {voy. Anthracosis et Lymphatiques, p. 455 et 456). Dans le sang de divers animaux , vertébrés et invertébrés (Pouchet) , on trouve des vibrioniens (inoffensifs?). On n'a constaté encore leur pi'ésence dans le sang et dans divers tissus du vivant des malades (lèpre, etc.) qu'après un degré plus ou moins avancé de multiplication, généralement un, deux ou trois jours avant la mort dans les cas de variole, de fièvre puerpérale, etc. (voy. Bactérie, p. 52) ; on les a vus en outre de plus en plus nombreux, bactéries et vibrions mobiles, à compter de quinze à dix-huit jours avant la mort dans divers cas de polyparésie (paralysie générale), avec ou sans eschares et furoncles, en même temps que survenaient le faciès typiioïde, l'haleine fétide, etc. (A. Voisin, De la paralysie générale. Paris, 1879, in-8°, p. 161). On n'a pas jusqu'à présent signalé leur disparition du sang, etc., après qu'on a eu constaté leur existence ici. Quant à leur issue et diffusion par les leucocytes de la peau (variole, etc.), par le poumon, le rein, les muqueuses nasales, intestinales ou vésicales, il n'y a là encore que des hypothèses sans vérification.
En résumé, nous voyons :
1° Que pour Tyndall, le corps est ouvert à l'entrée, et fermé à l'issue des germes (p. 601);
2° Que pour M. Pasteur, il est fermé à l'entrée (sauf le cas des plaies) avec issue possible, par les reins, de ces mêmes germes (p. 604) ;
5» Que pour M. Chauveau, le corps serait aussi apte à leur sortie qu'à leur entrée (p. 601, 602).
En l'absence de preuves il faut donc être réservé quand on se trouve en face d'autant d'hypothèses qu'il y a de difficultés, et sans que leurs auteurs se préoccupent de savoir si la dernière contredit l'antécédente ou peut tenir devant l'anatomie et l'expérience.
§ VI. Rapports existant entre le développement des spores ou germes cryptogamiques RÉPLTÉS MORBIFÈRES ET LEUR ACTION OU ROLE PATHOGÉNIQUE. DisonS de SuitC
que ces rapports sont mal connus ou ne le sont que d'une manière empirique dans la plupart des cas (p. 575, 576 et suiv.) ; que beaucoup d'observateurs bien renseignés pensent qu'ils ont été exagérés et que d'autres croient qu'il y a encore
lieu sur ce point de surseoir à tout jugement, d'attendre des faits cliniques décisifs et des témoignages qui par leur concordance imposeront la conviction (A. Gordon, Congrès médical. Londres, 1881).
On sait en effet que MM. Gosselin, Pasteur, Larrey et A. Guérin, ont constaté la présence de vibrions et de bactéries dans le pus d'un malade son^ un pansement ouaté datant de dix-neuf jours. Notons que ces observateurs considéraient encore ces organismes comme des Protozoaires ; M. Gosselin en a trouvé 4 fois sur 6 sous cet appareil, se mouvant, et en grand nombre, au vingt-deuxième et au vingt-quatrième jour après son application, avec pus et plaie restant de bonne nature et de cicatrisation régulière. 11 ajoute que dans aucun cas, malgré la présence des vibrions et des bactéries, il n'y a eu là putridité du pus, ni infection purulente. Il en conclut que le bandage ouaté n'empêche pas toujours et nécessairement la formation des bactéries et des vibrions ; que sous le bandage ouaté il y a une fermentation, mais que cette fermentation n'est pas, quand le malade continue d'aller bien, de celles qui donnent naissance aux produits toxiques capables d'engendrer l'infection purulente; il y a sous le bandage ferments et fermentation, et néanmoins conservation de la bonne santé de l'opéré [Comptes rendus des séances de l'Acad. des sciences. Paris, 1875, in-4°, t. LXXX, p. 83-84). On eût pu sans doute en trouver aussi dans le sang, car on se demande comment il se ferait que pendant ce long séjour à la surface d'une grande plaie ces Schizomycètes ne pénètrent pas dans les capillaires presque à nu, si quelque plaie minime des muqueuses est la voie plus favorable pour l'entrée des cryptogames varioliques, des fièvres éruptives, infectieuses, de la dipbthérie aiguë, du ferment ammoniacal, etc., et puisque V invasion delà maladie suppose le transport des ferments et leur inoculation (Miquel, loc.cit., 1882, p. 513). Ces donnés montrent en outre nettement que dans les pansements sales et ouverts il y a autre chose que des Schizomycètes des poussières pour ce qui en fait la malpropreté et peut les rendre nocifs ou meurtriers; à moins d'admettre que la ouate les rend inoifensifs ou que le pansement ne laisse arriver que ceux qui le sont déjà. On sait qu'elle désinfecte en fixant comme le charbon poreux les gaz et les vapeurs tant fétides qu'inodores [voy. Carbone, p. 513). En tous cas on ne peut que s'étonner de voir ces observations, publiquement faites et professées, passées sous silence dans les interprétations des fauteurs de h pathologie animée depuis qu'elles sont publiées.
Mais, quoi qu'il en soit, dans la théorie actuelle des germes divers supposent que ce qui les rend nocifs, c'est leur faculté prodigieuse de multiplication, quelques heures suffisant à leur reproduction en nombre incommensurable. C'est cette faculté qui fait leur puissance. Agissant dans un temps très-rapide par l'immensité du nombre, ils s'emparent, dans les milieux où ils pullulent, des éléments nécessaires à la formation de ce long amas de générations qui s'y succèdent incessamment, et, par cette prise énergique de possession, ils laissent libres les principes dont ils n'ont pas besoin, lesquels, dégagés de leurs anciennes combinaisons, actuellement libérées, obéissent à leurs affinités et entrent dans des combinaisons nouvelles. Partout invisibles et présents, ils constituent une fox-ce toute-puissante, toujours prête à l'action et prompte à agir dès que se rencontrent les conditions de la manifestation de leur activité.
C'est eux qui, dans les corps que la vie a abandonnés, délivrent les éléments constituants des combinaisons où ils étaient enchaînés, et leur permettent de prendre leur essor pour entrer dans des combinaisons nouvelles.
C'est eux qui, dans les matières organiques, donnent lieu aux fermentations et qui aboutissent à un changement d'état de ces matières et à la formation de com|tosés nouveaux avec les éléments qui les constituaient. Les maladies que l'on appelle contagieuses ne sont, elles aussi, comme les fermentations, que des manilèstations de la multiplication à l'infini de certains microbes, spéciaux pour chacune d'elles, dans les corps vivants où ils ont pu pénétrer et où ils ont trouvé un milieu favorable à leur développement. On peut les cultiver et multiplier à volonté en dehors du corps vivant en les mettant dans un milieu en rapport de composition avec les exigences de sa nutrition. En faisant agir sur le microbe de la contagion des influences déterminées (chaleur humide, modifications successives par la culture artificielle, etc.), il est possible d'amoindrir sa puissance, d'en faire un virus atténué, dans la mesure nécessaire pour d'un même agent mortel taire un agent de préservation ou vaccin. L'agent, le cryptogame de contagion une fois transformé en un virus de culture ou de laboratoire, sulislitue, comme le vaccin jonnérien, une maladie bénigne à une maladie mortelle au moins pour le charbon (Bouley, La nouvelle vaccination, 1881). Au lieu de dire avec quelques auteurs que cette substitution consiste en ce que la vaccine est une maladie à microbes, qui tuent les microbes d'une autre maladie, de la variole, par exemple, on devrait encore une fois dire ici que le vacciu est une levure qui par un certain degré de fermentation, qu'elle cause dans un paras-itifère, rend infermentescible ce dernier.
Celte théorie sur l'action des ferments figurés reste encore purement empirique, touchant la question de savoir ce qui fait que certains sujets sont réhactaires dès l'enfance à toute inoculation vaccinale ou autre, ce qui fait que le même animal dans l'espèce bovine présente une immunité contre le charbon syniptomaticjue ou bactérien notée par les vétérinaires sur les individus qui ont passé l'âge de quatre à cinq ans (voy. Comptes rendus de V Académie des sciences. Paris, 4880 et 1881), c'est-à-dire sur ce qui fait qu'ils ne fermentent plus au contact des bactéries. Car il faut admettre ici qu'il s'est passé dans le vertébré qui était fermeiitescible quelque chose qui l'a rendu infermentescible et qui est de même ordre, quoique en sens inverse, que ce qu'en pathologie proprement dite ou médecine physiologique on considère comme ayant eu lieu dans la composition moléculaire de la substance des humeurs et des tissus devenus virulents.
Notons que scientifiquement l'accumulation par multiplication rapide des cryptogames ne suffit pas pour rendre compte des actions observées dites zymotiques, tant meurtrières que préservatrices ou antizymoliques ; il faudrait spécifier que cette multiplication augmente proportionnellement l'aclion des premières par fermentation, c'est-à-dire par assimilation végétale, qui décompose la substance des tissus du malade en lui empruntant ses principes alibiles nécessaires; que d'autre part le cryptogame en même temps altère et rend impures les humeurs du malade en y mêlant les principes excrémentitiels ou de fermentation qu'il a produits par désassimilation de ce qu'il avait emprunté au parasitilere.
Cet emprunt sert en outre à la multiplication numérique et de masse du végétal. Or, lorsqu'il s'agit de ceux qui sont filamenteux particulièrement comme les bactéries, on les trouve accumulés dans les capillaires où ils ont entravé la circulation pour quelques-uns {voy. Ohgases, p. 415, 414). Sur certains d'entre eux même ils déterminent la rupture ou la destruction de la paroi propre: ils arrivent alors au contact des éléments anatomiques inter ou extra-vasculaires,
qu'ils compriment , dont ils assimilent la substance, et celle-ci disparaît ici avec production d'excavations, avec ou sans abcès, comme s'il y avait une action mécanique ou chimique propre du végétal sur les éléments de l'animal [charbon, etc.).
Quelques chirurgiens pensent que les microrganismes {voy. p. 591) lavés perdent la spécificité pathogénique qu'on leur attribue, deviennent inollensifs, ou admettent qu'ils ne sont point d'autant d'espèces qu'il y a de maladies, soit infectieuses, soit contagieuses ; qu'ils ne représentent nullement des êtres parasitaires, mais que, quelles qu'en soient les espèces, ils n'agissent que comme véhicules des matières soit infectieuses, soit virulentes, dont ils sont soit imbibés, soit peut-être seulement comme vernissés : ce qui, au point de vue chirurgical, suffit pour justifier l'emploi des méthodes antiseptiques, tant opératoires que relatives aux pansements [voy. Pansement).
Du reste, ni ceux qui admettent dans les microphytes une action inévitablement ainsi d'ordre parasitaire, mais spécifiquement pathogénique, ni ceux cjui les considèrent comme un véhicule seulement, n'ont constaté leur présence dans la lymphe et le sang lors du frisson initial caractéristique du début de la lièvre puerpérale, des infections purulentes ou urineuses, etc., où pourtant ils devraient être ; pas plus du reste qu'on ne l'a fait dans le cours de la duiée du mal, si ce n'est vers les derniers jours de la fièvre puerpérale, de la variole, etc. {voy. p. 606, et Bactérie, p. 32, 33). Mais nous avons déjà dit qu'il reste encore à prouver bolani(|uernent que ceux du sang sont ici des espèces spéciales suivant l'expression des panspermistes, et ne sont pas ceux des infusions.
On n'a pas étudié non plus comment ils disparaissent de l'économie dans les cas de guérison des fièvres puerpérales, des iidections purulentes, etc., qu'ils auraient causées : guérisons dont les exemples se comptent avec certitude ; disparition de ces cryptogames, qui ne doit pas èlrc regardée conmie impossible, si l'on se reporte à ce que l'on sait de leurs propriétés {voy. Sarcode, p. 784. Trécul, Comptes rendus de l'Acad. des sciences, Paris, 1872, t. LXXIV, p. 23; Davaine, ibid., 1864, t. LIX, p. 631) et de celles aussi des levures après un certain temps de végétation dans un milieu donné [voy. Levure, p. 498).
On n'a pas davantage cherché à savoir comment il se fait que sous l'intluence de l'intervention assimilatrice des princijjes médicamenteux dits soit spécifiques, soit reconstitutifs, la fermentation dite virulence, ou mieux comment en chaque cas son ferment figuré cesserait d'agir comme levure, sous l'influence de doses de mercuriaux ou d'iodure de potassium, pour le cas de la syphilis, d'arsenic ou de quinine, pour celui des fièvres intermittentes, qui n'empêche pas les levures de se nourrir, de croître et de se reproduire.
La composition intime ou immédiate propre du sang est connue au fond avec trop peu de précision pour qu'on puisse se rendre compte en détail des altérations que les ferments causent dans le plasma, de leurs mauvais effets sur la nutrition des divers tissus, de la nature chimique des principes odorants qui se forment alors et qu'exhalent les poumons, etc. Même remarque pour ce qui concerne les décompositions mortelles diverses que déterminent dans le sang les injections de levure de bière, avec localisation des lésions dans les plaques de Peyer, le pancréas, ecchymoses de la muqueuse intestinale, etc. (Cl. Bernard, Des fermentations dans le sang. Archives générales de médecine, 1848, t. XVI, p. 79).
La nocivité de ces cryptogames tient à la fois à ce que chaque cellule du ferment prend anormalement au sang pour l'assimiler et à ce qu'elle lui donne en fait de DICT. ENC. 4" s. VIII. 39
principes accidentels formés par sa désassimilation propre, dite fermentation. Il est possible et même probable que, dans ce milieu alcalin, ce soient, selon la nature du cryptogame, des acides butyrique, lactique, etc., qui se produisent; formations qui mettent en liberté des principes odorants ou non, souvent fétides, décomposent ainsi graduellement le plasma, rendent la nutrition de plus en plus imparfaite et nulle enfin, ce qui est la mort. Tout ici peut varier d'autant de manières qu'il y a de variétés de ces désassimilations et proportionnellement à la (|unntité des cellules cryptogamiques {voy. Ch. Robin, Journal d'anat. et de physiologie. Paris, 1879, p. 465).
Mais, si, par le fait des variétés de désassimilation zymotique susindiquées, il y a hâte dans la décomposition du plasma et dans les troubles nutritifs, gravité croissante dans la nocivité, difficultés au retour à l'état normal, il faut déjà qu'il y ait eu possibilité de vivre pour le végétal, c'est-à-dire altération primitive et préalable du plasma sanguin ou des tissus (iJOî/. Organisation, p. 405), dont la constitution propre n'est envisagée qu'imparfaitement.
Du reste, de même que les odeurs de la putréfaction cadavérique, qui diffèrent tant d'une maladie devenue mortelle à l'autre, ne tiennent pas exclusivement à ce qu'en chaque cas il y aurait une espèce de cryptogames venant former tel composé fétide ici, tel autre ailleurs, en se nourrissant du cadavre, le faisant fermenter (putréfaction), mais tiennent aussi à la composition immédiate des matières qu'ils assimilent ici et à l'état des milieux ambiants, de même la bénignité dans un cas, la malignité dans l'autre, pour user des termes vulgaires, de la variole, du charbon, de la fièvre puerpérale, etc., peuvent tenir, non à la nature des bactéries, mais à la constitution propre de l'organisme affecté ; et de même pour le fait de l'inoculabilité ou non-inoculabilité de ces maladies à tels ou tels animaux.
Ces faits sont encore mieux précisés aujourd'hui par ceux qui pensent que les troubles morbides plus ou moins analogues à ceux de divers empoisonnements causés par les viandes entrant en putréfaction {voy. Bactéries, p. 29) sont dus à la fois aux ferments, les bactéries, les microbes de la putréfaction, et à leurs produits chimiques de fermentation, les alcaloïdes toxiques, principes actifs, dits ptomaïnes (Selmi); que la présence des levures précède celle des alcaloïdes vénéneux et que la nature des alcaloïdes est en connexion avec celle des bactéries agissantes dans les diverses fermentations putrides, etc. [voy. Bouley, Pasteur, eic. Bulletin de VAcad. de médecine. Paris, 1881, p. 600, 601, 788)^ Ici encore les ptomaïnes sont reconnues comme des produits de la désassimilation cryptogamique fermentative, au même titre que l'alcool par rapport à la levure de bière.
Mais encore est-il que, si pour les panspermistes les ptomaïnes sont des produits de la fermentation, des principes de désassimilation, d'origine végétale par conséquent, pour quelques chimistes, au contraire, les ptomaïnes ou mieux alcaloïdes des corps en putréfaction sont des produits nécessaires de la désassimilation normale des tissus animaux, comme l'est aussi le principe immédiat essentiel des venins (A. Gautier, Bull. deVAcad. de médecine, 1881, p. 935, et Journal deVanat. et de la physiologie. Paris, 1881, p. 258).
Ces composés seraient donc des produits nécessaires de la désassimilation ou excrémentitiels des levures ou cellules végétales parasites de l'animal mort, ou vivant suivant les uns; ils seraient des produits delà fermentation des composent d'origine végétale par conséquent. Ce seraient au contraire des principes immé-
diatx d'origine animale suivant les autres, provenant directement de la désassirailation nutritive naturelle de la substance organisée des animaux, de leurs unités anatomiques d'une part, provenant d'autre part de ces unités anatomiques mêmes par décompositions cadavériques immédiates et directes, continuant celles de la seule désassimilation, sans intermédiaire des levures végétales, dès qu'y cesse la réparation moléculaire nutritive, l'assimilation qui avant coexistait avec la désassimilation. Pour d'autres chimistes enfin, ce seraient, non des alcaloïdes, mais des composés moins simples, du groupe des amides, produits aussi, soit de la désassimilation, soit de la décomposition putride, soit du dédoublement des albuminoïdes par des agents chimiques (Gasali, Sidli acidi biliari..., etc., Ferrare, 188l,in-8°, p. 81).
Quoi qu'il eu soit, il est important de noter qu'ici la cessation de la vie consisterait essentiellement en celle de l'assimilation, et que la décomposition cadavérique de la substance organisée et de ses principes composants consisterait en réalité en une continuation de la seule désassimilation, donnant des principes semblables, d'abord, ou au moins en partie, à ceux qui caractérisaient, soit certaines sécrétions proprement dites (venim), soit la désassimilation telle qu'elle était quand coexistait l'assimibition. L'intervention des levures venant, à mesure que se fluidifie la substance du cadavre, assimiler celle-ci et la désassimiler sous forme de produits de la fermentation putride, en se multipliant alors par myriades dans son épaisseur, ne serait qu'une complication de la décomposition; complication habituelle dans les circonstances ordinaires, mais pouvant ne pas survenir ou être empêchée sans que cesse la décomposition du cadavre. D'après ce que nous avons vu (p. 594), ces faits méritent l'examen au point de vue de l'hygiène des cimetières, etc.
Mais, dès l'instant oii le fait complémentaire de synthèse inverse ou d'assimilation n'existe pas ici, ce qui précède ne justifie en rien l'erreur des chimistes qui, avec Mitscherlich, disent que la vie nest quune putréfaction continue.
D'après quelques auteurs même, les maladies à ferments seraient autant de laits rentrant dans l'ordre général de ceux dits de concurrence vitale, le plus meurtrier détruisant le moins, les organismes les plus simples anéantissant les plus com^plexes, à côté d'autres identiques absolument inoffensifs. Ainsi se constituerait cette pathogénie des causes animées d'autant plus en vogue qu'elle n'a plus qu'un très-médiocre besoin de la connaissance de l'organisation, de celle de la composition intime de la substance des tissus et des humeurs.
Les remarques exposées plus haut (page 578) s'appliquent naturellement aussi aux faits qui concernent la présence des cellules colorées de la famille des Palmellées dans lés poussières de l'air du voisinage des marais (Salisbury), et d'Algues voisines dans la vapeur d'eau condensée à la surface des marais Pontins, etc. (Palestra), cellules considérées comme étant la cause première ou germe, non-seulement des maladies virulentes, mais des fièvres intermittentes, rémittentes et continues {voy . p. 594). Le retour de leurs accès sous l'influence d'un mauvais régime, d'un changement de climat, de saison, etc., fait supposer dans cette hypothèse que les cryptogames sont restés en permanence dans le sang, inoffensifs dans certaines conditions, nocifs dans d'autres [voy. p. 580); mais en l'ait nulle observation méritant ce nom n'a donné ici d'autres résultats que les négatifs sur ce point.
Ces hypothèses concernant la cause parasitaire de maladies générales sem-
Lient toutes émises pour chercher à tourner la difliculté qui est représentée par la connaissance de ce en quoi consiste l'état d'organisation, et de ce que sont les dilférentes formes élémentaires sous lesquelles se présente la substance organisée. En d'autres termes, ce qu'il y a de moins connu de leurs auteurs, c'est la substance attaquée, c'est-à-dire ce qui devrait être d'abord étudié; elles ne commenceront à être acceptables en fait que lorsqu'elles seront produites par des savants aussi familiers avec la connaissance de ce qu'offre d'essentiel l'état d'organisation qu'avec celle des cryptogames.
g VIII. Phénomknes physiolog[ques attribués aux germes. Bien que sur les Mammifères, les Oiseaux, les Poissons, les Batraciens, etc., il y ait des micrococcws, des bactéries, etc., dans les intestins grêle et gros, durant la digestion normale des aliments végétaux, flottant dans les liquides qui baignent les fragments de ceux-ci, les physiologistes ont toujours attribué l'action soit liquéfiante, soit di^so[vante proprement dite, non pas aux cryptogames, qui sont là en quantité accessoire, mais aux liquides spéciaux de sécrétion constante et naturelle ; d'autant ])lus que, lorsqu'on empêche expérimentalement l'arrivée de ceux-ci dans l'intestin, Vaction dissolvante ou mieux liquéfiante, la digestion, en un mot, n'a plus lieu, bien que les bactéries restent et même deviennent alors particulièrement abondantes.
Les biologistes savent de plus que dans l'ingestion d'aliments contenant des cellules de ferments (levures, bactéries, etc.) en trop grande quantité et répandant déjà une odeur qui, dépassant celle qui leur est propre, approche plus ou moins de celle de la putréfaction (fromages et viandes trop avancés, conserves altérées, etc.), ces levures déterminent une fermentation des sécrétions gastro-intestinales et des aliments sains ingérés en même temps. L'action zymotique est d'intensité proportionnelle à la quantité des cellules des ferments qui échappent à la liquéfaction digestive, selon les conditions de contact, de nature botanique, etc. {voy. Moisissures). Elle se mùinifeste par des changements directs dans l'état des matières intestinales, par des troubles digestifs proprement dits plus ou moins intenses, accompagnés d'une débilitation intellectuelle et musculaire, tenant plus ou moins de celle causée par divers empoisonnements accompagnés de déjections lientériques ; la continuation des ingestions analogues cause bientôt en outre la diarrhée ou la dysenterie.
Ajoutons encore que, depuis le chlorure de sodium jusiju'aux sels métalliques, ces agents conservent les tissus en minéralisant en quelque sorte (embaumement) à des degrés divers les éléments anatomi([ues, aux substances coagulables desquels ils se combinent {voy. Organes, p. 395, et Principes immédiats) ; par là ils rendent en même temps les tissus peu ou point assimilables, à des degrés divers aussi entre ces deux extrêmes, tant pour les animaux que pour \e< cryptogames ou ferments. C'est ainsi que les accidents scorbutiques causés par les viandes salées et salpêtrées ne sont pas tant dus aux sels, comme on l'a cru, qu'à ce qu'à la longue ces derniers ont modifié la musculine, etc., et l'ont rendue inassimilable gélatine. Au contraire la plupart des composés cristallisables d'origine organique qui sont antiputrides ne le sont point par combinaison à la matière des cellules, etc., et ils laissent à celles-ci leur digestibilité et leur assimilabilité. Aussi gardent-ils pendant et après leur ctmtact avec les tissus leurs propriétés vénéneuses, s'ils en avaient, et celle d'être éliminés par le rein {voy. Salicïlique, p. 282), s'ils étaient inertes à cet égard; c'est en agissant sur les ferments
ligures même, en empêchant la nutrition de ceux-ci et par suite leur action zymotique, qu'ils ralentissent, retardent ou empêchent la putréfaction des tissus.
On voit d'après ce qui pre'cède qu'il faut donc se garder de croire ceux qui, renchérissant sur M. Béchamp (p. 598), disent que les usages du pancréas sont dus à la présence d'une bactérie anaérobie, ou encore que dans l'intestin (i il y a un organisme qui dissout des grains d'amidon ; qu'un autre transforme et saponifie la matière grasse ; qu'un autre encore attaque et rend salubles les matières albuminoïdes, » comme quelques auteurs l'admettent pour le cas des expériences portant sur des matières alimentaires étudiées hors de l'intestin (Van Tieghem [Comptes rendus de VAcad. des sciences, 1879, t. LXXXVllI, p. 209]).
Si ces hypothèses venaient à être réellement démontrées, la digestion de la cellulose, etc., serait un acte physiologiipie parasitaire, comme le seraient, dit-on, les maladies indiquées plus haut. Ici le bien, ailleurs le mal le plus dangereux, produits tous deux par des plantes ne montrant pas toujours de l'une à l'autre des différences spécifiques. La digestion serait accomplie par autre chose que par l'appareil digestif {voy. p. 600).
Devant l'identité d'aspect de la paroi cellulosique des cellules examinées successivement dans l'aliment d'abord et dans l'excrément ensuite, il devient impossible decouiprcndre comment agiraient réellement les am?//oèacfer (cryptogames rangés dans le genre Bacillus) ; cela est impossible, du moins lorsqu'on lit que (( c'est au contact direct de l'amylobacter avec la cellulose que se produit Vaction dissolvante du premier corps sur le second, et non par une diastase formée en excès par l'amylobacter et agissant à distance en dehors de lui. »
Qu'est-ce, en effet, que cette action \>sr contact direct, si ce n'est un retour à l'hypothèse ancienne des actions catali/tiques, que renverse l'élude actuelle des fermentiitions, à moins que ce ne soit quelque iluide vital qui de l'amylobacter se porte à une certaine distance dans l'épaisseur de la paroi cellulosique, que le bactérien ne fait que toucher, pour rendre solubles du tiers à la moitié des molécules de cette paroi? Si cette action chimique n'est pas due à cela, à l'un ou à l'autre, elle n'est évidemment rien.
On sait que c'est matériellement par une imbibition réelle des aliments solubles que « se produit l'action dissolvante » ou, pour dire exactement, liquéfiante, des sucs gastrique, duodénal, biliaire, pancréatique et intestinal sur les aliments. Or, malgré la quantité de ces humeurs et ce que l'expérience prouve sur leur spécificité d'action et de composition, l'hypothèse du contact direct les met de côté pour leur substituer dans chaque cas un solide ou, si l'on veut, une troupe d'autres cellules plus microscopiques, mais non moins solides individuellement que celles des aliments.
Ces plus petites cellules sont chargées de digérer leurs homologues par contact aussi bien hors de tout intestin que dans celui-ci.
De plus, « au point de vue delà digestibilité par l'amylobacter, il y a, dit-on, de grandes différences dans une même plante, suivant les tissus, et dans un même tissu, suivant les plantes. »
Enfin, toujours d'après la même hypothèse, donnée comme prouvée, !'« amylobacter digère d'abord la cellulose, mais ensuite il fait fermenter le principe soluble obtenu. La digestion et la fermentation proprement dite sont accomplies successivement par le même organisme »
On voit que, s'il en était ainsi sur les animaux, ce ne serait plus l'animal qui digérerait, mais un végétal cryptogamique qui le ferait pour lui, en ne laissant au premier que l'absorption à opérer.
En fait, tout cela se réduit à ce que de la coexistence de la liquéfaction de la cellulose avec la présence des bactériens on conclut à la digestion, à une digestibilitéàe la première par les seconds : digestion extérieure et de contact, qui laisse comme excrément par rapport à elle-même ce qu'elle digère, qui ne l'absorbe pas, le laissant absorber par l'intestin, ou le faisant fermenter ailleurs. Mais, tant qu'on ne dit pas quel est le mécanisme moléculaire ou cbimique de ce contact prétendu digestif, on ne dit rien, si ce n'est qu'en important là l'idée et le mot de digestion à la désignation d'actes extérieurement accomplis par les plantes (en supposant qu'ils leur soient dus) on montre qu'on n'a pas notion de ce que sont les actes intestins de digestion, depuis les animaux infusoires ciliés et flagellés jusqu'à l'bomme. Rien de plus certain, en elTet, que le fait de lâliqnéfaction des aliments solides, qui caractérise essentiellement la digestion, précède et rend possible l'absorption, a lieu sans intervention de bactériens, non-seulement dans les infusoires et les rbizopodes, mais encore chez nombre d'autres animaux. A chaque genre d'aliment son végétal cryptogamique comme agent de digesiio7i, même quand cet aliment est végétal, est une hypothèse qui n'est pas applicable ici.
Du reste, les agents de la fermentation et de la putréfaction étant identiques et restant sensiblement inertes au-dessous de 8 degrés {voy. Fermentation, p. 588 et 605), comme tout ce qui végète en général, on ne saurait au moins sans restriction ajouter ces cryptogames aux glandes gastriques (Duclaux, Comptes rendus, 1882, t. XCIV) et intestinales comme jouant un important rôle digestif en tant que sécréteurs des diastases {voy. p. 612), car il est de vastes étendues de la mer dans lesquelles on prend des poissons et des invertébrés en voie de digestion dont la température propre {voy. Chaleur ammale, p. 19), bien que plus élevée que celle de l'eau, reste au-dessous de 8 degrés centigrades.
Une action dissolvante exercée par contact d'un bactérien solide, sans imbibition possible, reste scientifiquement incompréhen&ible. L'imbibition des cellules et des fibres des aliments animaux et végétaux rendue évidente par leur turgescence et leur gonflement, précédant leur ramollissement et leur fluidification pendant la digestion, fait au contraire comprendre une modification chimique de celles-là consécutive à cette endosmose : modification soit dissolvante, soit fluidifiante, variant avec chacune des humeurs en jeu, gastrique, duodénale, biliaire, etc.
Dans l'hypothèse qui veut que l'amT/Zoèacter digère par action de contact, puis fasse fermenter le principe soluble obtenu, il eût au moins fallu dire ce qui du contenu de l'intestin, par absorption, arrive au sang; si c'est le principe soluble obtenu ou si au contraire ce sont les produits de sa fermentation par l'amylobacter, produits de la désassimilation excrémentitielle de cette levure. Rien de plus anliscientifique que de considérer ce fait comme le terme ultime de toute digestion normale, bien que cette fermentation des aliments liquéfiés ait lieu pour une petite part, non sans troubles morbides généraux et locaux, dans nombre d'affections intestinales. C'est alors en effet que surabondent ici les germes, et non durant l'état normal {voy. Ractérie, p. 51).
Nombre de panspermistes, il est vrai, n'ont garde de se prononcer sur la ques-
tion de savoir si c'est par aci/on de contact ou au contraire par fermentation que se manifeste l'énergie des germes.
On comprend d'autre part que, dans le sang, les bactéries agissant comme ferments l'altèrent en lui prenant certains principes et lui rendant en même temps les composés dus à la décomposition de ceux-ci (uoî/. Fermentation, p. 589); mais, en présence des diversités d'altérations au sein desquelles on les trouve, on ne comprendrait rien à une action dissolvante de ces solides sur le sang, opérée par simple contact avec celui-ci, sans un dissolvant excrété par elles.
Ainsi, de même que, dans l'ordre pathologique, on a fait les bactériens, qui peuvent vivre sur l'homme malade, causes de fièvres rémittentes, urineuses, et d'autres affections, le cryptogame du même genre qui naturellement peut vivre dans les matières en digestion a été dit cause de cette fonction. Comme la digestion est une dissolution pour certains aliments, et pour d'autres une liquéfaction, un passade chimique de solides à l'état liquide, dans le cas des chairs, des os, des celluloses, des fécules, par exemple, à une première supposition s'ajoute sans peine la seconde. Il n'en coûte pas plus ensuite de dire que, dans la germination des graines, c'est par digestion aussi que s'accomplit le passage à l'état liquide de l'albumen et des cotylédons. Mais il n'y a là que la désignation par le nom d'une fonction qui a un sens bien défini dans la science, de phénomènes qui ont un tout autre caractère.
Il n'est pas nécessaire d'insister pour montrer quel degré de confusion antiscientifiquG jette dans l'esprit cette importation de termes d'une branche de la biologie dans l'autre, lorsque, au lieu de phénomènes physiologiques généraux, communs à tous les êtres, tels que l'absorption, la téeondalion, etc., il s'agit au contraire de fonctions et d'appareils pour les remplir qui ne se trouvent que sur les animaux seulement.
Certainement, il est probable que les actes intimes de la liquéfaction digestive sont chimiquement de même ordre que ceux qui se passent lors de la liquéfaction des cotylédons et de l'albumen des graines pendant et après la germination; mais les conditions intestinales d'une part, terrestres de l'autre, qui les déterminent, sont différentes, et rien ne prouve encore que le contact des bactériens en soit la cause commune, ni que leur liquéfaction soit une fermentation opérée par l'amylobacter.
Les fictions de la finalité aidant [voy. Biologie, p. 375), on a pu dire des cryptogames ou germes qu'ils sont des êtres mystérieux et extraordinaires, qu'ils remplissent un rôle providentiel, qu'ils sont les véritables ouvriers de la vie [Revue des cours scientifiques, Paris, in-4*', 1879, p. 891). Quelques-uns approchant de la vérité, exception faite pour nombre d'inexactitudes poétiques, considèrent au contraire les germes comme les véritables artisans delà désorganisation [voy. Mort, p. 575, et Organisation, p. 401). La réalité est que ces cryptogames sont des levures trouvant dans tout ou partie des autres organismes qui est déjà cadavérique le milieu voulu pour leur nutrition même. En leur empruntant le nécessaire ils en hâtent la désorganisation commencée. Mais à cet égard ils ne font aucunement exception à ce que les autres cryptogames et les phanérogames durant leur croissance font envers la terre, qu'ils épuisent en changeant sa composition par emprunt à celle-ci des composés assimilables par eux. Ces végétaux multicellulaires à leur tour, comme les infusoires végétaux et animaux dans ce qui est cadavérique, meurent quand ils ont pris tout ce qui est en rapport avec leur propre organisation, et
d'autres se montrent dont la composition est telle qu'ils trouvent encore là ce qui est nécessaire à leur rénovation moléculaire continue {voy. Moisissures).
Les chimistes comme les médecins ne se préoccupent jamais de savoir de quoi essentiellement, de quels principes immédiats, ni sous quel état, se compose la substance organisée, ni de ce qui caractérise l'état d'organisation, ce en quoi consiste l'assimilation à ciitte substance, de principes qui n'en l'ont pas encore partie, fait de synthèse d'une part. Ce en quoi consiste la désassiinilation, dédoublement ou analyse des composants de cette substance d'autre part, ne les préoccupe pas davantage, et encore moins ce qui concerne la simultanéité de ces deux pliénomènes et ses conditions, c'est-à-dire l'incoiiiiue de ce qu'il y a de principal en ce problème.
De là le sophisme de raisonnement qui a fait dire que les combustions organiqiies (c'est-à-dire les actes do. désassimilation) sont de l'ordre des fermentations (lesquelles sont également des actes de dédoublements désassimilateurs avec production de chaleur), alors que les fermentations sont précisément un cas particulier de la nutrition Ae cryptogan)es unicelluhiires, nutrition sans dissemblances fondamentales à côté de ce qui se passe dans les cellules nerveuses, musculaires, osseuses, chloiophjlliennes, ligneuses, etc. [voy. Orgajnisation, p. 410, et Ch. Robin, Journ. d'anat. et de physiol. Paris, 1875, p. 593, et 1879, p. 474).
Quelques auteurs ont admis et admettent encore que les germes bactériens agissent en accumulant de l'oxygène qui dans cet état de condensation est doué de propriétés oxydantes plus énergiques et opère alors plus rapidement sur les composés hydrocarbonés et azotés de l'économie, soit qu'ils enlèvent cet oxygène au sang, soit qu'ils l'empruntent directement à l'air. On a admis aussi que peul-êtie ils sécrètent des principes jouissant de la propriété de lixer 'oxygène de l'air et de le céder à d'autres corps qu'ils oxyderaient ainsi, comme le fait l'essence de térébenthine, qui au contact de l'alcool l'acétifie en lui cédant l'oxygène qu'elle emprunte à l'air.
C'est ainsi que pour Moleschott encore et autres la putréfaction ne serait qu'une combustion lente des matières organiques, se p.issant en dehors du corps vivant. Elle continuerait la respiration après la mort. Au lieu d'être une des- Iruclion de la substance organisée par une fermentation dont les agents, les ferments, seraient les vibrioniens, elle serait, d'après les mêmes auteurs, une désassimilation après la mort, non moins régnlière que pendant la vie. Mais ici ils attribuent à la substance du cadavre animal en putréfaction ce qui s'opère dans un végétal, dans le corps des cryptogames jouant le rôle intermédiaire de ferments et qui, loin d'être avides d'oxygène, comme le sont sans doute ceux qu'on voit dans le sang, peuvent être anaérobies.
C'est en cette vie végétale, celle des levures, que consiste /a nouvelle vie dont l'urine, le sang, les tissus animaux, seraient repris après la mort^ au dire d'habiles chimistes ; mais ce ne sout pas ces tissus qui revivent d'une manière quelconque ; les cryptogames s'en nourrissent, d'oii leur décomposition. Dans tous les pliénomènes de cet ordre la détermination du siège et de la nature de chacun d'eux importe autant que lorsqu'il s'agit de la physiologie ou de la pathologie animale même {voy. Fermeistatioîs', p. 578, et 585).
La vitalité des germes, expression à tout instant employée, n'a d'exactitude qu'autant qu'on désigne ainsi la résistance aux conditions de mort et de destruction que les spores et les mycéliums ou germes cryptogamiques présentent,
GEKOMINI. 617
comparativement aux animaux et à nombre de graines. Beaucoup peuvent passer plusieurs fois par des conditions hygrométriques de température, etc., plus variées que dans la majorité des autres êtres vivants, sans que disparaissent en eux l'état d'organisation, c'est-à-dire les conditions intrinsèques nécessaires à leurs manifestations vitales, toutes végétatives. Dès qu'ils tombent dans un milieu qui s'y prête, ces manilestations reparaissent. Elles ne sont autres sur ces spores et mycéliums que celles de leur germination, c'est-à-dire qu'il y a nutrition, développement, puis génération de cellules s'ajoutant à une ou plusieurs autres. Ces germes sont, en d'autres termes, dans le cas des animaux réviviscents (doj/. Ressuscitants). La plupart peuvent, comme ceux-ci, quand ils ont été desséchés préalablement au-dessous de 45 ou 50 degrés, suppoi ter des températures de — 30° et de -|- 100^ ou l'iO" dans le vide, l'air ou l'acide carbonique, sans perdre cette vitalité; ils le font rans cesser de manifester les propriétés vitales firécédentes, toutes végétatives, les seules dont ils soient doués, mais à un degré d'énergie bien supérieur à ce qui se voit sur les animaux, même unicellulaires [voy. p. 595).
Vitalité énergique des germes dans divers écrits désigne d'une manière plus ou moins vague les actions pathogéniques dont il a été question (page 606).
Cil. Robin.
BinuocnAPHiE. — Voyez dans le cours de cet article les ouvrages cités qui ont Iraité doi^matiquement du mène sujet. Il seiait inutile et à peu près impossible de reproduire dnns un dictionnaire le titre de toutes les publications parlant de l'action des germes dunt depuis dix ans les Journaux et les Comptes rendus académiques font mention. It.
ger:tiOi\io (Rodomonte). Né à Sale, dans le marquisat de Ceva, vers 1751, était le frère du célèbre archevêque de Tarente, Anastasio Germonio. Il occupa avec renommée la chaire de médecine à l'Universilc de Tuiin, et fut le médecin de l'infante Catherine d'Autriche, duchesse de Savoie. Conino mentionne de lui les ouvrages suivants :
I. Eodomontis Germoni Salleiisis Marchionatus Cevae, philosophiae medicinaeque studiosi ac in iisdem facultatibus nalionis Pedemontaiiae consiliarii , Carmen de Academia Taurinensi. Taurini, 1573, in-4°. — II. Avec son frère : Anastasii Germoni.... de Academia Taurinensi Carmen, ac Carmina diversi generis. Taurini, 157Ô, in-4°.
A la fin de ce dernier ouvrage on lit : Ainho fratres una, Rodomons Germonius Sallensis (ère XXIII annos natus, et Anastasius XX, hoc in lucem dedere opus VI cal. aprilis MDLXXIII, ce qui donne à notre auteur vingt-trois ans en 1575. L. Hn.
«EROMîXI (Felice-Giuseppe). Médecin italien distingué, né à Crémone en 1792, vivait encore dans cette ville en 1852. Il fit ses études dans sa ville natale et y prit le bonnet de docteur le 11 juin 1812. 11 fut nommé, d'après la Biocjraphie Didot, en 1825 médecin en chef de l'hôpital de Milan; mais il est certain (ju'il fut professeur de clinique médicale à Parme et que plus tard il résida à Crémone et y remplit les mêmes fonctions à l'hôpital provincial. Ses leçons cliniques étaient très-suivies.
Geromini était membre correspondant de l'Institut Lombard des sciences, lettres et arts. Il est l'auteur d'ouvrages empreints d'un esprit philosophique remarquable, quoique écrits quelquefois dans un style diffus et sans beaucoup d'ordre. Sa doctrine médicale, physiologico-pathologique, a quelques analogies
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avec celle de Broussais. Nous regrettons de n'avoir pu savoir davantage sur ce savant médecin. On a de lui :
I. Non tanto la dialesi è da consUlerazione in alcune maladie, qimnto Valterala disposizione organica. Cremona, 1812 (thèse inauguralej. — H. Saggio sulla genesi e cura delV idrope. Cremona, 1816, in-S". Trad. angl. par Edw. J. Seïmouh : The Nature and Trcatnient of Dropsy. London, 1836, 111-8°. — III. Saggio d'un analisi dei fondaiitenli delV odienia doltrina medica llaliana; aggiuntivi alcuni prolegotneni di patologia entpirico-analitica per unnuovo corso di ternpia spéciale. In Annali nniv. di medicina, t. XIX, 1821; t. XXI, 1822; t. XXII, 1822. Tirag-e à part. Milano. 1824, in-8°. — IV. Lontologisnto niedico, cagione precipua del caos in clie le menti sono intorno al cholera-ntorbus pestilemiale; discorso academico, indirezzato alli signori niedici freqiientonti la di lui pralico nosocomiale. Cremona, 1835, pr. in-8°. Anal, in Annali universali di ntedicina, t. I.XXIX, p. 579, 1836. — V. Saggi clinici riguardanti forme le più frequenti deW untano inferniare. Opéra empiricoindultiva, vol. I, fasc. 1. Cremona, 1857, in-8°. — VI. Dell' umano febbricitare nuovo fiaggio pralico délia ntedicina misoniologica. Milano, 1841, in-8°. Extr. dans Annali univ. di med., t. CI, p. 129, 1842. — IV. Del corne formulare la Nososfalistica délie infermerie per raggiungerne il laudabile scapo. \n Annal . iiniv. dimcd.,t. V, p. 225, 1852. L. Hn.
GERiViS (Eaux minérales de). Athermales, stdfiirées sodiques, azotées, dans le département des Hautes-Pyrénées, dans l'arrondissement de Bagnères-de-Bigorre, dans le canton de Lourdes et à une distance à peu près égale des deux villes, à 5 kilomètres de Labassère {voy. ce mot), auprès du village df^ Germs, émergent les trois sources principales auxquelles il a donné son nom. L'eau de ces sources est limpide et transparente, son odeur est sulfurée, sa saveur est fade et légèrement sucrée, des bulles gazeuses assez lines la traversent et viennent lentement s'épanouir à sa surface ou s'attacher à la pai'oi intérieure des vases qu'elle remplit. Ces gaz, recueillis dans une éprouvette, éteignent les corps en combustion. La température des sources de Germs varie de 11 ",8 centigrade à 15°, 1 centigrade, l'air extérieur étant à 21° centigrade; leur densité n'est pas connue et leur analyse chimique n'a jamais été faite.
Il n'existe aucune installation balnéaire à Germs, dont les voisins boivent les eaux ou les emploient à l'extérieur seulement. C'est contre les bronchites et les laryngites chroniques qu'elles donnent les meilleurs résultats, ainsi que dans les affections des voies urinaires d'origine herpétique, et c'est en boisson qu'elles sont administrées alors, tandis que les lotions suffisent dans les maladies localisées de la peau et dans les vieux ulcères dont l'indolence a besoin d'être ravivée, si l'on veut arriver à obtenir une cicatrisation sans cela impossible.
GERSDORF (Les deux).
Ciersdorf (Jean de) OU Meister Hans von Gersdorf, surnommé encore Schyl- Hans, naquit, d'après Kastner, Bernstein et Briiggemann, en Silésie, d'une famille noble. 11 exerçait la chirurgie et faisait des démonstrations d'anatomie à Strasbourg dans la première moitié du seizième siècle. C'est probablement dans de nombreuses expéditions guerrières qu'il acquit cette expérience chirurgicale si profonde et cette hardiesse dans les opérations qui le caractérisent. Haller parle de lui en fort bons termes, mais un fait extraordinaire, c'est qu'il est complètement passé sous silence par Spiengel et Lessing, qui mentionnent cependant le chirurgien strasbourgeois Brunschwig, de la tîn du quinzième siècle, bien inférieur à Gersdorf. « Il est le premier, dit Dezeimeris, qui ait écrit un traité de chirurgie en langue vulgaire, et le premier aussi qui ait iburni à des hommes illettrés, occupés jusqu'alors de l'office le plus subalterne dans l'exercice de
GERSDORF (Les deux). 619
l'art de guérir, les moyens de se hasarder à pratiquer la chirurgie tout entière. Ce reproche adressé à Gersdorf (dont on pourrait à d'autres égards lui faire un mérite) ne doit point le priver des éloges qui lui sont dus. Percy [Chirurg. d'armée, p. 20, etc.), en parlant des progrès de la chirurgie dans le traitement de plaies d'armes à feu, dit : « Il était réservé à l'Allemagne d'opposer les sages ressources d'un art conservateur aux terribles effets d'un art qui n'existe que pour la destruction, et ce- fut de son sein, quoique inculte et sauvage, que sortirent la plupart des instruments extraclifs dont on fit usage dans la suite. — En 1517, maître Jean de Gersdorf en publia plusieurs dans son Traité de chirurgie pratique; on y voit des tirefonds très-bien faits, un entre autres dont la canule se termine par trois petites pointes propres à assujettir la balle peiuianl qu'on la perce avec la mèche spirale, ce qui annonce la sagacité qu'avaient déjà les chirurgiens de son pays et de son temps et enlève le mérite de cette idée à certains auteurs qui ont voulu se l'approprier. On y trouve aussi différents tiieballes rostriformes tels que le bec de grue et celui de corbin, une cuvette droite et une autre dont le cuilleron est recourbé ; enfin des dilatatoires doubles et à bascule proscrits depuis avec raison. » Après les amputations, Jean de Gersdorf ramenait la peau sur le moignon, l'enveloppait d'une bande et appliquait une vessie. Dans les plaies où une seule artère était lésée, il pratiquait la ligature du vaisseau.
L'ouvrage publié par Jean de Gersdorf a pour titre : Feldtbuch der Wundt- Artzney ; sampt des Menschen Kôrpers Anatomey, vnnd chirurgischen bistru" menten, wahrhafftig abconterfeyt vnd beschrieben. Allen Arzten, Barbierern vnnd einem. jeden selbs zu tàglichen Gebrauch trewlich an Tag geben, diirch M. Haans Gerssdorfen, genannt Schylhans, Biirger und Wu7idartzt zu Strassburg (Sirasshurg, 1517, in-fol. ; 1526, 1540, in-4°; 1542, in-fol. ; Frankfurt, 1551, in-fol; 1598, 1604, in-4°). Il a été traduit en latin sous le titre : De chirurgia et corporis liumani anatomia (Argentorati, 1542, in-fol.; Francof., 1551 , in-S"). En 1593, Phrisius en publia une traduction hollandaise : Chirurgia, ofVeldtboeckvan den beroemden Meester Scfieel Hans, overgezet uit de hoogdultsche taie door J.-P. Phrisius (Amsterdam, 1595, 1622, in-4''). Banga parle d'une autre édition de la traduction hollandaise parue en 1651. Pour composer son traité, Gersdorf avait puisé dans Lanfranc, dans Guy de Chauliac, dans Mondini, etc., et surtout dans les Arabes, Abulcasis, etc. On trouvera dans Grùnder [Geschichte der Chirurgie, Breslau, 1859, p. 242) une analyse détaillée de cet ouvrage.
Gersdorf (Adolph-Traugott von). Né à Nieder-Rengersdorf, dans la Haute- Lusace, le 20 mars 1744, mort dans cette localité le 16 juin 1807, est cité par la Biographie médicale (de Panckoucke) pour ses ouvrages sur l'histoire naturelle et la météorologie. Reçu docteur en pbilosophie à Wittenberg en 1777, il fonda deux ans après la Société des sciences de la Haute-Lusace. Gersdorf a publié une foule de mémoires dans les recueils scientifiques allemands. Nous ne citerons de lui que :
I, Verxuch die Hôhe des Riesengebirges zu bestimmen. Leipzig, 1772, in-4*. — IL Anzeige der nothwendigen Verhaltungsregeln bey nahen Geivittern und der zweckmâsiigsten Mittel sich g eg en die scliâdliclien Wirkungen des Blitzcs zu sichern. Gorlitz, 1798, iii-S»; ibid., 1800, in-8°. — IIL Ueber meinc Beobachtungen der atmosphârischen Eleklricitât. Gôrlifz, 1802, in-4°. — IV. Aussichten ans der Hempels-Baude nach Schlesieti und der Lausilx.
620 GERSON (Les).
Freyberg, 1804, in-S". — V. Aussichten von cler Piescnhoppe nach Bohmen, Lausitz, Schlesien und den umliegenden Gegenden. Freyberg, 1804, in-8°. L. li\.
VERf^o^v (Les).
Gerson (Joseph). Médecin allemand, né à Altona, en janvier 1756, étudia aux universités de Copenhague et de Gottingue et fut reçu docteur à cette dernièie en 1776. Il se fixa à Hambourg, où il mourut le 10 mars 180t, laissant la réputation d'un habile accoucheur. C'est du reste sur l'obstétrique que roulent les opuscules qu'il a publiés. Son Syllogc observationum de partit laborioso (Gottingue, 1771, in-4"), qui n'est autre chose que sa thèse inaugurale, soutenue sous la présidence de Murray, renferme un grand nombre de faits intéressants et se remarque par la pureté et l'élégance du style. Les observations qu'elle renferme sont citées dans le Dictionnaire historique de llezeimeris, t. II, p. 529, et Tode en a donné un bon extrait dans sa Medicinischchirurgische Bibliothek, Bd. V ; nous nous bornerons à renvoyer à ces ouvrages. On a encore de Gerson :
I. Beohachhing hey eiiier Frau, die cine Friœht in ikrer Muttertroinpele drey Jahre und einige Monate getragen, welcke durch den Hintern enibunden worden; mit erlâuternden Geschichten und Anmerfiungen. Hamburg, 178 i, in-8° (cas intéressant d'un fœlus sorti par l'anus de la mère après avoir séjourno pendant trois ans dans la trompe de Fallo|ie). — II. Hisloria febris putridae et dilacerata et relicla post abortuni in utero placenta ortae. In Societatis medicae Hauniensis Collectanea, t. II, p. '204. L. Hn.
Gerson (Georg-Hartog) et selon quelques-uns (Georg.-Hirsch). Médecin distingué, naquit à Hambourg, le 25 août 1788, d'une famille où la médecine était depuis longtemps en honneur. A l'âge de dix-huit ans, il commença ses (■'ludes à Berlin, puis passa à Gottingue où il soutint sa thèse inaugurale en 18U9. Pour ne pas se trouver dans la nécessité de combattre dans l'armée de Napoléon contre ses compatriotes, il se réfugia en Angleterre, puis servit en Espagne, en France et en Belgique, dans la légion anglo-allemande, en qualité iV asi^istant-surgeon. Il se distingua particulièrement à la bataille de Waterloo. Après la conclusion de la paix il se fixa à Hambourg et ne tarda pas à être avantageusement connu tant comme praticien que comme publiciste. En 1855, il devint professeur à l'Institut d'anatomie et de chirurgie qui venait d'être créé dans cette ville. Pendant plusieurs années il remplaça Fricke comme médecin de l'hôpital de Hambourg, et pendant les années 1841 et 1842 remplit à la place du même médecin les fonctions de membre du Conseil de santé, dont il ne pouvait être membre titulaire en sa qualité d'Israélite. La confiance de ses concitoyens ne pouvait que l'honorer ! Il fut en revanche membre de la commission médicale de Phôpital israélite, de la commission de révision de l'organisation sanitaire, etc. Il mourut à Hambourg le 5 décembre 1844.
Gerson fonda avec J.-C. Gumprecht, en 1817, le Hamburgisches Magazin fiir die auslândische Literatur der gesammten Heilkunde ; cette publication ne vécut que deux ans et lut remplacée en 1821 par une autre fondée par Gerson et Julius et qui parut jusqu'en 1855 sous le titre : Magazin der atislândischen Literatur der gesammten Heilkunde und Arbeiten des ârztlichen Vereins zu Hnmburg. Il ne prit pas part à la rédaction du Zeitschrift fiir die gesammte Medizin, qui parut à la suite, mais à celle d'un journal anglais, le British and Foreign Médical Review, créé précisément en 1856. Citons de lui :
I. Diss. tnau . de forma corneae oculi humam dcque singulari visas phaenomeno. Got-
GERVAIS (Les). 621
tingae, 1809, in-4'>. — II. l'eber den Hospitalbrand, nach eigenen wàhrend des spanischen Befreiungskriegesi undin Belgien gemaclUeii Ej/a/u'unt/en. llamburg, 1817, in-8°. — III. Eine bei den Englandern gewôhiiliche, sekr sicher uiid schnell wirkende Ueilart der Krâtze, etc. In Hu/eland's Journal der Ileilk., Bd. XLIV, p. 76, 1817. — IV. Avec Jolius : Veber den Zustandder Phar macie in China. In Buchners Heperlor. fur Pharm., Bd. XXXII, p. 424, 1829. — V. Nombreux articles et revues dans les recueils médicaux.
Cet auteur n'est pas à confondre avec :
Gcrson (âlexâinder-Hirsch), de Hambourg, reçu docteur à Gottingue en 1797 [Diss. inang. de catalepsi, in-'i).
Gerson (François-Nicolas-Josfj'h). Né le 25 novembre 1799, à Malme'dy, dans l'arrondissement d'Aix-la Cliapellc, fréquenta de 1805 à 1814 le gymnase français de sa ville natale. En 1818, il alla étudier la médecine à Berlin à l'Institut médico- chirurgical Frédéric-Guillaume, remplit en 1826 pendant onze mois les fonctions d'aide-chirurgien à l'hôpital de la Charilé et en 1827 prit le grade de docteur. Après avoir servi pendant quelque temps dans l'armeV en qualité de chirurgien de compagnie, il exerça son art d'abord à Berlin, puis dans sa ville natale où il fut nommé médecin pensionné en 1855. C'est tout ce que nous savons de sa carrière. 11 a publié :
I. Diss. inaug. de rabie canina. Berolini, 1827, in-8''. — II. Articles dans Sckmidt's Jalirbûclier der Medicin, Casper's Wochenschrift fur Heilkunde, etc. L. Un.
GERSTLACHER (Johan>'-ândreas). Né à Indersdorf, dans la Bavière, en novembre 1700, médecin praticien à Schorndorf, dans le Wiu'temberg, mort en 1775, est connu par l'opuscule suivant :
Tractatus medico-legalis de slupro. Erlangae, 1772, in-4°. L. Un.
GERST^VER (Carl-ânton). Médecin allemand, né à Trcisheim, près de Burgau, en Souabe, le 11 novembre 1712. Il fil ses études à Innsbruck et s'y fit recevoir docteur, croyons-nous. Nous le retrouvons par la suite occupant la première chaire de médecine à l'Université de cette ville. Nous connaisons de lui :
I. Diss. de podagra. Innsbruck, 1744, in-4°. — II. Diss. de salubritate paregoricorum in variolis confluentibus adnltoruin. Innsbrucli, 1750, in-4°. — III. Diss. de salubritate aqnae fonlnnae purae ad longaevitatem. Innsbiuck, 1756, in-4'>. — IV. Abhandlung von den Sellramer Gesundbrunnen. Innsbruck, 1769, in-8". — V. Diss. in patlwlogiain Boerhaavii. Innsbruck, 1771, in-8°. — VI. Connnentaria iiieorgtico-praclico. Innsbruck, 1772-1781, 2 vol. in-i". L. Hn.
GERVAIS (Les).
Gervais. Né à Caen, le 6 mai 1805, étudia la médecine à l'hôpital civil et militaire de sa ville natale, puis à Paris oij il fut élève de première classe à l'école pratique. Reçu docteur en 1827 {Propositions de chirurgie, Thèse de Paris, 1827, n" 248), il acheta en 1828 une charge de médecin du roi. Sous le gouvernement de Juillet, il défendit chaudement les opinions républicaines. Il fit partie avec Trélal, Blanqui, Thouret, Raspail, de la société des amis du peuple, et fut condamné dans le procès des quinze. Membre actif de l'association pour l'instruction du peuple, il fit un cours d'hygiène, qui fut suspendu par ordre ministériel. En 1859, il devint adaiinistrateLir de la compagnie des mines de la Loire et participa à diverses entreprises industrielles. En 1848, il fut préfet de police; en 1854 il devint directeur de l'école supérieure du commerce en rem-
622 GERVAIS (Les).
placement de Blanqui. Il a fait partie du Conseil supérieur de l'Algérie et des colonies. Gervais mourut à Paris le 3 décembre 1867.
«crvais (Paul). L'éminent professeur du Muséum, notre regretté collaborateur, naquit à Paris le 26 septembre 1816. Ses débuts furent assez pénibles; c'est à son travail assidu et à sa courageuse persévérance qu'il dut de conquérir ses premiers grades universitaires. L'étude de la nature l'attira de bonne heure, et tout jeune encore nous le voyons courir les bois et la campagne des environs de la capitale, s'efforçant d'accroître par l'observation directe des êtres vivants la somme de ses connaissances; c'est dans ces pérégrinations qu'il commença l'étude des myriapodes et des polypes d'eau douce; le premier, il précisa exactement les caractères de ces animaux, encore peu connus à cette époque, et plus d'une espèce nouvelle fut nommée par lui. Dès 1835, il publia des mémoires intéressants sur les faits observés par lui et cette même année il devint membre de la société d'entomologie et fut nommé préparateur du laboratoire d'anatomie comparée au Muséum d'histoire naturelle.
Do Blainville, qui à ce moment s'occupait de son grand ouvrage sur l'ostéographie des Mammifères vivants et fossiles, entraîna Gervais dans la voie des études paléontologiques. Celui-ci, animé du zèle du néophyte, fit tous ses efforts pour seconder son illustre maître et ne tarda pas lui-même à faire des découvertes remarquables et à se trouver en mesure de caractériser des espèces fossiles nouvelles. Il consacra dix ans à ces études fécondes ; dans sa thèse pour le doctorat es sciences soutenue en 184:4, il fit connaître 257 espèces nouvelles d'animaux; il y démontra entre autres l'existence, pendant la période tertiaire, d'oiseaux des genres Pandion, Flamant, Courlis, Harle, etc.
En 1845, Gervais fut nommé professeur de zoologie à la faculté des sciences de Montpellier. Il continua avec la même ardeur à rassembler des matériaux sur les vertébrés, vivants et fossiles, et en 1848 commença la publication de sa Zoologie et paléontologie françaises, qu'il donna comme une continuation des travaux de Cuvier et de Blainville. Dans cet ouvrage, qui eut une seconde édition en 1859, se rencontrent une foule d'observations curieuses au sujet des mammifères et des reptiles fossiles, et des indications précieuses pour l'histoire du globe terrestre relativement aux faunes qui se sont succédé pendant la période tertiaire. Notons, comme découvertes particuHères faites par Gervais et signalées dans ce livre, un singe nouveau, le Semnopithecus Monspessulanus, une hyène, plusieurs cerfs, un porc-épic, etc.
Nommé doyen de la Faculté des sciences de Montpellier en 1856 et reçu la même année docteur en médecine à la faculté de médecine de cette ville, Gervais revint à Paris, en 1865, prendre la chaire de zoologie de la Sorbonne, vacante par la mort deGratiolet. Il quitta la Faculté des sciences en 1868 pour accepter la chaire d'anatomie comparée au Muséum d'histoire naturelle. « Il revient, dit Emile Blanchard, en maître dans ce laboratoire où s'est écoulée sa première jeunesse. Il a l'insigne honneur de prendre possession de la chaire qu'ont illustrée Georges Cuvier et de Blainville. Notre confrère trouve dans les collections des sujets du plus haut intérêt qui attendent encore un historien ; il ne faillira point à la tâche. Ainsi, ont paru successivement des recherches déterminées par l'examen des pièces les plus remarquables et un travail des plus recommandables sur les mammifères de l'Amérique méridionale. » C'est vers la même époque, en 1868, qu'il commence avec van Beneden la publication d'un ouvrage
GERVAIS (Les). 625
extrêmement important sur les cétacés vivants et fossiles ; parmi ces derniers il en a lui-même découvert un grand nombre.
Enfin, en 1874, Gervais fut élu membre de l'Institut, dont il était le correspondant depuis de longues années; il y remplaça l'illustre Coste, que la mort venait de ravir à la science. Gervais ne devait que trop tôt le suivre dans la tombe; il mourut, unanimement regretté, le 10 février 1879.
Nous avons suffisamment fait connaître les mérites de Gervais comme paléontologiste; ajoutons qu'il n'y a pas une section de la zoologie aux progrès de lequelle il n'ait contribué ; les mammifères terrestres et marins, les oiseaux au point de vue de leur répartition naturelle, les reptiles au point de vue de leur classification et de leur distribution géograpbique, les poissons, les batraciens (salamandres, tritons, etc.), les insectes, les myriapodes, les vers, etc., ont été l'objet de ses recherches. De plus, pendant vingt ans, il fut chargé, dans l'Hérault, d'essais de pisciculture, d'après les procédés de Coste, avec des œufs envoyés principalement de rétablissement d'Iluningue, en Alsace; ses expériences avaient surtout pour but d'acclimater dans les cours d'eau du Midi les saumons, absents dans les aftluents de la Méditerranée.
Gervais, par les nombreux manuels qu'il publia, fit beaucoup en outre pour la vulgarisation de la zoologie. Dans la notice qu'il lui consacre, Figuier accuse Gervais d'un certain fonds de rudesse et de misanthropie, qu'il aurait emprunté à la fréquentalion de sou maître, de Blaiuville. Quant à nous, dans les rapports que nous avons eus avec lui, nous n'avons eu qu'à nous louer de son extrême bienveillance et de sa parfaite cordialité. "
Les publications de Paul Gervais sont extrêmement nombreuses ; nous nous bornerons à l'énumération suivante :
I. Résumé des leçons de ynannnalogie professées au Muséum pendant /'année 1835 par Cil. Isid. Geoffroy Saint-HUaire. Paris, in-S". — II. Lellre à l'Académie sur les éponges d'eau douce en octobre 18,î5. — III. Aptères {Araignées, Scorpions, etc.), par le baron WiLciiENAEii et Geuvais, t. I-III, 1836-1844, in-8°, avec 4 cah. de planches, dans les Suites à Buffon. — IV. Avec Eydoux, Ladrent, etc. Voyage autour du monde... par M. Laplace. Zoologie. Paris, 1836-1838, gr. in-8''. pi. — V. Annales françaises et étrangères d'anatomie et de physiologie appliquées à la médecine et à l'histoire naturelle. Avec Laurent, Bazin, Coste, etc. Paris, 1837-1839, 5 vol. in-8°, pi. — VI. Atlas de zoologie ou collection de iO'^ planches comprenant 2^1 figures d'animaux noureaux ou peu con7ius, classés d'après la méthode de M. de Blainville, avec une explication. Paris, 1844, in-8°. — VII. Zoologie et paléontologie françaises; nouvelles recherches sur les animaux vertébrés dont on trouve les ossements enfouis dans le sol de la France et sur leur comparaison avec les espèces propres aux autres régions du globe. Paris, 1848-1852, in-4°, fig. et atlas de 80 pi.; 2« édit.; ibid., 1859, in-4°; atlas, de 84 pi. — VIII. De la comparaison des membres chez les animaux vertébrés. Paris, 1853, in-4''. — IX. Histoire naturelle des mammifères, avec l'indication de leurs mœurs et de leurs rapports avec les arts, le commerce et l'agriculture. Paris, 1854-1855, gr. in-8'', fig. et pi. — X. Théorie du squelette humain, fondée sur la comparaison ostéologique de l'homme et des animaux vertébré<!. Thèse de Montpellier, 1856. in-4°, n" 64, et in-8°. — XL Zoologie médicale. Exposé méthodique du règne animal, basé sur l'anatomie, l'embryogénie et la paléontologie, comprenant la description des espèces employées en médecine, de celles qui sont venimeuses et de celles qui sont parasites de l'homme et des animaux. Avec van Beneden. Paris, 1859. 2 vol. in-8\ fig. — Xil. De la métamorphose des organes et des générations alternantes dans la série animale et dans la série végétale. Montpelher, 1860, in-8°. — XIII. De l'ancienneté' de l'homme. Montpellier,
1865 in-4°. XIV. Recherches sur l'ancienneté de l'homme et la période quaternaire.
Paris 1867, in-4°, fi°'. et 19 pi. lith. — XV. Zoologie et paléontologie générales ou Nouvelles recherches sur les animaux vertébrés dont on trouve les ossements enfouis dans le sol et sur leur comparaison avec les espèces actuellement existantes, i'" série. Paris, 1867-1875, gr. in-4°, pi. lilh. (l'ouvrage devait comprendre 5 volumes). — XVI. Osléographie des cétacés vivants et fossiles, comprenant la description et l'iconographie du squelette et du système dentaire de ces animaux, ainsi que des documents relatifs à leur histoire
62i GERVAIS (SAINT-) (Eaux minérales de).
naturelle. Avec Van Bexeden. Paris, 1868-1877, in-fol., atlas. — XVII. Éléments de zoologie. Paris, 18G8-1869, 4 vol.in-l2, fig. — XVIII. IjCS vers et les zoophytes, décrits et figurés d'après la classification de Georges Cuvier, mise au courant des jn-ogrès de la science. Paris, 18<i9, in-8°, 37 pi. — XIX. Reptiles vivants et fossiles. Paris, 1809, in-8% 19 pi. (extr. du Dict.d'hist. nat. de d'Orhigmj). — XX. Notions élémentaires d'histoire naturelle. .4vec L. Marchand et V. Raulin. Paris, 1869-1872, 2 vol. in-12. — XXf. Éléments de zoologie, comprenant lanatomie, la physiologie, la classification et l'histoire naturelle des animaux. 2° édit. Paris, 1871, in-S", fig-. et pi. — XXII. Cours élémentaire d'histoire naturelle, en 2 parties. Paris, 1874-1875, 3 vol. in-12, fig. — XXIII. Recherches .^ur les 2}olypes d'eau douce. In Annal, des se. nat., Zool., 2" série, t. VII, 1837. — XXIV. Études pour servir à l'histoire naturelle des Myriapodes. Ibiii., 2° série, t. VII, p. 35, 1837. — X\V. Dans le Dictionnaire encyclopédique des sciences tnédicales, les articles : Carnassiers, Carnivores, Cétacés, Cétodnnte, Cétoine, Chacal, Chameau, Chamois, Chapon, Chai, Cheiromys, Chéloniens, Cheval, Chèvre, Chevreuil, Chevrotain, Chien, Chimères, Chimpanzé, Cigogne, Civette, Cobaye, Coelopcltis, Coffre, Colobe, Colombe, Comatules, Conchifères, Coniroslres, Copépodes. Coquillages, Corail, Corbeau, Coureurs, Crabe, Crapaud, Crevettes, Cristalelle, Faisan, Faucon, Fera, Fissirostres, Fistulaire, Flamant, Flet, Flétan, Flosculaire, Fongie, Foramitii fêtes. Fossiles, Foulque, Fourmilier, France (Faune de), Majnmifères. Marmotte, Marte, Méduses, Mélette, Wonieau, Mole, Mollusques, Molosse, Monodelplies, Monotrèmes, Mormyres, Morse, Morue, Mouffette, Moules, Mouton, Muge, Mulet, Mulle, Myriapodes, Mytilidés, Myxine, Myzostomes, Nacre, Nais, Naja, Nandou, Narval, Nasique, Nautile, Néphélis, Néréides, Noctilion, Noctiluques, Nocturnes, Nummulites, Radiaires, Rainette, Raie, liapaces. Rat, Règnes de la nature. Renard, Reptiles, Rhizopodes, Rhizostome, Bongeurs, Rorquals, Rossignol, Rôti f ères. Ruminants, Sagilelle, Saïmis, Sajou, Sakis, Salamandre, Salangane, Sanglier, Sapajou, Sarcelle, Sauriens, Saurophidiens. — XXVI. Articles très nombreux dans les Mém. Acad. des «c, les Compt. rend. Acad. des se, et les Recueils d'histoire naturelle. • L. llx.
GERVAIS (SAiî^T-). (Eaux MINÉRALES de), hyperthermales, mésolhermales ou athermales, sulfatées qI chlorurées sadiques moyennes, ferrugineuses faibles, sulfureuses faibles ou carboniques moyennes. Dans le département de la Haute- Savoie, dans l'arrondissement de Bonneville, est un chef-lieu de canton de 1850 habitants, à 573 mètres au-dessus du niveau de la mer, dont l'air est frais, puisque la moyenne des mois de la saison thermale (|ui commence le 10 juin et finit le oO septembre est de 15°,1 centigrade, ainsi que les expériences du docteur Payen l'ont démontré (chemin de fer jusqu'à Genève, d'où une bonne voiture publique part tous les matins et conduit en six heures à l'établissement de Saint-Gervais). Les bains de Saint-Gervais occupent le fond d'une gorge qui se ferme complètement à 500 mètres derrière les bâtiments de cette station hydrominérale au point où le torrent le Bonnant reçoit les eaux de la belle cascade qui le forme en partie, et que couronne une belle forêt de hêtres et de sapins. L'établissement est dans une position ravissante, il remplit toute la largeur du vallon. Le voisinage des aiguilles de Yarcns. sur lesquelles la lumière a de si beaux reflets, les promenades ra[jprochées dont on ne peut soupçonner, au premier abord, les accidents et les charmes, le village de Saint- Gervais, bâti à 100 mètres au-dessus de la maison de bains sur la pente du Prarion, à l'entrée de la célèbre vallée de Montjoie et au pied des premiers échelons qui conduisent au mont Blanc, l'endent le séjour de ce poste minéral très-al trayant, quoique un peu monotone. Le calme et la solitude que l'on y trouve, à peine troublés, en effet, par le murmure des eaux du torrent, ne conviennent pas à tous les baigneurs, qui peuvent y suivie plus que partout ailleurs cependant leur traitement thermal avec exactitude et sans fatigue. Si la vie est triste à Saint-Gervais, surtout pendant les jours de brume ou de pluie, elle est très-animée et très-agréable pour les touristes et les baigneurs qui veulent faire les promenades et les excursions dont Saint-Gervais est pour ainsi dire le centre.
GERVAIS (SAINT-) (Eaux minérales de). 625
Le bourg de Saint-Gervais, où conduisent trois routes : la première, par le sentier escarpé qui continue le vallon, la seconde, par la grande route, passant par le hameau des Plagnes et la carrière de Joisye, la troisième enfin, par le tour dit du fer-à-cheval, qui, partant du jardin même de l'établissement, passe par le chemin des lacets et le pont du Diable. L'entrée de la vallée deSallunches, le calvaire de Fegère, le panorama de Combloux, le pèlerinage de Notre-Dame-dela-Gorge, les cascades de Chède et de Crépin, les gorges de la Dioza, les petites ascensions du Prarion et du Mont-Jolly, sont les points les plus intéressants et les plus rapprochés. Ceux qui ne craignent pas, qui recherchent même, des promenades plus éloignées, visitent la splendide vallée de Ghamonix, les merveilles de la mer de Glace, le Jardin, le Brévent, leBuest, la Source de l'Aveyron, les Bossons, la cascade des Pèlerins, le Montravers, la F^égère, et entreprennent même l'ascension comiilète du mont Blanc.
L'emploi thérapeutique des eaux de Saint-Gervais n'est pas tiès-ancien, et il suffit de remonter au commencement de ce siècle pour assister aux premiers essais qui en ont été faits. Les sources principales, émergeant du terrain de transition qui compose la rive droite du Bonnant et du terrain secondaire qui constitue sa rive gauche, formaient, avant les travaux entrepris en 1871, le régime hydrominéral de Saint-Gervais. Quatre sources seulement alimentent les diverses parties de l'établissement; elles se nomment : la Source du Torrent, la Source de Mey, la Source Gontard ou Source d'inhalation et h Source ferrugineuse. Toutes ces sources ont pour réservoir souterrain le granit qui s'appuie lui-même sur le calcaire dolomilique et le gypse. L'ancienne moraine, aux dépens de laquelle se forment les Cheminées des fées., recouvre une partie des couches et a parsemé le vallon des bains de Saint-Gervais des blocs erratiques que l'on y rencontre à chaque pas.
1" Source du Torrent. Son griffon sort de la terre à 2 mètres seulement du cours du Bonnant; son eau est traversée par des bulles gazeuses assez grosses qui montent à la surface de son bassin, séparées par des intervalles à peu près égaux et périodiques. Une couche de barégine d'un blanc sale et ayant 1 centimètre d'épjisseur environ recouvie l'eau de la source du Torrent ; lorsqu'on enlève ou qu'on écarte cette barégine, l'eau est claire et limpide, elle est fumante le matin surtout et répand une odeur non équivoque d'hydrogène sulfuré. Lorsqu'on en remplit un verie au point oii le gaz se dégage, on constate qu'elle contient des perles gazeuses dont les unes se dégagent promptement, tandis que les autres n'arrivent à sa surface qu'au bout de cinquante secondes. Son goiit est amer, hépatique, peu agréable, elle est lourde à l'estomac des personnes qui n'ont pas besoin d'en faire u<age, elle est plus facile à digérer par les malades. Sa réaction est neutre, sa température est de 39",! centigrade, celle de l'air étant de 11«,1 centigrade, sa densité est de 1 004 454. Son débit en vingt-quatre heures est de 1000 litres.
L'eau de la source du Torrent alimente le pavillon de la buvette de ce nom ; son surplus sert en bains et en douches.
2" et 3" Source de Mey et Source Gontard ou Source d'inhalation. Les eaux de ces deux sources sont à peu près exclusivement employées pour l'usage extérieur, on les emploie cependant quelquefois à l'intérieur depuis quelques années. Leur eau présente presque les mêmes caractères physiques et chimiques que celle de la source du Torrent, dont elle ne diffère que par sa température, qui est,de 41°, 8 centigrade au griffon de la source de Mey et de 58°, 4
DlCT. ENC. A" s. VIII. 40
626 GERVAIS (SAINT-) (Eaux minérales de).
centigrade à celui de la source Gontard. L'eau de ces deux sources mélangée alimente les baignoires au robinet desquelles elle arrive à 35° cenligrade. Lorsque l'on remplit un verre avec l'eau des deux sources de Mey et de Gontard, elle est claire et transparente, mais l'eau de ces deux sources est trouble et comme laiteuse lorsqu'on la voit en masse. Ces sources contiennent moins de barégine que la source du Torrent. La densité de la source de Mey est de 1 004 -484, celle de la source Gontard est de 1004350. Nous donnons leur analyse chimique au tableau qui suit la description de la source suivante.
4" Source ferrugineuse. Le griffon de cette source est situé le plus au midi, son eau est reçue dans un bassin dont les parois intérieures sont recouvertes d'une couche épaisse de rouille. Aussi cette eau n'est-elle claire et limpide qu'après être débarrassée de ses flocons ferrugineux ; son goût est amer et styptique, elle est complètement inodore, sa réaction est neutre et sa température est de 20", 4 centigrade. Des bulles gazeuses la traversent par intermittences irrégulières, ce qui explique ponrquoi son débit n'est par constant et pourquoi le volume de son filet varie à chaque instant de grosseur. La source ferrugineuse de Saiut-Gervais a donc des intermittences périodiques semblables à celles que nous avons notées auprès de nombreuses sources carboniques. La densité de la source ferrugineuse est de 1 004457, et son eau est exclusivement employée en boisson, soit à la source, soit aux repas, où elle est coupée d'une certaine quantité de vin ; quelques femmes cependant en font usage eu lotions et surtout en injections vaginales.
MM. Bourne et Grange ont publié en 1849 et en 1850 l'analyse de l'eau des quatre principales sources de Saint-Gervais ; ces chimistes ont trouvé que 1000 grammes renferment les substances suivantes :
SODRCE SODRCE SOCRCE SODRCE
DU TORRENT. MEÏ. GOJiTAIID. FERRUGINEUSE.
Sulfure de calcium 0,02385 0,00801 0,00420 »
Carbonate de cliuux » » 0,17353 0,17163
Bicarbonate de chaux 0,21130 0,^300 0, '23135 »
— soude 0,08568 » » »
Sulfate de chaux 0,05600 0,86000 0,84208 0,87156
— soude 2,82162 2,00094 2,05492 1,973-20
— potasse » 0,06218 0,06591 0,08348
Chlorure de sodium 1,79456 1,66274 1,60337 1,97320
— magnésium 0,12490 0,12267 0,11623 0,12486
Silice 0,03700 0,04600 0,04250 0,04000
Alumine O,UO70O 0,00400 0,00400 0,04000
Oxyde de fer » » ■ . 0,00625
Total des matières fixes . . . 5,17191 4,99954 5,11787 5,28620
j acide sulfhydrique .... 0,002163 0,000811 0,000676 0,000270
* I carbonique libre uondosé. nondosé. nondosé. nondosé.
M. Grange a constaté de plus que l'eau de chacune des sources de Saint-Gervais renferme des traces très-appréciables d'iodures et de bromures alcalins.
L'établissement thermal, bâti sur la rive droite de l'Arve, a deux parties principales : la première se compose des bâtiments destinés au logement des malades, la deuxième est la division des bains et renferme les cabinets de bains et de douches, la chapelle, la salle à manger et ses dépendances. Les bains proprement dits sont dans une construction récente qui contient trente cabinets de bains dont les dimensions et l'aménagement ne laissent rien à désirer; deux salles de douches pourvues de tous les appareils de l'hydrothérapie actuelle; une salle spéciale où l'eau de la source Gontard est pulvérisée, au moyen des instruments
GERVÂIS (SAINT-) (Eaux minérales de). 627
les mieux appropriés à cet effet; un élégant pavillon oi^i les malades boivent à l'abri l'eau de la source du Torrent ; une autre buvette qui est dans la cour de la division des bains et qui est alimentée par l'eau des sources de Mey et de Gontard, sur le griffon desquelles on l'a construite; deux grands réservoirs, placés à l'étage supérieur et qui fournissent l'eau pour les bains et pour les douches, et entin les appareils complets pour le filtrage de l'eau du Donnant et les bassins qui contietment cette eau clarifiée qui alimente la section d'hytrophétapie, les douches froides ordinaires et les récipients et conduits qui permettent la distribution de cette eau dans toutes les pièces habitées par des baigneurs.
Mode d'administration et doses. L'eau des sources de Sainl-Gervais est employée en boisson, en bains d'eau et de vapeur, en douches, en inhalations, en pulvérisation et en lotions. On peut conseiller en boisson, nous l'avons déjà dit, l'eau de toutes les sources de Saint-Gervais, mais ce sont celles des sources du Torrent et Ferrugineuse qui servent presque exclusivement à l'intérieur. Presque tous les buveurs qui se dirigent eux-mêmes, et ils sont très-nombieux à cette station, les prennent à doses trop considérables et trop rapprochées. Il n'est pas rare, en effet, de les voir ingérer jusqu'à huit et même dix verres espacés seulement par un intervalle de dix minutes. Nous dirons bientôt quels sont les inconvénients de cette manière de procéder. Les malades méthodiquement conseillés doivent s'en tenir à des proportions beaucoup plus restreintes et n'absorber en six ou huit fois à vingt minutes ou à une demi-heure de distance que trois ou quatre verres au plus chaque matin. Certains même ne doivent pas dépasser un ou deux verres à doses fractionnées, suivant la susceptibilité de leurs organes digestifs, suivant leur maladie et suivant les effets que le médecin veut obtenir. L'eau de la source sulfurée du Torrent, que nous avons surtout en vue, est prescrite le matin à jeun, et quelquefois avant le dîner. L'eau de la source Ferrugineuse s'ordonne aussi le matin à jeun, ou quelque temps avant les deux repas principaux, car la composition élémentaire de cette eau chalibée qui contient une quantité relativement considérable de principes salins n'est pas aisément digérée lorsqu'on la mêle au vin. La dose de l'eau ferrugineuse de Saint-Gervais ne doit pas atteindre plus de trois verres par jour, elle n'est même en général que de deux verres ; les buveurs qui dépassent ces quantités s'exposent à des phénomènes physiologico-pathologiques qui les forcent à suspendre momentanément ou à arrêter tout à fait une cure qu'ils auraient utilement continuée avec un peu plus de prudence. Ce n'est que très-exceptionnellement que l'eau des sources de Mey et de Gontard est conseillée à l'intérieur dans certains élats pathologiques dont nous dirons un mot en parlant de leur emploi thérapeutique. S'il est rare que les malades ne soient pas obligés de boire l'eau d'une ou de plusieurs des sources de Saint-Gervais et si les trois quarts se rendent ordinairement tous les matins et souvent tous les soirs à la source du Torrent, il est moins ordinaire encore peut-être que l'usage des bains généraux ne fasse pas partie de la médication hydro-minérale de Saint-Gervais. L'eau mélangée des deux sources de Mey et de Gontard est presque exclusivement réservée pour l'alimentation des baignoires, au robinet desquelles elle arrive à la température trop élevée de 35° centigrade, ce qui oblige la plupart des baigneurs de la couper d'eau minérale refroidie. La durée des bains ne doit être que de dix à quinze minutes lorsqu'ils sont hyperlhermaux, elle est d'une demi-heure et quelquefois d'une heure lorsqu'ils n'ont qu'une chaleur mésolhermale ou hypothermale. C'est aussi le réser-
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voir qui contient les eaux des sources de Mey et de Gontard qui alimente la division des douches de toute forme, de tout calibre à pression et à ciialeur variées dont on se sert à Saint-Gervais. Ainsi elles peuvent être en jet plein ou mitigé, chaudes, froides, ou alternativement chaudes et froides, en colonne, en arrosoir, en pluie avec projection plus ou moins forte, ascendantes vaginales et rectales, etc. Enfin elles peuvent être administrées directement ou indirectement lorsque la partie du corps qui doit être douchée est trop sensible, est douloureuse même, si elle est soumise à un choc trop violent et trop immédiat. C'est le cas alors de doucher sous l'eau, ainsi que l'avait déjà conseillé le legrettable Payen, ancien inspecteur de la station thermale de Saint-Gcrvais. Le temps que l'on doit rester sous la douche est très-variable: il est proportionné aux uidications que l'on veut remplir et oscille entre dix et vingt minutes. Nous aurons complété réiiumér;ition des moyens bain/'aires de ce poste minéral lorsque nous aurons mentionné l'existence des salles réservées pour l'application en étuves des vapeurs produites par les deux sources de Mey et de Gonfard, des eaux pulvérisées de ces sources et enfin de la salle d'inhalation alimentée par les vapeurs et les gaz qui se dégagent de l'e.iu de la source Gontard. Les baigneurs en étuve restent ordmairemcnt de vmgt minutes à une demi-heure dans la vapeur, la durée du séjour dans les salles de pulvérisation et d'inhalation ne dépasse presque jamais une demi-heure. Les lotions sont quelquefois, mais rarement, usitées seules à Saint-Gervais, et c'est à peu près celles de la source du Torrent qui sont employées par les personnes qui ont des affections cutanées très-localisées ou des plaies anciennes qu'elles veulent raviver par cette pratique hydrologi(]ue qui n'a point de règles fixes et qui suit la volonté ou le caprice de ceux qui l'appliquent.
Emploi thérapeutique. L'eau des trois premières sources de Saint-Gervais eu boisson est légèrement purgative et diurétique, et ce que nous allons dire se rapporte presque exclusivement à l'eau de la source du Torrent, qui est, comme nous l'avons indiqué, celle qui alimente la buvette. L'eau de la source du Torrent est, en général, bien supportée pir l'estomac ; elle agit au début comme un excitant modéré du système nerveux et finit par avoir une action sédative ; elle est apéritive, elle stimule l'appétit et elle aide la digestion. Elle n'a le plus souvent aucune action sur l'intestin quand elle est prise en quantité modérée, ou elle est tout au plus laxative; mais, si on l'ingère à la dose de 6 à 10 verres, comme le font encore trop souvent certains buveurs, elle a un effet purgatif plus ou moins marqué qui peut aller jusqu'à produire des accidents sérieux de gastro-entérite. L'eau de la source du Torrent en boisson a aussi pour effet physiologico-pathologique à peu près constant de favoriser l'expuition, d'augmenter d'abord l'expectoration, de changer la qualité des crachats, qui deviennent peu à peu moins épais et moins abondants chez ceux qui lui dem;indent la guérison d'une laryngo-broiichite existant depuis longtemps déjà. L'eau ferrugineuse de Saint-Gervais en boisson dont la température est protothermale n'est cependant pas désagréable à boire, qu'elle soit pure ou coupée de vin. Elle a une propriété précieuse et qu'elle doit certainement au chlorure de sodium et surtout aux sulfates alcalins qu'elle renfeime, elle ne constipe pas comme la très-grande partie des eaux de la même classe. Elle est, avant tout, tonique et reconstituante. Les bains alimentés, oirs'eu souvient, par les sources de Mey et Gontard, dont le mélange n'a pas moins de 55° centigrade, lorsqu'il arrive aux robinets des baignoires et qui est presque impossible à supporter par un certain nombre de
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baigneurs, à cause de sa chaleur trop élevée, ont cependant une action sédative marquée, ce que ne pouvaient faire prévoir leur hyperthermalité et la composition élémentaire de l'eau qui les compose. Leur durée est de vingt minutes à une demi-lieuie lorsqu'ils sont pris à la température originelle des sources, et d'une heure lorsque celte eau est coupée d'eau minérale refroidie. Les douches d'eau ne sont à Saiiit-Gervais que l'accessoire du Irailement thermal dont l'eau en boisson et en bains forme la base. Leur durée varie de dix minutes à un quart d'heure, et la chaleur native des deux sources de Mey etGontard convient parfaitement pour leur application immédiate sans qu'il soit besoin de suréchaulfer leurs eaux. Les bains et les douches de vapeur, les inhalations, les pulvérisations et les lotions avec les eaux des sources de Saint-Gervais, n'ont aucune action physiologi(jue ni même thérapeutique particulière qui mérite d'être signalée.
Les aut urs du Dictionnaire des eaux minérales ont cru devoir ranger les eaux de Saint-Gervais parmi les chlorurées sodiques sulfureuses, malgré, disentils, la prédominance apparente de leurs sulfates. Ils ajoutent que cette détermination leur a paru la plus concordante avec la constitution réelle et les propriétés de ces eaux, d'autant que les chiffres fournis par l'analyse sont jusqu'à un certain point hypothétiques. Nous ne pouvons partager cette opinion, et voici pourquoi : Les sources chlorurées sulfureuses moyennes n'agissent ni sur l'homme sain ni sur Ihomme malade comme les eaux de '^aint-Gervais, tandis que les sulfatées se décomposant eu partie au contact de l'air, devenant accidentellement sulfureuses, ont plus d'analogie avec les effets physiologiques et curatifs des eaux de cette station minérale. Est-ce à dire pour cela qu'il faille négliger l'élément chloruré? Non assurément, mais on ne doit pas le placer en première ligne. Les eaux de Saint-Gervais sont un exemple des inconvénients, des incertitudes au moins de la classKicition chunique appliquée aux eaux minérales et voulant expliquer leur efficacité thérapeutiqut^ (voy. Eaux minérales en général).
Les eaux de Saint-(iervais en boisson remédient à des états morbides différents en raison de la source qui est conseillée ; les considérations dans lesijuelles nous avons cru devoir entrer au sujet des eflets physiologiques de la source Ferrugineuse nous dispensent de donner plus de détails. Ce qui suit s'applique donc surtout à l'eau de la source du Torrent. Quatre groupes de maladies se rencontrent à la station de Saint-Gervais : les aifections de la peau, les dyspepsies, les scrofules et la chloro-anémie. Le docteur Payen dit avec beaucou[) de raison que l'eau de la source du Torrent est moins stimulante que celle des sources purement sulfurées ou sulfureuses et moins purgative que les chlorurées fortes Ces deux propriétés doivent être mises à profil pour le choix des malades qui sont adressés à Saint-Gervais ; elles renseignent sur le cachet spécial des eaux de cette station. Les personnes qui souffrent de dermatoses depuis nu certain temps et qui appartiennent à la classe élevée de la société se rendent aux eaux minérales et particulièrement aux eaux sulfurées et sulfureuses. Les médecins qui les y adressent et qui la plupart du temps ont fait de l'étude des affections de la peau le sujet des méditations d'une partie de leur carrière n'apportent pas toujours dans le choix de la station qu'ils conseillent à leurs malades l'esprit critique et le discernement dont ils lont preuve quand ils appliquent les moyens ordinaires de la matière médicale. Tel sujet, par exemple, est à peu près mdifféremmenl envoyé à Baréges, à Bagnères-de-Luchon, à Aix-les-Bains, à Cauterets, à Enghien, à Saint-Gervais, etc., et cependant, comme nous allons tâcher de l'établir, il importe beaucoup, avant de déterminer la station qui convient, de
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savoir si, comme à Baréges, on ne craint pas d'exciter la peau, de ramener à l'état aigu une maladie trop chronique, trop invétérée pour être curable, ou si, comme à Saint-Gervais et à plusieurs autres postes dont les eaux sont sulfatéeset deviennent accidentellement sulfureuses, on peut agir sur la peau en n'augmentant pas, en diminuant même son impi'essiounabilité, souvent poussée jusqu'à ses dernières limites.
Les eaux de la source du Torrent en boisson, les eaux des sources de Mey et Gontard en bains et quelquefois en douches, donnent les meilleurs résultats dans les dermatoses avec exagération de la sensibilité cutanée (eczéma, acné), et, à chaque saison thermale, on rencontre des malades qui se louent de Saint-Gervais, quand ils avaient vu leur affection s'aggraver ou ne pas s'améliorera des stations sulfurées ou sulfureuses de premier ordre. MM. Durand-Fardel, Le Bretet Lefort, disent dans le Dictionnaire des eaux minérales que les eaux de Saint-Gervais ne sont pas positivement appropriées au traitement de la diathèse herpétique ou scrofuleuse et que, si elles [)euvent beaucoup cependant sur les manifestations cutanées, c'est qu'elles agissent en atténuant les accidents et en rompant le cercle vicieux de la maladie. Bien, selons nous, ne justifie cette manière de voir, car l'eau de la source du Torrent est assez sulfureuse, assez sulfatée, assez chlorurée, pour expliquer son action énergique sur les affections diathi'siques de la peau. Cela ne peut faire l'objet d'un doute pour les médecins qui constatent l'efficacité des eaux de Saint-Gervais dans des états pathologiques datant quelquefois de plus de dix ans et que deux ou trois saisons successives ou à intervalles déterminés guérissent d'une façon définitive. Les rhumatismes articulaires ou musculaires éi^thiques des organes internes ou externes, superficiels ou profonds, ayant produit de grands désordres, l'abolition de la sensibilité ou du mouvement caractérisés par des névralgies et sprcialement par des sciatiques, sont dans la sphère d'activité des eaux de Saint-Gervais. Ce n'est plus l'eau de la source du Torrent qui est utile alors, ce sont les bains et les douches, qui donnent presque toujours des résultats heureux. iNous rappelons à cette occasion la température moyenne des mois de la saison thermale, qui ne s'élève pas à plus de 14", 1 centigrade; elle prouve en faveur de l'activité des eaux, mais elle est un inconvénient au traitement du rhumatisme à Saint-Gervais, si les malades n'ont pas un soin minutieux de se bien couvrir et de ne pas s'exposer au courant d'un air si fréquemment agité aux premières heures et au déclin du jour. Les bains et les douches de Saint-Gervai> s'adressent dans ce cas, non pas seulement à l'affection localisée, mais à la diathèse elle-même qu'ils combattent directement et dont ils triomphent alors qu'elle a profondément modifié l'économie. Les eaux de la source du Torrent doivent être conseillées à l'intérieur, si le rhumatisme occupe la peau ou est d'origine herpétique, et celles de la source Ferrugineuse, si la maladie se complique d'anémie ou dfr chlorose.
Le lymphatisme ou les manifestations scrofuleuses sont aussi du ressort de l'activité des eaux de Saint-Gervais ; elles ont un effet reconstituant et tonique. Bien que nous reconnaissions comme incontestable leur efficacité dans ces circonstances et spécialement dans les opbthalmies et les ulcères scrofuleux, nous ne pouvons cependant nous empêcher de donner la préférence aux eaux chlorurées et bromurées fortes. Quoi qu'il en soit, les eaux des sources du Torrent ou Ferrugineuse en boisson, l'eau des sources de Mey ou Gontard en bains et eu douches, peuvent être prescrites avec confiance dans les accidents conco-
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mitants de la scrofule ou consécutifs à cette diathèse. Les mêmes moyens balnéothérapiques conviennent enfin lorsqu'il est nécessaire de remonter les forces de malades épuisés par une affection antérieure et spécialement par un état chlorotique qui a profondément altéré les globules sanguins.
Les eaux de Saint-Gervais ont une valeur incontestable dans les dyspepsies qui suivent la disparition d'une manifestation cutanée ou un état anatomique des membranes de l'estomac ou de l'intestin, dont elles activent les sécrétions, dont elles sollicitent puissamment, dont elles déterminent les contractions péristaltiques. C'est ainsi que ces eaux sont employées avec beaucoup de succès, et particulièrement celles de la source du Torrent, dans les constipations habituelles et opiniâtres qui causent le désespoir des malades. Le docteur Payen a constaté un grand nombre de fois l'efficacité de l'eau de la source du Torrent en boisson contre l'existence du ver solitaire qu'elle chasse par fragments ou qu'elle expulse même en une seule fois. Si les eaux de cette source ont cette vertu contre le taenia solium, on comprend aisément lein- puissance contre le botriocéphale si commun en Suisse, si fréquent surtout au bort du lac Léman. Nous en aurons fini avec les indications des eaux de Saint-Gervais, lorsque nous aurons dit un mot des bons résultats qu'elles procurent dans les affections laryngiennes et bronchi(|ues, et particulièrement dans le symptôme dyspnée éprouvé par certains malades emphysémateux et asthmatiques, ceux qui sont en proie à une laryngite, à une tracliéite ou à une bronchite chroniques, si surtout ces maladies ont une liaison quelconque avec l'existence d'un vice herpétique ou rhumatismal, se trouvent bien d'une cure interne par l'eau de la source du Torrent. C'est alors qu'il convient de conseiller le séjour dans les salles d'inhalation ou de pulvérisation. Les emphysémateux n'ont autre chose à y gagner d'ailleurs que de voir diminuer assez promptement les sécrétions catarrhales ou muco-purulentes qui compliquent la dilatation de leurs terminaisons bronchiques. Les asthmatiques dont la maladie ne reconnaît point une cause anatomique se trouvent parfaitement aussi de l'emploi de l'eau de la source du Torrent et des séances dans les salles d'inhalation. L'eau de la source du Torrent est utilement administrée en boisson par les graveleux dont elle expulse les sables ou les petits calculs au boujt d'un temps quelquefois assez court ; elle doit être prescrite alors à la dose la plus élevée que les malades peuvent supporter. Elle donne de bons résultats dans les affections catarrhales des voies uro-poiétiques. L'eau de la source du Torrent diminue peu à peu le pus, le muco-pus ou les mucosités anormales existant dans l'urine et finit même quelquefois par les tarir tout à fait.
Les eaux sulfatées, chlorurées, ferrugineuses, sulfureuses et carboniques de Saint-Gervais, ne doivent pas être conseillées aux personnes qui portent des affections cutanées nécessitant une poussée violente vers la peau ; elles sont inhabiles à déterminer cette poussée. Elles sont contre-indiquées dans la phthisie pulmonaire, dont elles n'entravent en aucune façon la marche progressive, si ce n'est dans le cas de la coexistence d'une bronchite chronique déterminée par la fonte et l'expulsion des tubercules. Elles agissent favorablement alors sur le symptôme et non sur la maladie elle-même. Elles sont nuisibles ou inutiles enfin dans les affections organiques du cœur et des gros vaisseaux, et dans toutes les cachexies qui ont porté à l'organisme de trop profondes atteintes.
La duî'ée de la cure et de vingt-cinq à quarante-cinq jours.
On n'exporte pas les eaux de Saint-Gervais. A. Rotureau.
632 GESl^MLS.
BiBLioGnAPHiE. — Mathet (A.). Les bains de Saini-Gcrvais. l'aris et Genève, in-S", 1818. — BouRNE et iMarignac. Analyse des eaux de Sainl-Gcrvais. Genève, 1849. — Gp.ange. Analyse des eaux de Sainl-Gcrvais, 1850. — X... Sainl Gcrvais-les-bains et le mont Blanc. Paris, 4853. — Païen (J.-F.), l^olice sur les eaux niinérales de Sainl-Gervais (en Savoie). Paris, 1854, in-S", 16 pajçes avec carte. — Billodt (A.). Notes sur les eaux de Saint-Gervais {Haute- Savoie). Paris, iii-8°, 1865, '11 pages. — Du même. Eaux minéro-therinales sulfureuses salines de Saint-Gervais [Haute-Savoie). Paris, 1869. A. h.
GERVAISE (Nicolas). Docteur en médecine de Montpellier, bachelier en médecine de l'école de Paris (1" avril 1658), mort en 1672, après avoir été médecin du roi,Gervaise s'est fait surtout remarquer par son liabileté en versification latine, et c'est dans le langage des dieux qu'il répondit aux argumentations qui lui lurent faites, le 20 mars i659, à la thèse d'Antoine De Caen, sous la présidence d'isaac Denaudot. Ses talents, il les fit encore servir à ceindre de couronnes poétiques Louis XIV, le Dauphin, le cardinal Mazarin, et à déplorer en vers élégia(|ues les fautes et les malheurs du fameux Fouquet, intendant des finances. Ces compositions portent ces titres : 1" Icon. Ludovici XIY, Gallonim Régis, carmen heroïcum (s. 1. n. d.), 100 vers; 2° Serenissimo principi Delphino Carmen par œneticum, in-A" (s. 1. n. d.), 50 vers; "5° Eminentissimo cardinali diici Julio Mazarino compositœ pacis carmen eucharisticon ; Parisiis, 1659, in-4", 225 \ers ; A" Fucquetus in vincidis ad Dei Matrem; 1665, in-4°. Gervaise s'est aussi essayé, toujours en vers, sur des sujets purement médicaux, et la saignée, voire même les purgatifs, ont été chantés par lui. On a ain.si de lui un Phlebotomia heroïco carmen adumbrata. Paris, 1658, in-4'', 526 vers; un Catharsis, sive ars purgandi corporis humani, carmen heroicum, 1666; un Hippopotamia, sive modus profligandi morbos per sanguinis missionem ah hippopotamo monstratas, carmen. Paris, 1672, in-4'', 861 vers. Les vers de Nicolas Gervaise sont magnifiques par l'ampleur, le rhythme et la cadence; sous son pinceau la saignée guérit toutes les maladies, voire même :
.... Cancrum ferocem.
Et cholerae insultus, ventrisqne inhibera fluorés
Sanguineos, lateris minues oculique dolorein.
GESEIVIUS (Otton), Né en 1729 à Zellerfeld, ville de Hanovre, fit ses études médicales à Gottingue où il fut reçu docteur en 1752, puis alla s'établir à Hanovre, comme médecin praticien. 11 devint médecin de la cour et mourut dans cette ville le 11 novembre 1779. Nous citerons de lui :
I. Dissertatio de prœstantia remediorum vegetabilium. Gottingœ, 1752, in-4°. — II. Versuch ciner allgemeinen Betrachtung der Wechselfieber, undi/irer Wirkungenindie Gesundheit des menscklichen Hôrpers. Helmstadt, MhL, in-8°. — III. Dissertatio epistolaris de febris tertianœ sjiuriœ rariuris ea;t»iyj/o. Hanovre, 1753, in-4°. — l\. Dissertatio epistolaris gua casus medicus explicatur. Hanovre, 1762, in-4°. — V. Glûckwunscli an seinen Vater, wegen dessen Amtsjubelf'estes. Hanovre, 1762, in-4°. A. D.
Gesenius (Wilhelm). Neveu du précédent, né en 1760 à Schoeningen, duché de Brunswick, fit ses études médicales à Halle où il fut reçu docteur en 1784.
11 pratiqua la médecine à Nordhausen et à Waldenried. Il est l'auteur d'une pharmacopée et d'un formulaire ; ce dernier a eu quelque succès. Il est mort le 1" avril 1801. On cite de lui :
I. Dissertatio de animi passionum in corpus efficacia. Halle, 1784, in-4°. — II. Versuch
GESNER (Les). 633
einer lepidopteorologischen Encyklopâdie, oder Handhucli fur migehende Schmetterlingssamnder. Erfiirt, 1781), in-S". — lll. Mediciniiche-mornlixche Palhematologie, oder Versuck ûber die Leidenschafien und ihren Ein/lusa auf die Geschâfle des kôrperlichen Lebens. Erfurt, \im, in-8°. — IV. Ueber das cpidemi.tche jâulichte Gallenfieber in den Jahren 1785 und 1786. Leipzig, 1788, in-8°. —V. Tabellarisches Serieichnis>i der einfachen Arzneymittel den Gewàc/ixrc/chs, nacli jedes Gewach.sex offic'uiellcr suivolil, ah syslcmatischer Beneiinung, Vatcrlande, Sammlungxzeit , l.igenschaflen , Beslandtheilen . arzney lichen Krà/ten, Anwendung, in alphabctischer Ordnung der Apothekerbcnenmingen. bteiidal, 1790, in-fol. — VI. Handbucli der praktischen Heitnittellehre, zum Gebrauck j'iïr angehende jEnte. Stendal, 1791, in-8»; 2'^ édit. corrigée, 1796, in-8°. A. D.
GESIVER (Les).
Ciesner (Conrad). A l'époque OÙ cet éminent savant vit le jour, l'Europe sortait à peine du moyen âge; la scolastique, qui pendant si longtemps avait régné en maîtresse et ralenti la marcUc en avant des sciences, en détournant les savants de l'observation directe des phénomènes naturels, la scolastique allait périr ; l'histoire naturelle, la zoologie, la botanique, la minéralogie, etc., prenaient leur essor, mais c'est à Conrad Gesner que revient l'honneur d'avoir donné à ces sciences leurs principes et de leur avoir communiqué une vitalité et une puissance de développement nouvelles.
Conrad Gesner naquit à Zurich le 26 mars 1516; son père, Urse Gesner, faisait dans cette ville le métier de fourreur, sa mère s'a[)pelait Barbe Frick; c'était une famille peu fortunée. Son oncle maternel, Jean Frick, ministre de l'Évangile, lui fit faire des études classiques et lui enseigna les premières notions d'histoire naturelle; Gesner montra surtout un goiàt prononcé pour cette dernière et y fit des progrès rapides. L'oncle de Gesner ayant été tué à la bataille de Zug, en 1551, Jean-Jacques Ammian, professeur d'éloquence à Zurich, se chargea de son éducation et dirigea ses études vers les sciences médicales. 11 fut encouragé dans cette voie par Thomas Plattner, célèbre naturaliste et médecin « dont toute la famille fut, comme celle des Asclépiades, dévouée au culte de la médecine, et qui avait reconnu les rares aptitudes de son jeune élève ».
Mais Gesner, qui avait perdu son père presque en même temps que son oncle, devait songer à se créer une position indépendante. Soutenu par les bienfaits des chanoines de Zurich, il se rendit tout d'abord à Strasbourg, où il seconda pendant quelque temps les recherclies du prédicateur Wolfgang Fabrice Capiton sur la Bible et la philologie; celui-ci, en revanche, lui enseigna l'hébreu.
Désireux de se livrer à la médecine, Gesner, toujours grâce aux subsides que lui fournissaient les chanoines de Zuricii, vint en France et alla habiter Bourges, où le fameux Ciijas attirait alors une foule d'élèves. Il suivit les leçons de jurisprudence de ce savant éminent et en même temps étudia avec zèle l'histoire naturelle et l'anatomie. C'est à Bourges qu'il se lia avec son compatriote Jean Frisius, célèbre orientaliste qui, placé plus tard à la tète du collège de Zurich, s'empressa d'y attirer son ami.
De Bourges, Gesner se rendit à Paris ; il n'avait alors que dix-huit ans. Il y continua ses étiules avec une ardeur fébrile, dévorant, selon sa propre expression, tous les livres grecs, hébreux, arabes ou latins, qui lui tombaient sous la main. Mais, les ressources qu'il tirait de sa patrie étant très-modiques, il dut donner des leçons pour vivre. En 153G, il retourna à Strasbourg et s'y distingua à tel point qu'on le qualifiait de prodige de savoir [mirnciihnn litterarium). Peu
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après il fut nommé au collège de Zurich et se maria, à peine âgé de vingt ans.
Cependant l'emploi obscur de régent de collège ne pouvant suffire aux besoins de sa famille, il réclama un nouveau subside aux magistrats de sa ville natale et se rendit à Bàle pour y continuer l'étude de la médecine; il s'occupa en même temps beaucoup de littérature grecque et donna ses soins à l'édition du Dictionnaire grec de Phavorinus Camers. Deux ans après il fut appelé à Lausanne où le sénat de Berne venait de fonder une académie ; il y enseigna les lettres grecques pendant trois ans. Après quoi il partit pour Montpellier afin de reprendre ses études médicales si souvent interrompues par les nécessités de la vie. Il s'y lia avec les trois célèbres naturalistes Belon, Laurent Joubert et Rondelet. Enfin, en 1541, il vint prendre le bonnet de docteur à Bàle, puis retourna à Zurich pour y exercer l'art de guérir et y occuper une chaire de philosophie.
C'est à cette époque qu'il entreprit la rédaction de sa Bibliothèque universelle, vraie encyclopédie du seizième siècle, dont il recueillait patiemment les matéliaiix depuis plusieurs années. En même temps il publiait des opuscules de philoloaie et un Catalogue de plantes en quatre langues; la plupart de ces pbmtes n'avaient pas été décrites avant lui. Vers 1542, il fit plusieurs voyages en Suisse et en Savoie, pour en étudier les productions naturelles ; comme fruit de ces voyages il publia, entre autres, une Description du mont Pilate, près de Lucerne.
En 1545, Conrad Cesner se rendit à Venise, où il étudia les poissons de l'Adriatique, puis à Aug^bourg, dans le but de recueillir les titres de tous les ouvrages connus et imprimés à cette époque en latin, en grec et en hébreu; dans la nomenclature qu'il en donna se trouvaient pour chaque ouvrage une analyse sommaire et une courte appréciation critique.
En 1555, les magistrats de Zurich le nommèrent professeur public d'histoire naturelle et il conserva cette chaire jusqu'à sa mort. Depuis cinq ans il s'occupait de la publication de son Histoire naturelle, et en 1560 les cinq premiers livres en étaient imprimés. 11 dessinait lui-même et faisait graver à ses frais les figures; il y consacra presque toute sa fortune, ainsi qu'à la formation du premier cabinet d'histoire naturelle qui ait existé; J. Caius de Norwich, médecin d'Edouard VI, de Marie Stuartet d'Elisabeth, envoya à Gesner un grand nombre de minéraux qu'il plaça dans son musée.
L'empereur Ferdinand \", à qui il avait dédié son Histoire des poisso?is, l'appela à «a cour et l'anoblit ; les armoiries qu'il lui donna représentaient un lion, un aigle, un dauphin et un basilic couronnés, chacun d'eux représentant le roi de la classe dont ils faisaient partie, mais tous soumis au roi de la science. A son retour à Zurich, Gesner se livra de nouveau à la pratique de la médecine. La peste ayant éclaté dans celte ville en 1564, il donna pendant deux ans les soins les plus dévoués et les plus éclairés aux malades qui en étaient atteints ; il étudia spécialement cette terrible maladie et publia une dissertation sur les principaux symptômes qu'elle présente et sur les moyens de la traiter. Mais sa constitution, affaiblie par les fatigues excessives que lui imposait sa profession, finit par perdre toute force de résistance, et il succomba lui-même à la contagion. Il mourut au bout de cinq jours, le 15 décembre 1565, âgé seulement de quarante-neuf ans et laissant après lui une veuve sans enfants. « Quand il ne douta plus, dit Cap, de la terminaison funeste qui menaçait sa vie, il se fit transporter dans son cabinet, comme dans le lieu qui lui était le plus cher, au milieu de ses livres et de ses écrits qu'il essaya de mettre en ordre ; mais ses forces n'y
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suffirent pas. Il confia ce soin à Gaspard Wolf, son élève et son ami, à qui il légua sa bibliothèque et ses manuscrits, en le chargeant de publier tout ce qu'il pourrait en extraire de propre à étendre et perlectionner les sciences... Bien que Gesner n'ait pas laissé de postérité directe, son nom fit longtemps l'honneur du pays qui l'avait vu naître. Son oncle André Gesner, qui avait reçu trentesix blessures à l;i bataille de Ziig, vécut encore trente-six ans après cet événement et occupa pendant plusieurs années les premières charges de sa ville natale. Cet oncle fut la souche des Gesner qui fleurirent dans les dix-septième et dixhuitième siècles et qui s'illustrèrent dans divers genres de savoir et de mérite. C'est à cette célèbre famille qu'appartient Salomon Gesner, l'auteur du Premier navigateur et de la Mort d'Abel. »
Mais revenons à Conrad Gesner. Théodore Zwinger lui avait, dans son admiration, décerné le titre de Plinius Germanicus, le Pline de l'Allemagne, titre qui était loin d'être juste, car il y a loin de Pline, simple compilateur, quoique intelligent et fort savant, à Gesner, l'observateur habile et judicieux, le réformateur qui devait transformer complètement et remettre dans la bonne voie tout le mouvement scientifique de son siècle. Homme presque universel, il embrassa le cycle de toutes les connaissances acquises à son époque ; indépendamment des diverses branches de l'histoire naturelle, il s'occupa de philosopliie, de linguistique, de philologie, etc., et imprima à toutes ces sciences son empreinte, laissa partout la trace de son passage. Malheureusement sa mort prématurée ne lui permit pas d'achever tous les ouvrages dont il avait avec une rare persévérance réuni les matériaux.
Nous n'avons pas à nous occuper ici de Gesner le philosophe et le philologue ; le naturaliste seul doit nous intéresser. « Son Histoire des animaux, dit Cuvier, est le plus considérable de ses ouvMges sur l'histoire naturelle et celui qui lui assurera la renommée la plus durable. Cet ouvrage peut être considéré comme la première base de toute la zoologie moderne. C'est un vaste magasin d'érudition dans lequel tous les auteurs postérieurs ont puisé sans le citer. 11 ne cite lui-même qu'Aristote, Pline et Galien. » Cet impoitant ouvrage se compose de cinq volumes in-tbiio, dans lesquels il traite des quadrupèdes vivipares, des quadrupèdes ovipares, des oiseaux, des poissons et autres animaux aquatiques, et des serpents; le cinquième volume, relatif aux serpents, n'a paru qu'après sa mort par les soins de Jacques Carron ; enfin, un sixième, relatif aux insectes {Traité du scorpion), est également posthume et a été publié par Gaspard Wolf. Les animaux sont rangés par ordre alphabétique des noms latins et les détails relatifs à chacun d'entre eux sont répartis en huit chapitres ; il y passe en revue successivement les noms donnés dans les langues anciennes et modernes à chaque animal, sa description, ses espèces ou variétés, sa patrie, ses mœurs, ses habitudes, les maladies qui peuvent l'atteindre, ses usages, etc. Le tout est accompagné d'un grand nombre de figures dessinées à la main, dont les originaux sont conservés dans la bibliothèque de Zurich. C'est dans cet ouvrage que Gesner fait la première mention du mot genre {genus), et, s'il n'a pas prononcé celui de famille, il a néanmoins très-bien indiqué les caractères communs permettant de grouper naturellement les individus de divers genres.
Il appliqua les mêmes idées à la botanique. « Jusqu'alors, dit Cap, on s'était à peu près borné à distinguer les plantes des temps antiques, citées par Théophraste, Pline ou Dioscoride, et trop souvent mal reconnues par les Arabes. Au quinzième siècle, leur nombre ne s'élevait guère au delà de 800. Les
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recherches des curieux et des voyageurs en avaient peu à peu augmenté le catalogue; c'est celui que Gesner avait puhlié d'abord en quatre langues; mais luimême, après avoir parcouru l'Alsace, la Suisse, la Lombardie et le midi de la France, en éleva le nombre à plus de 1500. 11 les décrivit, les dessina et les peignit de sa propre main, en y joignant tous les détails de leur organisation : innovation précieuse dont la science lui est redevable et qui l'amena à porter une attention spéciale sur la Heur et s\u' le Iruit. C'est alors que lui vint la premièie idée de classer les végétaux d'après les organes de la fructification. Cette idée capitale, qui depuis i'orma la base de la science botanique, ne fut pas admise dès le principe par tous ceux qui comme lui s'occupaient de cette science. D'autres méthodes furent même proposées dans le cours du même siècle par Mathieu et L'Obel, par André Césalpin et plus tard par Fabius Columna... Peu à peu les vues nouvelles de Gesner furent appréciées. Outre le principe primordial delà classification des piaules d'apiès les organes de la fructification, il remarque que l'analogie des caractères généraux entraîne presque toujours celle des formes et des propriétés, ce qui l'amena à déterminer plusieurs groupes naturels. H fit adopter le mot de genre pour réunir les espèces analogues. C'est aussi lui qui eut le premier l'idée de donner aux plantes nouvelles le nom des naturalistes célèbres. Plumier lui en fit l'application à lui-même, en donnant le nom de Gesneria à un arbuste de l'Amérique. » Le genre Gesneria est devenu le type de la famille des Gesnériacées.
Gesner avait projeté une Histoire générale des plantes, qui devait faire le pendant de son Histoire des animaux.
M; Igré l'exiguïté de ses ressources, il entretenait chez lui un graveur sur bois pour obtenir la reproduction fidèle des dessins faits par lui-même en plus grande partie; mais les planches qu'il fit ainsi graver ne purent être utilisées par lui; en mourant il les remit à Gaspard Wolf en même temps que son manuscrit, à la condition de le publier. Wolf annonça cette jniblication et en joi^iuil un spécimen à la suite de la vie de Gesner écrite par Simier; mais des démêlés qu'il eut avec son éditeur et le mauvais état de sa santé ne lui permirent pas de tenir sa promesse. 11 prit le parti de vendre les planches et les céda àJoachim Gamerarius pour 150 florins sous la même condition. Celui-ci n'en tint aucun compte et les utilisa pour enrichir l'édition d'un abrégé de Mathioli, dans lequel il n'est pas toujours facile de reconnaître les des^ins qui émanent de Gesner. Une autre portion des planches de Gesner tomba, près de deux siècles après, dans les mains de Trew, qui à sûn tour s'adjoignit Schmiedel et le célèbre graveur sur cuivre Seligmann de Nuremberg pour les publier (Nuremberg, 1751-1771).
Enfin Gesner, pour ne laisser aucune branche des sciences naturelles sans lui apporter son tribut d'observations, fit également une étude spéciale de la minéralogie et s'occupa spécialement de ce qu'il 3i[)\)ehh \es pierres figurées ; il reconnaît l'inanité des idées que les anciens se faisaient de ces lusus naturse et pensa qu'ils représentaient des corps d'abord organisés; mais il ne creusa pas davantage cette idée féconde, dont il n'apprécia probablement pas toute la portée.
Nous n'insisterons pas davantage sur les mérites si variés de Gesner et, parmi ses nombreux ouvrages, n'indiquerons que ceux qui sont relatifs à l'histoire naturelle et à la médecine. Nous renvoyons pour plus de détails sur notre savant naturaliste à la Vita Conradi Gesneri de C. Schmiedel, placée en tète du
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volume des Opéra botanica de Gesner (Nuremberg, 1751-70), et à la notice si intéressante que lui a consacrée Cap dans le Journal de pharmacie et de chimie, 5® série, t. XLV, p. 247, 1864. Pour la biblioiiniphie complète, voy. Niceron, Mém. pour servir à llnst.,elc., t. XVII, p. 545 (Paris, 1755), à Scbmiedel {Opéra bot. de Gesner) et à Jourdan [Biogr. méd-, éd. par Panckoucke, t. IV, p. 402).
I. Medicamentorum succiduorum Galeno adscriptorum tabula latinitate donata, adjectis eliam Graecis mullo castigatioribus et annolatioiiibus in quosdam locos. Eadem ex libris Dloscoridis, Aetii et Pauli Aeginetae passim excerpla et in unum diligenter conscripta, nuncque primum in hicein édita. Basileae, 1540, iii-H»; à la suite d'Actuarius : De compositione inedicanœnlorum . — IF. Enchiridion hi-itoriae plantnrum. ordine alphabetico, ex Dioscoride sumptis descrlpttonibus et înultis exThaophraalo, Plinio ac recentiuribus Graecis addilis : facidtatibus auiem ex Paulo Aegine/a p'erumque quam brevissime adscriptis, in graliam inedicinae candidalorum qui cognitionis xlirpium causa rusticari interdum soient. Basileje, 1541, in-S"; Venetine, 1541, in-16 ; Pinisiis. 1541, in-16. — Ili. Conipendinm ex Actuarù Zachariae libris de differentiis urinaium, judiciis, causis et pruevidentiis. finiversalis doctruia Cl. Gaicni Pergamani de compositione phaimacorum secundum locos af'fcctos , n cupile ad calcem, particularibus rncdicamcnlis omissis. Sylvula Galeni experimentoium ex libris ejus coUrcfn et aliorum quornmdam. Tig'ur., 1541, in-8°. — IV Apparatiis et delectus simpliciiim medicamentorum ex Dioscoride et Mesuaeo praeclpuc, alphabeli ordine. U niversalia Pauli Aeginetae praccepta de medicamentorum secundum gênera compositione et ejusdem argumenli omnia quac in Galeni libris de compositione medicamentorum secundum gênera praccepta exstanl. Liigdiini, 1542, in-8° ; Venetils, 1542, in-16. — V. Catalogus plontarum nomina latine, graece, germanice et gallice e regione proponens, secundum ordinem alphabeli , latinis praeeunlibus, iina cum vulgaribus pliarmacopolarum nomenclaturis. Ilis accedunt in calce uomenclaturae stirpium secundum varias génies, Dioscoridi adsciiptae, in ordinem litterarum digestae. Tigur., 1542, in-8°. — VI. De lacté et operibus lactariis Hbellus philologus pariter ac medicus. Cum epistola ad Jacobum Avicmim Glaronensem de monlium admiralione. Tigur., 1545, iii-S". lleruin edidil, prae/atus est et indicem adjecit J.-G.-F. Framius. Lipsiae, 1777, iii-S". — VII Eibliotheca universalis, sive catalogus omnium scriplorurn locupletissimus, in tribus linguix, latina, graeca et hebraïca : extantium et non exlnntium, veterum et recentiorum in hune usque diem, doctorum et indoctorum, publiciitorum et in bibliothecis Inlentinin. Opus novum et non bibliothecis tantuni jmbh'cis privatisve institucndis necessarium . scd studiosis omnibus cujuscumque artis aut scienliae ad studia melius formanda ulilissimum. Tij^iir., 1545, in-fol. (Prodige de travail et d'érudition; un abrégé en a été publié suLcessivement par Conrad Lycosthènes, Josias Simler et Jeav-Jacqies Frisius. Pour l'histoire de ces abri^gés, voy. NiCEROv.) — VIII. Pandeclarum sive partilionum universalium, qui secundus Bibliothecae universalis tomus est libri novem-decinius Tigur., 1548, in-fol. (Catalogue [lar ordre de matière des ouvrages indiqués dans la Bibliotkeca universalis par noms d'anienrs.) Le livre vingtième de la Bibliotheca devait être consacré à la médecine, mais l'auteur ne le publia jamais, parce qu'il ne crui jamais l'avoir porté à un degré de perfection su'fisant. Le vingt-unième parut à part sous le titre : Parlitiones theologiae, pandeclarum universalium liber idlimus. Tigur., 1549, in-fol. — IX. Enumeratio medicamentorum purganlium, vomitoriorum et alvum bonam facienlium, ordine alphabetico descripta. Basileae, 1546, in-8°, avec le livre d'.'VM. Musa : De catapoliis. — X. Uistoriae animalium liber primus, de quadrupedibus viviparis. Tigur., 1551, in-fnl., fig. ; Francofurti, 1620, in-fol., fig. — XI. Uistoriae animalium liber II, qui est de quadrupedibus oviparis. Tigur., 1554, in-fol., fig.; Francof , 1617, in-fol., fig. — XII. AppenrI/x historiae quadrupedum viviparoruin et oviparorum. Tigur., 1554, in-fol., fig. — XIII. Historiae animalium lib. l et II ijunctim). Francof., ItiO.j, in-fol., fig., traduct. allem. lleidelberg, 1606, in-fol. — XIV. Historiae animalium liber ni, qui est de avium natura. Tigur., 1555, in-fol., fig.; Francof., 1617, in-iol.; traduct. ;illem. Zurich, 1582, et Frankf., IGOO, in-fol. — XV. Historiae animalium liber IV, qui est de piscium et aqualilium annnantium natura. Tigur., 1558, in-fol , (ig. ; Francof., 1620, in-fol.; traduct. allem. Zurich, 1 i75, in-fol. ; Frankf ur t., 1598, in-fol — XVI. Historiae animalium liber V, qui est de serpent ium nalura. Tigur., 1587, in-fol., fig.; Francof., 1621, in-fol., fig.; traduct. allem. Zurich, 1589, in-fol., fig.; Heidelberg, 1613, in-fol., fig. (Posthume, publié par Jacques Cauron) — XVII. Historiae insectoruni libellas, qui est de scorpione. Tigur., 1587, in-fol., fig.; Francof., 1621, in-fol., fig. — XMII. Historiae animalium lib. m, IV et V [junctim). Htidelbergae, 1613, in-fol., fig. ; trad. allem. des 5 livres : Frankfnrt, 1620, in-fol., fig. ; vol. 1, Frankfurt, 1669, in-fol., par les soins de HoRST. — XIX. Icônes animalium quadrupedum viviparorum et oviparorum, quae in historia
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C. Gesneri animalium describuntur , cum nomenclaturis singulorum Latinis, llalicis, Gallicis el Germanicis plerumque, jier certos orrHnes digestae. Tignr., 1553, in-fol. ; ibid., 1560, iii-fol.; Heidelbergae, 1606, in-fol. — XX. Icônes nvium omnium, quae in historia aviiim Conr. Gesneri describuntur, cum nomenclaturis, elc. Tigur., 1560, in-fol. ; lleidelb., 1606, in-fol. — XXI. Nomenclator aquatilium animanlium. Icônes animalium aqualilium in mari et dulcibus aquis degentiiun phisquam nec, cum nomenclaturis, etc. Tigur., 1560, in-fol. ; Heidelbergae, 1606, in-fol. — XXll. De piscibus et aquatilibus omnibua libelli très novi. Tigur., 1556, in-S". — XXIII. De omni rerum f'ossilium génère, gemmis, lapidibus, melallis, libri aliquot collecti.Tigar., [b6o, in-S". — XXIV. Thésaurus Evonymi pidliatri de remediis secretis, liber p/nisicus, medicus et partius etiam œconomicus. Tigur., 1552, 1558. in-8». Liber secnndus, Tigur., 1569, in-8»; Francof., 1578, in-8». — XXV. Catalogus rci herbariae scriptorum. En tèle du traité de Tragus : De stirpium maxime earwii quae in Germania nascunlur usilalis nomenclaturis. jArgentorati, 1552, in-4''. — XXVI. De thermis et fontibus medicalis Helvetiae et Gcrmaniac libri duo, dans le recueil De thermis. Venetiis, 1553, in-fol. — XXVII. Enc/iiridinn rei medicaetriplicis. lllius primum quae signa ex puhibus et urinis dijudicat. Deinde therapeuticae de omni morborum génère curnndo sinqillalim. Tertio diaeteticae, vel de ralione victus praeserlim in febribus. Tigur., 1555, in-S" (la préface seule est de Gksneu ; il n'est que l'éditeur du reste). — XXVIII. De cliirurgia scriptores oplimi quique verleres et recenliores, in nnum conjuncti volumen. Tigur., 1555, in-fol. — XXIX. Sanitatis tuendae praecepta, litteratis pruecipuc et qui jninus exercentur necissaria. Contra luxum conviviorum. Contra notas astrologicas epiiemeridiim de secandis vcnis. Tigur., 1556, 1562, in-8°. — XXX. De Galcni vita ejusque libris et interprctibus j)rolcgomena. En tête de l'édition de FnoBEN, de Râle, 1562 (Gesner avait déjà pris part à l'édition des Œuvres de Galien, publiée en 1549 ; il avait fourni les arguments placés en tête de clia(iue traité et dont quelques-uns forment un excellent résumé de Galien). — XXXI. Epistolarum medicinalium libri très. Ilis accesserunt aconiti primi Dioscoridis asscveratio et de ori/mellitis elleborati tdriusque dcscriptione et usu libellus, oninia nunc primum per Cas)iarum Wolphinm in lucem data. Tigur., 1577, in-4°. — XXXII. Epistolae hactenus non editae. A la suite du traité de J. Bauhin : De plantis a divis sanctisque nomen habentibun. Basileae, 1591, in-S". — XXXIII. Epistolarum medicinalium liber IV. Vitebergae, 1584, in-4'". — XXXIV. Mensurae apudveteres Graecos et Latinos .scriptorum usitatae liquidorum el aridoriim. Avec le livre de Dominique Massari : De ponderibiis et nirnsuri^: medicinalibus. Tiguri, 1584, in-8°. — XXXV. Achiliis Pirminii Gassari Aphorismorum Jlippocralis melhodus nova, primum quinque libris distincta : Conradi Hesneri vero opéra illustrata. Huic accedunt praeterea libelli de re medica aliquot jjrius non édita. Saint- Gall, 1584, in-8''. — XXXVI. Physicae meditationes, scholia et annotationes in aliquot libros Aristotclis. Tigur., 1586, in-8''. — XXXVII. Tabulae de stirpium collectione. Tignr., 1587, in-8°. — XXXVIII. Opéra botanica, edidit C.-C Schmiedel. Norimbergi, 1751-1771, 2 vol. in-fol. — XXXIX. Nous devons encore signaler de Gesner : une édition du Traité àe Xénocrate sur les aliments tirés des animaux aquatiques. Zurich, 1559, in-S"), une édition des Remarques de Valérius Cordus sur Dioscoride (Zurich, 1561, in-fol.), une édition de;; Questions naturelles et médicinales de Cassius l'iatiosophiste (Zurich, 1562, in-fol.), une du Traité d'ARDOYN sur les poisons (Bâle, 1562, in-fol.), une édition grecque et latine de Dioscoride (Strasbourg, 1565, in-S"), une du Traité des maladies des femmes de Moschion (Bâle, 1566, in-4''), etc. L. Hn.
Ciesner (Johann). Arrière-petit-neveu du précédent, frère du célèbre numismate Jean- Jacques Gesner (1707-1787), el fils de Christophe, pasteur à Waugen, près de Zurich, naquit dans cette dernière ville le '28 mars 1709. Dès son jeune âge il montra beaucoup de goût pour l'histoire naturelle et la médecine ; c'est sous Esslinger, Scheuchzer et son frère GhrisLophe, médecin à Zurich, qu'il apprit l'anatomie, la médecine théorique et la chirurgie, puis suivit les leçons de Jean de Murait et entra dans une officine pharmaceutique pour se familiariser avec lart de préparer les médicaments composés. Après plusieurs voyages dans les Alpes de la Suisse, il se rendit à Leyde pour écouter les leçons de Boerhaave. Cet éminent médecin l'accueillit avec la plus grande bienveillance, autant pour le grand nom qu'il portait que parce qu'il devinait en Gesner le savant futur. Il séjourna à Leyde pendant un an, puis se rendit à Amsterdam, où il étudia sous Piuysch, alors âgé de 90 ans, et enfin à Paris oîi il fut particulièrement remarqué par de Jussieu, Isnard et Ledran.
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Il quitta Paris pour raison de santé et pnssa à Bâle, où il étudia l'anatomie et la physiologie sons Haller et la haute géométrie sous Bernouilli. En 1728, il suppléa Mieg dans sa chaire de médecine, et l'année suivante obtint le grade de docteur au retour d'un voyage en Suisse, où il avait accompagné Haller,
Gesner se fixa ensuite à Zurich, et y donna des leçons d'anatomie et d'histoire naturelle et aida Haller à achever l'histoire des plantes de la Suisse. Les excursions fatigantes qu'il dut l'aire dans ce but dans les montagnes de ce pays altérèrent sa santé au point qu'il dut refuser la chaire de botanique qui lui était offerte à Saint-Pétersbourg sur la recommandation de Boerhaave.
En 1753, il devint professeur ordinaire de mathématiques à Zurich et obtint cinq ans après de la bienveillance des magistrats de sa ville natale la chaire de physique, ainsi que le canonicat qui y était attaché. Gesner remplit ces charges pendant quarante-cinq ans. En 17i7, il fonda la Société d'histoire nalurelle dont il dirigea les travaux pendant trente ans et qui a tant contribué aux progrès de l'agriculture en Suisse. Enfin, c'est à lui que la ville de Zurich doit l'établissement de son jardin botanique. Il terniina sa carrière le 0 mai 1790.
Nous connaissons de lui :
I. Meditationes physicae de frigore. Tiguri, 1734, in-4''. — II. Diss. de exhalai loinim natura, caussis et effectibus. Batiileae, 1739, 111-4°, — III. Diss. de vegclabilihus, quae agit de partibus vegetationis. Tiguri, 1740, in-4''. — IV. Diss. (/uae sisdt parlium fructificationis structufam, differeutias atcjiie usus. Tigui'i, 1741, in-4° ; l'cimpr. ainsi que les précédents a\ec ï'Oratio de necexsitate peregrinalionuminlra patriam, de Linné. Lugduni Butav., 1747, in-8'; Halae, 1747, in-8°. — V. Diss. de principiis philosophiae naturalis. Tigiui, 1742, in-4*. — VI. Diss. de principiis corporum. Tiguri, 1745, in-4°. — VII. Diss. exhlbens considerationem physico-tnathematicam cometae. Tiguri, 1744, in-4°. — VIII. Diss. exhibens considerationem theologicam. Tiguri, 1745, in-4'>. — IX. Diss. de corporum molu et viribus. Tiguri, 1746. in-4°. — X. Diss. duae de effectibus qui a virium compositione produciaitur. Tiguri, 1747, in-4°. — XI. IHss. de termina vitae. Tiguri, 1748, in-4''. — XII. Diss. de motibus variatis. Tiguri, 1749, in-4''. — XIII. Diss. sist. de motibus variatis supplementam, de viribus centralibus. Tiguri, 1750, in-i". — XIV. Diss. de natura et viribus fluidoruin. Tiguri, 1751, in-4''. — XV. Diss. de pétri ficatorum differentiis et varia origine. Tiguri, 1752, in-4''. — XVI. i3m. de ranunculo bellidifloro et plantis degeneribus. Tiguri, 1755, in-4', — XVII. Diss. de hydroscopio constantis mensurae. Tiguri, 1754, in-4''. Trad. allcin, Wien, 1771, in-S". — XVIII. Diss. de thermoscoplo botanico. Tiguri, 1755, in-4'. Traduct. franc. Diss. sur le thermomètre botanique. Bàle, 17(31,10-4". — XIX. Diss. de pétri ficatorum variis originibus, praecipuarum telluris mutationum testibus. Tiguri, 1756, in-4''; réiinpr. avec Diss. de petrificatorum differentiis (Lugdam Batav., 1758, in-8''). — XX. Diss. de trianguloruni resolutione primario matheseos ad physicam applicatae fundamento. Tiguri, 1757, in-4; Continuatio, ibid., 1758, in-4*. — XXI. Phylographia sacra generalis. Tiguri, 1759, in-4°. Pars practica, I-IV, ibid., 1760-1764, in-4°. — XXII. Phytologiae sacrae speciatis Partes I et II. Tiguri, 1768, in-i». — XXIII. Diss. de variis annonae conservandae methodis earumque delectu. Tiguri, 1761, in-4°. — XXIV. Tabulae phytographicae anahjsin generum exhibenles, cum com?nentario. Tigviri, fafc. 1-XI, 1795-1803, in -fol., publié pnr Chr.-Salom. Schinz. Planches bien exécutées. — XXV. Préface en tête de Ventomologie de J.-H. SuLZER (Zurich, 1761, in-S"), eu allemand. — XXVI. Mémoires dans les Actes de la Société d'histoire naturelle de Zurich et des Lettres à Haller, publiées dans les Epistolae ab erudilis viris ad A. Haller scriptae. Berne, 1773-1775, in-S». L. Hn.
Gesner (Johann-Albrecht). Frère du célèbre Jean-Mathieu Gesner, érudit allemand, qui se prétendait à tort de la famille de Conrad Gesner, vit le jour à Roth, dans la principauté d'Anspach, le 17 septembre 1694. Il apprit la pharmacie à Weissenburg, puis l'exerça à Gunzenhausen, dans son pays natal, et finit par étudier la médecine à Altdorf. Après avoir pris le bonnet de docteur en 1723, il revint à Gunzenhausen et y obtint la place de médecin pensionné; en 1728, il se rendit à Stuttgard, où le duc de Wurtemberg l'avait appelé pour
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être médecin de la Cour. En 4734, il devint le médecin particulier et le conseiller du duc et, au retour d'un voyage en Allemagne et en Hollande avec les deux fils du duc, fut nommé assesseur du Conseil des mines. Il mourut à Stuttgard le 10 juin 1760, laissant :
I. Diss. de zingibere. Altdorfii, 1723, in-4°. — I[. Phmtnacopoea Wirtembergica, in cltias partes divisa , qnarum priur maleriam mndicam hislorico-medice-plujsice descriptam, posterior comjtosita et praepaiala, modum praeparandi et encheireses, exhibet. Stuttg., 1741, in-fol.; ibid., 1750, iii-fol. (s'il ne l'ut pas le seul rédacteur de celle pharmacopée, il y eut du moins la plus grande part). — III. Historia cadmiae /'ossilis metallicae sive cobalti et ex illo praeparatorum Zaffarae et Smalli. Berolini, 1745, in- i°. — IV. Historiach-physikalische Beaclireibung des Wurtemberg) se lien Wildbades, etc. Stuttgart, 1745, in-8°. — Y. Beschreibung des univeit Stuttgart gelcgenen Hirschbadcs. yiebst angefiilirten Regeln, etc. Stuttç^arl, 1746, in-8°. — VI. Historiscli-phgsikalische Nachricht von dem Zaylenhâuser mineralisdien Brunnen und Bade, etc. Slutlf;art, 1746, in-S". — VII. Historisch-physikalische Beschreibung des berûhmten mineralischen Bades von der wûrtembergischen kleinen Amsl-Stadt Lieben-Zell, das ZcUerbad genannt. Stutipart, 1748, in-8° — VIII. Nachricht von dein Canstalter Sahwasser. etc. Stuttgart, 1749, in-8°. — IX. Selecta pkysico-œconomica oder Sammlungen von allerliand zur ^alurforschung und Haushaltungskunst gehôrigen Begebenheiten . Stuttgart, 1749-1756, 3 vol. in-S". Plusieurs de ces ouvrages étaient anonymes.