‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.45Chapitre 89 sur 97 · GOULIN · texte numérisé non relu

GOULIN

dans un pensionnat déjeunes gens, où il entra le 26 mars 1747. La voix d'IIippocrate l'appelait décidément vers l'étude de la médecine ; il emploie les années 1755, 1754 et 1755, à faire de l'anatomie dans le laboratoire de Ferrein. Mais les ressources manquent, la misère, la hideuse misère étale ses haillons ; Goulin est force de vendre ses livres (1756) ; l'éducation particulière d'un fils de famille le sauve momentanément, lui permet de payer à la Faculté de médecine de Paris ses droits de scolarité et de parvenir à la licence. Puis, en 1766, il se marie : il épouse Françoise-Mélanie Paris, fille d'un opticien de Paris, laquelle meurt le 3 juin 1772, après avoir été mère de deux enfants qui furent enlevés en bas-âge. La détresse frappe de nouveau à la porte du pauvre Goulin : « Le fainéant, écrit-il, qui par choix exerce le vil métier de mendiant, est plus siir de ses ressources que moi ». En 1777, il se sépare, le chagrin dans l'âme, d'une bibliothèque qu'il avait formée à grand' peine; 5600 volumes sont engagés pour une rente viagère de 600 livres. Dans le commencement de l'année 1785, on le trouve chez l'abbé de Fontenay, travaillant aux Afficher, de province. En l'an 1700 — le pain manquait au logis — il accepte avec engouement une place d'employé dans un dépôt littéraire tenu rue Saint-Antoine par Ameilhon. La même année, une espèce de fortune, suivant sa propre expression, vient le trouver : on le nomme (2 messidor an lll) professeur d'histoire de la médecine, à l'École de Paris. Voilà, dira-t-on, le malheureux certain maintenant d'un avenir de quiétude et de bonheur... Eh bien, non!... Le sort s'acharne contre Goulin. Il ouvre son cours le 4 messidor an IV; il fait la deuxième, la troisième leçon, et il se dispose pour la quatrième, lorsqu'une affection « soporeuse » l'enlève au bout de cinq jours, le 12 floréal an VII (1" mai 1799). Il avait atteint sa soixante et onzième année.

Les «curieux pourront lire, dans l'excellent travail de Sue : Mémoire historique, littéraire et critique, sur la vie et sur les ouvrages, tant imprimés que manuscrits, de Jean Goulin (Paris, an VIII, in-8, 127 pp.), l'analyse complète de tous les travaux de Goulin. Sue a été le dépositaire de tous les papiers laissés par le noble travailleur. Il serait puéril de chercher ailleurs une meilleure source d'informations. On sera étonné d'y trouver une foule d'ouvrages imprimés sur les titres desquels le nom de Goulin ne se trouve pas, et à la publication desquels il a pourtant activement coopéré. On sera non moins surpris des immenses écrits, notes, mémoires, rectifications, etc., qu'il a laissés manuscrits, étant toujours en haleine dans la littérature, interprétant, expliquant des passages peu intelligibles dans les auteurs de l'antiquité, traçant un cours complet de Thistoire de la médecine, prenant Hippocrate, Galien, Pline, etc., pour sujets de savantes et judicieuses observations, annotant l'ouvrao-e de Vander-Linden, De scriptis medicis, continuant, depuis l'année 1764 jusqu'à l'année 1784, le Séries medicorum Parisiensis notitiœ, de Baron, écrivant un Dictionnaire gynécologique de toutes les femmes qui se sont rendues célèbres, soit par leurs vertus, soit par leurs vices, dans quelque genre que ce soit, etc., etc.

Mais qu'on n'oublie pas non plus de consulter l'ouvrage suivant de Goulin ; c'est, dans plusieurs de ses parties, un chef-d'œuvre de critique et de patientes recherches :

Mémoires littéraires, critiques, philologiques, biographiques et bibliographiques, pour servir à l'histoire ancienne et moderne de lamédecine. Paris, 1775-1776, in-4°. A. C,

766 GOUPIA.

GOUiiSTOiV (Thiîodore). Né dans le comté de Northampton, fil ses études médicales à Oxford, où il fut reçu docteur en 1610. 11 alla bientôt s'établir médecin à Wymondham dans le comté de Norfolk, puis il se rendit à Londres, oiî il devint membre du Collège des médecins. 11 s'occupait de littérature et même de théologie et mourut le 4 mai 1652, laissant par testament, à ce collège, la rente nécessaire aux frais d'une leçon annuelle, qui doit être faite chaque année sur un sujet de pathologie ; cette conférence, dont le genre est fort en vogue en Angleterre, a pris le nom de son fondateur. On lui doit, outre une traduction avec commentaires de la rhétorique et de la politique d'Aristote, une édition latine de plusieurs livres de Galien, publiée après sa mort :

Yersio, varice lectiones et annotationes criticœ in opuscula varia Galeni. Londres, 1640, in-4°. A. D.

GOl'LU (jÉnÔME). Fils de Nicolas Goulu, professeur de littérature grecque, et de Madeleine Dorât, la fille du poète, et frère cadet du fameux Dom Jean Goulu, général des Feuillants, ce médecin, philologue dont la France a le droit de s'enorgueillir, naquit en 1581, et mourut à Paris, le 30 octobre 1650. S'étant mis sur les bancs de la Faculté de médecine de Paris, il fut reçu bachelier le 29 mars 1608, et docteur le 9 novembre 1610. Plus tard, il obtint la chaire de professeur royal de langue [grecque au Collège de France, que l'on destinait à son frère, et que celui-ci lui céda. Jérôme s'en acquitta avec honneur, et reçut plus d'une fois les éloges du cardinal du Perron. 11 mourut, comme nous venons de le dire, le 30 octobre 1650. A titre de curiosité, nous donnons l'acte de son inhumation, extrait d'un registre de la paroisse Saint-Benoit :

Noble homme Jérosme Goulu, docteur en médecine en l'Université de Paris, demeurant rue Saint-Jacques devant le collège du Plesseix (sic), est décédé et inhumé dan^ l'église Saint-Benoît, le dernier jour d'octobre 1650.

Il avait épousé Charlotte, fille de Henry de Monantheuil, autre médecin fameux de Paris, et de Jeanne Marcesia. Le fils, Nicolas Goulu, est connu par les Éloges de sa famille qu'il avait composés, disait-il, pour s'exercer à la vertu et à l'imitation des grands exemples que ses ancêtres lui avaient laissés. Ces Éloges, en latin, et quelques-uns envers, ontété imprimés, in-4», en 1650. A. C.

GOUIN'DS (Les). Race noire de l'Inde centrale, qui a donné son nom à la région liabitée par elle, la chaîne du Gondwana ou Goundwana. D.

GOUPIA (AuBL.). Genre de plantes Dicotylédones, représentant à lui seul la série des Goupiées, série anormale de la famille des Célastracées, caractérisée par des fleurs hermaphrodites, isostémonées, à pétales libres, valvaires-indupliqués. Les loges ovariennes, pluriovulées, sont en même nombre que les pétales. Les styles ne sont point insérés au sommet de l'ovaire, mais excentriques. Le fruit est charnu. Le Goupia glabra (ou tomentosa ?) , arbuste polymorphe, est originaire de la Guyane et des pays voisins; il a des feuilles alternes, subtriplinerves. A Cayenne et dans les environs, on prescrit ses feuilles contre les inflammations, notamment les ophthalmies. Leur suc est astringent. Il n'est pas employé en Europe. C'est le Goupi des indigènes et le Glossopetalum glabrum

SCHREB. H. Bn.

BiBiioGBAPHiE. — AuBL., PL Guïan., I, 295, t. 116. — Lamk, ///., t. 217. — Miers, Contrib

GOUPIL (Les). 767

lo Bot., Il, t. 74. — Mér. et Del., Dict. Mat. méd., III, 410. — Rosenth., Syn. plant, diapkor., 794. — H. B>-, in Payer Fam. nat., 525; Hist. des pi., YI, 10. 23, 27, 514, fig. 12. H. Bn.

GOUPIL (Les deux).

Goupil (Jean-Ma.rtin-Aijguste) . Médecin français très-distingué, né le 8 avril 1800 à Flessingue, dans l'ancien département de l'Escault, où son père était pharmacien en chef de l'hôpital. Orphehn de très-bonne heure, il fut confié aux soins de sa grand' mère et de ses tantes et fit ses premières études au collège d'Argentan (Orne) avec une rare distinction. 11 manifesta de très-bonne heure un goîit très-prononcé pour la médecine et profita des moments que lui laissaient ses travaux de collège pour étudier l'anatomie et la chirurgie ; il suivait la visite de Bouffey, chirurgien en chef de l'hôpital d'Argentan, et l'aidait dans ses opérations. A l'âge de seize ans, il se rendit à Paris et trois ans après, vers la fin de 1819, il entra comme surnuméraire au Yal-de-Gràce, où enseignait alors Broussais. Goupil en devint l'un des plus ardents prosélytes. Après dix mois de surnumérariat, il fut envoyé à Strasbourg en qualité de sous-aide à l'hôpital d'instruction; il y continua ses études avec ardeur et à la fin de l'année, en 1820, il obtint tous les premiers prix décernés par la Faculté de médecine et par l'hôpital. Il revint au Val-de-Grâce comme sous-aide, obtint le prix au concours, puis, en 1822, devint sous-aide à l'hôpital de la garde royale. Il prit le grade de docteur la même année ; sa thèse sur la révulsion, écrite d'après les idées de l'école physiologique, eut un grand succès et fut louée même par les adversaires du broussaisisme.

En 1823, Goupil fut attaché en qualité d'aide-major démonstrateur à l'hôpital d'instruction militaire provisoire de Toulouse, et dès ce moment déploya des qualités d'enseignement vraiment remarquables. 11 fut nommé la même année aide-major à l'hôpital d'instruction de Strasbourg et se maria dans cette ville. Présenté en première Hgne pour l'emploi de bibliothécaire de la Faculté de Strasbourg qu'on avait promis de créer pour lui, il fut évincé par le troisième de la liste, le chirurgien-major Kayser, gendre de Pierre Coze, le doyen de la Faculté. 11 paraît que monseigneur Tarin, alors évèque de Strasbourg et depuis précepteur du duc de Bordeaux, contribua à cet échec, en alléguant qu'il avait épousé ime femme protestante, chose fort mal vue de 1820 à 1850.

Pendant plusieurs atinées. Goupil fit des cours particuliers très-suivis et fut nommé af^ré^é en 1829, lors de la création des agrégés. 11 fit ensuite pendant plusieurs années le cours de médecine légale au lieu et place de Fodéré, qui était le titulaire de la chaire. Il fit en même temps des cours de chimie, de physiologie etc. En 1832, il devint démonstrateur à l'hôpital d'instruction de Strasbourg et y professa l'anatomie et la physiologie.

La chaire de physiologie de la Faculté étant devenue vacante en 1835, par la mort deBérot, Goupil se mit sur les rangs ; il eut pour compétiteurs Malle et le célèbre Alexandre Lauth, mais l'emporta sur eux de beaucoup ; lorsque le jury du concours proclama sa victoire, sa nomination fut saluée d'acclamations unanimes. Un vice de forme fit casser le concours et Goupil dut se présenter l'année suivante pour la seconde fois; cette fois, il enleva cette position tant ambitionnée dont il ne devait malheureusement jouir que trois ou quatre ans.

En 1835, le professeur de médecine légale, Fodéré, étant mort, Alexandre

768 GOUPIL (Les).

Lauth obtint cette chaire au concours. L'ancien maître de Goupil, Orfila, et ses collè"ues, l'engagèrent alors à opter pour la chaire de médecine le'gale et à abandonner la sienne à Lauth, plus spécialement versé dans l'anatomie et la physiologie. Goupil se rendit au désir de ses collègues. Il réussit du reste fort bien dans l'enseignement de la médecine légale.

Goupil était en outre un praticien très-répandu; il était secrétaire général de la Société des sciences de Strasbourg, membre du Conseil de salubrité du Bas- Rhin, etc. Ajoutons qu'eu 1856 il avait été nommé chirurgien-major et président des jurys de médecine pour la réception des officiers de santé. Aussi l'excès du travail finit par détériorer sa santé, déjà très-délicate, et il mourut dans sa tournée de président des jurys de médecine à Saint-Didier, près de Lons-le-Saulnier, le 19 septembre 1857.

Nous avons déjà dit que Goupil fut, au moins à ses débuts, un adepte fervent de Broussais; il développa en effet les idées de son maître dans un ouvrage publié en 1824 et où, d'après l'expression de Slober, la doctrine de Broussais est exposée plus clairement que dans Broussais lui-même. Cependant Goupil était doué de trop de pénétration et d'un jugement trop droit pour ne pas voir les défauts du svstème qu'il avait adopté; comme le dit Boyer. « il avait beaucoup modifié par la pratique ce qu'il y avait d'exagéré dans les premières opinions théoriques qu'il avait adoptées. »

Comme professeur, Goupil était doué de qualités hors ligne; les élèves se pressaient autour de lui pour entendre ses leçons si pleines de faits les mieux choisis et si remarquables par l'élégance et la chaleur de l'éloculion. « Comment oublier, dit Michel Lévy, cette exposition lucide, cette argumentation vive et pressante, les analyses sagaces, les aperçus ingénieux qu'il semait dans ses leçons, cette parole simple sans trivialité, brillante sans emphase, cette ampleur d'expression qui livrait à l'auditoire sa pensée, reflétée sous toutes ses faces? Nous n'hésitons pas à l'affirmer, peu d'hommes ont été doués à un pareil degré du don de se communiquera leur auditoire et de rayonner, si je puis ainsi dire, par tous les pores le savoir acquis dans les veilles du cabinet. »

Chargé, comme nous l'avons vu, de l'enseignement de la médecine légale, il exposa avec un talent inimitable cette science si ardue. M. lourdes, l'érainent professeur de médecine légale de Nancy, disait, il y a peu d'années, que ses meilleures leçons étaient la reproduction intégrale des leçons de Goupil. Appelé à l'exercice de la médecine légale près la cour d'assises du Bas-Rhin, il fit admirer toute la richesse de son instruction et toutes les ressources de son esprit ; ses rapports étaient doués d'une netteté et d'une précision remarquables et constituent encore aujourd'hui des modèles du genre. Les tribunaux écoutaient Goupil des heures entières avec le ]dus vif intérêt et l'estimaient extrêmement comme médecin expert à cause de la netteté de ses affirmations.

Monsieur le docteur Gustave-Adolphe Goupil, praticien estimé de Levallois- Perret (Seine), fils de l'éminent professeur, nous a fourni des renseignements biographiques précieux sur son père ; nous lui en exprimons ici les remerciements les plus sincères.

Goupil n'a publié que peu d'ouvrages, mais tous sont remarquables par l'ordre et la clarté de l'exposition. Nous connaissons de lui :

I, Essai sur la révulsion. Thèse de Paris, 1822, 111-4°. — II. Exposition des principes de la nouvelle doctrine médicale; avec un précis des thèses soutenues sur ses différentes parties.

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