L. Hahn et E. Lefèvre
g II. Emploi médical. 1" GoMMEs PROPREMENT DITES. La gomme arabique est employée comme émollient dans diverses irritations ou inflam-
656 GOMMES (emploi médical).
mations de la gorge, du tube digestif, des voies respiratoires, de l'appareil urinaire, etc. Elle est dénuée du reste de toute action physiologique, et les effets obtenus par certains auteurs en l'injectant dans les veines des animaux ne diffèrent pas de ceux que détermine tout autre corps étranger dans les mêmes circonstances.
En sa qualité de substance colloïde, la gomme, introduite dans le tube digestif, gêne les phénomènes d'exosmose, et dès lors sa présence dans l'eau en quantité un peu notable a pour effet de prévenir ou d'atténuer l'entérorrhée qui se produit d'habitude par l'abus des boissons aqueuses. Son action à ce point de vue est semblable à celle de l'albumine. C'est ce qui constitue sa supériorité sur la plupart des autres tisanes.
La gomme, en formant un enduit sur la muqueuse gastro-intestinale, s'oppose à l'absorption; c'est ce qui explique l'emploi de son mucilage comme antidote dans les eni[ioisonnements; elle a l'avantage en outre d'agir comme adoucissant sur les surfaces qui sont irritées par les poisons acres.
Entin, on se sert de la poudre de gomme pour arrêter les hémorrbagies consécutives à l'application des sangsues.
En pharmacie, la gomme arabique est employée, k titre d'excipient et de correctif, dans un grand nombre de médicaments, soit en poudre, soit en mucilage; la variété du Sénégal, renfermant un peu plus d'eau hygrométrique, doit être préférée pour la préj)aration des mucilages artificiels et des pâtes.
On administre la gomme soit par fragments (lavés et séchés sur un tamis), qu'on laisse lentement se dissoudre dans la bouche, soit en tisane, dissoute dans l'eau (15 à 50 pour lOÛO), soit enfin eu pastilles ou en sirop.
Les pastilles ou tablettes de gomme sont composées avec :
2( Poudre de gomme arabique 7
Gomme aiabique entière 1
Sucre en poudre 24
Eau de fleur d'oiajjger 1
Laisser dissoudre la gomme entière dans l'eau de tleur d'oranger; passera travers un linge et former avec ce mucilage et le reste de la gomme mêlée au sucre des tablettes de 1 gramme.
Le sirop de gomme se prépare avec gomme arabique ou du Sénégal 1 kilogramme, eau l'^'',5, sirop de sucre 10 kilogrammes. On lave préalablement la gomme à deux reprises, puis on la fait dissoudre dans son poids d'eau filtrée, on passe le mucilage à travers un blanchet, sans expression, puis ou l'ajoute au sirop de sucre n-arquant 1,50 de densité à la température de l'ébuUilion; on passe au premier bouillon.
Le sirop de gomme précipite abondamment par l'alcool à 90 degrés; mélangé avec un volume d'alcool égale au sien, il se redissout par l'agitation; avec un volume double d'alcool, il ne se redissout plus. Chauffé à l'ébullition avec une solution concentrée de potasse caustique, il prend une couleur ambrée, mais ne noircit pas; une solution d'iode le colore en jaune, jamais en rouge. Tels sont les caractères distinctifs du sirop de gomme, surtout lorsqu'il est frais.
Roussin a proposé, pour faire l'essai de la gomme, uu réactif foi'mé d'une solution de sulfate ferrique neutre renfermant pour 10 centimètres cubes 1 gramme de fer. En ajoutant 1 centimètre cube de cette liqueur à 1 centimètre
GOMMES (emploi médical). 657
cube de sirop de gomme étendu de 5 volumes d'eau, on doit obtenir une masse gélatineuse solide. Nous ne dirons rien du procédé sacchariraétrique proposé par Soubeiran; il est excellent, mais trop compliqué.
Enfin la gomme entre dans la potion gommeuse on julep gommeux, qui se formule de la manière suivante :
grammes.
^ Gomme arabique pulvérisée 10
Sirop (le somme 50
Eau distillée de Heurs d'oranger 10
Eau commune 100
On triture la gomme avec le sirop dans un mortier de marbre et on ajoute les autres substances. C'est un excellent vébicule pour une foule de médicaments qu'on veut administrer à doses fractionnées.
On obtient le julep héchique en mélangeant 120 grammes d'infusion d'espèces bcchiqucs avec 50 grammes de sirop de gomme.
Le mucilage (le gomme arabique, dont nous avons indiqué plus haut l'emploi, s'obtient avec parties égales de gomme arabique pulvéïi-ée et d'eau froide; on mêle dans un mortier de marbre.
Enfin la gomme arabique forme la base de toutes les pâtes employées en pharmacie ; elle constitue la partie essentielle des pâtes de guimauve, de jujubes, de réglisse, de dattes, etc. Nous ne décrirons pas ici la préparation de ces pâtes, qu'on trouve dans tous les traités de pharmacie.
La gomme adragante jouit, de même que la gomme arabique, de propriétés émoUientes qu'on met quelquefois à profit dans certaines inflammations du'tube digestif; la dose en est de 2 à 4 grammes. On peut du reste l'employer sous les mêmes formes que la gomme arabiipie, en poudre, en mucilage, en sirop (gomme \, sirop de sucre 250), etc.
Le mucilage est toujours plus visqueux que celui de gomme arabique, à cause des substances insolubles qu'il tient en suspension. Si l'on prend 1 partie de gomme pour 9 d'eau (mucilage du Codex), on obtient un mucilage semblable à de l'empois et très-propre à la confection des tablettes. 1 gramme de gomme dans 150 grammes d'eau lui communique une viscosité suffisante pour en faire un véhicule utile d'un grand nombre de médicaments {potions mucilagineuses).
Remarquons encore que pour préparer le mucilage de gomme adragante il est préférable de ss servir de gomme entière : on obtient ainsi un produit plus consistant et mieux lié qu'avec la poudre.
Gubler recommande d'ajouter du mucilage de gomme adragante au sirop de chloroforme, afin qu'il resto indéfiniment homogène. Ce même mucilage entre dans les pastilles, les pilules, etc.
Cependant en pharmacie la gomme arabique sert plutôt que la gomme adragante comme véhicule de certains médicaments tels que le calomel, par exemple, qu'elle invisque ou aide à maintenir en suspension. Mentionnons encore la gomme arabique saturnine, très-usitée en Allemagne comme topique, et qui s'obtient en mêlant à une solution de gomme de l'acétate de plomb neutre dissous dans l'eau distillée; le précipité lavé à l'eau est séché à une douce chaleur, puis pulvérisé.
Ouelqu''fois on emploie, pour dissimuler les substances actives destinées anx^ enfants, de la poudre de gomme adragante composée; celle-ci renferme
DICT. ENC. 4° s. IX.. 42
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outre de la gomme adragante, de la gomme arabique, de l'amidon et du sucre.
Les gommes du pays et les autres variétés de gommes décrites plus liaut n'ont aucun emploi médical,
2" GojiMES-iiÉsiNES. Les gommes-résines sont en général stimulantes et anticatarriialos {galbanum, sagnpénum, myrrhe, gomme ammoniaque), parfois épispasti(iucs {euphorbe), drastiques [scammonée, gomme-gutte), antispasmodiques {usa fœlida), etc. .Nous renvoyons à tous ces mots pour l'étude particulière de leur mode d'action. Nous nous bornerons ici à donner quelques généralités sur les préparations pliarmaceutiqucs où elles entrent.
Plusieurs pliarmaco()ées picscrivent de purifier les gommes-résines par dissolution dans l'eau, le vin, le vinaigre ou mieux l'iiydralcool, sous l'influence de la chaleur; on passe ensuite avec expression et on évapore au bain-marie.
Mayet a indiqué pour celte opération un procédé qui a été adopté par le Codex, mois <pii n'est guère applicable (|u'aux gommes-résines d'Ombelliteres fasa lœtida, galLiannin, sagapénum, gomme auimouiaque). On concasse le produit, on le fait boiillir avec deux tiers de son poids d'eau dans une bassine tarée, jusqu'à division complète; après refroidissement on ajoute assez d'alcool à 90 degrés pour Inriner par son mélange avec l'eau qui reste de l'alcool à 60 degrés, le meilleur dissolvant des gonanes-résines d'après l'auteur cité. La solution hydralcoolique est alors passée avec expression à travers un linge, puis évaporée en consistance pilulaire dans le bain-marie d'un alambic qui permet de recueillir la plus grande partie de l'alcool employé.
11 est nécessaire, dans ce procédé, de calculer la quantité d'alcool à 90 degrés à ajouter pour parfaire de l'alcool à 60 degrés. La bassine étant tarée, on connaît par la diiférence de poids celui de l'eau évaporée et par conséquent celui de l'eau qui reste; en représentant par P ce dernier poids, on obtient le poids x d'alcool à 90 degrés par la formule suivante :
Px6o
11 suffit parfois, pour purifier les gommes-résines, de les traiter à trois ou quatre reprises différentes par de l'eau à 70-75 degrés, puis de passer en exprimant légèrement; on obtient un magma gluant qu'on épuise par un mélangea parties égales d'essence de térébenthine «.t d'eau à une douce chaleur, puis on passe et on évapore à consistance convenable. Ce procédé n'est applicable qu'aux gomnies-iésines de basses sortes, car celles de bonne qualité en seraient plutôt altérées que bonifiées.
Les gommes-résines étant toutes odorantes, il est bon de les tenir à l'abri du contact de l'air.
Poudre. On doit pulvériser les gommes-résines par un temps froid, pour éviter leur agglutination, et ne recourir qu'à une simple trituration; on peut encore se servir d'un |)ilon à large tête, mais il ne faut jamais agir longttraps sur la même quantité, de crainte qu'elle ne se ramollisse par la ch.deur produite; il ne faut jamais dessécher préalablement à l'étuve, malgré la prescription du Codex, vu que, |iar ce moyen, le produit est dénaturé par suite de l'évaporation de l'huile essentielle qui eu est le principe actif. En somme, la pulvéïisation est une opération difficile, sinon impossible. La poudre finit du reste toujours par s'agglomérer en une masse adhérente.
GOMMES (pathologie). 659
Émuldoii. On obtient l'émulsion des gommes-résines par l'excellent procédé de Poullenc, en les broyant tout d'abord avec quelques gouttes d'huile d'amandes douces (5 à 6 gouttes par gramme), puis en triturant le mélange avec de l'eau qu'on ajoute par petites portions. U est des gommes-résines qui peuvent s'émulsionner sans addition de mucilage étranger, celles entre autres qui, comme la gomme ammoniaque, renferment une quantité suffisante de gomme pour tenir en suspension la résine divisée. Cependant il vaut mieux, en général, se servir de mucilage ou de jaune d'œuf, qui rendent l'émulsion plus stable.
Teintures alcooliques. On les prépare par macération dans l'alcool à 80 de- ^és; l'alcool plus faible ne dissout qu'imparfaitement les gommes-résines.
Solutions huileuses. En traitant les gommes-résines par de l'Iniile, la résine et les huiles essentielles sont dissoutes et la gomme reste. On ne se sert çuère de cette forme de médicaments.
Pilules. Quand les gommes-résines entrent dans la composition de pilules, il est bon d'y joindre un véhicule soluble pour en favoriser la division, quoiqu'elles soient en général pins facilement divisées par les .sécrétions intestinales que les résines. Si on veut les associer au camphre, il ne faut pas perdre de vue que celui-ci présente la propriété singulière de les ramollir; cela est vrai surtout du galbanum, du sagapénum, de l'asa fœtida et de la gomme ammoniaque.
Emplâtres. Un grand nombre d'emplâtres renferment des gnmmes-résines ; avant de les incorporer, on les dissout et l'on évapore la solution à consistance d'extrait.
Fumigations. Les gommes-résines, et l'encens en particulier, servent quelquefois en fumigations odorantes ou stimulantes. L. Hah.v.
GOii:viES. TrMErRS gommeuses'. § I. Le terme de gommes, gummi ou yummœ, gumniata ou gummatœ, gummo^^itates (l.at.), v.ou.m (Gr.), cama (Egypt. ou Copte, Littré), employé d'abord par le vulgaire pour désigner certaines éruptions du mal français, a été introduit, presque aussitôt, dans le vocabulaire des médecins, par Fracastor selon les uns, par Massa selon les autres. Ces deux assertions sont inexactes : d'une part, en effet, Fracastor, qui est anléiieur à Massa, s'étant servi du mot ■■ gummi », il ne peut être question de Massa pour la priorité; et, de l'autre, il ne nous a pas été très-difficile de retrouver le terme dans un auteur antérieur à Fracastor.
Après avoir en vain cherché dans Nicolas Léoxicèse (1497), François de Vil- LALOBOS (1498), et dans toute une série d'auteurs des premières années du seizième siècle, notamment A>'T. Bemve.mo (1o02), A>gelo Bolog.m.m (lotiT), Nicolas Poll (lol7), etc., nous avons trouvé dans Jean de Almesar (1512, édit. citée fol. VIII). gumi employé comme un terme usité, et sans commentaire : « Pro gumis, vel nodis, accipe radiées allée; « et nous ne doutons pas qu'il soit possible, en faisant de plus longues recherches, de le retrouver à une époque encore plus reculée.
En 1514, Jea> de Yigo décrit très-nettement, parmi les sympfômes du mal français, des apostèmes froids, parmi lesquels les nodi et les taupes, mais nous n'avons jias pu rencontrer dans son traité le mot de gomme.
A lire la Lrillante, mais trop libre traduction de A. Pottox (Lyon, 1 865, in-8%
» Cet article comprend deux parties séparées : la première, Gowwe» en général et Gommes scrofuleuses, par Er>t:st Besmee ; la seconde. Gommes syphilitiques, par J. Rollet.
600 GOMMES (p.vihologie).
chap. m, p. 25) : « Il est une doctrine erronée qu'on a voulu propager, c'est que les collections purulentes, les abcès, les tubercules, les tumeurs gommeuses, loin d'être le résultat du mal l'rançais, sont dus aux effets pernicieux des frictions mercurielles — », il semblerait que le chevalier Ulrich de Hctten (1519) se soit servi du terme de gomme. Mais la chose cesse d'être aussi claire dans la traduction faite en 1522, par Jehan CHEriADAME [voy bibliogr.), du même passage, que voici : « Et en cet endroit l'opinion d'aucuns auteurs est (( faulse qui disent que telle collection de humeurs, enfleures, de gouttes nouez, « que cela ne s'ensuyt point de la maladie, mais cela advient à ceux lesquels (( ont esté frottez en onguent composé avec vif argent. » C'est donc un point à vérilier sur l'original.
Jacques D'ABÉTHENCouni (1527), le premier auteur qui ait écrit en France sur le mal français, décrit les gommes syphilitiques aussi clairement que cela peut être fait aujourd'lini, mais il ne piononce pas le mot.
Jérôme Fracastor (1550), ainsi que nous l'avons dit plus haut, a écrit. « fjunimi » ; mais il i'aul, en réalité, arriver à Nicolas Massa (1552), pour trouver quelques notions vraiment scientiliques sur les gommes : ce ne sera donc que justice de transcrire ici quelques passages de son livre extrêmement romanjuable; nous les empruntons à une édition ipie le professeur Four.mer a mise à notre disposition avec la libéralité giacieuse que chacun connaît. Cet exemplaire, petit in-4", porte en tèle :
NicoLAi Massa, arlium et medicinœ doctoris, liber de morbo gallico nouiter editus, in quo omnes modi possibiles sanundi ipsum mira quadam et artificiosa doctrina continentur. ut stndioso lectori patebit. Et au dernier feuillet : ExpUcit liber de morbo Gcdlico ab excellentissimo artinm et medicine doctori NicoLAO Massa, Veneto œditus. Venetiis in œdibus Francisci Bindom, ac Maphei Pasim, siimma diligëlia impressus. Anno Domini millesimo qidngentesimo septimo Mensis Jul/i (voy. la bibliographie, pour la rectification de la date).
Voici les extraits : Ego sepe sludiose aperui pustulas dicti morbi, et qiûiuis. extra apparebant rubicTidœ,liel alterius eoloris. Apertis tamen basis et fundus eral quedâ alba,densauiscosa, que nil aliud quâ fleuma, ex quattuor humoribus ^ dicipotest. HâceUdein materiam î/hZ/hu/s quotidie in apostematibus duris, quas iiulgares gumas appellant, nâ quâdo incidîilur, aiit ex se rumpTdur, sunt pleaa inateriœ albe, Tdscose, et aliquando, eu liuiditate, quâdoque iiero eu rubedine aliqua secliduni diuersam admixtione. Vidi etià sepissime in anathomiis corporum mortuorum, palienti dum uiuerint morbTi Gallicum cJi doloribus, nntllaui quantitaiê mat eriœ albe, viscose, in lacis iibi erant dolores que quâdoque uidi ipsam dura et aliquando molliorë : Vt in anathomizatOy 1524, qui laborabat tali morbo cTi doloribus crurû, ut affirmabant eorum uicini, etc., hocin locisdolorTi qiiando fuerunt incisa, imiëla est ista materia^ alba, uiscosa, quœ adherebat pâniculo cooperienti crus... [Primi Tract., cap. iiii).
...Pretereasunt apostemata dura adherëiia panniculi et ossibus, vt sût ossa furcule pectoris, crurUl et frûtis, que a uulgaribus gdme appelldtur. Sequitur pterea, vlcera maligna cTï maximo dolore dû de nouo fuit, etc., corrosio mala ossis (Pr. Tr., cap. vi).
Et quandoqiie perlongantur (dolores), cûmateria estmulta aut grossa ; quod si uirtus expulsiua est fortis, tune post diulurnos dolores fiunt tuborosiiates
GOMMES (pathologie). 661
sine apostemata dura maJa quas mdgares gumas appellant, qiioniam expeUitur materia quœ retinehatur... {Pr. Tract., cap. v).
Le chapitre iiii du V« livre est intitulé : De modo resolvendi, maturandi et uperiendi apostemata dura sive gumas; il faudrait le transcrire tout entier; l'art de traiter les gommes n'a jamais été mené plus loin avant l'emploi de Viodure de potassium.
II. Quelle est la raison qui a fait appeler gommes par le ^'ulgaire (a vulgaribiis) certaines productions pathologiques du mal français?
Est-ce parce que les tumeurs ressenihlent morphologiquement aux gommes des arbres, cemulantia gummas arhorum. comme dira plus tard G. Falioi'e ? Ou bien la dénomination serait-elle venue de ce que le liquide qui s'écoule des tumeurs ouvertes ressemble à la gomme au moment où elle s'écoule des arbres, ou autrement de la dessiccation de ce produit à la manière de la gomme? C'est ce dernier point qui a prévalu dans ^'esprit de Fracastor, quand il a écrit les vers suivants {Sgphilidis lib. I) :
Ut sœpc cerasis, mit Phyllidis ai-borc tristi, Vidisli pingueni ex udis vianare liquoretn Corticibus, mox in lentum dui-escere gummi, Haiid secus sub labe solct per corpora mucor Diffluere : hinc démuni iii lurpein concrescere callum.
N. Massa ne s'explique sur ce point que d'une manière incidente: le vulgaire appelle les apostèmes durs des gommes parce que ces tumeurs laissent écouler leur contenu, et rien d'autre {voy. plus haut l'extrait du chap. v).
Pour van Swietex, c'est la consistance de la tumeur comparée à celle de la gnmme non encore complètement solidiliée qui justilic la dénomination : Tumores illi.... gummi vel giimmota vocantur quia gummi, ex arborum cortice stillans, concretum jam, et aeve exsiccattim, nondum tamen omnino induratum et fragile, satis apte referunt (édit. cit., t. V, p. 458).
C'est cette thèse qui va prédominer dans la suite, et rester générale jusqu'à l'époque actuelle, où tout le monde semble attribuer la raison étymologique du terme à ce que le liquide contenu dans les gommes, à une certaine péi'iode de leur évolution, a la consistance d'une solution de gomme.
III. Prétendre que le terme de gomme a toujours été appliqué exactement, par les svphiligraphes anciens, à ce que nous appelons ainsi aujourd'hui, serait une exagération ; mais ne pas reconnaître avec quelle précision relative et avec quelle précocité de vue ils ont saisi le caractère générique de ces altérations serait faire preuve d'une lecture insuffisante de leurs ouvrages. Non-seulement ils ont reconnu les gommes syphilitiques dans le tissu cellulaire et dans la peau, dans les muscles et dans les os, mais encore dans les viscères ; en vain dira-t-on qu'ils ont confondu ces lésions avec d'autres altérations, cela n'est vrai que partiellement et à titre relatif, car ils ne manquaient pas détenir compte, dans l'appréciation, des commémoratifs circonstanciés : Aperto capite rustici lue venerea inquinati, tria gummata candida inhœrebant durce membrance (A. Molinetti, Sepidchretuin, 1. IV., sect. ix, § 9, p. 1669), etc.
Yirchow ne manque pas de reconnaître que les anciens auteurs avaient parlé longuement des lésions viscérales de la syphilis, mais, à propos des altérations du foie qui les avaient portés à considérer cet organe comme le siège principal de toute la maladie, il ajoute que leur doctrine était purement scolastique; en ce qui concerne le foie, on peut accepter la contestation, mais les observations
662 GOMMES (pathologie).
anatomiqucs de ces auteurs sont précisément d'autant plus remarquables qu'ils avaient moins de moyens précis de constater la nature élémentaire de ces lésions anatomiques, lesquelles ils jugeaient cependant, à bon droit, être sypliilitiques.
C'est aux époques ultérieures que la confusion de choses et de mots se présentera vraiment manifesle, et c'est surtout pour ces périodes que le lecteur ne devra jamais accepter la valeur du mot gomme, employé sans qualificatif, que sous bénélice d'inventaire, tandis que diverses autres expressions, telles que nodus. tophus, loupes, stéatomes, méliceris, etc., pour être exactement interprétées, doivent être souvent rap.porlées aux gommes en général, et particulièrement aux gommes syphilitiques. Une revue rapide des principaux auteurs du dix-liuilièine et du dix-neuvième siècle, qui ont traité de la matière, est indispensa])lc pour se rendre un compte exact de cette question; elle nous permettra de montrer à quel point la fortune du mot gonune a été laborieuse et peu brillante jus(|u'à l'époijue actuelle.
.I.-L. Petit a décrit des gommes syphilitiques et des gommes scrofuleuses dans l'exposé qu'il a fait des signes des « exostoses véroliques et des exostoses itcrofuleuaes », maison ne trouve pas le mot gomme dans le Traité des maladies des os.
AsTRuc traite de la question des gommes de la manière la plus confuse, et en reproduit^ant à peu près exactement la division de G. Fallope : Les tumeurs gomlueuses, écrit-il léà'il. cit., p. H, 76, 77), sont constituées par la lymphe devenue virulente qui, arrêtée en divers points, irrite la région oii elle séjourne, et y (( dégénère en un kyste membraneux » ; c'est ainsi, ajoute-t-il. que se forment en différentes parties « ces tumeurs gommeuses ou enkystées qui portent le nom de Méliceris, d'Athéromes ou de Stéatomes, suivant que la matière qui y est contenue ressemble à du miel, à de la bouillie ou à du suif, par sa couleur et sa consistance » ; la même cause détermine les nodus au périoste, les topkus dans les ligaments, et les ganglions dans les nerfs et dans les tendons. On le voit, si Astruc était à peu près aussi informé que nous le pouvons être aujourd'hui sur le mode pathogénique initial de la formation des gommes, sa nomenclature indit|ue à quelle confusion on arrivait dans la pratique.
Van SwiETEK (édit. cit., § 549, p. 867 et suiv., t. 1) appelle gommes les tumeurs osseuses qui ont une consistance comparable à celle de la gomme dosarbres non encore complètement soliilifiée; elles sont, pour lui, le plus ordinairement, d'origine vénérienne, mais non toujours ; les nodus et les tophus sont des tumeurs de même siège anatomique et de même ordre; ils ne diffèrent des gommes que par leur consistance un peu plus ferme pour les tophus, notablement plus ferme pour les nodus {voy. aussi id., t. V, § 1456, p. 458).
Van SwiETEis n'ignore pas l'action des gommes sur le tissu osseux, et il sait que celles qui sont intra-crâniennes peuvent produire l'épilepsie : Gummala auteni venerea soient fréquenter ossa, quihus insidunt, corrumpere carie; vel, si intra cranium luereant, preniendo mole suâ encephalon, nocere possunt (édit. cit., t. III, § 1075, de Epilepsia, p. 410).
Dans la nosologie de Sauvages, c'est avec peine qu'on parvient à découvrir le mot de gommes; cependant (t. LX, édit. cit., p. 377), dans l'énumération des accidents éloignés de la syphilis, on trouve « des ulcères dans lu gorge, des gommes dans le nez, des caries duns les os du crâne », et, dans un autre endroit (t. X, p. 54) où la même récapitulation se retrou\e, l'auteur se sert, au lieu du mot de gommes dans le nez, de celui de polypes dans le nez. La constatation, en
GOMMES (pathologie). 665
fait, cependnnt est juste, car les gommes sous-muqueuses des fosses nasales constituent un des accidents les plus importants de la série gomnieuse externe.
MoHGAGNi, dans sa cinquante-huitième lettre, comme toutes les autres diffuse, mais riche de l'"aits, rappelle les observations antérieures, déclare que les gommes n'ont pas pour siège exclusif le périoste et les os, mais qu'on les rencontre dans les viscères; qu'elles ne sont pas toujours en niasses ou tumeurs, mais qu'elles peuvent être diffuses; enfin qu'elles ne sont pas toutes de nature vénérienne. Malgré cela, il faut reconnaître combien demeure confuse et relativement peu avancée la pathologie vénérienne en ce qui concerne les gommes; la thérapeutique consiste toujours à inciser, exciser et extirper le produit morbide.
A la période suivante, la question ne prend ni ampleur ni clarté ; il semble même qu'elle se rétrécisse de plus en plus : Lorrv (p. 435) prononce le mot de gomme tout à fait incidemment, à la fin de l'article consacré au Mélicéris, au Kérion de Celse et à la Mélitagre de Galien ; après avoir rappelé qu'il faut attribuer la plupart de ces altérations au vice herpétique [herpeticum virus), il ajoute : Al ssepè venerea lues talia invexit mata, quœ tune vulgato apud chirurgos nomine gummi dicuntur, oh naturam mucosam et sordide purulentam.
J. IkxTER n'écrit le mot de nodus qu'à propos des lésions des os, des tendons ou des aponévroses (édit. citée, p. 564, 612, 615); j'ai en vain cht-rché le mol gomme; lorsque les nodus se ramollissent, c'est qu'un « abcès » se forme dans leur intérieur ; son contenu n'est pas un véritable pus, mais ordinairement « un mucus ou une matière visqueuse » ; ce sont les mêmes termes qu'au temps de Massa; c'est la même pratique qu'au temps de Fabrice D'AQUA^ENDE^TE : Si la guérison ne se produit pas par le traitement mercuriel, ou par l'action du vésicatoire, il faut ouvrir très-largement, etc.
Avec SwÉDiADR, on rétrograde encore : le mot gomme n'est prononcé que très-accessoirement et à propos des affections syphilitiques des os : « Les auteurs, dit-il, ont encore employé, pour ces sortes de tumeurs (exostosis et periostosis), différentes autres dénominations vagues par lesquelles ils voulaient désigner ou leurs divers sièges, ou leurs différents degrés de dureté, d'où les noms : Tophus, Nolus, Gummi. Plusieurs ont réservé ce dernier nom aux tumeurs qui viennent quelquefois sur les aponévroses des muscles, et ils ont appelé Nodus un gonflement qui est moins dur et plus élastique au point qu'il cède à la pression du doigt, et Tophus lorsque la tumeur est très-dure » ; ce qui est le contraire de ce que dit van Swieten.
Les gommes ne devaient pas échapper à la révolution qui avait décrété la suppression de la spéciûcité; et voici où Ton en était au commencement de ce siècle. En 1817, Cullerier, l'auteur de l'article Gomme du Dictionnaire des sciences médicales, écrit ce qui suit : « On a donné ce nom à une espèce de tumeur syphilitique qui se forme dans le voisinage des os (sic), et qui contient une matière à laquelle on a trouvé de la ressemblance avec le mucilage demiliquide de la gomme arabique. Le langage médical ne veut plus admettre une expression aussi impropre, et dans un ouvrage de la nature du Dictionnaire des sciences médicales il ne doit y avoir que des termes dont la signification soit exacte et précise. Les tumeurs dont il est question sont des abcès dans lesquels les caractères inflammatoires sont peu marqués parce qu'ils ont lieu dans des parties dont les propriétés vitales sont peu actives (!). «
CG4 GOMMES (pathologie).
Pour LoBSTEiN, le terme de gommes ne veut pas dire autre chose que périostoses gommeuses ; leur contenu ressemble à un mucilage de gomme arabique demi-liquide, dont la couleur est rougeàlrc et semblable à celle de la gelée de groseille ; ce liquide est simplement épanché et n'a aucune acrimonie , la seule lésion de voisinage consiste dans une légère infiltration séreuse du tissu cellulaire, etc. Tout cela est inférieur aux observations des premiers auteurs et bien plus limité dans l'idée.
Vingt ans après Ccllerier, la situation n'a pas changé : L.-V. Lagneau, dans l'article Gomme du Dictionnaire de médecine (1856), reproduit ce qu'a dit CoLLERiER : « Ces tumeurs sont produites par le virus syphilitique ; elles siègent aux environs des os, et contiennent une matière gluante comparable à un mucilage de gomme adragante... Ce sont de vrais abcès dont le pus ne s"est loriné que par un travail inllainmatoire long et peu intense... ». Dans son Traité pratique des maladies syphilitiques (1828, p. 452), le même auteur avait décrit les tumeurs gommeuses comme des « espèces d'exostoses également causées par un vice syphilitique invétéré, mais qui sont beaucoup plus molles que le> nodus...; sur la tète, elles présentent tous les caractères des loupes ordinaires à celte région et qu'on connaît sous le nom de taupes ».
En \S'ô6,])ESRVELtEs {Traité pratique, etc.) décrit les gommes comme produites par l'irritation de la surface externe du périoste, du tissu cellulaire souscutané « La gomme cède à un traitement antiphlogistique actif <> ; et en
1840-1841 [Lettres), il écrit : « Ce phénomène très-commun du temps de Fallope et de Feriiel, alors qu'on abusait du mercure, se montre rarement aujourd'hui.
Dans la table du magnifique Traité des maladies de la peau de Rayer (2« édit.), ouvrage qui n'a été surpassé par aucun en ce pays ni en d'autres, on ne trouve pas le mot Gomme; toutefois, en cherchant au mot Massa, on trouve « tumeurs gommeuses », et, page 450 : c Les tumeurs gommeuses, placées plus profondément que les tubercules sous-cutanés syphilitiques, et situées le plus fréquemment sur les os, sont souvent suivies d'ulcères en forme de trous ; elles accompagnent rarement une première éruption vénérienne » ; mais Raîer a le mérite (p. 415 et p. 450) de citer les textes de Massa et de Fallope.
En 1858, Ph. Ricord [Traité prat. des maladies vénériennes, p. 660), au sujet du traitement des accidents tertiaires, écrit un court chapitre intitulé : Tumeurs gommeuses. Nodus; mais le mot de gomme ne se retrouve pas dans le chapitre; le terme employé est : tubercules profonds du tissu cellulaire, tubercules ou tumeurs. Quant à la description clinique, elle est, comme toutes celtes de ce maître illustre, irréprochable ; la partie thérapeutique seule reste toujours arriérée : le vésicatoire, la cautérisation et l'énucléation chirurgicale, sont encore proposés ; les choses sont en 1858 où elles en étaient trois siècles auparavant, et le chapitre de Massa que nous avons cité plus haut contient tout cela et bien autre chose. Daus les notes à Hunier (1845), si remarquables à tant de titres, on ne retrouvera pas le mot de gommes ; ce sont toujours les « tubercules souscutanés. 9
A la vérité, Caze.nave avait décrit, en 1845 Traité des syphilides), les « tumeurs gommeuses » parmi les « symptômes concomitants » des syphihdes, mais on voit aisément qu'il parle de choses qui lui semblent nouvelles : a Un des symptômes concomitants, dit-il, le plus curieux, est celui qui a été désigné par çwe/^Mes pathologistes sous le nom de tumeurs gommeuses ». Il montre
GOMMES (pathologie). 665
cependant là ses qualités de grand observateur ; alors que Lagîneau, dans l'article cité tout à l'heure, déclarait que les gommes n'étaient jamais le fait d'une infection récente, ce que d'autres, et J. Hu.nter en particulier, avaient cependant annoncé (édit. cit., p. 546), il signale la précocité en quelques cas des gommes, précocité sur laquelle Mauriac devait plus tard (1874-1881) appeler l'attention d'une manière si précise et si exacte.
La table alphabétique dcsraaiières de la Clinique iconographique de l'hôpital des Vénériens (1851) ne contient pas le mot gomme, mais à la lettre T on trouve trois observations de tumeur? gommeuses représentées pi. XXXI, XXXVlll; et au mot Cceur, pi. XXIX, indiquée une « dégénérescence tuherculiforme du lissu sous-cutané. Accident tertiaire » que Ricorû décrit très-nettement et assimile aux « tubercules syphilitiques », mais sans prononcer le mot ^omme. Et de même pour une série d'autres magnifiques gommes admirablement dessinées et décrites en divers autres points de l'ouvrage, ayant leur siège dans les os, les muscles, le foie, le poumon, etc., mais toujours sans que l'assimilation soit faite franchement et complètement, alors que cette assimilation avait été formulée dès les premiers âges de la syphiligraphie et consacrée par les meilleurs auteurs des siècles suivants, par Morgagni, par exemple. Aussi ne faudra-t-il pas trop s'étonner de voir Gibert écrire en 1860 (!) (t. Il du Traité pratique des matadiex de (a peau et de la sgphilis) cette phrase étrange : « On a assimilé à ces gommes (gommes du tissu cellulaire sous-cutané) certaines petites {sic) productions tuberculoïdes que l'on a rencontrées dans les viscères, et notamment dans le cerveau, le poumon, le cœur et le foie, etc. Mais peut-être bien cette assimilation est-elle, dans l'état de la science, un peu trop h;isardée. »
De 1825 à 1855, les tables, générales ou partielles, du Bulletin de la Société anatO)nique, ne portent pas une fois le mot gomme, ni tumeur gommeuse; mais j'ai déj;") prévenu le lecteur que, sur ce point, les tables présentaient universellement une défectuosité déplorable. Cependant, dans le volume de 1851, p. 141, au cours d'un rappoit de Lebert sur une observation de Dcfour, intitulée Dialhèse syphilitique probable. Carie des os du crâne, du tibia. Cirrhose du foie, on trouve une étude neuve et pleine d'intérêt des tumeurs gommeuses; en vain Lebert a cherché l'existence « d'un tissu syphilitique spécial ». Dans la discussion qui a suivi son ra|iport, je relève avec soin une phrase de Deville, bien propre à montrer à quel point rudimentaire en était ^core, de 4840 à 1850, la notion clinique des gommes. « M. Lebert, dit-il, nous a donné une description étendue des gommes : or, à une époque oii on enlevait ces tumeurs, qu'on ne savait pas guérir (cette époque, étant donné l'âge de Deville, était toute l'écente), j'en ai examiné plusieurs et je ne leur ai pas trouvé les caractères qu'il nous donne » .
La collection entière des tables des Archives générales de Médecine, de 1822 à 1877, ne contient qu'une seule fois le mot de « Gommeuses {lum,eurs) », avec l'indication de la page 584, t. XVIII. Celte unique indication n'est pas même exacte quant à la page ; c'est au fascicule suivant, page 585, que se trouve l'excellent mémoire de \erneuil sur les Tumeurs gommeuses de la région inguinale (année 1871).
Il faut donc arriver à notre époque pour voir le terme de gomme rétabli dans les limites oii il avait été institué, après avoir été, pendant plusieurs siècles, de plus en plus mal compris, au grand détriment de la pratique. Sous l'influence des doctrines antispécifiques la conlusion devint extrême dans les esprits, et au
666 GOMMES (pathologie).
milieu du présent siècle les chirurgiens enlevaient encore les tumeurs gommeuses, les confondant soit avec des tumeurs communes, soit avec des fumeurs cancéreuses! On trouve partout cités des exemples de ces eri-eurs déplorables, de ces mutilations de malheureux syiihililiques, et de ces opérations vraiment blâmables pratiquées par des chirurgiens oublieux du précepte de MERCOhULis rappelé souvent par Ricono : Ciim viderelis morhura quempiam communibm remediis non curari, patate esse morhum gaUicum cognominatum.
Assurément, le nombre de ces fâcheuses erreurs va diminuant, mais nous acquérons presque chaque jour encore la preuve que les retardataires, ou les médecins au diagnostic facile, existent toujours; c'est à eux que les guérisseurs de cancer sont redevables de l'ample moisson qu'ils n'ont jamais cessé de trouver dans les tumeurs gommeuses sypliililicpies de la mamelle, du testicule, de la langue, etc., qui sont trop souvent méconnues et considérées comme des tumeurs cancéreuses!
On peut dire cependant qu'à l'époque actuelle l'accord est établi entre les médecins sur ces faits; personne ne conteste que certaines lésions ou certaines tumeurs peuvent avoir des caractères objectifs insuffisants pour leur faire attribuer d'endjiée la qualification de syphilitiques, alors que l'épreuve thérapeutique démontre surabondanunent (|ue telle est leur nature. En vain a-t-on dit et répète-t-on même aujourd'hui dans quelques pays étrangers que la guérison d'un néoplasme, même rapide, par l'iodure de potassium, n'implique pas, ipso facto, la nature syphilitique de ce néoplasme. Il faudrait d'abord établir quelles sont ces néoplasies, supposées non syphilitiques, qui sont ainsi jugulées par l'iodure de potassium, et en préciser la nature. En fait, pour la pratique immédiate, cela importe peu, pourvu que l'on n'oublie pas de faire bénéficier les^ malades en temps opportun de la dernière chance qui leur reste avant la mutilation.
C'est seulement vers l'année 1849, avec les travaux de Dittrich sur les « exsudats lardacés » de la syphilis constitutionnelle, que commence la période véritablement scientifique de l'élude des gommes, continuée en France par Robin, par Leiîert, par Vernecil, etc., et en Allemagne par un grand nombre d'auteurs au premier rang desquels l'illustre Virchow ; la Pathologie cellulaire, la Syphilis comtitulionnelle et la Pathologie des tumeurs (1859 1865), contiennent le plus magnifique tribut qui ait été apporté à cette question. Depuis cette époque, l'histoire clinique et anatomo-pathologique des tumeurs gommeusesn'a pas cessé de progresser, et les travaux de Ricord, de Diday, de Rollet,. de FouRxiER, de Lakcereaux, de Cornil, de Mauriac, etc., en France; de Sifr-
MUND, RiLI.ROTH, WaG.NER, RlNDKLElSCH, ZeISSL, KaPOSI, AuSPITZ, NeUMANS, CtC, CtC.,.
en Allemagne et en Autriche, ont amené cette histoire au point où elle est aujourd'hui.
IV. Le lecteur trouvera à l'article Syphilis et aux divers articles relatifs aui tissus, régions ou organes, les faits de détail particuliers à cette vaste question, que nous ne pourrions exposer ici dans son entier sans empiéter; au titre général, que nous avons seulement mission d'indiquer ici, voici ce que nous avons à dire.
Si l'accord est à peu près complet entre les médecins sur l'histoire clinique des gommes syphilitiques, il est loin d'en être ainsi au sujet de leurs caractères anatomiques élémentaires; c'est encore en effet par le nombre des histologistes qu'il faut compter le nombre des opinions émises. Mais c'est là pure affaire de
GOMMES (pathologie). 667
temps et de perfectionnement technique ; les données actuelles sont suffisantes et la spécilicilé des gommes est élabiie sur des bases que les révolutions de l'histologie ne sauraient atteindre ; tout en bénéticiant des progrès de la science anatomique, la pathologie ne doit pas accorder aux oscillations de ce progrès plus dimportince quelles n'en comportent, et surtout elle ne doit pas abandonner le droit de rob>ervation clinique.
Sans s'éloigner beaucoup de la réalité, on peut concevoir, à titre général, les gommes de la manière suivante sous le rapport de leur mode paihogénique, de leur constitution élémentaire, et des phases qu'elles parcourent dans leur existence fatalement éphémère : Au début, il se développe dans le ti.^su cellulaire général, ou dans la trame conjonctive des organes, un cenire vasculaire irritatif qui naît sous l'action directe d'un élément propre, irréductible, spécifique, arrêté ou fixé en un point déterminé (nodule primaire). A la seconde période, de progrès et d'état, autour du foyer initial, les nodules embryonnaires se sont accrus en nombre et en volunîc, et ils présentent chacun une partie centrale en voie de régression, et à leur périphérie une zone proliférante; leur réunion constitue une tumeur qui écarte et refoule les éléments anatomiques normaux en déterminante son voisinage des lésions formatives simples, variables avec le siège anatomique et topographique de la néoplasie. A la troisième et dernière période, les centres de régression se sont réunis, et la partie centrale de la tumeur est ramollie; le néoplasme peut alors subir des phases complètes de caséification atrophique et même de résorption, ou bien évacuer son contenu par destruction d'un point de sa paroi propre et propagation du processus spécifique aux tissus de rapport.
A ces phases anatomiques correspondent des phases cliniques depuis longtemps connues — période de crudité — période de maturation ou de ramollissement; période de résorption et d'atrophie, de caséification ou d'évacuation au dehors. — Dans ce dernier cas, ce n'est pas une simple irritation ou nécrose des tissus périphériques qui préside à la perforation, mais une véritable propagation à ces tissus du processus gommeux donnant lieu à une ulcération spécifique qui va envahir les tissus bien au delà des limites nécessaires à l'évacuation du néoplasme, et prolonger les troubles morbides bien au delà du terme de l'évolution du centre gommeux, de la gomme proprement dite. Cette dernière période, très-variable dans les désordres qui lui afparlieiment selon le siège topographique et anatomique de la gomme, non moins que dans sa durée, a une importance considérable au point de vue des altérations définitives qu'elle réalise, soit dans le tégument externe, soit dans les viscères.
Les gommes peuvent être uniques ou multiples, solitaires ou conglomérées, on peut les rencontrer dans tous les points de l'économie; aucun viscère n'en est exeni|it. Indépendamment des caractères propres qu'elles peuvent présenter selon leur nature, c'est-à-dire selon la maladie dont elles ne sont qu'une détermination localisée, leur siège anatomique et topographique détermine des modifications dans la forme, l'évolution et la terminaison, qui rendent nécessaire la division de leur étude ou de leur description, selon le plan adopté dans ce Dictionnaire.
V. Ce sont seulement les caractères les plus généraux des tumeurs gommeuses, abstraction faite de leurs localisations, que nous avons indiqués dans les lignes qui précèdent ; alors même qu'il leur faudrait apporter complément ou correction, ils n'en resteraient pas moins la résultante ou la formule abrégée
668 GOMMES (p.vthologie).
des productions auxquelles s'applique le nom générique de gommes. Or, pourrat-il échapper à quelqu'un que la syphilis n'est pas la seule adultération de réconomie qui puisse donner lieu à de semblahles productions? Le « bouton >> du farcin chronique, le tubercule de Laennec, elc, ne viennent-ils pas à l'esprit, et ne pourrait-on pas appeler ces lésions des gommes au même titre? Oui assurément; ce n'est pas d'aujourd'hui que la question est posée {voy. les mots Tubercule, Farcin).
Sur le tégument externe en particulier, ou dans les parties du squelette et des muscles dont les lésions sont apparentes au dehors ; les cliniciens savaient depuis longlenqis que nombre de tumeurs comparables aux nodus syphilitiques n'étaient cependant pas dues à la syphilis, et si le terme de gomme ne leur avait pas été appliqué, c'est que ce mot était, en réalité, très-peu usité, tombé en désuétude, puis enfin, comme nous l'avons montré, complètement réjeté au commencement de ce siècle.
Aussitôt (jue, grâce aux progrès de l'anatomie pathologique, la nature fies tumeurs gommeuses ducs à la syphilis a été universellement reconnue, le mot gomme a repris sa place dans le langage médical, et l'on comprend aisément que l'on ait songé à l'apidiquer également à des productions cliniquement analogues, bien (pie dilïérentes de nature. Mais voilà que déjà, abusant de la comparaison que Ricord avait faite clini(|uemont entre les gommes et les furoncles (furoncles chroniques), devançant lobservation patiente des faits, et menant d'emblée le raisonnement analogique à ses limites extrêmes, on en est venu à prodiguer ce terme qui était resté si longtemps oublié, et l'on tente d'assimiler aux gommes les productions métastatiques les plus diverses, depuis les foyers de l'infection purulente jusqu'aux nodules inllammatoires accidentels déterminés par une irritation venue du dehors. Notre savant collègue et ami Armand Després, par exemple, ne veut voir dans les gommes syphilitiques que des abcès métastatiques, mais dénomme gommes les abcès dus aux injections sous-cutanées de mercure dans le traitement de la syphilis, et les abcès directs ou indirects (?) des injections sous-cutanées de morphine. Quelle que soit l'analogie qui puisse exister, dans l'évolution et dans les caractères morphologiques, entre ces abcès et les gommes véritables de la syphilis, de la tuberculose, etc., c'est dépasser la mesure que de confondre une série aussi différente de choses sous un même mot.
Assurément, de même que l'élément essentiel de la syphilose aussi bien que Ai la scrofulose est, au dedans ou au dehors des centres vasculaires, le point de départ du nodule initial de la gomme, de même, chez les morphiniques, il se pourrait, comme le veut A. Després, qu'il se produisit, « en un point quelconque d'un réseau capillaire, une sclérose due à un infarctus contenant des globules de sang altéré par lopium » (?). Mais, cela fùt-il établi, que la spécificité de la condition pathologique première non moins que la spécificité de l'évolution ultérieure constituerait toujours une différence fondamentale entre les deux ordres de lésions, entre les gommes et les abcès métastatiques de tout autre ordre. Nous ne voulons pas insister; tout cela est, si l'on nous permet de parler ainsi, de la pathologie de l'avenir, et ce n'est pas là ce que nous avons charge d'exposer ici.
Parmi les assimilations proposées dans la pathologie humaine, une seule jusqu'à présent nous parait non-seulement légitime, mais encore nécessaire. En eflet, indépendamment des relations qui existent entre la gomme syphilitique et
GOMMES SCROFULEUSES. 669
le tubercule {voy. ce mot), il existe, entre les gommes sypliilitiques et certaines productions de la scrofiilo-tuberculose, des relations clini(|ues et liistologiques telles que le terme de gomme ne peut être accordé aux unes tt refusé aux autres. L'intérêt pratique y est, en outre, directement engagé, plusieurs de ces lésions ne pouvant, dans certains cas, être distinguées l'une de l'autre, cliniquement ni histologiquement, que d'une manière indirecte et par l'épreuve thérapeutique. Nous devons donc au lecteur quelques éclaircissements sur ce dernier point que notre cher collaborateur et ami J. Gr\:scher, dans l'article Scrofule de cet ouvrage, a laissé de côté, pensant que le champ classique de la scrofulose, sur lequel nous recueillons nos observations (l'hôpital Saint-Louis), nous l'ournirait les moyens d'en parler utilement. C'est ce que nous allons essayer de faire dans le paragraphe suivant avec la brièveté qui doit être apportée à l'exposé d'un sujet à l'étude dont il s'agit simplement de marquer la place, et non de tracer complètement l'histoire.
§ 11. Goromes serofuleiises OU SCROFULO-TUBERCULEUSES. 1. On rencontre communément au cours de la scrofule avancée ou grave, dans ce que nous appelons lascrofulo-luberculose, des lésions présentant avec les gommes de la syphilis des analogies cliniques et histologiqnes à ce puint étroites que, dans un grand nombre de cas, le di.ignosiic différentiel direct des unes et des autres est irréalisable. A cela rien d'extraordinaire ni d'exceptionnel; les médecins versés dans l'étude de ces deux grandes maladies savent à merveille que cette difficulté se présente dans la série entière des lésions de la scrofule comparées à celles de la syphilis, et c'est là, sans doute, une des raisons qui avaient porté Alibert à dire que la plupart des scrofules n'étaient que des syphilides déguisées. C'est là assurément ce qui porte plusieurs observateurs actuels à étendre outre mesure, ou au moins prématurément, le domaine de la syphilis héréditaire.
En ce qui concerne les gommes scrofuleuses comparées aux gommes syphilitiques, la difticulté de distinction est souvent extrême, au moins pendant une partie de leur évolution, et elle reste vraiment insoluble dans nombre de cas, aussi bien pendant la vie qu'à l'examen nécroscopique ; nous parlons, on ne l'oublie pas, du diagnostic direct, fait à l'aide des seuls caractères actuels des^ lésions comparées. Dans sa vingtième Leçon sur la pathologie des tumeurs, leçon admirable comme toutes celles de ce maître éminent entré tous, Vjrchow, après avoir déclaré que la tumeur gomraeuse est une production qu'il a toujours regardée, jus(|u'à présent du moins, comme résultant nécessairement d'une syphilis constitutionnelle, fait observer de suite qu'il y a cependant un certain arbitraire à décrire toutes ces tumeurs comme syphilitiques, et qu'il est permis de penser que d'autres conditions peuvent aussi faire naître une forme analogue.
Mais ce n'est pas seulement la confusion entre les gommes syphilitiques et les lésions de la scrofule qui a détourné les observateurs de la voie véritable; pendant longtemps nombre de gommes syphilitiques étaient également méconnues, nous l'avons indiqué avec surabondance dans le paragraphe précédent. Pour la plupart des scrofulographes anciens, par exemple, la préoccupation dominante était de rattacher toutes les affections de la maladie au système lymphatique, et de trouver partout des lésions ganglionnaires. Quelques-uns cependant ont bien su faire la distinction, et n'ont pas plus confondu les lésions que nous étudions avec les adénopathies qu'avec des abcès proprement dits. L.iLOUETTE entre autres (édit cit., p. 22), décrivant \et « scrophiiles malignes.
670 GOMMES SCROFULEUSES.
adipeuses, reconnaît que « la plupart de ces tumeurs répandues çà et là, sous la peau dans le pannicule graisseux, sont de véritables stéatonies, des aihéromes et des melicéris, qui n'ont d'autres différences extérieures entre eux que du plus au moins de consistance de l'iiumeur accumulée dans les follicules où ils
se sont formés ».
II. Pendant la première partie de ce siècle, et même pendant la période immédiatement contemporaine, d'aulres systèmes et d'autres doctrines vont conduire à des eireiMS d'interprétation encore plus complètes et plus graves : la théorie de l'irritai iou simple, la méconnaissance de la spécificité, la négation même de la scrofule, vont avoir les plus fâcheux résultats ; là où évolue un processus manifestement spécial et marqué au coin de la spécificité, on ne voudra voir que des lésions irritalives simples; et, de même que les gommes syphilitiques, les aspolènies durs et les phi/mnfa des Anciens, les stéatomes des modernes vont devenir, par ordre, de simples abcès, des abcès froids !
Alideiit, à la vérité, a certainement décrit les gommes scrofuleuses sous différents noms : abcès froids, tubercules cclluleux, intumescences graisseuses ; mais en ce point, plus peut-être qu'en aucun autre de la Monographie des dermatoses, l'observation précise disparait et s'efface, au moment le plus important, sous les [leurs de rhélori(pie accumulées au cours de la description.
LcGOL également a observé de très-près les gommes scrofuleuses ; mais ce qui lui appartient surtout, c'e^t d'avoir établi par des faits multipliés l'association intime de la scrofule et de la tuberculose.
En I84i, GoERSANT père, dans un article du Dictionnaire de nmlecine plus remarquable que remarqué, avait déjà fourni presque tous les éléments du problème à résoudre. Ce que nous appelons gommes scrofuleuses, il le décrit sous le nom d'abcès scrofuleux; il connaît très bien le rapport que certains abcès dermiques offrent avec quelques variétés de lupus; il sait leurs trois localisations superficielles principales qui ;^ont le derme, le tissu cellulaire souscutané et les muscles; il décrit avec snin les ulcères qui leur succèdent et insi-te sur leur caractère serpigineux. Portant ses regards sur la palholojiie des animaux, il rappelle l'analogie, dès longtemps signalée, qui existe entre les abcès scrofuleux du tissu cellulaire et les o boutons » du farcin chronique (scrofule farcineuse de Sauvages). L'analogie étroite qui existe entre les abcès scro'uleux et les gommes syphilitiques ne lui a pas échappé et il la signale explicitement. Ce n'est pas tout : Guersant discute la question du rapport à étabhr entre les abcès scrofuleux et la tuberculose; il déclare que le terme d'abcès scrofuleux est impropre pour désigner « ces singuliers abcès qui ne sont ni essentiellement froids, ni farcineux, ni syphilitiques, bien qu'ils s'en i approchent à beaucoup d'égards ». Mais il conclut, delà manière la plus inattendue après son argimitiilalion, à la conservation du terme, pour ne pas créer un mot nouveau!
Lebert, qui a si profondément étudié la scrofiilose et la tuberculose, n'a pas cessé de rester sous l'influence fâcheuse de l'idée préconçue en recherchant, avant tout, les caractères distinclifs des deux maladies; ne trouvant f as (par suite d'insuffisance des procédés techni(iues dont il disposait) de lésinas anatomiques piopres, il se refusait à identifier le processus scrofuleux au | rocessus tuberculeux, tout en constatant une fréquente coïncidence entre ces deux maladies chez les mêmes individus. Dans son Traité pratique des maladies scrofuleuses et tuberculeuses, ouvrage d'une lecture difficile, mais d'une grande impor-
GOMMES SCROFULEUSES. 671
tance en raison de la somme considérable de matériaux qui y sont accumulés, ce savant regrettable a décrit minutieusement, sous le nom d'abcès (roids ou d'abcès scrol'uleux, les gommes scrofuleuses, sans prononcer une l'ois le mot de gomme, et sans jamais paraître entrevoir l'analogie qui existe entre les tumeurs qu'il décrit et les gommes sypbilitiques. Ou ne peut assurément se rendre compte autrement de cette imperfection de vues qu'en supposant que Lebert avait peu observé la sypbilis, et qu'à l'époque où il réunissait ses matériaux (de 1840 à 1849) le terme de gomme, ainsi que nous l'avons indiqué dans le paragraphe précédent, étjit presque complètement oublié, ou, eu tout cas, était beaucoup moins usité qu'il ne l'est actuellement.
En plusieurs endroits, il décrit des types de gommes scrofuleuses, notamment dans l'observation VIII où il rapporte l'examen bioscopique d'une tumeur enlevée par lui sur un enfant atteint de scrofule grave et profonde (p. 269). Ailleurs, dans l'exposé des affections scrofuleuses du tissu cellulaire sous-cutané, notamment p. 283, 284, 285, il trace en termes auxquels il n'y a rien à retrancher ni à ajouter la description des gommes scrofuleuses; il n'y a que le mot d'abcès à changer et rinlerprètatiou des laits à amender, mais les faits sont d'une exactitude absolue; la lecture du passage suivant, que nous transciivons textuellement, sullit pour s'en assurer: >( ... Les abcès les plus fréquents chez les scrofuleux se forment sous la peau, même parfois sous les aponévroses; souvent alors les malades ne s'aperçoivent pas de leur formation, et leur attention n'est frappée que par la saillie que forment, au bout d'un certain temps, ces collections purulentes; leur fluctuation bien manifeste lorsqu'ils sont sous-cutanés, plus obscure lorsqu'ils sont sous-aponévrotiques, éclairera toujours le chirurgien sur la nature de ces tumeurs. La formation des abcès froids sous-cutanés a pour effet de favoriser, sur luur paroi interne, l'organisation d'une espèce de membrane pyogénique qui isole, pour ainsi dire, l'abcès de toutes les parties ambiantes, et r*end compte de son innocuité souvent prolongée. Cette membrane pyogénique n'est au fond autre chose que la partie hbrineuse de l'exsudation qui, déposée sur les vaisseaux qui l'ont exciétée, a reçu quelques arcs vasculaires de nouvelle lormation provenant de vaisseaux anciens, et a ainsi subi plus tard ce qu'on a appelé le travail d'organisation. • Voilà pourquoi ces abcès deviennent pour ainsi dire enkystés ».
Le plus éminentdes palhologistes de l'époque contemporaine, l'illustre Baz7>, n'a pas échappé complètement à rinlhience de l'idée préconçue; il a sacrifié au besoin d'édifier, à tout prix, une doctrine complète, bien qu'il ait, eu réalité, utilisant les données fournies par les auteurs précédents, fourni tous les éléments de la vérité. Sous le nom d'écroiielles cellulaires, il décrit les gommes scrofuleuses d'une manière magistrale; observateur consommé, il saisit merveilleusement le flagiant délit de leur connexion avec la tubeiculose, que Ligol avait d'ailleurs explicitement indiqué; il n'a garde de les confondre avec de simples abcès, et il signale à quel point elles 'sont analogues aux gommes-syphilitiques. 11 n'y a plus que la conclusion à tuer; elle découle sponlanée, légitime, évidente pour tous, et nous verrons tout à l'heure un des auditeurs de ses leçons la formuler comme émanant de lui; mais la vérité est qu'il n'a pas mené la déduction jusqu'à la fin ; pour la dociriue, il fallait que le tubercule demeurât propre à la scrofule, et la gomme à la syphilis.
III. L'analogie ma,nifeste qui existe entre les gommes syphilitiques et les