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rapport, il y a aussi de grandes différences entre certains points de cette île : ainsi, par exemple, dans un village, Tympaniana, où la maladie était autrefois très- fréquente, elle est maintenant rare. D'autre part, dans le village de Capétaniana, de i'éparchie de Messara, la maladie, de très-fréquente qu'elle était, est devenue maintenant fort rare (75)-
L'observation de la lèpre en Grèce permet d'apporter des renseignemeuls utiles sur quelques points essentiels de l'histoire de la maladie, tels que la contagion, le sexe, l'âge, etc. On nous permettra de les exposer brièvement.
Contagion. La découverte de la nature parasitaire de la lèpre, maladie que d'ailleurs le peuple considère partout en Grèce comme contagieuse, conduit à considérer la contagion comme le principal fiicteur de l'existence et de la propagation de la maladie. 11 est pourtant très-probable que la transmission de la maladie de cette façon, soit immédiatement, soit par l'intermédiaire des objets dont se servent les lépreux, ne s'opère que dans des limites fort restreintes en Grèce, de même que dans beaucoup d'autres pays où la maladie est endémique.
Cela résulte non-seulement de ce que la maladie reparait souvent dans une même famille par intervalles, mais aussi de la grande rareté des cas où des personnes saines seraient atteintes après des rapports journaliers avec des lépreux. Ainsi en Crète, dans le voisinage du leprochorion d'Héraclion, il y a, d'après les renseignements que nous devons à M. le docteur Zuphiridis, jusqu'à 180 familles dont les membres, se familiarisant avec les lépreux dès l'enfance, se trouvent en relations intimes avec eux; souvent aussi il y a des mariages entre des lépreux riches et des femmes saines de ce pauvre village. De même, dans le village Kénéri, habité par 150 familles, on ne se rappelle pas que quelqu'un y ait été atteint de la lèpre, quoiqu'on entretienne des relations continues et fort étroites avec des lépreux qui vivent tous près de ce village (79). Des faits analogues sont affirmés par les médecins de la Canée (76)» pour les lépreux qui habitent dans le voisinage de cette ville. En général, il y a un grand nombre de lépreux mariés à des femmes saines et continuant à vivre ensemble après la manifestation de la maladie, de même que de gens qui se marient étant déjà malades, mais dont les femmes restent saines. En dehors de cela, on a aussi observé, en Crète et ailleurs, des enfants de mères lépreuses, allaités par elles, ayant vécu longtemps au milieu de lépreux, et n'ayant présenté la maladie que plusieurs années après l'adolescence. Mais, si les cas probables de contagion connus en Grèce ne sont que fort peu nombreux, nous ne devons point en conclure que la contagiosité de la maladie est extrêmement faible. Il faut bien prendre en considération : 1° que les malades sont éloignés de chez eux aussitôt après l'apparition des premiers symptômes de la maladie (les gens du peuple apprenant à reconnaitie la maladie aussi bien que les médecins dans les localités où elle est fréquente), et que les effets qu'ils n'emportent pas avec eux sont détruits par le feu; 2" que même ceux qui ont des communications fréquentes avec des malades ne continuent plus, pour la plupart, à les entretenir, au moins intimes, avec eux, lorsque la maladie se trouve avancée et que des ulcérations se développent sur leur corps, c'est-à-dire lorsque, selon toute probabilité, le mal devient plus contagieux.
Conditions hygiéniques. Dans la plupart des villages de Crète, dans lesquels la maladie est commune, les habitants sont très- souvent peu propres et font un grand abus de salaisons, de poissons, d'huile et de viande de porc (en
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plusieurs endroits même pendant l'été), les habitations sont en général, à cause de leur mauvaise construction, peu visitées par le soleil, mal aérées, très-fréquemment humides. Toutes ces circonstances hygiéniques sont très-répandues en Crète; pourtant il y a beaucoup de localités où la maladie ne se présente que rarement. D'autre part elle n'est point rare dans plusieurs villages où les conditions hygiéniques sont meilleures et où l'on se nourrit mieux*.
Parmi les localités de la Crète où la lèpre est très-rare il faut signaler surtout ses grandes villes (à population très-peu agricole). Même dans les contrées de la Grèce indépendante, où la maladie s'observe, elle est rare ou même inconnue dans les villes.
Dans les villages de la Gortynie, où la maladie est fréquente, on ne fait qu'un usage fort restreint de salaisons et d'huile. Les villages ne sont ni trop humides, ni mal exposés au soleil, tandis que dans d'autres villages plus humides et peu visités par le soleil on ne connaît aucun cas de la maladie (40). En général pourtant, dans les villages où la lèpre est fréquente, aussi bien en Gortynie que dans la plupart des villages élevés de la Crète, on n'a que fort peu soin de la propreté.
Sur la plupart des autres points de la Grèce, où la lèpre est fréquente, comme en Messénie (29) et en Eubée (49), on fait un grand abus d'huile et de salaisons de mauvaise qualité. A Théra, on consomme beaucoup de salaisons avec un usage modéré d'huile. 11 faut noter d'autre p^irt que la maladie est inconnue dans plusieurs localités où l'on fait un grand usage d'huile de bonne qualité, comme, par exemple, à Kéos, à Naxos et en plusieurs points de la Crète. Nous ne savons pas s'il y a des endroits où l'on fasse usage d'huile et de salaisons de mauvaise qualité, et où la maladie soit rare, mais nous pouvons affirmer que dans la plus grande partie de la Grèce on ne rencontre pas ces conditions-là.
En Crète, la maladie est plus fréquente chez les chrétiens que chez le< musulmans (75)- Ces derniers, suivant leurs devoirs religieux, se tiennent en général très-propres, en se soumettant à des bains fréquents, évitent la viande de porc et consomment moins de poissons salés, mais il font un grand usage d'huile (75)- Dans le district de Monophatsi, où la majorité des habitants est musulmane, la maladie est très-fréquente. Mais les musulmans de ce district, appartenant à une secte particulière, négligent plusieurs des prescriptions du Coran, et notamment celles relatives à la propreté du corps (75). Nous ne savons pas exactement quelle importance on doit attribuer à ces circonstances, mais ce qui est certain, c'est que, dans d'autres points du Levant, la maladie se présente aussi chez les musulmans, quoique avec une fréquence variable. Ainsi, tandis qu'à Mylilènc et en Cypre le mal ne s'observe chez des musulmans que fort rarement, à Constantinople et à Damas il est plus fréquent chez ceux-ci que chez les chrétiens, et enfin à Jérusalem il s'observe presque exclusivement chez les musulmans. Quant aux différences des conditions hygiéniques et sociales au milieu desquelles vivent les musulmans en ces diverses localités, nos connaissances là-dessus sont insuffisantes.
Sexe. Depuis l'antiquité on admettait comme certain que les hommes sont
' Ainsi, par exemple, à Anogia, village élevé, situé sur les versants septentrionaux de l'Ida, et hahiié piesque exclusivement par des bergers, qui se nourrissent pendant toute l'année de viande cuite ou bouillie, de lait, de fromage, et qui ne font que très-peu usage d'huile, la maladie est commune (ZapLiridès, Tsouderos).
affectés par la lèpre plus souvent que les femmes. 11 est pourtant avéré que le rapport numérique de la fréquence de la maladie cbez les deux sexes est variable. Relativement aux pays grecs nous avons les données suivantes :
HOMMES
FEMMES
TOTAL