AFRIQUE
£poque:^. Débarqués.
9 novembre 1834 237
6 janvier 1856 508
20 juin 1836 322
20 novembre 1857 247
26 bepttimhre 1838 141
20 janvier 1839 363
11 novembre 1839 210
Totaux 1828 881 947
Iraraigralion noire, 1866 936
Evadé»,
Rembarques
décédés.
le 1<
" janvier.
Total 2821
Mais je pense que leurs conditions d'existence n'ont pas dû être très-éloignées de ce que nous avons vu pour la même race à l'état d'esclavage, et que les longues considérations dans lesquelles je suis entré à ce sujet leur sont en grande partie applicables. Du reste, je crois d'autant moins nécessaire d'insister.
que l'immigration africaine est supprimée depuis longtemps et que c'est là un groupe qui bientôt ne figurera même plus sur les statistiques.
Race noire à l'état libre. Depuis 1848, le groupe des esclaves a vécu à la Guyane en toute liberté, et de plus a été appelé à jouir de tous les avantages de la civilisatioi), au même titre que la population libre. Or voyons si le changement dans les conditions d'existence a modifié les conclusions auxquelles je viens d'arriver.
Le recensement du 1" janvier 1847 porte 6452 personnes libres et 12 951 esclaves, c'est-à-dire que le premier groupe élait au second comme 1 est à 2. Si, de plus, on tient compte que les G4o2 personnes ne comprenaient pas 1000 personnes blanches, on verra que la population totale de la Guyane peut à partir de ce moment être considérée comme à peu près noire. Or, qu'est devenue cette population livrée à elle-même, débarrassée du joug de l'esclavage €t jouissant de toutes les libertés pour se donner le confortable et se reproduire? Les états de population vont nous répondre.
Les deux groupes réunis, hommes libres et esclaves, en 1848, s'élevaient à 19 583 Or dix ans après, en 1858, ce chilfre n'était plus que de 17 202. C'est une diminution de plus d'un dixième, et pourtant, pendant les cinq dernières années, la Guyane avait été galvanisée par la transportation. Une garnison s'élevant à plus de 1500 hommes élait venue entrer en ligne de compte pour la reproduction, et je pense que ses efforts n'avaient pas dû être vains dans un pays où les femmes ne manquaient pas et où toute une catégorie nombreuse a les mœurs faciles.
Ce résultat, je l'ai du reste constaté vingt ans après. Oue de jeunes gens, garçons ou filles, n'ai-je pas vus se réclamer de la paternité d'un officier, d'un fonctionnaire ou d'un confrère !
C'est évidemment sous cette influence et en même temps par l'arrivée de quelques industriels qui suivent toujours les grands mouvements d'hommes que pendant (juelques années nous voyons cette population se relever. Ce qui permet d'établir d'une manière à peu près sûre la relation entre ces deux faits : c'est que ce mouvement ascensionnel s'arrête avec la transportation. C'est en effet en 1867 que nous trouvous le recensement le plus élevé; il atteint 19 718 personnes le l"""" janvier 1867. Mais, la transportation européenne ayant été supprimée à la Guyane l'accroissement s'arrête, et la population revient dix ans après à ce qu'elle était avant, à 17 185.
Depuis, si elle reste stationnaire, c'est qu'elle est soutenue par les arrivages dus à la recherche de l'or. En 1881 la population proprement dite s'élevait à 17 301 ; en somme, 2000 personnes de moins qu'en 1848 ; et cependant depuis il faut compter, pour soutenir celle population, les apports de la transportation, tant par les unions illégitimes du personnel libre que par les résidents libres, et ceux des diverses immigrations madérienne, africaine, hindoue, annamite et chinoise, dont le total dépasse 5000. Il est vrai que nous ne comprenons pas ces immigrants dans le chiffre de la population, mais il ne l'est pas moins que, pour quiconque connaît la facilité des mœurs du pays, ils ont dû contribuer, par des unions illégitimes à multiplier les naissances.
Que concluie, sinon qu'à l'état libre et de civilisation, comme à l'état d'esclavage, la race noire est impuissante à se soutenir à la Guyane, et que, livrée à elle-même, en contact avec la race européenne, elle tend à disparaître.
Population éthiopienne a l'état indépendant. Pour compléter ce qui a trait
à la race noire, il me reste à l'étudier à l'etat d'indépendance complète, en dehors de toute entrave et de tout contact avec la civilisation.
Lorsque Vidal a visité le Maroni et le Tapanahoni en 1861, il rencontra trois sociétés appartenant à la race noire vivant sur leurs rives, celle des Joucas, la plus nombreuse (800), sur le Tapanahoni, celle des Pouligondoua, la moins nombreuse, à l'embouchure de l'Arwa, et plus haut celle des Bonis (.'50), sur la rive gauche du Maroni. 11 va être intéressant de voir ce qu'elles sont devenues depuis 1761, date du traité qui reconnut leur indépendance. Voici ce qui résulte des observations de Vidal.
La population des nègres Youcas est moins considérable qu'on ne l'a pensé jusqu'à présent ; elle atteint environ le chiffre de 800 âmes, disséminées sur quatorze villages, généralement propres et bien situés; chaque village possède son chef nominal plutôt que réel, et au-dessus de ceux-ci se trouve placé un (/ranci Man, qui est le représentant plutôt que le maître de la peuplade, et A^idal pense que cette légère trace d'organisation leur a été dictée par le gouvernement hollandais.
La langue de fous les nègres du Maroni est le nègre créole de Surinam : elle est essentiellement composée d'anglais corrompu et de quelques mots portugais et holland.iis. Quoique peu riche en expressions, elle l'est encore surabondamment pour la (;ivilisation peu avancée de ce peuple ; ils font abus du langage, pour lequel ils professent une espèce de culte. Par leur vie un peu nomade ils s'adonnent de préférence à la pêche et à la chasse.
Leur religion est l'idolâtrie sans règles et sans limite ; tout ce qui dans la nature dépasse l'ordinaire devient dieu pour euj. La représentation de la divinité y est variable au gré de leur désir ; dans les villages, chaque famille possède sa case sacrée, où se trouvent répandus pêle-mêle des bustes informes, des pots, des boules de terre blanche, des plantes desséchées, des instruments, le tout destiné aux divers usages sacrés que créera leur fantaisie. Dans toutes leurs cérémonies religieuses, ils ontl'habilude de se peindre le corps en b'anc à l'aide d'une terre argileuse, espèce de kaolin qui est très-commun dans leur pays. La nature morte les frappe plus que la nature vivante. Vidal a été témoin des prétendues inspirations de plusieurs d'entre eux ; selon leur expression pittoresque, à la suite d'im certain temps de recueillement, le Gado entre en eux et s'y manifeste par une série de hurlements qui n'ont rien d"humain, et auxquels succède un abattement sans doute simulé, ou qu'une longue habitude de cette comédie a peut-être rendu naturel. Parmi les êtres vivants, le Caïman et la couleuvre jouissent seuls des attiibuts divins ; ils les respectent sans les adorer et se garderaient bien de les incommoder partout oîi ils les rencontrent.
Us pratiquent la polygamie sans en abuser. La population féminine paraît plus considérable que la population masculine; au reste, les femmes s'occupent aux mêmes travaux que les hommes, et elles y acquièrent une complexion vigoureuse et une grande agilité. Us ont une grande crainte de la mort, qui est dans leur croyance un châtiment du ciel. Leurs cérémonies funèbres se font avec une grande pompe; on accourt de tous les villages sur le lieu de l'inhumation, qui sepratique avec les soins les plus minutieux.
Quoique en apparence robustes, les sauvages sont infestés par les maladies cutanées et les plaies ulcéreuses. M. Rech (c'est Vidal qui cite) a souvent observé des atteintes de lèpre et des accidents constitutionnels de la syphilis Leur genre de médication est à peu près nul, ou du moins sans efficacité; le plus souvent
c'est par des espèces d'exorcismes qu'ils cherchent à chasser le mal, qui selon leur foi a été introduit dans le malade par l'intervention du diable. Ils se montrèrent toujours très-désireux de connaître et d'éprouver nos médicaments, dont plusieurs d'entre eux purent ressentir les bons effets.
En somme, la liberté sans limite, 1 éloignement de toute civilisation, le retour à l'état sauvage enfin, n'ont pas été plus favorables à ces groupes de population que les conditions contraires ne le sont à ceux que nous avons précédemment étudiés. On ne trouve aujourd'hui sur les rives de ces divers fleuves que 1500 noirs en tout. Or il est incontestable que c'est par milliers qu'on les a comptés au moment de la révolte.
Ce n'est pas cette poignée d'hommes qui aurait pu menacer l'existence de la colonie hollandaise et la forcer à un traité désavantageux. Leur nombre a donc sûrement diminué. J'ai souvent vu, du reste, quelques-uns de ces hommes, et, si j'ai pu admirer parfois leurs formes, leur agililc, leur adresse dans une pirogue, j'en ai aussi vu souvent, comme le docteur Rech, atteints de lèpre et d'éléphantiasis. Je pense donc que cette population est également en voie de décroissance.
Quant à l'état de leur civilisation, Vidal l'a trop bien décrite pour que j'y revienne; je me contente de constater avec lui qu'ils n'ont pas fait un pas en. avant, et que même, ils sont en train d'oublier le peu qu'ils avaient appris au contact de la race blanche.
Population mulâtre. L'apparition de la race mulâtre dans nos colonies est évidemment contemporaine, à quelques années près, de celle de la race noire. Ce résultat, du reste, est suffisamment expliqué j)ar la liberté des mœurs coloniales, surtout au début de l'occupation, par la prédominance du nombre des hommes sur celui des femmes dans le groupe de la population civile blanche, et enfin par la présence, depuis longtemps, d'une garnison assez nombreuse.
Cette partie de la population, en eiïet, est constituée par les produits des hommes blancs avec les femmes noires ou de couleur. Il est très-rare, surtout dans nos colonies d'Amérique, que le contraire ait lieu. Je dois en effet le dire à la louange de la femme blanche, la population mulâtre n'existerait pas, si l'homme blanc prenait exemple sur elle.
Ce sentiment est tel qu'il existe encore, il est vrai, atténué, mais suffisamment marqué, chez les gens de couleur de nuances différentes. On verra souvent unmulâtre clair prendre pour maîlresse une femme de couleur plus foncée, et rarement une mulâtresse claire prendre pour amant un nmlâtre foncé. Or, il faut bien le dire, ce sont les unions illégitimes qui de beaucoup sont les plus communes. Dans les unions légitimes, au contraire, les tendances changent, le respect de la race parle ])lus haut. Ce n'est que rarement que l'on voit un Européen épouser une fenmie de couleur et encore clioisit-il de préférence une femme peu foncée. L'homme de couleur, de son côté, tend toujours également à se rapprocher d'une femme moins foncée que lui, et sous ce rapport la femme de couleur se montre généralement moins exigeante. De sorte qu'on peut dire que c'est le libertinage qui éloigne le sang blanc de son origine et que c'est le mariage qui l'y ramène.
Les seules statistiques sur lesquelles nous puissions nous baser pour parler des mulâtres sont celles qui portent sur le groupe de population connu à l'époque sous le nom d'affranchis. Mais, comme on le verra plus tard, les afl'ranchissements étant surtout accordés aux fils naturels des blancs avec les négresses, je pense que ces deux groupes se confondent assez bien, et que les conclusions que
nous tirerons pour les uns sont également applicables aux autres. La première statistique sur laquelle nous voyons figurer les gens de couleur libres date de 1789. Leur nombre s'élevait déjà à l'époque à 494, c'est dire qu'il devait en exister depuis longtemps. Du reste, ce nombre grandit rapidement et atteignit 1040 en 1807 et 1502 en 1814.
En 1820 le nom d'affranchi disparaît et c'est celui de gens de couleur libres qui le remplace. Mais, je dois de nouveau le faire remarquer, si les gens de couleur, de même que les affranchis, n'étaient pas exchisivemenl composés de métis, les noirs étaient rares parmi eux, et les résultats des statistiques des gens libres leur sont donc tout à fait applicables.
En 482Ô les gens de couleur libres étaient déjà 1919 ; et en 1829, avant le recensement de la royauté, on en comptait 2204. A partir de ce moment les statistiques ont confondu dans le même chiffre les blancs et les hommes de couleur libres, ce qui expose les conclusions tirées de ces statistiques à quelques objections. Cependant, comme le groupe des gens de couleur, composé surtout de métis, était deux fois plus nombreux dès le début, et que depuis leur nombre n'a fait qu'augmenter, pendant que celui des blancs diminuait, je pense que l'on peut sans grandes chances d'erreur considérer ce groupe comme représentant réellement les mulâtres, et leur appliquer les conclusions que ces statistiques permcltePit de tirer.
De 1855 à 1848 ce groupe est toujours allé en augmentant. 11 atteignait déjà 64r»2 en 1848, c'est-à-dire qu'il était trois fois plus nombreux qu'en 1850, tandis que la race noire ou esclave avait diminué d'un tiers: de 19 219 elle était tombée à 12 951. Depuis, les deux groupes ayant été confondus dans la totalité de la population, les conclusions à tirer des statistiques s'appliquent surtout à la race noire ; nous en avons déjà parlé.
De même que pour les groupes précédents, la première question qui se présente est de savoir si ce groupe, pendant cette longue série d'années étendues de 1807 à 1848, a pu se soutenir par les naissances. Son accroissement progressif, et cela dans des proportions considérables, tendrait d'abord à le faire croire. Mais nous savons que ce groupe s'alimentait également à deux autres sources, l'une l'affranchissement et l'autre les unions illégitimes entre les blancs et les femmes noires. Yoyons quelle est l'importance de chacune d'elles. Les chiffres que nous avons sur l'affianchisseraent suffiront pour nous fixer à cet égard.
En 1854 la population libre, composée environ d'un quart de blancs et trois quarts de mulâtres, s'élevait à 4700, et le 1" janvier 1848 à 6220, c'est-à-dire qu'elle s'était accrue de 1520 personnes en quatorze ans. Or pendant celte même période le nombre des affranchissements a été de 2145, c'est-à-dire que, si les naissances avaient balancé les décès, c'est à 6845 personnes que ce groupe aurait dû s'élever, et non seulement à 6220. C'est donc, rien que de ce chef, un déficit de 654 en quatorze ans. Il est vrai que dans ce groupe sont compris les blancs, qui, nous le savons, déclinent ; mais il me paraît difficile de faire peser sur eux seuls une diminution de 654 personnes, quand, en 1854, ils n'étaient plus que 1200 en tout.
N'y eût-il donc aucune autre cause d'accroissement de ce groupe, que ces chiffres suffiraient déjà pour établir son impuissance à lutter par les naissances contre les décès. 11 faut de plus tenir compte que le nombre des gens de couleur est augmenté par chaque naissance provenant d'un blanc et d'une femme noire. Ces unions, en effet, si elles appauvrissent peu la race blanche, pèsent lourde-
GUYÂNES (LES). 735
ment sur la race [noire. Ainsi lui est enlevée une partie des produits aptes à la perpétuer. Or ces unions illégitimes étaient-elles fréquentes? lïlles l'étaient peut-être peu entre les blancs et les négresses, mais elles n'étaient pas rares avec les mulâtresses esclaves, et nous savons combien souvent raffrancliissement suivait ces naissances. Dans les deux cas le résultat était le même : c'était le groupe libre qui bénéficiait de ces unions. Or, pour apprécier la fréquence de ces unions illégitimes, il suffit de recbercher le chiffre des légitimes. Ue 1841 à 1847, soit sept ans, la population esclave, qui a varié de 15 à 12 000, n'a contracté que 173 mariages, soit 25 en moyenne par an. Or pendant celle période le nombre des naissances avait été de 1786, soit par an 255. Voyons maintenant ce qui se [lassait dans la population libre. La moralité augmente, sans cependant qu'elle laisse place à de nombreuses unions illégitimes. Pendant la même période, le nombre de mariages a été de 190, soit 27 par an. Mais il faut remarquer que la population chez laquelle ils ont eu lieu était deux ou trois lois moins nombreuse : c'est donc une moralité deux ou trois fois plus grande. Mais, celte justice rendue à la population libre, continuons à voir ce que disent les chiffres.
Celte population qui a contracté 27 mariages par au a eu une moyenne annuelle de 178 enfanls. Il est donc enc.ore évident que sur ces enfants de nombreux étaient illégitimes, et l'on a quelques raisons de croire qu'un certain nombre parmi ces derniers provenaient d'une alliance avec la race noire, à laquelle la race métis empruntait ainsi un nouvel apport.
Ainsi, nous venons de le voir dans ce qui précède, la population libre, ce qui correspond presque à la population métis, a sûrement bénéficié d'un certain nombre de naissances illégitimes des noirs et des blancs, et cependant les naissances ont été insuffisantes pour compenser les décès, puisque le nombre des affranchissements seul était plus que suffisant pour justifier son augmentation. 11 faut donc conclure à la disparition bien rapide de ce groupe, s'il n'était incessamment et puissamment soutenu, il ne vit qu'aux dépens des autres.
Du reste, une preuve encore plus directe est tirée du chiffre des naissances et des décès. J'ai recueilli des statistiques sur ce sujet pour deux époques différentes, l'une de 1820 à 1826, et l'autre, plus étendue, de 1834 à 1847 ; voyons ce qu'elles disent.
Je viens d'établir comment aux naissances appartenant en propre à la population affranchie il vient s'en adjoindre d'autres provenant de la race noire : cet apport devrait donc se traduire par un excédant des naissances sur les décès : or voici ce qu'il en est :
De 1820 à 1826, pendant que la ligne de démarcation entre les trois groupes était bien tranchée et que la population de couleur était peu nombreuse, il eu était ainsi. Pendant ces six années, en effet, les naissances chez ce groupe ont été de 224, et les décès seulement de 183. Ce résultat est d'autant plus digne d'être remarqué, que dans les autres groupes blancs et esclaves le contraire avait lieu. Les blancs comptent 216 décès et seulement 141 naissances, et les esclaves 1176 naissances pour 1678 décès. Mais il faut remarquer qu'à cette époque, la population affranchie étant peu nombreuse, l'inlluence de l'apport des naissances étrangères devait se traduire d'une manière plus sensible,
La seconde statistique comprend une période plus étendue, de 1834 à 1847, et de plus correspond à une époque où le groupe des gens de couleur libres avait augmenté, et les deux autres diminué. Les résultats de la statistique lui appartiennent donc d'une manière plus exclusive et doivent être moins modifiés par
lu GUYANES (LES).
les éléments étrangers. Or pendant ces douze années (car 1857 manque) les naissances s'élèvent au nombre de 2003 et les décès à celui de 2275 ; c'est donc 167 naissances et 189 décès par an en moyenne. La population ayant été de 5500 environ, nous trouvons une proportion de 30 pour 1000 pour les naissances et 54 pour 1000 pour les décès. Comme on le voit, le résultat ne saurait être plus concluant. Il démontre de la manière la plus évidente l'impuissance de la race de couleur à se soutenir, puisque même en tenant compte des apports qui lui viennent de la race noire le nombre de décès l'emporte sur celui des naissances. Un autre fait, et d'une haute importance, se dégage également de cette statistique, c'est que dans la même période, dans l'esclavage, au milieu de toutes les conditions inférieures de son existence, si le chiffre des naissances n'atteignait que 19 pour 1000, celui des décès n'ariivait qu'à 30 pour 1000 c'est-à-dire qu'il restait inférieur à celui de la population libre, qui est 34. Il -est donc bien prouvé que la population métis, même avec tous les avantages que donnent la liberté et le bien-être, a une résistance moindre que la race noire pure et à 1 éiat d'esclavage. C'est un fait sur lequel j'aurai à revenir
Mes recherches m'ayant de plus permis de tirer quelques conclusions intéressantes ayant trait au sexe, etc. Je vais m'y arrêter un instant.
Sexe. Nous avons vu précédemment que pendant la période de 1823 à 1826 le sexe masculin l'emportait sur le féminin aussi bien chez les blanrs que chez les noirs, et cela non-seulement chez l'adulte, ce qui s'explique facilement dans une colonie en voie de formation, mais aussi chez les enfants au-dessous de quatorze ans, ce qui ne peut guère être attribué qu'à l'excédant de naissances mâles. Mais ce n'est là qu'une exception, nous le verrons plus tard, et, sauf cette -exception, chez les esclaves comme cliez les gens de couleur, les proportions sont inverses. Pour les gens de couleur pendant ces mêmes années, de 1825 à 1830, la moyenne des hommes, à partir de quatorze ans, est 482, et celle des femmes de 787 : c'est donc une supériorité considérable pour les femmes. Mais ce fait trouve suffisamment son explication dans la source la plus puissante de ce groupe, l'alfranchissement. De 1858 à 1847, en effet, j'ai trouvé huit années pendant lesquelles on a indiqué le sexe des affranchis. Or les 855 affranchissements comprennent 552 liommes et 496 femmes. On doit ainsi juger quel était le genre de service qui dans l'esprit des maîtres était le plus apprécié.
Ce qui le prouve, c'est que, lorst|ue l'on compare les sexes au-dessous de quatorze ans, les chiffres s'égalisent presque, les filles ne présentant plus qu'une prédominance peu marquée : nous trouvons, en effet, une moyenne de 509 garçons et de 515 filles.
Mais la statistique de 1823 à 1826 ne portait seulement sur l'existant qui est le résultat des naissances et des décès. Il ne sert à constater qu'une chose, c'est que le nombre des garçons est plus considérable que celui des filles, sans pouvoir établir sûrement que les naissances sont plus considérables pour les premiers. Leur supériorité, par exemple, pourrait n'être due qu'à une mortalité moindre chez les garçons. Mais la statis;ique suivante porte sur les naissances et les décès, et cela pour les deux groupes séparément : les esclaves et le personnel libre. Il ne saurait donc y avoir ici place à l'erreur. Or, qu'il s'agis-e de la population esclave ou de la population libre, quand on compte les naissances, les différences «ont peu sensibles, mais ce sont les filles qui l'emportent toujours. Nous trouvons, «n effet, dans la population esclave 881 garçons et 905 filles, et dans la population libre 637 filles et 612 garçons. Cette prédominance des naissances fémi-
nines est une des raisons qui expliquent l'augmentation proporlionnelle constante que nous trouvons dans les statistiques de 1855 à 1848. Mais ce n'est pas la seule. Une autre tout aussi importante est le nombre des décès plus grand chez les hommes que chez les femmes. Chez le personne! libre, en effet, on a compté 1295 décès parmi les hommes et seulement 980 chez les femmes. Or celle prédominance des décès chez le sexe masculin, prédominance qui du reste est suffisamment expliquée pur la nature des travaux, n'est nullement proportionnelle au nombre respectif des hommes et des femmes. La comparaison de leurs effectifs ne fait que l'exagérer. Pendant cette période de 1835 à 1848, le nombre des femmes a constamment dépassé celui des hommes, et lependant, je le répète, le nombre des décès a été près d'un tiers plus considérable chez ces derniers.
La même loi de mortalité chez les sexes, mais un peu atténuée, se retrouve dans la race noire. Pendant celte même période la mortalité a été de 5105 parmi les hommes et de 2511 seulement chez les femmes, et cepend;mt le nombre des hommes ne l'a jamais emporté de beaucoup sur celui des femmes. Dans les deux groupes, la mortalité des hommes l'emporte donc d'une manière sensible sur celle des femmes. Mais de plus de ces chiffres ressort une autre conclusion : la différence de mortalité, entre les gens de couleur et les esclaves, déjà en faveur des premiers quand on prend les deux sexes réunis, s'exagère quand la comparaison ne porte que sur le sexe masculin.
Voici des tables de mensuration prises sur des mulâtres et des muhitresses que l'on peut considérer couime réellement intermédiaires aux deux races blanche et noire. Ces mensui^ations ne portent que sur 2 femmes et 0 hommes.
La taille est de 1^,595 pour les femmes et de l'",6o5 pour les hommes; les cheveux ou ondes ou laineux; les lèvres grosses, quelquefois droites, d'autres fois renversées, les incisives souvent verticales.
MicsuREs DE LA TÈTE. — A. Crâuc. 1° Diamètres : naissance des cheveux, femmes 110, hommes 0,115; antéro-posléricur maximum, 0,1875 et 0,1885; indice céphalique, 77,59 et 75,60; transversal maximum, U,1455 et 0,1425; transversal frontal minimum, 0,1195 et 0,1122; transversal mental, 0,058 et 0,044. — 2» Courbes : occipito-frontale totale, 0,345 et 0,5425; horizontale totale, 0,5575 et 0,5408 ; transversale bi-auriculaire, 0,555 et 0,550. — B. Face.
— ï° Angle et triangle faciaux : du point auriculaire à labase du menton, 0,120 et? ; du point auriculaire à la base du front, 0 114 et ? ; base du triangle facial, 0,115 et 0,1 135; longueur de la ligue faciale, 0,064 et 0,0667; angle facial de Jacquart, 80 degrés et 75», 50; angle facial alvéolaire, 72o,5 et 68",50. — 2" Distance du point sous-nasal : au point sous-mental, 0,0625 et 0,0719; à la racine du nez, 0,0445 et 0,0501 ; à la racine des cheveux, 0,125 et 0,1200.
— 5° Dislance transversale des deux pommettes : 0,105 et 0,1206. Mesures du tro-nc et des membres. Hauteurs au-dessus du sol : de l'acromion,
femmes 1,55, hommes 1,555; de l'épicondyle, 1,05 et 1,055; de l'apophyse styloide du radius, 0,84 et 0,796 ; longueur du bras, 0,28 et 0,52 ; longueur de l'avant-bras, 0,21 et 0,51; rapport de l'avant-bras au bras, 75,00 et 74,75.
— Membre supérieur : la grande envergure, 1,667 et 1,7575; rapport à la taille, 104,2 et 104,98
Race hindoue La population hindoue actuellement répandue dans les trois Guyanes est considérable. Elle s'élève à près de 54 000 pour la Guyane anglaise, à plus de 3000 pour la Guyane hollandaise, et à 2500 environ pour la nôtre.
C'est donc, en tout, un total de près de GO 000. J'ai déjà dit dans quelles conditions ces immigrants arrivent dans les colonies. Tout a été prévu pour assurer autant que possible leur bien-être et garantir l'exécution des contrats.
La convention a fixé la proportion des femmes à un huitième seulement. Il est possible qu'au point de vue du genre de travail que l'on demande aux immigrants, cette proportion se justifie, mais je pense qu'il faudrait voir dans l'immigration non-seulement un instrument de travail, mais aussi une source de colonisation, et sous ce rapport la proportion des femmes est manifestement trop faible.
11 me semble, du reste, qu'on pourrait d'autant plus augmenter leur nombre que, d'une part, j'ai vu souvent les femmes faire le même travail que les hommes, et que, d'autre part, beaucoup seraient facilement utilisées comme domestiques.
Quant à la résistance de celte population, ce qui se passe dans notre colonie va nous permettre de la juger. Les premiers convois d'Hindous abordèrent notre Guyane eu juin 1850. Us comprenaient 780 immigrants. Depuis, les arrivages se sont succédé ainsi : en 1800, 554; en 1861, 514; en 1864, 270, et en 1865, 400; soit un total de 2509. Or la statistique à laquelle j'emprunte ces chiffres, indique que sur ce total, le 1'' janvier 1866, il restait à la Guyane :
Rapatriés
Restants. .arrivés. ou morls.
Du preiiiifi- coiivoi, ISSf. 260 786 526
De celui .le 1860 528 55i 206
De celui de 1861 272 514 242
De Celui fie 1.S64 177 275 9S
De celui de 1865 598 400 2
Ainsi, d'après cette statistique, le premier convoi, en dix ans, est tombé de 786 à 260, soit un déficit de 526, dont il faut retrancher 85 rapatriés, soit 441, évadés ou décédés. Or, les évasions étant rares parmi celte race, on peut compter que plus de lu moitié du convoi a succombé. La proportion est un peu moindre pour celui de 1860, mais il comptait quatre ans de moins de Guyane; c'est un déchet de 2/5 en six ans.
11 en est de même du convoi de 1861, mais c'est celui de 1864 qui, proportionnellement à la durée de son séjour, a été le plus éprouvé. Sans que l'on puisse, en effet, invoquer le rapatriement, c'est une diminution de plus d'un tiers en seize mois, de septembre 1864 au l*^'' janvier 1860! Quant à celui de 1865, son arrivée était trop récente pour qu'on put le faire entrer en ligne (le compte.
Cependant, les arrivages continuant, le nombre de ces immigrants s'est considérablement accru ; il s'élevait à 2894 le 1"" janvier 1881.
Ce n'est pas ici le lieu déparier des hindous au point de vue anthropologique. Cependant, puisque l'occasion s'est offerte à moi de faire quelques recherches sur ce sujet, on me permettra d'en consigner ici une partie à titre de documents à consulter {voij. Inde).
La taille est petite : elle a été de 1™,674 pour les hommes et de l'",50ô pour les femmes : ce qui donne une moyenne de l"s657, ne s'éloignant que fort peu de celle trouvée par le docteur Roubaud pour les Diavidiens : l'",642; leurs formes sont grêles, et leur musculature peu développée, ainsi qu'on peut le juger par l'absence de la saillie du mollet et des fesses.
Cette petitesse de la taille et cette gracilité des formes expliquent leur poids
CtUYANES (LES). 757
si peu élevé. La moyenne de 67 hommes et de 11 femmes n'a donné que 49 kilogrammes pour les premiers et 45 pour les secondes, et cependant dans toutes CCS pesées n'ont figuré que des adultes.
Je ne m'arrêterai pas sur toutes les mesures du crâne et de la face contenues dans les tableaux de mensurations. L'indice céphalique et l'angle facial seuls fixeront mon attention.
Les immigrants indiens occupent le bas de l'échelle des dolichocéphales vrais.
Les hommes auraient pour indice céphalique 71,35 et les femmes 71,57, ce qui donne en moyenne 71,55. Ces chiffres concordent du reste avec celui des Yeddahs de Ceylan, 71,75, et ne s'éloignent que de peu de celui des Dravidiens donné par M. le docteur Roubaud, 72,07.
L'angle facial que nous avons choisi est celui de Jacquart, il a été pris avec le goniomètre médian du docteur Broca et, pour éviter les erreurs d'observations, les mesures ont toujours été prises deux fois. Nous avons trouvé surtout pour les hommes de grandes variations, mais la moyenne a été de 76°, 95' pour ces derniers et de 75°, 5' pour les femmes. Le docteur Roubaud avait choisi l'angle de Camper.
Moyennes de 6 femmes hindoues^ observées à la Guyane française. Cheveux : 1 lisses, 5 ondes, 1 bouclés ; nez : 4 ordinaires, 2 un peu épatés; lèvres : 1 moyennes, 1 grosses, 4 un peu épaisses, 1 droites, 4 un peu renversées, 1 renversées ; dents incisives : verticales; taille : maxima I'",605, minima l'",42, moyennes! '",50.
Mesures de la tête. A. Crâne. — 1° Diamètres : anléro-postérieur maximum, 0,175; transversal maximum, 0,125; transversal frontal minimum, 0,101 ; — 2" Courbes : occipito-frontale totale, 0,512; horizontale totale, 0,5155; transversal bi-auriculaire, 0,345 ; — B. Face. — Angle et triangle faciaux : base du triangle facial, 0,107; longueur de la ligne faciale, 0,59; angle facial de Jacquart, 75°, 5. — Distance du point sous-nasal : au point sous-mental, 0,056 : à la racine du nez, 0,0595 ; à la racine des cheveux, 0,102. — Distance transversale des deux pommettes, 0,1096.
Mesures du tronc et des membres. Hauteurs au-dessus du sol : du conduit auditif, 1,369; de l'acromion, 1,252; de l'épicondyle, 0,9785; de l'apophyse styloïde du radius, 0,74; du bout du doigt médius, 0,566; de l'ombilic, 0,01 ; de l'épine iliaque antéro-supérieure, 0,87 ; de la ligne articulaire du genou, 0,412; du sommet de la malléole interne, 0,0592. — Membre supérieur : la grande envergure, 1,5595 ; le petit empan, 0,1985. — Membre inférieur : longueur totale, 0,251 ; longueur du pied prémalléolaire, 0,1755. — Hauteur du vertex au-dessus du sol, le sujet étant assis, 0,752 ; distance des deux épines iliaques antéro-supérieures, 0,225 ; distance maximum des deux crêtes iliaques, 0,2115. — Diamètre : sacro-pubien externe, 0,1665; distance des deux acromions, 0,50; distance de l'inion au point auriculaire, 0,0985.
Moyennes de 10 hommes hindous, observés à la Guya7ie française. Les cheveux : 1 lisses, 5 ondes, 4 bouclés; nez, ordinaire; lèvres : 9 moyennes, 1 grosses, 6 droites, 4 un peu renversées; dents incisives : 9 verticales, 1 un peu obliques; taille moyenne.
Mesures de la tète. — A. Crâne. — Diamètres : antéro-postérieur maximum, 0,1805; transversal maximum, 0,129; transversal frontal minimum, 0^104. — Courbes : occipito-frontale totale, 0,324; horizontale totale, 0,528; transversale bi-auriculaire, 0,355. — B. Face. — Angle et triangle faciaux : base DicT. ENc, i' s. XI. 47
758 GUYA.NES (LES).
du triangle facial, 0"\H55; longueur de la ligne faciale, 0,062; angle facial do Jacquart, 76°, 95 ; angle facial alvéolaire, — Distance du point sous-
nasal : au point sous-mental, 0,62; à la racine du nez, 0,0425; à la racine des cheveux, 0,106. — Distance transversale des deux pommettes, 0,117.
Mesures do tromc et des membres. — 1° Hauteurs au-dessus du sol : du conduit auditif, 1,518; de l'acromion, 1,377; de l'épicondyle, 1,0705; de l'apophyse styloïde du radius, 0,8155; du hout du doigt du médius, 0,62; de l'omhilic, 1,001 ; de l'épine iliaque antéro-supérieure, 0,979; de la ligne articulaire du genou, 0,Ai)o; du sommet de la malléole interne, 0,066. — 2" Membre supérieur : la grande envergure, 1,724; le petit empan, 0,2135. — 4" Membre inférieur : longueur totale du pied, 0,2585 ; longueur du pied prémalléolaire, 0,1865. — 4'' Hauteur du vertex au-dessus du sol : le sujet étant assis, 0,8145; rapport de la grande envergure à la taille, 1,029.
Arabes. Les Arabes n'existent que dans notre Guyane, où ils arrivent comme condamnés. Je comprends sous ce nom, je dois le dire, tous les immigrants originaires de l'Algérie, sans tenir compte de k race, qui, nous le savons, est multiple. On y rencontre même des Éthiopiens. Cependant pour mes mensurations j'ai éliminé tous les sujets qui m'ont paru avoir la moindre parenté avec eux.
Ce groupe est forcément peu nombreux ; il n'en offre pas moins cependant un certain intérêt, en ce sens que sa Iransportation à la Guyane a mis en évidence ce fait que, dans la question de l'acclimatement, la température n'est qu'un facteur, et que, quelque importance qu'on lui accorde, il ne saurait suffire à lui seul. L'Algérie, en effet, oftre des températures plus élevées que celles de la Guyane, et en s'en tenant à cette considération on aurait pu croire que la santé de ses habitants se fût maintenue dans ce lieu d'exil. Il n'en a rien été. Au moins autant que les Européens les Arabes fournissent des victimes à l'anémie et au paludisme, qui sont les deux ennemis les plus implacables de toute population européenne dans ce climat. De plus, l'Arabe s'est retrouvé ce qu'il est chez lui, c'est-à-dire paresseux et peu enclin aux travaux de l'agriculture. Sous ce rapport, la colonisation a peu gagné. Ceux qui ont résisté au climat se sont livrés au petit commerce. Enfin, jusqu'à présent, à peu près seuls les hommes ont été transportés, et les condamnées européennes consentent rarement à les épouser. Il y a, du reste, dans cette résistance non-seulement une différence de race, mais aussi une différence de religion qui se traduit dans le mahométisme par des pratiques, des usages, tels que l'obligation de se raser le pubis, auxquels l'Européenne ne veut pas se soumettre. Si donc on veut trouver dans la transportation de ce personnel un élément de colonisation, il est indispensable de donner à l'Arabe une compagne de la même origine.
Je n'ai fait que 10 mensurations chez les Arabes, et je pense qu'elles trouveront mieux leur place ailleurs.
Race mongole. Dans notre colonie, le premier essai de cette immigration remonte en 1820. Elle fut faite avec 27 Chinois, qui furent placés sur une habitation du quartier de Kaw. L'essai ne fut pas heureux. Le baron de Laussat, qui raconte cet insuccès, le met sur le compte du mauvais choix qu'on avait fait : « manger, boire, dormir et croupir dans la misère, dit-il, rien ne pouvait les tirer de là; » « enfin, après quatorze mois de patience et d'essai, en août 1821, je fis revenir tous ces vauriens à Cayenne. Ils n'étaient plus que 17 sur lesquels il en mourut encore deux. »
GUYANES (LES). 73f»
L'essai a repris en 18G1. jOO Chinois y furent conduits de la Martinique. Or, dès le 1" janvier 1867, leur nombre était tombé à 63 et le 1" janvier 1876 à 54. Depuis, malgré le désir de la colonie, l'essai n'a pas pu être repris, le gouvernement se trouvant lié par la convention de 1861. Mais un certain nombre sont venus librement des colonies voisines, attirés par les salaires élevés des places, et au 1" janvier 1881 on en comptait déjà 170.
Enfin, nos possessions en Gochincliinc nous ont permis d'importer quelques Annamites. Ils s'élevaient à 205 en 187G et à 581 en 1881. Mais depuis, un décret d'amnistie a permis à la presque totalité d'entre eux qui n'étaient que déportés politiques, de rentrer dans leurs foyers.
En ce moment, le nombre total des représentants de la race mongole dans les trois Guyanes ne dépasse pas 4000, parmi lesquels seuls quelques centaines sont .\nnamites.
Ces travailleurs sont généralement de petite taille, mais vigoureux; si l'on prenait soin de ne choisir les immigrants que parmi les agriculteurs, je pense qu'ils apporteraient un précieux concours à la colonisation, à la condition, toutefois, de transporter des familles et non pas seulement des hommes. Cependant, il ne faut pas perdre de vue les deux insuccès précédents et ne procéder à de nouvelles tentatives qu'en profitant des leçons de l'expérience.
Je n'ai fait des mensurations que sur onze Annamites seulement. Cependant les documents de ce genre étant encore assez rares, je donne le résultat de ces mensurations.
Mensuration chez onze Annamites. Taille, 1™,598, Cheveux : lisses 8 fois, ondes 5 fois; nez : épaté 8 fois, pyramidal 3 fois; lèvres : moyennes 10 fois, épaisses 1 fois, droites H fois; dents incisives : verticales 7 fois, obliques 4 fois.
Mesures de la tète. A. Crâne. 1° Diamètres : antéro-postérieur maximum, 18,6; transversal maximum, 145,1 ; transversal frontal minimum 11,1; — Courbes .• occipito-frontale totale, 55,4; horizontale totale, 54,8; transversale bi-auriculaire, 57,4. — B. Face. 1° Angle et triangle faciaux : base du triangle facial, 11,9; longueur de la ligne faciale, 6,9; angle facial de Camper, 76°; — 2° Distance du point sous-nasal : au point sous-mental, 6,5; à la racine du nez, 4,8; à la racine des cheveux, 15,5 — 5" Distance transversale des deux pommettes : 12,9.
Mesures du tronc et des membres. Hauteurs au-dessus du sol : du conduit auditif, 1,465; de l'acromion, 1,513; de l'épicondyle, 1,00; de l'apophyse styloide du radius, 0,78; du bout du doigt médius, 0,56; de l'ombilic. 0,95; de l'épine ihaque antéro-supérieure, 0,807; de la ligne articulaire du genou, 0,45; du sommet de la malléole interne, 0,072; — Membre supérieur : la grande envergure, 1,69; le grand empan, 0,201; — Membre inférieur : longueur du pied : totale, 0,258; longueur du pied prémalléolaire, 0,177; — Hauteur du vertex au-dessus du sol le sujet étant assis : 0,851.
Pathologie. Les quatre races principales se trouvent là réunies, soumises aux mêmes influences et dans un état de liberté suffisant pour qu'on puisse admettre qu'elles ont mis en œuvre toutes leurs ressources. Les circonstances paraissent donc aussi heui-euses que possible pour se livrer à des recherches de pathologie comparée.
Maladies endémiques. Dans l'étude de la pathologie des Guyanes, ce sont les affections endémiques qui méritent le premier rang, et cela non-seulement à
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cause de la conslance de leur existence, mais aussi comme nombre et comme gravité. C'est là l'opinion de tous les auteurs qui, à diverses époques, ont écrit sur ces colonies. En ce qui concerne la Guyane française, j'ai pu recueillir les statistiques trimestrielles de dix ans, de 1858 à 1807 : or, sur 29178 maladies traitées à l'hôpital de Cayeime pendant cette période, 16666 appartiennent à ce groupe d'affections, et 12512 seulement aux antres divisions du cadre pathologique. Comme on le voit, en négligeant les centaines, c'est une prédominance d'un quart. Et cependant ce n'est pas le nombre des entrées qui la faille mieux ressortir. Dans ce même hôpital, de 1857 à 1869, soit une durée de treize ans, on a compté 1270 décès : or, sur ces décès, 902, c'est-à-dire presque les trois quarts, reviennent à ces mêmes endémies.
Décès de l'hôpital de Cayenne par suite des maladies endémiques de 1857 à
1869. 1° Anémie : anémie et chloro-anémie, 121; ascite, 45; anasarque, 8; total 174. — 2" Pahidhme : Fièvre rémittente bilieuse, 86; fièvre ictérohémorrhagique, 5 ; lièvre rémittente typhoïde, 2; accès pernicieux, 585; cachexie }taludécnne, 44; rupture de la rate, 2; total 520. — 5" Affections intestinales: dysenterie aiguë et chronique, 158; diarrhée chronique, 19; coliques sèches, 4; total 181. — 4" Affections du foie : hépatite, 5; hépatite chronique. 10; abcès du foie, 4; déchirure du foie, 1 ; total 20. Total général 895.
Anéjiie. L'anémie, ou chloro-anémie, est le lot fatal de tout Européen qui aborde la Guyane. Ses attaques pourront se faire attendre plus ou moins, mais il faut qu'il le sache, elles sont inévitables. On trouve à la Guyane l'anémie tropicale ou essentielle dans toute sa pureté et avec ses lignes les mieux définies : décoloration des tissus, œdème des membres et infiltration générale, perte de l'appétit, troubles digestifs et circulatoires, enfin affaiblissement des fonctions intellectuelles et surtout de tout ce qui touche l'activité, tels sont ses symptômes apparents. Ces phénomènes peuvent varier beaucoup et se grouper de la manière la plus étrange, mais, au fond, la nature de l'affection reste la même. Son caractère fondamental, essentiel, c'est la diminution des globules rouges et de la plasticité du sang.
Elle peut s'emparer de l'organisme presque à son insu, et alors sa marche est plus lente, ou bien, ce qui arrive souvent, profiter d'un affaiblissement momentané, pendant la convalescence de quelque affection, par exemple, pour lui faire subir son influence. On peut même observer l'anémie aiguë. Dans ces cas, qui heureusement sont rares, sans autre cause appréciable que le climat, l'organisme passe, dans moins d'un mois, de la santé à l'état le plus alarmant.
Quelle qu'ait été la marche de l'anémie à son début, franche ou insidieuse, les suites restent les mêmes. Le malade peut lutter plus ou moins longtemps, l'hygiène peut lui apporter un secours plus ou moins efficace, mais il est rare que de cette Julie il sorte victorieux, tant qu'il aura contre lui l'influence du climat.
C'est là l'histoire médicale de tous ceux qui l'ont affronté; c'est une loi à laquelle il faut se soumettre. Mais, cet arrêt porté, une question importante reste : c'est celle du temps que peut durer la résistance.
Sauf les cas d'anémie aiguë, qui, je l'ai dit, sont rares, et les cas de maladies intercurrentes, ce temps se chiffre par des années. Il varie pour la moyenne des organismes de deux à trois ans. C'est ainsi que l'a apprécié la marine et, je le crois, avec raison. Pendant les deux ans que j'ai passés à la Guyane, j'ai peu vu
d'Européens ètie renvoyés en France avant leurs deux ans accomplis, el, par contre, il est peu de militaires qui, après les trois ans de séjour réglementaire, n'aient pas, plus ou moins, subi ses atteintes. En se basant sur ces résultats, qui sont consacrés par une expérience déjà longue, je pense que c'est la règle que devrait adopter tout Européen retenu par ses intérêts ou ses fonctions dans le pays. Un séjour de six mois en Europe semble s'imposer pour lui toutes les trois années, et mon opinion est que c'est bien plus dans ces voyages que dans une alimentation trop riche qu'il devra chercher les éléments de la résistance. J'ai dit combien on] doit peu compter sur le traitement. Cependant je suis loin de nier ses bons effets dans des circonstances données. Si, en effet, nous supposons que la personne dont il s'agit ait adopté, dès son arrivée, une alimentation peu azotée, si l'anémie ne se complique d'aucune atteinte du côté du foie, elle pourra tirer un véritable bénéfice d'une alimentation un peu plus riche. Le vin pris avec moins de réserve pourra soutenir ses forces; enfin un traitement bien compris ayant pour base Thygiène pourra permettre soit de triompher, au moins momentanément, de l'affection, soit de retarder un rapatriement. Les eaux minérales ferrugineuses rendent dans ce cas de grands services, mais il faut en user modérément. 11 en est de même des préparations de quinquina. Le vin et l'extrait sont les deux modes d'administration que je préfère. Enfui à ces moyens je dois ajouter l'hydrothérapie et le séjour sur certains points de la colonie. Les îles qui bordent la côte offrent, sous ce rapport, une précieuse ressource. Les îles du Salut et l'Ilet-la-Mère , qui sont les plus étendues et les plus élevées, devront être choisies de préférence. Le personnel qui dépend de l'administration trouvera, dans les premières, tout ce qu'il peut désirer. Mais ces îles ne sont pas les seules. Dans l'île de Cayenne s'étend une région montagneuse coupée de mille cours d'eau qui fournira à l'habitant un lieu de convalescence des plus utiles, non-seulement par une différence sensible de température, mais aussi par des bains à l'eau courante qui pourront remplacer avantageusement l'hydrothérapie méthodique. Mais je ne puis me passer d'y revenir, on ne saurait avoir dans ces moyens médicaux et autres une confiance aveugle; il faut surveiller l'affection, et, si le mieux ne s'établit pas, en venir au seul moyen sûrement efficace, le retour dans la mèrepatrie.
Dans tout ce qui précède, on l'a vu, il ne s'est agi que de la race européenne. Comment se comportent les autres races aux prises avec ce climat ?
Les deux branches caucasiques qui s'y rencontrent à côté de nous, les Arabes et les Hindous, résistent différemment; les Arabes sont ceux qui résistent le moins: ils s'anémient et s'étiolent comme les peuples européens. Ils ne jouissent que d'un avantage, celui de lutter plus longtemps. Mais celte différence de durée ne se chiffre, tout au plus, que par quelques années, et encore faut-il que l'organisme reste à l'abri de toute autre affection. Or il est bien rare que l'Arabe qui travaille la terre passe trois ou quatre ans sans être atteint par le paludisme, et ce dernier le conduit rapidement à l'anémie. L'Hindou lui échappe pendant plus longtemps et, si sa nourriture n'était pas réellement trop inférieure, vu le travail que l'on exige de lui, si d'autre part ce travail ne l'exposait pas à contracter d'autres affections, l'anémie ne l'atteindrait que tardivement.
La race américaine, dont j'ai décrit les débris, est rarement anémiée; elle vit sur le sol de la Guyane sans qu'elle ait beaucoup à souffrir de cette influence. C'est peut-être la seule race qui jouisse de cette immunité, mais, nous le
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verrons, elle est compensée par bien d'autres désavantages. Pour la combattre» ils prennent les préparations de fer, auxquelles ils joignent l'ananas vert et la décoction de la racine du papayer. Les Chinois et les Annamites paraissent également lui échapper en grande partie, ou ne subir ses effets que bien lentement. Ce ne serait certainement pas là l'obstacle à leur établissement et à leur prospérité. Enfin, la race noire s'anémie à la Guvane, mais il faut qu'à l'influence du climat se joigne celle d'une alimentation insuffisante soit comme qualité, soit comme quantité. Le noir qui se nourrit craint peu cette affection. C'est un des premiers avantages que nous ayons à accorder à cette race qui, pour la résistance aux pays chauds, va en offrir bien d'autres et des plus importants.
Paludisme. Pendant les années 1858, 1859 et 1860, pendant lesquelles on a tenu compte du genre d'affections soignées à l'hôpital de Cayenne, on trouve que sur 7111 malades qui y sont entrés pour une maladie interne 4576 y ont été conduits par le paludisme! Sa prépondérance dans la pathologie des Guyanes ne saurait donc être mise en doute, et l'opinion de tous les chefs de service qui se sont succédé à la Guyane est unanime. Mais ce n'est pas avec la même intensité q\ie son influence se fait sentir sur les divers points de ces colonies. Sous ce rapport, leur vaste territoire peut se diviser en quatre zones. La première, qui est essentiellement maritime, est la plus saine. Elle comprend tontes les îles, dont les principales sont : les Iles du Salut, l'Ilet-la-Mère et l'iletle-Père. On pourrait l'appeler zone insulaire; elle est exclusivement française. De ces trois îles, les deux premières seules ont été sérieusement occupées, et seules les lies du Salut le sont encore aujourd'hui.
La salubrité des îles du Salut, qui de beaucoup constituent à cet égard le point le plus sain des Guyanes, a été reconnue dès l'expédition de Kourou en 1763. Les essais de colonisation par la transportation n'ont fait depuis que la confirmer. Aussi, depuis 1852, ces îles sont-elles devenues un lieu de convalescence.
Les mêmes conditions de salubrité se trouvent à l'Ilet-la-Jlère, qui pendant quelques années a servi pour la transportation, tandis que les lies du Salut étaient réservées au personnel libre. Aujourd'hui la transportation ayant beaucoup perdu de son importance, l'Ilet-la-Mère est abandonnée; elle ne sert plus que de lazaret. C'est le meilleur point que l'on puisse choisir.
La seconde zone, réellement intermédiaire et comme situation et comme salubrité entre cette dernière et la troisième, appartient à la terre ferme, et longe la mer dans une grande étendue. Toutefois, toute la côte des Guyanes ne bénétîcie pas de cette salubrité relative. Cette zone ne commence guère que sur la rive gauche du Mahury, pour se prolonger d'abord jusqu'à Mana, puis, laissant un espace qui relève de la troisième zone, elle reprend aux bords du Surinam et s'étend jusqu'à ceux de Saramaca. De là aux rives de iNickerie on ne constate de nouveau, que des terres noyées; enfin, au delà duNickerie existe une longue bande de terres moins insalubres qui constituent la dernière portion de la zone que j'étudie, zone à laquelle, pour être complète, il faut réunir l'île de Cayenne. Balayée presque constamment par l'air sain de la mer, elle est, en grande partie, constituée par des bancs de sable sur lesquels s'est déposée une mince couche de terre végétale. C'est sur un de ces bancs que se sont établis les villages de Mana, d'Iracoubo, etc.
La troisième zone est de toutes la plus dangereuse au point de vue du paludisme, et en même temps, si l'on ne tient compte que des terres occupées, de beaucoup la plus étendue. Elle est constituée par toutes les terres basses des
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Guyanes, qui, tantôt venant jusqu'à la mer, tantôt courant derrière les bancs de sable de la deuxième zone, ne forment qu'un vaste marais pestilentiel. Elle s'étend sans interruption des rives de l'Ouanari au Venezuela. Ses points de prédilection sont : le territoire contesté, la plaine du Kaw, etc. Enfin, si l'on pénètre plus loin dans l'intérieur, et que l'on franchisse cette zone marécageuse, on arrive à une quatrième qui est peu connue. Constituée par des terrains montueux dans le territoire contesté, et dans la Guyane française par des savanes souvent peu fertiles et des montagnes isolées dans les deux autres, elle n'est guère fréquentée que par les chercheurs d'or et les explorateurs. Dans cette zone, tant que les terres n'y sont pas remuées, les fièvres paludéennes sont rares. Mais elles y apparaissent très-graves dès qu'on tire cette terre de son repos si souvent séculaire, et de plus on y rencontre la dysenterie, l'hépatite et les coliques sèches.
Presque tous les centres de population étant établis le long de la côte, ou tout au moins dans la bande alluvionnaire, il en résulte que les vents qui leur viennent du nord arrivent directement du large sans avoir traversé les terres, tandis que ceux qu'ils reçoivent d'une aire de vent plus ou moins sud ont toujours balayé une longue étendue de marais, sur lesquels ils se sont chargés de miasmes fébrigèncs. Cette influence est des plus marquée, et comme dans les Guyanes le régime des vents dépend des alizés, dont la marche est constante, il en résulte que la même constance se retrouve dans les oscillations des affections paludéennes. C'est ainsi que le premier semestre, pendant lequel soufflent les vents de nord-est, est toujours le plus sain, tandis que le second, qui voit souvent les vents tourner au sud, offre les atteintes du paludisme les plus nombreuses.
Cette influence, il est vrai, n'est pas la seule qui aggrave la situation pendant le second semestre ; il faut également tenir compte de celle des pluies. Pendant les six premiers mois de l'année, les marais sont en grande partie couverts et par conséquent moins dangereux. Mais dès le mois de juillet les pluies diminuent, l'évaporation commence et s'accentue pendant les trois mois qui suivent : août, septembre et octobre. Aussi est-ce pendant cette période que le paludisme acquiert toute sa puissance. Ces vastes plaines d'alluvions, débarrassées de l'eau par le soleil, livrent, en toute liberté, aux vents qui les traversent, le poison auquel la couche d'eau qui les couvrait formait auparavant une barrière providentielle. Cependant, lorsque le soleil a complété son œuvre, le marais pour un instant devient moins dangereux : c'est que le miasme qu'il nourrit a besoin d'une certaine humidité. C'est dans la zone humide qui sépare l'eau de la partie desséchée qu'est réellement le danger, et cela en rapport direct avec l'étendue de cette zone. Aussi voyons-nous toujours une période de recrudescence avoir lieu en novembre. C'est qu'en effet le retour des pluies vient humecter toutes les terres avant de les couvrir, et donner à cette zone humide dangereuse une étendue considérable.
C'est ce qui explique que les années qui subissent le plus l'influence maremmatique sont celles pendant lesquelles la saison des pluies ne s'établit que lentement, et que, au contraire, cette influence est réduite au minimum, lorsque des avalanches d'eau inondent la terre et la couvrent en quelques semaines.
Nulle part le miasme paludéen ne mérite mieux son épithète de protéiforme qu'à la Guyane. Cette grande variété dans ses manifestations ne se révèle pas seulement par les modifications que peut subir l'accès intermittent classique, mais aussi
par les irrégularités de son type. Ces irrégularités, du reste, sont assez prouvées par les chiffres suivants.
J'ai pu retrouver les statistiques de dix-neuf trimestres pendant lesquels le type a été indiqué. Or, sur un total de 8444 cas de fièvre paludéenne, 6118 appartiennent aux fièvres irrégulières ou atypiques. Les mêmes statistiques nous font connaître les proportions des types quotidiens, tierces et quartes, les seules parmi les formes simples qui aient été mentionnées. Ces résultats sont les suivants : le type quotidien, le plus fréquent après les cas irréguliers, a été observe 1715 fois, le tierce 285 fois, et le quarte 22 fois seulement. Les autres 508 cas correspondent aux formes graves, et comprennent 59 cas de fièvres rémittentes bilieuses et 209 cas d'accès pernicieux.
Ainsi, des trois types simples, de beaucoup c'est le quotidien qui est le plus fro'quent, puis, à une grande distance, se place le tierce, et enfin, presque comme une rareté, vient le type quarte, ne se présentant guère qu'une fois tous les trois mois.
Ces différences de fréquence s'expliquent par la marche ordinaire du paludisme. En m'en rapportant à mes souvenirs personnels et aux appréciations des collègues que j'ai pu consulter, il résulte que la fièvre intermittente quotidienne est celle qui le plus souvent atteint les arrivants. C'est sous cette forme que le miasme paludéen frappe ses premiers coups. Les accès sont à cette époque complets et leurs trois stades bien tranchés. Ils sont d'intensité et de durée moyennes et cèdent assez facilement au sultate de quinine. S'ils sont régulièrement soignés, ils s'espacent, perdent de leur intensité, puis disparaissent. Mais bieulôt, si le malade s'expose de nouveau au paludisme, les rechutes arrivent de plus en plus faciles, laissant toujours après elles l'organisme plus faible, et de moins en moins sensible aux préparations de quinquina.
A partir de ce moment, deux cas peuvent se présenter : l'intoxication peut affecter une marche aiguë ou une marche chronique. Si les accès sont mal soignés ou bien si le malade continue à vivre au milieu des marais, c'est la forme aiguë qui apparaît; les accès augmentent d'intensité et surtout de durée jusqu'à ce que l'accès pernicieux ou la hèvre rémittente bilieuse vienne terminer la scène. Si au contraire le malade, au moins momentanément, se soustrait à l'influence du paludisme, les accès s'éloignent, deviennent irréguliers et peuvent même disparaître pendant quelque temps. Mais le retour dans les foyers paludéens rappelle les mêmes phénomènes, et, le plus souvent, après quelques rechutes semblables, la forme chronique s'établit.
Cette forme, qui est de beaucoup la plus fréquente, puisque presque tous les Européens y sont soumis, s'accompagne bientôt d'anémie, et, les principaux phénomènes qui la caractérisent s'acccntuant, on voit naître la cachexie.
Pendant cette période cachectique, et celle qui précède, les accès sont fréquents ; mais ils se présentent avec une telle iiTégularité qu'il est impossible de les rattacher à aucun type connu. L'accès lui-même n'est plus complet, et il faut une certaine habitude de la pathologie exotique pour le reconnaître. Outre les mille manifestations apyrétiques du miasme paludéen, et qui varient presque pour chaque sujet, l'accès lui-même est modifié. Souvent il manque d'un stade ou l'un de ces stades s'accentue tellement qu'il efface les autres.
Parmi ces cas de paludisme chronique, trois formes sont surtout observées. La plus commune est ce que les habitants du pays appellent la fièvre chaude. C'est l'accès intermittent avec absence de frissons et prédominance du stade de chaleur.
La seconde forme, par opposition, a reçu le nom de fièvre froide. Elle est caractérisée sm'lout par la longueur du frisson, sans que la réaction en soit plus marquée. Enlin, la troisième est la fièvre lente, constituée par un mouvement fébrile léger (38 degrés, 58", 5) qui dure des semaines et des mois entiers. Les accès sont rarement isolés; ils viennent par périodes. Après un calme de plusieurs semaines, quelques accès surviennent, mais toujours à des intervalles tels qu'il est impossible de les rattacher à un type régulier.
Ce qui reste le plus longtemps constant, c'est l'heure à laquelle commence l'accès; c'est une observation que font tous les malades. Quant à l'heure de son début, je dois dire qu'il n'en est pas qui ne puisse le voir commencer. Si en effet les accès de première invasion se montrent d'une manière presque constante de huit à dix heures du matin, les accès suivants, dans le paludisme chronique, commencent à toute heure. J'ai pu écrire pendant que j'étais au Maroni : « Depuis plusieurs semaines la fièvre ne s'est pas absentée de l'hôpital. » Cependant c'est dans l'après-midi que les accès sont le plus fréquents. Les heures comprises entre deux et cinq heures m'ont paru celles qui le plus souvent les voient commencer, puis la fréquence diminue, et les accès de la nuit et du matin deviennent rares. C'est vers cinq et six heures du matin qu'ils m'ont paru débuter le moins souvent. A partir de huit heures, la fréquence augmente, pour atteindre son maximum, comme je l'ai dit, vers le milieu de l'après-midi.
Ce sont là des faits que j'ai notés avec d'autant plus d'attention qu'une opinion contraire tendait, depuis quelques années, à devenir classique.
Telle est la marche du paludisme que, d'après mes souvenirs et les statistiques, je considère comme presque constante. Mais, j'ai le regret de le constater, ce n'est pas celle admise par Van Leent, dont on ne saurait discuter la compétence. Pour lui, les cas franchement intermittents seraient l'apanage des gens habitués au climat, tandis que les arrivants présenteraient plutôt des formes irrégulières à complications gastriques et bilieuses. Je suis cependant tenté de croire qu'il n'y a entre nos manières de voir qu'une différence d'interprétation. Les faits observés seraient bien les mêmes, mais, tandis que je ne vois dans ces pyrexies gastriques et bilieuses que des fièvres simples, Van Leent leur accorderait une origine maremmatique. Ce qui me porte à croire que c'est bien là la cause de cette divergence, et ce qui en même temps me confirmerait dans ma manière de voir, c'est que, pour Van Leent, seules les fièvres atteignant les acclimatés seraient franchement intermittentes et que seules elles constitueraient des fièvres à quinquina.
Les formes qu'affecte le paludisme étant aussi nombreuses, il est indispensable de les classer, si on veut les étudier avec fruit. Or j'ai exposé dans un travail spécial sur ce sujet la classification à laquelle j'ai donné la préférence, et je crois inutile de revenir sur les raisons qui me l'ont fait adopter. Qu'il me suffise de dire ici que j'ai d'abord réparti toutes les formes paludéennes en deux grandes divisions, les fébriles et les non fébriles, et qu'ensuite les premières entêté divisées en simples et en compliquées; que pour les formes simples j'ai pris pour base le type de la courbe de température, tandis que pour les compliquées j'ai adopté une division purement anatomique.
Les affections paludéennes fébriles d'après cette classification comprennent dans leur premier groupe : la fièvre intermittente, la rémittente et la fièvre continue, et dans le second : les formes fébriles compliquées, qui de beaucoup sont les plus considérables. Ces formes compliquées sont les suivantes :
i° Les complications ou localisations bilieuses (la fièvre intermittente bilieuse, la fièvre continue bilieuse, la fièvre paludéenne mélanurique, la fièvre paludéenne hémoglobinurique et la fièvre paludéenne hémorrhagique) ; 2» les complications ou localisations sur l'épidiclyme {congestion et inflammation) ; 3" les localisations sur le système cutané {abcès, éléphantiasis, ulcères et plaies) ; 4° les localisations sur le cerveau {accès pernicieux comateux, algides, alaxiques et apoplectiques) ; 5« les localisations sur le cervelet (accès pernicieux, convulsifs et épileptiformes) ; 6" les localisations sur le rachis {accès pernicieux tétanique) ; 7" les localisations sur le thorax {accès pernicieux apoplectiques, pneumoniques, pleurétiques, pleiiro-pneumoniques) ; 8° les localisations sur l'abdomen {rémittente typhoïde, accès pernicieux stomacal, entérique et colique).
Quant aux formes non fébriles, elles ne comprennent que les formes dites larvées et en dernier lieu la cachexie.
Je dirai quelques mots sur chacune de ces formes.
Les formes simples ne prêtent à aucune considération importante. Les deux premières, intermittente et rémillente, représentent l'attaque du miasme paludéen dans toute sa simplicité et sous la forme la plus bénigne ; ce sont les plus fréquentes. La forme continue, quoique plus rare, ne saurait être mise en doute, et j'espère qu'une étude attentive arrivera facilement à la différencier des autres formes paludéennes, ainsi que des fièvres de nature différente, telles que la fièvre éphémère prolongée et la fièvre inflammatoire. Je ne m'y arrêterai pas plus longteni[)s.
L'embarras ne saurait non plus être bien grand pour la fièvre paludéenne bilieuse, qu'elle soit intermittente, rémittente ou continue, ce ne sont là que des reproductions des précédentes affections, compliquées de phénomènes bilieux.
Mais, pour quelques auteurs, la question ne se présente pas avec la même netteté quand il s'agit des fièvres rémittentes bilieuses graves, que je voudrais diviser en hémorrhagiques, licmoglobinuiiques et mélanuriques.
Elles soulèvent, d'après eux, de nombreux doutes sur lesquels je crois indispensable de m'arrêter parce qu'il est important, tant au point de vue scientifique qu'au point de vue pratique, de les voir disparaître.
Et, tout d'abord, on a douté, je l'ai dit, que ces affections fussent dénature paludéenne. Pour ce qui me concerne, je le crois fermement. 11 est incontestable que partout et notamment dans les pays chauds il existe une fièvre bilieuse non paludéenne, et que cette fièvre peut affecter une marche rémittente. 11 n'y a pour s'en convaincre qu'à lire les traités de fièvres de Chomel, Bouillaud et autres, que les générations médicales actuelles ont trop oubliés. On y trouvera ces entités morbides non paludéennes décrites avec une précision saisissante pour quiconque a pratiqué dans les pays chauds. Mais il me paraît tout aussi incontestable, qu'à côté de cette fièvre bilieuse simple s'en trouvent d'autres de nature différente et qu'on ne saurait sans parti-pris les confondre.
Les fièvres rémittentes bilieuses graves, celles auxquelles on a donné le nom de mélanurique et d'hémorrhagique, sont, pour moi, absolument distinctes des premières; elles en diffèrent par les traits caractéristiques de leur symptomatologie, par leur habitat, par le personnel qu'elles frappent et par le traitement dont elles relèvent. Je me sépare donc, sous ce rapport, complètement de mon ami, le docteur Burot. La fièvre bilieuse simple avec des degrés divers de
fréquence est cosmopolite ; on la trouve non-seulement sous toutes les latitudes, mais aussi quelle que soit la nature du sol. Les autres, au contraire, sont les compagnes fidèles du miasme paludéen et leur fréquence se mesure à son intensité.
On les voit fréquentes et sévères partout où ce dernier acquiert sa nocivité la plus grande. A la Guadeloupe, où j'écris ce travail, les fièvres bilieuses non paludéennes existent partout et les mélanuriques ne se développent que dans les foyers les plus actifs du paludisme; c'est là un fait bien connu.
La fièvre bilieuse non paludéenne peut atteindre tout le monde ; elle fait partie de ce qu'en Europe on désigne sous le nom de fièvres saisonnières. Les lièvres mélanuriques et hémorrbagiques, au contraire, n'atteignent que les paludéens. Elles ne constituent jamais les premières atteintes de ce miasme.
Comme symptômes principaux, la fièvre bilieuse non paludéenne peut bien donner des urines chargées, bilieuses, mais jamais elles n'acquerront la couleur caractéristique qu'elles ont dans la mélanurique ; et jamais elles ne donneront lieu à des liémorriiagies véritables comme dans l'hémorrhagique. Enfin, sans qu'on puisse donner une grande importance à la différence des pronostics, il faut avouer cependant que, lorsqu'une affection n'est presque jamais mortelle et qu'une autre l'est presque toujours, il est bien permis au moins de tenir compte de celte différence quand il s'agit d'établir leur nature. Or je viens de recueillir à la Guadeloupe plus de 60 observations de fièvres bilieuses non paludéennes, et aucune d'elles n'a été suivie de mort, et dans les quelques cas de fièvres mélanuriques soumises à mon observation ou parvenues à ma connaissance, cette terminaison a eu lieu une fois sur deux.
Enfin, tandis que tous les praticiens des pays chauds s'entendent pour prescrire les préparations de quinquina, dans la fièvre dite à urine noire, ils accordent, au contraire, l'importance la plus considérable aux évacuants, purgatifs et vomitifs, dans le traitement de la fièvre bilieuse simple. Objectera-t-on qu'il n'y a là qu'une différence d'intensité? Mais poui^quoi cette affection serait-elle toujours bénigne sur certains points et au contraire toujours grave dans d'autres, dans ceux où règne le miasme paludéen?
Il faut donc bien admettre, que ce miasme joue un rôle capital dans celte différence. En vérité, il y a peu de points de la pathologie qui me paraissent mieux établis et appuyés sur des faits aussi propres à les éclairer. Ainsi, qu'il s'agisse de l'habitat, des personnels atteints, de la gravité, des symptômes et des traitements, les différences sont des plus tranchées entre ces affections, et il paraît dès lors difficile qu'on échappe à celte conclusion qu'elles se développent sous des iniluences différentes. De plus, les fièvres mélanuriques et hémorrbagiques se montrant exactement dans les mêmes conditions climatologiques et telluriques que les formes graves du paludisme et ne se montrant que dans ces conditions, il me paraît tout aussi forcé de conclure qu'elles ont la même origine.
Je l'ai dit dans mon travail sur le paludisme, les fièvres groupées sous le nom de rémittentes bilieuses, n'étant pas toujours rémittentes et d'autre part le caractère bilieux n'étant pas toujours celui qui domine, enfin une différence bien tranchée existant entre celles dans lesquelles le sang sort en nature et celles dans lesquelles c'est surtout sa matière colorante qui s'élimine à travers le filtre rénal, j'ai cru devoir répartir les affections qui dépendent de ce groupe entre trois entités différentes et adopter des noms qui rappellent le
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mieux leur physionomie générale. C'est ainsi qu'à la place des rémillcntes bilieuses on trouve, dans le travail indiqué, les fièvres mélanuriques, hémoglobinuriques et hémorrhagiques.
La fièvre décrite sous le nom de rémittente bilieuse à urine noire ou Malaga a été fréquente à la Guyane, tant qu'on s'est livré aux travaux de terrassements. Elle est toute prête à reparaître dès qu'on voudra les recommencer. Aujourd'hui, où ces travaux ont presque cessé, elle y est devenue plus rare. Elle a été signalée dans les autres Guyanes, comme dans la nôtre, partout où l'on a remué les terres.
On a beaucoup discuté sur l'absence ou la présence du sang dans ces urines Malaga qui, en elfet, ont parfois un aspect tel que, si l'on en jugeait seulement par ce caraclère, il paraîtrait ridicule de mettre la présence du sang en doute. Des recherches récentes que j'ai Hiites, recherches qui demanderaient à être exposées avec détail, il faudrait conclure que trois cas peuvent se présenter. Dans le premier, il y a véritablement du sang en nature, c'est réellement une fièvre hëmorrhagique ; dans le second, on peut, à la vérité, constater quelques globules rouges, mais ils sont en trop petit nombre pour colorer le liquide ; la couleur est due surtout à la matière colorante du sang, à l'hémoglobine ; c'est une fièvre hémoglohinurique. Enfin, dans le troisième cas, il me paraît à peu près sûrement établi qu'on ne trouve ni sang, ni hémoglobine. La coloration est due à une substance dont la nature n'est pas encore détei minée et je crois qu'à ces cas, à l'exemple de Bérenger-Fcraud, on doit réserver le nom de mélanurique qui ne préjuge rien.
La fièvre paludéenne hémorrhagique, également admise par Van Leent, est plus rare que la précédente, et encore moins étudiée parce que, en effet, elle a été presque toujours confondue avec elle. Cette confusion doit même avoir contribué au désaccord qui existe dans le corps médical, au s\ijet de l'absence ou de la présence du sang dans les urines. Dans certains cas, en effet, on constate de véritables hématuries, et alors la présence du sang ne saurait être douteuse. Et cela d'autant mieux que les organes génitaux urinaires sont loin d'être les seuls par lesquels les hémorrhagies se produisent; cette voie est même une des plus rares.
Sa nature paludéenne ne me paraît pas moins évidente. Les considérations que j'ai exposées à propos des précédentes lui sont toutes applicables. J'accorde que de nombreux caractères lui sont communs avec la fièvre jaune, et les adversaires de sa nature paludéenne pourront puiser dans cette communauté de caractères plus d'un argument. Mais ces arguments tombent, pour moi, devant les suivants : que la fièvre hémorrhagique a été observée sur des points où jamais la fièvre jaune n'a pénétré; que dans les zones que celte dernière atteint par périodes épidéraiques l'autre existe d'une manière constante aussi bien en dehors des périodes de fièvre jaune que pendant que celle-ci sévit, et que même alors il est parfois encore assez facile de les différencier; que, quelque variable qu'on suppose la marche de ces deux affections, de l'ensemble des cas de chacune d'elles il résulte une marche générale qu'on ne saurait confondre; que leurs personnels de prédilection diffèrent, et qu'enfin les mêmes traitements obtiennent sur elles des résultats contraires.
Je ne m'arrêterai pas aux localisations sur l'épididyme (Girard, Du paludisme sur les organes génitaux de l'homme, 1884) et le système cutané; les affections qui en dépendent étant sans gravité. Cependant je dois signaler ce que les pre-
mières ont d'étrange et rappeler en même temps comment j'ai compris les unes et les autres. Il n'y a pas d'épididymites ou d'éle'phantiasis palude'ens, mais j'admets que sous l'influence d'un accès de fièvre de cette nature on puisse voir survenir des épididymites et des pousse'es d'élé|ihantiasis, que les plates puissent s'altérer, les ulcères se rouvrir, et qu'enfin même des abcès puissent se former dans le tissu cellulaire. Du reste, tous ces faits, sauf ceux concernant les organes génitaux, ont été signalés depuis longtemps.
Après les formes qui précèdent, celles qui doivent le plus attirer notre attention sont toutes celles qu'on a confondues sous le nom d'accès pernicieux. C'est pour elles surtout que la classification anatomique trouve ses avantages. Elle permettra, en effet, je l'espère, de diriger les recherches d'anatomie pathologique et de plus pourra guider le médecin dans le traitement.
Les formes sous lesquelles les accès pernicieux se montrent dans les Guyanes sont des plus variables. J'en ai compté 17, et cependant le tableau n'est pas con^plet. Je les ai toutes groupées en trois grandes divisions, chacune d'elles correspondant à une des cavités viscérales.
De ces trois groupes, qu'il s'agisse du nombre de cas, de décès ou de formes, c'est le premier qui l'emporte, et de beaucoup, sur les deux autres.
Dans une statistique comprenant 7 trimestres, appartenant aux années 1862. iSôi et 1865, trimestres pendant lesquels on a tenu compte en même temps et de la forme des accès et des décès, on trouve que. sur un total de 156 cas, 155 appartiennent aux organes cérébro-rachidiens, 15 aux thoraciques et 8 aux abdominaux.
L'ordre n'est plus tout à fait le même, s'il s'agit des décès. Ce sont toujours les organes cérébro-rachidiens qui tiennent le premier rang, mais les thoraciques cèdent le second aux organes abdominaux. Sur 77 décès à la suite de ces 156 cas, 65 appartiennent aux cérébro-rachidiens, 6 aux abdominaux et 5 seulement aux thoraciques. Enfin on peut voir que les formes abdominales occuperaient de beaucoup le premier rang, si l'on plaçait ces trois groupes par ordre de gravité, car sur 8 cas elles ont donné 6 décès, tandis que les cérébro-rachidiennes n'en ont fourni que 65 sur 155, et les thoraciques 5 sur 15.
Si maintenant nous comparons entre elles les formes qui entrent dans chacun de ces trois groupes, on trouve de nouveaux faits intéressants. Cette statistique établit, en effet, que si, des trois formes principales, les algides, les comateuses et les ataxiques, qui appartiennent aux organes cérébro-rachidiens, la forme algide est la première comme fréquence, la comateuse l'est comme mortalité; qu'enfin l'ataxique, inférieure aux deux précédentes comme fréquence et comme nombre de décès, se relève par son extrême gravité. C'est ce qui ressort des chiffres suivants :
Forme algide . . .
— comateuse.
— ataxique. .
Cas.
Décès,
ToTAis 135 65
Des deux formes abdominales, l'une, la dysentérique, n'est représentée que par un cas suivi de mort, et il est difficile d'en parler d'après ce seul cas. Quant à l'autre, la typhoïde, elle a donné 5 décès sur 7 cas et se place par con-
séquent, comme gravité, immédiatement après les formes ataxiques qui, de toutes, paraissent les plus graves.
Dans mon traité du paludisme à la Guyane, respectant Topinion de mes prédécesseurs, outre les accès comateux, algides, ataxiques, j'ai mentionné les accès dits cérébraux et délirants, les accès apoplectiques et les accès cougestit's. Or j« crois que, parmi ces derniers, seuls les apoplectiques doivent être maintenus. Les accès cérébraux et délirants me paraissent devoir être confondus avec les ataxiques, et les affections décrites sous le nom d'accès congestifs ne me semblent pas de nature paludéenne.
5" Les localisations sur le tervelet sont beaucoup plus rares que les précédentes et ne comprennent que deux sortes d'accès pernicieux : les convulsifs et les épileptiformes.
6" Les localisations sur le racliis ne se sont révélées, jusqu'à présent, que sous une forme : la tétanique. Il ne serait pas étonnant que l'avenir en fit reconnaître d'autres.
7° De toutes les localisations thoraciqucs, celles qu'il faut retenir comme intéressant surtout la clinique sont, les formes apoplectiques, pneumoniques : et les formes mixtes. Quant à l'accès pernicieux pleurétique, rien ne s'oppose à son existence, mais de nouveaux faits seraient nécessaires pour le faire entrer, d'une manière définitive, dans le cadre de la pathologie.
8" Les formes abdominales qui me paraissent les mieux étudiées et les moins discutables sont surtout la rémittente typhoïde, ainsi que les accès pernicieux dysentériques et cholériques. La réjnittenle typhoïde est une des affections les plus graves et les moins connues. Considérée par les uns comme une véritable fièvre typhoïde, par les autres comme une forme mixte, j'en suis arrivé ta croire qu'elle est purement paludéenne. Elle n'est qu'une localisation sur les organes abdominaux et particulièrement les intestins. Ce qui tend à me faire admettre cette opinion, c'est que cette affection ne se montre que chez des personnes soumises à des accès de fièvre, depuis un certain temps; qu'elle se développe en dehors de toute influence typhoïde (nous savons combien ces affections sont rares dans les pays chauds) ; enfin dans les autopsies, si l'on constate de la congestion du petit intestin et même quelques points enflammés, on ne trouve pas les lésions caractéristiques du typhus abdominal. Ce sont les lésions d'une entérite et rien autre. La rémittente typhoïde est assez rare à la Guyane et comme aux Antilles elle atteint de préférence les anciens colons.
Les accès pernicieux, dysentériques et cholériques, sont plus fréquents et admis, sans contestation, dans le groupe des affections paludéennes. Le premier est même assez fréquent à la Guyane; le second, quoique beaucoup plus rare, offre cependant quelque cas.
9° Quant aux formes mixtes, crànio-thoraciques et autres, elles ne diffèrent des précédentes que par la multiplicité de leur localisation. Mais leur processus ne saurait sortir de ceux que nous avons étudiés jusqu'ici : congestion, inflammation, épanchements, héraorrhagies. Il sera parfois difficile de les placer de préférence dans l'un ou l'autre groupe, plusieurs organes étant atteints en même temps. Mais c'est une difficulté sans importance et que l'on retrouve toutes les fois qu'il s'agit de classer des fiùts naturels. Entre les formes nettement tranchées existent toujours les intermédiaires. Enfin, si leur description laisse encore beaucoup à désirer, j'espère que, leur nature une fois bien établie, leur place bien définie, un avenir prochain achèvera ce qui manque à leur élude.
Pour compléter ce qui a trait à cette endémie, il me reste à parler des formes larvées et de la cachexie. Les premières sont fréquentes à la Guyane et, quoique le public en soit peut-être arrivé à les exagérer, il est incontestable que c'est là un des côtés les plus curieux de la pathologie de ce pays. 11 n'est forme névralgique que le miasme paludéen ne revête. Quant à la cachexie, il est peu de pays qui puissent oftViv un tableau aussi complet. C'est surtout dans notre colonie et parmi le personnel de la transportalion qu'on l'observe. La loi, en effet, ne laisse au condamné dont la peine dépasse huit ans aucun espoir de retour. C'est la Guyane forcée, c'est-à-dire l'anémie, la cachexie paludéenne et la mort, à courte échéance.
Influence de la race. La question de résistance des races au paludisme est une des plus importantes que l'on puisse agiter au point de vue de nos colonies en général. Elle touche au cœur même de la question coloniale. Or, plus à la Guyane que partout ailleurs on trouve les éléments qui me paraissent propres à la juger. C'est qu'en effet, dans cette colonie, les quatre principales races sont venues se soumettre à l'expérience : Peaux- Rouges, blancs, noirs et Mongols se sont, à leur tour, essayés contre l'ennemi qui défend ses rives inhospitalières. Or, nous allons le voir, les résultats n'ont pas été heureux.
Des nombreux Peaux-Rouges qui peuplaient les Guyanes autrefois, presque tous ont disparu; depuis deux siècles il ne reste pas le dixième de cette population. Cependant, je dois le dire, je n'ai jamais vu un Indien galibi, la seule tribu que j'aie fréquentée, avec la fièvre, et je suis assez porté à croire que moins que toute autre cette race y est sujette. Mais elle ne lui échapperait pas d'une manière complète, ainsi qu'il résulte de certains documents sur les Caraïbes des Antilles.
Quant à la race caucasique, la première, après les Indiens, qui ait été aux prises avec ce climat, je viens d'établir le large tribut de victimes qu'elle paye au paludisme. Je pense que la culture de la terre et surtout les travaux de défrichement lui sont absolument défendus. Cette race ne peut vivre à la Guyane que par des précautions constantes que ne lui permettent pas toujours de prendre même les travaux d'art. Les Arabes n'y arrivent que comme condamnés. Mais, on le sait, vu le manque de bras, on a dû devenir moins sévère pour accorder des concessions, et cette faveur, qui était accordée aux libérés seuls, est accordée à tous ceux qui la demandent, et qui ont pour garantie quelques mois de bonne conduite. Les condamnés qui vivent en ce moment à la Guyane sont donc dans les conditions ordinaires de résistance, et peuvent, sous ce rapport, être assimilés à un personnel libre quelconque appartenant à la même race. Une seule différence est à faire, c'est le manque de famille. Ce n'est, en effet, qu'en 1875 que l'administration a envoyé sur le pénitencier quelques rares femmes arabes. Mais à cette différence près, je le répèle, les conditions sont les mêmes. Or j'ai vu pendant plus d'un an les Arabes concessionnaires du Maroni, et je puis affirmer qu'autant que tous les autres peuples ils payent leur tribut au miasme paludéen. Les accès pernicieux sont peut-être un peu moins fréquents, mais la cachexie est leur sort inévitable. La différence ethnique peut donc se résumer ainsi : moins de formes aiguës, prédominance des chroniques.
Il en est de même pour les Hindous. C'est la conviction qui m'est restée des six mois pendant lesquels j'ai été chargé des salles qui leur sont consacrées à l'hôpital de Cayenne. Il m'a semblé que, tandis que l'Européen, qui s'expose fréquemment aux émanations des marais, succombait, le plus souvent, à une des
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formes aiguës, l'Hindou échappait, au moins pour un temps, à cette mort prompte, et que, plus souvent que l'Européen, il arrivait à la cachexie.
J'arrive à la i-ace noire. L'immunité de cette race contre certaines maladies miasmatiques est un fait connu depuis longtemps. De ce nombre sont surtout la fièvre jaune et le paludisme. Toutefois il faut le reconnaître, même pour la lièvre jaune, pour laquelle l'immunité est plus grande encore, elle n'est pas sans exception. Quant aux maladies palustres, le fait suivant non-seulement la démontre, mais permet presque de la mesurer. En 1855 un établissement pénitentiaire fut fondé sur la rive gauche de l'Oyapock, à 4 kilomètres audessus du conlluent du Cabaret. Les logements furent bâtis sur un terrain qui domine de 3 mètres le niveau du fleuve et est environné de marais. Le 23 avril un officier de troupe, un régisseur des travaux, deux gendarmes, un sapeur et \\n surveillant, arrivèrent avec 20 transportés. Des bâtisses furent élevées successivement et purent recevoir 248 Européens. Or, du 23 avril 1853 au 1" mars 1 854, c'est-à-dire en 10 mois, 101 transportés succombèrent aux fièvres intermittentes. Dès lors, les noirs condamnés venus des Antilles ayant été seuls envoyés sur ce pénitencier, l'effectif, en 1854, se composa de 185 individus qui tous, sauf 33, étaient des noirs. Dans le courant de l'année, les Européens qui restaient succombèrent presque tous. Aussi, dès 1855 et 1856, les noirs restèrent-ils seuls. Dès lors la mortalité ne fut plus comparable à celle des années précédentes. 11 suffit, pour s'en convaincre, de jeter un coup d'œil sur les chiffres suivants :
Années.
Effectif moyen.
Décès.
Proportion pour 100.
loo
Ainsi la mortalité, qui était de 41,53 pour 100 en 1852, lorsque le personnel était complètement européen, tomba dès 1854 à 21,60 lorsqu'il était mélangé, et enfin, lorsqu'il ne fut plus composé que de noirs, nous la trouvons de 5,07 en 1855 et de 3,29 en 1856, c'est-à-dire que la mortalité, pendant cette dernière année, fut 12,60 moindre qu'en 1855.
Race mongole. Quant à la race mongole, un premier essai fait en 1820 n'a pas été heureux. Un second se tente maintenant et nous devons attendre. Cependant la mortalité considérable qui les a frappés pendant les travaux du chemin de fer de Panama nous fait craindre qu'ils ne réussissent pas mieux que les premiers.
En somme, des quatre principales races, si quelques doutes existent encore pour les Peaux-Rouges et la race mongole, je crois qu'on peut affirmer que toutes subissent plus ou moins l'influence du miasme des marais, mais que de toutes c'est la race caucasique qui lui résiste le moins, et la race noire qui, d'une manière très-marquée, lui résiste le plus. C'est là tout le secret, les anciens colons le savent bien, de la prospérité de la Guyane au temps de l'escla-
vage.
Dysenterie {voy. Cotholendy et Laure, loco citato). A une grande distance des affections paludéennes, comme fréquence et comme gravité, se place la dysenterie. Cette affection est en effet relativement rare dans les Guyanes; elle est plutôt, on le sait, le propre des pays volcaniques et montagneux. Nulle part cette
loi ne se révèle mieux qu'à la Guadeloupe, qui offre ce fait exceptionnel d'être composée de deux portions dont la configuration et la nature du sol sont absolument opposées, l'une étant volcanique et montagneuse et l'autre calcaire et plate. Or, la dysenterie, qui est grave et qui occupe toujours le premier rang parmi les affections endémiques dans la première, est bénigne et très-rare dans la seconde. A la Guyane, la différence des terrains est moins tranchée, mais cependant la même loi se vérifie. C'est dans la première zone, celle que nous avons déclarée être la plus saine au point de vue du paludisme, que la dysenterie est le plus fréquente; dans les îles, cette affection est celle qui domine. Elle peut même y acquérir une sévérité extrême (Laure, Maladies de la Guyane, 1859). Dans la seconde et la troisième zone, au contraire, elle est beaucoup plus rare. Dans ces deux dernières, l'affection intestinale la plus fréquente est la diarrhée, et une de ses formes les plus communes est celle que j'avais appelée pendant mon séjour la diarrhée matutinale. Cette dernière affection est caractéi'isée par des selles diarrhéiques et souvent bilieuses ayant lieu le matin, au réveil. Elles se montrent au nombre d'une ou de deux au début ; puis elles cessent et le malade ne se ressent plus de son affection pendant tout le reste de la journée. Mais le lendemain ramène la production des mêmes accidents; quelquefois même la diarrhée se prolonge un peu plus tard. Elle peu^ enfin, si les soins manquent, si des imprudences surviennent, s'établir d'une manière définitive. C'est la diarrhée chronique, qui, négligée ou exaspérée par de nouvelles imprudences, conduira à quelques selles sanguinolentes, et à une affection rebelle qui, de tout point, rappelle la diarrhée dite de Cochinchine. La cause principale de cette affection est le refroidissement de la nuit après des écarts de régime, soit d'alimentation, soit surtout de boissons. Comme cause prédisposante, j'attribue un rôle important à toute alimentation surmenant le foie et exagérant la sécrétion de la bile.
Dans la quatrième zone la dysenterie reprejid une partie de Timportance qu'elle avait dans la première. C'est là un fait des mieux constatés. La transportation a trouvé la dysenterie devant elle toutes les fois qu'elle a voulu attaquer les régions montueuses, et les chercheurs d'or ont eu, depuis, le même sort.
A quelle cause attribuer ces dysenteries?
Faut-il les rattacher à un miasme spécial? Je ne le pense pas. Elles naissent sous l'influence exclusive des variations de température qui ont lieu sur un certain parcours de l'échelle thermométrique. J'aurai plus tard à exposer des expériences qui me paraissent jeter un jour nouveau sur cette question. Je ne veux pas nier cependant qu'il existe ailleurs une dysenterie miasmatique ; je le crois même. J'admets que certaines dysenteries ou diarrhées peuvent se développer sous l'influence d'une eau souillée ou même dans un milieu chargé de certains miasmes. Une affection que j'ai souvent constatée, la diarrhée d'amphithéâtre, ne me laisse aucun doute à cet égard. Mais, je le répète, je repousse toute idée d'empoisonnement en ce qui concerne la dysenterie et la diarrhée dont il s'agit. Les recherches récentes que je viens de faire à la Guadeloupe n'ont fait que me confirmer dans cette opinion.
La dysenterie peut affecter toutes les races qui vivent sur le sol des Guyanes, mais elle a cependant ses préférences.
Comme Van Leent, je pense que, de toutes, celles qui lui payent le plus large tribut sont maintenant les Hindous et les noirs. La grande fréquence chez les Hindous ne me paraît tenir qu'aux mauvaises conditions de logement qu'ils
trouvent chez leurs engaglstes. Ils couchent généralement dans des rez-de-chaussée humides, n'ayant souvent que des ouvertures privées de volets. Il en est de même pour heaucoup de noirs. La dysenterie est l'affection qui atteint le plus souvent les vieillards de cette race. C'est à elle qu'ils succombent généralement.
Les Arabes et les Mongols, dont les habitudes nationales sont de rester habillés même pendant la nuit, sont beaucoup moins sujets à cette affection. Il en est de même des Européens, qui généralement rachètent leurs imprudences" par la supériorité des conditions hygiéniques au milieu desquelles ils vivent. Enfin c'est elle qui constitue l'affection la plus commune chez les débris de la race américaine que l'on trouve encore sur les rives de quelques fleuves. C'est à sa fréquence qu'est due en partie leur disparition.
Hépatite. En suivant l'ordre de fréquence, après la dysenterie vient l'hépatite. Un des faits qui frappent le plus, dès le début de l'étude de celle affection dans les pays chauds, c'est l'identité de distribution avec la précédente. Leur fréquence croît et décroît en même temps, selon que l'on passe des pays bas et marécageux sur les hauteurs et réciproquement. Plus fréquente sur les îles, l'hépatite est rare dans les deux zones intermédiaires des Guyanes, pour reparaître dans les terrains qui occupent le sud. Toutefois, il faut le reconnaître, elle est plus rare que la dysenterie, et cela d'une manière sensible. De cette identité de distribution il semble naturel de conclure que les deux affections se développent, en général, sous les mêmes influences, et c'est ce que je crois. Toutefois, j'admets pour son développement une cause prédisposante puissante (jui lui serait propre. Je veux parler d'un régime trop fortement azoté. Cette influence m'est aujourd'hui démontrée par l'expérimentation. Mais déjà sa fréquence plus grande dans les groupes de population qui jouissent du plus grand bien-être m'avait frappé.
J'accorde à cette influence une telle importance que je crois qu'avec le temps elle seule suffirait, les variations atmosphériques n'arrivant que pour activer le moment de l'éclosion.
Si la place ne me manquait, il serait intéressant d'examiner ici quels sont les rapports de l'hépatite et de la dysenterie. On sait combien les opinions sont partagées sur ce point.
Les uns considèrent les deux affections comme indépendantes et les autres au contraire comme toujours réunies. Enfin, parmi ces derniers, certains veulent que la dysenterie soit l'alfection primitive, l'hépatite n'en étant que la conséquence, et certains autres qu'au contraire ce soit toujours l'hépatite qui ouvre la scène.
Or de mes recherches à la Guyane et de celles faites plus tard à la Guadeloupe il résulterait :
1'^ Que ces deux affections peuvent évoluer séparément, et que c'est même ce qui a lieu le plus souvent pour les cas légers ;
2" Que l'hépatite peut succéder à la dysenterie surtout dans les formes gangreneuses (embolie) ;
0° Que la dysenterie complique assez souvent les abcès volumineux du foie par gêne de la circulation en retour.
Dans cette colonie, de toutes les races, celle qui fournit le plus de cas, quoique la moins nombreuse, c'est la race européenne. Puis vient la population qui, ayant acquis un certain bien-être, a cru devoir renoncer à son ancien régime pour adopter le nôtre. Quant aux Hindous et aux Arabes, les cas d'hépa-
lîle sont très-rares. Je n'en ai jamais vu pendant mes deux ans de Guyane. Mais je suis convaincu qu'elle deviendrait aussi fréquente chez eux que chez nous, s'ils adoptaient la même nourriture. Ce qui tend à le prouver, je le répète, c'est qu'à la Guadeloupe les cas d'hépatite ne sont pas rares dans celte partie de la population qui habite les villes, parce que là plus qu'ailleurs elle y a pris l'alimentation européenne, tandis que ces cas sont beaucoup plus rares dans les campagnes. On trouve, il est vrai, dans les pays paludéens, l'engorgement chronique du foie, mais bien rarement l'hépatite suppurée.
Aussi ne saurais-je admettre pour notre Guyane l'opinion émise par Van Lcent sur la Guyane hollandaise, opinion tendant à faire considérer les affections du foie comme plus fréquentes chez les noirs que chez les Européens. Dans la Guyane française, au contraire, les proportions sont absolument renversées.
Tétainos spontané. Le tétanos spontané est une des affections qui méritent le plus d'attirer notre attention, sinon par sa fréquence réelle, au moins par sa fréquence relative. Cette affection, en effet, presque inconnue dans les climats tempérés, se montre assez souvent dans les pays chauds et tout particulièrement dans ceux qui sont en même temps humides. Or, la Guyane, nous le savons, nous offre ces deux conditions climatologiques au plus haut degré. C'est surtout dans la troisième zone, c'est-à-dire dans les terres marécageuses, cju'il est le plus fréquent, et dans la première qu'il l'est le moins.
Le tétanos spontané et le tétanos traumatique m'ont paru se développer sous les mêmes influences, et d'après mes observations, je crois que c'est celle du froid qui est prépondérante.
Quant à celle du paludisme soutenue par mon collègue Sanquer et presque acceptée par Van Leent, si j'admets qu'il y a incontestablement des accès pernicieux tétaniques, je ne saurais cependant ramener toutes ces formes à ce groupe d'affections. Je pense qu'il y a là deux entités morbides distinctes, revêtant, il est vrai, le même masque, mais de nature différente, et qu'il est indispensable de distinguer l'une de l'autre.
Coliques sèches. Je ne crois pas que le temps soit venu de faire disparaître cette affection du cadre pathologique pour rattacher tous les cas à la colique de plomb. Les affections connues sous ce nom ont été très-nombreuses autrefois à la Guyane. Pendant quelques années de 1858 à 1861 on n'en comptait pas moins de 20 par trimestre. Toutes les races y étaient sujettes, mais les Européens et peut-être le corps des officiers fournissaient le plus de victimes. Or pendant plus de deux ans de séjour à la Guyane je n'ai vu qu'un cas qui a rapidement cédé à la belladone et qui était par conséquent léger. Aussi, même en tenant compte de la différence des effectifs qui relevaient de nos hôpitaux, il y a là une disproportion trop marquée pour qu'on ne fasse pas jouer un rôle important aux précautions qu'on a prises, depuis, pour éviter l'intoxication saturnine. Il en existe une autre cause. Les travaux de défrichement et le nombre des ouvriers employés dans les chantiers de bois ont diminué. Mais, tout en accordant à cette influence une importance réelle, je crois qu'il faut laisser à la première la place la plus considérable ; cependant, je le répète, je ne saurais rejeter la colique végétale du cadre de la pathologie. C'est là, du reste, l'opinion de beaucoup de médecins qui ont exercé à la Guyane.
Affections sporadiques. Comme M. Bérenger-Féraud l'a fait pour les Antilles , je diviserai l'année à la Guyane en deux périodes. La première, correspondant aux quelques mois pendant lesquels les vents du nord se font sentir le plus vive-
■ÎÔG GUYANES (LES).
meut, est soumise à l'influence catarrhale. Elle commence en novembre et finit en mars. C'est pendant cette saison, dite saison fraîche, que se montrent, en plus grand nombre, les affections de la gorge, de l'intestin, des bronches, des poumons, et quelques cas de rhumatisme. C'est qu'en effet cette période de l'année offre les deux éléments les plus puissants de cette influence: un froid relatif et une excessive humidité. La seconde période a reçu de Bérenger-Féraud, pour les Antilles, le nom d'auiarille. A la Guyane, il est vrai, ceUe influence perd de son importance, mais elle est largement compensée par le paludisme. C'est, en effet, depuis le mois de juin jusqu'à celui de novembre, qu'il se développe avec le plus d'activité. Cette division assez bien tranchée ne se traduit pas par le tableau de mortalité, parce que les affections catarrhales sont généralement bénignes, mais elle se retrouve sur les statistiques des hôpitaux, et surtout dans le service des infirmeries régimcntaires, ainsi que dans la pratique civile. C'est, en effet la population créole qui, plus que l'autre, est sensible à ce froid relatif, et les quelques militaires atteints sont rarement envoyés dans les hôpitaux pour ces affections légères.
L'importance des affections sporadiques, relativement aux précédentes, je l'ai dit, est bien minime. Les proportions qu'on observe dans la plupart des pays tempérés et froids sont ici renversées. Tandis que dans ces derniers ce sont ces affections qui dominent à la Guyane, elles ne donnent que 256 décès sur yO!2 endémiques, même pas le tiers. Ce grand écart s'explique, je dois le dire, non-seulement par la grande fréquence des affections endémiques, mais aussi par la rareté et le peu de gravité des sporadiques sous ce climat.
Parmi ces divers groupes, c'est celui des organes respiratoires qui l'emporte comme nombre de décès et probablement aussi comme nombre d'atteintes. 11 a fourni, dans ces treize ans, 217 décès sur lesquels 105 sont dus à la phthisic pulmonaire, 70 à la pneumonie, 10 à la pleuro-pneumonie, enfin 12 à la bronchite chronique.
Les maladies des organes digestifs ne figurent dans la statistique que pour 16 cas. Il est vrai que la dysenterie a été comprise parmi les affections endémiques. Enfin 9 décès appartiennent aux organes circulatoires et 51 aux centres nerveux. Sur ces derniers, 24 sont portés comme congestion ou apoplexie séreuses ; c'est une terminaison fréquente chez les personnes usées par l'âge ou la maladie.
Quelques-unes seulement des maladies sporadiques méritent et nécessitent des considérations spéciales. Je passe sur les fièvres simples ou éphémères qui sont fréquentes à la Guyane. 11 en est de même de la fièvre bilieuse qui me paraît être surtout une fièvre de régime, et qui atteint le plus souvent la population européenne. Quant à la fièvre inflammatoire que l'on observe aussi assez souvent à la Guyane; je regrette de ne pouvoir partager l'opinion du D" Bérenger- Féraud, qui la considère comme de nature amarylle. 11 a eu l'incontestable mérite de faire ressortir son importance dans la pathologie des pays chauds ; mais même après l'avoir étudiée sur le même terrain que cet observateur distingué, aux Antilles, je ne saurais voir en elle, que notre fièvre continue régnant à toutes les époques de l'année, et pouvant se présenter par bouffées épidermiques.
Encore moins pourrais-je accepter l'opinion du D"" Burot qui non-seulement est plus affirmatif que le IV Bérenger-Féraud sur la nature de l'affection, mais qui de plus a compris dans sa description des cas de rémittente bilieuse
de nature paludéenne, et, qui mieux est, une épide'mie de rémittentes typhoïdes décrite par le docteur Dupont et une autre de fièvre à rechute que j'ai observée plusieurs années après. Que la fièvre inflammatoire existe à la Guyane, qu'elle y soit fréquente, je le veux bien, mais encore faut-il se garder de ne voir qu'elle. Je pense donc que la fièvre inflammatoire à la Guyane comme ailleurs est beaucoup moins protéiforme que ne le croit mon ami. Ses contours sont plus nets, sa physionomie est plus franche et phis facile à saisir. Pour la retrouver telle qu'on la voit généralement, il aurait suffi de la dégager des formes typhoïques et paludéennes, souvent plus graves ; qu'il a cru devoir lui attribuer et qui sont venues lui donner, selon les cas, les aspects les plus différents. Et ce qui suffirait h le prouver, c'est que cette affection que tous les observateurs, Béranger-Féraud, Langellier-Bellevue et autres, ont trouvée bénigne, lui a donné une mortalité relativement considérable.
Outre les causes banales qu'on invoque généralement dans l'étiologie de la fièvre inflammatoire, je dois signaler une cause prédisposante à laquelle mes études d'hématimétrie me font accorder une grande importance : je veux parler de la richesse du sang. Presque tous les hommes atteints avaient plus de six millions de globules, et j'ai pu presque la prédire à quelques hommes que j'examinai dans un autre but.
Une différence île fréquence bien sensible existe dans les diverses races. De toutes les populations, ce sont celles qui sont originaires d'Europe qui sont le plus sujettes aux différentes formes de fièvres simples. Pour les fièvres éphémères, j'attribue cette plus grande fréquence à leur sensibilité plus grande à l'action du soleil, et pour les fièvres bilieuses et inflammatoires, je l'ai dit, au régime qu'ils suivent de préférence. Les Hindous, au contraire, ont très-rarement la fièvre. C'est que, d'une part, ils ne se nourrissent presque que de riz, et que, d'autre part, ils ont une immunité presque complète contre le soleil. Je les ai vus, bien souvent, par les chaleurs torridesdu midi, se reposer de préférence au soleil au lieu de se mettre à l'ombre, et cela tête nue. L'Arabe est aussi sobre que l'Indien et presque aussi rebelle à l'action du soleil. 11 est cependant moins à l'abri de la fièvre. Il en est de même de l'Annamite. Quant aux noirs, tout dépend du régime. Le nègre qui est sobre affronte le soleil sans danger, mais plus que les peuples précédents, il est sujet à la fièvre bilieuse, sans l'être toutefois autant que l'Européen.
Maladies locales. Je serai bref également sur ce genre de maladies, ne m'arrêtant qu'aux points spéciaux que comporte mon sujet.
Organes digestifs. A la Guyane, ce sont les Européens qui présentent le moins souvent les affections du tube digestif. Cela tient à ce que celles-ci se développent, pour la plupart, sous l'influence des changements brusques de température, et que, d'une part, les Européens sont mieux armés contre eux, et d'autre part que, mieux que les autres, ils leur résistent. C'est bien plus souvent chez les noirs que chez les Européens qu'on observe des amygdalites, des angines et des diarrhées. Mais je pense que, en outre de l'influence de race, il faut invoquer celles des conditions de logement et d'habillement. Les Arabes et les Hindous sont rarement atteints d'amygdalite, mais ils le sont souvent de diarrhée. Pour l'Arabe c'est presque l'état normal. Il en est de même du noir et il ne s'en plaint pas. Il considère même cet état comme une condition de bonne santé. Tenir le ventre libre est le précepte qui commande toute l'hygiène de sa vie. La gastralgie et la dyspepsie sont deux affections très-fréquentes dans les
Guyanes. Il n'est pas d'Européen ayant un certain temps de séjour qui ne s'en plaigne. Il faut tenir compte, dans l'étiologie de ces affections, surtout de l'abus de l'alcool et des grandes quantités d'eau prises entre les repas. Mais ces causes ne sont pas les seules. L'estomac semble être l'organe qui se ressent le premier du manque de tonicité qui caractérise le climat des Guyanes. C'est là le résultat do la chaleur humide dans laquelle on vil constamment, et les Européens ne sont pas les seuls à s'en plaindre.
Les Arabes et les Hindous se plaignent plus rarement de ces affections. L'état névralgique s'observe surtout sur la population créole blanche, les autres races et particulièrement les Arabes et les Hindous y sont bien moins sujettes. Quant aux affections du foie et de la rate, nous avons déjà eu l'occasion d'en parler au sujet des maladies endémiques. Celles qui parmi elles sont sporadiques sont surtout l'ictère et la leucocythémie. Le premier est assez fréquent chez la population noire ; quant à l'autre, je n'en ai trouvé aucun cas.
Orgaurs rciipiratoires. Los affections des organes respiratoires, sauf la ])lilliisie pulmonaire, ne s'observent à la Guyane que sous leurs formes bénignes. La plus commune est la bronchite. Los pneumonies et les pleurésies y sont rares. La pleurésie cependant, si l'on s'en tenait au langage courant, serait trèsfréquente ; c'est que la population créole donne ce nom à toutes les affections survenues sous l'influence d'un refroidissement. On y trouve même de fausses pleurésies. Ces mêmes erreurs de langage existent dans nos Antilles.
Sous le rapport des affections aiguës des organes respiratoires, ce sont les Européens qui sont le moins souvent atteints, et cela, on peut le dire, en proportion inverse du temps qu'ils ont passé dans la colonie.
Il est rare que les nouveaux arrivés subissent, du côté de ces organes, l'influence des variations de température comme ceux qui sont dans les colonies depuis longtemps. Les créoles blancs viennent ensuite, puis, par ordre de fréquence, se présentent les Arabes, les Mongols, les gens de couleur et les Hindous. Ce sont ces derniers qui de beaucoup sont le plus sensibles au froid, et qui mieux que tous les autres subissent les influences des variations de température.
Les affections chroniques des poumons sont rares chez les créoles blancs, mais chez les Européens arrivés atteints dans la colonie elles marchent rapidement. Beaucoup d'Arabes meurent phlhisiques, moins cependant qu'en Europe. Il est difficile, jusqu'à présent, de se faire une idée sur les Hindous et les Chinois, puisqu'ils arrivent dans la colonie surtout à l'âge adulte et après avoir été examinés.
Mais ce que je puis affirmer, c'est que cette affection est fréquente chez les noirs et chez les gens de couleur foncée. Je suis convaincu qu'elle enlève, à la Guyane, un quart de cette population. Même dans nos hôpitaux, qui desservent surtout un personnel européen, c'est elle qui de beaucoup, parmi les affections sporadiques, fournit le plus de décès.
Organes circulatoires. Les affections du cœur sont rares à la Guyane. Les conditions ordinaires de la vie que l'on y rencontre semblent peu y prédisposer. Quant à celles qui y viennent d'ailleurs, il m'a paru que le climat est loin de leur être contraire, mais je n'ai aucun fait bien précis à cet égard. L'état athéromateux des artères est très-fréquent, surtout chez les gens qui font usage du tafia comme boisson pendant le repas, et cela même en dehors de tout abus. Contrairement à ce qui existe aux Antilles, je crois que la pléthore y est rare.
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Peut-être l'observe-t-on momentanément chez les Européens peu de temps après leur arrivée ; il serait intéressant de le constater. Mais, dès que le séjour se prolonge, l'état presque constant du sang est l'anémie.
Aussi cette affection est-elle considérée par tous les auteurs comme endémique dans le pays. Quant à l'hématochylurie, je n'en ai constaté aucun cas pendant mon séjour; mais je suis convaincu qu'elle y sera découverte dès que des recherches seront faites dans ce sens. J'ai déjà dit comment l'usage du tafia comme boisson étant plus répandu chez les gens de couleur, l'altération des artères, qui en résulte, était plus fréquente chez eux. D'une manière générale, les Hindous et les Arabes, vu leur nourriture, sont soumis, en grand nombre, ù l'anémie.
Appareil locomoteur. Les rhumatismes musculaires sont assez fréquents, surtout sous l'influence des vents du nord. Quant aux rhumatismes articulaires, ils sont rares et surtout toujours bénins. Cette diftérence m'a d'autant plus frappé qu'avant de servir à la Guyane j'étais à Cherbourg, oîi le vice rhumatismal se montre sous ses formes les plus sévères. A la Guyane, les Européens, à peu près seuls, en fournissent quelques cas; les Arabes, les noirs et les Hindous, je le crois, plus encore à cause du climat que de la race, y sont peu sujets. Je parle surtout des rhumalismes polyarticulaires fébriles. On trouve, en effet, parmi eux quelques cas de rhumatismes mono-articulaires chroniques.
Système urinaire. Je ne parle ici que des maladies du système génitourinaire en dehors de celles d'origine vénérienne. Celles qui sont localisées sur les reins sont rares chez les Européens ; je dirai plus, c'est que d'une manière manifeste ces affections, ainsi que les affections catarrhales des autres parties du système génito-urinaire, s'améliorent rapidement sous l'influence de ce climat. J'en ai constaté plusieurs exemples saisissants, et cela par cette influence seule; car tout traitement était suspendu. Je citerai surtout les néphrites, les cystites suppurées, les rétrécissements uréthraux, etc.
Aussi ces affections sont-elles assez rares chez les noirs. Elles m'ont paru l'être beaucoup moins chez les Hindous. J'ai vu, en effet, pendant que j'étais chargé de leur service, plusieurs hommes entrer avec de l'albuminurie et mourir. Le diagnostic resta tout d'abord douteux, quelques-uns de mes collègues considérant ces cas comme des cas de la forme hydropique du béribéri ; l'étude microscopique des reins me confirma dans le diagnostic de néphrite catarrhale que j'avais tout d'abord porté.
Les Arabes sont rarement sujets à ces affections.
Organes de V innervation. La folie est fréquente dans les Guyanes et atteint plus spécialement les Européens. Je pense que sa cause prédisposante la plus puissante est l'influence de l'insolation. L'usage de l'alcool, même quand on ne va pas jusqu'à l'abus, ne doit pas non plus y être étranger. Parmi les autres races, c'est l'Arabe qui vient après l'Européen. Chez les Hindous et chez les noirs, les cas sont plus rares.
Les hémorrhagies cérébrales ne s'observent que rarement chez les Européens, ou les créoles blancs de la Guyane française. Leur constitution habituellement sèche et nerveuse ne les y prédisposerait pas. Je ne puis rien affirmer à cet égard au sujet des deux autres Guyanes, mais je ne serais pas étonné que cette affection y fût plus commune.
Les noirs sont assez sujets aux hémorrhagies cérébrales, et cela même avant une vieillesse trop avancée. Je pense qu'il faut l'attribuer à la fréquence de l'état
athéromateux que j'ai déjà signalé plusieurs fois. Quant aux Hindous, aux Arabes et aux Mongols, ils ne comptent encore que peu de vieillards : on ne saurait donc tirer aucune conclusion à leur égard.
Mais, si les apoplexies et les hémorrhagies cérébrales sont rares, il n'en est pas de même d'une autre affection : l'apoplexie séreuse. Elle figure sur la statistique pour 24 cas. Je la considère comme une terminaison de la cachexie paludéenne ou de l'anémie essentielle, plus souvent de la première que de la seconde. C'est donc à ces deux affections que ces décès devraient être réellement imputés. Les affections du rachis sont rares.
Helminthes. Ceux dont je m'occuperai sont les ascarides vermiculaires, les ascarides lombricoïdes, les ttenias et les ankylostomes. Les premiers sont rares chez toutes les races, mais il en est autrement des ascarides lombricoïdes. Nulle part je ne les ai vus aussi communs. Ils le sont surtout chez les noirs et les lUndous. J'ai rarement ouvert un cadavre sans en rencontrer, et parfois en quantité prodigieuse. Je me souviens d'avoir fait l'autopsie légale d'une Hindoue qui était morte très-rapidement, dans la rue, au milieu de convulsions. Je trouvai à l'autopsie plus de oOO ascarides lombricoïdes qui tous dépassaient! 0 centimètres de long. Sur certains points de l'intestin, ils étaient réunis en boules assez volumineuses pour en occuper tout le calibre.
Il est fréquent que des mères vous apportent des vers rendus par leurs enfants, soit par l'anus et même par la bouche. Aussi l'usage des vermifuges est-il très-répandu, et je ne manquais jamais d'en prescrire à tous les enfants que j'étais appelé à soigner, et souvent aussi aux adultes.
Quant aux iœnias, ils m'ont paru très-rares. Yan Leent considère cependant deux variétés, le TœnlasoUum et le Tœniamediocanellata, comme endémiques. Cette dernière serait la moins rare. Je n'en ai vu aucun cas sûrement endémique pendant les deux ans que j'ai passés dans le pays.
Quant à Vankijlostome, sa fréquence est extrême. On sait que l'on a une certaine tendance à considérer cet helminthe comme la cause d'une affection commune chez la race noire, le mal-cœur. Après de nombreuses autopsies, je ne puis que me ranger à l'opinion du docteur Riou-Kérangal, tel qu'il l'exprimait en 1867 : « On les rencontre surtout chez les sujets anémiés, à quelque race qu'ils appartiennent. On les trouve chez les Indiens coolies, les noirs, les Arabes, les Chinois, et surtout les Européens. .Un fait particulier à signaler, c'est qu'ils existent surtout chez les sujets qui ne présentent pas de symptômes bilieux et dont les muqueuses de l'intestin se trouvent généralement décolorées. Ils semblent fuir la présence de la bile. Chez ceux qui présentent le duodénum coloré en jaune ou en vert, nous les remarquons dans l'intestin grêle et même jusqu'au caecum oii ils nous semblent s'arrêter. Malgré les recherches les plus minutieuses, nous ne les avons jamais trouvés dans le côlon. On les voit souvent réunis par pelotons dans le duodénum, l'intestin grêle, et même le caecum, comme nous l'avons vu il y a quelques jours dans l'autopsie d'un transporté européen. Dans deux cas, nous en avons trouvé dans l'estomac. Ils sont toujours implantés dans la muqueuse et c'est avec peine que l'on parvient à les détacher avec le scalpel ou par un lavage minutieux. Alors la muqueuse est pointillée et il y a trace d'inflammation. Dans toutes ces autopsies, nous rencontrons souvent des caillots fibrineux remplissant le cœur et les gros vaisseaux. Les ankylostomes sont souvent accompagnés de filaires et de lombrics. Y a-t-il un rapport bien déterminé entre le mal-cœur des nègres et la présence
des ankylostomes ? C'est ce que je n'oserais affirmer. Ce qu'il y a de certain, c'est que pour nous l'anémie très-avancée joue le principal rôle et qu'il est bien rare, à Cayenne du moins, de faire une autopsie chez un sujet très-anémié, à quelque race qu'il appartienne, sans rencontrer la présence de ces petits vers intestinaux » [Rapport du o^ trimestre 1867).
Pathologie externe. Au début de l'occupation, on a pu avoir quelquefois à soigner les blessures faites par les flèclies des Indiens. Mais aujourd'hui, quoiqu'ils aient conservé les mêmes armes, ils ne s'en servent jamais contre nous.
Les flèches dont ils se servent, surtout pour le tir vertical, ne sont jamais empoisonne'es qu'en cas de guerre. Nos Galibis ne fabriquent pas le curare; ils le reçoivent tout préparé du haut du fleuve, le plus souvent dans des petits sacs de peau.
Les plaies par instruments tranchants sont de beaucoup plus communes et parmi elles, celles produites par le sabre à'ahatli sont celles qui l'emportent par le nombre et la gravité. Compagnon inséparable de tout travailleur, de tout voyageur, le sabre à'ahatti est en même temps une arme et un instrument. Sa forme et ses dimensions rappellent un peu celles du sabre d'abordage, avec ces différences, que sa poignée est dépourvue de gai'de et que sa largeur, au lieu de diminuer vers la pointe, va au contraire en augmentant jusqu'à 7 ou 8 centimètres de cette extrémité.
Un certain nombre d'animaux vivant dans la Guyane et étant spéciaux aux pays chauds peuvent fournir des exemples de morsures. Ces animaux sont : les couguars et jaguars, le requin, le piraye, le caïman, la tortue et le boa. Celles produites par les premiers animaux sont rares; ils n'attaquent pas l'homme, et ce n'est que l'orcés de se défendre qu'on aurait à les craindre. Au contraire, celles produites par les requins sont relativement fréquentes; ils viennent attaquer les baigneurs presque jusqu'à terre.
Le piraye est un poisson de petite taille des fleuves des Guyanes. Ses dents sont triangulaires, tranchantes et dentelées sur les bords. Je crois que l'on a beaucoup exagéré la fréquence de ses morsures qui, de plus, sont toujours légères. Ces poissons s'adressent de préférence aux cadavres des animaux, et c'est probablement la voracité dont ils font preuve dans ces circonstances qui doit avoir fait exagérer son danger pour l'homme.
Les morsures de caïman sont plus x-ares, mais elles sont terribles. Leurs puissantes mâchoires broient les os les plus durs. Quant aux tortues et aux boas, ils ne peuvent atteindre que les parties molles, mais ils le font parfois profondément.
Les plaies empoisonnées ne pourraient se rencontrer que dans le sud des Guyanes. Les Indiens du bas des fleuves, je l'ai dit, n'emploient pas les poisons végétaux. Malgré la rapidité avec laquelle les cadavres entrent en décomposition, les plaies anatomiques sont rarement dangereuses; j'ai vu plusieurs fois mes collègues se blesser pendant les autopsies ou les exercices de médecine opératoire et je n'ai jamais constaté les moindres accidents. Quant aux plaies venimeuses, elles sont fréquentes. On rencontre, en effet, dans la Guyane la mygale, le scorpion, la scolopendre, les maringouins, les moustiques, les macqs, les fourmis, et enfin les serpents venimeux. Or, parmi ces animaux venimeux, si quelques-uns sont peu à craindre, d'autres, au contraire, peuvent produire des accidents plus ou moins graves. J'ai même trouvé deux cas de mort à la suite d'une morsure de mygale. Le plus souvent, il est vrai, elle n'a comme
conséquence que de la fièvre et une gangrène locale. Il en est de même du scorpion et de la scolopendre, qui acquièrent, dans les Guyanes les plus grandes dimensions.
Mais de toutes les plaies venimeuses les plus dangereuses sont incontestablement celles des serpents. Je crois cependant que l'on a exagéré le nombre dfe ceux qui sont armés. C'est ainsi que je puis au moins mettre ce caractère en doute pour le serpent corail, qui passe, à la Guyane, pour un des plus redoutables. Sur cinq que j'ai examinés, aucun n'avait de crochets; il en est de même probablement du serpent liane. M. Mazé, commissaire général en retraite et naturaliste distingué, m'a dit en avoir disséqué un. sans avoir trouvé de crochets. 11 en est probablement de inèffie de quelques autres espèces redoutées. Mais à côté de ces espèces inoffensives, qui sont certainement les plus nombreuses, il en existe de réellement dangereuses. Parmi ces dernières il faut surtout citer le serpent à sonnettes et le serpent grage.
En ce qui concerne les plaies traumatiques proprement dites, c'est avec raison que tous les auteurs s'entendent pour admettre combien la cicatrisation des plaies est prompte et exempte d'accidents dans les Guyanes. On dirait que la reproduction des tissus participe de la puissance de la végétation. Mais, outre cette influence dont toutes les races bénéficient, il faut reconnaître que, sous ce rapport, la race noire se fait remarquer entre toutes. Chez elle, les pertes de substance non-seulement sont rapidement réparées, mais même presque toujours on voit survenir une production exubérante de tissu cicatriciel. Chez les Européens et les créoles les plaies guérissent également bien, mais ne donnent jamais lieu à ces productions. On les retrouve chez les mulâtres, et cela, on peut le dire, avec une puissance qui est presque en rapport avec leur couleur. Les Arabes et les Hindous sont ceux chez lesquels cette heureuse influence du climat sur les plaies se fait le moins sentir. 11 faut l'attribuer à leur malpropreté, mais aussi à l'anémie dont ils sont souvent atteints, ainsi qu'à la syphilis qui est commune chez eux.
Parmi les complications des plaies à la Guyane, je nommerai Vîilcération, Yhé)iiorrhagie consécutive, Y inflammation, Vérysipèle et les larves.
Toute plaie, quelque petite qu'elle soit, si elle n'est pas méthodiquement soignée, peut devenir le point de départ d'un ulcère. Ce point de départ peut même n'être autre chose qu'une de ces écorchures légères produites pendant la marche à pieds nus ou bien la petite plaie résultant de l'extraction d'une chique. Dans ces cas, il est rare que le chirurgien voie l'affection au début. Le malade ne se présente à lui que lorsque l'ulcération large, profonde, a revêtu des caractères de gravité qui semblent peu en rapport avec la bénignité de son début. Cela s'observe surtout chez les créoles, et c'est la conséquence d'une extrême malpropreté, souvent ce n'est pas dès le début de la lésion que commence l'ulcération; la plaie marche pendant un certain temps vers la cicatrisation, puis graduellement les bourgeons deviennent plus volumineux, plus mous, et saignent plus facilement. La surface de la plaie finit par se recouvrir de bourgeons charnus, rouge-vineux, mollasses, flottants pendant le lavage, saignant au moindre contact, mais ne s'enlevant nullement par les lotions. Souvent aussi l'ulcération s'établit rapidement, surtout sous l'influence paludéenne. Une plaie d'amputation, un vaste ulcère en bonne voie, ont marché pendant quinze jours vers la cicatrisation; ces plaies présentent le meilleur aspect, mais qu'un accès de fièvre intermittente intervienne, et, dans l'espace de vingt-quatre heures,
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celte plaie de bonne nature va revêtir l'aspect hideux d'un ulcère gangreneux. Souvent même tout le tissu cicatriciel, pénible résultat d'un long travail de l'éparation, est détruit. Il peut même se faire que les parties saines le soient, de telle manière qu'à une plaie de petite dimension et presque guérie succède, dans les vingt-quatre heures, un ulcère gangreneux dépassant de 3 à 4 fois l'étendue de la plaie, au début.
En somme, l'ulcération à la Guyane peut revêtir trois formes : la forme pultacée, hémorrhagique et gangreneuse. Mais nous tenons à insister sur ce point. Ces trois formes ne varient que par l'aspect ; elles ont la même nature et, pour bien l'établir, qu'il nous suffise de dire que la même plaie peut passer successivement d'un état à un autre, la forme gangreneuse étant toujours la plus grave.
A ces trois formes d'ulcères nous croyons devoir en ajouter une quatrième que nous désignerons sous le nom d'ulcère en saillie, affection indolente, s'il en fut, et qui, pendant les premiers temps qu'elle a été soumise à notre observation, nous avait paru désespérante par sa ténacité. Nous l'avons observée six fois, et toujours avec les mêmes caractères. Elle siège ordinairement sur les parties offrant une saillie constituée par un os recouvert d'une faible couche de parties molles. C'est ainsi qu'elle se trouvait deux fois sur la face postérieure du calcanéura, au point d'insertion du tendon d'Achille (c'est peut-être son point d'élection); deux fois sur les malléoles et deux fois à l'extrémité du gros orteil.
Telles sont les formes de l'ulcération que j'ai constatées à la Guyane. Quant à leur nature, il me paraît inutile de la discuter longuement. L'identité de nature de l'ulcère de la Guyane avec ceux des autres pays chauds ne me paraît plus aujourd'hui ofirir le moindre doute. Je me rallie donc d'une manière complète aux idées que M. de Méricourt a si nettement exposées sur le phagédénisme des pays chauds dont les divers processus que j'ai décrits ne sont que des formes. Ce fait, je le répète, est maintenant si bien établi que toute discussion me paraît inutile (Chapuis, De l'identité de l'ulcère observé à la Guyane française avec celui décrit sous les noms de Glié-Lam, ulcère de Cochinchine, de Saigon, idcère annamite [Archives de méd. navale, mai et juin 1864]).
Uérysipèle traumatique &i \di pourriture dliôpital éldini d'une part rares dans les Guyanes et d'autre part ne présentant aucune particularité, je ne m'y arrêterai pas.
La présence de larves dans les plaies est un accident fréquent dans les Guyanes. Les larves peuvent appartenir à des mouches différentes. Le plus souvent c'est la mouche carnassière; après vient la Lucilia hominivorax. Cette dernière, nous le savons, dépose ses œufs dans les cavités naturelles et surtout dans les fosses nasales; mais il n'est pas rare de les trouver aussi dans les plaies. Quelques instants suffisent à ces insectes pour loger les œufs dans les anfractuosités des plaies, et souvent il est difficile de préciser l'époque à laquelle remonte leur introduction. Le procédé le plus sûr pour débarrasser, soit les plaies, soit les cavités naturelles, des larves qui les habitent^ c'est la benzine, dont on fait, soit des injections, soit des lotions.
Quelques remarques maintenant sur la marche des plaies à la Guyane. La fièvre traumatique immédiatement consécutive aux plaies, la fièvre, l'élimination, l'infection purulente sont relativement rares, et cependant c'est encore l'infection qui enlève le plus d'opérés. A l'hôpital de Cayenne, de 1857 à 1866, il y a eu 125 décès pour affections chirurgicales : or sur ce nombre 55 appartiennent à l'infection purulente. Et, fait surprenant, le tétanos traumatique, qui
est la complication la plus redoutée, n"a fourai, dans ce même temps, que 9 décès. Ce fait prouve combien on doit se montrer défiant au sujet des impressions générales, et combien il est préférable de ne s'en rapporter qu'à la statistique. Ces deux erreurs d'appréciation résultent d'une différence relative de fréquence. Dans nos hôpitaux des ports, la lièvre purulente étant fréquente et cette même complication l'étant beaucoup moins à la Guyane, on oubliait facilement les cas qui se présentaient.
La fièvre septicémique m'a également paru plus rare qu'en Europe, mais, ces cas ayant été confondus dans la statistique avec l'affection précédente, il est difficile de formuler une opinion particulière à son égard.
Le tétanos traumatique, je viens de le dire, est beaucoup plus fréquent qu'en Europe. Il ne faut pas cependant en exagérer la fréquence. Sur 6579 cas d'affections chirurgicales, il n'a causé la mort que neuf fois: or, vu la gravité, on peut conclure que le nombre de cas ne doit guère dépasser celui des décès. 11 est vrai que parmi ces tétanos traumatiques ne figurent pas les tétanos des nouveau-nés, dus le plus souvent à la plaie du cordon. Cette complication, qui était fiéquente à une époque à la Maternité de Saint-Laurent du Maroni, a presque complètement disparu depuis qu'on a mis des carreaux aux croisées, et qu'on a ainsi abrité les enfants contre les courants d'air. Ce fait-là, mieux que tout autre, éclaire l'étiologie de cette affection.
Les fractures se consolident difficilement.
Les affections des yeux y sont très-fréquentes. Outre de nombreuses conjonctivites catarrhales apparaissant même, parfois, sous forme épidémique, les deux affections les plus connues sont le ptérygion et la cataracte. La première s'observe, plus ou moins avancée, sur tous les habitants de quarante ans, environ au moins 1 fois sur 5. Il est fréquent de la voir double et même quadruple et sur les deux yeux. Toutes les races des pays chauds y sont sujettes à peu près également. Si parfois l'une eu présente plus d'exemples, c'est qu'elle s'expose davantage aux causes qui la produisent. Les Européens cependant et les créoles blancs y seraient peut-être un peu moins prédisposés. Mais, quant aux noirs, aux Chinois et aux Hindous, il est difficile d'établir de différence à cet égard. La véritable cause, celle qui domine toutes les autres, est l'influence de la chaleur solaire. H en est tellement ainsi que, dans la même race, ce sont toujours les sujets qui y sont les plus exposés, qui en sont le plus souvent atteints et quelquefois les seuls. J'ai pu me confirmer dans cette manière de voir que j'avais déjà adoptée à la Guyane, pendant mon séjour à la Guadeloupe. La même cause, du reste, me paraît devoir être invoquée pour la cataracte qui, quoique fréquente, l'est cependant beaucoup moins que l'affection précédente. L'étiologie telle que je l'admets pour ces deux affections explique que les femmes y sont moins sujettes que les hommes. Pour la cataracte je ne serais pas éloigné de joindre à cette première cause l'anémie résultant d'une nourriture insuffisante. Un autre fait intéressant est la fréquence des vices de réfraction, myopie et hypermétropie chez les métis. Pendant le premier âge ils s'en plaignent rarement, mais il est fréquent qu'ils en soient gênés des l'âge de trente ans. Les affections de l'oreille m'ont paru rares, et il en est de même de celles de la gorge. Je dois signaler à ce sujet que beaucoup de métis ont la voix, soit très-grave, soit très-claire et faible, se rapprochant beaucoup de celle de la femme.
La réputation de belle denture qu'on a faite à la race noire est une des
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moins méritées. Ici encore je pense qu'on s'en est trop facilement tenu à un examen superficiel. De tous les peuples qui habitent les Guyanes, c'est chez les noirs que la carie dentaire fait le plus de ravages, et chez les Hindous qu'elle en t'ait le moins [De la fréquence de la carie dentaire considérée comme caractère anthropologique [Congrès pour l'avancement des sciences, 1878]). Les populations européenne et créole blanche occupent le milieu, et leurs métis avec les noirs participent des deux. Une autre illusion doit disparaître au sujet des Galibis. Quoiqu'ils appartiennent à une population aussi primitive que possible, ils ont de plus mauvaises dents que nous (Maurel, De la fréquence de la carie dentaire che:i les Galibis et leurs métis [Société d'anthropologie, 10 juin 1878]).
On s'explique que le peu de tonicité du climat rende les varices fréquentes. Elles siègent souvent aux jambes, mais plus souvent encore au scrotum. Elles marquent le début de l'éléphantiasis de cette région qui dans le pays est d'une fréquence extrême. C'est probablement à la même cause qu'il faut rapporter le nombre considérable d'hydrocèles qu'on observe chez la plupart des créoles tie toutes couleurs et même chez les Européens qui comptent un certain nombre d'années dans ces colonies.
A. ïliijdrocèle et à Véléphantiasis du scrotum il faut joindre la hernie inguinale, dont la fréquence vous surprend quand on arrive dans le pays. Elle est surtout marquée pour les métis. Du reste, je dois le dire, j'ai fait l'observation générale que chez eux la conformation des organes génitaux laissait souvent à désirer. Chez l'homme le phimosis et l'hypospaclias sont fréquents ; les testicules atrophiés ne sont pas rares. Chez la jeune tille j'ai été souvent consulté pour des imperforations du vagin ; enfin, je viens de le dire, le varicocèle, Ihydrocèle, l'éléphantiasis et la hernie s'observent fréquemment.
Mais de toutes les affections chirurgicales la plus commune, celle qui, comme je l'ai dit en commençant, constitue le fond des services de chirurgie, c'est l'ulcère (w/cé/'e de la Guyane), et la cause la plus fréquente, surtout chez les hommes marchant nu-pieds, est la plaie faite par les chiques, pidex penetrans. Il est fréquent d'en compter 20 et 50 sur un seul pied. Cette maladie, qui paraît tout d'abord insignifiante, fournit la moitié des blessés. Dans le premier semestre de l'année 1876, sur le pénitencier de Maroni, qui avait un effectif de 1200 hommes, le nombre des journées d'hôpital, pour les blessés, s'est élevé à 8165 ; ce qui donne une moyenne de 44 blessés par jour environ. Or, sur ces journées, 1029 appartiennent aux onyxis et 5421 aux ulcères qui, le plus souvent, en sont la conséquence : c'est donc, comme journées, un total de 4500 sur 8165, et comme effectif au moins 22 hommes invalidés par jour, sur un personnel de 1200. A la chique il faut joindre le ver macaque, les larves de certaines mouches et particulièrement de la Lucilia hominivorax [voij. FiLAiRE, Lucilia, i:]sTRE, Poe et Tique).
Accouchements, maladies des femmes et des enfants. Les accouchements généralement sont faciles et les suites des plus simples ; la fièvre de lait est tout aussi faible chez l'Européenne que chez la race noire et l'Hindoue. On sait que chez les Peaux-Rouges, dès l'accouchement, la femme se lève pour se livrer aux soins de l'enfant et du ménage, tandis quelemarise couche et se plaint. Après avoir mis ce fait en doute pendant longtemps, j'ai dû céder aux affirmations de M. Mazé, commissaire général de la marine, et de M. Voisin, juge de paix à la Guyane, qui m'ont assuré l'avoir vu le premier dans l'Oyapock en 1842, et le second dans le Mana en 1854. Depuis le docteur Lenoël l'a retrouvé dans le territoire contesté.
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Les avortemeiits sont fréquents dans lesGuyanes, et, de plus, on ne peut parler que de ceux qu'on avoue. Je les attribue surtout à l'anémie. C'est du moins la cause la plus probable toutes les fois que celte influence existe. J'ai également constaté souvent des ulcérations du col, des déviations utérines suites de couche, cnlin quelques tumeurs de l'utérus et des kystes de l'ovaire. Le premier danger pour l'enfant, je l'ai dit, est le tétanos. La population créole en est si convaincue que jusqu'à la chute du cordon l'enfant et la mère vivent dans un appartement complètement fermé. Et comme les carreaux manquent dans ce pays, on n'évite les courants d'air qu'en se privant en même temps de lumière. C'est un excès de précautions, mais on ne saurait le blâmer. Les premiers mois se passent généralement bien. L'usage a prévalu dans le pays d'élever les enfants au biberon. Du reste, il serait souvent impossible aux mères de s'acquitter de ce devoir; le lait leur fait défaut. Le biberon est donc une nécessité. Mais il n'en est pas de même de l'habitude que l'on a de donner de la bouillie aux enfants presque dès les premiers jours ; beaucoup succombent. Ceux qui finissent par s'adapter à ce régime, il est vrai, deviennent rapidement ce qu'on appelle de beaux enfants; mais ils n'offrent que peu de résistance et, dès l'âge de deux ans, ils commencent à dépérir.
L'évolution des dents ne provoque que rarement des accidents. Elles apparaissent dans le même ordre et aux mêmes époques chez les races noires que chez la caucasique. Dans la race hindoue, au contraire, elles sont manifestement plus tardives.
Maladies de la peau. De toutes les affections de la peau la plus fréquente est l'intertrigo, soit simple, soit herpétique. On peut dire qu'il est général. Son siège de prédilection est le pli génito-crural, dans lequel il peut, chez les personnes grasses, devenir une cause de souffrance véritable, et ensuite les aisselles. Presque avec le même degré de fréquence vient le lichen des tropiques, connu sous le nom de bourbouilles. Il se localise quelquefois sur le cou, mais sur d'autres personnes il gagne les bras, la poitrine et presque tout le corps; il prodiiit alors un prurit intolérable.
L'eczéma est rare ; cependant, avec l'herpès et le prurigo, il complique quelquefois la gale chez les Hindous. Chez eux cette dernière affection est fréquente, et, comme elle n'est pas soignée, elle devient si hideuse qu'on a quelque peine à la reconnaître. Je dois signaler cette particularité que chez ce peuple son siège de prédilection est surtout la région rénale. Les indigènes et après eux les noirs, la soignent avec les décoctions d'Avenhxa blimbi, à\igave ovifera, de Solanum mammosiim, et aussi avec le suc laiteux du carica papaija.
L'albinisme partiel n'est pas rare ; il siège principalement à la poitrine, au cou, à la i'ace et sur les membres. J"ai vu quelques cas ayant envahi presque tout le corps, en ce sens que les taches blanches étaient distribuées sur toute la surface du tégument, ce qui lui donne un aspect tigré. Cette affection est presque toujours congénitale.
Van Leent nous apprend qu'à la Guyane hollandaise ces taches étaient considérées comme un embellissement : les noirs cherchent à se donner cette affection en portant les vêtements de ceux qui en sont atteints.
Lorsqu'on marche dans les savanes, il arrive souvent que les jambes et les pieds deviennent le siège d'un prurit des plus incommodes et, à la suite, d'une urticaire. D'une manière générale, on attribue celte éruption elle-même à la présence du pou d'agouti, bête rouge des Antilles [Leptiis autiimnalis). J'ai
quelque peine à admettre cette cause; je crois plutôt que celte éruption est tlue soit aux manœuvres auxquelles invite le prurit, soit plutôt à la transition brusque de la température qu'éprouvent les membres inférieurs en pénétrant dans Iherbe. J'ai fait bien souvent, pour m'en convaincre, l'expérience suivante : après avoir provoqué cette urticaire en marchant dans l'herbe, je chauffais mes pieds sous un oreiller et les laissais ensuite refroidir lentement, et tout prurit disparaissait. Le traitement est le même que pour les poux d'agouti : ce sont les frictions avec le citron qui réussissent le mieux.
Les Hindous présentent assez souvent une affection ptistuleuse, caractérisée par une pustule un peu plate, sans induration à la base, de 2 millimètres 1/2 de largeur et 1 de hauteur. Une croûte se forme, puis, après sa chute, la place qu'elle occupait est plus foncée et entourée d'une auréole plus claire. J'ai également constaté, chez eux, une éruption phlycthénoïde du genre rupia, s'accompagnant souvent de larges vésicules.
La lèpre occupe, et surtout a occupé une place assez considérable dans la pathologie des Guyanes pour que Van Leent l'ait étudiée parmi les endémiques. Connue sous le nom de Toasie dans les Guyanes anglaise et hollandaise, et de cocobey dans la nôtre, elle était complètement inconnue des Aborigènes. C'est d'Afrique qu'elle a été importée, et ce qui tend à démontrer en même temps et son peu de contagion, si elle existe, et sa transmission par hérédité, c'est surtout dans la population nomade de couleur qu'elle est restée confinée. Les premiers renseignements sur cette affection remontent au commencement du dixhuitième siècle, mais dans les cinquante ans qui suivirent ces cas se multiplièrent à ce point, que les gouvernements des deux colonies durent prendre des mesures urgentes. Les lépreux de la race noire furent internés dans des dépendances et ceux de race blanche, seulement exclus des villes. Depuis, grâce aux progrès de l'hygiène et aussi à une plus grande précision du diagnostic, le nombre de ces malheureux a diminué. Chacune des trois Guyanes possède cependant encore un lieu d'isolement. 11 en est de môme de chacune de nos Antilles.
Je ne m'arrêterai pas à décrire la lèpre ; ses caractères se maintiennent les mêmes que partout ailleurs. Ses deux formes principales sont la forme tuberculeuse et la forme anesthésique.
Les divers traitements employés ont été les suivants : le Ilura crepitayis, brasiliensis, sans résultat; le Choolmoiigra asiatican donné quelques succès dans la forme tuberculeuse ; le Balsamiun dipterocarpi paraît avoir enrayé la marche de la maladie; le Strychnos gautheriana a donné les mêmes résultats, enfin la morsure des serpents venimeux à laquelle on attribue quelques succès dans la lèpre tuberculeuse.
L'influence de la race pour cette affection est dès plus marquées. Complètement inconnue chez la race américaine, et même chez les métis, d'après Van Leent, elle est rare chez les Européens» un peu moins chez les créoles blancs et surtout fréquente chez les Hindous et les noirs.
A côté de la lèpre, moins dangereux^ mais plus fréquent qu'elle, se place Yéléphantiasis. Avec tous les auteurs récents, j'admets la différence complète entre ces deux affections : l'une, la lèpre, paraissant dépendre surtout d'un vice général du sang, et l'autre, au contraire, affectant tous les caractères d'une affection purement locale. Il est peu de pays, même celui dans lequel l'éléphantiasis a reçu son nom, dans lesquels cette affection soit plus fréquente que dans les Guyanes. Elle atteint une bonne partie de la population noire ou de
couleur qui a dépassé l'âge adulle. Son lieu de prédilection est surtout le membre inférieur, en commençant par le pied, mais elle peut atteindre aussi le scrotum, la verge, les grandes lèvres, etc. (voy. Élkphantiasis).
J'ai déjà dit quelle influence le paludisme peut exercer sur la marche de l'éléphantiasis. Chaque accès de fièvre paludéenne peut jouer le rôle d'un véritable accès lympho-adénique. Mais je crois que c'est là le seul rapport entre ces deux affections que je considère comme de natures tout à fait différentes ; les raisons qui plaident en faveur de cette dernière opinion sont les suivantes : 1° l'cléphanliasis iVappc de préférence sur la race noire, et nous avons vu que c'est celle qui est le moins sujette au paludisme; 2° elle n'atteint les Européens qu'après un long séjour, et le paludisme frappe ses premiers coups presque dès leur arrivée; 3" l'éléphantiasis existe dans tous les pays chauds, mais est à peu près limité à ces pays, tandis que le paludisme n'existe parmi les pays chauds que dans ceux qui ont des marais, et de plus il apparaît tout aussi bien dans les marais des pays tempérés et même des pays froids.
Je l'ai déjà dit, la fréquence de celte affection varie avec les races. Trèsgrande chez les noirs et les gens de couleur, elle l'est moins chez les Hindous et surtout chez les Européens. Cependant la clientèle civile de nos colonies révèle souvent la présence de cette alfeclion dans des familles chez lesquelles on était loin de la soupçonner. L'éléphantiasis, en effet, étant fréquent surtout chez les gens de couleur, est une affection que les créoles blancs dissimulent avec le plus de soin, craignant que son existence ne fasse suspecter la pureté de leur sang.
Les accès aigus réclament les mêmes soins que tous les mouvements fébriles: diète, évacuants, etc. ; quant aux processus hyperlrophiques, ce n'est qu'au début qu'on peut espérer l'arréler par la position horizontale et la compression méthodique. Je me suis bien trouvé, lors de mon dernier séjour à la Guiideloupe, du coUodion élastique employé dans ce but. Lorsque l'ulcération arrive et qu'elle devient une cause de dépérissement à cause de la suppuration, c'est, sans tarder, que je conseille aujourd'hui, l'amputation faite au-dessus du mal, autant que possible. J'ai fait deux amputations de jambes et une amputation de cuisse dans ces conditions, et je n'ai eu qu'à m'en louer.
Affections vénériennes. 11 y a un certain nombre d'années, les affections vénériennes étaient très-rares dans notre Guyane. Mais depuis leur nombre s'est accru, et elles ont bientôt gagné une grande partie de la population. Cette fréquence paraît être tout aussi grande dans les autres et même plus ancienne. La rapide extension qu'à des époques différentes a prise ce groupe d'affections s'explique facilement par la grande liberté de mœurs. Il a suffi que leur germe fût déposé dans cette population pour qu'il y prospérât. De toutes, la plus fréquente, c'est l'uréthrite : elle y est très-commune. Puis vient le chancre à bubon et enfin la syphilis. Cette dernière commence même à faire des progrès inquiétants. On peut dire que toutes les races y sont également sujettes, mais les Hindous peut-être plus que les autres. C'est parmi ces affections qu'à l'exemple du docteur Rochard je placerai le pian qui ne serait qu'un accident papuleux. Déjà les cas que j'avais observés m'avaient fait pencher vers cette opinion, et un fait communiqué par un confrère civil de la Guadeloupe est venu lui donner un nouvel appui. Une jeune Hindoue, atteinte de syphilis, avait eu des relations avec un blanc et un noir. Or, tandis que le premier se présentait à ce confrère, quelques semaines après, avec une roséole, l'autre eut des boutons de pian. Les
deux malades infectés, à quelques jours d'intervalle, suivirent le même traitement et furent également guéris. L'elficacité du traitement mercuriel, du reste, est maintenant connue de tous les médecins du pays et l'identité du pian et de la s\plnlis fait, de plus en plus, des progrès dans leur esprit. J'avoue cependant que cette doctrine n'est pas encore au-dessus de toute discussion; mais les faits noviveaux qui, tous les jours, s'ajoutent à l'étude de cette affection, semblent y conduire. J'attribue l'élévation qui suit le bouton du pian à l'exubérance du travail de réparation dont jouit la peau de toutes les races colorées. Il n'est pas rare de constater des roséoles papuleuses chez les gens de couleur. Du reste, la syphilis dans les Guyanes, comme dans la plupart des pays chauds, se montre avec un cortège généralement plus bruyant que dans les pays tempérés. Toute la population paye un tribut à peu près égal à cette affection. Je ne ferai une exception que pour les quelques Peaux-Rouges que j'ai observés au Maroni, et chez lesquels je n'ai rien vu qui puisse y faire croire; et cependant, comme ils vivaient complètement nus, les accidents cutanés n'auraient pu passer inaperçus. Mais ces tribus étaient peu nombreuses et peut-être que dans les autres Guyanes cette race n'a pas su mieux que les autres rester à l'abri de la contagion.
Maladies kpidémiques. Les épidémies paraissent avoir été très-rares pendant les premiers temps de l'occupation, ou du moins l'histoire n'en a pas conservé le souvenir. Si donc les maladies furent un obstacle à la réussite de la colonisation pendant les deux premiers siècles, c'est bien aux endémies qu'il faut l'attribuer. Mais avec Tannée 17G5 commença sous ce rapport une autre période. Ce fut en 1763, en effet, qu'en même temps que la variole éclatait à Surinam notre Guyane voyait, sous l'influence de plusieurs maladies épidémiques, l'expédition de Kourou se transformer en véritable désastre. Uépidémie de Kourou, en effet, fut un des drames les plus émouvants dont les annales de la science aient gardé le souvenir. Elle fit, en deux ans, disparaître d'une manière presque complète les 14 000 hommes qui avaient été si imprudemment jetés sur les rives de ce fleuve. Le désastre avait commencé à bord des navires mêmes qui avaient transporté l'expédition. Mais ce fut surtout sur les rives de Kourou que se déroulèrent les épisodes les plus effrayants. La maladie, du reste, ne s'en tint pas là. Elle poursuivit sans merci les colons partout où ils voulurent s'établir ; à Cayenne, sur les rives de l'Oyapock et sur celles de l'Approuague, leur sort fut le même. Seule la forme de la maladie changea. Tandis, en effet, qu'à Kourou la dysenterie, le paludisme et le scorbut, se disputaient les victimes, la maladie dominante à l'Approuague fut la lièvre typhoïde. C'est ce qui résulte des descriptions qui ont été faites de l'épidémie. Le scorbut évidemment existait à bord avant le débarquement ; l'expédition rencontra la dysenterie et la fièvre paludéenne installées à Kourou. La fièvre (typhoïde, suivant moi) se développa à Cayenne et à l'Approuague sous l'influence de mauvaises conditions d'alimentation, de séjour, etc.
« La fièvre, qui commençait toujours par être double- tierce, était chez presque tous les malades précédée d'un léger frisson qui ne durait pas plus d'une demi-heure; la chaleur, qui en était la suite, ne paraissait pas bien forte à l'extérieur. Le malade se plaignait d'une soif extrême, de douleurs très-vives à la tête et aux reins, avec des lassitudes considérables dans tous les membres ; des vomissements continuels et souvent des diarrhées très-abondantes se déclaraient avec la ûèvre. La peau était sèche et aride, la langue participait de cet
étatet devenait très-jaune. Cessymplônics restaient jusqu'au 7-^ jour. Pendant tout ce temps les malades n'avaient que de très-petits accès, le 2% le 4^ et le 0^ lis se plaignaient d'une grande faiblesse et d'un abattement extrême. Parvenue au 7% la maladie changeait de nature; les accès des jours piu'rs étaient si longs qu'ils se joignaient avec ceux des jours impairs et la fièvre devenait continue. Les frissons disparaissaient complètement de même que les vomissements et les diarrhées; la langue était comme une râpe et noire comme du charbon. Les douleurs de tête et souvent celles de l'estomac augmentaient ; les sens internes étaient émoussés, et les malades devenaient comme hébétés. Les redoublements du 9", du 1 [' et du 15% étaient suivis de mouvements irréguliers et convulsifs dans presque toutes les parties de la face, de tremblements considérables aux poignets, de sorte que les malades ne pouvaient rien porter à leur bouche; souvent ils ne s'apercevaient pas de leur état. Le pouls était petit, serré, et annonçait une irritation considérable. Tous ces symptômes allaient toujours en augmentant jusqu'au J2* et alors la noirceur de la langue se communiquait à presque toutes les dents et aux lèvres sur lesquelles il s'élevait des pustules gangreneuses. Les malades exhalaient une odeur cadavéreuse; les mouvements convulsifs et les tremblements devenaient presque continuels. La prostration des forces était très-grande et on observait des faiblesses et des syncopes assez fréquentes. Quelquesmalai1c5périrentdul3*'au 14''; le plus grand nombre furent jusqu'au 17* et souvent jusqu'au 21 "^ jour. La nature ne parut faire aucun effort critique chez tous ceux qui périssaient au premier terme; les urines restaient claires, transparentes et abondantes; le pouls était jusqu'au dernier instant serré et irrégulier. Il n'eu fut pas de même chez ceux qui périssaient au 21% Chez les uns il se déclara vers le 15'' ou le d7'' des diarrhées considérables, d'autres furent attaqués d'hémorrhagies par le nez, et enfin plusieurs eurent les parotides engorgées; m.ais tous ces efforts furent inutiles, les malheureux malades n'en périssaient pas moins vers le 21'^. » Sur 500 malades, un seul est sauvé!
Je pense donc, que l'épidémie de Kourou fut le résultat de plusieurs affections ayant évolué soit isolément, soit parallèlement .
C'est là ce qui me paraît résulter des descriptions qui nous restent. Un autre fait non moins important en découle : c'est qu'il faut innocenter la fièvre jaune à laquelle, d'une manière générale, ou fait jouer le principal rôle. Or, je dois le dire, la fièvre jaune était bien connue de Campet. II suffit pour s'en convaincre de lire le chapitre qu'il consacre « à une maladie épidémique dans laquelle on vomissait une matière noire comme de l'encre. »
Cette épidémie était à peine finie, faute de victimes du reste, que la variole fit son apparition, en 1766 (la première épidémie des Guyanes date de 1743; il y en eut d'autres en 1819 et 1823, toutes meurtrières). Comme pour l'épidémie de Surinam, elle fut importée d'Afrique par un négrier. Mais heureusement, grâce aux sages mesures conseillées par Campel et prises par l'autorité, l'épidémie se limita rapidement. Les malades étaient isolés, dans une île, dès que l'affection apparaissait. L'isolement sauva la colonie, et même, dit Campet, tous les hommes atteints, qui furent ainsi « mis au grand air eu guérirent à merveille. »
De son côté, la Guyane hollandaise ne restait pas à l'abri. La lèpre gagnait tous les jours plus de terrain. Bientôt une partie si considérable de la population en fut atteinte, que le gouvernement dut prendre des mesures. Elles furent des
plus sévères pour la population noire qui du reste était la plus infectée. De plus, dès 1790, la variole reparut et de nouveau causa d'immenses ravages. Ce fut la dernière épidémie jusqu'à la fin du siècle.
Mais avec le nouveau siècle une maladie nouvelle apparut. Ce fut, en effet, en 1804 que la fièvre jaune vint, pour la première fois, exercer ses ravages sur les rives des Guyanes, et de toutes ce fut la nôtre qui tout d'abord eut à supporter ses coups. Cette épidémie, sévère comme toutes les premières atteintes de la fièvre jaune, fut heureusement de courte durée. Quelques mois après elle avait achevé son œuvre de destruction et disparut. Mais ce ne fut pas pour longtemps. Les relations commerciales allaient s'augmentant rapidement et avec elles les sources de la contagion. Si, en effet, les Guyanes avaient pu être occupées depuis plus de deux siècles sans être visitées par ce fléau, on vit plus tard ses apparitions se rapprocher, et, de nos jours même, menacer de s'y implanter d'une manière définitive.
Ses attaques furent au début assez espacées; car ce ne fut qu'en 1819 qu'il envahit Demerary et Surinam en 1836.
Les deux premières épidémies de 1804 et de 1819, quoique très-meurtrières, étaient restées confinées chacune dans une colonie, et de plus leur durée n'avait pas dépassé quelques mois. Le fléau s'était présenté avec toute l'impétuosité d'un ouragan, mais aussi avec sa courte durée. Il n'en fut pas ainsi de l'épidémie de 1856. D'abord, il s'étendit l'année suivante sur la Guyane anglaise et revêtit pour la première fois ce caractère tenace que le plus souvent nous lui voyons aujourd'hui. La fièvre jaune sévit dans cette colonie de 1857 à 1846. Plus de 2000 malades entrèrent dans l'hôpital de Demerary et plus de 400 moururent. Pendant celte longue période épidémique notre colonie était restée à l'abri de toute contamination. Mais ses mauvais jours n'étaient pas loin. Le Tartare, revenant de Sainte-Marie de Belem, l'importa à Cayenne, en 1850, et de là elle passa à Surinam (1851). Cette fois encore, cependant elle ne fit que passer. Elle fut ce qu'on l'avait vue cinquante ans avant, sévère et prompte dans son oeuvre.
Mais ses nouvelles attaques ne se firent pas attendre. Importée de Curaçao à Surinam par l'aviso danois le Mercure en 1854, elle atteignit Cayenne l'année suivante. Ce fut un nouveau désastre. L'essai de colonisation que la France tentait avec la transportation lui avait préparé les victimes par milliers. Elle se jeta sur elles avec furie. Quelques mois lui suffirent pour envahir tous les chantiers et les décimer. Apparue le 18 mai sur rade de Cayenne, elle était le 10 juin aux lies du Salut, le 24 à l'Ilet la Mère, le 10 août sur les rives de la Conté, le 5 octobre sur celles de l'Oyapock, enfin l'année suivante elle gagnait Mana et la Montagne d'Argent. Ce ne fut pas, comme précédemment, pendant quelques mois qu'elle exerça ses ravages, mais pendant des années, épuisant chaque foyer séparément, puis y revenant, poursuivant enfin ses victimes sans merci ni pitié.
A la fin de 1856, dans le personnel de l'administration, hommes libres et transportés, on en comptait déjà 1700, et près de 4000 personnes avaient été atteintes. Les deux années qui suivirent, furent moins meurtrières; l'épidémie s'éteignait. Sa durée avait été la même dans la Guvane hollandaise; commencée un an 'plus tôt, elle avait fini un an avant (1857). Comme on le voit, chez nous, de même que chez nos voisins, les longues périodes épidémiques avaient fait place aux épidémies de courte durée; Demerary avait eu la
sienne de 1837 à 1840, Surinam de J854 à 1857 et Cayenne de 18o5 à 1858.
Une mal-adie infectieuse comme la fièvre jaune ne séjourne pas pendant des années dans un pays placé à quelques pas de son foyer d'origine, et offrant un terrain aussi favorable à son existence, sans laisser dans ce pays des traces profondes de son passage, sans s'y être préparé de nombreuses conditions de retour. Aussi pour les trois Guyanes, outre la multiplicité et la rapidité des communications qui augmentent Jes cbances d'importation, je trouve dans les longs séjours de celle épidémie une cause de moindre résistance de leur part et une cause prédisposante de plus pour la contagion.
Quelques années cependant se passèrent sans retour offensif. Mais en 1866 Surinam fut repris. L'épidémie ne se piésenta pas celle fois avec la même gravité. Elle s'établit plus lentement et perdit de la netteté de ses caractères. Après quelques mois, pendant lesquels ces cas furent assez fréquents, ils s'espacèrent, apparaissant de loin en loin, menaçant de nouveau quand on les croyait disparus et se confondant presque avec le reste de la pathologie.
C'est ainsi qu'une de nos goélettes de guerre, la Topaze, put la contracter lorsque cependant on croyait que tout était fini. Ce fut en novembre 1872 que ce bâtiment nous l'appoita. Sauf quelques cas bien caractérisés, elle présenta souvent les mêmes traits indécis, la même irrégularité dans sa marche. Aussi, après la période pendant laquelle les cas avaient élé assez fréquents pour ne laisser aucun doute sur le genre épidomique de l'affection, voyons-nous apparaître certaines hésitations du corps médical, et souvent des divergences d'opinion que les formes mal définies de la maladie justifient pleinement. Cette situation commence à la fin de 1875 et dure au moins cinq ans. A Cayenne comme à Surinam, à la fin de 1875, on parlait de fièvres bilieuses graves, de fièvres typhoïdes bilieuses, affections auxquelles on s'entendait pour enlever tout caractère amaril, mais que cependant on ne considérait pas comme faisant partie de la pathologie du pays. Même les cas que l'on attribuait à la fièvre jaune se présentaient avec des caractères insolites. On en trouve la preuve dans le rapport du docteur Hallais, médecin des troupes (1873).
Ce fut dans ces conditions que s'ouvrit l'année 1874. A Cayenne, l'idée de fièvre bilieuse avait fini par l'emporter sur celle de fièvre jaune, et le corps médical entier semblait se ranger à cette opinion, quand vers le milieu de l'année 1876 la fièvre jaune revint jusqu'en 1878 s'imposer de nouveau.
De l'histoire résumée des diverses épidémies de fièvre jaune depuis sa première apparition dans la Guyane, au commencement de ce siècle, jusqu'à nos jours, un fait des plus importants se dégage : c'est la non-endémicité antérieure et même actuelle de cette affection dans les terres s'étendant de l'Orénoque à l'Amazone. Les efforts de la colonisation, em effet, ont pu se prolonger pendant plusieurs siècles, des désastres comme ceux de Kourou ont pu se produire sans la voir apparaître. Successivement les colons ont été décimés par la variole, la lèpre, le paludisme, la dysenterie, le scorbut; quant à la fièvre jaune, ni l'inconduite, ni la misère, ni l'oubli le plus complet de toute règle d'hygiène, n'ont pu la faire éclore. Que conclure? sinon que la fièvre jaune ne trouve par réellement dans ces parages les conditions suffisantes à son apparition spontanée. Pour qu'elle y apparaisse, il faut que son germe spécifique y soit importé. Que cette terre soit favorable à son développement, qu'une fois importée elle soit propre à sa culture, je l'accorde, mais, je le répète, elle ne s'engendre pas là, et je suis heureux de pouvoir appuyer mon opinion de celle de
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Van Leent et de Dupont. D'aulre part, le caractère contagieux de la lièvre jaune est si bien démontre', qu'on ne saurait e'chapper à cette seconde conclusion, et celle-ci d'ordre absolument pratique : la nécessité des mesures quaranlenaires et leur observation stricte. J'estime que ne pas le faire, sacbant de la fièvre jaune ce qu'on en sait, c'est un crime de lèse-bumanité.
Revenons rapidement sur quelques maladies que nous avons signalées seulement dans la revue liistorique qui précède : la variole, la fièvre typhoïde, et disons un mot du choléra et du béribéri.
La variole et la fièvre jaune semblent s'être partagé la population pour en faire leur victime, la première atteignant surtout les noirs qui généralement ne sont pas vaccinés, et la seconde les Européens non acclimatés. Cette prédilection des deux épidémies pour des personnels différents a du reste frappé l'esprit des habitants. Aussi la population créole, qui est insouciante et contiante devant la fièvre jaune, se montre-t-elle timorée à l'excès quand il s'agit de la variole.
Viléo-typhus est rare à la Guyane, surtout dans la population créole. Je ne crois pas qu'on l'ait jamais observé sur elle à l'état épidémique. Mais plusieurs fois les troupes et la transportation en ont présenté des exemples. Il a toujours été facile, dansées cas, de constater que la maladie avait été importée et que déjà elle s'était montrée sur les mêmes contingents, soit en France au moment de leur embarquement, soit même à bord pendant la traversée (Cotholendy, thèse Paris, 1857). Les cas cependant y sont maintenant assez fréquents pour que l'antagonisme avec le paludisme ne puisse plus se soutenir.
La lièvre typhoïde bilieuse {Compte rendu d'une épidémie de fièvres typhoïdes bilieuses et de fièvres à rechutes, observée à Saint-Laurent-du- Maroni [Gazette hebdomadaire, 24 janvier 1879, Maurel]) est signalée depuis longtemps comme existant dans les Guyancs anglaise et hollandaise.
Elle a présenté de nombreux cas à Cayenne de 1870 à 1875, époque à laquelle elle a même parfois revêtu le caractère épidémique.
C'est réunie à la fièvre à rechute que je l'ai observée au Maroni pendant l'épidémie de 1876 et 1877. La réunion de ces deux formes de la même affection ne pouvait, du reste, que confirmer mon diagnostic. M^iis quelques cas de fièvre jaune ayant apparu, leur coïncidence a pu jeter un certain trouble sur la véritable nature de cette épidémie. Pour moi qui l'ai suivie, le doute ne saurait exister, et je pense que c'est la conviction à laquelle arriveront tous ceux qui voudront examiner les faits sans parti pris. La maladie que j'ai observée, en effet, avait pour caractère essentiel d'évoluer en deux fois. Elle se composait de deux périodes fébriles de trois à cinq jours chacune, séparées par une apyrexie complète et dont la durée variait de trois à sept jours. Plus de 80 cas ont eu une marche identique : c'étaient des fièvres à rechutes, et des typhoïdes bilieuses des mieux caractérisées. Comment, du reste, assimiler des syndromes aussi bien dessinés à la fièvre jaune? il aurait fallu, je l'ai dit ailleurs, admettre une fièvre jaune à rechute, et je ne pense pas que le monde médical soit disposé à le faire. Quant à ne voir dans cette épidémie que des cas de fièvre inflammatoire comme a voulu le faire mon ami le docteur Burot, je ne puis y consentir. J'ai vu la fièvre infiammatoire à la Guyane, et je viens de l'étudier de nouveau à la Guadeloupe pendant deux ans. Or, après le second séjour colonial comme après le premier, je reste convaincu que ce sont là deux entités absolument distinctes et que même il est facile de les différencier. Je ne sais ce qu'a vu le docteur Burot, trois mois et un an après moi; l'épidémie était, en effet, finie
lu GUYANES (LES).
depuis trois mois quand il est arrivé sur le pénitencier, mais ou bien il a retrouvé ce que j'avais vu et alors il n'a pas vu la fièvre inflammatoire, ou bien il a vu réellement des lièvres inllummatoires et il ne saurait conclure de ce qu'il a observé à ce qui existait avant. C'est cette dernière hypothèse qui me paraît la plus probable. Sa description, du reste, ne ressemble nullement à la mienne, et il faut qu'il l'ait oubliée pour considérer ce que j'avais décrit comme identique à ce qu'il voyait.
Les épidémies cholériques ont été rares dans les Guyanes ; la Guyane anglaise a été cependant plusieurs fois atteinte et une partie de la Guyane hollandaise l'a été une fois en 1854. Le district de Vickérie seul lui fournit des victimes. Elles furent du reste peu nombreuses : 68 personnes seulement lurent atteintes (Van Leent).
Reste à signaler le béribéri. Son apparition à la Guyane date du 10 décembre 1865. H y fut signalé sur un bâtimentde commerce, le Diiguay-Troidn, conduisant un convoi de coolies (Durand, thèse de Montpellier, 1868).
Depuis quelques épidémies ont été observées sur les placors (Dorvau, thèse de Paris, 1876), sans qu'elles n'aient jamais été bien importantes. Mais siles épidémies sont rares, les cas isolés ne le sont pas. J'en ai observé plusieurs pendant que j'étais chargé du service des honmies de couleur à Cayenne, et le docteur François en a signalé de foudroyants sur les placers ; c'est une forme qui jusqu'ici n'a pas été signalée (docteur François, [Quelques réflexions sur le béribéri, Arch. de inéd. navale, 1878J).
Enfin, pour être complet, je dois citer quelques épidémies d'oreillons, de grippe, de coqueluche, de fièvres inflammatoires, dont une, observée aux lies du Salut et décrite sous le nom de fièvres rouges, et de conjonctivites catarrhales, observées surtout sur les enfants. Mais, aucune de ces épidémies n'ayant acquis beaucoup d'importance et aucune d'elles n'ayant été modifiée d'une manière sensible par le climat, je crois suffisant de les signaler.
Si on les classe par ordre chronologique, on verra qu'il est peu de périodes de dix ans, surtout depuis le commencement du siècle, qui aient été épargnées d'une manière complète. Il est peu de pays qui ait été si souvent ravagé. La fièvre jaune, la variole, la lèpre, le choléra, l'ont frappé tour à tour. Et cependant, nous l'avons vu, ce n'est pas aux affections épidémiqucs que revient la plus grande mortalité. On ne saurait donc se faire illusion sur son insalubrité. Je ne puis être soupçormé d'être prévenu contre lui. J'ai été au contraire séduit par ses charmes, car il en a de réels, mais nier son insalubrité, c'est fermer les yeux à l'évidence.
Cependant, je me hâte de le dire, si, parmi les affections qui déciment sa population, queltjues-unes, telles que le paludisme, paraissent inévitables, et si la colonisation doit consentir à lui fournir des victimes pendant longtemps encore, il en est d'autres qui heureusement ne tiennent ni à son sol, ni à son climat, et parmi elles se placent les deux épidémies les plus meurtrières, le typhus amaril et la variole. Déjà l'hygiène, le bien-être, ont presque fait disparaître la lèpre : or il ne dépend que de l'autorité de reléguer ces épidémies dans le domaine de l'histoire. Mais il faut vouloir et passer des théories aux faits, des vérités scientifiques aux applications administratives. Qu'un service sanitaire fortement organisé, soutenu par l'autorité, mette les côtes sous sa sauvegarde. A la Guyane, l'objection la plus sérieuse formulée contre les quarantaines n'existe pas : on n'y vient que par mer ; que les arrivages soient surveillés, que
des précautions soient prises, et, j'en suis convaincu, elles bénéficieront de leur situation exceptionnelle. Ne l'a-t-on pas vue déjà giâce à ces mesures s'épargner le choléra de 1806, et d'autres épidémies qui ont ravagé certaines Antilles? Un pareil résultat doit être un puissant encouragement pour elle. Il faut que le commerce sache comprendre son intérêt, et, si parfois il s'égare, il appartient à l'autorité d'imposer sa volonté et d'apprendre a tous que les véritables intérêts, ceux devant lesquels tous les autres doivent s'incliner, sont ceux de l'humanité.
Quand on voit quelle puissance la végétation acquiert dans ce pays, avec quelle rapidité elle accomplit son œuvre, quelle facilité l'absence de saison peut donner li l'agriculture, enfin quelles richesses se sont amoncelées depuis des siècles duns les terres basses grâce à leur fécondité inépuisable, et dans les terres hautes grâce à leurs forêts, la raison se refuse à admettre que de pareilles ressources soient à jamais perdues pour l'humanité. Un jour viendra sans doute où ces vastes plaines, ces forêts immenses, maintenant si solitaires, s'animeront, où ces cours d'eau, maintenant presque déserts, seront mille fois sillonnés tous les joui s. Cette transformation ne me paraît nullement au-dessous des efforts, du génie puissant de l'industrie, mais, il faut l'avouer, je pense que pour qu'elle s'accomplisse il faut compter avec les siècles : mais les siècles ne sontils pas des heures pour l'humanité? Longtemps encore, en effet, je pense que les Guyanes resteront d'abord malsaines et ensuite peu peuplées. Les efforts constants de l'agriculture et de l'industrie, s'ils ne veulent être perdus, doivent donc se concentrer sur quelques points isolés sans se disséminer.
Mais, pour assurer même des succès si lestreints, quelle serait la meilleure condition à remplir et quelle aide peut donner la science?
Plusieurs points me paraissent importants : le choix du lieu, celui des travailleurs et leur hygiène. Quelques mots sur chacun de ces sujets termineront cet article.
Choix du lieu. Deux courants d'idées sont en présence : l'un donnant la préférence aux terres hautes et l'autre aux terres basses. Et, en effet, si l'on suit alternativement les divers essais de colonisation, on verra chacun de ces courants l'emporter tour à tour dans l'esprit des administrateurs. Or, après avoir étudié cette question, j'en suis arrivé à penser que l'avenir le plus prochain et le plus sur des Guyanes est dans les terres basses. Ce sont cependant les plus malsaines, mais je crois que sur certains points cette insalubrité après les premiers travaux de drainage serait assez diminuée pour les rendre habitables. Ce que nous voyons dans les deux Guyanes hollandaise et anglaise et le passé de la nôtre sont une garantie de succès en dirigeant les efforts dans ce sens. Les terres hautes sont certainement moins sujettes au paludisme, mais d'abord ses atteintes n'y sont pas inconnues, et de plus on y rencontre la dysenterie, l'hépatite et la colique sèche. Enlîn l'expérience démontre que leur fertilité s'épuise rapidement. Dès qu'on les prive des arbres qui les abritent, les pluies torrentielles du pays les inondent et les dépouillent de leur humus, de sorte que, quelques années après, là ou l'on croyait trouver une terre féconde, il ne reste plus qu'un sable stérile.
Choix des travailleurs. Mais, .'■i je conseille les terres basses, c'est à la condition expresse de leur donner les seuls travailleurs qui peuvent résister à leurs émanations, c'est-à-dire des travailleurs noirs. En dehors d'eux, pas de colonisation à la Guyane; elle ne sera qu'un cimetière. Leur résistance au
paludisme est de benucoup supéneuie à celle de toutes les autres races et de plus ils jouissent d'une immunité encore plus marquée contre la fièvre jaune à laquelle toutes les autres races payent un si large tribut. Leur résistance totale à ce climat s'est chiffrée dans mes statistiques par une durée moyenne de la vie douze fois plus longue. On ne saurait citer rien de plus concluant. Les Mongols sont à essayer, mais leur mortalité effrayante pendant les travaux de chemin de fer de Panama nous condamne à une grande réserve. Les Hindous offriront une résistance suffisante aux influences climatologiques, mais elle est nulle contre les influences telluriques et, entre autres, à l'égard de la dysenterie et du paludisme; enfin les races européennes ne peuvent affronter sans danger immédiat ni les unes ni les autres; elles ne peuvent que fournir les ouvriers d'art. Trop d'exemples nous l'ont prouvé.
IIygiè.ne. Au point de vue de l'alimentation, la population des Guyanes se divise en deux groupes, l'un qui vit à Veuropéenne et l'autre à la créole. Ce qui caractérise le premier, c'est l'usage du pain et une plus large part faite à la viande. L'autre groupe, au contraire, remplace le pain par le manioc ou les féculents, le vin [lar l'eau et le rhum, et la viande, dont il n'use que peu, par le poisson salé.
On peut dire d'une manière générale que, comme l'indiquent les noms que j'ai adoptés, le premier mode d'alimentation est celui des Européens, fonctionnaires, militaires ou autres, tandis que l'autre est celui de la population créole et tout particulièrement de celle de couleur. Cette distinction est si bien établie, que même parmi les créoles blancs il en est peu qui aient conserve une alimentation exclusivement européenne, et qui au moins ne fassent de larges concessions aux habitudes créoles. Je vai^ du reste trouver dans les chiffres fournis par k douane un moyen d'apprécier assez exactement la fréquence relative de chacune de ces alimentations.
Les Guyanes ne produisant ni vin, ni froment; la totalité de ces denrées consommées provient de l'importation. Or, la moyenne pour les quatre années 1875, 1874, 1875 et 1876 a été pour la farine de 1575 555 kilogrammes et pour le vin de 1 850 287 litres. On arrive facilement avec ces chiffres à déduire la consommation journalière qui est de 451fi kilogramme de farine et de 50 14 litres de vin, ce qui, en prenant pour base la ration de l'Etat, qui est 550 grammes de farine, équivalant cà 750 grammes de pain, et à 50 centilitres pour le vin, nous donne une moyeune de 7847 rations de pain et 10000 de vin par jour. Si de ce chiffre nous retranchons ensuite 5000 rations de pain et 1500 de vin revenant aux troupes, aux hôpitaux et au personnel de li transportalion dont l'alimentation est assurée par l'État, il nous reste 5000 rations de pain, et 8500 de vin à répartir sur la population proprement dite de la Guyane française, qui, on le sait, pour ces années, s'élevait à 20000 environ. Il faut doiic en conclure que le régime européen entre dans l'alimentation dans la proportion d'un quart de la population, pour ce qui concerne le pain, et des deux cinquièmes environ, pour le vin. Le reste suit le régime de l'alimentation créole.
Je n'ai pu me procurer les éléments pour calculer la quantité de viande consommée chaque jour, mais en l'appréciant d'après la quantité de pain je ne crois pas être loin de la vérité en fixant à 2500 par jour le nombre des rations de viande dépensées eu dehors du personnel nourri par l'État.
Les chiffres qui précèdent ne concernent que la Guyane française et par
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conséquent les conclusions qu'on peut en tirer lui sont spéciales. Les conditions d'alimentation changent un peu pour les deux autres. Si, en effet, la même division en régime européen et régime créole subsiste, chacun d'eux, et surtout le premier, subit forcément des modifications en rapport avec les habitudes des deux autres peuples. Dans la Guyane anglaise et hollandaise, les dépenses de pain sont relativement moins considérables. On sait combien peu de pain mangent les populations du nord.
La farine de froment, la viande et le vin importés dans notre Guyane ne pourraient donc guère suffire qu'à alimenter environ le tiers de sa population proprement dite; voyons comment se nourrit le reste.
Dans l'alimentation créole, le fait principal c'est que le froment est remplacé par le manioc ; mais ce n'est pas le seul. Deux autres différences méritent d'être signalées : l'une est l'usage considérable du poisson salé et l'autre celui de l'eau-de-vie comme boisson, pendant les repas. Il est difficile d'apprécier d'une manière exacte la quantité de manioc dépensé. Cette racine, en effet, est cultivée dans le pays par de nombreux petits propriétaires qui en font leur nourriture habituelle, et Tonne peut évaluer le produit de leur récolte.
Le service des subsist;inces, admettant que le pouvoir nutritif de la forine de manioc est le même que celui du pain, a fixé la ration de cette denrée à 750 grammes comme pour le pain. Mais pour une partie de la population, la farine de manioc étant encore trop chère, elle la remplace par d'autres racines, telles que l'igname, la patate, etc. On peut cependant admeltre que sur les trois quarts de la population suivant l'alimentation créole deux vivent de manioc et l'autre seulement de divers féculents et notamment de bananes. La quantité de couaque consommée représenterait donc 10000 rations environ.
Quoique une partie des terres des Guyanes soient très-propres à la culture du riz, c'est encore à l'importation, au moins chez nous, que l'on demande la presque totalité de celui qui s'y consomme. Or le riz, qui entrait déjà souvent dans l'alimentation de nos colonies, est, on le sait, la nourriture principale des Annamites et des Hindous. Ainsi s'expliquent les importations considérables que nous constatons sur les états de la douane. Pour les quatre mêmes années que précédemment la moyenne du riz importé a été de 704 795 kilogrammes, ce qui donne 1951 kilogrammes par jour sur une population de 20 000 habitants.
La quantité de poisson dépensée étonne tout d'abord. Sur les états de la douane on trouve séparés la morue, le bacaliau et les autres poissons salés. Or les moyennes des mêmes années sont les suivantes. Il est entré à la Guyane par an 99 t362 kilogrammes de morue, 468418 kilogrammes de bacaliau et 71 1 19 kilogrammes d'autres poissons salés. En admettant avec l'administration le poids de 350 grammes comme équivalent à une ration, on arrive à établir que ces rations sont au nombre de 1092 pour la morue, 5152 pour le bacaliau et 776 pour les autres poissons salés ; soit en tout 7000 rations. Or ce n'est là que le poisson sec. 3Iais, si de plus on tient compte du jpoisson frais qui e»t pris en grande abondance, on arrive facilement à un total de 10 000 rations sur 20 000. La population des Guyanes est donc largement ichthyophage.
Quant à l'eau-de-vie, l'administration a fixé la ration des noirs qu'elle nourrit à 6 centilitres par jour, soit moins d'un 1/2 litre par semaine. Les administrés doivent la trouver bien parcimonieuse, si j'en juge par ce que j'ai vu faire à ces mêmes hommes quand ils sont libres. Cependant, je l'avoue, à la Guyane, où la culture de la canne est moins répandue qu'aux Antilles, la popu-
lation en dépense moins. Mais dans ces dernières colonies il faut évaluer à 1/2 litre environ la quantité de tafia pendant les vingt-quatre heures, et cela dans les meilleures conditions de sobriété.
Quoique je manque de renseignements précis pour les deux autres colonies, ce que J'en ai vu me permet de croire que l'ensemble des faits est le même. A Surinam comme à Demerary, c'est le régime créole qui domine et, dans ces deux colonies, ce régime est surtout composé par des poissons frais ou salés et par le manioc. Quant au tafia, je pense que son abondance doit avoir les mêmes inconvénients pour cette partie de la population que dans nos Antilles et que son usage immodéré est aussi répandu.
Là pourrait s'arrêter l'étude du régime alimentaire, mais je pense qu'il ne sera pas sans intérêt pour le lecteur de trouver ici quelques détails sur les eaux potables, sur certaines boissons propres à la Guyane, ainsi que sur les aliments de nature diverse qu'elle produit.
Eaux potables et boissom. Guyane française. Source de Baduel : silice, {)8%00o; carbonate de fer, O^-'^OOS; sulfate de chaux, Os%010; pertes et matières non dosées, 0"'', 10 ; total : 0*'%02i par litre (docteur Hardy). Rorata (alimentant €ayenne) : silice, Oe^OOG; peroxyde de fer, Ofc'%004 ; sulfate de chaux, 0f%004; magnésie, néant; matières non dosées et pertes, O^^'SOôS; total: 0^%066 par litre (docteur Hardy). Eau du Maroni (bue par toute la colonie pénitentiaire): •0»',0 de matières salines par litre (Chalmé). Eau du Couraana: silice, Os%010; peroxyde de fer, Oe^Oli; chaux, néant; magnésie, 0^^004; acide sulfurique, 0e%OU8 ; matières non dosées et perles, 0?%00i; total : 0«sOiO (docteur Hardy). Eau de l'Orrapea. Résidu, total : Oî^^Oôft (docteur Hardy).
Les fleuves des Guyanes hollandaise et anglaise paraissent également trèspauvres en matières salines. Du reste, on boil fréquemment dans ces deux colonies de l'eau de pluie conservée soit dans des citernes, soit dans des jarres.
Le vin est importé de France et généralement de bonne qualité. Il en est de même du cidre et du poiré dont l'usage est très-rare. Mais la bière est le plus souvent fabriquée sur place. Surinam et George Town en exportent à Cayenne. Quantàl'eau-de-vie, le peuple ne boit guère que le tafia, qui est toujours de bonne qualité. Enfin à ces boissons je dois en ajouter, pour être complet, un certain nombre d'autres beaucoup moins répandues ; tels sont : le cachiri, liqueur fermentée des Galibis, la bière d'ananas, la boisson cacao, le vin d'orange, le mali, etc.
Alimenls divers. Farine de manioc, banane verte, banane jaune, igname {Dioscorea Japonica)^ couscous.
Viandes. Les animaux utilisés, outre le bœuf, le mouton et le porc, sont, parmi les Mammifères : les singes (par les Galibis), le tigre rouge {Couguar, felis discolor), le pâtira ou pécari, l'agouti {Dasyproela aguti), le pack [Calo gongo),\e làlou. (Dasypits), \e kaiicicou [Cervus nemornagus). Parmi les Oiseaux, outre ceux qui vivent à l'état domestique et qui tous viennent dans les Guyanes, la chasse fournit : l'ortolan {Emberiza hortulana), les hocco {Crax globicera), la maraïe {Pénélope leucoîoptos), la perdrix rouge {Telrao rufuii), la perdrix grand bois {Tetrao montaniis), le ramier {Cohimba palinnbus), l'agami {Psophia crepitam). Parmi les Reptiles on trouve : la tortue franche [Testudo midas], le caïman (Sderops), l'iguane {Iguana americana). Parmi les Crustacés : l'écrevisse {Astacus], la crevette, le homard, la langouste et l'huître des palétuviers {O^tren parasitica). Enfin, je dois citer le ver palmiste [Cnrculio palmarnm) que les créoles ont en grande estime.
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Les principaux Poissons sont les suivants : dans la mer, la carangue [Scomber <carangus), la vieille [Cabrus), la dorade [Amalo morma), le machoiran {Sclurus myrtiis), le hareng {Clupea harangua), la lune, le mulet {Mugel); dans les rivières, l'aïmara, le coulamata et le coumani ; enfin dans les savanes, une foule d'autres à chair molle et dont quelques-uns cependant tels que le pacon sont nssez estimés.
Légumes. Outre la plupart des légumes d'Europe et des racines nombreuses, la Guyane fournit : legombo {Hibiscus esculentus), le pois de sept ans, le pois de bois, le jacquier, la patate, le choux palmiste. Les fruits sont encore plus nombreux ; les principaux sont : l'orange, la grenade, les melons et quelques figues parmi les fruits d'Europe, et de plus tous ceux des pays chauds dont quelques-uns rivalisent avec ceux des pays tempérés : la pomme d'acajou [Pédoncule du fruit de C Anacardium occidentale), l'ananas [Bromelia ananas), l'avocat [Laurus persea gratissima), la pomme cannelle [Ammona squamosa), la mangue [Mangifera terebinthe), la pomme cilhère {Spondias cytherea), la sapotille {Achras sapotitla), la caïmite {ChrijsophilUnn macinem), et une foule d'autres d'un usage moins fréquent. Enfin parmi les condiments je citerai : le citron, la canne à sucre (Saccharum officinarum), le gingembre {Aniomum zinziber), le giroflier [Corcophyllum aroniaticum), le muscadier [Hijustica aromatica), le piment [Capricum frutescens), le poivre [Piper), le vanillitT [Vanilla aromatica) et le cannelier (Lrt?<rMs).
H. Préceptes d'hygiène. Les logements sont assez bien compris à Caycnnc, •mais je voudrais, en plus, que les appartements, surtout ceux qui servent de chambre à coucher, fussent pourvus de carreaux On éviterait ainsi les Imnsitions brusques de température de la nuit, dont on est si souvent victime et auxquelles est presque toujours due la dysenterie. Ainsi l habitation modèle de la Guyane seiait, pour moi, bâtie sur des piliers, comme la plupart des maisons ■du Maroni, entourée de partout de galeries fermées, et les fenêtres intérieures des chambres à coucher pourvues de carreaux.
C'est avec plaisir que j'ai vu la marine adopter le casque ; c'est un véritable progrès sur le j)assé, mais je regrette que l'on n'ait pu prendre celui d'aloès, si répandu dans le commerce; il est plus léger et s'échauffe moins. C'est de beaucoup le plus commode et celui qui met à l'abri du soleil de la manière la plus efficace. Comme vêtements, je recommanderai surtout l'usage •de ceux en flanelle. On s'y habitue très-rapidement, et il nous offre le précieux avantage d'être léger et en même temps assez chaud. C'est là véritablement l'étoffe des pays chauds. 11 est surtout indispensable que tout Européen en porte comme ceinture.
Nourriture. Contrairement à l'opinion la plus répandue en ce moment, c'est au régime végétal que je donne la préférence. Si j'étais moins limité, il serait intéressant de rechercher comment nos idées se sont transformées à cet égard depuis cinquante ans. Les colons, copiant en cela la métropole, n'ont actuellement qu'un souci, celui de se tonitîer. De là l'usage, sinon l'abus, des vins généreux, des viandes saignantes et souvent du fer et du quinquina.
Pour ce qui me concerne, je crois que le régime doit varier avec le climat et que, si les pays froids demandent une alimentation riche, substantielle, dans les pays diauds, au contraire, l'Européen se trouve mieux d'une nourriture légère et relativement pauvre. C'est convaincu de ces idées que j'arrivai à la Guyane et, conformant
mon genre d'existence à mes idées, je renonçai, d'une manière absolue, à toute viande rouge. Mon régime a clé composé de volailles, de poissons, d'œufs, de légumes el de fruits. Or, pendant qu'à côté de moi je voyais fréquemment des atteintes plus ou moins graves d'accèsbilieuxetquelquefoisdc véritables affections du foie, j'ai traversé mes deux années de séjour sans jamais m'en plaindre. lî est vrai qu'à la fin de ma corvée j'étais légèrement anémié, mais ce n'est là (ju'un état sans danger et auquel quelques mois de présence en France ont rapidement remédié. 11 en est bien autrement, on le sait, des affections du foie. Cette expérience, on en conviendra, avait bien quelque raison pour me convaincre. Aussi quand j'ai dû, après deux ans de France, commencer un nouveau séjour dans les colonies, à la Guadeloupe, n'ai-je pas hésité à adopter le même régime et, je dois le dire, après ces deux nouvelles années d'expérience, plus que jamais je suis décidé à lui rester fidèle. Mais de plus, pendant ce séjour, j'ai voulu élucider cette question d'hygiène et, ne me contentant pas des observations que je pouvais recueillir, je me suis adresse à l'expérimentation. Je vais rendre compte en quelques mots des unes et des autres.
Les faits d'observation sont les suivants. Je fus frappé, dès le début de mes recherches, par la rareté des affections de foie chez les gens qui vivaient à la campagne, n'usant de la viande que rarement, et d'autre part de leur préférence pour ceux qui avaient le régime le plus choisi. Cette différence dans les personnes atteintes était déjà de nature à me faire réfléchir; en même temps je constatai que les fièvres inflammatoires atteignent plus souvent ces dernières que les premières; enfin, fait (jui avait bien aussi son importance, interrogeant les personnes âgées de la colonie, je pus m'assurer que toutes avaient été nonseulement sobres, mais qu'elles n'avaient usé de la viande que très-modérément. Chez elles le régime végétal dominait.
Ces observations réunies, jointes à mon expérience personnelle, m'avaient donc presque convaincu, quand, j)our ne conserver aucun doute et convaincre nonseulement moi-même, mais aussi les autres, je conmiençai mes expériences. Je pris des lapins de la même portée, je les pesai et les divisai en deux groupes, dont l'un resta au régime végétal ordinaire et dont l'autre fut soumis à l'usage exclusif du fromage. 1/expérience ne dura pas moins de huit mois; les résultats ont été des plus concluants : ce sont ceux dont le poids était moindre qui étaient soumis au régime du fromage, et cependant à la fin de l'expérience leur poids avait manifestement dépassé celui des autres, et, résultat surtout intéressant, leur foie, devenu au moins trois fois plus volumineux que celui des autres, était manifestement altéré. 11 était dur, granité et atteint de cirrhose hypertrophique. On ne pouvait donc plus en douter : le régime azolc prolongé altérait le foie et l'augmentait de volume. Je n'ai pas voulu cependant m'en teuir à cette seule série d'expériences, et j'ai recommencé; les résultats ont été un peu moins prononcés, parce que la durée n'a été que de six mois au lieu de huit, mais l'influence nuisible du régime azoté sur le foie n'était pas moins évidente.
Il résulte donc de ces expériences et de ces observations que dans les pays chauds un régime fortement azoté prédispose aux affections de foie, celles qui sont le plus à redouter, el que par conséquent il y a lieu de recourir à une alimentation moins riche, comme l'est l'alimentation végétale. Il est possible, je le répèle, que sous l'influence de ce régime l'homme s'anémie, mais ce n'est pas là un danger sérieux, le retour en France suffisant toujours pour le conjurer.
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Enfin j'ajoulerai que pendant mon séjour j'ai souvent fait joindre au régime, surtout des enfants, une certaine quantité de chaux. C'est qu'en effet, ou l'a vu, cette substance fait presque complètement défaut dans les eaux de la Guyane, et que je la considère comme indispensable à ralimentalion. Maup.el.
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