FUMIGATION DE GOUDRON
Goudron 0- V.
Eau bouillanle Q. S.
On tient le mélange eu ébullition dans la chambre du malade. Pour éviter l'action irritante de l'acide pyroligneux, Crichton conseille d'ajouter 60 à 70 grammes de sous-carbonate de potasse par kilogramme de goudron. On évite également l'action irritante des vapeurs empyreumaliques en faisant évaporer simplement le goudron à feu doux.
On emploie encore des appareils spéciaux dont nous dirons un mot plus loin.
On se borne souvent à employer la goudronnière ou émanatetir hygiénique, sorte de boîte à jour, enduite intérieurement de goudron; les émanations de goudron imprègnent l'air de l'appartement où l'appareil est placé.
Enfin on pratique des inhalations goudronnées froides, au moyen de pulvérisateurs.
§ 111. Emploi médical. Le goudron a été de tout temps un remède populaire dans les contrées maritimes du Nord. Plus tard il entia dans la pratique médicale et devint d'un usage général surtout vers la fin du dis-huitième siècle, à l'époque où l'évêque Georges Berkeley le vanta comme un remède merveilleux contre toutes les maladies. Mais, après avoir joui d'une vogue exagérée, le goudron tomba, par une réacdon qui se comprend bien, dans un oubli à peu près complet. Cependant quelques médecins continuèrent à s'en servir, et Crichton publia pour la première fois en 1817 ses expériences relatives aux inhalations -chaudes de goudron dans la phthisie pulmonaire, expériences qui furent répétées en Angleterre, en Russie, en Allemagne, etc. En même temps les dermatologistes, Bateman et ^Villan, en Angleterre, Biett, en France, persistaient à l'employer contre certaines maladies chroniques de la peau. Alibert et Girou de Buzareingues surtout, après avoir constaté ses bons effets dans la médecine vétérinaire, le préconisèrent, vers 1830, contre certaines affections cutanées de l'homme. D'abord employé à l'extérieur seulement, le goudron ne tarda pas à l'être aussi à l'intérieur dans diverses maladies cutanées et autres, mais trouva plus tard son principal emploi dans les affections des voies respiratoires et des voies génito-urinaires, où il jouit d'une efficacité réelle.
Action physiologique. Comme on peut s'y attendre, l'action du goudi'on présente une extrême analogie avec celle de la térébenthine, mais la présence de l'acide pyroligneux, du phénol et de divers produits empyreumatiques, acres et styptiques, modifie l'action du goudron et le rend plus astringent que la térébenthine, en même temps que moins stimulant que cette dernière.
Localement et à petite dose, le goudron exerce une action constrictive et stimulante, active la contractilité des vaisseaux capillaires et des organes d'excrétion cutanée, fait pâlir la peau. Mais cette action positive est bientôt suivie
718 GOUDRON (emploi médical).
d'une réaction caractérisée par la dilatation des capillaires sanguins et l'accroissement de la température locale. Appliqué en grande quantité, le goudron provoque une vive irritation.
Donné à Tintcrieur à dose modérée, il constitue un irritant local et un stimulant général ; il provoque un vif sentiment d'astriction dans la bouche et excite la salivation; dans l'estomac il produit des effets analogues; une fois absorbé et parvenu dans le torrent circulatoire, il stimule le cœur, provoque un rétrécissement des capillaires sanguins, diminue les sécrétions des muqueuses, en augmente d'autres, favorise les fonctions rénales et l'excrétion sudorale; l'urine prend une coloration rouge et une odeur caractéristique de goudi'on ; les sueurs deviennent odorantes, ce qui prouve l'élimination du goudron par cette voie et justifie en même temps son emploi dans les affections cutanées. Ajoutons que le goudron stimule les fonctions digestives, augmente l'appétit et favorise les évacuations intestinales.
A dose élevée, le goudron devient toxique, provoque des vomissements abondants en même temps qu'il occasicmne de violentes douleurs intestinales et rénales; l'urine est rouge foncé, et le malade se plaint d'un accablement et d'un brisement général.
La vapeur chaude de goudron irrite la muqueuse respiratoire et détermine une exagération de la sécrétion de cet organe.
Ce sont là les effets du goudron sur l'organisme de l'homme et des animaux supérieurs. Mais son action paraît bien plus énergique sur les organismes inférieurs, particulièrement sur ceux qui provoquent les fermentations et les putréfactions ; il les détruit et en même temps fait disjiaraître les odeurs putrides.
Action thérapeutique. On prescrit le goudron à l'intérieur comme un tonique de l'estomac, très-efficace dans les dyspepsies de nature torpide. Mais son usage dans les affections des organes respiratoires et génito-urinaires est bien plus répandu.
Après Berkeley, Hufeland et Neumann employaient le goudron dans différentes maladies du poumon, particulièrement contre la phthisie pulmonaire; mais la diificuUé qu'on éprouvait à cette époque pour établir le diagnostic différentiel entre la phthisie et le catarrhe pulmonaire a fait penser que bien des succès attribués à la médication dans la première de ces maladies doivent être rapportés à la seconde. Hufeland lui-même avoua plus tard la possibilité de ces erreurs.
Gomme nous l'avons dit plus haut, Crichton introduisit dans la thérapeutique les inhalations de vapeurs goudronnées. D'après Mérat et de Lens [Dict. de mat. méd., t. VI, p. 682), on aurait obtenu avec ces vaporisations les résultats suivants à l'hôpital de la Charité de Berlin : sur 54 phthisiques distribués dans quatre salles, où l'on évaporait quatre fois par jour une marmite de goudron, de manière à les remplir de vapeurs épaisses, 4 furent guéris, 6 éprouvèrent une amélioration sensible, 16 ne ressentirent aucun changement, 12 devinrent plus malades et 16 moururent. Le résultat, comme on voit, ne fut pas merveilleux.
Pour vaporiser le goudron, on le brûle encore sous forme de cônes, mélangé avec du nitrate de potasse.
Récemment on a imaginé des appareils spéciaux pour faire ces inhalations, l'appareil respiratoire 'de Sales-Girons et l'émanateur hygiénique de Sax. Ce
GOUDRON (emploi médical). 759
dernier est très-ingénieux, portatif, donne des vapeurs abondantes et peut se fermer quand on n'en a plus besoin.
Le respirateur de Sales-Girons s'applique à la bouche ; son auteur pense en outre, au moyen de cet appareil, désoxyge'ner l'air, grâce i\ la propriété qu'il attribue au goudron de rendre l'oxygène inactif. Heureusement pour le phthisique, cette désoxygénation nous paraît très-problématique, et du reste nous ne voyons pas la nécessité d'enlever l'oxygène à des malheureux dont l'hématose a déjà tant de mal à se faire.
Quoi qu'il en soit, les fumigations goudronnées agissent plus énergiquement que le goudron donné à l'intérieur sous forme aqueuse. Mais l'action de ce dernier, pour être plus lente, n'en est pas moins identique. Cette action consiste en une diminution des sécrétions muqueuses et purulentes excessives des bronches, qui acquièrent plus de consistance et sont plus aisément expectorées, ■en même temps que la toux et la dyspnée deviennent moins pénibles. Quand au contraire la sécrétion bronchique est rare, l'expectoration difficile, le goudron rend encore service en fluidifiant les mucosités et facilitant leur expulsion.
En général, le goudron est utile dans toutes les aft'eLtions catarrhules du poumon, et dans la phthisie pulmonaire, en modifiant l'état des muqueuses respiratoires et tonifiant l'organisme, il peut prolonger la vie; il paraît même combattre l'hémoptysie, quoique cette manière de voir ne soit pas adoptée par tout le monde. Son emploi est moins indiqué quand le malade est en proie à la fièvre ou présente une excitabilité nerveuse exagérée.
Le goudron a été préconisé contre les états catarrhaux de la muqueuse des voies génito-urinaires, la cystite catarrhale, la leucorrhée et la blenuorrhagie, mais il paraît être moins efficace dans ces maladies que l'essence de térébenthine. Néanmoins il présente sur celle-ci l'avantage de pouvoir être prescrit lors même qu'il existe un élément inflammatoire pouvant contre-indiquer l'emploi de la térébenthiue ordinaire. Du reste, dans la blennorrhée en particulier, il a parfois réussi aussi bien que le copalm; dans ce cas on doit également l'administrer en injections. Au moyen de la sonde à double courant on s'en sert aussi pour faire des injections dans la vessie.
Employé dans les affections de la peau, le goudron agit tantôt comme parasiticide, tantôt comme modificateur des fonctions cutanées.
Jadis les dermatologistes anglais donnaient le goudron à l'intérieur, à cause de son action sur les sécrétions cutanées et rénales. Aujourd'hui on ne l'emploie plus guère que sous forme de pommades ou de glycérolés.
L'action parasiticide du goudron a été utilisée de temps immémorial contre la gale; il est vrai que les Égyptiens qui s'en servaient, de même que les peuplades maritimes du Nord, ignoraient que la gale est due à un parasite, mais n'en trouvaient pas le goudron moins efficace. Duchesne-Duparc introduisit cette pratique en France en 1834 et conseilla une pommade composée de 8 de goudron sur 30 d'axonge; pour plus de détails nous renvoyons à l'excellent article Cade de Bazin, page 437.
Comme modificateur, le goudron s'est montré utile dans les affections squameuses, psoriasis et lèpre ordinaire ; sous l'influence des frictions avec la pommade de goudron, quelquefois avec le goudron pur, l'épiderme se ramollit, et les squames tombent {voy. art. Cade, p. 444-445). Bazin préfère l'huile de cade au goudron.
Bouchut a employé utilement le goudron contre l'herpès circiné chez les