GRISOLLE
avancé à un enseignement dans lequel il avait acquis une grande notoriété. Né à Fréjus (Yar), le 10 février 18H, il vint à dix-huit ans à Paris faire ses études médicales, protégé contre les tentations de la grande ville par un ami de son père, par Haynouard, l'auteur des Templiers. Son intelligence, son ardeur au travail, lui acquirent bientôt les titres d'interne provisoire des hôpitaux, interne en titre (1831), lauréat {l"' prix) de l'École pratique et de docteur en médecine (10 juillet 1855). L'épigraphe qu'il mit à cette thèse, et qu'il emprunta à J.-J. Rousseau, marque bien le rôle scientifique du médecin, tel qu'il le comprenait : « Je sais que la vérité est dans les choses et non dans mon esprit qui les juge, et que, moins je mets du mien dans les jugements que j'en porte, plus je suis sîn- d'approcher de la vérité )>. Dupuylren, Louis, Breschet, Chomel, Gaillard, Martin-Solon, avaient été successivement ses maîtres, et à son tour il fut nommé chef de clinique de Chomel, médecin du Bureau central (1838), médecin de l'Hôtel-Dieu et du lycée Napoléon, membre du Conseil de surveillance de l'Assistance publique (1800), membre de l'Académie de médecine, agrégé de la Faculté, professeur de thérapeutique (1855), professeur de clinique en remplacement de Rostan (1864). M. Proust a payé un juste tribut d'Iiommages à la mémoire de son maître vénéré, en disant de lui :
« Esprit juste, d'an sens et d'un jugement également droits, dévoué avec chaleur à ses amis, et assez sûr d'eux pour se montrer sévère pour leurs faiblesses, en réservant son indulgence aux fautes des indifférents. Ennemi par nature des systèmes, peu enclin aux généralisations, plus pratique et plus solide que brillant. Son observation sagace et prompte, son instruction approfondie, sa grande expérience qui le préservait des enthousiasmes irréfléchis, aussi bien que des préjugés, tout, jusqu'à l'exercice habilement réglé des sens, lui donnait cette aptitude merveilleuse qui permet au clinicien de négliger, dans un fait, les côtés accessoires, et de voir immédiatement le phénomène décisif. Son diagnostic, porté sans indécision, n'avait pas de côtés défectueux, et il savait, dans l'étude des malades, n'omettre que les points discutables, ou qui n'autorisent pas de conclusions. Ne cherchant rien moins qu'à briller par ses hardiesses improductives, il voulait avant tout être utile, et il enseignait à la foule des élèves qui suivaient ses leçons les principes rigoureux de la méthode; il leur en dévoilait les secrets, et façonnait ainsi leur esprit et leur jugement, leur apprenant comment on peut devenir, dans quelque situation que ce soit, un médecin à la hauteur de sa mission. » Nous empruntons aussi quelques lignes à l'éloge de Grisolle que Béhier a prononcé à l'amphithéâtre de l'Hôtel-Dieu, le 2 avril 1873, éloge qui a été inséré en tète de la neuvième édition du Traité de pathologie interne : « Grisolle était convaincu que la bonne voie à suivre dans l'étude des maladies était l'analyse de faits nombreux et multipliés, recueillis avec soin, groupés avec patience et rigueur. Il n'appartenait pas à l'école de ces superbes qui méprisent les faits, et qui trouvent d'ailleurs que la science en est encombrée, et il soutenait qu'en médecine la réalité des faits reste toujours la base immobile et solide de tous nos raisonnements. Pour lui, le groupement des chiffres, en statistique médicale, la méthode numérique, avaient une grande importance, et c'était la méthode la plus siire et la plus féconde pour arriver par une probabilité aussi probable que possible à la connaissance des faits, à celle des faits de la clinique. Pour s'élever à la connaissance des faits particuliers généraux, a-t-il écrit quelque part, on ne s'est plus fié à la mémoire, aux impressions vagues, aux inspirations
chimériques : on a recueilli des faits, nombreux, on les a comparés et compris, et par ce rapprochement, par cette analyse, par cette numération, on est arrivé à des déductions rigoureuses, à la connaissance de quelques lois précises, à des résultats positifs en séméiotique, en étiologie comme en thérapeutique )). Le Traité de pathologie de Grisolle est son œuvre capitale; tous les articles qui le composent ont un caractère de sûreté scientifique qui donne au livre une valeur réelle. L'auteur n'a pas rendu ses récits agréables; il ne la pas cherché, mais il est impossible de ne pas reconnaître que les propositions qu'il a émises sont toujours précieuses et de bon aloi ; qu'il donne sur la question •qu'il expose tout ce qui est démontré. Les qualités du cœur égalaient chez Grisolle celles de l'esprit ; sa réserve, sa froideur, n'étaient qu'apparentes, et lorsqu'il avait donné son amitié, c'était une amitié sincère, profonde et pleine de dévouement. Une chose lui était particulièrement antipathique, c'était le bruit et le fracas que font certaines personnes autour d'elles-mêmes. La recherche, l'afféterie, lui déplaisaient aussi tout spécialement, et il regardait avec une certaine pitié moqueuse ceux qui s'attachaient, dans l'étude des questions ■diverses, aux petits côtés qu'elles présentent, et qui, occupés de menus détails sans valeur et sans portée, présentent ces découvertes prétendues comme des inventions de premier ordre, toutes grosses d'avenir et de conséquences élevées. Il avait à ce sujet un mot un peu trivial pour désigner ceux qui d'après son dire fionaient ainsi la science. Grisolle tenait à êti'e et se souciait peu de paraître....
Augustin Grisolle est mort à cinquante-huit ans, le 9 février 1869; il est mort après avoir passé deux années éloigné forcément de son enseignement, de ses nombreux élèves, d'une Faculté à l'illustration de laquelle il avait aidé; il a succombé à un épanchement cérébral, lequel, sans lui ôter l'exercice de ses fonctions intellectuelles, l'avait cloué dans l'immobilité de la paralysie. 11 avait la taille élevée, les épaules larges, le teint bistré, les yeux et les cheveux d'un noir de jais, présentant, en un mot, le type méridional. Voici la liste de ses ouvrages les plus importants :
I. Essai sur la colique de plomb. Thèses de Paris, 10 juillet 1835, in-4°. Cette thèse a été analysée avec honneur dans les Arch. gén. de méd., 2' série, t. XI, 1836, p. 135. — II. De l'influence que la grossesse et la phihisie pulmonaire exercent l'une sur l'autre. In Arch. gén. de méd., 4* série, t. XXII, 1851, p. 41. — III. Mémoire sur la pneumonie. Paris, 1856, in-S". Extrait de la Gaz. hebd. — IV. Reçjierches sur quelques-uns des accidents cérébraux produits par les préparations saturnines. Paris, 1856, in-8°. — V. Histoire des tumeurs phlegmoneuses des fosses iliaques. Paris, 1839, in-S". Extr. des Arch. gén. de méd., 5" série, t. IV, 1859, p. 54, 157, 293. — VI. De la pneumonie aux différents âges. Paris, 1841, in-8°; 2' édit., 1864, in-8°. — VII. De la fièvre sous les rapports séméiologique, pronostique et thérapeutique. Thèse de concours pour l'agrégation. Paris, 1844, in-8°. — YIII. Traité élémentaire et pratique de pathologie interne. Paris, 1844, 1846, 1850, 1852, 1855, 1862, 1865, 1869, 1875, in-8», 2 vol. — IX. Des diathèses. Paris, 1851, in-4° et in-S". Thèses de concours; chaire de pathologie méd. Paris, 1851. A. C.
«BISOU (Feu). Voy. Mines.
GRIYE. Quelques ornithologistes placent les Merles {voy. ce mot) dans un genre particulier sous le nom de Merula, et les séparent ainsi des Grives auxquelles ils réservent le nom de Turdus : mais une telle distinction ne semble pas nécessaire entre des oiseaux qui ont la même structure, les mêmes formes, les mêmes allures, le même mode de nidification, et qui ne diffèrent guère les
uns des autres que par Je plumage, de teintes plus sombres et plus uniformes chez les Merles, de teintes plus claires et généralement moucheté chez les
Grives.
Le genre Turdus, dont le genre Menila n'est qu'un démembrement, appartient à la section des Passereaux déodactyles {voy. ces mots) ; il renferme un très-'^rand nombre d'espèces qui sont de taille moyenne et qui ont le bec fort, légèrement crochu vers le bout, un peu arqué en dessus, aussi large que haut à sa base, près de laquelle s'ouvrent des narines ovoïdes, en parties couvertes par une membrane, les tarses de hauteur médiocre, le doigt externe et le doigt médian réunis seulement à leur origine par une petite membrane.
Chez la Grive commune {Turdus musicnsL.) le plumage offre ordinairement sur la tète et sur les parties supérieures du corps du brun olivâtre, sur les parties inférieures du blanc lavé de roux sur la poitrine et relevé dans cette région et sur l'abdomen par des taches noires en forme de flèche ; mais dans certains cas ces teintes variées sont remplacées par du roux vif, du jaune isabelle ou même du blanc pur. Dans ces derniers cas l'oiseau est un véritable albinos, et il a les yeux rouges, tandis que normalement les Grives adultes ont les yeux bruns.
La Grive commune se rencontre en Europe, en Asie et dans le nord de l'Afrique ; mais elle n'est pas sédentaire dans toute cette vaste étendue de pays : ainsi en France elle ne niche guère que dans les déparlements du nord, du centre et de l'est, tandis que dans ceux du midi elle ne se montre qu'à deux époques, en automne et au printemps. Elle ne voyage pas en troupes nombreuses, comme d'autres espèces, et fréquente surtout les champs, les vergers, les vignes et les petits bouquets de bois, se nourrissant principalement de baies, de fruits succulents, d'insectes et de vermisseaux. A l'époque des vendanges elle consomme une grande quantité de raisins, et tombe parfois dans une sorte d'ivresse, ce qui a donné lieu au proverbe saoul comme une grive. Pour le même motif la Grive commune est appelée dans certaines parties de la Bourgogne Grive de vignes. En dépit de sa vue pen-ante elle se laisse tomber dans des pièges grossiers et peut être facilement capturée soit au moyen de lacets, soit à la pipée.
La Draine {Turdus viscivorus L.) est notablement plus grosse que la Grive commuue et atteint presque la taille de la Tourterelle. Elle diffère d'ailleurs de l'espèce précédente par la couleur de ses pattes, qui sont jaunes et non d'un gris brunâtre, par la teinte blanche des plumes sous-alaires et de toutes les parties inférieures de son corps, qui d'ailleurs sont parsemées de petites taches brunes et noires, de forme variable. Elle niche communément dans les forêts de l'Europe septentrionale et centrale, en Angleterre, en Allemagne, en Russie et dans le nord de la France ; mais en Bourgogne elle ne se montre guère que dans les mois d'octobre et de novcmbie. Comme la Grive commuue elle se nourrit de toutes sortes de baies et de fruits, de cerises, de cornouilles, d'alizés, de raisins, d'olives, mais se montre particulièrement friande des baies du gui et contribue, dit-on, à la dissémination de ces végétaux parasites. Plus farouche que la Grive commune, elle ne se laisse que difficilement prendre à la pipée.
La Litorne {Turdus pilaris, L.) qui, pour la taille, est intermédiaire entre la Grive commune et la Draine, a le bec jaunâtre, les pattes brunes, le sommet de la tête, la nuque et le croupion, d'un gris varié de noir, le dos et le dessous
lies ailes en majeure partie d'un brun cliàtain, la gorge et la poitrine lavées de roux, avec des taclies noires, le ventre et la région sous-alaire d'un blanc pur. Elle se reproduit surtout en Pologne et en Autriche et dans notre pays n'arrive guère qu'à l'arrière-saison. En hiver elles se nourrissent^de baies sauvages, particulièrement de gui et des fruits d'épine l)Umche.
Enfin le Manvis {Turdus iliacus L.) rappelle la Grive commune, avec des proportions beaucoup plus faibles, un plumage plus lustré, des taches plus oblongues sur les parties inférieures du corps, qui sont nuancées de roux dans la région des flancs. Nichant en grand nombre dans le nord de l'Europe, les Mauvis arrivent en grande bandes dans notre pays vers le milieu de novembre et de là se rendent dans des contrées plus méridionales d'où ils ne reviennent qu'au printemps. Pendant l'été ils font lâchasse aux insectes et aux vermisseaux et en automne se nourrissent de fruits comme les autres Grives.
Tous ces oiseaux nichent sur les arbres et construisent avec des brindilles, de la mousse et de la terre gâchée, des corbeilles élégantes dans lesquelles la femelle dépose de quatre à six œufs plus ou moins tachetés de brun et de noir sur un fond bleuâtre, verdâlre ou vert de mer. Leurs petits nais^:ent faibles et presque nus, et ont besoin pendant plusieurs semaines des soins des parents. Pendant la saison des amours, les mâles perchés au sommet des arbres font entendre un chant agréable; celui de la Grive commune se distingue particulièrement sous ce rapport et justifie le nom de intisicus qui a été donné par Linné à celte espèce.
Partout en Europe on fait aux Grives une chasse très-active et chaque année, en automne et en hiver, on apporte sur le marché de grandes quantités de ces oiseaux pris au piège ou tués à coup de fusil. Les Grives communes et les Mauvis (qu'il ne faut pas confondre avec les Mauviettes, qui ne sont autre chose que des petits Becs-fms) sont particulièrement recherchés, quoique la Litorne et la Draine ne soient pas moins estimables, et leur chair sert fréquemment à confectionner des pâtés ou des salmis. M. H. Cloquet la considère comme très-nutrilive et la conseille aux personnes dont l'estomac est fatigué par des excès ou débilité par de longues maladies, tandis qu'il en interdit l'usage aux individus que la pléthore prédispose aux hémorrhagies, aux inflammations, aux irritations, à ceux qui sont menacés d'apoplexie, eu proie aux accidents d'une hypertrophie, ou atteints de rhumatismes aigus, d'affections arthritiques, de phthisie pulmonaire, etc.
Dans l'antiquité les Gi'ives étaient encore plus appréciées des gourmets qu'elles ne le sont aujourd'hui, et les Romains gardaient pendant toute l'année dans des volières [turdaria] un grand nombre de ces oiseaux qu'ils engraissaient avec une pâtée faite de figues broyées avec de la farine de millet et des baies de myrtes. G'est seulement lorsqu'elles étaient à point que ces Grives étaient sacrifiées pour la table. De nos jours on n'a plus recours à de semblables pratiques, mais on estime toujours davantage les Grives jeunes prises en automne qui se sont naturellement engraissées en dévorant des fruits.
Pour terminer ce que nous avons à dire sur ces Passereaux nous rappellerons enfin que la laveur extrême dont ils jouissaient dans l'antiquité leur avait fait attribuer par les auteurs de cette période et par ceux du moyen âge toutes sortes de vertus fabuleuses. Pline vantait l'efficacité d'une Grive rôtie avec des baies de myrtes pour combattre soit les rétentions d'urine, soit la dysenterie ; Avicenne pensait que la fiente du même oiseau prise à l'intérieur guérissait la
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lèpre et les autres maladies de peau ; Alexandre de Tralles recommandait iesllrives aux personnes affligées de tympanite, et Al. Benedetli célébrait les heureux effets (ju'on avait obtenus, au moment d'une épidémie de peste, eu mangeant ce même "ibier après l'avoir laissé mariner pendant deux jours entiers dans du vinaigre. E- Oustalet.
Bibliographie. — G.melin. Systema imiurœ, gen. -107. sp. \. 2, ,". 4, 1788. — Bitfox. Planches enluminées et Œuvres complètes, édit. Pillot, 1850, Oiseaux. — II. Cloqdet. Faune (les médecins, livr. XXllI et XXIV. 1825, art. Grive. — Degland et Gerbe. Ornithologie européenne, t édit., t. I, p. 422, 1867. — II.-E. Dresseii. .4 Ilislory of the Bircls of Europe, in-4», avec pi., 1871-1882. E. 0
GBOE\EVELT (JoHAK.NEs). Né à Deventer, dans le milieu du dix-septième siècle. 11 lit ses études médicales à Utrecht et fut reçu docteur dans celte ville en 1672. Il y pratiqua quelque temps la médecine, puis se rendit à Amsterdam, oiî il devint l'élève favori du célèbre lithotomiste Velthuysen, ipii, à sa mort, lui légua son arsenal chirurgical. Quelque temps après il alla habiter Londres, où l'avait précédé sa réputation dhabile opérateur. 11 est mort dans cette ville vers 1716. Ou cile de lui :
I. Dissertalio lithologica variis observationihus et figuris illustrala. Londres, 1684, in-8°; 1<)87. — 11. .4 complcte Trealixe of the Stonc and Grave/; wilh a Discourse on Lithontriplic Medicines. Londres, 1687, in-8° ; 1710, in-8">. — III. Practica quCi humant morbi dcscribuntur. Trancfort, 1088, in-8''. — IV. Tractalus de tuto canlharidum in medicina usuinlcrno. Londres, 1691, I6.18, 1705, 1700, 1710, in-8°. Traduit en anglais par Jean Martin. Londres, 1701. — V. Fundamenta medicinœ. Londres, 1715, in-8°. Traduit en anglais. Londres, 1755, in-8°. L'auteur a signé plusieurs de ses ouvrages publiés en anglais du nom de Greenfleld. A. D.
GROEXLa:\'D. Grônland en danois, terre verle {grôn, vert, land, terre) ; Green'and des Anglais), vaste conlrée au N.-E. de l'Amérique septentrionale, n'embrassant pas moins de 660 lieues terrestres en latitude, sur une largeur de près de 520 lieues au niveau du 78^ parallèle. Les expéditions de J. Ross, Inglefield, Kane, Ilayes, Hall, Nares, etc., ont démontré qu'elle ne tient par aucun point aux terres américaines ; un long chenal débouchant au sud dans l'Atlantique, entre le cap Farewell et la Labrador, et se continuant vers le pôle par le détroit de Davis, la mer de Baffin et les canaux sinueux de Smith, Kennedy et Robeson, l'isole complètement, à l'ouest, de l'archipel arctique américain. Ses côtes sont baignées au S.-E. et au S.-O. par les eaux de rAllautique, à l'est par l'océan Boréal à partir du cercle polaire ; la région du X.-O. fait face à la mer Palaeocrystique de Nares. Sa figure générale est celle d'un triangle dont le cap Farewell, par 59" 49' lat. et 46" 14' long. O.P., forme le sommet méridional, et dont la base va se perdre vers des lalitndos encore inexplorées, l'ourlant, les dernières expéditions polaires ont foiu'ui quelques notions nouvelles sur ses limites septentrionales ; en 1871, Fr, Hall atteignait par le détroit de Robeson la latitude de 82" 16', et apercevait dans le N.-E., jusque vers le 84*^ parallèle, des terres qui semblaient prolonger le Groenland jusqu'à 160 lieues terrestres du pôle. L'expédition de YAlertei delà Discovenj {[SI o-\81 G) a confirmé une partie de ces découvertes j Beaumonl, longeant vers l'est les contours de la terre de Hall jusqu'à 50° 53' long. 0. P., par 82^54' lat. N., a vu la côte s'incliner vers le S.-E., et à l'horizon, sous le 83'^ parallèle, une terre élevée dont la position répond au cap Shermann, de Hall. Les observations faites à bord de VAlertsnr les dérivations du pack, la disctissiou des marées par Houghfon
cl la comparaison entre les courants de la côte N.-O. et du littoral est du Groenland, font supposer que ce rivage septentrional, à partir du point extrême atteint par Beaumont, se dirigerait vers le S. -E. jusqu'au T?*" parallèle environ, à la hauteur de la baie Dove.
Sur la côte orientale, le point le plus septentrional entrevu en 1670 par Lambert ne dépasse pas le 80" parallèle, sous les méridiens de 20 à 21° 0. P. ; les explorations s'arrêtent au 77" degré, et à partir de la baie Dove tout est encore inconnu. Quelques géographes allemands inclinent à supposer que le Groenland forme un grand massif insulaire qui s'infléchirait vers le N.-O. à partir de cette baie, et pensent que la région extrême atteinte par la Germania, sous le 77*^ parallèle, n'est qu'une projection de terres isolées, ce que semblerait confirmer le grand nombre d'îles existant près de la côte à cette latitude. Nares suppose que la côte N.-O. ne doit pas remonter au delà de 80° latitude; là existerait un vaste bassin qui donnerait naissance aux immenses champs de glace de la côte orientale, et dont le dégorgement se ferait par le canal compris entre le Spilzberg et le Gioenland. A. Petermann pensait, au contraire, que la côte orientale se dirige vers le nord, droit au pôle, et peut-être môme au delà. J. Payer, se basant sur la similitude de constitution géologique de la Terre de François-Joseph et de la côte siplzbergienne du Groenland, dans lesquelles domine une même l'oche, la dolérite, admet comme hypothèse peut-être plausible que le nord du Groenland pourrait bien se rattacher, par l'intermédiaire d'un continent polaire se projetant vers l'orient, aux ter i es découvertes en 1875.
De ses deux côtes, l'occidentale, la mieux connue, suit une direction générale N.-N.-O. du cap Farewell à la baie Melville jusqu'au 00' degré long. 0. P. ; en ce point, par 7G° lat., h' Groenland projette vers l'archipel aniéiicain, et jusqu'au 77" méridien, la grande presqu'île des Terres Prudhoe et d'Inglefield, séparée de la Terre d'Ellesmere par une douzaine de lieues marines. Les côtes montagneuses et déchiquetées qui foi\t suite se prolongent au N.-E. vers le capStanton, puis s'inclinent à l'est jusqu'au cap Chase, et vont se perdre vers le S.-E. ; ce sont les Terres de Washington et de Hall. Al'est, la côte court du S.-O. au N.-E. entre les caps Farewell et Brewster (70° lat. ; 24" 15' 0. P.) sur une longueur de près de 300 lieues marines; un détroit de 50 lieues, à la hauteur de la Terre de Blosseiille, 69°, la sépare de l'Islande ; au delà, elle se prolonge pi esque directement au nord jusqu'au 80*^ parallèle. Petermann [Mith., 1875), évalue la superficie du Groenland à 35 738,5 lieues carrées géographiques allemandes, soit 1 967 854 kilomètres carrés, abstraction faite des régions encore inexplorées vers le nord ; d'autres auteurs estiment que cette superficie ne dépasse pas 14 à 1 500 000 kilomètres.
Le Groenland était inhabité lorsque les Normands s'y établirent. Son histoire jusqu'au neuvième ou dixième siècle est complètement inconnue; pas une tradition, pas un monument, pas un vestige, ne retracent les événements dont il a été le théâtre avant l'arrivée des aventuriers Scandinaves. Les indigènes n'ont pas d'histoire ; des temps passés et de leurs ancêtres ils n'ont conservé que quelques rares souvenirs impuissants à jeter la lumière sur leurs origines [voij. EsQniMAux). L'histoire des premiers établissements européens se perd ellemême dans la nuit des siècles; elle n'est vaguement connue que par des traditions lointaines transmises en majeure partie par les sagas islandaises et débrouillées par le patient labeur des archéologues Scandinaves. La découverte remonte au dernier quart du dixième siècle seulement; dès le commencement du siècle sui-
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\ant, les émigvants islandais y avaient alllué sur les traces d'Erik le Rouge, le christianisme°y avait été introduit, et cent ans plus tard on y comptait deux villes des églises, des couvents, des fermes, etc. Cet ëtat prospère subsista jusqu'en 1548, date à laquelle les colonies furent ravagées par la peste importée d'Islande ou de Norvège. Ce serait vers la même époque que la population du Westerbygd (établissements de l'ouest), décimée et affaiblie par le lléau, aurait été surprise et exterminée par les Esquimaux venus du nord ou du Labrador, les skrœlHngers, petits hommes. Les troubles qui agitèrent la Suède et le Danemark à la fin du quatorzième siècle, Tatlaque soudaine des établissements par une flotte an^daisc (1418), portèrent à la colonie les derniers coups. A partir de cette époque, les relations du Groenland avec les pays Scandinaves cessent brusquement, et il est oublie pendant près de deux siècles. On a cru trouver une autre cause d'ordre purement physique; les témoignages historiques attestent qu'à l'éijoque des premières migrations la côte orientale était dégagée de glaces, les mers étaient plus libres et les communications plus faciles. Ces conditions ont duré vraisemblablement cinq siècles entiers; on croit qu'il survint tout à coup une immense débâcle enlrainanl vers le sud des amas de glaces détachées des ré"ious circumpolaires, qui, depuis, ont complètement bloqué la côte orientale sous les parallèles de l'Islande. Cet envahissement parla banquise aurait été l'ouvrai^e de quelques années, 1402 à 1406. Quant au sort des derniers colons, il est resté absolument ignoré. Aux seizième et dix-septième siècles, les Danois tentèrent à plusieurs reprises de retrouver le Groenland perdu et les traces des colonies disparues ; mais après neuf ou dix expéditions infructueuses ils oublièrent de nouveau cette terre inaccessible à leurs navires, et pendant un demi- siècle il ne fut plus question du Groenland.
Sa nouvelle histoire commence dans le premier quart du dix-huitième siècle. Un pasleur des Northlauds, Haus Égède, entraîné par un esprit de prosélytisme ardent, se dévoua pour y porter de nouveau les lumières de l'Evangile; il y resta (luinze ans (1721-1756), vivant de la vie des indigènes, apprenant leur langue, les instruisant et, quand il quitta le Groenland, y ayant fondé une œuvre désormais durable. Les Esquimaux comptent aujourd'hui depuis l'arrivée d'Égède parmi eux ; c'est à lui et à son fils que l'on doit les premières notions exactes sur le pavs ; leur œuvre évangélique et colonisatrice, continuée parleurs successeurs, s'est propa^^ée le long de la côte occidentale jusqu'au delà d'Upernavik, par 75°
latitude.
Éo^ède et les missionnaires danois firent de vains efforts pour pénétrer à l'est de leurs missions et retrouver les traces des anciennes colonies (Osterbygd), que des erreurs géograpbiques plaçaient sur la côte orientale ; les expéditions maritimes au dix-huitième siècle n'eurent pas plus de succès. Scoresby est le premier Européen qui fut assez heureux pour loucher plusieurs fois cette cote au delà du cercle polaire (1822), mais beaucoup plus au nord, par conséquent, que la région présumée des anciens établissements; en 1825, Clavering et .?abine, sur le Griper, atteignent les îles du Pendule (74° 52') ; mais le voyage le plus remarquable de cette époque est celui du capitaine danois Graah (1828-1850) qui, dans un oumiak et avec un équipage de femmes groenlandaises, franchit les canaux de l'extrémité méridionale et put relever géographiquement une centaine de lieues marines de la côte qui fait face à l'Islande et dont la banquise interdit l'accès par le large (60° à 65" 78' lat.). Graah a dépassé la latitude attribuée à la colonie islandaise sans en avoir trouvé le moindre vestige, et sans
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avoir découvert chez les indigènes ni souvenirs, ni traces des anciens Scandinaves; à ce point de vue, le résultat de son voyage, si curieux par ailleurs, est absolument négatif. J. de Blosseville, en i8o5, avait relevé quelques points entre 67» et 69°, au nord des explorations de Graali, mais sans pouvoir franchir la banquise; il disparut avec la Lilloise dans une seconde tentative.
Désormais les découvertes géographiques sur les deux côtes groenlandaises se rattachent élroitement aux entreprises tentées vers le pôle; en 1852, Inglefield pénètre dans le Smith-Sound et découvre la Terre de Prudhoe; l'année suivante, E. Kane atteint la Terre de Washington, le glacier de llumboldt, la baie Peabody, etc., et l'un de ses compagnons, W. Morton, voit du cap Indépendance (81° 17') la côte groenlaudaise s'infléchir vers le N.-E., et devant lui une mer libre de glaces et offrant une exubérance inatten(hie de vie animale. Hayes, en 1860-1861, remonte jusqu'au cap Lieber, et confirme les précédentes découvertes de Kane; dix ans plus tard (1871), Fr. Hall découvre le détroit de Robeson, la terre qui a gardé son nom, et détermine la configuration d'une partie du littoral iN.-O. du Groenland. Enfin, la gcogniphie de ces mêmes régions s'est plus récemment enrichie des documents rapportés par l'expédition de YAlert et de la Discovery (1875-1876). Ajoutons que la campagne de ïWlert a réduit à l'état de pure fiction, selon l'expression de Nordenskjold, ces théories si chères aux géographes allemands qui plaçaient dans ces régions polaires une vaste nappe d'eau plus ou moins libre de glaces et navigable {voy. Régions polaires).
Les Allemands cherchaient en même temps à remonter vers le pôle entre la côte orientale et le Spitzberg, voie désignée comme préférable par A. Petermann ; l'expédition de 1869-1870 a fourni sur la géographie physique, l'histoire naturelle, la climatologie, etc., de cette côte, les renseignements les plus inattendus, et a été récompensée de ses efforts par de magnifiques découvertes (Voyages de la Germama et de la Hansa).
Les deux lignes cùtières du Groenl.md ont donc élé attaquées et reconnues sur la majeure partie de leur étendue, mais l'intérieur reste encore vierge d'explorations. Les quelques voyageurs qui se sont aventurés au delà de l'ourlet de terre libre de la côte occidentale n'ont pu franchir sur la mer de glace que de faibles distances; les Esquimaux eux-mêmes sont peu soucieux, paraît-il, de s'engager dans l'intérieur du pays qu'ils croient habité par une race d'anthropophages. Égède et Pears l'essayèrent sans succès par le glacier deGodthaab(1728) ; vingt ans plus lard, en 1747, sur la foi des esquimaux qui lui affirmaient que leurs pères traversaient autrefois d'une mer à l'autre, Crantz s'y hasarda avec des chasseurs de rennes; il put franchir quatorze lieues, mais n'aperçut que des entassements de montagnes et de glaces. Hayes, en 1860, marchant de l'O. à l'E. sur le glacier de mon frère Jean (Port Foulke), est ainsi arrivé à 128 kilomètres de la côte, et à une altitude de 1524 mètres, sans apercevoir dans l'intérieur du pays la limite ou l'origine de cet immense amas d'eau solidifiée ; il ne vit, dit-il, qu'un vaste sahara de glace dont l'œil ne pouvait mesurer l'étendue; pas une colline, pas un rocher, n'interrompait la morne uniformité de cette plaine infinie; il trouva une température de — 55» et fut obligé de revenir. Whymper a également échoué en 1867. Le 19 juillet 1870, Nordenskjold et Berggren, partis dufiordd'Auleitsivik, ont parcouru de 10. à l'E. une distance de 70 kilomètres, et atteint une hauteur de 600 à 700 mètres au-dessus du niveau de la mer; la température y était quelquefois de -\- 20° au soleil. Us se trouvèrent en présence d'une nappe uniforme de névé s'éfpnrlant jnsqu'à l'horizon, et ne virent
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que des glaciers ; toute trace d'être vivants avait disparu. En 175J , Dalager. d'un sommet élevé au N. de Frederikshaab, avait aperçu une série de pics neigeux qui lui parurent former la côte orientale du Groenland ; cette chaîne, située à 50 milles environ de la côte occidentale et inconnue jusqu'ici, a été atteinte par l'expédition danoise de 1878 (Jansen, Kornenip et Grolh) ; le sommet le plus élevé a été gravi et ne mesure pas moins de 5000 pieds danois (1570 mètres) ; de l'autre côté de la chaîne s'étendait à perte de vue un immense glacier qui semblait s'élever vers l'horizon, et qui, probablement, va se relier à la frange maritime du Groenland à l'est.
Chorographie, stmcture géologique, etc. Peu de régions se présentent sous un aspect aussi sauvage que la côte groenlandaise, frangée d'innombrables écueils, hérissée de pics et bordée à courte distance par ses éternels glaciers ; des lambeaux de gazon, des tapis de mousses sur les pentes, queli|ues broussailles autour des étangs, n'expliquent plus aujourd'hui ce nom de terre verte donné jadis à ce séjour de « terrible désolation. » Pourtant, dit Scoresby, « au Groenland la mer, l'atmosphère, la terre, offrent tour à tour des scènes étonnantes et sublimes. La terie est par elle-même un objet majestueux : des montagnes gigantesques s'élevant à pic des bords de l'Océan à une hauteur immense, des rochers de couleur sombre saillant à leur surface et contrastant vivement avec la blancheur de la neige qui les recouvre, tout cet ensemble aperçu sous un ciel terne et nébuleux forme un tableau qui a un caractère d'imposante grandeur » [Journal of voyage, cic). Deux particularités topographiques impriment à la côte occidentale un caractère tout à fait remarquable, — les rochers qui la bordent et ses fiords. Jusqu'au 73° latitude, el'e est défendue par une ceinture d'îles et de récifs semés par milliers à deux et trois lieues au large, et même dans le sud de la côte orientale les naufragés de la Hansa ont également rencontré une véritable haie de pierres aux formes les plus bizarres, servant de dél'ense à la terre ferme contre l'envahissement des glaces. Les langues Scandinaves ont affecté la dénomination particulière de fiords à ces indenlations profondes qui échancrent les côtes de la Norvège, de l'IsLinde, des Féroé, etc., mais qui nulle part ne se présentent avec des caractèies aussi tranchés et aussi uniformes que sur la côte groenlandaise entre Farewell et Disco. Plus de 60 de ces dentelures découpent la côte occidentale, et le pourlour du Groenland est, de plus, échancré par de vastes baies dont les limites intérieures ne sont guère connues, baies de Disco, d'Omenak, Davis-Sound, etc. La mulliplicité de ces ouvertures, leur profondeur sur les deux côtes, les contours des terres entrevues dans le fond, ont porté à supposer qu'une grande partie du Groenland, âu moins dans les régions orientales, ne serait pas un massif continental (Rink), mais un vaste conglomérat d'îles analogues à l'Archipel arctique américain, et englouti actuellement sous une croûte de glace (Giesecke, Scoresby, Payer, R. Brown).
Cette terre semble constituée par un amas confus de montagnes et de glaciers ; on ne connaît de Vorulogie du pays que les hauts sommets aperçus au loin vers l'intérieur et le système montagneux des côtes, tels que la chaîne continue (en islandais Himin-Rad, monts du ciel) qui parcourt du nord au sud la partie occidentale. L'aspect et le relief des n:ontagnes sur les deux côtes ne présentent pas les mêmes caractères ; le massif de la partie méridionale offre une disposition très-particulière qui se reproduit jusqu'au 75° latitude seulement; c'est une succession de pics juxtaposés, de 1000 à 1200 mètres de hauteur, dont l'ensemble représente la figure d'une scie, et dont les sommets ressemblent assez bien à
(les (lents de squale. A partir de ce massif l'ensemble des montagnes s'abaisse, en général, jusqu'à une hauteur moyenne de 400 à 500 mètres, sans perdre toutefois ce caractère spécial, mais le relief des sommets isolés est souvent considérable. Au delà d'Uperiiavik, 75", la formation géologique, différente de celle du sud, entraîne un cliaugement dans la configuration et les reliefs des montagnes qui perdent leur caractère dentelé et se terminent plus généralement par des plateaux neigneux (monts Duneira) ; les côtes s'abaissent, et leur hauteur moyenne diminue jus(|u'à la terre de Hall (Kane). Les grandes altitudes reparaissent plus au nord : Cap Constitution, côte de Browii, 600-700 mètres; monts Meyer, 518 mètres ; les rochers à pic et les montagnes de la Baie du sud, plus de 1000 mètres, etc. Les points sont rares oîi la côte occidentale s'abaisse vers la mer en plaines de quelque étendue; on cite Kanneisut et Fredericksthal (60°), désigné sous le nom de Narsak, pays plat, par les naturels.
Les montagnes de l'autre côte au nord du cap Farevvell conservent aussi assez loin le caractère dentelé subordonné à leur formation géologique (gneiss) ; mais ^u nord du 70^ parallèle le pays s'offre sous un aspect tout différent : c'est un massif grandiose dominé par de très-hauts sommets, et qui semble empiéter assez loin vers l'ouest. Les renseignements hypsométriques les plus précis sur cette région ont été recueillis par les observateurs de la Germania; entre le Davis-Sound et la baie de Gacl llamkes, de 72 à 74", et dans l'ouest du fiord de l'empereur François-Joseph, ils ont constaté l'existence d'un gigantesque massif à cimes beaucoup plus élevées que celles de la côte occidentale, et rappelant par ses proportions et ses glaciers l'aspect des paysages les plus majestueux des Alpes. Payer estime qu'un des plus hauts sommets entrevus (pic Pelermann, 4500 mètres, 75° lat., o3° environ long. 0. P.) est situé à peu près au tiers de la distance de la côte orientale à la mer de Daffm, mais la région intérieure oii les deux systèmes orologiques se rejoignent est jusqu'ici absolument inconnue. Au delà de la baie Dove, 76", la côte s'étend vers le nord en un plateau de 400 mètres d'altitude en moyenne. 11 résulte de ces observations que la surface (lu Groenland est soumise à une inclinaison générale de l'est à l'ouest ; que les massifs les plus puissants occupent la partie orientale, et que l'immense contrée alpine dominée par le pic Petermann divise le pays en deux bassins inégaux dont les pentes inclinent à l'ouest vers la mer de Baffin, à l'est vers l'océan Boréal.
Le Groenland tout entier, moins la bordure côtière, est enseveli sous un manteau de glace permanente dont l'altitude moyenne au-dessus du niveau de la mer est estimée à 700 mètres environ ; Bink en évalue l'épaisseur, variable suivant le relief du terrain, à 400 mètres, terme moyen, entre Julianesliaab et Upernavik ; c'est le Sermersoak, la grande glace des Groenlandais, qui selon <pielques auteurs réunit les diverses îles dont le Groenland tout entier se compose, comble les deux ou trois sunds soupçonnés qui s'étendraient entre les deux mers, et dont l'épaisseur s'accroît constamment par l'accumulation des neiges. Sur la côte occidentale, cette mer de glace est moyennement distante du rivage d'une quinzaine de lieues, et limite ainsi une bande de terre libre de 160 000 kilomètres carrés à peine, dégagée de neige pendant deux mois de l'année, et la seule partie habitable du Groenland; jusqu'à Disco, le Grand Nevé ne touche directement la côte que par le glacier de l'Isbliiik au N. de Frederikshaab ; partout ailleurs, ses courants de glace s'ariêtent aux dernières ramilîcations des fiords ; au-dessus d'Upernavik, tout ce qu'on a pu voir de ses rapports avec la ligne
côlière jusqu'au glacier de Petowick (au nord des roches cramoisies de Ross), c'est une succession de vastes amas de glaces qui comblent chaque ravin jusqu'au glacier de Tyndall ; plus loin encore, le Sermersoak aborde le bassin de Kane par le Glacier de mon frère Jean (terre Prudhoe), et sur un front de 110 kilomètres par celui de de Humboldt (baie Peabody), le plus immense fleuve de glace que l'on connaisse après le glacier de Dove sur la terre François-Joseph.
Dans la région orientale, les glaciers de la côte semblent, en général, de dimensions plus restreintes, mais ceux qui débouchent dans les grands fiords se prolongent jusqu'à 40 et 50 kilomètres vers l'intérieur. C'est de cette vaste croûte solide que se détachent les masses de glaces flottantes qui circulent le long des côtes du Groenland; Holbôl (1858) estime à 800 ou 900 millions de mètres cubes la quantité ^'icebergs expulsée chaque année par le seul golfe de Godlhaab sous le 65° de latitude, et c'est un des bassins les moins étendus ; le glacier de Jacobshavn lournirait annuellemenc de 2900 à 5800 millions de mètres cubes (Amund Helland, 1875). Comme tous les glaciers, ceux du Groenland sont animes d'un mouvement continu de déplacement vers les parties déclives, et dans l'ouest ils ont gagné du terrain au point que nombre de localités naguère accessibles aux indigènes sont maintenant recouvertes de glace (Nordenskjôld).
Le haut massif alpestre de la côte orientale sépare le Groenland en deux versants: l'occidental, estimé à plus de 500 000 kilomètres carrés jusqu'à la hauhiir (lu 7i° de latitude, ne peut déverser ses eaux que par le fond des golfes qui festonnent le littoral. Cependant la plupart des fiords ne reçoivent pas de rivières de l'intérieur, les glaces s'avancent presque partout jusqu'aux bords mêmes de ces échancrures ; les indigènes indiquent bien entre 65 et 68° plusieurs cours d'eau au fond des floi ds que la glace ne touche pas, mais ils sont de peu d'importance. Pourtant, H. Rink a observé des courants liquides jusqu'en octobre dans l'estuaire de Pakithok, aux environs de Jacobshavn; Kane a découvert dans le détroit de Smith, par 78° 52', le torrent de Mary Munturn, persistant en hiver, et la plus grande rivière peut-être du Groenland septentrional; sur la côte orientale, on a vu sortir des glaciers qui n'atteignaient pas la mer de véritables fleuves jaillissant par des voiàtes immenses, etc. Rink a cherché à expliquer l'absence apparente de grands fleuves en faisant observer qu'ils débouchaient sous les glaces mêmes ; les fiords ne seraient que les estuaires de ces grands courants liquirles. Les ruisseaux formés par la foute des neiges abondent dans les îles et les péninsules du littoral ; des étangs et des lacs assez nombreux sont disséminés entre le rivage et les montagnes, mais de faible étendue en général. Ou rencontre aussi quelques sources d'eau douce qui ne gèlent pas en hiver à Frederikshaab, à Lichlenfels, etc.
On ne connaît pas positivement de volcans dans le Groenland; quelques indices feraient pourtant supposer qu'il en existe dans l'intérieur ; tous les auteurs rapportent qu'entre 66 et 67 degrés, au milieu d'énormes amoncellements de neige, un volcan aurait lancé des flammes en 1785. On n'y a signalé de tremblements de terre qu'en 1757 et 1759, à Lichtenfels, malgré la proximité de l'Islande où ils sont si communs. Des sources chaudes jaillissent dans l'île d'Onartok, à 12 milles de Lichtenau; Isac Barson, chroniqueur Scandinave, en fait mention dès le commencement du quinzième siècle. Le couvent célèbre de Saint-Olaûs s'élevait dans leur voisinage, et d'après N. Zeno (1580) aurait été
construit avec de la lave et de )a pouzzolane fournies par un volcan voisin. Les recherches récentes de Mayor (1875) ont réhabilité les récits du voyageur vénitien, longtemps traités de fantastiques ; il a déterminé avec certitude l'emplacement du monastère dont il ne reste, d'ailleurs, aucun vestige, mais deux sources thermales jaillissent sur la plage occidentale de l'ile; l'une est chargée d'un gaz inodore et marque 54», 5 ; l'autre est à 59°, 5. Toute la nappe est couverte d'une matière rauciloglneuse d'un brun jaunâtre d'origine végétale; l'eau a une faible saveur alcaline et laisse déposer une matière incrustante blanche. L'élévation de température du sol produite par la présence do, ces sources chaudes se traduit par une végétation florissante autour des bassins ; elles sont aujourd'hui de nul usage, car les indigène? ne se baignent pas.
Mentionnons enfin, comme se rattachant au même ordre de phénomènes, l'affaissement de la côte occidentale du Groenland, signalé depuis les temps historiques. Sur quelques points, il a été assez rapide pour devenir sensible pendant un temps relativement très-court. Einar Ilausen dit avoir remarqué un affaissement du sol pendant un séjour de dix-neuf ans au Groenland; le géologue danois Pingel estime que, pendant les quatre derniers siècles, la mer a empiété sur une longueur de plus de 90U kilomètres du nord au sud, et le phénomène doit s'étendie jusqu'à la baie de Disco, par 69 degrés. Ces oscillations remonteraient même, d'après Bessels, jusqu'à la terre de Hall, et les rives du Groenland nord s'élèveraient de siècle en siècle tandis que celle du sud basculent en sens opposé.
Le Groenland est une des régions du globe les plus curieuses pour le géologue, et il abonde en richesses minéralogiques. Au point de vue géognostique, des différences très-tranchées existent entre les parties nord et sud de la côte ouest, et aussi entre les deux lignes côtières ; elles peuvent se résumer d'une façon assez sommaire: Tout le massif méridional à partirj^du cap Farcwell, et les ilôts qui bordent la côte, ai)partiennent aux formations cristallines, gneiss avec schistes cristallins et demi-cristallins, offrant un grand nombre de variétés, et qui se caractérisent par les sommets dentelés de cette région. Plus au nord ((iord d'Arksuk, etc.), on commence à rencontrer des trapps épanchés en dykes compactes sur le flanc des montagnes et se dessinant à l'extérieur sous forme de larges bandes presque verticales, d'une teinte foncée uniforme, qui font saillie à la surface du gneiss ; enfin, dans la partie septentrionale, les trapps ne se montrent plus seulement comme accident des formations géologiques ; ils se sont épanchés en grandes nappes et ont fourni les massifs considérables de Disco, des péninsules Noursoak et Svarten-lfuks, massifs ressemblant sous tous les rapports à ceux de l'Islande. Ici, les montagnes de la côte appartiennent à deux classes de roches complètement distinctes : les trapps en forment à peu près les deux tiers, le reste est la continuation de la formation gneissique du sud qui semble constituer la base des massifs trappéens; mais, dans le nord, le gneiss offre des richesses minéralogiques bien moins variées. Deux faits considérables sont propres à la géologie du Groenland septentrional : l'existence de ces massifs trappéens, et le développement étendu de gîtes carbonifères subordonnés au terrain de trapp ; ces gîtes sont spéciaux à cette région de la côte et n'existent pas dans le sud. La formation Irappéenne de Disco reparaît au cap York; au cap Athol, les roches ignées sont interrompues par des roches de grès et de grauwacke. Au port Foulke, Hayes a signalé des falaises de syéuite d'un brun rouge sombre ; des formations calcaires s'observent sur la terre de Hall. Les formations géologiques
dominantes de la côte orientale, entre 73 et 77 degrés, consistent aussi eu roches cristallines, surtout en sycnites gneissiques souvent traverse'es par des filons de basalte. Dans le S.-O. de l'île Sliannon, Copeland [Germania) a rencontré un vaste plateau gratiniforme (dolérite), P/afe-/'"''"^ ^^ ^^^^ 6t dans d'autres points de l'île, de magnifiques groupes de colonnes basalliques, etc.
L'histoire minéralogiquedu Groenland abonde en détails du plus haut intérêt; plusieurs minéraux rares ou précieux sont spéciaux au pays et à certaines localités ; nous ne pouvons que les indiquer rapidement. Les gîtes métallifères ne sont pas très-communs; à Kaksimiut, district de Julianeshaab, dans l'île Nunarsoit, à Slorôe, on signale pourtant des filons importants de cuivre sulfuré, 66 pour 1 00 de cuivre pur ; dans le fiord d'Arksuk, le gîte d'Iviktuk, galène argentifère et stannifèrc, découvert par Giesecke, mais d'un rendement médiocre, etc. Parmi les minéraux rares ou propres ou Groenland, nous citerons: la tantalile ou colombite ; la fergusonite, qui ne se trouve qu'àSardIok près de Julianeshaab ; le wolfram, le sphène, le benjl, émeraude commune, le zircon; ['arfvedsonite, Yeudyalite, spéciaux au Groenland; la cérite, Vallanite, etc.; eu beaucoup d'endroits, de gros grenats limpides, dodécaèdres, provenant du gneiss. Les environs de Fredoriksliaab fournissent encore de Yamiante, du fer oxijdulé, de la sléatilede Songarsuk, et enfin la ;;/e/-re ollaire dans laquelle les Esquimaux taillent leurs marmites, leurs lampes, etc., et qu'on rencontre moins souvent dans le nord. La formation trappéenne du nord est riche en zéolithes {voy. Rink), mais le terrain de gneiss est moins abondant que celui du sud en minéraux précieux et surtout en métaux, dont, jusqu'ici, on n'a trouvé que des traces clairsemées. Sur les bords du fiord d'Ovifak, au pied des Montagnes bleues de Disco, Nordenskjôld a trouvé, en 1870, trois blocs de fer dont le plus volumineux pesait 20 tonnes, et qu'il a considérés à tort comme de grosses météorites.
Quelques miuéi'aux sont exploités, ou pourraient l'être: la kryoUthe (fiord d'Arksuk), Uuorure de sodium et d'aluminium, contenant 13 pour 100 d'aluminium, mais riche surtout en sodium, et exploitée par les Américains pour la fabrication de la soude ; les granités, le basalte, fournissant la pierre à bâtir; \e calcaire, assez commun, mais généralement magnésien; Y alun, abondant à Storôe, district d'Omenak ; le graphite, en variétés feuilletées et compacte, et •propre aux usages industiiels. IL liink a étudié avec un soin extrême les gîtes .carbonifèresdu nord; il en a signalé plus de vingt disséminés entre 69 et 71 de- "grés sur les îles et les côtes des baies de Disco et d'Omenak, et dans le Waigatt; la plupart de ces dépôts, tel que celui d'Atanekerdluk (Sund de Waigatt, 70"), appartiennent vraisemblablement à la période miocène ; à Riltenbenk le Valoroits, en 1875, a pu s'approvisionner de plus de 100 tonnes de charbon. Du reste, ces dépôts de combustible semblent se prolonger jusqu'aux terres les plus récemment explorées; la Discovery, en 1876, a découvert dans la baie de Lady Fianklin, 81 "4-4', une couche d'excellent charbon, d'une épaisseur de 15 pieds anglais, trouvaille précieuse pour les futures explorations. Payer dit que sur la lisière littorale du 74 au 75" degré de la côte orientale les lignites tertiaires sont assez communes; dans l'île Kûhn, il a trouvé d'épaisses couches de charbon alternant avec du grès. D'après Chancourtois [voy. de la Reine Hortense), les charbons du Groenland ne doivent, ni par leur nature, ni par leur gisement, mériter le nom de houille, et, comme pour le surlarbrandur d'Islande, il inclinerait à expliquer leur existence par l'hypothèse de dépôts littoraux de bois flottés, opinion réfutée par les observations plus récentes. Les
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Groenlandais trouvent d'autres combustibles dans la tourbe et dans les bois Hottes; la première est assez rare et n'atteint qu'une faible épaisseur, mais les bois jetés par les courants aux environs de Fiskernœs et de Godthaab principalement constiluent une ressource assez considérable ; en y comprenant les débris des navires naufragés, la population y recueille une moyenne annuelle de 2000 mètres cubes. Hall en a trouvé jusque dans les baies du Polaris et de Newmann.
Climat. L'isotherme de 0 degré aborde la côte occidentale à Julianeshaab, près du cap Farevvell ; celle de — 5 degrés remonte jusqu'à Chrislianshaab par 69 degrés, et franchit la côte orientale au nord de la terre de Liverpool ; on a suivi celle de — 10 degrés jusqu'à Tessuissak, TS^S-V, et celle de — 15 degrés passe par l'entrée Wolstenholme (terre d'inglefield) ; au delà on possède trop |)eu d'observations pour qu'il soit possible de continuer le tracé de ces courbes. Jusqu'au 65^ degré latitude environ, la zone méridionale comprise entre les isothermes de 0° et — 5° possède un climat supportable, au dire des Danois ; les hivers sont modérés, certaines cultures sont possibles, et la vie s'y maintient sans trop de peine ; plus loin, entre les lignes de — 5" à — 15°, et au delà, elle n'est qu'une lutte incessante contre les rigueurs d'un implacable climat.
A mesure qu'on se rapproche des contrées polaires, les saisons, de moins en moins tranchées, tendent à se confondre en deux périodes extrêmes, un hiver d'une longueur inconnue sous nos latitudes, avec une nuit perpétuelle, et un été de plus courte durée, qui n'est qu'un long jour. Au delà du cercle polaire, dans la baie de Disco, le soleil disparaît du 30 novembre au 14 janvier ; à Tessuissak, dernier poste danois vers le nord, il ne se montre pas pendant près de cent jours; au port Foulke, il reste sous l'horizon du 15 octobre au 18 février; dans la baie du Polaris (81''38'), les compagnons de Hall comptèrent 135, et les Anglais sous le cap Union (SS^SO') 142 nycthémères de nuit absolue. Ces longues nuits sont généralement calmes, pures et étoilées, vaguement illuminées de plus par les lueurs fantastiques des aurores, et, dans le sud, un demi-crépuscule de quelques heures en atténue chaque jour la fatigante continuité. En revanche, à Godthaab (64"), le soleil reste déjà sur l'horizon du 24 mai au 30 juillet ; par 70", il ne se couche pas pendant soixante-cinq jours, et sous le 75*^ (île Shannon), pendant cent trois jours environ, etc.
L'hiver dure huit mois ; généralement, les grands froids commencent avec l'année nouvelle, mais n'acquièrent leur plus grande intensité qu'en février et mars; le froid est sec comme en Sibérie, et cette saison passe sur toute la côte comme la plus salubre. Dans l'ouest, les froids intenses ne sont jamais de longue durée; même dans la baie de Disco, la glace et le dégel alternent tous les quatre ou cinq jours [Égède, journal du 7 février 1738). On a signalé plus d'une fois un singulier contraste entre les saisons du Groenland et celles de l'Europe; il semble que les hivers très-rigoureux dans les climats tempérés correspondent à des hivers cléments vers le pôle et inversement. En 1740, on ne vit pas de glace à Disco jusqu'en mars, tandis qu'en Danemark il gela d'octobre à mai; le grand hiver de 1763 fut moins froid au Groenland que certains étés, mais il y est resté le souvenir de quelques hivers terribles : en 1752-1754, les fiords se couvrirent de glace, les phoques disparurent, et la famine décima les indigènes. Torfœus attribue à celui de 1309 la perte des arbres du Groenland.
Les Groenlandais comptent leur été du commencement de mai à la fin de septembre, et pendant ces cinq mois ils campent sous la tente. Par le fait, la
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belle saison ne dure guère que trois mois dans la partie méridionale, juin, juillet, août, et deux mois à partir de Disco. En dedans des îles, le temps est alors pur et clair, le ciel sans nuages, le soleil brillant; dans les vallons abrités des vents de mer, et où la limite du Sermersoak est assez éloignée, la chaleur est parfois élevée : « dans la baie dePissiksarbik, dit Crantz, le soleil me brûlait entre les coteaux. » Dans les rades encaissées entre de hautes falaises qui concentrent les rayons du soleil, la chaleur est étouffante, le goudron fond quelquefois sur les navires (J. Ross); au mois d'août et à l'ombre, dans le fiord de Sermitsialik, Ilayes a constaté 26°. Ces radiations calorifiques intenses se retrouvent jusque sous les hautes latitudes; Kane, le 11 juillet, a trouvé 52° au soleil près du cap Dudiey-Diggs (76°), le thermomètre n'indiquant que 3" à l'ombre. Quelques étés jouissent d'une chaleur exceptionnelle; à Godhavn (69"), Whymper,en 1867, constata pendant plusieurs jours H- 18»,5 et H- 25° centigrades et une moyenne minimum de + 5°, 56.
La luminosité atmosphérique est considérable pendant ces belles journées de l'été. « On ne saurait, dit Payer, s'imaginer quelle diffusion de lumière emplit l'air des régions arctiques dans les jours sans nuages; cette abondance de lumière est si grande qu'à la longue elle brûle littéralement la peau et qu'elle finirait par aveugler » [voij. Régions polaires). La fin de l'été, ce qu'on pourrait appeler l'automne de ces latitudes, représente en général la plus belle saison, mais sa durée est courte, et déjà l'hiver s'annonce en septembre par des nuits de gelée et des brouillards de verglas.
Les conditions thermoiogiques de deux lignes côtières d'une aussi vaste étendue en latitude ne peuvent se résumer dans une vue d'ensemble; nous nous bornerons à quelques renseignements précis sur diverses localités habitées jusqu'au 75" lat., ou visitées plus au nord par les expéditions polaires. Les observations du tableau ci -joint ont été recueillies à Frederikshaab par Barfoed, de 1856-1860; celles qui concernent Godthaab, Jabobshavn et Upernavik, sont dues à Rink et à Rudulph, et rouleru sur quatorze années.
D'après les observations généralement admises V isotherme de H- 5° passe par Godthaab, 6-4° lat., et correspond daus le Groenland méridional à Visomène de juillet. L' isochimène de — 5° correspond à Julianeshaab, celle de — 10° à Fiskernœs (65"); de — 15° au cercle polaire, vers Holsteinborg; de — 20° à Upernavik; de — 25° à la baie de Melvilie, et de — 50" à la terre Prudhoe. Les isomèttes de janvier ré[)ondent à peu près aux mêmes latitudes; celle de juillet, -f-5", abordant la cote ouest par Godthaab, la longe jusqu'à Disco environ, et se retrouve sur la côte orientale vers le Scoresby-Sound, par 70° lat.
Les abords de la côte orientale, ^à la latitude égale, sont généralement plus froids ; les isothermes se redressent vers le nord. Graah, entre 60 et 65°, n'a pas rencontré un seul jour qu'on pût appeler chaud; le 14 juin, le thermomètre n'avait pas dépasse -f- 12", mais pendant l'hiver, à Nugarbik 65°, 22', il ne descendit pas au-dessous de — 22° à — 25°; quelquefois les vents de S.-O. le faisaient brusquement monter à -(-15°. L'expédition de Claveriiig et Sabine nota, du 16 au 28 août 1825, entre 74 et 75°, une température moyenne de -h 2" 5, un maximum de 11°, 2 et un minimum de — 5°. Scoresby, par 70°, tiouvaità terre une chaleur incommode de 22 à 24" au milieu du jour, mais à un demi-mille de la terre la température ne dépassait pas 5 à 6°. Les observateurs de la Hansa, pendant leur voyage de retour, eurent à supporter en octobre des températures de — 25° (côte de Liverpool) ; au mois d'avril et
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mai, entre 6i et 60" lat., la température oscilla d'une façon très-variable entre — 5° la nuit et -|-22« le jour; le 24 mai, par 60%59', côte (l'Illuidlek, ils rencontraient une chaleur de H-28'î.
Ces régions ne présentent par ailleurs que de faibles oscillations diurnes pendant l'été, à moins qu'elles ne soient provoquées par des bourrasques subites {voij. Moy. de Frederiksliaab) ; par 74'', la Germania n'a souvent vu qu'un écart de 1" à peine entre le jour et la nuit ; seuls, les coups de vent du Xord amenaient des différences de 8 à 10'^ entre le matin et le soir. Entre 71 et 74°, en juillet, côte orientale, Scoresby n'a trouvé cpi'un écart nycthéméral de o» environ. Le refroidissement nocturne au milieu de rété est donc le plus souvent impuissant à provoquer la condensation de la vapeur d'eau atmosphérique, et les Esquimaux ne connaissent guère mieux la rosée que les habitants des tropiques la neige (Ch. Grad) {voij. Régio.ns polaires).
La pression atmosphérique baisse quand la latitude s'élève; au (îroenland. entre 64 et 73°, elle se maintient en moyenne à 756 millimètres environ; Schouw et Poggendorf (Comptes remlus de l'Académie des sciences, t. II, 1856^ p. 575), admettent les hauteurs barométriques suivantes pour trois localités de la côte occidentale : (à 0", au niveau de la mer) Godtliaab, 755™'", 13; Godavhn, 755""°, 16; Upernavik, 756'"™, 80. Ilayes a relevé au port Foalke une moyenne annuelle de 757""", 43 (observations faites à midi) ; moyenne la plus forte 765'"'", 42 en avril ; la plus faible, 752'"'", 52 en octobre. Les oscillations de la colonne mercurielle, très-sensibles dans les mers du Groenland, prédisent généralement bien le temps; quelquefois pourtant, à l'approche des très-fortes tempêtes du Aord, la baisse est lente et n'offre rien d'extraordinaire. Dans les coups de vent violents de la côte orientale le mercure subit de brusques dépressions de 5 millimètres (Germania).
Il tombe moins de p/i/j'e et de 7ieigei[n Groenland qu'en Norvège; Rink évalue à 900 millimètres la hauteur moyenne annuelle des précipités atmosphériques à Julianeshaab; cette quantité diminue à mesure qu'on s'avance vers le nord; à Godtliaab, ils varient de 750 à 900 millimètres et à Upernavik atteignent à peine la moitié de la hauteur observée à la pointe méridionale du Groenland. A Frederikshaab, les précipités les plus abondants ont lieu en janvier, le minimum se présente en aoiit, mais ce mois est le plus brumeux. A Disco, où le ciel est constamment beau pendant l'été, les pluies sont rares, peu abondantes et de courte durée. Pendant dix-sept jours de juin 1868, passés entre 73 et 75°, en face de la côte orientale, la Germania n'a noté que deux heures de pluie. De novembre au solstice d'été, la neige tombe à peu près tous les mois; elle reprend dès le mois d'août par intervalles, mais ne s'empare des terres libres qu'en octobre. Dans le sud, on voit rarement plus d'un pied de neige sur les bords de la mer et elle n'y séjourne jamais longtemps. Au printemps, la sécheresse et la transparence de l'air ; pendant l'été, la présence prolongée du soleil au-dessus de l'horizon, en activent la disparition ; sur les deux côtes les neiges disparaissent pendant plus de trois mois dans les vallées de l'intérieur, dès le mois de juin une grande partie a fondu; sur la côte orientale, le sol en est débarrassé dès le mois d'avril. Dans le sud, elle ne se voit plus en juillet et août sur le flanc des montagnes que par plaques blanches qui tranchent sur les teintes foncées de la roche, elle ne persiste que dans les hauteurs, au fond des gorges et sur les versants mal exposés. Il est pourtant des années calamiteuses oîi elle couvre le sol d'un épais manteau glacé jusqu'au solstice d'été. En
général, dans les deux saisons, les pentes rapides et les lieux ouverts balayés l)ar les vents demeurent complètement libres de neige, et même dans les régions septentrionales (Terre de Hall) le renne et le bœuf mus([ué trouvent facilement à vivre pendant l'hiver. Les limites altitudinales des neiges persistantes dépendent beaucoup plus des influences locales que de la latitude; Rink estime ({u'entre 61 et 75" elle varie de 649 à 974 mètres; sur la côte orientale, elle dépasse 1000 mètres d'après Payer.
Des brumes froides, épaisses et pénétrantes, enveloppent d'une façon presque continuelle les îles qui bordent la côte occidentale et ne disparaissent que pendant le mois d'août; les approches de l'automne marquent leur retour. Elles s'accumulent surtout par les vents de S.-O. ; les vents secs de N.-E. les dissipent et dégagent la bordure des îles. En général, la terre ferme reste libre de ces brouillards, et le temps s'y maintient sec et clair. Frederikshaab, pourtant, est presque toujours couvert de brumes; Sukkertoppen est encore plus brumeux et plus malsain. Ces brumes, beaucoup moins élevées que les montagnes, régnent généralement sur les deux côtes ; dans l'ouest, elles sont dues à la branche détachée du Gulf-Stream sous 50" lat. N., qui longe la côte occidentale du Groenland, et dont la présence a été constatée au delà de la baie de Melville, jusqu'au Smilh-Sound, par 78"30'; la température de ces eaux est pour les terres qu'elles réchauffent une cause d'atténuation du froid. Dans l'est, on ne rencontre ces brouillards qu'en dehors de cet immense cham|) de glace flottant, dont Payer évalue la superficie à 200 000 milles géographiques carrés, la banquise, qui dérive vers le sud sous l'impulsion du courant polaire, et qui constitue une cause puissante de refroidissement pour toute cette côte.
La direction des vents est extrêmement variable, mais les périodes de calme, comme dans toutes les régions arctiques, sont habituellement assez prolongées, surtout en hiver, et leur durée augmente ta mesure qu'on avance vers le nord. Les vents de terre qui sont les vents clairs alternent brusquement avec ceux du large; souvent des courants atmosphériques très-violents passent entre la côte et les îles, tandis qu'un calme prolond règne au large et inversement. Les grandes tempêtes, annoncées par les halos lunaires d'après Anderson, coïncident généralement avec les fortes marées; les plus violentes soufflent du sud, tournent au nord par l'ouest conformément à la loi de Dove et s'y apaisent. Les vents de i\.-E. prédominent, et plutôt pendant les mois d'hiver que peuilant l'été; ceux de la partie sud régnent de préférence en juillet et août; l'hiver, ils varient fréquemment du S.-E- au S.-O. Un des traits particuliers de la météorologie des récrions arctiques, du Groenland occidental entre autres, est l'extrême variabilité de la température sous l'influence des vents durant la partie froide de l'année; des changements soudains du froid le plus sévère à une température douce, et vice versa, se présentent souvent plusieurs lois dans le même mois. Ces hausses très-brusques du tliermomètre coïncident presque toujours avec les vents du sud, du S.-E. à l'E. spécialement, connus sous le nom de Fôhn, Foehn du Groenland, et offrent en effet quelques analogies avec le Foehn de la Suisse; à Frederikshaab, ces vents déterminent des écarts mensuels de o-J", et même dans les plus rudes hivers ils amènent un temps doux, des dégels et de la pluie; à Disco il pleut souvent en plein hiver, et même au delà du Smith-Sound ces mêmes courants aériens déterminent un accroissement très-marqué de la empérature. Les observateurs du Polaris ont vu des oscillations tliermométriques s'élevant parfois en quelques heures à 30 ou 40" par les vents du sud. Iloffmeyer
768 r.nOENLAND.
explique ces faits par la situation j^éograpliique du Gioenlaïul entre des régions dont la température hibernale est extrêmement différente ; à l'O. et au S.-O., dans les territoires de la baie d"Hmlson, au Labrador et dans l'Archipel arctique, la moyenne en janvier oscille de — 20 à — 35» environ; à l'E. et an S.-E., au contraire, le Gulf-Stream, même au cœur de l'hiver, maintient la température de l'Atlantique entre 0° et -j- o". Tous les vents du sud au N.-E. par l'ouest doivent amener des froids proportionnels, tandis que l'E., et le S.-E. pins spécialement, soufflant des régions plus chaudes de l'Océan et n'ayant à parcourir pour atteindre la côte occidentale qu'un trajet plus court par-dessus les glaces de l'intérieur, y apportent au contraire de la chaleur. Le caractère de l'hiver au Groenland dépend donc de la prédominance de tel ou tel vent dans cette saison. Les vents de N. et de N.-E., qui avant d'arriver sur la côte occidentale ont balayé les vastes étendues de la mer de glace, portent le froid au plus haut point et déterminent ces brouillards de verglas si redoutés des Esquimaux.
Sur la côte orientale, 70° — 75», les vents prédominants soufflent du N.-E. au N.-O. ; les plus froids, passant sur la banquise, viennent du sud et aussi du nord direct. Cette côte est battue pendant l'été par de courtes, mais très-violentes tempêtes signalées jiar tous les navigateurs ; elles viennent de l'est, s'élèvent subitement et se calment de même. Elles obéissent vraisemblablement à une forte aspiration de l'air vers les grandes baies fortement échauffées de Scoresby, Davis-Sound, François-Joseph, etc. La vitesse du vent dans ces bourrasques a été mesurée par les observateurs de la Germania à l'île Sabine; un anénomètre de Robinson fut détruit pendant une tourmente qui dépassait une vitesse de H 8 kilomètres à l'heure (pour les rapports existant entre la direction des vents et la température, le baromètre, la pluie, les brouillards, la neige, côte orientale du Groenland, voy. Revue des C. Se. 1872, et Régions polaires du Dictionnaire).
A part les aurores boréales, les manifestations électro-atmosphériques sont fort rares au Groenland, comme dans toutes les régions polaires ; tous les vovageurs sont d'accord sur ce point de météorologie. Crantz n'a vu qu'une fois des éclairs pendant un séjour de six ans, 1807-d815; Giesecke a entendu une seule fois le bruit du tonnerre par 70», de juin à la fin de septembre 1818; J. Ross ne signale aucun phénomène électrique dans le détroit de Davis ou dans la mer de Baffin. Les tables météorologiques de Parry pour ces mêmes parages ne mentionnent pas une fois l'éclair ou le bruit de la foudre; pendant onze ans, à Frederikshaab, Moller n'a entendu que deux fois le bruit du tonnerre, « mais il grondait avec un fracas terrible, et ses roulements longtemps répétés par les échos des hautes montagnes environnantes ressemblaient aux feux de file de la batterie basse d'un vaisseau de ligne » {Voyage de la Recherche, 1856). Scoresby, dans ses nombreux voyages, n'a vu non plus que deux fois des éclairs au delà du 65° lat., et n'a jamais entendu le roulement de la foudre; la Germania (1868) n'a pas eu un seul orage entre 75 et 75°, côte est. Ils se déclarent plus généralement en automne et en hiver; les grands orages de 1757 et 1759 eurent lieu en septembre (Crantz); leur rareté dans ces latitudes est en relation avec le bas degré hygrométrique de l'air, avec la faible élévation de la température, et surtout avec la ^constance de l'été dans ces parages (Ch. Martins) .
Flore et faune. Uniformité de ses productions, absence presque totale d'espèces arborescentes, petit nombre de plantes annuelles et prédominance des plantes vivaces, abondance des cryptogames, tels sont les caractères les plus
généraux de la flore du Groenland. La lisière du littoral seule semble propice à la végétation ; pourtant quelques traditions indigènes, et à certaines époques l'apparition de grands troupeaux de rennes sur les côtes, feraient penser que l'intérieur du pays n'en est pas absolument dépourvu. Si à l'époque miocène le Groenland a possédé des forêts, aujourd'bui les rares spécimens des végétaux ligneux n'atteignent plus la taille des espèces arborescentes; des broussailles de bouleaux nains de quelques pouces de hauteur, des saules qui rampent sur le sol et se ramifient comme des racines, quelques buissons rabougris de genévriers, de groseilliers, d'airelles, de bruyère commune faisant à peine saillie au milieu des tapis de mousses et des lichens, voilà tout ce qui représente les forêts du Groenland. L'expédition allemande n'a signalé que 9 espèces ligneuses sur la côte orientale.
Toute la série des évolutions végétales au Groenland comme dans les régions polaires repose sur l'insolation estivale ; l'accumulation du calorique pendant l'été est considérable, la permanence du soleil au-dessus de l'horizon compensant pendant quatre ou cinq mois les pertes qui résultent de l'obliquité de ses rayons. On doit à Kane une série d'observations faites à l'aide d'un thermomètre à boule noircie (Havre de van Rensselaer), qui attestent un accroissement considérable de la température du sol par l'insolation; dès le 10 mai, la température s'éleva journellement au-dessus du point de congélation (sauf 1 jour) ; le i 5 juin, elle était de +8»7; le 26 juin, de-t-12"5; le 5 juillet, de 20°9; le H août de 18"5, et ne revint au-dessous de 0" que le 4 septembre. Dans le nord de la côte orientale la température de l'air reste inférieure à 0" jusqu'à la fin de mai, mais dès cette époque celle du sol accuse déjà plusieurs degrés à quelques pouces de profondeur. Cependant la terre n'est complètement amollie par le dégel qu'au mois de juin; toutes les transformations des plantes s'accomplissent dès lors avec une promptitude extrême ; en peu de jours les graines germent, les tiges percent le sol, la fleurépanouit sa corolle et mûrit son fruit ; tout cela, à Disco, par exemple, se fait en six semaines au plus, de juillet à la fin de l'été. Sur la côte orientale, l'éloignement plus ou moins considérable de la banquise pendant l'été exerce une influence très-puissante sur la vigueur de la végétation; on s'explique ainsi comment dans les vallées de l'intérieur la flore groenlandaise, stimulée par une lumière continue et par la chaleur qu'absorbe un sol rocheux et de couleur foncée, s'épanouit avec une abondance inattendue et couvre de verdure de grandes étendues de terrain, pâturages des rennes et des bœufs musqués. Cette supériorité de la végétation des fiords sur celle des côtes n'est nulle part plus évidente que dans celui de l'empereur François-Joseph; les naturalistes de la Germania ont trouvé de nombreuses analogies entre la flore de cette contrée et celle des hautes Alpes de la Suisse. La ligne côtière n'est pourtant pas complètement déshéritée, non plus que les îles.'; sur la Terre de Jameson, Scoresby a vu le sol revêtu d'une herbe de plusieurs pieds de hauteur, et il en compare l'aspect à celui des plus belles prairies d'Angleterre ; à Ekolumiut65''ÔO', Graah remarqua une végétation plus active qu'à Julianesbaab où elle passe pour développer le plus de richesse; des prairies verdoyantes près de Frederikshaab descendent en pentes douces vers la mer ; même sur les îles Shannon, Jakson, Clavering, on rencontre au mois de juillet d'épais fourrés de bouleaux, de saules, et des tapis de verdure; les places occupées jadis par les campements des Esquimaux se reconnaissent de fort loin à une belle verdure due aux débris organiques qui s'y sont accumulés.
La distribution des végétaux suivant les altitudes n'est pas ici délimitée comme sur les montagnes des pays tempérés; à iOOO mètres et plus d'élévation, la végétation peut être identique à celles des parties basses du sol, et il est facile de s'en lendre compte ; les sommets émergent toujours au-dessus des brouillards des basses régions; par suite de récbauiïement du sol si considérable pendant le long jour de l'été, l'atmosphère est sans cesse en mouvement et l'air tiède tend à s'élever le long des pentes jusqu'aux cimes échauffées elles-mêmes par les rayons directs du soleil ; les observateurs de la Germania ont constaté un jour -t- 2», 5 à 600 mètres d'altitude, le thermomètre marquant — 17" au pied de la montagne. Aussi trouve-t-on quelquefois sur les sommets une flore plus développée que dans la plaine ; sur le pic de Payer, à 2200 mètres environ, on voit des tapis de mousses longues de 2 et T) pouces et des lichens de couleurs variées. C'est pour ces mêmes raisons que sur les points élevés qui restent à peu près arides la végétation souffre, non pas du froid et de l'humidité, mais de la sécheresse et de la chaleur. Rink est l'observateur qui a déterminé le plus complètement la distribution végétale dans le sens vertical sur la presqu'île de Narsoak, 71°; il admet une région inférieure caractérisée par des bruyères, des graminées et des mousses, puis une région moyenne où dominent les graminées, les cypéracées, les lichens et les mousses; à 1207 mètres disparaît le dernier végétal ligneux, et l'altitude de 1472 mètres, sur la lisière des glaces et des neiges persistantes, marque la limite des dernières plantes vasculaires et aussi des lichens terrestres.
La flore du Groenland est répartie entre moins de 50 familles ; nous ne mentionnerons que les plus riches en espèces ; le chiffre qui accompagne chaque famille indique le nombre connu de ces espèces :
Dlcotylédonées. Familles des Henonculacées, 20; Crucifères, 45 ; Caryophyllées, 47; Rosacées, 29; Onagrariées, 9; Saxifragces, 50; Synanthérées, 25; Éricinées, 22; Scrofulariées, 16; Polygonées, 10; Salicinées, 11; Yiolariées, Labiées, Boraginées, Plantaginées, Portulacées, Cornées, 1 ; Polémoniacées, Lentibulariées, Primulacées, Légumineuses, Ombellifères, 2 ; Papavéracées, Empétracées, Colchicacées, 5; Crassulacées, Rubiacées, Campaniilacées, Gentianées, Plombaginées, 4; Orchidées, Bétulacées, Vacciniées, 5.
Monocotylédonées. Iridées, Aroïdées, 1 ; Potamées, 5 ; Joncées, 22 ; Cypéracées, 54; Graminées, 60.
Acotijlédonées. Filicées, Lycopodiacées, Equisétacées, Mousses, Lichens,. Algues.
D'après une étude plus récente de Lange sur la flore du Groenland {Stiidier til Gr. flora [Sœrtryk afBotanisk Tidskrift] Bind, 12), les Cypéracées sont les plantes les plus nombreuses, 55 espèces; les Graminées ne seraient représentées que par 45; puis viennent les Crucifères, 26; les Caryopliyllées, 27; les composées, 2i; les Scrofularinées, Renonculacées, Liliacées, Fougères, Saxiiragées et Éricinées, figurent pour 12 à 18 espèces chacune, les autres familles de plantes vasculaires n'ont que 1 à 7 espèces.
On compterait 525 espèces vasculaires, d'après Grisebach, sur la côte occidentale, entre 60 et 75°; R. Brown, qui a visité le Groenland en 1861 et 1867, a recueilli 129 espèces dans la baie de Disco par 70°, pendant le cours d'un seul été; 206 espèces composeraient la flore du Groenland polaire (Exp. de VAIert). Sur la Terre de Hall, Bessel a recueilli 16 végétaux Phanérogames, 5 Crucifères, 2 Garyophyllées, 2 Polygonées, 1 Renonculacée, 1 Papavéracée, 1 Rosacée, 1 Com-
GROENLA.ND. 771
posée, 1 Amentacée, 2 Gypéracées, 1 Gramiuée, 1 Joncée. La flore de Claushavn (69°) est relativement riche en Phanérogames et en Mousses; Nordenskjôld y a trouvé 97 espèces, plus 71 mousses et 40 algues. Eu 1855, Lange (voy. Rink) estimait que le total des plantes vasculaires groenlandaises connues jusqu'à cette époque se montait à 344 espèces, dont 126 constatées sur les deux côtes; Pantsk et Copeland, de la Germania, ont rapporté de la côte orientale des collections qui comprennent 81 espèces vasculaires bien déterminées, plus 71 Mousses, 52 Lichens, 17 Algues, 18 Champignons, dont 15 Eudophytes, en tout 242 espèces.
Le Groenland ne produit qu'un petit nombre de plantes utilisées ou qui pourraient l'être; les Esquimau 'c mangent crues la racine et la tige de Vangélique officinale qui, près de Julianeshaab, atteint 1 mètre de haut, et la racine de la livèche {Angelica paludanifolia); des fraises de diverses espèces qui mûrissent à la fm d'août, et qui se retrouvent même en hiver sous la neige; les fruits du groseillier, de Vairelle et autres iirbustes à baies. Ils recherclicnt avidemment Vof^eille, très-commune au Groeninnd, la racine de pissenlit, celle de la historié; quelques algues marines {Alga saccharifera des Islandais) se mangent en temps de disette; les lichens sont quelquefois la dernière ressource pendant l'hiver. Le cochléaria se fait jour au printemps, on le cueille avant les grands froids et on le conserve tout l'hiver sous la neige ; c'est une panacée pour la Groenlandais ; on le trouve abondant partout oii la terre est fumée par les débris de phoques et la fiente des oiseaux. On utilise encore la racine de la grande fougère {Filix ramosa et cornuta) pulvérisée en guise de tabac à priser, la racine du TelepJdum (en Esq. Sortlak), d'une odeur de rose musquée ou de giroflée, le Seduin latifolium en infusion théiforme, etc.
Si, d'après d'anciennes traditions, le Groenland aurait autrefois produit du froment, il est certain qu'à l'époque actuelle on tenterait en vain cette culture; c'est à peine si l'on rencontre dans le sud, vers Julianeshaab et Frederikshaab, quelques lambeaux de terres labourables où l'orge pourrait peut-être mûrir dans les bonnes années. A New-IIerrnhut, du temps de Grantz, un jardin fournissait des laitues, des navets, des raves, choux et poireaux. Ces légumes poussent, en effet, jusqu'au cercle polaire, mais réclament peut-être autant de soins que la culture de l'oranger dans le nord de la France (baron Méquet). Jusqu'au 68° lat., les Danois récoltent des choux, du cresson, du cerfeuil, des raves, du céleri, des carottes, du persil, des fèves; on a essayé aux environs de Julianeshaab la culture des pommes de terre; elles ont poussé à la suite d'hivers cléments, mais n'ont donné que des tubercules sans saveur qui n'ont jamais dépassé la grosseur d'une noisette. La rave blanche réussit mieux, dit-on, mais les profils de la récolte ne compensent pas les soins de la culture.
La faune mammologique du Groenland ne comprend qu'un nombre restreint de familles et d'espèces. Dans les Plantigrades, Vours blanc, Ursus maritimus, qui se rencontre un peu partout, et le glouton, Ursus gulo L., ancarok des Esquimaux, qui, moins rare à la hauteur de Dlsco que dans la région méridionale, provient vraisemblablement du Labrador d'où il a été transporté jadis par les glaces au Groenland.
Dans les Digitigrades, le renard arctique, Canis lagopus, d'un brun sale en été, blanc ou bleu ardoisé foncé en hiver; la Germania en a pris un de couleur noire, en novembre, à l'île Sabine; on le retrouve jusque sur la Terre de Ilall; la loutre marine, Enhydris, Vhermine et la martre zibeline, assez rares.
Deux représentnnls delà famille des Ruminants : le renne ei le bœuf mnxqiié. Le renne (Rangifer tarandus L., var. Groenlandica), différent du reinie lapon, de celui du Spilzberg et de l'Amérique, ne vit au Groenland qu'à l'état sauvage, les Esquimaux n'ont jamais songé à le domestiquer. Il tend à disparaître complètement du voisinage des comptoirs danois; H:dl, à Holstemborg, en 1870. ne put se pro:nrer les peaux dont il avait besoin. Mais on le trouve encore en glands troupeaux dans le nord et sur la côte orientale; pendant un seul hiver, l'équipage de Hayes en a tué 500 aux alentours du port Foidke. La Germania les a rencontres encore plus nombreux entre le fiord François-Joseph et le cap Wynn ; ils disparaissent au delà de TO^SO'. Les Esquimaux du Groenland ne connaissent plus le bœuf musqué, Oi'ibos moschatus, quoiqu'ils en aient conservé dans leurs souvenirs les formes et le nom : Omninak dans le N.-E. de la baie de Baffin, Oumingmak près du détroit de Lancastre et dans l'archipel américain (Parry). On l'a cru absent de la côte occidentale jusqu'à l'expédition du Polaris qui Ta retrouve sur la Terre de Hall, par Sl^SO'; sur l'autre côte, entre 7o et 77", il fréquente les mêmes pâturages que le renne, et en troupeaux tout aussi nombreux; il semble se multiplier vers 77°, mais devient plus rare dans le sud, contrairement à ce qui a lieu pour le renne, qui paraît ne pas dépasser le 76° lat.
Pans l'ordre des Rongeurs, le loir, le lemming [Mus lemmus) et le lièvre polaire, Lepus variabilis ou glaciali^i; ce dernier, devenu assez rare sur la partie habitée de la côte occidentale, remonte jusqu'au portFoulke, 78°; sur la côte orientale. Graah n'en a plus trouvé à partir du 65* parallèle, mais il reparaît au delà du détroit de Scoresby.
La tribu des Chéiroptères, dans les Carnivores, et les ordres des Pachydermes, des Marsupiaux et des Edente's, font absolument défaut au Groenland.
La mammiférie pélagienne, eu revanche, est riche en espèces ; dans les Amphibies, le phoque et le morse; ce dernier {Walross, Trichecus rosmarus), plus nombreux sur la côte orientale, remonte au moins jusqu'à 70° [Germania). Bessels ne l'a plus rencontré près de la Terre de Hall. Le phoque commun {Phoca groenlandica), le phoque à capuchon {Ph. hispida) et le phoque h moustaches {Ph. barbata), abondent sur les deux côtes à des époques déterminées de l'année. Le phoque représente l'espèce animale la plus précieuse pour le Groenlandais : sa chair le nourrit, sa graisse alimente la lampe qui brûle éternellement dans sa hutte ; de la peau il tire ses vêtements et les matériaux de son kaïak et de sa tente, les nerfs remplacent le fil, etc.. Sans le phoque, la race esquimaude s'éteindrait peut-être bientôt dans ces régions. L'espèce la plus commune disparaît du sud en février et mars, et revient avec le printemps en troupeaux serrés qui suivent le long de la côte un itinéraire invariable; vers la lin de mai, ils apparaissent à Frederikshaab, au commencement de juillet à Godlhaab, et ainsi de suite, en avançant toujours vers le nord avec le soleil jusqu'aux confins des (erres connues ; YAlert ne les a plus rencontrés au nord du détroit de Robeson. Les mois de mars et avril sont les moins favorables pour cette pêcbe. Rink estime que chaque année, dans le sud, il se pêche 42 000 phoques donnant 1 750 000 kilogrammes de chair et 7600 barils d'huile.
Dans les Cétacés souffleurs qui fréquentent ces mers, on range parmi les espèces les mieux définies : la baleine blanche [Balœna béluga), la haleine franche (B. mysticetus) , le cachalot, dans la baie de Baffin, le yiarval-licorne, Vhyperoodon à bec, Vanarnak [Monodon spurius de 0. Fabriciusj, etc., et
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dans les Balénoptères, le gibbar ou rorqual du nord, jubarte [Rorqualus boops) ; le rorqual géant, le rorqual à museau pointu [B. rostrata) ; plusieurs Dauphins, Vépaulard, le dauphin blanc, le dauphin ordinaire, h dauphin marsouin, le D. iursio {nesarnakàes Islandais), et quelques autres moins bien connus.
La classe des Oiseaux renferme une riche série d'espèces, notamment dans les palmipèdes :
Rapaces diurnes : des aigles, des faucons, un gerfaut, l'autour, des éperviers.
Rapaces nocturnes : deux espèces de hibou ; la chouette blanche ou chevêche Harfang (jui se rencontre sur la Terre de Hall.
Dans les Passereaux, le corbeau, le geai, le bruant ou ortolan des neiges, le merle des neiges, le hoche-queue, l'alouette lulu, la mésange huppée, des motteux, des traquets, deux passereaux se rapprochant du moineau et du linot; l)lusieurs oiseaux chanteurs nichent dans les parages du fiord François-Joseph.
Gallinacés : le lagopède ptarmigan, la gelinotte blanche.
Échassiers : le héron comnmn, plusieurs pluviers et phalaropes, des maubàches, des bécassines et bécasseaux ; la barge commune, jadreka des Islandais, trois espèces de Chevaliers guignette, la tourne-pierre, le vanneau marin.
La Paimipédie est d'une richesse incomparable en espèces et en individus : le cygne, quatre ou cinq espèces d'oies, une foule de canards, plusieurs sarcelles, des guillemots, des plongeons, des goélands, des mouettes en grand nombre, l'eider, le lumme, des macareux, des puffms, plusieurs sterna ou hirondelles de mer, des pétrels, divers pingouins grands et petits, des stercoraires, des Iiarles, etc..
L'ordre des Grimpeurs, non plus que les classes des Reptiles et des Amphibiens, n'ont de représentants au Groenland.
Dans les Poissons, le nombre des espèces atteint 69 ou 70 (Rink) ; parmi celles qui entrent pour la plus grande part dans l'alimentation, citons : diverses morues, raies, soles, plies, carrelets, flétans, cabillots, rougets d'après Crantz, turbots, barbues; une sorte de petit hareng [Mallotus articus Fabr.), provision précieuse d'hiver pendant la difficile période qui commence en février et se prolonge jusqu'à la fin d'avril ; le requin (goulu blanc) sur toute la côte occidentale ; aux embouchures des rivières et dans les lacs, des truites et des saumons.
Les Crustacés abondent dans les eaux douces et les eaux salées.
Parmi les Insectes, la mouche commune et les moustiques foisonnent dès le mois de mai ; Bessels a rapporte 15 espèces d'insectes de la Terre de Hall, des diptères pour la plupart ; sous 71°, Scoresby a trouvé une ruche d'abeilles renfermant d'excellent miel ; à la hauteur de 73°, la Germania a vu plusieurs papillons diaprés, entre autres un lépidoptère de toute beauté, Colias hecla.
Les Mollusques côtiers ne sont pas très-communs, mais les espèces pélagiques appartenant aux classes des Acéphales, Céphalopodes, Gastéropodes et Brachiopodes, sont plus répandues ; moules, seiches, holoturies, la clio boréale, nourriture de la baleine, etc..
H. Rink, dans sa nomenclature zoologique de la région ouest, compte : 27 espèces de Mammifères, IH Oiseaux, 69 Poissons, 300 Insectes et Crustacés, 155 Mollusques, 87 Annélides, et plus de 100 espèces d'animaux des classes inférieures (J. Reinhordt ; J.-C. Sclijôdte ; O'Môrch; C. Liithen). Jusque sur la Terre de Hall, Bessels a trouvé 8 espèces de Mammifères et 23 Oiseaux.
En fait d'animaux domestiques, l'Esquimau groenlandais ne possède que le
chien appartenant à une race restée sans mélange ; c'est le seul animal que les indigents aient lallié ; ils ne se sont jamais occupés de l'élève du bétail. Les Danois, à force de soins, ont réussi à acclimater quelques espèces, mais la disette de fourrage pendant l'hiver est toujours un obstacle insurmontable. Le mouton ne s'acclimate plus au delà de FrederiksKaab ; dans le sud, les Moraves possèdent quelques vaches et des chèvres qui lésistent mieux, le tout concentré autour de Julianeshaab et de Frcderiksthal ; les volailles ne peuvent se conserver faute de grains. D'après les traditions remontant au temps d'Erik le Rouge, les premiers colons possédaient des chevaux; ils ne seraient aujourd'hui d'aucune utilité, et d'ailleurs on ne pourrait les nourrir.
Démographie. Hygiène. Depuis Égède (1721), le Danemark a pris possession de la côte occidentale jusqu'à la baie de Melville ; sous le nom d'Artic Highlands, les Anglais se sont attribué les terres glacées de Prudhoe et d'inglefield ; les Esquimaux pourtant se déclarent les seuls et légitimes possesseurs du soi et considèrent les étrangers comme des intrus. Les colonies du Groenland danois ont, été divisées en deux inspectorats, sud et nord, comprenant chacun six districts, bnpectoral du sud : districts de Julianesliaab, Frederikshaab, Fi'skcrnes, GodUiaob^ le chef-lieu ; SuLliertojipen et Uolsteinbcrg, sous le cercle polaiie. Inspectorat du nord, ayant pour métropole Godha\n, ou Lievely, sur Disco, et pour districts : Egedesminde,Christianshaab, Jacobshavn, Ritenbenk, Omenak cl Upernavik. De plus, une vingtaine de loges sont disséminées du sud au nord jusqu'à Tessuisaak, 75"55', l'établissement européen le plus septentrional. Les Moraves ont fondé dans la région du sud quatre communautés où iOOO à 1500 indigènes ont adopté leurs doctrines, fiew-hemntt, Lichtenau, Lichstenfels et Friderichsthal, le point le plus méridional habile par les Européens.
Toute la population esquimau-danoise s'égrène dans ces diverses localités, sur une bande côtière de plus de 500 lieues marines; les naturels y occupent 130 emplacements de chasse ou de pêche qui comprennent 5 à 600 huttes. Le chiffre de la population depuis 1721 a subi de fortes lluctuations ; Égède estimait à 10 000 environ le nombre des indigènes à son arrivée; un facteur danois, en 1750, le portail à 50 000 ; la variole importée en 1755 fit parmi eux d'affreux ravages, et elès 1746 la population ne dépassait pas 7000 âmes. Elle descendit même à 5122 en 1789 (Ruhs), mais se releva un peu dans les années suivantes par de nombreux mariages entre les Danois et les femmes indigènes. Le dénombrement de la fin de 1802 accusa 5865 habitants, dont 5621 Esquimaux ralliés, et en 1815 leur nombre dépassait 6000, mais les colonies furent encore dépeuplées par la variole. Cependant, depuis cette époque, grâce à l'introduction de la vaccine (1801), la population indigène a cessé de décroître, et jusqu'en 1852 l'accroissement moyen annuel se cliiffre par 0,0161 pour 10 000. Il existait en :
ibitanls.
hubitaats.
Cette statistique due à Etzel ne roule que sur les indigènes ; 150 Européens étaient déjà fixés dans le pays en 1854, et les colonies comptaient 2000 métis; à la fin de 1855, le recensement indiquait la présence de 258 Européens.