DICT. ENG. ¥ S. VIII
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Haarlem, 1773, in-8°, p. 493. — XII. Remarques sur les bougies e tdcscriplim, d'un bandage pour les hernies ombilicales, en holland. la Verhandel. der Zeeuwschen (fenoolschapp. II. Deel. Middelburg, in-8% 1771, p. 343; 1772, p. 644. L. Hn.
CESSE. LaÛujrus L. § I. Botaiiî«|ue. Genre de plantes DicotyJe'dones, appartenant à la famille des Légumineuses, à la section des Papilionacées et à la tribu des Viciées. Les plantes de ce genre ont des tiges herbacées, assez souvent ailées ; des feuilles à 1 à 5 paires de folioles, à préfoliatian involutée, rarement sans folioles, le plus souvent pourvues de vrilles, et toujours de stipules. Les Heurs ont un calice à 5 divisions ou à 5 dents, une corolle papilionacée; 10 étamines diadelphes; une gousse uniloculaire, linéaire ou oblongue; des graines à cotylédons épais.
Les espèces de ce genre sont intéressantes au point de vue botanique. Tantôt, comme dans \e Lathyrus aphaca L., les folioles disparaissent et ne sont représentées que par des vrilles ; très-souvent les pétioles se dilatent en un limbe indivis. Les fleurs sont généralement grandes et peuvent servir cwmme ornement. Le Pois de senteur [Lathynis odoratus) est dans ce cas, et en outre ses fleurs ont un parfum très-agréable.
Comme plantes vraiment intéressantes parleur usage nous nepo-uvons citer que:
1° La Gesse cidiivée, Lathyrus sativusL., qu'on cultive dans les jardins, d'où elle s'échappe quelquefois pour devenir subspontanée. Elle a des tiges aplaties, ailées, grimpantes; des feuilles à 2 folioles lancéolées ou linéaires-lancéolées et à vrille trifide ; des pédoncules unilloies portant une grande fleur blanche, rose ou bleuâtre; enfm une gousse oblongue, bordée sur la suture supérieure de deux iiilcs foliacées, et de graines comprimées, anguleuses, d'un blanc verdâtre, devenant jaunâtre en se séchant. Ces grains, qu'on appelle pois carrés, sont comestibles. « Le bouillon, dit Lemery, en est un peu lâchant et apéritif; on prétend qu'elles excitent la semence ».
2" La Gesse tubéreuse, Lathynis tuberosusL., dont les tiges, non ailées, ont des feuilles portant 2 folioles elliptiques oblongues, et des vrilles rameuses. Les corolles sont grandes, d'un rose vif, les gousses linéaires ; les graines, brunes, globuleuses, légèrement anguleuses. Les parties souterraines sont tubéreuses et remplies de fécules, ce qui les rend alimentaires. Pl.
Bibliographie. — Linné. Gênera, 872; Species, 1035. — De Candolle. Flore française, IV, 579, et Piodromus, II, 375. — Grenier et Godron. Flore de France, 1,478. — Lemery. Dictionnaire des drogues. Pt.
g II. Emploi. Nom vulgaire de plusieurs espèces (de toutes les espèces, pour quelques botanistes) du genre Lathyrus (Viciées de Fée et de Bâillon, Légumineuses-Papilionacées), les unes spontanées, dans les blés ou les prairies, les marais; les autres cultivées comme fourrage, et dont les graines, bien que réservées plus spécialement à l'engraissement des bestiaux, sont cependant employées encore, dans certains pays, dans l'alimentation humaine. Les deux espèces que l'on cultive à cet effet, dans le midi et le centre de la France, sont la Gesse cultivée ou lentille d'Espagne, pois carré, etc. (Lathyrus sativus L.), et la Gesse chiche, gessette, petite gesse, garousse, jarat, jarot, jarosse, pois cornu, etc. {Lathyrus cicera L.). Les graines de la première, presque carrées à leur maturité, se compriment en forme de coin par la dessiccation, et sont de couleur blanchâtre ou jaunâtre extérieurement, jaune ocracé plus foncé à l'intérieur; leuj saveur rappelle celle des fèves; les semences de la seconde, de
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moitié plus petites, sont anguleuses, lisses, biunes, jaune fauve ou verdàtres, marbrées de noir, et ont une amerlume prononcée que la cuisson ne leur fait perdre qu'en partie. On les utilise, les premières surtout, soit en nature, fraîches ou desséchées, comme les pois, soit réduites en poudre et mélangées avec la farine de céréales pour la fabrication du pain.
On peut ajouter à ces gesses alimentaires la gesse tubéreuse (L. tuherosus L.), dont les racines, pourvues de renflements tuberculeux, sont recherchées comme ^comestibles en quehpies contrées. Il en sera dit quelques mots à la suite des pages consacrées aux gesses cultivées pour leurs graines.
Bien que ces plantes, et plus particulièrement la gesse cultivée, soient encore la matière d'une consommation as-sez étendue, en France et dans le midi de l'Europe, principalement, mais non exclusivement dans les pays de montagne, les sols maigres, où, par leur rusticité, elles constituent pour le paysan une ressource alimentaire précieuse, elles ne mériteraient guère dans ce Dictionnaire qu'une simple mention pour leurs propriétés bromatologiques, qui diffèrent peu de celles des pois, fèves, etc. ; mais elles ont aussi été accusées, par plusieurs médecins ou agriculteurs, de produire parfois des accidents plus ou moins graves chez les animaux ou les hommes qui en font un usage prolongé. Un arrêt judiciaire a même consacré cette manière de voir. Il est donc utile d'examiner avec quelque développement sur quelles bases repose une telle assertion, dont les conséquences, si elle était admise, pourraient être si graves au point de vue médico-légal et économique.
Il est difficile d'établir avec quelque exactitude la part qui, dans les accidents indiqués par les anciens, revient légitimement à la gesse, et ce qui appartient à d'autres plantes analogues, telles que l'ers, par exemple, parfois confondues sous une même dénomination ; et cette cause d'erreur persiste encore de nos jours, puisque le mot jarosse s'applique, suivant les auteurs, tantôt à l'ers [Ervum ervilia L.), tantôt à la gesse chiche {Lathyrus cicera L.), tantôt à la lentille à une Ûeur [Ervum monanthos L.). Ainsi Vù^pô; d'Hippocrate, de Théophraste et de Galien, généralement traduit, dans les éditions latines, par ~erviUia ou ervilia, ervilium, ervialœ, est assimilé par J. de Gorris à la cicera ■des auteurs latins, c'est-à-dire à la gesse chiche de Columelle, Palladius, etc., tandis que A. Brassavole le considère comme le véritable ervum (ers ou vesce noire) et que L. Fuchsius, regardant la gesse comme la variété cultivée de l'ers, la décrit sous le nom à^ervum sativum et la rapporte à la cicercula des auteurs latins. Or, d'après Columelle [de Re rustica, lib. II, cap. x et xi), la cicercula est évidemment la gesse cultivée [lûQ^poç de Galien) et la cicera, la gesse chiche, bien que M. Quicherat, induit sans doute en erreur par la forme diminutive de cicercula, indique dans son consciencieux dictionnaire latin une traduction inverse. Parmi les philologues contempoi'ains, Littré traduit ^xpôç, avec de Gorris, par gesse chiche, tandis que Bussemaker et Daremberg, dans leur édition d'Oribase, rapportant la gesse chiche à Vàpay.oç de Galien [aracus seu cicera de Dodœus), et la gesse ordinaire au iâOypoç, traduisent r^y^p6<; par gesse à fleur jaune. Cette dernière leçon est d'autant plus singulière que ces auteurs reconnaissent, d'après Fraser [Flora classica), que la gesse à fleur jaune n'existe pas en Grèce. Les gesses à fleur jaune, comme le Lathijrus aphaca, n'étant pas d'ailleurs comestibles, il est plus simple. d'admettre, ainsi que le faisaient déjà remarquer Dodœus et Slapfel (notes à l'édition de Théophraste, par Gaza, etc.), que la qualité de jaune s'applique à la graine d'une légumineuse.
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Hippocrate (Eipd., 1. II, 3, et liv. IV, H, éd. Littré) indique les propriétés nuisibles des légumes et spécialement de l'eis; mais ailleurs, dans le deuxième livre du Régime notamment, la gesse chiche (wxP°î) ^^^ déclarée nourrissante, évacuante et moins flalulente que la fève, et l'ers (opoêoç) est dit resserrant, incarnant, remplissant, donnant bon teint.
Galien se borne à dire de l'ers que celle légumineuse, réservée habituellement aux bœufs, a été employée en temps de famine par les hommes, au dire d'IIippocrate, mais qu'elle est désagréable au goût, à moins d'avoir été soumise deux fois à l'ébuUition, etc. {de Alim. factdt., lib. I, cap. xxix). Il se sert d'ailleurs de l'ers jaunâtre ou pâle, de préférence au blanc, incorporé dans du miel, comme détersif, dans les affections de poitrine [de Simpl. rnéd., lib. YIIl).
Tel n'avait pas été, au siècle précédent, l'avis de l'agriculteur Columelle, qui, à propos de la substitution de la gesse chiche (cicera) à l'ers, pour la nourriture des bœufs, dans la Bélique espagnole, affirme que ce dernier n'est ni inutile, ni désagréable {injucunda) ; quant à la saveur, la gesse chiche {cicera) ressemblerait à la gesse cultivée {cicercula), dont elle ne différerait que par la couleur plus brune, etc. {de lie rustica , lib. II, cap. xi, édit. J. Gesner, Lips., MDCCLXXlll). Pline, qui admet deux genres de Cicera, prétend même que l'empereur Auguste recouvra la santé par l'usage de l'ers {ervum) (lib. XVIII, cap. XV, et lib. XXII, cap. xxv). Dioscoride, le premier, tout en attribuant force vertus à la farine d'ers, « bien propre en médecine », reconnaît que, « si l'on en use par trop, elle fait sortir le sang ou par l'urine ou par le bas » ; il ne parle pas des gesses.
Ces assertions de Dioscoride, bien que reproduites servilement par la plupart des grands botanistes du seizième siècle, ne sont pas confirmées par les agriculteurs les plus compétents de l'époque et des siècles suivants. Olivier de Serres {Théâtre d'agriculture, t. I, p. 146 de l'édit. de l'an Xll) déclare que les gesses, orobes ou ers, etc., sont bons à manger pour l'homme ou pour les bêtes. Plus tard, Garidel {Hist. des plantes, etc. Aix, MDCCXV, p. 271), après avoir cité l'opinion de Castor Durantin sur la difficulté de digestion de la gesse [cicercula de Palladius et de Columelle), indique que les paysans provençaux la mangent en soupe et en préparent une sorte de mets qu'ils appellent bojano. Mêmes remarques dans le Dictionnaire d'agriculture publié à Lyon en 1755 par l'abbé Noël.
Si l'abbé Rozier {Coui^s complet d'agrictdture, t. Y, 1784) considère la gesse cultivée comme un aliment médiocre (mais non nuisible) pour l'homme, et insiste plutôt sur les avantages qu'offrirait la culture de la gesse tubéreuse comme comestible, Bosc (art. Gesse dans la nouvelle édition de VEncijclopédie méthodique, vol. Agriculture, par les citoyens Tessier et Thouin, t. IV. Paris, MDCCXCVI), après avoir vanté, lui aussi, la gesse pour les bestiaux, donne des détails assez étendus sur l'emploi alimentaire de la gesse cultivée. Il aurait trouvé cette légumineuse agréable à Bordeaux, encore plus en Espagne, tandis qu'elle lui avait paru insipide aux environs de Paris; il ne suppose pas qu'elle puisse être nuisible, de même que la gesse chiche, dont il ne croit pas, dit-il, que les chevaux rejettent les fannes, comme quelques personnes l'ont avancé.
Jusqu'au siècle dernier, il semble donc que la gesse n'ait jamais été incriminée; tout au plus l'ers passet-il pour donner lieu à des accidents lorsqu'il est mangé en trop grande quanlilé. C'est seulement à partir de 1770 qu'une dissertation de G. D. Duvernoy {De Lathyri quadam venenata specie in comi-
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tatu Monsbelgardensi mita. Basileae, 1770, in-4») appelle nettement l'attention sur les propriétés nuisibles de la gesse et la déclare capable de produire une espèce de paralysie des membres inlérieurs ; dans un cas toute une famille aurait été victime de cetle intoxication ; ce fait et son interprétation sont reproduits par Plenck [Bromatologie, p. 160).
A partir de ce moment, les documents sur ce sujet se multiplient, sans jamais être très-nombreux cependant, ni même très-probants ordinairement. Dow (cité par Miller, Dictionnaire des jardiniers, trad. française, 1785), confirme ces propriétés toxiques de la gesse et apprend que sa farine mêlée par moitié avec celle du blé détermine la rigidité des membres. Vilmorin {Bon Jardinier) affirme que la graine de la jarosse (gesse chiclie, L. cicera) est un aliment très-dangereux pour l'homme, et que, si sa farine, mélangée à celle du blé dans le pain, ne paraît produire aucun accident tant qu'elle est en petite proportion, il n'en est pas de même lorsque la proportion est considérable : la mort ou des paralysies incurables peuvent ètie la conséquence de son usage prolongé (ce fait avait été attesté au siècle dernier par M. de la Noue, chirurgien à Bourgueil, et a été confirmé par M. Deslandes, dans une observation insérée au Journal des Maires). Nous passons sur quelques indications peu précises fournies par Yvart {Dict. d'agric., 1850) et de Deslongchamps {Dict. des sciences naturelles de Cuvier), pour arriver au rapport adressé au prélct de Loir-et-Cher, puis à l'Académie royale de médecine, en 1829, par le docteur Desparanches (de Blois), sur le danger de l'utilisation de la farine de jarosse {Lathyrus cicera) dans la fabrication du pain. A la suite de l'ingestion de pain renfermant de cette farine dans la proportion de moitié, les habitants de plusieurs communes du département auraient éprouvé des symptômes graves, l'apportés par l'auteur à une lésion de la moelle lombaire et de ses enveloppes (mouvements convulsifs des muscles des cuisses et des jambes, avec faiblesse des extrémités inférieures, ou imf)ossibilité soudaine de marcher, ou progression ne se faisant qu'en traînant les jambes et en portant les pieds en dedans, et à la fin paraplégie complète) [Bulletin des sciences médicales de Férussac, XVllI, p. 453).
Ruilier et Desportes protestèrent à l'Académie contre ces assertions, et des expériences entreprises sur des chiens, des lapins et des poules, par Coltereau et de Caignon, au dire du docteur Desbants (Bull, de chir., t. XIX, 1840, p. 504), paraissent avoir été absolument négatives. On attribue sans motif d'autres expéiiences à Dupuy (d'Alfort). Mais il en est d'intéressantes dues au docteur Teilleux à propos d'une poursuite en dommages-intérêts pour accidents (la claudication notamment) éprouvés par ingestion de pain contenant de la gesse. Notre confrère trouva par l'analyse, dans les graines du Lathyrus cicera, une matière résineuse qui, administrée à la dose de quelques grammes à de forts lapins, détermina bientôt l'impossibilité de remuer la partie postérieure du corps, et quelques soubresauts tétaniques surtout dans le train d'arrière ; la mort arriva le quatrième jour (Journal l'Audience, 27 juillet 1840). De cet essai, qui aurait besoin d'être renouvelé, l'auteur conclut à une action iniisible de la gesse chiche sur la partie inférieure de la moelle.
Signalons enfin un travail d'un médecin anglais, le docteur James Irving, publié dans tlie Indian Annals of Mediccd Science, et traduit en 1861 par divers journaux français, notamment par la Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgie, 1851, p. 555, et par la Gazette des hôpitaux, qui semble
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apporter la démonstralion incontesiable de la production d'accidents paralytiques à la suite de l'usage de la gesse cultivée.
En effet, dans une seule dépendance du district d'Allahabad, on ne comptait pas moins de 2028 habitants plus ou moins atteints de claudication (environ 1 sur 31,30 habitants), et tous attribuaient leur infirmité à l'usage de la gesse cultivée. Les accidents, survenus dans la saison des pluies, s'étaient le plus souvent produits tout à coup, plusieurs pendant la nuit : des hommes couchés bien portants s'étaient éveillés les jambes roides, la région lombaire affaiblie, et, à partir de ce moment, ils n'avaient pu recouvrer l'usage de leurs membres inférieurs. La claudication et la roideur des genoux, d'abord légères, étaient allées en augmentant, en même temps que les muscles des mollets devenaient douloureux; la lésion des membres inféiieurs arrivait chez quelques-uns jusqu'à la paralysie complète; mais les bras conservaient leurs mouvements. Les hommes étaient frappés en plus grand nombre que les femmes et les pauvres plus que les gens aisés. Le traitement le plus utile consistait en toniques alimentaires et médicamenteux, et en quelques applications de ventouses. Dans ce travail, il est rappelé, d'après Kirkes, le colonel Sleeman, que les habitants du Thibet et de plusieurs districts de l'Inde connaissent bien les accidents paralytiques auxquels l'usage de la gesse cultivée expose les hommes ainsi que les chevaux et les bœufs.
Si l'on ajoute à ces faits que plusieurs botanistes de mérite, tels que Le Maout et Decaisne [Traité de botanique), écrivent que les graines de la Jarosse [Ervum ervilia) sont vénéneuses, que JIoquin-Tandon {Botanique médicale, p. 438} classe l'ers ervillier et la gesse chiche parmi les poisons narcotiques; que Puel (de Figcac), cité par L. Soubeyran (Gaz. hebdom., 1861), a observé un cas d'empoisonnement chez une dame qui avait respiré et mâchonné un bouquet de LatJtyrus odoratus, et que de Lanessan {Botaniq. méd.) avance que les pois, les fèves et surtout les graines de certaines espèces de Lathyrus contiennent un principe acre et même narcotique, détruit par la cuisson, il pourra sembler détiuitivement établi que les gesses et lem^s congénères sont toxiques dans de certaines limites et portent plus spécialement leur action sur l'axe rachidien. Toutefois l'innocuité avérée de l'emploi quotidien de la gesse cultivée et de la gesse chiche, tant par les animaux que par les hommes, dans les pays méridionaux tout au moins, ne permet pas d'accepter sans réserve ces conclusions contre lesquelles s'élèvent encore les expériences de Cottereau et de Gaignon citées plus haut.
Tout d'abord, on peut se demander si les accidents rapportés à l'usage des gesses sont produits par toutes les espèces comestibles de lathyrus, ou seulement par l'une d'entre elles, et même s'il n'y aurait pas, par suite d'une synonymie vulgaire incertaine, confusion entre la gesse et d'autres plantes voisines. Celte erreur d'attribution a dû plusieurs fois être commise. En effet, dans les cas d'empoisonnement signalés, on parle souvent de la Jarosse : or cette désignation. qui, pour les uns (Le Maout et Decaisne, par exemple), s'applique à l'ers [Ermim ervilia), est synonyme, nous l'avons déjà dit, de gesse chiche pour le plus grand nombre, et s'applique même à une troisième espèce, la lentille à une fleur [Ervum monanthos L., Viciée), aux environs d'Orléans, où l'on donne le nom de pois cornu à la gesse chiche ou petite gesse : or les graines de l'ers ont été aussi accusées par Yalisnieri d'occasionner de la faiblesse dans les jambes et même des paralysies, aussi bien sur les hommes que sur les chevaux qui en mangent avec
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leur avoine, taudis qu'elles tueraient les poules qui s'en gorgent, par distension du gésier, d'après Binninger (cité par Mérat et De Lens, art. Ervcm).
Ces sorles de légumineuses sont d'ailleurs si voisines que Fée et plus tard M. Bâillon [Hist. des pL, etc.) ont réuni dans un même groupe (Viciées) les Lathyrus et les Ervnm, ainsi que les Pisiim, etc.
Dans les laits malheureux où l'espèce de gesse a été clairement désignée, c'est la gesse chiche qui a été le plus souvent mise en cause; mais, dans l'épidémie vue dans l'Inde par J, Irving, il se serait agi de la gesse cultivée (L. sativus L.).
L'une et l'autre étant ainsi incriminées, il reste cà savoir : 1" si les accidents qui leur sont reprochés tiennent réellement à leur usage et, dans le cas d'une réponse affirmative, s'il faut les rapporter : 2" à des principes toxiques particuliers, constants, ou 3" à des altérations survenues accidentellement dans leur constitution, ou 4° simplement aux conditions dans lesquelles elles ont été
mgerees.
Belativement au premier point, on peut dire qu'aucune preuve démonstrative de leur nocuité n'a été fournie. Dans la plupart des ohservations anciennes, indéfiniment reproduites, il est question le plus communément d'accidents rapportés par ouï-dire; dans le cas, porté devant le tribunal de Niort, du seigle entrait, en même temps que la gesse, dans la composition du pain incriminé; dans le fait de l'épidémie indienne, qui paraît au premier abord plus convaincant, un examen un peu attentif inspire les plus grands doutes sur la réalité de la provenance attribuée aux troubles pathologiques signalés. Les malades, soumis à une mauvaise hygiène, habitent un pays marécageux; c'est pendant la saison des pluies que brusquement, la nuit, ils sont pris d'accidents jiaralyliques, siégeant exclusivement dans les jambes. Ce n'est guère là la marche des intoxications alimentaires ; on dirait plutôt les conséquences d'une myélite à frigore. Les prétendues expériences de Dupuy (d'Alfort) n'ont nullement la valeur que certains auteurs leur accordent et se réduisent à quelques ol)jections faites à un travail d'hématologie vétérinaire présenté à l'Académie de médecine, en 1859, par Delai'ond, sur la polyhémie produite par une alimentation trop riche en principes alibiles. Dupuy, faisant remarquer qu'il y a des maladies analogues qui dépendent de la viscosité du sang et ayant cité en exemple les effets de l'injection de matière cérébrale dans les vaisseaux, ajoutait : « C'est ainsi que des chevaux et des moutons nourris d'une espèce de gesse sont empoisonnés en apparence par des coagulum de même nature : le cheval a des convulsions, il a le vertige abdominal et le pouls mou; on dirait que les convulsions ramènent la circulation, car le pouls se ranime » [Bull, de VAcad. deméd., 1. 111, p. 1013 et 1051, séance du 2 juillet 1859). Le rapport de Bouley père était au contraire favorable aux assertions de Delai'ond.
Nous sommes loin, on le voit, de l'action sur la moelle décrite dans la plupart des relations d'empoisonnement ; nous trouvons, en outre, dans les réflexions de Bouley sur les congestions intestinales, dites coliques rouges, provoquées par les gesses, les vesces, etc., ingérées en trop grande quantité, une explication satisfaisante de quelques-uns des accidents attribués aux gesses, dans les qualités nutritives de celles-ci, sans qu'il soit besoin d'avoir recours à l'existence hypothétique d'un principe toxique, de nature indéterminée, contenu normalement dans ces graines.
11 y a plus, une observation vulgaire a appris que dans les cas d'accidents
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dus à l'ers, c'étaient surtout le cheval et le porc qui étaient victimes de ceux-ci, auxquels échappaient les moutons et les bœufs, mais que les premiers étaient épargnés, si l'on prenait soin de faire tremper les graines à l'avance. Il y a là une action mécanique facile à comprendre, lorsqu'on s'est assuré, comme nous l'avons fait, que les gesses, de même que l'ers, font plus que doubler de volume après une immersion de quelques heures dans l'eau : nous avons ainsi vu dOO centimètres cubes de gesses atteindre, après quelques heures, un volume de 205 centimètres cubes.
Quoi d'étonnant à ce que des animaux dont l'estomac a une faible capacité, comme le porc, soient victimes d'une distension bnisque de l'organe, alors que les ruminants, à estomacs multiples et pouvant régurgiter une partie du bol alimentaire, échappent à ces mêmes accidents ? C'est là un fait bien connu des bergers méridionaux, car plusieurs me l'ont signalé : c'est d'ailleurs ce qu'avait constaté Binninger pour l'ers, dont l'accroissement de volume serait peut-être plus considéiable encoie et amènerait souvent la rupture des sacs dans lesquels on le met à tremper, bien qu'on prenne la précaution de ne les remplir qu'à moitié.
Néanmoins cette raison mécanique ne rend pas compte des désordres attribués à l'emploi du paiu mélangé de farine de gesse, non plus que de ceux qu'on observe chez le porc qui mange de l'ers en vert. 11 faut ici, semble-t-il, faire intervenir une autre condition.
11 est mentionné, dans la plupart des relations, que c'est en temps de disette, dans des années humides, que les accidents produits par les gesses, et spécialement par la gesse chiche, ont été observés, et c'e>t surtout dans les régions septentrionales de la France qu'on les signale. Ne peut-on pas supfioser, avec quelque vraisemblance, que ce ne sont pas des gesses saines, mais des gesses plus ou moins avariées, atteintes de rouille, ou d'une moisissure quelconque à déterminer, qui ont été cause des accidents? La supposition a d'autant pins de probabilité, que des troubles analogues ont été signalés à la suite de l'usage de fourrages dont personne n'a jamais mis en doute la parfaite innocuité dans les conditions normales, et que la nature de ces accidents se rapproche à quelques égards de celle de l'ergotisme.
En résumé, la gesse cultivée et la gesse chiche, par leur rusticité, constituent dans l'immense majorité des cas un aliment salubre, d'une digestibihté médiocre, comme la plu[)art des légumineuses, mais d'une grande ressource non-seulement comme fourrage, mais comme légumes alimentaires, pour l'homme et les animaux, dans les pays à sol pauvre.
Les rares accidents qu'on a attribués à leur usage, ou laissent à désirer comme authenticité et précision, et peuvent d'ailleurs s'expliquer par d'autres conditions, indépendantes de la présence d'un principe toxique permanent, que la cuisson ferait disparaître, puisque des faits d'empoisonnement ont été rapportés à l'usage de la farine de gesse.
Ce principe toxique, le cas échéant, devra être recherché plutôt dans une altération accidentelle de ces légumineuses.
Il ne nous reste plus, pour terminer ces longues considérations sur les gesses alimentaires, qu'à résumer ce qui a trait à l'emploi bromatologique de la gesse tubéreuse [Lathyrus tuberosus L., Terrse glandes Dod., Apios Fuchs). Cette espèce, spontanée dans les moissons du nord de l'Europe, est cultivée en Hollande et dans le nord et le nord-est de la France, pour les renflements tuberculeux de
ses racines. Ces tubercules, gros en moyenne comme des noisettes et recouverts d'une peau brune, se mangent, cuits dans l'eau ou la cendre, et ont alors à peu près legofa. de la cbfilaigne. A l'époque de leur maturité, c'est-à-dire en octobre, ils sont vendu?, sur les marchés des pays ci-dessus designés, sous les noms de mackson oumagiizon, macussou, macjon, makoise, noix ou glands de terre, etc. Ils seraient également rechercliés par les habitants de la Sibérie, d'après Gmclin. Au siècle dernier, Parmentier, qui en avait fait l'analyse, les avait trouvés composés d'amidon, de sucre, de matières gluliueuses, extractives et fibreuses, et il avait constaté que leur farme est susceptible de panification. Frappé de leur richesse en principes nutritifs, il avait même essayé de les améliorer par la culture ; mais ses tentatives ne lurent pas suivies de succès et ne paraissent pas avoir été reprises. E. Hamelin.
GESSeu.S (réo-to;, selon Suidas). Médecin byzantin, auquel la biographie publiée par Didot consacre la petite notice qui suit : Né à Géa, près de Pétra (Arabie), vivait sous le règne de l'empereur Zenon (474-491 de l'ère chrétienne). Elève de Domnus, il éclipsa son maître et obtint honneurs et richesses. 11 cliercha également à acquérir la réputation d'un philosophe, mais il n'y parvint pas. Ou lui a quclquel'ois attribué, mais sans motif sulfisanl, le petit traité médical qui porte le nom de Cassius latrosophisla (Fubricius, Bibl. Grseca, vol. XIII, p. 170, éd. vet.). L. Hn.
GESTA. En hygiène, les actes (Acta) de l'homme considérés dans leurs rapports avec sa santé. Ces actes sont de diverses sortes; ils comprennent les mouvements volontaires, les attitudes, les mouvements communiqués (navigation, natation, etc.), certains mouvements nécessaires à l'accomplissement d'actes spéciaux, tel que la phonation, le cri, etc. D.
GESTRICII (.loNAs). Médecin suédois, né dans le Jemlland le 27 juillet 1756, étudia d'abord la pharmacie à Scbonen, à Malmôe et à Stockholm, puis en 1778 établit une officine à Frôsou, dans le .lemland. Il la vendit eu 1781 et alla étudier la chirurgie à Stockholm. 11 fut reçu maître en chirurgie en 1782, membre du Collège médical en 1798. A partir de 1782, il servit dans l'armée et fut nommé médecin en chef en 1816. 11 ne se retira définitivemtut dans la vie civile qu'eu 1819 et alla se fixer dans sa province natale où il mourut, à Flon, près de Fjoson, le 7 juin 1^04, à l'à-e de 78 ans. Il était chevalier de l'ordre de Wasa depuis le 7 octobre 1817 et membre d'un grand nombre de sociétés savantes. Pour plus de détails, voy. Calliseu {Med. Schriflsteller- Lexicon) et Sackién {Sv. Lak. Hist. Supp., 1835, p. 240, et Sv. Apoth. HisL, 1833, p. 203). Nous connaissons de lui :
I. Rapport til kgl. CoUegium medicum oui k(jl. JemllanrJs Regemente. In Lâk. och Nalut-f., t. X, p. 145, et t. XIV, p. 174. — H. lieràtlelse otn en ifraan Norrige tilt Jemtland inkoiinnen smitlosam Feber. Ibid., t. XV, p. 283. — Ht Om get-osts nytta emot inaglwata. In Sv. Làk. Sàllsk. Anrsber., 1817, p. 50 — IV. Plusieurs ouvrages sur réconomie rurale cités par Sackién (Sv. Làk. HisL, Aid. 2, H. 1, p. 353, 1825). L. Hn.
GETT.i^i'A. Synonyme de Gulta-Percha. Vorj. ce mol. Pl.
GÉTUEES. L'Afrique fut d'abord habitée par les Gélules et les Libyens, Africam initia habuere Gcetuli et Libyes, dit Salluste, le proconsul de Numidie
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en l'an 45 avant Jésus-Christ, l'historien do la guerre de Jugurlha (cap. xviii). Cependant de nomhreux auteurs anciens, comme Hérodote qui écrivait quatre siècles auparavant, comme Diodore de Sicile, Pomponius Mêla, paraissent accorder heaucoup plus d'importance aux Garamantes et aux Atarantes ou Atlantes, que Denys de Mitylène considère comme le plus puissant peuple de la Lihye (Hérodote, 1. IV, § clxxxiv). — Diodore de Sicile, 1. III, § 55. — Ponip. Mêla, 1. I, cap. iv).
T6 'AtXo(vti-/.ôv iQ-joç, o vj ^uv-yTwTot-ov twv t^î Ai6ijr,ç. Denys de Mitylène,. Arf/onaïUique, fragm. 9, Hist. Grœcor. fragmenta, t. II, p. 9, coll. Didot.
Parmi ces Libyens et ces Gétules, Salluste dit que de nombreux immigrants, des Arméniens, des Mèdes, des Perses et d'autres Orientaux, seraient venus se fixer. Les Gétules qui, unis à quelques-uns de ces immigrants, habitaient la région septentrionale ou maritime, obligés, pour chercher de nouveaux pâturages, à de l'réquents déplacements, se seraient donné le nom de Numides, nom qui aurait eu la signilication de nomades. Leurs cabanes oblongues appelées niapalia, étaient Ibrmées de parois courbes.
Au delà des Maures habitant à l'ouest à proximité de l'Espagne, au delà des Numides ou des Gétules mêlés aux immigrés orientaux, dans l'mtérieur, au sud de la Numidie, dans une région exposée aux ardeurs du soleil, les Gétules continuaient à habiter des huttes ou à mener une vie errante. Proxume Hispaniam Mauri sunt ; super Numidiara Gœtulos accepimus partim in tuguriis, alios incidtiiis vagos agitare [S-A\\u&te, 1. c, cap. xviii).
Sous la domination romaine on distinguait de nombreuses régions dans l'Alrique septentrionale. A l'ouest la Mauritanie Tingitane avait pour capitale Tingis ou Tinge, Tanger. La Malva, Midacha, la Moulouïa la limitait à l'orient. La Mauritanie Césarienne s'étendait de la Malva à VAmpsaga, l'Oued el Kebir. La Numidie allait de VAmpsaga au Tusco. L'Afrique propre, jiossédée par les coloris Phéniciens fondateurs de Carthage était arrosée par le Bagrada, la Mezdjerda. Cette Afrique propre se divisait elle-même en Zeugitane et en Bizacène. En allant de l'ouest à l'est on trouvait encore successivement la région Syrtique, la Cyrénaïque, la Marmarique, enfin l'Egypte.
Dans l'intérieur au sud des Mauritanies et de la Numidie, selon Salluste et Ptolémée, se trouvait la Gétulie. 'Y-oy.u-zai Sï r^î; u.ï-j MaupiTa-Jtsti; vj Txi-rjv)ix (Plolémée, 1. IV, cap. vi, p. 294, édit. de Wilberg).
Au sud des Gétules habitaient les Mélano-Gétules, les Gétules noirs, qui se seraient étendus entre les monts Sagapola et Ousargala, dont le nom semble être f^ncore rappelé par Ouargla... T&jv WsXolvoyatToûJiwv oï-ivs; ■/.■xzé/^ovai zà ^.iralb toO
locydr^olt ypouç z^t zov OÙirip'x'Ka (Ptolémée, 1. IV, cap. VI, p. 294).
A l'est de la Gétulie se trouvaient les Garamantes, qui habitaient au sud de l'Afrique propre et de la Cyrénaïque. Ces Garamantes étaient, selon Ptolémée (1. VI, cap. vi), le peuple le plus considérable de cette partie intérieure appelée Libye. Garama, Gherma dans le Fezzan, aurait été leur ville principale. Bien qu'Etenne de Byzance (t. 1, p. 150, Lipsirc, 1823) parle des Gétules comme d'un peuple Libyen, dénomination qui d'ailleurs pour beaucoup d'auteurs est synonyme de peuple africain, M. Périer remarque que la plupart des historiens anciens distinguaient les Gétules des Libyens {Des Races dites Berbères, hiMém. de laSoc. d'anthrop., 2" sér., t. I, p. 7, 1875;.
Au sud des Gétules et des Mélano-Gétules, au delà des déserts habitaient les Leucéthiopicns ou les blancs Éthiopiens, puis les peuples Éthiopiens ou Nigri-
tiques, ainsi appelés du nom du fleuve ISigris, le Niger. La Gétulie semble même s'être étendue jusqu'à ce fleuve considéré comme la limite scparative entre l'Afrique et l'Ethiopie, le pays des noirs. Tota Gœtulia ad flumen ISigrin qui Africain ah /ElJiiopia dirimil (Pline, 1. V, cap. iv).
Ces peuples nègres ou nigritiques, qui se trouvaient séparés des Gélules par des déserts, étaient les Gymnètes, les Pharusiens, qui atteignaient l'Océan, et les Pérorses, voisins de la Mauritanie... deinde Leiicœlhiopes habitant. Super eos JEthiopuin génies Nigritce, a quo dictum est flumine : Gymnètes, Pharusiijnm Oceanum attingentes, et quos in Mauritanice fine diximus, Perorsi (Pline, 1. V, cap. vin, p. 215, coll. Nisard).
Quoi(iue sur le littoral de la Méditerranée les Gélules se soient mêlés ;\ux immigrés orientaux, quoique pour la plupart ils paraissent s'y être donné le nom de Numides, quelques Gétulcs au sud de la Cyrénaïque et des .Syrtes semblent néanmoins avoir conservé leur nom propre, car Strabon y signale quel(pies Gélules- à l'ouest des Psylles et des Nasamons, à l'est des Asbysles
et dos Byzaciens, Ottèo Sï rav^c^ (K'jp/;vata;) zai rwv Z-jotswv Wû'XIo-j; xod Nao-apivz; AM Twv raiToù)iWV Tivâ;, eIt 'Auêùara; y.xi Bu^aztouç (1. 11, cap. V, ^ 53,^
coll. Didot).
Anciennement les Gélules paraissent donc avoir occupé ou avoir parcouru les vastes régions limitées au nord-est par la Méditerranée depuis l'Ampsaga, actuellement l'Oued el Kebir, jusqu'aux Syrtes, au pays des Nasamons et à la Cyrénaïque, actuellement les golfes de Gabès et de la Sidre et la Tripolitaine ; à l'est par la Libye et le pays des Garamantes, le Fezzan actuel ; au sud par les Leucéthiopiens et par les Mélano-Gétules, vraisemblablement issus de leur croisement avec les peuples nigritiques, ainsi que par des déserts et par le Niger les séparant de ces peuples nègres, en particulier des Gymnètes, des Pharusiens voisins de l'Océan Atlantique; à l'ouest par l'Océan et par les Pérorses, voisins de la Mauritanie, enfin au nord-ouest et au nord par les Maures des deux Mauritanies Tingilane et Césarienne, actuellement le Maroc et l'Algérie septentrionale. Les Gélules occupaient donc, de la Méditerranée à l'Océan Atlantique, toute la contrée située entre les chaînes montagneuses de l'Atlas d'une part, les grands déserts et le Niger d'autre part, contrée dont la principale partie a reçu le nom de Belad el DJerid, le pays des dattes. Marmol, dans sa description de l'Afrique, en parlant de la Numidie, remarque que « celte partie de l'Afrique que l'on nommoit autrefois Gétulie, d'où estoient les anciens Numides et les anciens Gélules, si renommez dans l'histoire, s'appelle maintenant Biledulgerid, qui signifie le pays^ des dates... Elle commence au Sus éloigné et est bornée de nostrc cobté par les montagnes de la Barbarie, et de l'autre par les déserts de Zahara... » (t. III, I. VII, ch. I, p. 1 ; voy. aussi t. I, 1. I, ch. x, p. 24, trad. de Perrot d'Ablancourt, 1667).
Ces Gélules devaient se diviser en nombreuses peuplades ou tribus, parmi lesquelles on indique parfois les Dares, qui vraisemblablement habitaient les rives de l'Oued Darah, la province de Dara décrite par Marmol (t. III, 1. Yll,ch. ix, p. 9), les Natembles, etc. Suivant Pline, les principales paraîtraient avoir été les Baniures, les Autololes ouAutolales et les Vésunes.
Les Baniures habitaient vraisemblablement l'intérieur des terres. Quant aux Autololes, les plus paissants de tous, ils s'étendaient jusque sur le littoral Océanique, car Ptolémée mentionne, en même temps que les îles Fortunées, oa îles Canaries, une île Autolale, A^roUlcc riiaoç (I. IV, cap. vi, p. 294).
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Les Yésunes, fraction des Aulololes, paraîtraient s'être portés plus au midi auprès des peuples nègres.
Gœtulœ nunc tenent gentes, Baniurœ, multoque validissimi Autololes, et horum pars quondam Vesuni qui avulsi his propriam gentem, versi ad /Elhiopas (Pline, 1. V, cap. i).
Ces Gélules semblent avoir appartenu à la même race que les Allantes ou Alaranles dont parlent Hérodote, Diodore de Sicile, Denys de Mitylène et Pompouius Mêla. Tum primos ab oriente Garamantes, post Augilas et Trogloditas, et ultimos ad occasimi Atlantes audimus (Pomp. Mêla, 1. 1, cap. iv).
D'ailleurs la plupart des anciens liabilants du nord-ouest de l'Afiique, de la Berbérie, avant l'arrivée en ce pays d'inunigrantsde diverses provenances, paraissent s'élre rattachés à cette race des Atlantes, à cette race atlantique, ainsi dénommée par Bory de Saint-Vincent {L'Homme^ t. I, p. 174, etc., 2'^ éd., 1827) et par MM. de Quatrel'ages et Hamy {Crania Ethnica, p. 96).
Al-IIacan, baptisé Jean-Léon dit l'Africain, et Ibn Khaldoun, l'historien des Berbers, semblent désigner les descendants des Gétules sous les noms de Gualatse, Guetala. Ce dernier auteur paraît [les faire descendre de la race des Sanliadja, ainsi que les Targa ou Touarecks du désert (Léon Africain, Africce descriptio,^. 6, H et 658, Lugd. Batav., 1632. — Ibn Khaldoun, Hist. des Berbers, trad. du baron de Slane, t. II, p. 6-4, 1852). La race de ces Sanadjes des Arabes, ou Zenagates des Berbers, que Léon l'Africain dit avoir été appelés Numides par les Latins (p. 45), paraît toujours être celle des anciens habitants de celte contrée; habitants parmi lesquels, dans les temps reculés, on a vu les Atlantes figurer au nombre des plus puissants.
Ces Allanles-Gétules furent sans doute longtemps plus ou moins séparés de la région centrale de l'Afrique, du pays des jNègres, non-seulement par des déserts, mais peut-être par une mer Saharienne. L'existence fort contestée de celte mer semble rappelée, non-seulement par Diodore de Sicile signalant la disparition d'une partie de la Trilonide à la suite de tremblements de terre ayant rompu les terrains la séparant de l'Océan, mais aussi par les nombreux indices géologiques et paléonlologiques remarqués dès l'époque de Pomponius Mêla, qui rapporte que dans l'intérieur, au sud de la Numidie, c'est-à-dire dans la Gétulie, loin du littoral, on voit dans des plaines complètement stériles des arêtes de poissons, des fragments de coquilles d'huîtres et de murex, des rochers paraissant usés p;u" les flots, et d'autres vestiges de l'existence ancienne de la mer jusque dans cette région.
Tov îixsavov iJLzpùv xexXi^uévwv (Diodore de Sicile, 1. III, § 55, p. 167, coll. Didot).
Interius, et longe satis alittore... spinœ piscium, muricum ostrearumqiie fragmenta, saxa attrita [uti soient) fluctibus, et non differenlia marinis... et alia ejusmodi signa atque vestigia effusi olim usqne ad ea loca pelagi, in canipis nihil alentibus esse invenirique narrantur (Pomponius Mêla, 1. 1, cap. vi, p. 607, coll. Nisard).
Les Allanles-Gétules durent se mêler à de nombreux immigrants soit nègres, soit orientaux, soit septenlrionaux. Sans insister ici sur ces immigrants de diflerentes races, on ne peut guère se dispenser de rappeler la singuhère assertion de saint Isidore, évêque de Séville, au commencement du septième siècle . après Jésus-Christ, alors que les Wisigoths étaient maîtres de l'Espagne. S'ap-
puyant sur certaine analogie onomastique, cet auteur prétend que les Ge'tules sont des Gètes s'étant rendus en Libye près des Syrtes, et que par suite les Goths se considèrent comme ayant avec les Maures certains liens de parenté. Gcetuli Getce dicnntur fuisse, qui ingente agmine a locis suis navibus conscendenies, loca Sijrtium in Lijbia occnpaverunt ; et quia ex Gestis vénérant : derivato nomine Gcetuli cognominati sunt. Unde et opinio est apud Gothos ab antiqiia cognatione Maiiros consanguinitate propinquos sibi vocare (Isidore Hispaniensis Originum 1. IX, cap. ii, col. 212. Basile», 1627).
Lors des invasions de l'Empire romain d'Occident par les peuples du Nord, Vandales, Alains, GoLlis, de nombreux immigrants septentrionaux passèrent en Mauritanie, mais rien n'autorise à attribuer à des Gètes très-anciennement passés en Libye le nom des Gétules. Quoique Procope {De Bell. Vandal., 1, § 2) et d'autres auteurs aient signalé la blonde chevelure des Goths, la présence de blonds depuis longtemps remarqués en Afrique ne peut nullement suffire pour leur faire assigner une origine gétique. Broca et M. le général Faidherbe ont constaté dans les tombeaux mégalithiques de l'Algérie la présence de dolichocéphales comparables à ceux de l'Europe. Récemment encore M. Tissot, M. Velain, ont insisté sur le grand nombre de blonds aux yeux bleus habitant le Maroc et l'Ali^érie. Mais on est porté à voir en ces blonds dolichocéphales les descendants d'immigrants septentrionaux venus en Afrique dans les temps préhistoriiiues. Ces blonds habitants de l'Afrique dans les annales égyptiennes, antérieurement au quatorzième siècle avant notre ère, seraient désignés sous le nom de Tamahou. Callimaque [Hymne à Apollon, vers 85, etc.) et Scylax [Peripl., p. 47, Amstelod., I6Ô9) ont signalé de blonds Africains sur la côte Libyenne avant et depuis la fondation de Cyrène, antérieurement au septième siècle avant Jésus- Christ (Faidherbe, Les dolmens de l'Afrique [Congrès intern. d'anthrop. de Bruxelles, p. 406, etc., 1872, et Bull, de la Soc. d'anthrop., 2" sér. , t. V, p. 48, 1870, t. Vlll, p. 118 et 605, 1875]. — Broca et Tissot, Les monum. mégalithiques et les popul. blondes de l'Afrique [Revue d'anthrop., t. V, p. 385, 593, etc., 1875]. — Velain, Bull, delà Soc. d'anthrop-, 2« sér., t. IX, p. 125, 143, etc., 1874).
Mais, sans insister sur ces blonds Africains, qui n'étaient pas des Gétules, on paraît devoir reconnaître chez les anciens habitants de la Mauritanie ayant successivement porté les noms d'Atlantes, de Gétules, les ancêtres des Berbers, des Kabvles,que les descriptions de nombreux observateurs, entre autres de M. Gaillebert d'Hercourt, de M. le colonel Duhousset, de M. Seriziat, de M. Topinard, descriptions portant sur plus de 180 individus, nous dépeignent comme des dolichocéphales étant presque sur la limite de la sous-dolichocéphalie, avec un indice céphalique de 76,73 pour 100 ; comme une race vigoureuse et énergique, aux cheveux de couleur foncée, aux yeux bruns, à la figure moins allongée que les Arabes, qui, venus de l'Orient, habitent actuellement la Berbérie, juxtaposés, sinon mêlés avec ces Kabyles (Gaillebert d'Hercourt, Mensurations d'indigènes de l'Afrique française [Mém. de la Soc. d'anthrop., t. 5, p. 1, 1868]. — Duhousset. Étud. sur les Kabyles du Djurjura, in Bull, de la Soc. ethnograph.,
1872. Seriziat et Topinard, Bull, de la Soc. d'anthrop., 2« sér., t. V,
p. 548, etc., 1870; t. VIII, p. 613, etc., 1873, et 3^ sér., t. IV, p. 438 , etc.,
En terminant ces remarques sur les anciens Gétules, il ne sera pas inutile de rappeler qu'Ibn Khaldoun et son traducteur M. le baron de Slane ont parlé de
€54 GEUNS (Les deux).
tribus portant les noms de Guezoula, de Béni Guechtala (t. I, p. 1G9, 25G), et que M. Camille Sabatier, recherchant les diverses appellations employées par les anciens pour désigner les populations de l'Afrique, tout récemment signalait aussi, au nombre des tribus qui ont « conservé jusqu'à nos jours le nom de Gétules, les Guechtoula, et particulièrement parmi eux les Beni-bou-Addou et les Beni-bou-Kerdaue. Il existe encore des Gétules, Guezoula ou Djethoula, dans l'empire de Maroc. Ils occupent la partie de l'Atlas central marocain, situé au sud du Maroc. Marmol nous les dépeint comme brutaux et grossiers, vivant en sauvages dans les impénétrables forêts de leur pays... » Il est curieux de retrouver ces Africains dont le nom rappelle celui de ces anciens Gétules. Mais, si des <( Guechtooula ou Djethoula, Gétules, vivaient misérablement dans les forêts » [Btill. de la Soc. (Vanthrop., 3^ sér., t. IV, p. 612-615, 1881), d'autres Gétules, ainsi ([u'il a été dit précédemment, habitaient aussi ^les plaines ensoleillées avoisinant le grand désert qui les séparait du pays des nègres.
Sur les descendants des Gétules, sur les Berbors de l'Algérie, du Maroc, du Sahara, on peut consulter dans ce Dictionnaire les articles Algérie, Berbert, Maroc, Sahara, etc. ; voy. aussi Sékégambie, Soudan, etc. Gustave Lagneau.
GEIIDER (Melchior-Friedrich). Médecin allemand, né à Nordlingen, fit ses études à Âltdorf et à Tubingue. 11 alla s'établir ensuite à Stuttgard, où il mourut fort jeune vers la fin du dix-septième siècle. Il avait occupé la charge de médecin pensionné de cette ville. On a de lui :
I. Diatribe de fer mentis variarum corporis animaliumspecificis et particularibus . Acced. . Diss. de orfu animalium. Amstelodami, lti89, in-S- (Geuder nie, dans cet ouvrage, l'existence des ferments spécifiques ; il est facile de se figurer où en était à cette époque cette questionépineuse!). — II. Medicinische Lebensmittel den Mordmitteln Gehema's entgegengeselit. Ulm, 1689, in-8°. — III. Traductions latines de VOstéologie de Clopton Havers (Francfort et Leipzig-, 1692, in-S") et de l'Anatomie de Daniel Tauvry (Ulm, 1694, in-S").
Cet auteur ne doit pas être confondu avec :
Geuder (Johann). Vivait vers le milieu du dix-septième siècle et a publié l'ouvrage suivant :
Oratio de Democrito Abderita cognominalo ab injuria vindicato. Altdorfii, 1665, in-4°.