‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.46Chapitre 42 sur 97 · GRÈBES · texte numérisé non relu

GRÈBES

gr#:bes. Les Grèbes appartiennent à la grande catégorie des Oiseaux d'eau. Ils sont représentés dans la l'aune actuelle par une vingtaine d'espèces auxquelles se rattachent quelques races mal caractérisées et qui constituent, dans l'ordre des Palmipèdes {voy. ce mot), une famille nettement définie, celle des Podicipidés (Podicipidœ), correspondant à l'ancien genre Podiceps de Latham. Tous les oiseaux de cette famille ont une physionomie pnrticulière et se distinguent facilement des Canards (Analidés) et des Plongeons (Colymbidés). Ils ont en effet la tête petite, souvent ornée d'une double aigrette et portée sur un col mince et allongé, le bec pointu, le corps large et aplati, les ailes courtes, étroites et aiguës, la queue réduite à une touffe de plumes décomposées, les pattes relativement fortes, n-jetées dans la région postérieure et terminées par quatre doigts dont les trois antérieurs sont largement palmés. Leur plumage, généralement lustré, prend sur les parties inférieures du corps une densité et un éclat remarquables, tandis qu'il devient très-léger et offre l'aspect d'une cheve- Inre sur la tète et le croupion. L'espace compris entre l'œil et le bec, ou le loium, est complètement dénudé; le bec, aussi long ou plus long que la tête, est comprimé latéralement, droit et pointu comme une alêne, avec les bords des mandibules un peu rentrants et les fosses nasales étroites ; les tarses, de hauteur médiocre, sont élargis d'avant en arrière, déjetés en dehors et entièrement couverts de larges scutelles qui, sur le bord postérieur, font saillie comme des dents de scie: le pouce grêle est ordinairement pinné sur les bords et les doigts antérieurs sont reliés à la base par une palmature, garnis dans le reste de lenr étendue d'un lobe arrondi et armés d'ongles aplatis.

Presque cosmopolites, les Grèbes se rencontrent dans les régions tempérées des deux hémisphères et s'avancent même dans le voisinage de l'équateur, mais ils évitent les régions glacées des pôles. Ils se tiennent de préférence sur les eaux douces et particulièrement sur les eaux dormantes et se nourrissent de frai de poisson, de vers, d'insectes et de plantes aquatiques. Ils plongent avec aisance et nagent avec une célérité extraordinaire, en s'aidant uu peu de leurs ailes, mais en se servant surlout de leurs pieds qui constituent deux rames puissantes. Du reste, leur corps rétréci en avant et couvert d'un plumage serré que l'oiseau maintient continuellement graissé glisse sur l'eau presque sans efforts. Au contraire, sur le sol, les Grèbes s'avancent gauchement, le corps légèrement incliné en avant, le cou ployé en S, les pieds en dehors, le ventre touchant à terre. En dépit de leurs ailes courtes, ils peuvent voler et se maintenir pendant assez longtemps dans les airs, mais, une fois sur le rivage, ils ne réussissent point à prendre leur essoi .

Les Grèbes vivent en couples qui restent fidèlement unis et au printemps construisent un nid flottant, composé de luatériaux qu'ils arrachent du fond des étangs. Sur une sorte de radeau, constamment humide et formé de roseaux et d'autres plantes aquatiques, la femelle pond de trois à six œufs, très-allongés et revêtus d'un enduit crayeux, que les deux parents couvent à tour de rôle. Ces œufs changent de couleur pendant la durée de l'incubation qiui est de trois semaines environ, et passent du blanc sale au jaune verdàtre et au brun olivâtre. Aussitôt nés, les jeunes vont à l'eau, mais, quand un danger les menace, ils savent se réfugier soit dans le nid, soit sur le dos de leurs parents.

Comme ennemis, les Grèbes ont à redouter non-seulement les Corbeaux et les Busards, mais encore l'homme, qui depuis quelques années leur fait une chasse acharnée. Les fourrures de ces oiseaux sont en effet devenues à la. mode et

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arrivent par milliers sur les marchés de l'Europe; elles sont principalement employées pour fabriquer des manteaux, pour doubler ou garnir des vètenienls.

La famille des Podipidés ne comprend en réalité qu'un seul genre, le genre Podiceps; toutefois Lesson a cru pouvoir séparer sous le nom de Podilymbiis certams Grèbes américains . et d'autres ornith oîogistes ont établi , dans le genre Podiceps , plusieurs divisions subgénériques : Podiceps, Pedeaithyia, ALfchmophorus^, Dijtes, Procfopus. PioUandia, Calipareus, Centropelma, Poliocephalm, Sylbeocijclus.

Parmi les Grèbes européens, nous citerons le Grèbe huppé [Podiceps cristatus L.), espèce d'assez grande taille, dont la tête d'un noir lustré est ornée, dans la saison des amours, d'une double touffe de plumes, et dont le dos est brun, la sorae blanche avec une collerette d'un rouge vif bordé de brun noirâtre, le ventre d'un blanc satiné taclieté de roux et de noir sur les flancs, et le Grèbe castagneux (Podiceps fJnviatilis Briss., Podiceps minor Gm.), qui est beaucoup plus petit que le précédent et s'en distingue par sa tète privée de huppes, par ses parties supérieures d'un noir lavé d'olivâtre, les côtés de son cou d'un brun marron, sa poitrine et ses flancs roux, variés de noirâtre, son ventre d'un blanc argenté, tirant au gris, etc.

Ces deux espèces, du reste, ne sont pas confinées en Europe: elles ge trouvent aussi, du moins à certaines saisons, dans le nord de l'Afrique, et la première se rencontre sans modifications sensibles dans le nord de l'Amérique, tandis que la seconde est représentée dans l'Inde, aux Philippines, au Cap de Bonne-Espérance, en Californie, au Mexique, par des races à peine distinctes [Podiceps philippensis, P. capensis, P. dominicns. E. Oustalet.

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GRÈCE *. Géosrraphie médicale. La péninsule hellénique, la plus orientale des péninsules de l'Europe méridionale, après un grand développement entre la mer Adriatique et la mer Noire, se rétrécit à partir du 41'' den-é de longitude et forme une prolongation enfermée entre les mers Egée et Ionienne et qui s'avance jusqu'au 56* 55'. C'est particulièrement à cette région, depuis l'Olympe et les monts Cérauniens, en y comprenant les nombreuses îles environnantes, qu'on a donné le nom de Grèce (EAAAI).

Dans le présent article, nous avons dij laisser de côté les contrées les plus septentrionales de cette région, l'Epire et la Thessalie. qui constituent, sous presque tous les rapports qui nous intéressent ici, des pays de transition entre le continent et la Grèce proprement dite, et dont il est question dans d'autres articles du présent Dictionnaire [voy. art. Aluame et Thessalie). De celte manière, nous nous occuperons ici des pays qui formaient le rovaume de Grèce jusqu'en 1881, époque à laquelle, par suite du dernier traité de Berlin, ont été annexées la majeure portion de la Thessalie et la partie de l'Épire comprise entre

* La géographie médicale de la Grèce était, pour ainsi dire, à créer. Le présent article a été écrit par M. Clôn SléphanoS: jeune médecin grec des plus instruits, sur des documents et des données en très grande partie nouveaux, ou qui n'étaient pas jusqu'à présent utilisées. Il a donc une importance toute spéciale qui en excusera la longueur. Le directeur a, en outre, besoin d'ajouter que, pour réduire l'article aux dimensions actuelles, il a eu le rejrret de demander à l'auteur^e sacrifice d'une partie de ses documents et de sa rédaction, dont il est à souhaiter pour la science que l'emploi soit fait d'une autre manière. A. d!

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la rivière d'Araclilhos, Metsovon, le Piade et les anciennes frontières de la Grèce. D'autre part, nous avons fait entrer ici l'île de Crète qui, quoique soumise encore à la tlomination ottomane, se rattache intimement à la Grèce sous plusieurs points de vue.

Ces contrées, comprises entre les degrés 35 et iO environ de latitude N. et les degrés 19 et 27 de longitude, offrent une superficie totale d'environ 59 600 kilomètres carrés, dont 7800 pour l'île de Crète.

g I. Oroghaphie, uydrographie. La Grèce, considérée dans son ensemble, est un pays montagneux. Son sol est occupe, dans ses 4/5 environ, par des montagnes ou par leurs ramifications. Il ne reste ainsi qu'une partie relativement restreinte pour des plaines et des vallées. Quelques-unes des montagnes forment des masses énormes avec des contreforts rayonnant tout autour; mais la plupart forment des chaînes allongées se dirigeant du N. 0. au S. E. en embrassnnt souvent des vallées profondes ; bien souvent aussi ces montagnes, en se croisant ou bien en se rejoignant après avoir avancé parallèlement jus{[irà un certain point, forment des bassins fermés, les uns bas (comme celui de la Béotie), les autres élevés (comme ceux de l'Arcadie), ceux-ci étant tantôt unis et plats, tantôt profonds et en forme d'entonnoir. La conformation du sol entre les montagnes et la mer est encore plus variée. Ainsi à la partie occidentale de la Gi'èce, où aucune grande chaîne montagneuse n'avance vers les côtes, s'étendent quelques plaines importantes, surtout au N. 0. et au S. 0. du Péloponnèse. Par contre, à l'E. et au S. E., on ne trouve que de petits espaces plats, resserrés en général au bord de la mer ; souvent même la mer vient baigner le pied des montagnes. C'est surtout ici qu'on voit la conformation intérieure du pays se refléter sur le relief des côtes. Les chaînes montagneuses de la terre ferme, s' avançant loin dans la mer, forment soit des péninsules, avec des golfes intermédiaires profonds, soit de nombreuses îles, qui ne constituent pour la plupart que les sommets et les crêtes montagneuses d'une région submergée.

Par suite de la conformation du sol grec et de son partage en plusieurs bassins, il n'y a point de grandes rivières en Grèce. D'autre part, la rapidité des pentes que présentent la plupart des montagnes, ainsi que leur nudité trèsfréquente, fait qu'une grande partie des eaux de pluie s'en va directement à la mer par des torrents impétueux ou par des ruisseaux qui se dessèchent bien vile. De plus le pays ne peut tirer profit qu'en partie des eaux qui se rassemblent dans les réservoirs souterrains, parce que, en dehors d'autres circonstances, l'inclinaison relativement grande des lits souterrains des eaux ne leur permet souvent de sortir en sources que près de la côte ou encore au fond de la mer.

Quoique la charpente du sol grec se présente d'ordinaire comme un prolongement des systèmes montagneux du continent, cette continuité ne se poursuit an -dessus du niveau de la mer que sur une étendue relativement petite, formant ainsi la Grèce continentale ; plus loin elle dessine la grande presqu'île du Péloponnèse, qui ne se relie au continent que par un isthme étroit, et de nombreuses îles éparses dans les mers environnantes, parmi lesquelles on distingue à l'est les îles de l'Egée (Archipel), à l'ouest celles de la mer Ionienne et au sud la Crète.

I. Grèce contmentaie. Comme poiut de départ des principales montagnes de la Grèce continentale se présente le Pinde, cette longue chaîne qui sépare

ri':pire de la Thcssalie. Là oîi ccUc chaîne louche aux iVunlières de hi Grèce coutinentale, elle se relie au rempart élevé d'Olhrys (1728 m.), qui s'avance entre la Thessalie et la Phthiotide jusque dans la mer. Non loin du même point se détache, comme prolongation de la chaîne du Piude, le mont Tyraphrestc {'27A'è m.), la cime la plus élevée de la Grèce continentale, autour de laquelle rayonnent l'Œla, le Corax (2495 m.) et certaines montagnes de l'Eurytaiiie, notamment le mont Panétolique (1927 m.). Mais la plupart des montagnes de cette contrée, ainsi que de l'Acarnanio septentrionale, allant du nord au sud, se présentent plutôt comme continuations immédiates des montagnes de l'Épire. Quoique en général médiocrement élevées, elles sont abruptes et déchirées par des crevasses profondes ou des lits de torrents impétueux, et sont couvertes en grande partie de forêts de chênes et d'yeuses. Aussi donnent-elles au pays un aspect excessivement sauvage, comme on n'en trouve que très-peu en Grèce. Néanmoins on voit encore ici quelques jdateaux et quelques riantes vallées, qui égayent çà et là le paysage. Plus an sud s'étend un long bras du Gorax qui s'avance presque jusqu'à la mer, vis-à-vis de Patras. A l'ouest, après un ravin étroit, dans lequel coule le petit fleuve d'Evénos, viennent les montagnes, assez basses en général, de l'Êlulie méridionale, dont Aracynthe (955 m.), à pentes rapides et à gorges profondes, est le sommet le plus élevé. Au sud d'Aracynthe s'étendent jusqu'aux rivages situés en face du Péloponnèse des plaines fertiles, mais marécageuses, dont la plus importante est celle de Messolonghi. Tout à fait à l'ouest s'élèvent encore quelques petites montagnes (en Âcarnanie), bornant au nord et au sud des plaines assez étendues, mais surtout au sud, oii le sol est formé en grande partie par des alluvions de l'Achéloiis. Les soaimets de ces montagnes sont tantôt chargés de pins et de cyprès, tantôt couverts par des forêts épaisses de chênes et de châtaigniers qui constituent la principale ressource des habitants. D'autre part les plaines, douées en général d'un sol poreux, sont très-pauvres eu eaux courantes, d'oii le pays a reçu le nom de Xéroméros (pays aride) .

Le fleuve Achéloùs, qui vient d'être cité, le plus considérable des cours d'eau de la Grèce, n'arrivant sur le sol grec qu'après un long jiarcours eu Épire, descend des montagnes par des chutes successives, recueille par des nombreux ruisseaux et torrents la plupart des eaux du pays, et, après avoir arrosé les plaines basses qui s'étendent au S. 0. de l'Étolic, se déverse dans la mer Ionienne, en face de l'île de Géphalonie. La région basse située à l'entour est parsemée, jusqu'aux extrémités N. 0. de l'Acarnanie, par une multitude de marais et de bassins lacustres. Le plus important de ceux-ci est le lac profond de Trichonis, dont les bords, pour la plupart rocheux et escarpés, ne présentent une dépression que du côté ouest, où le sol s'inclinant amène les eaux du lac dans l'Achélous, après les avoir conduites dans un lac plus petit (Hyria) à bords bas et marécageux. Le golfe Ambracique même ne doit être regardé que comme un lac communiquant avec la mer par un étroit goulet.

Passant maintenant plus à l'est de la Grèce continentale, nous vovons la montagne abrupte et sauvage de l'Œta (2170 m.) se détacher du Corax et du Tyraphrestc et avancer vers l'est jusqu'au voisinage de la mer, où elle s'arrête brusquement. C'est là, au pied de ses flancs escarpés, que se trouve le fameux passa<Te des Thermopyles. Le long espace enfermé entre l'Œta, le Tymphreste et l'Othrys forme la fertile vallée de la Phlhiotide, vallée arrosée par le Sperchios, rivière

à cours rapide, qui la traverse tout au long et se jette dans le golfe Maliaque, aux bords duquel ses alluvions ont formé une large plaine marécageuse qui s'élend maintenant au delà du passage des Thermopyles.

Au sud de l'Œta, là où dominent les montagnes du Corax [2495 m.) et du Gliiona qui s'en détache, le pays(Doride septentrionale) est des plus âpres, plein de rochers escarpés et de précipices. Entre le Ghiona, qui descend jusqu'au bord du golfe de Corinthe, et les ramifications du Corax, situées plus à l'ouesi, s'étend une vallée courbe, couverte en grande partie par des chanies et des cèdres, à travers laquelle coule le Mornos, ruisseau qui débouche dans le golfe de Corinthe. Au S. E. de l'Œta, entre cette montagne et le Parnasse, est enfermé le bassin oblong de Delplies (Parnasside), qui se termine aux bords du golfe de Corinthe. Les montagnes environnantes sont en général âpres et stériles ; les plaines mêmes sont pour la plupart peu fertiles ; les marécages y sont rares.

On vient de voir que l'Œta s'arrête non loin de la mer, aux Thermopyles, mais ici elle se relie à une chaîne montagneuse qui s'étend tout le long des côtes N. E. de la Grèce continentale, parallèlement à l'île d'Eubée. Cette chaîne, dont la hauteur décroît progressivement, est composée de montagnes distinctes, pour la plupart hérissées de roclies escarpées (Gallidrome loTU m., Cnémis 950 et 845..., Ptôon 726, Hypaton 750, Messapion 625, etc.), et aboutit à Kynosura, non loin de 3Iarathon. Entre ces montagnes et la mer s'allonge une bande étroite de terre, arrosée par quelques cours d'eau insignifiants, qui donnent naissance à de petits marécages (rivages de Locride, etc.).

Parallèlement à la chaîne précédente, mais plus au sud, une autre chaîne de montagnes reliée à la Ghiona se développe à côté du golfe de Corinthe et s'avance vers l'est. C'est à cette chaîne qu'appartiennent les montagnes boisées de la Béotie avec des vallées fertiles et riantes, le Parnasse (2450 m.) et l'Hélicon (1527 m.), ainsi que les montagnes âpres et arides situées entre l'Attique et la Béotie, le Cithéron (1086 m.) et le Parnès (1413 m.), dont le dernier réunit cette chaîne à la précédente. Les montagnes de l'Attique, le Pentélique (IHO m.) et l'Hymette (1027 m.) sont considérées comme formantune continuation de cette même chaîne.

Entre ces deux chaînes se trouvent renfermées les vallées et les plaines de Béotie, laquelle se divise en tout en deux bassins, l'un oriental, l'autre occidental. Ce dernier, le bassin principal, est arrosé par le Céphise, lequel, ne trouvant point d'issue libre vers la mer, forme dans la partie la plus basse du bassin le lac de Copaïs, le plus grand parmi ceux de la Grèce. Ce lac, qu'on est en train de dessécher, rendait jadis le pays un des plus malsains de la Grèce.

Au S. E. de la Béotie s'étend la péninsule de l'Attique, qui forme avec l'Argolide, située vis-à-vis en Péloponnèse, le golfe Saronique. Ses montagnes laissent assez d'espace pour des plaines, surtout à la partie S. 0., où s'étendent la plaine d'Athènes et celle de Thriasion, d'une l'ortilité médiocre. Aucun fleuve ne traverse l'Attique ; il n'y a comme cours principaux que la rivière d'Asopus, qui, venant de la Béotie, se jette à la mer en face de l'Eubée, et la Céphisse, qui coule non loin d'Athènes. On n'y trouve pas non plus de marécages étendus.

Enfin à la partie S. 0. de l'Attique s'étend la Mégaride, la contrée qui réunit la Grèce continentale au Péloponnèse et sépare la mer Egée de la mer Ionienne (golfe de Corinthe), contrée presque partout âpre et peu fertile, occupée par un massif de montagnes (monts Oniens, Geraniens 1570 m., Ikarion). On ne trouve en Mégaride que quelques ruisseaux, dont le plus important, Céphise, coule auprès d'Eleusis et donne naissance à quelques foyers marécageux importants.

II. Péloponnèse. Cette péuiiisule, dont la forme rappelle celle d'une feuille de platane ou plutôt celle d'une main à quatre doigts, se relie, comme nous avons .u, par une étroite bande de terre, à la Grèce continentale, dont elle est séparée d'un côté par le golfe de Corinthe et de l'autre par le golfe Saronique. Elle est baignée à l'est par la mer Egée, au sud par la mer de Crète, et à l'ouest par la mer Ionienne.

La région la plus élevée du Péloponnèse et qui se présente comme le point de départ de toutes ses montagnes et de ses fleuves est le plateau arcadien (Gortynie, Calavryta, Mantinée), Ce plateau, occupant la partie moyenne du Péloponnèse septentrional, se trouve entouré de montagnes qui n'offrent qu'une seule brèche étroite vers l'ouest au bout de la vallée de Mégalopolis. A l'est, et surtout au nord de ce plateau, des chaînons montagneux, se reliant entre eux dans diverses directions et se rattachant aux montagnes voisines, limitent plusieurs bassins fermés, les uns profonds (surtout vers le nord), les autres plats et formant plutôt des plaines. Les eaux delà plupart de ces bassins s'écoulent par des entonnoirs souterrains, mais dans quelques autres l'obstruction partielle ou complète des issues a déterminé la formation de lacs (Phénéos, Stymphalis, lac de vSoudena).

La plus grande partie des eaux de l'Arcadie est recueillie par l'AIphée, soit directement, soit par ses affluents. Cette rivière, qui constitue le plus grand cours d'eau du Péloponnèse, prend son origine, d'après toute probabilité, au N. 0. du Parnon, par de nombreuses sources, et, arrivée aux pieds du mont lioieion, y disparaît, pour reparaître à Francovryso, au-dessus de la plaine d'Asea où il reçoit les eaux des montagnes voisines. Après un bref parcours, ses eaux mêlées avec celles de l'Eurotas dans le même lit se jettent dans des gouffres, mais pour reparaître de nouveau peu après. Ainsi l'Eurotas reparaît non loin des ruines d'Eutée, entre les limites de Mégalopolis et de Lacédémone, et poursuit sa course dans la vallée de Sparte, tandis que l'AIphée revient au jour près de l'ancien Oresteion, et de là coule à découvert à travers la vallée de Mégalopolis. Parvenu aux limites de l'Élide, le pays bas situé au N. 0. du Péloponnèse, il reçoit par le plus considérable de ses affluents, le Ladon, la plus grande partie des eaux du plateau septentrional de l'Arcadie, aussi bien que celles du lac Phénéos et des monts Aroaniens, et un peu plus lom, par le ruisseau d'Erymanlhe, les eaux des versants méridionaux de la montagne du même nom. Continuant enllu sa course entre l'Olympie et l'Elide, il va se jeter dans la mer Ionienne.

Les chaînes montagneuses qui entourent le plateau de l'Arcadie, au nord, à l'est et à l'ouest, et qui sont, pour une forte partie, de simples continuations des montagnes delà Grèce continentale, forment pour ainsi dire la charpente de toute la péninsule et surtout de quatre presqu'îles qui s'étendent au sud et à l'est, des presqu'îles de Messénie, de Laconie (Magne et Épidaure-Liméra) et de l'Aro-olide.

Et d'abord, la chamequi s'étend au nord court de l'est à l'ouest, offrant comme sommets les plus élevés le Kyllène (2574 m.) à versants couverts de forêts, les monts Aroaniens (2555 m.) pour la plupart dénudés, et l'Eryraanthe (2224 m.). Ces montagnes n'offrent point vers le nord des ramifications de quelque importance, mais leurs versants courts et en général plats descendent de ce côté par une pente plus ou moins rapide, ne laissant le Ion» du littoral que des plaines étroites. Le pays est cependant fertile et bien arrosé par de nombreux ruisseaux et d'autres petits cours d'eau, lesquels, malgré l'étroitesse des côtes, donnent naissance à quelques foyers palustres importants.

Cette chaîne montagneuse se continue par une autre chaîne, qui naît clans la partie N. E. dupiateaa arcadicn, et se dirige vers le S. E., avec des interruptions et une conformation variée. Là se rencontrent les monts Titanos (1211 m.), Tricaranon (750 m.), Kelossa (ItîTO m.), Apesas (875 m.), Arachnéon (1199 m.), Coryphéon (671 m.), etc. La partie occidentale de cette chaîne séparant l'Argolide de la Corinthie, et s'étalant du côté nord en des ramifications à pentes pour la plupart douces, y forme le sol de ce dernier district qui ressemble assez aux autres parties littorales du nord du Péloponnèse. Les ramifications méridionales et orientales de ces montagnes, s'étendant sur la plus grande partie de l'Argolide, laissent entre elles des vallons et quelques plaines, dont la plus considérable, celle d'Argos, arrosée par le cours de l'inachos, contient les marais les plus importants de l'Argolide, les uns formés par le lac de Lerne, les autres par des ruisseaux. A côté de l'Argolide se trouvent l'île rocheuse H'Hydra, celle de Spétsa, couverte de pins, et Poros, île plantée d'Hespéridées.

La chaîne montagneuse qui ferme l'Arcadie du côlé oriental s'avance au sud jusqu'au cap Maléé, et présente comme points culminants le mont Lyrceon (1646 m.), l'Artémise (1772 m.), le Parthenion |1217 m.) et le Paruon (1958 m.). Apre et stérile presque dans toute son étendue, cette chaîne descend vers l'est par une pente rapide : ainsi l'on ne trouve le long du littoral que des plaines courtes, arrosées par les eaux de quelques petits ruisseaux. L'île rocheuse et abrupte de Cythère, la plus méridionale des îles Ioniennes, doit être considérée comme un prolongement de cette chaîne.

La chaîne située à l'ouest du plateau arcadien présente à peu près la même direction que la chaîne précédente et est formée par des montagnes boisées et riches en cours d'eaux, dont le principal est le Lykéon (li20 m.). Les montagnes de cette chaîne ainsi que les autres montagnes de l'Arcadie occidentale ne présentent pas autant de régularité que celles de la chaîne orieptale. En se réunissant en petits chaînons qui se rejoignent çà et là en massifs, elles donnent par là au pays un aspect très-accidenté. Mais plus au S. un haut et long rempart montagneux s'élève, le Taygète ("2409 m.). Cette montagne, la plus élevée du Péloponnèse, est boisée et présente une riche végétation à sa moitié septentrionale, tandis que plus au sud elle est âpre et aride ; elle aboutit ainsi au promonloire abrupte du Ténare (511 m.). Entre sa partie septentrionale et le Parnon est comprise la vallée fertile de l'Eurotas, fieuve qui rend le littoi'al du pays, avec quelques autres ruisseaux, fort marécageux. D'autre part, entre le pied S. E. de cette montagne et la petite presqu'île qui forme l'extrémité S. E. du Péloponnèse (Epdiaure-Liméra) s'ouvre le profond golfe Laconien.

Quelques-unes des montagnes situées à l'O. du plateau de l'Arcadie servent de points de départ à des chaînes plus petites. C'est ainsi qu'en Messénie nous avons, vers le nord, une longue chaîne qui s'étend du S. E. vers le N. 0., comprenant le Lykéon (1420 m.), le Kerausion, le Cotylion (1546 m.) et le Minthe 1222 m.); puis plus au S. ÎN'omia (1588 m.), ainsi qu'une autre chaîne comprenant rÉgaléon (1066 m.) et le Malhla (957 m.). Celte dernière montagne forme en grande partie la petite péninsule qui, aboutissant au cap Acritas, borne à l'O. le golfe de Messène. Ces montagnes, pour la plupart peu élevées et couvertes de forêts, ainsi que leurs ramifications, descendent généralement en pente douce et permettent çà et là la formation de plusieurs vallées et de plaines fertiles, arrosées par les eaux abondantes. Ainsi entre les montagnes

du S. 0. de l'Arcadie ot la série montagneuse d'Égaloon , s'étendent les plaines fameuses pour leur fertilité depuis l'antiquité, de Stényclare et de Messène, arrosées par plusieurs cours d'eau et surtout par le Pamise, qui. richement alimente par les montagnes de Stényclare, donne lieu à plusieurs marécages importants dont un très-grand près de ses sources mèmi^s. Les pentes occidentales des montagnes de la Messénie, ainsi que les collines et les plaines qui s'y trouvent, remarquables aussi par leur fertilité, sont couvertes de plantations, surtout d'oliviers et de vignes. On y trouve plusieurs petits ruisseaux, mais aucun cours d'eau considérable. Le pays est aussi dépourvu de grands marais, et ce n'est qu'eu Olympie qu'on trouve un lac longeant la côte dans une grande étendue, foyer considérable d'infection. La côte occidentale de la Messénie, un peu concave vers le milieu, forme le golfe de Cyparissie.

Si la partie occidentale de la Messénie ne présente que de nombreux petits ruisseaux, le pays qui s'étend plus au nord et qui constitue la partie A. 0. du Péloponnèse (Élide) sert de lit aux plus abomlauts de ses cours d'eau, dont les alluvions ont précisément formé une grande partie de ce pays. Entre l'Elidc et rOlympie coule l'Alphée qui, descendant des montagnes de l'Arciidie, est bordé dans son parcours à travers la plaine de collines verdoyantes et couvertes de pins. Le milieu de l'Élide est traversé par le Pénée qui, recueillant une grande partie des eaux de l'Érymanthe, se jette également dans la mer Ionienne en face de Zante. Ses eaux rendent le littoral fort marécageux et doiment naissance à plusieurs petits lacs. Ce pays qui il y a quelques années, était inculte en général, est aujourd'hui, dans sa portion la plus basse (plaines, collines et valions;, planté d'oliviers et de vignes, tandis que ses parties montagneuses à l'est sont couvertes de bois d'arbres sauvages. La partie la plus septentrionale du >'. 0. de la presqu'île (Achaïe) se raccourcit de plus en plus par le rapprochement mutuel des côtes et des montagnes (Érymanthe, 1880 mètres, Panachaïcon, 1927 mètres) et est arrosée seulement par des ruisseaux.

Iles. Parmi les îles grecques que nous considérons dans le présent article il faut distinguer celles de la mer Egée, celles de la mer Ionienne et la Crète.

Les îles de la mer Egée, constituant en grande partie les cimes et les crêtes montagneuses d'une tf.rre qui réunissait autrefois la Grèce à l'Afrique, forment, comme nous l'avons déjà dit, pour la plupart, les suites des chaînes continentales. Ainsi la chaîne de l'Olympe thessalien se prolonge le long de l'île d'Eubéc, la plus grande des îles de la Grèce libre, et les îles d'Andros, Tinos, Myconos, Naxos et Amorgos. D'autre part, on poursuit celle de la Grèce Continentale dans les îles de Kéos, Kythnos, Siphnos, Sériphos, Syra, Paros. Toutes ces îles, l'île d'Eubée exceptée, avec quelques autres plus petites et les îles volcaniques de Milos et de Théra (Santorin), sont comprises sous le nom collectif de Cvclades.

En dehors de ces îles il y a encore dans la mer Egée deux autres groupes d'îles: le premier formé par des îles situées au N. E. de l'Eubée (Sporades septentrionales : Scopelos, Sciathos, Scyros), le second composé par des îles plutôt disséminées dans le voisinage de l'Argolide et de l'Attique (Sporades occidentales : Hydra, Spetsa, Poros, Egine, Salaraine).

Les îles Ioniennes sont éparses pour la plupart sur les parages occidentaux de la Grèce Continentale et du Péloponnèse : Corfou, la plus septentrionale, est située en face del'Epire ; Cythère, la plus méridionale dans les parages deLaconie. Parmi les autres, l'île de Leucade se trouve à une petite distance de l'Acarnanie, à laquelle elle était réunie dans l'antiquité. Rangées sur la même ligne DICT. ESC. 4' s. X. 24

viennent plus au S. les îles d'Ithaque, de Céphalonie, situées aussi près de l'A-

carnanie, et de Zante, située en face de lElide.

Parmi les îles de la Grèce libre, il y en a peu de très-fertiles; la plupart sont médiocrement fertiles au point d'obliger une partie de leur population à s'expatrier. Il n"y a presque que l'île d'Eubée qui ait des montagnes élevées (Dirnhys 1745, Oché 1404, etc.) et des luisseaux de quelque importance*.

Voy. la BiDLioGRAPiiiE à la fin de cet article (p. 576).

§ H. Climat. Dans l'Europe moyenne, tant que l'on s'avance de l'ouest à l'est, la température moyenne de l'année et surtout celle de l'hiver s'abaissent de plus en plus, d'une part par suite de la diminution progressive de l'influence modératrice de l'Océan, et d'autre part par suite de l'influence de plus en plus sensible des vcnls polaires. Dans l'Europe méridionale, les hauts remparts montagneux qui se dirigent de l'ouest à l'est protègent ses pays pendant l'hiver conti e rinfluence immodérée des vents polaires ; d'autre part la mer, qui embrasse de plus en plus la terre tant qn'on s'avance de l'Espagne vers la péninsule hellénique, remplace jusqu'à un certain degré l'action de l'Océan. Mais pendant l'été, quand dans la partie orientale de l'Europe moyenne les souffles polaires diminuent sensiblement la température, dans la partie orientale de l'Europe méridionale, les conditions favorables résultant de la disposition mutuelle de la terre et de la mer ne parviennent qu'à un degré très-faible à suppléer à l'influence bienfaisante de l'Océan. Ainsi, tandis qu'en janvier de Harlem jusqu'à Orel on a un abaissement de température de lO^o, dans les régions méditerranéennes, depuis Lisbonne (10%3) jusqu'à Athènes (8°,1) ou Smyrne (S'',^), on a à peine un abaisse ment de 2°, 2 ou 2",1. D'autre part, en été, tandis que de Harlem jusqu'à Orel nous avons une petite différence de la température moyenne (!2",5) dans l'Europe méridionale depuis Lisbonne (21", 2) jusqu'à Athènes (27") ou Smyrne (26", 6) nous avons à juillet une différence de plus de 5 degrés (Cf. Fischer).

On aurait dû s'attendre, par suite des conditions mentionnées ainsi que de celles de la latitude, à ce que le sol grec présentât une certaine variété de climat, mais restreinte. Au lieu de cela, on remarque au contraire une variété surprenante ; il n'en saurait être autrement dans un pays où la terre et la mer concourent à établir u ne variété dans les conditions mésologiques des plus rares sur notre globe. C'est ainsi qu'on observe de grandes différences de climat dans des districts qui se touchent ou dans un même district. Il en est ainsi surtout dans l'Arcadie septentrionale, la Laconie, la Phthiolide l'île de Crète, etc^ Constitution saisonnière. Avant de passer en revue les divers phénomènes

* Vo)j. pour plus de détails sur les îles à la fin de cet article (p. 552 e. s.) ^ Les observations météorologiques faites et publiées pendant ces dernières dizaines d'années se rapportent aux villes d'Athènes (Vouris et surtout Schmidt), de Corfou (H. James, ■SYinternitz, etc.) et de Tairas (Boys). Par l'initiative du syllogue « Parnasse » à Athènes plusieurs stations m'étéorologiques ont été récemment établies (Larissa, Trinolis, Calâmes, Paros, etc.). — Aucune étude généialesur le climat de la Grèce, de quelque importance scientifique, n'est faite jus qu'à présent, faute de données suffisantes. Relativement au climat de certaines parties de la Grèce, nous devons surtout citer les travaux de MM. Schmidt, Matthiessen et Yaphas sur Athènes, et celui de Bosser sur Corfou. Mentionnons aussi le travail important de M. Fischer sur le cUmat de la Méditerranée, que nous avions eu surtout sous les yeux pour tout ce qui con cerne le climat de l'Europe méridionale, ainsi que pom- les régions thermiques et onibrométriques du sol grec.

GRÈCE. -^''i

que présente le climat de la Grèce, nous allons esquisser rapidement d'autant qu'il nous sera pos&ible, les traits principaux de la marche des saisons dans ce pays. Gela est d'autant plus nécessaire que leur influence sur la constitution médicale est considérable.

Le printemps est en général très-court, comme sur la plupart des rivages de la Méditerranée. Commençant ordinairement avec le mois de mars, lorsque apparaissent les premiers représentants de la flore printanière, il dure jusqu'au commencement ou au milieu de mai, tandis que celte flore, marchant avec une extrême aclivilé, se présente en avril dans son développement presque complet. Les mois de mars et d'avril sont doués en général d'une température agréable. Toutefois, dans les localités voisines des montagnes hautes et neigeuses, des courants d'air très-froids et pénétrants, qui descendent, en diminuent sensiblement la température pendant la nuit et au matin, tandis que ia température monte sufiisamment vers le milieu du jour et devient souvent assez incommode à cause des venls du sud, qui soufflent fréquemment à cette époque. Ges vents sont parfois accompagnés de pluies en mars, tandis qu'en avril, celles-ci sont si rares dans la plupart des contrées de la Grèce, que l'agriculteur s'estime heureux, s'il y a de la pluie une seule fois. Le mois de mai passe ainsi en général sans pluie et même sans nuages. Mais, quoique les mois du printemps soient les plus salubres de l'année pour la Grèce en général, les changements atmosphéi'iques y sont pourtant assez fi"équents, et par suite les conséquences fâcheuses pour la santé, surtout pour les âges faibles.

Les chaleurs de l'été commencent ordinairement à se faire sentir vers le milieu de mai, tandis qu'à la fin de ce mois la température s'élève déjà trèsrapidement pour atteindre son maximum à la fin de juillet ou au commencement d'août. — Sur les rivages et dans les îles la température élevée de l'été est tempérée par les brises de la mer et les vents du nord, qui fout pourtant augmenter la sécheresse de l'air et du sol. Mais en plusieurs points de l'intérieur, oii des plaines et des vallées, rarement plantées, sont entourées par des montagnes en grande partie arides, la chaleur devient très-intense. Pourtant dans la plupart des districts de la Grèce la température estivale moyenne se maintient entre 24" et 27°. — Le sol échauffé est envelo{)pé pendant l'été d'une atmosphère sèche et limpide : ainsi on n'observe habituellement des nuages que sur les cimes les plus élevées, parmi lesquelles pourtant il n'en est que très-peu qui en soient constamment couvertes. La saison passe ainsi, en général, sans aucunes pluies, et les ruisseaux desséchés ne sont plus marqués dans les plaines et les vallées que par de longues bandes de lauriers-roses et d'ayiius-castus fleuris, les compagnons fidèles des lits humides. La végétation, naguère si vigoureuse et si riante, est maintenant subitement arrêtée. Sur le sol altéré des plaines et des vallées de la Grèce, presque toute vie végétale apparue au printemps s'en va au commencement même de l'été, sans que dans les îles et les côtes les rosées de nuit parviennent à les faire durer bien davantage. Ainsi ce n'est plus que dans les endroits plantés de vignes et d'arbres que l'on rencontre des étendues considérables présentant une végétation encore vivante. — Mais, tandis que la plupart des contrées basses de la Grèce sont brûlées dans celte époque par la chaleur, sur les hautes montagnes et les plateaux élevés, l'été, retardé jusqu'au commencement de juillet ou même davantage, vient enfin aussi doux en général que le printemps. Ainsi, dans les plaines et sur les côtes la florait

son a lieu en règle gciie'rale depuis mars jusqu'au commencement de juin ; dans les montagnes, depuis juin jusqu'à la lin de septembre. Et quoique, dans plusieurs de ces localités, des vallées toutes fermées soient privées de souffles rafraîchissants, dans beaucoup d'elles les montagnes couvertes de neiges retardent l'arrivée des grandes chaleurs et en raccoursissent la durée.

La fin de l'été tombe entre le milieu et la fin de septembre. Cependant les changements atmosphériques qui ont lieu pendant la première moitié de ce mois sont si fréquents, que d'après les préjugés vulgairement répandus en Grèce la marche de ces journées présage celle de toute l'année suivante. L'hygiène populaire prescrit même, depuis cette époque, des précautions hivernales contre les refroidissements. — L'automne, comme le printemps, est caractérisé par une grande instabilité et de biusqiies passages d'un temps serein ou d'une température élevée à un temps humide ou à une température froide. Le mois de septembre, et une bonne partie d'octobre, ont, en général, des jours aussi doux et aussi agréables que ceux du printemps. Le mois d'octobre a déjà plusieurs jours pluvieux, à cause de la Iréi^ucnce des vents du sud, ce qui relarde assez l'abaissement de la température. Le mois de novembre amène des pluies abondantes, auxquelles succèdent des vents du nord, des neiges sur les montagnes, et par conséquent un fioid plus intensp..

Mais l'hiver n'est pas, en général, rigoureux en Grèce. Les grands froids que l'organisme ressent alors sont dus dans la plupart des contrées plutôt à la violence des \ents du nord et, en bon nombre de localités, aux courants d'air qui descendent des montagnes dénudées, qu'à un abaissement considérable de la lempéralurc ambiante. Aussi le froid ne devient intense en général, avant le mois de janvier, que sur les localités montagneuses. Pourtant, même pendant ce mois, la température ne descend que rarement au-dessous de zéro dans la plupart des contrées de la Grèce, tandis que la température moyenne en hiver se balance entre 9 et 15 degrés. Les jours pluvieux, favorisés par les vents du sud, fréquents à cette époque, ne se succèdent que rarement d'une manière continue. Souvent il sont interrompus par des jours aussi agréables et aussi sereins que ceux du printemps, surtout en janvier et en février. Le tiers presque des jours de ces deux mois sont en effet sereins, surtout jiar des vents du nord. A la fin de février la température présente déjà une chaleur douce, et l'on voit ainsi sur les rivages et dans les plaines abritées contre le vent du nord apparaître les premiers précurseurs de la flore pnntanière.

De cette manière, si l'on voulait se rapporter plutôt aux saisons astronomiques qu'aux saisons météorologiques, on remarquerait que le printemps est dans plusieurs localités humide et froide au commencement, doux vers le milieu et chaud à la fin ; l'été très-sec et très-chaud; l'automne, d'abord chaud, plus tard doux et en général agréable et humide, mais avec des changements atmosphériques très-fréquents; enfin l'hiver en général clément et, seulement pendant un court espace de temps, rigoui'eux et très-pluvieux.

Tempér-^tire. Lignes isothermes. Le sol grec est compris entre les lignes isothermes de 17 et de 20 degrés. La ligne de 17 degrés, descendant dans la mer Egée (59°) presque autant que dans la partie occidentale de la péninsule Ibérique, passe à peine par les Sporades septentrionales de la Grèce. La ligne de 18 degrés après plusieurs ondulations, qu'elle présente dans la Méditerranée s'élevant en Sardaigne, puis descendant en Sicile, s'élevant de nouveau à l'extrémité méridionale de l'Italie et même plus à l'est presque jusqu'à Corfou, com-

mence de là à s'abaisser graduellement. En arrivant dans la Grèce Continentale, elle suit, en général, les contrées voisines du golfe de Corinlhe, et sort du sol grec à l'extrémité méridionale de l'Eubée (38°), pour entrer dans l'Asie Mineure à peu près sur la même latitude. La ligne de 19 degrés s'abaissant sur le sol grec (55**, 5), plus que partout ailleurs en Europe, touche la partie septentrionale de la Crète, le pays le plus méridional de l'Europe et, s'élevant de là, elle passe sur l'île de Rhodes pour entrer dans le sol asiatique. Il en est de même pour la ligne de 20 degrés, laquelle, après avoir traversé les côtes septentrionales de l'Algérie, passe à travers la Crète. C'est ainsi que la plupart des lignes isothermes qui traversent la Méditerranée descendent en Grèce beaucoup plus bas que partout ailleurs.

Régions thermiques. Nous venons de voir quelles sont les directions que suivent les diverses lignes isothermes rie l'année sur le sol grec, en supposant, comme cela se fait ordinairement, que le sol affecte le même niveau que la mer. En envisageant maintenant le sol avec son relief effectif, et examinant comment la température annuelle moyenne s'y distribue, on retrouve l'extrême variété climatologique qui caractérise la Grèce. Ainsi, tandis que, au voisinage des côtes et dans les plaines maritimes, on a devant soi la végétation qui semble annoncer la proximité des pays les plus chauds de notre globe, non loin de là s'élèvent de hautes montagnes, couvertes de neige pendant la moitié de l'année et couronnées par une végétation alpine. Cependant on ne rencontre nulle part en Grèce, au moins sur un espace de quelque importance, la zone d'une température annuelle moyenne de 20 degrés ; il en est de même de la zone d'une température inférieure à 10 degrés, qui domine sur une étendue relativement peu considérable.

La zone d'une température annuelle moyenne ne dépassant pas 10 degrés s'étend entre la Tliessalie et l'Épire sur la chaîne du Pinde. De là elle entre dans la Grèce proprement dite et occupe la partie orientale du district montagneux et âpre de l'Eurytanie et le district montagneux de l'Œta et de la Ghiona, ainsi que les crêtes et les versants les plus élevés du Parnasse. Là elle s'arrête, pour reparaître de nouveau dans le Péloponnèse, sur une étendue assez grande, dans le district montagneux de Calavryla et dans la Corinlhie S. 0., ainsi que sur les sommets de quelques autres montagnes. La zone de 10 à 12 degrés forme en Épire une bande peu large, qui s'étend jusqu'au côté occidental de la chaîne du Pinde et se prolonge en Eurytanie, qu'elle achève de couvrir. Ailleurs, on la retrouve surtout en Eubée, sur les hauteurs les plus considérables de la Dirphys. La zone de 12 à 14 degrés ne s'étend que très-peu dans la Grèce Continentale ; mais en Péloponnèse elle couvre la plus grande partie qui reste du plateau central et une grande partie du Taygète et du Parnon. Ainsi parmi les diverses contrées de la Grèce la portion N. 0. du Péloponnèse où s'élève la contrée montagneuse de Calavryta présente le plus de variété; vient ensuite le district du Taygète, le district de l'Œta et du Tymphreste, la région montagneuse de la Crète avec ses environs, etc.

Marche de la température pendant le cours de Vannée. Les renseio^nements que nous possédons se rapportent aux villes d'Athènes, de Patras, de Corfou. Examinons d'abord la courbe complète qui suit la température moyenne à Athènes dans l'espace de l'année, en considérant les températures moyennes des jours mêmes d'après le calendrier thermométrique de Matthiessen (1858-1870).

Cette courbe présentant son point le plus bas à la fin de janvier (29 janvier,

7", 16) s'élève légèrement à partir de cette époque à peu près jusqu'au milieu de février (10 février, 11,7;12, 11°, 05). Par la suite, elle descend un peu C^o février, 9",0r)), puis elle monte doucement de la tin de février et du commencement de mars {2-G mars, 11°, 50) jusqu'à la fin de ce mois (27-51 mars, 15", 87). Après s'être légèrement abaissée au commencement d'avril {l-G avril, 15°,74, 4 avril, 13", 19), elle s'élève presque continuellement pendant tout ce mois (15°, 79), mais surtout à la fin (26-51 avril 18°. 6 4). Au commencement de mai elle se maintient pendant quehjues jours au même niveau (18°, 64), pour s'élever bientôt rapidement jusqu'à la fin de la première dizaine de juin (8 juin, 25°, 66), après quoi elle subit un abaissement léger vers le milieu de ce mois. De là elle continue à monter doucement, jusqu'à la fin de la première dizaine de juillet (9 juillet, 28°, 05). Peu après elle présente un petit abaissement (10-15 juillet, 27°, 78) et par la suite continue à présenter également de faibles ondulations pendant les mois de juillet et d'août. Mais malgré cela la température continue à s'élever jusqu'au milieu d'août, et c'est alors qu'elle atteint son maximum (12 août, 29°, 89). Après un court abaissement, la température monte de nouveau (19-25 août, 27", 84) et cesse pendant quelque temps de présenter des ondulations fréquentes. La température commence ensuite à s'abaisser, en ne ralentissant légèrement sa marche descendante que pendant la première moitié de septembre. Elle continue ainsi à s'abaisser jusque vers le milieu de décembre (18 décembre, 8",55). Depuis ce moment, la température s'élève doucement jusqu'au commencement de janvier, mais elle descend rapidement à la même bauteur, pour continuer pendant le reste de janvier à se maintenir à un degré faible et en atteignant, comme nous l'avons déjà dit, son minimum à la fin de ce mois. Les courbes que la température suit à Corfou et à Patras présentent certaines différences essentielles comparées à celles d'Atbènes, mais en revanche elles se ressemblent considérablement. En général, la partie de ces courbes correspondant à l'été est relativement plus basse, l'influence de la mer sur le climat de ces deux villes pouvant s'exercer plus librement. De plus, le passage de l'hiver au printemps s'effectue moins brusquement. Pour ce qui concerne plus particulièrement les divers mois, la ville de Patras offre le minimum de tempéiature en février (9%7), taudis qu'à Corfou cela a lieu en janvier (10,25); cependant les différences entre ces deux mois sont minimes. La plupart des autres différences principales s'expliquent par ce qui a déjà été dit.

Variations mensuelles. En passant maintenant aux variations mensuelles moyennes que présente la température dans ces trois stations, on remarque qu'à Corfou elles sont plus faibles et plus régulières, plus considérables à Athènes et à Patras; les plus irrégulières sont à Patras. Ainsi à Corfou, pendant presque toute l'année, on remarque que cette variation reste comprise entre 15", 9 et 15», n'arrivant à 15°,5 qu'en octobre et ne s'abaissant à 12°,57 qu'en février. A Athènes, cette variation présente deux renforcements maxima, l'un au mois de mai (21°,12), l'autre en mars (20°,14), et le minimum en octobre (17°,66). A Patras, c'est au printemps que la température présente les variations les plus fortes. Dans cette saison on a les deux points les plus élevés de l'année, l'un en mars (21°, 5), l'autre en mai (25°, 4), tandis que dans l'intervalle on observe ime assez grande diminution (18°, 2). La variation dont il s'agit se balance pendant le reste de l'année entre 18° et 16°, 5 et atteint ses points les plus bas en janvier (16°, 3) et en octobre (16°, 6).

Oscillations diurnes. Quant à ce qui concerne les oscillation? diurnes movennes.

à Alhènes (1859-1862), la courbe correspondante présente une concavité profonde, puis vient une partie élevée pendant l'été qui se maintient assez longtemps sur un même niveau entre une ligne rapidement descendante et une autre rapidement ascendante. Celte courbe présente le point le plus bas en décembre (6»,29), après quoi elle s'élève légèrement en janvier (6»,ô7), puis rapidement de janvier à février (8%'16) et de mars (8»,41) à avril (10^07). Ensuite, elle continue à s'élever jusqu'au mois de septembre (10%4'2) et atteint ainsi son maximum en juillet (10», 78). A partir de septembre elle commence à descendre jusqu'au milieu de l'biver (octobre, 8",82; novembre, 7%29; décembre, 6%29). La courbe de Patras présente son point le plus bas en décembre (6», 8), puis, après s'être élevée pendant peu de temps (janvier, 7", 8) et s'être abaissée de nouveau (février, 7'',2), elle monte d'une manière continue, mais pas trop rapidement, jusqu'au mois de juillet (\0"), après quoi elle commence à descendre d'abord doucement (10", 2), puis plus rapidement (septembre, 9",1, octobre 7'',9; novembre 7°,6), s'approchant de plus en pins de son point le plus bas (décembre, 6", 8). Parmi les autres parties de la Grèce ce sont surtout les bassins inférieurs fermés et les vallées profondes, entourées souvent par des montagnes dénudées, qui présentent des oscillations considérables de la tempéra" ture diurne. Pourtant des oscillations pareilles s'observent aussi dans des vallées formées par des montagnes en grande partie boisées.

Météores aqdel'x. La quantité de pluie qui tombe annuellement en Grèce, présente de grandes différences suivant les localités. Ainsi, tandis que Corfou (1,355 m.) est une des villes de l'Europe méridionale où il tombe le plus d'eau, à Athènes (0,409 m.) il arrive tout le contraire.

La région de l'Europe où la pluie qui tombe atteint plus d'un mètre, comprenant déjà l'Albanie et la Macédoine, s'étend sur toute l'Epire, tandis qu'en Tliessalie elle se retire vers le Pinde. De là, en descendant plus au sud, elle com prend 'les parties occidentales de la Grèce Continentale, ainsi que les îles Ioniennes, tandis que du côté de l'est à peine arrive-t-elle jusqu'au Parnasse, à l'Œla, etc. En s'arrêtant ici, elle ne reparaît que dans le Péloponnèse où elle s'étend sur les montagnes de l'Arcadie et leur voisinage et couvre aussi le pays du Taygète et l'extrémité S. 0. du Péloponnèse, qui se termine au cap Acritas. Le reste de la partie occidentale du Péloponnèse (Acbaïe, Élide, Olympie) présente également une quantité annuelle de pluie relativement élevée (650-800) ; il en est de même pour l'île de Zante et les parties les plus basses du plateau arcadien. Quant aux contrées de la Grèce qui sont plus à l'est, si ou laisse de côté l'Othrvs et la plus grande partie de la vallée du Sperchios où la quantité de pluie est encore assez grande (800-1000), elles ne présentent qu'une quantité beaucoup plus faible (Béotie, Corinthie, 500-650 mètres, etc.), les contrées surtout situées autour du golfe Saronique (Attique, Mégaride, Argolide) et la plupart des îles de l'Archipel qui appartiennent à l'Europe (550-500). Il faut noter que de l'autre côté de l'Archipel les parties maritimes de l'Asie Mineure (Smyrne, 622), ainsi que vers le sud l'île de Crète (Canée, 618), reçoivent une quantité annuelle de pluie bien plus considérable.

Les parties basses du Péloponnèse occidental doivent la plus grande quantité de pluie qu'elles reçoivent en comparaison avec le Péloponnèse oriental, d'une part à ce que les vents pluvieux y trouvent un plus libre accès et à ce qu'elles sont en partie à l'abri des vents du nord, qui dispersent les nuages ou les chassent vers la mer; d'autre part, peut-être, à ce qu'elles sont en général

beaucoup plus riches en plantations. Pour ce qui concerne les vents pluvieux, il ne faut pas oublier que, tandis que pour la partie orientale de la Grèce la marche des nuages est empêchée eu partie par l'ile de Crète, un pareil obstacle manque du côté occidental. D'autre pai t l'abondance des pluies au centre du Péloponnèse est considérablement favorisée par l'élévation en général graduelle des montagnes. Ainsi dans le Péloponnèse occidental les nuages venant du S. et du S. 0. ne trouvent aucun obstacle sérieux qui puisse entraver la continuation de leur marche, et ce n'est que devant les remparts i\. et N. E. du plateau de lArcadie que cela arrive enfin. Quant à la partie occidentale de la Grèce Continentale c'est seulement au N. de l'Étolie, sur le Tymphreste, une des cimes les plus élevées de la Grèce (2519 mètres^, et aussi à l'est sur les montagnes de l'Œta et du Corax qui s'étendent de l'ouest à l'est, que les nuages trouvent un obstacle considérable.

Dos contrées très-voisines entre elles offrent aussi de grandes différences. C'est ainsi qu'en Déotie les pluies sont beaucoup plus fréquentes qu'en Altique. Cela provient surtout, paraît-il, des lacs nombreux de la Béotie, de la plus grande altitude des mont;ignes qui sont pour la plupart assez boisés, et aussi de ce que la nier ne parvient à exercer qu'une inllnence fort peu modératrice sur la température du bassin béotique en hiver.

La Grèce reçoit en général une plus grande quantité de pluie que les parties d'égale latitude de l'Italie (et surtout la Sicile) et de l'Espagne méridionale, dont la plus grande étendue reçoit une quantité de pluie variant entre 500 et GoO™"", ou même une quantité inférieure. Pour ce qui concerne en particulier la zone de quantités de pluie très-faibles qui correspond à la ville d'Athènes (409) et la plupart des côtes et des îles grecques, il est à remarquer que cette zone domine leaueoup plus en Espagne. D'autre part il est aussi à noter que les parties mentionnées de la Grèce reçoivent des quantités de pluie moindres que les côtes africaines de Tunis et de l'Algérie, qui se trouvent à peu près à la même latitude.

La période annuelle des pluies en Grèce s'étend depuis le mois de septembre jusqu'au mois de mars inclusivement. Parmi les mois pluvieux, novembre lient le picinier rang dans un grand nombre d'endroits, décembre dans d'autres. Parmi les autres mois, les pluies sont rares en mai et en août, mois dans lequel elles sont souvent accompagnées d'orages (Eubée, Tinos, Messénie, Crète, etc.), mais c'est suilout en juin et en juillet qu'elles sont rares. De cette manière, il arrive souvent que pendant deux mois de l'été et parfois même pendant tout l'été pas une seule goutte de pluie ne tombe sur le sol. La distribution de la quantité aiuiuelle de la pluie suivant les quatre saisons est donc excessivement inégale.

11 est important de noter que la Grèce, de même que les pavs limitrophes de la péninsule des Balcans, ne dépasse aucun des pays de même latitude sous le rapport de la sécheresse estivale. La Sicile, la partie méridionale de la péninsule Ibérique, ainsi que les côtes de l'Algérie, sont en général privées de pluie pendant plus de quatre mois, tandis que Malte en est privée pendant six mois. Parmi les contréts de même latitude, même les montagnes de l'Algérie, de la Sardaigne, de la Sicile, ainsi que celles du Péloponnèse, reçoivent pendant l'été une quantité de pluie très-faible.

Considérons maintenant plus particulièrement les stations météorologiques dont nous possédons des observations. Comme nous l'avons déjà dit, Corfou présente

la plus grande quaulité de pluie annuelle (1,555), Athènes la plus petite (409); Fatras se place entre les deux (722). La distribution par saison de la quantité totale de la pluie (celle-ci étant supposée égale à 1000) est la suivante :

Athènes. Fatras. Corfou. Cance.

Hiver 385 454 418 5fi7

Printemps • . 197 182 178 205

Été 82 36 45 18

Automne 536 328 339 210

En ce qui concerne les mois, il se trouve qu'Athènes et Corfou présentent la plus grande quantité de pluie en novembre (72,9; 248,2), tandis que pour Fatras cela arrive en décembre (150) et pour la Ganéeen janvier (1G9,56). De même le mois le moins pluvieux est juillet pour Corfou (1,8), Fatras (0), A Ihènes (9,4), juin pour la Canée (0,75j. Quant à la courbe que représente la distribution de la pluie pendant Tannée, on remarque que, pour la Canée, Fatras et Corfou, elle s'abaisse continuellement depuis le mois le plus pluvieux jusqu'au mois qui l'est le moins, ensuite elle recommence à s'élever continuellement'; celle d'Athènes au contraire s'élève très-rapidement du mois de septembre au mois de novembre, tandis que plus tard elle s'abaisse tantôt doucement, tantôt rapidement en présentant en mai (2o,4)i une élévation relative.

Neige. La neige ne visite ordinairement que les montagnes les plus hautes de la Grèce, c'est-à-dire celles qui s'élèvent à une hauteur de plus de 1500 mètres au-dessus du niveau de la mer. Sur la plupart des montagnes des îles, la neige ne tombe que rarement. Il arrive, même, pour la plupart des plaines et des contrées basses, que de longues années s'écoulent sans qu'elles soient couvertes par la moindre couche de neige. Cependant l'hiver de 1881- 1882 fut très exceptionnel à cet égard. Ainsi, tandis qu'en France et dans plusieurs jarties de l'Europe cet hiver a été des plus doux, en Grèce des localités et des îles même que la neige ne visite que fort rarement en ont été couvertes pendant plusieurs jours. La neige tombe cependant bien plus fréquemment sur les plaines des contrées septentrionales de la Grèce. Ainsi la vallée du Sperchios Phthiotide, est couverte presque tous les ans d'une certaine quantité de neige, qui s'étend souvent jusqu'à la mer.

Sur les montagnes les plus élevées de la Grèce (1600 mètres et au-dessus) la première neige tombe en général en octobre; quelquefois même, mais fort rarement, elle fait son apparition auparavant. Cette première neige est le plus souvent bientôt fondue, et ce n'est que celle qui tombe depuis le milieu de novembre qui persiste par la suite. De cette manière les plus hautes montagnes de la Grèce sont habituellement couvertes d'une épaisse couche de neige vers la fin de décembre. La dernière neige tombe ordinairement au mois de mars, quelquefois en avril, bien rarement aussi en mai. Mais peirdant ces deux mois, elle ne reste, sur les pentes de montagnes et sur les montagnes les plus basses, que pendant quelques heures ; sur les hautes montagnes la neige est déjà fondue en grande partie vers le milieu ou à la fin du printemps, ainsi au commencement de l'été elle a déjà disparu de la plupart.

Humidité relative. Farmi les stations dont nous avons des renseignements, c'est à Corfou que l'on remarque la plus grande humidité relative moyenne ^74,2), à Athènes la moindre (62,4); quant à celle de Fatras (66), elle occupe

* On n'observe une exception qu'à la Canée (juin 0,73; juillet 6,98; août 3,77).

une place intermédiaire. C'est à Athènes qu'on observe les plus grandes inégalités suivant les mois ; tandis qu'en hiver (surtout novembre et décembre) l'humidité moyenne est grande (75), elle s'affaiblit considérablement en été (46,4) et surtout en août (40,5). Depuis l'hiver jusqu'au mois d'août, elle descend toujours, à peu d'exceptions près (juillet 50,5), mais du mois d'août jusqu'au ^mois de décembre elle s"élève constamment avec une marche rapide. Ces variations sont moindres pour Patras, où l'état hygrométrique moyen des mois reste presque le même depuis juin jusqu'en août ; elles sont encore plus faibles pour Corfou, où la marche en est la plus uniforme.

Vents. Nous avons déjà fait remarquer que, par suite de la grande variété du sol grec et d'autres circonstances dont il est entouré, les vents généraux et le? souffles locaux doivent avoir, sur les climats des diverses contrées de la Grèce, ainsi que sur la température et l'état hygrométrique de l'atmosphère, une influence qui l'emporte de beaucoup sur celle de la latitude géographique. Les vents soufflent sur le pays pour la plupart du côté de la mer et sont par conséquent plus chauds en hiver, plus frais en été. Cependant les mêmes vents se laissent diversement altérer par la nature particulière du sol suivant les localités etnesoufllent pas partout avec la même fréquence. Ainsi, pour ce qui regarde le premier de ces faits, l'on avait déjà depuis l'antiquité fait la remarque que les vents du nord étaient, dans certaines localités, plus chauds et plus humides que les vents du sud, et qu'ailleurs les vents du sud étaient plus froids que le vent du nord (Théophraste, Aristote).

Les venls du nord sont généralement, secs, froids et sereins. Quoiqu'ils rendent sensible en plusieurs endroits le froid de l'hiver encore plus intense par leur violence et qu'ils portent les neiges sur les montagnes, ils sont généralement considérés, de même que dans l'antiquité, comme étant plus salubres que les vents du sud, comme fortifiant l'organisme, rendant le corps plus léger et plus prompt à obéir à la volonté, l'esprit plus clairet plus actif, la perception plus vive et plus aiguë. L'influence favorable de ces vents est due surtout à ce qu'ils dispersent les nuages et les vapeurs accumulés dans l'atmosphère par des vents du sud, état qui alourdit l'organisme, et encore à ce qu'en été en particulier non-seulement ils tempèrent considérablement la température élevée de l'atmosphère, mais raréfient en bien des localités par leur violence les miasmes qui se développent précisément à cette époque et les dispersent ou les chassent vers la mer.

Les vents du nord ne présentent cependant pas tous ces mêmes qualités sur toute l'étendue de la Grèce, comme nous en avons déjà fait la remarque. Ainsi le vent N. E., soufflant de la mer Noire vers les eaux plus chaudes de la mer Egée, apporte des nuages, et souvent de la pluie, aux Cyclades, à l'île d'Eubée et l'Attique. Le même vent est beaucoup plus humide que celui du sud dans la partie de la Béotie, située entre l'Hélicon et lelacCopaïs, comme apportant les vapeurs de ce lac, qu'il ne parvient pas à chasser facilement au delà de l'Hélicon.

D'autre part, ce vent (ainsi que celui du N.) est en même temps sec et chaud dans plusieurs parties de la Grèce et surtout dans le Péloponnèse comme à Patras, à Egion, à Nauplie, etc. Ce vent est peu salubre aussi à Corfou parce que, pour y arriver, il passe par les montagnes stériles et des terres] marécageuses et peu cultivées de l'Epire. Il en est de même à Zante, à Cythère et ailleurs.

Parmi les vents du nord figurent les vents les plus réguliers des pavs grecs,

et aussi de la plus grande partie de la Méditerranée, les étésiem des Anciens, vents qui sont produits pendant les mois les plus chauds de l'année par l'aspiration des déserts échauffés de l'Afrique. Ces vents soufflent depuis le commencement, le milieu ou la lîu de juin, jusqu'au milieu ou à la fin d'août, ou bien jusqu'au commencement de septembre. Leurs dui-ée ordinaire est de quarante jours au moins. Ces vents, s'élevant vers minuit, durent pendant toute la journée et retombent vers le coucher du soleil, cause pour laquelle les matelots de l'antiquité leur donnaient le nom de « dormeurs » . Ces vents ne souillent pas toujours pendant une suite ininterrompue de plusieurs jours ; parfois on ne les sent presque nullement ou ils soufflent bien faiblement et par iutermissions. Dans la mer Egée soufflent ces vents le plus souvent du N. E., dans la mer Ionienne du N. 0. Ils sont particulièrement forts dans la mer Egée, et surtout dnus les Cyclades, ainsi que cela avait déjà été remarqué par Théophrasto.

Les vents du sud sont les vents nébuleux et pluvieux par excellence, et aussi pour certaines contrées de la Grèce les seuls vents pluvieux. Ces vents sont, comme Hippocrate l'a déj'i fait remarquer, « Sao-j^/tooi, ■Atc.T.rjo.w.'À, vw94ol, ota- >.y-:ixot », c'est-à-dire qu'ils rendent l'ouïe dure, alourdissent la tète et mettent l'organisme dans un état de paresse et d'abattement. L'influence fâcheuse que ces vents exercent sur l'organisme devient encore plus désagréable par la faiblesse ordinaire de leur souffle, qui ne parvient à remuer l'air que fort lentement, comme Galien en avait déjà fait la remarque. C'est surtout dans des localités éloignées de la mer, partout où ces vents soulflent, de même que les vents du nord, par-dessus un sol aride, qu'ils sont fort désagréables. Il en est ainsi surtout à la fin de l'été ou au commencement de l'automne. A cette époque ces vents chargent l'atmosphère de vapeurs, facilitent le développement de la malaria par des pluies passai^ères, ou même simplement par leur humidité, et rendent ainsi les organismes épuisés par la température élevée de l'été plus aptes à être affectés de fièvres palustres. Mais sur les bords de la mer, et partout où ils arrivent en passant sur des plaines cultivées, ils sont en général frais et doux et se confondent même par endroits avec les brises de la mer.

Parmi les vents du S., sirocco : le vent libyen, n'est pas rare en Grèce; il est connu soit sous ce nom, soit sous celui de 11^7.^ l^'']')- Ce vent souffle le plus ordinairement du S. ou du S. 0., en quelques endroits aussi du S. E. Il est généralement accompagné dune chaleur étouffante, aussi la température en été change fort brusquement et brûle la végétation; il est alors parfois suivi de bourrasques. Le sirocco se fait sentir jusqu'aux rivages de la ThessaUe, de la Macédoine et de la Thrace.

Miiis c'est surtout en Crète et particulièrement dans la partie méridionale que le sirocco est le plus incommode. Le plus ancien témoignage que nous possédions dans les temps modernes sur ce vent dans cette île est celui de Onorio Belli, qui écrivait de Canée en 1586 : « Les nuits (de l'été) sont agréables et l'on dort paisiblement sans être incommodé par une chaleur intense. Mais, si par malheur le vent du sud souffle, tout est perdu, car il bnàle comme le feu et l'on est obligé de rester dans la maison avec les volets fermés. Depuis que je suis dans l'île, je l'ai senti plus d'une fois d'une manière dont on ne peut se former nulle idée. Quand ce vent souffle, il est aussi brûlant en hiver qu'en été, comme c'était le cas en janvier dernier où nous eûmes une chaleur de juillet pendant quinze journées et quinze nuits consécutives. » Cependant sous

le nom de sirocco nous n'avons pas toujours et partout un vent présentant les mêmes caractères. Ainsi en Achaie on désigne sous ce nom d'une part un vent venant surtout du S. E., très-chaud, sec, soufflant entre les mois de juin et d'octobre avec une violence extrême, chargé de poussière fine, dont il remplit l'atmosphère, durant pendant trois ou quatre jours consécutivement et accompagné ordinairement par de la pluie. D'autre part, un vent chaud, humide, soufflant ordinairement du S. ou S. 0., surtout en octobre, mais aussi en novembre et en décembre, pluvieux, chaud, et considéré généralement comme favorable à la végétation. Ce vent souffle souvent sans interruption pendant sept jours et plus, et occupe le tiers de l'année entière. Rarement violent, il a une influence funeste sur les plantes (Mennis). Avec les mêmes caractères se présente à peu près le vent appelé sirocco dans l'Italie septentrionale et moyenne, ainsi que dans une partie de l'Italie méridionale (Fischer).

Le vent d'ouest (zéyupoç) présente en Grèce des caractères très-variés suivant les localités. Ainsi dans les districts occidentaux de la Grèce Continentale et du Péloponnèse (Acarnanie, Achaïe, Élide), dans la partie occidentale de l'Attique, de la Mégaride et de la Crète, et aussi dans la plupart des plus petites îles, ce vent est légèrement humide, doux, agréable, et souffle surtout au printemps et en automne. C'est là le Zéphyre des poètes de l'antiquité, l'amant gracieux de Chloris (flore), par laquelle il engendre le Carpos (fruit). Cependant ailleurs et surtout dans bien des localités tournées vers l'est où il soudfle par dessus des montagnes abruptes et dénudées, il se présente sous des caractères tout à fait différents. Ainsi survient-il violent, sec et raide, sur les plaines maritimes de la Phthiotide, de même en Levadie (Béotie), en plusieurs points de l'Argolide et de la Kynurie. Cette grande diversité du plus agréable des vents avait déjà été remarquée dès l'antiquité (Aristote, Théophraste). Il faut cependant ajouter que, même dans plusieui's endroits oîi le vent d'ouest est doux et agréable, le vent du nord est plus salubre, en conformité avec l'opinion d'Antyllos. Ce médecin de l'antiquité, cité par Oribase, dit : « Les vents de l'ouest sont humides et doux, mais pas aussi salubres que les vents du nord, quoique plus agréables et plus convenables au corps que tous les autres vents. »

Le vent d'est est en général médiocrement violent et peu humide.

Brises et courants locaux. Les brises locales de la mer exercent une influence considérable sur la température de la plupart des pays maritimes de la Grèce, en apportant plus d'uniformité dans la température de l'hiver et de l'été et en modérant sa rigueur. Mais les courants de la terre diminuent dans maints endroits cette influence favorable.

C'est surtout en été que cette influence se fait le plus sentir. Pendant cette saison, dès que le soleil arrive à une certaine hauteur (9 à 10 heures du matin), des brises de la mer commencent à se porter vers la terre, douces et fraîches, gagnant le plus d'intensité après midi (de 2 à 4 heures) et s'apaisant avec le coucher du soleil. L'influence de ces brises s'accroît par le morcellement d'une bonne partie du sol grec en nombreuses îles, et par la multitude des golfes qui s'avancent dans la terre et qui concentrent les souffles arrivant de la mer pour les répandre sur une plus grande étendue. Cependant il y a des contrées, comme, par exemple, la Béotie et la Thessalie, où l'influence de la mer est empêchée par des chaînes côtières de montagnes ou des collines. D'autre part, dans plusieurs localités où les brises trouvent un libre accès, leur douceur est sensiblement diminuée par des montagnes dénudées et rocheuses brûlées tout le jour par le

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