‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.47Chapitre 114 sur 126 · MOYENNE GÉ^ÉI\ALE · texte numérisé non relu

MOYENNE GÉ^ÉI\ALE

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Augmentés. . .

Diminués. . . .

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Ce tableau nous montre que tous les hommes exercés et examinés ne profitent pas de la gymnastique, ce qui mérite une interprétation; le tableau suivant nous montrera dans quelles mesures ils peuvent en profiler :

57 sujels ont uugmeaié de 2 centimètres.

Le maximum d'augmentation a été chez 2 sujets de 7"°', 5; le minimum chez 6 sujets de 0,25.

Le docteur Âbel, en Allemagne, a trouvé des chiffres à peu près semblables : 75 pour 100 des examinés avaient augmenté et l'augmentation variait, en groupes divers de 2"°S6 à 5 centimètres {Milit.-œrztlich. Zeitung, 1868, p. 257). 11 semble donc que le quart des sujets soumis aux exercices d'entraînement n'en profitent point. En effet, les exercices sont, nous le verrons plus loin, excessifs, puisqu'ils comportent pour tous un travail effectif et énergique de neuf ou dix heures par tous les temps. Dans une école « non militaire » les 17 pour 100 d'hommes dont le périmètre thoracique décroissait eussent dû être dès le premier mois soumis à un examen spécial, à des exercices spéciaux, ou à un régime alimentaire particulier; mais dans quelques cas c'est sur le compte de l'amaigrissement par déperdition de tissus graisseux ou cellulaire qu'il faut faire porter ce phénomène ; à plus forte raison en qui concerne les stationnaires.

Les mensurations des membres nous ont donné des résultats importants : au bras, le biceps en contraction, 82 pour 100 des élèves ont augmenté en

DICT. ENC. i" s. XI. Ô5

moyenne de près de 1 centimètre; 10 pour 100 ont diminué. Deux e'ièves ont vu leur biceps augmenter de o""',5; l'avanl-bras n'a donné que 62 pour 100 d'augmentés dans une moyenne de 5 millimètres. Le caracière bistologicjue de l'avant-bras est la prédominance des tissus blancs fibreux, élastiques, tendons et aponévroses : une augmentation légère a donc ici une grande importance. La mensuration des cuisses, au tiers inférieur, a permis de constaler que 64 pour 100 avaient augmenté en moyenne de l""*,o8 ; maximum 5 centimètres, minimum 0,25. Cette augmentation un peu supérieure à celle du bras ^j cent 2g) est inférieure à la surface de section. L'explication que donne Cbassagne de cette inégalité est à vérifier : il suppose que la cuisse est moins exercée que le bras et par suite bénéficie moins. Mais il paraît probable, ta mon sens, que la cuisse, ayant été naturellement en quelque sorte exercée par la course et la marche, a moins à gagner que le bras qui, chez nombre de sujets, ne l'a jamais été avec l'énergie désirable au moment de leur arrivée à l'École, L'examen des variations volumétriques de la jambe vient à l'appui de cette thèse : 56 pour 100 seulement des sujets examinés à la saillie maximum du mollet avaient augmenté de 8 millimètres en moyenne.

L'élude des séries d'exercices en usage à l'École de Joinville ne me semble pas jnslilier une autre interprétation que celle que je viens de donner de ces diiférences proportionnelles.

Le chapitre du travail de Chassagne et Daily qui concerne la dynamométrie musculaire n'est pas le moins important; les expériences ont été faites avec le dynamomètre de Mathieu et entourées de toutes les précautions que dicte l'expérience; mais nous ne pouvons entrer ici dans le détail de ce travail minutieux dont la plus grande part revient au docteur Chassagne. Nous reproduirons seulement le tableau des augments de la force musculaire (p. 61), qui s'accroît ainsi qu'il suit :

Augment Proportion

en pour 100

kilogr.Tmmes. des élèves.

Force de soulèvement 28.00 8S

— de flexion de l'avant-bras sur le bras.. 5,14 63

— de flexion dis doigts sur la ]iaume,. . 9,7b 81

— du bras étendu 2, Il 74

— du port dos fardeaux 11,52 66

— de progression ou de traction 9,81 65

— de détente du triceps ou cou-dc-pied. . 10,08 73

On pourrait supposer, en présence de ces faits et de ces cliiffres, que le poids de l'homme doit s'être accru d'autant plus que sa taille, à vingt-trois ans, augmente normalement de près de 1 centimètre en cinq mois. Il n'en est rien. La déperdition de poids qui résulte de l'élimination des tissus superflus, des déchets organiques de tissus d'encombrement, en un mot, se produit chez 63 pour 100 des sujets pesés, qui ont perdu en moyenne l''s,o5; 55 pour 100 avaient gagné l''2,17. Ces faits montrent que la force, l'agilité, l'adresse, la résistance à la fatigue, l'élégance de formes, toutes qualités qui s'acquièrent si remarquablement à l'Ecole de gymnastique de Joinville, sont au prix d'une diminution de poids qui s'est élevée chez quelques sujets à 8,6,5 kilogrammes; à un â"e plus avancé, à vingt-cinq ou trente ans, la déperdition de poids s'élèverait à plus du double avec un même régime alimentaire. Mais on remarque, au contraire dans la gymnastique familiale et scolaire chez des sujets de douze à seize ans, que le poids augmente, si l'alimentation est facultative.

En vue d'établir une étude comparative entre l'entraînement gymnastique et l'entraînement militaire, Chnssngiie a choisi un régiment d'artillerie (le 55'=), où il a examiné 440 recrues qui lui ont fourni tout d'abord des renseignements que nous avons rappelés plus haut, au point de vue de la relation entre la valeur corporelle et la profession. Les exercices fie l'artillenr sont très-variés et donnent à Ihomme un développement légitime très-remarque; la taille moyenne de ces MO recrues était de ■l'",72; elle était de l'",65 à l'Ecole de Joinville. Or, la circonférence tlioracique, cinq mois après l'incorporation des recrues, n'avait augmenté que chez 60 pour 100 des hommes (au lieu de 76 pour 100 à Joinville), et cette augmentation n'avait été que de 2,^7 au lieu de 2""*, 51. Quant à la diminution, elle a porté à Joinville sur il pour 100; elle a atteint dans l'artillerie 52 pour 100 qui ont perdu en moyenne 1,75 de circonférence au lieu de 1,59 à Joinville.

Par contre, les artilleurs avaient augmenté de poids dans 76 pour 100, augmentation de 5''s,4i52, tandis qu'au gymnase 54 pour 100 seulement ont présenté une augmentation moyenne de l''s,14.

Ces résultats, je les attribue en grande partie au caractère plus complet de l'entraînement militaire et notamment à la course quebfue peu cultivée à Joinville, mais tout à fait étrangère à la vie des régiments d'artillerie.

Dans un travail postérieur à celui de Chassagne et Daily, le docteur Mourson, médecin de la marine, a publié des Recherches anthropométriques sur les apprentis canonniers [Arch. de méd. navale, 1881), en comparaison avec les précédentes; nous aurons à y revenir plus loin à propos de l'entraînement professionnel. Signalons en terminant, parmi les résultats de la gymnastique, la résistance à la maladie, malgré le surmenage de l'entraînement : la moyenne des entrées à l'hôpital dans toute l'armée ayant été de 10 sur 422, elle n'est pour la même période, à l'École de Joinville, que de 10 sur 600, soit le sixième au lieu du quart.

Résultats ou applications prophylactiques et thérapiques de la gymnastique. A ce point de notre travail, nous devons marquer une ligne de démarcation profonde entre la gymnastique éducative ou pédagogique et celle dont les applications se rapportent à la prophylaxie et à la thérapie. Entre ces deux dernières catégories d'ap[jlications il existe même une distinction fort utile dans la pratique. On veut dire par là que la pratique de la gymnastique pédagogique doit être complète quand aucune indication particulière ne se dessine, naissant de l'hérédité ou de la condition présente. Mais si, par le fait de l'hérédité ou des dispositions actuelles, on observe, par exemple : un développement inégal des deux moitiés du corps, une direction vicieuse dans l'axe des mouvements articulaires, une élroitesse comparative ou absolue du thorax, une raideur articulaire locale ou générale, les procédés de la gymnastique doivent s'individualiser et se compliquer, sous peine de voir la culture corporelle générale confirmer et augmenter même les inégalités de développement. Il est incontestable, quelle que soit la cause organique ou spécifique de la tuberculose, que celte affection s'accompagne dans la grande majorité des cas, mais principalement quand elle est héréditaire, d'une atrophie des cellules pulmonaires et d'une insuffisance de capacité thoracique bien avant que le tubercule ait accompli son évolution. La gymnastique respiratoire, prophylactique, peut intervenir ici avec une grande efficacité, à la condition de ne pas déterminer par un excès de circulation pulmonaire hors de proportion avec l'état du développement

vésiculaire, une poussée congostive qui pourrait devenir une provocation à dés lésions mécaniques, à des iiémorrhagies, lesquelles deviennent à leur tour la source de nouveaux accidents. La gymnastique chez les sujets soupçonnés de tuberculose doit donc être soumise à des règles très-rigoureuses; la quantité des exercices doit être proportionnée à la capacité thoracique, laquelle doit être préalablement déterminée par rantliropomélrie et la spirométrie, et l'on n'obtient à cet égard de résultats positifs que si l'on tient un compte rigoureux de leurs indications. Ici les exercices devront être primitivement respiratoires, c'est-à-dire qu'ils doivent être formulés de telle sorte que la dilatation du poumon soit assurée soit par les puissances extrinsèques, soit par le jeu mécanique de l'air en circulation, avant que la somme d'exercices généraux soit augmentée au point de nécessiter une circulation trop intense à travers le parenchyme pulmonaire. De telles applications réclament évidemment une grande expérience des connaissances médicales et gymnastiques spéciales que ne possèdent actuellement, en général, ni les médecins, ni les gymnastes. Littré a exprimé à plus d'une reprise l'opinion que la plus grande partie de la médecine se faisait en Grèce dans les gymnases : c'est là aussi que de nos jours devrait s'étudier la cinésiologie et la diététique dans leurs l'apports avec les maladies chroniques et avec le développement. Malheureusement, les écoles de médecine sont dépourvues de ces gymnases où tant de connaissances théoriques et pratiques tout aussi utiles que les pansements et la chirurgie, plus utiles que la pharmacologie (dont peu de médecins s'occupent, peut-être à tort), pourraient être acquises par les étudiants. On pourrait, par une extension importante des habitudes médicales et par un enseignement opportun, supprimer en quelque sorte la plupart des difformités acquises et atténuer quelques-unes des congénitales dans une mesure considérable ; les pieds plats, les \3i\iii, les genoux cagneux, les laxités articulaiies coxo-fémorales, les ensellures, les dos ronds, les cous creux, la plupart des scolioses, les thorax aplatis, disparaîtraient, ou peu s'en faut, par une éducation médicale de gymnastique du cadre si rempli de notre temps des dysmorpliies. On en préviendrait le développement. Mais, les déformations une fois acquises et établies, la gymnastique à elle seule devient non-seulemenl insuffisante, mais inefficace. 11 lui faut l'adjonction des manipulations thérapeutiques, de l'électricité et parfois même de la mécanique, qui a usurpé à elle toute seule le terme d'orthopédie auquel, pour cette raison et pour nombre d'autres, je préfère celui d' « orlhomorphie » composé par Delpech {De V orlhomorphie par rapport à l'espèce humaine. Montpellier, 1828). C'est pourquoi je crois qu'il faut blâmer également les médecins qui envoient un sujet plus ou moins déformés dans un gymnase sans une direction médicale particulière ou sans la leur propre, s'ils ont étudié la gymnastique, et ceux qui les confient à « l'orthopédiste «.dont les appareils ont toujours été insuffisants ou nuisibles.

Quant aux anomalies spontanées du développement telles que les luxations dites congénitales qui s'établissent au moment de la marche, quant aux relards dans l'évolution de certains groupes musculaires et même des membres entiers, il faut savoir attendre et diriger l'évolution ; la gymnastique générale est ici des plus dangereuses. Pour en donner un exemple, je signalerai ici les aggravations quelquefois définitives que l'on produit lorsqu'on veut exciter à la marche un enfant dont les articulations retardées dans leur développement n'ont pas encore acquis la vigueur nécessaire pour supporter et transférer le poids du

GYMN\STIQUE. 837

corps; on produit des luxations coxo-fémoraleset on les qualifie de congénitales; c'est ce que je crois avoir établi dans un mémoire sur ce sujet {Bullet. de thérapeutique, 1872). La plupart des pieds plats et des valgi n'ont pas d'autre origine.

Sous prétexte de fortifier les enfants, on leur fait faire de grandes marches qui deviennent souvent la cause d'accidents sérieux et même d'arrêt de croissance. Mais ce qui est parfois un danger est souvent un avantage : alors que la croissance est extrêmement précoce et trop rapide ou desordonnée, rien ne favorise mieux que la gymnastique générale la régularisation de la croissance et l'arrêt de ses excès, et le fait s'explique par l'activité imprimée à l'ossification des épiphyses {voij. Croissance [Paralysie infa7itile]).

Les résultats de la gynmastique générale sont de jour en jour mieux déterminés dans les affections médicales. En premier lieu il faut placer, parmi celles que la gymnastique peut prévenir lorsqu'elles sont à l'état diathésique latent, toutes celles qui relèvent du ralentissement ou de la perversion des fonctions nutritives, quel que soit le système organique qui est apparemment frappé : la débilité musculaire et osseuse, le développement excessif du système lymphatliique, les dyspepsies, les diverses formes de la diathèse urique, la glycémie, la polysarcie, l'anémie et l'hyperémie. Auprès de ce vaste cadre pathologique dont les travaux de Bouchardat, de Duhomme et de Bouchard, ont si bien déterminé les lignes principales, se placent les résultats dont j'ai été si longtemps témoin pendant une longue fréquentation du gymnase de Triât (1846-1800), le véritable créateur de la méthode moderne, et qui dépassent même ce qui a été dit par les écrivains gymnastes intéressés à leur cause. Je ne reparlerai pas ici du développement osseux et musculaire dont il a été question plus haut et qui n'est plus en question, mais j'affirme que même sans le concours si puissant des bains de mer et du grand air j'ai vu des constitutions profondément Ivmphatiques se transformer complètement et donner pour la vie entière à de jeunes sujets une santé et une force de premier ordre, que les épreuves les plus pénibles n'ont jamais altérées. Je puis citer nombre de goutteux confirmés, d'arthritiques, de dyspeptiques, de névralgiques, qui ont vu disparaître définitivement leurs crises par une longue continuité des exercices du gymnase. Moins brillantes, mais très-importantes, les cures de glycosuriques qui exigent une assiduité en quelque sorte indéfinie et un régime constant, quoique beaucoup moins rigoureux. D'ailleurs un glycosurique qui a longtemps pratiqué les exercices du gymnase et qui sans les continuer fait des marches à la campagne ne voit jamais s'élever bien haut la proportion de sucre; il y a dans l'économie une sorte d'habitude acquise pour l'oxydation des substances protéiques et hvdro-carbonées. Je ne puis m'expliquer autrement l'immunité acquise par des f^outteux qui, à l'âge d'élection des déterminations articulaires, n'ont pas revu leurs accès revenir malgré la cessation de leurs exercices. Un glycosurique que j'observe depuis dix années offrait à un moment donné 50 grammes de sucre par litre d'urine; il lui follut huit jours de régime rigoureux pour flùre tomber ce chiffre à Os'',2; cessant tout régime pendant huit jours, mon client se livre sur ma recommandation à une marche champêtre d'environ 25 kilomètres; les urines examinées le lendemain matin n'offraient aucune trace de glycose.

L'anémie hypoglobulaire est souvent très-rebelle à la gymnastique dans les villes, tandis que l'hyphémie paraît céder bien plus facilement. L'air pur et surtout l'air des altitudes paraît posséder une action beaucoup plus puissante

que la gymnastique sur l'hypoglobulie, qui semble parfois n'être qu'un empoisonnement urbain.

Dans les affections médicales dont nous venons de parler, les résultats dont je parle n'ont été obtenus, il faut le dire, que par la pratique quotidienne et pendant au moins une heure d'exercices variés et principalement de ceux que l'on pratique de pied ferme sur le plancher avec des haltères ou des massues qui augmentent singulièrement la dépense mécanique. Ils étaient toujours suivis ou d'une douche courte en jet ou d'une friction à l'eau froide suivie d'une friction sèche, fiictions qui valent en ce cas l'action de la douche en jet. Aussi, dans plusieurs publications {Sur la nécessité de l'organisation fies gymnases municipaux hydrolhérapiques [Gaz. hehd., 1872, et Congrès d'hygiène de Bruxelles, 1876]), ai-je insisté, comme donnée fondamentale, sur l'adjonction indispensable de l'eau froide aux exercices corporels vigoureux. C'est encore là un progrès qu'avait réalisé Triât dans ses divers gymnases (voy. Y Historique) .

La distinction qu'il faut faire, et dont nous avons parlé au début, entre les applications médicales de la gymnastique et ses applications générales, se montre clairement quand il s'agit d'appliquer les exercices aux hypertrophies ou aux dystrophies cardiaques, ainsi qu'aux simples troubles de rhylhme de l'appareil circulatoire central. C'est le plus souvent l'extrême modéralion dans l'intensité et la durée des exercices qu'il faut prescrire, mais parfois par un habile usage de la respiration on arrive à faire tolérer, avec avantage, des exercices assez énergiques. Il faut ici, plus peut-être qu'ailleurs, éviter Vessoufftemeut; on y arrive par des procédés pratiques des exercices du corps, et surtout par une habile distribution des temps de repos. Que de fois n'ai-je pas entendu de brillants professeurs dire à leurs élèves, haletants : Continuez ! cela se passera. Cela ne se passait pas et la gymnastique forcée provoquait plutôt des affections cardiaques.

Quant aux affections du système nerveux, c'est encore avec la plus grande réserve qu'il convient d'en parler au point de vue qui nous occupe, c'est-à-dire au point de vue de la gymnastique simple, dégagée des manipulations, de l'hydrothérapie, qui constituent par elles-mêmes des formes thérapeutiques spéciales. C'est ainsi que les chorées, bien qu'elles aient pu être guéries dans leurs formes légères par les exercices du gymnase continues pendant plusieurs mois, guérissent en quelques semaines par les manipulations associées aux exercices; les courants galvaniques aidés des manipulations m'ont même donné des résultats plus prompts; il n'en est pas moins vrai que, dans une réunion d'enfants qui s'excitent les uns les autres à la vue de leur clonicité, des exercices d'ordre, un certain ensemble, des mouvements rhythraés, sont de nature, en occupant leur esprit, à faire le plus grand bien, par une sorte d'action collective. C'est ainsi qu'à la Salpêtrière et à l'Hôpital des Enfants on paraît avoir obtenu des résultats fort avantageux dans la série convulsive qui va du léger tic à l'attaque comitiale sans que dans cette série les causes et le siège des convulsions soient les mêmes. Mais isolément je n'ai jamais vu ni un épileptique ni un hystérique convulsif bénéficier de la gymnastique, je doute même que son action soit intense dans l'hystérie ou tout au moins dans cette forme primitive encéphalique qui ne dépend pas des désordres nutritifs, et qui paraît tout au contraire les provoquer. L'idée que les nombreuses formes de délire aigu ou chronique, auxquelles on donne le malheureux nom d'hystérie, sont des affections

sexuelles, est fortement enracinée dans l'esprit du public et même des médecins qui sont trop souvent les disciples du public. Mais la sexualité n'intervient ici qu'à titre viscéral, pour ainsi dire, en modifiant l'innervation cérébrale à peu près comme tous les viscères organiques et les nerfs périphériques; l'hydrothérapie, le changement de milieu et d'influences, ont ici une très-grande supériorité sur la gymnastique, généralement mal reçue, mal pratiquée, et dont les effets sont très-lents à se produire. La gymnastique n'intervient eflicacement dans les affections dans lesquelles les fo.'.ctions cérébrales sont plus ou moins engagées qu'autant qu'elle produit une agréable occupation, une distraction au sens propre du mot, c'est-à-dire une suppression momentanée des habitudes pathologiques du malade. C'est à ce titre que l'on a obtenu dans les asiles d'aliénés des résultats palliatifs dignes d'attention, mais non curatifs.

Dans les affections qui ont pour point de départ une lésion anatomique du système nerveux central, la gymnastique ne doit intervenir que pour faciliter le jeu mécanique des articulations ou des tissus élastiques, lorsqu'à la suite d'une immobilité prolongée la raideur des tissus augmente les obstacles que doit vaincre la contraction musculaire. Mais encore ici les manipulations ontelles sur les mouvements libres la plus grande supériorité. D'ailleurs, il me paraît évident que les bienfaits des exercices corporels ne se réalisaient qu'à la condition de l'intégrité du système nerveux et surtout des régions médullaires, qui paraissent déterminer les actions nutritives sur la région avec laquelle elles sont en rapport. J'ai souvent eu l'occasion d'observer des sujets atteints de paralysie infantile à qui l'on avait prescrit la gymnastique générale pour les « fortifier ». On avait en effet fortifié les muscles sains, mais à coup sûr les musclfcs atrophiés ou seulement hypotrophiés n'y a valent rien gagné, au contraire, de sorte que les déformations étaient plus manifestes. La gymnastique n'a donc aucune action sur les paralysies d'origine centrale, à moins que les lésions qui les causent ne soient guéries ; mais il paraît extrêmement probable que c'est par l'intermédiaire du système nerveux que les résultats de la gymnastique s'obtiennent, et là où le système nerveux est lésé les résultats sont au prorata de la lésion. Aussi les paralysies produites par le froid et par la compression trouventelles dans la gymnastique active une guérison assurée. J'ai cherché à établir dans ma thèse inaugurale, Sur le mouvement fonctionnel (1859), et dans un travail lu à la Commission de gymnastique en 1868, et dont le regretté Hillairet a bien voulu faire l'analyse dans son Rapport sur renseignement de la gymnastique (1866, p. 54), que le maximum des effets produits par la gymnastique était atteint quand on réalisait un maximum d'activité cérébrale associée à la contraction du muscle, id est, quand la volonté totale était dirigée vers le mouvement à exécuter. Aussi les mouvements lentement exécutés, mais avec une grande tension musculaire, ont-ils un résultat pliysiologique plus considérable que ceux qui sont exécutés machinalement et avec distraction. Cette théorie,, qui reçoit ici son application, montre quelles ressources énormes peut avoir, pour celui dont la volonté réflexe, engourdie au point de paralyser certains groupes musculaires (parésie), est provoquée, réveillée et stimulée par une force extérieure : le tambour, le commandement énergique, le danger à fuir, peut guérir un certain nombre de paralytiques, si l'on n'attache à ce mot qu'un sens de fait : l'impuissance habituelle à accomplir tel ou tel acte musculaire, abstraction faite de la cause.

Point de vue esthétique. Jusqu'au jour où la gymnastique pi'it avec Lycurgue

une forme déterminée, et principalement à Sparte, il est difficile de lui attribuer une philosophie préconçue; éminemment utilitaire, la gymnastique e'tait à Sparte exclusivement guerrière; mais on peut dire que, avec Selon, Pythogore et Phiton, elle devient ioncièremenl esthétique et comme telle associée à la musique, à la danse et aux beaux-arts. On a pu dire, sans crainte d'être contredit, qu'aucune nation n'avait poussé aussi loin que la Grèce l'association intime de tous les genres de culture; un Grec digne des belles époques est un homme parfait; il représente tout un siècle; il incarne sa race, il est beau, il est noble, il est vertueux, il est fort, instruit, brave et dévoué; de nos jours il sufût pour être célèbre d'être savant, éloquent ou artiste. Nous perlons tous le même liuhit. On peut ne pas aimer les temps helléniques, mais non ne pas admirer les Grecs ou tout au moins les Grecs de marbre. Il faut avoir vécu, comme je l';ti fait dans ma jeunesse, passant des journées entières dans un gymnase dont les habitués n'étaient revêtus, même en hiver, que d'un caleçon de laine, pour se rendre compte de la valeur de la beauté plastique et de l'étroite parenté de cette beauté, de la moralité et de la santé ; à mesure que de nouveaux élèves entraient dans le gymnase de Triât, on comparait les formes extérieures des anciens et des nouveaux et l'on voyait en quelques mois ceux-ci se dégager de k-ur gangue, les omoplates s'aplatir, les pectoraux se dessiner, ainsi que les belles liunes qui limitent le pli de l'aine, tandis que tombaient ces estomacs ou ces abdomens saillants qui sont l'apanage de nos citadins.

En même temps, les attitudes devenaient plus élégantes, les mouvements plus aisés, la démarche plus noble et, je puis l'aflirmer, surtout à l'égard de l'adolescence, les rapports mutuels plus courtois et les mœurs plus austères. Il n'était pas dilûcile de supposer ce qui se passait quand ou voyait un jeune homme entrer au gymnase le dos arrondi, l'œil caverneux, l'aspect mélancolique et sauvage, et de deviner la cause de l'amélioration survenue lorsqu'au bout de quelques semaines il se présentait sous un jour diamétralement opposé. Ce n'est malheureusement pas par l'insignifiante gymnastique des lycées que de pareils avantages peuvent être obtenus, et il est véritablement malheureux que la cause de la gymnastique soit compromise par les personnages qui ont la direction de l'enseignement public et qui n'accordent à l'éducation corporelle que deux ou trois demi-heures par semaines, croyant avoir beaucoup fait.

Les liens de la beauté plastique, de la force, de la santé, avec conception artistique, sont manifestes en Grèce. Le siècle de Periclès, qui est à la Grèce ce que la Grèce elle-même esta l'humanité, en est une preuve manifeste; mais le lieu de Tart à la morale, cette partie de l'esthétique que l'on appelle Téthique, n'est pas moins évident. Aussi un grand nombre de gymnastes ont-ils mêlé aux qualités corporelles qu'il faut convoiter les vertus dont parfois elles découlent : le courage, la résolution, le dévouement, la continence, le patriotisme, et je n'ai pas tout cité. 11 est certain que les Grecs et les restaurateurs modernes de la ■gymnastique, les Rousseau, Gutmuth, Peztalozzi, Ling, et surtout le patriote Jahu, quia été l'un des plus puissants libérateurs de l'Allemagne, ont constamment tendu à associer les grandes vertus immaines à la pratique des exercices corporels. De nos jours même n'a-t-il pas fallu la douloureuse impression de nos sanglants revers pour provoquer le mouvement si remarquable des sociétés de gymnastique françaises, auxquelles le monde olûciel ne s'associe, hélas ! que trop souvent pour exposer des programmes politiques? N'est-ce pas au nom du patriotisme que l'on a réussi à fonder en France en dix années près de

200 sociétés de gymnastique dont les services compensent faiblement l'incurie, [insouciance parfaite du ministère de l'Instruclion publique à l'égard de la culture corporelle? Je sais qu'il y a quelques farceurs sinistres qui osent soutenir publiquement, sans qu'on les éclinrpe, que le patriotisme n'est pas une vertu. Mais ce n'est pas dans une société de gymnastique qu'ils oseraient émettre cette monstruosité.

11 ne faudrait pas aller trop loin dans cotte voie et associer comme le faisaient les Grecs et comme le voulaient Rousseau, Peztalozzi, Amoros {voy. son Manuel d'éducation physique, gymnastique et morale, 1858), associer nominativement la gymnastique et la morale, de même que Platon avait intimement uni la gymnastique et la musique. La moralité, de même que le sens du beau, doit découler de la santé même, du calme des passions qui résulte d'un exercice intégral de l'organisme satisfait. Une preuve sociale de la valeur morale de la gymnastique se déduit d ailleiu's de ce fait que l'on chercherait vainement dans les statistiques de la criminalité, au tableau des professions, celle de professeur de gvmnasliqiie. Or, il y en a à Paris pins de 8U0. J'ai connu beaucoup de personnes appartenant à cette profession et beaucoup de leurs disciples, et j'ai cru remarcjuer parmi eux des qualités morales plus communément peut-être que dans les autres professions. Celte opinion, j'aurais quelque hésitation à la fornuilcr ici, si elle ne faisait en quelque sorte partie intégrante des traditions et des légitimes prétentions de la gymnastique; en tout cas, de jeunes hommes exercés et bien développés, ayant le goût des exercices corporels, on peut attendre beaucoup plus de moralité et de discipline que de ces « ))âles voyous » dont un poète a incarné le type en « Gavroche ».

Résultats de la gymnastique au point de vue professionnel ; aptitude militaire, entraînement, athlétique, natation, escrime. Chacun des points ciindiqués exigerait une étude spéciale que le cadre de cet article ne nous permet pas de traiter (yoî/. Entraînement, Militaire) ; d'ailleurs la gymnastique n'e.^t elle qu'un des éléments de l'entraînement; le régime alimentaire restreint ou copieux tient une place égale.

A proprement parler l'aptitude militaire, toutes choses égales, est bien plutôt le résultat d'une éducation corporelle générale que celui d'une instruction spéciale. Les Iblles prodigalités de quelques municipalités à l'endroit des bataillons scolaires visent un tout autre but que celui que l'on annonce. En détournant l'attention du public et des élèves de la gymnastique, on a fait le plus grand tort à la cause que l'on prétend servir. Les bambins des bataillons scolaires se dégoûteront rapidement de leurs jouets; en deux semaines, ils eussent appris le maniement des armes au régiment.

L'escrime ne doit être conseillée qu'à des jeunes gens déjà bien développés; rarement ou jamais avant quatorze ans.

L'escrime pratiquée dans le jeune âge de la main droite exclusivement cause par la continuité des attitudes de garde de fréquentes, mais légères déformations ; il est nécessaire dans l'adolescence de faire de l'escrime des deux mains alternativement. Mais à l'âge adulte l'escrime ne déforme pas. Cet exercice comporte une dépense considérable d'activité cérébrale, promptitude, résolution, célérité, qui le rend particulièrement utile aux natures indolentes.

Les déplorables résultats de l'entraînement intellectuel et de la prématuration mentale sur lesquels, après bien d'autres, j'ai cherché à appeler l'attention

publique {voij. mon étude Sur les dangers de la préraaturation intellectuelle et militaire, in Revue d'hygiène, et Sur la valeur intellectuelle des baccalauréats, in Compte rendu du Congrès de l'Ass. franc. Rouen, 1885), s'aggravent au point de vue social par l'augmentation considérable du nombre des enfants employés dans les manufactures ou professions à air confiné ou méphitique qui fournissent au recrutement de déplorables contingents, ainsi que l'ont montré : Chassagne, cité plus haut, en France; Gaiton [Journal of the anthropological Instilute, oct. 1875), en Angleterre, et Pagliani en Italie [Sopra alcuni fattori dello sviluppo umano. Turin, 1876). Par la combinaison de ces deux facteurs, la dégénérescence corporelle de la jeunesse française semble assurée, s'il ne se rencontre quelque correctif.

M. le professeur Arnoulda étudié, pendant qu'il était médecin-major à l'École Saint-Cyr, les promotions de trois années, 1874-75-76, comprenant 1134 sujets, savoir: 688 âgés de dix-huit à vingt ans, 357 de vingt à vingt et un ans, 89 de vingt et un ans et au-dessus. Ces jeunes gens, qui ont subi un véritable entraniement mental, peu inférieur en intensité à celui de l'École polytechnique, ont offert pour ces trois années une circonférence ihoracique dont la moyenne est sensiblement égale à la moitié de la taille, tandis qu'on est en droit d'exiger au minimum 2 centimètres au-dessus de ce chiffre. Il est vrai que, dans les deux années suivantes, ce chiffre s'est quelque peu amélioré. Mais il reste toujours extrêmement faible, si l'on considère que les jeunes gens qui se destinent ou qu'on destine à un état militaire représentent déjà une élite corporelle. Un ancien médecin-major à l'École polytechnique, M. le docteur Martin, a fait sur les élèves de cette École les observations suivantes {Journal d'hygiène, 5 avril 1884) : « On peut avancer que la quantité de travail effectué durant la période de préparation est hicn supérieure à celle du temps passé à l'École. Et cependant la fatigue de l'École dépasse encore les bornes d'une hygiène basée sur la juste appréciation des conditions d'âge et de résistance des élèves. On peut encore avancer que de vingt-cinq à trente-cinq ans les anciens élèves de l'École fournissent à la mortalité un conlingent supérieur à celui des autres classes de la société, et que cet excédant doit se rapporter en partie aux fatigues supportées pendant les aimées de préparation. » 11 est tout à fait inconcevable que l'État, en fixant trop bas la limite d'âge des écoles et en exigant une masse trop considérable de connaissances intellectuelles au préjudice de la culture corporelle, favorise la détérioration de la race.

L'entraînement naval mériterait d'être sérieusement étudié et peut-être amélioré. Le docteur Mourson a publié, dans les Archives de médecine navale (1881), un important mémoire intitulé Recherches anthropométriciues sur les apprentis canonniers, dans lequel il a comparé les résultats de l'entraînement des canonniers marins avec ceux des élèves de l'École militaire de gymnastique relevés par Chassagne et Daily.

L'École des apprentis canonniers, en rade de Brest, reçoit des hommes d'élite qui suivent huit mois de cours, pendant lesquels ils sont soumis aux travaux les plus rudes et les plus variés parmi lesquels le déplacement des pièces d'artillerie les plus lourdes figure pour une bonne partie du temps. Le docteur Maréchal a calculé que la dépense en kilogrammètres variait entre 27 et 8 par homme.

Pour une période de quatre mois, la capacité pulmonaire s'est augmentée en moyenne de 28 centimètres cubes. La circonférence thoracique, pour cette même période, s'était augmentée chez 54 pour 100; elle était diminuée de 17 chez

25 pour 100 environ du nombre d'hommes examinés; mais au huitième mois on ne trouve plus que 38 pour 100 d'augmentés, diminués chez 53 pour 100. Quant au poids, il s'est trouvé augmenté de S^'Sj^OO au bout du cinquième mois chez plus de -41 pour 100 des hommes du contingent, diminué de 697 grammes chez 25 pour 100, stationnaire chez le reste. Au huitième mois ces chiffres se sont cncoreaccrus.Lepoidsavait augmenté de 2900 grammes chez près de 70 pour 100, diminué de 2200 chez 24 pour 100. C'est sur ce point seulement que les chiffres sont plus favorables à l'École des canonniers qu'à celle de Joinville-le-Pont, oîi l'on ne constate au cinquième mois, sur un effectif de 401, que 54 pour 100 d'augmentés de 1142 graumies, et 63 pour 100 de diminués de 1559 grammes. Cette dilTérence tient manifestement à celle du régime alimentaire, notamment plus copieux à bord qu'à terre.

Ces deux documents capitaux sur l'enlraniement, fournis par Mourson d'une part, et d'autre part par Chassagne et Daily, mériteraient une comparaison tableau par tableau. Il en résulterait une connaissance plus approfondie de la valeur des données anthropométriques individuelles. Toutes les augmentations ne sont pas nécessairement avantageuses, toutes les diminutions mauvaises. C'est ainsi que, parmi les marins canonniers qui pendant leurs huit mois d'école ont augmenté, il y a eu 50 pour 100 de malades; parmi ceux qui ont diminué détaille, 15 pour 100 seulement ; ceux qui ont vu leur circonférence thoracique augmenter ont eu 15 pour 100 de malades; ceux qui l'ont vue diminuer ont eu 25 pour 100 de malades. Cette diminution paraît donc bien plus désavantageuse que la diminution de la taille. Somme toute, la conclusion du docteur Mourson est très-avantageuse, mais seulement pour une majorité, pour une sélection d'hommes. La science, si elle était appliquée à l'entraînement maritime militaire tant à Joinville qu'à bord de la Bretagne, interviendrait pour éliminer cette minorité de l'entraînement spécial et éviter des non-valeurs et des pertes, car, si un homme est fatalement perdu, s'il continue un service dans lequel sa capacité vitale diminue, il peut être autrement utilisé sans courir les mêmes risques. Mais que faire, si l'autorité ne voit dans les hommes que des numéros, et si les intelligents législateurs du Parlement réclament comme un progrès l'uniformité personnelle du service, non l'équivalence, qui pourrait bien être entachée de cléricalisme ! Faute d'admettre les équivalences, on arrivera à méconnaître la spécialisation, et en matière d'entraînement militaire les spécialisations, qui reposent sur la connaissance de l'organisme, peuvent seules nous mettre à l'abri des dangers qui résultent des lois militaires actuelles en vertu desquelles les sous-officiers et soldats ne peuvent plus faire partie de l'armée au delà de vingt-neuf ans, c'est-à-dire au moment où ils sont dans leur pleine maturité d'hommes et de soldats.

L'entraînement militaire, comme le disait le regretté docteur de Vauréal, ancien élève de Triât, qui a écrit sur V Aguerrissement des armées un remarquable opuscule (Paris, 1869), est tout à fait insuffisant, s'il ne comprend que la période de vingt à vingt-trois ans ; sans doute de graves questions sociales sont impliquées dans ce problème, mais, au point de vue scientifique et militaire, nul doute qu'une armée aguerrie dont la moyenne d'âge serait telle qu'elle était dans la garde en 1866, de trente ans, ou même dans la troupe de ligne, de vingt-six ans, vaudrait, au point de vue delà résistance, de la marche, des privations, deux ou trois fois notre jeune armée. Le courage est sans doute une grande qualité guerrière, mais elle n'est pas la première, au point de vue du succès, dans des opérations de guerre qui exigent de la durée.

84i GYMNASTIQUE.

Vauréal, dans l'ouvrage cité plus haut, a présenté un plan idéal de l'entraînement militaire, mais il ne connaissait pas l'École de Joinville qui, à peu de chose près, réalise cet idéal. Nous en avons fait l'histoire précise, en collaboration avec le docteur Chassagne, qui est resté pendant deux années médecin de celte institution, dans un travail déjà cité. Malheureusement, une fois rentrés dans leurs régiments, les aptitudes acquises par les élèves officiers ou sous-officiers sontrarement utilisées; ils rentrent dans les rangs et n'ont d'ailleurs à appliquer, à l'occasion, que les exercices élémentaires. Ni courses d'ensemble, ni obstacles, ni escalades, ni marches exceptionnelles dans les garnisons. Dans les grandes manœuvres, l'élève de Joinville est à son rang militaire, mais le gymnaste disparaît. Aussi l'école militaire de gymnastique est-elle surtout utile à la population civile, qui recrute parmi eux les professeurs des lycées et collèges en raison de la courte durée du service qui ne permet pas d'utiliser ses élèves dans l'armée.

Dedxièmk PARTIE. Trchnique FIT MÉTHODES. L'cxposé que nous venons de faire du but à atteindre et des résultats à obtenir nous permettra de mieux apprécier l'importance des méthodes et des procédés qu'il convient d'employer dans le choix et pour la mise en œuvre des exercices gymnastiques. Les points de vue auxquels on peut envisager ces questions sont très-nombreux, nous chercherons à les simplifier. Tout d'abord il faut considérer que la gymnastique dans ses éléments essentiels ne comporte aucun appareil et ne nécessite un gymnase que pour assurer en toute saison, par tous les temps, la régularité dans l'usage des exercices.

La gymnasliqne sans appareils comprend la marche, la course, les sauts, les équilibres, les altitudes prolongées, les mouvements déterminés des bras et des jambes et leurs combinaisons avec les mouvements du tronc.

La gymnastique avec appareils, instruments ou agrès, doit être étudiée au point de vue : a, du gymnase ; b, des appareils ; c, des exercices qui s'y rattachent.

Enfin la méthode gymnastique, qui constitue l'art lui-même, la mise en œuvre de toutes les notions fournies par l'élude théorique rectifiée par l'expérience, la leçon, en un mot, telle qu'elle doit être formulée.

Il importe aussi de compléter cette seconde partie par l'examen des questions (jui se rattachent à Vorganisation de la gymnastique éducalive et du personnel enseignement et pratique.

Une troisième partie traitera des applications médicales ou de la gymnastique curative.

Gymnastique libre sans appareils. Station normale. Positions et attitudes. Nous avons traité plus haut de la station normale du corps et nous avons indiqué son importance. La station est bipède ou unipède; la position assise est la session. Il faut distinguer les attitudes et les positions; les premières supposent une activité sensible, manifeste, des muscles ; les secondes sont compatibles avec un certain relâchement et dépendent surtout de l'équilibre. La session et le décubitus sont des positions, la station une attitude. Tout mouvement gymnastique pour être déterminé suppose une attitude initiale et une attitude terminale.

Les altitudes initiales sont :

Pour le membre inférieur, station bipède; station sur une jambe, l'autre à petite distance ou à grande distance, genou de devant fléchi ou raidi ; les pieds

sont rapprochés aux lalons écartes aux pointes de 200 ; quand on exécute la flexion des genoux, ils doivent être parallèles et rapprochés.

Pour le membre supérieur, les bras pendants librement; les bras placés verticalement, les mains en haut; les bras horizontalement ; dans les trois attitudes initiales les mains peuvent être face en avant ou face en arrière, face en haut, face en bas, c'est-à-dire en pronation ou en supination.

Fiff. 6.

Fig. 7.

Il sera bon, en vue de la pratique ultérieure de la gymnastique et des exercices militaires, de faire passer au commandement : de la session à la j)osition accroupie, prolongée, assise, les jambes croisées sur le sol ; couchée sur le ventre, les bras repliés sous la face, et à l'attitude, iin genou à terre.

Ces manœuvres sont utiles soit eu vue du repos, soit en vue de découvrii- le centre d'une arène pour les rangs extérieurs, soit enlin pour le maniment des armes.

Exercices des membres inférieurs. Les élévations sur les métatarsiens, qui

Fig. 8.

Fis. 9.

impliquent une forte contraction des muscles des membres inférieurs, doivent être souvent appliquées, l'attitude maintenue; les flexions de la jambe sur le

pied et de la cuisse sur la jambe, simultanément et alternativement; les abductions et circumductions du membre constituent, en dehors de la marche, de la course et des équilibres du saut, les mouvements élémentaires de la gymnastique sans appareils. Us ont, comme préparation à la marche, la plus grande importance.

De la marche. La marche est une succession de mouvements alternatifs du membre inférieur ; le premier temps consiste à porter tout le poids du corps sur la jambe droite ; comme il est universellement admis que l'on part du pied gauche, celte prescription est donc constante. En même temps, on incline légèrement le corps en avant; voilà l'atlilude initiale. Le second temps de la marche consiste à fléchir simultanément les articulations de la jambe gauche, et, tandis que la droite reste tendue, à porter le pied gauche à 40 ou 00 centimètres au delà du droit; ce pied doit être presque rectiligneet non oblique; en même temps le pied droit se pose sur son extrémité et le gauche s'applique, sans frapper, à plat sur le sol. Le membre inférieur gauche a subi un mouvement d'oscillation autour de la cavité cotyloide et le pied a décrit un arc de cercle proportionnel à la longueur du membre; le membre droit va exécuter le même mouvement.

La translation du centre de gravité en avant commencée par les muscles du tronc, continuée par la propulsion de la jambe droite, exige le déplacement continuel des sup[)orts qui viennent se placer, non direclement sur l'axe de gravitation, mais toujours un peu en avant, en sorte que le centre est constamment en mouvement. Tout arrêt est un déchet de travail.

L'économie de la marche normale consiste donc dans une légère inclinaison du tronc, dans une extension complète de la jambe fixe qui est l'agent propulseur et dans une flexion niinima de la jambe qui se déplace ; il faut raser

le sol.

Le mécanisme de la marche doit être tel, au point de vue de l'éducation gymnastique; que tout se passe dans les membres inférieurs; aucun mouvement appréciable du bassin ni de la colonne vertébrale ne doit être admis. Il faut ne marcher qu'avec les jambes. On a souvent cherché à expliquer les mouvements d'oscillation verticale efhorizontale du bassin et de torsion des vertèbres. Je suis loin de nier que les mouvements se produisent. Mais ils ne doivent pas se produire : quand on tord le bassin en marchant on diminue l'étendue du jeu de la jointure cotyloïdienne, et cela est l'indice d'une fatigue extrême, d'une maladie de la hanche ou d'une mauvaise éducation ; quelques femmes cherchent une certaine élégance raffinée dans cette allnre qui est en tout cas de mauvais goût. Il est nécessaire que l'articulation de ia hanche jouisse de la plus grande étendue possible de mouvement.

11 faut s'exercer aux diflérents genres de marche ; marcher sur les extrémités des pieds ; sur les talons ; les pieds tournés en dedans, les pieds droits ; en levant les genoux à angle droit ; en lançant le pied en avant, la jambe roide. Il faut, en un mot, qu'autour de la cavité cotyloide le membre inférieur ait pris l'habilude d'une grande facihlé à tous les mouvements, c'est-à-dire quelle n'emprunte rien au rachis.

Nous ne signalerons ici la marche ascendante que pour rappeler la nécessité de s'y exercer et d'associer, selon les prescriptions de la gymnastique respiratoire, le silence aux inspirations nasales profondes et régulières; l'attitude du tronc dans la marche ascendante doit être l'inclinaison proportionnelle à la pente. En

aucun cas il ne faut forcer la marche ; il faut s'arrêter dès que l'essoufflement se montre, sous peine de provoquer la dilatation excessive des vésicules pulmonaires et de diminuer la rétraction élastique du poumon.

Dans la gymnastique éducative, qui comprend la période de huit à vingt ans, mais qui se prolonge pour tous ceux qui ne sont pas dans de très-bonnes conditions, les marches collectives varieront de 4 à 16 kilomètres. Il sera toujours fait une halte de dix minutes par heure, soit deux halles de cinq minutes. L'intensité du pas sera progressive ; en moyenne le premier kilomètre devra être exécuté en quatorze minutes ; en franchissant les autres kilomètres en treize, douze et même onze minutes, pour revenir à l'intensité initiale dans le dernier kilomètre. Lorsque les marches gymnastiques dépasseront 10 kilomètres, elles seront coupées dans leur deuxième moitié par un repos d'environ une demi-heure.

« Au départ, dit le Manuel, les élèves étant formés sur deux rangs en une ou plusieurs sections alignées de 20 ou 50 files, le maître assisté de l'instructeur en passera l'inspection pour s'assurer que la tenue de chaque élève est correcte. Son attention se portera plus particulièrement sur la chaussure. Il exclura de la promenade les enfants qui chaussés d'une manière défectueuse pourraient se blesser et contracter de mauvaises habitudes. Los chaussures à talons hauts et les chaussures déformées ne seront point admises )). Ces sages recommandations sont insuffisantes ; il faut exclure tout aussi bien les chaussures trop courtes qui ne dépassent pas le gros orteil d'au moins 15 millimètres. Il faut éviter les cols serrés au cou, même légèrement, proscrire les cols empesés et les entournures des bras de veste trop étroites.

(( Les sections marcheront par le flanc les rangs doublés ; elles pourront dédoubler et doubler les files pendant leur trajet en ville, et parvenues sur la grande route, elles marcheront : le premier rang doublé à gauche (ou à droite) de la route; le second rang doublé à droite (ou à gauche), suivant que l'on marchera par le flanc droit ou par le flanc gauche, laissant ainsi le milieu de la route libre.

« L'instructeur commandera alors : Pas de route ! A ce commandement les élèves ne seront plus tenus de marcher au pas cadencé ni d'observer le silence ». 11 sera avantageux d'exécuter de temps à autre un pas de course selon les prescriptions qui suivent, pendant quelques minutes.

Les marches sont à peu près délaissées dans les établissements d'instruction publics ou privés, malgré la circulaire ministérielle du 27 septembre 1872 qui dit aux proviseurs : « L'éducation physique est encore à créer en France, et je vous supplie de m'y aider ». Les proviseurs s'en sont bien gardés, mais que voulez-vous qu'ils fassent avec la surcharge des programmes et des examens, et la conviction oii ils sont que plus on est assis longtemps et mieux on sait le grec! Cependant quelques réalisations très-fructueuses ont été faites dans les Vosges sous la vigoureuse impulsion de M. de Jarry, de M. Georges et de quelques autres.

Dans les sociétés libres de gymnastique, la marche par sections est très en faveur. La plupart de ces sections accomplissent aisément 50 et même 40 kilomètres en un jour ; on cite de la Société de Roubaix V Ancienne une marche de 55 kilomètres pour le premier jour et de 70 kilomètres pour le second jour ; la société de Puteaux, qui s'est rencontrée à Amiens avec V Ancienne, exacte à l'heure d'un rendez-vous donné, avait elle-même fourni 159 kilomètres en deux jours. La société la Havraise a exécuté la marche du Havre à Pouen,

88 kilomètres, en treize heures, plus deux heures de haltes (Passericu, De la marche dans les sociétés de gymnastique. In Éducation physique, n" 0).

Ces marches soutenues de 5 ou 6 kilomètres à l'heure pendant deux ou trois jours avec un hagage léger n'égalent certainement pas celles dont l'antiquité nous a transmis le souvenir, telles que celle du consul Glaudius Néron qui, en l'an 208, partit de Canusiuni et rejoignit son collègue Livius un peu au nord d'Ancùne, 560 kilomètres, trajet qu'il accomplit avec armes et hagages en huit jours, soit 45 kilomètres par jour, pour hattre Asdrubal ; immédiatement après cette victoire il rejoignit Annibal dans le même esjiace de temps et jeta dans son camp la lèle de son iVère : « Cette seule marche qui eut lieu pendant la seconde guerre punique, dit Passerieu, a peut-être décidé du sort des deux grandes rivales, Rome et Carthage, et cliangé la face du monde ».

Le docteur Astegiano a communiqué à l'Académie des sciences de Turin (16 nov. 1885) de très-remarquables expériences sur la marche que venaient d'exécuter plusieurs officiers de lécole militaire de Modène. L un d'eux partit de Modène le 15 octobre à une heure du malin; il passa par Mantoue et arriva à neuf heures du soir à Villafranca, ayant ainsi j)arcouru 102 kilomètres en vingt heures; le même jour, un autre othcier avait fait dans le même temps, mais avec cinq heures de repos, 105 kilomètres. Ces mêmes olticiers exécutèrent ensuite en quatre jours une marche de 298 kilomètres de Modène à Turin : 90 le premier jour, 77 le second, 55 le troisième, soit en moyenne 75 kilomètres par jour. D'autres militaires, en grand nombre, les imitèrent. Ils portaient l'uniforme et un bagage de 4 kilogrammes. On rapporte que la marche la plus rapide de Napoléon a été de 56 kilomètres en vingt-quatre heures; mais ces marches militaires en colonnes ne doivent pas être comparées aux marches isolées. Le général Lewal considère qu'une marche continue de 20 kilomètres avec 20 kilogrammes de charge serait désirable et pourrait être obtenue. M. Marey a entrepris, à la station physiologique du Parc des Princes, une série d'expériences qui datent de plusieurs années et doivent se prolonger longtemps encore. Récemment, il en a donné un aperçu dans le journal la Nature (24 janvier 1885). En parlant des virtuoses de la marche, il dit qu'ils seraient incapables de transmettre le secret de leur habileté : « Us ne le connaissent pas eux-mêmes, dit-il, n'ayant guère réfléchi sur les actes qu'ils exéuuteni en quelque sorte machinalement. Mais ce secret, on peut le surprendre. Pour cela, je me propose de soumettre à l'analyse photographique, dès le retour de la belle saison, les mouvements des coureurs et des marcheurs remarquables. Il n'y a point de témérité à tscomplcr le succès de ces futures expériences, car les particularités de ces allures perfectionnées se révéleront certainement dans les photographies. Enfm, il est permis d'espérer que, du moment oii les caractères des bonnes allures seront bien connus, il deviendra possible d'enseigner d'une manière méthodique les principes de la marche, de la course, du saut et en général de tous les exercices du corps. Au point de vue militaire, la question de la marche de l'homme a une importance toute particulière, mais présente aussi des difficultés spéciales. Les exercices du soldat ne s'adressant pas à des hommes d'élite doivent être réglés par des individus de force moyenne. L'expérience seule doit décider en pareille matière : aussi est-ce d'après de laborieuses recherches qu'on a fixé la longueur du pas du soldat, le rhythrae de sa marche, la charge qu'il doit porter pour utiliser ses forces le mieux possible. Toutefois, si l'on considère que les différentes nations n'ont pas, à cet égard, des coutumes

GYMiNASTIQUE. 841)

semblables, bien plus, que chez une même nation les règlements militaires se modifient de temps en temps, il faut bien en conclure que l'on ne connaît pas encore assez les lois physiologiques du travail de l'homme. »

On verra que la solution de ces questions est plus avancée que ne le suppose !e savant professeur. En tout cas, nous lui soumettons les notions qui précèdent, principalement celle qui a trait à l'indépendance nécessaire du mouvement du fémur sur le bassin fixé.

Les résultats acquis à la station du bois de Boulogne sont d'ailleurs fort intéressants. Dans ce même article de îa Nature, où sont décrits les appareils enregistreurs des mouvements de l'homme, M. Marey nous apprend que dans ses expériences sur l'influence de la forme de la chaussure, sur la vitesse de la marche, il a toujours vu que « la vitesse de l'allure augmentait à mesure que diminuait la hauteur du talon, et ce résultat tenait à une augmentation de la longueur du pas. » En substituant les unes aux autres des semelles courtes, moyennes et longues, aioutc-t-il, a j'ai vu que le pas s'allonge et que l'allure devient plus libre, quand la longueur de la semelle excède sensiblement celle du pied. » Au delà d'une certaine limite non encore déterminée, l'allongement de la semelle entraîne une fatigue véritable et la marche est gênée. » La Commission centrale de gyu)nastique et la Commission d'hygiène des écoles ont fixé, sur ma proposition, cet excédant à 15 millimètres au delà du gros orteil.

En dernier lieu, M. Marey a établi que l'accélération du rhythme de 60 jusqu'à 80 pas à la minute avait augmenlé la longueur du pas, mais, à partir de ce dernier chiffre, l'accélération a produit un effet tout contraire : elle a diminué la longueur du pas.

De la course. « La course, dit le Manuel, est l'un des exercices les plus importants de la gymnastique ; à lui seul il constitue un exercice complet et il contribue notablement à développer les aptitudes viriles qu'il importe de donner à la jeunesse » .

Les différentes cadences de la course sont les suivantes :

Cadence modérée 140 mouvements par minute.

— rapide 200 —

Course de vélocité 240 —

La longueur des pas pourra varier, chez les enfants de neuf à seize ans, de 55 à 65 centimètres. Eu général ce sont les longueurs les plus courtes qu'il faut adopter et maintenir, même dans la course de vélocité, en faisant remarquer que c'est bien plutôt l'augmentation de cadence que celle de la longueur du pas qui détermine la rapidité. Cependant, selon les circonstances, le professeur pourra commander le pas de course allongé à des groupes d'élèves choisis.

« Il sera bon de préparer les élèves à la course par le pas de course sur place. Cet exercice se distingue du piaifer eu ce qu'on n'élève le genou en avant que de 10 centimètres environ au-dessus du sol. On veillera à ce que les élèves lèvent le genou en avant en allongeant le pied de manière que le pied détaché du sol retombe sur son tiers antérieur au plus ; le mouvement doit s'efiectuer selon le plan antéro-postérieur du corps et non obliquement ; il faut éviter de poser le pied obliquement sur le sol ».

Pendant la course, le corps sera légèrement penché eu avant, de telle sorte que DICT. ENC. i" s. XI. 54

la propulsion par les pieds s'effectue obliquement et non verticalement ; les coudes seront en demi-flexion, dégages du corps, les mains fermées, les bras oscillant naturellement.

La respiration joue pendant la course un rôle capital ; l'expérience, comme la science, a appris qu'il faut inspirer par le nez méthodiquement et expirer par la bouche ou par le nez selon les circonstances. On recommandera aux élèves d'observer leur respiration et de s'efforcer de la régler d'après les mêmes principes, en faisant de profondes inspirations nasales. De bonnes habitudes prises au début dans cet exercice le rendront plus facile.

La durée de la course sera progressivement accrue selon les lieux et les saisons; dans les endroits clos, sur le sable, sur la sciure de bois ou sur le plancher, on ne devra jamais la prolonger au delà de cinq à dix minutes, à cause des poussières soulevées par les conteurs; mais sur un sol sans poussière et en plein air, sur un terrain jdat, on arrivera graduellement, en commençant par une course de quatre minutes au plus avec reprise, à faire exécuter de 1 à 5 kilomètres au pas de course, selon l'âge : 1 kilomètre jusqu'à onze ans; 2 kilomètres jusqu'à quatorze; 5 kilomètres au delà.

Dans les promenades gymnasliques on entremêlera toujours la marche aux différents pas avec les courses ; jamais la course ne commencera ni ne cessera brusquement ; elle sera toujours précédée et suivie d'une marche au pas accéléré d'au moins trois minutes. Les doublements et les dédoublements des files, les formations de peleton, de section, les mouvements de tlanc et de front, les demi-tours, devront s'exécuter au pas de course modéré.

Tous les élèves qui présenteront une inaptitude notoire à la course seront . signalés au médecin ».

Des sauts. Le Manuel de gymnastique décrit l^ exercices de saut qui sont : 1" le saut sur une jambe; 2" les sauts de pied ferme en avant; 3'= en arrière ; 4° les sauts en hauteur ; 5'- en profondeur ; 6* en profondeur et en avant ; 1" en largeur; 8" en hauteur; 9'^ en hauteur et profondeur; 10^ en avant, en hauteur et profondeur; 11' latéral ; J2^ et 15^ en profondeur simple, en arrière ou en prenant un point d'appui avec les mains ; 14" le saut latéral en profondeur.

Le saut à pied joint et les sauts précédés d'une course complètent la série. 11 faut y joindre le saut à pieds joints accroupi. •

Ces instructions contiennent le nécessaire pour la gymnastique scolaire, mais on arrive avec quelque éducation à des résultats bien autrement importants, et je me borne à rappeler ici que les 400 officiers et soldats de l'École militaire de gymnastique arrivent tous après quelques mois d'exercice à parcourir avec armes et bagages en quinze minutes i kilomètre sur une pente semée de onze obstacles, dont un fossé de 2 mètres de largeur et 2 mètres de profondeur.

On sait d'ailleurs qu'il s'est formé dans Paris des sociétés de coureurs, running-cluhs, qui accomplissent de véritables prouesses. Quelques coureurs célèbres de l'antiquité, celui d'Alexandre le Grand, par exemple, Philonide, ont parcouru 25 kilomèti'es à l'heure (1200 stades en neuf heures), neuf heures de suite. Les coureurs du Peich du Grand Turc faisaient communément 160 kilomètres en vingt-quatre heures ; en tout cas, 100 kilomètres étaient chose commune {voy. Coureurs). Rien ne serait plus facile et peut-être plus utile que d'entraîner à la course quelques bataillons choisis parmi les hommes qui auraient déjà reçu quelque instruction spéciale et de leur enseigner une tactique spé-* ciale au pas de course permanent. L'équivalent mécanique de la course

GMNASTIQUE.

représente certainement pour un même temps parcouru une dépense moindre que celle de la marche.

Exercices cVattiliides et d'équilibres. Tout en acceptant la plupart des exercices du Manuel, nous trouvons cette série beaucoup trop courte; les équilibres et la marche sur les métatarsiens y font défaut et c'est à grand'peine que la Commission a accepté l'attitude de .gladiateur combattant de pied ferme et en marche. Elle représente cependant une des plus belles manifestations artistiques de l'art antique et tous les muscles y sont dans un état de tension et de contraction ou d'élongation très-complet.

D'ailleurs, les exercices d'équilibres sur des pentes horizontales ou inclinées, on sur les plans des portiques plus ou moins élevés, doivent être décrits au chapitre des exercices avec appareils et ils représentent une part notable de la gymnastique éducative.

Fis. 11.

Exercices des membres supérieurs et du tronc. Ces exercices, très-nombreux dans le Manuel français, peuvent être en quelque sorle indéfiniment augmentés. Ils consistent en attitudes prolongées, flexions, extensions, adductions, abductions, rotations et circumductions de la tête, du membre supérieur et du tronc. Toutes les formes de mouvement sont bonnes, pourvu qu'elles ne sortent point du champ d'excursion légitime des articulations. Les questions physiologiques qui se posent à l'occasion de ce: exercices se rapportent bien plutôt au rhythme, au nombre de temps et aux attitudes initiales et terminales, qu'à la forme même du mouvement. C'est au chapitre des méthodes qu'il en sera question.

Du gymnase. Dans de bonnes conditions saisonnières, climatologiques, atmosphériques, c'est en plein air que doivent s'exécuter les exercices élémentaires dont nous venons de parler, ainsi que les jeux organisés qui font partie de réducation corporelle et qui malheureusement sont sinon inconnus, tout à fait abandonnés en France, et l'appétit du mouvement, selon l'expression de Fonssagrives, est li\Té, surtout à Paris, à une véritable anarchie. On se plaît à excuser les établissements scolaires, en disant qu'il faut laisser les enfants libres; la liberté est l'apanage du sage et non des bambins ; si l'on n'enseigne pas certains jeux aux enfants, ils passent leur temps à crier, à se bousculer, à se faire des niches ou à se promener; en fait de jeux réglés les barres, que l'on commence à ignorer faute de place, les diverses espèces de balles et ballons, criquets, paume ; les palettes, les boules ; les échasses, les sauts^ la corde, et voilà ce qui convient au jeune âge des deux sexes : mais que faire avec une récréation d'une demi-heure et des cours trop étroites, trop subdivisées ponr une popula-

tion scolaire énorme? Où trouver dans les villes des conrs assez grandes ponv 800 et iOOO élèves? Ces établissements insalubres devraient être soumis à des conditions scientifiques ingoureuses, et tout d'abord il devrait être interdit de concentrer plus de 200 internes environ.

Quoi qu'il en soit, un gymnase est nécessaire pour assurer l'éducation corporelle qui elle-même assure l'éducation mentale et morale. Toute salle bien aérée, bien éclairée, maintenue à la température minima de 12 degrés et maxima de 16, planehéiée sur les deux tiers de sa superficie, recouverte de sciure de bois ou de sable sous les appareils fixes et mubiles, peut servir de gymnase; à un degré plus perfectionné, cette salle sera munie de vestiaires, de lavabos et, s'il se peut, de doucbes en jet, non en arrosoirs, et d'un bassin de natation à eau courante. La grandeur du gymnase est proportionnelle à la population qui doit s'y exercer. Il faut calculer 2 mètres carrés par gymnaste.

Sur l'invitation bienveillante de M. Dubief, directeur du Collège Sainle-Bjrbe, j'ai organisé à Fontenay-aux-Roses un gymnase très-simple dans lequel plus de 100 élèves s'exercent aisément sans attendie. Au lieu d'adopter le plan habituel des gymnases qui consiste à grou[)er les appareils et les agrès autour d'un portique, je les ai répartis sur le pourtour en les multipliant, laissant complètement libre le centre plauchéié de la salle. C'est là d'ailleurs le système des gymnases deXriat qui aété reproduit par Soleirol et par Paz ; mais j'en ai étendu l'idée principale qui sera développée plus loin.

Des instruments, agrès et appareils. Les instruments comprennent : les bâtons, les haltères, les massues et les perches à sauter. Les bâtons qui peuvent être terminés par des boules en bois doivent avoir l'",20 de longueur. Les haltères (on a renoncé à l'H aspirée) sont du poids de 2 à 4 kilogrammes la paire; leur forme actuelle due à Triât est très-supérieure à celle de Dumb-bells (ou cloches muettes) des Anglais et à celle des sacs à plomb des Romains. Ils sont courts ou longs ; dans le premier cas, ils vont par paires et sont du poids de 2 à 10 kilogrammes la paire pour les exercices ordinaires; mais pour les exercices de force ils vont jusqu'à 100 kilogrammes la pièce, poids que soulevaient chez Triât un grand nombre d'élèves exercés, soit d'une main, soit des deux mains avec l'haltère long. Les haltères augmentent la résistance que les muscles ont à vaincre dans l'exécution des mouvements élémentaires; par suite ils rendent, dans l'usagé de la vie, les mouvements très-aisés. Ils habituent les élèves, au maniement, à l'appréciation des poids, à la recherche des synergies les mieux combinées pour les soulever et les diriger. Ils représentent l'instrument du sens musculaire qui manque si souvent aux personnes sans éducation corporelle. C'est en grande partie à Triât que l'on doit leur introduction dans la gymnastique française, car ils n'étaient en usage dans aucun des gymnases de Clias, d'Amoros ou de leurs élèves. Ils constituent une résistance librement dirigeable par le gymnaste, tandis que dans le système de Ling cette résistance est elfectuée par un aide qui dirige la forme du mouvement, ce qui est une atténuation de l'exercice. Ces rétlexions s'appliquent également aux m;issues ou mils, qui ont été introduits en Angleterre par un colonel de l'armée de riiide qui les avait vus en usage en Perse.

Les bâtons et les haltères longs ont pour elfet de limiter les mouvements de circumduction des épaules tout en leur donnant toute l'étendue désirable, dans les exercices qui consistent à passer le bâton derrière le dos en un, deux ou trois temps. U arrive fiéquemment que le mouvement, au lieu de se

passer exclusivement dans l'articulation huméro-scapulaire, se passe en partie, par un artifice dicté par la raideur de cette jointure, dans les lombes ; c'est ce qu'il faut éviter. Ces instruments servent aussi beaucoup dans des mouvements à deux que le Manuel a très-clairement décrits sous les numéros de 55 à 45.

Les perches à sauter sont des bâtons de frêne très-solides du diamètre de ^centimètres et d'une longueur de 2 à 5"\50. Leur emploi suppose une éducation avancée; elles varient agréablement les exercices des plancliers. Elles sont usitées pour les sauts en hauteur, en largeur, en profondeur.

A la suite des instruments mobiles portatifs viennent les exercices aux agrès qui sont fixes p;ir l'une de leurs extrémités, mobiles ou lâchement fixés par l'autre. Telles sont les perches fixi'es en haut, ou bien en liant et en bas, les échelles de corde, les cordes lisses et à nœuds pareillement attachées. De la même nature sont les anneaux et les trapèzes. Les gymnases bien outillés comportent, on le conçoit, une très-grande variété de ces agrès quand l'espace en hauteur ne fait jias défaut. Les gymnases de Triât, à Bruxelles, à Jnilly et à Paris, offraient sous ce rapport une variété extraordinaire de cordages et donnaient aux récréations de ses élèves le plus grand intérêt, très-supérieurs au gymnase militaire de la redoute de la Faisanderie, qui a été organisé par deux élèves d'Amoros, MM. d'Argy et Laisné. Les exercices de voltige au trapèze étendus à une série de 2 ou plusieurs trapèzes que l'on saisit au vol sont très-élégants et du plus haut intérêt. Le danger qu'ils présentent est de l'aire tourner à l'acrobatisu e des exercices élégants et utiles qui nécessitent du sang-froid, un juste sentiment des distances, du tact nnisculaire. Mais il suffît de supprimer les raccrocs par les jarrets et les sauts périlleux pour ne pas donner prise à ce grave reproche. Kn général, les exercices d'ascension ou de voltige îi grande hauteur, au-dessus ;''e 2"', 50, effraient beaucoup les partisans d'un système de gymnastique sévère, tant au point de vue de la dignité que de la sécurité. Pour ce qui est de la dignité, c'est une affaire d'appréciation ; pour nombre de personnages on n'est digne qu'à lu condition de se tenir dans une certaine immobilité, en affectant comme les « rois » d'Afrique équatoriale de se montrer inditféient aux choses ambiantes : ainsi d'un magistrat ou d'un chef de bureau ; sans doute les différentes voltiges aux agrès manquent, à ce point de vue, de « dignité, mais il y a pire que le manque de dignité, surtout en gymnastique: c'est Vennui, et, si vous ne rendez pas la gymnastique attrayante, vous risquez de nuire à ses succès. Quant aux accidents, ils sont excessivement rares, beaucoup plus rares que les accidents de la natation, du canotage, ou même des simples chutes dans les jeux de l'enfance. Le passage du portique à 4 mètres de hauteur, à l'École militaire de gymnastique de Joinville, avec armes et bagages, n"a occasionné en six années qu'une seule chute sans blessure. Le point de vue physiologique sera repris plus loin. En résumé, on ne saurait trop multiplier ni varier les agrès .

Les appareils fixes de suspension, d'équilibre et de saut, sont les barres fixes, les barres parallèles, les échelles de bois verticales, obliques, horizontales, doubles (dites orthopédiques), ks pouh^es à équilibre, planches h. rétablissement, les murs à rainures pour l'escalade ; les poteaux pour soutenir les fils du saut et les petits sacs à plomb.

Ce sont les seuls qui soient mentionnés par le Manuel du ministère. Mais il faut ajouter à cette liste, pour les gymnases complets, les chevaux de bois, le tremplin^ les vindas ou pas de géant. Un appareil fixe peu usité et auquel on peut faire une quantité d'exercices de suspension et de pied ferme consiste en

deux mats verticaux, parallèles, écartés de 60 à 73 centimètres, fixés en haut et en bas.

Triai avait inventé une quantité d'appareils à contre-poids gradués que Burlot, menuisier de ses gymnases de Paris, a eu l'idée de concentrer dans une armoire qui ne porte pas son nom et qui contient un mécanisme très-ingénieux, de sorte que les mêmes extrémités de cordages de tractions peuvent à l'aide de porte-mousquetons recevoir des poignées et manettes à diftérents usages. D'ailleurs cette armoire percée de ti'ous à différentes hauteurs peut servir selon la disposition et la hauteur des ajutages aux bras, aux jambes, au tronc. Ces appareils sont fort incommodes à cause de la nécessité de changer les contrepoids. Mais ils sont très-utiles pour la gymnastique de chambre. Nycander a eu l'idée de remplacer les contre-poids par un frein à courroie plus ou moins serrée à l'aide d'une vis. Ce sont les mouvements dépendant ici exclusivement d'une roue qui sont circulaires, qu'il s'agisse du membre supérieur ou de l'inférieur; au centre de la roue se fixent des appareils pour les mains ou les pieds qui impriment le mouvement. Ces appareils rendent de grands services dans les raideurs articulaires, mais ils ne sont d'aucun usage en gymnastique éducative.

Des échelles de corde fort étroites (de 15 à 20 centimètres) et en paires (échelles jumelles) ont été imaginées par l'ichery (jui en a fait la base d'un système qu'il appelle gymnastique de l'opposant, sans doute parce que l'une des échelles est opposée à l'autre. Les enfants peuvent exécuter sur ces échelles quantité d'exercices qui les intéressent, mais les ressorts à boudin munis d'une corde centrale sont un détestable appareil.

Des dynamomètres pour la pression et la traction seront toujours utiles dans un gymnase. On a le choix entre ceux de Burcq, de Matbieu, etc.

Tels sont, sommairement décrits, les instruments, agiès et appareils fixes, les plus usités. Sans qu'aucun d'eux soit nécessaire et bien que l'on puisse instituer une éducation corporelle complète sans leur secours, ce qui était le cas des Grecs, lesquels ne possédaient qu'un très-pelit nombre d'instruments de guerre, les agrès et appareils donnent un très-j)uissant attrait aux exercices du gymnase.

Ils ont l'avantage de concentrer sous un petit nombre de formes tous les genres de mouvements, d'efforts, toutes les combinaisons mécaniques et toutes les opérations mentales qu'exige d'une iaçon en quelque sorte ininterrompue, l'assorvisseniont de la musculation à la cérébration. Mais, à ne considérer que le point de vue hygiénique, les exercices de plancher (Triât) sont supérieurs a ceux de voltige.

Des exercices aux appareils. Les exercices aux appareils sont, ainsi que l'a fait remarquer Jarry, des suspensions (fig. 15) ou des appuis (fig. 12 et 14). Les suspensions se font à l'aide des mains, des avant-bras ou des jarrets, sur la barre fixe ou sur les agrès ; pendant la durée de la suspension par les mains, le membre supérieur peut être allongé ou fléchi, et l'on passe de l'une à l'autre de ces attitudes à l'aide de mouvements qui comprennent toute la masse des muscles thoraciques. Il en est de même des mouvements dits à V appui que l'on exécute aux barz'es parallèles ou même à la barre fixe, en faisant porter tout le poids du corps sur les poignets.

Les déplacements à l'appui ou pendant la suspension, horizontalement, obliquement ou verticalement, les rétablissements directs qui consistent à passer de la suspension à l'appui, constituent autant d'exercices spéciaux auxquels les gymnastes se perfectionnent rapidement et qui sont du plus liant intérêt; ils comptent des variétés très-nombreuses et cependant très-distinctes.

Aussi les déplacements ou progressions à l'appui (barres parallèles) peuvent se faire : par saccades, simultanément ou alternativement, les bras fléchis ou les bras raccourcis, en avant ou en arrière.

Les déplacements en suspension sont encore plus nombreux; aux variétés ci-dessus indiquées il faut ajouter les déplacements avec volte-face, le grimper ou déplacement vertical, associé ou non à la préhension par les jambes et les pieds.

Les gyrations ou culbutes consistent à faire accomplir au corps une révolulion complète autour d'une barre réelle ou fictive (ainsi que cela se fait aux

anneaux). Leur utilité est contestable, mais dans certaines limites au moins leurs dangers sont illusoires. Sabattié, Laborde et Corra et surtout le colonel Docx, ont vainement tenté à l'aide de considérations purement scientifiques de les exclure de la gy-mnastique. A coup sur cependant il faut les exclure, de même que les sauts périlleux, qui cependant offrent moins de dangers encore, de la gymnastique éducative (voy. Y Éducation physique, n° 1, 1880).

Fiff. 15.

Fig. U.

Dans le même recueil (n"' I, 3, 7, 9), M. Demeny a publié des leçons fort remarquables sur la mécanique animale et il a fait une analyse très-minutieuse non-seulement des mouvements eux-mêmes, mais des muscles mis eu jeu dans l'exécution de ces mouvements et de leurs effets physiologiques, qu'il présente comme un peu plus absolus qu'ils ne le sont dans la réalité. Ce serait une erreur de croire que dans un mouvement très-simple tel que celui qui consiste à passer de la suspension par les mains, les bras allongés, à la suspension les bras fléchis, on doive ne compter que les fléchisseurs du bras et les élévateurs de l'épaule comme étant en action. A la vérité tous les muscles du membre supérieur et de l'épaule, du thorax et du dos, participent au mouvement, tantôt à l'aide d'une contraction concentrique, tantôt à l'aide d'une contraction excentrique : c'est ainsi que dans la traction verticale du corps que nous supposons ici les extenseurs des bras et le triceps brachial sont allongés, mais ils se durcissent et leur action mécanique est une opposition, pendant l'extension de leurs fibres, au mouvement d'élévation qui serait trop brusque ; si l'on passe de la sasgen&ioB

les bras fléchis à la suspension les bras allongés, le biceps brachial et les autres muscles tracteurs ne cèdent pas brusquement ; à leur tour ils résistent à l'action couibiuée du poids du corps et de la contraction des extenseurs dont ils prennent le roie à leur tour, modérateur, mais toujours un rôle actif. La conclusion est que le bénéfice physiologique d'un exercice s'applique également à ceux des muscles qui l'accomplissent et à ceux qui résistent. Ce qui peut déterminer une rupture de cet équilibre, c'est, M. Demeny l'a nolé, la position initiale. Ainsi dans la suspension par les mains, selon que celles-ci sont plus ou moins écartées (position initiale), la quantité relative de raccourcissement sera plus grande ou dans les pectoraux ou dans leurs antagonistes dorsaux ; la dif'iérence qui se produira dans le résultat physiologique sera que les muscles qui s'allongent le moins se développeront en épaisseur, en se raccourcissant, tandis que ceux qui s'allongent le plus perdraient, si l'exercice se reproduit trèsfréquent, une partie de leur force élastique de retrait.

C'est ce qui se produirait, si un gymnaste prenait l'habitude de se soulever par les mains tvès-rapprochées : les pectoraux qui n'auraient qu'une extension limitée pour une contraction très-intense entraîneraient en avant la région scapulo-luimérale, la poitrine se rétrécirait, le dos s'arrondirait, les omoplates se placeraient en ailes et les muscles qui fixent l'omoplate en arrière perdraient une partie importante de leur faculté de retrait : d'où le précepte, dans la suspension, de placer les mains en dehors de la ligne des épaules, encore que cette position soit mécaniquement désavantageuse.

De là la valeur, dans tous les genres d'exercices, d'une étude approfondie des positions initiales.

Comparahon des mouvements de pied ferme et des suspem^ions et appuis. D'une façon générale, on peut dire que la direction des mouvements et des forces agissant sur les leviers articulés est opposée dans les deux genres d'exercices, suspensions et appuis, de sorte qu'ils se complètent l'un par l'autre; à l'égard des muscles, on peut considérer que dans les suspensions et appuis le point fixe se trouve toujours placé plus haut que la résistance et la puissance; le sens du plissement de la fibre musculaire est inverse. Cela ne constitue pas sans doute un élément important de différenciation, mais il n'en est pas de même des tractions et tensions sur les tissus fibreux, élastiques, qui entrent pour plus de la moitié dans la constitution d'une jointure et dont les forces combinées avec celles des muscles déterminent l'attitude respective des surfaces osseuses. Selon Demeny, qui a bien étudié cette question, les haltères « agissent exclusivement sur les élévateurs de l'épaule et du bras, les extenseurs du tronc et des membres inférieurs » ; ce sont, ajoute-t-il, des exercices spéciaux en ce sens que, la direction des résistances qu'ils suscitent étant toujours la même, ils mettent toujours en jeu les mêmes groupes de muscles. Les deltoïdes se fatiguent à leur usage exagéré ; les trapèzes se développent et diminuent la longueur a[)parente du cou.

« La suspension, dit le même auteur, a l'avantage de mettre en jeulesabaisseurs des bras et d'être ainsi le complément et l'antagoniste des exercices d'haltères : elle serait donc utile à ce point de vue seul, même si l'on ignorait ses effets sur le développement Ihoracique. » Ces derniers effets des suspensions sont de la plus haute importance, mais c'est d'abord par leur action mécanique sur les articulations costo-vertébrales et acromio-claviculaires qu'ils se produisent, sans préjudice, bien entendu, des qualités qu'ils impriment aux muscles

thoraciques et notamment aux intercostaux externes (voy. Études du mouvement des côtes et du sternum, par Chabry, 1881). Mais il ne paraît pas démontré que les effets de la gymnastique se localisent au point d'obtenir des résultats opposés, quant aux formes musculaires, selon qu'on lève des haltères ou que l'on se suspend par les malins. Les anciens pompiers de Paris, corps qui aujourd'hui se recrute comme la troupe de ligne, avaient vieilli au service et dans la pratique des suspensions et offraient exactement la même forme massive que les hercules de foire qui levaient des poids à bout de bras. En résumé, le système musculaire est eVya/emeHiintéressé dans les mouvements d'une région donnée k'S plus variés ; il serait chimérique de vouloir, comme quelques- )uis le prétendent, ne développer que les extenseurs ou que les fléchisseurs; mais les tractions, rotations et circumductions subies par les jointures, impriment au squelette par les moyens d'union un développement et un assouplissement particuliers.

De l.v miïthode en gymnastique. 11 faut entendre par ces termes la recherche et Ja déterminalion des exercices et de leur forme, de leur durée, de leur mode de répétition ou des différents rhythmes, et enfin de leurs combinaisons, de façon à constituer la leçon de gymnastique. Il existe en gymnastique deux sortes de méthodes à l'occasion desquelles on a beaucoup écrit : la méthode allemande, la méthode suédoise; il y en a une troisième que nous serions tenté d'appeler française, mais qu'il vaut mieux appeler scientifique.

La méthode allemande, la première en date, sans doute, consiste surtout dans l'usage exclusif des exercices de suspension, d'appui, du saut et de la marche ; elle a éminemment le caractère d'une gymnastique d'entraînement.

La méthode suédoise emploie principalement des attitudes prolongées, des mouvements lents, des flexions et extensions des membres et du tronc sur des sièges et bancs ad hoc et des mouvements combinés dans lesquels l'un des gymnastes ou un aide fait exécuter, avec résistance de part ou d'autre, certains mouvements à un sujet, malade ou non. Ce sont ses applications médicales qui lui assurent une prééminence manifeste. Nous en parlerons en traitant de la gymnastique curative.

La méthode que nous considérons comme la meilleure est celle qui exclut les mouvements brusques et saccadés des Allemands, qui donne aux mouvements une amplitude intégrale, qui évite les contractions trop répétées, qui associe constamment dans une synergie fondamentale l'acte de la respiration à la musculation, et qui, sans négliger les voltiges aux appareils, donne une place prépondérante aux exercices de pied ferme et une valeur éducative de premier ordre à la marche et à la course. A ces fins, la méthode aura constamment en vue dans la détermination de la leçon de gymnastique les préceptes suivants :

1" Vattitude normale du corps et les attitudes initiales et terminales des mouvements, la position des pieds et celle de l'épaule dont le milieu doit déterminer avec la ligne bi-auriculaire et la ligne bi-iliaque le plan transversal et vertical du tronc.

2" La cadence des mouvements, c'est-à-dire le nombre d'un même mouvement exécuté dans l'unité de temps, et leur rhylhme, c'est-à-dire la variation de la cadence soit pour un même mouvement, soit dans la succession des mouvements. Demeny a très-heureusement formulé sous ce rapport deux lois qu'il importe de consigner ici.

a. La cadence du mouvement sera en rapport avec la masse du segment à mouvoir.

h. Les rhy dîmes seront variés et composés de cadences diverses selon la loi des masses précédemment énoncée.

Le Manuel de gymnastique admet : 1» la cadence lente ; de 10 à 25 mouvements par minute, les chiffres les plus faibles se rapportant dans la gymnastique éducative aux mouvements avec instruments ; 2*^ la cadence modérée : de 25 à 75 mouvements par minutes; 3" la cnàance rapide : de 75 à 115 mouvements par minute. En outre les exercices de course se feront sur une cadence spéciale variant de 140 à 175 mouvements par minute.

Les cadences seront lentes au début, elles s'accéléreront vers le milieu du nombre des répélitions d'un même exercice et se termineront par le retour à la cadence initiale.

Les temps des mouvements ne dépasseront jamais 10. On a une tendance dans les sociétés de gymnastes à composer des mouvements à temps trèsnombreux qui sont d'un certain effet pour les spectateurs, mais dont l'ensemble est difficile à obtenir et sans profit réel.

5" L'association de la volonté attentive à l'exécution des mouvements est nécessaire à l'obtention de leurs effets intégraux; il faut que le nerf moteur soit en communion active avec la fibre musculaire. Tout exercice exécuté mollement n'atteint utilement que les tissus élastiques. Il est donc nécessaire de rendre les leçons intéressantes et variées.

4" Les inspirations seront prises méthodiquement au moment de l'élévation des bras ou à l'extension du tronc; elles seront nasales. Les expirations s'exécuteront dans le temps où les bras s'abaisseront.

5° Le corps doit être intégralement exercé. II faut donc que, dans la combinaison des mouvements qui composent une leçon de gymnastique, on ait en vue la mise en action de tous les muscles du corps, mais sans qu'il y ait nécessairement une progression soutenue de force entre les exercices ni une alternance

rigoureuse.

De la leçon de gym>'astiqoe. a. Vêtement. Quand on veut faire sérieusement de la gymnastique, un costume spécial est très-utile ; il se compose d'un pantalon de tricot de laine non ajusté et d'un gilet-maillot sans couture, d'une ceinture nouée, également en tricot de laine ou de coton, de brodequins lacés, sans talons. Ce costume, qui est adopté dans tous les gymnases, sauf à l'Ecole militaire de gymnastique où l'on a conservé le pantalon de treillis et une espèce de jaquette de toile doublée, ajustée et revêtue de la large ceinture à anneau de sauvetage, ce costume suppose que l'on conserve Ja chemise, ce qui ne doit pas être, d'autant plus qu'il n'y a pas à la caserne de chemise propre de rechange.

b. Le nombre des élèves à exercer pour un seul moniteur ne doit pas dépasser 25. Toutefois, quand il s'agit d'exercices de pied ferme, on peut en réunir un nombre considérable sous un commandement expérimenté. C'est ce qui se pratique dans les fêtes et concours de gymnastique qui font partie de la gymnastique sociale et des réjouissances publiques plutôt que de l'éducation.

c. La forme et le caractère des exercices. On distingue, d'après Triât, les exercices de plancher ou de pied ferme et les exercices de voltige, qui sont tous ceux oii le corps se détache complètement du sol, — à l'exception du saut qui doit être conservé parmi les exercices de plancher.

Toute leçon de gymnastique doit commencer par des exercices de pied ferme

appelés autrefois d'assouplisseryient. Les combinaisons de mouvements ne doivent pas être improvisées, mais rédigées à l'avance. Tout professeur doit avoir des listes nombreuses. Toutefois, il importe de répéter une même leçon plusieurs jours de suite. Triât n'avait qu'une seule leçon de plancher qu'il a très-peu modifiée dans le cours de sa carrière et qu'il prétendait être parfaite ; elle était en effel; intégrale en ce sens qu'elle comportait pour toutes les régions de l'organisme une somme bien proportionnée de mouvements; mais il fallait le très-grand prestige du maître et une foi très-vive chez les élèves pour consentir à faire tous les jours les mêmes exercices. Quand dans une classe de gymnastique tous les élèves feront bien tous les mouvements de plancher, il n'y a à mon sens aucun inconvénient à spécialiser certains groupes, sans toutefois aller jusqu'à consacrer une leçon entière à un seul appareil, ce qui se fait de nos jours notamment pour la barre horizontale fixe du reck. Mais la course, par exemple, peut occuper dans ces diverses formes, en la faisant exécuter par sections ou isolément, à différentes allures et avec des formations variées, une leçon tout entière.

En un mol, sans vouloir faire de la gymnastique un « ait d'agrément », on doit éviter de la rendre ennuyeuse et même cherciier à la rendre attrayante. Si l'on n'y parvient pas, il faut se répéter les paroles de Proust qui dit à ce propos : « C'est une rude et sévère discipline qu'il faut imposer à la jeunesse comme un devoir et pour la juelle il faut avoir la même rigueur, les mêmes exigences que pour Y entraînement cérébral que l'on pratique dans nos lycées » [Traité cVhygiène, p. 545). La leçon de gymnastique tout en restant typique doit tenir compte de l'âge et du sexe. Les enfants et les jeunes filles doivent toujours exécuter les exercices de pied ferme sans instruments ; mais les jeunes gens de seize à vingt ans peuvent très-bien s'en passer parce qu'ils ne représentent pour eux, au degré de développement que leur suppose une bonne éducation corporelle, qu'un travail mécanique insignifiant. Voici d'ailleurs un programme sur ce point : Leçon de gymnastique pour élèves de seize à vingt ans exclusivement, une heure entière : 25 élèves.

Garde à vous ! Station normale, alignement. Flexion des genoux, 12 fois (cinq minutes).

Doubler les files ! Par le flanc droit ! Pas de course, inarche ! (cadence modérée), dédoubler les files, course sinueuse,... puis successivement pas de route! Pas de covrse! Former les sections! (pendant la course), formation en bataille ! Pas de route, halte .' (vingt minutes).

A ce moment on recommande aux élèves de respirer pleinement, d'après les méthodes indiquées antérieurement, et on les laisse dans le rang où ils se reposent pendant deux ou trois minutes. Après quoi :

Petits haltères courts. Chaque élève connaissant sa force prend les haltères du poids qui lui conviennent, les petits haltères étant destinés aux mêmes exercices que ceux qui se pratiquent sans instruments, poids de 1 à o kilogrammes la pièce, les gros haltères étant destinés à des excercices de force. A cet effet ceux-ci doivent varier chacun en poids de 12 à 18 kilogrammes la pièce. I. Flexion du tronc et de la cuisse en marchant en avant et mouvement vertical des bras en 4 temps: Marche ! {n° 76 du Manuel); répéter les mouvements 20 fois. Halte! (cinq minutes).

Porter les bras en avant et ensuite tendus sur les côtés, en marchant; 4 temps (n° 12 du Manuel) : Marche! répéter 20 fois le mouvement : Halte! (10 minutes).

Remettre les lialtères en place :

Atix (ippareih! A ce commandement les 25 élèves se divisent en 4 sections préalablement désignées et.'e rendent simiiltanémtnt soit aux anneaux, soit aux barres parallèles, soit à la barre fixe, soit au trapèze. S'il y a un nombre suffisant d'appareils, on peutmcme disperser la classe. Vingt minutes ne sont pas de trop pour exéculer parUiitement à chaque appareil un certain nombre d'exercices. On ne changera donc pas les sections pendant la même leçon, mais on changera chaque jour les sections au même appareil.

Durée totale de la leçon : une heure.

A la suite de cette leçon, lotion froide ou douche en jet brisée de cinq ou dix secondes au maximum de durée, frictions sèches (t'o?/. mon mémoire sur VAr.aociaticn de riiydrothérapie et de la gymnastique. In Compte rendu du Congrès international dliijgiène. Bruxelles, 1874).

Nous avons fait prédominer ici la course sur les autres exercices. Dans d'autres leçons ce seront les gros haltères, les appareils de voltige ou le saut, qui constitueront la dominante : on voit donc que la h çon peut ètte très-facilement intégrale, variée et efficace, tant au point de vue de la culture corporelle que de la santé. .le considère connue incomplète une séance de gymnastique qui n'a pas été accompagnée ou suivie de sudation, de même qne je considère comme défectueuse la condition d'im homme qui n'a jamais que la transpiration insensible et qui par conséquent fait supporter aux rems et aux poumons une surcharge de travail, d'oii rébullcnt une foule d'affections considérées comme diathésiques et qui ne sont d'ordinaire que physiologiques. Nombre de dyspepsies, d'accès de goutte et d'emphysème goutteux, de lithiase urique et biliaire, etc., n'ont pas d'autre origine.

Vheure la plus favorable pour la leçon de gymnastique doit être prise entre la fin de l'étude et le commencement d'un repas; en été, celle qui précède le repas principal, soit entre quatre et six heures. Toutefois, dans les grandes chaleurs de juillet et d'août, il y aurait avantage à mettre la leçon à cinq ou six heures du matin, et à remplacer une partie des leçons prises dans l'intérieur du gymnase par des marches de fond, selon les indications données plus haut. Faisons remarquer ici que. contrairement au préjugé courant, il n'y a qu'avantage pour les adultes à faire après les repas, non une séance de gymnastique, mais des exercices modérés. On recommande tout spécialement qu'avant les exercices on ait eu soin d'évacuer l'intestin et la vessie.

Du personnel enseignant des gymnases. Aussi longtemps que la gymnastique ne sera pas considérée comme partie intégrante de la médecine moderne, aussi longtemps que les médecins la négligeront complètement et seiont par suite incapables de la comprendre et d'en diriger les applications, aussi longtemps que cette branche de la physiologie et de la thérapeutique ne sera pas dans nos Facultés l'objet d'un enseignement complémentaire, la gymnastique ne tiendra pas dans nos sociétés la place à laquelle elle a droit et ne rendra pas tous les services que l'on peut attendre d'elle. Elle tournera à l'acrobatisme. Rien ne serait plus favorable à l'étude de la physiologie que l'institution dans chaque Faculté de médecine du véritable laboratoire de physiologie, c'est-à-dire d'un gymnase qui servirait à presque toutes les études médicales et non moins aux étudiants. Mais la médecine semble pour longtemps encore vouloir chercher dans de mystiques propriétés curatives attribuées aux agents pharmaceutiques la raison d'être de son existence. Les grandes lois de l'hygiène générale elle-même y tiennent une trop

petite place pour que l'on songe à en re'clamer une plus grande pour la gymnastique • 11 est si com:nodcde supposer qu'avec le lier, les alcalins, l'iodurede potassium, l'arsenic, l'aconitine, la strychnine ou le soufre, on va reformer les diathèses et épargner leurs maléfices aux générations à venir l Aussi, sur 10 000 étudiants que compte Paris il n'y en a pas 100 qui suivent les cours des gymnases. Avant de confier la direction des gymnases éducatifs aux médecins, il faudrait que ceux-ci étudiassent d'abord la gymnastique, et ils n'y entendent généralement rien. Quant il s'est trouvé un médecin de quelque autorité, gymnaste par éducation, qui a pris en main la cause de la gynmastique. Doyen et Décès à Reims, Blatin à Clermont, Nadaud à Angoulème, Labuvthe à Compiègne, il lui a assuré un succès énorme, mais seulement là où ces médecins avaient accès, c'est-à-dire partout en dehors de l'instruction publique. 11 y a une sorte d'hostilité inavouée dans ce département ministériel et surtout dans ses dernières ramifications pour tout ce qui touche aux exercices du corps. Le plus grand effort de l'Université a été d'arriver à ce résultat lamentable que ceux de nos jeunes garçons qui ont la bonne fortune de suivre les cours des lycées sont forcés d'clre assis douze heures par jour, au minimum, souvent treize. Tout ce qui semble déroger à ce perfectionnement de l'éducation bachelière est méprisé.

Hillairet, rapporteur de la Commission de gymnastique de 1868, avait demandé quatre leçons de gymnastique d'une demi-heure chacune par semaine. Mais cette prescription, à laquelle d'ailleurs on n'a jamais tenu la main, montre que dans l'esprit du rapporteur de cette Commission il existe une espèce de compromis inadmissible quand il s'agit d'une affaire aussi grave. Les Congrès d'hygiène internationaux de Bruxelles, Paris et Genève, pour ne parler que de ceux que je connais, ont réclamé les uns deux heures, les autres une heure entière pour la gymnastique scolaire ; pas une objection n'a été faite. Enfin je rappelle que le Congrès scientifique de Rouen, section d'hygiène, a demandé par l'organe du docteur Lunier, membre de l'Académie de médecine, que la moitié du temps scolaire fût consacré à l'éducation corporelle dont la gymnastique fait partie.

Les professeurs de gymnastique sont les uns diplômés, les autres non. Les premiers reçoivent leurs diplômes de maîtres de gymnastique des Commissions instituées au sein de chaque Académie, par l'arrêté du 25 novembre 1869. Les candidats sont en majorité, pour les départements de Seine et de Seine-et-Oise, des élèves sous-officiers ou caporaux de l'École militaire de gymnastique, des élèves instituteurs ou institutrices, provenant des Ecoles normales primaires, et un très-petit nombre de personnes hors de ces catégories. Le programme comporte des notions d'anatomie et de mécanique, une épreuve de commandement et une épreuve pratique. Mais on s'est montré très-facile pour les notes, et d'ailleurs la presque totalité des maîtres civils appartiennent à l'enseignement général, en sorte que la plupart des gymnastes diplômés sortent de l'armée ou des Écoles normales. Les militaires ont passé cinq mois à l'école et ont récité en général avec beaucoup de précision la description des os et des insertions musculaires. Ils n'en savent pas plus long pour cela, puisqu'ils n'ont jamais vu un homme nu ni un muscle en fonction. De plus, ces hommes ont subi à l'École militaire un entraînement énergique musculaire peu en rapport avec les exigences de l'enseignement pédagogique.

C'est, à mon sens, par l'instituteur que l'enseignement pratique des exercices corporels doit se faire et non par le militaire; par l'instituteur instruit ayant suivi pendant plusieurs semaines des cours qui se feraient chaque année aux chefs-lieux

d'Académie. Ces cours eux-mêmes seraient faits par des professeurs sortis de l'École normale de gymuastique qui serait fondée à Paris. L'École normale de gymnastique ! telle a été la conclusion suprême de tou tes les Commissions de gymnastique qui se sont succédé depuis 1846, époque à laquelle Salvandy institua une première Commission, et<le tous les hommes compétents en cette matière. Il est d'ailluurs certain que, s'il existait un gymnase attacité aux Facultés de métlccine, cette école normale perdrait sa raison d'être. Malheureusement le département de l'instruction puhlique, bien loin de s'attacher à développer cette partie de l'éducation, a fait un pas en arrière : M. Paul Bert, un physiologiste cependant, a supprimé la Commission de gymnastique q'ii avait fait les Manuels et l'a remphicéepar la Connnission d'éducation militaire composée de musiciens, de peintres, de poëtes, de pnblicistes, de députes et de sénateurs, de quelques officiers et de chefs de bureaux; cette Commission n'a rien produit, elle s'est disloquée non sans quelque bruit, chacun tirant à soi, et il n'existe plus aucun comité consultatif sur ces graves questions.

Voilà pour l;i vraie gymnastique, la plus importante, celle qui s'adresse à l'enseignement secondaire, celle qui était, avant le passage de M. P. Bert au ministère, en bonne voie d'organisation, et qui restait à organiser pour les jeunes gens de quatorze à dix-huit ans en dehors de la population des lycées. Pour ce qui estde l'enseignement primaire, la situation est un peu meilleure, mais, outre que la gymnastique est moins nécessaiiedeseptà quatoize ans et qu'au besoin des jeux, des promenades, peuvent suffire à cet âge où les enfants jouent encore ou devraient jouer, la funeste manie pseudo-patriotique des bataillons scolaires a tout absorbé, et l'on a employé des millions à une fantaisie qui n'aura d'autre résultat que de faire prendre les exercices militaires en dégoût à un âge où ils seront nécessaires. C'est l'histoire des jeunes gens de q\iinze ans à qui l'on fait lire Homère et Horace. Ils n'y reviennent pas souvent! On ne saurait trop le répéter, ce n'est pas le mouvement d'un fusil qui fait le solJat, c'est la marche, la course, l'endurance, la jésistance au froid, à la faim, à la soif. Illusion puérile que de supposer que l'on a préparé les bambins à la guerre en les revêtant d'un uniforme et en les faisant défiler sous les yeux d'un vieux général ! Cette manie ne durera pas, si ce n'est comme distraction privée, mais les sommes consacrées à cette distraction publique eussent été merveilleusement appliquées à subventionner les sociétés de gymnastique. Malheureusement ici encore il y a un danger : la tendance à l'aciobatisme, au tour de force ou d'adresse, est manifeste et, malgré les efforts du comité central de l'union des Sociétés de gymnastique de France, qui cherche à maintenir les fêtes dans certaines limites, leurs manifestations sont déjà un peu trop théâtrales à une époque oii les jeux olympiques qui étaient d'une grande portée sociale ne sont plus qu'un souvenir. Cependant celte question n'est pas envisagée sous le même jour par tous les praticiens. Un homme très-compétent, le docteur Blatiii, maire deClermont- Ferrand, président de la Société VArvernoise, a pris vigoureusement la défense de l'acrobatie. « Je n'ignore pas, dit-il, que l'on donne la qualification générique d'acrobates à tous ceux qui font profession d'exécuter des exercices du corps en public, mais j'avoue que je n'ai jamais pu reconnaître à ces mouvements > à ces exercices, un caractère particulier, spécifique, qui permît de les distinguer de ceux auxquels nous nous livrons chaque jour dans nos gymnases. Si l'on voulait sérieusement nous interdire l'acrobatie, ce serait la proscription de la CTynniastique elle-même qu'il faudrait prononcer, car les acrobates ne font

autre chose que delà gymnastique alirayonlc, puisqu'elle est avant tout destinée à charmer le puhlic. Si l'on trouvait dans le monde heaucoup de gens capables de mériter la qualification d'acrobates, on y rencontrerait beaucoup moins de iymphatiijues, de phthisiques, de scrofulcux, de gommeux et de crevés » [Lettre au Gymnaste [1884]).

Nous citons cette opinion tout à fait radicale à causL^ même de ce caractère ; avec des atlénualions plus ou moins grandes des gymnastes autorisés, à commencer par Clias, Amoros, sont au fond de l'opinion de M. Blatin ; MM. de Jarry, Sansbœuf, Pascaud, Ghristmann, Uey et bien d'autres, s'y rattachent plus ou moins, et les gymnastes belges sont avec beaucoup plus de netteté que les français partagés en deux camps: ceux qui acceptent les exercices que M. Blatin qualifie d'acrobatiques et ceux qui les repoussent absolument. C'est M. Mignot qui est le chel reconnu de la première École et M. le colonel Docx, véritable et bienfaisant apôtre des exercices corporels, qui est à la tète de la seconde. En France, les directeurs du Cercle de gymnastique rationnelle, MM. Demeny, Corra, le docteur Laborde, partagent la manière de voir de M. Docx, qui a été longuement exposée dans l'excellent ouvrage de cet auteur sur la gymnastique.

La conclusion que nous tirons de ces débats, c'est qu'il existe nécessairement une gymnastique acrobatique dont les amateurs cultivent les beautés, mais dont les avantages ne compensent pas les inconvénients et les dangers ; cette gymnasti([ue dont nous n'avons pas parlé en public est bien nettement séparée de la gymnastique éducative.

Conclusion. L'organisation elle personnel enseignant la gymnastique éducative méritent, si l'on veut les développer sérieusement en France, une place spéciale dans l'enseignement public.

Cet enseignement relève de la physiologie; à cha(pie chaire de physiologie devrait être attaché un gymnase auquel la station physiologique du professeur Marey pourrait servir d'exemple.

Des gymnastes seront attachés au cours; des modèles serviront à la démonstration de la physiologie musculaire. Les élèves de l'école des Beaux-Arts seront admis au gymnase.

Les élèves en médecine seraient tenus de subir un examen théorique sur la mécanique, la biologie et les mouvements. Un cours supplémentaire sera professé dans le gvmnasede la Faculté pour les instituteurs délégués par les académies. Ceux-ci à leur tour institueront dans les cantons des cours pour les instituteurs communaux.

Des docteurs en médecine, spécialement diplômés, seront chargés de l'inspection de la gymnastique éducative et de son enseignement théorique.

Si les Facultés de médecine se refusaient à cette organisation, le devoir de fonder une École normale civile de gymnastique incomberait à l'État.

Il resterait à parler ici de l'application de la gymnastic^ue au traitement des maladies ou de la Gymnastique cdrative; j'aurais à cet égard bien des observations à présenter, bien des avis à formuler; mais, outre que ce point de vue revient à l'histoire des maladies qui relèvent de la gymnastique, je suis retenu par la crainte de trop allonger cet article. Je me bornerai donc à de brèves considérations sur les différentes méthodes employées.

Disons d'abord un mot du matériel. Ce matériel consiste principalement en sièges de différentes hauteurs avec et sans dossiers ; en une barre de bois horizontale verticalement mobile et pouvant se fixer à l'aide de boulons placés dans

86i GYMNASTIQUE.

des trous disposés à intervalles nombreux ; un banc articulé en deux parties au moins, dont l'une peut se relever à tous les degrés, et sur lequel le patient peut se placer à califourchon, les pieds posés sur des planchettes latérales, munies de demi-guètres pour fixer les pieds.

Quelques praticiens emploient en outre des rouleaux de massage que l'on promène sur les régions intéressées, des baguettes plus ou moins nombreuses, en baleine ou en caoutchouc durci, munies ou non de petites boules et réunies dans un manche, des mai tcaux, des boules creuses de caoutchouc fixées sur un manche, des brosses strigils ou racletl s, roulettes, palettes, percuteurs, ou d'autres instruments du même genre.

Des mouvemenU combinés de Ling. La gymnastique curative, en vue de limiter la contraction musculaire à tel ou tel gioupe de muscles, emploie une méthode très-simple dans son principe, très difficile dans ses applications. Elle consiste à placer dans l'état passif tous les muscles, sauf ceux sur lesquels on veut agir. A cet effet, on donne au tronc ou aux muscles une position dans laquelle on les fixe soilen s'aidant de l'action même de l'équilibre, soit par l'intermédiaire de courroies, soit par les mains mêmes des aides du gymnaste. Le segment du corps sur lequel on veut aj;ir est alors mis en mouvement dans une direction déterminée, prenant son point d'appui sur le segment fixé, et le mouvement s'exécute soit par le gymnaste malgré la résistance du sujet, soit par le sujet malgré la résistance du gymnaste. Dans les deux cas l'action de même que la résistance doivent être continues, égales, lentes.

Lorsque c'est le gymnaste qui exécute le mouvement malgré la résistance du sujet, celui-ci met le muscle qui résiste au mouvement en état de contraction excentrique (Neumann), c'est-à-dire que la musculation s'accomplit pendant que les insertions musculaires s'éloignent ; lorsque c'est le sujet qui accomplit le mouvement, la contraction est dite cowcewf/'/ç?fe parce que les insertions musculaires se rapprochent, ce qui est le cas dans les mouvements libres. Neumann attribue aux mouvements excentriques la propriété d'augmenter la quantité de sang artériel qui est amené dans les capillaires artériels, d'augmenter, en un mot, Yartérialisation ; il donne aux mouvements concentriques la propriété opposée, celle d'augmenter la résorption veineuse. Dans tous les cas, les phénomènes physiques, chimiques et biologiques, qui accompagnent ou suivent la contraction musculaire, sont portés à leur maximum d'intensité dans cette méthode dont nous fournirons plus loin de nombreux exemples. Ling a formulé en quatre propositions les règles de sa méthode. Yoici ces propositions :

1" On peut produire, modifier et déterminer des contractions dans une partie quelconque du système musculaire par des mouvements spécifiques actifs (ceux que ÎNeuuiaun appelle doubles et que j'appelle combinés) ;

2" Pour que l'action de tout mouvement puisse être déterminée et appréciée, il doit avoir un point de départ et un point d'arrêt ; la direction de la ligne qui mesure le déplacement du corps ou d'une de ses parties doit être aussi déterminée ;

3" Le praticien qui provoque le mouvement spécifique ou d'une de ses parties doit mesurer ou déterminer les angles de son corps d'après ceux de la personne qui est soumise au mouvement ;

4" La vitesse d'un mouvement gymnastique quelconque doit toujours être isochrone, c'est-à-dire que le corps ou la partie du corps mise en mouvement doit parcourir des espaces égaux dans des temps égaux.

La méthode de Ling a ouvert à la gymnastique curative des horizons nouveaux.

Mais on a voulu lui faire dépasser sa portée naturelle et elle est tombée dans un injuste discrédit.

Des manipulations. J'ai toujours protesté contre l'emploi du mot massage pour désigner l'ensemble des manipulations thérapeutiques dont le massage n'est qu'une forme à côté d'autres formes, les pressions, les frictions, les percussions, les vibrations, etc. Le massage est à vrai dire une succession de pressions alternatives, faites tantôt avec la main ouverte et en la fermant sur les tissus (pétrissage), tantôt les points fermés (foulage) suivant des rhythmes modifiés. J'ai décrit, il y a douze ans, dans le Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales (art. Manipulation), ces diverses formes, et je n'ai pas l'intention d'y revenir ici. Mais j'avoue que l'usage n'a point aidé ma protestation contre la confusion des différentes formes de manipulations; que l'on pratique des mouvements de flexion et d'extension aux membres, que l'on frotte, que l'on pétrisse, c'est toujours pour les médecins du massage. C'est sous ce nom même qu'à l'étranger sont désignées les pratiques en question, beaucoup plus répandues que chez nous. C'est absurde, mais la langue de la thérapeutique se compose foncièrement d'absurdités, et les conversations entre malades et médecins et même entre médecins seuls sont souvent de vraies cacophonies.

Quoi qu'il en soit, je persiste à penser que le mot massage ne désigne qu'une des formes des manipulations, la forme la plus grossière, et j'ai la témérité de croire que les travaux des Français qui m'ont précédé et notamment ceux de Percy et Laurent de Sarlandière, de Piorry, de Philippeaux et d'Estradère, Laisné, ceux de mon père et les miens, n'ont été ni dépassés, ni même atteints par les très-nombreuses publications allemandes, hollandaises et suédoises, traduites en français, qui ont paru en ces dernières années et qui prétendaient nous initier à un art dans lequel nous sommes les maîtres. Je parle ici des écrits de MM. Norstrôm (188-1), Schreiber (1884), Reibmayr (1885). Le premier seul a quelque valeur. Mon travail a été quelquefois copié, souvent pillé, rarement cité, si ce n'est dans les bibliographies.

Les principales additions thérapeutiques qui ont été empruntées aux manipulations l'ont été d'abord pour les maladies des yeux (Donders, Pagenstecher, Schenkl, cités par Schreiber, p. 250, et plus récemment Klein, Du massage en ophthalmologie [Wiener med. Presse, 1882]). Les maladies traitées en Allemagne par ces procédés sont les blépharites, les conjonctivites, les opacités de la cornée, le glaucome. En second lieu, les métrites chroniques ont été traitées par les manipulations avec le plus grand succès par nombre de médecins étrangers, Norstrôm, Jackson, Gussenbauer. Je compte à ce chapitre un certain nombre de succès; j'ai eu peu l'occasion de traiter de ces cas, mais j'ai enseigné à des femmes assez instruites les procédés convenables et sous la direction d'autres médecins qui n'ont pas encore publié leurs observations des cures remarquables ont été obtenues.

Une extension considérable a été donnée en Autriche, en Hollande, aux applications des manipulations dans le traitement des névralgies et surtout des névral- <ïies faciales. Mais dans l'article Manipulations de ce Dictionnaire ces faits avaient

été très-nettement indiqués et appliqués. Il n'en est pas moins vrai que les manipulations ont pris au détriment des autres branches de la cinésie un développement notable et mal justifié; la très-grossière pratique des « masseurs » étrangers ne devrait pas prévaloir sur un système thérapeutique complet qui compte d'autres procédés que les violences, les coups de pointes, les hachures ° ^" Ô5

866 CYMN ASTIQUE.

et les claquements. Je reproduis ici la nomenclature des manipulations telle que je l'ai écrite il y a quatorze ans. Nous en trouverons plus loin les applications.

Il faut du reste distinguer dans la pratique sept formes principales de manipulations, savoir : 1" ïapplication calorifique de la main ou de la pulpe des doigts sur la peau; 2" les frôlements ou effleurements des extrémités digitales; 5° les /"n'cfions sans pression appréciable; A° les nombreuses variétés de pressions continues ou intermittentes, fixes ou mobiles, lentes ou rapides, uniformes ou variables, ondulées ou saccadées; quant à la main de l'opérateur, elles sont digitales ou palmaires, à main ouverte, fermée ou demi-fermée; 5° les pétrissages, malaxations, pincements, c'est-à-dire les manipulations qui résultent des pressions successives dans le mouvement d'apposition de la main et du pouce; 6" les percussions ; 1° les vibrations; 8° les mouvements articulaires communiqués ou mouvements artificiels {voij. Mampulations).

De la gymnastique miîcanique. Le docteur Zander (de Stockholm), après avoir longtemps pratiqué la gymnastique médicale d'après la méthode suédoise, avait été amené à considérer comme prépondérante la part des mouvements dits passifs (c'est-à-dire dans les([uels le sujet est passif, mais le mouvement est toujours actif) dans l'ensemble des procédés cinésiques. Aussi fut-il conduit à imaginer un ensemble d'appareils véritablement merveilleux destinés à opérer sur les individus les mouvements qui exigent le concours d'aide plus ou moins nombreux. Ces appareils mus par la vapeur à l'aide de courroies de transmission sont très-compliqués ; ils permettent tout d'abord, à l'aide de liens variés, de fixer le sujet sur l'appareil de façon à ne laisser libre que le segment du corps qui doit être mù; ce segment est ensuite mis en mouvement par un appareil, ou tout au contraire c'est le sujet qui le met en mouvement en rencontrant une résistance graduelle. C'est ainsi qu'en plaçant le pied dans un appareil spécial cet appareil imprime à la jointure un mouvement de rotation dans les deux sens ; d'autres soulèvent le genou, d'autres fléchissent ou redressent le tronc, tandis que les sujets eux-mêmes résistent ou cèdent à l'effort qui leur est appliqué ; des palettes à percussion, des rouleaux à pression, des plaques à compression et à décompression, offrent un ensemble des plus variés. La gymnastique mécanique de Zander, qui est appliquée dans un établissement considérable de Stockholm où plus de 1000 malades réclament annuellement un traitement, a complètement échoué à Paris où en 1879, à la suite de l'Exposition universelle, le docteur Norstrôm avait tenté de l'acclimater dans un somptueux hôtel de la Chaussée-d'Antin. L'indifférence du «corps médical a été ici tellement manifeste que, malgré les sollicitations les plus actives, bien peu de médecins ont visité le magnifique établissement du docteur Zander, qui n'a guère subsisté que pendant une année.

Il nous est difficile, avec une très-faible expérience, de porter un jugement sur la -valeur thérapeutique du système de M. Zander. Dans tous les cas il ne peut être ici question que d'une plus grande facilité à l'extension des applications de la gymnastique. La supériorité restera toujours aux pratiques manuelles, mais on peut dans un établissement de gymnastique mécanique bien dirigé traiter chaque jour un nombre de 10 ou 15 fois plus considérable de malades et à moins de frais. Dans tous les cas, le succès constant et croissant de l'établissement de Copenhague prouve toute la valeur du système et nous fait regretter son insuccès à Paris.

Voici d'ailleurs, d'après le docteur Zander lui-mcme, la définition de son système : « Dans les établissements de gymnastique mécanique, les praticiens sont remplacés par des appareils agencés de telle sorte qu'ils fonctionnent sous l'action des muscles du malade pendant qu'il exécute les mouvements actifs. Chaque appareil correspond à un mouvement spécial : l'un sert à étendre, un autre à ployer, un troisième à tordre, un quatrième à rouler chaque membre suivant sou aptitude. Différents appareils mus par la vapeur sont appliques à la production des mouvements passifs.

Contrairement à ce que nous avons dit plus haut, M. Zander pense que des deux méthodes de gymnastique médicale, la manuelle et la mécanique, celle-ci seule est exacte, qu'elle indique toujours avec certitude la mesure des efforts que chaque élève doit se permettre pour obtenir une augmentation uniforme des forces et que l'uniformité des mouvements constitue un autre avantage important de la gymnastique mécanique.

Cependant M. Zander reconnaît que, là même où seraient installés les appareils de gymnastique les plus complets, il faudra recourir à la main du médecin pour l'exécution des manipulations connues sous le nom de massage. « Le praticien, dit-il, sera toujours obligé de juger avec son tact de l'état anatomique et pathologique des tissus soumis à son travail, afin de varier la direction, le genre et la force des manipulations. »

Ces sages réserves donnent au système du docteur Zander un caractère trèsscienlilique. La lecture de ses écrits montre un praticien enthousiaste, mais très-consciencieux ; on en jugera par les citations suivantes : « Comme traitement curatif, la gynmastique agit en général avec beaucoup de lenteur. Rarement elle produit des effets rapides. Sa tendance est d'aider le malade à travailler avec patience et persévérance au rétablissement de l'équilibre entre la fonction des muscles et des autres organes. Cet équilibre est parfois rompu depuis des années; d'autres fois il a été subitement déplacé par des fractures, des luxations qui ont eu des conséquences si désastreuses qu'il faut des efforts constants et diligents pour le rétablir. Le succès des traitements gymnastiques est donc généralement en proportion directe avec la persévérance de celui qui l'effectue » (Notice sur la gymnastique mécanique de Zander. Paris, 1879, p. 12. Voy. aussi Journal d'hygiène, 2 octobre 1879).

C'est surtout dans les affections chroniques du cœur que la gymnastique mécanique de Zander donne des résultats avantageux. Mais il est nécessaire de ne jamais interrompre les exercices, du moins pendant l'hiver. «. Si les maladies du cœur ne sont pas très-avancées, dit cet auteur, une partie de ces maladies peuvent être guéries radicalement par l'exercice faible, mais régulier, des muscles. Les maladies avancées sont arrêtées dans leur développement et leurs symptômes diminuent d'intensité. J'avais admis à mon traitement des malades atteints d'affection valvulaire grave. Ces personnes n'ignoraient pas que leur guérison était impossible, mais elles trouvaient un grand soulagement à leurs souffrances. »

M. Nycander a publié un intéressant écrit sur ce môme sujet et il a cité de nombreux passages de plusieurs médecins gymnastes suédois et allemands, Ilartelius, Satherberg, Vretlind, Berklind, Ulrich, Neumann, Munckenberg, Rothstein, Weber, qui donnent les résultats de leur pratique. « Les mouvements à exécuter, dit ce dernier auteur, doivent avoir pour but d'écarter le sang des organes de la poitrine et d'amener une reproduction et une alimentation plus

868 TtYJLNASÏIQUE (bibliographie).

active dans la musculature périphérique, de manière à contre-balancer le développement anormal du cœur, et, lorsque la maladie n'est pas très-avancée, de l'atténuer » (p. 51). On voit que ce ne sont pas les bonnes raisons qui manquent à l'appui de ce traitement palliatif. En tous cas, ces traitements ne sont guère possibles que par la gymnastique mécanique; procurant de très-faibles résultats, ils doivent être suivis en permanence, ils prennent un temps considérable et ils exigent un tact et un talent tout à fait exceptionnels. Ces mouvements combinés dans lesquels le sujet n'exécute que de faibles mouvements, ces mouvements passifs rotaloires des pieds, des mains, des bras, pétrissage des extrémités, torsion du tronc, doivent être exécutés avec délicatesse. A ce prix, notre expérience vient à l'appui de celle des médecins suédois et allemands, mais heureusement la cinésie a un champ plus vaste.

Quant aux résiiitat?, thérapeutiques de la gymnastique, ne pouvant, ainsi que je viens de le dire, les exposer en détail, je rappellerai seulement qu'ils sont plus efficaces qu'on ne le croit généralement dans les affections de l'appareil circulatoire (lésions cardiaques, varices), dans la polysarcie, les dystrophies (glycosurie), dans certaines affections pulmonaires, dans la dilatation de l'estomac, dans divers genres de dyspepsie, dans la constipation, dans certaines affections du système nerveux, môme dans le tétanos (Cruveilhier), dans les lésions et déformations articulaires chroniques (je repousse la prétendue gymnastique orthopédique, non-seulement pour les déviations antéro-postérieures, mais plus encore pour les transversales ou latérales, car il n'est pas un seul exercice qui puisse être favorable au redressement d'une courbure qui ne tend à aggraver la courbure de compensation) ; au contraire, contre les inégalités simplement musculaires, la méthode suédoise perfectionnée est excellente parce qu'elle localise et combine le mouvement à l'aide d'une force étrangère qui est la main du gymnaste. Dally.

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GYMî^OBLASTES. 869

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GYiMlVEinA. Genre de plantes Dicotyle'dones appartenant à la famille des Âsclépiadées, à la tribu des Stapéliées. Ce sont des arbrisseaux en général volubiles, à feuilles opposées, coriaces, lomenteuses en-dessous ; les fleurs sont régulières, à 0 pièces, sans couronne staminale; les fruits sont des follicules lisses. La seule espèce à noter est le Gymnema lactiferum R. Brown {Asclepias lactifera L.), plante de Ceylan, quelquefois dressée et à peine volubile, glabre, qui donne un suc laiteux abondant. Pl.

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GYMfVOBLASTES {Gyninoblastica Allm.). Groupe d'animaux Cœlentérés, appartenant à la classe des Méduses et à l'ordre des Discophores.

Comme les Calyptoblastes {voy. i'' sér., t. XXV, p. 287), ies Gymnoblastes forment, par leur association, des polypiers ramifiés, mais les polypes nourriciers ou hydranthes, dépourvus d'hydrothèque, possèdent le plus ordinairement deux cercles de tentacules, dont l'un entoure l'ouverture buccale, l'autre, un peu plus bas, la cavité stomacale. Les bourgeons sexués sont de simples bourgeons

870 GYMNOCLADUS

médusoïdes qui se développent soit sur le corps même des Polypes nourriciers entre les deux cercles de tentacules, soit sur des gonoblastidies, sortes de polypes plus ou moins modifiés n'ayant plus ni bouche ni tentacules. Les Méduses qui deviennent libres appartiennent pour la plupart au groupe des Océanides. Elles ont la forme d'une cloche et possèdent des filaments marginaux rétractiles, à la base desquels sont placées des taches oculaires.

Les Gymnoblasles sont également connus sous le nom général de Tubidaires. On en a décrit un assez grand nombre d'espèces réparties principalement dans les genres Tubularia L., Coryne Gîertn., Cladonema Duj., Eudendrium Ehbg. et Hydractinia Y. Ben. Dans ces deux derniers genres, les hydranthes ne possèdent qu'une seule rangée de tentacules. Ed. Lefèvre.

GTMXOBRAlVCHESi. Sous le nom de Dermatobranches ou de Gymnobranches, on désigne un groupe de MoUusques-Opisthobranches dans lequel viennent se ranger tous ceux de ces animaux qui sont dépourvus de coquille à l'état adulte et chez lesquels la respiration s'effectue soit par la surface de la peau, soit au moyen de branchies externes plus ou moins développées {voy. Opisthobranches). Ed. Lefèvre.

GTiflIVOCLADUS (Lamk). Genre de jdantes, de la famille des Légumineuses-Cîesalpiniées, série des Eucœsalpiniées, dont les fleurs sont polygames dioïques. Elles ont un réceptacle longuement tubuleux, doublé intérieurement d'un disque glanduleux, et dont l'orifice porte 5 sépales, valvaires ou inégalement imbriqués, et 4,5 pétales, à peu près semblables aux sépales, imbriqués. L'androcée est formé de 10 étamines, insérées comme le périanthe, appartenant à deux verticilles et pourvues d'anthères uniformes, introrses, déhiscentes par deux fentes longitudinales, stériles dans les fleurs femelles. Le gynécée est inséré tout au fond du tube réceptaculaire et libre. Dans la fleur mâle, il est rudimentaire, mais, dans la fleur femelle, il est formé d'un ovaire pluriovulé, surmonté d'un style terminal, droit, à sommet stigmatifère obliquement dilaté, à peu près entier ou subbilobé. Le fruit est une gousse sessile, oblongue, épaisse, turgide, comprimée ou subcylindrique, finalement ligneuse ou coriace, bivalve et garnie intérieurement d'une pulpe qui entoure les semences. Celles-ci sont épaisses, subglobuleuses ou obovoïdes, à funicule assez allongé, à téguments épais, durs, à albumen corné, copieux, entourant un embryon charnu dont les cotylédons sont aplatis, et la radicule courte et droite.

On ne connaissait, il y a encore quelques années, qu'un seul Gynmocladus, originaire de l'Amérique du Nord, leG.dioica H. Bn. {G. canadensis Lamk. — Guilandina dioica L., Spec, 546), vulgairement nommé Chicot du Caiiada, Gros F évier, et que les Américains appellent Coffee-tree, parce que ses graines torréfiées servent, en effet, à remplacer le café. On peut en extraire de l'huile et elles sont aussi regardées comme purgatives, sous le nom de Gourganes. Comme c'est dans le Kentucky que ces semences ont été le plus emplovées, elles ont aussi été nommées Fèves à café du Kentucky. C'est un très-bel et rès-grand arbre, remarquable par les dimensions de ses feuilles décomposées et par l'odeur suave de ses fleurs. On le cultive assez souvent dans nos parcs. Son écorce est riche en matière savonneuse qui se développe au contact de l'eau, de sorte qu'elle sert au nettoyage des étoffes. Son bois est bon pour les constructions, l'ébénisterie, et ses feuilles servent à teindre en jaune. Ses fleurs

GYMNOCLADUS. 871

sont de couleur verte et ses fruits ont un péricarpe coriace, comprimé, avec une suture ventrale très-prononcée.

On ne s'attendait guère, il y a quelques années, à trouver en Asie des représentants de ce genre. Et cependant le commerce européen recevait par la voie de Shangai des fruits d'une espèce chinoise qui appartenait au genre Gymnocladus. Mais Decaisne, avec son habituelle légèreté, avait déclaré à Payen que ces fruits étaient ceux d'un Dialium, et Payen appliqua malheureusement le nom de Dialose ù la substance qui joue le principal rôle dans l'emploi de leurs semences. Nous reconnûmes ù ces gousses tous les caractères de celles du genre Gymnocladus, et nous donnâmes à l'arbre qui les produit le nom de G. chinensis. Des ileurs de cette espèce nous ont été adressées par le P. Heudes, missionnaire en Cliine ; elles ont les caractères de celles du G. dioica, mais elles sont plus petites et de couleur lilas terne. Le fruit est relativement beaucoup moins large et moins aplati que celui de l'espèce américaine. Ses valves sont brunes, convexes en dehors, généralement obtuses à leur base, terminées au sommet par un petit apicule. Kn partie desséchés quand ils nous parviennent en Europe, ces péricarpes ne laissent pas voir ce tissu intérieur, aérolé et subpulpeux, qu'on aperçoit si facilement dans le fruit du Chicot canadien. En outre, la consistance de leur masse n'est pas la même : elle est plus charnue, moins dure et moins ligneuse. C'est comme une substance cornée, en partie ramollie, qui rappelle certaines colles-fortes brunes du commerce. On peut plier les valves sans les briser complètement. Elles se fendillent en pareil cas et présentent au niveau de ce pli des gerçures ou des rides; mais il faut une forte traction ou un grand nombre de mouvements en divers sens pour amener une solution de continuité inégale et déchiquetée, analogue à celle qu'on produirait sur un fragment épais de gélatine. C'est cette portion qui, au contact de l'eau, produit des effets analogues à celui du savon. M. Paul Champion, qui avait vu à Shangaï ce fruit employé pour le savonnage, avait remarqué que les Chinois enlevaient au couteau la plus grande partie de l'épicarpe, puis que, avec ces gousses ainsi dénudées, ils frottaient le linge mouillé préalablement; un rinçage suffisait ensuite pour achever cette sorte de blanchissage. Payen a trouvé que le péricarpe renfermait des composés pectiques, amylacés, et de la saponine ou une substance très-analogue. C'est dans la graine que se trouve la Dialose. Les graines du G. chinensis ont germé à Paris; elles ont donné des plantes à feuilles décomposées-pennées, qui ont été remises pour être cultivées à Varboretum de Segrez. Cette espèce pourra être plantée en Algérie ou dans le midi de la France; elle a résisté à Paris à un froid de 12 degrés. Le commerce qui, notamment pour la fabrication des parfumeries, paraît devoir tirer de grands avantages de la substance mucilagineuse qui abonde dans la Gousse de Shangai, n'aurait donc pas, si la plante était introduite chez nous, à se procurer à grand'peine ces fruits dans un pays dont les habitants ne semblent pas comprendre quel parti ils peuvent en tirer. Ce sera aussi une source de mucilage pour l'usage médical. Ajoutons à cela que 31. Hance a récemment observé en Chine un nouveau Gymnocladus, plus semblable, dit-il, à l'espèce américaine qu'au G. chinensis. H. Bn.

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872 GYMNODO>'TES.

GYMIVODIIVIDA. Pas de cuirasse. Un seul sillon transversal: Gymnodinium. Plusieurs sillons transversaux : Polijkrikos.

Stein a décrit récemment plusieurs genres nouveaux de Périnidiens marins, mais qui ne sont encore connus ponr la plupart que par leur carapace. Cet auteur, considérant que le caractère le plus constant de ces organismes est d'avoir une carapace formée de pièces plus ou moins nombreuses articulées entre elles, propose de donner à ce groupe le nom de Flagellis arlhrodites. Il range dans ce groupe les Noctiluques, qui présentent, en effet, certaines affinités avec les Péridiniens, mais qui s'en éloignent cependant assez pour constituer un groupe séparé {voy. Noctiluques).

Saville Kent place dans les cilio-flagellés un certain nombre d'organismes qui n'ont de commun avec les Péridiniens que la présence d'un flagellum et de cils vibratiles. Nous ne dirons que quelques mots de l'un d'eux, ÏAstkmatos ciliaris, important à connaître au point de vue médical, et qui n'a pas été décrit à sa place.

Astkmatos ciliaris Salisb. Ce petit organisme, de forme ovale, mais constitué par un protoplasma très-plastique, porte à son extrémité antérieure une touffe de cils vibratiles, au milieu de laquelle émerge un long flagellum; les cils et le flagellum sont rétractilcs. Cet infusoire se multiplie par division transversale. Salisbury l'a trouvé dans le mucus des yeux, du nez et de la gorge de malades atteints de certaines formes de fièvres catarrhales, qu'il considère comme produites par cet infusoire. Il a observé 60 cas de cette affection en cinq ans. Quand le parasite pénètre dans le larynx, la trachée et les bronches, il provoque de véritables attaques d'asthme. La guérison est obtenue par des inhalations d'une solution faible d'acide phénique, de perchlorure de fer, d'acide chlorhydrique, nitrique ou sulfurique. Ephraïm, Custer de Boston et Reinsch d'Erlangen, ont fait des observations analogues à celles de Salisbury.

F. IIennegoy.

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GTMRIODOIXTES. Cuvier a séparé l'ordre des Plectognathes {voy. ce mot) en deux familles, les Scléroclermes {voy. ce mot) et les Gymnodontes.

Cette dernière famille, élevée au rang de sous-ordre par plusieurs zoologistes, comprend des poissons chez lesquels les mâchoires sont formées d\ine substance ressemblant à de l'ivoire, divisée ultérieurement en lames, dont l'ensemble représente comme un bec de perroquet; les bords de cette lame sont tranchants, La nageoire dorsale est unique, non épineuse ; il n'existe pas de ventrales, et, par contre, pas de bassin.

Chez les Gymnodontes, la colonne vertébrale se fait remarquer par le dédouble-

GYMNOPUS. 875

ment des premières apophyses épineuses. On note la dépression, en même temps que l'étalement latéral du crâne, d'où résulte le rapprochement du sphénoïde de la voûte orbitaire ; la région préorbitaire est très-courte ; les apophyses transverscs du vomer sont peu développées, ainsi que les palatins; la mâchoire supérieure est double, tandis que l'inférieure a ses moitiés soudées. L'opercule est petit ; le préopercule est très-large ; il n'existe de chaque côté que trois rayons branchiostéges.

Les Gymnodontes sont particulièrement abondants dans les mers chaudes ; nous en avons cependant trois espèces sur les côtes de France, le Tetrodon lagocéphale, VOrthagoricus mole et YOrthagoriciis oblong [voy. Diouo.v, Ortii.vgoniscis, Tetrodon).

Certains Gymnodontes, plus particulièrement connus sous le nom A'Orhes épineux, peuvent se gonller comme des ballons en avalant de Fair qui les fait flotter à la surface de la mer, le ventre en l'air.

La chair de ces poissons est très-souvent toxique, et les accidents occasionnes par son emploi ne sont rien moins que rares. On cite comme particulièrement vénéneux le Tetrodon du Gap [Tetrodon sceleraUts) et le Tetrodon maculé {Tetrodon maculatus). Les blessures occasionnées par les piquants si acérés qui arment le corps des Diodons passent pour fort dangereuses, car elles s'enveniment très-rapidement et peuvent occasionner de graves accidents.

H. E. Sauvage.

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GYMîS'OMl'CÈTES. Nom donné par Fries à un groupe de Champignons dont le caractère principal réside dans le stroma qui est charnu, gélatineux, dilfluent et formé de filaments entre-croisés sur chacun desquels se développe une spore ovoïde, uniloculaire. Ce groupe a disparu aujourd'hui de la nomenclature mycologique ; c'est à lui qu'appartenait notamment le genre Gymnosporangium DC. [Posidoma Link), rangé maintenant parmi les Urédinées, à côté des Puccinia. Les espèces qui le composent sont toutes parasites des végétaux. Elles sont remarquables en ce qu'elles se développent sous leur première forme sur des Conifères et sous leur seconde forme sur des Rosacées. C'est ainsi que, suivant Œrsted, le Gymnosporangium sabince, qui couvre, en hiver, les branches du Juniperui sabina L . , constitue la première forme du Roestdia cancellata Rabenh. , dont les secidies se développent, en été, sur les feuilles des poiriers, et que le Gymnosporangium clavariœ forme Œrst. est la souche du Roestelia penicillata (Erst,, qui croît sur les feuilles de l'aubépine et du néllier. Ed. Lef.

GYMXOPUS. Persoon a désigné sous ce nom la onzième section de son genre Agaricus. Cette section, très-nombreuse en espèces, correspond au sousgcnre Tricholoma de Fries [voy. Agaric). Ed. Lef.

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