‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.45Chapitre 63 sur 97 · C-iS GOMMES (matière médicale et chimie · texte numérisé non relu

C-iS GOMMES (matière médicale et chimie

La solution d'arabine diffère de la solution de gomme en ce qu'elle n'est pas précipitée par l'alcool. Desséchée, elle perd sa solubilité, se gonfle à peine dans l'eau, et ne s'y dissout plus, même quand on chauffe à l'ébullition. Par addition d'un alcali, elle donne une solution comme la gomme ordinaire.

Desséchée à 100 degrés, l'arabine a pour composition C'-H^-O" ; entre 120 et 150 degrés, elle perd de l'eau et devient isomérique avec l'amidon et la cellulose; sa dissolution dévie à gauche le plan de polarisation. Portée à la température de 150 degrés, elle se transforme en métaarahine, Vacide métaqummique de Frémy, qui est insoluble dans l'eau. Réciproquement, en soumettant les métaarabates ou métagummates à l'action de l'eau bouillante, on les convertit de nouveau en gummates solubles. D'après Fréray, la gomme des cerisiers et des pruniers, appelée cérasine par Guérin-Varry, ne serait pas autre chose qu'un mélange de gummates solubles et de métagummates insolubles, que l'ébiillilion prolongée avec l'eau transforme en gummates solubles.

L'acide arabique abandonne IPO quand il s'unit aux bases ; cependant, il a une grande tendance à former des sels contenant plusieurs molécules d'acide pour une de base : tel est, entre autres, le sel acide qui a pour composition : C'-H-"CaO", 6C**H--0"; d'autres analogues ou plus complexes encore ont été ])répaiés par Ncubauer et par Heckmeijer avec diverses bases, potasse, baryte, oxyde de métaux lourds, etc.

Les arabates alcalins et terreux sont solubles dans l'eau. L'arabate de potassium, entre autres, forme avec le sulfate de cuivre un composé soluble dans l'eau, ce qui permet de distinguer la gomme de la dextrine.

Une autre réaction qui permet de différencier ces deux corps, c'est que la dextrine ne se coagule pas par le perchlorure de fer, qui précipite au contraire l'arabine; si la gomme est eu morceau, ce réactif la fait adhérer au fond du vase.

Comme la gomme et la dextrine, en solution aqueuse, sont également précipitées par l'alcool, le sous-acétate de plomb, etc., il n'est pas facile de les séparer quand elles sont mélangées, comme il arrive quand la dextrine a servi à lalsifier la gomme. Roussin est cependant parvenu à doser un mélange de ces deux corps par le procédé suivant. On dissout dans l'eau la matière à essayer; par évajioration, on amène la solution à la consistance sirupeuse, on la précipite ensuite par 10 fois son volume d'alcool cà 90 degrés. Le précipité est recueilli et desséché au bain-marie. On en prend 1 gramme qu'on dissout dans 10 centimètres cubes d'eau distillée, puis on l'agite avec 50 centimètres cubes d'alcool à 56 degrés et 0=%'20 (soit quatre gouttes) de perchlorure de fer neutre, en ajoutant encore quelques décigrammes de craie en poudre. Après quelques minutes, on filtre le mélange. En ajoutant à la liqueur qui passe 8 à 10 fois son volume d'alcool à 90 degrés, elle restera limpide, si la gomme était pare; mais elle se troublera plus ou moins lorsqu'il y a mélange de dextrine, parce que cette dernière ne saurait être entrahiée par le chlorure ferrique. En recueillant le précipité, le lavant à l'alcool et le séchant à 100 degrés, on peut avoir ie poids de cette dextrine.

Roussin a en outre profité de ce que les sels de sesquioxyde de fer donnent avec la gomme un précipité (soluble dans l'acide acétique) pour reconnaître la présence de la gomme dans un sirop. Dans un tube de 20 centimètres on verse 1 centimètre cube du sirop à essayer, on finit de remplir le tube d'eau et on ajoute quelques gouttes d'une dissolution de sulfate de sesquioxyde de fer. En

GOMMES (matière médicale et chimie). 647

agitant le mélange quelques instants, il se prend en masse et on peut retourner le tube sans que le liquide s'écoule; c'est ainsi que doit se comporter le sirop de gomme fait dans de bonnes conditions.

Paraarabine. Cette substance accompagne l'arabine dans divers végétaux ; c'est pourquoi nous la mentionnons ici à côté d'elle. La carotte et la betterave, débarrassées de leur suc par compression et par des traitements répétés à l'eau et à l'alcool, étant mises en digestion avec de l'acide chlorbydrique à 1 pour 100 à la chaleur, on obtient une solution dans laquelle l'alcool précipite une gelée qui, sécbée à 100 degrés, constitue une masse blanche. Cette substance se gonfle dans l'eau, se dissout à l'ébullition dans l'eau acidulée, mais est précipit.ible par la potasse et l'alcool. Reichard lui a donné le nom de jmraarabine. Elle ne réduit pas les solutions cupriques, mais est précipitée par l'eau de baryte ou de chaux et par les sels de plomb. Isomérique avec l'arabine, elle a pour formule C^-H-^O'S perd de l'eau à des températures élevées et se transforme en C'^II'W. On connaît les sels de baryum et de plomb de la paraarabine. L'acide nitrique la transforme en acide oxalique, la lessive de soude étendue la convertit en acide niélaarabique. h'agar-ayar {gélose de Payen) contient de la paraarabine.

Arabinose. C^H'-O". L'arabinose, du groupe des sucres de raisin, existe <lans la gomme ou du moins est une transformation de l'acide arabique; ce même acide existe dans la betterave, où il était désigné sous le nom de métapectique avant qu'on eût reconnu son identité avec l'arabine. Il en résulte que le sucre appeléj^eciose, obtenu aux dépens de l'acide métapectique, est identique avec l'arabinose.

On obtient l'arabinose en faisant bouillir du sucre de lait avec i partie d'acide sulfurique à J/5 et 2 parties d'eau. Pour la préparer, il est préférable de soumettre l'arabine à une oxydation ménagée, en la chauffant au bain-marie avec de l'acide sulfurique dilué; on neutralise ensuite par le carbonate de baryum, on concentre et on précipite par l'alcool.

L'arabinose se présente en prismes rhombiques, solubles dans l'eau ; elle est douée de la propriété de dissoudre les terres alcalines. L'acide nitrique la transforme en acide oxalique. Elle réduit la liqueur de Fehling, mais n'est pas fermentescible.

Avec l'oxyde d'argent Ag-0, elle se convertit en acides glycolique, oxalique et lactonique; avec l'amalgame de sodium, elle fournit de la dulcite.

Falsifications. La gomme arabique est souvent falsifiée avec les diverses variétés de qualité inférieure qui ont été décrites plus haut; les caractères extérieurs que nous avons assignés à ces variétés permettront aisément de reconnaître la fraude. La confusion n'est pas facile non plus avec la gomme du pays, dont nous indiquerons les caractères plus loin, avec la gomme de Kuteera, la gomme de Caramanie, la gomme éléphantine, etc., qui seront également décrites plus bas. Nous signalerons encore la gomme artificielle ou gommeline; ce n'est pas autre chose que de la dextrine, résultant de l'action de la diastase sur l'amidon, concentrée à consistance sirupeuse, desséchée à l'étuve, à laquelle on a donné la forme de gomme par des moyens mécaniques. Les réactions propres à la dextrine permettront aisément de la distinguer de la gomme •arabique. Nous avons donné ci-dessus, d'après Roussin, les moyens de doser un jnélange de gomme arabique et de dextrine.

2" Gomme adragante. HISTORIQUE. La gomme adragante est mentionnée

6 4S GOMMES (matière m k d i c a l e et chimie).

dès le troisième siècle avant l'ère chrétienne par Tliéophraste, qui lui assigne comme lieu d'origine la Crète, le Péloponèse et la Mcdie; les médecins grecs et arabes en parlent. Au moyen âge, elle arrivait en Europe par l'intermédiaire des villes commerçantes de l'Italie. Pierre Belon décrivit, vers 1550, la récolte de la gomme adragante telle qu'il l'avait observée en Asie Mineure, et Tournefort, en 1700, constata sur le mont Ida, en Candie, la façon curieuse dont la gomme s'écoule de la ])lante vivante.

Sécrétion. La gomme adragante n'est pas, comme on l'a pendant longtemps admis, un produit de sécrétion des cellules. Elle est le résultat d'une modification [)arliculièie, morbide, des membranes de certaines cellules de la moelle et des rayons médullaires de la tige et des rameaux; par suite de cette modification, à laquelle on a donné le nom de gélification, ces mêmes membranes s'épaississent considérablement au point de remplir presque complètement la cavité cellulaire et deviennent de consistance cornée. Puis, sous rinllncncede la grande quantité d'eau absorbée, elles se ramollissent, se gonflent énormément, et, exerçant alors une forte pression sur les parties périphériques de la tige qu'elles déchirent, elles s'échappent au deliors sous forme d'une masse gélatineuse, qui ne tarde pas à durcir au contact de l'air. En un mot, la gomme adragante est simplement de la cellulose transl'orm('e. Elle se rapproche beaucoup des mwci/a^es, qui se produisent dans les cellules périphériques des graines du coing, du lin et du l'iantago psyllmin. Mais, tandis que la gomme adragante est le résultat de la gélification de la membrane cellulaire tout entière, dans les mucilages, cette gélillcation porte seulement sur la couche moyenne de la membrane, dont la couche externe se cutinise et forme une mince cuticule.

Origixe et production. La gomme adragante est fournie par plusieurs espèces de Légumineuses-Papilionacées du genre Astragaliis, notamment VAstragaliis gummifer I.abill., de l'Asie Mineure, VAslragalus vents Oliv., de la Perse occidentale, V Astragahis adscendens l'.oiss., des montagnes du sudouest de la Perse, VAxlragalus microcephalus Willd., arbuste très-répandu depuis le sud-ouest de l'Asie Mineure jusque dans la Turquie et l'Arménie russe, VAstragalus creUcus \.amk [Tragacantha cretica Tourn.), commun dans l'île de Candie et auquel J. de Martins a spécialement attribué la production de la gomme vermiculée de Morée, VAstrogalus cylleneus Boiss. et lleildr., qui abonde dans les montagnes du nord de la Morée.

Jadis on se contentait de recueillir la gomme exsudée spontanément de ces végétaux et elle arrivait dans le commerce en belles lames blanches (Flûckiger et Hanbury) ; d'après llaussknecht, la gomme venant du Kurdistan et de la Perse est également en grande partie un produit d'exsudation spontanée. Mais cette gomme, écoulée spontanément, n'est généralement pas en lamelles blanches, comme celle dont il vient d'être question; elle est en masses mammiformes ou botryoïdes, présentant au plus les dimensions d'un pois et un éclat cireux louche avec une coloration brunâtre ou Jaunâtre. En général, on facilite l'issue du suc mucilagineux soit par des piqîires, d'où la gomme s'écoule en filets minces qui se concrètcnt en fragments vermiculés, plus ou moins contournés, soit par des incisions larges et profondes, pénétrant jusqu'i la moelle, qui laissent exsuder la gomme en larges plaques. On recueille le produit lorsqu'il est durci.

La gomme récollée en Asie Mineure est pour la plus grande partie apportée à !^myrne dans des sacs de deux quintaux. Elle est alors divisée en différentes qualités avant d'être expédiée en Europe : telles sont la gomme en plaques ou

GOMMES (matière médicale et chimie). t5'50

en feuilles, la gomme en vermisseaux ou en filets et la gomme commune on en sorte. Celte dernière variété est presque exclusivement achetée par les juifs espagnols. Nous ne décrirons que les deux principales variétés et la gomme connue sous le nom de pseudo-adragante :

1" Gomme en plaques ou gomme de Smyrne. Le meilleure de toutes, elle paraît être récoltée principalement dans les environs de Gésarée. Ce sont des plaques plus ou moins grandes, de 1 à 4 centimètres de long sur 1/2 à 1 centimètre de large; elles sont plates, arquées, blanchâtres, semi-transparentes et marquées à leur surface de stries courbes, semi-lunaires, concentriques, comme si la gomme encore molle avait été expulsée au dehors par des efforts consécutifs.

2<* Go)nme vermiculée ou en filets. Ce sont des filets minces, aplatis et contournés, longs de 2 à o centimètres, larges de 2 à 5 millimètres, fortement striés dans le sens delà longueur; il en est qui sont blanchâtres, comme la gomme en plaques, et presque aussi estimés qu'elle; mais le ])lus souvent ils sont jaunâtres ou rougeàtres. Une partie de la gomme vermiculée vient de l'Asie Mineure, mais on la récolte surtout en Grèce. Les filets rougeàtres, ordinairement (rès-fins, constituent la sorte inférieure connue sous le nom de gomme de More'e.

La variété de gomme adragante, récoltée dans le Kurdistan et en Perse et expédiée de Bagdad, surtout en Angleterre, est en beaux et volumineux fragments, plus translucides et rubanés que la gomme choisie venant de Smyrne; cette variété est connue sous le nom impropre de gomme adragante de Syrie.

0° Gomme pseudo-adragante ou de Sassa, nommée quelquefois dans le commerce gomme de Ba-isora, fournie par YAstragalus gummifer Labill., espèce très-répandue dans le Liban, l'Asie Mineure centrale et le nord du Kurdistan. Il ne faut pas la confondre avec la véritable gomme de Bassora, qui est la gomme Kuteera. Elle est en plaques comme la gomme de Smyrne, mais les morceaux sont généralement plus épais et de couleur plus foncée. Elle est en somme de qualité inférieure et se distingue des bonnes qualités par d'autres caractères que nous indiquerons plus bas.

La gomme adragante arrive en France d'Alep, de Smyrne et de l'Archipel grec, en caisses de 90 à 120 kilogrammes; nous en recevons annuellement, en France, pour environ 150 000 francs. Elle est expédiée encore de Constantinople et du golfe Persique, mais en moindre quantité, du moins à destination de la France.

Caractères généraux et stricture microscopique. La gomme adragante de bonne quulité est de couleur blanchâtre, opaque ou à peine translucide, inodore et insipide; immergée dans l'eau, elle se gonfle considérablement, se désagrège et constitue, au bout de quelques heures, un mucilage épais et bien lié; son pouvoir d'absorber l'eau est tellement considérable que, même avec 50 fois sou poids de ce liquide, elle forme un épais mucilage.

Le mucilage, examiné au microscope, laisse voir, au milieu d'une masse gommeuse amorphe, des parois de cellules et même des cellules entières, dont les parois sont plus ou moins transformées en matière gélatineuse; les portions cellulosiques restantes sont colorées en violet par le chlorure de zinc iodé ; des grains d'amidon, plus ou moins globuleux, de 15 à 20 u. de diamètre, sont disséminés dans la masse et apparaissent surtout au centre des cellules. Ces

6à0 GOMMES (matière médicale et chimie).

restes de parois cellulaires et ces grains d'amidon se voient aisément aussi lorsqu'on examine la drogue sur des tranches minces dans l'huile ou tout autre liquide qui n'attaque pas la gomme. La lumière polarisée met alors nettement en évidence la matière amylacée et cellulosique. Dans une section mince imbibée d'une solution d'iode dans l'induré de potassium, puis humectée d'acide sulfurique concentré, les parois cellulaires et l'amidon prennent une coloration bleue.

La gomme en plaques et la gomme vermiculée donnent un mucilage également épais, quoique celui de la dernière variété soit moins bien lié; une autre différence, c'est que le mucilage de la gomme en plaques se colore à peine par l'iode, tandis que le mucilage de la gomme vermiculée prend une coloration bleue très-nette dans les mêmes conditions; il faut en conclure que la. gomme vermiculée renferme plus de matière cellulosique et d'amidon. Ce qui le prouve encore, c'est que délayée dans l'eau froide elle laisse toujours un résidu insoluble, jusqu'à la moitié de la quantité totale dans les qualités inférieures, et la partie insoluble bleuit fortement par l'iode. Le résidu insoluble est bien moins abondant avec la gomme en jdaques. A l'ébullilion cette dernière se dissout presque entièrement.

La gomme pscudo-adraganto forme également avec l'eau une solution mucilagineuse assez homogène,' mais cette solution étendue d'une quantité d'eau suffisante se sépare, bien plus nettement que la gomme vermiculée, en deux parties, une supérieure limpide et une inférieure floconneuse, colorée en bleu par la solution aqueuse d'iodhydrate ioduré de potassium; les parties de cellulose et les grains d'amidon y sont infiniment plus abondants que dans la gomme adragante, comme on le constate à l'examen microscopique.

En ajoutant 1 partie de gomme à 100 parties d'eau et filtrant le liquide, oii obtient une solution qui jouit des pi^opriétés suivantes : elle est neutre et n'est pas modifiée par la teinture d'iode, l'eau de chaux et l'acétate de plomb neutre; elle est précipitée abondamment par le sous-acétate de plomb et se mêle, en restant claire, avec une solution concentrée de chlorure ferrique ou de borax; elle diflère par là de la gomme arabique; cependant elle lui ressemble en ce que l'oxalate d'ammonium la trouble et que l'alcool la précipite; mais ce précipité, floconneux, se rassemble en une seule masse opaque et muqueuse, et est difTérent de celui que forme la gomme arabique. Le résidu qui reste sur le filtre constitue un mucilage, légèrement trouble, visqueux, non adhésif, formant une masse très-cohérente par la dessiccation : c'est la bassorine, adragantine, tragacanthine ou astragaline, qui a pour composition C^H'^O^.

La bassorine existe non-seulement dans la gomme adragante, mais encore dans la gomme pseiido-adragante, la gomme d'acajou, celle de Simarouba, dans celle de Nopal et dans un grand nombre de mucilages, pai'tout mélangée avec une quantité variable d'arabine, très-faible dans la gomme adragante, et avec des principes pectiques.

Pour obtenir la bassorine pure, on épuise la gomme pseudo-adragante, qui contient outre de l'arabine environ 61 pour 100 de bassorine, ou bien la gomme adragante, qui renferme également un peu d'arabine à côté de la bassorine, dans l'eau froide qui dissout l'arabine, puis on traite le résidu gonflé à plusieurs reprises et en alternant par de l'alcool renfermant de l'iicide chlorhydrique et par de l'eau, jusqu'à ce que les liquides provenant des lavages ne renferment plus de matières minérales.

GOMMES (matière médicale et chimie). (iôl

La bassorine desséchée se présente sous la forme d'une masse incolore ou blane jaunâtre, translucide, ferme, inodore et insipide, inaltérable à l'air, insoluble dans l'eau dans laquelle elle gonfle et forme une gelée. Elle ressemble à la cérasine, mais n'est pas identique avec elle selon Frémy. Par l'ébuUilion avec les alcalis étendus d'eau, elle ne se transforme pas, comme la cérasine, en arabine, mais en une gomme soluble, qui se distingue de cette dernière en ce qu'elle est précipitée par l'acétate neutre de plomb (Frémy). D'après Guérin-Varry, i'ébullition avec l'acide sulfurique étendu d'eau transforme la bassorine partiellement en sucre, mais ce sucre n'est pas fermentescible comme celui que fournissent l'arabine et la cérasine dans les mêmes conditions. L'acide nitrique la convertit en acide mucique ou en acide oxalique, suivant la proportion employée.

FALSIFICATIo^'s. La gomme adragaute vraie est fréquemment falsifiée avec la gomme pscudo-adragante dont nous avons donné les caractères différentiels; avec la gomme àiiedeMosul, qui ne paraît être qu'iuie gomme adragante de mauvaise ■qualité qu'on mélange quelquefois avec la bonne, à Smyrne ; avec la gomme de €aramanie [Hog gum tragacanth des Anglais), sur laquelle nous reviendrons en traitant des gommes diverses.

On vend de plus sous le nom à' adragante d'Afrique une exsudation produite par une plante de la famille des Sterciiliacées, le Sterculia tragacantha Lindl., exsudation qui ressemble plus ou moins à celle des Astragales, mais forme des fragments plus cassants et ne renferme pas de traces d'amidou.

Remarquons encore qu'on fabrique quelquefois des gommes artificielles avec des substances féculentes, fraude facile à reconnaître à l'aide du microscope.

Quant aux mélanges de poudre de gomme adragante et de gomme arabique, on les reconnaît par dissolution dans l'eau; la solution, additionnée d'alcool à 50 degrés Baume, devient opaline et, au lieu de quelques flocons blancs comme avec la gomme adragante pure, on obtient de nombreux filaments blancs qui s'attachent au vase; de plus, selon Planche, quelques gouttes de teinture de résine de gayac la colorent en bleuâtre, tandis que la solution de gomme adragante pure reste incolore.

3" Gomme du pays ou gomme nostras. Cette substance , encorc appelée gomme de cerisier, se recueille sur les cerisiers, les merisiers, les pruniers et les amandiers, de l'écorce desquels elle exsude spontanément.

Son mode de formation est encore controversé. Selon quelques auteurs, MM. Prillieux et Van Ticghem entre autres, elle serait produite, comme la gomme adragante, par gélification des membranes de certaines cellules de la moelle et des rayons médullaires. M. Trécul pense, au contraire, qu'elle résulte d'une excrétion des fil)res ligneuses de la couche génératrice, ainsi que de la transformation de leurs parois et de leur contenu. Il explique, à l'appui de son opinion, que par suite d'un apport trop considérable de sève et d'une nutrition exagéiée des tissus en formation, comme on les observe par exemple à la suite de pluies abondantes, il se fait une résorption d'éléraenls anatomiques qui provoquent la formation de lacunes à la partie interne de l'écorce et à la face externe de l'aubier; la gomme se dépose dans ces cavités accidentelles et parfois longtemps après leur production; elle apparaît en petits mamelons gélatineux sur les parois des lacunes corticales, qu'elle remplit peu à peu, et dans les cavités -qui se sont formées aux dépens de l'aubier.

La gomme nostras se présente dans le commerce en gros morceaux irrégu-

Cr>2 GOMMES (matière médicale et chimie).

lièrement arrondis, luisants, plus ou moins transparents, de couleur brune ou rougeàtre. Pas plus que dans la gomme arabique on n'y rencontre jamais la moindre trace de débris organisés, ot en cela elle se distingue nettement de la gomme adragante. Elle ne renferme qu'une très-petite quantité de gomme solultle ou arabine; elle est en majeure partie composée d'un principe appelé cérasine^ qui n'est autre chose qu'une niodilîcalion isomériquc de l'arabine; elle se gonfle peu à peu dans l'eau sans produire jamais de mucilage épais comme la gomme adragante; elle ne contient pas d'amidon, car elle n'est pas colorée par l'iode.

En réalité, comme on le voit, la pomme des cerisiers consiste en un mélange d'arabine ou plutôt d'arabale de cahium solujjle et de métaarabine (cérasine) ou métaarabate de calcium insoluble. Ce dernier, soumis à l'ébuUition avec de l'eau, se transforme en arabate soluble [voy. plus haut).

•4° Gommes diverses. Nous Comprenons sous ce titre divers produits d'exsudation se rappiochant plus ou moins de la gomme arabique ou de la gomme adragante, qu'ils servent parl'ois à falsilier, tels que la gomme élépkantine, la gomme de Caramanie, la gomme de Nopal, la gomme d'acajou, etc., puis des sucs végétaux qui portent à tort le nom de gomme et ne sont autre chose que des résines ou des gommes-résines. Tels sont entre autres la gomme d'Anacarde, résine produite par le Semecarpus anacardium L. f. [voy. Skmecarpcs), la gomme de Manguier, résine exsudée du Mangifera indica L. {voy. MajicuiEii), la gomme de Bancoulier, résine provenant de ÏAleurites triloba Forst. {A. Molluccana Willd.), et toujours parmi les résines les gommes animé, caragne, copal, dammar, de genévrier ou sandaraque, de lierre ou hédérine, etc., enfin parmi les gommes-résines la gomme d'euphorbe, la gomme-gutte, la gomme séraphique (le sagapénum), la gomme Hycaya ou Hucar, provenant des Spondias, etc.

Revenons aux gommes proprement dites, que nous traitons d'après leur ordre alphabétique.

Gomme d'acajou. Ce produit, qui a beaucoup d'analogie avec la gomme arabique et peut la remplacer dans les arts , provient de V Anacardium occidentale L., qui est le Cassuvium pomiferum Lamk [voy. Anacarde).

Gomme angico. Produite par Y Acacia angico Mart., est employée au Brésil aux mêmes usages qu'en Europe la gomme du Sénégal à laquelle elle ressemble beaucoup.

Gomme de caramame, ainsi nommée d'une ville de l'Asie Mineure; c'est le Hog gnm tragacanth des Anglais, quelquefois expédiée de Bassorah en Angleterre et pour ce motif encore appelée gomme de Bassora, bien distincte toutefois de la gomme pseudo-adragante et de la gomme de Kuteera, qui portent parfois également ce nom; la gomme de Caramanie passe pour être un produit d'exsudation des pruniers et des amandiers; elle est en masse noduleuse, d'aspect cireux, brun foncé, se gonflant peu à peu dans l'eau en une masse blanche volumineuse; comme elle est de coloration loncée, on la blanchit préalablement avec du blanc de plomb; on la distingue de la gomme arabique et de la gomme adragante par la forme anguleuse de ses fragments et par la présence du plomb qu'on reconnaît par les réactifs ordinaires.

Gomme éléphantine ou Gomme de Féronia. Elle provient du Feronia elephantum Corr., arbre de la famille des Aurantiacées, commun dans toute

GOMMES (matière médicale et chimie). 653

l'Inde, depuis les vallées chaudes de l'Himalaya jusqu'à Ceylan, et également abondant à Java. Le suc exsudé recouvre l'écoroe d'un enduit brillant, comme vernissé, facile à briser en fragments brillants et transparents lorsqu'il est sec. Cette gomme est de belle qualité et peut remplacer pour un grand nombre d'usages la gomme arabique, à laquelle elle est du reste souvent substituée frauduleusement.

Ou la rencontre parfois sous forme de petites larmes arrondies, transparentes, presque incolores, et plus fréquemment en masses stalactiformes noduleuses, brunâtres ou rougeàlres, plus ou moins foncées.

Dissoute dans deux parties d'eau, elle forme un mélange plus visqueux que la gomme arabique, rougit le tournesol et est précipitée, comme la gomme arabique, par l'alcool, l'oxalatc d'ammonium, les silicates alcalins, le chlorure ferrique, mais non par le borax; celte même solution est précipitée par l'acétate neuti"e de plomb et par la baryte et ne l'est pas par la potasse. Après précipitation par l'acétate neutre de plomb, le liquide restant contient encore une faible quantité d'une gomme en apparence identique avec la gomme arabique, mais différente en ce qu'elle n'est pas précipitée par le sous-acétate de plomb. La gomme éléphantine est légèrement dextrogyre, « = 4 degrés. En la traitant à plusieurs reprises par l'acide nitrique, on obtient d'abondants cristaux d'acide mucique.

Gomme de Kuteera, encore appelée Gomme de Bassora par quelques auteurs. Drogue dont l'origine botanique est douteuse; les uns, et c'est le cas de la plupart des auteurs allemands, la font venir de ï Acacia leucophlœa Roxb., les autres d'un Mesembryanthemum ou d'un Cactus; il est certain que cette gomme se rapproche assez des gommes de Cactées, de la gomme deXopal, par exemple ; mais elle se rapproche également des gommes fournies par le Slerculia et de celle qui exsude d'une Ternstrœmiacée, le Cochlospermum Gossijpiiim, à tel point que Guibourt incline à croire qu'elle serait produite par plusieurs Slerculia, le Si. tragacanthe d'Afrique, le St. urens, le St. racemosa, el en partie par le Cochlospermum que nous avons cité. Quoi qu'il en soit, cette gomme nous vient des Indes Orientales.

Ce sont des morceaux de forme diverse, fréquemment aplatis, parfois anguleux ou arrondis et même contournés, blancs ou jaunâtres, farineux à la surface, moins transparents que la gomme arabique, mais plus que la gomme adragante, répandant une faible odeur acétique. Elle forme avec l'eau un mucilage mal lié, qui la rend impropre à tous les usages; quand on ajoute une grande quantité d'eau à la solution, les éléments de la gomme tombent au fond de l'eau.

La gomme de Kuteera paraît ne pas renfermer d'amidon, car elle n'est pas colorée en bleu par l'iode; d'après Guibourt, on voit cependant dans son mucilage, examiné au microscope, quelques rares grains de fécule, spbériques et assez volumineux. Elle a souvent une réaction acide que Guibourt attribue à un commencement de décomposition. Enfin, elle contient environ 8 pour 100 d'arabine, et le reste est formé de bassorine.

Gomme de mesquite. Produite par plusieurs espèces d'Algarobes de l'Amérique du Nord, le Prosopis dulcis Kunth et le Prosopis glandulosa Torr. et Gr.; elle se récolte principalement dans l'Arkansas et le Texas, au moven d'incisions faites aux branches. Cttle gomme est entièrement soluble dans l'eau comme la gomme arabique, dont elle paraît cependant difierer par

654 GOMMES (matière médicale et chimie).

qnelques-unes de ses réactions. Elle sert aux États-Unis à la confection des pâtes pectorales.

Gomme de jSopal. Cette gomme, fournie par ÏOpiintia vulgaris Mill, et par plusieurs espèces voisines, vient du Chili. Elle a beaucoup de rapports avec la gomme de Kuteera. Elle est en concrétions vermiculées ou mamelonnées, blanc jaunâtre ou rougeàtre, translucides ou demi-opaques, d'une saveyr fade et un peu acre; elle crie sous la dent. Dans l'eau elle gonfle et blanchit, mais ne forme pas de mucilage. Elle est colorée par l'iode superficiellement en bleu noirâtre. Au microscope on y reconnaît des granulations amylacées et des cristaux d'oxalate de calcium, dont la présence est constante. La gomme de Nopal ne peut être d'aucune utilité ni dans les arts, ni en médecine.

Gomme sapote du Chili. Gomme en larmes arrondies, parfois très-volumineuses, brun noirâtre, vitreuses à l'intérieur, incomplètement solubles dans l'eau et répandant une odeur de viande pourrie, qu'on a parfois attribuée à une falsification parla gélatine; elle ressemble du reste à la gomme de cerisier, mais est un peu plus soluble. D'après des échantillons du droguier Guibourt, apportés par Gaudichaud, on pense que c'est une Capparidacée, le Destrugesia scabrida, qui fournit cette gomme. Elle vient du Chili et du Pérou.

11. GOMMES-UÉSliNES. On donne ce nom à des sucs particuliers, qu'on rencontre dans les végétaux, à l'état d'émulsion dans l'eau, et qui exsudent, soit spontanément, soit par incision, sous forme de liquides plus ou moins fluides, qui se solidifient à des degrés variables, au contact de l'air, par évaporation d'une partie de l'eau qu'ils renferment.

De même que les huiles essentielles et les baumes, les gommes-résines sont sécrétées par des organes spéciaux, existant aussi bien dans les tiges que dans les racines et même les fruits. Ces organes sécréteurs sont constitués tantôt par de longues lacunes entourées de petites cellules closes remplies de substance granuleuse (comme dans les tiges de lierre), tantôt par des vaisseaux utriculeux formés de grosses cellules plus ou moins allongées, juxtaposées bout à bout en files longitudinales (comme dans les racines des Convolvulacées, oij ils ont été décrits comme des Lalicifères) , tantôt enfin par des vaisseaux lacticifères particuliers {Lalicifères non articulés) formés de cellules très-ramifiées dont les rameaux les plus grêles se terminent en cul-de-sac (comme dans la tige des Euphorbiacées).

Les gommes-résines consistent en un mélange de gomntes [Arabine ou Bassorine), de résine, d'huile volatile, d'eau et de sels. Partiellement solubles dans l'alcool concentré, l'alcool dilué les dissout complètement; avec l'eau elles donnent une émulsion opaque. L'ammoniaque, le carbonate d'ammoniaque, les alcalis, y forment des savons qui tiennent la gomme-résine en suspension dans l'eau; on peut aussi employer comme intermèdes quelques gouttes d'huile d'amandes douces, du jaune d'œuf, de la gomme arabique. Les unes sont inodores; d'autres sont douées d'une odeur plus ou moins forte, sofuvent très- agréable.

Les gommes-résines sont fournies généralement par des plantes herbacées; les résines proprement dites viennent, au contraire, le plus souvent de plantes ligneuses. Les plus importantes sont fournies par des végétaux appartenant aux familles des Ombellifères [Asa fœtida, Sagapénum, Galbanum, Opopanax), des Téiébintliacées (ZiHcens, Myrrhe, Bdelliuin), des Convolvulacées {Scammonée), des Clusiacées [Gomme-gutte), des Euphorbiacées {Gomme-résine d'Euphorbe)

GOMMES (emploi médical).

et des Araliacées {Gomme-résine de lierre). Eq voici, d'après M. G. Planchon, les caractères distinctifs :

Page 1