‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.46Chapitre 46 sur 97 · CD (M <N · texte numérisé non relu

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soleil. Lescouran's qui descendent des montagnes pendant la nuit j provoquent en plusieurs de ces endroits un abaissement considérable de la température.. Cela devient surtout sensible dans les parages orientaux et S. E. du Péloponnèse, où le sol rocheux descend rapidement vers des plaines maritimes clroilos, ainsi qu'à plusieurs points des côtes méridionales et septentrionales de cette péninsule. Pour ce qui concerne l'Iiiver, la nature montagneuse et âpre de plusieurs contrées de la Grèce fait aussi que la douceur des venis venant de la mer est sensiblement diminuée par des courants d'air froids et rapides qui descendent des montagnes couvertes de neiges, vers les plaines. Ces courants se font surtout sentir à la fin de l'hiver, lorsque, la violence des vents généraux diminuant, d'autres vents plus faibles, ainsi que les souffles locaux, commencent à prendre le dessus K

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* La violence des souffles locaux dans certains endroits est si forte que l'imagination du peuple leur a consacré des figures épouvantables. Ainsi le courant dair impétueu.v descendant du Parnasse en hiver et au commencement du printemps le Kataivatos : les habitanis du pays l'ont représenté par un vieillard farouche, à cheveux blancs, résidant au sommet de la montagne dans un palais qu'il y élève en hiver par des glaces, de la neige et de lu o-rèle. Là il engage de terribles combats contre les vents. La montagne est alors ébranlée, elle muo-it et se recouvre d'une épaisse couche de neige. Enfin la victoire reste à Kataivatos qiii,'se reposant dans son palais, envoie aux environs son souffle glacial, funeste surtout au mois de mars, et divulgue ainsi sa victoire. Cependant le vent du sud, avec son souffle doux et léo-er assiège le vainqueur des vents hivernaux et démolit en peu de temps son superbe palais^ Le Kataivatos inconsolable laisse alors couler ses larmes intarissables, qui baignent le Parnasse et nourrissent ses fontaines et ses ruisseaux (S. Politès).

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8 m. Géologie'. Le sol de la Grèce est formé piincipalemenl par des calcaires et des roches schisteuses secondaires et tertiaires, tandis que les roches plutoniques et volcaniques ne se rencontrent développées que dans quelquesunes des îles. Quant aux alluvions, elles n'occupent non plus des espaces de quelque importance que dans certains endroits de la Grèce Continentale et du Péloponnèse.

Parmi les terrains de formation sédimenlaire, les terrains trilobitique, carbonifère, peruiien, triasique et jurassique, n'existent pas en Grèce, ou au moins n'y ont pas encore été découverts. Quant à la plupart des terrains sédimentaires connus, la détermination de leur âge j-elatif offre beaucoup de difficultés, soit à cause de l'enchevêtrement de ces terrains avec des roches de formation différente, soit à cause de l'absence fréquente de fossiles.

Parmi les travaux scientifiques relatifs à la géologie de la Grèce nous devons mentionner surtout l'ouvrage remarquable de l'expédition scientifique en Morée (par Virlet et Boliiaye), lequel reste encore aujourd'hui la principale source pour la géologie du Péloponnèse et de la plupart des îles de l'Archipel; puis l'ouvrage de M. Gaudrv, sur la géologie et la paléontologie de l'Altique, les mémoires tout récents de MM. Bittner, Neumayr et Teller, sur la géologie de la Grèce Continentale et l'île d'Eubée, et enfin le grand travail de M. Fouqué sur l'ile de Santorin.

I. ROCHES PLUTONIQUES. Le granit s'étend sur la plupart des îles de l'Arcliipel, et c'est à Délos, Rhenée, xMyconos, Tinos et Naxos, qu'il atteint sa plus grande élévation. Il se rencontre en outre dans une petite étendue de l'extrémité S. E. de la Grèce Continentale (Lnurium) . Cette roche se présente tantôt en bancs stratifiés, tantôt en grosses boules comme dans la partie orientale de l'île de Tinos. Parmi les granits métaUifères de la Grèce, celui de l'île d'Anaphe renferme des filons argentifères.

Le porphyre se trouve surtout en Lacouie. On le trouve tantôt en masses arrondies, éparses sur le sol, tantôt sous la forme de filons traversant le micaschiste.

Les roches serpentineuses qui occupent une partie assez considérable dans la formation du sol de la Grèce s'offrent disposées en trois lignes presque parallèles, qui se dirigent du N. 0 au S. E.: 1'^ dans la Grèce Continentale (de Laun'u/n, Athènes et Oropos jusqu'à la Ghiona, TŒta et TOthrys). La serpentine ne s'y rencontre en général qu'en petites quantités renfermées dans le micaschiste; 2° dans le Péloponnèse (Gorinthe et Argolide), oii ces roches se dressent en blocs escarpés au milieu des couches du terrain crétacé ; 5" dans l'Archipel (Tinos, Andros et Eubée, surtout aux environs de Mantoudi et au S. de Limni), où l'on trouve des collines et même des montagnes entières qui en sont formées. Ces roches sont intimement liées avec les schistes cristallins et les anciennes

* Pour tout ce qui concerne l'ile de Crète voy. à la fin de ce travail.

roches granitiques dans les îles et dans la Grèce Continentale, avec des dépôts des terrains tertiaires dans le Péloponnèse. Cela prouve très-clairement que les serpentines s'y sont présentées à diilérenles époques géologiques.

II. TERRAINS SÉOIMENTAIRES. Le métamorphisme s'est manifesté dans les pays méridionaux de l'Europe sur des surllices considérables, mais nulle part il ne s'est produit avec plus d'énergie que dans la Grèce et surtout en Atlique (Gaudry).

Les roches métamorphiques, schistes cristallins (surtout micaschistes) et calcaires saccharoïdes, disposés en général en concordance entre eux, sont dépourvus de fossiles et forment la base des terrains fossilifères secondaires et tertiaires.

Parmi ces roches les schistes se présentent très-souvent liés au granit et à la serpentine cl elles sont parmi les roclies de la Grèce les plus riches en gîtes métalliques. Elles renferment des minerais de plomb argentifère, de cuivre, de fer manganésifère, d'émeri, etc.

Grèce Continentale. Dans la Grèce Continentale on rencontre des schistes cristallins aux extrémités N. E. de l'Othrys et sur eux une masse très-puissante de calcaire métamorphique. Mais c'est surtout à la partie orientale et septentrionale de l'Attique qu'ils sont très-développés. On y voit des talschistes verts, rouges, jaunes ou gris, des phyllades et des schistes argileux, mêlés de quartz et de micaschistes. Là ils forment la base des montagnes de Laurium, de Thoricos, de IHymettc, du Pentélique et du Parnès, oii ils sont généralement couverts par des calcaires métamorphiques. Parmi les marbres de l'Attique, ceux du Pentélique, très-fameux, sont en grande partie blancs bleuâtres avec reflets rou geâtres, quelquefois nébuleux, sous une épaisseur médiocre translucides. Entre la région des terrains métamorphiques de l'Attique et de la partie occidentale qui n'a pas été affectée par la métamorphose, il y a des parties qui présentent un état intermédiaire, comme la colline du Lycabette et la plaine d'Athènes.

Iles. Les schistes de TOthrys se continuent en Eubéeoù ils s'étendent jusqu'à ses extrémités méridionales vers lesquelles ils sont recouverts dans une grande étendue par des calcaires cristallins.

La plupart des Cyclades, formant en quelque sorte une continuation d'Eubée et de l'Attique. sont constituées principalement par des micaschistes qui, sur la plupart des montagnes, sont aussi recouverts par des calcaires cristallins. Il n'y a que dansl'ile d'Amorgos et la plus grande partie des îles volcaniques que cela n'a point lieu. En dehors des Cyclades, l'île de Cythère est en grande partie formée par des roches métamorphiques.

Dans plusieurs de ces lieux les schistes présentent des transmutations graduelles très-intéressantes. Ainsi ou les voit passer à des schistes argileux (Syra, Scyros), serpentineux(Scyros, Eubée, Laurium), amphiboliques (Laurium), à des gneiss, à des roches plakites (découvertes par M. Gordella à Plaka de Laurium), etc.

Péloponnèse. Dans le Péloponnèse les principales montagnes méridionales (Taygète, Parnon), ainsi que la Kyllène, en partie, sont constituées par ces roches, qui sont caractérisées par une grande proportion de silice. Les micaschistes n'y présentent que de rares transmutations.

Terrains secondaires. Les terrains secondaires delà Grèce (calcaires surtout et macigno) appartenant pour la plupart, suivant toutes les probabilités, à

l'époque crétacée, forment la plus grande partie du sol de la Grèce Continentale et du Péloponnèse, ainsi que plusieurs îles.

Grèce Continentale. Lcs explorateurs les plus récents de cette partie de la Grèce (Bittner, Teller et Neumayr), que nous suivons ici, y distinguent des terrains crétacés inférieur, moyen, supérieur et macigno, parmi lesquels les deux derniers occupent les plus grandes étendues.

1. Terrain crétacé inférieur. Ce terrain est formé de roches de calcaires gi-isâtres, ainsi que de calcaires contenant en abondance des grains de pierre cornée. Il n'a pas encore présenté des fossiles déterminés. Ce terrain se montre par endroits sur la surHice du sol : aussi occupe-l-il de grandes étendues dans la partie occidentale de la Grèce Continentale, s'élendant sur presque toute l'Acarnanie ainsi que sur l'île de Leucade.

2. Terrain crétacé moyen. A ce terrain appartiennent des masses de calcaire enfermées dans le macigno et ne se distinguant aucunement du crétacé supérieur sous le point de vue pétrographique. Cependant de pareilles masses ne se rencontrent très-développces que dans quelques endroits seulement, comme sur le Parnasse et sur l'ilélicon. De là ils s'étendent d'une manière continue jusqu'à la petite péninsule S. E. de Doride. Quelques montagnes de l'Étolie près du golfe de Corinthe en sont formées aussi presque entièrement (Varassova, Clocova).

5, Macigno. Le macigno de la Grèce Continentale offre assez de ressemblance avec celui des Garpathcs, à l'exemple duquel il est presque dépourvu de fossiles. Le macigno se présente ici avec un complexe formé de détritus étroitement joints entre eux. Dans son développement normal il est surtout constitué par des couches de grès grisâtres et grossiers et des schistes argileux d'un bleu grisâtre, auxquels viennent s'associer des schistes argileux rouges et jaunâtres, ainsi que des grès de calcaires marneux. Le macigno présente par endroits des différences pctrographiques considérables. Ainsi, par exemple, sur une grande partie de l'Etolie sa partie supérieure est formée par des bancs de pierre cornée d'une grande puissance. Le macigno fort peu développé dans la partie orientale de la Grèce Continentale est très-élendu dans sa partie occidentale où il occupe presque la moitié de l'Eurytanie (surtout vers l'O.), le Valtos et la plus grande partie du pays qui s'étend de là jusqu'au lacTrichonis. Plus à l'est il s'étend sur la partie montagneuse de la Nanpactie septentrionale, la Phthiotide septentrionale et occidentale, puis sur presque tout le pays compris entre l'Œta, la Ghiona, les Thermopxles et le pays de Delphes.

4. Terrain crétacé supérieur. 11 se compose de calcaire craveux assez puissant, de grès et schistes argileux. La partie la plus haute de ces couches est constitué ordinairement par du calcaire grisâtre ou blanc, formant en général des assises li'ès-développées, atteignant une épaisseur énorme qui paraît s'élever nar endroits jusqu'à 500 n;ètrcs (Amphissa et Lidoriki). Dans ses parties supérieures, les fossiles ne sent pas tréquents, mais on eu rencontre par endroits en abondance des hippurites, comme près de Levadie et de Lamie (Andinitsa). Les animaux qu'on y a trouvés appartiennent à l'époque turonienne et sont analogues à ceux de la laune fossile de Px'ovence.

La plupart des montagnes de la Grèce Continentale, comme le Parues, une grande partie du Cilhéron, ITIélicon, le Parnasse, le Corax, la Catavothra de l'Œta, les principales crêtes de l'Othrys et presque toutes les parties élevées des

montagnes de l'Étolie, en sont généralement formées, de même que les monts Dirphys, Makiston (Candiii) et Xérovouni en Eubée.

Péloponnèse. Des Complexes des schistolithes et des calcaires s'y rencontrent aussi alternant avec une grande variété; elles comprennent environ les trois quarts du Péloponnèse et présentent des masses bouleversées souvent, renversées sur elles-mêmes et soulevées en certains points jusqu'à 2500 mètres au-dessus de la mer.

Boblaye et Yirley ont classé ces sédiments dans le terrain crétacé inférieur, aux subdivisions suivantes : 1° Étage inférieur d'environ 500 mètres d'épaisseur, comprenant des calcaires bleus et noirs compactes et subsaccliaroïdes et des marnes noires et bleues, schisteuses et micacées. Il se présente en découvert surtout dans la plaine de Tripolis en Arcadie et dans la montagne de Kyllèiie, laquelle il entoure d'une ceinture à peu près circulaire; 2" étage moyen comprenant des grès verts, des jaspes et des calcaires compactes lithographiques, système qui occupe presque toujours le fond des vallées et constitue la base des montagnes ; 5" étage supérieur comprenant des grès verts et calcaires blancs compactes et présentant par endroits des escarpements d'une puissance de 200 à 300 mètres. Il s'observe développé surtout en Messénie. Des recherches ultérieures manquent.

Iles. Parmi les îles on observe la formation crétacée très-développée dans l'iJe de Céphalonie, dont le massif de calcaire crayeux s'élève jusqu'au sommet du montAinos (1700 mètres). Parmi les îles de l'Archipel ce sont les plus petites des Sporades septentrionales (Halonnésos, Joura, Piperi, Xéro) qui en sont constituées en grande partie, ainsi que la région supérieure des montagnes de Scopelos.

Terrains tertiaires. Ces terrains, très-répandus sur la Grèce, reposent tantôt sur les calcaires de l'étage supérieui- du système crétacé, tantôt sur le micaschiste, le calcaire cristallin, la serpentine, etc. La détermination de l'époque relative de ces terrains lutte aussi contre plusieurs obstacles.

Grèce Continentale. Les terrains tertiaires dans la Grèce Continentale appartiennent en général, d'après toute probabilité, à l'époque pliocène. Ils occupent de grandes étendues; ils se composent pour la plupart d'argiles (en général rouges) et de conglomérats et renferment en plusieurs points (Oropos, Mégara, golfe d'Ambrakie et Gardiki, ainsi qu'à Kymé d'Eubée) des lignitcs. Mais c'est surtout dans l'Attique, la Mégaride, la Béotie, la Locride, qu'ils affectent le plus grand développement. Dans l'Attique ils occupent la plus grande partie de la contrée qui s'étend entre le Parnès et le Pentélique, ainsi que Pikermi et ses environs. Dans la Mégaride, ils couvrent la plus grande partie du territoire qui s'étend entre ses côtes baignées par le golfe de Corinthe et la ville de Mégara. Dans la Béotie, ils s'étendent dans la plaine de Thcbes, puis plus à l'ouest ils occupent dans la Locride en très-grande partie l'espace qui s'étend entre le Parnasse, Atalante et les Thermopyles. Ces teriains couvrent aussi des petites étendues en Phlhiotide (plaine de Gardiki). Dans l'Acarnanie ils occupent la contrée qui se trouve entre l'Acheloùs et les lacs de Trichonis et d'Étolikon, ainsi que le bassin lacustre de Yonitsa.

Dans plusieurs des localités précédentes ces terrains non-seulement occupent de grandes étendues, mais affectent aussi une puissance considérable. Ainsi, sur plusieurs pentes escarpées, ils présentent une épaisseur de 900 mètres. La plu-

part de ces terrains sont d'crigine lacustre (d'eau douce ou saumâtre), ou d'origine torrentielle. Il n'y a que très-peu de localités (aux environs de Vonitsa, près du Pirée, ainsi que près de l'isllinie de Corinthe à Galamaki) que l'on rencontre des formations d'origine marine pliocène ou miocène. La détermination de l'époque de ces terrains n'a pu être faite jusqu'à présent d'une manière indubitable que pour quelques-uns seulement, riches en fossiles.

Parmi ces diverses formations, les plus intéressantes sont celles de Pikermi et d'Araphin eu AUique, appartenant très-probablement au miocène supérieur (Gaudry). Elles sont constituées, comme la plupart de ces formations, de conglomérats et d'argiles rouges, et s'étendent des versants des monts Hymette, Pentésique et Parnès, jusqu'aux rivages d'Araphin et de là à Marathon. Les conglomérats de Pikermi renferment d'énormes blocs, dont la présence semble être due à des glaciers.

Les découvertes de Mammifères fossiles à Pikermi, faites surtout par M. Gaudiy, sont restées célèbres. Le nombre total des espèces dont on y a trouvé les débris est de 50. Ainsi nous avons 7 Pachydermes {Rhinocéros pachjgnathus, Rli. Scldeierinacheri, Sm erijnianthius, etc.), très-différentes des formes actuelles, mais aussi des Pachydermes qui ressemblent extrêmement à ceux de notre époque {sanglier (VÉrymanthe, etc., et surtout le Rhinocéros pathygnathus), 15 Ruminants {Helladotheriiim, Palœoreas, Tragoceros, Palœoryx, Palseolragus), \ Solipède {Eipparion), A Proboscidiens {Mastodon Pentelici, Dinotherium giganteum, les plus gigantesques de tous les Mammifères terrestres, etc.), 1 Édenté {Ancylotherium Pentelici), 14 Carnivores {Promephitis, Hyaena exijnia, Hyaena grceca, Ictitherium robiistum, Hyaenictis, Machaerodus leoninus, etc.), 1 Quadrumane {Mesopithecus Pentelici). Il faut y ajouter 1 Rongeur, 5 Oiseaux, 2 Reptiles.

Péloponnèse. Les géologues de l'expédition scientifique en Morée distinguent dans cette presqu'île deux formations tertiaires : 1" le système des gompholithes ; 2" des terrains tertiaires supérieurs.

1. Formation des gompholithes. Cette formation repose le plus souvent sur les étages supérieurs du système crétacé. Elle est le produit du fond de mers profondes et provient de la destruction des grès verts des anciens rivages. Elle se compose de couches sablonneuses, marneuses et argileuses, qui alternent fréquemment avec des poudingues composées de calcaires compactes, de jaspes et de grès des terrains crétacés liés par un ciment calcaire. On n'y rencontre pas ou presque point de fossiles.

Cette formation règne sur les pentes septentrionales des montagnes voisines du golfe de Corinthe, où elle offre en général une puissance d'environ 300 mètres, mais au mont Kyllène elle atteint une altitude de 1500 mètres et au Panachaïque 1800 mètres. L'Ile de Spetsa et le rivage de l'Argolide depuis la petite presqu'île de Cranidi jusqu'à Nauplie en sont formés presque en entier.

D'après M. Gaudry la formation des gompholithes du Péloponnèse représente l'époque miocène et peut-être aussi la fin de l'époque éocène.

Pour ce qui concerne l'époque éocène M. Gaudry et autres ont trouvé à Tripolis des calcaires à nummulites, qui ressemblent au calcaire à rudistes et qui sont très-différents des roches du système des gompholithes.

2. Terrains tertiaires supérieurs ou pliocènes. Les caractères généraux de ces terrains, très-variables quant à leur structure, sont ceux des roches formées

aux pieds de rivages élevés. Le plus souvent ces terrains se composent dans leur partie supérieure de calcaire à grain fin presque dépourvu de fossiles ; viennent ensuite des sables jaunes calcarifères ou verdàtres et micacés, renfermant des fossiles caractéristiques de la formation et présentant en particulier trois bancs constants d'huîtres ; enfin, dans leur partie inférieure, ils renferment des marnes bleues, souvent accompagnées de lignites.

Ces terrains forment à la base des montagnes du Péloponnèse une ceinture horizontale qui s'étend généralement entre 300 et 400 mètres au-dessus du niveau de la mer. Cette formation constitue entièrement l'isthme de Corinthe, où elle offre de nombreux fossiles et se présente aussi en lambeaux plus ou moins grands dans la plupart des parties basses du Péloponnèse. Elle acquiert les plus fortes dimensions en Laconie, où elle s'étend presque jusqu'aux sources de l'Eurotas, et elle s'élève par des dislocations récentes à une altitude de 500 mètres, ainsi qu'aux versants occidentaux du Taygète. Dans la Messénie elle a comblé la vallée du Pamisse et recouvert le plateau de la prcs([u'île d'Acritas. Dans le N. 0. du Péloponnèse elle forme une zone très-large dans la région basse du Penée et de l'Alphée où elle a donné aussi naissance aux collines des environs de l'Olympie. Dans le reste du littoral de cette péninsule elle ne se présente guère qu'à l'ouverture des vallées.

Hes. Parmi les îles on rencontre des terrains tertiaires en Eubée, à Héliodromia, à Céphalonie (surtout sur la presqu'île de Pallo), à Zante, dont la plus grande partie en est formée, à Corfou et ailleurs. Ces terrains présentent dans l'Eubée un grand développement. Ainsi ils y couvrent tout l'espace qui s'étend dans la partie orientale de l'île entre Kymé et Avlonari, ainsi qu'une grande partie de son extrémilé septentrionale et la plupart du pays situé entre le mont Dirphys et la plaine Lélantienne. Parmi ces dépôts, d'après ce que l'on connaît, il n'est que ceux de l'Eubée qui appartiennent très-probablement à l'époque miocène (Unger, etc.). La plupart des autres se rapportent à l'époque pliocène.

La formation miocène de l'Eubée orientale, connue surtout sous le nom de Kymé, forme un bassin Irès-étendu sur le versant du mont Dirphys. Elle est d'origine lacustre et offre une grande richesse de plantes fossiles dont on a déterminé cent quinze espèces (Unger) et de nombreux poissons. La flore si variée de Kymé d'une part se lie à la végétation méditerranéenne, d'autre part elle offre des analogies remarquables avec celles du midi de l'Asie, de la Nouvelle-Hollande et de l'ouest de l'Afrique. Elle ressemble à cette dernière, surtout par la présence des Widdringtonia, Podocarpus, Cussonia et une Cycadée, par la physionomie des Myrica, Celastrus, Pdiamnus, Sapindus, ainsi que de plusieurs Anacardiacées, Rhynchosiées et Mimosées.

Outre d'autres données, la découverte de la faune fossile de Pikermi et de Kymé, douée d'éléments nombreux d'une physionomie africaine, a rendu presque indubitable que, vers la lin de l'époque miocène, les pays grecs étaient liés avec l'Afrique par un continent intermédiaire. C'est dans un pareil continent, au milieu d'une végétation africaine, que vivaient, selon toute probabilité, les animaux dont Pikermi nous a fourni des échantillons.

Alluvions'. Nous avons à examiner ici d'une part les alluvions des bassins fermés de la Grèce, et d'autre part celles des plaines et des côtes.

* Tout ce qui concerne les alluvions et les formations marines de la Grèce est écrit surtout d'après le travail de l'Expédition scientifique en Morée.

59i GRECE.

La plupart des bassins fermés qu'on rencontre en Grèce appartiennent, comme nous avons vu, auPe'Ioponnèse. Ces bassins e'tant antérieurs au soulèvement des terrains tertiaiies, ils renferment des produits épigéiques de l'époque tertiaire et présentent au-dessus de ceux-là toute la succession des dépôts analogues jusqu'à ceux de nos jours.

Quelques-uns de ces bassins ont été comblés entièrement par des alluvions des temps liistoriques, comme, par exemple, le bassin de Stényclare en Messénie, où les eaux coulent maintenant par-dessus les remparts du lac qui y existait autrefois. Le même fait se serait produit dans le bassin de Tripolis, de sorte que les eaux se déverseraient sur les plaines de Kynurie, si des gouffres ne s'étaient ouverts à une époque géologique récente, qui, donnant une issue sulfisante aux eaux, leur ont permis d'entraîner même une grande partie des alluvions déjà existantes.

Il n'y a que peu de bassins pour lesquels les seuils qui les séparaient de plaines plus basses ayant été rompus, leurs eaux ont trouvé un libre écoulement, comme dans la vallée de Megalopolis ' et celle do l'Eurotas, où il s'est passé ce qui a eu lieu précisément en Thessalie, à l'ouverture de son grand bassin du côté de la vallée de Tempe. En général, les eaux des bassins intérieurs, après une course souterraine, reparaissent dans les plaines (et parfois sur le littoral) au niveau où existaient les anciens rivages des terrains tertiaires. Mais là où ces terrains manquent, où leur niveau est inférieur à la surface de la mer, il n'est point rare de voir sortir les eaux du sol dans la mer même, comme à Kynurie, près d'Astros, dans quelques points des parages de l'Argolide et de l'Eubée et ailleurs.

Vallées et plaines. Pour ce qui concerne les alluvions des vallées et des plaines, nous avons d'abord aux pieds des grands escarpements, an milieu de beaucoup de terre argileuse, des fragments anguleux des roclies environnantes; au fond des vallées et dans les plaines la terre argileuse est plus rare, et ou y rencontre constamment un mélange de débris et de détritus provenant des pentes des montagnes et d'autres produits torrentiels très-variables, tandis que vers la mer on observe des dépôts plus ou moins considérables de sables, de gravier et de cailloux.

Dans quelques localités du Péloponnèse, comme en Acbaie, les alluvions sont surtout formées de galets et de sables, débris de gompholithes du terrain tertiaii'e. Mais les débris qu'on y trouve ne représentent pas partout, sans exception, les montagnes avoisinantes. Ainsi, dans la presqu'île de Monembasie, les alluvions sont uniquement composées de débris scbisteux et de terre argileuse, quoique les montagnes soient composées de calcaires.

dépôts marins. Ce n'est que dans la partie S. 0. de l'Acarnanie, à l'embouciiure de l'Acbeloùs, qu'on observe des dépôts marins importants, qui ont amené la réunion de plusieurs des îlots voisins au continent, ainsi que dans les parages N. 0. du Péloponnèse (surtout en Élie), où des dunes remarquables y étant formées ont favorisé la formation de plusieurs grandes lagunes le long du littoral.

m. ROCHES VOLCANIQUES. Les principales roches volcaniques qu'on ren-

* Dans la vallée de Megalopolis, composée de brèches, de graviers et de sables, on a trouvé une mâchoire d'Elephas primigenius avec ses défenses [Heldreich).

contre en Grèce sont des trachites, des laves et des roches d'une nature analogue, comme l'obsidienne, la perlite, la pierre ponce, la pierre meulière, des cendres volcaniques, etc.

Les trachites se trouvent dans la plupart des îles méridionales de l'Archipel (excepté los et Amorgos), ainsi qu'à Kymé dans TEubée et à Scyros. D'après les études faites jusqu'à présent, les trachites ont apparu en Grèce avant les dépôts de la formation pliocène de la période tertiaire, auxquels ils ont fourni la matière des conglomérats trachétiques. La pierre meulière qu'on trouve dans nie de Kimolos et dans la partie orientale de Milos se compose jirincipalement de quartz poreux. L'obsidienne se trouve en grande quantité à Milos, d'où il est probable que les anciens peuples de la Grèce s'en procuraient pour Jes outils et les instruments de la vie domesliijue ou de la guerre. La pierre ponce se trouve à Milos et clans le groupe de Santorin. La pouzzolane {B-cpri-/.-}] yri) enfin, qui peut être considérée comme une obsidienne boursouflée par une haute température, forme les couches volcaniques de cette dernière île les plus récentes.

Volcans de la Grèce. Le principal foyer volcanique de la Grèce est celui de Santorin, un des plus anciens et des plus célèbres du globe. Eu dehors de nombreuses éruptions qui y ont eu lieu dans des temps préhistoriques et qui ont été suivies de l'effondrement du cône primitif et d'une grande partie de l'île dans la mer, plusieurs éruptions, rapportées par des historiens et des chronographes, se sont succédé depuis, ayant amené l'apparition de nouveaux îlots dans le golfe ainsi formé. C'est ainsi que nous avons l'île Paléa-Kameni (196 avant J.-G.), avec des augmentations en 46, 726 et 1427 de notre ère, Micra-Karaeni (1570) et Néa-Kameni (1707), augmentée considémblement par une éruption récente (Georgios et Aphroessa, 1866-1 872). Outre ces éruptions, une autre ayant eu lieu en 1649-1650 fit naître une petite île au N. E. de Santorin, qui, après des manifestations volcaniques épouvantables, disparut et ne laissa qu'un banc sous-marin. Nous ne pouvons que citer ici les volcans éteints de Méthana et Ithomé (Vulcano) dans le Péloponnèse, et celui de Pallé à Céphalonie.

E.vux MINÉRALES. Lc grand nombre des foyers volcaniques qu'on rencontre sur le sol grec et la fréquence des tremblements de terre qu'on y observe expliquent assez le grand nombre des sources minérales de la Grèce, dont plusieurs rivalisent, au point de vue de l'efficacité thérapeutique, avec les plus renommées de l'Europe.

Nous donnons ici quelques indications sommaires sur les principales de ces sources, en renvoyant pour plus de détails aux articles particuliers de ce Dictionnaire.

KijUène. Les sources sulfureuses de Kyllène se trouvent en Élide (Péloponnèse), non loin de la mer, en face de l'île de Zante.

Parmi ces sources, il n'y en a que deux qui soient en usage (temp. 25°, 26 et 24°, 55). Leurs eaux sont limpides, sans saveur, et sentent fortement l'acide hydrosulphurique. Elles sont employées en bains et en boisson; on en fait une grande consommation en Grèce et dans les pays limitrophes. Elles sont conseillées avec beaucoup d'efficacité surtout contre les catarrhes chroniques des bronches, contre lesquels elles ne sont pas inférieures à celles des Pyrénées, les dyspepsies, les tuméfactions des hypochondres (surtout celles d'origine palustre), les cystites chroniques, les affections rhumatismales et syphilitiques, et parmi les dermatoses surtout contre « les scrofulides. »

Hypate. La source célèbre des eaux sulfureuses d'Hypate se trouve sur une colline de calcaire, à une demi-heure de distance de cette ville, au N. du mont Œta. L'eau jaillit du fond d'un puits avec un vif développement de gaz. Elle est d'une température de r)l»,5 à 52 degrés, d'un aspect trouble par suite de la présence du soufre libre et d'une saveur légèrement salée.

Ces eaux sont employées en bains et comme boisson. On en fait un usage plus ou moins efficace contre diverses dermatoses, des affections syphilitiques, la scrofulose, l'intoxication cluonique par le mercure, la litliiase biliaire, les engorgements du foie, les rhumalismes, la constipation, le catarrhe chronique de la vessie et la goutte.

Thermopyles. Dans le golfe Maliaque ou de Lamia, à l'extrémité septentrionale du mont Œta, près du défilé des Tlieimopyles. jaillissent deux sources principales, sulfureuses, d'une température de 59 à 41 degrés. Leurs eaux sont limpides, d'une saveur légèrement amère, et sentent fortement l'acide hydrosulfurique.

Elles sont employées avec utilité, surtout contre la goutte, les rhumatismes, les affections syphilitiques et diverses dermatoses.

Sainte-Eleuussa (Céphalonie). Dans la petite église de la Sainte-Eleoussa (Notre-Dame de la Pitié), à une heure de distance de la ville de Lixouri, jaillissent de roches tertiaires des eaux froides sulfureuses. On en fait un grand usage contre les catarrhes chroniques des bronches, les dermatoses (surtout la gale), et on les expédie même à l'étranger.

Kijthnos. Les sources renommées de Kythnos (Thermia, eaux thermales) jaillissent vers le nord de cette île, au fond d'une petite vallée. Deux sont les sources principales : la source murialique de Cacavos (temp.de 50 à 55 degrés), qui contient du bromure et de l'iodure de sodium et du phosphate de chaux, et celle des Saints-.^nargyres (temp. : 40 degrés), dont les eaux sulfureuses contiennent aussi des sels carbonates.

On emploie ces eaux surtout en bains, contre les rhumatismes chroniques, diverses affections de la peau, les scrofules et les tuméfactions des hypochondres.

Édipsos. Les eaux iodurées et bromurées des célèbres sources muriatiques d'Édipsos jaillissent à une heure du village, sur les rivages X. 0. de l'Eubée. Les sources y sont très-nombreuses; les principales sont au nombre de huit, d'une température de 24'', 28 à 76 degrés (Jahn), le maximum connu en Grèce. Elles olfrent une grande analogie avec celles des sources de Kissingen, de Hombourg et de Kreulznach. Les eaux en usage sont transparentes et d'une saveur fortement salée.

Ces eaux sont conseillées avec beaucoup d'utilité surtout contre les rhumatismes articulaires, la goutte, les engorgements du foie et de la rate, les catarrhes chroniques de l'estomac, les dyspepsies, les diverses dermatoses, la scrofulose, les paralysies, etc. Les rhumatisants se servent du limon pour des bains et des applications locales.

L'efficacité de ces eaux et les beautés naturelles de cet endroit, combinées avec une foule de divertissements, y attiraient pendant l'antiquité et surtout à l'époque romaine un grand nombre de visiteurs soit pour les eaux, soit pour la distraction.

Mélhana. Les eaux thermales de Méthana sont apparues à la suite d'actions volcaniques à la fin du troisième siècle avant J.-G. La principale source est celle de Yromolimni, source sulfureuse, jaillissant sur le rivage oriental de la près-

qu'île de Méthana. Ses eaux, d'une température de 26°, 48, exhalent une odeur méphitique et sont d'une saveur fortement salée. — On les emploie surtout contre les catarrhes chroniques des bronches, les rhumatismes et les diverses dermatoses.

Hermione. Les eaux alcalines d'Hermione suintent des parois d'un puits dans le couvent des Sainls-Auargyres, non loin du village aui|ucl elles doivent leur nom. — Ces eaux, d'une saveur franchement alcaline, sont employées en usage interne comme purgatifs et contre la gravelle; on en expédie dans le reste de la Grèce. Dans l'antiquité, d'après toute probabilité, s'élevait près de cette source le temple d'Esculape d'ilalyké.

Fontaine cVEsculape. Près de Ligourio, entre Nauplie et Épidaure {Aigolide),ont été découvertes récemment les ruines des temples célèbres d'Esculape et d'Hygie (Santé). On y voit entre autres des bassins avec des baignoires en marbre. Près d'eux jaillit aujourd'hui une source d'eau claire, inodore et saumâtre, d'une température de 19 degrés, qui contient en particulier du chlorure de sodium (1,562), du carbonate de chaux (0,591) et de l'acide carbonique (178,915). Les habitants des environs l'emploient comme purgatif.

Loutraki. Les eaux muriatiques de Loutraki, près de l'isthme de Corinlhe, jaillissent dans le voisinage de la mer. Elles sont limpides, d'une température de 51", 15 à 51°, 59. On les emploie avec utilité contre la gravelle.

Kaïapha. Les eaux sulfureuses de Kaïapha jaillissent en Olympie sur le versant du mont du même nom, dans la grotte connue dans l'antiquité sous le nom des nymphes Anygrides (temp. 52°, 17). Plusieurs fissures y laissent échapper du gaz hydrosulfurique. Ces eaux sont célèbres pour leur efficacité contre certaines dermatoses, surtout herpétiques, et la gale. On les emploie aussi avec utilité contre les rhumatismes chroniques. Elles étaient déjà renommées dans l'antiquité.

Milo. Cette île est riche en sources thermales et gazeuses. Des eaux muriatiques et sulfureuses, d'une température de 28 à 70 degrés, se trouvent sur plusieurs points de l'île. Une des sources principales est celle de Loutro, où des eaux muriatiques jaillissent dans la profondeur d'une grotte, au milieu d'un bassin taillé dans le roc. Ces eaux sont d'une saveur astringente et d'une température de 29", 40, tandis que celle de la grotte est de 27 degrés. On les utilise contre les affections rhumatismales et syplulitiqucs. Parmi les sources gazeuses, la plus remarquable est celle de Provata, dans une grande cavité taillée dans les trachites, et dans laquelle on éprouve une température de 54 à 40 degrés. Quelques ruines voisines et des bancs taillés dans la grotte prouvent qu'elle était déjà utilisée dans fantiquilé comme bain de vapeur naturelle. L'efficacité thérapeutique des sources de Milo était en effet très-cotinue dans l'antiquité. Elles sont citées, comme on sait, par Hippocrate lui-même.

Des eaux alcalines muriatiques se trouvent aussi à Paros, près de la ville de Naoussa, à Santorin, à Égiiie, etc.

D'autres sources sulfureuses se trouvent à Théra et à Zante, Des eaux alcalines à Kéos, Tinos, Andros. Des eaux ferrugineuses à Cythère.

§ IV. Fiore*. La flore grecque porte en général le caractère de la flore

* La flore grecque est assez bien connue, grâce surtout aux travaux de Tournefort, Sibthorp, Orplianidès, Heldreich, Boissier. Pour ce qui concerne la géograpliie botanique de la Grèce on trouve des renseignements importants surtout dans Théophraste parmi les

médilerranéenne de l'Europe et parliculièrement de la flore de l'Italie méridionale, mais de même que la faune grecque elle est liée par de nombreux types à la flore orientale (Griesehach, Heldreicli).

La flore de l'Europe centrale continue sans interruption dans les pays grecs jusqu'à rOthrys (39 degrés), où elle s'arrête pour reparaître plus au sud, sur le plateau arcadien. D'autre part, la végétation à feuillage toujours vert (olivier, laurier, etc.) avance de plus en plus des côtes vers l'intérieur, de sorte qu'elle arrive à couvrir utie grande partie de l'Épire, de la Grèce Continentale et du Pélopounèse.

D ms les pays grecs beaucoup plus qu'ailleurs, les diverses régions florales se développent les unes à côté des autres. Il ne peut pas en être autrement sur un sol tiès-varié qui, s'élevant rapidement à de grandes altitudes, a nécessairement côte à côte plusieurs climats différents.

En passant plus particulièrement en revue la distribution des plantes sur le sol grec', nous rencontrons d'abord près des côtes, vivant ensemble et avec d'autres plantes qui aiment le voisinage de la mer, de nombreuses espèces de Papilionacées, de Campanulacées et de Caryopbyllées. Plus loin, dans les campagnes, sont cultivés la vigne, les Céréales, les Espéridées, les Pomacées, les Amygdalées, l'olivier. De nombreuses Ombellifères, Légumineuses, Synanthérées et Labiées, y croissent aussi. Les lits des torrents et les bords des ruisseaux sont ornés de myrtes, de lauriers, d'agnus castus, de lauriers-roses, de lentisques. Le platane et le peuplier blanc [Popidus alba) ombragent aussi les lieux humides et le voisinage des ruisseaux. Les collines qui s'élèvent autour des plaines, tantôt, riches en terre végétale, présentent une continuation de la végétation des campagnes, tantôt, pierreuses et stériles, sont couvertes, comme les pentes inférieures dos montagnes, de divers arbres verts, chênes, oliviers, arbousiers. Conifères, ou seulement, comme plusieurs montagnes calcaires d'arbrisseaux toujours verts, surtout les Labiées {Lavandula Stœchas, Thymhra capitata Griseb., Salvia salycuia Sibth., S. triloba L., etc)., Thyméléacées {Thijmelaea hlrsiUa Lindl.,efc.),et autres; quelquefois aussi dénudées, à peine porteutcUl'S quelques petites Liliacées, Graminées et Orchidées. En remontant des plaines et des parties inférieures des montagnes encore plus haut, on rencontre parfois des plateaux pierreux, ne présentant qu'une flore maigre et pauvre, parfois des nappes de fleurs et de verdure, mais quelquefois aussi des forêts de sapins et de pins.

Plusieurs montagnes dans la Grèce ancienne n'étaient assurément pas boisées; cependant bon nombre de forêts, conservées depuis l'antiquité, ont été détruites pendant le moyen âge ou livrées au feu plus récemment surtout par des bergers valuques. Néanmoins de nombreuses forêts anciennes, ou datant de plusieurs siècles, existent encore en Crète, dans le Péloponnèse, surtout dans l'Arcadie, l'Élie, la Triphylie, et sur le Taygète, ainsi que sur l'Œta et les montagnes de PÉtolie et de l'Acarnanie dans la Grèce Continentale.

Les forêts de la Grèce ne sont composées que très-rarement de nombreuses espèces d'arbres. Les essences qu'on y rencontre le plus souvent sont :

Le pin maritime [Pinus maritima s. Iialepensis), qui croit depuis les bords de la mer jusqu'à une hauteur de 1000 m., constitue l'essence principale des

Anciens et les travaux de MM. Griesobach, Orphanidès et Heldreich parmi les modernes. C'est surtout d'après ces auteurs que nous avons tracé ces lignes. * Voy. surtout Orphanidis : Ilspl auTo^usO; l^ivvvtzvj, ^^^ïr/îTcw;. Athènes, 1868.

forêts situées à de grandes altitudes, comme sur les montagnes de la Laconie, l'Élie, le Parnasse, l'Œla, et dans plusieurs parties de l'Ëubée. On en rencontre aussi sur les versants méridionaux de l'île de Crète. Sa résine est employée depuis l'antiquité pour la conservation du vin (Plutarque, Sympos. quaest.,111, A). Le Pimis abies forme des forêts étendues en Grèce; il ne croit que dans les régions élevées, depuis 700 m,, et couvre les cimes des plus hautes montagnes. Le pioier {Pinuspinea) couvre souvent de grandes étendues et ne se rencontre qu'à une altitude de 700 m. et au delà. On en voit des forêts dans la plaine de rOlympie, dans l'Élide (Pyrgos), à Marathon et dans l'Eubée. Le châtaignier commun [Caslanea vulgaris), très-fréquent sur plusieurs coteaux de montagnes, monte jusqu'à 700 m. et forme des forêts étendues sur le mont Dirphys dans l'Eubée, sur le mont Parnon dans la Kynurie, la Phlhiotide et en Crète.

Parmi les arbres qui, quoique fréquents, ne forment pas de forêts, mais se trouvent plutôt répandus parmi d'autres essences, il faut citer surtout les suivants : le platane {Platanus orientalk], commun surtout aux bords de l'Eurotas. Le Quercus Jigilops, qui porte la vallonée ou vélanidi, se trouve surtout en Acarnanie, Achaie, Elide, Laconie, Attique, Kéos, en Crète près de Réthymne, etc. Le Quercus coccifera, le Q. llex, qui n'atteint que rarement une taille élevée; l'orme-liège [ÎJlmus 'titberosa) , très-répandu en Acarnanie et en Eubée; le hêtre commun {Fagus sylvatica), fréquent sur l'Olympe et le Pinde; le cyprès [Ciipressur^ sempervirens), qu'on rencontre surtout en Crète.

Plantes utiles. Parmi les plantations celles des oliviers et des vignes occupent la plus grande étendue. Viennent ensuite, mais de loin, les plantations de figuiers, de mûriers, d'Hespéridées, d'Amygdalées, etc. L'olivier est cultivé dans des plaines humides et sur des collines et versants de montagnes, jusqu'à une altitude de 500 m. On en trouve des forêts d'une certaine importance dans la pluine du Céphisse, de Mégara et d'Araphisse. Dans l'Attique on voit encore plusieurs oliviers des temps classiques.

Le figuier, quoique prospérant en Grèce, n'est cultivé en grand que dans les districts de Messène et de Calâmes en premier lieu, puis dans ceux d'Andros, deCarystie, de Tinos, de Pylie, etc. Le mûrier (surtout le Mo7-us alba L.) est cultivé dans la plupart des contrées de la Grèce, mais surtout en Messénieet en Laconie, où sa culture est liée à l'élevage des vers à soie. Les Ilespéridées sont en général cultivées en petit ; c'est surtout à Naxos, Andros, Poros, qu'elles le sont en grand. Les Amygdalées (amandier, Persica vulgaris, pêche duracine; Prunus arnieniaca, abricotier, etc.) et les Pomacées [Cydonia vulgaris, Pirus malus, Pirus commuuis, etc.) sont ordinairement cultivées en mélange dans les jardins. Quant à la vigne, on la cultive non-seulement sur les coteaux, mais encore dans les plaines et les parties basses des vallées, grâce à la douceur du climat de la Grèce. Les vins les plus renommés du pays sont ceux d'Acrorinthe, de Santorin, de Patras et de Céphalonie, qui sont pour la plupart trèsconnus à l'étranger. Une bonne partie des plantations de vignes sont destinées à fournir du raisin sec, particulièrement celui appelé raisin de Gorinthe. Cette dernière culture est surtout répandue dans les provinces maritimes du Péloponnèse ainsi que dans les îles Ioniennes, excepté Corfou. Dans l'espace de quelques années, cette culture, qui avant la guerre de l'Indépendance était fort restreinte, s'est considérablement développée : ainsi, tandis qu'en 1860 on comptait dans l'ancien royaume de Grèce 15 500 hectares de vignes cultivées, en 1875 on en comptait plus de 29 000.

En ce qui concerne les céréales, c'est le blé qui occupe la première place; viennent ensuite l'orge, le mais, le sorgho, l'avoine et en dernier liuu le seigle. On sème le blé d'octobre à novembre dans les plaines, en janvier ou en février, sur les endroits montagneux ce n'est que dans très-peu d'endroits qu'on le sème au printemps. La moisson commence dans les lieux chauds vers le milieu du mois de mai et elle dure jusqu'au milieu de juin dans les campagnes; dans les montagnes elle a lieu au mois d'août. Le blé est cultivé surtout dans la Béolie, l'Argolide, la plaine d'Eleusis et l'Eubée. Sa cultuie se développe tous les jours. Ainsi dans l'ancien royaume de la Crécerelle s'est augmentée en quinze ans (1860-1875) de 0,61. Mais la production ne suffisant pas pour la consommation du pays (surtout avant la -ession de la Thessalie à la Grèce), une grande partie du blé nécessaire est encore importée. L'orge, dans beaucoup de pays grecs, servant cunmie nourriture des habitants eux-mêmes, est semée en octobre et en novembre; on récolte en juin. Le seigle n'est cultivé, en général, 'que pour la paille qu'il fournit et qui sert de nourriture aux bestiaux. Le maïs est cultivé surtout dans l'Acliaie, l'Arcadie, la Béotie, la Phthiotide, l'Acarnanie et Corfou, où il y a des eaux courantes. Le sorgho est particulièrement cultivé dans la Messénie et l'Arcadie^.

Parmi les plantes légumineuses ce sont les haricots, les fèves, les gesses, les pois cbiches, les vesces et les lentilles, dont la culture est la plus répandue. La culture du riz, autrefois assez répandue (Messolonglii, Béolie et Phthiotide), est devenue très-reslreinte.

Les pays grecs sont assez riches en plantes médicinales. Dans l'antiquité les montagnes les plus renommées sous ce rapport étaient le Parnasse, l'Œta, le Téléthrion (Eubée), ainsi que le Pélion (Thessalie). Parmi les autres contrées on cite surtout l'Arcadie et la Laconie (Théophraste, Histoire des plantes, IV, 5). Parmi les plantes médicinales de la Grèce on doit mentionner : Crocus sativus, qu'on trouve surtout à Syra et à Tinos; Iniila Helenium, croissant dans plusieurs parties de la Grèce et cultivé même dans les parties élevées de la Thessalie, est employé chez le peuple comme dans l'antiquité; CitruUus colocynthis Xrmt, dans les îles de l'Archipel ; Mandragora ofjicinarum L., près d'Eleusis; Helleborus vlridis, dont le plus estimé se trouve près d'Antikyrre, au pied du Parnasse, bien en usage dans l'antiquité contre la folie; Colchicum 7iapoUlanum, très-connue dans l'Attique; Atropa Belladona, à Cyllène, au Parnasse ainsi qu'à l'Olympe; Conium maculatum, dont le plus flmieux était celui de l'Attique; Valeriana montana, sur les montagnes de la Kynurie, et Valeriana Dioscoridis, dans l'Attique, très-riche en huile volatile, employée au lieu de la V. officinal is, ■ Dictammum creticum, commun dans l'île de Crète; Humulus Lupulus, L., qui croît surtout sur les montagnes de la Béotie, de l'Eubée et sur le Parnon; et enfin diverses espèces d'algues servant comme vermifuf^es, aussi bien aujourd'hui que dans l'antiquité [Gicjartina helniinthochorlon, surtout Polysiphonia Walteri, Stenocaulon Scaponium, Chondriaoblusa, etc.).

En finissant nous ajoutons ici un tableau de l'étendue qu'occupent les diverses espèces cultivées en Grèce d'après les documents officiels.

1. Voy. pour plus de détails : Ileldreich, Les plantes utiles de la Grèce. Athènes, 1862. A. Tombazis. La Grèce au point de vue Agricole, Athènes, 1878 et Chalkiopoulos : 6ur'ra«<élioration et l'encouragement de l'agriculture en Grèce. Athènes, 1880.

TEBRES PLANTÉES (l875)

hectares.

Oliviers 167,900

Vignes 87,108

Vignes de raisiji sec 36,651

Figuiers 6,518

Mûriers 5,400

Amandiers 59-4

Jardins et citronniers 2.665

Culture potagère i,''li

Culture maraiclière 887

Total ô09,308

hectares

Blé 1C0,U8

Orge 67,911

Mais 61,816

Méteil 57,7.=)()

Colon 10,986

Sorgho 5,831

Haricots 4,376

Tabacs 4,204

Avoine 4,078

Fèves 1,941

Gesses 1,662

l'ois chiclics l,.'io6

Sésame 917

Seigle 846

Lentilles 612

Pommes de lene 476

Garance 475

Lin 381

Pois 35

Prairies artificielles ...,..., 26,815

TowL 41-2,812

§ IV. Faune. La foune de la Grèce se rattache essentiellement à la faune méditerranéenne de l'Europe, mais en même temps elle se lie. comme nous l'avons déjà fait remarquer, par des types nombreux, avec celle de l'Orient et en particulier avec celle de l'Asie Mineure.

Parmi les travaux relatifs à la faune de la Grèce on doit citer surtout celui de l'expédition scientifique en Morée (Geoffroy Saint-Hilaire, etc.), ceux de Eihaid sur la faune des Cyclades, de Lindermayer et Krûper sur les oiseaux de la Grèce, de Betta sur les reptiles, de Forbes sur les mollusques de l'Ai-cbipel, et enfin le travail récent de M. Heldreich sur la faune vertébrée de la Grèce, dans lequel l'auteur résume toutes les recherches déjà faites sur son sujet et ajoute bien des remarques personnelles.

Dans ce chapitre nous ne parlerons que des vertébrés, renvoyant le lecteur pour le reste aux ti'avaux cités.

I. Mammifères '. On en compte en Grèce environ 50 espèces connues.

Parmi les animaux domestiques, citons le chien, dont la race indigène et la plus répandue est celle des chiens de berger qui sont de la taille du loup, trèsrobustes et féroces; le chat; le cochon, qu'on nourrit dans la plupart de la Grèce

* Nous avons déjà parlé des grands mammifères de l'époque tertiaire. — Dans les temps historiques le lion suivant Hérodote [T, 125) et Aristote [Hifit. des anutiaux, VI, 2S, 1), existait encore dans les pays limitrophes de la Grèce et peut-être aussi au Nord de la Grèce Continentale; l'ours subsiste encore dans les montagnes du Pinde. Aujourd'hui, entre autres causes, la destruction des forêts et l'accroissement de la population ont beaucoup contribué à rendre relativement rare le gros gibier même.

DICT. ENC. 4« S. X. 26

et dont la viande est très en usage pendant l'hiver; le cheval en général petit, mais infatigable, très-sobre et très-docile ; l'àne, le mulet, partout très-répandus. — Parmi les animaux utiles surtout pour leur lait : le mouton et la chèvre, formant pi'esque exclusivement les troupeaux de la Grèce ; le bœuf, à défaut de pâturages convenables, n'est élevé ordinairement que pour le labour de la terre. On n'en fait un fréquent usage pour viande que dans les villes. L'usage du lait et du beurre de vache est à peine introduit dans quelques grandes villes, mais surtout à Athènes.

D'après des renseignements officiels le nombre du bétail, des chevaux et des autres butes de somme pendant l'année 1877, était comme il suit dans la Grèce (les îles Ioniennes exceptées) :

Moutons 2,104,150

Chèvres 1,965,894

Bœufs 5,886

Vaches 40,530

Buflk's 546

Chevaux. 57,100

Mulels 27,831

Anes 54,418

Chameaux 70

Cochons 42,862

Parmi les mammifères sauvages les plus remarquables sont : le hérisson {Erinaceus Europxiis), commun en Grèce et qu'on chasse dans certains endroits pour sa viande; le blaireau {Mêles taxus Schreb. et la fouine [Mustella foina L.), assez commune en Attique; le loup {Canis h/pus L.), nombreux dans la Grèce Continentale, mais en général pas aussi féroce que dans le nord de l'Europe ; le chacal [Canis aiireus L.), assez fréquent en Attique, en Eubée, et surtout au Péloponnèse, animal craintif : on le chasse pour sa fourrure; le renard {Canis vulpes L.), assez commun dans la Grèce Continentale et dans le Péloponnèse ; le lynx [Felis lynx L.), devenu maintenant très-rare; le chat sauvage {Felis catus L.) fréquent en Attique et en Arcadie; le lièvre {Lepus timidusL.), qui constitue le gibier le plus commun delà Grèce; le lapin [Lepus cuniculus L.), habituel dans les îles des Cyclades; le sanglier (Sus scrofa L), très-commun dans les montagnes boisées du nord de la Grèce; le daim [Cervm dama L.), en Acarnanie; le cerf [Cervus elaphus L.), qui existe encore en troupes, quoiqu'il devienne de plus en plus rare, en Eubée et dans le nord de la Grèce; le chevreuil {Cervus Capreolus L.) se trouve en Acarnanie et au mont Parnasse; le chamois {Capella rvpicapra L.), qu'on rencontre dans le nord de la Grèce; la chèvre sauvage {Copra jEgagrus Gm.), qu'on trouve dans l'îlot désert d'Antimélos près de Milos, est identique au bouquetin de la Crète déjà mentionné par Aristote.

Le phoque commun [Pelagitts monachus L.) et les dauphins [Delphinus delphis L.) sont communs dans les mers de la Grèce.

Oiseaux. On connaît jusqu'à présent plus de o58 espèces d'oiseaux. Un tiers de ces espèces habitent toujours les pays et s'y reproduisent. Un autre tiers est composé par des oiseaux qui viennent de contrées septentrionales pour passer leur hiver en Grèce. Les autres oiseaux ou y passent l'été provenant de pays méridionaux (60 espèces environ), ou bien y arrivent en automne du nord pour partir bientôt pour le sud et y reviennent au printemps pour retourner au nord (60 espèces).

Les oiseaux qu'on chasse le plus fréquemment en Grèce sont diverses espèces

d'alouettes et de bruants, l'étourneau, le loriot jaune, le pélrociclile, le merle noir, le merle draine, la grive; le coucou, le guêpier; le pigeon ramier, la tourterelle, la perdrix, la caille ; la bécasse, la bécassine, le vanneau huppé, l'outarde, ainsi que toutes les espèces d'oies et de canards sauvages.

Parmi les oiseaux de proie les plus communs sont : le vautour cendré {Vultur monachm L.), le vautour jaune [V. fiilvus Brit.), le gypaète {Gijpaehis barbatus L.), l'aigle chrysaetos et la chouette {Atheiie noctua).

Parmi les oiseaux domestiques on compte neuf espèces à peine ; le plus commun est la poule ; viennent ensuite le dindon, le paon, le pigeon, l'oie, le canard et l'oie d'Égyple.

Parmi les districts de la Grèce, Élie, Phthiotide, Patras et Locride, nourrissent le plus de moutons; quant aux chèvres, c'est à Caryste et en Eurytanie qu'il y en a le plus. Quant au gros bétail (bœufs et vaches), la Grèce Continentale est la plus riche et surtout Bonitsa, Attique et Phthiotide. Les cochons surabondent en Péloponnèse et surtout eu Messène et en Elide, mais c'est le district de Bonitsa en Acarnanie qui occupe la première place.

Reptiles. La Grèce est très-riche eu reptiles, et surtout le Péloponnèse et les Cyclades, à cause de leur climat chaud. D'après M. de Betta il n'y a pas d'autre pays aussi riche en reptiles que la Grèce, qui possède à elle seule presque la moitié des espèces de l'Europe entière. On connaît jusqu'à présent 5 Cliéloniens, plus de 17 Sauriens, plus de 17 Ophidiens, et 9 Amphibiens; en tout 50 espèces environ (61, si l'on y ajoute les espèces douteuses).

Parmi les reptiles à écailles il y a plusieurs espèces de tortues de terre et de mer qui sont très-communes, mais on nen fait aucun usage. Parmi les Saui'iens, qui sont tous inoffensifs, il y a quelques espèces qui sont propres à l'Egypte.

La plupart des espèces d'Ophidiens sont aussi tout à fait innocentes. Les seules espèces venimeuses sont la Vipera amrnodytes et la Vipera aspis. C'est la première de ces deux vipères, la plus dangereuse, qui est la plus répandue. Elle est iacilement reconnaissable par la protubérance en forme de corne qu'elle porte au bout du museau. Elle fréquente surtout les endroits secs et pierreux. Heureusement elle n'attaque que si elle est irritée. Les suites de la morsure sont graves et même funestes chez les enfants et les personnes faibles.

Parmi les reptiles nus ou Amphibiens, les plus communs après les grenouilles, qu'on ne mange pas en Grèce, sont ÏHijla arhorea et le Bufo vulgaris.

IV. Poissons. Parmi les poissons qui sont le plus en usage nous citons les Acanthoptérygiens : Mullus surmulentus, M. Barbatiis, Polyprion cemuusç Scomber scombrus, Thynnus vulgaris, Thynnus brachypterus, Pelamys Sarda, Caranx trachurus; Mugil cephalus, Sargus Ronâeleti, Pagrus vulgaris, Dentex vulgaris, D. macrophlhabnm. Box vulgaris, Box salpa, Box-boops, Oblata melanura, Scorpaena scrofa.

Les Malacoptérygiens : Salmo salar, Clupea pllchardus, Anguilla vulgaris.

Parmi les Plectrobranchiens, on observe dans les mers grecques entre autres : Lamna cornubia, Scyllium canicula, Zygœna maliens. Torpédo Galvanii, Raja asterias et autres Rajacées.

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§ YI. Ethnologie. I. Antiquité. a. TemPS rRÉHISTOniQlES ET PRIMITIFS.

Les divers âges en Grèce. D'après les traditions les plus anciennes de h Grèce, celle-ci aurait été primitivement habitée par des peuples complètement sauvages, demeurant dans des grottes, s'habillant avec des peaux d'animaux et se nourrissant surtout d'herbes sauvages. Aujourd'hui de récentes recherches ont rais hors doute que bien avant l'époque historique, l'homme existait déjà sur le sol grec, et qu'il y a passé par les diverses phases préhistoriques qui sont connues pour d'autres contrées de l'Europe. Les vestiges de l'époque paléolithique (surtout des flèches et des morceaux de couteaux), quoique peu nombreux, ne font pas complètement défaut. Mais ce n'est que l'époque néolithique qui a laissé des vestiges abondants. Ainsi nous en avons des flèches et des outils en obsidienne ou en diverses autres matières, trouvés eu plusieurs endroits de l'Attique, en Béotie. dans la partie septentrionale du Péloponnèse, en La-

GRÈCE. -iO?

conie, Taygèle (Gythion), en Étolie, ainsi qu'au'sud de l'Eubée, à Égine, ù Hydra, à Mdos, à Théra et autres îles. Des haches en roche de nature plus ou moins granitoïde sont assez abondantes en Grèce. Les instruments en silex sont très-rares. Des traces d'habitations lacustres n'ont été découvertes dans aucun bassin de la Grèce, mais il faut ajouter qu'aucune recherche sérieuse n'en a été faite jusqu'à présent. Par contre, le pays est riche en constructions cyclopéennes, dont plusieurs paraissent remonter à l'âge de pierre. Ainsi l'île d'Eubée, surtout dans sa partie méridionale oîi l'on a trouvé des armes de serpentine et de porphyre en grande quantité, est particulièrement riche en pareilles constructions, placées au bord de précipices au milieu des rochers (A. Dumont).

Il est indiscutable que l'âge de bronze ait aussi succédé en Grèce à l'âge de pierre. Cela est d'ailleurs indiqué par un passage d'Hésiode, dans lequel il est dit à propos des hommes qui ont vécu avant l'âge de fer :

Xa^xw S'cîpyâÇovrO, /jÀlcii S'ohx la/.£ ii5v;/50;.

« Ils avaient des murailles d'airain, des maisons d'airain, et aussi des outils d'airain ; le fer noir n'existait pas encore. »

Cet âge coïncide en Grèce, ainsi qu'en Italie, avec les premiers temps historiques. Les antiquités fameuses de Troie et de Mycènes, découvertes par M. Scliliemann, appartiennent à cet âge, quoiqu'elles ne soient pas contemporaines. D'autre part des haches de bronze ont été découvertes dans l'Eubée, à Théra, à Naxos, à Amorgos, en Gorinthie, en Acarnanie et ailleurs. Homère nous représente dans ses poésies la période de transition de l'âge de bronze à celle de fer. Tandis que ses héros portent encore des armes en bronze, les agriculteurs ont déjà des instruments en fer.

La métallurgie fut introduite en Grèce, d'après les principales traditions de l'antiquité, par l'intermédiaire surtout des peuples sémitiques, et particulièrement des Phéniciens, néanmoins il semblerait que les Aryas primitifs connaissaient déjà quelques-uns des métaux, comme le bronze et l'argent.

Les plus anciennes habitations connues jusqu'à présent en Grèce ont été découvertes dans les îles volcaniques de Théra et de Thérasia sous la couche de ponce qui couvre ces îles. Ce sont des vestiges de villages, appartenant probablement à une époque antérieure au seizième siècle avant Jésus-Christ et correspondant, paraît-il, au passage de l'âge de la pierre taillée à l'âge du bronze. Ces habitations sont construites en pierres irrégulières de lave réunies par une matière terreuse rougeâtre. Dans leur intérieur on a trouvé une foule de vases en terre, fabriqués dans l'île même, et d'autres objets en pierre (poids, meules à main, mortiers avec leurs pilons, augets, etc., en lave, enfin une scie en silex). On y a aussi trouvé des quantités d'orge, ainsi que des pois chiches, de la coriandre et de l'anis. Le seul instrument en métal qu'on y ait rencontré est une scie en cuivre pur, sans trace d'étain. Ces vestiges ont fait voir qu'en ces temps reculés on connaissait déjà en Grèce la fabrication de la farine et probablement aussi celle du pain; on extrayait de l'huile des olives, on avait des troupeaux de moutons et de chèvres et l'on savait peut-être fabriquer du fromage. Le blé était peut-être encore inconnu {voy. surtout Fouqué, Santorin, Paris, 1879, p. 94 et s.).

Quant aux peuples qui ont habité la Grèce le plus anciennement, les données

dont nous disposons ne nous permettent de rien affirmer. 11 est liès-probable qu'ils appartenaient, au moins en grande partie, ù la race préhistorique dolichocéphale ou méditerranéenne, qui habitait dans plusieurs autres pays de l'Europe, mais des données démonstratives nous manquent encore.

De cette manière nous devons passer directement à l'examen de l'origine des peuples de la Grèce dont il est plus ou moins question dans les temps historiques.

Peuples de la Grèce. Malgré l'incertitude des renseignements ethnologiques fournis par la linguistique, c'est à elle comme source principale que nous devons recourir pour chercher des indications sur l'origine des peuples principaux de l'ancienne Grèce.

Le grand courant aryen, lequel, détaché du foyer des Aryas primitifs, s'est étalé vers l'Europe, a donné lieu, d'après les données de la linguistique, à deux ramifications. L'une d'elles, celle des Germano-Slaves, s'est fixée au nord de l'Europe; l'aulre, ayant prohabloinent pour premiers représentants les F^hrygiens (E. Curtius, etc.), s'est scindée à son tour en d'autres branches, celle des Celtes, qui se serait d'abord détachée et des Gréco-Italiens, qui se sont établis dans la plup;ut des pays européens qui bordent la Méditerranée. Cette dernière branche a donné naissance aux peuples des Grecs et des Ijaliiîs primitifs.

C'est à une pareille conclusion relativement aux peuples gréco-italiens qu'on ,1 cru devoir arriver avec beaucoup de probabilité, en considérant surtout qu'à coté des nombreux éléments qui sont communs aux langues aryennes, éléments ([ui se rapportent pour la plupart à la vie domestique et agricole, il y a d'autres éléments de la même catégorie, qui ne sont communs qu'aux langues grecque et latine, et pour la plupart desquels il n'est point permis de supposer qu'ils aient passé d'une de ces langues à l'autre. Il faut ajouter aussi l'identité de bon nombre de lois phonétiques fondamentales dans ces deux langues. Nous avons encore une autre branche, celle des lllyriens, représentés d'après quelques auteurs, par les Albanais d'aujourd'iiui, mais sa place véritable dans l'arbre généalogique des peuples de l'Europe n'est pas encore déterminée.

?\Ialgi'é les données citées plus baut, les recherches anthropologiques portent à douter si dans les groupes ethnologiques qui se présentent comme aryens il faut voir toujours des peuples d'une pareille origine ou des peuples qui, sous l'inlluence aryenne ou par suite d'un mélange avec des éléments aryens, ont adopte une langue pareille.

Ouoi qu'il en soit, c'est en deux époques principales que des peuples, avec une langue et des caractères aryens, se sont dirigés vers la Grèce. Et d'abord ce furent les lllyriens ou Pélasges qui y sont venus, en traversant la Thrace et la Macédoine, ou même en passant la mer Egée et en laissant des peuples alliés sur les rivages occidentaux de l'Asie Mineure. Un nouveau mouvement conduit plus tard les Hellènes primitifs, lesquels moins nombreux, d'après toute probabilité, étaient pourtant destinés à conduire, avant tout autre, à la civilisation, les peuples qui se trouvaient déjà établis sur le même sol, et à servir comme de principal ferment civilisateur. Pendant cet intervalle, d'autres peuples, qui n'ont pris qu'une part bien moindre dans les destinées du pays et sur sa constitution sociale définitive, se sont présentés : d'une part lesVhraces, peuple aryen, et d'autre part des tribus d'origine sémitique : Phéniciens et Égyptiens.

Illyeieks, Pélasges. La plupart des traditions mythiques et historiques de l'antiquité représentent la plus grande partie de la Grèce connue, habitée dans les temps reculés par un peuple agricole, désigné généralement sous le nom de

GRÈCE. -iO'J

Pélasges, peuple considéré comme autochthone, et dont le nom n'a jamais pu être bien déterminé quant à son étymologie.

Occupant surtout des terres d'all\ivion fertiles et riches, ils avaient à côté de leurs grandes agglomérations et de leurs habitations agricoles, désignées ordinairement sous le nom d'Ârgos', des villes fortes ou acropoles (Larisses) qui leur permettaient de se défendre contre les invasions des pirates et des montagnards, plus pauvres et plus belliqueux. Les Pélasges connaissaient déjà la culture de quelques-unes des céréales et de l'olivier. Quoiqu'ils lussent cultivateurs avant tout, l'élève du bétail était aussi une de leurs occupations iavorites, ainsi que la navigation en maints points du littoral. Ils adoraient la divinité, sans en faire d'images matérielles, et surtout sur les sommets des montagnes.

Les Pélasges étaient considérés comme ayant résidé, dans les temps les plus reculés, en Épire, surtout autour de Dodone, en Tliessalie, autour d'Argos Pélasgique, et aussi au Péloponnèse, particulièrement en Arcadie (oii ils passaient surtout pour autochthones) et dans la plaine de l'inaclios en Argolide. D'après plusieurs auteurs anciens ils auraient é(é en outre les premiers habitants de l'Attique, de l'Achaïe et de l'Égialie ; il yen a encore qui rapportent qu'ils ont habité, avec d'autres peuples, l'île de Crète, la Béotie et d'autres contrées de la Grèce.

Les anciens auteurs n'avaient eu que des idées fort incomplètes et vagues sur les liens ethnologiques de ce peuple avec les Grecs, cependant il parait que, dans l'antiquité même, on était plutôt disposé à voir dans les Pélasges un peuple distinct. (Juanl aux auteurs modernes les uns voient dans les Pélasges les grecs primitifs même, les autres un rameau éranien, il y en a enfin qui soutiennent (peu nombreux du reste), leur origine sémitique. D'après l'ensemble des données que nous disposons, il est très probable que la plupart des tribus qui portaient le nom de Pclasges étaient d'origine arienne, sans qu'il soit cependant permis, comme nous avons déjà fait remarquer, de fixer leur place dans la famille européenne. On sait que des recherches sur la langue des Albanais, entreprises en ces dernières années par quelques savants, Hahn, Camarda, etc., les ont conduits à la conclusion que, très-probablement, sous celte langue se cachait une sœur ahiée des langues grecque et latine, et qui avait conservé sa forme primitive, avec certaines altérations, sur les âpres et sauvages montagnes de l'Épire septentrionale et de l'Albanie. L'étude des tribus de ces montagnes a fait découvrir, en outre, bien des mœurs et des coutumes qui rappellent celles des anciens lUyriens. On a aussi cru démontrer que non-seulement beaucoup des anciennes toponymies du pays furent conservées jusqu'à présent, mais encore qu'elles trouvent pour la plupart leur explication dans la langue des Albanais d'aujourd'hui. Cependant s'il résulte de la plupart de ces données la conclusion probable que les Albanais d'aujourd'hui sont un peuple étroitement lié au point de vue de l'origine aux Illyriens de l'antiquité, ce n'est pas une raison pour conclure que les Albanais descendent en général des Illyriens et des Pélasges. Si on trouve dans leur idiome, des éléments latins dont l'existence ne peut s'expliquer par une influence postérieure des Romains sur ces populations, il est probable que ces éléments se soient transmis aux Albanais, par les restes des plus anciens habitants du pays.

* La forme la plus ancienne de ce mm'Ay/zi (àypo;, plaine cultivée) est consei'vée dans leKuvo'5-a|î7£; d'ALliènes.

Nous allons examiner maintenant quels peuples de la Grèce proprement dite, soit de ceux que les Anciens désignaient sous le nom de Pélasges, soit de ceux appelés autrement, peuvent être considérés probablement comme étant des Pélasges. Nous aurons à examiner en particulier les Pélasges-Tyrsènes (Tupp-flvot UBkxdyii) et les Léléges.

1. Tyrrhènes, Les premiers témoignages qui nous viennent de l'époque classique de la Grèce ancienne représentent aussi les Tyrrhènes (Tup^rivot, Tvpfrxvoi) comme des Pélasges. C'est ainsi que Thucydide, parlant de la presqu'île du mont Athos, dit qu'elle était habitée par un mélange de peuples barbares bilingues, en grande partie Pélasges, descendants des Tyrsènes, qui habitaient autrefois Lemnos et Athènes (Tliucydide, IV, 109). Myrtile considère aussi les Tyrsènes comme ayant été d'anciens habitants d'Athènes, et il leur attribue la construction de l'enceinte de l'Acropole connue sous le nom de Pélasgicon (Hérodote, etc.). Sophocle appelle les Pélasges d'Argos « uùuafovç Tujso-yivoùç » Fragments, 256, Ed. Teubner, p. 154). Il est à noter, sans vouloir lui attribuer une importance très grande, l'identité du nom Tourscha des Tyrsènes de la Grèce tel qu'on h rencontre dans les monuments égyptiens avec le nom des T6o-/ot ou Toûav.Gi d'une des deux grandes tribus albanais, aussi avec le nom Tusci ou Étrusques que portaient anciennement les Tyrrhéniens de l'Italie.

2. Léléges. Les Anciens nous représentent les Léléges comme étant un peuple d'un caractère paisible, faible et inoffensif et ne cédant que trop facilement aux conquérants survenants. Dans les îles de l'Archipel et surtout dans l'Asie Mineure, ils ont servi non-seulement comme auxiliaires et compagnons, mais aussi comme serfs domestiques des Cariens (Athénée, VI, 267). Que les Léléges furent un peuple illyrien, cela a été soutenu avec un certain succès par SIM. Blau et Benloew, qui se sont appuyés sur plusieurs autres données, et en particulier (Benloew) sur l'identité de nombreuses toponymies des côtes occidentales de l'Asie Mineure et de l'Albanie. M. Benloew a signalé en outre plusieurs ressemblances entre les mœurs, les fables et la langue de la Lycie ancienne et de l'Albanie. Cependant l'opinion ancienne que les Léléges étaient un peuple mêlé ne semble que très-probable.

Les Léléges se sont répandus sur la Grèce européenne, surtout en Messénie, Triphylie et Laconie, c'est-à-dire sur la plus grande partie du Péloponnèse méridional ; ils se sont aussi établis dans la Grèce Continentale en Acarnanie, dans l'île de Leucade, en Locride, en Béotie et en Mégaride.

Parmi les tribus considérées comme très-alliées des Léléges, on doit noter surtout les Épéeiens (aïttsioî), lesCaucons, qui habitaient dans la partie occidentale du Péloponnèse, et les Courètes, qui habitaient en Étolie et en Crète.

3. Pénestes, Messapiens. En Thessalie, dont les plus anciens habitants sont considérés comme Illyriens par les Anciens même, nous'avons en dehors d'autres Pélasges, les Pénestes, classe indigène soumise aux Thessaliens survenus par la suite. L'idée que les Pénestes étaient d'origine illyrienne devient d'autant plus probable qu'on rencontre aussi des Pénestes en lllyrie, dans la plaine du Brin, ainsi que des Apénestes en Apulie (cf. Hahn, etc.). En Béotie, en dehors de Léléges, on a très-probablement des Illyriens-Messapiens. C'est ainsi que nous avons Messapie, le nom le plus ancien de la Béotie, et même dans les temps historiques un mont Messapion. D'autre part, d'après la fable rapportée par Strabon, ce fut Messapos, le représentant fabuleux d'un peuple de Messapiens, qui, de la Béotie, conduisit une colonie en Messapie. Quant aux Messapiens, peuple barbare

de la Galabre. comme on sait, ils sont considérés par la plupart des ethnologues comme Illyriens. 11 est donc extrêmement probable que la Béotie, au moins en grande partie, fut habitée dans les temps les plus anciens par des Illyriens. Quant au prétendu envoi d'une colonie béotienne en Calabre, il semble qu'on ne doive y voir qu'une supposition suggérée par l'identité des noms. — Des Messapiens habitaient aussi dans les temps historiques en Phocide, dans le voisinage de la Béotie, entre Tritée et Chaléon (Thucyd., III, 101).

4. Pélasges de VArcadie. Pour ce qui concerne l'Arcadie, nous avons déjà dit que ses habitants étaient généralement considérés comme Pélasges. L'examen de plusieurs toponymies et surtout des données fournies par la généalogie mythologique la plus ancienne de l'Arcadie viennent à l'appui de cette opinion. C'est ainsi que Lycaon, fils ou petit-fils de Pélasgos, qui personnifie les Pélasges de l'Arcadie, est représenté comme ayant pour fils Thesprotos, Peucétios, Œnotros et Macednos. Ceux-ci ne sont que des personnifications des Thesprotes, des Peucétiens, des Œnotriens et des Macédoniens, considérés tous comme peuples Illyriens. Cependant, d'après les traditions mêmes du pays, il semble très-probable que les Pélasges y avaient trouvé d'autres habitants plus anciens, appartenant peut-être à la race méditerranéenne.

5. Pour ce qui concerne les Pélasges, dont seraient issus, d'après Hérodote, les Ioniens des temps historiques, c'étaient, selon toute probabilité, comme nous le verrons plus bas, des populations d'une origine variée.

Migrations des Pélasges. Après une longue période de calme relatif qui avait suivi les migrations primitives des Pélasges, une vive tendance d'expatriation s'était emparée des Tyrsènes, habitant les côtes S. 0. de l'Asie-Mineure ; elle dura pendant l'espace de deux siècles environ. Ces Tyrsènes, opprimés, à ce qu'il paraît, par la famine (Hérodote), commencèrent par émigrer en divers points des côtes de l'Egée : ainsi nous les trouvons à Athènes, à Gythère, sur le point méridional de la Laconie et ailleurs, et enfin en Italie. Au quinzième siècle, ils se sont portés aussi jusqu'en Egypte, où ils se sont hasardés avec d'autres peuples à s'établir dans la Cyrénaïque, mais là ils finirent par être écrasés avec leurs alliés près de la ville de Paarischeps. Plus tard, pendant le règne de Rhamsès III. nous avons de nouvelles invasions en Egypte des peuples pélasgiques. Les Pélestas « du milieu de la mer », ayant pour alliés les Daanaau (Danaens). les Tourscha (Tyrsènes), les Schekoulscha (Siciliens), les Ouaschascha, les Tsekkri (Teucres) et les Leka (Lyciens ou Laconiens), se portèrent en Egypte, soit par terre, à travers la Syrie, soit par mer, dans le but de conquérir ce pays et de s'y établir. Ceux qui vinrent par terre, Pélasges et Teukres, mais surtout Pélasges, étaient même accompagnés de leurs femmes et de leurs enfants. Rhamsès II fortilfia les embouchures du Nil, mit en état de défense les forts qui se trouvaient sur le chemin des envahisseurs et marcha contre eux.

Les deux armées et les deux flottes se rencontrèrent entre Rhaphia et Péluse; la défaite des étrangers, d'après le monument égyptien qui nous a transmis ces renseignements fut complète ; tous ceux qui échappèrent à la mort furent conduits en captivité en Egypte (Gliabas, Études sur V antiquité historique , p. 267 ; Maspero, Irad. ail., p. 262 et suiv.) '.

* Les grands bas-x^eliefs historiques dans le magnifique édifice de Médinet-Abou, consacré à immortaliser les exploits de Ramsès III, représentent la défaite des Pélasges sur terre, ainsi que le combat naval. Il faut noter que dans ces bas-reliefs les Pélasges, les Teucriens,

Les Pélasges dans les temps postérieurs. D'après tout ce que nous venons de dire, on peut affirmer que les Pélasges (ou des tribus qui leur étaient très-alliées au point de vue ethnologique) habitaient (soit seuls, soit avec d'autres peuples) la plus grande partie de la Grèce Continentale, du Péloponnèse et plusieurs îles. Lorsque les tribus grecques et leurs alliées arrivèrent dans le pays et qu'elles s'établirent, les Pélasges qui se trouvaient dans les plaines ne purent leur opposer qu'une résistance très-faible : aussi furent-ils obligés d'émigrer en partie, tandis que ceux qui y sont restés pour la plupart furent absorbés. Par contre, les Pélasges qui habitent des districts montagneux et âpres se sont conservés plus ou moins longtemps sans mélanges. Cependant on ne connaît aucune partie de la Grèce ancienne qui fût considérée pendant les temps historiques comme positivement pélasgique, si ce n'est les îles d'imbros et Lemnos, qui furent occupées par un peuple pélasgique jusqu'au sixième siècle avant Jésus-Christ, époque où elles furent conquises par les Athéniens.

Thraces. Pour ce qui concerne l'origine de ce peuple (Thraces anciens), les opinions sont, comme on sait, partagées. D'après les uns, ceux-ci avaient une parenté étroite avec les Illyriens et les Phrygiens, avec lesquels ils étaient parfois identifiés. D'après d'autres, ils seraient plutôt un peuple éranien. De ces deux opinions, c'est la première qui paraît prédominer aujourd'hui, sans qu'on puisse affirmer si elle est aussi plus proche de la vérité.

La présence de Thraces dans des pays grecs, avant l'époque hellénique, paraît hors de doute, d'après des témoignages historiques, quelques toponymies (étudiées surtout par M. Fligier) et d'autres données fournies par l'antiquité.

Parmi les îles, les Thraces occupèrent primitivement Naxos, où ils introduisirent le culte de Bacchus. Dans le continent, ils s'établirent en Thessalie, après avoir expulsé ou assujetti les Illyriens qui s'y trouvaient. De là ils s'avancèrent en Phocide, d'où ils passèrent sur l'île d'Eubée, sous le nom d'Abantes, et sur une partie de la Béotie, particulièrement sur les bords du Copais, sous le nom de Minyens. De la Béotie ils passèrent en Attique, qu'ils conquirent, d'après ce qu'on suppose; là ils s'établirent surtout dans la plaine très-fertile d'Eleusis, où ils instituèrent le culte de Cérès. Il paraît cependant par la suite qu'ils durent céder la place en Béotie aux Phéniciens, en Attique aux Ioniens, ailleurs à d'autres tribus barbares et plus tard aussi à des tribus grecques.

Dans les premiers temps historiques de la Grèce, on rencontre encore les Minyens, qui, ayant passé de la Thessalie à Lacédémone, en furent expulsés et s'installèrent un certain nombre à Théra, tandis que la plupart s'établirent dans la partie occidentale du Péloponnèse et plus particulièrement dans le pays jadis occupé par les Caucons et arrosé par l'Alphée, où ils se fondirent avec le reste des habitants.

Parmi les peuples de la péninsule hellénique appartenant à la famille aryenne, ce sont les Thraces qui se présentent le plus anciennement avec un certain degré de civilisation. C'est à eux que, d'après toute probabilité, on devrait l'introduction de la culture de quelques-unes des céréales en Grèce. Vraisemblablement aussi ce fut par eux, initiateurs du culte de Bacchus, que la culture de la vigne

les Daiiaens et les Tyrrhéniens, qu'ils combattent à pied ou sur leurs navires, sont vêtus, armés et équipés de même [voy. F. Lenormant, Les antiquités de la Troade, p. 80 et suiv.).

fui enseignée en Grèce. Ce sont eux aussi qui entreprirent les premiers de grands travaux de dessèchement de marais et de lacs, comme ceux du Copaïs en Béotie.

Sémites. Égyptiens, Phéniciens. Suivant toute probabilité, des Egyptiens et surtout des Phéniciens se sont établis dans la Grèce dans le seizième siècle avant J.-C., sous le règne de Touthmosis, sixième roi de la dix-huitième dynastie égyptienne, qui a soumis à sa domination les rivages grecs, et cela, paraît-il, au moyen de la marine phénicienne.

Les Egyptiens, après s'être débarrassés des Hycsos, entrèrent en Syrie, qu'ils cherchèrent à conquérir. C'est alors, et surtout sous le règne de Touthmosis, que Jes Pliéniciens reconnurent la domination égyptienne. Les habitants des îles de l'Egée et des rivages de la Grèce et les Danaens du Péloponnèse firent de même. Dans l'hymne célèbre écrit sous ce roi, et qui a été découvert en 1859 à Thèhes d'Egypte, le dieu Ammon, s'adressant à Touthmosis, lui dit : <( Je viens et je l'autorise à écraser les peuples qui habitent les îles, qui vivent au milieu de la mer, qui se plient à ton mugissement. Voilà que les Danaens se trouvent au pouvoir de tes esprits. Je viens et je t'autorise à écraser les contrées qui s'étendent le long des rivages; tous les bords du grand bassin de mer se trouvent saisis dans ta main. » Par cet hymne, la domination égyptienne en Grèce est mise hors de doute. Il paraît aussi que c'est à celte conquête que se rapporte la fable relative aux colonies que Cadmus aurait conduites en Grèce. D'après la version la plus commune de cette fable, l'Égyptien Âgénor, roi de Phénicie, avait pour enfants Cadmus, Phénix, Cilix et Europe. Europe est enlevée par Jupiter et conduite en Crète. Cadmus part à sa recherche, vient dans l'île de Théra où il établit une colonie, et de là se rend dans la Grèce Continentale et fonde la ville de Thèbes. Dans cette fable, Agénor paraît représenter l'esprit de conquête des Egyptiens, qui les a poussés à soumettre la Pliénicie (Phénix), la Cilicie (Cilix) et les rivages grecs de l'Europe où Cadmus est venu s'établir.

Décela, ainsi que d'autres données sur lesquelles nous ne pouvons pas insister ici, il semble très-probable qu'il existait quelques colonies égyptiennes en Grèce, comme à Thèbes et au N. 0. du Péloponnèse.

En dehors d'autres traditions de l'antiquité, celle sur Mélampe, Éolien des parages occidentaux du Péloponnèse, parages où l'influence phénicienne se montre indubitable, témoigne avec assez de vraisemblance de l'influence égyptienne dans le Péloponnèse. Ainsi, en dehors de ce qu'on raconte sur lui, comme ayant enseigné l'art divinatoire par Cadmus introduit en Grèce plusieurs éléments du culte égyptien, son nom même vient à l'appui de la même idée, les Égyptiens étant désignés par les Grecs sous le nom archaïque de Melampodes (à pieds noirs) (ApoUod.. 111, 4). Pour ce qui concerne la colonie de Danaos, d'après les données égyptiennes mêmes, elle ne semble qu'une fable. Ce qui est plus probable, c'est que Aavïj ou Asvà (sèche, aride) était un nom très-ancien de la plaine d'Argos, d'où on a appelé A^vaè; l'habitant (Cf. Ay^ccio^, Kpavïdî, etc.). Plus tard ce nom était devenu un nom générique des peuples du Péloponnèse et de l'Egée, qui étaient soumis, d'après toute probabilité, aux Danaens de l'Argolide.

Quant au rôle particulier des Phéniciens en Grèce, il doit avoir été relativement plus prononcé.

11 est presque certain que les Phéniciens avaient entrepris, de fort bonne

heure, des voyages dans les mers grecques. Il semble pourtant, comme nous l'avons déjà dit, que c'est surtout pendant la dix-huitième dynastie égyptienne qu'ils entretinrent des rapports plus étroits avec la Grèce.

Selon toute probabilité, des colonies phéniciennes s'étaient établies tout d'abord dans les îles de Crète et de Théra. Plus tard les Phéniciens visitèrent plusieurs autres îles de l'Egée et de la mer Ionienne, et fondèrent probablement des colonies à Milos et Amorgos, où ils avaient des fabriques de tissage et de teinture, à Cythère (appelée aussi Porphyris ou Porphyroussa), île qui a été en Grèce le foyer primitif du culte de la déesse Astarté, ainsi qu'à Siphnos, Délos, Thasos, Samothrace et Salamine. La domination des Phéniciens dans la mer É'ïée paraît avoir duré deux siècles environ. Lorsque la marine indigène, représentée surtout par Minos, se fut graduellement étendue sur les mers grecques, les Phéniciens durent être expulsés de plusieurs îles, de même que les Carions considérés comme leurs alliés. Les Phéniciens se maintinrent pourtant sur certains points pendant plusieurs siècles. C'est ainsi qu'on en rencontre beaucoup plus tard les traces à Théra, à Milos, à Cythère, à Pdiodes et à Thasos.

Il ne paraît pas que les Phéniciens aient beaucoup pénétré dans l'intérieur des pays grecs. On est conduit à penser cela, en ayant égard, d'une part, à la tendance 'générale des entreprises, phéniciennes et, d'autre part, au manque absolu des monuments de l'art témoignant d'une influence phénicienne. Pourtant il semble que les Phéniciens avaient fondé en commun, avec les Egyptiens, une colonie en Béotie, cemme cela résulte de plusieurs données (surtout de toponymies), et aussi de la fable relative à Cadmus. Vraisemblablement ils se sont établis aussi sur les rivages de Thessalie et dans les parages occidentaux du Péloponnèse, surtout en Élide.

Cariens. Au nombi'e des tribus sémitiques on comprend ordinairement aussi les Cariens. Mais la plupart des arguments apportés à l'appui de cette opinion ne démontrent rien (Renan). Il est de beaucoup plus probable que les Cariens formaient un peuple hybride, constitué d'éléments d'origine diverse, mais renfermant aussi un assez grand nombre d'éléments sémitiques.

Les Cariens, ainsi que les Phéniciens, se sont surtout établis sur les côtes de l'Archipel et dans les Cyclades. Comme preuve de ce fait Thucydide rapporte que pendant la guerre du Péloponnèse les tombeaux anciens de l'île de Délos étant ouverts par les Athéniens, on a reconnu que plus de la moitié appartenait àdes Cariens. En dehors des Cyclades, l'île d'Enbée, une grande partie de l'île de Crète et aussi la Mégaride (Mégara), ont reçu, suivaut toute probabiUté, des éléments cariens. Même dans les antiquités découvertes à Mycènes on a cru reconnaître l'mfluence carienne.

Hellènes. Des peuples helléniques comme peuples distincts se rencontrent Drimitivement : d'une part, sur les côtes de l'Asie Mineure, connus sous le nom de Javan ou Ioniens, et, d'autre part, dans les districts de la Grèce ancienne qui entourent le Pinde et l'Othrys, sous le nom de Grecs (r/>aizol) et d'Hellènes.

Le nom de Javan, le plus ancien des noms attribués à tous les Grecs, et particulièrement à ceux de l'Asie Mineure, se trouve avec cette acception pour la première fois, que nous sachions, dans le livre de la Genèse (onzième ou douzième siècle). Les Grecs continuent à être désignés sous ce nom, dans les temps postérieurs, par les peuples de l'Asie.

Les Hellènes de l'Europe, auxquels nous nous intéressons ici principalement,

se rencontrent originairement à Dodone de l'Épire et dans la Thessalie méridionale. A propos de Dodone, nous lisons dans Aristote {Meïéor.,l, 1 p.) ; « L'Hellade primitive était située autour de Dodone et de l'Achélous, parce que c'est là qu'habitaient les SsVaoI et ceux qu'on appelait alors Grecs (r/>aixot), et qu'on nomme aujourd'hui Hellènes ("E),),-îve,-). Là nous avons, précisément à une époque reculée, l'Hellopie, dont les habitants, les Hellopes, mentionnés par Hésiode, ne sont vraisemblablement que les Hellènes mêmes, avec le même nom, mais avec une terminaison différente.

D'autre part Homère appelle Ilellade la partie de l'ancienne Thessalie située entre le golfe Pagasitique, le golfe Maliaque et l'Œta, où régnait Pelée, le père d'Achille, et désigne ses habitants sous le nom d'Hellènes. H est très-probable qu'ici encore le nom d'Hellènes doit être pris comme étant équivalent à celui de Tpaiv-oi, puisque la tradition nous présente Tpat-Mç (Etienne de Byzance) comme roi de Thessalie et particulièrement de l'Hellade d'Homère. Parmi ces deux foyers primitifs de la race grecque en Europe, celui de l'Epire est considéré comme le plus ancien, d'après des données qui ne sont pourtant pas parfaitement concluantes. Mais cette question n'a qu'une importance tout à fait secondaire.

On ne sait rien de certain sur la signification des mots Tpa.iy.ol et "EÀ^vjv. Le premier a été considéré comme signifiant probablement vieux, ancien (yp«-7«p- Y'/jcaç). H est probable que ce mot a quelque rapport avec le nom des prêtresses de Jupiter Dodonéen nûid§s:;, les rpaïzsç d'Alcman, tté^ioî ayant, comme on le sait, la signification de vieux. Nous verrons par la suite que très-probablement il y avait en Thessalie un peuple de ïléhoi, Ilslloi ou n=>oTrcç, qui ne serait peut être que les rpat/.ol sous une autre dénomination dialectique. Quant au mot "Ellviv, tout ce que nous pouvons dire comme vraisemblable est qu'il n'a pas pris naissance loin de l'Épire, sous la forme actuelle. Il paraît en effet trèsprobable que "E»vjv se dit au lieu de 'EA),«v (cf. Zsùç é»,«vio5 et 'AQjjvà énavt'a), dont la terminaison se rencontre surtout dans les noms de peuples de l'Épii'e

ou de son voisinage ('Anvràv, Aïvtàv, A9a|xiv, Eùourày, Ayuàv).

D'après les traditions mythiques les plus répandues de la Grèce ancienne, Hellèn (ou plutôt Hellan) serait le fils de Deucalion, fils lui-même de Japetus (Japhet-Dyapati). D'autre part nous avons, comme fils d'HelIèn : Eolus, l'aine, qui hérite du pouvoir de son père en Thessalie, Dorus et Xulhus, qui a pour enfants Ion et Achéos. C'est Homère qui nous fait connaître en partie les ancêtres d'Hellèn. Quant aux fils d'Hellèn, ils sont mentionnés dans un fragment attribué à Hésiode (Fragment XXIH. Tzetzes à Lycophron, 284) :

'E^.ivjvo; S'IyévovTO 9î[j.i'7Tonô).ot ^ocjùr/sç ASipôi T£, 3o06Ô5 T£ x«£ Afo/oî imci!>x!>^piJ-li'

Pourtant l'authenticité de ces vers est très-douteuse, et l'on croit que leur contenu, de même que ce qui a trait aux fils de Xuthus, est d'une création postérieure.

Homère ne dit rien sur Hellèn, comme chef de la nation grecque. Pour lui, Eolus est simplement le chef de certaines familles pour la plupart étrangères, à ce qu'il paraît, qui avaient gouverné et gouvernaient encore certaines parties de la Grèce. Dorus lui est inconnu ; il cite seulement les Doriens comme formant une petite fraction des habitants de la Crète. Il ne dit rien non plus sur Xuthus, Ion et Achéos. Les Ioniens sont représentés par lui comme habitant

l'Attique, mais même le passage relatif est conside'ré comme étant d'une aullienticité douteuse. Sous le nom d'Âchéens il désigne les Grecs les plus marquants de l'époque, et ce n'est que dans un passage qu'il nomme probablement ainsi les habitants de la Phtbiotide (Gladstone : Jiiventus Mundi).

Quoi (]u'il en soit, il se trouve que les données que fournit la linguistique concordent pour la plupart avec la généalogie d'Hellèn, supposée comme représentant la filiation et la parenté des tribus grecques entre elles.

Toutes les variétés de la langue grecque qui se sont nécessairement produites sur un sol si varié et si morcelé, et dans des milieux sociaux tiès-différents, se ramènent finalement, d'après les recherches modernes, à deux dialectes principaux : le dorien et l'ionien. I.e dialecte dorien est surtout ciu'actérisé, comme on sait, par la ténacité avec laquelle il a conservé les voyelles primordiales (et surtout l'a); c'est le plus rude des deux, et tous ses caractères indiquent qu'il a dû èlre le dialecte des montagnards. Au contiairc le dialecte ionien témoigne de l'inlluence d'un milieu beaucoup plus doux, pareil à celui des bords iielléniques de la mer Egée et principalement du côté de l'Asie, ce qu'on remarque surtout dans la diminution du nombre des aspirées, dont on évite la rencontre, dans les sons qui se forment spécialement dans le fond de la bouche et dans la gorge, la prononciation plus facile et plus harmonieuse, l'abondance des voyelles et notammeul des voyelles les plus molles ^plus d's et d'j7 que d'à et d'o) (Curlius, Histoire grecque, trad. fr., t. I, p. 27 et 28).

A côté de ces deux principaux dialectes grecs vient s'en placer encore un autre, l'éolien, qui est d'une grande ancienneté. Les diverses variétés de celui-ci ne peuvent pourtant être ramenées à un type général. Ainsi ce dialecte accuse, suivant les localités, tantôt une influence prépondérante du diakcte dorien, tantôt du dialecte ionien, mais, en général, il offre plus de parenté avec le dorien. Du reste, il parait que le dorien et l'éolien ont mieux conservé la forme de la langue primitive, le premier pour ce qui concerne les sons, le second quant aux formes grammaticales (Guitius). Mais à cause du grand nombre de ses caractères archaïques et de ses éléments communs avec les autres dialectes l'éolien a été considéré comme le fond commun de tous les dialectes; c'est peut-être pour cette raison qu'on a fait Eolus le fils aîné d'Hellèn.

Xous voyons ainsi rhellénisme se présenter sur le théâtre de l'histoire divisé en trois tribus, tandis que les Achéens apparaissent presque partout comme constituant plutôt une classe sociale supérieure que comme étant une tribu à part.

Il semble pourtant hors de doute qu'on ne doit point voir dans ces tribus des populations descendant entièrement d'une même origine, mais que, par contre, bien des éléments étrangers ont été absorbés par l'hellénisme. Leur histoire ethnologique étant en grande partie différente, il convient que nous envisagions ici chacune d'elles séparément.

Ioniens. Le nom des Ioniens est. comme nous l'avons déjà dit. le plus ancien nom qu'on ait donné aux Grecs et par lequel il paraît qu'on ait désigné primitivement les Grecs de l'Asie Mineure. Mais comment expliquer cette présence des Ioniens dans ce pays dans des temps t rès- reculés ? D'après les anciens auteurs grecs, l'Ionie et la plupart des îles de la mer Egée, habitées par les Ioniens étaient considérées comme n'étant devenues ioniennes que par des colonies parties de la Grèce européenne. Cependant les recherches modernes, et

surtout celles d'Ernest Curtius, ont mis hors de doute l'existence antérieure des Ioniens en ces lieux.

Les pays où l'on rencontre tout d'abord des Ioniens sont des côtes et des îles. Dans les temps reculés, et avant l'époque des colonies citées par les Anciens, on rencontre déjà des cultes et des mœurs ioniens dans les îles de l'Egée, tandis que l'Attique ne présente des éléments ioniens qu'à la suite d'incursions commencées du côté des parages orientaux. En Europe, les Ioniens se retrouvent d'abord, d'après Curtius, épars çà et là : près de Marathon en Altique, sur les côtes de la Thessalie, aux bords du détroit de l'Eubée près de l'Asopos; ce n'est que plus tard qu'ils se présentent en masses plus considérables autour du golfe de Gorinthe et du golfe Saronique, ainsi qu'en Argolide et en Kynurie jusqu'au cap Malée. Cependant, en passant en Asie, nous y trouvons, à une époque même bien antérieure, une contrée assez étendue portant le nom d'Ionie. C'est ainsi que dans cette contrée, située plus près du foyer primitif des Grecs que tout autre pays ionien, il semble que les mœurs et le dialecte ioniens se formèrent (Curtius).

Les Ioniens des côtes de l'Asie Mineure sont représentés comme s'étant mélangés dans des temps très-anciens, de même que dans les temps historiques, avec d'autres peuples grecs et même avec des peuples barbares hellénisés, comme, par exemple, avec les Cariens. Ainsi, d'après Hérodote, les Ioniens qui partirent d'Athènes pour aller en Asie y vinrent sans femmes et s'y marièrent avec des Cariennes. Gela montre, sinon autre chose, au moins que les Ioniens de l'Asie avaient été mêlés de bonne heure avec des Cariens. Il est aussi probable qu'un mélange de ces deux peuples s'est opéré sur les côtes de l'Archipel. D'autre part, les Ioniens venus en Attique y trouvèrent des éléments très-probablement variés, même d'autres éléments grecs avec une partie desquels ils durent se mêler dès le commencement, s'ils n'étaient point accompagnés de femmes, comme on le croit.

L'Attique, quoique étant un pays peu fertile, accessible du reste aisément par mer et par terre et habitée dans les temps primitifs, par une population généralement paisible et agricole, Pélasges, d'après les auteurs anciens, reçut des colons et des émigrants non-seulement Ioniens, mais encore Phéniciens, Cariens, Thraces, Lydiens, etc., venus pour la plupart en groupes peu nombreux. La plus grande partie du pays constituait sous la domination de plusieurs familles d'origine différente plusieurs petits domaines, sorte d'États patriarcaux, indépendants les uns des autres. C'est ainsi que nous trouvons plus tard la population attique divisée en gentes (yîvïj), nullement rattachés par des liens politiques, mais habitant dans des villages séparés, possédant des cultes propres et n'ayant entre eux que des relations fort restreintes. Lorsque les divers États de l'Attique se fondirent dans l'État d'Athènes, les lois permirent, il est vrai, des mariages entre les divers gentes; pourtant celles-ci, gardant pour la plupart leurs anciennes coutumes comme des devoirs de famille, ne se décidèrent que peu à peu à contracter de pareilles alliances. Il en fut sans doute de même pour les nombreux affranchis et parvenus étrangers (:Tâ,oot/.oi) habitant en Attique, auxquels Clisthène avait conféré des droits de citoyen et permis par conséquent de se marier avec des indigènes. Mais, si les difficultés qui entouraient de telles alliances s'amoindrirent par la suite, par contre, les liaisons d'indigènes avec des étrangers nouvellement établis furent considérablement restreintes, les Athéniens dans les temps classiques n'accordant les droits de citoven à des

étrangers que difficilement. Dans les temps postérieurs, on commença à commettie des abus et surtout aux temps de la domination romaine; cependant il ne paraît point que ces abus aient pris des proportions pouvant amener de nouveau un mélange considérable de sang étranger avec celui des anciens citoyens athéniens. Telle est l'histoire ethnologique des Ioniens de l'Attique, qui étaient en grande partie seulement d'une origine ionienne. Malheureusement on ne peut pas la poursuivre plus loin, faute de données suffisantes.

Doriens. Les Doriens furent considérés dans l'antiquité comme étant dcs^ Grecs par excellence. Ainsi, Hérodote les appelait Hellènes, tandis qu'il qualifiait les Ioniens de Pélasges. Il en était de même d'Aristote {Métaphysique, A). Les Doriens, formant un peuple fort enclin à des migrations, se présentent d'abord à nous dans la Plithiotide et aux pieds de l'Ossa et de l'Olympe, sans que l'on puisse cependant déterminer le point qu'ils ont habité tout d'abord. D'après la tradition primitive (Hérod., I, 56), ce peuple aurait habité la Phthiolide dans les temps de Deucalion. D';iprès quelques auteurs plus récents, ce furent lesversants du mont Olympe qui leur servirent de première résidence, ce qui concorde avec la supposition relative au chemin que les Doriens ont suivi vraisemblablement à travers la Macédoine, en se rendant dans les contrées grecques. Un demi-siècle environ, comme on croit, après le siège de Troie (douzième siècle avant J.-C), lorsque les Thessaliens, peuple éolien, ont fait leur entrée en Thessalie, venant de l'Épire, les Doriens, au lieu de se soumettre comme la plupart des habitants de cette contrée, se dirigèrent en Dryopide et y occupèrent la contrée qui s'étend entre les monts Parnasse et Œta et les golfes Maliaque et de Crissa, contrée connue surtout sur le nom de Doride, comme étant restée toujours un pays dorien pendant raati([uité. Les Doriens se dirigèrent plus tard vers le sud dans le Péloponnèse et, aidés par les Héraclides et des Élolieus, ils conquirent cette presqu'île, après de longues luttes, en obligeant ainsi une partie des habitants à faire leur soumission, tandis qu'une autre se trouvait contrainte à émigrer. Cette tribu, quoique considérée dans l'antiquité comme plus pure que les autres, se mélangea néanmoins de bonne heure dans son premier loyer helléuique avec d'autres tribus grecques ou étrangères. Ainsi les Doriens se trouvent divisés de prime abord en Dymanes, qui constituaient les Doriens proprement dits, en Hylleis, qui descendaient, comme ou le croyait, de Hyllus, lîls d'Hercule^, et en Pamphyles d'origine très-variée (7:à-j-;J>ov).

En général, dans les contrées de la Grèce qui furent occupées par des peuples conquérants, ceux-ci, en s'y établissant en maîtres, se tenaient séparés des autres habitants qui étaient divisés en deux classes, celle des périèques {TZioioixoi), les anciens maîtres du pays, et celle des serfs. Dans la plupart des cités dorieimes, toute distinction entre dominateurs et périèques ayant disparu plus ou moins vite, rélément dorien se mêla avec les assujettis. A Sparte, les inslitution> avaient gardé les citoyens doriens pendant longtemps loin de tout mélange pareil. Mais depuis l'époque de la g-uerre du Péloponnèse les affranchissements de serfs (llotfs) devinrent assez fréquents, et des enfants de ces affranchis ou des enfants illégaux de Spartiates avec des femmes ilotes obtenaient très-souvent les droits des citoyens, ainsi que ceux des périèques que l'État élevait en Spartiates. Cependant la population civile y diminuait tous les jours et du temps d'Agis (24i avant J.-C.) il ne restait plus que 100 propriétaires et 700 hommes

* C'est ainsi que Ion et Achéos étaient représentés comme fils de Xuthus.

pouvant porter les armes. Pour éviter la catastrophe, Gléomène admet au nombre des citoyens bon nombre de périèques, ainsi que plusieurs ai'franchis, qui étaient pour la plupart Grecs. Mais la décadence continuait de telle façon que le mélange avec les autres habitants du pays dut être, d'après toute probabilité, complète, même avant notre ère.

Éoliens. Du mélange des tribus grecques, pélasgiques et autres, a résulté la tribu éolienne. C'est dans cette mixtion de peuples très-divers que quelquesuns (Gerhard) ont cherché l'explication du nom Aîo>,cr; {oiioloç, varié), tandis que d'après d'autres ce mot signifie tatoué (llahn) ou encore un peuple d'habillement varié (Gladstone). Mais il faut reconnaître que nous ne possédons pas de données permettant de décider cette question.

Que les Éoliens n'étaient qu'un peuple très-mêlé, cela résulte de tout ce qui est raconté d'eux aussi bien que de leurs généalogies. Il paraît en eftet que les Éoliens étaient mêlés à des Ioniens, des Léléges, des Conrètes et des Phéniciens, dont il s'agit sans doute dans la légende de Salmonée, fils d'Éole, père de Tyro (cf. Tyr, ville de Phénicie), peut-être aussi à des Égyptiens (Mélampe, fils d'un Éolide; voy. Égyptiens). Quelques auteurs même, comme Gladstone, appuyés sur la prépondérance du culte de Poséidon chez les Éoliens, ont été amenés à admettre que les Éoliens étaient d'origine phénicienne.

D'après Curtius, le seul point de rapprochement, la seule conformité dans le caractère, qui existe enti-e tous les Éoliens et les Éolides, c'est qu'ils représentent sous des formes diverses la transition de l'âge pélasgique à l'ère hellénique, la formation d'États maritimes en Europe et l'accroissement de puissance et de civilisation qu'apportèrent avec eux les colons venus de l'Orient.

Les Éoliens habitaient la Thessalie, la plus grande partie de la Grèce Continentale, ainsi que la partie occidentale du Péloponnèse. Il paraît hors de doute que les Éoliens de l'ouest de cette péninsule tiraient, au moins en grande partie, leur origine de la Thessalie même. En dehors des traditions de la Grèce ancienne nous avons un bon nombre de noms de lieux qui justifient pleinement cette opinion. En examinant, en effet, ces derniers, on remarque un phénomène exceptionnel : un nombre considérable de noms de lieux (villes, fleuves, montagnes) de l'ouest et surtout du N.-O. du Péloponnèse se rencontrant également en Thessalie, phénomène qu'on n'observe nullement à un tel degré en comparant les pays mentionnés avec toute autre contrée, ou même en comparant les autres par lies de la Grèce entre elles.

C'est à cette occupation que l'on doit probablement rapporter la tradition d'après laquelle Pélops, personnage sans doute fabuleux, conduisit une colonie dans cette péninsule. En dehors du nom de Péloponnèse, qui signifie selon toute probabilité île desPélopes* et non île de Pélops, d'autres données tendent à corroborer l'hypothèse de l'existence de Pélopes. comme peuple. D'après Strabon (p. 365), les gens qui avaient suivi Pélops en Péloponnèse étaient des Achéens de la Phthiotide, et sous ce nom cet auteur désigne les Achéens qui ont réussi à s'établir à Lacédémone (id., 385). Mais en nous transportant dans la Thessalie méridionale, dont la Phthiotide faisait partie, nous recueillons des données sérieuses en faveur de cette idée. Là on trouve, en effet, beaucoup

* Cf. les noms des îles 'AXov-vyi^o, 'E).x-fôv-vn70i, 'Ey.xzÔv-vr,<7(ii, Muav-yy;cyo;, IIpozôvvriaoii, et surtout Saov-vvj-joç (île du peuple SaoiouSâïoi). [Voy. aussi Schoemann : Antiquités ^rec^Mcs, éd. fr., t. I, 188i, p. 27),

420 GKÈCE.

de noms de lieux et de personnages de la tradition, offrant la racine tte). ou tttA, ce qu'on n'observe nulle j)art ailleurs. Ainsi l'on v trouve le mont ÏI/iÀiov (qui se rencontre aussi sous la forme DiÀtcv), la ville de IIïàeOpovjov, et non loin de là, dans l'IIesliéotis, la ville de ïlili-j-ja.. C'est là que règne nuit:;, le lils de Tyro et petit-fils d'Éole, le père de Hilo-^iiA. C'est là que règne aussi nvjXeOç, le père d'Achille, qui est considéré comme un type d'Achéen. Mais en outre de cela on découvre des relations étroites entre ces contrées, qui servirent de point de départ à ceux qui, d'après Strabon, accompagnèrent Pélops, et les pays où ils se rendirent. Ainsi nous avons, d'une part, Amythaon et Nélée, les frères de Pélias, qui de la Thessalie vont s'établir en Messénie du Péloponnèse où le dernier fonde Pylos et règne sur le pays. D'autre part nous avons Salmonée, l'oncle de Pelias, qui, laissant son royaume en Thessalie, passe en Élide du Péloponnèse et là, dans ce même pays des Pisates, où l'on suppose que Pélops est venu, fonde la ville de Zaï-j.Mvn. Nous devons ajouter à cela, sans vouloir y attacher une g)ande valeur, que Niobé, la sœur de Pélops, se présente comme femme d'Âmpbion, qui régnait en Béolie, pays d'ÉoIiens.

Les données précédentes, et particulièrement le grand nombre de personnages jnythologiques et de noms de lieux en Thessalie qui présentent la racine ireX ou TT/jX, rendent, croyons-nous, assez probable l'existence, dans ces contrées, d'un peuple de Utlol ou ninot, nom duquel ïli'/oli serait une des formes (de même que l'on a 'E).),ol et "E/aottî;. etc.).

Nous avons déjà remarqué que vréXio; avait la signification d'ancien, de même que le nom rpxu.oi. 11 est donc très-probable que UDmi et tzHotzs; n'étaient qu'une autre dénomination des r/sai/.oi et des 'E».r,vc;, d'autant plus que le pavs d'où partit la colonie des Achéens et de Pélops fut un des premiers berceaux delà race grecque. 11 est aussi à noler que d'après Pausanias rcatzoç fut roi du pays.

Cependant, nous ne nions pas que la colonie dont il est question dans la fable de Pélops put avoir pour première origine la Lydie, d'où l'on croyait que Pélops était parti. En effet, devant l'assurance qu'on avait dans les beaux temps de la Grèce sur son origine lydienne, on ne saurait opposer une incrédulité complète, d'autant plus qu'il y a plusieurs points qui font que ces deux idées ne paraissent pas incompatibles. Comme nous l'avons déjà dit, on crovait dans l'antiquité que Pélops, quoique Lydien, était parti de la Thessalie pour venir en Grèce. Il est très-probable que des colonies lydiennes existaient en Thessalie, et que des éléments lyiliens avaient pris une part importante dans l'occupalion du Péloponnèse avec des richesses et avec l'autorité sur les autres colons qu'ils tiraient de là. De cette manière semble aussi s'expliquer l'influence lydienne qu'on découvie sur les monuments d'art et sur le culte religieux en Thessalie et en Péloponnèse.

Quant aux temps postérieurs, nous voyons les Éoiiens former la majorité de la population septentrionale de la Grèce et du berceau européen des Grecs, de la Thessalie, ce qui a fait imaginer la fable qu'Eolus avait été le fils aîné d'Hellèn, et qu'après la mort de son père il hérita du pouvoir. D'après Strabon (VIU, 1, 2), tous les habitants de la Grèce Continentale, excepté ceux de l'Attique et de la Béotie, étaient considérés comme Éoiiens. Les Éoiiens constituaient aussi l'élément prédominant du Péloponnèse, où ils étaient relativement plus purs en Ârcadie et en Elide, tandis que dans les pays occupés par les Doriens ils s'étaient mêlés avec ceux-ci.

Achéens. Les Achéens sont considérés par les uns comme formant une

branche des Éoliens, par d'autres, comme très-proches des Ioniens, lesquels, nous le savons, se mêlèrent en plusieurs localités à des Eoliens, tandis que pour d'autres (Curtius) il est impossible de les considérer tous comme des débris d'un peuple ayant jadis vécu d'une vie commune. Malheureusement, les données que nous possédons sont insuffisantes pour trancher celte question.

Les Achéens, de même que les Ioniens, sont représentés comme habitant des contrées maritimes et surtout les bords de l'Archipel, sur des points cependant éloignés les uns des autres. On les rencontre tout d'abord en particulier en Thessalie près de l'embouchure du Pénée, dans la vallée du Sperchios en Phthiotidc ('&6iwt«i 'A/aioî) et en Péloponnèse (suitout en Laconie), où ils sont venus, d'après les traditions, avec Pélops. On les rencontre aussi dans des temps très-anciens dans les îles de Crète et de Cypre, mais ce n'est qu'en Phthiotide, selon toute probabilité, qu'ils formaient un peuple entier.

Les plus anciens témoignages que nous possédions sur les Achéens, nous les devons à des monuments égyptiens. Ainsi nous apprenons [par là que, sous le règne de Menephtah (quinzième siècle), le commandement des peuples venus des mers grecques fl'ourscha et Leka) pour attaquer l'Egypte, avec d'autres peuples d'Afrique (Lybiens, Maxyes, etc.), appartenait aux Achéens (Aqaiouascha). Quelle fut l'issue de cette entreprise, nous l'avons déjà vu. Ce que nous devons noter ici, c'est que ces Achéens étaient très-probablement les Achéens de la Thessalie, qui possédaient une marine dans les temps très- anciens, opinion qui, du reste, s'accorde avec la tradition d'après laquelle Apollon, s'étant épris de Cyrène en Thessalie, l'enlève et l'amène en Libye, où elle donne son nom à Cyrène.

A une époque très-postérieure, on cite aussi des Achéens en Phthiotide, mais on ne peut pas affirmer s'ils descendaient des Achéens primitifs du pays.

Époque grecque et romaine. Pendant les temps d'indépendance de la Grèce ancienne nous n'avons aucune nouvelle influence importante d'éléments étrangers sur la population grecque. Et, en effet, non-seulement peu de villes grecques avaient des colonies étrangères importantes, mais aussi les lois, dans la plupart des villes, comme nous l'avons déjà vu, ne permettaient point le mélange de leurs citoyens avec des étrangers par des mariages. Les villes dans lesquelles il y avait le plus d'étrangers à l'époque grecque étaient Corinthe, Athènes', le Pirée, tandis que, à l'époque romaine, c'étaient Athènes, Patras, Dyme, Nicopolis et Délos, dans la plupart desquelles les Romains étaient très-nombreux. Dans les villes de Patras, de Dyme et de Nicopolis, l'élément étranger fut absorbé, en grande partie, par la population indigène; quant à la colonie étrangère de Délos, qui s'est formée lors de la destruction de Corinlhe (145 ans avant Jésus-Christ), elle n'a pas tardé à être détruite à son tour, la plupart des étrangers, surtout romains, qui s'y trouvaient, ayant été massacrés parles troupes de Mithridate (88 avant J.-C). Il ne paraît pas que l'élément latin établi en Grèce en dehors de ces grandes villes fût nombreux. Du moins on a constaté la grande rareté des inscriptions latines en Grèce, tandis que, dans la plupart des autres pro-

' Parmi les étrangers il y en avait surtout un grand nombre provenant d'Antioche, de Syrie, d'Heraclée de Pont et de Milet; le nombre total des originaires de ces trois villes dépassait probablement celui de tous les autres étrangers (libres). Sur un nombre de 1000 inscriptions funéraires de l'Attique, relatives à des étrangers, nous n'en avons que très-peu qui soient relatives à des Romains, (voy. S. Ko-jax-jo^à-n:. 'A—t/ô; 'E-.v/pxi^yj. 'E-trùaêco. 'A6v«!Ji, 1871).

i22 GRÈCE.

vinces romaines, on en rencontre beaucoup plus fréquemment. Quant aux noms romains, assez fréquents en Grèce, ils se rapportent surtout, autant que nous sachions, à des Grecs ou d'autres originaires de l'Ûrient grec, qui les avaient acceptés par pliiloromaisme ou même en devenant citoyens romains.

La population e'trangère libre ne constituait pas à elle seule tout l'élément étranger en Grèce. La plupart des contrées helléniques avaient des esclaves, issus de pays barbares et surtout de l'intérieur de l'Asie Mineure et de la Thrace où les parents vendaient leurs propres enfants. Mais, comme nous l'avons déjà dit, ceux-ci, même en s'affranchissant, ne jouissaient point des droits de citoyen et ne pouvaient pas s'allier par des mariages avec les indigènes, mais étaient classés au nombre des métèques. D'autre part il paraît très-probable qu'avec le déclin du commerce et de l'industrie et; la décroissance de la prospérité en Grèce leur nombre diminua considérablement. Ainsi est-il vraisemblable que dans la plupart des contrées helléniques ces éléments d'origine étrangère n'exercèrent pendant l'antiquité qu'une influence minime sur les tribus indigènes.

II. Moyen âge et temps modernes. Avares et Slaves. Si la population grecque, depuis la formation des tribus helléniques jusqu'au déclin de l'antiquité, ne se mélangeait que très-peu avec des éléments étrangers, le déluge des peuples barbares qui vint inonder l'Europe aux premiers siècles de notre ère ne pouvait manquer d'atteindre la Grèce. Il est vrai que la plupart des barbares qui envahirent la péninsule des Balkans ne touchèrent que fort peu ou point aux pays grecs proprement dits ; mais il n'en fut pas de même pour les Slaves et les Avares. De ces deux peuples, les Slaves commencèrent à faire des incursions au delà du Danube, dans l'empire byzantin, depuis le commencement du sixième siècle. Mais c'est surtout à la fin du règne de Justin II (577-578) qu'ils se mirent à dévaster cet empire, étant, d'après 3Iénandre, au nombre de 100 000. Les Byzantins demandèrent du secours aux Avares, peuples alliés des Slaves, qui apparurent dans la péninsule de Balkans vers le milieu du sixième siècle. Les Avares entrèrent dans le pays que les Slaves occupaient déjà dans les provinces danubiennes, se déchaînèrent contre eux, en semant la destruction et le ravage, et soumirent ceux qui échappèrent à la mort. Les Avares, ne se contentant point des récompeuLes qu'on leur avait offertes pour leurs services, se tournèrent bientôt contre l'empire byzantin, ainsi que les Slaves qu'ils avaient assujettis. Ceci se passa surtout sous le règne de Maurice (582-602). Mais on n'est point à même de se prononcer sur ce que les pays grecs curent à souffrir de ces invasions. Quelques renseignements fournis par Ménandre (édit. de Venise, p. 84), Jean d'Éphèse, Évagrius, un Acte du patriarche Nicolas (Leunclavius : Jiiris Graeco-Romani, t. I, pp. 278 et 279, Francofurli, 1596) et une Chronique fort médiocre de Monembasie (Dorothée : Zwoi/i; îo-Tofiwv, édit. de Venise, 1786), paraissent trop vagues, et appartiennent en partie à une époque postérieure. MM. Hopf et Paparrhigopoulos ont déjà examine soigneusement le peu de valeur de ces sources, présentées par Fallmerayer. Cependant, malgré leur peu d'importance, on ne saurait les mépriser tout à fait dans leur ensemble. S'il y en a qui sont inexactes, il ne s'ensuit pas qu'il doive en être de même pour toutes. De plus il ne paraît point que toutes ces sources soient tout à fait dépendantes les unes des autres. Au contraire, comme cela est indiqué par divers points plus ou moins positivement, il semble que l'Acte patriarcal cité et la Chronique de Monembasie (seizième siècle), quoique ayant été écrits très-postérieurement, soient basés en partie sur des documents qui ne nous sont point parvenus. Ainsi, mal-

gré le peu de probabilité que cbacuue de ces sources considérée isoléaieut peut offrir à l'appui de l'opinion que d'importantes invasions de barbares avaient eu lieu à cette époque dans les pays grecs proprement dits, la probabilité qui résulte de leur ensemble est déjà plus grande et semble éloigner la possibilité de leur inexactitude complète. Ce qui résulte donc, avec quelque vraisemblance, faible, il est vrai, c'est que des incursions de Slaves ou d'Avares avaient été dirigées au sud, et que probablement quelques tribus de ces peuples s'y étaient déjà établies à cette époque. Tout le reste devient excessivement douteux, si l'on considère la tendance générale à des exagérations qui domine dans les travaux des cbronographes Byzantins.

Passons maintenant à une autre période de ces invasions.

En 747, la peste bubonique, très-meurtrière, passa de Sicile et de Calabre à Monembasie et dans la Grèce Continentale, puis à Constantiuople, où elle enleva la plus grande partie des habitants de celte capitale {voy. le chap. Peste bubonique). Quels ravages celte épidémie causa au Péloponnèse et dans la Grèce Continentale, nous ne le savons point au juste; il paraît toutelbis qu'elle fut meurtrière surtout dans les villes. L'empereur Porpliyrogennète, dans un travail de jeunesse plem d'inexactitudes, dit, d'une façon générale, que le Péloponnèse devint slave après la peste. « Depuis, les Macédoniens ayant été battus par les Romains, toute la Grèce et le Péloponnèse sont tombés dans les filets des Romains, et leurs habitants devinrent esclaves, de libre qu'ils étaient; tout le pays devint slave (so-^/aSwôïj) et barbare, alors que la peste ravageait le monde, c'est-à-dire à l'époque où Constantin Copronyme tenait le sceptre de l'empire romain )){De thematibus, Oiux lïùoTzo'jvhaox))^. Le même auteur, dans un travail écrit dans un âge plus mùr {De administrando imperio, cap. 49 et 50), montre que plusieurs parties du Péloponnèse et surtout des côtes, la ville de Patras et ses environs, la partie orientale du côté de Corinlhe, ainsi que la partie méridionale du Taygèle, sont restées exemptes de Slaves ; il montre aussi que, même dans les localités habitées par des Slaves, il y avait des Grecs. La chi'onique de Monembasie considère tous les pays de l'est du Péloponnèse depuis Corinthe jusqu'au cap Malée comme n'ayant pas souffert des incursions slaves, et raconte que dans cette partie on continuait d'envoyer un général byzantin.

En dehors des renseignements historiques, la principale source ethnologique pour l'examen de celte question se trouve dans les loponymies. Les noms des lieux, en effet, malgré la difficulté que présente souvent la juste appréciation de leur signification et de leur valeur individuelle, nous offrent dans leur ensemble de précieux renseignements sur les péripéties ethnologiques des pays grecs pendant ces temps si obscurs. Prenons comme hypothèse tout ce qui est rapporté par les auteurs et voyons maintenant quelles sont les données que l'examen des loponymies fournit pour ou contre cette hypothèse-. D'après les recherches de divers savants et surtout de Miklosisch, il ne reste aucun doute que des loponymies slaves assez nombreuses persistent jusqu'aujourd'hui en Grèce. Examinons leur répartition géographique, et d'abord au Péloponnèse.

* L'abréviaîeur de Strabon dit aussi : « Aujourd'hui encore (quand?) toute l'Épire et presque toute la Grèce et le Péloponnèse, de mémo que la Macédoine. >ont occupés [-jiixo-jTxt] par des Scythes slaves b [Chrexloinalhies de la géograijhie de Strabon, VIT, 47). liais la valeur de ce passage est déjà démontrée comme minime.

- En admettant l'existence de nombreuses toponymies slaves dans la Grèce Continentale et dans le Péloponnèse, nous n'admettons pas que toutes celles queFallmereyer et Miklosisch avaient considérées comme telles le soient effectivement. Certains auteurs, M. Sathas entre

Presque la totalité des toponymics slaves de cette presqu'île se trouvent dans une région qui présente deux foyers distincts, un foyer septentrional arcadien et un foyer méridional laconien. Le premier de ces deux foyers présente le maximum de sa densité dans la partie septentrionale de l'Arcadie, c'est-à-dire dans sa partie située au nord de Tripolis. De là il se continue, avec une densité à peu près égale, du côté sud-ouest, dans l'Olympie, mais il devient moins dense tant qu'on s'avance à l'ouest et au nord vers les plaines de l'Achaïe et de l'Elide. Ce foyer se prolongeant vers le sud, mais avec une densité assez faible, y effectue une sorte de jonction avec le foyer méridional, tandis que du côté est il s'arrête devant l'Argolide et la Corinthie.

Le fover méridional, assez rare dans la plaine de l'Eurotas, acquiert sa plus grande densité sur la partie septentrionale du Taygète, d'oiî il s'étend, en s'affaiblissant de plus en plus, vers le sud, sur les versants de cette montagne tournés vers la vallée de l'Eurotas et le golfe laconien, et enfin il s'éteint. Du côté ouest, au contraire, il s'avance un peu plus au sud, mais aussi avec une densité trèsfaible. Le foyer reprend un nouveau renforcement sur les montagnes qui séparent la Laconie de l'Argolide ; mais là, tandis qu'il se jomt au sud-ouest avec le foyer arcadien, il s'arrête en face de l'Argolide, de même que du côté sud, devant la moitié méridionale de la Kynurie.

En dehors de ces grands foyers, il i'aut encore noter une petite masse de toponymies slaves en Messénie, près des monts Nomiens, et quelques toponymics sporadiques en Elide.

D'après cela, les districts du Péloponnèse, qui paraissent n'avoir pas subi d'influence slave notable, se trouvent être l'Argolide, la Corinlhie, et la plus grande partie de la moitié méridionale de la Kynurie et du district de Monembasie jusqu'au Malée, à l'est; déplus, la partie du Taygète voisine du Ténare' et la partie méridionale de la Messénie, au sud; enfin, mais à im moindre degré, l'Élide, et les environs de Patras, vers le nord-ouest.

En se gardant de toute exagération, on trouve que les renseignements, relativement précis, fournis par les auteurs, concordent en général avec les résultats auxquels conduit l'examen des toponymies. Ce n'est que pour une partie du Péloponnèse occidental, et surtout l'Elide. oii les toponymies slaves sont relativement rares, que l'accord devient moins parfait. La cause de ce phénomène est peut-être que les plaines auraient dû depuis changer souvent de possesseurs, et subir, par conséquent, plusieurs changements toponymiques. Il n'est cepea-

autres, ont démontré que phisicurs de ces toponymies sont grecques, de même que le nom de Morée (Mopéa;). (Mais, pour ce qui concerne l'origine grecque de la désinence oba et l'origine latine de la désinence itsa ou r/tsa de toponymies grecques du moyen âge, elle semble plus que douteuse.) Il est très-probable que mêmepaj-mi les toponymies slaves, il y en a qui ne furent données que par des Albanais et des Valaques (dont la langue contient beaucoup d'éléments slaves, à une époque poslérieure peut-être même par des Grecs, qui aui'aient admis dans leur langue des mots ou des désinences slaves. Dans le nombre de ces dernières il faut compter, entre autres, plusieurs de celles qui portent les désinences nci et tria, comme AtaêoiÎTJi, Kaiiï/vcTn, etc.

* L'examen des noms des familles magnioles a amené récemment M. Sathas à des résultats très-intéressants. « Le Magne a deux linales patronymiques, dit-il : celles de sa,- et celle de axo;. La première appartient au Magne oriental, qui occupe le littoral du golfe Laconique; la finale sa; est spéciale aux Magnioles occidentaux, qui habitent le littoral du

golfe Messéniaque La finale azo; ou a./.o>v était propre aux anciens Laconiens, comme l'a

remarqué Auguste Lobeck [Pathologiac sermonis graeci proteqoniena, p. 516). La finale sa; se rencontre aussi dans les noms anciens Laconiens, comme Avj/jiia;, 'A^tj-rsa^, KaÀ/ia;, SwTsas, *£>='«;, 'k-jiaç, » (C. Satlias. Monumenta Historiae Hellenicae, t. IV, 1880, p. XLIIl-IV).

GHÈCE. 425

dantpas improbable que cela provienne, au moins en partie, de ce que les tribus venues dans quelques-unes de ces localités ne furent pas Slaves en réalité, comme M. Sathas l'a soutenu.

Pour ce qui concerne la Grèce Continentale, on ne peut arriver à aucune conclusion certaine sur l'étendue que les Slaves y auraient occupée, ni par les données qui nous sont fournies par les auteurs, ni par les toponymies. Et d'abord, quant aux auteurs, peu nombreux du reste, qui rapportent quelque chose là-dessus, leurs renseignements sont tout à fait vagues et peu dignes de confiance. Quant aux toponymies, la domination des Serbes sur une grande partie de la Grèce Continentale au quatorzième siècle, ainsi que la présence dans ces contrées, jusqu'aujourd'hui, de Vainques nomades, dont la langue renferme de nombreux éléments slaves, ne permettent de rien savoir de précis sur la part que l'on doit faire aux incursions anciennes de Slaves. Certes, on ne saurait admettre ce que certains auteurs racontent d'une manière vague sur l'occupation de toute la Grèce Continentale par des Slaves. Mais l'examen des toponymies et de quelques données historiques, ainsi que la considération du chemin que les peuples barbares durent suivre, en venant du nord, pour descendre jusqu'au Péloponnèse, rendent probable que les Slaves occupèrent la plupart des parties basses de l'Acarnanie et de l'Etolie (dont les montagnes semblent avoir conservé en général d'anciens habitants), et probablement surtout le voisinage du lac Trichonis et de la contrée arrosée par le lleuve Evénos. Au sud de l'Othrys, les Slaves s'établirent vraisemblablement dans la vallée du Sperchios et surtout dans les plaines de la Doride et de la Locride, tandis que plusieurs montagnes, comme le Parnasse, ont gardé, en grande partie, à ce qu'il paraît, d'anciens habitants. Parmi les contrées situées plus à l'est, la Béotie présente très-peu de vestiges d'influence slave, au point qu'une occupation slave de cette contrée ne doit être regardée que comme improbable. Un peu plus loin, en Atlique, les vestiges toponymiques slaves sont si peu nombreux, et ceux-là mêmes pour la plupart si douteux, et d'autre part les toponymies anciennes qui y ont persisté sont si fréquentes, que (même si l'on ne tient pas compte d'autres données) on peut affirmer qu'aucune occupation importante de Slaves n'a eu lieu en Attique.

Dans les îles de l'Archipel, dans les îles Ioniennes et en Crète, pour lesquelles on n'a aucun autre témoignagne d'occupation slave, on ne rencontre que dans quelques-unes d'entre elles un nombre fort lestreint de toponymies « slaves », qui sont d'ailleurs toutes fort douteuses. Les auteurs enclins à voir partout des vestiges slaves ont été frappés surtout du nom de l-Ax'^ô-nolii (ville d'esclaves), en Crète, qui n'est, comme ou l'a déjà remarqué (Pashiey, etc.), que la traduction de l'ancien nom AotjaôtzoIiç. Il est; d'autre part, à noter que dans plusieurs de ces îles se conservèrent des toponymies grecques très-anciennes.

Mais ne pourrait-il pas se faire que les peuples venus en Grèce et à qui l'on doit les toponymies slaves fussent simplement de ceux qui se mêlèrent fortement avec des Slaves? Parmi ces peuples se trouvent, tout d'abord, les Albanais. Or, on peut affirmer que ce n'est pas par desAlbanaisquela plupart de ces toponymies ont été introduites. La preuve en est que dans les parties de la Grèce où l'élément survenu était sûrement albanais, comme, par exemple, dans l'Altique, l'Argolide et à Andros, les toponymies slaves qu'on y trouve sont très-peu nombreuses, et ne se rencontrent (en Atlique et en Argolide) qu'aux confins d'autres districts qui reçurent vraisemblablement des colonies slaves. Cependant, comme

les colonies albanaises de rAUi({ne et de l'Argolidc eurent lieu presque entièrement à une date postérieure, elles auraient dû conserver plus de vestiges de l'influence slave, par suite de la plus longue durée des relations des Albanais avec des Slaves dans les parties méridionales de la péninsule des Balkans.

Il en est de même pour les Valaques. Cependant, comme nous ne savons rien de certain sur leur apparition dans les pays situés au sud de la péninsule des Balkans avant le dixième siècle, il ne nous est point permis de conclure qu'ils ne s'y étaient pas encore présentés. Des soupçons sur la part que les Valaques auraient eue dans les incursions des Slaves sont éveillés surtout par le fait connu que des tribus valaques de la Macédoine avaient été supposées comme étant slaves {voy. G. Sathas, Doc. inédits relatifs à Vhist. de la Grèce, t. 1, p. 7). Pourtant dans la plupart des districts de la Grèce, qui n'étaient pas fréquentés par des bergers valaques dans les derniers temps, on n'observe pas de vestiges valaques sur les toponymies du pays. Ainsi, tandis qu'on rencontre de ces vestiges dans plusieurs districts situés entre l'Othrys et le golfe de Corinthe, on ne trouve plus rien dans la plupart des districts du Péloponnèse, plus ou moins occupés par des « Slaves j), si ce n'est sur le Taygète où, d'après Ghalcocondyle (quinzième siècle), des tribus valaques s'étaient installées (éd. de Migne, p. 44) [Voy. pour ces tribus les art. Roumains et Thess.vme).

Mais, s'il ne nous est point permis de considérer les tribus qui firent irruption en Grèce comme étant, au moins pour la plus grande partie, des Albanais ou des Valaques, nous n'avons pas non plus le droit de supposer que ces peuples furent des Slaves sans mélange.

Si nous laissons de côté l'histoire ethnologique des peuples avaro-slaves avant leur invasion dans la péninsule des Balkans, nous avons à constater que ces peuples se mélangèrent en des proportions considérables avec des éléments de ce dernier pays. On sait que les incursions de ces peuples dans le pays situé au delà du Danube (la Roumanie actuelle) et, dans la suite, plus au sud, en Mysie, en Tlu'ace et en Macédoine, furent suivies par l'emmènement en captivité d'un grand nombre d'habitants de ces contrées. Cela résulte de divers passages d'auteurs byzantins, et entre autres du récit d'une Vie très-connue de saint Déniétrius [Acta sancti Detnetrii, éd. de Migne, vol. GXVI, p. 1526). D'après ce biographe, le khagan des Avares, dans les incursions qu'il avait dirigées contre les provinces de l'Empire byzantin, avait conduit des peuples entiers en captivité au delà du Danube, où il en avait fait des sujets. Là surgit une nouvelle population, issue du mélange des captifs avec des Avares et d'autres peuples du pays. C'est à ce nouveau peuple que le khagan des Avares permit de se diriger vers le sud, et d'occuper « les pays et les villes de leurs pères >) , suivant leur désir. Certes, on ne peut pas considérer tout cela commue très-sûr; cependant il reste hors de doute qu'on ne peut voir, dans les peuples qui sont venus dans les pays grecs, que des tribus très-mélangées. Une remarque analogue doit être faite à propos des incursions postérieures. Après tout cela, ce n'est plus que pour la facilité d'expression et parce que ces peuples étaient très-probablement pour la plupart slavophones, qu'on peut continuer de les nommer « Slaves «.

Mais quel fut le sort des tribus survenues? Quelle a été leur influence sur les habitants? 11 est très-probable qu'une grande partie, peut-être même la majorité de la population du Péloponnèse occidental, fut constituée à une certaine époque par ces tribus ; mais cette proportion numériciue ne tarda pas à se réduire, soit par suite des guerres contre les Byzantins, soit par suite des épidémies palustres

ou (le la peste. D'après l'empereur Porphyrogenuète, sous le règne de Nicéphore I une partie importante de la population était grecque, et même dans les pays occupés par des Slaves l'élément grec était nombreux. D'après cet auteur les Slaves du Péloponnèse auraient été si peu nombreux qu'ayant attaqué Patras, même aidés par des étrangers, non-seulement ils ne purent s'en emparer, mais, poursuivis par les habitants de la ville seule et sans autre secours militaire, ils furent mis en fuite. Le général byzantin, arrivé plus tard sur les lieux, les obligea à se soumettre sans luttes nouvelles. Au commencement du neuvième siècle une révolte des Slaves est signalée, mais le général Théoctiste les soumet pour la plupart, excepté les Mélingues et les Ezcrites, qui des plaines de Lacédémone se retirèrent sur les montagnes environnantes et surtout sur le Taygète. Tout ce que Porphyrogenuète rapporte sur des fitits qui lui étaient contemporains vient à l'appui de la même opinion. Ainsi cet auteur nous raconte que, lorsque les 2z>a6ï5(7tavot (Slaves de la Grèce Continentale?) entrèrent dans le thème du Péloponnèse sous le règne de Romanos (919-944), celui-ci craignit que ce peuple n'amenât « la destruction du Péloponnèse » (qui ne pouvait pas ainsi leur appartenir) en s'associant aux Slaves de cette presqu'île. C'est pourquoi il fut obligé de transiger avec les Slaves du Taygète. Ces divers faits, ainsi que certains autres, montrent clairement que, quelques siècles après l'invasion de ces tribus dans le Péloponnèse, la plus grande partie du pays n'était point occupée par des Slaves. Des tribus considérées comme Slaves ont pu se maintenir assez longtemps (jusqu'au xv^ siècle?) dans les montagnes de l'Arcadie et de la Laconie. Ces tribus se rencontrèrent avec des Albanais, ce qui a fait que dans les temps postérieurs on a considéré comme Slaves des Albanais, ainsi que M. Sathas l'a démontré. 11 paraît ainsi qu'une bonne partie de l'influence qu'ils durent exercer sur leur milieu dut l'être sur des Albanais, dont une grande partie, ainsi que cela est arrive suivant toute probabilité pour des « Slaves », émigra ou s'est détruite par la suite.

L'influence que ces tribus ont dû exercer sur la population de la Grèce, prise d'une manière générale, paraît être réellement restreinte, comme cela résulte avec une extrême probabilité non-seulement de ce qui précède, mais aussi de l'examen des données fournies pour la langue. Ainsi, en dehors des toponymies, le seul vestige connu d'une influence slave directe ou indirecte sur la langue grecque consiste en un certain nombre de mots qui ne dépassent point la centaine. Même en n'écartant que les mots employés seulement par des auteurs qui avaient écrit en dehors de la Grèce, ainsi que les mots dont l'introduction date avec sûreté d'une époque relativement récente, et en supposant tout le reste comme constituant des vestiges d'une influence immédiate et plus ancienne des « Slaves » sur l'hellénisme, le nombre de ces derniers est si restreint qu'il ne permet point de conclure à un haut degré de celte influence. On pourrait objecter que peut-être des causes destructives ont agi pour réduire fortement le nombre de ces vestiges. Si la langue grecque moderne avait admis certains mots slaves, relatifs à la vie domestique et urbaine, ces éléments auraient naturellement dû s'éliminer pour la plupart, par suite d'une influence analogue d'autres peuples à des époques postérieures. Mais, pour la vie agricole, il ne pouvait pas en être de même, puisque celle-ci n'a pas été en général très-infliiencée ni par des Albanais, ni par des Yalaques, et beaucoup moins par des Turcs ou des Italiens. Et certes ce n'est que dans le domaine de celte vie que l'on doit chercher une nfluence slave, puisqu'il n'y a point à douter qu'une grande partie de la popu-

lation agricole du Péloponnèse avait élé constituée par des tribus au moins slavophones, tandis que les villes restaient pour la plupart grecques. Si des éléments étrangers n'avaient pas exercé une influence pareille sur la vie des champs, l'instruction n'aurait pu être pour rien dans l'usage de telles ou telles expressions pour les objets de la vie agricole, d'autant plus que l'histoire de la langue grecque, ainsi que son état actuel, montrent que l'instruction n'a exercé qu'une influence minime, même pour les choses qui se rapportent à la vie h.ibituclle des villes. Les outils, les travaux agricoles, les plantes, les animaux' (bien plus ceux qui sont familiers awa; gens de la campagne), portent presque tous, comme on sait, des noms grecs qui sont pour la plupart des noms anciens. Les noms slaves sont, par contre, fort peu nombreux et se rencontrent pour la plupart dans des localités où se trouvent des Albanais ou des Valaques faisant usage de ces mots. D'autre part, s'il y avait quelque vérité dans l'opinion de ceux qui admettent que la vie agricole, dans la partie non insulaire de la Grèce, était à une certaine époque slave ou même slavophone, et qu'ensuite elle fut assimilée par l'élément grec, quelque sorte d'assimilation qui eût pu avoir lieu sous les conditions ethnologiques par lesquelles a passé la Grèce du moyen âge, il aurait été inévitable que de nombreux vestiges d'influence slave dans la vie agricole fussent conservés. Et si enfin les mots slaves étaient condamnés à l'oubli, il ne pourrait point se faire que les mots anciens fussent rappelés à la vie, quand non-seulement la population rurale se trouvait plongée dans une ignorance grossière, mais aussi dans les villes les rares gens lettrés qui s'y trouvaient ne sauraient arriver à empêcher l'introduction d'une foule de mots étrangers, même dans les villes les plus grandes.

Francs. Après la prise de Conslanlinople par les Francs (1205), ceux-ci se portèrent en conquérants contre les pays grecs et s'y fixèrent. Ainsi, les Francs s'établirent en Péloponnèse et dans la Grèce Continentale, les Vénitiens en particulier occupèrent la plupart des îles. On sait que les conquérants de la Grèce Continentale et du Péloponnèse s'élevaient à peine à quelques centaines, et que, de même que des marchands francs arrivés alors en Grèce, ils avaient installé, en général, auprès d'eux leurs familles. A cause de cette circonstance, ainsi que par suite de la diversité du dogme, le nombre des mariages contractés entre les gens du pays et les étrangers était restreint, de sorte que dans l'espace de deux siècles environ la population franque resta presque partout séparée de celle des indigènes. Au commencement du quinzième siècle les Francs avaient pour la plupart disparu, soit qu'ils eussent émigré, soit qu'ils eussent succombé dans les incessantes luttes, notamment dans une bataille fatale pour eux, qu'ils livrèrent près deLévadie contre les Catalans et qui mit un terme à leur domination. Un petit nombre d'entre eux, ayant adopté la religion du pays, se fondirent dans la population indigène, comme cela est arrivé pour les Francs de l'Arcadie. Aujourd'hui, il ne reste plus que quelques ruines et un petit nombre de noms de lieux et de noms de familles qui rappellent l'époque de la domination franque en Grèce.

Les Vénitiens avaient de petites colonies dans les îles les plus importantes de la Grèce et surtout en Crète et à Tinos, où leur domination s'est maintenue jusqu'au commencement du siècle passé (1714). D'après ce que nous savons,

* Nous devons signaler ici une étude intéressante de M. Bikélas sur les noms des animaux "BH Grèce, publiée dans VAnmiaire de l'Assoc. des éludes (jrecqiies. Paris, 1878.

les Vénitiens ont dû, pour la plupart, quitter l'ile de Crète, aussitôt après sa prise par les Turcs (1669) ; mais à Tinos ils se sont conservés jusqu'à ce jour, ne se distinguant des habitants que par le culte, mais, du reste, complètement hellénisés. La plupart des autres colonies, soit parce qu'elles n'étaient formées que d'une population peu nombreuse, soit à la suite de diverses causes destructives, ont disparu ou se sont confondues avec les autres habitants. Ce n'est qu'à Naxos, Théra, Corfou, Géphalonieet Zanle, que se sont conservées de petites communautés latines avec des éléments d'origine diverse (Vénitiens et autres Italiens, Français, Espagnols). Mais toutes les communautés catholiques en Grèce ne sont pas dans le même cas. Ainsi, la communauté de Syra, qui compte jusqu'à 5000 personnes et un nombre égal de gens expatriés, fut toujours hellénique, n'ayant reçu qu'un petit contingent latin, vers le douzième ou le treizième siècle, et quelques autres éléments latins avec le temps, mais presque exclusivement d'hommes sans femmes qui se mariaient dans le pays.

Albanais. Nous avons vu que, d'après quelques auteurs, les Albanais sont des descendants des anciens Illyriens. Une autre opinion les fait venir du Caucase dans la péninsule des Balkans, d'où ils seraient venus au cours du moyen âge. On se fonde surtout sur ce que, dans l'antiquité, il y aurait eu au Caucase un peuple Albanais (Strabon XI, 4), lequel présentait plusieurs points de ressemblance avec les Albanais actuels, et un autre peuple, les Dosqnes (Strabon XI, 2) ou Tosques (Ptolémée V, 9) dont le nom est resté à une des grandes tribus albanaises ('). Nous avons déjà remarqué que, d'après l'ensemble des données dont nous disposons, quoique on ne puisse pas adopter la première de ces opinions, il est probable que les Albanais sont étroitement unis, au point de vue de leur origine, aux anciens Illyriens, et qu'ils sont venus occuper l'Albanie au moyen âge, où ils ont trouvé probablement, entre autres tribus, (celtiques etc.) des restes des anciens habitants du pays.

S'il est probable que ce peuple avant son apparition dans l'histoire sous le nom d'Albanais avait déjà envoyé des colonies dans les pays grecs proprement dits, cependant les plus anciennes colonisations albanaises en Grèce que l'on connaisse d'une manière positive ne sont pas antérieures au quatorzième siècle. Lorsque vers le commencement de ce siècle des guerres prolongées eurent lieu en Albanie et en Epire entre lesFrançaiset les Byzantins ; des tribus albanaises ayant abandonné leur pays montagneux se dirigèrent vers la Thessalie. Comme ils y étaient opprimés par les Turcs, ils ne tardèrent pas à prendre le chemin conduisant plus au sud. Le despote de Sparte, E, Cantacuzène (1547- 1386), en invita un grand nombre au Péloponnèse. Mais la principale migration eut lieu vers la partie orientale de la Grèce Continentale. Ils se sont ainsi établis en Attique et en Béotie, avec la permission des ducs du pays, qui avait alors une population fort peu dense. D'autres se dirigèrent plus au sud et s'établirent surtout en Argolide et en Gorinthie. C'est surtout de ces Albanais que se sont formées plus tard les colonies qui subsistent encore aujourd'hui dans quelques îles de l'Archipel.

Les Albanais occupent actuellement dans la Grèce Continentale la plus

* Les Albanais d'Europe forment deux tribus principales ; les Guegues, qui occupent la partie S . de l'Albanie et sont musulmans ; d'autre part les Tosques, qui habitent au sud et sont chrétiens. C'est de ces derniers que se sont formées presque toutes les colonies ' albanaises en Grèce.

grande partie des campagnes de l'Âttique, du district de Thèbes, de la Mégaride (avec l'île de Salamis), et plus à l'ouest les bords iN. et S. du lac Gopaïs. Dans le Péloponnèse, nous trouvons des Albanais dans la partie N. 0.,de cette presqu'île, où ils habitent la plupart des parties basses et maritimes de la Corinthie, le bassin et les plaines arrosées par l'Inachus et l'extréraité orientale de l'Argolide, ainsi que les îles d'Hydra, de Spetsa et de Poros. On rencontre aussi des Albanais dans la partie occidentale du Péloponnèse, surtout sur les montagnes de Triphylie. lîans l'Archipel, en dehors des îles déjà mentionnées, on les trouve dans l'Eubée méridionale où ils constituent la majorité des habitants ainsi que dans la partie septentrionale d'Andros.

Quant au nombre des Albanais en Grèce, nous devons faire remarquer que tout ce qui a été écrit jusqu'à présent là-dessus ne s'appuie sur aucun londement solide. Ce que nous pouvons affirmer, c'est que, même en supposant les communes où il y a beaucoup d'Albanais comme en étant exclusivement habitées, ce qui est loin d'être vrai, leur nombre total dépasse à peine lOOOOO.

Il est à signaler d'autre part que l'absorption de la population albanaise dans la plupart des contrées de la Grèce n'a pas été jusqu'à présent tellement importante qu'elle permette de supposer qu'une grande partie de la population hellénique d'aujourd'hui provient d'Albanais grécisés. Il est vrai que des étrangers vivant dans les villes grecques, par individus, s'absorbent en général assez facilement, surtout lorsqu'ils sont instruits et développés. Mais la force d'absorption de la part du peuple grec ne pouvait être que très-limitée devant des masses pour la plupart agricoles et compactes, plongées dans une ignorance grossière et gardant le plus souvent avec une grande ténacité les mœurs et la manière de vivre de leurs ancêtres, et tout cela pendant une époque d'ignorance, d'esclavage et de calamités, et sur un sol où les moyens de communication étaient fort restreints. Si d'autre part des Albanais d'aujourd'hui s'assimilent aux autres habitants de la Grèce avec une facilité beaucoup plus grande, cela u'a lieu que dans des conditions très-différentes de celles des siècles passés et surtout à la faveur du développement de l'instruction populaire, à la conscription militaire générale et à l'extension des moyens de communication. Quant au sentiment de la nationalité, on sait que les Albanais ont combattu pour l'indépendance de la Grèce, comme pour leur propre patrie, et aujourd'hui dans la plus grande partie de l'Orient ils se flattent d'être considérés comme des Grecs {voy. aussi l'art. Albame).

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§ Vif. Anthropologie. 1. Crânes anciens. D'après les idées géne'ralemenl admises aujourd'hui parmi les deux principaux peuples de l'ancienne Grèce, les Péliisges étaient brachycéphalcs, tandis que les Grecs étaient dolichocéphales., Mais les données sur lesquelles celte opinion est basée sont tout à fait insuffisantes. Ce qu'on peut dire là-dessus de relativement certain, c'est que les Pélasges étaient en très-grande partie brachycépliales, et les Grecs en très-grande partie dolichocéphales, sans qu'on puisse affirmer d'une manière absolue que les Grecs primitifs étaient dolichocéphales.

Parmi les crânes anciens que l'on connaît (90 environ), 29 appartiennent à l'Attique (Nicolucci, Virchow, Brœsike, etc.), 38 à l'Asie Mineure (22 de Troie, Virchow; 16 de l'Ionie, Zaborowsky) , 4 aux îles de la Grèce (Quatrefages, etc.), et 19 à l'Italie méridionale et à la Sicile (iXicolucci, etc.). On voit ainsi que, pour la plupart des pays grecs, la science ne connaît pas un seul crâne. Ce défaut est d'autant plus regrettable que, d'une part, comme nous l'avons déjà remarqué, les divers éléments ethnologiques de l'ancienne Grèce entraient, suivant les localités, en proportions très-diverses, dans la constitution de la population du pays, et que, durant la période classique, des mélanges entre les habitants de diverses contrées en Grèce n'avaient lieu que dans des limites fort restreintes. De cette manière, des recherches se rapportant à quelques contrées helléniques ne peuvent pas conduire à des résultats généraux très-sûrs.

L'indice céphalique moyen^ des crânes connus pris ensembleest sous-dolichocéphale (75,7); plus particulièrement, les crânes (47; Troie, Attique, Italie méridionale, Archipel) dont on connaît le sexe (72,9), donnent 72 pour les hommes (35 crânes), 75 pour les femmes (14 crânes, dont 9 de Troie). Par suite de cela, on comprend facilement que les plus nombreux des crânes anciens sont sousdolichocéphales (34 crânes) ; viennent ensuite les mésodolichocéphales (27),tan-

* Pour l'indice céphalique nous acceptons les divisions suivantes :

[ Hyperdolichocéphales . ... » — 70,00

Dolichocéphales . . \ Mésodolichocépliales .... 70,01— "5,00

- Sous-dolichocéphales .... 75,01—77,17

Mésaticéphales 77,78—80,00

( Sous-brachycéphales 80,01—85,53

Brachycéphales. , . \ Mésohrachycéphales 83,34—86,00

' Hyperbrachycéphales .... 86,01— w

(lis que les raésaticephales (15), les sous-brachycéphales (9) el les hyperJolicliocéphales (6), restent eu arrière. Jusqu'à présent, ou ne connaît qu'un seul crâne mésobrachycépliale et pas un seul crâne hyperbiachycéphale. Pour ce qui concerne en particulier l'Attique, ce sont encore les sous-doliclioccphales (9 : 29) qui occupent le premier rang; "viennent ensuite à peu près dans la même ligne les niésodolicliocéphales (6), les mésaticépliales (G) et les sons-brachycc'pliales (5), cl enfin les hyperdolichocéphales (2) etlesmésobrachycépliales (1). Los crânes provenant de l'Asie Mineure sont aussi pour la plupart (50 : 58) dolicbocépliales (presque autant mésodolicliocéphales que sous-dolichocéphales) ; les mésaticépliales (5) restent en arrière et encore plus les hyiierdolichocéphalc? (5) et les sous-brachycéphales (5). Dans l'Italie méridionale, la moitié environ des crânes grecs connus (19) sont sous-dolichocéphales (10 environ); pour les autres classes des indices céphaliques, on ne connaît qu'un seul crâne hyperdolichocéphale et un mésaticéphale.

Quoique nous ne connai>sions que très-peu de crânes brachycépliales appartenant à la Grèce classique, cependant, en faisant la sériation de tous les crânes mesurés jusqu'à présent, on lemarque un maximum secondaire appartenant au degré 82 de la sous-brachycéphalie (4 crânes, 5 d'Athènes, 1 de l'Asie Mineure). On ne peut pas aftirmcr que ce renforcement dans la courbe correspondante indique un type brachycéplialique indigène. Mais la grande fréquence de la brachycéphalie et surtout de la sous-brachycéphalie dans l'ancienne Grèce est démontrée par de nombreux monuments d'art, aussi bien par des sculptures que des monnaies. C'est ainsi que la plupart des statues grecques représentant des personnages non mythiques, conservées dans les musées d'Athènes et de Paris, sont brachycépliales el surtout sous-brachycéphales. Il est aussi à noter que la Vénus de Milo même, qui passe en général comme dolichocéphale, n'est que mésaticéphale ^Manouvrier).

Avant de passer à l'examen d'autres indices, disons deux mots sur la capacité et la circonférence horizontale des crânes grecs anciens. La capacité moijenne, d'après les mensurations de Nicolucci et de Virchow, est une des plus faibles que l'on connaisse en anthropologie (1588,7 c. c. moyenne de 18 crânes). Il paraît même que la capacité moyenne doit être encore plus faible (?), vu que parmi les crânes dont on connaît la capacité la plupart (14 : 18) appartiennent au sexe masculin, avec une capacité moyenne 1418, et 4 seulement au sexe féminin avec une capacité moyenne 1276.

Quant à la circonférence horizontale des crânes anciens, 51,97 en moyenne (56 crânes), elle varie le plus souvent entre 50 et 55 centimètres et surtout chez les dolichocéphales et les sous-brachycéphales, chez qui le maximum tombe entre 50 et 52,5, tandis que chez les uiésaticéphales il tombe entre 52,5 et 55. Quant au sexe, tandis que la plupart des crânes masculins présentent une circonférence entre 50 et 55, la plupart des crânes féminins se rangent entre 50 et 52,5.

L'indice vertical moyen (57 crânes) est 74,5, avec une différence entre les deux sexes très-faible. En comparant cet indice avec l'indice céphalique, on observe que, chez la plupart des crânes sous-dolichocéphales (11 : 19), l'indice vertical oscille entre 74 et 78 et plus rarement entre 66 et 68 (5 : 19), tandis que chez les mésodolichocéphales il oscille surtout (6:10) entre 70-74. Quant à Vindice nasal, les crânes dolichocéphales qu'on a examinés se partaient presque également entre la leptorrhinie (indices 47-42) et la mésorrhinie (indices

DICT, EiNC. 4' s. X. 28

52-48). Mais les crânes sous-dolichocépliales sont pour la plupart leptorihiniens (5 : 7), comme tous les mésaticépliales ('2), tandis que la plupart des mésodolichocéphales sont mésorrhiniens (5 : 5), ainsi que les deux sous-brachycéphales dont l'indice nasal est connu.

Quant à V indice orbitaire (en moyenne 83,4; 25 crânes), la plupart des crânes mesurés (15) sont mégasèmes : tels sont tous les mésodolichocéphales (5) et la plupart des mésaticépliales (o : 4), tandis que les sous-dolichocéphales sont souvent microsèmes (3 : 9) et mésosèmes ((2 : 9).

D'après l'ensemble des mensurations et des observations faites jusqu'à présent le crâne grec dolichocéphale présente à peu près les caractères suivants : crâne d'un ovale très-régulier, peu volumineux, peu voûté, un peu plus haut que large, orlhognalhe, leptorrhinien. Front peu haut et large, droit, courbé à son tiers supérieur; bosses frontales prononcées, arcades sourcilières peu dessinées. Occiput arrondi, à protubérance faible. Face longue et étroite, à partie supérieure prédominante; ouverture nasale étroite et longue; dépression légère à la racine du nez, (jui ne manque complètement que très-rarement; os malaires ordinairement petits et arcades zygomatiques pe u proéminentes; maxillaires peu développées, très-régulières, d'un orlhognatis me parfait; mâchoire inférieure à menton arrondi et à branches fines et étroites (Cf. Nicolucci).

D'après M. Nicolucci, ce qui caractérise avant tout les crânes grecs anciens, c'est l'orthognatisme parfait, la finesse et la petitesse relative des os malaires, l'étroitesse de la mâchoire inférieure.

Quant au crâne grec brachycéphale, les données qu'on possède jusqu'à présent ne permettent malheureusement pas de déterminer ses caractères.

2. Crânes modernes. Les données que nous possédons sur la forme et les dimensions céphajiques des Grecs d'aujourd'hui se rapportent d'une part à des mensurations de crânes, et d'autre part à des mensurations sûr le vivant. Parmi les crânes mesurés jusqu'à présent, 54 appartiennent au N. 0. de l'Asie Mineure, à la région comprise entre Ismid, Brousse et le fleuve Sangarias (Weisbacb) 29 aux côtes septentrionales de la Propontide (W.), 11 à Conslanlinople (W.j, 5 à la Grèce Continentale (4 Nicolucci, 1 W.), 5 aux îles de l'Archipel (2 N., 3 W.), 4 aux îles Ioniennes (N.), 4 à l'Épire (N.), 2 à l'île de Crète (Quatrefages); 1 à la Thessalie (N.). Des mensurations sur le vivant ont été faites par M. Aposlolidès (surtout sur les habitants du S. E. de la Thessalie) et par nous-mème, particulièrement sur des jeunes Grecs (de vingt à trente ans), de provenances très-diverses (566 en tout).

Vindice céphalique moyen des crânes mesurés jusqu'à présent est 80,8 : 100 (80,7 pour les Grecs d'Asie Mineure et 80,8 pour les Grecs d'Europe). Leur indice moyen est donc moins brachycéphale que chez les Turcs (82,8), les Roumains, (82,8), les Slaves d'Autriche (82,9) et les Vénitiens (81,8). D'après les mensurations sur le vivant, l'indice moyen des Grecs dans la Grèce libre est à peu près 81,2 ; plus fort dans les îles Ioniennes (82,4) et dans le Péloponnèse (82), plus faible dans la Grèce Continentale (81,5) et surtout en Thessalie (76,8). Ainsi donc dans l'orient hellénique considéré en général, c'est la sous-brachycéphalie qui domine (32,4 : 100), viennent ensuite et successivement : la mésobrachycéphalie (24), l'hyperbrachycéphalie (18), la mésocéphalie (12), la sous-dolichocéphalie (10), la mésodolichocéphalie (3,5) et enfin l'hyperdolichocéphalie, qui est très-rare (0,3). Parmi les diverses contrées de la Grèce, le Péloponnèse, la Grèce Continentale, la Thessalie (malgré son indice

moyen sous-dolichocéphale), les îles de l'Archipel et celles de la mer Ionienne, ainsi que la partie JN. 0. de l'Asie Mineure (d'après les crânes), présentent le maximum dans la sériation des crânes d'après l'indice céphalique entre 81-82. Mais la sériation des crânes de Thrace présente un maximum secondaire à 81, le maximum proprement dit correspondant à 77-78.

La grande variété de l'indice céphalique qu'on observe est due beaucoup plus à des variations du diamètre antéro-postérieur qu'à celles du diamètre transversal. Il se trouve, en effet, que ce dernier oscille ordinairement chez les vivants entre 150-155 mm., et ce n'est qu'en Épire, dans les parties de la Grèce oii il y a beaucoup d'Albanais (Argolide, llydra, etc.), en Asie Mineure, probablement aussi en Crète, que ces oscillations sont comprises le plus souvent entre 155 et 160. La plupart des mésaticéphales et des sous-dolichocéphales présentent un diamètre transversal qui varie le plus souvent entre 150-155, tandis que chez les brachycéphales il oscille souvent entre 150 et 165.

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