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POPULATION TOTALE (DOCUMENTS DANOIS

habitants.

habitants.

\^li 98U0

En 1870 on avait compté 4655 hommes et 5172 femmes; rapport 899 à 1000, Europe'ens et indigènes compris. Voici la population indigène et le rapport des sexes au 1*^'' janvier 1876 :

Hommes. Femmes. Total. 3 Pour 1000 femmes.

Groenland nord . . . 1986 2127 4115 980 hommes,

Groenland sud . . . 2459 2901 5360 847 —

L'ine'galité entre les sexes est énorme dans l'Inspectorat du sud, Il 79 femmes pour 1000 hommes. A la fin de 1875, la population indigène avait diminué de 154, dont 62 hommes et 92 femmes; au 1" janvier 1877, elle n'était plus <jue de 9374, dont 4986 femmes; en 1878, elle s'est quelque peu relevée, 9408, dont 4069 dans le Groenland nord. Les documents danois admettent pour le Groenland une superficie côtière de 88 100 kilomètres carrés habitables et habités, ce qui donne un chiffre de population kilométrique de 0,1 pour l'année 1874 (9800 habitantsj. Quant aux Esquimaux indépendants du nord, leur nombre, mal connu, semble décroître tous les jours.

Le gros de la population indigène se groupe dans la partie méridionale ; sa densité diminue à mesure qu'on avance vers les districts du nord. En 1870 : district de Julianesliaab, 1000 à 1200 habitants éparpillés le long d'une côle de 60 lieues ; Frederichstlial, 437 ; Nennortalik, 300. Parmi les autres agglomérations, on trouve: Lichtenau, Igallikoet Kraksimeut, dans le sud; Frederikshaab, 800 âmes en 1856; Godlhaab, une moyenne de 300 Esquimaux en hiver; Godhavn, 250 en 1875 (Exp. de VAlert) ; Upernavik, 200; Tessuissak, 60 en 1869 (Ilajcs). Sur 60 autres points, on ne trouve pas plus de 25 habitants en moyenne.

On ne possède que des renseignements fort incomplets sur le chiffre des naissances et des décès ; le rapport entre ces deux éléments démographiques semble, du reste, des plus variables. Dans le district de Frederikshaab, pour une période de six années, 1850-1855, le pasteur Barnfeld a relevé: naissances, 1 80, dont 89 garçons ; décès 1 50, dont 76 garçons ; il y eut 31 mariages, et ce district est un des plus favorisés au point de vue des ressources fournies par la pêche. Le recensement général de 1865 a donné :

JNaissances. Décès. Naissances,

Inspectorat du Nord 143 105 Diff. + 38

Inspectorat du Sud 213 176 Diff. -t- 39

Au total, un excédant des naissances de 77.

D'après Eizel, dans la période de vingt années 1833-1853, et sur une population moyenne de 2504 habitants, dans les colonies de Gothaab, Frederikshaab €t Julianeshaab, la mortalité annuelle moyenne a été de 56,9, soit 22,7 pour 1000 habitants. En 1877, dans le Groenland nord, le nombre des décès s'est trouvé exactement égal à celui des naissances, 156 ; mais dans le sud 210 naissances pour 313 décès. En 1878, le nombre des décès dans le nord a dépassé de 49 celui des naissances, mais pour le pays entier il y eut 387 naissances

pour 255 décès ; d'une année à l'autre, l'accroissement de la population n'a donc atteint que le faible chiffre de 41 individus; en 1874, il avait monté à 114.

En dehors des établissements danois, la distribution géographique des Esquimaux est peu coimue ; leurs traditions rapportent que leur race s'étendait autrefois fort loin dans le nord et prospérait dans des parages qui ne sont plus aujourd'hui que des déserts glacés ; des communications suivies existaient entre les indigènes des environs d'L'pernuvik et ceux du c;ip York, et aussi plus au nord. Cependant, en 1818, J. Ross trouva sur la terre de Prudhoe une tribu isolée d'Esquimaux qui se croyaient les seuls habitants ce l'univers. Kane et Rayes, entre 76 et 78". ont encore rencontré des habitants épars dans le Wolstenholm Sound jusqu'au port Foulke ; mais au delà on ne voit plus que des traces d'anciens campements jusqu'au pied du glacier «le llumboklt et par 82" (Hallj ; sur la Terre de Grinnell, VAlert a retrouvé les derniers vestiges de l'homme, par 81°52', hauteur à laquelle les Esquimaux traversaient sans doute, jadis, le canal de Robeson vers le Groenland. Les établissements indigènes dans le Groenland septentrional et sur la terre de ^Vashington sont distants les uns des autres d'environ 40 milles, et ne consistent chacun qu'en quelques huttes avec une population réduite à 18 ou 20 personnes.

La population de la côte orientale est à peu près inconnue; en 1822, entre 70 et 74", Scoresby vit des campements d'Esquimaux qui se levaient et disparaissaient dans l'intérieur à l'approche du navire ; dans l'île de Traill et sur la Terre de Jameson, il trouva des vestiges récents d'une population sédentaire et des tombeaux, mais ne vit aucun indigène. En 1823, Sabine était entré en rapport avec une dizaine de naturels établis à quelques lieues au sud des îles du Pendule et sur l'île Clavering. Mais les dernières expéditions ont constaté la complète disparition de l'homme dans ces parages. Au cap Mary, où quarantesix ans auparavant Clavering avait vu un village, la Germania n'a plus trouvé que quelques huttes vides, des caches abandonnées et plusieurs tombeaux intacts. Sur les îles Shannon et Jackson, sur celles du Pendule, dans la baie Mackenzie, au cap Ritter, dans le fiord François-Joseph, etc., partout on voit des huttes très-anciennes, des enceintes de tentes, des tombeaux, des caches à provisions, mais l'homme a désormais déserté ces latitudes ; et même dans le sud, îles d'IUuidlek, d'ivimiut, etc., oii Graah trouva encore une certaine agglomération indigène, la Uansa n'a plus rencontré que de rares et anciens vestiges. Graah estimait à 600 indigènes environ la population riveraine qu'il rencontra entre 60 et 65" (1850); elle lui sembla moins considérable dans le sud que vers le nord, beaucoup d'indigènes ayant rallié la mission morave de Frederichsthal ; ils dirent à Graah que leur nombre diminuait constamment.

Les questions d'origine, d'ethnologie, théogonie, linguistique, etc., de la race esquimaude, ont trouvé place dans d'autres articles du Dictionnaire [voy. Britanniques {possessions), Amérique, Esquimaux, Races, Sibérie) ; des caractères spéciaux de la race, des mœurs, des habitudes sociales de la race esquimaugroenlandaise, nous n'envisagerons que ce qui a trait le plus directement à l'hygiène de ce peuple dans ses éléments les plus généraux.

L'organisation civile des établissements danois est très-simple; chaque inspectorat est placé sous la juridiction d'un gouverneur qui jouit d'une autorité absolue; le district est régi par une sorte de parlement mixte, et tout indigène est sujet du Danemark et justiciable de ses lois. A la tète de tous les petits

Groenland; . 777

clablissemenls, un chef local, Colonïbeshjrere, pilote de la colonie, danois ou sang mêlé, est chargé des affaires du district et des intérêts de la compagnie dont relève tout le commerce groenlandais. Cette compagnie date de 1781 et a été établie sur le même plan que colle de la baie d'iludson ; le commerce tout entier est un monopole de la Couronne, qui s'étend à tous les sujets danois du Groenland. Les approvisionnements de toute espèce que la métropole expédie chaque année sont répartis entre les divers districts; ceux-ci, en retour, accumulent leurs produits dans les entrepôts, d'où ces mêmes navires les (ransportent en Danemark. Aucun étranger n'a le droit de Iratiquer sans l'intermédiaire du Bestyrere, et ailleurs qu'à l'entrepôt de chaque station. Le numéraire n'existe pas, tout le commerce se fait par troc ; les fonctionnaires eux-mêmes reçoivent leur traitement en un papier spécialement créé pour le Groenland, et ce papier n'a cours que chez les marchands des factoreries. Le gouvernement danois estime, non sans raison, qu'il y aurait de grands inconvénients à permettie aux Esquimaux de commercer librement avec les étrangers ; leur passion pour les liqueurs fortes les mettrait à la merci du premier venu qui leur offrirait de l'eau-de-vie. Les mesures rigoureuses imposées par le monopole ont eu, du moins, pour heureux effet, de prohiber absolument l'introduction des boissons spiritueuses dans le pays.

Le commerce d'exportation consiste en stock-fish (morue séchce et non salée), fourrures, édredon, peaux et graisse de phoques, lard et huile de cétacés, lichens dont quelques-uns sont appliqués à la teinture et utilisés en médecine, cryolithe (4750 mètres cubes en 1877), etc. La production des graisses s'est élevée à 1250 tonneaux en 1874; la même année, le commerce groenlandais avec la France figurait pour 800 000 francs aux importations, et 1 100 000 francs à l'exportation. Riuk estime que les 6000 Esquimaux du sud encaissent une valeur d'environ 37 000 écus danois par an, à peu près 55 écus par famille, recette inférieure, du reste, à la valeur des produits livrés. Sur la côte nord, la pêche de la baleine donne un revenu moyen de 50 écus par famille, dépensés en tabac, sucre, café et verroteries. Importations 1874-1876, année moyenne : 2 561 768 francs ; exportations, 1 642 194 francs.

L'Europe y importe des farines, du sel, des légumes secs, des matières tinctoriales, du tabac, de la poudre, des armes, des étoffes, de la quincaillerie, etc.. Il existe aussi entre le sud et le nord une sorte de commerce intérieur; le sud, en échange de lampes et de marmites en pierre oUaire, de peaux et autres objets, rapporte aux entrepôts des dents de morse, des fanons de baleine, etc. Les Danois favorisent peu ces échanges qui ont pour résultat fâcheux de rapprocher les indigènes des équipages étrangers. Les habitants de la partie méridionale, concentrés autour des postes danois, plus actifs et plus industrieux que leurs compatriotes du nord, se livrent plus spécialement à la pêche de la morue, du requin et du hareng; dans les districts septentrionaux, celle de la baleine, du morse et du phoque, occupe tous les bras. Quant aux Esquimaux du détroit de Smith, c'est pour Kane « un peuple sur son déclin, presque vieilli, séparé du reste du monde et écrasé par les nécessités de la vie présente » [The second Grinnell Exp., etc.).

Les belles recherches de Rink le portent à conclure qu'au point de vue de la colonisation européenne il y a très-peu à gagner au Groenland en tant que production industrielle; la pêche offre trop de dangers, le climat est trop rude et le sol trop stérile pour que l'exploitation de la côte occidentale, à l'époque actuelle, donne des bénéfices rémunérateurs.

Les mariages entre Danois et femmes groenlandaises ont donné lieu depuis un siècle à une race de métis assez nombreuse et de tant de degrés qu'il n'est pas toujours facile de les distinguer des indigènes. Ces métis se rapprochent plus généralement de l'ascendant paternel par la physionomie générale; la taille s'élève, le prognathisme est moins accusé, les yeux perdent le caractère d'obliquité de la race mongole, l'iris prend assez souvent une teinte bleue ou grise comme chez les Danois ; les cheveux et la coloration de la peau les rapprochent le plus souvent des Européens méridionaux, mais quelques-uns par leur chevelure blonde et le teint rosé du visage se distinguent à peine des Eui'opéens du nord ; tous conservent de leur première origine une remarquable petitesse des extrémités. On rencontre de beaux traits parmi les hommes, et certaines femmes de sang mêlé ne manquent ni de grâce ni de beauté réelle. Au point de vue intellectuel, les métis se lapprochent davantage des indigènes; on constate toutefois chez les descendants des pères danois plus d'ordre et de propreté. Ces qualités s'amoindrissent à mesure que les métis s'éloignent davantage du premier sang, mais le mélange des deux races ne laisse pas moins subsister une conséquence favorable (duhs).

Le caractère du Groenlandais a été apprécié par les voyageurs d'une façon très-contradictoire; c'est, dit Maltebrun, un mélange indéfinissable de qualités bonnes et mauvaises. Très-attachés à leurs usages nationaux, les Esquimaux ralliés n'ont accepté que lentement l'influence d'une civilisation étrangère et, tout en adoptant la religion des colons et en fréquentant leurs écoles, ils ont conservé la plupart des préjugés et des coutumes et le genre de vie de leurs ancêtres ; les efforts des missionnaires n'ont pu triompher, ni des superstitions toujours vivaces, ni des goûts nomades des indigènes. L'inconstance et VincuriosUé, selon l'expression de Crantz, forment les traits principaux de leur caractère; apathique, insouciant du bien et du mal, étranger au sentiment du devoir et à celui de la reconnaissance, incapable de dévouement, le Groenlandais ne tient qu'à la jouissance immédiate et à la satisfaction de ses caprices ; « patient et pacifique, sauf en état d'ivresse, peu enclin au vol et à d'autres vices, il résiste à la force, mais se laisse conduire par la persuasion et par des représentations qui frappent sa raison « (Crantz). La superstkion et l'intérêt peuvent l'entraîner à des actes de cruauté ; le meurtre des vieilles femmes, des veuves infirmes et des hommes incapables de travail, celui des enfants orphelins, la vendetta, n'étaient pas rares, il y a encore peu d'années, même dans les établissements danois. Les missionnaires ont réagi, non sans peine, contre ces abominables mœurs qui persistent encore parmi les peuplades indépendantes. Pourtant, ils vivent entre eux en bonne harmonie, les crimes sont très-rares; Hayes (1869) n'a entendu citer qu'un seul fait passible de la peine capitale. Ils ont, du reste, la plus haute opinion d'eux-mêmes et professent pour l'étranger un profond dédain. Tous les explorateurs ont signalé leur déplorable manie de troquer, et aussi leur incurable imprévoyance. On a pourtant exagéré ce dernier défaut; J. Ross a vu les naturels, entre 76 et 77°, amasser des provisions sous terre pour la mauvaise saison; Hayes a ouvert près d'Etah plusieurs caches contenant chacune la chair d'une dizaine de phoques ; Râe a retrouvé la même prévoyance chez les Esquimaux de l'ouest, par 118° long. 0. P. Dans les postes européens, les Moraves les ont astreints à s'approvisionner pour l'hiver et à vivre avec économie. Rink a calculé que dans l'hiver de 1854 les Esquimaux de la côte méridionale rassemblèrent

environ 400 tonnes de lard de cétacés, 26 000 livres de viande, et 126 000 livres de poissons séchés.

La plupart, surtout les métis, ont appris les métiers de tonnelier et de forgeron, et la construclion de petites embarcations ; ils excellent dans ces travaux manuels. Ils savent lire et écrire, ont des aptitudes pour la musique, et une facilité remarquable d'imitation, par le dessin, des animaux, des terres, etc. (voy. Voy. de lioss et de Parry). Une imprimerie établie par Rink à Godtliaab, en 18S9, a publié en langue mnouit uue collection d'intéressants récits bistoriques et de légendes indigènes, avec des gravures sur bois ; c'est à un Esquimau que sont dues les illustrations de l'ouvrage de Rink sur le Groenland. Un Esquimau dont on l'etrouve le nom dans la plupart des dernières expéditions polaires par le Smith-Sound, Uans llendrick, a lui-même écrit l'histoire de sa vie, traduite en anglais en 1 8 7 8 {Memoirs of H. Hendrick, etc. . . , F. Bibl. ) . A Jacobshavn , il est rare de trouver maintenant une femme qui ne sache pas lire et écrire ; on y a fondé un séminaire pour l'éducation des jeunes indigènes qui veulent devenir catéchistes ou instituteurs (Hayes).

Le Groenlandais se marie dès qu'il atteint sa vingtième année; les mariages consanguins sont rares jusqu'au troisième ou quatrième degré ; l'Esquimau rallié reste monogame; la polygamie qui existe encore chez les nomades (1 sur 20 environ), et qui s'explique par l'excès de proportion des femmes, a été abolie par les missionnaires, et c'est parmi les femmes que la monogamie a fait le plus de prosélytes. En revanche, la religion protestante admettant le divorce, la répudiation atteint souvent la femme stérile. Une grande harmonie règne dans les ménages, et l'infidélité conjugale occasionne rarement des scandales (Crantz).

Petit de stature, d"',50 tout au plus, le Groenlandais est robuste et dur à la fatigue; il a le pied leste et la main adroite, et est excellent tireur; l'équipage du Pvlaris réfugié sur son radeau de glace n'a dû son salut qu'à l'adresse des <leux Esquimaux qui partageaient sa fortune. Tous naissent chasseurs ou pêcheurs, et ces aptitudes naturelles sont habilement développées par les Danois. Le climat et la nécessité surexcitent leur activité; il est rare de les voir inoccupés (Crantz); à l'époque de la pèche, ils ne donnent que cinq et six heures, en hiver, neuf et davantage. Le tronc et les bras acquièrent par l'exercice du liaïak un développement musculaire qui contraste avec la faiblesse des extrémités inférieures, courtes, cagneuses et légèrement tordues. Cette différence se retrouve chez la femme habituée de bonne heure à porter des fardeaux et à manier l'aviron dans de grandes embarcations (umiaks). L'Esquimau n'a pas seulement les apparences de la force : les essais comparatifs faits à bord de la Reme-Hortense ont montré que le Groenlandais dont les membres sont bien développés, et les extrémités petites, presque élégantes, peut lutter avec les Européens d'une force moyenne (Bellebon et Guérault).

Son habitation varie suivant les saisons et les latitudes ; sur toute la côte danoise, il se blottit l'hiver dans ces huttes de pierre et de tourbe dont tout le monde a lu la description ; de mai à la fin de septembre il campe sous des tentes de peaux ; ce n'est que dans l'extrême nord qu'on rencontre la Maison de neige, Snow-house. La hutte groenlandaise, souvent assez spacieuse pour loger de trois à dix familles, leur assure une protection efficace contre les froids de l'hiver ; l'intérieur, chauffé par les lampes qui ne s'éteignent jamais, atteint des températures qui leur permettent d'y vivre presque nus ; Kane, par 78° lat.,

Y a trouvé de -h 16 à -h 32" pour des températures extérieures de — 45". Qu'on se figure accumulés dans ce milieu dépourvu de toute aération les produits plus ou moins corrompus de la pêche ou de la chasse, chair de phoque, poisson, sang caillé, les vêtements de peaux qui sèchent au-dessus de la lampe, l'urine conservée pour la toilette des femmes, l'huile infecte des lampes, et tout autour de la hutte des amas d'immondices à tous les degrés de putréfaction, et l'on aura une idée de la repoussante fétidité de ces habitations et de leur horrible insalubrité. Les tentes, n'abritant qu'une seule famille le plus souvent, sont plus propres et plus saines que les huttes, mais ne sont habitables que pendant l'été. Quant aux Danois, ils habitent des maisons en bois à un étage, enduites de goudron à l'extérieur, confortables et faciles à chauifer économiquement.

Le vêtement de l'Esquimau, peu différent dans les deux sexes, formé de fourrures et de dépouilles d'oiseaux, le protège efficacement contre le froid et semble admirablement approprié au climat et à son genre de vie. Mais ces peaux imprégnées d'huile et de graisse ont les inconvénients de l'imperméabilité, et par l'atmosphère humide et chaude qu'elles entretiennent à la surface cutanée elles jouent un grand rôle dans l'étiologie des dermatoses si fréquentes au Groenland. Les femmes seules ont adopté le linge sous leurs vêtements de peau, mais sans grand bénéfice au point de vue de l'hygiène, car il n'est jamais renouvelé que lorsqu'il tombe en lambeaux. Du reste, la notion delà malpropreté n'existe pas pour eux, et c'est un trait ethnologique que Kane explique par leur régime diététique, par leur genre de vie, et par l'intensité du froid dont l'action instantanée suffit pour arrêter les fermentations. L'Esquimau sent le poisson pourri, les femmes se lavent avec de l'urine, les hommes ne se lavent jamais ; l'odeur qu'ils exhalent n'est pas supportable pour les Européens ; les missionnaires danois ont de la peine à y résister dans les églises, même en hiver.

Le Groenlandais repousse comme une injure l'appellation d'Esquimau, mangeur de poisson cru, donnée à cette race par les Indiens du Nord-Amérique ; sans répugner à la chair crue du phoque, il la préfère bouillie, et l'on retrouve des marmites de pierre oUaire jusque chez les nomades du nord. C'est aux amphibies (phoques et morse) et aux poissons qu'il emprunte ses principales ressources alimentaires; les cétacés ne viennent qu'au second rang. Il ne boit guère l'huile de phoque comme l'Esquimau de l'ouest, il la réserve précieusement pour sa lampe qui le chauffe, l'éclairé et lui fournit sa boisson habituelle, l'eau de la neige fondue. Sa voracité est incroyable ; Rink eu a vu qui mangeaient journellement pendant deux à trois mois plus de 10 livres de viande, sans compter les coquillages et les végétaux, et sans que jamais aucun d'eux ait paru incommodé par cette masse d'aliments, Huyes évalue à 12 et 15 livres la quantité de chair et de graisse que les Esquimaux du nord ingèrent par jour, large alimentation dans laquelle ils trouvent leur préservatif contre le froid. Grâce au contrôle exercé par le monopole commercial, Rink a pu calculer les quantités d'objets de consommation de toutes espèces qui représentent les ressources bromatologiques du pays ; il entre dans la consommation annuelle : 250 tonneaux métriques de chair de renne ; 50 de chair d'oiseaux fournis par 17 000 palmipèdes; 1750 tonneaux de chair de phoque, 120 de lard de cétacés, 50 de chair de dauphin et de morse; 1800 renards, 10 000 perdrix, 200 000 œufs. Les harengs, mollusques, coquillages côtiei's, figurent pour 2 millions de kilogrammes dans l'alimentation. Les provisions importées d'Euz'ope se montent à 100 tonnes de pois et de gruau, et 50 000 kilogrammes de pain et de

farine; et pourtant, malgré cette masse énorme de substances alimentaires, la population est quelquefois réduite à la dernière misère. Kane, qui a si bien observé les Esquimaux du nord, croit que cette polyphagie qui semble prodigieuse à un étranger est plutôt une nécessité de leur existence et de leur organisation que le résultat d'une gloutonnerie inconsidérée; un exercice incessant et leur constante exposition au froid occasionne chez eux une perte de carbone qui doit être énorme. Pour lui, cette consommation excessive, plutôt que l'imprévoyance, donne l'explication vraie des disettes.

L'hiver au Groenland est la saison de misère ; le phoque est rare, les rennes ont disparu, les quelques provisions amassées sont vite consommées; il vient un moment où il ne reste comme ressources à l'indigène que les coquillages, quelques espèces d'algues marines (tang), des lichens déterrés sous la neige ; il en arrive parfois à dévorer ses chiens et jusqu'aux peaux de ses tentes. 11 supporte, du reste, ces privations avec une résignation étonnante ; comme les animaux hibernants, il subit lui-même une sorte d'engourdissement pendant lequel la circulation se ralentit et les dépenses physiologiques diminuent; confiné dans sa hutte, il vit pour ainsi dire par aulophagie aux dépens de la graisse qu'il a accumulée pendant l'été, et il atteint dans cet état de torpeur le printemps qui va lui rendre la vie en ramenant la chaleur et les animaux dont il se nourrit. Les œufs et les jeunes d'oiseaux aquatiques, en attendant le retour des phoques, lui procurent alors une nourriture réparatrice et appropriée à l'état de ses organes digestifs affaiblis par une abstinence forcée, ou fatiguée par une alimentation grossière (Bellebon).

Ces alternatives d'extrême abondance et d'extrême disette modifient singulièrement l'état physiologique de l'Esquimau ; à la fin de l'été, il est gras, pléthori(jue, presque obèse; au sortir des privations de l'hiver, maigre, affirmé, il offre tous les signes de la débilité et de l'anémie; mais ce n'est qu'un étal temporaire, car il renaît et répare ces pertes avec une promptitude merveilleuse dès que l'été lui ramène l'abondance.

Llepuis quelques années, les Groenlandais ont été pris d'un goût passionné pour certaines denrées exotiques, fèves, gruau d'avoine, pois, café, morue sèche; le pain est pour eux un aliment de luxe, mais, chose singulière, la chair de porc leur inspire une profonde aversion. En revanche, tous ont une déplorable avidité pour l'eau-de-vie, l'eau de folie, comme ils l'appellent, qui a pioduit des résultats désastreux parmi les tribus indépendantes; jusqu'ici, les Danois en ont préservé les habitants de leurs colonies.

La vie du Groenlandais est courte, car il est peu de pays oij l'existence soit plus péniblement disputée ; les accidents de la chasse et de la pêche ; les privations, les famines de l'hiver, son hygiène déplorable, tout semble concourir pour en précipiter le terme. Les médecins de la Reine Uortense furent frappés de la rareté, presque de l'absence des vieillards ; dans le district de Frederikshaab, ffui comptait 800 âmes en 1856, 2 hommes seulement avaient atteint 54 ans; 15 individus, dont 6 fem.mes offrant déjà l'aspect de la décrépitude, accusaient l'ào-e de 45 ans; de 50 à 40 ans, on en trouvait 145; de 20 à 50, 296; le chiffre restant, 244, représentait le jeune âge jusqu'à 20 ans. L'homme ne dépasse «^uère 50 ans; les femmes, mieux nourries et moins exposées aux danf^ers de la vie de pêcheur, quoique chargées par ailleurs de tout le poids du travail, comme chez tous les peuples sauvages, atteignent souvent 60 ans, Crantz dit même 70 et 80 ; et pourtant ce peuple se maintient dans ces régions désole'es

et ne s'estime pas malheureux; le Gioenlandais aime son affreuse patrie et meurt de nostalgie à Copenhague. Néanmoins, avec V. Heliwald, on ne peut méconnaître, à côté d'un développement intellectuel incontestahle chez les habitants du Groenland, une décadence matérielle certaine ; la cause en est dans les modifications profondes imprimées à leur état social et à leurs mœurs par l'intervention étrangère.

Pathologie. C'est dans l'àpreté du climat et dans les oscillations saisonnières dans leur genre de vie et leur régime hygiénique, et dans quelques importations morbides, qu'il faut chercher les éléments patliogéniques prédominants parmi les habitants du Groenland. Malgré la rigueur du climat, ces régions sontsalubres; les maladies infectieuses de provenance tellurique y sont inconnues, le froid enchaînant la genèse et l'activité dos miasmes. En générai, dit Crantz, l'air du Groenland est pur, léger et très-sain. Les premiers missionnnaires y ont joui pendant de longues années d'une santé vigoureuse malgré des privations excessives, et de nos jours il n'est pas rare d'y voir des colons qui ont conservé leur santé après un séjour de 10, 20 et 55 ans. Des vêtements chauds, une alimentation abondante, surtout animale, et l'activité corporelle, sont les conditions nécessaires au maintien de la santé.

Les maladies cutanées prédominent chez les indigènes. La malpropreté inimaginable de ce peuple, l'imprégnation constante de la peau par l'huile et la graisse de ses vètenients, la nature de sou alimentation par le poisson et la chair de cétacés et d'amphibies , expliquent pourquoi peu de Groenlandais sont exempts de pnirigo, d'eczéma, etc.. La gale est également commune chez les deux sexes et se retrouve avec tous ses caractères habituels ; Crantz avait signalé l'absence de vésicules psoriqucs sur les mains, et quelques auteurs n'étaient pas éloignés de croire à une espèce différente par son siège et ses caractères. 11 n'en est rien pourtant; pour Bellebon et Guérault qui ont, en effet, vérifié cette prétendue immunité locale, elle tiendrait à une sorte de macération continue des mains par l'eau de mer; la main de l'Esquimau qui a passé plusieurs heures dans son kaïak est blanchie et toute ridée par le contact de l'eau froide, mais le pli du bras, les cuisses et le bas-venlre, présentent l'éruption caractéristique et elle est des plus confluenles. Le prurigo et Veczéma revêtent quelquefois les formes les plus graves ; le prurigo se voit plus spécialement chez les hommes âgés, prurigo senilis, pas un peut-être n'en est exempt. Cette affection grave que les premiers missionnaires désignent sous le nom de lèpre comme particulière au Groenland, sorte d'ulcération étendue et universelle avec prurit violent et production de squames, n'est probablement que l'eczéma chronique et généralisé, avec complications variées comme dans le cas relaté par Bellebon et Guérault : gerçures profondes au niveau des articulations, croûtes jaunâtres couvrant d'un masque la face et les lèvres, et pénétrant jusque dans l'intérieur du nez et des oreilles ; squames imbriquées, plaques livides exhalant une sérosité roussàtre,. tuméfaction de la peau, engorgement des ganglions inguinaux et axillaires,. démangeaisons atroces. Crantz n'hésite pas à attribuer ces accidents à l'alimentation par le poisson.

Le psoriasis sous ses diverses formes, le favus et Vichthijose, se rencontrent moins fréquemment ; la lepra vulgaris n'est pas spéciale à la branche groenlandaise; Lyon, aux îles Savage, remarqua sur les poignets de quelques hommes des taches de lèpre blanche qui ressortaient sur la couleur brune de la peau. La lèpre proprement dite, spedalsked des peuples Scandinaves, n'existe pas au

Groenland. Le cancer labial n'y est pas rare. Mûrhy et Braseii donnent comme très-fréquents les furoncles, les abcès et divers exanthèmes mal définis.

Dans les mois du printemps surviennent ces inflammations douloureuses des yeux désignées par les Américains sous le nom A" aveuglement ou cécité des neiges, snow-hlindness ; à cette époque de l'année, les brumes sont rares, l'air est pur et le soleil éclatnnt ; la réflexion de la lumière sur l'éblouissante surlace des neiges impressionne vivement la rétine babituée à la longue obscurité de l'hiver qui vient de finir ; tous les explorateurs ont mentionné cet effet aveuglant des neiges au soleil, dans lequel quelques auteurs ont cru voir une sorte d'amblyopie amaurotique par action d'une lumière trop vive. Cependant, rien ne prouve qu'il y ait réellement amaurose; cet éblouissemcnt n'est que le début d'une blépharo-conjonctivite d'un caractère très-aigu, mais sans gravité consécutive dans l'immense majorité des cas. Ces mêmes ophthalmies se développent aussi par action mécanique directe; les vents violents du printemps soulèvent des nuages d'une neige divisée en cristaux extrêmement ténus qui agissent sur les paupières à la manière d'aiguilles très-aiguës ; de plus, l'agglutination des cils par les larmes congelées, l'acre fumée qui remplit la hutte de l'Esquimau, provoquent des douleurs cuisantes, du larmoiement, de la photophobie, la sensation de graviers entre les paupières, etc. (Parry). Cette forme caractérisée à l'état chronique par la rougeur des yeux, la bouffissure et l'ulcération des paupières, la cliute des cils, est commune chez l'Esquimau et se retrouve chez les chiens eux-mêmes. Pour atténuer l'intensité de la lumière, il place devant les yeux deux lames de bois ou d'ivoire très-minces, percées à leur partie moyenne d'une fente étroite et transversale; l'appareil est assujetti derrière la tète par vm lien. Quelques peuplades indiennes d'Amérique traitent ces ophthalmies par l'exposition des yeux à la vapeur d'eau chaude; les Groenland;iis préfèrent les lavages fréquents avec de l'eau très-froide et pratiquent des scarifications sur le front. Le tabac à priser, pour lequel l'Esquimau a une véritable passion, passe, au Groenland, pour posséder une action préservatrice et curative de ces conjonctivites, et cette opinion est partagée par les résidents eux-mêmes qui attribuent à cette sorte de moyen dérivatif une diminution notable dans le nombre et la gravité des maladies des yeux {voy. Régions polaires).

La pléthore sanguine, dit Lombard, est le trait caractéristique de la pathologie arctique; décrite par Égède qui l'avait observée chez les Groenlandais, elle a été signalée par les voyageurs qui ont plus récemment observé les Esquimaux de l'extrême nord. Cette disposition pléthorique est sans doute sous la dépendance d'une alimentation exclusivement animale; Lombard l'attribue aussi à l'intensité du froid qui détermine l'hyperémie, etc. [Clim. méd., t. Il, 1877). L'élément sanguin prédomine, en effet, dans le tempérament de l'Esquimau, et cette race possède une prédisposition toute particulière auxhémorrhagies nasales. Davis l'avait remarqué ; Lyon signale des é|)istaxis fréquentes chez les naturels des îles Savage; Franklin dans le détroit d'Hudson, Parry à Igloolik, ont reproduit cette même observation. Les Groenlandais, rapporte Crantz, saignent fréquemment du nez par la trop grande abondance de sang que l'huile, la graisse et la chair de poisson leur occasionnent. Il ne parle que de ces hémorrhagies actives qui surviennent au milieu de l'été, sous l'influence d'un régime animal surabondant; elles sont alors pour l'Esquimau le remède à cet état de pléthore et à cette excessive richesse sanguine, source de maladies phlegmasiques et de

coni^estions viscérales; ce sont des dyspnées violentes et des céphalalgies par contestions pulmonaires ou cérébrales. Dans ces cas, il a volontiers recours à la saignée du bras dont il a su apprécier l'efficacité. Ces épistaxis reparaissent au printemps, au sortir de la période de disette, et semblent liées alors à un état d'anémie, d'hypoglobulie, qu'expliquent les privations de l'hiver, le défaut d'activité et l'absence prolongée de la lumière solaire. A ces pertes de sang tro|) abondantes ils opposent des succions à la nuque, la ligature des deux doigts annulaires, la glace, les inspirations d'eau de mer glacée, et des tampons de poils de rennes.

Les congestions encéphaliques, avec hémiplégies consécutives, ne sont pas rares et reconnaissent vraisemblablement la même cause.

Les phlegmasies aiguës de l'appareil respiratoire figurent en forte proportion dans la pathologie groenlandaise ; l'activité fonctionnelle de cet appareil, surexcitée par le Iroid et par la suppression des exhalations cutanées qu'entravent la malpropreté et l'enduit graisseux de la peau, l'usage de boissons glacées, les brusques changements thermiques entre les huttes et l'air extérieur (80 degrés centifrrade quelquefois), rendent facilement compte de leur fréquence et de leur gravité. « Ce peuple, dit Crantz,est soumis à des langueurs et à de maladies de poitrine qui finissent par des fluxions dont ils sont étouftés. » Les pleurésies, très-ai"uës et très-graves, figurent en effet pour 10 sur 100 environ dans les tables de mortalité; selon le même auteur, c'est la maladie la plus commune, la plus fréquente, et la plus tôt guérie par les remèdes ou par la mort. » En 1752 et 1754, elles régnèrent sous une forme épidémique grave; il ne semble pas pourtant qu'elles prennent, comme en Islande, un caractère contagieux. Les Groenlandais, qui ne connaissaient autrefois d'autre moyen thérapeutique que les fibres d'amiante loco dolenti, ont volontiers recours à la saignée, dont les Européens leur ont montré l'utilité.

Les hémoptysieSy parfois actives et subordonnées à l'état de pléthore, sont souvent aussi symptomatiques de la tuberculisation pulmonaire, moins rare dans les colonies danoises qu'on ne l'a dit, Hayes a avancé que la phthisie était inconnue des indigènes du nord, mais parmi les tribus ralliées on la voit figurer dans la statistique d'Etzel pour le chiffre de 230 sur un total de 4770 décès, soit 5 pour 100 environ. En 1857, les documents danois signalent dans les districts du nord 61 décès par consomption, sur 515 décès généraux, ou 19,4 pour 100.

Les bronchites épidémiques sévissent souvent avec une grave intensité et aftectent les allures de la grippe; c'est à la fin du printemps et au commencement de l'été, coïncidant presque toujours avec le dégel, qu'elles apparaissent : on a pourtant vu ces épidémies en diverses saisons, dans l'hiver de 1843, pendant l'été froid, humide et brumeux de 1866. Cette grippe se montre avec une telle régularité dans les hautes latitudes qu'on lui a donné le nom d'mfluenza arctica ; bénigne au début, elle ne tarde pas à présenter des complications d'angine, de pleurésie et de broncho-pneumonie. Plusieurs de ces épidémies ont offert une haute gravité chez les Groenlandais ; en vingt ans, Etzel a relevé 622 décès par influenza, c'est-à-dire 13 pour 100 de la mortalité générale. En 1876, à Upernavik, 11 habitants sur 80 ont succombé à la grippe, au printemps, et pendant l'été suivant, 40 décès, dont 20 à Jacobahavn, ont été relevés dans la baie de Disco ; la même année, une épidémie désignée sous le nom à'érysipèle, accompagnée à' influenza et d'inflammation du bas-ventre (?), a

coûté la vie à près de 200 personnes dans les districts de Frederikshaab et de Julianshaab.

En 1847, il a régné de juillet à décemlire une épidémie intense de coqueluche ; on ne l'avait pas vue depuis 1852, et l'on croit qu'elle fut importée. Vangine tonsillaire simple est fort commune ; la diphthérile, sans être rare, ne semble entrer que pour une faible proportion dans la mortalité générale; le croup enlève pourtant, chaque année, un certain nombre d'enfants.

Des opinions contradictoires se sont produites à diverses reprises sur l'aptitude de la race esquimaude à contracter le scorbut. Giesecke et Ilayes disent positivement qu'il est inconnu des indigènes, et la plupart des navigateurs dans les régions arctiques ne l'ont pas signalé parmi les peuplades avec lesquelles ils ont communiqué. Pourtant Crantz Ta observé au Groenland, et le rapport de sir G. Nares sur la dernière expédition polaire par le Smith-Soiind a confirmé l'assertion de Fodéré sur l'existence des maladies scorbutiques chez les Groenlandais : « Notre visite à Egedesminde fut tout à fait opportune pour la colonie ; de nombreux cas de scorbut s'étaient déclarés parmi les Esquimaux et la petite population danoise. Nous débarq\iâmes maints flacons de jus de citron, etc. » {Vn voyage à la mer Polaire, 1875-1876). La saison de chasse avait été mauvaise cette année. Cependant, le scorbut confirmé se voit réellement moins souvent que ne le feraient supposer les conditions d'hygiène et de milieu dans lesquelles vil l'Esquimau; il n'est pas très-rare, il est vrai, de rencontrer à la fin de la séquestration hibernale un piqueté fugace des membres inférieurs, parfois un peu de tuméfaction des gencives, qui pourraient faire présumer une imminence scorbutique, mais, d'ordinaire, ces accidents n'acquièrent pas d'autre gravité; le retour du soleil et de l'abondance, l'influence salutaire du mouvement et de l'exercice, suffisent pour les faire disparaître.. L'Esquimau recherche alors instinctivement les végétaux dont l'expérience lui a démontré les propriétés anliscorbuti(|ues, le cochléaria, la racine astringente delà bistorte, les tiges et la racine d'angélique, diverses espèces d'oseilles et de baies, le pissenlit, etc.. Les tribus nomades du Nord, plus déshéritées encore au point de vue des ressources végétales, les remplacent par la bouillie de plantes à demi digérées qu'elles recueillent dans les estomacs du renne, le nérukak.

La puissance digeslive de l'Esquimau le met, en général, à l'abri des maladies du tube gastro-intestinal ; cependant, on signale Yentérite, la diarrhée., des troubles gastriques et des dysenteries, principalement au printemps; Crantz les met en partie sur le compte des baies de mûrier sauvage mangées vertes; le changement de régime dans cette saison et la nature de l'alimentation ne doivent pas être étrangers à ces accidents; Etzel a compté en vingt ans 56 empoisonnements mortels par la chair de phoque corrompue.

L'appareil hépatique est rarement touché.

Le choléra sporadique s'est montré avec une certaine gravité à New-Hernutt en 1847 (Lombard).

Peu de renseignements sur les maladies parasitaires; la maladie hydatique des /s/a?^f/als est inconnue au Groenland; Krabbe et Lcuckart ont signalé un cestoïde, le Bothriocephalus cordatus, propre au Groenland, et rencontré chez l'homme, le chien, le phoque barbu et le morse ; il en existe habituellement plusieurs chez le même sujet, il est rare et peu connu. Suivant Olrik, inspecteur au Groenland, l'oxyure vermiculaire y incommode excessivement tant les Européens que les Indigènes (Krabbe).

Crantz range, de plus, dans le catalogue pathologique des Groenlandais, les céphalalgies par pléthore, Vodontalgie, les vertiges, les syncopes, Vapoplexie, Vépilepsie, Vhydropisie, la manie et la folie. Pallas dit que Vépilepsie et Vhijpochondrie ne sont pas rares chez les peuples polaires. Il y a eu des époques (hiver de 1845, Miu-hy) où l'on a ohscrvé des érysipèles ambulants de la tête avec tendance à la suppuratiou; en 1875, on a compté 90 décès par érysipèle; on signale en 1876 une épidémie de cette nature avec complications inflammatoires du bas-ventre, qui a sévi cruellement dans le Groenland sud et a fait 200 victimes dans les colonies de Frederikshaab et de Julianeshaab ; en 1877,. ces érysipèles, dans le sud également, ont encore coûté la vie à 88 individus.

La péritonite et la fièvre puerpérale se sont montrées à diverses époques; le trismus des nouveau-nés est endémique pour ainsi dire comme en Islande : plus commun l'hiver, il est dû à l'impression du froid, et dans les tribus du nord à la funeste coutume qui s'est conservée de frotter les enfants avec de la neio^e aussitôt après leur naissance. Les concrétions urinaires, sous l'influence d'une alimentation exclusivement animale, les affections cancéreuses, se rencontrent aussi chez l'Esquimau, mais assez peu communes; la goutte et le rhumatisme ne compromettent que rarement son existence.

La scrofule semble rare ; le rachitisme est à peu près inconnu. Il y a peu d'infirmes, d'avortons ou d'enfants contrefaits; J. Ross (1818) ne vit aucun individu difforme ; on lui dit qu'il n'en existait pas. Bernard O'Reily a vu, à Baalslliver, un enfant bossu d'environ quatorze ans, difformité fort rare ; les médecins de la Recherche n'ont rencontré à Frederikshaab qu'un cas de strabisme.

On a dit que le typhus et la fièvre typhoïde étaient inconnus au Groenland, tant à cause des grands froids que de l'éparpillement de la population ; moins communes, en effet, qu'on ne serait en droit de le supposer, ces maladies entrent cependant pour une certaine perte dans la mortalité, et la dothiénentérie sous forme épidémique a fait de grands ravages en 187G; sur 180 Esquimaux à Lichtenau, plus de 100 furent atteints, et il y eut 71 décès; à Sydprœven, il mourut un quart des habitants (Lombard). Elle régna pendant le printemps à Sukkertoppen, et envahit pendant l'été les districts nord du Groenland méridional. Cependant, comme le dit Lombard, on doit considérer cette épidémie comme exceptionnelle, et la maladie, sous cette forme, se présente rarement au Groenland.

Les indigènes reprochent amèrement aux Européens de leur avoir importé le fléau de la variole: on lui attribue en grande partie la dépopulation du pays. Elle fut introduite pour la première fois en 1733 par un enfant groenlandais ramené de Copenhague par les missionnaires, et qui la communiqua à ses compatriotes. Comme il arrive toujours chez les peuples vierges de cette contamination, cette première épidémie fut désastreuse; elle dura près d'un an, du mois d'août 1733 à juin 1754, et s'étendit à 40 lieues nord et sud de la colonie de Haabet, Égède estima à 3000 le nombre des décès ; quelques districts perdirent les 5 huitièmes de leur population. Les indigènes repoussèrent les soins des missionnaires et n'eurent recours qu'à des boissons glacées ; ils mouraient dès le troisième jour (Crantz); 8 ou 10 seulement survécurent dans la colonie naissante. D'autres épidémies ont, depuis, sévi cruellement; en 1789, il périt 5100 habitants sur une étendue de 300 lieues de côtes; en 1800, la variole éclata de nouveau dans le district d'Egedesminde, introduite par des vêtements infectés qu'un Groenlandais avait achetés à bord d'un baleinier anglais; la contagion se répandit

jusqu'à Ilolsleinsborg et dans les cantons voisins de la loge de Kigurtursok ; les habitants de ces diverses localités moururent presque tous, il n'y resta que 40 personnes. La vaccine a été introduite en 1801, et acceptée avec empressement par les Groenland;iis ; les médecins danois l'ont répandue sur toute la côte. Les vaccinations s'opèrent autant que possible de bras à bras, ou avec du virus expédié de Copenhague.

On a observé aussi des épidémies de varicelle (184o).

La syphilis importée surtout dans le nord par les baleiniers ne semble pas s'être maintenue dans les établissements danois.

La femme groeulandaise, peu féconde en général, donne rarement le jour à plus de 3 enfiints ; J. Ross a vu, pourtant, mais dans les tribus nomades du nord, une mère de 6 garçons. Ce peuple semble redouter les nombieuses familles, et compare ironiquement à celle de ses chiens la fécondité de certaines nations européennes. La grossesse vient rarement dans la première année du mariage (Lombard), mais les accouchements sont généralement exempts de complications et les suites de couches heureuses. Miirhy cite néanmoins des épidémies de fièvre puerpérale. L'accouchement a lieu dans le décubitus dorsal. Le gouvernement danois élève et instruit à Copenhague des femmes groenlandaises qui retournent comme sages-femmes dans les colonies.

Les mères groenlandaises ont une profonde tendresse pour leurs enfants ; l'allaitement se prolonge trois, quatre et cinq ans, rien dans le pays ne pouvant remplacer le lait maternel. Les enfants européens ne vivent guère au Groenland, mais la race métisse y prospère; la moitalité est grande parmi les enfants des indigènes, surtout depuis que les parents les habituent au régime européen, e'est-à dire à l'alimentation par les féculents, farines et pomme de terre (Lombard).

La menstruation, d'après Bellebon et Guérault, se fait souvent attendre jusqu'à dix-huit ans ; Bonté dit pourtant que les femmes des Esquimaux sont pubères à treize ans {Sur l'action du milieux [Bull. Soc. d'anthrop. de Paris, 18671); J. Lundberg, d'après l'observation de 16 femmes esquimaudes du Labrador, a trouvé que la fonction s'établit en moyenne à quinze ans onze mois et douze jours, tandis que les mêmes recherches portant sur 5840 Danoises ont fourni l'âge de seize ans dix mois et cinq jours {Congrès médical et intern. de Paris, 1867) ; et ce qui porterait à croire que la fonction cataméniale, dans cette race, s'établit en efiét de bonne heure, c'est que les filles sont astreintes au travail dès la quatorzième année. L'héraorrhagie fonctionnelle disparaît complètement pendant l'hiver, ou se réduit à un écoulement presque insignifiant ; il paraît que la fécondation serait, du reste, survenue dans ces conditions; deux femmes ont affirmé aux médecins de la Reine Hortense, et de la façon la plus positive, qu'elles avaient vu la grossesse survenir après une suppression complète datant, pour l'une de trois mois, et pour l'autre de cinq mois; ces médecins font, du reste, des réserves à ce sujet.

Les épistaxis actives se voient fort rarement chez les femmes ; pendant l'été, elles sont remplacées par un flux menstruel très-abondant.

L'art médical n'a fait aucun progrès parmi les Groenlandais; ils acceptent pourtant les soins et les conseils des médecins que le gouvernement danois entretient dans ses colonies. Ils ont appris à connaître et à apprécier le bienfait de la vaccine et les .utiles effets de la saignée, mais généralement ils abandonnent les maladies internes aux soins de la nature. Ils savent traiter les plaies

par la réunion au moyen de la sulure, et les fractures par l'immobilisation et des bandages contentifs en cuir épais ; en général, ces fractures, même compliquées, guérissent avec une merveilleuse facilité.

Mortalité moyenne mensuelle relevée par Elzel dans les colonies de Godihaab, Frederihshaab et JuJioneshaab, pendant une période de vingt ans, 1855-1853, pour une population moyenne de 2504 habitants :

Décembre.

Janvier ,

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