KILOMÈTRES CARRÉS
Les principaux fovers palustres qu'on rencontre dans la Grèce Continentale, outre les larges marécages qui s'épanclient autour du lac Copaïs eu Béolie, sont les marais du Sperchios enPIilliiolide, les bords occidentaux du lac Trichonis et ceux de l'Hyrie en Étolie, les marais qui se trouvent au voisinage de \onitsa et de Katochi en Acarnanie.
Pour ce qui concerne le Péloponnèse, parmi ses foyers côiiers qui sont les plus importants, il faut noter surtout les marais étendus de lEurotas en Laconie (et principalement les marais d'Hélos), ceux de Paraissos en Messénie, de l'Alphée et du Pénée euÉlide, enfin ceux de l'Inachos en Argolide. Parmi d'autres foyers côtiers formés siu'tout par des lacs, les plus importants sont les marais de Lerne, voisins du fond du golfe Argolique, qui n'ont pourtant sur les environs qu'une inûiience restreinte, les marais du lac du Moustos en Kynurie, ceux de Caïaplia et d'Agoulinitsa sur les rivages de l'Olympie, et quelques autres plus petits sur les rivages de l'Êlide et de lÉgialie. Tandis que la Grèce Continentale est complètement dépourvue de foyers palustres dans ses parties élevées, le Péloponnèse, comme nous l'avons déjà vu, en est. au contraire.
très-pourvu, surtout dans les pai'ties les plus septentrionales de TArcadie ancienne ; nous avons là plusieurs bassins lacustres dont les uns présentent encore des lacs, les autres des marais plus ou moins étendus.
Parmi les Cyclades les îles de >'axos et Paros présentent des foyers palustres assez importants ; viennent ensuite les îles de Tinos et de Milos. Parmi les autres Cyclades, les îles de Kythnos et de Siphnos ne sont pas complètement dépourvues du miasme paludéen, tandis que Syra, Andros et Amorgos, n'y sont que fort peu sujets, et que Théra est tout à fait exempte de foyers palustres.
Les îles de Corfou, de Céplialonie, de Leucade et d'Ithaque, sont parmi les îles Ioniennes celles qui offrent quelques foyers importants d'infection.
L'île de Crète ne présente point de grands marais; cependant une grande partie de ses habitants est affligée par la malaria par suite de petits amas d'eau qui se font dans des plaines aux bords des ruisseaux, surtout pendant les audées très-pluvieuses, ainsi que dans les lits desséchés des ruisseaux mêmes.
Relativement aux foyers palustres, nous donnons ci-contre l'étendue de marais, terres marécageuses et lacs, d'après des publications officielles de 1867; des données ultérieures nous manquent malheureusement.
Conditions étiologiques favorables à Vinfection palustre. Quoiqu'il n'v ait, en général, sur le sol grec, que peu de foyers très-importants de la malaria, un grand nombre d'habitants de montagnes et des pays autrement sains se trouvent cependant sous l'influence du miasme palustre. Cela provient non-seulement de ce que de nombreux petits foyers se trouvent disséminés dans la majorité des provinces et des îles de la Grèce, non-seulement de ce que la culture même de la terre et l'arrosement mal fait est une source d'infection palustre, mais aussi de ce que les vents et les occupations des habitants auprès des foyers palustres élargissent le champ d'action delà malaria. C'est ainsi que les maltais du Famissos et do l'Eurotas ne se bornent pas à infecter une grande partie de leurs vallées, mais envoient aussi le miasme, par des vents favorables, sur de nombreux villages. autrement salubres, situés sur des pentes du Taygète (33)- Il en est de même pour les marais de la Kynurie (32), de l'Olympie (28), de l'Argolide (49), et de l'Élide en Péloponnèse, et pour ceux de la Phthiolide (15) et de la Béotie (12) dans la Grèce Continentale. De la même manière, l'île de Corfou reçoit des miasmes des marais de l'Épire (69), l'île de Leucade de ceux de l'Acarnanie, l'île de Zante de l'Élide (73), etc. L'influence nuisible des vents devient très-sensible surtout après des accalmies, favorisant une grande condensation de miasme palustre, surtout auprès des marais de l'intérieur, tandis que près des lacs et des marais côtiers cet effet est contrarié par les souffles locaux. On sait bien, et c'est clair, qu'un vent modéré soufflant à ti-avers une contrée voisine de marais est bien plus nuisible qu'un vent fort, surtout lorsqu'il trouve une libre issue devant lui. Aussi en plusieurs localités a-t-on fait cette remarque, que par un tel vent, les environs des foyers palustres, qui ordinairement sont fort atteints par la malaria, se délivrent des fièvres, tandis que sur les pentes, même élevées, des montagnes plus lointaines et situées dans la direction du vent, elles apparaissent alors épidémiquement (12, 15, 37, 49)- Ce phénomène, si on laisse de côté les cas où entre les marais et les montagnes il n'y a ni de nombreux villages, ni de nombreuses personnes qui travaillent, paraît tenir principalement à ce qu'un vent violent, en chassant des plaines le miasme, n'y laisse que des quantités insuffisantes à infecter d'une manière efficace des organismes habitués, jusqu'à un certain degré, à son influence, et que, d'autre part, sur les versants des
montagnes, non-seulement la marche des vents est souvent ralentie, mais aussi les organismes moins acroutumés sont infectés plus facilement. 11 faut y ajouter que sur les montagnes l'état atmosphérique est heaucoup plus variable, ce qui rend plus fréquents les refroidissements qui favorisent, comme on sait, beaucoup la manifestation de l'infection palustre.
Les vents passant par-dessus les marais, même les vents les plus sains, se dépouillent plus ou moins de leurs bonnes qualités, comme cela avait déjà été remarqué par les Anciens. Nousavonsdéjà vu que les vents de S. et de S. 0., humides et chauds, sont les plus malsains, soit parce qu'ils exercent sur l'organisme une influence relâchante et affaiblissante, soit parce que, avec leur souffle modéré, ils dispersent et raréfient moins le miasme, et favorisent ainsi la manifestation d'une infection latente.
A côté des vents, les brises marines, si reconfortantes et si rafraîchissantes pour les rivages grecs qui ne sont pas exposés à la malaria, répandent le miasme des marécages forme's aux embouchures de fleuves sur les plaines avoisinantes. 11 eu est de même, quoique ;i un degré beaucoup plus faible, pour les lacs entourés d'un sol aride ou consacré surtout à la culture des céréales (déjà moissonnées à l'époque du grand développement de la malaria), comme le lac de Copaïs, etc., ([ui sont le point de départ de souffles légers qui se dirigent tout à l'cntour sur un sol brûlant. Mais, si les brises locales du jour facilitent l'extension de la malaria, celles du soir, qui se dirigent en sens opposé, soufflant du coté des montagnes refroidies vers les vallées et les bassins ou du littoral vers la mer, resserrent le miasme paludéen dans ses foyers, ou bien le chassent vers la mer. C'est pour cela que la plus grande fréquence des cas palustres dus à une exposition nocturne doit être attribuée dans plusieurs pays grecs bien moins qu'ailleurs à la condensation du miasme et à sa descente de l'atmosphère vers le sol. Les courants nocturnes descendant des montagnes amènent d'une part un grand abaissement de température, et d'autre part une augmentation consécutive à l'état hygrométrique. On conçoit bien que dans une atmosphère froide et humide la malaria, même sous de moindres quantités, agisse d'une manière plus intense, tandis que la manifestation d'une infection palustre jadis latente est rendue plus facile. Ou rencontre si souvent en Grèce des localités affligées de fièvres palustres, sans qu'elles soient au voisinage des marais, et d'autre part de variations diurnes de la température très grandes, que Faure a été amené à considérer ces variations comme étant précisément la cause essentielle des fièvres palustres. :
Parmi les causes occasionnelles des fièvres palustres, il faut noter surtout l'abus de fruits pendant l'été, pendant lequel une grande partie de la population s'en sert comme nourriture principale. Il est aussi à noter qu'il n'est pas rare en Grèce de voir une première manifestation d'une infection palustre cléj;i latente survenir à la suite d'une maladie fébrile aiguë, d'une hémorrhagie ou d'un traumatisme. En général la complication des maladies aiguës avec des fièvres palustres est très-fréquente, comme ailleurs, surtout à la suite de circonstances affaiblissantes (saignées, hémorrhagies, purgatifs, diarrhée et fièvre intenses). Dans de pareils cas, la fièvre palustre revêt souvent des formes pernicieuses, surtout la forme comateuse ou algide (ig, 27, 31, 32, 42). — Si la complication palustre est fréquente surtout dans les localités marécageuses et pendant les épidémies de fièvres, elle n'est cependant pas rare, même dans les localités où la malaria est apportée de loin par les vents.
Fièvres intermittentes bénignes. Parmi les fièvres intermittentes bénignes, les fièvres quotidiennes sont, d'après les données dont nous disposons, plus fréquentes que les tierces, et même ces dernières sont relativement rares par endroits. Les fièvres tierces, d'après ce que nous sachions, sont relativement rares en Phthiotide (13), dans le district de Calâmes (29) et dans les îles de Leucade (?) et d'Ithaque (?). Les fièvres quartes, généralement rares, sont assez fréquentes au voisinage du lac Copuïs (13) et d'Agoulinitsa (26)', ainsi que près d'autres grands marais de la Grèce.
Le tableau qui suit indique la fréquence relative des divers types de fièvres palustres, observée à Athènes (Astyclinique 1859-1860) et dans les îles Ioniennes (garnisons anglaises).