‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.47Chapitre 104 sur 126 · VERTICAL · texte numérisé non relu

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Les quelques moyennes qui suivent ont été extraites également du travail de M. Manouvrier; elles concernent les hommes galibis : Taille, 1,555; rapport de la grande envergure à la taille, 105,52; distance du conduit auditif au reste, 121'"'",5; diamètre frontal minimum, 95,5; indice facial, 66,82; indice nasal, 71,2; largeuibi-orbitaire, 95,2; largeur bi-caronculaire, 52,2; largeur buccale, 50,0; longueur maximum de l'oreille, 60,7; largeur maximum de l'oreille, 552; dislance de la fourchette du sternum à la ligne bi-mammaire, 118; distance du mamelon à l'ombilic, 247; distance des deux acromions, 355,7; distance des deux mamelons, 211,5; distance des deux épines antéro-supérieures, 219,2;

•distance maxima des deux crêtes iliaques, 469; circonférence du tliorax au niveau du mamelon, 886; indice de la main, io,2; distance de l'épine iliaque à la ligne articulaire du genou, i44,5; distance de la ligne articulaire du genou au sol, 408; indice du pied, 41,0.

Population européenne. Comme on vient de le voir, la population indigène depuis notre apparition sur la terre américaine est en voie de décroissance rapide. Or le sort da la population européenne qui la première [est venue, sinon lui disputer le sol, du moins se joindre à elle pour l'occuper, n'a pas été plus heureux. Getle population composée par des Espagnols, des Portugais, des Hollandais, des Anglais et des Français, ne s'est maintenue, tout au moins dans ■notre colonie, que par des immigrations constantes. Dès que celles-ci cessent, elle tend à disparaître. C'est ce qui ressort évident de l'ensemble des faits et tout parliculièrement des statistiques que j'ai pu reconstituer.

Le premier document de ce genre remonte pour notre colonie à 1695. A cette ■époque elle comptait 598 blancs. C'est peu, si l'on lient compte de la série d'expéditions qui avaient eu lieu successivement dans le siècle précédent. Mais jusque-là on peut expliquer l'absence d'accroissement de la population par les conditions exceptionnelles qui sont le propre des débuts de semblables entreprises. Pendant les cinquante ans qui suivirent, la situation changea peu, et cela, malgré des arrivages qui se nniilipliaient de plus en plus; en 1740, la Guyane ne comptait encore que 506 blancs.

Je n'ai pas trouvé de renseignements sur les années qui précédèrent l'expédition de Kourou, mais, aucun l'ait saillant n'ayant marqué cette époque, on peut admettre que la population avait peu augmenté quand les premiers convois arrivèrent. Plus de 15000 personnes furent débarquées dans les années 1765 et 1764 : or la statistique de 1765 ne portail que 2401 blancs. En supposant •que la population comprît 700 blancs en 1762, on voit qu'elle ne s'était accrue -en 1765 que de 1700 personnes, c'est à dire que plus de li 000 avaient péri dans moins de deux ans. La mort ne s'en tint pas là. En 1769, la population blanche était descendue à 1291 ; elle avait encore diminué de moitié. Pendant les vingt ans qui séparèrent cette époque de la première révolution, ce chiffre reste stalionnaire; il était de 1507 en 1789. Puis les guerres de la République et de l'Empire ayant suspendu l'immigration, nous voyons celle population diminuer rapidement et ne plus se composer que de 881 personnes en 1814, au moment du retour de la colonie à la France. A partir de ce moment, les arrivages recommencent et, quoique avec peine, cette population se relève. Nous la trouvons de 1280 en 1829, la dernière année pour laquelle la statistique ait distingué les blancs des hommes de couleur libre. Depuis, les blancs n'ont plus été comptés sépai-ément, mais il suffit d'avoir habité la Guyane pendant quelque temps pour affirmer que le noyau de celte population européenne a été loin de prospérer et que, sans la recherche de l'or et la transpor talion, il aurait aujourd'hui complètement disparu. De 1850 à 1848, le fait dominant au point •de vue qui nous intéresse est l'augmentation du groupe compris sous le nom de population libre, se composant des blancs et des hommes de couleur libres. Mais celle augmentation est trompeuse; elle n'a lieu qu'au détriment des esclaves. Le chiffre total de la population, en effet, diminue d'une manière sensible. Partie de 22 266 en 1850, elle n'était plus que de 19585 en 1848. Or ce chiffre avait encore diminué en 1852, quand la transporlation fut décrétée : il n'était plus que de 17625. Comme précédemment, j'élimine de la population

les Indiens et les Brésiliens, qui n'avaient aucune relation avec nous, ainsi que les militaires et fonctionnaires, dont le nombre varie au gré de l'administration.

La Iransportalion, quel qu'ait été son but réel, a permis une nouvelle tentative de colonisation par les Européens.

L'administration pénitentiaire admettait, au moins comme principe, la possibilité de cette colonisation, et il faut avouer que la commission ebargée d'étudier celte question depuis de longues années, en choisissant dans les divers auteurs les passages qu'elle trouvait favorables à celte idée, avait tout fait pour égarer l'opinion.

il me semble cependant que l'histoire du pays était assez riche en leçons pour l'éclairer et devait la conduire à d'autres conclusions. Le décret désignant la Guyane comme un lieu de transportation, on le sait, est du 10 décembre 1852. De cette époque, jusqu'en 1878, la Guyane a reçu 21 907 condamnés. Or voyons ce que cette population est devenue. M. Orgeas, qui a publié un travail des plus complets sur ce sujet, résume la situation de la manière suivante : 5694' (honmies et femmes) ont quitté la colonie, libérés ; 2452 se sont évadés ou ont disparu; 5665 existent dans les pénitenciers; 1200 sont en résidence libre dans la colonie; 10 837 sont morts.

Les décès, on le voit, représentent plus de la moitié. Or il faut tenir compte de certains faits qui ne peuvent qu'aggraver ce chiffre déjà si élevé. Le premier, c'est qu'il faut retrancher du chiffre total, 21 907 : 2452 évadés et 5694 libérés, soit en tout 6146 condamnés qui se sont soustraits, après un court espace de temps, à l'action du climat ; ensuite il y a lieu de remarquer que sur le même total plus de 2000 appartiennent aux races de couleur, et nous verrons que leur rési>tunce individuelle est plus grande; enfin que, s'il reste en ce moment 1260 hommes libres et 5663 en cours de peine, soit près de 5000 survivants, ce qui est peu, c'est que beaucoup sont arrivés pendant les dernières années, et qu'en général les Européens ne sont employés qu'aux travaux d'art, la culture des terres étant réservée aux hommes de couleur, qui presque seuls depuis 1866 alimentent la colonie pénitentiaire. La conclusion à tirer de cette effrayante mortalité s'imposa dès 1866 au gouvernement : la transportation européenne à la Guyane fut supprimée, et les faits qui ont suivi, ne sont pas de nature à lui faire regretter cette décision. Muis on ne manquera pas de faire certaines objections. Les défenseurs de la colonisation européenne s'appuient pour expliquer cet insuccès sur les conditions exceptionnelles dans lesquelles vivait ce personnel et les vices de toute nature qu'il portait avec lui. Enfin ils reprocheront à cet essai le petit nombre de femmes en ayant fait partie. Cette objection est la plus sérieuse. La femme est évidemment l'élément indispensable de toute colonisation. Mais la plupart de ces objections et même cette dernière tombent devant l'expérience du Maroni Là des unions ont eu lieu; elles ont été accordées à des hommes et des femmes jeunes, presque à leur arrivée dans la colonie, et autant que possible choisis ; on leur a donné des vivres, des terres et des instruments de culture, or qu'en est-il résulté? la statistique suivante va l'établir. De 1861 à 1874, j'ai compté dans le personnel de la transportation 550 mariages : or en 1878, c'est-à-dire en seize ans, ces mariages n'avaient donné que 512 enfants. C'est moins d'un enfant par union, c'est-à-dire l'extinction à courte échéance. Voyons de plus ce que deviennent ces enfants. De 1861 à 1876 inclusivement, sur la même colonie pénitentiaire, on a enregistré 592 naissances, tant dans le

personnel libre que dans celui de la transportation ; or en septembre 1877, quand j'ai quitté le pénitencier, 27 enfants étaient rentrés en France, 8 s'étaient évadés avec les parents, 24 étaient dans la colonie et 255 étaient déjà décédés ! Ainsi, d'une part, les femmes deviennent infécondes, et de l'autre, les enfants ne vivent pas. Ce sont là, il me semble, des faits convaincants. Objectera-t-on que l'expérience a porté sur un personnel spécial, adonné à tous les vices, et peu fait pour la vie de famille? Mais d'abord à quel personnel pensait-on s'adresser? Si l'inconduite est la mort de toute colonisation, comment a-t-on pensé à la tenter avec des condamnés? Quand on vidait les bagnes sur les Guyanes, qui donc pensait-on y retrouver? L'objection se présentait d'elle-même, et dès le début il fallait compter avec les imperfections, les vices de cette population. Cependant je veux bien tenir compte, dans une certaine mesure, de ces conditions, et accorder que ce personnel a pu augmenter les chances d'insuccès. Une statistique prise dans un personnel tout autre et vivant dans d'autres conditions va, je l'espère, enlever tous ces doutes.

J'ai trouvé la statistique de 1820 à 182G, années pendant lesr|uelles on a compté séparément les naissances et les décès pour les blancs. La totalité des naissances s'élève à 141 et celle des décès à 216, soit 25,5 naissances et 56 décès. La population moyenne pendant celte période a été de 1000. Or ici aucune des objections précédentes n'existe. Cette période a été la plus prospère pour la race blanche. Elle possédait presque toute la terre; elle vivait dans le luxe, et en dehors de l'inclémence du climat; plus de 10 000 esclaves la servaient; aucune épidémie n'est venue l'atteindre; elle n'était pas composée par des arrivants ayant à supporter les épreuves d'un premier acclimatement; en un mot, elle se trouvait dans les meilleures conditions de résistance, et cependant elle •dépérissait.

Il faut donc en conclure que si depuis le début de la colonie cette population blanche augmente, ce n'est que grâce à des immigrations constantes, et qu'il y a lieu de renoncer, au moins de longtemps, à voir se constituer là une population ■créole pouvant se perpétuer, encore moins s'y multiplier.

Le premier essai d'immigration, après l'abolition de l'esclavage, a été fait avec des Madériens. 100 hommes fm-ent introduits en 1851. Or la statistique de 4852 n'en comprend plus que 51, et ils ne figurent plus du tout sur celle de 4855. Beaucoup étaient morts et les autres s'étaient fait rapatrier.

Race noire. J'aborde maintenant la race qui depuis deux siècles a été la plus nombreuse dans la Guyane, la race éthiopienne. J'aurai a l'étudier sous ■trois états : celui de l'esclavage, celui de la civilisation et enfin celui de complète indépendance, je voudrais dire à l'état sauvage.

A. Race éthiopienne à l'état (Vesclavage. Pendant longtemps les idées de colonie et d'esclavage ont été inséparables; on ne pouvait concevoir l'une sans l'autre. Les premiers esclaves, à la Guyane, furent pris parmi les indigènes. Mais bientôt, ceux ci ayant fait défaut, on eut recours aux esclaves noirs. Dès lors commence le commerce inhumain de lu traite, avec tous ses abus et ses horreurs.

L'arrivée des noirs dans la Guyane, en nombre suffisant pour mériter qu'on s'en occupe, remonte au milieu du dix-septième siècle. Les avantages de cette race sur toutes les autres, comme travailleurs, furent vite appréciés, et dès 1695 on comptait déjà dans notre Guyane 1047 esclaves, parmi lesquels presque tous étaient noirs. Depuis leur nombre est toujours allé en augmentant jusqu'en

1850, où il était de plus de 20 000. Puis, sous la double inQuence de la suppression de la traite et de raffranchissement, leur nombre en dix-huit ans a diminué d'un tiers. 11 n'atteignait pas lôOOO en 1848, au moment de la liberté. Une première question se présente tout d'abord. L'augmentation que je viens de signaler jusqu'en 1850 s'efiectua-t-elle seulement par l'immigration ou bien,, en même temps, par la reproduction sur place? Les statistiques les plus irréfutables vont nous répondre. Ces statistiques comprennent trente ans, s'étendant de 1820 à 1848, et se divisent en deux groupes : le premier de 1820 à 1826, et l'autre de 1855 à 1848, c'est-à-dire en dehors de toute influence épidémique et pendant les temps les plus prospères de la colonie. Or, je dois le dire immédiatement, dans les deux on trouve une différence énorme en faveur des décès. Dans la. première période, le total des décès a été de 1678, et celui des naissances de 1476 seulement. La moyenne est donc de 196 naissances et 280 décès, soit, la population ayant été de 1-4 000 en moyenne, une natalité de 14 et une mortalité de- 20 pour 1000. Pendant cette période donc, les esclaves, livrés à eux-mêmes, eussent disparu.

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