‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.45Chapitre 77 sur 97 · L. Ils · texte numérisé non relu

L. Ils

GOKP (Jean van), connu sous le nom de Goropius Becanns, cette dernière qualification vonant du lieu de sa naissance, Ililvarenbock, bourgade du lîrabant, dans la Campine, où il vit le jour le 23 juin 1518. 11 commença ses études scientifiques à Louvain et y fut reçu maître es arts en 1559; il s'adonna ensuite à la médecine et aux mathématiques, puis fit un voyage en Espagne, en Italie et en France. Pendant son séjour dans la péninsule ibérique, il devint médecin de la reine Eléonore, épouse de François I" et de Marie, reine de Hongrie, toutes deux sœurs de Charles-Quint. A son retour dans les Pays-Bas, il se fixa à Anvers et y exerça l'art de guérir avec distinction pendant plusieurs années; en 1554, il donna dans celte ville des leçons de chirurgie; en 1555, il y fut médecin juré.

Van Gorp possédait des connaissances profondes dans les belles-lettres et sur l'antiquité et savait plusieurs langues. Il refusa la place de premier médecin de Philippe II, pour se réserver des loisirs qu'il consacrait à ses études favorites. Ses opinions littéraires l'entraînèrent à des discussions parfois très-vives et dont il ne sortit pas toujours à sou honneur ; c'est ce qui lui arriva quand il voulut prouver que la langue flamande est plus ancienne que l'hébreu et qu'en conséquence nos premiers parents ont parlé le flamand au paradis terrestre.

Dans les dernières années de sa vie, il s'établit à Liège, mais il mourut à Maestricht, le 28 juin 1572. Les ouvrages qu'il a laissés sont étrangers à la médecine :

I. Origines Antwerpianae, sive Cimmeriorum Beccelsana noveni libros complexa. Atvatica. Gigantomachia. Niloscopiuni. Cronia. Indo-Scylhica. Saxsonica. Goto-Danica Amazonica. Venetica et Hyperborea. Antverpiae, 1569, in-fol. — II. Opéra Joannis Goropi Becani hactenus in lucem non édita, nempe Hermatliena, Hieroglyphica, Vertumnus, Gallicai, Francica, Hispanica. Antverpiae, 1580, in-fol. L. Hn.

GORRIS (de), en latin Gorrœus. D'un tableau généalogique que nous avons devant les yeux il résulterait que celte famille appartiendrait, depuis Hager de Gorris, qui vivait en l'année 1200, à celle des seigneurs de La Guierche, de Yemars et Noecourt, qui portait « d'argent au chevron de gueules accompagné de 3 hures de sable ».

Gorris (PiERRE de). Il était de Bourges ou des environs. Il voyagea beau-

730 GORRIS (Les).

coup, puisqu'il se dit docteur de Ferrare, et que ses premiers ouvrages ont été imprimés à Venise. Quoi qu'il en soit, il se présentait en io05 à la Faculté de médecine de Paris, et demandait son admission dans la docte confrérie. Sur le refus de cette dernière, il frappait de nouveau (14 janvier 1511) à la porte des Écoles de la rue de la Bùcherie, et offrait 100 livres tournois, si l'on voulait bien l'autoriser à pratiquer dans la ville de Paris comme les docteurs régents. De Gorris dut subir un examen (11 mars), et fut admis in gremium Facultalk le 15 mars, après avoir soutenu cette thèse: In qiio morhi tempore purgandum sit? mais il ne put jamais arriver au titre de docteur régent. Ces détails sont empruntés aux Registres -Commentaires de notre ancienne École. Nous ignorons l'époque de la mort de Pierre de Gorris. Il a laissé quelques ouvrages, savoir :

I. Formulœ remediorum quibus vulgo mediciutuntur. Lutetiae, 1559, iii-16; 1560, in-12; 15G2, in-8°; 1623, iii-lG. Lugdiini, 15^4, in-S». Coloniœ Allobrogum , 1012, iii-12. — II. Dioclis epistola ad Antigoiiiim regem ex secundo Pauli de prœnognoscendis œgriludinibus, hisque impediendis ne ventant, de tuenda valeludine, de regimine vilie per anni tempora. Venetiis, 1545, in-10. Parisiis, 1555, iii-16. — Un Praxis medicinœ, dont quelques bibliographes font mention, n'est probablement que ce dernierouvrage, dont nous avons emprunté le titre à Andry. A. C.

Gorris (Jean de). Fils du précédent, né en 1505, fut reçu docteur le 18 avril 1541, sous la présidence de Jean de Barra, parvint au décanat, et tint cette magistrature pendant deux ans, duo novembre 1548 au 8 novembre 1550. Très-attaché, comme son père, au calvinisme, il fut, en 1569, rayé, avec plusieurs de ses confrères, du catalogue des médecins de Paris ; Millet, Rodolphe de Lor, Maurice de la Corde, Grevin, Albert le Febvre, Guillaume de la Barre, La Bistrades-Lcsfoile, Deuizot, et d'autres, partagèrent son sort. Ce fut en vain que le 27 juin il redemanda les honneurs de la régence. On sait avec quelle cruelle perlîilie la cour affectait de témoigner de la bienveillance aux protestants; le roi leur accorda le 15 mai 1571 des lettres qui cassaient la délibération prise contre eux par la Faculté, et leur accordaient la réhabilitation de tous leurs droits; mais l'Université protesta contre ces lettres royales mêmes, et les médecins expulsés ne purent jouir des bénéfices de ces dernières. De Gorris put être témoin de toutes les horreurs de la Saint-Barthélémy ; il en avait sans cesse devant les yeux les déplorables excès. Un accident abrégea ses jours : comme il allait visiter Guillaume Viole, évêque de Paris, des sergents entourèrent sa litière ; cet événement lui causa une telle frayeur qu'il eu devint comme perclus de tous ses membres ; il vécut pendant plusieurs années dans ce triste état, et mourut <à Paris, en 1577, âgé de soixante-douze ans. Il tient une grande place dans la littérature médicale française par son érudition, par ses grandes connaissances dans les langues grecque et latine, et par le rôle qu'il a joué dans le rétablissement de la médecine de l'antiquité. Scévole de Sainte- Marthe, DeThou, parlent fort avantageusement de lui, et le représentent comme l'un des médecins les plus recommandables par sa doctrine, sa politesse, son désintéressement et sa grande affabilité auprès des malades. Voici la liste de ses ouvrages, parmi lesquels on remarquera une traduction en vers latins des poèmes de Nicandre, traduction estimée pour son élégance, et que Ducbène a fait entrer dans un recueil de poésies qu'il a donné en 1560 :

I. Definitionum viedicarum libri XXIIII. Parisiis, 1554, in-foi. Francof., 1578, in-fol. ; 1601, in-fol. — II. Hippocralis libelli aliquot latine versi, cum annotationibus . Paris,, 1544, in-4°. — III. Hippocralis de genitura et natura pueri libellas, grœce et latine. Accesserunt ejusdeni interprètes annotationes in quibus Iota temporum pariendi ratio

GORRIS (Les). 751

ape) lisshnl explicalur. Paris., 1540, in-l°. — IV. In Uippocratis librum de mcdico annotationes et scholia. Paris., 1545, in-8°. — V. ISicandri Theriaca, interprète Jo. Gorrœo Parisiensi, ad illustrissimum principem Carolum Lolharingium. Paris., 1557, in-4°. — VI. ISicandri alexipharniaca, Jo. Gorrœo interprète, ejusdem interpretis in alexipharmaca prœfatio, orruietn de venenis disputationem siiminalini compleclens. et annoiationes, ad rev. Carol. J. Dellaium, episcopum Parisiensis. Paiis., 1539, in-4°. Le texte grec est en regard de la version ialine. — YII. Hippocratis Jusjurandum de arte, deantiqua medicina. Interprète Gorrœo, cum ejus scholiis. J'aris., 1542, in-4''. A. C.

Gorrîs (Jeaîs de). 11^ du nom. Fils du précédent, attaché pareillement à la religion réformée, il eut aussi à subir bien des vexations de la part de la Faculté de médecine de Paris. En el'fet, s'étant présenté au baccalauréat (15 mars 1572) , il en fut rejeté, cjuod nollet in Christi imaginem jiirare. Le 1" mai suivant, il se voit forcé de demander la protection de François, duc de Montmorency, alors gouvernenr de Paris, et favorable aux calvinistes. Seize jours après (17 mai 1572) était publié un ordre de Charles IX qui fait jouir de l'édit de pacification tous les médecins exilés pour cause de religion, et le même édit ordonne que Jean de Gorris soit reçu bachelier « sans être contraint de faire aucun serment concernant la religion ». Eh bien ! malgré tout cela, le jeune homme dut attendre six ans encore pour que la Faculté se décidât à l'admettre dans son sein; il dut déclarer, non mente, ^ecl ore, qu'il n'avait professé la religion réformée que pour céder aux volontés de son père et que, celui-ci étant mort, il ne faisait pas difficulté de se dire citholique romain. Ce fut à ces conditions qu'il fut admis au baccalauréat, le 22 novembre 1578. Peu de temps après il se retirade Paris et alla s'établir à Chàteaudun où il mourut. iVous ne connaissons de lui aucun ouvrage.

Gorris (JEA^■ de). \\Y du nom. Celui-là naquit à Chàteaudun, et mourut à Paris le 22 juin 1GG2. Sa licence à la Faculté de médecine de Paris est du 19 mai 1608, et en 1616 il était appelé à faire partie du conseil de santé du roi Louis XllI. Son origine calviniste ne pouvait manquer de lui occasionner des embarras. En 1634, il veut, en qualité de président, défendre une thèse portant ce titre : An visceribus niitritiis œstuautibus aquanim metaUicarum potus salubris? Un ordre du roi le lui défend, étant intéressé à ce que le mauvais état de santé ne soit pas rendu public. Le 20 février 1657, il propose cette thèse : An medicorum parisiensiwn methodus saluberrima? La Faculté y voit des doctrines contraires à sa manière de penser ; elle proteste contre cette idée qu'il est nécessaire de purger dans les maladies aiguës, et elle ordonne que la thèse en question se changera en celle-ci : Estne recta quœdam methodus medendi omnium saluberrima? Guy Patin fait quelquefois l'éloge de De Gorris et vante son profond savoir, mais le plus souvent il le maltraite fortement, l'accusant de charlatanisme, de chyraiatrie, de gazetier et d'orviélanophile. De Gorris est l'auteur, outre d'une édition des œuvres de son aïeul et des Formules de son bisaïeul, des ouvrages suivants :

I. An medicorum Parisîensium fréquentes phlebotomiœ jure vel injuria accusantur? Thèse cardinale 27 févr. 1625, in-4°. — II. Estne recta guœdani methodus medendi omnium saluberrima? Thèse cardinale, 22 févr. 1057, in-4°. — III. De usu venœ sectionis ad curandos morbos Se-jrs-fcn ^powiSs^ secundo; cogitationes, 1660, in-4°. — IV. Brevis animadversio in libellum Joannis Lanœi, chirurgi togati Parisiensis, quo Hippocratis Aphorismos in novum ordinem et meliorem, si diis placet, digessit. Paris, 1660, in- 4°.

Jean de Gorris, IIP du nom, a laissé un fils, Léonard de Gorris, également

732 GORTER.

médecin, qui obtenait, en 1616, la survivance de son père |dans les charges de médecin par quartier de Louis XllI. A. C.

GORTER (Jean de). Célèbre médecin hollandais, né à Enckhuysen le 19 février 1689. Gorter montra dès sa plus tendre jeunesse une ardeur incroyable pour l'étude et une grande rectitude de jugement. Dès qu'il eut atteint Tàge où l'on fait choix d'une profession, il commença l'étude de la chirurgie, d'abord chez un praticien d'Enckhuysen, ensuite à Harlem, sous Tialling van der Hout. Quand il eut appris tout ce qu'il pouvait espérer d'apprendre de son maître, il résolut de se livrer à l'étude de la médecine. Il commença à perfectionner ses connaissances en grec et en latin et se mit en état de suivre avec proût les exercices académiques. Il se rendit à Leyde en 1709. et profila si bien des leçons qu'il V entendit, et qu'il ne négligea jamais de rédiger pour mieux se les approprier, qu'il fut en état de se faire recevoir en 1712. 11 revint aussitôt dans sa ville natale, oii son temps lut partagé entre la pratique de l'art de guérir et une révision continuelle de ce qu'il avait appris dans ses cours et de ce qu'il apprenait tous les jours. La lecture de l'ouvrage de Barelli éveilla en lui le génie des malliématiqucs. Non-seulement il put. sans maître, se rendre cette science familière, mais il inventa même une mécanique d'une grande puissance et divers instruments dont il avait besoin pour ses études; un fauteuil-balance, par exemple, au moyen duquel il put répéter les expériences statistiques médicales de Sanctorius et en faire de nouvelles. Ce fut l'origine de son Traité de ta transpimiioii insensible, ouvrage qui lui valut de la part de Boerhaave, à qui le manuscrit avait été présenté, les éloges les plus vifs et des sollicitations de le mettre au jour. L'illustre professeur de Leyde ne voulut point laisser un homme de ce mérite dans l'obscurité de la pratique dans une petite ville, il lui offrit et le décida à accepter la chaire de médecine dans l'Université d'Harderwik, en 1725. Il professa, selon les saisons, l'anatomie, la physiologie, la chimie, la botanique, la pathologie généi'ale, la médecine pratique et la chirurgie; il fit même des leçons de clinique et il donna en peu de temps à la Faculté d'Harderwik un éclat qu'elle n'avait jamais eu. 11 occupait depuis près de trente ans ce poste honorable qu;ind l'impératrice Elisabeth le nomma son médecin en second, en lui donnant son fils. David Gorter. pour adjoint. Il fallut non-seulement les offres les plus brillantes, mais les sollicitations les plus pressantes et les plus flatteusesdc la part de la souveraine du Nord, pour décider Gorter à quitter la chaire qu'il avait illustrée. Il partit pour Saint-Pétersbourg en 1754, avec son fils et la plus grande partie de sa famille. Catherine leur fit l'accueil le plus bienveillant, et lui continua toute sa faveur aussi longtemps qu'elle put le retenir auprès d'elle. Gorter, ayant perdu, en 1758, son épouse, qu'il aimait tendrement, obtint la permission de revenir dans sa patrie. Il revint chargé de marques de satisfaction et avec la moitié de ce qu'il avait reçu quand il exerçait les fonctions d'archiàtre, c'est-à-dire 2500 roubles de pension. Gorter mourut le H septembre 1762 avec la réputation d'un des médecins les plus savants et d'un des plus judicieux écrivains de son siècle. Il était membre de l'Académie des sciences de Saint-Pétersbourg et de celle de Harlem.

Gorter est un des précurseurs des doctrines organiques de notre temps. Après avoir suivi et enseigné quelque temps les principes de l'école iatromathématique et ceux de Boerhaave, il cessa d'être satisfait des hypothèses de ces deux écoles, et il sentit qu'il n'était pas possible de refuser aux êtres organisés et vivants

Page 1